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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Conflits et schismogen&#232;ses dans les films</title>
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		<dc:date>2024-09-15T20:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>



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&lt;p&gt;La fonction principale de l'adversaire est d'attaquer la faiblesse du h&#233;ros. (John Truby, L'anatomie du sc&#233;nario, p. 107) &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai choisi de vous pr&#233;senter le th&#232;me du conflit sous un angle particulier, celui du cin&#233;ma. Il faut commencer par dire que pour les sc&#233;naristes le conflit est un &#233;l&#233;ment indispensable au film. Autrement dit, il n'y a pas de film sans conflit. Mais la notion sc&#233;naristique qu'il faut encore d&#233;finir semble insuffisante pour penser le rapport du spectateur au film. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La fonction principale de l'adversaire &lt;br class='autobr' /&gt;
est d'attaquer la faiblesse du h&#233;ros. &lt;br class='autobr' /&gt;
(John Truby, &lt;i&gt;L'anatomie du sc&#233;nario&lt;/i&gt;, p. 107)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai choisi de vous pr&#233;senter le th&#232;me du conflit sous un angle particulier, celui du cin&#233;ma. Il faut commencer par dire que pour les sc&#233;naristes le conflit est un &#233;l&#233;ment indispensable au film. Autrement dit, il n'y a pas de film sans conflit. Mais la notion sc&#233;naristique qu'il faut encore d&#233;finir semble insuffisante pour penser le rapport du spectateur au film. Mieux, on peut se demander si le conflit fonctionne dans un film majeur de la m&#234;me fa&#231;on que dans un film mineur, c'est-&#224;-dire quand les normes de l'industrie du cin&#233;ma sont subverties. L'ensemble de ces questionnements nous portera &#224; envisager dans le cadre du cin&#233;ma l'id&#233;e d'une conception plurielle du conflit, sous la forme d'&#233;chelle schismog&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8212; Le conflit dans le cin&#233;ma majeur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, il convient de d&#233;finir pr&#233;cis&#233;ment ce que rev&#234;t la notion de conflit dans le cin&#233;ma. C'est dans le cadre sc&#233;naristique que cette notion est pr&#233;sente et elle reprend pour l'essentiel les d&#233;finitions courantes du mot conflit, tout en les inscrivant dans un dispositif proprement cin&#233;matographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A- L'essence du conflit en territoire-cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le CNRTL&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;URL :&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il y a quatre d&#233;finitions courantes du conflit : a) un choc, un heurt qui se produit &#171; lorsque des &#233;l&#233;ments, des forces antagonistes entrent en contact et cherchent &#224; s'&#233;vincer r&#233;ciproquement. &#187;, comme dans une lutte arm&#233;e, une guerre (opposition physique) ; b) une forte opposition, une divergence profonde, un diff&#233;rend grave, un vif d&#233;saccord entre deux personnages ou deux groupes (opposition morale) ; c) une contestation &#233;lev&#233;e entre deux partis sur le m&#234;me droit, la m&#234;me comp&#233;tence, la m&#234;me attribution (opposition juridique) ; d) une &#171; action d'&#234;tre aux prises, combat &#187; ou &#171; combat moral, int&#233;rieur &#187; (&lt;i&gt;Morales sur Job, de Gr&#233;goire Le Grand&lt;/i&gt;, XIIe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force du cin&#233;ma, c'est d'abord de dialectiser ces diff&#233;rents sens courants en les r&#233;partissant en deux cat&#233;gories (interne /externe). Ainsi, le quatri&#232;me sens qui n'est pas sur le m&#234;me plan que les autres prend ainsi plus d'importance. Mais surtout, c'est de faire de cette notion de conflit une pi&#232;ce ma&#238;tresse du film, en la pla&#231;ant dans &lt;i&gt;un dispositif&lt;/i&gt;. Dans ce dispositif, le conflit est articul&#233; au personnage principal, le h&#233;ros est dans un certain rapport &#224; d'autres personnages et &#224; lui-m&#234;me. Olivier Cotte, sc&#233;nariste et th&#233;oricien, r&#233;sume bien la nouvelle fonction du conflit : il est &#171; ce qui constitue l'intrigue et qui r&#233;sulte de l'opposition but/obstacle &#187; (cf. &lt;i&gt;&#201;crire pour le cin&#233;ma et la t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, Dunod, 2014, p. 185). Le conflit r&#233;sulte de la mise en relation de trois &#233;l&#233;ments : le protagoniste, l'objectif et les obstacles au sein d'un film. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;strong&gt;protagoniste&lt;/strong&gt; n'est pas forc&#233;ment un personnage fait de chair et de sang. Il peut &#234;tre un paysage ou m&#234;me, dans de rares cas, un principe abstrait. Il prendra place dans une fiction selon la ligne narrative choisie par le sc&#233;nariste. En g&#233;n&#233;ral, une histoire comporte trois parties distinctes, appel&#233;es, selon Bruce Block : &#171; l'exposition &#187;, le &#171; d&#233;veloppement &#187; et la &#171; r&#233;solution &#187;. Cette tripartition vient directement d'Aristote (de sa &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;) et est associ&#233;e chez le philosophe &#224; l'id&#233;e de &lt;i&gt;mimesis&lt;/i&gt;. L'exposition (souvent ce sont les 10 premi&#232;res minutes) &lt;i&gt;pose&lt;/i&gt; le conflit, sous la forme le plus souvent d'une situation critique ; le d&#233;veloppement concerne les p&#233;rip&#233;ties qui aggravent le conflit ; et la r&#233;solution qui a n&#233;cessairement un pic, un climax, et qui r&#233;sout le conflit. Le film se d&#233;veloppe ainsi comme une sorte d'organisme qui &#233;volue entre un d&#233;but, un milieu et une fin. Le film est donc la mise en place d'une sorte de n&#339;ud (le conflit) et des moyens pour le d&#233;faire. Mais il n'y aurait pas conflit, si le protagoniste &#233;tait sans but et s'il n'y avait personne pour contrarier son action. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le but&lt;/strong&gt; est un objectif que le h&#233;ros s'est fix&#233; et qui est pour lui difficile &#224; atteindre. Le but est d'ailleurs d&#233;sir&#233; par un autre personnage : l'antagoniste, c'est celui qui va s'opposer au protagoniste. Le conflit sera alors nomm&#233; &#171; externe &#187;. Le but cependant n'aura pas pour le protagoniste et pour l'antagoniste la m&#234;me valeur : gagner la guerre pour un Am&#233;ricain, ce n'est pas la m&#234;me chose que gagner la guerre pour un nazi. Le but peut parfois &#234;tre multiple, ce qui rend l'arc narratif plus complexe. Dans &lt;i&gt;Titanic&lt;/i&gt; le h&#233;ros veut aller aux USA (il prend le bateau, comme tous ceux qui &#233;migrent), mais il veut aussi tomber amoureux. L'opposition &#224; un antagoniste peut se faire sur un plan physique, moral, ou juridique, comme le sugg&#232;rent les trois premiers sens courants du mot. Dans le film &lt;i&gt;Incassable&lt;/i&gt;, l'opposition est physique (entre deux hommes) ; dans &lt;i&gt;Carnage&lt;/i&gt;, l'opposition est morale (entre deux familles) ; &lt;i&gt;Manon des eaux&lt;/i&gt;, l'opposition est d'ordre juridique (l'acc&#232;s &#224; un puits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle Truby, &#171; les oppositions simplistes entre deux personnages an&#233;antissent toutes chances de profondeur, de complexit&#233; ou de r&#233;alisme &#187; (J.Truby, &lt;i&gt;L'anatomie du sc&#233;nario&lt;/i&gt;, p.107). C'est pourquoi Truby pr&#233;conise de cr&#233;er dans le sc&#233;nario un &#171; r&#233;seau d'oppositions &#187;. Pour cela, le sc&#233;nariste doit envisager un adversaire principal et au moins deux adversaires secondaires. On peut sch&#233;matiser les choses ainsi : le h&#233;ros est l'un des quatre points d'un carr&#233;, tandis que ses adversaires sont plac&#233;s aux trois autres points. On parle alors d' &#171; opposition en quatre points &#187;. Cela sugg&#232;re que chacun des personnages est en opposition avec tous les autres, que leurs valeurs divergent, qu'ils sont tr&#232;s diff&#233;rents, mais aussi l'opposition &#224; quatre points peut s'&#233;largir (selon le degr&#233; d'implication dans le monde), et surtout que les obstacles qu'ils mettent en &#339;uvre sont diff&#233;rents. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Les obstacles&lt;/strong&gt; s'opposent &#224; la r&#233;alisation de l'objectif. Les obstacles sont ce qui retarde la r&#233;alisation du but du protagoniste. Les obstacles peuvent &#234;tre de deux sortes : soit externes, soit int&#233;rieurs. Soit le protagoniste est emp&#234;ch&#233; soit il s'emp&#234;che lui-m&#234;me d'agir. Dans le conflit interne, &lt;i&gt;l'opposition se fait avec soi-m&#234;me&lt;/i&gt;. Le h&#233;ros est son propre obstacle, son propre frein &#224; la r&#233;alisation de son but. Anakin, dans &lt;i&gt;Star Wars&lt;/i&gt;, est un &#234;tre passionn&#233;. Ce n'est pas un simple trait de caract&#232;re du personnage, celui-ci a &#233;t&#233; programm&#233; g&#233;n&#233;tiquement en laboratoire pour ne pas se ma&#238;triser dans les moments difficiles. Ce qui l'emp&#234;che d'&#234;tre un Jedi &#224; part enti&#232;re et permet au chancelier Palpatine de prendre le pouvoir. Jack, dans &lt;i&gt;Titanic&lt;/i&gt;, s'interdit d'aller sur le pont sup&#233;rieur du bateau, car les gens de sa condition ont leur place dans les ponts inf&#233;rieurs, on ne fricote pas avec le riche. Scottie, dans &lt;i&gt;Vertigo&lt;/i&gt;, a le vertige, faiblesse qui sera exploit&#233;e. Le cin&#233;ma am&#233;ricain va privil&#233;gier le conflit interne sur le conflit externe, sauf peut-&#234;tre quand le h&#233;ros est un espion (exception faite de &lt;i&gt;Casino Royale&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il arrive parfois qu'on parle de conflit (avec un grand C) dans un film, c'est le cas pour les films de guerre. Tant que le conflit comme guerre n'est pas en lien direct avec le personnage, ce n'est pas un conflit au sens cin&#233;matographique. Le conflit alors rel&#232;ve d'un genre, la guerre et il sert de toile de fond de la di&#233;g&#232;se. Quand le conflit (Conflit) touche &#224; la di&#233;g&#232;se et ne concerne pas que le protagoniste, mais le plus de monde possible, alors c'est le conflit interne qui prime. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il peut y avoir plusieurs conflits externes, simultan&#233;s ou successifs. Dans &lt;i&gt;Wendy et Lucy&lt;/i&gt;, le conflit est multiple : il na&#238;t de la condition difficile de Wendy, qui fait de la soci&#233;t&#233; un alli&#233; ou son pire cauchemar, il s'envenime avec la disparition de son chien, qu'elle tente de retrouver. Le conflit s'ach&#232;ve quand elle d&#233;cide de l'abandonner &#224; un ma&#238;tre qui l'a recueilli. Le conflit interne peut &#234;tre aussi, dans de rares cas, multiple : quand le h&#233;ros a de multiples personnalit&#233;s (folie). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conflit interne n'est pas exclusif du conflit externe. Parfois les deux se confondent, se superposent. Dans &lt;i&gt;Take Shelter&lt;/i&gt;, Curtis, ouvrier et p&#232;re de famille, est en proie &#224; des visions apocalyptiques qui l'obligent &#224; creuser dans son jardin un abri. Ces visions sont l'expression d'une schizophr&#233;nie (conflit interne), comme le sugg&#232;re Dominique Parent-Altier dans son livre &lt;i&gt;Approche du sc&#233;nario&lt;/i&gt; (Armand Colin, p. 59). M&#234;me si le plan final du film semble lui donner tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B- Le paradoxe du conflit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le dispositif cin&#233;matographique est plus complexe encore qu'il n'y para&#238;t. Le conflit n'est pas statique, car il est &#171; la force motrice de l'histoire &#187; (Dominique Parent-Altier, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p.54). Ainsi contrairement &#224; ce qui se passe dans la vie r&#233;elle, le conflit dans un film ne &#171; bloque &#187; pas les personnages, c'est m&#234;me le contraire : il rend possible leur action. Le conflit, c'est ce qui mobilise sans cesse le protagoniste et l'(les) antagoniste(s). Il se d&#233;veloppe donc dans la dur&#233;e. Paradoxalement, c'est aussi cette port&#233;e dynamique du conflit qui le conduit &#224; sa propre disparition. Le film fait &lt;i&gt;vivre le conflit&lt;/i&gt; pour le &lt;i&gt;faire mourir au bout d'un certain temps&lt;/i&gt;. Le conflit est &#224; la fois le probl&#232;me et la solution. Dans un film majeur, le conflit n'est qu'une mani&#232;re d'aboutir &#224; son d&#233;nouement. &lt;strong&gt;Le conflit externe&lt;/strong&gt; peut s'aggraver, mais arriv&#233; &#224; la r&#233;solution du film, il doit se d&#233;faire d'une mani&#232;re ou d'une autre. Un des personnages l'emporte ou quelque chose a lieu. Le conflit externe trouve sa r&#233;solution par la mort ou la d&#233;faite apparente de l'antagoniste, en g&#233;n&#233;ral pour l'enrayer. La r&#233;solution de l'intrigue implique un r&#233;&#233;quilibrage avec le monde et avec soi, m&#234;me s'il peut y avoir l'apparition d'un nouveau conflit dans le cas d'un film d'horreur (les choses ne font que se d&#233;placer, c'est typique des films de possession) : il est juste d&#233;plac&#233;. &lt;strong&gt;Le conflit interne&lt;/strong&gt; se r&#233;sout par ce que Truby appelle une &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;, un changement moral du protagoniste. Le conflit est d'ordinaire une mani&#232;re d'emp&#234;cher l'ad&#233;quation du personnage avec lui-m&#234;me dans son &#233;tat originel. Le h&#233;ros gagne en moralit&#233;, en grandeur, il se d&#233;passe. La r&#233;solution du conflit interne est d'ordre &#233;motionnel et moral. Les meilleurs films jouent souvent sur un subtil tissage du personnage dans son rapport &#224; son m&#234;me et au monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dominique Parent-Altier distingue deux modes de r&#233;solution du conflit qu'il qualifie de &#171; satisfaisant &#187; ou de &#171; non satisfaisant (ou ambigu) &#187; et deux modes de non-r&#233;solution du conflit qu'il qualifie aussi de &#171; satisfaisant &#187; ou de &#171; non satisfaisant &#187;. Mais son crit&#232;re ici n'est plus vraisemblablement le personnage, mais le spectateur. Il en convient lui-m&#234;me : &#171; l'appr&#233;ciation de la r&#233;solution d'un conflit est sujette &#224; l'appr&#233;ciation personnelle du spectateur &#187;. Dans le cas des modes de r&#233;solution de conflit, avec une fin satisfaisante, il y a &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt;, puisqu'elle apporte une &#171; exaltation ou une compr&#233;hension approfondie du drame et de sa propre existence &#187;. C'est le mode le plus fr&#233;quent. Avec une r&#233;solution non satisfaisante, le h&#233;ros meurt (&lt;i&gt;Thelma et Louise&lt;/i&gt;) et cela nous chagrine. Pour Dominique Parent-Altier, les deux autres modes (non-r&#233;solution du conflit satisfaisant ou non) laissent le spectateur dans l'incertitude. Le sc&#233;nariste prend l'exemple du film &lt;i&gt;Les Oiseaux&lt;/i&gt;. Le conflit qui a lieu entre les hommes et les oiseaux est pour le sc&#233;nariste non r&#233;solu, car il n'y a pas de &lt;i&gt;catharsis&lt;/i&gt; et que nous ignorons ce qui va advenir des personnages. Mais, &#224; notre avis, le probl&#232;me n'est pas l&#224;. Le conflit est en fait clairement r&#233;solu contrairement &#224; ce que dit Parent-Altier, au profit d'un rapport de forces en faveur des volatiles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour s'en convaincre, il suffit de comparer la premi&#232;re s&#233;quence du film et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La raison de ce changement est d'ailleurs d&#233;ductible des &#233;v&#233;nements du film : c'est une r&#233;volte, une volont&#233; de s'arracher &#224; la domination de l'homme, et non un ph&#233;nom&#232;ne surnaturel ou religieux. La fin du film &lt;i&gt;Take Shelter&lt;/i&gt;, &#233;voqu&#233;e &#233;galement par Dominique Parent-Altier, a aussi un d&#233;nouement dans la mesure o&#249; un autre personnage que Curtis, sa femme, voit la vague arriver ; ce qui signifie que l'hypoth&#232;se de la folie n'est plus valable. La vague, symbole de la fin du monde, on comprend qu'elle aura bien lieu. On peut donc douter des cat&#233;gorisations de Parent-Altier qui d'autre part reprend la notion d'Aristote (catharsis) sans la justifier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j1-2.jpg' width='311' height='440' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C- &#201;chelle du conflit &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; schismogen&#232;ses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que dit Dominique Parent-Altier, il faut donc nettement distinguer le conflit li&#233; au personnage, &#224; la ligne narrative, et celui li&#233; au spectateur. Olivier Cotte, on l'a dit, a parl&#233; de trois &#233;l&#233;ments pour d&#233;finir le conflit (protagoniste, objectif, obstacles) ; &#224; aucun moment il n'int&#232;gre l'appr&#233;ciation du spectateur comme &#233;l&#233;ment du conflit. Il faudrait donc distinguer plusieurs sortes de conflits, si l'on ne veut pas faire l'&#233;conomie du jugement du spectateur. Il s'agit de mettre un peu d'ordre dans les notions sc&#233;naristiques et de distinguer plusieurs plans ou niveaux dans l'approche du conflit d'un film. On peut envisager une sorte d'&#233;chelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le niveau 1 de l'&#233;chelle, c'est celui du conflit li&#233; au protagoniste qui est fix&#233; par le sc&#233;nariste en fonction des r&#232;gles et normes sociales et dont on ne peut pas ne pas constater la pr&#233;sence, car elles sont la mati&#232;re m&#234;me du film ; le niveau 2, c'est celui du spectateur (jugement), qui peut intervenir &#224; n'importe quel moment du film sans pour autant nuire au premier niveau, puisqu'il r&#233;agit &#224; ce niveau en fonction de son r&#233;f&#233;rentiel moral ; et le niveau 3 est un mode d'appr&#233;hension du film qui se passe du jugement de valeur du spectateur, mais qui permet &#224; celui-ci d'atteindre un regard plus critique sur le film, en le faisant acc&#233;der aux limites du dispositif du film mis en &#339;uvre. D&#233;taillons un peu les choses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;strong&gt;premier niveau du conflit&lt;/strong&gt; &#8211; celui dont nous parlons depuis le d&#233;but &#8211; est fix&#233; par le sc&#233;nariste. Avec lui, le spectateur int&#232;gre &lt;i&gt;le r&#233;f&#233;rentiel&lt;/i&gt; du personnage, c'est-&#224;-dire sa mani&#232;re d'&#234;tre au monde (conflit externe) et avec lui-m&#234;me (conflit interne). Le spectateur, sans s'identifier au personnage, &lt;i&gt;suit&lt;/i&gt; alors le d&#233;roulement des actions du personnage, puisqu'il a int&#233;gr&#233; son syst&#232;me de normes &lt;i&gt;en m&#234;me temps&lt;/i&gt; que celui de la soci&#233;t&#233; qui l'entoure. En fait, le spectateur &#224; ce niveau int&#232;gre une &lt;i&gt;opposition&lt;/i&gt;. Le spectateur se situe dans un centre de gravit&#233;, un &#171; point z&#233;ro &#187; &#224; partir duquel il envisage &#224; la fois le syst&#232;me de normes du protagoniste et celui de la soci&#233;t&#233;. Il est au c&#339;ur d'une diff&#233;renciation. La notion de conflit nous semble trop statique et rigide. Le spectateur prend ainsi conscience en m&#234;me temps des traits moraux du protagoniste et de ce qu'il rejette. Cette mise en relation dialectique est elle-m&#234;me en devenir, processuelle, car elle &#233;volue dans le film. On pourrait donc dire que l'opposition n'est pas jamais aussi tranch&#233;e que le serait une opposition dans la vie r&#233;elle et qui se mat&#233;rialise par une s&#233;paration, une sorte de blocage. Il y a dans un film une port&#233;e dynamique du conflit. Qu'on pense au film &lt;i&gt;Falling Down&lt;/i&gt; (Schumacher, 1993), le protagoniste, un p&#232;re de famille qui a perdu la garde de sa fille, et qui apr&#232;s &#234;tre rentr&#233; dans un fast-food va compl&#232;tement vriller. Il entre en conflit avec n'importe qui et c'est au cours du film que nous comprendrons la raison de sa transformation en forcen&#233;. Plut&#244;t que de conflit qui n'est qu'une fa&#231;on limit&#233;e de parler d'opposition dans la vie r&#233;elle, on parlera de &lt;strong&gt;schismogen&#232;se&lt;/strong&gt;. &#192; l'origine, cette notion est apparue dans un contexte anthropologique, o&#249; elle d&#233;finit un contact entre populations diff&#233;rentes qui d&#233;g&#233;n&#232;re en conflit ou qui est marqu&#233; par une opposition.&lt;br class='autobr' /&gt;
La schismogen&#232;se est donc un &lt;i&gt;processus de diff&#233;renciation s'effectuant &#224; partir des normes comportementales des individus (ou des groupes) lorsqu'ils entrent en contact&lt;/i&gt;. Si l'un des groupes absorbe l'autre ou d&#233;truit l'autre, il n'y a plus conflit. Gregory Bateson diff&#233;rencie, dans les ann&#233;es 1930, trois formes de schismogen&#232;se : sym&#233;trique, compl&#233;mentaire ou mixte&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la premi&#232;re forme, les groupes ont les m&#234;mes comportements, ils rivalisent, cet effet miroir cr&#233;e une hostilit&#233; de plus en plus grande. Dans la seconde forme, les groupes sont dans une relation de domination les uns par rapport aux autres, plus l'un durcit sa position, plus l'autre se soumet jusqu'&#224; l'&#233;limination d'un groupe. Il y a schismogen&#232;se quand il y a diff&#233;rentiation. &lt;br class='autobr' /&gt;
David Graeber ne retient que la diff&#233;renciation qui pousse des groupes &#224; ne pas suivre les m&#234;mes coutumes et &#224; durcir leurs positions pour marquer leur identit&#233;. Si on s'en tient au cadre du film, r&#233;f&#233;rentiel narratif, alors le diff&#233;rentiel est celui d'une opposition grandissante qui peut ne pas aboutir &#224; une guerre, mais &#224; deux tribus diff&#233;renci&#233;es identitairement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour notre part, nous parlerons ici de trois sortes de schismogen&#232;se, de trois types de diff&#233;renciation qui distinguent des r&#233;gimes d'opposition dans la compr&#233;hension d'un film.&lt;br class='autobr' /&gt;
La schismogen&#232;se est d'abord interne (ou z&#233;ro), intradi&#233;g&#233;tique. Dans les films noirs, les westerns, les valeurs de la soci&#233;t&#233; sont repr&#233;sent&#233;es par le collectif, les lois, les conduites des gens. Le personnage est donc plus ou moins en &#233;cart avec ce r&#233;f&#233;rentiel. Le sc&#233;nariste fabrique partiellement la schismogen&#232;se interne qui marque l'&#233;cart entre le personnage et un antagoniste. La plupart du temps, il imite des r&#233;f&#233;rentiels sociaux existants ou ayant exist&#233; (lois ou des r&#232;gles). Dans les films commerciaux, &lt;i&gt;les Blockbusters&lt;/i&gt;, la schismogen&#232;se interne est, pour reprendre la cat&#233;gorie de Bateson, qui pourrait &#234;tre ici une sous-cat&#233;gorie de notre nouvelle classification, d'un type compl&#233;mentaire : le h&#233;ros va fonctionner syst&#233;matiquement en opposition avec ce qu'on attend de lui, en r&#233;action &#224; un ennemi ou &#224; la soci&#233;t&#233; (posture de domination) et l'ennemi ou la soci&#233;t&#233; va r&#233;agir de plus en plus contre lui. En g&#233;n&#233;ral, elle d&#233;bouche sur la victoire d'un personnage. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le deuxi&#232;me niveau du conflit&lt;/strong&gt;, c'est celui du spectateur rattrap&#233;, si l'on peut dire, par son propre r&#233;f&#233;rentiel moral. Le personnage dans un film peut nous &#233;nerver (quand il agit pour nous stupidement), il peut nous r&#233;sister (quand nous ne &#171; comprenons &#187; pas le sens de ses actions, c'est-&#224;-dire que nous ne les acceptons pas). Possiblement, une opposition entre le spectateur et le personnage peut se faire jour et peut conduire &#224; un conflit radical, c'est-&#224;-dire &#224; une rupture entre eux : le spectateur quitte alors le film. Ce second niveau &lt;i&gt;implique&lt;/i&gt; l'int&#233;gration du syst&#232;me r&#233;f&#233;rentiel du personnage et des autres personnages (schismogen&#232;se interne ou z&#233;ro), il vient par-dessus en quelque sorte, mais il s'en distingue. Cette confrontation du spectateur au h&#233;ros est un nouveau conflit qui t&#233;moigne cette fois du rapport propre que le spectateur entretient avec le personnage et en contrepoint dit quelque chose du rapport que le spectateur a envers lui-m&#234;me (ce qu'il n'aime pas chez le h&#233;ros, c'est quelque chose qu'il n'aime pas forc&#233;ment en lui). Cette conception &#233;claire l'insatisfaction dont parle Dominique Parent-Altier &#224; propos du conflit de niveau 1.&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi quand le sc&#233;nariste parle de r&#233;solution d'un conflit dans un film, il privil&#233;gie le niveau 2 au niveau 1. Certes, Thelma et Louise se jettent dans le vide du Grand Canyon, le conflit est r&#233;solu, mais le spectateur peut se sentir insatisfait, car il aurait aim&#233; que les h&#233;ro&#239;nes puissent d&#233;fendre leurs droits devant un tribunal. Mais c'est oublier que la ligne narrative n'est pas articul&#233;e &#224; la justice, mais &#224; la libert&#233;. Nous plaquons donc un syst&#232;me r&#233;f&#233;rentiel qui n'est pas forc&#233;ment celui du film lui-m&#234;me (au niveau narratif). Certes, en fonction du formatage du niveau 1, les appr&#233;ciations du public peuvent &#234;tre envisag&#233;es, mais un film commercial tente d'&#233;valuer le film sur un double plan, le plan narratif et le plan moral. Selon l'&#226;ge aussi du spectateur. En g&#233;n&#233;ral, un enfant va r&#233;agir en fonction de l'id&#233;e qu'il se fait du personnage. On peut s'identifier au personnage, &#224; une victime, parce qu'on la voit souffrir, sans comprendre que le personnage peut lui-m&#234;me &#234;tre &#224; la source du malheur de ses bourreaux. Dans &lt;i&gt;La Plan&#232;te sauvage&lt;/i&gt;, les g&#233;ants sont les m&#233;chants et font souffrir les hommes plus petits. Je me souviens que plus jeune, j'avais &#233;prouv&#233; de l'empathie pour un g&#233;ant qui avait &#233;t&#233; captur&#233; et tortur&#233; par les petits hommes. L'appr&#233;ciation est souvent partielle et affective. Il peut arriver aussi que dans le cas des super-h&#233;ros, l'enfant s'identifie au plus fort. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le troisi&#232;me niveau du conflit&lt;/strong&gt; est plus complexe &#224; atteindre et en g&#233;n&#233;ral les spectateurs &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt; n'y sont pas sensibles. Le film peut r&#233;sonner non pas avec un r&#233;f&#233;rentiel moral (n&#233;cessairement variable), mais avec des traits &#171; culturels &#187;. J'emploie ici le mot culturel en un sens tr&#232;s particulier : il s'agit de la culture des images, de ce qui est partag&#233; sur le plan de la connaissance et non de nos &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;La Joconde&lt;/i&gt;, par exemple, est un tableau de L&#233;onard de Vinci, etc.). C'est si l'on veut entretenir une r&#233;sonance vraie avec une image ou avec un son. Certains plans vont entrer en r&#233;sonance avec autre chose. La notion de conflit est li&#233;e ici &#224; la mani&#232;re d'appr&#233;hender le tout du film, son sens g&#233;n&#233;ral. La schismogen&#232;se se fait absolue, quand elle nous oblige &#224; comprendre le film en lien avec des &#233;l&#233;ments &#171; culturels &#187;, quand elle d&#233;passe les limites de tout r&#233;f&#233;rentiel moral, n&#233;cessairement subjectif et limit&#233;, pour nous porter &#224; voir le film dans une forme d'objectivit&#233;. Par exemple, en regardant la sc&#232;ne de la douche et en la confrontant &#224; d'autres images comme les images du &lt;i&gt;storyboard&lt;/i&gt;, il m'appara&#238;t que les pommeaux de douche n'y sont pas et qu'ils mettent en place un certain montage de la sc&#232;ne. Au niveau 1, c'est le meurtre, au niveau 2, c'est l'&#233;motion pure de la peur et de la surprise. Le niveau trois dessine une certaine interpr&#233;tation du film et de la sc&#232;ne de la douche, voire de la conception filmique d'Alfred Hitchcock &lt;i&gt;comme un sas&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de d&#233;tails, je renvoie &#224; mon livre Derri&#232;re le rideau (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le point de vue sur un film peut changer du tout au tout en passant d'un niveau &#224; un autre : un film peut avoir des valeurs humanistes et &#234;tre au fond un film raciste et colonial (cf. exemple plus bas : &lt;i&gt;La proie nue&lt;/i&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un rapport de co&#239;ncidence, de congruence avec le personnage, tant que le spectateur suit le r&#233;f&#233;rentiel normatif du personnage, mais d&#232;s qu'il interf&#232;re avec son propre syst&#232;me normatif, alors il y a &#233;cart. Mais tant que l'on reste au niveau 2 de la saisie d'un film, on n'interroge pas vraiment le film, on r&#233;agit &#224; tel ou tel trait du film et on ne touche pas au syst&#232;me culturel (entendu ici au sens d'une culture du cin&#233;ma, de l'art, et non pas d'un syst&#232;me social de valeurs). Ce n'est qu'&#224; ce troisi&#232;me niveau, d&#233;tach&#233; de toute dimension subjective, que nous pouvons comprendre le personnage dans le film d'une mani&#232;re plus critique, car nous en comprenons le dispositif. Il faut une &#171; d&#233;territorialisation absolue &#187; (Deleuze) pour regarder un film. Il y a un plan narratif que nous ne pouvons ne pas suivre, il y a un plan moral qui nous fait interagir avec le film, mais ce n'est que lorsque nous quittons notre r&#233;f&#233;rentiel moral, que nous pouvons saisir le fonctionnement du dispositif cin&#233;matographique &#224; l'&#339;uvre dans tel ou tel film. Il y a donc une &#233;chelle de compr&#233;hension du film, qui d&#233;ploie trois types de schimogen&#232;se interne ou z&#233;ro (celui du personnage, de la narration), externe (interf&#233;rence entre deux syst&#232;mes moraux), absolue (celui qui confronte des traits du film avec d'autres r&#233;f&#233;rentiels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D- L'exemple d'un film majeur : &lt;i&gt;La proie nue&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer les diff&#233;rents niveaux de conflit, je prendrai un seul exemple, un film majeur : &lt;i&gt;La &#171; Proie nue &#187;&lt;/i&gt; (Cornel Wilde). Ce film n'a pas &#233;t&#233; choisi au hasard car c'est en me confrontant &#224; la difficult&#233; de ce film que j'en suis arriv&#233; &#224; &#233;laborer cette &#233;chelle schismog&#233;n&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire de ce film se passe en Afrique, un chef d'un safari, jou&#233; par le r&#233;alisateur lui-m&#234;me, encadre un groupe de chasseurs qui refusent les pr&#233;sents d'usage aux guerriers d'un village de la savane, qui se vengent en les faisant prisonniers et en les mettant &#224; mort par des tortures horribles. Au chef du safari ils r&#233;servent un sort diff&#233;rent : ils ne lui laissent qu'une longueur d'avance avant de se lancer &#224; sa poursuite. Il devient &#034;la proie nue&#034;. &#192; force d'endurance, de ruse, de courage et parce qu'il est aussi impitoyable que ses poursuivants, le h&#233;ros va en r&#233;chapper au milieu d'une nature hostile o&#249; les hommes sont aussi cruels que les animaux. Seul moment paisible et rempli d'humanit&#233; : la br&#232;ve rencontre avec une fillette, seule rescap&#233;e d'un village attaqu&#233; par des trafiquants d'esclaves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous reprenons pour l'essentiel ici les lignes de pr&#233;sentation de Wikip&#233;dia.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau de conflit est clair. Dans ce film, le h&#233;ros est pr&#233;sent&#233; comme une victime qui subit les cons&#233;quences de la conduite d'autres personnages, des chasseurs. Il devient lui-m&#234;me chasseur pour s'en sortir. C'est, sans ambigu&#239;t&#233;, un conflit externe classique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_863 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j2-2.jpg' width='440' height='337' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le second niveau est &#233;galement apparent : comme il peut varier en fonction des m&#339;urs, des valeurs de chacun, j'&#233;voquerai la mani&#232;re dont le film m'est apparu. J'ai &#233;t&#233; sensible &#224; la moralit&#233; du personnage, qui veut d'abord que les chasseurs offrent un tribut au chef africain, sensible aussi au fait qu'il sauve une jeune africaine des trafiquants d'esclaves. Le portrait du h&#233;ros m'est apparu comme celui d'un &lt;i&gt;humaniste&lt;/i&gt;, victime malgr&#233; lui d'une chasse &#224; l'homme. &#192; cela j'ajouterai un int&#233;r&#234;t pour l'acteur, ancien athl&#232;te de parents juifs hongrois, et r&#233;alisateur du film, dont j'avais vu &lt;i&gt;Terre br&#251;l&#233;e&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le film m'apparaissait comme un film survivaliste, un film loin de tout d&#233;rapage id&#233;ologique, plus proche d'un film comme &lt;i&gt;La Prisonni&#232;re du d&#233;sert&lt;/i&gt;, - certes, r&#233;alis&#233; cependant avec beaucoup moins de talent cin&#233;matographique, - que d'un western classique. Tr&#232;s clairement, je regardais ce film comme un divertissement, c'est-&#224;-dire avec le niveau d'exigence des studios de cin&#233;ma. Il &#233;tait d&#233;j&#224; tr&#232;s tard, la nuit avait commenc&#233; et je dois avouer que la beaut&#233; des images m'avait ensorcel&#233;. Le lendemain, je parlais par mail de ce film &#224; Alain Brossat, qui, apr&#232;s l'avoir visionn&#233;, n'eut pas la m&#234;me vision. Je d&#233;fendis d'abord mes positions. Il me fallut quelque temps pour comprendre la position d'Alain qui ne voyait pas le film au m&#234;me niveau que moi. Alain voyait le film &#224; un tout autre niveau, que je nommerai aujourd'hui schismogen&#232;se absolue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on envisage ce qui se passe dans ce film en consid&#233;rant le plan des images, de toutes les images que nous sommes capables de voir, alors un r&#233;f&#233;rentiel culturel appara&#238;t de mani&#232;re &#233;vidente et c'est celui du &lt;i&gt;colonialisme&lt;/i&gt;. Le h&#233;ros, Blanc, organise des safaris dans un pays colonis&#233; et malgr&#233; le syst&#232;me de tribut, il exploite le territoire des autochtones ; d'autre part, il semble &#233;prouver une v&#233;ritable jouissance &#224; voir mourir ceux qui le pourchassent, notamment quand il les encercle et met le feu &#224; la brousse. La perspective de les voir br&#251;ler le r&#233;jouit, il danse m&#234;me. Cela m'a rappel&#233; l'attitude des Am&#233;ricains sudistes proches du K.K.K au temps o&#249; ils capturaient et br&#251;laient des Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_864 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j3j4.jpg' width='463' height='323' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certains plans du film montrent le protagoniste en train de courir avec sa lance, vue de profil, d'en haut, de fa&#231;on &#224; souligner l'esth&#233;tique du corps : ce qui n'est pas sans rappeler l'esth&#233;tisation du corps sportif dans le film &lt;i&gt;Olympia&lt;/i&gt; de Leni Riefensthal, film nazi. Si le film a bien des relents humanistes, il n'en est pas moins un film colonialiste et raciste. La jeune fille de couleur n'est accept&#233;e que pour autant qu'elle sache trouver de la nourriture et qu'elle connaisse les dangers du pays. Les esclavagistes apparaissent sous les traits de Musulmans (&lt;i&gt;Muslim-face&lt;/i&gt;). C'est la premi&#232;re fois, je dois l'avouer, que je me suis laiss&#233; embarquer par le film sans pouvoir exercer mon regard critique. La fatigue y est peut-&#234;tre pour quelque chose, mais pas enti&#232;rement. Je n'ai pas d&#233;pass&#233; le second niveau de conflit. Je n'ai pas vu la dimension id&#233;ologique sous-jacente. Je ne pouvais imaginer que ce cin&#233;aste puisse porter des valeurs fonci&#232;rement racistes et pour certaines pr&#233;sentes dans les films westerns de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Schismogen&#232;se et conflit dans le cin&#233;ma &#171; mineur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; examiner si cette conception du conflit se retrouve dans le cin&#233;ma mineur. Dans ce dernier, le conflit &#8211; sur le plan niveau narratif &#8211; a un r&#244;le plus limit&#233;, voire probl&#233;matique. Les cin&#233;astes construisent leur r&#233;cit autrement qu'en subvertissant la mise en place du conflit. Le spectateur est d'embl&#233;e arrach&#233; aux premiers niveaux de l'&#233;chelle pour envisager le film selon un niveau critique qui est d&#233;j&#224; absolu. Je prendrai trois exemples pour le montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A- Premier exemple : &lt;i&gt;King &amp; Country&lt;/i&gt; (1964, Losey)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier exemple est un film de Losey : &lt;i&gt;King &amp; Country&lt;/i&gt;. Durant la Premi&#232;re Guerre, un soldat est accus&#233; d'avoir d&#233;sert&#233; et pr&#233;sent&#233; devant une cour martiale. C'est son proc&#232;s que nous allons suivre. Les choses ainsi r&#233;sum&#233;es sugg&#232;rent un conflit externe. Pourtant, d&#232;s le d&#233;but du film, le conflit est impossible. Il n'y a pas plus de conflits externes que de conflits internes. Car pour qu'il y ait conflit, encore faudrait-il que le personnage le reconnaisse, reconnaisse &#234;tre un d&#233;serteur. Or c'est tout l'enjeu et le probl&#232;me du film, c'est que le protagoniste n'est pas un d&#233;serteur. Lorsque Hamp est interrog&#233; par l'officier charg&#233; de le d&#233;fendre, il r&#233;pond : &#171; je ne me suis pas enfui, dit-il, j'ai march&#233;, march&#233; &#8230; Je ne sais pas pourquoi &#187;. Les questions de l'officier sur son engagement visent &#224; le disculper. Il r&#233;pond qu'il a pris les armes non par conviction, mais pour &#171; faire &#187; mentir son &#233;pouse qui croyait qu'il ne le ferait pas. Non seulement Hamp ne comprend de ce dont on l'accuse, mais il ne comprend pas grand-chose : c'est un simplet. Du c&#244;t&#233; de l'&#201;tat-major, des officiers charg&#233;s de le juger, il ne peut y avoir que deux places : celle du h&#233;ros &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; celle du d&#233;serteur. Il n'y a rien entre ces deux extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_865 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j5-2.jpg' width='260' height='434' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le conflit est donc suspendu : il ne peut avoir lieu. M&#234;me durant le proc&#232;s, il n'y a pas de possibilit&#233; pour le h&#233;ros d'entrer en conflit. Chaque tentative de rejeter les arguments pour sauver le soldat Hamp est balay&#233;e par l'officier qui le d&#233;fend, mais Hamp est ext&#233;rieur &#224; ce qui lui arrive.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, en tant que spectateur, nous ne pouvons pas plus entrer dans son &#171; cadre &#187;, &#171; r&#233;f&#233;rentiel &#187; que nous y opposer, Hamp nous &#233;chappe. Nous ne pouvons nous-m&#234;mes nous opposer &#224; lui, mais nous ne pouvons accepter la logique d'enfermement que l'&#233;tat-major propose. Hamp sera ex&#233;cut&#233;. Le proc&#232;s se r&#233;v&#232;le une mascarade, car quel que soit le plaidoyer de l'officier, Hamp n'entre pas dans les cases. Les premi&#232;res balles des soldats ne feront que le blesser et, ironie du sort, c'est son avocat qui lui donnera le coup de gr&#226;ce. Et il sera laiss&#233; comme un animal sur le champ de bataille, dans la boue. Pour Hamp, il n'y a pas d'autre place. Le film permet ainsi au spectateur de se d&#233;centrer du cadre social, moral dans lequel on enferme le h&#233;ros. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cet &#233;gard, le g&#233;n&#233;rique est tr&#232;s r&#233;v&#233;lateur du fonctionnement du film. Il nous porte d'embl&#233;e dans une logique contradictoire, une opposition entre deux visions de la guerre. Dans un long travelling lat&#233;ral, le spectateur voit successivement des plans d'un monument aux morts : un soldat allong&#233;, des batailles, des sc&#232;nes h&#233;ro&#239;ques, puis le plan &lt;i&gt;cut&lt;/i&gt; d'une explosion, suivi d'images d'un champ de bataille en plan g&#233;n&#233;ral, puis de nouveau un plan &lt;i&gt;cut&lt;/i&gt; d'explosion, suivi de paysages de d&#233;solation du &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt;, o&#249; l'on voit d'abord la carcasse d'un cheval, puis la d&#233;pouille d'un soldat dans la boue qui est Hamp. Une voix off prend la parole alors comme pour faire mentir toutes les images pr&#233;c&#233;dentes, puisque le soldat n'est pas mort en h&#233;ros sur le champ de bataille, mais a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; pour d&#233;sertion. En commen&#231;ant ainsi (par ce g&#233;n&#233;rique), Losey donne le ton et nous oblige &#224; consid&#233;rer le point de vue du mort et &#224; rompre avec le r&#233;cit officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B &#8211; Deuxi&#232;me exemple : &lt;i&gt;Fear and Desire&lt;/i&gt; (1952, Kubrick)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon second exemple est &lt;i&gt;Fear and Desire&lt;/i&gt; premier long m&#233;trage de Stanley Kubrick dont il a &#233;crit le sc&#233;nario. Ce n'est pas le seul film sur la guerre qu'il a r&#233;alis&#233;, d'autres viendront : &lt;i&gt;Les Sentiers de la Gloire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Full Metal Jacket&lt;/i&gt;. Mais dans ce film, le conflit est d'abord incertain et finit par se neutraliser lui-m&#234;me, comme on va le voir. Le film pr&#233;figure le mode d'exposition &#233;nigmatique des &#233;pisodes de la s&#233;rie &lt;i&gt;La Quatri&#232;me dimension&lt;/i&gt; (1959, 1er &#233;pisode). D&#232;s le d&#233;part, une voix off nous indique que cette guerre pourrait se passer n'importe o&#249; et n'importe quand et que les soldats pourraient &#234;tre de n'importe quel camp. Nous suivons donc l'avanc&#233;e d'un groupe de quatre soldats, parmi lesquels un g&#233;n&#233;ral et son aide de camp, mais on ne voit pas leurs ennemis, du moins pas avant les deux-tiers du film. Les quatre h&#233;ros ne sont diff&#233;renci&#233;s que par leur grade : aucun n'est le protagoniste, ils le sont tous. Nous suivons ces soldats, nous suivons leurs peurs, leurs d&#233;sirs (une femme passe par la for&#234;t et elle est prise pour une espionne, faite prisonni&#232;re, un soldat tente de la violer). L'id&#233;e du sc&#233;nariste est d'emp&#234;cher qu'il y ait conflit interne ou externe. Le soldat ne peut avoir de conflit avec lui-m&#234;me : car m&#234;me troubl&#233;, c'est la guerre qui est plut&#244;t la cons&#233;quence de son &#233;tat. Il ne peut davantage &#234;tre en conflit avec un antagoniste pr&#233;cis, car l'ennemi est invisible, on n'a donc pas l'impression qu'il existe. Le spectateur a du mal &#224; entrer dans leurs t&#234;tes et &#224; accepter le syst&#232;me r&#233;f&#233;rentiel (affects) des personnages. Mais nous sommes incapables d'envisager leurs desseins, nous suivons juste leur progression sans nous poser de questions. Mais lorsqu'au bout d'un moment nous voyons l'autre camp, des soldats avec des uniformes diff&#233;rents habitant des maisons et semblant eux aussi obs&#233;d&#233;s par l'ennemi ou par la peur, nous ne sommes pas davantage capables de nous identifier &#224; eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas tout de suite, pas imm&#233;diatement, mais rapidement, si nous sommes attentifs, nous remarquons que les ennemis non seulement sont compos&#233;s du m&#234;me nombre de soldats, mais que malgr&#233; les uniformes, les cartes d'&#201;tat-major, le fait qu'ils soient install&#233;s dans des b&#226;timents, deux d'entre eux sont identiques. Le g&#233;n&#233;ral et son aide de camp ont la m&#234;me apparence que le g&#233;n&#233;ral et son aide de camp du camp adverse. Ils forment ensemble des doubles. Une fois que nous avons vu cette construction sym&#233;trique, le conflit est neutralis&#233;. Cet effet-miroir place le spectateur dans une schismogen&#232;se qui l'extrait du conflit. Il y a d&#233;fection de celui qui regarde. Il s'extrait des affects purs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_866 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j6j7.jpg' width='254' height='621' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#8212; Troisi&#232;me exemple : &lt;i&gt;The White Dawn&lt;/i&gt; (1974, Kaufman)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier exemple est &lt;i&gt;The White dawn&lt;/i&gt; [1974] de Philip Kaufman. Ce film qui s'inspire de faits r&#233;els qui se sont d&#233;roul&#233;s en 1896, met en sc&#232;ne des chasseurs de baleine dont l'embarcation fait naufrage et qui se retrouvent bloqu&#233;s dans le Nord canadien de l'Arctique. Ils sont alors sauv&#233;s &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; par des Inuits (ou Eskimos pour parler comme Marcel Mauss) avec qui ils vont vivre pendant des mois. Le conflit dans ce film est &lt;i&gt;retard&#233;&lt;/i&gt; jusqu'&#224; la fin, il ne commande pas le film. Lorsqu'il appara&#238;t, c'est pour opposer les Inuits aux marins qu'ils tuent. Le d&#233;but du film en noir et blanc sugg&#232;re l'id&#233;e d'un film documentaire et la description de la vie des Inuits est fid&#232;le aux analyses des anthropologues, notamment Marcel Mauss. Le film n'a plus rien du documentaire &#224; la fa&#231;on de Nanouk, m&#234;me s'il y a la reprise de quelques sc&#232;nes (sc&#232;ne avec le phoque, par exemple), car l'enjeu n'est pas de retracer la vie d'un Inuit mais de montrer que &lt;i&gt;l'opposition, le conflit&lt;/i&gt; est intrins&#232;que &#224; la civilisation occidentale qui n'accepte pas ce qui lui est &lt;i&gt;&#233;tranger&lt;/i&gt;, &#224; la diff&#233;rence des Inuits. En un sens ce film est l'image invers&#233;e de &lt;i&gt;La Proie nue&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Billy, Dagget et Portagee ne s'adaptent pas tous de la m&#234;me fa&#231;on &#224; cette nouvelle vie. Philip Kaufman a imagin&#233; trois personnages &#171; am&#233;ricains &#187; qui incarnent trois facettes bien distinctes de la rencontre entre deux cultures : la jouissance d&#233;sint&#233;ress&#233;e, la volont&#233; d'int&#233;gration et la position de retrait. Billy est le plus r&#233;ticent, il juge que les Inuits sont des primitifs ; Portagee est un opportuniste ; Dagget, le plus ouvert, apprend la langue inuit et est pr&#234;t &#224; vivre parmi les membres de la tribu. Au fil des mois Billy commence &#224; mal se comporter (troc, alcool, vol de bateau). Ce qu'il a du mal &#224; accepter, c'est surtout la &lt;i&gt;variabilit&#233; des m&#339;urs&lt;/i&gt; des autochtones entre la saison estivale et la saison hivernale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'a bien d&#233;crit le c&#233;l&#232;bre sociologue Marcel Mauss dans un article m&#233;morable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MAUSS (M.), &#171; Essai sur les variations saisonni&#232;res des Eskimos &#187;, L'Ann&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la soci&#233;t&#233; Inuit a en effet un double fonctionnement. En &#233;t&#233;, les hommes se dispersent en groupes de 20 ou 30 individus plac&#233;s sous l'autorit&#233; d'un a&#238;n&#233;, toujours un homme. P&#234;che en eau douce, chasse des oiseaux. Chacun prot&#232;ge jalousement ses possessions. En hiver, les Inuits se regroupent dans des habitations serr&#233;es les unes contre les autres, &#233;galit&#233; et altruisme l'emportent, tout est partage, richesses, et hommes et femmes s'accouplent sans se pr&#233;occuper des unions l&#233;gitimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a gu&#232;re que le chaman, ext&#233;rieur &#224; la communaut&#233;, mais Inuit, qui n'a pas le m&#234;me point de vue sur les &#233;trangers. Le chaman simule sa propre mort pour les inviter &#224; chasser les &#233;trangers, car il pense qu'ils vont fissurer l'&#233;quilibre de la communaut&#233;. Il joue lui-m&#234;me une sorte de conflit interne, une opposition, mais sur un mode th&#233;&#226;tral : c'est ainsi qu'il entend conjurer le malheur &#224; venir. Les naufrag&#233;s d&#233;couvrent une soci&#233;t&#233; capable de vivre selon des r&#232;gles contradictoires, car pour elle, il n'y a pas d'opposition : elle est A &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; elle est aussi B. Elle peut aussi bien vivre dans un syst&#232;me que dans un autre, mieux : elle a besoin de ces deux syst&#232;mes, &lt;i&gt;ils ne s'opposent donc pas&lt;/i&gt; du point de vue autochtone. Cette capacit&#233; de subjuguer la division sociale est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est incompris par les marins et ce qui les conduira &#224; leur perte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conflit (au sens sc&#233;naristique, le niveau 1 de la schismogen&#232;se) surgit quand une jeune inuit est retrouv&#233;e morte de froid dans la neige, apr&#232;s avoir bu de l'alcool, cr&#233;ant un d&#233;chirement dans le tissu social. Les trois marins sont ex&#233;cut&#233;s le lendemain. Ce film nous sort de l'approche anthropologique &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; que l'on trouve dans certains films d'aventure qui oppose toujours une tribu &#224; une autre, une soci&#233;t&#233; &#224; une autre. Le spectateur d'aujourd'hui, qui se placera au niveau normatif qui est le sien (niveau 2), peut observer l'&#233;cart entre les comportements occidentaux et les comportements des Inuits, mais il n'&#233;prouvera ni piti&#233; pour ces marins, mais n'arrivera pas non plus &#224; adh&#233;rer compl&#232;tement au point de vue inuit. Il restera plut&#244;t int&#233;ress&#233; par la capacit&#233; adaptative des Inuits &#224; exister diff&#233;remment en fonction des saisons. Il aura lui-m&#234;me un regard d'anthropologue (qui veut confronter objectivement des cultures h&#233;t&#233;rog&#232;nes).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_867 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j8j9.jpg' width='295' height='575' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut tout de m&#234;me rep&#233;rer une certaine r&#233;sonance entre le syst&#232;me des m&#339;urs des Inuits et le n&#244;tre, mais elle est tout de m&#234;me limit&#233;e et de nature diff&#233;rente, en se pla&#231;ant au niveau 3. Car dans nos soci&#233;t&#233;s, il peut y avoir aussi une variation des m&#339;urs, mais elle est passag&#232;re. Pendant le carnaval, nous jouons &#224; &#234;tre &lt;i&gt;un autre&lt;/i&gt;. Michel Foucault parle &#224; propos du carnaval d'h&#233;t&#233;rotopie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FOUCAULT (M.), Le corps utopique, Les h&#233;t&#233;rotopies, Paris, Lignes, 2012.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nos soci&#233;t&#233;s n'envisagent le d&#233;passement des conflits sociaux que sur le mode d'une subversion provisoire, &#171; jou&#233;e &#187;. On remarquera que les d&#233;guisements visent pr&#233;cis&#233;ment &#224; effacer les diff&#233;rences sociales. Nos soci&#233;t&#233;s ne semblent capables de subvertir r&#233;ellement le fonctionnement politique. Peut-&#234;tre parce que contrairement aux &lt;i&gt;variations saisonni&#232;res&lt;/i&gt; de certaines tribus, le pouvoir est pris trop au s&#233;rieux, il est un enjeu pour un groupe, une classe, un individu et il est d&#233;connect&#233; de la nature. Il reste tout de m&#234;me que c'est une forme de variation propre &#224; nos soci&#233;t&#233;s, dont nous ne pouvons pas nous passer, comme si cette h&#233;t&#233;rotopie &#233;tait un irr&#233;ductible, une sorte d'imm&#233;morial ind&#233;fectible. En tant que simulation, les f&#234;tes ont, cependant, perdu leur dimension politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GRAEBER (D.) et WENGROW (D.), Au commencement &#233;tait&#8230;Une nouvelle histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit, cens&#233; &#234;tre le moteur d'un film majeur, est en quelque sorte emp&#234;ch&#233;, retard&#233; ou suspendu dans un film mineur. Le conflit ne r&#232;gle plus le fonctionnement du film voire est l'&#233;l&#233;ment qu'il faut rendre probl&#233;matique. On remarque que la notion de conflit d&#233;passe l'usage que les sc&#233;naristes en font. Dans un film majeur, le personnage est marqu&#233; moins par une opposition que par une diff&#233;renciation &#233;volutive entre les personnages. Le spectateur peut entrer en conflit avec le film, &#224; condition de ne pas confondre le plan narratif et le plan d&#233;ontologique propre au spectateur. Au final, la notion de conflit appara&#238;t moins pertinente que la notion de schismogen&#232;se, plus processuelle et plus complexe, et qui pourrait bien la remplacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe&lt;/strong&gt; : Tableau r&#233;capitulatif des niveaux de conflits ou schismogen&#232;ses dans un film mineur&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_868 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj.jpg' width='500' height='446' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;URL : &lt;a href=&#034;https://www.cnrtl.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cnrtl.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour s'en convaincre, il suffit de comparer la premi&#232;re s&#233;quence du film et les derniers plans du film : le rapport homme/oiseaux est invers&#233;. Les oiseaux (des ins&#233;parables) sont enferm&#233;s dans une cage, ce qui est la marque de la domination des hommes sur leur environnement. Notons au passage que m&#234;me l'h&#233;ro&#239;ne, dans sa premi&#232;re apparition, est &#171; siffl&#233;e &#187; par un gamin, autre signe de cette domination masculine. &#192; la fin du film, ce sont les oiseaux qui encadrent la maison des protagonistes du film oblig&#233;s de fuir vers un hypoth&#233;tique ailleurs, l&#224; o&#249; la domination des hommes n'aura pas &#233;t&#233; renvers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus de d&#233;tails, je renvoie &#224; mon livre &lt;i&gt;Derri&#232;re le rideau&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous reprenons pour l'essentiel ici les lignes de pr&#233;sentation de &lt;i&gt;Wikip&#233;dia&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MAUSS (M.), &#171; Essai sur les variations saisonni&#232;res des Eskimos &#187;, &lt;i&gt;L'Ann&#233;e Sociologique&lt;/i&gt; (tome IX, 1904-1905), avec la collaboration de H. BEUCHAT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FOUCAULT (M.), &lt;i&gt;Le corps utopique, Les h&#233;t&#233;rotopies&lt;/i&gt;, Paris, Lignes, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GRAEBER (D.) et WENGROW (D.), &lt;i&gt;Au commencement &#233;tait&#8230;Une nouvelle histoire de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Les liens qui lib&#232;rent, 2021, p.142. Graeber et Wengrow soulignent, en s'appuyant sur Mauss, que chez les Inuits les changements sont structurels, politiques. En fonction des &#171; saisons &#187; (&#233;t&#233;/hiver), les tribus inuit passent facilement d'un pouvoir o&#249; &#171; l'int&#233;r&#234;t collectif et les valeurs d'&#233;galit&#233; et d'altruisme l'emportent &#187; (hiver) &#224; un &#171; pouvoir coercitif quasi tyrannique &#187; (&#233;t&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; quoi reconna&#238;t-on le concept d'un film ? Entretien avec Joachim Daniel Dupuis</title>
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		<dc:date>2024-06-10T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alain Brossat, Joachim Dupuis</dc:creator>



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&lt;p&gt;Vient de para&#238;tre (f&#233;vrier 2024) Cet obscur objet du d&#233;sir-cin&#233;ma, concept majeur, concept mineur, chez L'Harmattan, &#233;crit par Joachim Daniel Dupuis, enseignant en philosophie et th&#233;oricien du cin&#233;ma. Dans cet entretien, Joachim Daniel Dupuis nous explique ce qu'il faut entendre par le concept du film qui, loin d'&#234;tre un simple faire-valoir sc&#233;naristique du film aupr&#232;s d'un producteur, est l'instrument qui nous le fait d&#233;sirer et lui donne sa v&#233;rit&#233;. En ce sens, le concept du film retrouve (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editions-harmattan.fr/livre-cet_obscur_objet_du_desir_cinema_concept_majeur_concept_mineur_joachim_daniel_dupuis-9782336434759-79096.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vient de para&#238;tre&lt;/a&gt; (f&#233;vrier 2024) &lt;i&gt;Cet obscur objet du d&#233;sir-cin&#233;ma, concept majeur, concept mineur&lt;/i&gt;, chez L'Harmattan, &#233;crit par Joachim Daniel Dupuis, enseignant en philosophie et th&#233;oricien du cin&#233;ma. Dans cet entretien, Joachim Daniel Dupuis nous explique ce qu'il faut entendre par le concept du film qui, loin d'&#234;tre un simple faire-valoir sc&#233;naristique du film aupr&#232;s d'un producteur, est l'instrument qui nous le fait d&#233;sirer et lui donne &lt;i&gt;sa v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;. En ce sens, le concept du film retrouve quelque chose du concept philosophique. Cet entretien est ainsi l'occasion d'interroger les rapports entre cin&#233;ma et philosophie. L'entretien a &#233;t&#233; men&#233; par Alain Brossat, philosophe. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alain Brossat&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Dans cet essai bref, mais dense, vous tentez d'&#233;tablir ce que l'on peut entendre par le concept d'un film. Vous rappelez, avec Deleuze et Guattari, que les industries du spectacle et de la communication ont vol&#233; le concept de concept &#224; la philosophie pour en faire un auxiliaire du marketing. Le concept du film, ce serait ce qui est suppos&#233; le rendre marketable. Cependant, votre r&#233;flexion s'ouvre sur des r&#233;f&#233;rences &#224; des auteurs qui se situent du c&#244;t&#233; de la fabrication des films et qui, &#224; ce titre, persistent &#224; voir le film et son concept dans l'horizon du march&#233; avant tout. Pourquoi ce choix ? Quelle en est la port&#233;e m&#233;thodologique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Joachim Daniel Dupuis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; : Vous avez parfaitement raison. Mon livre tente d'&#233;lucider ce qu'est le &#171; concept &#187; d'un film. Form&#233; &#224; la philosophie, je cherche &#224; en comprendre le fonctionnement et la finalit&#233;. Or, l'industrie du cin&#233;ma a bien compris que la notion de &#171; concept &#187; associ&#233; &#224; un film ne pouvait pas servir &#224; rendre compte de son essence. Ce n'est pas son probl&#232;me &#224; vrai dire. Le film ne peut &#234;tre compris &lt;i&gt;en tant que tel&lt;/i&gt;, je veux dire en tant qu'objet, car c'est un &#171; produit &#187; : il doit simplement &#234;tre &#171; consomm&#233; &#187;. Dans cette perspective, ce d&#233;tournement de la notion de &#171; concept &#187; (emprunt&#233;e &#224; la philosophie) par les publicitaires et sa red&#233;finition dans le cadre du film ne peut qu'avoir une port&#233;e strat&#233;gique. Pour les producteurs, le &#171; concept &#187; ne doit avoir qu'une dimension purement commerciale, utilitaire. Il permet d'associer l'id&#233;e de produit et le produit lui-m&#234;me, le concept et le con&#231;u. Le cin&#233;ma s'en sert pour &lt;i&gt;vendre&lt;/i&gt; un sc&#233;nario. On parlera volontiers de &#171; &lt;i&gt;high concept&lt;/i&gt; &#187; &#224; propos d'un film qui a un potentiel commercial important, et de &#171; &lt;i&gt;low concept&lt;/i&gt; &#187;, lorsque les attentes commerciales ne sont pas au rendez-vous. Le concept du film, dans cette optique, tient sa force, sa v&#233;rit&#233;, &lt;i&gt;de son efficacit&#233;&lt;/i&gt;. Dans un premier temps, il doit s'imposer comme une &#233;vidence au producteur. Le crit&#232;re pour ce dernier, c'est le nombre de spectateurs qui sont susceptibles de pl&#233;bisciter le film. Le concept d'un film est, si vous pr&#233;f&#233;rez, une jauge, c'est en tout cas sa fonction principale pour le producteur. Pour le sc&#233;nariste, le concept c'est un peu autre chose, c'est avant tout ce qui exhibe une id&#233;e originale. Il doit donc &#234;tre attractif et g&#233;n&#233;rer un engouement autour de lui. La question financi&#232;re est seconde.&lt;br class='autobr' /&gt;
En lisant John Truby, par hasard, mon regard sur le concept de film a &#233;t&#233; profond&#233;ment boulevers&#233;. Truby est l'auteur d'un livre incroyable, vous savez. Son titre est &#233;vocateur : &lt;i&gt;L'Anatomie d'un sc&#233;nario&lt;/i&gt;. Ce livre d&#233;concerte tant par ses angles de vue &#233;tranges que par ses manques. Il y a quelque chose dans la d&#233;marche de son auteur qui tranche avec la dimension purement commerciale qu'il pr&#233;tend pourtant suivre. Je pr&#233;cise que Truby n'est pas un sc&#233;nariste comme les autres, c'est un &lt;i&gt;script doctor&lt;/i&gt;. C'est si l'on veut, dans le monde du cin&#233;ma, un &#171; r&#233;animateur &#187; de sc&#233;narios. Il faut prendre cette expression au sens fort. Il a pour t&#226;che de faire revenir &#171; les morts &#187;, &#8212; nom qu'on peut donner &#224; tous ces sc&#233;narios rang&#233;s comme des cercueils sur les &#233;tag&#232;res d'un placard &#8212;, ou emp&#234;che les sc&#233;narios &lt;i&gt;malades&lt;/i&gt; d'&#234;tre enterr&#233;s pour de bon, en les r&#233;parant &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;. Truby s'attache dans son livre &#224; expliquer comment le concept &lt;i&gt;infuse&lt;/i&gt; dans tout le film. C'est en cela qu'il sort du lot des sc&#233;naristes. Il fait du &#171; concept &#187; de film la clef du film. Le concept n'est donc pas une simple id&#233;e, ext&#233;rieure au film, juste bonne &#224; servir de faire-valoir au film pour plaire aux producteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Truby tisse des liens int&#233;ressants entre le concept et le sc&#233;nario. Il serait trop long d'entrer dans le d&#233;tail. Je dirai juste ici que le concept intervient &#224; plusieurs reprises dans l'&#233;laboration du sc&#233;nario. Il a plusieurs r&#244;les. L'un de ses r&#244;les se situe au niveau de la pr&#233;misse (comme le dit tout sc&#233;nariste), un autre au niveau de ce qu'il appelle la &#171; ligne th&#233;matique &#187; (la trajectoire du h&#233;ros) et un dernier au niveau de &#171; l'univers du r&#233;cit &#187;. On pourrait aller jusqu'&#224; dire, en &#233;tudiant ces usages, que le &#171; concept du film &#187; rev&#234;t pour Truby une port&#233;e plus normalisatrice que commerciale : un film n'est pas seulement un produit (d'une industrie), c'est une &#171; technologie de pouvoir &#187;. Bien s&#251;r, il ne va pas jusque-l&#224;, mais pour lui le &#171; concept &#187; normalise le spectateur et doit le rattacher d'une certaine fa&#231;on au r&#233;el. &#171; L'originalit&#233; d'un film &#187; &#8212; c'est la d&#233;finition g&#233;n&#233;rale qu'il donne du concept au d&#233;but de son livre &#8212; est un &lt;i&gt;d&#233;tricotage&lt;/i&gt; plus ou moins grand et inventif du r&#233;el, une fa&#231;on de le repenser, mais toujours &#224; un niveau d'abstraction d&#233;termin&#233;. Le concept vient &lt;i&gt;ourdir&lt;/i&gt; quelque chose dans un film. Sans lui, nous ne le regarderions m&#234;me pas, le film ne nous int&#233;resserait pas. C'est le concept qui porte le &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; du film. Sans le savoir, Truby remet donc de la philosophie dans l'approche du &#171; concept filmique &#187;. Il s'&#233;loigne en cela de tous les marchands d'Hollywood et de la publicit&#233;. Pourtant, il n'est pas all&#233; assez loin. Et on peut le regretter. Par exemple, il ne remet pas en cause la terminologie du &lt;i&gt;high concept&lt;/i&gt;. Le concept doit pour lui toujours r&#233;pondre &#224; une exigence des industriels pour cr&#233;er le d&#233;sir : sans le concept, pas de d&#233;sir, et c'est la platitude du film assur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la principale difficult&#233; du livre de Truby, c'est qu'il omet de dire comment produire un concept. Cette omission est peut-&#234;tre volontaire. Il ne veut peut-&#234;tre pas d&#233;voiler un secret de son activit&#233; : &#231;a pourrait nuire &#224; sa carri&#232;re, si tout le monde pouvait en produire facilement. &#192; moins qu'il soit incapable de l'expliquer. Mais la raison est peut-&#234;tre plus simple encore : il n'en a pas besoin. Son travail consiste seulement &#224; tester l'efficacit&#233; des &#171; concepts &#187; des autres, puisqu'il passe son temps &#224; examiner des sc&#233;narios qui lui sont confi&#233;s. Dans son livre, il use d'exemples de films familiers et qui ont eu un franc succ&#232;s pour nous expliquer sa d&#233;marche. Mais ce faisant, il nous prive de la capacit&#233; &#224; discerner entre des films commerciaux (hollywoodiens) &lt;i&gt;et des films plus artisanaux&lt;/i&gt;, qui &#233;chappent au &lt;i&gt;business&lt;/i&gt;. Il ne donne d'ailleurs aucune autre cl&#233;, me semble-t-il, qui aille dans ce sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon livre commence donc par faire un &#233;tat des lieux des approches du &#171; concept du film &#187;, pour mieux ensuite en montrer les limites. Pour moi, le film a une part de v&#233;rit&#233;, il dit quelque chose du cin&#233;ma. Il n'est pas qu'un simple divertissement pour la masse (m&#234;me s'il est cela aussi, du moins, quand on s'arr&#234;te aux films hollywoodiens). Truby ne voit malheureusement le &#171; concept &#187; que dans l'homog&#232;ne, il ne prend pas acte de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, malgr&#233; ses intuitions extraordinaires : pour lui les films artisanaux n'existent tout simplement pas, en tout cas, ils ne font pas partie des pr&#233;occupations de son livre. C'est pourquoi j'ai propos&#233; de renommer et de repenser le &#171; concept filmique &#187; &#224; travers une nouvelle distinction : concept &lt;i&gt;majeur&lt;/i&gt; et concept &lt;i&gt;mineur&lt;/i&gt;. Le lecteur familier de Deleuze (et de son livre sur Kafka) aura d&#233;j&#224; une petite id&#233;e du sens que l'on peut donner au terme mineur. Je dois donc pr&#233;ciser un peu les choses si vous le permettez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un concept dans un film commercial est un &lt;i&gt;concept majeur&lt;/i&gt; : il se donne plus ou moins rapidement &#224; la sagacit&#233; du spectateur, mais quoiqu'il arrive le film doit &lt;i&gt;boucler sur lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, telle une pelote. Le concept se r&#233;v&#232;le au spectateur &#224; certains moments, dans tel plan ou dans tel autre, mais l'important au final, c'est que le film s'ach&#232;ve sous un horizon normatif (une morale). Au contraire, un concept dans un film mineur ne ferme jamais le film sur des significations, il fait errer le spectateur. Le film ne se referme pas sur lui-m&#234;me comme un &#339;uf, le concept emp&#234;che toute sym&#233;trisation de l'avant et de l'apr&#232;s, toute segmentarisation entre un d&#233;but, un milieu et une fin. Le concept dans un &lt;i&gt;film mineur&lt;/i&gt; renonce &#224; nous faire saisir un film comme un tout, le film est un gruy&#232;re, plein de trous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous voyez, la nature du concept est tout autre que ce que disent les sc&#233;naristes dans leurs manuels de vulgarisation : il effectue ou fait fuir la norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toute l'argumentation du livre tourne autour de l'opposition entre concept majeur et concept mineur, dans l'univers du cin&#233;ma. Du concept majeur (au c&#339;ur, donc, du cin&#233;ma majeur ou majoritaire), vous dites qu'il est fondamentalement agenc&#233; autour de dispositifs de normalisation. Vous dites bien que le cin&#233;ma majeur, &#231;a sert avant tout &#224; diffuser des normes, &#224; produire un public norm&#233;. On n'est pas tr&#232;s loin ici de la production des disciplines, au sens o&#249; l'entend Foucault. Dans ces conditions, comment peut-on encore, dans cette configuration (du cin&#233;ma mineur) parler encore de concept du point de vue de la philosophie et non pas du commerce ou de la com' ? Or, votre essai est un livre de philosophie, pas un livre de recettes commerciales adapt&#233;es au monde du cin&#233;ma&#8230; Qu'est-ce qu'un concept dont l'objet ou la vis&#233;e ne serait que la fabrication et la promotion d'un public norm&#233; aux conditions g&#233;n&#233;rales de l'ordre et de la r&#232;gle du jeu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; une nouvelle dyade&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette nouvelle dyade remplace la dyade commun&#233;ment utilis&#233;e jusque-l&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (concept majeur/concept mineur) pour tenter de sortir une fois pour toutes de l'id&#233;e purement commerciale du concept de film. Cette approche commerciale existe, je viens d'en parler, mais elle n'a rien de conceptuel &#224; proprement parler, c'est-&#224;-dire au sens philosophique, car elle ne rend pas compte des films &lt;i&gt;en eux-m&#234;mes&lt;/i&gt;. La nouvelle dyade, au contraire, permet de comprendre en quoi un film est une pure &lt;i&gt;exp&#233;rience de pens&#233;e&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut envisager un film avec des rep&#232;res. On peut imaginer, en faisant un petit effort mental, qu'un film est &#224; la crois&#233;e de deux plans (perpendiculaires). Il y a, d'une part, &#224; l'horizontale, le plan de d&#233;veloppement du concept dans un film qui permet de d&#233;ployer &lt;i&gt;l'histoire&lt;/i&gt; (c'est celui dont Truby a parl&#233; dans son livre) &#8211; c'est l'objet de la premi&#232;re partie de mon livre ; il y a, d'autre part, &#224; la verticale, le plan de la cr&#233;ation des concepts et qui prend la forme d'une &#233;chelle de pens&#233;e (ce point Truby n'en parle absolument pas) &#8212; c'est l'objet de la seconde partie de mon livre. L'invention de concepts filmiques est une dimension qui implique un travail de d&#233;coupe virtuelle sur &lt;i&gt;l'actuel&lt;/i&gt;, autrement dit une certaine op&#233;ration sur ce qu'on appelle souvent la &#171; r&#233;alit&#233; &#187; (ce que nous vivons). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sc&#233;nariste se place n&#233;cessairement sur un certain palier de pens&#233;e pour cr&#233;er son concept, pour le fa&#231;onner, le sculpter de fa&#231;on &#224; soustraire &#224; la r&#233;alit&#233; certaines de ses d&#233;terminations (c'est une op&#233;ration ou &lt;i&gt;geste de mutilation&lt;/i&gt;, dans mon langage). Il associe, au premier barreau de l'&#233;chelle, un objet ou un personnage &#224; une d&#233;termination qui lui est &#233;trang&#232;re. Ainsi pour donner un premier exemple, dans &lt;i&gt;The Car&lt;/i&gt; [Elliot Silverstein, 1976], une voiture se met &#224; tuer tous les passants qu'elle rencontre, mais au lieu d'assimiler la voiture &#224; un chauffard de la route, le concept du film consiste &#224; associer la voiture au diable, elle est m&#234;me le diable &lt;i&gt;en personne&lt;/i&gt;. Le concept mutile le r&#233;el qui nous est familier, le modifie partiellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois cr&#233;&#233;, le concept doit travailler le film. Nous pouvons voir progressivement le concept appara&#238;tre en regardant le film &#8212; le plan horizontal. Le film tourne autour d'une id&#233;e originale (concept), il ne peut fonctionner autrement. Que la voiture soit le diable, dans mon exemple pr&#233;c&#233;dent, on ne le comprend pas tout de suite, c'est cela la subtilit&#233;, c'est pour cela qu'&lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt; concept : si on avait l'assurance que c'est le diable, on s'arr&#234;terait de regarder le film, il n'y aurait plus de d&#233;sir ! Truby dit vrai en parlant d'&#171; originalit&#233; de l'histoire &#187; pour d&#233;finir le concept. Il y a plusieurs &#233;l&#233;ments dans le film qui nous portent &#224; cette id&#233;e originale : le carton et le &lt;i&gt;Dies Irae&lt;/i&gt; de Berlioz dans le g&#233;n&#233;rique, l'absence de conducteur, la vision du conducteur en cam&#233;ra subjective est donn&#233;e avec un filtre rouge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre exemple si vous voulez : dans &lt;i&gt;Orca&lt;/i&gt; [Michael Anderson, 1977], le sc&#233;nariste fait d'un &#233;paulard un &#234;tre redoutable qui traque l'homme, dans la lign&#233;e de &lt;i&gt;Moby-Dick&lt;/i&gt; : ici l'originalit&#233; c'est de pr&#234;ter des traits &#233;motionnels anthropomorphiques &#224; un animal et de lui pr&#234;ter des intentions vengeresses. L'originalit&#233; d'un film, c'est toujours une &lt;i&gt;falsification du r&#233;el&lt;/i&gt;, une modification qui va entra&#238;ner tout un r&#233;gime de cons&#233;quences que le spectateur devine ou esp&#232;re en voyant le film, mais que souvent il ne voit pas tout de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan vertical, un film ne peut avoir qu'un concept, donc un seul palier, mais en consid&#233;rant une pluralit&#233; de films, il peut y avoir plusieurs paliers diff&#233;rents, parce que les concepts n'ont pas tous la m&#234;me intensit&#233; et le m&#234;me degr&#233; d'abstraction (relativement au r&#233;el). Le concept en tant qu'il nous retire la possibilit&#233; de comprendre directement &lt;i&gt;de quoi on parle vraiment dans le film&lt;/i&gt; est d&#233;sirable. Le d&#233;sir vient de ce que le film &#233;gr&#232;ne le concept par petites touches, autrement dit parce qu'il n'est pas pr&#233;sent &lt;i&gt;d'un coup&lt;/i&gt;. L'&#233;chelle est une sorte de &#171; perspectivisme &#187; (P. Veyne) qui permet au spectateur de penser plus facilement la diff&#233;rence entre les films. Sur chaque palier, un concept op&#232;re une &#171; mutilation &#187; du r&#233;el (&lt;i&gt;c'est sa fonction principale&lt;/i&gt;) et ce vide va cr&#233;er, on en parlera j'esp&#232;re, une sid&#233;ration du spectateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette mutilation g&#233;n&#232;re en m&#234;me temps &#224; la fois une sid&#233;ration (affect) et un type de possession du spectateur. L'affect produit fait que nous continuons &#224; regarder pour comprendre. La force ou l'intensit&#233; de la &lt;i&gt;possession (du spectateur) par le concept d&#233;pend de sa place sur l'&#233;chelle&lt;/i&gt;. Plus on monte dans l'&#233;chelle, plus la possession du spectateur est forte. Et par possession, il faut entendre &lt;i&gt;emprise&lt;/i&gt; (l'emprise du cin&#233;ma sur lui, du studio). C'est la mise en &#339;uvre d'un dispositif qui prend en compte aussi le fait d'&#234;tre dans une salle obscure, d'&#234;tre en relation avec une musique. Il ne faut jamais l'oublier, le cin&#233;ma est une &#171; technologie de pouvoir &#187; (Foucault), dans laquelle les spectateurs sont pris dans un &#171; diagramme de pouvoir &#187; qui les normalise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les sc&#233;naristes n'ont presque jamais conscience d'&#234;tre sur une telle &#233;chelle (du virtuel), ils cr&#233;ent des concepts pour ainsi dire &#224; l'aveugle et leur travail consiste simplement &#224; les d&#233;ployer dans une histoire, sur un plan horizontal. Ils s'inspirent souvent de ce qu'ils ont lu. Ils ne se posent jamais la question de l'essence du concept, c'est-&#224;-dire de sa place dans l'&#233;chelle et de l'impact normatif que ce concept a sur le plan existentiel des spectateurs. Ils cherchent plut&#244;t &#224; pr&#233;server la moralit&#233; du personnage principal. Parler de &lt;i&gt;high concept&lt;/i&gt; est donc r&#233;ducteur : &#224; la limite, c'est une vision d&#233;grad&#233;e du &lt;i&gt;concept majeur&lt;/i&gt; qui est le vrai objet dont ils s'occupent. Les concepts filmiques sont le plus souvent majeurs, ils sont en accord avec la logique normative qui, derri&#232;re l'argent, est au c&#339;ur des pr&#233;occupations des soci&#233;t&#233;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Malgr&#233; leurs diff&#233;rences, les concepts peuvent-ils avoir des traits communs ? Pr&#233;cis&#233;ment y a-t-il des traits communs aux concepts majeurs et des traits propres aux concepts mineurs ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui il y a sur l'&#233;chelle des concepts une s&#233;paration : les concepts du dernier palier ne fonctionnent pas de la m&#234;me fa&#231;on que ceux qui le pr&#233;c&#232;dent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les films majeurs concernent les premiers paliers de l'&#233;chelle. Ils partagent deux cat&#233;gories communes : il y a un d&#233;roulement ferm&#233; du film, qui va d'un d&#233;but &#224; une fin, une histoire ; et il y a une logique de la parent&#233;, de la filiation. Le concept d'un film majeur vient &lt;i&gt;pincer&lt;/i&gt; l'histoire et &lt;i&gt;distordre&lt;/i&gt; la filiation. Sans lui, il n'y aurait aucun int&#233;r&#234;t &#224; suivre la progression des personnages dans leur &#233;volution et leurs relations. On peut donc tr&#232;s bien se placer sur un palier du concept et y rencontrer Spielberg et ne jamais y rencontrer Nolan qui est sur un autre. Entre &lt;i&gt;ET&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Tenet&lt;/i&gt;, les concepts ne sont pas du m&#234;me type, ils n'appartiennent pas aux m&#234;mes paliers. &lt;i&gt;ET&lt;/i&gt; modifie notre perception de l'extraterrestre issue du cin&#233;ma construit dans les ann&#233;es 1950 et qui met en jeu un certain rapport &#224; la filiation. Dans ce film, se noue entre le petit humain et l'extraterrestre un lien indissoluble : une partie des fluides de l'homme passera dans l'extraterrestre et inversement l'extraterrestre &#171; entrera &#187; dans la t&#234;te du petit gar&#231;on rien qu'en le touchant. &lt;i&gt;Tenet&lt;/i&gt; implique une autre configuration de la r&#233;alit&#233; et un autre type de filiation, car la r&#233;alit&#233; est fondamentalement prise dans un d&#233;doublement sym&#233;trique et invers&#233; du r&#233;el (comme le palindrome du titre le sugg&#232;re d&#233;j&#224;). Les cat&#233;gories du majeur sont des cat&#233;gories qui &lt;i&gt;bouclent&lt;/i&gt; le film sur lui-m&#234;me, qui en font un &#339;uf.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les cat&#233;gories du cin&#233;ma mineur viennent emp&#234;cher que le film se boucle sur lui-m&#234;me. Parler de concepts mineurs peut au premier abord poser une difficult&#233;, car le mot &#171; concept &#187; est d&#233;j&#224; employ&#233; pour d&#233;signer les concepts majeurs. Le concept majeur a plusieurs paliers : sur l'un, on rencontre des personnages singuliers ; sur un autre une composante filmique (comme la couleur) qui alors joue un r&#244;le fondamental dans la compr&#233;hension d'un film ; sur un autre, le concept a &#224; voir avec des id&#233;es scientifiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi alors user du m&#234;me mot (concept) pour parler des films mineurs ? Parce que le concept mineur est sur la m&#234;me &#233;chelle d'abstraction, virtuelle ! C'en est m&#234;me le degr&#233; le plus haut qui pourrait s'apparenter dans le domaine de la physique &#224; un &#171; potentiel-connexion &#187; (Gilles Ch&#226;telet). Mais c'est un palier qui ne fonctionne pas du tout comme ceux qui le pr&#233;c&#232;dent. Le mineur c'est l'approche conceptuelle la plus haute de l'&#233;chelle. &#192; ce niveau la possession n'op&#232;re plus, il y a plut&#244;t &lt;i&gt;d&#233;possession&lt;/i&gt; par rapport aux normes et aux dispositifs de pouvoir du cin&#233;ma dans un film. C'est &#224; ce niveau que nous entrons dans une &lt;i&gt;d&#233;fection&lt;/i&gt;. Le film mineur &lt;i&gt;fuit&lt;/i&gt; toute filiation et ne reboucle plus sur lui-m&#234;me (retour &#224; l'origine) alors que les paliers inf&#233;rieurs du concept (les concepts majeurs) mettent en place des niveaux d'emprise du concept sur un spectateur &lt;i&gt;lambda&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'emprise dans un film majeur peut varier : elle sera plus forte dans un film de Nolan que dans un film de Spielberg, car l'un nous porte &#224; une conception particuli&#232;re de la famille alors que l'autre met en &#339;uvre des concepts scientifiques qui bousculent radicalement notre perception du r&#233;el. Mais ces cin&#233;astes font des films majeurs, ils ne savent faire que cela. Dans le cin&#233;ma mineur, on touche &#224; ce que Deleuze appelle l'&#233;v&#233;nement. Dans &lt;i&gt;2001, l'odyss&#233;e de l'espace&lt;/i&gt;, il n'est pas vraiment int&#233;ressant de donner une r&#233;ponse &#224; la question : qu'est-ce que le monolithe ? Car c'est comme vouloir se placer sur un palier de film majeur. Et c'est tentant, car Kubrick fait le film dans le cadre des Majors ! Mais voil&#224;, Kubrick fait d&#233;border le concept si l'on peut dire : il pousse l'interrogation sur l'origine tr&#232;s loin et finit par la dissoudre. On ne sait rien de ce monolithe, rien de qui l'a construit. Dieu ? Des extraterrestres ? Peu importe. L'intention de Kubrick c'est de nous faire &#233;prouver quelque chose, c'est &lt;i&gt;l'affect&lt;/i&gt; qu'il recherche. Qu'est-ce que le monolithe nous fait &lt;i&gt;&#224; nous&lt;/i&gt; spectateurs ? Et qu'est-ce &#231;a change pour les personnages du film ? La pierre noire est un incubateur autant qu'un perturbateur &#233;cologique. Le cin&#233;ma est une &lt;i&gt;exp&#233;rience du changement&lt;/i&gt;, quand le mineur prend les commandes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se placer &#224; un certain niveau de l'&#233;chelle, c'est donc ne pas &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; toute l'&#233;chelle (avoir conscience des autres niveaux). Mais consid&#233;rer cette &#233;chelle en elle-m&#234;me &#8212; donc penser les caract&#232;res de tous les paliers qui la constituent &#8212; permet de cerner v&#233;ritablement l'amplitude du concept. C'est ici qu'on entre dans &lt;i&gt;l'approche philosophique&lt;/i&gt; du concept filmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous insistez dans le livre sur le fait qu'il faut accorder la priorit&#233; &#224; l'approche du spectateur &#8212; mais souvent, le philosophe semble prendre le pas sur le spectateur ordinaire&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un concept de film implique de la part du spectateur une capacit&#233; &#224; regarder, &#224; voir les d&#233;tails, il faut exercer son regard (et aussi ses oreilles). Il faut un d&#233;centrement. S'il a lieu, avec le temps, le concept sera plus facile &#224; trouver pour le spectateur. Le concept de film, chacun peut en droit le trouver ou finir par le trouver. Mais dans les faits, cela n'arrive pas souvent. La plupart des gens sont des consommateurs. La soci&#233;t&#233; a pris un terrible virage (et visage) et les gens deviennent de plus en plus des somnambules. La consommation des films rend idiot et ne permet m&#234;me pas de franchir le premier &#233;chelon de l'&#233;chelle. Beaucoup de consommateurs ne comprennent pas tout ce qu'ils voient dans un film ou seulement des bribes. Il y a des lacunes, des trous. De toute fa&#231;on, ce qui importe, pour eux, c'est de consommer : ils ne tirent pas de v&#233;ritable satisfaction &#224; comprendre le film, mais &#224; le voir. Et c'est encore plus vrai, quand on demande &#224; un consommateur de films d'en &#233;valuer plusieurs &#224; la fois. Il ne sait pas quoi dire. Ou seulement des banalit&#233;s. Le spectateur ordinaire n'a pas d'&#233;ducation &#224; l'image et au son, il ne peut se d&#233;centrer lui-m&#234;me et reste donc riv&#233; aux &lt;i&gt;dispositifs du cin&#233;ma&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alors ce d&#233;centrement, est-ce la philosophie qui peut l'apporter ? Ou n'est-ce pas plut&#244;t la critique qui est la mieux plac&#233;e pour consid&#233;rer les films ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas forc&#233;ment besoin d'avoir fait des &#233;tudes de philo pour trouver le concept du film, cela peut m&#234;me &#234;tre un handicap, car souvent le philosophe de formation n'a pas conscience que lui-m&#234;me est dans un dispositif &#8212; celui de l'enseignement &#8212;, qui le contraint. Au passage, ce n'est peut-&#234;tre pas pour rien que Spinoza, en son temps, avait refus&#233; un poste &#224; l'universit&#233;. Le philosophe doit donc n&#233;cessairement se d&#233;centrer des exigences de l'enseignement institutionnalis&#233;. Il faut avoir le courage de d&#233;velopper sa propre pens&#233;e et souvent une &#171; mati&#232;re &#233;trang&#232;re &#187; (Canguilhem) &#224; la philosophie le permet. Il faut s'en arracher et y revenir autrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les critiques de cin&#233;ma ? Ne sont-ils pas des spectateurs avertis, dont le jugement nous aide &#224; mieux entrer dans le film ? &#192; vrai dire, ils ne sont pas mieux plac&#233;s. Mieux ils parasitent la saisie des concepts par tout un discours qui r&#233;-encha&#238;ne avec la filiation et l'origine. Ils n'ont de cesse de parler d'un film pour qu'il &lt;i&gt;reboucle sur lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. Pour le dire autrement, ils restent dans l'esprit des studios. On en voit beaucoup sur la Croisette, qui font des pronostics sur les futurs &#171; palm&#233;s &#187; du Festival de Cannes. Mais ce sont surtout les revues et les magazines de cin&#233;ma qui d&#233;naturent compl&#232;tement l'exp&#233;rience du film. Ils sont d'ailleurs ceux que consultent en premier les consommateurs. Les critiques litt&#233;raires ont investi le cin&#233;ma. Ils ont gomm&#233; tout l'apport des th&#233;oriciens russes du cin&#233;ma et d'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale du constructivisme. &#192; mon sens, il faudrait en finir avec la critique du cin&#233;ma qui n'est rien d'autre qu'une activit&#233; marchande &#224; mes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Saisir l'essence du concept d'un film, c'est &#234;tre capable de le voir comme il est et pas autrement. Il faut faire l'exp&#233;rience du film. Le d&#233;centrement c'est le film qui le produit d&#233;j&#224;, car il s'agit avant tout de sid&#233;rer le spectateur, de le mettre dans une forme d'impuissance. Le concept vient mettre en sid&#233;ration le spectateur. Le concept est ce qui vient provoquer en nous l'interrogation, quelque chose qui fait que le film ne reboucle pas avec lui-m&#234;me. Cela veut dire que son d&#233;roulement ne suit pas une lin&#233;arit&#233; pr&#233;visible et que l'on ne devine pas ce qui est original dans le film avant la toute fin du film. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le film &lt;i&gt;sid&#232;re&lt;/i&gt; le spectateur et active son activit&#233; critique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au commencement, en effet, &#233;tait la sid&#233;ration : c'est elle qui fait que les films ne se recollent pas avec le r&#233;el. Les g&#233;n&#233;riques de Saul Bass ne recollent pas avec le film et le r&#233;el, c'est qu'ils sont sid&#233;rants en eux-m&#234;mes, ils produisent de &#171; l' affect &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un affect n'est pas un sentiment et ne renvoie pas non plus &#224; l'inconscient. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La sid&#233;ration est cependant de courte dur&#233;e dans un film majeur, bient&#244;t le film devra reboucler avec une explication (une lign&#233;e, une fin). Le film encha&#238;ne ses plans que nous suivons sans tout comprendre, et les choses deviennent plus difficiles &#224; comprendre, jusqu'&#224; ce que le film injecte des indices qui nous font converger vers la v&#233;rit&#233; de toute l'intrigue. Le concept de film tient dans la mani&#232;re de d&#233;rouler l'histoire &lt;i&gt;dans le temps&lt;/i&gt; sans que l'on puisse deviner tout de suite la fin : dans un film majeur, la sid&#233;ration est &#224; retardement ; dans un film mineur, elle est, au contraire, continue, perp&#233;tuelle. Le concept cr&#233;e de la dur&#233;e (Bergson), il nous met pour cela dans des bifurcations, sur des sentiers qui ne m&#232;nent nulle part tout en nous laissant des indices. Et si, dans la vie, la sid&#233;ration joue aussi un r&#244;le, elle y est beaucoup moins pr&#233;sente que dans les films : au quotidien tout le monde n'est pas confront&#233; &#224; la sid&#233;ration. Le r&#233;el ne fait pas question, il se pr&#233;sente sous le r&#233;gime des habitudes, des normes, bref il n'est pas &lt;i&gt;funky&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La sid&#233;ration dans la r&#233;alit&#233;, c'est m&#234;me quelque chose d'assez rare. C'est parfois le bruit du c&#339;ur d'un enfant dans le ventre de sa m&#232;re qui impr&#232;gne son p&#232;re d'un halo d'&#233;v&#233;nementialit&#233;, c'est parfois la perte d'un ami tr&#232;s t&#244;t dans l'enfance, c'est parfois la souffrance inflig&#233;e par un p&#232;re, c'est parfois une identit&#233; religieuse compliqu&#233;e, c'est parfois le fait de vivre dans un milieu pauvre. &#199;a peut-&#234;tre aussi tout cela &#224; la fois. Les plus secou&#233;s par la vie sont plus &#224; m&#234;me de perdre leur &#233;quilibre, mais la vie leur appara&#238;t autrement que comme une &#233;vidence, elle leur &#233;chappera continuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La sid&#233;ration n'active pas n&#233;cessairement la r&#233;flexion critique &#8212; elle peut, au contraire, la paralyser&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, j'en conviens. La sid&#233;ration ne produit rien, elle bloque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est par exemple la position de Fr&#233;d&#233;ric Worms dans son livre Sid&#233;ration et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le discours de la psychanalyse justement c'est d'essayer de comprendre l'affect. Mais cela, c'est le point de vue habituel. La sid&#233;ration produite par le film n'est pas la m&#234;me que celle qui se produit dans la r&#233;alit&#233; (&#233;v&#233;nement des attentats de 2015, par exemple), je veux dire qu'il y a une sacr&#233;e diff&#233;rence. La sid&#233;ration, dans un film, &lt;i&gt;fait partie du concept&lt;/i&gt;, elle n'est pas un effet ext&#233;rieur au film, elle est contr&#244;lable. Elle appartient au &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt; filmique lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie &#224; Raymond Bellour qui est l'un des premiers &#224; avoir bien saisi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et c'est pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le du concept de la &#171; produire &#187; pour perturber le spectateur. Cela passe par le montage. Ce n'est pas relativement &#224; une situation que le spectateur est sid&#233;r&#233;, c'est dans la mani&#232;re dont il per&#231;oit le film, son montage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le spectateur est impuissant &#224; saisir le film en lui-m&#234;me, d'une part parce que tant que le film n'est pas fini, les images d&#233;filent, mais surtout parce que l'agencement des images est &#171; compliqu&#233; &#187; par les sc&#233;naristes/r&#233;alisateurs pour que nous ne comprenions pas toute l'histoire &lt;i&gt;d'un coup&lt;/i&gt;&#8230; L'exp&#233;rience du film est justement celle d'un d&#233;centrement, on est port&#233; &#224; s'interroger, parce que les choses nous &#233;chappent. La sid&#233;ration est pr&#233;cis&#233;ment la condition de notre d&#233;centrement. Comme Karin dans &lt;i&gt;Stromboli&lt;/i&gt; (Rossellini), les choses nous &#233;chappent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un film majeur, la sid&#233;ration qui bloque l'esprit du spectateur est neutralis&#233;e au moment de la &#171; r&#233;solution &#187; du film, o&#249; tout s'&#233;claire. Mais au cours du film, un recentrage progressif est n&#233;cessaire, qui expose le concept. Les indices dans les plans qui en indiquent l'existence att&#233;nuent le d&#233;sir du film, si nous les d&#233;cryptons, car nous commen&#231;ons &#224; comprendre notre errance. La fin du film est un &lt;i&gt;retour &#224; la norme&lt;/i&gt; (morale).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas le cas dans un film mineur, o&#249; le concept est centrifuge : la rencontre avec le volcan dans le film de Rossellini est un bon exemple de film mineur, on ne sait rien de ce qui va arriver (Karen va-t-elle rentrer chez elle ou quitter l'&#238;le de Stromboli ?). La sid&#233;ration, ici, brille de mille feux et ne s'&#233;teint jamais. Le concept reste &#171; ouvert &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours philosophique permet de clarifier les usages du concept. Et il s'av&#232;re que la sid&#233;ration n'est donc pas ici une limite de la raison, ce qui la bloque simplement, mais une ruse du cin&#233;ma pour d&#233;clencher en nous un d&#233;sir. C'est parce que nous ne comprenons pas qu'on est pouss&#233; &#224; aller plus loin dans le film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-on dire qu'un concept s'identifie &#224; proprement parler dans un film lorsque le philosophe y reconna&#238;t ses propres pr&#233;occupations, ses propres proc&#233;dures, ses propres fa&#231;ons d'op&#233;rer la pens&#233;e &#8212; ou bien est-ce l&#224; une approche trop restrictive de la notion de concept ? En d'autres termes, jusqu'&#224; quel point la philosophie (le philosophe) doit-elle se d&#233;centrer pour approcher le concept au cin&#233;ma ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie n'est qu'une possibilit&#233; parmi d'autres de mettre en discours la sid&#233;ration du cin&#233;ma, de l'apprivoiser, on pourrait faire appel &#224; la psychanalyse ou &#224; d'autres discours, mais voil&#224;, ces discours sont lest&#233;s de normativit&#233; : ce que la philosophie n'a pas en elle-m&#234;me. Le sc&#233;nariste des films majeurs cherche &#224; exploiter la sid&#233;ration du spectateur, mais elle n'est le plus souvent qu'un moyen pour lui de nous porter vers une morale (normativit&#233;). C'est son gagne-pain. Le film mineur, au contraire, nous laisse dans la sid&#233;ration, voire l'augmente sans lui insuffler une quelconque rationalit&#233; rassurante et explicative. C'est &#224; nous de faire avec, nous sommes le plus souvent d&#233;munis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a un autre int&#233;r&#234;t &#224; passer par la philosophie pour penser le cin&#233;ma et le concept en particulier. L'activit&#233; de la philosophie, vous &#234;tes bien plac&#233; pour le savoir, c'est &#171; cr&#233;er des concepts &#187; selon la d&#233;finition qu'en donne Deleuze. Son objet, si l'on peut dire, ce sur quoi elle se penche, ce sont les sid&#233;rations qui se produisent &lt;i&gt;sur tous les plans du r&#233;el&lt;/i&gt; (cin&#233;ma, etc.). Le cin&#233;ma et la philosophie se rejoignent donc sur cet objet de la sid&#233;ration, et comme elle est li&#233;e au concept, vous comprenez pourquoi, la philosophie est plus l&#233;gitime qu'un autre discours pour penser cet aspect du cin&#233;ma. La philosophie fait surgir le plan vertical dont j'ai parl&#233; tout &#224; l'heure. La philosophie nous aide &#224; interroger l'essence du cin&#233;ma, son plan de d&#233;veloppement, et c'est par l'&#233;chelle du concept (filmique) que le cin&#233;ma s'&#233;claire. En d&#233;centrant notre rapport au film, en appr&#233;hendant son concept plut&#244;t que de se laisser simplement orient&#233; par l'intrigue, nous ne faisons pas encore de la philosophie, il faut penser des relations entre les films, il faut voir comment les films se nouent, les tensions, les accords, faire des va-et-vient &lt;i&gt;sur l'&#233;chelle&lt;/i&gt;. C'est une logique d'ascenseur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le philosophe lui-m&#234;me n'est pas un &#234;tre &lt;i&gt;pur&lt;/i&gt;, il doit aussi se d&#233;centrer, quitter le terrain des auteurs, du familier, et &#233;prouver toute &#171; mati&#232;re &#233;trang&#232;re &#187; (comme disait, je crois, Canguilhem), qu'il rencontre. Le cin&#233;ma ne peut pas &#234;tre &#171; son objet &#187;, tant que la philosophie se laisse d&#233;poss&#233;der de sa puissance par les institutions d'&#201;tat, qui limitent le cours de philosophie &#224; une sorte herm&#233;neutique du savoir. &#201;tudions Kant, Descartes&#8230; on a plus affaire &#224; de l'histoire de la philosophie qu' &#224; la philosophie elle-m&#234;me. La philosophie, &#224; l'universit&#233;, est coup&#233;e de la vie, de &#171; l'actualit&#233; &#187; (Foucault). La philosophie doit aussi s'int&#233;resser &#224; ce qui vient bloquer la pens&#233;e, &#224; son &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a du concept dans un film tant que la sid&#233;ration ne dispara&#238;t pas. C'est elle le moteur dans &lt;i&gt;l'histoire&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma se rapproche de la philosophie, de l'acte de philosopher qui part aussi de la sid&#233;ration. Mais dans le cas des films majeurs, la sid&#233;ration n'est qu'une ruse, elle tend &#224; s'expliquer au bout du compte par un traumatisme, comme dans le &lt;i&gt;giallo&lt;/i&gt; ; le concept n'est justement l&#224; que pour qu'on pr&#234;te attention au film, pour que tienne en place le dispositif d'assujettissement du spectateur aux normes. Dans le cas des films mineurs, la sid&#233;ration nous emporte, mais nous ne la subissons pas, elle devient une force. Le cin&#233;ma mineur nous arrache aux normes, &lt;i&gt;il est une autre mani&#232;re de faire de la philosophie&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne reconnais pas donc pas dans le concept de cin&#233;ma mes propres pr&#233;occupations, j'y vois plut&#244;t clairement un questionnement du r&#233;el avec deux possibilit&#233;s : cr&#233;er de la sid&#233;ration pour nous ramener aux normes ou pour les faire fuir. La philosophie comme le cin&#233;ma est un champ de mines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle id&#233;e vous faites-vous de la philosophie ? Et comment en &#234;tes-vous arriv&#233; &#224; vouloir penser le cin&#233;ma ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma appara&#238;t plus facile &#224; exp&#233;rimenter si on emprunte le chemin de la d&#233;prise philosophique. Il ne se constitue pas en savoir, il reste une exp&#233;rience. Lorsqu'on commence &#224; voir les concepts de films comme des fant&#244;mes qui agissent virtuellement dans les films, alors, on sait que nous sommes dans une telle exp&#233;rience du cin&#233;ma, car on peut percevoir qu'ils ne se comportent pas de la m&#234;me fa&#231;on et en donner les raisons. On d&#233;couvre alors l'&#233;chelle du concept et toute l'&lt;i&gt;&#233;cologie du cin&#233;ma&lt;/i&gt; qui va avec : elle nous appara&#238;t comme une jungle, une v&#233;ritable &#171; h&#233;t&#233;rotopie &#187;, un espace autre (Foucault). Chaque palier ou &#233;chelon du concept a une modalit&#233; d'expression de la sid&#233;ration et traite son environnement diff&#233;remment (personnages, r&#233;alit&#233;, etc.). Le cin&#233;ma s'appr&#233;hende selon des mondes diff&#233;rents, des &#171; esp&#232;ces d'espaces &#187; (Perec) que sont les paliers virtuels.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rencontre entre le cin&#233;ma et la philosophie passe par &lt;i&gt;la sid&#233;ration&lt;/i&gt;. Elle na&#238;t de la soustraction de r&#233;el. C'est donc la mani&#232;re dont le r&#233;el nous est retir&#233; dans un film qui nous dit quel concept est &#224; l'&#339;uvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi, la philosophie est moins la recherche d'un savoir (vrai) qu'une d&#233;prise d'un savoir. Pour &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; de la philosophie, il faut faire l'&#233;preuve du r&#233;el, prendre le risque d'&#233;chouer &#224; le penser. L'enseignement de la philosophie est cloisonn&#233; : un sp&#233;cialiste de Hegel, comme le ferait un religieux dans une &lt;i&gt;yeshiva&lt;/i&gt;, s'enferme dans les textes pour les comprendre. La plupart du temps, le travail de th&#232;se consiste essentiellement &#224; apporter un &#233;clairage nouveau sur telle ou telle pens&#233;e d&#233;j&#224; institu&#233;e par l'universit&#233;. Le th&#233;sard prend rarement le risque de choisir un sujet hors des sentiers d'une pens&#233;e d&#233;j&#224; constitu&#233;e. On retrouve cette m&#234;me imposture (bourgeoise) dans la mani&#232;re dont l'&#201;tat veut qu'on l'enseigne au lyc&#233;e. La meilleure preuve, c'est qu'on ne peut pas inventer des concepts dans un cours de Terminale, on ne peut que servir ou resservir des concepts d&#233;j&#224; tout cuits aux &#233;l&#232;ves. On est n&#233;cessairement &lt;i&gt;ext&#233;rieur&lt;/i&gt; &#224; ce que l'on fait. Il y a quelque chose de paradoxal. C'est une forme d'ali&#233;nation. Certes moins terrible que celle que le travailleur subit &#224; l'usine. L'&#201;tat interdit toute cr&#233;ation, le programme est l&#224; pour veiller &#224; la bonne tenue du cours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le questionnement philosophique m'est venu tr&#232;s t&#244;t. C'est arriv&#233; quand je devais avoir 7 ou 8 ans. &#192; cette &#233;poque, derri&#232;re la maison familiale, il y avait une prison. J'habitais en bordure de la ville, dans le Nord. C'&#233;tait une prison du type de celle qui est d&#233;crite dans &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, avec des b&#226;timents en forme d'&#233;toile. Il me semblait deviner, derri&#232;re ce qui me semblait avec mes yeux d'enfant n'&#234;tre qu'une &#171; muraille &#187; avec son &#171; ch&#226;teau &#187;, une certaine &#171; dynamique &#187; du pouvoir. Je me demandais si cette &#171; dynamique &#187; du pouvoir avait quelque chose &#224; voir avec la duret&#233; dont faisait preuve mon p&#232;re &#224; mon &#233;gard, un ouvrier, qui devait avoir beaucoup souffert pour &#234;tre aussi injuste envers son fils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Non, la philosophie ne m'est pas venue &#224; travers des livres. Je ne lisais pas car il n'y avait pas de livres &#224; la maison &#8212; si ce n'est quelques romans policiers. Mon p&#232;re disait que lire ne servait &#224; rien et il m'incitait &#224; ne pas lire. Annie Ernaux ou Didier Eribon racontent des exp&#233;riences similaires dans leurs livres. J'avais du temps pour sortir, pour jouer, pour m'ennuyer. C'&#233;tait aussi l'&#233;poque o&#249; je voyais beaucoup de films, beaucoup de s&#233;ries, chez ma grand-m&#232;re, le mardi soir, o&#249; je dormais chez elle, et chez mes parents. La plupart des films &#233;taient vus au magn&#233;toscope. On pouvait rembobiner le film, c'&#233;tait tr&#232;s &#233;trange. Pour la premi&#232;re fois, on avait le pouvoir d'agir sur le film, de le revoir &lt;i&gt;si on le voulait&lt;/i&gt;&#8230; avec la possibilit&#233; d'aiguiser son regard cin&#233;matographique. Je regardais beaucoup de films en cachette, des films interdits, des films de genre ou &#233;tranges. Je ne partageais pas ces exp&#233;riences avec mes camarades. Les t&#233;l&#233;phones portables n'existaient pas. J'accompagnais ma m&#232;re &#224; la vid&#233;oth&#232;que et je fouinais partout, &#224; regarder les &#233;crans qui s'y trouvaient (le cin&#233;ma gore et x surtout). Je n'&#233;tais pas particuli&#232;rement ob&#233;issant, donc je regardais les jaquettes des films et je convainquais ma m&#232;re d'emprunter certains films.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma grand-m&#232;re, ma &lt;i&gt;savta&lt;/i&gt;, me laissait voir chez elle des films hollywoodiens des ann&#233;es 50, 60, 70 quand il passait &#224; la t&#233;l&#233;vision. Le cin&#233;ma avait quelque chose qui me portait au questionnement. Est-ce parce que je voyais trop de films que je me posais des questions ? Le questionnement portait moins sur les films, les s&#233;ries que sur l'attraction de l'&#233;cran sur ma personne. Je ne pouvais pas me passer de voir des films. Ce n'&#233;tait pas une drogue, c'&#233;tait une joie intense. Pour moi, le cin&#233;ma n'&#233;tait pas une mani&#232;re de fuir le r&#233;el, c'&#233;tait plut&#244;t le r&#233;el qui fuyait&#8230; c'est cela qui m'int&#233;ressait, cette fuite du r&#233;el, comme s'il allait entrer dans le trou b&#233;ant de l'&#233;cran de t&#233;l&#233;vision ou de l'&#233;cran cin&#233;ma. Les films me sid&#233;raient. &#192; chaque film regard&#233;, ma fa&#231;on de percevoir le monde &#233;tait remise en question. Il n'y avait jamais de certitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la figure du zombie qui m'a le plus marqu&#233; et notamment les zombies tels qu'on les voit dans &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt; (Romero, 1968). Je revois encore l'attaque de la maison, o&#249; Barbara s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e. Je revois aussi la lenteur des pas des zombies, la mani&#232;re dont les hommes se calfeutrent dans le living-room. Les images &#233;taient diffus&#233;es en boucle sur un &#233;cran dans une vid&#233;oth&#232;que o&#249; ma m&#232;re avait ses habitudes. Le climat obsidional me faisait songer sans savoir pourquoi que ce n'&#233;taient pas les zombies les m&#233;chants. Mon appr&#233;ciation tenait peut-&#234;tre &#224; l'ambiance, la musique, la lumi&#232;re, le montage, ou au jeu des zombies. Toujours est-il que j'avais le sentiment que les hommes &#233;taient emp&#234;tr&#233;s dans des normes et que les morts-vivants &#233;taient plus libres. Ce souvenir ne m'a jamais quitt&#233;. Les zombies sont des personnages conceptuels (Deleuze), ils fuient les rapports d'assujettissement du pouvoir, ne sont donc pas anim&#233;s par des pulsions. Ce sont si l'on veut des id&#233;es. Le r&#233;el est mutil&#233;, il permet de faire que les lois de la nature ne fonctionnent plus et que les humains sont confront&#233;s &#224; autre chose qu'eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mais ce que vous racontez l&#224;, c'est un devenir-zombie, ou philosophe-zombie, plus pr&#233;cis&#233;ment !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre ! J'ai tent&#233; de mettre en mots cette exp&#233;rience des zombies au cin&#233;ma dans mon premier livre sur le cin&#233;ma consacr&#233; &#224; George Romero&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Joachim Daniel Dupuis, George A Romero et les zombies (L'Harmattan, 2014).&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le zombie rom&#233;rien m'a toujours beaucoup fait penser, c'est ma &lt;i&gt;premi&#232;re exp&#233;rience de sid&#233;ration au cin&#233;ma&lt;/i&gt;. C'est vrai que les concepts de films mutilent la r&#233;alit&#233; comme les zombies. Mais les concepts sont la plupart du temps majeurs, ils mutilent la r&#233;alit&#233; pour mieux nous y ramener, car une fois que le concept a fonctionn&#233; et qu'il est compris par le spectateur, &lt;i&gt;il accomplit sa fonction&lt;/i&gt;. Le zombie majeur sera un &lt;i&gt;monstre&lt;/i&gt; et le protagoniste celui qui reb&#226;tira un monde norm&#233; de la m&#234;me fa&#231;on qu'avant l'apocalypse. Quand &#231;a reboucle, il n'y a pas de v&#233;ritable r&#233;volution. Il n'y a gu&#232;re que dans les films mineurs que la fonction mutilante perdure (c'est le cas de Romero), ce qui nous permet de questionner &lt;i&gt;tout ce qui produit de la norme&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Romero, soit dit en passant, est un auteur d'une rare puissance. Et si les morts-vivants sont tr&#232;s pr&#233;sents dans son &#339;uvre, ils ne sont pas les seuls. Il revisite aussi la figure du vampire dans &lt;i&gt;Martin&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le concept du film ne se comprend vraiment que s'il est port&#233; par la philosophie, si la philosophie nous aide &#224; concevoir les multiples mutilations et les incidences qu'il peut produire dans notre mani&#232;re de percevoir le r&#233;el (notre r&#233;alit&#233;). Lorsque le cin&#233;ma atteint une port&#233;e mineure, c'est qu'il y a quelque chose en lui qui le porte &#224; accepter que la r&#233;alit&#233; n'est pas un ordre immuable, que la r&#233;alit&#233; n'est pas une &#233;vidence, que le r&#233;el c'est &lt;i&gt;l'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire une &#233;nigme (sans solution).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le concept majeur est, quant &#224; lui, un moyen de faire retour vers les normes. L'ordre plut&#244;t que l'&#233;v&#233;nement. Le cin&#233;ma majeur ruse avec nous, les spectateurs : cela fait gagner de l'argent aux producteurs, mais cela permet aussi de nous soumettre &#224; un dispositif, &#224; des normes pour qu'elles s'enkystent en nous. La philosophie est un outil critique qui permet de prendre la mesure du spectre conceptuel qui va du majeur au mineur. C'est parce que nous pouvons prendre du recul, en nous situant sur l'&#233;chelle des concepts, que le cin&#233;ma ne nous enferme plus. La philosophie construit un &#171; espace autre &#187;, o&#249; les mutilations du r&#233;el se font jour et permet aussi, &#224; un certain degr&#233;, de nous d&#233;centrer compl&#232;tement et d'aller du &#171; c&#244;t&#233; fuyant &#187;, du c&#244;t&#233; du mineur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma cherche au fond &#224; nous d&#233;poss&#233;der de nos croyances, nos certitudes en nous faisant habiter des mondes qui spectralisent notre vision fig&#233;e de la r&#233;alit&#233;. Le cin&#233;ma peut nous faire entrer dans une forme de &#171; d&#233;sertion &#187; (Luca Salza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Luca Salza, Kafka out of joint (Mimesis, 2023).&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) mais peut aussi, comme vous le dites si bien, Alain, &#171; maquiller &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Alain Brossat, Maquiller et d&#233;maquiller le r&#233;el ? (L'Harmattan, 2022).&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De ce point de vue, le cin&#233;ma est un art ambigu, &lt;i&gt;trouble&lt;/i&gt;, &#224; la fois un dispositif et une &#171; h&#233;t&#233;rotopie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concept que j'emprunte &#224; Michel Foucault.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, capable de nous normaliser ou de nous arracher au d&#233;sir d'argent et aux honneurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette nouvelle dyade remplace la dyade commun&#233;ment utilis&#233;e jusque-l&#224; (&lt;i&gt;high-concept&lt;/i&gt; / &lt;i&gt;low concept&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un affect n'est pas un sentiment et ne renvoie pas non plus &#224; l'inconscient. C'est plut&#244;t ce qui fait sortir de d&#233;terminations spatio-temporelles d&#233;termin&#233;es. Ainsi le g&#233;n&#233;rique de fin de &lt;i&gt;West Side Story&lt;/i&gt; est un &#171; sas de d&#233;compression &#187; (Saul Bass), il permet de faire en sorte que le spectateur retrouve ses esprits, apr&#232;s la mort de Tony.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par exemple la position de Fr&#233;d&#233;ric Worms dans son livre &lt;i&gt;Sid&#233;ration et r&#233;sistance&lt;/i&gt; (Descl&#233;e de Brouwer, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie &#224; Raymond Bellour qui est l'un des premiers &#224; avoir bien saisi cette dimension du cin&#233;ma (&lt;i&gt;Le Corps du cin&#233;ma, hypnoses, &#233;motions, animalit&#233;s&lt;/i&gt;, P.O.L., 2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Joachim Daniel Dupuis, &lt;i&gt;George A Romero et les zombies&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Luca Salza, &lt;i&gt;Kafka out of joint&lt;/i&gt; (Mimesis, 2023).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. Alain Brossat, &lt;i&gt;Maquiller et d&#233;maquiller le r&#233;el ?&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concept que j'emprunte &#224; Michel Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'autre Kafka - pour un cin&#233;ma mineur</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1191</link>
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		<dc:date>2023-08-29T21:13:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a de grand, de r&#233;volutionnaire, que le mineur. Ha&#239;r toute litt&#233;rature de ma&#238;tres &#187; (Deleuze et Guattari) &lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze donne deux sens au terme de minorit&#233; : 1&#176;) &#171; minorit&#233; d&#233;signe d'abord un &#233;tat de fait, c'est-&#224;-dire la situation d'un groupe (exemple, les femmes, les Noirs, les Juifs, les homos) qui, quel que soit son nombre, est exclu de la majorit&#233;, ou bien inclus, mais comme une faction subordonn&#233;e par rapport &#224; un &#233;talon de mesure qui fait la loi et fixe la majorit&#233; &#187; ; 2&#176;) &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=59" rel="directory"&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire - Universit&#233; d'&#233;t&#233;, du 22 juillet au 31 juillet 2023 / To be (become) minority - Summer conference, from 7/22 to 7/31&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il n'y a de grand, de r&#233;volutionnaire, que le mineur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ha&#239;r toute litt&#233;rature de ma&#238;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), Kafka, pour une litt&#233;rature mineure, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Deleuze et Guattari)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze donne deux sens au terme de minorit&#233; : 1&#176;) &#171; minorit&#233; d&#233;signe d'abord un &#233;tat de fait, c'est-&#224;-dire la situation d'un groupe (exemple, les femmes, les Noirs, les Juifs, les homos) qui, quel que soit son nombre, est exclu de la majorit&#233;, ou bien inclus, mais comme une faction subordonn&#233;e par rapport &#224; un &#233;talon de mesure qui fait la loi et fixe la majorit&#233; &#187; ; 2&#176;) &#171; minorit&#233; ne d&#233;signera plus un &#233;tat de fait, mais un devenir dans lequel on s'engage &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BENE (C.) et DELEUZE (G.), Superpositions, Paris, Les &#201;ditions de minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Appliqu&#233; au cin&#233;ma le concept de minorit&#233; ouvre la voie &#224; deux approches : A/une histoire d&#233;-coloniale, anthropoc&#232;ne, androc&#232;ne du cin&#233;ma o&#249; seraient d&#233;crites les minorit&#233;s plus ou moins invisibles, plus ou moins stigmatis&#233;es. Par exemple la place &#224; l'&#233;cran des Noirs, des Indiens, des Juifs, des femmes ou de la communaut&#233; LGBT&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quel &#233;cart par exemple entre Naissance d'une nation [David Wark Griffith], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
B/ Ou une approche plus intempestive des &#171; devenirs &#187; qui arrache les films &#224; la domination des studios, &#224; leur loi et &#224; leur &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt;. La premi&#232;re approche est d&#233;j&#224; bien explor&#233;e par la recherche cin&#233;matographique, la seconde est encore &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;I &#8212; Kafka et le cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, j'aimerais revenir sur la provenance du concept de minorit&#233;. Le concept de minorit&#233; &#8212; ou mineur &#8212; est associ&#233; (pour toujours) &#224; &lt;i&gt;la litt&#233;rature&lt;/i&gt; de Kafka, depuis que Deleuze et Guattari ont &#233;crit &lt;i&gt;Kafka, pour une litt&#233;rature mineure&lt;/i&gt;. Il est donc l&#233;gitime de se demander si on peut appliquer r&#233;ellement ce concept au cin&#233;ma. En consid&#233;rant la totalit&#233; de ses &#233;crits, on peut isoler deux ou trois traits sp&#233;cifiques du mineur associ&#233;s au cin&#233;ma. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je citerai tout d'abord la premi&#232;re phrase du &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; (en date du 24 mai 1909) de Kafka : &#171; Les spectateurs se figent quand le train passe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), Journal, traduction Marthe Robert, Paris, Grasset, 1954, p.1.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette phrase renvoie directement au cin&#233;ma. Il s'agit, tout le monde l'aura reconnu, de &lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, film tourn&#233; en 1895 par Louis Lumi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut faire deux premi&#232;res remarques. Ma premi&#232;re, c'est qu'il est question dans cette phrase non pas de tout le film, mais d'un moment pr&#233;cis, le moment critique (le plus intense) du film, qui est aussi son &#171; milieu &#187;. Cette id&#233;e de &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt; est un crit&#232;re du mineur pour Kafka. Je cite encore Kafka : &#171; Toutes les choses qui me viennent &#224; l'esprit se pr&#233;sentent &#224; moi non par leur racine, mais par un point quelconque situ&#233; vers le milieu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#201;crire un journal, c'est saisir les &#233;v&#233;nements d'une journ&#233;e et en garder juste la quintessence, la trace d'un d&#233;sir ; de la m&#234;me fa&#231;on : aller voir un film, c'est ne garder que des moments vol&#233;s, des impressions, des ambiances. &#201;crire un journal, c'est la m&#234;me chose que regarder un film : tout se fait toujours par le milieu. On ne suit pas un ordre. La m&#233;moire ne restitue pas tous les &#233;v&#233;nements dans leur ordre d'apparition.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_759 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j1.jpg' width='500' height='629' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ma seconde remarque, c'est que ce moment est aussi un moment de crispation. Kafka ne retient ni la mise en sc&#232;ne, ni la position de la cam&#233;ra (&#233;chelle humaine et plan g&#233;n&#233;ral) ni le regard des voyageurs qui regardent la cam&#233;ra, mais seulement l'effet produit &#224; un moment donn&#233; sur le spectateur du film. C'est d'ailleurs ce qu'ont retenu aussi les premiers spectateurs du film. Cl&#233;ment-Maurice, charg&#233; de l'organisation des projections des fr&#232;res Lumi&#232;re, raconte : &#171; Ceux qui se d&#233;cidaient &#224; entrer sortaient un peu ahuris &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TOULET (E.), Cin&#233;matographe, invention du si&#232;cle, D&#233;couvertes Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'important, ici, je crois, c'est que nous n'avons pas affaire &#224; une &#233;motion, mais &#224; un &lt;i&gt;affect&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'affect, s'agissant du cin&#233;ma, peut avoir lieu au cours d'un film ou devant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'affect engage le corps et l'esprit, les premiers spectateurs ne savent pas comment identifier ce qu'ils voient, quelle &#233;motion &#233;prouver, car il n'y a pas de pr&#233;c&#233;dent, il n'y a aucun rep&#232;re, la grammaire du cin&#233;ma est encore, en 1895, &#224; inventer. Ce qui est int&#233;ressant c'est que Kafka, malgr&#233; une plus grande exp&#233;rience du cin&#233;ma, ait la m&#234;me r&#233;action devant ce film. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un film en particulier a frapp&#233; Kafka, c'est &lt;i&gt;La Traite blanche&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L'Esclave blanche&lt;/i&gt; de Blom (1911). C'est le second remake d'un film danois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film originel est de Viggo Larsen (1907).&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a eu un succ&#232;s consid&#233;rable en Europe. On peut r&#233;sumer l'histoire en une phrase : une petite annonce attire loin de sa patrie une jeune femme dans la mis&#232;re qui se voit forc&#233;e de se prostituer, elle sera finalement sauv&#233;e par son amant. La structure du film est lin&#233;aire et quelques &#171; cartons &#187; permettent de bien en suivre la trame. C'est une intrigue unique, il n'y a ni unit&#233; de lieu ni unit&#233; d'action. Le montage est, quant &#224; lui, relativement simple : une succession de plans g&#233;n&#233;raux, qui sont autant de sc&#232;nes film&#233;es &#224; hauteur d'homme &#8212; comme le sont tous les films &#224; l'&#233;poque. L'industrie danoise (le film est danois) s'est d&#233;velopp&#233;e d&#232;s 1908, et r&#233;alise de grosses productions qui n'ont pas encore la densit&#233; des films de Griffith (&#224; partir de 1915, &lt;i&gt;Naissance d'une nation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Intol&#233;rance&lt;/i&gt;). Ce qui frappe, d'abord, dans ce film, c'est ce que Kafka en retient. Il l'exprime en ces termes : &#171; [&#8230;] l'innocente est attaqu&#233;e dans le noir par des inconnus d&#232;s la sortie de la gare, jet&#233;e dans une automobile et enlev&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Cette phrase est &#224; premi&#232;re vue un simple souvenir du film. Comme pour le film des fr&#232;res Lumi&#232;res, le film &lt;i&gt;L'Esclave blanche&lt;/i&gt; est saisi &#171; par le milieu &#187;. La sc&#232;ne n'est en effet plac&#233;e ni au d&#233;but ni &#224; la fin du film, mais est un amalgame de deux moments du film. La sc&#232;ne o&#249; la jeune fille sort du train est &#224; la 3&#232;me minute du film. Et la sc&#232;ne du rapt, &#224; proprement parler, est en r&#233;alit&#233; &#224; la 35&#232;me minute, pour un film d'une dur&#233;e d'environ 47 minutes. Dans ce deuxi&#232;me moment du film, la voiture de police est attaqu&#233;e par le prox&#233;n&#232;te qui enl&#232;ve &#224; nouveau la jeune femme. Kafka op&#232;re donc une saisie du film par fragments et &#171; condense &#187; deux moments filmiques distincts. Le fait que son esprit amalgame deux bouts de sc&#232;ne sugg&#232;re qu'il ne s'int&#233;resse pas &#224; la continuit&#233; filmique, &lt;i&gt;autrement dit &#224; l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 2) Cette sc&#232;ne m&#234;me reconstruite est une sc&#232;ne d'enl&#232;vement qui m&#234;le &#171; &#233;rotisme &#187; et &#171; violence &#187;. Et on pourrait en conclure que Kafka, comme tout spectateur, est sensible aux proc&#233;d&#233;s du cin&#233;ma majeur, comme ceux qui seront d&#233;velopp&#233;s plus tard dans les studios am&#233;ricains. Le cin&#233;ma de cette &#233;poque forge un grand nombre de films autour de ce fantasme de la possession physique d'un homme pour une femme. D'ailleurs le film de Blom est un remake. Le sommet de ce genre de film sera atteint avec l'incroyable et g&#233;nial film italien : &lt;i&gt;Cabiria&lt;/i&gt;, quelques ann&#233;es plus tard. Pourtant Kafka ne succombe pas &#224; ce proc&#233;d&#233; &lt;i&gt;majeur&lt;/i&gt;, car justement la sc&#232;ne n'est pas fantasmatique, pour lui, bien qu'elle le bouleverse. &#171; Tout m'appara&#238;t, dit Kafka, en tant que construction &#187; (19 nov 1913), &#171; [&#8230;] le moindre spectacle vu bouleverse tout en moi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#202;tre boulevers&#233;, c'est &#234;tre saisi par l'&#233;tranget&#233; du film. Ce qui le frappe, c'est le cas de le dire, c'est l'effet de sid&#233;ration. C'est un affect. Il est sid&#233;r&#233; par cet enl&#232;vement qui contrevient aux usages bourgeois. Il est possible que la sc&#232;ne de l'arrestation &#224; la fin du roman &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt;, en garde la trace. On se souvient : deux hommes emm&#232;nent Josef K. pour le tuer &#171; comme un chien &#187; (&lt;i&gt;wie ein hund&lt;/i&gt;). Le cin&#233;ma appara&#238;t &#224; Kafka comme une &lt;i&gt;mati&#232;re &#233;trange et &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma est ce &#171; point d'Archim&#232;de&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; dont parle Kafka, qui vient contrarier son &#233;ducation, ses valeurs bourgeoises, mais dont il ne suit pas le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt;, d&#233;fini par les studios et leur langue majeure. &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; ce stade, Kafka nous donne une id&#233;e d&#233;j&#224; du rapport mineur que l'on peut entretenir avec un film et qu'il porte en lui, et qui n'est pas &#233;tranger &#224; la litt&#233;rature. Mais cela ne nous dit pas si le film lui-m&#234;me peut porter le mineur. Quels sont les crit&#232;res d'un film mineur ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j2.jpg' width='500' height='152' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;II&#8212; Crit&#232;res majeurs et mineurs du cin&#233;ma&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour diff&#233;rencier un film mineur des films majeurs, encore faut-il &#234;tre sensible aux diff&#233;rences et conna&#238;tre leurs crit&#232;res r&#233;ciproques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;A &#8212; Qu'est-ce qu'un film majeur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Naissance d'une Nation&lt;/i&gt;, peut-&#234;tre le film le plus controvers&#233; de l'histoire du cin&#233;ma, pr&#233;sente toutes les composantes majeures du cin&#233;ma : c'est un cin&#233;ma de ma&#238;tre, en tous les sens du terme. C'est un film fait par un ma&#238;tre qui forge par son audace la machine hollywoodienne d&#232;s 1915, c'est aussi un cin&#233;ma de ma&#238;tre, en ce qu'il transpire la domination supr&#233;maciste du Ku Klux Klan. C'est un film qui refuse par tous ses pores le mineur. Ce film repose sur une construction narrative majeure. On peut l'envisager comme un diagramme. Il y a un axe vertical et un axe horizontal. L'axe vertical des &lt;i&gt;lign&#233;es&lt;/i&gt;, des origines et l'axe horizontal, le plus souvent chronologique, de &lt;i&gt;l'histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_761 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j3.jpg' width='350' height='524' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout film majeur impose un syst&#232;me de la parent&#233;, de la domination entre les personnages, selon des r&#232;gles pr&#233;&#233;tablies (identiques &#224; celle de la soci&#233;t&#233;) et un cadre, qui d&#233;finit le genre du film. C'est le sang, l'argent, l'honneur qui unit ou d&#233;sunit les personnages. Sur le plan des lign&#233;es, le film est habit&#233; par l'opposition Blancs/Noirs, mais c'est le Blanc qui est la valeur fondamentale. Les acteurs ne sont pas Noirs, mais grim&#233;s, c'est une Blanche, Lilian Gish qui est la star. On a ici les bases de la fantasmagorie du cin&#233;ma am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j4.jpg' width='500' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a l'histoire qui est articul&#233;e &#224; une chronologie avec un d&#233;but, un milieu et une fin, et entre le d&#233;but et la fin, il faut un d&#233;s&#233;quilibre et un retour &#224; l'ordre ou &#224; la loi, ou comme dirait Judith Hess Wright, un &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt;. Sur le plan de l'histoire, Griffith imagine une sorte de r&#233;&#233;criture de l'histoire, bas&#233;e sur la peur des supr&#233;macistes blancs envers les Noirs. Apr&#232;s la Guerre de S&#233;cession, les Blancs de Caroline du Sud auraient perdu le pouvoir face aux Afro-Am&#233;ricains et ceux-ci auraient impos&#233; leur loi. Et &#224; la fin du film, l'arriv&#233;e de la cavalerie du Ku Klux Klan vient sauver les Blancs, d'une &#171; bande d'anarchistes sauvages &#187;. Ce proc&#233;d&#233; de la cavalerie sera repris dans de nombreux westerns ou films policiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma jusque dans les ann&#233;es 70 va chercher &#224; amplifier tous ces &#233;l&#233;ments &#224; une &#233;chelle industrielle. Par exemple, &lt;i&gt;Star Wars&lt;/i&gt; porte &#224; un niveau sup&#233;rieur cette topologie : c'est une histoire d'honneurs et de soumission, associ&#233;e &#224; des lign&#233;es extravagantes (Luke Skywalker et Dark Vador sont d'abord des ennemis puis ils se d&#233;couvrent fils et p&#232;re) et des fins apocalyptiques (menace de la fin de la R&#233;publique). Toute cette construction narrative est bien s&#251;r port&#233;e par une construction technique. Dans un film majeur, on recherche l'&lt;i&gt;harmonie et l'homog&#233;n&#233;it&#233;&lt;/i&gt; dans les couleurs, les &#233;clairages, la mis en sc&#232;ne de l'espace, les raccords entre plans. C'est l'&#233;talonnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B &#8212; Crit&#232;res du mineur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crit&#232;res d'un film mineur emp&#234;chent la mise en place de cette machine hollywoodienne. Nous en avons vu deux, mais il n'appartenait pas &#224; proprement parler au film. Ce film &#233;tait majeur, mais Kafka en avait donn&#233; une perception qui se voulait mineure. On peut retrouver ces deux crit&#232;res dans les films, mais il faut les penser diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Passer par le milieu &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer par le milieu pour Kafka, c'est ne pas passer par le d&#233;but ou la fin. C'est saisir un bout de film, une sc&#232;ne. Mais un film mineur a forc&#233;ment un d&#233;but et une fin et va n&#233;cessairement passer par le milieu : cela signifie que les coordonn&#233;es majeures ne peuvent pas s'appliquer. On n'entre pas dans un film mineur comme dans un film majeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt; de Orson Welles, une adaptation du roman de Kafka, les relations entre les personnages sont des relations de domination, mais elles sont douteuses, elles n'ont pas de fondement. Les policiers qui viennent arr&#234;ter Josef K. ne savent m&#234;me pas pourquoi ils doivent l'arr&#234;ter et ne le feront pas (Josef K. reste libre). L'avocat &#8212; incarn&#233; par Orson Welles &#8212; qui est cens&#233; le d&#233;fendre ne le d&#233;fend pas, d'ailleurs il ne d&#233;fend personne. Le juge qui est cens&#233; le juger a un dossier vide : &#224; la place des &#171; pi&#232;ces de l'instruction &#187;, Josef K. d&#233;couvre des pages de livres &#233;rotiques. Les lign&#233;es dans un film mineur sont l&#224;, mais elles sont floues. Si on prend maintenant l'autre axe, celui du d&#233;veloppement de l'histoire, on s'aper&#231;oit que le &#171; conflit &#187; lui-m&#234;me cens&#233; &#234;tre le moteur d'une histoire &#8212; visant la transformation du personnage principal autant que le d&#233;veloppement de l'histoire &#8212; non seulement n'a aucun sens, mais n'est jamais r&#233;solu. Josef K. est condamn&#233; sans raison, et m&#234;me tu&#233;, mais il y a des centaines d'autres Josef K. qui attendent leur tour, leur jugement. La r&#233;solution est toujours diff&#233;r&#233;e. La mort elle-m&#234;me est absurde : un simple b&#226;ton de dynamite engendre une explosion nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_763 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j5.jpg' width='393' height='552' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'affect&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; L'affect existe aussi &lt;i&gt;au c&#339;ur du film&lt;/i&gt;, il n'est pas seulement dans la capacit&#233; singuli&#232;re d'un individu &#224; se rapporter aux choses et au monde (Kafka). Le film mineur permet aux spectateurs d'entrer dans des processus de subjectivation qui &#171; d&#233;signent l'op&#233;ration par laquelle des individus ou des communaut&#233;s se constituent comme sujets, en marge des savoirs constitu&#233;s et des pouvoirs &#233;tablis, quitte &#224; donner lieu &#224; de nouveaux savoirs et pouvoirs &#187; (Gilles Deleuze, &#171; Sur la philosophie &#187;, &lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, Minuit, 1990, p. 206). L'affect est le nom de ces processus de subjectivation mineure. Deleuze et Guattari ont une tr&#232;s belle d&#233;finition de l'affect : &#171; L'affect, ce n'est pas un sentiment personnel, ce n'est pas non plus un caract&#232;re, c'est l'effectuation d'une puissance de meute, qui soul&#232;ve et fait vaciller le moi &#187; (Mille Plateaux). En ce sens, l'affect maintient le film &#171; ouvert &#187; &#8212; comme on dit d'une blessure qu'elle est &#171; ouverte &#187;. L'affect vient d&#233;chirer notre appartenance aux normes sociales qui nous fa&#231;onnent. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'affect a un &#171; potentiel &#233;motif &#187;, pour reprendre l'expression de Saul Bass &#224; propos des montages d'Eisenstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BASS (S.), &#171; Propos d'un graphiste sur la bande anim&#233;e &#187;, Le Courrier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est pas contamin&#233; par les discours sociaux, il nous arrache &#224; un milieu, notre espace-temps. La construction du montage s'appuie sur l'exag&#233;ration des proc&#233;d&#233;s de montage, par exemple une extr&#234;me profondeur de champ, ou sur une composition des plans dynamiques mettant en jeu des fragments de corps, sous la forme de &lt;i&gt;cuts&lt;/i&gt;, sous des angles inhabituels, &#224; l'instar de Slavko Vorkapi&#263;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;VORKAPI&#262; (S.), O pravom filmu, Beograd, Fakultet Dramskih Umetnosti, 1998.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou de Gyorgy Kepes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KEPES (G.), Language of vision, New York, Dover publications, Inc., 1995.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a trois sortes d'affects dans un film. Je donnerai trois exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Quand dans &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt; [1960] l'h&#233;ro&#239;ne, Marion Crane, est attaqu&#233;e et tu&#233;e sauvagement dans sa douche, Hitchcock r&#233;ussit l'impensable : fracturer le film, le couper en deux, comme avec une hache, il cr&#233;e un affect de &#171; surprise &#187;, dont l'effet est comparable, selon ses propres mots, aux effets d'une fus&#233;e V2&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la diff&#233;rence entre suspense et surprise associ&#233;e aux fus&#233;es nazies (V1, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est un vrai choc : tout le cin&#233;ma des ann&#233;es 70 sera marqu&#233; par le coup de poignard de Norman Bates, qui d&#233;chire la membrane politique. Les spectateurs ne sentiront plus jamais en s&#233;curit&#233; chez eux, dans l'espace domestique. Hitchcock en remettra une couche avec &lt;i&gt;The Birds/Les Oiseaux&lt;/i&gt;[1963].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_764 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j6.jpg' width='430' height='1027' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;b) La plupart du temps, l'affect est un &#171; trouble &#187; qui ne se dissipe pas. Antonioni est un grand ma&#238;tre du trouble : dans &lt;i&gt;L'Avventura&lt;/i&gt;, c'est la disparition d'une jeune femme qui est v&#233;cue comme un d&#233;chirement ; dans &lt;i&gt;Profession : reporter&lt;/i&gt;, la cause en est le changement d'identit&#233; du personnage principal ; dans &lt;i&gt;Zabriskie Point&lt;/i&gt;, on est troubl&#233; par le silence permanent et l'explosion finale d'une maison qui est la m&#233;taphore de la fin du consum&#233;risme. Avec l'affect, on n'entre pas dans du sentiment (dont les trois piliers du cin&#233;ma &#233;tats-unien sont l'effroi, le comique et le m&#233;lodrame), mais dans quelque chose qui d&#233;range, nous fait vaciller.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j7.jpg' width='500' height='451' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;c) Avec l'arriv&#233;e des &lt;i&gt;blockbusters&lt;/i&gt; (beaucoup de moyens, beaucoup de stars, beaucoup d'effets visuels et sonores et beaucoup d'argent), au milieu des ann&#233;es 70, l'esprit est soumis sans cesse &#224; des chocs permanents, un bain sonique et une logique narrative dont les lign&#233;es sont exponentielles et les fins apocalyptiques. Pour faire face &#224; cela, le cin&#233;ma mineur met en place la &lt;i&gt;sid&#233;ration&lt;/i&gt;. Les psychanalystes la d&#233;finissent comme &#171; un &#233;v&#233;nement qui brise tout ce qu'on a construit pour nous prot&#233;ger de ce qui nous menace &#187;. Dans le cin&#233;ma mineur, la sid&#233;ration arr&#234;te le mouvement d'emballement des images et du son propre aux blockbusters. La sid&#233;ration c'est l'incapacit&#233; d'articuler un discours &#224; propos d'un &#233;v&#233;nement : nous sommes saisis autant que les personnages. Le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; du cin&#233;ma majeur a besoin de rendre compr&#233;hensible l'&#233;v&#233;nement ; il ne doit pas rester &#233;nigmatique. Ce qui arrive doit &#234;tre associ&#233; &#224; une origine ; &#231;a vient d'une plan&#232;te lointaine, c'est une mal&#233;diction, c'est une exp&#233;rience de laboratoire qui a mal tourn&#233;. &#192; partir de l&#224;, ce sont des &#233;motions de peur, de joie qui jouent leur r&#244;le&#8230; Le cin&#233;ma mineur, quant &#224; lui, veut nous garder dans la sid&#233;ration. L'explication de l'&#233;v&#233;nement ne doit jamais avoir lieu. La sid&#233;ration, c'est c&#244;toyer l'invraisemblable, l'impossible. On la trouve parfaitement en &#339;uvre chez Jordan Peele.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j8.jpg' width='500' height='940' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nope&lt;/i&gt; [Jordan Peele, 2022] commence par une s&#233;quence (reprise plus tard plus longuement dans un flash-back), o&#249; on voit un plateau de t&#233;l&#233;vision avec des acteurs qui jouent la com&#233;die, parmi eux, un chimpanz&#233; &#224; qui on demande de faire des tours stupides. Et puis l'impossible a lieu, l'animal ne supporte plus ce qu'on lui demande, cette domination humaine : il dit &#171; non &#187; &#224; toute cette mascarade, et fracasse la t&#234;te de ceux qui se paient sa t&#234;te. Un jeune enfant sera &#233;pargn&#233; ; il est le seul t&#233;moin sid&#233;r&#233; de l'&#233;v&#233;nement. Au cours du massacre, une chaussure d'un des acteurs se retrouve perpendiculaire au sol, et ne retombe pas, signe de l'improbable qui a eu lieu. L'&#233;v&#233;nement provoque en nous autant que chez l'enfant un mutisme, une sid&#233;ration. L'animal sera finalement abattu. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la m&#234;me configuration qui travaille la suite du film. Otis Haywood et sa s&#339;ur travaillent ensemble, en tant que dresseurs de chevaux pour le cin&#233;ma. Un jour, Otis est t&#233;moin de la mort de son p&#232;re, tu&#233; inexplicablement par un objet tomb&#233; du ciel. La sid&#233;ration est engendr&#233;e par une entit&#233; improbable, cach&#233;e dans un nuage, qui est aussi belle que f&#233;roce, semblable &#224; un animal &lt;i&gt;qui ne veut pas &#234;tre vu&lt;/i&gt;, donc dompt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Faire fuir le film de tous c&#244;t&#233;s&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un film mineur laisse filer &lt;i&gt;le sens du film, le fait fuir de tous c&#244;t&#233;s&lt;/i&gt;. De cette fa&#231;on, la construction comme le sens du film nous &#233;chappent et nous sommes d&#233;sorient&#233;s. Le film nous m&#232;ne sur des sentiers inconnus : la relation entre les espaces, entre les personnes est &#171; d&#233;sarticul&#233;e &#187;, pour parler comme Luca Salza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SALZA (L.), Kafka out of joint, Paris, Mimesis, 2023. Luca Salza d&#233;veloppe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt;, ce qui frappe, c'est surtout l'utilisation de la profondeur de champ. Orson Welles en fait un usage permanent, mais ici la profondeur de champ est pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me comme dans la sc&#232;ne du bureau, o&#249; on est pris de vertige. La profondeur de champ affecte m&#234;me les objets, comme cette &#171; porte de la Loi &#187; aux proportions d&#233;mesur&#233;es par rapport aux personnages. Ce qui frappe aussi, c'est la variation permanente des ambiances entre les lieux du film, qui dessinent des genres diff&#233;rents. On passe d'une ambiance &#224; une autre, d'une lumi&#232;re &#224; une autre : d'une ambiance m&#233;lodramatique (discussion entre l'infirmi&#232;re et Josef K.), on peut tr&#232;s vite basculer dans l'effroi (sc&#232;ne du ch&#226;timent des deux policiers). La luminosit&#233; varie &#233;galement sans cesse. L'&#233;chelle de plans souligne l'ind&#233;termination spatiale, temporelle et g&#233;n&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les devenirs&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le mineur fait entrer dans des &lt;i&gt;devenirs&lt;/i&gt;. Avec ces devenirs, nous ne sommes plus dans le r&#233;gime normatif impos&#233; par les dispositifs de cin&#233;ma qui assigne des r&#244;les d&#233;finis. Certains personnages entrent dans des devenirs-animaux, des devenirs-machines, d'autres sont des d&#233;serteurs dont on ne comprend pas tous les actes. Parmi les films mineurs les plus remarquables, il y a deux films de Hiroshi Teshigahara, cin&#233;aste japonais : &lt;i&gt;Otoshiana/Le Traquenard et &lt;i&gt;Suna no onna/La Femme des dunes&lt;/i&gt;. Le tueur au couteau dans &lt;i&gt;Le Traquenard&lt;/i&gt;, on ne sait s'il est charg&#233; de tuer un homme par contrat ou s'il n'est que la main du destin, c'est-&#224;-dire un symbole de l'absurdit&#233; des relations entre les hommes. Mais apr&#232;s le meurtre, les victimes reviennent parmi les vivants. Ce &lt;i&gt;devenir-mort-vivant&lt;/i&gt; des victimes permet aux spectateurs d'adopter un point de vue mineur sur les &#233;v&#233;nements du film. Dans &lt;i&gt;La femme des dunes&lt;/i&gt;, un entomologiste, parti &#224; la recherche d'insectes rares dans une contr&#233;e d&#233;sertique, est pris au pi&#232;ge d'une maison entour&#233;e par des bancs de sable infranchissables et contraint de remplir des sacs de sable jusqu'&#224; la mort pour rester en vie. Sa vie finit par ressembler &#224; celle des insectes qu'il capturait.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_767 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/j9.jpg' width='500' height='583' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_768 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj1.jpg' width='499' height='996' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le d&#233;maquillage&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma mineur c'est aussi ce qui &#171; d&#233;maquille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BROSSAT (A.), Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma mineur refuse la singerie du cin&#233;ma majeur. Les com&#233;dies actuelles du cin&#233;ma fran&#231;ais se font l'&#233;cho des pr&#233;jug&#233;s et des clich&#233;s de la soci&#233;t&#233; ; en cela, elles ne font que la singer. Le cin&#233;ma mineur n'est pas non plus dans l'exploitation d'une &lt;i&gt;franchise fantasmatique&lt;/i&gt; (James Bond&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;III &#8212; Vers une &#233;cologie mineure&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les films mineurs d&#233;pendent d'un sixi&#232;me et dernier crit&#232;re, le plus important : un personnage conceptuel. Qu'est-ce qu'un &#171; personnage conceptuel &#187; ? C'est un objet, un vivant, un non-mort. Dans la litt&#233;rature de Kafka, ils sont l&#233;gion : les sir&#232;nes silencieuses, les balles qui suivent Blumfeld, le cancrelat Samsa, Gracchus le mort-vivant, etc.Le personnage conceptuel, c'est ce qui porte, guide et donne sa puissance &#224; l'affect, aux devenirs. L'ensemble des crit&#232;res du mineur d&#233;finit ce qu'on peut appeler &#171; une niche &#233;cologique &#187;, un &#171; &#233;cosyst&#232;me &#187; ou une &#171; coupe dans un plan d'immanence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), Qu'est-ce que la philosophie ?, Les &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma n'est pas plat, c'est une sorte de terrier avec plusieurs tunnels. Il tisse des labyrinthes qui ouvrent des bifurcations singuli&#232;res. Il y a trois types de niches &#233;cologiques dans le cin&#233;ma mineur &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Premi&#232;re niche &#233;cologique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle propose une &#171; exp&#233;rience du changement &#187;. Je prendrai deux exemples. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;2001, L'Odyss&#233;e de l'espace&lt;/i&gt; [Kubrick, 1968], le changement passe par un objet non identifi&#233;, dont la forme est parfaitement g&#233;om&#233;trique et le but est inconnu. C'est un &#171; monolithe &#187; qui ne renvoie &#224; aucun signifiant (ni Dieu ni ma&#238;tre extraterrestre). Nous suivons les p&#233;rip&#233;ties de ses apparitions, dans le pass&#233;, &#224; l'&#233;poque des grands singes, et dans le futur (2001), &#224; l'&#233;poque de la conqu&#234;te spatiale. Deleuze l'a d&#233;crit comme une &#171; pierre noire &#187;, alors que c'est plut&#244;t un cristal, un mica noir g&#233;ant. Le monolithe est un personnage conceptuel qui transforme l'homme, il est un &#171; incubateur &#187; qui fait passer l'homme dans un &lt;i&gt;devenir-cosmique&lt;/i&gt;, nomm&#233; Zarathoustra.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj2.jpg' width='473' height='1099' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt; [Romero, 1968], le personnage conceptuel c'est le zombie que l'on conna&#238;t. Il sort de sa tombe et mord, d&#233;membre et ingurgite les corps des vivants. Le cin&#233;ma majeur lui assigne une identit&#233; (il est le sous-prol&#233;tariat, la horde de migrants ou le monstre). Pour Romero, au contraire, &#171; le zombie incarne le changement &#187;. Le zombie c'est un &#233;v&#233;nement, une &#171; catastrophe &#187; (&lt;i&gt;a disaster&lt;/i&gt;) qui vient perturber l'&#233;cosyst&#232;me androc&#232;ne, anthropoc&#232;ne. Le zombie est un &#171; perturbateur &#187;. Face &#224; lui, les gens r&#233;agissent de fa&#231;ons diff&#233;rentes. Cela permet une cartographie &lt;i&gt;mineure&lt;/i&gt; du pays. Le zombie est le stigmate d'un manque, celui de l'absence d'une communaut&#233; r&#233;elle. Car comme dit aussi Romero, nous ne sommes pas encore &#171; m&#251;rs pour la vraie communaut&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FERRARI (J.-C.) et VALENS (G.), &#171; Entretien avec George A. Romero. Parler de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj3.jpg' width='500' height='580' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Deuxi&#232;me niche &#233;cologique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;ma mineur peut viser la &#171; d&#233;composition &#187; des dispositifs du cin&#233;ma majeur. Il y a deux fa&#231;ons de le faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mani&#232;re hard, c'est celle de Marco Candore, un cin&#233;aste &#171; pirate &#187;. Son geste cin&#233;matographique a quelque chose du &lt;i&gt;giallo&lt;/i&gt; : aborder la machine du cin&#233;ma &#233;tats-unien, la machine Griffith, et &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; tuer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marco Candore a r&#233;alis&#233; une dizaine de films : et dans chaque film, il d&#233;monte un &#224; un les m&#233;canismes de la machine hollywoodienne, avec ses dispositifs, sa fantasmagorie, ses stars, ses sc&#232;nes, ses histoires. Il disloque le sc&#233;nario, il disloque le &lt;i&gt;star-system&lt;/i&gt;, il &#233;tire le son et l'image jusqu'&#224; l'extinction, pour en extraire la &#171; mati&#232;re pure &#187;. Ce qui compte pour lui, c'est de parvenir &#224; une pluie d'affects. Ici le personnage conceptuel, c'est le cin&#233;ma majeur, mais en tant qu'il entre dans un &lt;i&gt;devenir-mort-vivant&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma rel&#232;ve d&#233;sormais d'une nouvelle machine, la machine-Shelley (du &lt;br class='autobr' /&gt;
nom de l'autrice de Frankenstein).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_771 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj4.jpg' width='500' height='671' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt;, c'est Bruno Dumont qui l'incarne : il laisse filer la cam&#233;ra, et tente de saisir, comme il dit, la gr&#226;ce. La pesanteur, c'est ce que nous impose le cin&#233;ma majeur avec ses stars, sa mani&#232;re de fabriquer un sc&#233;nario, une histoire. Pour trouver la gr&#226;ce, Dumont propose d'attaquer le cin&#233;ma sur trois plans. D'une part, il prend des acteurs non professionnels qui ne savent pas d'avance ce qu'ils vont dire dans une sc&#232;ne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le r&#233;el, dit Dumont, n'est pas mis dans la fiction, car il est d&#233;j&#224; l&#224; &#187;. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, il travaille, comme un peintre, sur &#171; les paysages &#187;. Mais Dumont est sensible aussi aux devenirs-animaux. C'est le troisi&#232;me plan de son travail. Dans &lt;i&gt;Twentynine Palms&lt;/i&gt;, un &lt;i&gt;road movie&lt;/i&gt;, Dumont met en sc&#232;ne un couple incapable de se comprendre : David est troubl&#233; dans sa sexualit&#233; et Katia est troubl&#233;e dans son &#226;me. Un troisi&#232;me personnage joue un r&#244;le consid&#233;rable, c'est le &#171; d&#233;sert &#187;, il accro&#238;t le sentiment d'incommunicabilit&#233; entre les &#234;tres, mais aussi participe de la m&#233;tamorphose de David, puisque ce dernier s'y fait violer par un autre homme. Le film s'ach&#232;ve par le meurtre de Katia qui n'est pas sans rappeler &#171; la sc&#232;ne de la douche &#187; (Hitchcock). Comme dans &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt;, le meurtrier est d&#233;guis&#233; en femme, mais David est ici dans un &lt;i&gt;devenir&lt;/i&gt; mi-&lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, mi-animal.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_772 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj5.jpg' width='500' height='513' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Troisi&#232;me niche &#233;cologique&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la forme la plus &#233;trange. Celle qui rappelle le plus Kafka. Ce dernier affirme qu'on peut trouver &#171; dans les petites nations &#187; de quoi suppl&#233;er &#224; une &#171; conscience nationale souvent inactive et toujours en voie de d&#233;sagr&#233;gation &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Phase IV&lt;/i&gt; [Saul Bass, 1974], la fourmi est le vrai personnage conceptuel du film. La fourmi c'est un &#234;tre minuscule, qu'on &#233;crase d'ordinaire du pied, mais dans ce film, elle n'a plus de ma&#238;tre. Un rayonnement cosmique rend possible un saut &#171; biologique &#187;. D'esp&#232;ces antagonistes, les fourmis en viennent &#224; se constituer en peuple. Tout l'enjeu du film est d'incorporer les hommes dans un devenir-cosmique. Par le biais des fourmis, la nature renverse la domination des hommes de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'anthropoc&#232;ne, de l'androc&#232;ne, du capitaloc&#232;ne. Les fourmis sont l'image de la communaut&#233; que nous esp&#233;rons, une communaut&#233; ouverte et mineure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_773 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/jj6.jpg' width='371' height='475' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces cat&#233;gories ne sont nullement exhaustives et d&#233;finitives. Elles permettent n&#233;anmoins de distinguer ce qui fait qu'un film peut &#171; tirer &#187; du c&#244;t&#233; du majeur ou du mineur. Les films sont pris dans des cartographies. Certains films sont plus mineurs que d'autres, sont pris par des lignes de fuite qui les portent plus loin que les finalit&#233;s d'un cin&#233;ma industriel ax&#233; sur le profit. Se pose la question des conditions de diffusion et de projection des films mineurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je remercie Philippe Roy d'avoir soulev&#233; cette question au cours des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Retenons qu'aucun cin&#233;ma mineur n'existe sans &lt;i&gt;une op&#233;ration de mutilation&lt;/i&gt; des cat&#233;gories majeures, sans un coup de pioche. La plus belle m&#233;taphore du cin&#233;ma mineur, c'est peut-&#234;tre encore chez Kafka qu'on la trouvera : c'est celle d'Odradek&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;KAFKA (F.), &#338;uvres compl&#232;tes, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la bobine de fil qu'on ne peut attraper, la bobine qui (se) d&#233;file sans cesse, &#224; l'image de la pellicule filmique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Joachim Daniel Dupuis&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BASS (S.), &#171; Propos d'un graphiste sur la bande anim&#233;e &#187;, in &lt;i&gt;Le Courrier graphique&lt;/i&gt;, n&#176; 113, 1961, pp.38-41.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BENE (C.) et DELEUZE (G.), &lt;i&gt;Superpositions&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1979, pp.128-129.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BROSSAT (A.), &lt;i&gt;Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BROSSAT (A.) et DUPUIS (J. D.), &lt;i&gt;Bruno Dumont ou le cin&#233;ma des Z'humains&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), &lt;i&gt;Kafka, pour une litt&#233;rature mineure&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, 1975.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1980.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DELEUZE (G.) et PARNET (C.), &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt;, Paris, Champs Flammarion, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DUPUIS (J.D.), &lt;i&gt;George Romero et les zombies&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2014. &lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Derri&#232;re le rideau, Alfred Hitchcock, Saul Bass et la sc&#232;ne de la douche&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2019. &lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Saul Bass. Cin&#233;ma et &#233;cologie. Des fourmis et des hommes&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;EISENSTEIN (S.M.), &lt;i&gt;Film Sense&lt;/i&gt;, New York, Harcourt, Brace &amp; Co, 1942. &lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Film Form&lt;/i&gt;, Harcourt, New York, Harcourt, Brace &amp; Co, 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FERRARI (J.-C.) et VALENS (G.), &#171; Entretien avec George A. Romero. Parler de notre monde &#187;, Revue &lt;i&gt;Positif&lt;/i&gt;, n&#176; 568, juin 2008, p. 25&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; HESS WRIGHT (J.), &#171; Genre Films and the Status Quo &#187; in &lt;i&gt;Film Genre Reader IV&lt;/i&gt;, University of Texas, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, traduction Marthe Robert, Paris, Grasset, 1954.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. I-IV, 2018-2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KEPES (G.), &lt;i&gt;Language of vision&lt;/i&gt;, New York, Dover publications, Inc, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K&#212;B&#212; (A.), &lt;i&gt;La Femme des sables&lt;/i&gt;, Paris, Livre de poche, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SALZA (L.), &lt;i&gt;Kafka out of joint&lt;/i&gt;, Paris, Mimesis, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOULET (E.), &lt;i&gt;Cin&#233;matographe, invention du si&#232;cle&lt;/i&gt;, D&#233;couvertes Gallimard, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VORKAPI&#262; (S.), &lt;i&gt;O pravom filmu&lt;/i&gt;, Beograd,Fakultet dramskih umetnosti, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filmographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cabiria&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Giovanni Pastrone, 1914)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Louis Lumi&#232;re, 1895)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Avventura&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Michel-Angelo Antonioni, 1960)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Femme des dunes/Suna no onna&lt;/i&gt; [&#30722;&#12398;&#22899; ] (Hiroshi Teshigahara, 1964)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants/Night of the Living Dead&lt;/i&gt; (George Romero, 1968)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Traite blanche&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (August Blom, 1911)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Orson Welles, 1962)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Traquenard/Otoshiana&lt;/i&gt; [&#12362;&#12392;&#12375;&#31348;] &lt;br class='autobr' /&gt;
(Hiroshi Teshigahara, 1962)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Oiseaux/The Birds&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Alfred Hitchcock, 1963)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;M&#233;canoscope&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Marco Candore, 2013-2017, 11 films, mecanoscope.com)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nope&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Jordan Peele, 2022)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Phase IV&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Saul Bass, 1974)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Psychose/Psycho&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Alfred Hitchcock, 1960)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Star Wars&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (George Lucas, 1977)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Twentynine&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; (Bruno Dumont, 2003)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2001, L'Odyss&#233;e de l'espace/2001, a space odyssey&lt;/i&gt; (Stanley Kubrick, 1968)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cr&#233;dits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel-Angelo ANTONIONI, &lt;i&gt;L'avventura&lt;/i&gt;, 1960, 143 min, 35 mm, N. &amp; B., Cino Del Duca, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saul BASS, &lt;i&gt;Phase IV&lt;/i&gt;, 1974, 84 min, 35 mm, Alced Productions, Paramount Productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;August BLOM, &lt;i&gt;Den Hvide Slavehandels Sidste Offer&lt;/i&gt;, 1911, 47 mn, format 1,33:1, film muet, Nordisk Film, domaine public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marco CANDORE, &lt;i&gt;M&#233;canoscope&lt;/i&gt;, 2013-2017, 11 films, Candore Production, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruno DUMONT, &lt;i&gt;Twentynine&lt;/i&gt;, 2003, 119 mm, 35 mm, 3B Productions, The 7th Floor, Thoke Moebius Film Company, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfred HITCHCOCK, &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt;, 1960, 109 mn, N.&amp;B., 35 mm, Shamley Productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanley KUBRICK, &lt;i&gt;2001, a Space Odyssey&lt;/i&gt;, 1968, 156 min, 35 mm et version 70 mm, Metro-Goldwyn-Mayer, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis LUMI&#200;RE, &lt;i&gt;L'Arriv&#233;e d'un train en gare de La Ciotat&lt;/i&gt;, 1895), 50 secondes, 35 mm &#224; double jeu de perforations rondes Lumi&#232;re par photogramme, N.&amp;B., Soci&#233;t&#233; Lumi&#232;re, domaine public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jordan PEELE, &lt;i&gt;Nope&lt;/i&gt;, 2022, 130 min, 65 mm IMAX, Universal Pictures, Monkeypaw productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George ROMERO, &lt;i&gt;Night of the Living Dead&lt;/i&gt;, 1968, 96 min, 35 mm, Laurel Productions et Image, photogrammes du film, domaine public (d&#232;s sa sortie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hiroshi TESHIGAHARA, &lt;i&gt;Otoshiana&lt;/i&gt; [&#12362;&#12392;&#12375;&#31348;], 1962, 97 min, 35 mm, Toho Company, droits r&#233;serv&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt; &#8212; &lt;i&gt;Suna no onna&lt;/i&gt; [&#30722;&#12398;&#22899;], 1964,123 min/147 min, Toho Company, Teshigahara Productions, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orson WELLES, &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt;, 1962, droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je remercie Lisbeth Richter Larsen du Det Danske Filminstitut/Danish Film Institute de m'avoir permis d'utiliser les images du film &lt;i&gt;Den Hvide Slavehandels Sidste Offer&lt;/i&gt; (August Blom, 1911). &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), &lt;i&gt;Kafka, pour une litt&#233;rature mineure&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1975, p.48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BENE (C.) et DELEUZE (G.), &lt;i&gt;Superpositions&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1979, pp.128-129.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quel &#233;cart par exemple entre &lt;i&gt;Naissance d'une nation&lt;/i&gt; [David Wark Griffith], o&#249; le Noir est pr&#233;sent&#233; comme un fou, un sauvage &#224; l'&#233;cran (&#171; &lt;i&gt;crazies Negroes&lt;/i&gt; &#187;), et n'existe pas en tant qu'acteur (ce sont des acteurs blancs qui sont grim&#233;s, &lt;i&gt;blackface&lt;/i&gt;) et &lt;i&gt;Sweet Sweetback's Baadasssss Song&lt;/i&gt; [Melvin Van Peebles, 1971], o&#249; on retrouve le th&#232;me de la fugue, de la fuite propre au marronnage ? Quel &#233;cart entre &lt;i&gt;Arabian Jewish Dance&lt;/i&gt; [Edison, 1903] qui reprend une imagerie antis&#233;mite et &lt;i&gt;A serious Man&lt;/i&gt; [les fr&#232;res Coen, 2009] qui exprime les interrogations d'un p&#232;re de famille juive face aux catastrophes qui lui tombent dessus ? Quel &#233;cart entre &lt;i&gt;Broadway Melody&lt;/i&gt; [Harry Beaumont, 1929] ou &lt;i&gt;Haute Soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; [George Cukor, 1932] dans lesquels le personnage de l'homosexuel est caricatur&#233; et &lt;i&gt;Brokeback Mountain&lt;/i&gt; [Ang Lee, 2005] ou encore, du m&#234;me r&#233;alisateur, &lt;i&gt;Xi Yan&lt;/i&gt; [Ang Lee, 1993] ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt;, traduction Marthe Robert, Paris, Grasset, 1954, p.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. III, 2022, p.6-7 : &#171; Toutes les choses, en effet, qui me viennent &#224; l'esprit ne viennent pas de la racine, mais seulement d'un vague endroit situ&#233; &#224; peu pr&#232;s en son milieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TOULET (E.), &lt;i&gt;Cin&#233;matographe, invention du si&#232;cle&lt;/i&gt;, D&#233;couvertes Gallimard, 1988, pp.16-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'affect, s'agissant du cin&#233;ma, peut avoir lieu au cours d'un film ou devant une affiche. Dans le processus de cr&#233;ation/r&#233;ception, l'affiche est aussi &#171; au milieu &#187; : elle n'est ni un d&#233;but ni une fin, mais est un &lt;i&gt;avant-go&#251;t&lt;/i&gt; du film, qui &#8212; sur le plan de la fabrication &#8212; lui pr&#233;existe pourtant. Dans le cas de Kafka, l'int&#233;r&#234;t pour une affiche peut parfois &#234;tre plus fort que le film lui-m&#234;me. cf. KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. III, 2022, p. 979 : &#171; ma distraction, mon besoin de divertissement s'assouvissent devant les affiches ; mon malaise int&#233;rieur habituel, cette sensation d'un &#233;ternel provisoire, je m'en repose devant les affiches ; [&#8230;]. &#187; (Lettre &#224; Felice, 13-88.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le film originel est de Viggo Larsen (1907).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, sous la direction de Claude David t. II, 1980, pp. 160-161 ; &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, t. I, 2018, p. 275 : &#171; [&#8230;] &#231;a me rappelle exactement le film &lt;i&gt;L'Esclave blanche&lt;/i&gt;, dans lequel l'h&#233;ro&#239;ne innocente est pouss&#233;e, d&#232;s la sortie de la gare, &#224; l'int&#233;rieur d'une automobile par des hommes inconnus, et enlev&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. III, 2022, p.363.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. IV, 2022, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BASS (S.), &#171; Propos d'un graphiste sur la bande anim&#233;e &#187;, &lt;i&gt;Le Courrier graphique&lt;/i&gt;, n&#176; 113, 1961, pp.38-41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;VORKAPI&#262; (S.), &lt;i&gt;O pravom filmu&lt;/i&gt;, Beograd, Fakultet Dramskih Umetnosti, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KEPES (G.), &lt;i&gt;Language of vision&lt;/i&gt;, New York, Dover publications, Inc., 1995.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la diff&#233;rence entre suspense et surprise associ&#233;e aux fus&#233;es nazies (V1, V2), lire : DUPUIS (J.D.), &lt;i&gt;Derri&#232;re le rideau, Alfred Hitchcock, Saul Bass et la sc&#232;ne de la douche&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2019,pp. 62-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SALZA (L.), &lt;i&gt;Kafka out of joint&lt;/i&gt;, Paris, Mimesis, 2023. Luca Salza d&#233;veloppe parfaitement cette cat&#233;gorie dans son travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;BROSSAT (A.), &lt;i&gt;Maquiller ou d&#233;maquiller le r&#233;el ? Le cin&#233;ma en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;DELEUZE (G.) et GUATTARI (F.), &lt;i&gt;Qu'est-ce que la philosophie ?&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FERRARI (J.-C.) et VALENS (G.), &#171; Entretien avec George A. Romero. Parler de notre monde &#187;, Revue &lt;i&gt;Positif&lt;/i&gt;, n&#176; 568, juin 2008, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le r&#233;el, dit Dumont, n'est pas mis dans la fiction, car il est d&#233;j&#224; l&#224; &#187;. cf. BROSSAT (A.) et DUPUIS (J. D.), &lt;i&gt;Bruno Dumont ou le cin&#233;ma des Z'humains&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je remercie Philippe Roy d'avoir soulev&#233; cette question au cours des &#233;changes qui ont suivi la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;KAFKA (F.), &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, t. I, 2018, pp. 183-184 (texte) et pp.1073-1075 (notes).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vient de para&#238;tre - Saul Bass. Cin&#233;ma et &#233;cologie</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=934</link>
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		<dc:date>2020-09-19T08:41:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En 1968, avec des r&#233;alisateurs comme George Romero ou Stanley Kubrick, le cin&#233;ma int&#232;gre l'id&#233;e que l'humain peut et doit changer. Le &#171; changement &#187; est un pr&#233;texte pour faire r&#233;fl&#233;chir le spectateur sur la place qu'il occupe dans la soci&#233;t&#233; ou dans l'univers. Dans la continuit&#233;, Saul Bass, graphiste surdou&#233;, sort en 1974, en collaboration avec Mayo Simon, son unique long m&#233;trage : Phase IV. Suite &#224; un &#233;v&#233;nement cosmique (solaire), des fourmis deviennent plus intelligentes, plus sociales (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En 1968, avec des r&#233;alisateurs comme George Romero ou Stanley Kubrick, le cin&#233;ma int&#232;gre l'id&#233;e que l'humain peut et doit changer. Le &#171; changement &#187; est un pr&#233;texte pour faire r&#233;fl&#233;chir le spectateur sur la place qu'il occupe dans la soci&#233;t&#233; ou dans l'univers. Dans la continuit&#233;, Saul Bass, graphiste surdou&#233;, sort en 1974, en collaboration avec Mayo Simon, son unique long m&#233;trage : Phase IV. Suite &#224; un &#233;v&#233;nement cosmique (solaire), des fourmis deviennent plus intelligentes, plus sociales (entre esp&#232;ces) et font peser sur l'humanit&#233; la menace d'une extinction.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Biographie de l'auteur :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Joachim Daniel Dupuis est philosophe, critique de cin&#233;ma, concepteur de g&#233;n&#233;riques. Il a enseign&#233; un temps l'esth&#233;tique et l'histoire du cin&#233;ma en classes pr&#233;paratoires litt&#233;raires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ontologie de la m&#233;diumnit&#233;. Esprits frappeurs, machines n&#233;crophoniques et autres grognements zombies</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=931</link>
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		<dc:date>2020-09-04T10:25:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne /Association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne &#187; / Samedi 19 octobre 2019 &#171; Spectres et m&#233;diumnit&#233; : une pl&#232;be de la pens&#233;e &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Introduction Mon propos sera d'examiner quelques-unes des conceptions de la &#171; m&#233;diumnit&#233; &#187; propre au XIXe et au XXe si&#232;cles, laquelle implique une communication avec les esprits. On partira de la m&#233;diumnit&#233; classique &#8211; &#224; travers le spiritisme &#8211; qui repose sur un m&#233;dium-sujet cens&#233; jouer les interm&#233;diaires entre le monde des vivants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne /Association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne &#187; / Samedi 19 octobre 2019&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Spectres et m&#233;diumnit&#233; : une pl&#232;be de la pens&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon propos sera d'examiner quelques-unes des conceptions de la &#171; m&#233;diumnit&#233; &#187; propre au XIXe et au XXe si&#232;cles, laquelle implique une communication avec les esprits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme de communication implique depuis le XVIIIe si&#232;cle l'id&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On partira de la m&#233;diumnit&#233; classique &#8211; &#224; travers le spiritisme &#8211; qui repose sur un &lt;i&gt;m&#233;dium-sujet&lt;/i&gt; cens&#233; jouer les interm&#233;diaires entre le monde des vivants et le monde des morts. Cette m&#233;diumnit&#233; prend place entre deux types de discours, le discours rationaliste et le discours du croyant. On verra que ces discours, malgr&#233; leur diff&#233;rence, suivent la logique du bio-pouvoir, nouveau paradigme de pouvoir &#233;mergeant au XIXe si&#232;cle dans nos soci&#233;t&#233;s : la m&#233;diumnit&#233; est soit la manifestation d'une maladie mentale du m&#233;dium-sujet soit un moyen pour les gens de retrouver leurs chers disparus. Cependant, la m&#233;diumnit&#233; classique, &#224; peine institu&#233;e, subit rapidement des transformations qui l'extraient pour un temps du bio-pouvoir. D'autres formes de m&#233;diumnit&#233;s &#233;mergent aussi, qui vont s'appuyer sur de m&#233;dia-objets : ces &#171; m&#233;dias de l'esprit &#187;, comme les appellent MacLuhan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'impact des m&#233;diums modernes, lire : McLuhan, Pour comprendre les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, vont progressivement devenir de nouveaux vecteurs du &#171; vivantisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le vivantisme, concept cr&#233;e par A. Brossat, implique la mise en place de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; d&#233;mocratique. Ces nouvelles formes ne se contentent pas d'&lt;i&gt;objectiver&lt;/i&gt; les esprits en en faisant des &#171; fant&#244;mes de vivants &#187;, pour parler comme Bergson, mais permettent aussi de repenser &#224; nouveaux frais le rapport de l'homme &#224; la spectralit&#233;. La m&#233;diumnit&#233; d&#232;s lors servira d'appui &#224; un &lt;i&gt;arraisonnement&lt;/i&gt; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I &#8211; M&#233;diumnit&#233; classique (XIXe si&#232;cle) : le cas du spiritisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A/ D&#233;finition de la m&#233;diumnit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;finit d'ordinaire la m&#233;diumnit&#233; comme l'&#233;tat dans lequel une personne se trouve &#234;tre en contact avec le monde des esprits. La m&#233;diumnit&#233; suppose donc une &lt;i&gt;communication&lt;/i&gt; avec un ou plusieurs esprits ; elle est pens&#233;e comme un milieu ou un centre. Parler de communication avec les esprits, cela signifie qu'une &lt;i&gt;transmission&lt;/i&gt; s'effectue, qui est de l'ordre de l'information. Le m&#233;dium est une personne. Le m&#233;dium est pour le dire dans le langage de Claude Shannon un r&#233;cepteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette conception est traditionnellement appel&#233;e dans le cadre des th&#233;ories (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tant que personne, le m&#233;dium est &lt;i&gt;au milieu de&lt;/i&gt; l'&#233;change, elle fait le lien entre l'esprit et le public auquel elle rend compte par sa propre voix, son propre corps de la pr&#233;sence de l'esprit. Le m&#233;dium-sujet vit autant mentalement que physiquement &lt;i&gt;le ph&#233;nom&#232;ne&lt;/i&gt; : concr&#232;tement il entend et voit, laisse parler, &#224; travers lui, les esprits, &#234;tres conscients d'eux-m&#234;mes, dou&#233;s d'une volont&#233; et de pens&#233;es, mais qui n'ont plus de corps. En un sens, il leur sert d'antenne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exp&#233;rience repose sur une mise en condition des corps. Le magn&#233;tisme est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, la m&#233;diumnit&#233;, ainsi d&#233;finie dans le cadre du spiritisme, est associ&#233;e &#224; un double discours : celui du &lt;i&gt;croyant&lt;/i&gt; qui semble affirmer l'existence d'un au-del&#224;, habit&#233; par des spectres, lesquels cherchent &#224; rentrer en contact avec les vivants ; et de mani&#232;re antagoniste, celui du &lt;i&gt;scientifique&lt;/i&gt; (voire du scientiste), lequel cherche &#224; op&#233;rer &#171; la normalisation de l'invisible &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier discours trouve son origine en Am&#233;rique, pr&#233;cis&#233;ment avec les s&#339;urs Fox&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le roman de Hubert Haddad (La Th&#233;orie de la vilaine petite fille, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le spiritisme arrive en France en avril 1853, apr&#232;s s'&#234;tre arr&#234;t&#233; en Angleterre vers 1850, ramen&#233; par un am&#233;ricain : Douglas Home. D&#232;s lors, dans toute l'Europe, on consulte des m&#233;diums : commence alors une &#171; vraie vie psychique &#187;. En France, c'est un certain Rivail, dit Allan Kardec qui s'affirme comme le grand promoteur du spiritisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons qu'en France et en Angleterre, le spiritisme va &#234;tre ind&#251;ment associ&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les partisans de la m&#233;diumnit&#233; restent dans une certaine mesure proches de la religion. La m&#233;diumnit&#233; est pour eux une autre voie d'acc&#232;s aux morts (un circuit-court) et confirme l'existence d'un autre monde (ou tout au moins une extension possible de notre monde). Les m&#233;diums ont des pouvoirs extrasensoriels, et parviennent, comme les proph&#232;tes, &#224; percevoir des choses qui sont &lt;i&gt;au-del&#224; des ph&#233;nom&#232;nes&lt;/i&gt;. Pour que la r&#233;ception soit bonne, la m&#233;diumnit&#233; est con&#231;ue comme un c&#233;r&#233;monial et suit un rituel pr&#233;cis : tout doit &#234;tre en place pour que l'esprit se manifeste. Se taire, se tenir la main, autour d'une table, fermer les yeux. La m&#233;diumnit&#233;, au XIXe si&#232;cle, est cependant autant appr&#233;ci&#233;e que contest&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos, les travaux remarquables de Bertrand M&#233;heust, qui donnent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce qu'elle fait flor&#232;s, les spirites sont tr&#232;s vite confront&#233;s &#224; la m&#233;fiance des scientifiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le discours scientifique &#233;tudie le spiritisme d'une fa&#231;on compl&#232;tement d&#233;tach&#233;e. Il s'agit de savoir s'il y a bien contact avec les esprits. L'int&#233;r&#234;t des scientifiques porte sur les conditions de possibilit&#233; de la s&#233;ance m&#233;diumnique envisag&#233;e sur le mod&#232;le de l'exp&#233;rience scientifique. Pour cela, ils d&#233;terminent au fil des s&#233;ances un protocole pr&#233;cis &#224; suivre. Pour chaque s&#233;ance, il faut v&#233;rifier chaque op&#233;ration de l'exp&#233;rience. L'enjeu est de valider ou d'invalider la m&#233;diumnit&#233;. Les scientifiques entendent ainsi articuler l'exp&#233;rience &#224; un &lt;strong&gt;savoir positif (&#171; savoir &#187; qu'ils ont constitu&#233;), d&#233;barrass&#233; de toute magie, de toute ancrage en un principe divin, et centr&#233; sur la personnalit&#233; du m&#233;dium et le rituel de la s&#233;ance.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience est men&#233;e dans deux directions : 1&#176;) une direction qui porte sur la dimension objective de l'exp&#233;rience, et par laquelle il faut &#224; tout prix d&#233;voiler l'escamotage, trouver les subterfuges, s'il y en a ; 2&#176;) une direction qui porte sur la dimension subjective du m&#233;dium et des &#171; conditionn&#233;s &#187; (spectateurs). Il s'agit dans ce dernier cas de privil&#233;gier une explication autour des troubles cliniques du sujet. &lt;strong&gt;La science devient donc &lt;i&gt;ce qui met &#224; la question le m&#233;dium&lt;/i&gt;, elle remplace le r&#244;le d&#233;volu &#224; l'&#201;glise dans l'Inquisition, o&#249; il s'agissait de faire compara&#238;tre un p&#233;cheur et lui faire reconna&#238;tre son h&#233;r&#233;sie. De quoi cette m&#233;fiance est-elle le nom ? D'un nouveau paradigme du pouvoir.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B/Le grand renfermement des esprits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle, les scientifiques craignent moins l'ignorance des hommes qu'une remise en question de la raison, voire de la &lt;i&gt;raison sociale&lt;/i&gt;. Ils ont peur de la contamination des esprits. On peut entendre cette id&#233;e de deux fa&#231;ons (selon le sens du g&#233;nitif) : a) imaginons que la cr&#233;dulit&#233; l'emporte, alors la science aura moins de force &#224; s'imposer et il y aura moins de prise sur l'individu, c'est-&#224;-dire un moyen de le contr&#244;ler ; b) imaginons que le ph&#233;nom&#232;ne des &#171; voix &#187; existe bel et bien, que les esprits sont l&#224;, alors, le danger viendrait des morts, car qui sait de quoi les esprits sont capables ? Il faut donc dans les deux cas &#171; mettre en quarantaine &#187; les esprits, les placer dans un &#171; arceau de raison &#187;. A vrai dire, les scientifiques ne se contentent pas de contr&#244;ler les exp&#233;riences m&#233;diumniques, ils instaurent pour toute forme de d&#233;rive irrationnelle (qu'ils ne comprennent pas) une sorte de grand discours, celui de la clinique : c'est la psychiatrie qui, par l'interm&#233;diaire des m&#233;decins, d&#233;cide quand et qui peut &#234;tre enferm&#233; et mis &#224; l'&#233;cart de la soci&#233;t&#233;, qui donc appara&#238;t comme ingouvernable. L'examen clinique des exp&#233;riences voire des m&#233;diums est une fa&#231;on de contr&#244;ler &lt;i&gt;la soci&#233;t&#233; sur un plan psychique&lt;/i&gt;. La clinique va &#234;tre le terrain privil&#233;gi&#233; de cette mise en quarantaine de &#171; l'esprit &#187; quand il s'av&#232;re que le patient est un illumin&#233;. Les actes psychiques comptent d&#233;sormais comme une menace possible pour la soci&#233;t&#233; : ne pas savoir ce qui &lt;i&gt;va&lt;/i&gt; dans la t&#234;te d'un homme, c'est rendre impossible son identification aux types de comportements contr&#244;lables par le pouvoir. Les esprits constituent un &lt;i&gt;enjeu biopolitique&lt;/i&gt; d&#233;cisif. Ce travail de la science traduit une esp&#232;ce de grand &lt;i&gt;renfermement des esprits&lt;/i&gt;, une raison sociale, qui accompagne la naissance de la clinique (d&#233;but&#233;e &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le coup de force qui rend possible la clinique, c'est le geste de Pinel qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qui est le pendant du &#171; grand renfermement &#187; (des corps), lanc&#233; au XVIIe si&#232;cle. Ce renfermement des esprits &#8211; le m&#233;dium-sujet doit pouvoir &#234;tre identifi&#233; &#224; une maladie &#8211; s'inscrit dans un changement de paradigme du pouvoir : on passe d'une souverainet&#233; ax&#233;e sur le droit &#224; un biopouvoir articul&#233; &#224; des discours m&#233;dicaux (m&#234;me si une articulation est toujours possible, notamment dans le cas du nazisme, cf. &lt;i&gt;La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie importe d&#233;sormais plus que la mort. &#171; La sant&#233; remplace le salut &#187; rappelle Foucault. L'homme ne doit plus travailler &#224; son salut, mais &#224; sa sant&#233; mentale et physique. La puissance du bio-pouvoir est dans sa capacit&#233; &#224; contr&#244;ler au mieux l'individu, non dans sa capacit&#233; &#224; le punir (souverainet&#233; monarchique). La mort devient tabou et doit &#234;tre aussi soumise au r&#233;gime du biopouvoir, notamment sur le plan sanitaire. S'il faut avant tout allonger et pr&#233;server la vie des vivants, on d&#233;place les cimeti&#232;res &#224; l'ext&#233;rieur des villes, on favorise la cr&#233;mation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas W. Laqueur, Le travail des morts, NRF, 2018.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou les proc&#233;d&#233;s de l'embaumement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, lire deux livres de Nicolas Delestre : Petite histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Tout est fait pour rendre invisible la mort et affirmer la vie, cons&#233;quemment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant &#224; y bien regarder, la m&#233;diumnit&#233; spirite, m&#234;me du c&#244;t&#233; des croyants, suit le nouveau paradigme du bio-pouvoir, m&#234;me si elle maintient le partage entre les mondes. En prolongeant le souvenir du mort, les s&#233;ances &#171; rassurent &#187; les vivants, les apaisent, et leur donnent l'illusion que le monde des morts est proche de celui des vivants, ce qui contrevient &#224; la pens&#233;e religieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#233;diumnit&#233; fait donc l'objet de toutes les attentions, car c'est justement une pens&#233;e de la pl&#232;be, qui ne rentre pas dans les usages de la soci&#233;t&#233; et dont le pr&#233;suppos&#233; ontologique (que les morts peuvent entrer en contact avec nous) met en danger l'immunit&#233; politique de la soci&#233;t&#233; du XIXe si&#232;cle, bien qu'elle soit encore p&#233;n&#233;tr&#233;e de religiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II- M&#233;diumnit&#233;s alternatives (XIXe) des &#233;crivains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature se fait ainsi le miroir de la soci&#233;t&#233;, de ses pratiques (notamment le spiritisme). Les &#233;crivains ne critiquent pas la position cr&#233;dule des gens, puisqu'ils participent aux s&#233;ances mais refusent de se rallier &#224; la position rationaliste. Les &#233;crivains semblent donc pour l'essentiel ouverts &#224; cette m&#233;diumnit&#233; sociale, mais visent &#224; en faire quelque chose d'autre. Ils l'envisagent en lien avec la port&#233;e cr&#233;atrice de la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A/ Le projet d'un spiritisme politique&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Hugo, Le livre des Tables, Folio Classiques, 2014 (se reporter aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre de Hugo avec la m&#233;diumnit&#233; se fait dans des circonstances tr&#232;s particuli&#232;res. Il a &#233;t&#233; oblig&#233; de s'exiler hors de France, apr&#232;s s'&#234;tre oppos&#233; &#224; Napol&#233;on III, &#224; cause de ses engagements r&#233;publicains : il choisit l'&#238;le britannique de Jersey. Plus tard c'est &#224; Guernesey qu'il ira. Son exil durera 19 ans, le temps pour que l'&#233;tat politique change. Ce n'est pas en effet pour rien qu'il sera glorifi&#233; sous la troisi&#232;me r&#233;publique. Au bout de 13 mois d'exil, d&#233;barque sur l'&#238;le de Jersey, une certaine Delphine de Girardin, aux premiers jours de septembre 1853. Elle y restera un court s&#233;jour, non sans initier les habitants et la famille Hugo et ses amis, au spiritisme. Adepte des tables tournantes, elle ne m&#233;nage pas ses efforts pour faire d&#233;coller la petite table d'enfant ronde qu'elle s'est procur&#233;e pour l'occasion, mais elle n'y parviendra pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis1.jpg' width='202' height='358' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite histoire, Hugo ne participe pas aux premi&#232;res s&#233;ances, car il est dans un premier temps r&#233;ticent. Mais la curiosit&#233; est trop grande, sur cette &#238;le isol&#233;e, il va tr&#232;s vite s'engouffrer dans le vertige des Tables tournantes, suite &#224; la premi&#232;re s&#233;ance o&#249; il invoquera sa fille morte, L&#233;opoldine. L'esprit de L&#233;opoldine, son esprit, r&#233;v&#233;lera au cours de cette s&#233;ance des faits connus seulement de lui et d'elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notons que Victor Hugo ne s'est jamais remis de la perte de son enfant, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En 1853, Victor Hugo dira &#224; Pierre Leroux, un ami : &#171; je crois absolument au ph&#233;nom&#232;ne de table &#187;. Auto-conviction ou non, toujours est-il que les s&#233;ances vont continuer quasi quotidiennement pendant deux ans, du 11 sept 1853 au 8 octobre 1855. Les Tables inaugurent une nouvelle forme d'inspiration, celle qu'il appelle, &#171; la bouche d'ombre &#187;, les personnes plongent dans un univers invisible entre les morts et les vivants, celui des Esprits. C'est une immersion quotidienne, d'autant plus forte, que les participants sont isol&#233;s sur une &#238;le, donc coup&#233;s du monde des autres vivants. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'embl&#233;e, au cours des s&#233;ances, il est question de taire les voix des morts, de ne pas les rendre publiques ; mais Victor Hugo d&#233;cide tout de m&#234;me de collecter au jour le jour ce qui est dit et il fait un compte rendu d&#233;taill&#233; de l'ensemble des s&#233;ances. Cette d&#233;cision de ne rien dire viendrait des morts eux-m&#234;mes, en particulier de l'esprit du drame, figure abstraite s'il en est, convoqu&#233;e le 14 septembre 1953, qui dira &#034;non&#034;. C'est plus de 100 esprits qui viennent &#224; lui, durant ces deux ans. La plupart sont des illustres personnages comme J&#233;sus ou Napol&#233;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui fait l'originalit&#233; de l'&#233;crivain ? Le fait qu'il pousse l'exp&#233;rience spirite dans ses cons&#233;quences les plus absolues. Cette originalit&#233; s'affirme sur deux plans, un plan litt&#233;raire et un plan politique, lui-m&#234;me envisag&#233; sous deux aspects, spatial et temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les s&#233;ances sont d'abord pour lui une mati&#232;re, une voix inspirante, un mat&#233;riau sp&#233;cial (au sens o&#249; la &#171; Sp&#233;cialit&#233; &#187; &#8211; comme le dira Balzac dans &lt;i&gt;Louis Lambert&lt;/i&gt; &#8211; est une mani&#232;re de distinguer le magn&#233;tisme d'autres r&#233;gions de l'&#234;tre). Elles alimentent donc sa litt&#233;rature : Victor Hugo va notamment s'en servir pour &#233;crire &lt;i&gt;Les Contemplations&lt;/i&gt;. L'&#233;crivain fait de la s&#233;ance spirite une source de cr&#233;ation, il y reprend des pans entiers de ce que disent les voix (&#171; Ce que dit la bouche d'ombre &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
2) L'exp&#233;rience spirite Hugo c'est aussi une nouvelle exp&#233;rience de la r&#233;alit&#233;. Il est le premier &#224; envisager la port&#233;e politique d'un &lt;i&gt;royaume de l'au-del&#224;&lt;/i&gt;. A vrai dire, la s&#233;ance spirite, il ne la con&#231;oit pas comme une exp&#233;rience limit&#233;e temporellement. Elle bouleverse sa mani&#232;re de voir le rapport entre les vivants et sa mani&#232;re de voir le rapport entre les morts et les vivants. Le spiritisme devient une sorte de &lt;i&gt;projet de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; : il transforme le socialisme en utopie de l'au-del&#224;. Pour comprendre en quoi il y a bouleversement, port&#233;e politique, il faut consid&#233;rer les s&#233;ances comme un moyen de s'&#233;manciper du christianisme selon une singuli&#232;re th&#233;orie du destin social. Cette th&#233;orie s'appuie sur la loi de m&#233;tempsycose ou des r&#233;incarnations et implique un bouleversement des ordres des esp&#232;ces. La communication spirite transforme son rapport au monde, aux hommes et &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape de cette transformation sociale : les s&#233;ances modifient le rapport au monde de Victor Hugo (VH) qui prend d&#233;sormais l'habitude, sur son &#238;le, de parler aux plantes, aux roches et aux animaux. Selon la Bible l'homme ne parle qu'aux hommes, mais en modifiant cet ordre, VH instaure une sorte de grande &#233;quivalence des &#234;tres et refuse la domination de l'homme propos&#233;e par la religion. A l'image des s&#233;ances, o&#249; il ne parle pas qu'&#224; des morts mais &#224; des id&#233;es abstraites, le Drame ou La Mort. C'est donc tout son rapport &#224; l'existence qui est boulevers&#233;. Il y a une pluralit&#233; de modes d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#233;tape : avec les r&#233;v&#233;lations des Tables, VH va plus loin encore, il pense un lien entre le monde des morts et des vivants. C'est la transmigration des &#234;tres qui permet en quelque sorte de d&#233;faire la s&#233;paration entre morts et vivants. Elle permet aussi d'assurer une logique expiatoire terrestre qui se fait au long de multiples vies et non plus selon un r&#233;gime axiologique d&#233;fini par la religion (Jugement dernier). Ce qui implique que l'homme peut arriver au bout d'un certain temps &#224; une sorte de perfection morale. S'il est d&#233;li&#233; d'une temporalit&#233; lin&#233;aire, il est pris dans une sorte de cycle de la vie et de la mort. Ce qui implique une connexion entre &#171; toutes choses &#187; (vivantes et mortes). De sorte que l'homme n'a plus besoin d'avoir besoin d'ordre religieux ou d'&#234;tre d&#233;pendant d'un r&#233;gime d'&#201;tat. VH met en place la possibilit&#233; d'un ordre de l'au-del&#224; qui gouverne les choses et les hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont bien s&#251;r les voix des esprits qui assurent cette l&#233;gitimit&#233; des principes. En faisant trembler les Tables, il fait gronder les id&#233;es bien &#233;tablies du christianisme qui servent de caution &#224; l'empereur (et dont se d&#233;barrassera l'ordre r&#233;publicain, quelques ann&#233;es plus tard). VH cherche, comme l'a dit l'essayiste Philippe Murray, les &#171; solidarit&#233;s humaines dans les tombeaux &#187;. VH dira d'ailleurs &#224; son fils : &#171; le ph&#233;nom&#232;ne des tables tournantes n'amoindrit pas le 19e si&#232;cle, il l'agrandit, pourquoi nier l'&#233;vidence ? Oui il est naturel que les esprits existent &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos rapport&#233;s par Ad&#232;le Hugo, dans son Journal de l'exil (27 avril 1854).&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
VH tire des s&#233;ances spirites des enseignements moraux et sociaux pour une nouvelle soci&#233;t&#233; ou un nouveau rapport &#224; l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B / Le Horla de Maupassant &#8211; L'esprit, sortiras-tu de moi !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Hugo, il y a encore une certaine barri&#232;re entre la vie et la mort, puisqu'il faut mourir pour changer d'&#233;tat (m&#233;tempsycose), ou du moins, il faut faire de la m&#233;diumnit&#233; le mode par excellence de son rapport &#224; la vie. La barri&#232;re de l'au-del&#224; laisse passer des voix. Maupassant va plus loin et d&#233;chire ce voile de s&#233;paration. Maupassant n'a plus besoin des Tables, l'exp&#233;rience de la m&#233;diumnit&#233; est chez lui une exp&#233;rience subjective, autant corporelle que mentale. C'est une exp&#233;rience li&#233;e &#224; la perception et au corps d'un observateur, c'est l'exp&#233;rience fondamentale de la subjectivit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce propos, l'analyse qui a &#233;t&#233; men&#233;e le plus loin dans la compr&#233;hension du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cette exp&#233;rience que le philosophe Philippe Roy a th&#233;matis&#233; &#224; sa fa&#231;on en parlant de &lt;i&gt;geste&lt;/i&gt;. On ne peut mieux r&#233;sumer ce mani&#232;re de saisir le geste qui habite tout &#234;tre, en citant ce philosophe : &#171; Horla devient alors geste, corps d'esprit purement manuel, sa naissance est dans le geste d&#233;cisif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Roy, L'Immeuble du mobile, p. 288.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Maupassant, la question : &#171; esprit es-tu l&#224; ? &#187; prend v&#233;ritablement toute sa force. L'esprit est Horla , c'est-&#224;-dire qu'il est l'exp&#233;rience subjective fondamentale que peut faire tout homme ordinaire, moyennant certaines conditions. L'homme ordinaire porte en lui un geste qui cherche &#224; s'extraire de lui, se d&#233;ployer hors de lui et &#224; prendre le dessus sur lui. Horla est, comme dit Michel Serres, hors (&lt;i&gt;out&lt;/i&gt;) et l&#224; (&lt;i&gt;right there&lt;/i&gt;). Ce geste &#224; la racine de notre &#234;tre, le constituant ou l'instaurant, pour parler comme Souriau, semble &#233;maner d'un observateur (narrateur) et lui faire peur. Le personnage se sent habit&#233; par quelque chose qui le d&#233;passe, mais qui lui est comme &#233;tranger. Il ne le per&#231;oit pas directement, comme l'&#339;uvre d'un &#171; esprit &#187; qui n'est pas ce moi ordinaire familier dont il a l'habitude, mais pr&#233;cis&#233;ment cette part de lui qui diff&#232;re de ce moi et qui est toujours d&#233;j&#224; ant&#233;rieur et post&#233;rieur &#224; lui. C'est un mouvement ex-tatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a dit que dans la perspective traditionnelle de l'exp&#233;rience de m&#233;diumnit&#233;, tout est centralis&#233; dans un &lt;i&gt;m&#233;dium&lt;/i&gt; qui est con&#231;u comme un simple r&#233;cepteur (selon la logique communicationnelle qui sera th&#233;matis&#233; par Claude Shannon), celui-ci se fait vecteur d'un signal, il est le point de contact et de transmission de ce signal &#233;manant des esprits (morts).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le cas du personnage de Maupassant, cette communication est impossible : Horla n'est pas lui-m&#234;me, mais &lt;i&gt;la part toujours diff&#233;r&#233; de lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est un autre rapport au temps et &#224; l'espace que celui de la transmission (lin&#233;aire) qui implique aussi une (quasi-)simultan&#233;it&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'o&#249; le fait que Horla puisse aussi venir d'un lointain, par bateau, et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Horla &#171; vampirise &#187; le narrateur de l'int&#233;rieur, et d&#233;fait de son rapport au monde : il y a d&#233;phasage. C'est donc bien une histoire de possession auquel on assiste. Philippe Roy r&#233;sume parfaitement cette op&#233;ration en circuit ferm&#233; : &#171; Horla n'est rien hors de nous (et de la nature) et nous ne sommes rien hors de lui (...) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IM, p.291.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Toute la force du travail de Maupassant, c'est de nous sortir de l'opposition croyance/science, ou plut&#244;t, de rendre la science incapable de trancher dans le sens de ce partage. Horla est le nom de cette m&#233;diumnit&#233; qui n'a plus besoin des l&#233;gions de mort, d'un bataillon de savants. Le r&#233;cit lui-m&#234;me se pr&#233;sente lui-m&#234;me &lt;i&gt;hors et l&#224;&lt;/i&gt;. En cela il appara&#238;t sous deux formes, un r&#233;cit-nouvelle et un r&#233;cit-journal. La composition de 1886 (nouvelle) est plus courte que celle de 1887 (journal). Les deux versions sont int&#233;ressantes, car l'une ne peut aller sans l'autre, m&#234;me si elles ont &#233;t&#233; &#233;crites successivement. C'est la m&#234;me histoire, mais le changement de cadre (de la nouvelle au journal) engage une strat&#233;gie diff&#233;rente, tr&#232;s r&#233;v&#233;latrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) La strat&#233;gie de la &lt;strong&gt;peur&lt;/strong&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux r&#233;cits du Horla qui d&#233;veloppent la strat&#233;gie de la peur, n'int&#232;grent pas le champ du fantastique et par-l&#224; s'affranchissent des modalit&#233;s de l'&#233;trange ou du surnaturel. Dans le fantastique, comme le rappelle la d&#233;finition du fantastique de Todorov, le fantastique, c'est l'h&#233;sitation &#233;prouv&#233;e par un &#234;tre qui ne conna&#238;t que les lois naturelles, face &#224; un &#233;v&#233;nement en apparence surnaturel. Le personnage doit &#234;tre en proie &#224; un doute, une incertitude, il ne sait si ce qui lui arrive est vrai ou non, cela veut dire que l'&#233;v&#233;nement se pr&#234;te autant &#224; une analyse rationnelle pouvant expliquer le ph&#233;nom&#232;ne qu'&#224; une croyance. Maupassant &#233;crit &#224; un moment o&#249; le fantastique ne fait plus flor&#232;s. Maupassant change donc de paradigme, m&#234;me s'il repose sur la peur, un des traits du fantastique. On pourrait tr&#232;s facilement expliquer les choses. Ici ce qui ressort de l'histoire c'est l'incapacit&#233; &#224; entrer dans une compr&#233;hension du ph&#233;nom&#232;ne. C'est ce que traduit la peur du docteur, &#224; la fin de la nouvelle et sa volont&#233; de le pr&#233;senter &#224; ses coll&#232;gues : il est d&#233;sarm&#233;. Le m&#233;decin n'arrive pas &#224; trouver une assise rationnelle &#224; ce que son malade vit. Il n'arrive pas &#224; distinguer si ce que vit son patient est vrai ou illusion, s'il est fou ou non. Le m&#233;decin n'arrive pas &#224; donner pronostic clinique de ce que vit son patient. Dans le cas d'une conception fantastique, la lecture scientifique ne poserait pas probl&#232;me. Ce qui n'est pas le cas ici. Maupassant use au contraire d'une pluralit&#233; de discours diff&#233;rents (science, religion) non pas en les opposant mais en les faisant converger comme pour montrer que cet &#202;tre hors norme, Horla, n'est pas moins religieux que scientifique ou pas moins scientifique que religion. Ce n'est affaire que de mots, mais la r&#233;alit&#233;, l'&#233;v&#233;nement-Horla est quelque chose qui montre les insuffisances des discours du religieux et de la science, ou que ceux-ci disent au fond la m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) &lt;strong&gt;le vampire&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Horla est comme un vampire. Le mot vampire appartient encore &#224; un autre discours : celui de la mythologie. Il est mis en relation dans le r&#233;cit avec une actualit&#233;, la venue d'un bateau, avec des voiles blanches, provenant de mers lointaines. Horla se dit en de multiples discours. Ne comprenant pas ce qu'il est, le narrateur fait graviter autour de lui tout un faisceau de discours susceptibles de le cat&#233;goriser. Il s'agit surtout de ne pas oublier un discours qui pourrait &#234;tre utilis&#233; pour rabattre Horla sur un sens pr&#233;cis et ainsi retomber dans une logique de connaissance. Pourtant l'image de vampire est peut-&#234;tre la meilleure. L'image du vampire a ceci d'int&#233;ressant qu'il tient &#224; la fois l'id&#233;e de &#171; retrait de soi &#187; (il &#233;chappe &#224; la lumi&#232;re) et l'id&#233;e de retirer quelque chose de quelqu'un, sa force vitale. Le vampire exprime bien aussi cette id&#233;e de possession, cette atmosph&#232;re magn&#233;tique qui entoure le narrateur. Le vampire en lui neutralise la vie tranquille du narrateur. Celui-ci est son prisonnier, sans pouvoir l'objectiver. C'est un peu comme Maupassant avait en quelque sorte anticiper l'exp&#233;rience du chat de Schr&#246;dinger dans sa bo&#238;te : il ne peut jamais savoir exactement, si cette pr&#233;sence est celle d'un autre ou si c'est lui qui en est l'auteur. Sauf que le chat c'est lui-m&#234;me, prisonnier d'un dispositif qui l'arrache &#224; tout discours classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) &lt;strong&gt;Lecture r&#233;active&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La lecture r&#233;active qui sera faite du Horla renverra l' &#233;crivain &#224; sa folie. On diagnostiquera, &#224; rebours, ce texte comme une manifestation de la d&#233;sagr&#233;gation du corps syphilitique de l'&#233;crivain. En d'autre termes, la syphilis aurait rong&#233; le corps de l'&#233;crivain et perturberait son esprit. Mais on ne peut r&#233;duire ce texte &#224; l'expression d'une folie naissante, qui n'est d'ailleurs m&#234;me pas d&#233;clar&#233;e (m&#233;dicalement) &#224; l'&#233;poque de l'&#233;dition des deux versions du texte. On doit plut&#244;t consid&#233;rer que ce qui fait l'essence de son texte est une nouvelle exp&#233;rience m&#233;diumnique qu'il veut partager avec son lecteur, en refusant les deux points de vue de la m&#233;diumnit&#233; classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/ M&#233;diumnit&#233;s modernes (XIXe si&#232;cle) : naissance des technologies de l'au-del&#224;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;A/ Balzac et la th&#233;orie des spectres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Balzac, ce qui fait l'originalit&#233; profonde de son travail sur la m&#233;diumnit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les textes de Balzac qui &#233;voquent le spiritisme ou la divination sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce sont ses consid&#233;rations sur le &#171; medium &#187; photographique. Car m&#234;me si l'&#233;crivain a th&#233;matis&#233; le concept de &lt;i&gt;Sp&#233;cialit&#233;&lt;/i&gt;, soit &#171; la capacit&#233; de voir tout et d'un seul coup &#187;, qui donne un r&#244;le social indispensable &#224; l' &#233;crivain ou tout m&#233;dium-sujet, il semble plus int&#233;ress&#233; par la nouveaut&#233; du daguerr&#233;otype qui semble poss&#233;der &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; ce pouvoir. Il suffit en effet de prendre un clich&#233; pour avoir acc&#232;s &#224; la spectralit&#233; dont nous sommes faits. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui fascine tant Balzac : lui doit se faire m&#233;dium, r&#233;cepteur, ce qui n'est pas exempt d'effort, alors que le m&#233;dium-objet, l'outil technologique nouvellement invent&#233; peut le faire instantan&#233;ment (ou presque, en raison des temps de pose). &#171; Je suis &#233;baudi, dit-il &#224; Madame Hanska, dans une lettre du 2 mai 1842, de la perfection avec laquelle agit la lumi&#232;re [parlant de l'appareil photographique] &#187;. L'appareil a en commun avec le travail de l'&#233;crivain de tout enregistrer. L'&#233;crivain-&lt;i&gt;species&lt;/i&gt; est l'analogue du &lt;i&gt;speculum&lt;/i&gt;-daguerr&#233;otype. Nadar s'est fait le t&#233;moin privil&#233;gi&#233; des id&#233;es de Balzac sur le sujet. Dans ses m&#233;moires, il &#233;voque sa th&#233;orie des spectres, qu'on trouve ici et l&#224; &#233;voqu&#233;e dans son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Extrait 1 :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Si quelqu'un fut venu dire &#224; Napol&#233;on qu'un &#233;difice et un homme sont incessamment et &#224; toute heure, repr&#233;sent&#233;s par une image dans l'atmosph&#232;re, que tous les objets existants ont un spectre insaisissable, perceptible, il aurait log&#233; cet homme &#224; Charenton [...] Et c'est l&#224;, cependant, ce que Daguerre a prouv&#233; par sa d&#233;couverte. &#187; (&lt;i&gt;Le Cousin Pons&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Extrait 2 :&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le monde moral est taill&#233; pour ainsi dire sur le patron du monde naturel ; les m&#234;mes effets s'y doivent retrouver avec les diff&#233;rences propres &#224; leurs divers milieux. Ainsi, de m&#234;me que les corps se projettent r&#233;ellement dans l'atmosph&#232;re en y laissant subsister ce spectre saisi par le daguerr&#233;otype qui l'arr&#234;te au passage ; de m&#234;me, les id&#233;es, cr&#233;ations r&#233;elles et agissantes, s'impriment dans ce qu'il faut nommer l'atmosph&#232;re du monde spirituel, y produisent des effets, y vivent &lt;i&gt;spectralement&lt;/i&gt; (car il est n&#233;cessaire de forger des mots pour exprimer des ph&#233;nom&#232;nes innomm&#233;s), et d&#232;s lors certaines cr&#233;atures dou&#233;es de facult&#233;s rares peuvent parfaitement apercevoir ces formes ou ces traces d'id&#233;es &#187;&#8239;(&lt;i&gt;Le Cousin Pons&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait 3 :&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Selon Balzac, chaque corps de la nature se trouve compos&#233; d'une s&#233;rie de spectres, en couches superpos&#233;es &#224; l'infini, foliac&#233;es en pellicules infinit&#233;simales, dans tous les sens o&#249; l'optique per&#231;oit ce corps. L'homme &#224; jamais ne pouvant cr&#233;er &#8211; c'est-&#224;-dire, d'une apparition de l'impalpable, constituer une chose solide, ou de rien, faire une chose &#8211; chaque op&#233;ration daguerrienne venait donc surprendre, d&#233;tachait et retenait en se l'appliquant, une des couches du corps object&#233;. De l&#224;, pour ledit corps, et &#224; chaque op&#233;ration renouvel&#233;e, perte &#233;vidente d'un des spectres, c'est-&#224;-dire d'une partie de son essence constitutive.&lt;br class='autobr' /&gt;
Y aurait-il perte absolue, d&#233;finitive, ou cette d&#233;perdition partielle se r&#233;parait-elle cons&#233;cutivement dans le myst&#232;re d'un renaissement plus ou moins instantan&#233; de la mati&#232;re spectrale ? Je suppose bien que Balzac, une fois parti, n'&#233;tait pas homme &#224; s'arr&#234;ter en aussi bonne route, et qu'il devait marcher jusqu'au bout de son hypoth&#232;se. Mais ce deuxi&#232;me point ne se trouva pas abord&#233; entre nous. &#187; (Nadar)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_555 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis2.jpg' width='247' height='220' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	De ces extraits, on peut tirer un certain nombres d'enseignements : la photographie permet la communication instantan&#233;e (si on consid&#232;re que le temps de pose peut &#234;tre corrig&#233; &#224; la longue) non pas avec les esprits, mais avec le r&#233;el. Le daguerr&#233;otype permet d'atteindre l'essence des choses. La r&#233;alit&#233; est ainsi r&#233;v&#233;l&#233;e dans ce qui la texture : elle est faite de couches spectrales ; on peut parler de &lt;i&gt;feuilletage ontologique&lt;/i&gt;. Il y a une perp&#233;tuelle &#233;mission spectrale des corps naturels, des vivants, mais aussi de toutes choses. Cela au fond n'est pas nouveau ; d'une certaine fa&#231;on, on retrouve certains &#233;l&#233;ments de la pens&#233;e antique (les simulacres). Mais ce qui est nouveau, c'est de penser la r&#233;alit&#233; &#224; l'aune de ce m&#233;dium-objet et que ce m&#233;dium-objet agisse comme un &lt;i&gt;r&#233;v&#233;lateur&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; (notons que le terme de r&#233;v&#233;lateur est d'ailleurs employ&#233; pour marquer une &#233;tape de la photographie). Ce ne sont plus les yeux qui re&#231;oivent ou &#233;mettent des simulacres, tout semble en &#233;mulsion perp&#233;tuelle ; et la photographie a le pouvoir de la saisir. Photographier, c'est comme retirer une couche, une part de soi, qui se fige dans le clich&#233;. On retrouve aussi quelque chose du vampire, dans cette capture. &#171; La photographie c'est s'approprier l'objet photographi&#233; &#187;, dira plus tard Sontag. La vision de la r&#233;alit&#233; de Balzac est ainsi tr&#232;s proche de la conception physique de l'&#233;poque (XIXe si&#232;cle), qu'on appelle &lt;i&gt;l'&#233;ther&lt;/i&gt;, selon laquelle on baigne dans une substance subtile, distincte de la mati&#232;re, et qui parcourt tout l'univers.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est encore loin des conceptions spirites de la photographie de la fin du 19e si&#232;cle : Mumler verra dans la photographie le moyen de capturer des spectres, alors que pour Balzac, le spectre, c'est nous, c'est une partie des choses, &lt;i&gt;c'est tout ce que l'appareil peut enregistrer&lt;/i&gt;. La mati&#232;re n'est d'ailleurs peut-&#234;tre qu'une vue partielle de cette &#233;mulsion dans laquelle le m&#233;dium fait une coupe. L'obturateur tranchant un flux de r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Balzac n'a pas non plus une repr&#233;sentation humaine du spectre (apparence humaine). Il consid&#232;re la photographie comme une technique qui vole l'image de soi, de toute chose &#8211; ce qui a &#233;t&#233; vu par Nadar comme une conception primitive ou f&#233;tichiste de l'image. Mais pour l'&#233;crivain la photographie n'a rien d'effrayant, c'est m&#234;me le contraire : c'est fascinant. On peut voir que par son id&#233;e du feuilletage, Balzac donne une sorte de proposition &lt;i&gt;immanente&lt;/i&gt; de la connaissance des choses, en essayant de donner un &#233;quivalent objectif de ce qu'un esprit &#171; ouvert &#187; (spirite) est capable de rendre compte. Seuls le m&#233;dium-photographique ou l'esprit de l'&#233;crivain sont &#224; m&#234;me de pouvoir rendre compte du r&#233;el. Les portraits, les types dans les romans de Balzac sont &#224; voir comme autant de d&#233;coupages, de coupes (types) que l'appareil pourrait lui saisir instantan&#233;ment. Les spectres sont d&#233;sormais sans fronti&#232;re, il n'y a pas deux mondes, mais un seul o&#249; certains hommes, certains m&#233;diums peuvent se hisser &#224; un regard presque divin. Les spectres sont ces &#234;tres subtils qui, reli&#233;s &#224; la mati&#232;re, tissent notre vie et le r&#233;el. Mais l'image ne suffit pas, pour rendre compte de la pr&#233;sence du r&#233;el, la voix, le son sont indispensables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B/ Machines n&#233;crophoniques d'Edison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Edison s'est lui aussi int&#233;ress&#233; &#224; la m&#233;diumnit&#233;. Mais il refuse le mode traditionnel des Tables pour &#233;laborer lui-m&#234;me son m&#233;dium. C'est un m&#233;dium-objet qu'il con&#231;oit. Une vraie prouesse technologique. Son point de vue est vraiment singulier. Edison pense en effet pouvoir mettre au point un appareil capable de communiquer avec l'au-del&#224;, sans pour autant partager le point de vue spirite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Se reporter &#224; son autobiographie : Le royaume de l'au-del&#224; (publi&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. A propos de ces m&#233;diums, il dit : &#171; le spiritisme est, en ce moment, le sujet de nombreuses discussions et d'&#233;crits de toutes sortes, mais les m&#233;thodes et les appareils utilis&#233;s par ses adeptes ne forment qu'un fatras d'inepties &#187;. Des tables aux cartes, rien de ces bric et broc ne peuvent permettre d'entendre la voix des morts. Il consid&#232;re que les spirites sont dans l'auto-persuasion. Il consid&#232;re qu'ils ne font que laisser &#171; leur subconscient dominer leur pens&#233;e normale &#187; (...) &#171; Pendant qu'ils sont dans cet &#233;tat de transe, ils ressentent v&#233;ritablement ce qu'ils croient ressentir &#187;. Si l'on veut y arriver un jour &#224; prendre contact avec les morts, &#171; il faudra jeter par-dessus bord les proc&#233;d&#233;s occultes, myst&#233;rieux ou bizarres qu'utilisent les soi-disant m&#233;diums, recourir &#224; des m&#233;thodes strictement scientifiques &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Edison, la personnalit&#233; de chacun est conserv&#233;e apr&#232;s la mort, apr&#232;s le d&#233;p&#233;rissement du corps, car sinon o&#249; serait la l&#233;gitimit&#233; d'un au-del&#224;. Pour Edison, nous sommes faits d'une myriade d'individualit&#233;s infinit&#233;simales, travaillant en &#233;quipe, en essaims, et qui sont chacune une &#171; unit&#233; de vie &#187;. Elles sont plus petites que les plus puissants microscopes. Il y a pas de diff&#233;rence v&#233;ritable entre les plantes et les hommes. La diff&#233;rence est dans l'organisation : nous sommes dou&#233;s de m&#233;moire par exemple. La mort n'est qu'une transformation radicale qui oblige ces unit&#233;s-vies &#224; trouver un autre lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ces conditions, il est normal pour Edison de supposer que les morts veulent entrer en communication avec les vivants. Il faut donc leur fournir &#171; le meilleur moyen possible pour faciliter l'&#233;tablissement d'une liaison avec nous, puis voir ce qui va se produire &#187;. Quel va &#234;tre cette machine ? Une machine capable de capter les voix, de les enregistrer. C'est le n&#233;crophone qu'Edison invente pour cette op&#233;ration de communication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe de cette machine repose sur une sorte de valve dont la conception permettrait d'amplifier toute &#233;nergie, aussi petite soit-elle, au moyen de laquelle un esprit pourrait se manifester. &#171; C'est ce qui se passe, dit-il, par exemple dans une centrale &#233;lectrique o&#249; un homme, avec sa force relativement insignifiante d'un huiti&#232;me de cheval-vapeur, tourne une valve qui met en marche une turbine produisant cinquante mille chevaux-vapeur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le beaux texte de Philippe Baudoin, &#171; Machines n&#233;crophoniques &#187; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui le rend si s&#251;r de lui, c'est notamment son travail sur l'am&#233;lioration du microphone &#224; cartouche de carbone, propos&#233; par Alexander Graham Bell, qui participe au d&#233;voilement d'un monde inaudible. Il retrouve dans les mouvements imperceptibles de l'appareil les flashs lumineux, les cr&#233;pitements &#233;lectriques diffus&#233;s par les vieux postes nourris des champs d&#233;gag&#233;s par les ampoules, autrement dit ce qu'il appellera la &#171; musique mol&#233;culaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis3.jpg' width='500' height='408' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis4.jpg' width='500' height='337' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_558 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis5.jpg' width='500' height='624' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ills. Phonographe et n&#233;crophone&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui sugg&#232;re la th&#233;orie des &#171; unit&#233;s de vie &#187; qui s'appuie sur une th&#233;orie m&#233;taphysique, &#233;sot&#233;rique de la vibration d&#233;velopp&#233;e par William Crookes et Helena Bla-vat-sky selon laquelle les &#234;tres vibrent, ont une sorte d'&#233;tat ondulatoire et une th&#233;orie scientifique, celle de l'&#201;ther, principe, fluide dans lequel baigne l'univers. D'o&#249; l'id&#233;e que les vibrations ont des fr&#233;quences multiples (Rayons X, ondes hertziennes), que donc l'environnement est satur&#233; de vibrations invisibles et inaudibles. Les appareils d'Edison sont capables d'enregistrer certains sons, certaines vibrations et cela montre les applications possibles de ses travaux dans le cadre des recherches psychiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le paradoxe, c'est qu'Edison, lui, veut donner un fondement scientifique &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes. Il y a l'&#201;ther, une sorte de cadre th&#233;orique, qui par le biais d'un appareillage subtil, c'est le cas de le dire, pourrait nous faire entendre les morts. Les morts sont en fait envisag&#233;s d'un point de vue ondulatoire, des sons, conversion de signaux. Pour lui, il faut juste le bon medium, la technique est donc la priorit&#233;. L'&#233;coute phonographique fait entendre &#171; une inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; m&#233;canique &#187;. Le phonographe d&#233;borde d&#233;j&#224; la simple m&#233;canique. Mais le n&#233;crophone fera entendre la voix des morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut dire que les spirites de l'&#233;poque s'appuient aussi sur les diff&#233;rentes techniques de reproductions sonores : les &#171; raps &#187; et autres coups frapp&#233;s observ&#233;s lors de s&#233;ances. Certains vont m&#234;me plus loin : les s&#339;urs Fox qui observent des coups frapp&#233;s dans les murs, les raps, cherchent &#224; les d&#233;chiffrer via les techniques de Samuel Morse d&#233;velopp&#233;es dans les ann&#233;es 1840. Ce sont l&#224; les bases d'une technique &lt;strong&gt;typtologique&lt;/strong&gt; de communication (l'&#233;tude des coups produits par les esprits).&lt;br class='autobr' /&gt; Edison est un ing&#233;nieur spirite ou thanato-technicien, il essaye de transposer dans le cadre de l'exp&#233;rience de communication avec les morts les techniques de communication &#224; distance. Les moyens de communication comme la remarquait Deleuze sont de deux sortes : il y a les &#171; moyens de communication-translation, qui assurent notre insertion et nos conqu&#234;ts dans l'espace et le temps, comme tous les moyens de locomotion (train, voiture, fus&#233;e, ) ; et il y a les moyens de communication-expression, qui suscitent les fant&#244;mes sur notre route et nous d&#233;vient vers des affects incoordonn&#233;s, hors coordonn&#233;es &#187;. En ce sens, le n&#233;crophone est bien une machine &#224; fant&#244;mes. L'invention de cette machine (qu'on n'a pas retrouv&#233;e) est &#233;voqu&#233;e dans la sixi&#232;me partie du chapitre 8 de l'autobiographie de l'inventeur, intitul&#233; &lt;i&gt;M&#233;moires et observations&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;Le royaume de l'au-del&#224;&lt;/i&gt;, il aborde la survie de l'&#226;me, l'origine de la vie humaine, du fonctionnement de notre m&#233;moire, le spiritisme et les possibilit&#233;s de communication avec les morts. De tous les projets qu'on doit &#224; Edison, le grand inventeur, le &#171; n&#233;crophone &#187; est sans doute le plus &#233;trange et celui qui a le moins servi. On n'a rien retrouv&#233; de cette invention, si on excepte quelques croquis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus fondamentalement, le n&#233;crophone n'est peut-&#234;tre au fond qu'une sorte d'extension de la conception phonographique, invent&#233; dans les ann&#233;es 1870. D'ailleurs, lorsque le 11 mars 1878, il propose dans l'amphith&#233;&#226;tre de l'Acad&#233;mie des sciences son phonographe, un appareil capable de r&#233;citer ce qui est inscrit sur un rouleau, il provoque le trouble, un effroi. Entendre la voix en l'absence des corps, c'est sinon de la sorcellerie, de la ventriloquie. Plus d'un crient &#224; la supercherie. Puis, tr&#232;s vite, cette machine &#224; fant&#244;mes va servir, elle va servir pour les m&#233;decins, pour r&#233;entendre la s&#233;ance pass&#233;e, elle va servir lors des enterrements, pour faire revivre la voix du d&#233;funt. Ainsi comme le dit Philippe Baudouin, cette technologie va d&#233;ployer une &#171; fantasmagorie de l'espace domestique &#187;. Mais le n&#233;crophone aurait eu davantage d'&#233;clat s'il avait &#233;t&#233; en effet construit &#224; l'&#233;chelle industrielle.&lt;br class='autobr' /&gt; Le r&#234;ve d'Edison va tout de m&#234;me se d&#233;ployer, gr&#226;ce aux autres inventions qu'il propose. Il veut non seulement prolonger la voix mais l'image avec le kin&#233;toscope et le kin&#233;tographe. L'association de ces techniques rendra possible le cin&#233;ma. Edison, &#224; n'en pas douter, est l'un de ceux qui ont le plus transformer le monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;C/ FANTASMAGORIE CIN&#201;MATOGRAPHIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le cas du cin&#233;ma, je me contenterai de pointer quelques id&#233;es, car le sujet est trop vaste. Quel lien y a-t-il entre m&#233;diumnit&#233; et cin&#233;ma ? On peut bien s&#251;r penser directement &#224; un film comme &lt;i&gt;Poltergeist&lt;/i&gt; de Tobe Hooper, o&#249; la m&#233;diumnit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; aussi flippante que lorsque la petite Carol-Ann dispara&#238;t brusquement dans la t&#233;l&#233;vision du salon ! Mais dans cet exemple, c'est la t&#233;l&#233;vision qui sert de m&#233;dium, non le cin&#233;ma. Pour cela, il faut remonter &#224; l'origine du cin&#233;matographe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_559 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis6.jpg' width='500' height='888' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ill. Poltergeist&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cin&#233;matographe a ontologiquement partie li&#233;e avec la spectralit&#233;, car comme il est l'analogue du phonographe, il enregistre les images et les donne &#224; voir comme des spectres. M&#234;me s'il ne s'appuie pas encore sur le son, bien qu'un orchestre puisse &#224; l'&#233;poque jouer un morceau de musique pendant la projection, le cin&#233;matographe frappe par sa capacit&#233; &#224; conserver les images et les restituer comme si c'&#233;tait la r&#233;alit&#233;. On va plus loin que l'art photographique (m&#234;me si techniquement il repose sur les outils photographiques). C'est donc une machine &#224; fant&#244;mes. Les images sont des images photographiques qui ont enregistr&#233; la trace de quelqu'un, il reste une trace de leurs actions, de leurs mouvements de corps, et les photogrammes sont l'expression de cette spectralit&#233; (Cf. le travail de Mireille Berton).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas simplement parce que l'image donne la trace d'un objet ou d'un sujet, que le cin&#233;matographe est spectral, il l'est aussi, parce qu'il int&#232;gre des techniques qui vont en faire un &lt;i&gt;dispositif de m&#233;diumnit&#233;&lt;/i&gt;. Ces techniques empruntent autant aux fantasmagories (techniques visuelles, que Jonathan Crary a bien d&#233;crites)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens, le cin&#233;matographe s'inscrit dans le cadre d'inventions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aux lanternes magiques, &#224; la &lt;i&gt;camera obscursa&lt;/i&gt; qu'aux sciences cliniques (cf. les travaux de Crary). Il faudra attendre les ann&#233;es 1910 pour que le cin&#233;ma commence &#224; conditionner vraiment le spectateur et le faire en quelque sorte devenir lui-m&#234;me un &lt;strong&gt;spectre&lt;/strong&gt;. C'est le dispositif hypnotique dont on a bien parl&#233; Mireille Berton ou Raymond Bellour, bien que de mani&#232;re compl&#232;tement diff&#233;rente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos les deux magnifiques ouvrages suivants : Raymond Bellour, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma propose de nous faire rentrer dans des milieux multiples, dans lesquels les gens vont vivre une histoire : ce qui est int&#233;ressant, c'est cette connexion entre une narration et des images et des sons. La force de l'image et du son modifie notre rapport au r&#233;cit qui est fait. En effet, les producteurs cherchent &#224; prolonger les instants de film, qui durait au d&#233;but du cin&#233;ma souvent quelques secondes ou quelques minutes. &lt;i&gt;Faire durer l'exp&#233;rience du film&lt;/i&gt; n&#233;cessite de faire entrer le spectateur dans une subjectivation. Le cin&#233;ma devient une technologie de pouvoir, qui incorpore quelque chose des logiques m&#233;diumniques, comme le magn&#233;tisme. Le spectateur entre dans un &#171; dispositif hypnotique &#187;. Il vit le film comme un r&#234;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce &lt;i&gt;dispositif&lt;/i&gt; se transforme avec les &#233;tapes de construction du cin&#233;ma.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour cela, le dispositif b&#233;n&#233;ficie des avanc&#233;es sur la grammaire du cin&#233;ma qui aident &#224; cr&#233;er un conditionnement standard. L'industrialisation du cin&#233;ma, c'est justement cela : modifier le cin&#233;ma pour qu'il devienne un &lt;i&gt;m&#233;dium-objet&lt;/i&gt; sp&#233;cifique et non pas simplement un &#171; r&#233;cepteur &#187; (comme on appelle souvent la t&#233;l&#233;vision). A la diff&#233;rence du cin&#233;ma, la t&#233;l&#233;vision aura besoin de jouer sur le contenu, sur la rar&#233;faction des cha&#238;nes pour &#234;tre un instrument de propagande. Le cin&#233;ma, lui, qui raconte des histoires, doit jouer sur tous les &#233;l&#233;ments qui le composent : acteurs, musique, etc. Il utilisera au mieux : les g&#233;n&#233;riques (notamment leur dimension logotypale) ; la sc&#233;nographie des acteurs, comme l'expression de leur visage (avec les gros plan regard), et la gestuelle (ce d'autant plus, que dans les films muets, l'action doit &#234;tre comprise sans la parole, et avec le moins d'intertitres possibles) ; le montage qui s'appuie de plus en plus sur un langage cin&#233;matographique de plus en plus standardis&#233;. Tout cela contribue &#224; fa&#231;onner le spectateur et en faire un &#234;tre conditionn&#233; &lt;i&gt;spectralement&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc tr&#232;s logiquement, &#224; travers des morts-vivants que le dispositif du cin&#233;ma, d&#232;s les ann&#233;es 10 (et jusqu'aux ann&#233;es 30), va &#234;tre le plus explicite avec les films de genre et ainsi r&#233;v&#233;ler son fonctionnement sur le spectateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'on pense &#224; certaines figures du cin&#233;ma fantastique dans les ann&#233;es 30 aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma &#171; r&#233;fl&#233;chit &#187; ainsi &#224; travers le vampire, les monstres, la logique de possession qu'il met en &#339;uvre sur les spectateurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, les films qui ne jouent pas sur ces aspects hypnotiques tendent aussi &#224; habituer le spectateur &#224; d'autres r&#233;gimes normalisateurs : comme le &lt;i&gt;star-system&lt;/i&gt;. Le cin&#233;ma semble ainsi suivre diff&#233;rentes lignes de normalisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension hypnotique dans les ann&#233;es 50 et 60 va int&#233;grer le discours psychiatrique, notamment pour justifier les conduites pl&#233;b&#233;iennes des personnage-fous, qui sortent des normes applicables &#224; un vivant. Le cin&#233;ma continuera &#224; fonctionner sur le r&#233;gime hypnotique de l'image (cf. &lt;i&gt;Vertigo&lt;/i&gt;, 1958) jusque dans les ann&#233;es 60.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;sumons. Le cin&#233;ma est donc bien un &lt;i&gt;m&#233;dium&lt;/i&gt; qui agit &#224; un double niveau : 1) il nous met dans le film et nous permet de vivre une forme d'attachement affectif aux personnages, d'adh&#233;rer &#224; l'histoire ; 2) et il joue &#224; un niveau plus subtil, en tissant une certaine emprise normative autour du spectateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;diumnit&#233; du cin&#233;ma tend &#224; nous mettre &lt;i&gt;moins en relation avec l'au-del&#224; mais davantage avec l'&#233;trange qui est en nous&lt;/i&gt;, pour en quelque sorte dessiner une fronti&#232;re entre ceux qui peuvent vivre dans la soci&#233;t&#233;, et ceux qui ne le peuvent pas, la pl&#232;be. Il ne faut pas s'&#233;tonner que le cin&#233;ma ind&#233;pendant va &#171; aimer &#187; la pl&#232;be, va la mettre en sc&#232;ne, pour op&#233;rer &#224; travers elle une critique de la soci&#233;t&#233; (Craven, Carpenter, Hooper, Romero, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;D/M&#201;DIUMNIT&#201;S CANNIBALES&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour autant, les cin&#233;astes qui vont travailler &#224; faire sauter ce dispositif, cherche &#224; nous arracher &#224; la possession qu'exerce sur nous le cin&#233;ma, en tant qu'il est pris dans ce dispositif hypnotique. La possession vient de ce que nous allons suivre les conduites des personnages dans l'image (on peut parler d'adh&#233;rence affective), car elle r&#233;p&#232;te ce que la soci&#233;t&#233; produit comme conduites. Ce sont les m&#234;mes. Il faut donc op&#233;rer un d&#233;crochage sur les conduites. D'o&#249; l'inventivit&#233; du cin&#233;ma d'horreur, trop souvent mal compris, alors qu'il proc&#232;de d'une &lt;i&gt;vision politique&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
George Romero est l'un de ceux qui ont modifi&#233; le plus la m&#233;diumnit&#233; du cin&#233;ma. Au lieu de r&#233;p&#233;ter la m&#233;diumnit&#233; classique (celle des ann&#233;es 10 &#224; 30), en se positionnant dans le genre de l'&#233;pouvante, il la d&#233;samorce dans tous ses films. Il &lt;i&gt;revisite&lt;/i&gt; les morts-vivants. Il s'appuie sur eux pour transformer le cin&#233;ma. Il cr&#233;e une sorte de trou dans la membrane du cin&#233;ma, pour parler &#224; nouveau le langage du philosophe Philippe Roy. Il nous confronte directement &#224; ces personnages et il confronte aussi les personnages &#171; normaux &#187; du film &#224; ces personnages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le choix des morts-vivants, il cr&#233;e une &#171; catastrophe &#187; dans laquelle les personnages humains sont emport&#233;s comme avec une tornade, et une distanciation du spectateur avec l'image et avec le son, car le spectateur ne peut plus entrer dans les normes sociales, puisque la situation l'invite &#224; agir par-del&#224; les normes. Romero propose une vision critique du cin&#233;ma, et repense compl&#232;tement la spectralit&#233; du mort-vivant des ann&#233;es 30 notamment &#8211; &#224; l'origine des d&#233;buts de la normalisation du cin&#233;ma aux USA -, et ainsi que notre rapport au dispositif hypnotique (avec lequel les images fonctionnent plus spectralement).&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt;, il met en sc&#232;ne un nouveau type de rapport qui met fin &#224; la spectralit&#233;. Les revenants de ce film ont l'apparence de morts en d&#233;composition, de morts traditionnels (selon tout le spectre qui va du mort encore frais &#224; celui qui est en d&#233;composition avanc&#233;e). Ils reviennent en chair et en os, manger les vivants, et semble ne pas avoir d'&#233;tat d'&#226;me. Le travail sur la musique tend &#224; contester toute la tradition du film fantastique classique sur lequel le cin&#233;ma a con&#231;u une partie de sa force d'impact sur le public. Le travail sur l'image fait du mort-vivant en fait une figure &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rique&lt;/i&gt;, plut&#244;t qu'un type particulier de mort-vivant, si bien qu'il incarne dans sa gestualit&#233; toutes les figures morts-vivantes du cin&#233;ma (cr&#233;&#233;es dans le cadre du dispositif hypnotique), mais sans en privil&#233;gi&#233; une en particulier. En ce sens, le mort-vivant de Romero n'est pas &lt;i&gt;cat&#233;gorisable&lt;/i&gt;, il n'est pas sur le m&#234;me plan que les autres morts-vivants de l'histoire du cin&#233;ma, il est d'ailleurs sans ma&#238;tre (&#224; la diff&#233;rence du zombie traditionnel, car il sort de la tombe sans mal&#233;diction) et il n'est pas lui-m&#234;me un ma&#238;tre (comme l'est le vampire traditionnel). Le mort-vivant de Romero est l'expression m&#234;me de la pl&#232;be, c'est un pl&#233;b&#233;ien : en tant que mort, il a &#233;t&#233; rejet&#233; dans les cimeti&#232;res par le pouvoir &#224; cause des maladies ; en tant que revenant, il n'est pas accept&#233; dans la soci&#233;t&#233;, fait peur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_560 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis7.jpg' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ill. Les morts-vivants de Romero&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis8.jpg' width='279' height='181' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ill. Le boko (dispositif hypnotique)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dupuis9.jpg' width='168' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;ill. Un(e) zombie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Romero consiste &#224; nous faire prendre conscience de la r&#233;alit&#233; sociale des ann&#233;es 60 aux USA. Ce film politique destitue autant le cin&#233;ma qu'il institue une nouvelle fa&#231;on de se rapporter aux morts-vivants qui sont davantage des personnages conceptuels qu'une r&#233;alit&#233;. Le mort-vivant est un &lt;i&gt;curseur politique&lt;/i&gt; que Romero d&#233;place pour mesurer l'&#233;tat politique de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie &#224; mon livre, Romero et les zombies (L'Harmattan, 2014) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E/ Le dispositif de commotion hollywoodien&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De ce point de vue, le cin&#233;ma des studios des ann&#233;es 70 &#224; aujourd'hui, notamment aux Etats-Unis, va r&#233;agir et proposer un nouveau dispositif, et une nouvelle machine de guerre, le &lt;i&gt;Blockbuster&lt;/i&gt;. Progressivement, il s'agit de remplacer la m&#233;diumnit&#233; (hypnotique) par un autre type de rapport, dans lequel c'est nous qui devenons des morts (zombification). Ce dispositif reprend la force d'impact du cin&#233;ma de la contre-culture, mais lui enl&#232;ve toute sa force politique. L'effet n'est en rien lib&#233;rateur, il n'apporte rien. Il ne permet pas de distanciation : il ne fait que reproduire le &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; social et conservateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de revenir &#224; des films de monstres (ex : &lt;i&gt;Les Dents de la mer&lt;/i&gt;), mettre l'accent sur les films catastrophes, les films de science-fiction (ex : &lt;i&gt;Star Wars&lt;/i&gt;), mais il faut aussi revenir &#224; un &#233;tat d'&#233;quilibre de la soci&#233;t&#233;. Les films inscrits sous le r&#233;gime de l'impact n'ont de cesse d'exploiter des effets sp&#233;ciaux, de cr&#233;er des chocs &#233;motionnels. Le &lt;i&gt;Blockbuster&lt;/i&gt; tend d'ailleurs de plus en plus aujourd'hui &#224; plonger le spectateur dans un bain, un &#233;ther de bruits, de sons, d'images, dont l'important n'est pas de cr&#233;er un rapport distanci&#233; avec la r&#233;alit&#233;, mais de d&#233;faire dans l'individu, dans sa subjectivit&#233;, toute capacit&#233; &#224; articuler le r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau dispositif est un &#171; dispositif de commotion &#187; (comme nous l'avons appel&#233; ailleurs) qui est con&#231;u pour &lt;i&gt;frapper les esprits&lt;/i&gt;. C'est le dispositif qui est maintenant un &lt;i&gt;poltergeist&lt;/i&gt;, un esprit frappeur. Il n'y a plus d'esprit au bout du fil m&#233;diumnique, il n'y a que des chocs. La tradition de la spectralit&#233; est donc condamn&#233;e &#224; entrer dans ce dispositif pour survivre. Les films d'horreurs de type &lt;i&gt;Paranormal activity&lt;/i&gt; donne le ton. Nous n'attendons plus du film qu'il nous fasse peur, qu'il nous terrifie, nous esp&#233;rons toujours que le prochain coup va frapper plus fort. Mais &#224; force de frapper plus fort (ce que l'on retrouve d&#233;sormais aussi dans les jeux vid&#233;os), nous sommes toujours &lt;i&gt;en veille&lt;/i&gt;. Nous ne go&#251;tons plus la lenteur, le r&#234;ve n'a plus le temps de vivre en nous. Le spectateur est d&#233;sormais une &lt;i&gt;sentinelle&lt;/i&gt; qui n'a plus qu'&#224; encha&#238;ner les films, il devient un zombie, d&#233;c&#233;r&#233;br&#233; et normalis&#233; &#224; l'extr&#234;me. La normalisation &#233;tant d'&#234;tre un pur consommateur, sans id&#233;e, sans recul politique, incapable de raisonner correctement, de lier ses id&#233;es. Il s'agit juste d'arriver &#224; l'&#233;tat de zombie, celui qui est en veille et qui est attir&#233; par les lumi&#232;res, celui qui d&#233;vore les programmes, sans savoir qu'il est un mort-vivant. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'industrie du cin&#233;ma &#171; travaille &#187; autrement les spectateurs qui ne sont pas encore pass&#233;s &#224; l'&#233;tat de zombie, elle joue par exemple sur le d&#233;calage humoristique, et se contente de distraire avec des films st&#233;r&#233;otyp&#233;s, mais l&#224; encore le spectateur est normalis&#233; : le spectateur cherche &#224; se distraire de sa journ&#233;e de travail mais pourtant il va au cin&#233;ma pour retrouver la m&#234;me chose, sa dose de st&#233;r&#233;otypes sociaux qu'il vit continuellement au travail et dont finalement il ne peut se passer. Le spectateur est rendu &#224; sa boulimie. Le spectateur de cin&#233;ma ne se sauve lui-m&#234;me que lorsqu'il &lt;i&gt;pense la pl&#232;be&lt;/i&gt;, que lorsqu'il veut s'arrache &#224; toute forme de possession.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences cliniques du XIXe si&#232;cle, bras arm&#233; du dispositif biopolitique, condamnent tout ce qui peut nuire &lt;i&gt;aux vivants&lt;/i&gt; et cherchent &#224; enfermer dans un discours rationnel ou religieux ce qui est de l'ordre de l'ingouvernable, de la pl&#232;be. La m&#233;diumnit&#233; avec les morts (spectres, revenants) ne fait pas exception, elle n'&#233;chappe donc pas &#224; ce grand renfermement qui touche le XIXe si&#232;cle, car elle est potentiellement une menace pour l'ordre social. Toute communication avec les morts est d'embl&#233;e suspecte, car elle implique une transmission directe avec l'au-del&#224;, que la religion refuse. La religion ne pense un possible qu'avec Dieu et la science n'envisage elle qu'un lien avec les vivants. Le d&#233;but du XIXe si&#232;cle n'en est pas encore &#224; la critique de l'&#201;glise, mais sous la IIIe R&#233;publique, l'&#201;glise sera d&#233;savou&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les spirites ont beau se r&#233;clamer du magn&#233;tisme, celui-ci est encore associ&#233; &#224; l'&#233;ther, une vieille notion, qui recouvre divers champs de la science (il faudra attendre le travail de Maxwell, mais surtout celui d'Einstein, aux d&#233;buts du XXe si&#232;cle, pour y voir quelque chose de clair). Les scientifiques ne parviennent pas &#224; donner un fondement r&#233;el &#224; leurs exp&#233;riences. Ainsi notamment les sciences cliniques qui portent sur le corps vont-ils rejeter le spiritisme et en faire une pens&#233;e &lt;i&gt;paria&lt;/i&gt;, une pens&#233;e de la pl&#232;be. C'est la d&#233;finition du pl&#232;be : ne pas se laisser enfermer et donc &#234;tre rejet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'un certain point de vue, la m&#233;diumnit&#233; va trouver ces meilleurs d&#233;fenseurs chez des artistes ou inventeurs qui la transforment en lui enlevant sa dimension &#171; folklorique &#187; (tables tournantes) ou en tirant toutes les cons&#233;quences de la logique spirite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les postures alternatives &#224; la m&#233;diumnit&#233; classique s'inscrit dans deux logiques :&lt;br class='autobr' /&gt;
a) une logique du m&#233;dium-sujet, dans laquelle il s'agit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211;	de pousser la communication spirite &#224; son absolu et dans ses cons&#233;quences politiques (c'est la position de Hugo) : ce dernier, on l'a dit, porte la voix des morts aussi loin dans le temps (aller au plus loin dans le temps) que dans l'espace (transmigration des esprits d'un corps &#224; un autre) et fait de tous des m&#233;diums-sujets (projet politique).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; ou au contraire de limiter la communication &lt;i&gt;au corps&lt;/i&gt; d'un quidam, qui fait malgr&#233; lui sortir de lui un esprit : comme chez Hugo, ce horla le fait s'extirper de la raison sociale (Maupassant).&lt;br class='autobr' /&gt;
b) une logique du m&#233;dium-objet (les m&#233;dias de l'esprit selon McLuhan) qui permettent de spectraliser tout &#234;tre, comme on le voit d&#233;j&#224; avec la th&#233;orie des spectres de Balzac, ou l'invention du n&#233;crophone par Edison ou l'invention du cin&#233;ma.&lt;br class='autobr' /&gt; Ces formes alternatives, pl&#233;b&#233;iennes, en ce qu'elles sortent de la raison sociale, peuvent aussi se faire capillariser par le biopouvoir, moyennant des modifications consid&#233;rables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens, le phonographe va suivre un devenir social (et jouer notamment (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La force d'une m&#233;diumnit&#233; qui reste pl&#233;b&#233;ienne c'est de pouvoir appara&#238;tre comme irr&#233;ductible &#224; une gouvernementalit&#233;. Notre soci&#233;t&#233; &#8211; de plus en plus encapsul&#233;e dans le &#171; virtuel infographique &#187; &#8211; va cependant de plus en plus vers la mutilation de l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joachim Daniel Dupuis&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le terme de communication implique depuis le XVIIIe si&#232;cle l'id&#233;e de transmission (d'informations, de signaux).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'impact des m&#233;diums modernes, lire : McLuhan, &lt;i&gt;Pour comprendre les m&#233;dias&lt;/i&gt;, Le seuil, &#171; Points &#187;, 1968. Ce remarquable penseur va penser les m&#233;dias comme des &#171; prolongement &#187;, des &#171; proth&#232;ses &#187;. En ce sens, les multim&#233;dias, comme Internet, cr&#233;e aujourd'hui ses propres &#171; fant&#244;mes &#187;, ses propres &#171; virtualit&#233;s &#187; par lesquelles nous nous retirons du monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le vivantisme, concept cr&#233;e par A. Brossat, implique la mise en place de normes qui vont s'articuler aux individus et que ceux-ci d&#233;sirent suivre. Nous ne pouvons plus nous passer des m&#233;dias.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette conception est traditionnellement appel&#233;e dans le cadre des th&#233;ories de l'information : &#171; t&#233;l&#233;graphique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exp&#233;rience repose sur une mise en condition des corps. Le magn&#233;tisme est pr&#233;cis&#233;ment &#171; le milieu &#187; (&lt;i&gt;medium&lt;/i&gt;) dans lequel se trouve le corps de celui qui re&#231;oit les &#171; signaux &#187; des morts. Notons ici que le magn&#233;tisme, utilis&#233; pour marquer cet &#233;tat de r&#233;ceptivit&#233; du sujet (ou de l'objet), n'est pas &#224; l'origine mesm&#233;rien : il existe depuis le 17e si&#232;cle. On se souviendra &#224; ce propos de l'exp&#233;rience de l'&lt;i&gt;escamoteur&lt;/i&gt; Bose, qui faisait tourner les t&#234;tes des jeunes gens, en les faisant venir sur sc&#232;ne embrasser une jolie fille en laquelle il faisait passer un l&#233;ger courant &#233;lectrique, ce qui est &#224; l'origine du &#171; coup de foudre &#187; amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire le roman de Hubert Haddad (&lt;i&gt;La Th&#233;orie de la vilaine petite fille&lt;/i&gt;, Folio, 2014) qui retrace d'une fa&#231;on originale le parcours des s&#339;urs Fox.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons qu'en France et en Angleterre, le spiritisme va &#234;tre ind&#251;ment associ&#233; &#224; l'occultisme. La tradition de l'occulte associe donc l'id&#233;e d'une communication avec des mauvais esprits, d&#233;mons ou m&#234;me le Diable, alors que le spiritisme a une vis&#233;e presque th&#233;rapeutique : savoir que l'&#234;tre cher disparu n'est plus de ce monde mais est dans un autre monde auquel on peut acc&#233;der par la m&#233;diumnit&#233;, cela r&#233;conforte. L'invocation des d&#233;mons se fait toujours par l'interm&#233;diaire de sorciers ou sorci&#232;res. Cf. Mona Chollet, &lt;i&gt;Sorci&#232;res&lt;/i&gt;, Zones, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos, les travaux remarquables de Bertrand M&#233;heust, qui donnent une tr&#232;s bonne id&#233;e de l'arraisonnement &lt;i&gt;clinique&lt;/i&gt; de la m&#233;diumnit&#233;. Lire notamment &lt;i&gt;Somnambulisme et m&#233;diumnit&#233;&lt;/i&gt; (Synth&#233;labo, Les Emp&#234;cheurs de penser en rond, 1999), &lt;i&gt;Le d&#233;fi du magn&#233;tisme&lt;/i&gt; (tome 1, (ISBN 2843240662)), &lt;i&gt;Le choc des sciences psychiques&lt;/i&gt; (tome 2, (ISBN 2843240689)).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le coup de force qui rend possible la clinique, c'est le geste de Pinel qui lib&#232;re les fous de la prison, pour les enfermer dans une autre prison : l'asile psychiatrique. D&#233;sormais une &lt;i&gt;police des esprits&lt;/i&gt; va pouvoir op&#233;rer dans la soci&#233;t&#233; (cf. Michel Foucault, &lt;i&gt;La Naissance de la clinique&lt;/i&gt;, PUF, 1963).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas W. Laqueur, &lt;i&gt;Le travail des morts&lt;/i&gt;, NRF, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, lire deux livres de Nicolas Delestre : &lt;i&gt;Petite histoire de l'embaumement en Europe au XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt; (2017) et &lt;i&gt;Les Imputrescibles&lt;/i&gt; (2018), tous deux, aux Editions Le Murmure. Dans la m&#234;me collection, on trouve aussi le magnifique livre de Patrick Bergeron, &lt;i&gt;N&#233;crophilie, Un tombeau nomm&#233; d&#233;sir&lt;/i&gt; (2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Hugo, &lt;i&gt;Le livre des Tables&lt;/i&gt;, Folio Classiques, 2014 (se reporter aux notices critiques de Patrice Boivin).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons que Victor Hugo ne s'est jamais remis de la perte de son enfant, L&#233;opoldine et que plus tard, il &#233;crira &lt;i&gt;Les Contemplations&lt;/i&gt;, qui lui rendent hommage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos rapport&#233;s par Ad&#232;le Hugo, dans son &lt;i&gt;Journal de l'exil&lt;/i&gt; (27 avril 1854).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A ce propos, l'analyse qui a &#233;t&#233; men&#233;e le plus loin dans la compr&#233;hension du Horla, c'est celle propos&#233;e par Philippe Roy, dans son &lt;i&gt;Opus Magum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'immeuble du mobile&lt;/i&gt; (PUF, collection M&#233;taphysiqueS, 2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Roy, &lt;i&gt;L'Immeuble du mobile&lt;/i&gt;, p. 288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'o&#249; le fait que Horla puisse aussi venir d'un lointain, par bateau, et de tr&#232;s loin, du Br&#233;sil (si on excepte le double motif du bateau et du vampire, qui &#233;voque les chauves-souris suceuses de sang d'Am&#233;rique du Sud).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;IM, p.291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les textes de Balzac qui &#233;voquent le spiritisme ou la divination sont nombreux. On peut citer : &lt;i&gt;Le Cousin Pons&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Louis Lambert&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ursule Mirou&#235;t&lt;/i&gt;. Sur la th&#233;orie des spectres, il faut se reporter &#224; Nadar : &#171; Balzac et la daguerr&#233;otypie &#187; (p.5-10) , dans &lt;i&gt;Quand j'&#233;tais photographe&lt;/i&gt;, Paris, La Bartavelle, 1993,p.8-9 ; et &#224; Christian Chelebourg, &#171; Po&#233;tiques &#224; l'&#233;preuve. Balzac, Nerval, Hugo &#187;, dans &lt;i&gt;Romantisme&lt;/i&gt;, 1999, n&#176;105. L'imaginaire photographique, pp.57-70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Se reporter &#224; son autobiographie : &lt;i&gt;Le royaume de l'au-del&#224;&lt;/i&gt; (publi&#233;e posthumement).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire le beaux texte de Philippe Baudoin, &#171; Machines n&#233;crophoniques &#187; dans l'&#233;dition fran&#231;aise du texte d'Edison : &lt;i&gt;Le Royaume de l'au-del&#224;&lt;/i&gt;, J&#233;r&#244;me Millon, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce sens, le cin&#233;matographe s'inscrit dans le cadre d'inventions fantasmagoriques, comme la lanterne magique et toutes ces exp&#233;riences optiques comme le thaumatrope, le kin&#233;toscope...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos les deux magnifiques ouvrages suivants : Raymond Bellour, &lt;i&gt;Le corps du cin&#233;ma : hypnoses, &#233;motions, animalit&#233;s&lt;/i&gt;, P.O.L, 2009 ; Mireille Berton, &lt;i&gt;Le Corps nerveux des spectateurs. Cin&#233;ma et sciences du psychisme autour de 1900&lt;/i&gt;, Lausanne, L'&#194;ge d'Homme, 2015, 635 pages, pr&#233;face de Rae Beth Gordon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qu'on pense &#224; certaines figures du cin&#233;ma fantastique dans les ann&#233;es 30 aux USA(zombie dans &lt;i&gt;White Zombie&lt;/i&gt; ou vampire dans &lt;i&gt;Dracula&lt;/i&gt;), et dans les ann&#233;es 20, en Allemagne (&lt;i&gt;Nosferatu&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Le Cabinet du Docteur Caligari&lt;/i&gt;), ces figures jouent sur les techniques de possession dans les films : un individu en contr&#244;le un autre par possession.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie &#224; mon livre, &lt;i&gt;Romero et les zombies&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2014) et &#233;galement &#224; mon article &#171; Mort-vivantitude du zombie. R&#233;gimes de possession dans le cin&#233;ma am&#233;ricain. &#187; &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/rencontres/universite-d-ete-2016/article/mort-vivantitude-du-zombie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ici-et-ailleurs.org/rencontres/universite-d-ete-2016/article/mort-vivantitude-du-zombie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce sens, le phonographe va suivre un devenir social (et jouer notamment le r&#244;le de se souvenir du mort ou de garder la parole vivante), alors que l'invention du n&#233;crophone, rest&#233;e confidentielle, est l'expression de la pens&#233;e de la pl&#232;be puisque cet appareil se fonde sur le pari de pouvoir communiquer avec les morts. On peut penser au fond que c'est le phonographe et le n&#233;crophone sont au fond une seule et m&#234;me machine qui se distingue par leurs finalit&#233;s. Quoi qu'il en soit, Eugene Thacker parle &#224; propos des machines d'Edison d' &#171; anti-m&#233;diation &#187;, lorsqu'un appareil ne fonctionne plus pour les vivants, mais &#171; r&#233;v&#232;le ses qualit&#233;s occultes &#187;, autrement dit vient ouvrir une communication entre les vivants et les morts. Pour Edison, en tous cas, la voix des morts serait &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; qu'un parasite qui s'exprime dans la machine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autour de Nos d&#233;faites - Conversation</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=928</link>
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		<dc:date>2020-08-06T20:25:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Adam Pa&#353;ek, Alain Brossat, Alain Naze, C&#233;dric Cagnat, Joachim Dupuis, Orgest Azizaj, Philippe Roy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Que nous reste-t-il de forces pour affronter le chaos du pr&#233;sent ? Nos d&#233;faites dresse un portrait de nos rapports &#224; la politique par un jeu de r&#233;interpr&#233;tation par des lyc&#233;ens, d'extraits issus du cin&#233;ma post-68, associ&#233; &#224; des interviews de ces jeunes acteurs. Comment appr&#233;hendent-ils le monde dans lequel ils grandissent et surtout, auraient-ils envie de le changer, de le d&#233;truire ou d'en construire un nouveau ?&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que nous reste-t-il de forces pour affronter le chaos du pr&#233;sent ? &lt;i&gt;Nos d&#233;faites&lt;/i&gt; dresse un portrait de nos rapports &#224; la politique par un jeu de r&#233;interpr&#233;tation par des lyc&#233;ens, d'extraits issus du cin&#233;ma post-68, associ&#233; &#224; des interviews de ces jeunes acteurs. Comment appr&#233;hendent-ils le monde dans lequel ils grandissent et surtout, auraient-ils envie de le changer, de le d&#233;truire ou d'en construire un nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/TPth7J2gFxU&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fen&#234;tres sur cour : vivre et penser sous un d&#244;me</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=909</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=909</guid>
		<dc:date>2020-05-18T11:58:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Abdel Aouacheria, Joachim Dupuis</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec l'&#233;ruption du nouveau coronavirus, la possibilit&#233; de la fin du monde tel qu'il nous est familier, c'est-&#224;-dire la mortalit&#233; de notre civilisation, a quitt&#233; les registres de l'eschatologie et des rh&#233;toriques alarmistes pour investir les champs m&#233;diatique, politique et scientifique. D&#233;sormais, toute r&#233;flexion sur le Covid-19 est indissociable d'une analyse non seulement de la menace (la contamination virale) mais aussi de nos r&#233;actions face &#224; elle et des moyens mis en &#339;uvre pour s'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec l'&#233;ruption du nouveau coronavirus, la possibilit&#233; de la fin du monde tel qu'il nous est familier, c'est-&#224;-dire la mortalit&#233; de notre civilisation, a quitt&#233; les registres de l'eschatologie et des rh&#233;toriques alarmistes pour investir les champs m&#233;diatique, politique et scientifique. D&#233;sormais, toute r&#233;flexion sur le Covid-19 est indissociable d'une analyse non seulement de la menace (la contamination virale) mais aussi de nos r&#233;actions face &#224; elle et des moyens mis en &#339;uvre pour s'en pr&#233;munir. Quelles sont les limites r&#233;elles des fortifications cens&#233;es nous prot&#233;ger du d&#233;litement collectif ? Les gestes barri&#232;res ne seraient-ils pas la face &#233;merg&#233;e d'un iceberg, d'une dynamique de fermeture g&#233;n&#233;ralis&#233;e en contraste avec les concepts de mondialisation et de &#171; soci&#233;t&#233; ouverte &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A lire sur&lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;https://theconversation.com/fenetres-sur-cour-vivre-et-penser-sous-un-dome-137814&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;theconversation.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le d&#233;sordre des sexualit&#233;s</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=767</link>
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		<dc:date>2019-01-20T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>



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&lt;p&gt;Parler de d&#233;sordre des sexualit&#233;s est une fa&#231;on de sugg&#233;rer combien le sexe est un enjeu probl&#233;matique pour nos soci&#233;t&#233;s. Pour la soci&#233;t&#233;, la sexualit&#233; dit notre appartenance &#224; un monde, c'est-&#224;-dire en d&#233;finitive &#224; un ordre (puisque le monde est ce qui est agenc&#233; d'une certaine fa&#231;on). Le pouvoir &#8211; que l'on doit analyser en termes de rapports de force qui passent entre les individus et qui les clivent &#8211; circule dans nos soci&#233;t&#233;s pour normaliser les individus ; de ce fait, d&#233;vier des normes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parler de d&#233;sordre des sexualit&#233;s est une fa&#231;on de sugg&#233;rer combien le sexe est un &lt;i&gt;enjeu probl&#233;matique&lt;/i&gt; pour nos soci&#233;t&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La question du rapport sexe/pouvoir a fait l'objet de nombreux travaux par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour la soci&#233;t&#233;, la sexualit&#233; dit notre appartenance &#224; un monde, c'est-&#224;-dire en d&#233;finitive &#224; un ordre (puisque le monde est ce qui est &lt;i&gt;agenc&#233;&lt;/i&gt; d'une certaine fa&#231;on). Le pouvoir &#8211; que l'on doit analyser en termes de rapports de force qui passent entre les individus et qui les clivent &#8211; circule dans nos soci&#233;t&#233;s pour normaliser les individus ; de ce fait, d&#233;vier des normes associ&#233;es au sexe, c'est cr&#233;er du d&#233;sordre. Nous ne sommes pas compl&#232;tement &#171; ma&#238;tre &#187; de notre sexualit&#233; : la jouissance, en derni&#232;re instance, est assign&#233;e &#224; r&#233;sidence dans le lit conjugal, dans l'alc&#244;ve.&lt;br class='autobr' /&gt; La pornographie (du moins aux USA) appara&#238;t dans les ann&#233;es 50, c'est un cin&#233;ma qui porte exclusivement sur le sexe, et qui offre &#224; voir le sexe cr&#251;ment. Elle a toujours eu une vie parall&#232;le aux autres productions &#171; plus acceptables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Legs McNeil et Jennifer Osborne, The Other Hollywood, L'histoire du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Puis dans les ann&#233;es 70, la pornographie promeut essentiellement le geste de &lt;i&gt;p&#233;n&#233;tration&lt;/i&gt;, dans le cadre du quotidien. Il s'agit de &lt;i&gt;trouer&lt;/i&gt; le plus de bouches, de sexes et de culs possibles dans le cadre d'une histoire sc&#233;naris&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film qui tranche plus avec la vacuit&#233; des films pornographiques est sans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; L'important dans ce genre de film, c'est de ne jamais laisser de temps mort. Le temps mort, c'est ce qui arr&#234;te l'excitation. La sexualit&#233; n'a pas besoin d'&#234;tre chor&#233;graphi&#233;e ou esth&#233;tique (ce qui est le domaine r&#233;serv&#233; de l'&#233;rotisme, notamment japonaise, &#224; partir des ann&#233;es 60), le d&#233;sir du spectateur doit juste entrer dans les interstices des segmentarit&#233;s sociales (entre une secr&#233;taire et son patron, entre le plombier et la femme au foyer, etc.), et se rejouer sans cesse, se d&#233;placer, ce qui, au bout du compte, le rend &lt;i&gt;lisse&lt;/i&gt;. Il faut toujours que le spectateur pense que la prochaine sc&#232;ne sera meilleure que la pr&#233;c&#233;dente. C'est pourquoi les personnages sont toujours d&#233;r&#233;alis&#233;s et ne portent aucun d&#233;sir qui leur est &lt;i&gt;propre&lt;/i&gt;. C'est en fait toujours un fantasme social que les producteurs exploitent, pour que l'explosion du d&#233;sir (la jouissance essentiellement masculine, sauf peut-&#234;tre dans le porno lesbien) ne se fasse pas. D'une certaine mani&#232;re, le porno, c'est un cin&#233;ma de la retenue &#8211; &lt;i&gt;mais spermatique&lt;/i&gt;. Le sc&#233;nario n'a donc pas besoin d'&#234;tre agenc&#233; autrement qu'un bordel (on passe d'une chambre &#224; une autre, d'un lieu &#224; un autre, sans que cela ait une vraie incidence sur la mani&#232;re de comprendre l'histoire). La mont&#233;e en puissance, le &lt;i&gt;climax&lt;/i&gt; (orgasme en anglais), est continu et d'une certaine fa&#231;on n'arrive jamais. On sort toujours frustr&#233; d'un film pornographique. Le d&#233;sir s'est arc-bout&#233; &#224; tant de chim&#232;res, de fantasmes, pendant ces longues minutes, qu'aucune cr&#233;ation singuli&#232;re chez le spectateur n'a pu aboutir. Les sc&#232;nes ont beau donner l'impression que les lieux ferm&#233;s de la soci&#233;t&#233; se sont ouverts le temps du film, mais il ne faut pas &#234;tre dupe. Le cin&#233;ma n'est qu'un dispositif fantasmagorique : il fabrique du fantasme, de quoi nourrir son imaginaire ; il ouvre des &#171; possibles &#187;. Mais justement, ce ne sont que des &#171; possibles &#187;. Le possible est ici envisag&#233; comme situation sexuelle dans un cadre qui ne l'admet pas. La virtualit&#233; d'autres visions de la sexualit&#233; non fantasmatiques n'est pas envisageable.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cin&#233;ma pornographe, en g&#233;n&#233;ral, offre une sexualit&#233; pauvre. Pour aller plus loin que la r&#233;p&#233;tition du geste de p&#233;n&#233;tration, qui n'ouvre aucune virtualit&#233;, il faut par exemple porter le fantasme jusqu'&#224; ce qu'il ne soit plus un fantasme, mais donne une v&#233;rit&#233; sur les conduites d'un monde politique (cf. &lt;i&gt;Salo&lt;/i&gt; de Pasolini). Le sexe alors est index&#233; &#224; une logique de pouvoir qui oblige le spectateur &#224; r&#233;fl&#233;chir. Si le cin&#233;ma pornographique cadenasse autant la sexualit&#233;, c'est qu'il active en nous des comportements &#224; vide (des comportements masturbatoires, infantiles) : c'est comme une bande-son qui tournerait en boucle, ind&#233;finiment. Il faut alors l'arr&#234;t du projecteur, du film pour sortir de ce moment glauque et d&#233;primant. &lt;br class='autobr' /&gt; Le cin&#233;ma &#171; pornographe &#187;, &#224; vrai dire, a toujours accompagn&#233; le cin&#233;ma dit respectable, c'est un cin&#233;ma qu'on regardait &#224; l'abri des salles obscures (avant qu'il ne soit diffus&#233; &#224; certaines heures sur les cha&#238;nes t&#233;l&#233;vis&#233;s), un cin&#233;ma de la d&#233;tresse sexuelle. Ce cin&#233;ma est comme un dispositif pour r&#233;guler la sexualisation du corps cosm&#233;tique (le fait d'&#234;tre en quelque sorte sans cesse mis sous tension sexuelle, par les images publicitaires notamment, conduit le consommateur &#224; d&#233;sirer plus et &#224; consommer du sexe par &#233;cran interpos&#233;).&lt;br class='autobr' /&gt; Notons ici que le d&#233;veloppement de la photographie &#233;rotique (XIXe) a aid&#233; &#224; mobiliser le &#171; d&#233;sir &#187; du spectateur et contribu&#233; &#224; forger en lui la fantasmaticit&#233; que les logiques lib&#233;rales ont su exploiter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On vient voir une sc&#232;ne de &#171; culs &#187; comme on vient regarder un &#171; match de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le cin&#233;ma voit le jour &#224; une &#233;poque o&#249; la fantasmaticit&#233; par l'image et par les objets se d&#233;veloppe, la photographie mais aussi les grands magasins (&#171; palais de cristal &#187;), ont accompagn&#233; l'activation du d&#233;sir chez la femme vers des objets, des marchandises, public privil&#233;gi&#233; par une soci&#233;t&#233; puritaine et m&#233;prisante &#224; l'&#233;gard de l'intelligence des femmes (Cf. Les magasins &lt;i&gt;Selfridges&lt;/i&gt;). C'est l'&#226;ge des fantasmagories comme l'a montr&#233; Walter Benjamin.&lt;br class='autobr' /&gt; De son c&#244;t&#233;, et d&#232;s sa naissance quasiment, le cin&#233;ma classique, normalise &#224; l'extr&#234;me toutes les conduites du corps (h&#233;ritage du th&#233;&#226;tre) et surtout tout ce qui touche de pr&#232;s ou de loin &#224; la sexualit&#233;. Dans le cin&#233;ma muet, le sexe ne doit pas &#234;tre montr&#233;, mais le corps nu n'est pas interdit, dans la mesure o&#249; il montre la force masculine (cf. Chronophotographie de Marey et de Muybridge). Certains conduites m&#234;me font scandale (comme le baiser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Baiser (1929, Jacques Feyder)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), parce qu'elles sont mal vues en soci&#233;t&#233;. Dans le cin&#233;ma parlant, le cin&#233;ma va &#234;tre sugg&#233;r&#233; par son, notamment le cri de l'orgasme (Hedy Lamarr&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Extase (1933) de Gustav Machat&#253;, avec Hedy Lamarr.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Titanic (1997, Cameron), la sexualit&#233; prend un air bovaryen : la bu&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est cependant une sexualit&#233; sans inventivit&#233;, c'est-&#224;-dire sans intensit&#233;s. Le but du cin&#233;ma (jusque dans les ann&#233;es 70) est de sugg&#233;rer le plus possible la sexualit&#233;, c'est-&#224;-dire de la r&#233;duire &#224; un effet de surface, et donc de faire pr&#233;valoir un corps purement &#171; cosm&#233;tique &#187; (c'est-&#224;-dire en accord avec la soci&#233;t&#233;). La sexualit&#233; ne doit pas choquer, elle doit se faire quasi inexistante. La sexualit&#233; ne doit pas d&#233;border, c'est-&#224;-dire devenir incontr&#244;lable. Elle le deviendrait si elle prenait le devant de la sc&#232;ne (ou plut&#244;t de l'&#233;cran). Il s'agit juste de provoquer le frisson et non l'extase&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un film comme Bad Biology (Henenlotter, 2009), qui renverse les codes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Laisser imaginer &lt;i&gt;la chose&lt;/i&gt; est plus important que de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; montrer : un lit avec des draps d&#233;faits suffit &#224; renseigner le spectateur de l'acte consomm&#233;. Mais le plus souvent, la sexualit&#233; est localis&#233;e dans un corps de femme qu'on embl&#233;matise. La sexualit&#233; va s'affirmer dans une sorte de glorification de la beaut&#233; de la star. Tout le monde veut poss&#233;der la Star (Marylin Monroe est un bon exemple, Ava Gardner...). Le corps de la femme va &#234;tre ce qui vend le film par sa beaut&#233;, par son &lt;i&gt;sex-appeal&lt;/i&gt;. Il faut cr&#233;er avec le corps un &lt;i&gt;Kosmos&lt;/i&gt;, un ordre qui ressemble au monde qui le produit, le met en sc&#232;ne. Le monde auquel se rattache le sexe est celui de la publicit&#233;, qui met en avant le corps que pour autant qu'il valorise le produit (pour le cin&#233;ma, le film). C'est pourquoi le Star-system se d&#233;veloppe. Il est comme l'a bien montr&#233; Morin ce qui vampirise le spectateur. Mais le star-system s'appuie aussi sur des personnages : le personnage vient l'alimenter l'identit&#233; de l'acteur (cf. Morin, &lt;i&gt;Les Stars&lt;/i&gt;). Aux USA, l'influence du star-systeme commence, d&#232;s les ann&#233;es 20, avec surtout un pic dans les ann&#233;es 40 et 50. Ce qui vaut pour les Stars vaut aussi pour les personnages imaginaires dans les autres m&#233;dias.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les personnages f&#233;minins am&#233;ricains, l'amazone est sans doute parmi le plus int&#233;ressant. Si la production de films d'amazone au cin&#233;ma est tr&#232;s r&#233;duite, elle va se d&#233;velopper avec l'influence politique du personnage de &lt;i&gt;Wonder Woman&lt;/i&gt;, dans la BD et aura des r&#233;percussions dans les mouvements de lib&#233;ration de la femme. Avec cette h&#233;ro&#239;ne, le pouvoir se met &#224; faire fantasmer le public &#224; plein r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt; Si le star system et les personnages f&#233;minins &#171; imaginaires &#187; ont fa&#231;onn&#233; le spectateur, c'est parce qu'il a port&#233; les hommes et les femmes &#224; suivre des fantasmes masculins (Cf. &lt;i&gt;Sept ans de r&#233;flexion&lt;/i&gt;, film qui montre bien la logique fantasmatique sociale), les d&#233;tachant des circuits des valeurs traditionnelles de la domesticit&#233; (h&#233;ritage de l'Eglise) pour les faire entrer dans une autre logique, plus lib&#233;rale, celui du corps &#224; consommer. Les personnages f&#233;minins &#171; st&#233;r&#233;otyp&#233;s &#187; (la femme-enfant, la blonde, etc.) accentuent cette d&#233;territorialisation du spectateur. Mais le personnage imaginaire de la femme sexy et puissante intensifie la sexualisation de la soci&#233;t&#233;, car le fantasme n'a plus de limite, tout devient possible. Le d&#233;sir se fraye plus facilement un chemin dans le corps de ce personnage imaginaire de la &#171; wonder woman &#187; qui au bout du compte devient un point d'&#233;pinglage fantasmatique pr&#233;gnant. La femme forte peut servir d'&#233;tendard pour la d&#233;fense des valeurs am&#233;ricaines dans la guerre des USA contre ses ennemis (Seconde guerre mondiale), alors que les femmes st&#233;r&#233;otyp&#233;es ne font qu'entretenir des fantasmes d&#233;j&#224; pr&#233;sents. A l'inverse, le cin&#233;ma ind&#233;pendant a &#233;t&#233; capable d'inventer une sexualit&#233; plus critique mais plus rare.&lt;br class='autobr' /&gt; Le cin&#233;ma &#8211; tout comme la BD - propose ainsi les moyens les plus incroyables pour g&#233;rer le d&#233;bordement de la sexualit&#233; (c'est-&#224;-dire emp&#234;cher la possibilit&#233; de nous laisser vivre notre sexualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pas besoin de voir du sexe (ou entendre) pour vivre une sexualit&#233;, cr&#233;er un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) en proposant une cosm&#233;tique sexuelle unique, o&#249; la sexualit&#233; ne passe qu'&#224; travers une &lt;i&gt;fantasmaticit&#233;&lt;/i&gt; sans limite. Le personnage est d&#233;sirable comme un mannequin, consommable par la pens&#233;e, mais ce faisant, il fait perdre toute l'essence m&#234;me de la &lt;i&gt;r&#233;alit&#233; historique&lt;/i&gt; des Amazones. Ainsi l'amazone au cin&#233;ma serait comme la cristallisation d'un d&#233;sir de surface (qui ne reste qu'en surface), tout l'oppos&#233; de l'amazone r&#233;elle.&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi Brian Yuzna dans &lt;i&gt;Society&lt;/i&gt; fait un portrait au vitriol du pouvoir. Car si la gouvernementalit&#233; lib&#233;rale clive la sexualit&#233;, au niveau cosm&#233;tique qui est le sien, c'est qu'au fond elle veut cacher le principe m&#234;me qui l'anime : la consommation &#171; cannibalistique &#187; du corps (social) de l'autre. A ce niveau qui d&#233;passe la mani&#232;re dont le pouvoir veut montrer le corps sexuel comme corps cosm&#233;tique, la sexualit&#233; n'est plus genr&#233;e, elle est le marqueur profond d'une &lt;i&gt;partition sociale irr&#233;ductible&lt;/i&gt;. La sexualit&#233; port&#233;e par le pouvoir patricien lib&#233;ral fait sauter dans son fondement les verrous de la moralit&#233; et des institutions de la soci&#233;t&#233; (prohibition de l'inceste, etc.) pour p&#233;n&#233;trer et se nourrir du corps pl&#233;b&#233;ien. Le pouvoir s'affirme comme &lt;i&gt;corps adipeux&lt;/i&gt; o&#249; les parias servent &#224; la production de l'&#233;nergie de son propre corps, sert de carburant au renforcement de l'&#233;lite. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui s'est pass&#233; au niveau m&#234;me de la &#171; production &#187; cin&#233;matographique, avec l'affaire Weinstein&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Weinstein n'est pas le seul &#224; avoir fonctionn&#233; ainsi. Avec son affaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Ce corps du pouvoir (incarn&#233; par Weinstein) s'est affirm&#233; moins comme une mani&#232;re de &#171; vivre et penser comme des porcs &#187; (Ch&#226;telet) que comme un &lt;i&gt;blob&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un usage scientifique de la notion de blob, lire : Audrey Dussutour, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Vivre ou penser comme un blob&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On consid&#232;re souvent le cin&#233;ma &lt;i&gt;bis&lt;/i&gt;, comme un cin&#233;ma de seconde zone, m&#233;diocre, qui ne m&#233;rite pas d'attention du fait de son caract&#232;re commercial. On oublie que c'est souvent le moyen pour les cin&#233;astes d'exprimer des choses qu'ils ne peuvent pas faire par la voie royale (industrie des studios, s'agissant des Am&#233;ricains) ; Le cin&#233;ma &lt;i&gt;bis&lt;/i&gt; est pourtant un cin&#233;ma qui &#233;claire merveilleusement bien le fonctionnement du cin&#233;ma - justement par son c&#244;t&#233; marginal. Il permet souvent de bien voir le &lt;i&gt;corps cosm&#233;tique&lt;/i&gt; du cin&#233;ma, qui ne d&#233;gage aucune intensit&#233; et ne fait que reproduire les frayages soci&#233;taux, car il peut autant le r&#233;p&#233;ter de mani&#232;re caricaturale que le d&#233;faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les films de George Romero, le corps cosm&#233;tique produit par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (cf. Romero, &lt;i&gt;La nuit des morts-vivants&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Contextualisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Brian Yuzna, originaire des Philippines, a d&#233;j&#224; une longue carri&#232;re derri&#232;re lui, dans les Studios am&#233;ricains, lorsqu'il sort en 1989 son premier film &lt;i&gt;Society&lt;/i&gt;, avec &#224; dispositions tr&#232;s peu de moyens. Il a donc une connaissance directe de l'industrie du cin&#233;ma et on pourrait voir ce film, comme une g&#233;n&#233;ralisation de sa compr&#233;hension du pouvoir au sein du cin&#233;ma. &lt;i&gt;Society&lt;/i&gt; ne connait pas de succ&#232;s aux USA, au motif que les critiques &#8211; qui font aussi la r&#233;putation d'un film, comme on le sait - n'en comprennent pas le &lt;i&gt;concept&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le concept ou high concept est selon Truby ce qui fait l'originalit&#233; d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce film en effet ne peut se ranger dans la cat&#233;gorie de film d'horreur ou fantastique traditionnel, cat&#233;gories o&#249; l'on voit par exemple des monstres envahir la terre (extra-terrestres) ou sortir des caveaux (vampires) ; il n'est pas non plus un documentaire sur la soci&#233;t&#233;, puisque c'est une fiction. Son caract&#232;re politique semble donc &#233;chapper compl&#232;tement au public am&#233;ricain, &#224; moins que les critiques, trop conscients de la satire acerbe du r&#233;alisateur, aient voulu en att&#233;nuer les effets en le boudant. C'est en Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce sera le cas d'un grand nombres de r&#233;alisateurs am&#233;ricains, comme par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que Brian Yuzna va donc se faire conna&#238;tre et que son film va devenir &lt;i&gt;culte&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; De quoi parle-t-il ? Au premier abord, rien de tr&#232;s original. Il est question d'un adolescent qui m&#232;ne une vie facile. Ses parents appartiennent &#224; la &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, entendez la bonne soci&#233;t&#233;, l'&#233;lite qui fait tourner le monde. Pourtant, Bill Withney a beau &#234;tre un beau jeune homme, promis &#224; bel avenir, il tranche avec son milieu : exclu des f&#234;tes, il ne ressent pas le d&#233;sir d'&#234;tre avec ses proches et dans son environnement mondain. Ce gar&#231;on, la nuit, fait des cauchemars, il fait des r&#234;ves qui touchent sa famille et son entourage. On lui propose de consulter, malgr&#233; cela, sa parano&#239;a prend de l'ampleur. Il en vient &#224; penser qu'il a &#233;t&#233; adopt&#233;. Il a aussi des visions de corps monstrueux. Les r&#234;ves, hallucinations (acouph&#232;nes ou visions) qui l'envahissent ont un point commun : ils sont li&#233;es &#224; la sexualit&#233;, et semblent induire un &#171; d&#233;sordre social &#187;. Inceste, orgie, monstruosit&#233;s en tous genres semblent annonciateurs d'une catastrophe : la folie . Mais loin d'&#234;tre d'&#234;tre purement fantasmatique, les visions de Bill sont r&#233;elles : il vit dans un milieu o&#249; sexualit&#233; et pouvoir sont intimement li&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Du corps cosm&#233;tique au corps monstrueux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le film offre une premi&#232;re conception de la sexualit&#233; (en lien avec le pouvoir) qui semble justement refl&#233;ter la sexualit&#233; de l'&#233;lite des ann&#233;es 80. C'est d'abord une sexualit&#233; &lt;i&gt;cosm&#233;tique&lt;/i&gt; (marqu&#233;e par l'id&#233;e qu'&#234;tre d&#233;sir&#233; c'est &#234;tre un produit consommable). Le corps inspire un parfum &#233;rotique, mais il est compl&#232;tement ferm&#233; aux intensit&#233;s du corps ; c'est un corps glamour, &lt;i&gt;bling bling&lt;/i&gt;. Il faut donner envie, parfois avec classe, l'important, c'est de se montrer, d'&#234;tre comme un produit en vitrine. Le corps de la femme est litt&#233;ralement une marchandise. &lt;br class='autobr' /&gt; Yuzna ne l&#233;sine pas sur les moyens, tout y passe jusqu'&#224; la caricature : Party, la plage, soir&#233;es mondaines, rien n'est trop beau pour faire vibrionner les corps cosm&#233;tiques. Cette superficialit&#233; donne envie &#224; ceux qui n'appartiennent pas &#224; l'&#233;lite, le public des films justement. C'est un reflet de la bonne soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine des ann&#233;es 80 port&#233;e vers le superficiel, le mat&#233;rialisme, et qu'illustrerait parfaitement le titre du livre de Gilles Ch&#226;telet &#171; Vivre et penser comme des porc &#187;, &#233;crit quelques ann&#233;es plus tard. R&#232;gne de l'individualisme autant que triomphe de la vacuit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le choix d'adolescents dans le r&#244;le de personnages principaux permet de cibler un public jeune. Bill, sous la pression de sa petite amie envieuse, va chercher &#224; s'int&#233;grer au groupe de groupes d'adolescents riches. Un passage int&#233;ressant du film est le moment o&#249;, sur la plage, Bill et son amie sont asperg&#233;s de la cr&#232;me solaire. Apr&#232;s avoir r&#233;cup&#233;r&#233; la lotion, Bill court apr&#232;s les fauteurs de trouble (des gamins). Il tombe alors nez &#224; nez sur une belle fille &#8211; incarnation du corps cosm&#233;tique &#8211; qui r&#233;cup&#232;re la cr&#232;me et l'asperge &#224; nouveau. Le sens du geste a chang&#233;, la connotation sexuelle est &#233;vidente. La lotion solaire dans le film symbolise un &#233;l&#233;ment normalisateur &#224; plusieurs niveaux (au plus bas niveau, la cr&#232;me s'applique &lt;i&gt;sur&lt;/i&gt; un corps en vue d'une protection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une lotion est en plus un &#233;l&#233;ment protecteur contre le soleil, et normalis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au niveau du film la cr&#232;me stigmatise socialement des rapports sexuels, incarne une sexualit&#233; aseptis&#233;e, un &#233;rotisme bon train, ou un d&#233;sir de sexualit&#233;). &lt;br class='autobr' /&gt; Les visions de Bill montrent, quant &#224; elles, le c&#244;t&#233; obscur de cette soci&#233;t&#233;, l'envers du d&#233;cor. La sexualit&#233; y appara&#238;t toujours comme &#171; monstrueuse &#187;. Bill a l'impression que sa famille est d&#233;prav&#233;e. Si comme le dit L&#233;vi-Strauss, ce qui semble constituer la base d'une soci&#233;t&#233;, c'est la prohibition de l'inceste, la n&#233;gation de rapports sexuels entre parents et enfants, alors la famille de Bill rompt avec ce fondement. La nuit, il est r&#233;veill&#233; par des bruits d'&#233;bats, de gloussements de plaisir. Le jour, il lui semble avoir des hallucinations comme lorsqu'il voit sa s&#339;ur en train de se masturber derri&#232;re la vitre de la douche, la t&#234;te et le derri&#232;re semblant &#234;tre du m&#234;me c&#244;t&#233;, ou cette sc&#232;ne encore o&#249; lorsque Bill fait l'amour avec une fille de l'&#233;lite, il voit le corps de la jeune fille compl&#232;tement en torsion, son derri&#232;re et sa t&#234;te &#233;tant du m&#234;me c&#244;t&#233;. Les postures ici n'ont rien de standardis&#233;es (pas plus celles de la fin du film, o&#249; la famille r&#233;unie sur un lit montre toute une parade de &lt;i&gt;sexual freaks&lt;/i&gt;, le p&#232;re qui a sa t&#234;te dans son cul, la m&#232;re qui a un corps qu'elle partage d&#233;sormais avec sa fille...). &lt;br class='autobr' /&gt; Cela n'est pas sans rappeler la mani&#232;re dont le cin&#233;ma des ann&#233;es 80 s'est empar&#233; de la sexualit&#233; des riches : dans l'h&#244;tel Overlook, du film &lt;i&gt;Shining&lt;/i&gt;, on assiste &#224; une sc&#232;ne de sodomie entre deux hommes bien habill&#233;s, l'un a le visage d&#233;couvert et l'autre porte un masque de cochon. Dans &lt;i&gt;Mulholand drive&lt;/i&gt;, Lynch montre des sc&#232;nes de tribadisme, de baise entre femmes ou de masturbation, qui sont tr&#232;s suggestives (sans sexe visible). La haute soci&#233;t&#233; dans ces films et dans celui de Yuzna n'est pourtant pas exactement la m&#234;me. Car, du point de vue de l'intrigue, on pense d'abord que la soci&#233;t&#233; n'a pas ses valeurs de d&#233;pravation, et que c'est juste une crise adolescente de Bill. Bill fantasme sur sa famille comme d'autres fantasment sur les races. Mais le spectateur comprend tr&#232;s vite que cette sexualit&#233; d&#233;brid&#233;e est au centre de la soci&#233;t&#233;, qu'elle vit pour cela et par elle. Se livrer &#224; des &#233;bats, seul ou en r&#233;union (ou comme on dit en soci&#233;t&#233;), voil&#224; qui n'est acceptable que pour les membres de ladite soci&#233;t&#233;. Mieux, il faut que les choses se fassent discr&#232;tement, la v&#233;rit&#233; sur ces &#233;bats ne doit pas s'&#233;bruiter. Ce d&#233;sordre sexuel n'est pas l'exception (celle d'une famille), c'est en fait la r&#232;gle de toute soci&#233;t&#233; qui se respecte.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est ici que les critiques ont manqu&#233; le concept du film qui est pourtant l'un des concepts les plus incroyables que le cin&#233;ma ait jamais produits (au double sens de montrer et d'engendrer) : c'est le &lt;i&gt;concept du blob&lt;/i&gt;. Comment le comprendre ? Quelle est sa logique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Vers le blob&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le r&#233;alisateur a expliqu&#233; l'&#233;chec de son film aux USA par le fait que les Am&#233;ricains ne sont pas enclins &#224; accepter l'id&#233;e du film (le concept). Le concept d'un film est en quelque sorte le principe organisateur du film, ce qu'il y a d'original en lui. Saisir le concept du film, c'est donc ici comprendre ce qui fait l'essence du pouvoir, de la soci&#233;t&#233; qui le met en &#339;uvre. La force de ce film c'est le concept du film est en m&#234;me temps le principe explicatif de la soci&#233;t&#233;. C'est la sc&#232;ne finale qui nous d&#233;voile clairement le concept du film, qui articule sexualit&#233; et pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour Yuzna, le pouvoir s'empare de la sexualit&#233; d&#233;brid&#233;e, non pas comme vice, ce qui serait condamnable par la loi, ou du moins par la morale, mais comme le moyen le plus abouti pour r&#233;aliser l'essence m&#234;me du pouvoir. La vision de Yuzna ne veut pas dire non plus que nous serions soumis biologiquement &#224; nos pulsions sexuelles et que le d&#233;sordre induirait des conduites politiques sp&#233;cifiques. Non, la subtilit&#233; du film de Yuzna tient &#224; la conception &#171; politique &#187; de la sexualit&#233;. La sexualit&#233; n'est pas genr&#233;e, elle est transexuelle par essence. La sexualit&#233; amalgame, est le fruit d'un collectif &#224; l'oeuvre et qui se donne du mal pour arriver au plaisir.&lt;br class='autobr' /&gt; Ceux qui sont en dehors de l'&#233;lite (la pl&#232;be) ne doivent pas comprendre la vraie finalit&#233; de la sexualit&#233;, qui peut toujours s'affirmer comme vice. Ainsi si Bill n'est pas mis au courant, s'il d&#233;couvre ce fonctionnement, qu'on veut lui cacher, c'est qu'il n'est pas l&#233;gitimement un &#233;lu de la soci&#233;t&#233;, mais plut&#244;t le &#171; d&#238;ner &#187;.Le m&#233;decin qui le suit, un psychiatre, est en m&#234;me temps celui qui va orchestrer la grande et &#233;tonnante partouze qui cl&#244;t le film. Jamais peut-&#234;tre on aura fait preuve d'autant d'imagination pour &#171; individuer &#187; un corps collectif. Les gens se fondent les uns dans les autres pour ressembler &#224; ce que l'on peut appeler, relativement &#224; un film avec Steve Mac Queen, qui met en sc&#232;ne une masse g&#233;latineuse venue de l'espace pour dig&#233;rer tout ce qu'elle rencontre sur son chemin. &lt;br class='autobr' /&gt; L'av&#232;nement du pouvoir, c'est dans l'acte de faire blob les uns les autres qu'il s'effectue. Chacune des pratiques (orgie, etc.) de la sexualit&#233; ne sont que les tentacules visibles de ce blob qui fait l'amour. Les membres de l'&#233;lite communient ensemble, en devenant une esp&#232;ce de &lt;i&gt;cellule vivante&lt;/i&gt; dans le but de dig&#233;rer celui qui a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; pour ce moment, &#224; savoir Bill. La sexualit&#233; conduit &#224; la d&#233;voration de l'autre. Ce sont des d&#233;vorateurs du monde, car en en-blobant leur victime (qui sera en fait l'ami de Bill, Bill &#233;chappant &#224; sa d&#233;voration), il supprime toute ext&#233;riorit&#233; politique, il dig&#232;re la pl&#232;be qui leur sert de carburant pour faire tourner leur centrale &#233;nerg&#233;tique individuelle autant que collective. Mais ce qui est int&#233;ressant, c'est que &#231;a passe par un processus d'individuation. Les membres de l'&#233;lite entrent en phase et collectent aussi les attributs de ceux qu'ils d&#233;vorent (un grain de beaut&#233; par exemple peut passer ainsi de la victime dans le corps d'un des membres en train de blobaliser).&lt;br class='autobr' /&gt; Bill a donc &#233;t&#233; adopt&#233; &#224; cette stricte fin de servir de dessert &#224; cette soci&#233;t&#233;. On voit aussi que l'hypoth&#232;se politique est d'autant plus marqu&#233;e que cette &#233;lite n'est pas issue de l'espace (extraterrestres) : le blob n'a rien du film &#233;ponyme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Blob (1958, Irvin S.Yeaworth Jr)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils sont le fruit d'une histoire humaine (qui remontrait, comme le dit le film, &#224; &#171; Gengis Khan, C&#233;sar &#187;, autant de conqu&#233;rants ayant impos&#233; une mainmise sur les autres hommes). L'homme peut donc muter ou devenir blob, c'est quelque chose qui est politique, li&#233; &#224; certaines conduites d'un groupe ou d'un individu. Aucun choix n'est possible : Bill ne peut devenir membre de la &#171; soci&#233;t&#233; &#187;, son destin est de finir phagocyt&#233; par elle. Le blob, c'est une cellule d&#233;voreuse. Le but de cette &#233;lite est aussi d'initier de jeunes recrues, &#224; ce nouveau statut de &#171; blobaliser &#187; : c'est le cas de la s&#339;ur de Bill qui, en fait, appartient d&#233;j&#224; &#224; &#171; l'esp&#232;ce &#187; des patriciens. La soir&#233;e est juste une cons&#233;cration.&lt;br class='autobr' /&gt; On peut alors tout &#224; fait comprendre pourquoi ce film n'a pas pris aux USA. L'id&#233;e de cette masse, qui se nourrit de la pl&#232;be, en la soumettant biologiquement a du para&#238;tre incompr&#233;hensible au pays de l'Oncle Sam, lui qui a l'habitude de &#171; genrer &#187; la sexualit&#233; et de la marquer du sceau de la symbolique de la race (cf. Le travail d'Andr&#233; Pichot notamment). La sexualit&#233;, c'est plut&#244;t l'exclusion, la s&#233;duction c'est la distance mesur&#233;e. Dans &lt;i&gt;Society&lt;/i&gt;, les corps n'ont plus de forme, ils se m&#234;lent ensemble, sens dessus dessous : yeux, bouches, nez, sexe, seins se collent ensemble, s'alignent sur une surface plane sur laquelle elle se donne comme des figures absurdes et extravagantes - le corps empruntant ce qu'on pourrait appeler &#171; une topologie de l'inversion &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est d'ailleurs par le trou de l'anus que se fait l'acte fondamental de p&#233;n&#233;tration qui est l'empalement patricien, form&#233; par le poing serr&#233; et donn&#233; avec joie et all&#233;gresse. L'empalement vient d&#233;chirer les entrailles du pl&#233;b&#233;ien, dans un cri odieux, et le poing, en remontant jusqu'&#224; la t&#234;te, vient la faire grimacer, puis la d&#233;chirer comme un visage baconien, de l'int&#233;rieur. Les points par lesquels le corps de la proie est saisi sont des points de contacts par lequel le corps est port&#233; &#224; la viscosit&#233;. Les autres patriciens peuvent alors entrer alors dans la chair &lt;i&gt;sans coup f&#233;rir&lt;/i&gt;. Le geste finit par d&#233;chirer le corps en petits paquets que l'on peut assimiler plus vite, comme on se d&#233;lecte d'un met exquis : l'orgasme n'est plus qu'oral essentiellement, un orgasme gastronomique, un orgasme d'estomac. Certains fonctionnent par liposuccion des graisses, &#233;l&#233;ment fondant de la chair dont se d&#233;lectent les membres du blob, en train de se former. Ainsi la grande &#171; hostisation &#187; du corps (son d&#233;chirement en morceaux), son d&#233;bitage commence par l'ingestion des parties molles du corps (les graisses, le sang, autrement dit les flux du corps) ainsi collect&#233;es et c'est dans la liqu&#233;faction du corps que se r&#233;sume la &#171; subtantifique moelle &#187;. Il n'y a rien d'autre.&lt;br class='autobr' /&gt; Le blob politique se comporte comme une cellule g&#233;ante, o&#249; la mati&#232;re absorbe, va devenir le carburant pour revitaliser cette soci&#233;t&#233;. Elle se nourrit de son contraire, de ceux qu'elle veut dominer. Comme une machine capitaliste elle va se mettre &#224; utiliser une mati&#232;re premi&#232;re pour m&#233;taboliser les nutriments dont elle a besoin pour prosp&#233;rer. Le pouvoir exerce donc sur la branche pl&#233;b&#233;ienne de la soci&#233;t&#233; un pouvoir de contr&#244;le (qui passe par les circuits que conna&#238;t la soci&#233;t&#233;, comme la psychiatrie) mais aussi de &#171; blobalisation &#187;. Le pouvoir ne peut &#234;tre lui-m&#234;me que s'il y a clivage entre patriciens et pl&#233;b&#233;iens, et retournement au n&#233;ant. Le sommet de la domination, c'est la d&#233;voration du domin&#233;, pour s'approprier ses forces, mais surtout le faire dispara&#238;tre comme menace. Le film de Yuzna est sans concession sur les repr&#233;sentants du pouvoir qui font fonctionner celui-ci pour &#233;craser ceux qui ne sont pas des leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;Le geste pl&#233;b&#233;ien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le film se cl&#244;t sur un geste des plus remarquables, celui donn&#233; par Bill. Dans un dernier moment de lutte avec l'&#233;lite, &#224; bout de force, Bill pousse autrement le geste d'empalement qui ne se termine pas en d&#233;litement, mais en invagination. Le coup est port&#233; droit dans l'anus (ce qui est &#233;trangement sugg&#233;r&#233; et non montr&#233;) de Ferguson, un membre actif de l'&#233;lite, Ferguson, destin&#233; &#224; un grand avenir dans le soci&#233;t&#233;. C'est &#233;videmment on l'aura compris la politique de l'enculeur-encul&#233; qui joue, &#224; condition de concevoir que les deux gestes d'empalement ne sont pas sym&#233;triques. L'un, autophagique, permet la digestion de constituants cellulaires (paquets) du corps de la victime par le blob, qui les absorbe, c'est le sort r&#233;serv&#233; au corps pl&#233;b&#233;ien ; et l'autre, apoptotique, permet de &#171; lib&#233;rer des ressources faisant appel &#224; la formation de v&#233;sicules &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette distinction, lire le bel article du Dr Abdel Aouacheria, &#171; Du duel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les stigmatisants ont une fonctionnalit&#233; autophagique, les stigmatis&#233;s &#8211; qui rendent le coup &#8211; ont une fonctionnalit&#233; apoptotique : les uns dig&#232;rent l&#224; o&#249; les autres cr&#233;ent l'&#233;clatement (&lt;i&gt;blow up&lt;/i&gt;). La toison qui reste de Ferguson est une surface plate et pourrissante.&lt;br class='autobr' /&gt; Le geste de Bill ne d&#233;chirera plus de l'int&#233;rieur, comme une cellule qui d&#233;vore de l'int&#233;rieur son h&#244;te (l'action du blob comme une forme de cancer), il obligera le corps &#224; dispara&#238;tre tout seul, &#224; se supprimer comme corps : le blob est comme &#171; emp&#234;ch&#233; &#187;, il n'est plus que surface invers&#233;e de ce qu'il voulait montrer - l'int&#233;rieur devenant l'ext&#233;rieur et vice-versa. La v&#233;rit&#233; de la soci&#233;t&#233; choque m&#234;me les autres membres du groupe. &lt;br class='autobr' /&gt; Bill retourne le geste d'empalement comme il retournerait un gant. Il invagine l'acte phallique, lui enl&#232;ve sa force, d&#233;gonfle le blob en Ferguson. Notons que l'invagination est comme lui aussi une sorte de &#171; p&#233;nis &#187; qui ne peut ne rien produire par lui-m&#234;me, il n'ensemence pas, il pr&#233;l&#232;ve, et il ne fait que dig&#233;rer, c'est donc bien des restes que l'on trouve dans son corps (pourriture, asticots, poils). Ferguson n'est plus, &#224; travers cet acte sexuel qui passe par son anus, qu'un amas de choses en d&#233;composition, c'est de la &lt;i&gt;charogne&lt;/i&gt;. L'empalement invers&#233; est ici un acte de p&#233;n&#233;tration qui cherche &#224; d&#233;composer le corps du pouvoir, mais c'est aussi une mani&#232;re de montrer la texture du pouvoir, son int&#233;rieur vide. &lt;br class='autobr' /&gt; Que doit-on retenir de ce film ? Que la sexualit&#233; est ici le moyen d'exprimer quelque chose qui fonctionne &#224; tous les niveaux de la gouvernementalit&#233; lib&#233;rale, qui est en train de se d&#233;ployer. Le principe du pouvoir (d&#233;voration par le blob) est ici en tous cas illustr&#233; par la sexualit&#233;. Le pouvoir, &#224; vrai dire, n'est pas seulement orient&#233; vers le contr&#244;le de la sexualit&#233;, mais le sexe qui est d'ordinaire un &#233;l&#233;ment de production devient avec le pouvoir un &#233;l&#233;ment de digestion, qui se nourrit de ce qu'il trouve. Le bon pl&#233;b&#233;ien sera us&#233; jusqu'&#224; la corde par le pouvoir, jusqu'&#224; la moelle, go&#251;t&#233;, mang&#233; et recrach&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le film est une belle et gore m&#233;taphore de l'enculage politique des patriciens sur la pl&#232;be. Une satire du pouvoir. Ce qui finalement est &#224; l'horizon de la gouvernementalit&#233; lib&#233;rale, c'est de consommer toujours mieux, mais il viendra un jour o&#249; ce qui restera &#224; consommer sera l'autre, et cela passera (passe d&#233;j&#224;) par la belle &#171; mati&#232;re &#187; vivante de la pl&#232;be. La pl&#232;be appara&#238;t &#224; la fois comme ce qui est le plus m&#233;prisable par l'esprit, mais aussi le plus d&#233;lectable par le corps. Si l'interdit cannibalique (consommer l'autre) n'est certes pas encore au menu d'aujourd'hui dans nos soci&#233;t&#233;s, la pl&#232;be se fait consommer sexuellement, comme proie id&#233;ale, se fait mettre au d&#238;ner des h&#244;tels (des grands h&#244;tels comme des h&#244;tels de passe). Ce qui nous menace, dans le &#171; cadre &#187; de notre soci&#233;t&#233; (Bateson), c'est un devenir-blob&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'exister que dans le corps de l'autre (dans son estomac ou par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui de l'entre d&#233;voration humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joachim DANIEL DUPUIS&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La question du rapport sexe/pouvoir a fait l'objet de nombreux travaux par Michel Foucault. Nous travaillons ici dans la continuit&#233; de ses r&#233;flexions mais dans le cadre du cin&#233;ma, qu'il n'a pas trait&#233; &#8211; si on excepte son bel article sur &lt;i&gt;L'Empire des sens&lt;/i&gt; (Oshima).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Legs McNeil et Jennifer Osborne, &lt;i&gt;The Other Hollywood, L'histoire du porno am&#233;ricain par ceux qui l'ont fait&lt;/i&gt;, Allia, 2011. La pornographie remplace l'&#233;rotique des corps, d&#232;s les ann&#233;es 50, et est financ&#233;e par des petits mafieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le film qui tranche plus avec la vacuit&#233; des films pornographiques est sans doute &lt;i&gt;Gorge Profonde&lt;/i&gt; (1972) r&#233;alis&#233; par G&#233;rard Damanio. Le concept du film est subtil : le clitoris d'une femme est anormalement plac&#233; dans sa gorge.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On vient voir une sc&#232;ne de &#171; culs &#187; comme on vient regarder un &#171; match de boxe &#187;. Les &#171; fantasmagories &#187; par l'interm&#233;diaire des kin&#233;toscopes et autres machines du d&#233;but du cin&#233;ma, ont contribu&#233; &#224; cr&#233;er un spectateur consommateur et voyeur. La photographie, de son c&#244;t&#233;, doit beaucoup aux images de pin-up, et bien avant de femmes nues, se tripotant, etc..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Baiser&lt;/i&gt; (1929, Jacques Feyder)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Extase&lt;/i&gt; (1933) de Gustav Machat&#253;, avec Hedy Lamarr.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Titanic&lt;/i&gt; (1997, Cameron), la sexualit&#233; prend un air bovaryen : la bu&#233;e sur les vitres int&#233;rieures d'une cal&#232;che (r&#233;f&#233;rence &#224; la rencontre entre L&#233;on et Emma dans la voiture, qui ne s'arr&#234;te qu'&#224; l'accomplissement de l'acte, dont Flaubert ne dit strictement rien.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un film comme &lt;i&gt;Bad Biology&lt;/i&gt; (Henenlotter, 2009), qui renverse les codes de la pornographie, est assur&#233;ment un exemple qui redonne du souffle &#224; la sexualit&#233; (au cin&#233;ma). C'est une sorte de farce gogolesque o&#249; les sexes sont des monstruosit&#233;s (un homme dont le p&#233;nis, &#224; force d'injections, a fini par prendre le dessus sur ses d&#233;cisions ; une femme dont le vagin est constitu&#233; de multiples points G). Par leur caract&#232;re incontr&#244;lable, les sexes obligent leurs &#171; propri&#233;taires &#187; &#224; vivre des exp&#233;riences non normalis&#233;es. Dans, le climax du film, la femme et l'homme se rencontrent : l'orgasme porte la jeune femme au septi&#232;me ciel et le p&#233;nis de l'homme se d&#233;tache de son propri&#233;taire pour vivre sa propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pas besoin de voir du sexe (ou entendre) pour vivre une sexualit&#233;, cr&#233;er un climat, une atmosph&#232;re, qui n'entrave pas les intensit&#233;s du corps de s'affirmer, voil&#224; ce que le cin&#233;ma pourrait faire pour &#171; laisser vivre &#187; la sexualit&#233;, sans la contraindre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Weinstein n'est pas le seul &#224; avoir fonctionn&#233; ainsi. Avec son affaire, certains circuits de fonctionnement de la sexualit&#233; dans le cin&#233;ma (directement li&#233;s &#224; la production des films ou &#224; leurs diffusions) sont mis &#224; d&#233;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour un usage scientifique de la notion de blob, lire : Audrey Dussutour, &lt;i&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blob sans jamais oser le demander&lt;/i&gt;, Equateurs science, 2019. Le blob est une cellule vivante, apparent&#233;e &#224; un champignon, qui, dans certains conditions, se d&#233;place et grossit. Ici le blob est la constitution d'un r&#233;seau d'individus qui &#171; d&#233;vore &#187; par la domination sexuelle le corps cosm&#233;tique de l'autre en s'appuyant sur l'&#233;cart social. Le patricien veut d&#233;vorer le monde, soumettre l'individu et en faire un pl&#233;b&#233;ien. Le domin&#233; est comme d&#233;poss&#233;d&#233; de lui-m&#234;me et perd en m&#234;me temps son statut de &#171; vivant &#187;, de citoyen ayant les m&#234;mes droits que les autres. On l'arrache &#224; son monde et on le marque par une sexualit&#233; non consentie, en tous cas humiliante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans les films de George Romero, le corps cosm&#233;tique produit par la d&#233;mocratie doit &#234;tre d&#233;fait en profondeur, c'est la pl&#232;be des morts qui se l&#232;ve et veut arracher les entrailles des vivants, et retirer tout ordre &#224; ce corps normalis&#233; par la soci&#233;t&#233; (notamment via le vivantisme du Mall, du foyer familial, etc). Et m&#234;me s'il y a ingestion par les morts des entrailles, elle ne vise aucune fabrication d'&#233;nergie, elle est &#224; perte. Les gestes des morts ne conduisent pas au &lt;i&gt;blob&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le concept ou &lt;i&gt;high concept&lt;/i&gt; est selon Truby ce qui fait l'originalit&#233; d'un film. Un film peut ne pas avoir de concept, mais la plupart des films en ont.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce sera le cas d'un grand nombres de r&#233;alisateurs am&#233;ricains, comme par exemple John Carpenter (vu comme un &#171; fain&#233;ant &#187; pour ses compatriotes et un &#171; g&#233;nie &#187; pour les critiques fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une lotion est en plus un &#233;l&#233;ment protecteur contre le soleil, et normalis&#233; &#224; cet effet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;The Blob&lt;/i&gt; (1958, Irvin S.Yeaworth Jr)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur cette distinction, lire le bel article du Dr Abdel Aouacheria, &#171; Du duel au pluriel : r&#233;flexions sur les prot&#233;ines r&#233;gulatrices d'apoptose de la famille BCL-2 et sur la mort cellulaire &#187;, Revue Biologie Aujourd'hui, Volume 209, num&#233;ro 15, 2015, p.15. URL : &lt;a href=&#034;https://www.biologiejournal.org/articles/jbio/abs/2015/04/jbio160003/jbio160003.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.biologiejournal.org/articles/jbio/abs/2015/04/jbio160003/jbio160003.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N'exister que dans le corps de l'autre (dans son estomac ou par la p&#233;n&#233;tration) c'est &#234;tre dig&#233;r&#233; et ne servir que de flux &#233;nerg&#233;tique pour renforcer aussi une position de toute-puissance. Le blob avale tout, rien ne lui r&#233;siste (Weinstein, DSK).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Z - Zeus </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=677</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=677</guid>
		<dc:date>2018-04-08T14:23:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont tout faux, ils l'appellent Jupiter. C'est lui donner une aura divine, une port&#233;e surhumaine, lui qui r&#234;ve d'&#234;tre un marcheur d'exception. Macron ou Marathon Man. Il saute toutes les haies, portant avec lui un id&#233;al sportif digne des Jeux Olympiques : gagner le coeur des hommes et leur donner une &#171; vision &#187; de la r&#233;ussite. La marche de Macron a quelque chose du pionnier ou du proph&#232;te. Dans ses discours, il n'a de cesse de nous faire esp&#233;rer. Espoir d'un autre monde ? Mais quel (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les m&#233;dias ont tout faux, ils l'appellent Jupiter. C'est lui donner une aura divine, une port&#233;e surhumaine, lui qui r&#234;ve d'&#234;tre un marcheur d'exception. Macron ou &lt;i&gt;Marathon Man&lt;/i&gt;. Il saute toutes les haies, portant avec lui un id&#233;al sportif digne des Jeux Olympiques : gagner le coeur des hommes et leur donner une &#171; vision &#187; de la r&#233;ussite. La marche de Macron a quelque chose du pionnier ou du proph&#232;te. Dans ses discours, il n'a de cesse de nous faire esp&#233;rer. Espoir d'un autre monde ? Mais quel monde ? Que veut-il ? Un poste &#233;lys&#233;en ? Un bain de foule pr&#233;sidentiel ? R&#234;ve-t-il de d&#233;crocher la lune comme Caligula ? Non, rien de tout cela N'a-t-il pas la m&#234;me ambition que les personnages litt&#233;raires du XIX e si&#232;cle, lui qui admire, se reconna&#238;t en Julien Sorel ? A moins, &#224; moins que ce soit Rastignac ? &#171; A nous deux Paris ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite de l'arriviste Macron ne peut pas signifier &#171; convoiter une simple place &#187; &#8211; d&#251;t-elle &#234;tre celle de Pr&#233;sident fran&#231;ais. Macron veut cr&#233;er une nouvelle place du pouvoir en faisant &lt;i&gt;tabula rasa&lt;/i&gt; des pr&#233;c&#233;dentes. Faire place net, n'avoir aucun mod&#232;le, voil&#224; le sens de ce nouvel arrivisme qui est en fait, il faut bien le dire, d&#233;j&#224; ancien &#8211; celui du &lt;i&gt;Self Made Man&lt;/i&gt;. Car c'est celle de l'entrepreneur. Et non pas de l'&#233;crivain. Un premier essai de roman rest&#233; lettre morte. Il sait qu'il n'a pas le talent (et la chance) de Houellebecq, mais peut-&#234;tre les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de Macron sera d'arriver sur la capitale et d'y devenir une sorte de terroriste de la politique. Apr&#232;s tout Daech aura peut-&#234;tre &#233;t&#233; un mod&#232;le politique inattendu pour les gouvernants occidentaux. Savoir placer les bombes l&#224; o&#249; il faut, l&#224; o&#249; &#231;a fait mal, pour pulv&#233;riser tout le syst&#232;me politique. Faire &#233;clater les &lt;i&gt;blocs&lt;/i&gt; politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt; : c'est une bombe Manhattan jet&#233;e &#224; la face des politiques par un jeune loup pragmatique et d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi Macron est-il le nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord le nom d'une bombe. &lt;i&gt;Blockbuster&lt;/i&gt; : c'est le nom de cette bombe cr&#233;&#233;e par la R.A.F, qui, en son temps, a su modifier le paysage de la guerre, en lui donnant une port&#233;e a&#233;rienne d&#233;vastatrice (dont la bombe atomique a par la suite &#233;t&#233; le symbole). Aujourd'hui, Macron endosse &#224; sa fa&#231;on ce patronyme pour d&#233;truire, d'en bas (en ralliant &#224; lui une grande partie de la soci&#233;t&#233; civile), et non du ciel, l'image de la politique et lui enlever sa monumentalit&#233;.Les m&#233;dias, aveugles comme toujours, ne voient pas qu'il veut d&#233;sormais &#234;tre invisible pour agir n'importe o&#249; et n'importe quand, ils ne voient pas qu'il veut incarner une sorte de fluidit&#233;, pour ne pas &#234;tre justement assimil&#233; &#224; un Pr&#233;sident de plomb, statue ou colosse de Rhodes dans l'ar&#232;ne du pouvoir. Macron, c'est une vraie machine de guerre. Mais, ce que ne veulent pas voir les m&#233;dias, c'est que cette machine en marche est dangereuse par sa volatilit&#233;. Nuage de poudre, il a le m&#234;me effet qu'une drogue. Si nous n'y prenons pas garde, nous succomberons &#224; son charme. La force du mouvement &lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt;, c'est de donner l'impression que quelque chose &lt;i&gt;bouge&lt;/i&gt; en politique, qu'&#224; nouveau tous les r&#234;ves sont possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Macron se met en marche, c'est pour d&#233;faire les oppositions, &#171; noyer &#187; les esprits dans une m&#233;taphysique de l'intrication n&#233;cessaire. Car le pouvoir qu'il entend incarner veut porter au plus loin le capitalisme, en acc&#233;l&#233;rant la transformation de la &lt;i&gt;d&#233;mocratie immunitaire, d&#233;j&#224; install&#233;e, en un d&#244;me&lt;/i&gt;. Le nom qu'il porte, c'est donc celui du processus de &lt;strong&gt;domisation&lt;/strong&gt;. La d&#233;mocratie par ce mouvement &lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt; va compl&#232;tement se fermer herm&#233;tiquement ; le seul air respirable sera produit par les g&#233;n&#233;rateurs de la machine du Capital et par les leviers de travailleurs devenus des zombies, capables de tout accepter, m&#234;me leur esclavage. Le monde de Macron, c'est de forger des bombes pour arriver &#224; ce &#171; nouveau monde &#187; sans vie, sans singularit&#233;. Macron est porteur de mort, plus que de la peste ou du chol&#233;ra (que nous r&#233;servons &#224; Marine), il a amorc&#233; le plus grand fl&#233;au de l'humanit&#233; : sa post-humanisation. Macron ou &lt;i&gt;Metropolis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; un ensemble de &#171; bombardements &#187; pour accomplir ce grand changement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier bombardement. &#171; En marche &#187;, c'est d'abord un mouvement qui met fin &#224; la politique politicienne. La machine Macron est un geste d'asphyxie. Il veut briser l'&#233;chiquier politique, en faisant se d&#233;gonfler tous les partis, y compris les extr&#234;mes. Macron n'est pas l'homme du parti ou d'un parti, c'est l'homme du &lt;i&gt;management&lt;/i&gt; dans ce qu'il y a de plus terrible. Ce qui compose le tissu de ce parti ou de ce mouvement c'est essentiellement des personnes de cat&#233;gorie sociale et professionnelle sup&#233;rieure, notamment beaucoup des chefs d'entreprise. Etre en marche, c'est s'inscrire dans un mouvement qui, issu de la soci&#233;t&#233; civile, vient percer les bulles politiciennes d&#233;tach&#233;es du r&#233;el. Le geste Macron, c'est de faire coexister dans un m&#234;me &#171; ensemble &#187; des choses qui ont des modalit&#233;s de vie diff&#233;rentes, ou comme dit Souriau des modes d'existences s&#233;par&#233;s. Ni h&#233;g&#233;lien, ni kantien, il articule les contraires, il fait feu de tout bois. Quand on le voit gauche, il se d&#233;place &#224; droite et constitue un gouvernement clairement marqu&#233; par des personnalit&#233;s de droite, quand on le dit de droite, il rappelle qu'il a eu une grand-m&#232;re qui a su lui inculquer des valeurs de gauche. Sans cesse, il veut tenir les deux bras politiques, droite-gauche, mais ce qui compte pour lui, c'est ce nouveau tronc, cet arbre politique qui doit &#234;tre fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me bombardement. Macron en fin dialecticien cherche &#224; cr&#233;er une sorte de pouvoir-Frankenstein, fait de diverses &lt;i&gt;pi&#232;ces&lt;/i&gt;, en les animant, en leur donnant une vie autonome. Macron n'est plus un homme d'Etat, qui verrait dans l'Etat le moyen de tout r&#233;gler, il veut que l'Etat fasse corps avec le Capital, pour qu'il n'y ait plus de pol&#233;mique, pour que l'on accepte l'autorit&#233; de l'Etat et la fluidit&#233; &#233;conomique comme &#233;tant la &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; chose, l'expression du &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; corps. Ce que Macron cherche &#224; faire, c'est au fond ce que Gilles Ch&#226;telet, dans un pamphlet, a d&#233;crit comme la &#171; thermocratie &#187;, une esp&#232;ce de pouvoir en miroir o&#249; les hommes sont comme pris dans les flux du pouvoir &#233;conomique, cybern&#233;tique, politique, pris dans l'&lt;i&gt;automutilation&lt;/i&gt; : automutilation par rapport &#224; leurs valeurs habituelles, aux distinctions politiques qui ont du sens. Macron c'est l'homme de la &#171; grande-&#233;quivalence &#187; des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, Macron d&#233;fait les anciens gestes pr&#233;sidentiels. Il va plus loin que la &#171; vampirisation sarkozienne &#187; (int&#233;grer des gens de partis diff&#233;rents dans son parti) ; il refuse la stigmatisation de certains branches de la soci&#233;t&#233; - notamment des Banlieues (syst&#232;me Chirac) ; il refuse le geste de diabolisation de l'extr&#234;me-droite (syst&#232;me Mitterrand) ; il refuse d'&#234;tre un pr&#233;sident &#171; normal &#187; qui a &#224; la fois joue la carte du consensus, &#224; l'ext&#233;rieur et celle de la division de son parti (syst&#232;me Hollande). Il cherche ainsi &#224; porter le lib&#233;ralisme jusqu'&#224; son niveau de flexibilit&#233; le plus fort, pour donner les mains libres au capital en d&#233;sossant le droit du travail et ainsi passer &#224; la &#171; grande centrifugeuse &#187; (G.Ch&#226;telet) o&#249; chacun se sacrifiera pour le bien de tous les capitalistes du monde. Il op&#232;re m&#234;me la refonte du r&#244;le des d&#233;put&#233;s en les renvoyant sur les bancs de l'&#233;cole, celle de sa nouvelle R&#233;publique. Macron est satisfait : d&#233;sormais personnalit&#233; de l'ann&#233;e, l'ancien banquier peut se voir en politique. Il produit en lui-m&#234;me une image de la r&#233;conciliation : Macron banquier et Macron politique, c'est en fait la m&#234;me chose, la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me bombardement. Macron pousse la normalisation d&#233;mocratique jusqu'au bout. Ce qui nous guette, c'est la domisation. Dans cette perspective, la d&#233;mocratie n'aura plus &#224; s'affirmer dans ses droits, car les droits ne seront plus un moyen de revendication. Chacun n'aura qu'&#224; suivre ce que fait son voisin, comme dans l'Abbaye de Th&#233;l&#232;me. Au niveau s&#233;curitaire, tous les pays europ&#233;ens seront bient&#244;t unis et fonctionneront selon les m&#234;mes donn&#233;es de surveillance, les m&#234;mes normes sanitaires : les individus pourront ainsi &#234;tre &lt;i&gt;prot&#233;g&#233;s&lt;/i&gt; le plus possible de toute menace ext&#233;rieure au &#171; grand d&#244;me &#187;. D'o&#249; la mis en place d'un syst&#232;me de cordons policiers de plus en plus invisible, virtuel, informatis&#233; pour une nouvelle immunit&#233;. Le premier trait de la domisation du pouvoir &lt;i&gt;En Marche&lt;/i&gt; : c'est la volont&#233; d'instaurer un &#233;tat d'urgence permanent, permettant de donner &#224; la police plus de pouvoir, et &#224; l'individu, moins de libert&#233;. L'&#233;col(ogi)e &#171; verte &#187; n'est pas en reste. Elle est aussi pour le Pr&#233;sident un moyen de &#171; domiser &#187; l'Europe et le monde, car plus la normalisation commune sera &#233;tendue, plus pourront se cr&#233;er des interactions fluides. L'image consensuelle de Nicolas Hulot en est la parfaite image. Face &#224; la politique contre-productive de Trump en mettant en p&#233;ril l'immunit&#233; de la nature tant d&#233;sir&#233;e, Macron fut d'ailleurs le premier &#224; mobiliser le monde. L'&#233;cologie est aussi un moyen, au niveau international, de modeler l'homme vers un devenir plus capitalistique : logique de gestion des ressources, de recyclage qui cr&#233;e le moins de pertes possible et le plus de profit. L'espace aussi est une arme sophistiqu&#233; : on entend encore l'Homme-Pr&#233;sident dire &#224; Thomas Pesquet, au Bourget, qu'il ira bient&#244;t sur Mars. Le geste en marche de Macron, c'est le geste en marche vers Mars : &#171; orange m&#233;canique &#187; d'une politique de colonisation absolue (dominer Mars avant les autres, c'est imposer un type d'h&#233;g&#233;mon que l'on ne peut plus faire sur Terre, sans se mettre en danger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me bombardement : Macron cherche &#224; sortir de la phras&#233;ologie des m&#233;dias et des politiciens (qui fonctionne de la m&#234;me fa&#231;on), il refuse la logique de l'audimat ou de son &#233;quivalent le couac politique (hommage &#224; la reine Duflot qui l'a tant pratiqu&#233; !). Il faut sinon museler les m&#233;dias, du moins les emp&#234;cher de suivre leur logique &lt;i&gt;naturelle&lt;/i&gt; de la division. Macron invente des miroirs aux alouettes en les bombardant d'&#233;v&#233;nements dont ils vont pouvoir se repa&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O - Oxyg&#232;ne</title>
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		<dc:date>2018-03-04T11:35:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joachim Dupuis</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

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&lt;p&gt;La marche Le moment est solennel. Sur l'esplanade du Louvre, un homme seul est en marche, il avance en direction de l'estrade pos&#233;e devant la pyramide, ouvrage jadis command&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'architecte Leoh Ming Pei. L'homme marche d'un pas d&#233;cid&#233;, avec majest&#233;, il est envelopp&#233; d'un grand manteau, la cam&#233;ra le filme en plan large, le temps de la marche en contre-plong&#233;e, et &#224; hauteur d'homme, quand il arrive &#224; son but. Par t&#233;l&#233;vision interpos&#233;e, nous suivons cette longue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La marche &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moment est solennel. Sur l'esplanade du Louvre, un homme seul est &lt;i&gt;en marche&lt;/i&gt;, il avance en direction de l'estrade pos&#233;e devant la pyramide, ouvrage jadis command&#233; par Fran&#231;ois Mitterrand &#224; l'architecte Leoh Ming Pei. L'homme marche d'un pas d&#233;cid&#233;, avec majest&#233;, il est envelopp&#233; d'un grand manteau, la cam&#233;ra le filme en plan large, le temps de la marche en contre-plong&#233;e, et &#224; hauteur d'homme, quand il arrive &#224; son but. Par t&#233;l&#233;vision interpos&#233;e, nous suivons cette longue marche du 07 mai 2017, celle de l'homme dont tous les m&#233;dias parlent, celui qui a bris&#233; l'ancien monde politique, celui qui murmurait &#224; l'oreille de Hollande. Durant la marche et jusque sur l'estrade, on entend de mani&#232;re tonitruante l'&#171; Ode &#224; la joie &#187; de Beethoven, devenue, il y a quelques ann&#233;es, le concert des nations, l'hymne europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, l'homme qui marche n'est pas Jean-Michel Jarre. Pourtant, l'&#233;v&#233;nement a des allures de sc&#232;ne de concert ! Mais on a beau chercher, on ne d&#233;couvre &#224; la cam&#233;ra, nulle machine &#224; bidouiller, nul accompagnateur musical, nul &#233;clairage multidirectionnel, tout ce dont Jean-Michel Jarre aurait &#233;t&#233; sans doute entour&#233; s'il avait fait son show en ces lieux. L'homme qui marche, c'est le nouveau Pr&#233;sident fran&#231;ais, Emmanuel Macron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sc&#232;ne, l'Homme-Pr&#233;sident est seul devant les Fran&#231;ais, et commence son discours ; plus tard il sera rejoint par quelques membres de son &#233;quipe, sa femme et les enfants de son &#233;pouse, des hommes et des femmes sympathisants, tous en rang bien serr&#233;, derri&#232;re lui. Aucune mar&#233;e humaine &#224; l'horizon. Un petit auditoire sur mesure, parqu&#233; devant l'estrade, dans une sorte de carr&#233; qui ressemble &#224; un salon g&#233;ant ou une salle de classe grandeur nature. Nous qui sommes derri&#232;re notre t&#233;l&#233;vision nous sommes &#224; l'image de cette petite foule qui &#233;coute le discours pr&#233;sidentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'estrade, l'Homme-Pr&#233;sident fait son show, mais tr&#232;s vite quelque chose sonne faux. Est-ce parce que le discours est un discours qui fait double emploi ? Est-ce parce que la marche en rappelle une autre ? L'Homme-Pr&#233;sident s'est d&#233;j&#224; manifest&#233; quelques heures plus t&#244;t, pour brandir sa victoire. Pourquoi se repr&#233;senter alors ? Pour l'image, dira-t-on. Ce pouvoir en pure repr&#233;sentation est n&#233;cessaire pour marquer une &#171; rupture visuelle &#187;. L'Homme-Pr&#233;sident veut qu'on le voie autrement que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. On dirait une mauvaise mise en sc&#232;ne : un orateur sur un plateau de t&#233;l&#233;vision, avec, en transparence, un d&#233;cor de p&#233;plum style pharaonique, et une pl&#232;be &#171; bien rang&#233;e &#187;, au sens de Simone de Beauvoir, dans un amphith&#233;&#226;tre de fortune. Mais c'est ToutanMacron !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours a &#224; peine commenc&#233; que les politologues commencent d&#233;j&#224; leur travail de d&#233;chiffrement, devant cette nouvelle Pierre de Rosette politique. Les voil&#224; qui jubilent ! On les entend rep&#233;rer un &#224; un les symboles du nouveau pouvoir. Ils sont l&#224; &#224; penser &#224; Mitterrand : la marche, l'hymne, la mani&#232;re m&#234;me de s'habiller tout nous rappelle le vieux monarque, entend-on. Cette soir&#233;e est-elle le remake d'une vieille &#233;lection ? Pourtant, il n'y a pas de quoi s'extasier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une : ou la mise en sc&#232;ne est celle d'amateurs, qui rapi&#232;cent d'anciens symboles, renouant avec la gauche qui a offert &#224; l'Homme-Pr&#233;sident ses chances ; ou la mise en sc&#232;ne n'est pas ce qu'elle semble &#234;tre. La premi&#232;re option n'explique pas pourquoi le geste politique de Macron marque une pouss&#233;e &#224; droite, apr&#232;s les l&#233;gislatives, notamment avec la cr&#233;ation du gouvernement d'Edouard Philippe. La seconde option est plus &#233;clairante. Il ne s'agit pas de rejouer le symbole m&#234;me de la puissance mitterrandienne, pour le faire sien, une mani&#232;re de s'associer &#224; sa lign&#233;e politique, il s'agit au contraire de l'exposer extr&#234;mement pour le d&#233;faire, pour le faire exploser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marche de Macron est une mani&#232;re de passer d'un monde &#224; un autre. En ce sens, Macron est un mort-vivant de la politique. La pyramide derri&#232;re lui, c'est le pass&#233;, le pass&#233; politique, le devant de la sc&#232;ne incarne une nouvelle &#232;re, un nouveau monde &#224; construire, un monde &lt;i&gt;en Marche&lt;/i&gt; : quand on regarde les gens autour de lui, on retient surtout la pr&#233;sence de l'homme &#224; la casquette. Macron, au terme de sa marche, met en avant ceux qui l'ont port&#233; &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; se place en avant de ceux qui l'ont fait pr&#233;sidentiable. L'instant dessine les lignes d'un produit marketing du pouvoir : montrer que le pouvoir n'est plus symbolique, aur&#233;ol&#233; d'un pass&#233;, mais qu'il est devenu un simple geste qui se porte, o&#249; &#171; celui qui porte &#187; et &#171; celui qui est port&#233; &#187; ne font qu'un. Macron appara&#238;t comme un pur geste : le pouvoir est un &#171; &lt;strong&gt;cristal&lt;/strong&gt; &#187; o&#249; le pr&#233;sident regarde en ses troupes &lt;i&gt;lui-m&#234;me&lt;/i&gt;, et celles-ci sont comme indiscernables de sa personne. Le pouvoir n'est plus dans les symboles mais dans le geste. Tous les symboles sont d&#233;sormais caduques. La sc&#232;ne de l'&#233;lection se devait donc de prendre les symboles les plus forts pour les faire s'effondrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il y en a quand m&#234;me un qui perdure, pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;parce qu'il n'est pas encore&lt;/i&gt;. C'est le symbole de l'Europe qui, bien que d&#233;j&#224; install&#233; depuis plus d'un demi-si&#232;cle, n'est pas encore compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;. Prise dans le geste de refonte politique de Macron, l'Europe n'est plus le symbole de l'entente franco-allemande, de la reconstruction d'un lien ou le signe d'une &#233;volution vers la sociale d&#233;mocratie, elle est d&#233;sormais le scellement d'une entit&#233; en devenir, o&#249; chaque Etat ne serait qu'un &lt;i&gt;Land&lt;/i&gt; d'une &#171; globalit&#233; &#187;, l'&#233;manation d'un Englobant (Jaspers). Macron vise non pas &#224; mettre en avant l'Europe, mais &#224; l'emporter dans sa marche, &#224; la fa&#231;onner selon son geste. Pour Macron rien n'est pos&#233; encore concernant l'Europe : elle est comme une belle vache que Zeus veut s'accaparer. Tout va se faire, se configurer dans un geste de saisie, de saillie. Il faut mettre en branle la machine europ&#233;enne, lui donner le bon mouvement.L'Europe indisciplin&#233;e doit rentrer dans le rang. L'effet hyperbolique des symboles (la pyramide, l'hymne...) sert donc autant &#224; rappeler une certaine Europe qu'&#224; l'asphyxier pour une autre plus lib&#233;rale et normalisatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours auparavant, l'&#233;quipe-Macron se r&#233;unissait. Nulle cam&#233;ra n'a film&#233;, mais on peut facilement imaginer ce qui s'est pass&#233;. Il s'agissait de d&#233;cider du nouveau lieu pour la soir&#233;e pr&#233;sidentielle. Il fallait un lieu capable de porter le mouvement &lt;i&gt;En marche&lt;/i&gt; : le plus apte &#224; ouvrir le mouvement, c'&#233;tait le champ de Mars. Mais tr&#232;s vite cette possibilit&#233; n'est plus envisageable. Macron r&#234;vait de se produire dans le m&#234;me lieu o&#249; Jean-Michel Jarre quelques ann&#233;es plus t&#244;t avait emport&#233; la foule parisienne. Comme le musicien qui soul&#232;ve les foules rien qu'en jouant quelques notes, Macron r&#234;vait d'un triomphe au champ de Mars ! Pour y faire quoi ? Un nouvel &lt;i&gt;Oxyg&#232;ne&lt;/i&gt; ? Non, plut&#244;t une nouvelle fa&#231;on d'inaugurer sa politique &lt;i&gt;a&#233;rophagique&lt;/i&gt; : d&#233;compresser, vider notre air, celui dans lequel nous avons l'habitude de respirer, voil&#224; les traits de son manifeste. La mairie ayant dit non &#224; ce premier choix (pour des raisons li&#233;es au C.I.O.), Macron a du se r&#233;soudre &#224; changer d'air ! Ses conseillers lui proposent la cour du Louvre : pourquoi pas ? On &#233;vite d'&#234;tre trop &#224; droite et d'&#234;tre trop &#224; gauche. Ni Concorde ni Bastille. Pour tous, les choses sont claires : il ne faut surtout pas se plier aux symboles, les symboles sont les gammes, dans la t&#234;te de beaucoup de Fran&#231;ais, les gammes d'un &#233;chiquier politique.La pyramide, c'est l'incarnation d'un pouvoir, celui de Mitterrand qui y a &#233;difi&#233; le monument dans le cadre de la politique de ses grands travaux. Mais c'est aussi l'incarnation du pouvoir de Napol&#233;on qui a donn&#233; son nom &#224; la cour du Louvre : la pyramide rappelle d'ailleurs la marche des savants et de l'arm&#233;e napol&#233;onienne sur le sol &#233;gyptien ; la &lt;i&gt;marche&lt;/i&gt;, oui, c'est peut-&#234;tre ce qui retient l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, cette soir&#233;e d'&#233;lection que nous avons d&#233;crite est la reconduction d'un geste politique initi&#233; avant l'&#233;lection et qui va se r&#233;p&#233;ter d&#233;sormais, retentir partout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce geste a en apparence tout du geste subversif (il l'est pour les m&#233;dias, peu ouverts &#224; la pens&#233;e critique), bien qu'il soit &#233;minemment conservateur : bombarder le syst&#232;me politique. Macron n'a de cesse en effet de vouloir bombarder les &#171; assises &#187; politiques de la soci&#233;t&#233;, telles qu'elles sont, pour acc&#233;l&#233;rer en fait le processus biopolitique (d&#233;mocratie immunitaire) et capitaliste (lib&#233;ralisme absolu) que le syst&#232;me politique en place (depuis trop longtemps) retarde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Macron a compris tr&#232;s t&#244;t qu'il fallait donner un bon coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; la gouvernementalit&#233; en place et accomplir la politique qui porte le capitalisme et le s&#233;curitaire l&#224; o&#249; jamais ils ne sont all&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Palais de cristal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce geste politique de Macron s'est donn&#233; &#224; nous, en une fraction de seconde, dans toute sa splendeur, le jour de son &#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une image m'a saisi en particulier &#224; vrai dire, produite par l'&#233;quipe de Macron : d&#233;coupant le ciel, la pyramide, vu d'en bas de la sc&#232;ne, encadrait le corps de Macron, et semblait l'int&#233;grer au monument. Certains y ont vu un symbole fort, celui des &lt;i&gt;Illumnati&lt;/i&gt;, une r&#233;f&#233;rence &#224; la Franc-ma&#231;onnerie et au livre &lt;i&gt;Da Vinci Code&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme nous l'avons dit, avec Macron, le symbole est toujours &#224; asphyxier. De fait, l'enveloppement de l'homme dans la pyramide du Louvre met en valeur non pas le monument comme symbole d'&#233;ternit&#233;, de puissance, mais juste sa fonction de &lt;i&gt;d&#244;me&lt;/i&gt;. La pyramide est un d&#244;me, un poly&#232;dre transparent proche du cristal (chaque jour des milliers de personnes entrent par les faces de la pyramide pour voir les chefs-d'&#339;uvre du Louvre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#244;me de cristal est en fait non pas le pass&#233;, mais le futur : il incarne l'horizon politique vers lequel les spectateurs de la bo&#238;te t&#233;l&#233;vis&#233;e et le public parqu&#233; dans un box face &#224; lui sont d&#233;j&#224; en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#244;me est l'incarnation d'un pouvoir fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Macron veut mettre en place un &lt;i&gt;contr&#244;le absolu&lt;/i&gt; sur nos vies : travail, sant&#233;, s&#233;curit&#233;, Europe, Monde. Tout va dispara&#238;tre ! Attention, on va manquer d'air.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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