<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=103&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Ce que la guerre illustre</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1371</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1371</guid>
		<dc:date>2024-09-23T11:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Caumi&#232;res</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quand on pense &#224; la guerre, c'est d'abord l'incompr&#233;hension qui pr&#233;vaut devant une violence paraissant d'autant plus absurde que, malgr&#233; les &#171; plus jamais &#231;a &#187;, elle ne cesse de se d&#233;cha&#238;ner p&#233;riodiquement. Ainsi, s'il est toujours possible d'envisager la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne historique universel marqu&#233; par un usage de la violence entre deux collectivit&#233;s, il semble impossible d'en rendre compte de mani&#232;re rationnelle. La guerre tiendrait de la folie ne se laissant pas appr&#233;hender par la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand on pense &#224; la guerre, c'est d'abord l'incompr&#233;hension qui pr&#233;vaut devant une violence paraissant d'autant plus absurde que, malgr&#233; les &#171; plus jamais &#231;a &#187;, elle ne cesse de se d&#233;cha&#238;ner p&#233;riodiquement. Ainsi, s'il est toujours possible d'envisager la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne historique universel marqu&#233; par un usage de la violence entre deux collectivit&#233;s, il semble impossible d'en rendre compte de mani&#232;re rationnelle. La guerre tiendrait de la folie ne se laissant pas appr&#233;hender par la logique ordinaire ou d'une volont&#233; surhumaine imp&#233;n&#233;trable pour la pens&#233;e commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
On conviendra ais&#233;ment qu'une telle conclusion ne peut satisfaire un esprit rationnel qui ne saurait abdiquer aussi rapidement face &#224; l'&#233;nigme de la guerre. Il suffit du reste de prendre conscience que, pour &#234;tre sp&#233;cifique, toute guerre rel&#232;ve toujours de la soci&#233;t&#233; et de l'histoire, qu'elle est donc une totalit&#233; englob&#233;e dans une totalit&#233; plus vaste, pour tenter d'en rendre compte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure o&#249; elle se trouve prise dans un ordre qui la d&#233;passe, la guerre peut s'appr&#233;hender par le lien qu'elle manifeste avec d'autres dimensions de cet ordre, notamment la politique &#8211; terme &#224; comprendre dans sa double dimension de ce qui cr&#233;e les conditions historiques de la guerre (politique-objet), et de ce qui en gouverne le cours (politique-sujet). Comme le remarque Clausewitz, alors que consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me et pour elle-m&#234;me, la guerre tend &#224; devenir absolue, les situations historiques effectives manifestent que la politique joue un r&#244;le mod&#233;rateur qui soumet la violence aux exigences du calcul et des int&#233;r&#234;ts bien compris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, la guerre serait un ph&#233;nom&#232;ne qui ne d&#233;rogeait pas &#224; l'ordre des choses, illustrant bien la puissance de &lt;i&gt;l'homo rationalis&lt;/i&gt;, la pertinence de l'&lt;i&gt;homo &#339;conomicus&lt;/i&gt;. Ce qui conduit &#224; penser que la paix est bien un &#233;tat normatif que le droit soutient de mani&#232;re efficace. D'o&#249; un soup&#231;on : cette vue de la guerre domin&#233;e par la politique ne rel&#232;ve-t-elle pas d'une vision quelque peu &#233;dulcor&#233;e ? Peut-on vraiment d&#233;fendre le primat de la politique sur la guerre ? L'&#201;tat de paix n'est-il pas advenu en raison de conflits ? Bien des analyses semblent l'attester qui conduisent &#224; inverser les choses pour consid&#233;rer que la guerre est toujours premi&#232;re, que ce soit historiquement ou logiquement. C'est en effet parce qu'elle met &#224; nu les rapports de force, que la guerre est ce &#224; partir de quoi doit partir toute analyse du pouvoir effectif. Il faudrait alors reconna&#238;tre que la soci&#233;t&#233; est toujours divis&#233;e, travaill&#233;e par des tensions permanentes, m&#234;me si elles restent parfois invisibles. Resterait &#224; savoir ce qui justifie une telle vue qui fait de la guerre l'&#233;l&#233;ment de d&#233;chiffrage de la nature du social&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi parle-t-on au juste quand on parle de guerre ? Partons d'une premi&#232;re approche, qui la d&#233;finit comme le rapport social entre deux communaut&#233;s souveraines d&#233;cidant de trancher leurs diff&#233;rends par le recours &#224; la violence. Simple en apparence, une telle d&#233;finition n'en pose pas moins bien des difficult&#233;s. Assurer que la guerre tient de la prise de d&#233;cision d'une communaut&#233; souveraine, c'est tout d'abord, ouvrir la possibilit&#233; &#224; tout groupe de s'affirmer souverain en d&#233;clenchant une guerre. On voit que l'on tombe ainsi dans une circularit&#233; logique puisque si la souverainet&#233; est requise pour parler de guerre, celle-ci permet &#224; toute communaut&#233; de se poser comme souveraine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre difficult&#233; appara&#238;t du fait que la d&#233;finition propos&#233;e peine &#224; bien d&#233;signer les ph&#233;nom&#232;nes sociaux historiques effectifs auxquels renvoie la guerre. La fr&#233;quence des m&#233;taphores guerri&#232;res en est un bon indice. Il est peu de domaines o&#249; l'on ne parle de combat, d'affrontement, d'offensive, d'assaut, de r&#233;sistance, de front, de victoire, etc., si bien que l'on vient &#224; se demander si la guerre n'est pas une dimension essentielle de l'existence sociale. La guerre en son sens usuel ne d&#233;signerait alors plus que la forme particuli&#232;re d'un ph&#233;nom&#232;ne beaucoup plus fondamental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignons, enfin, que si, comme l'indique la d&#233;finition donn&#233;e, la guerre est un moyen pour des communaut&#233;s souveraines de trancher leurs diff&#233;rends, c'est-&#224;-dire d'imposer sa volont&#233; &#224; l'autre, elle doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un instrument de la politique et la question se pose imm&#233;diatement de savoir si elle est ou non un bon instrument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on voit, l'approche usuelle du ph&#233;nom&#232;ne de la guerre ne supprime en aucune fa&#231;on le sentiment d'incompr&#233;hension que son existence m&#234;me suscite. Beaucoup n'h&#233;sitent pas du reste &#224; faire valoir qu'elle rel&#232;ve de la folie, comme s'en plaint &#201;rasme : &#171; N'est-ce pas au champ de la guerre que se moissonnent les exploits ? &#187;, note-t-il, avant de se demander ce qu'il y a &#171; de plus fou que d'entamer ce genre de lutte pour on ne sait quel motif, alors que chaque partie en retire toujours moins de bien que de mal ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erasme, &#201;loge de la folie, GF, p. 32.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est sans doute Joseph de Maistre qui a le mieux soulign&#233; le caract&#232;re irrationnel de la guerre. Consid&#233;rant qu'&#171; il n'y a pas moyen d'expliquer comment la guerre est possible humainement &#187;, il a fini par assurer qu'elle &#233;tait impos&#233;e par le cr&#233;ateur : &#171; La guerre est donc divine en elle-m&#234;me, puisque c'est une loi du monde. La guerre est divine par ses cons&#233;quences d'un ordre surnaturel (&#8230;). La guerre est divine, dans la gloire myst&#233;rieuse qui l'environne, et dans l'attrait non moins inexplicable qui nous y porte (&#8230;). La guerre est divine par la mani&#232;re dont elle se d&#233;clare (&#8230;). La guerre est divine dans ses r&#233;sultats qui &#233;chappent absolument aux sp&#233;culations de la raison humaine (&#8230;). La guerre est divine par l'ind&#233;finissable force qui en d&#233;termine les succ&#232;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les soir&#233;es de Saint-P&#233;tersbourg, tome II, p. 2 et p. 22-23.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la guerre est le dessein de Dieu, elle est proprement imp&#233;n&#233;trable, elle rel&#232;ve du myst&#232;re : &#233;vidence irr&#233;cusable et d&#233;fi insurmontable pour la raison et sa logique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si tout donne &#224; penser que nous n'avons pas grand-chose &#224; dire sur la guerre, comment comprendre le nombre et la vari&#233;t&#233; de publications qui en traitent ? Ne faut-il pas saluer leurs auteurs pour leur d&#233;termination &#224; rendre raison d'un ph&#233;nom&#232;ne aussi probl&#233;matique ? C'est bien l'attitude qu'adopte Emmanuel Terray &#224; l'&#233;gard de Clausewitz qui, &#171; devant cet objet insaisissable, opaque et charg&#233; de passion qu'est de la guerre &#187;, il a su adopter &#171; une approche qui se veut objective, rationnelle et rigoureuse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Terray, Clausewitz, Agora, p. 21.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est sans doute ce qui lui a valu l'admiration de Raymond Aron, poursuit Terray qui pr&#233;cise que l'ouvrage que ce dernier &#171; a consacr&#233; &#224; l'&#339;uvre de Clausewitz n'est pas moins n&#233;cessaire que cette &#339;uvre elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clausewitz (1780 &#8211; 1831) est connu pour son &#339;uvre &lt;i&gt;De la guerre&lt;/i&gt;, qui a &#233;t&#233; publi&#233;e &#224; titre posthume par sa veuve &#224; partir de ses notes de travail. Cet ouvrage se voulut avant tout une r&#233;flexion sur la strat&#233;gie, mais son auteur prenant conscience que la guerre ne peut &#234;tre comprise en elle-m&#234;me et par elle-m&#234;me, il a acquis une dimension politique sur laquelle il importe de s'arr&#234;ter dans la mesure o&#249; c'est ce qui a sans doute &#233;t&#233; le plus comment&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui compte, pour nous, n'est pas tant de rendre compte d'une pens&#233;e complexe, parfois contradictoire, qui reste donc toujours difficile &#224; appr&#233;hender, que d'insister sur les liens mis en avant que la guerre entretient avec la politique puisque c'est ce qui permet de la soustraire &#224; l'ordre de l'irrationnel. C'est bien ce sur quoi insiste Aron pour qui, rappelle Emmanuel Terray, &#171; la guerre peut &#234;tre comprise parce qu'elle est de part en part d&#233;termin&#233;e par la politique, aussi bien par la politique-objet, qui en cr&#233;e les conditions historiques, que par la politique-sujet, qui en gouverne le cours en fonction des buts qu'elle se propose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 21.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons donc simplement que la pens&#233;e de Clausewitz se caract&#233;rise par son souci de rendre compte d'une r&#233;alit&#233; historique changeante, sans toutefois en rester &#224; l'&#233;cume des choses. Conscient des multiples vari&#233;t&#233;s des guerre, il ne d&#233;sesp&#232;re pas de saisir ce qui leur commun : &#171; La guerre n'est pas seulement un v&#233;ritable cam&#233;l&#233;on qui modifie quelque sa nature dans chaque cas concret, mais elle est aussi, comme ph&#233;nom&#232;ne d'ensemble et par rapport aux tendances qui y pr&#233;dominent, une &#233;tonnante trinit&#233; o&#249; l'on retrouve d'abord la violence originelle de son &#233;l&#233;ment (&#8230;), puis le jeu des probabilit&#233;s et du hasard (&#8230;), et sa nature subordonn&#233;e d'instrument de la politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Clausewitz, De la guerre, Minuit, p. 69.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela explique la dynamique d'une r&#233;flexion visant &#224; manifester que cette r&#233;alit&#233; historique rel&#232;ve d'une dialectique qui combine totalit&#233; et polarit&#233; : la guerre est une totalit&#233;, mais une totalit&#233; qui s'inscrit dans une totalit&#233; plus vaste, celle de la vie des soci&#233;t&#233;s, de l'histoire, de sorte qu'elle peut s'appr&#233;hender par sa polarit&#233; avec une autre dimension des soci&#233;t&#233;s et des &#233;tats. Concr&#232;tement, la guerre va s'envisager comme un ph&#233;nom&#232;ne social dans son articulation avec la politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que Clausewitz en arrive &#224; formuler sa c&#233;l&#232;bre th&#232;se &#8211; qu'Aron nomme &lt;i&gt;la Formule&lt;/i&gt; &#8211; selon laquelle &#171; la guerre n'est qu'une simple continuation de la politique par d'autres moyens &#187;. Ce qui importe ici, c'est la notion de continuit&#233; : la guerre est en fait un v&#233;ritable instrument de la politique, &#171; une continuation du commerce politique, la poursuite de ce commerce avec d'autres moyens &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;II, 24.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Autant dire que la guerre n'est pas un objet ind&#233;pendant, qu'elle est un moyen au service d'une fin.&lt;br class='autobr' /&gt;
On per&#231;oit alors le probl&#232;me que pose cette articulation de la guerre et de la politique que l'on peut consid&#233;rer comme antinomiques puisque la guerre en elle-m&#234;me n'est que violence pure dont le but est la destruction de l'ennemi, quand la politique, elle, s'exprime comme le commerce entre nations. Comment se d&#233;prendre de la contradiction qui pose que la guerre est &#224; la fois violence destructrice &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; instrument politique ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#201;. Weil, Essais et Conf&#233;rences 2, 225.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Clausewitz donne lui-m&#234;me une r&#233;ponse en distinguant le but de la fin. La guerre est un moyen, et comme telle, elle a un &lt;i&gt;but&lt;/i&gt; qui est la destruction de l'ennemi ; mais ce but n'est pas la &lt;i&gt;fin&lt;/i&gt; qui, elle, envisage de nouveaux rapports avec cet ennemi et rel&#232;ve donc de la politique. &#171; On ne commence pas une guerre, ou raisonnablement on ne devrait pas en commencer une, sans savoir ce qu'on veut obtenir &lt;i&gt;par&lt;/i&gt; cette guerre, et ce qu'on veut obtenir &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; elle ; l&#224; il s'agit de la fin, ici il s'agit du but &#187;, assure ainsi Clausewitz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;VIII, 2.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il peut envisager le concept pur de la guerre, &#233;voquant un duel qui, par nature ne conna&#238;t pas de limites, et implique la mont&#233;e aux extr&#234;mes, Clausewitz a le m&#233;rite de s'appuyer sur l'exp&#233;rience pour faire valoir que la guerre effective, celle qui existe &#8211; du moins entre des peuples civilis&#233;s &#8211;, n'est jamais absolue ou totale : son intensit&#233; est d&#233;termin&#233;e par l'enjeu ; ce qui conduit &#224; tenir compte des rapports des moyens &#224; la fin. Comme le note &#201;ric Weil, &#171; la guerre r&#233;elle est la continuation de la politique &#224; l'aide d'un instrument qui, s'il cessait d'&#234;tre instrument, d&#233;truirait jusqu'au concept de politique, mais qui aussi s'il n'&#233;tait pas compris &#224; partir de sa nature profonde se retournerait contre celui qui l'emploierait &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Weil, Essais et Conf&#233;rences 2, 227.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si Clausewitz consid&#232;re qu'en tant que th&#233;oricien de la guerre, il n'a pas &#224; pr&#233;ciser ce que doit &#234;tre une politique, il ne peut &#233;viter de livrer des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion sur celle-ci. Comme il le dit lui-m&#234;me, et comme nous l'avions d&#233;j&#224; soulign&#233;, &#171; la guerre ne peut pas suivre ses propres lois, mais doit &#234;tre regard&#233;e comme partie d'un autre tout, et ce tout est la politique &#187;. Il faut reconna&#238;tre que &#171; la politique peut prendre une fausse direction, mais cela ne nous concerne pas ici, car, en aucun cas, l'art de la guerre ne saurait &#234;tre regard&#233; comme le pr&#233;cepteur de la politique &#187;. Convenons en effet que &#171; ce serait absurde que de vouloir subordonner au point de vue militaire, le point de vue politique, car c'est la politique qui a engendr&#233; la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;VIII, 66.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, comme il convient, on entend par politique les int&#233;r&#234;ts de l'administration int&#233;rieure dans leur ensemble, on doit reconna&#238;tre qu'elle s'applique &#224; la communaut&#233; dans son ensemble, envisageant aussi bien les conditions sociales, que la constitution, ou le moral de la nation, ou encore les m&#339;urs, etc. C'est ce que Clausewitz a per&#231;u &#224; partir d'une r&#233;flexion sur les effets militaires de la R&#233;volution Fran&#231;aise et des conqu&#234;tes napol&#233;oniennes : &#171; les &#233;normes effets qu'a eu la R&#233;volution Fran&#231;aise vers l'ext&#233;rieur &#233;taient dus &#224; un art politique et administratif, compl&#232;tement chang&#233;, au caract&#232;re du gouvernement, &#224; l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral du peuple &#187;, note-t-il tout en d&#233;plorant l'incapacit&#233; des autres gouvernements &#224; le comprendre &#8211; ce qu'il consid&#232;re comme une faute politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous para&#238;t que la th&#232;se assurant que la guerre n'est que simple continuation de la politique par d'autres moyens, prend ainsi de l'&#233;paisseur puisqu'elle rend compte des fondements de cette politique qui se sert de la guerre. La guerre n'a en effet de sens que si les fins vis&#233;es sont r&#233;alisables ; ce qui suppose qu'elles soient en accord tout &#224; la fois avec la situation politique g&#233;n&#233;ral et avec les conditions int&#233;rieures de la nation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clausewitz parvient bien &#224; rendre la guerre intelligible en l'envisageant comme d&#233;pendante de la politique, comme &#233;tant l'instrument de la politique. Mais, note &#201;ric Weil, &#171; l'instrument instrument ne vaudra que ce que vaut celui qui l'emploie et ce que vaut la fin en vue de laquelle il est utilis&#233; &#8211; fin qui ne sera bonne que si elle consiste dans la d&#233;fense de la libert&#233; de la nation, libert&#233; qui ne sera r&#233;elle et r&#233;ellement d&#233;fendable, que si elle est libert&#233; de tous dans un &#201;tat qui est l'&#201;tat de tous &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;. Weil, Essais et Conf&#233;rences 2, 246.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile d'aller plus loin pour comprendre que Clausewitz consid&#232;re que la politique int&#233;rieure est l'administration &lt;i&gt;&#233;clair&#233;e&lt;/i&gt; de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, la gestion &lt;i&gt;rationnelle&lt;/i&gt; du &#171; bien public &#187; ; ce qui le conduit &#224; refuser les divisions au sein de l'&#201;tat qui reste pens&#233; sur le mod&#232;le du sujet individuel. &#192; cet &#233;gard, les propos qu'il tient sur la R&#233;volution Fran&#231;aise sont r&#233;v&#233;lateurs : s'il parle &#171; d'un foisonnement de vie et d'activit&#233;s, d'intrigues et d'affrontements, de luttes et de succ&#232;s, de crainte et d'espoir, de terreur et de joie, une solidarit&#233; entre amis, et un acharnement &#224; traquer l'ennemi &#187;, s'il &#233;voque &#171; cet enthousiasme qui soul&#232;ve l'individu et qui entra&#238;ne les autres &#187;, s'il assure que tout cela &#171; &#233;voque le forum de la Rome antique et les places publiques d'Ath&#232;nes &#187;, il n'affirme pas moins que &#171; cette agitation inconsid&#233;r&#233;e, cette participation d&#233;r&#233;gl&#233;e et partiale au gouvernement, qui tient les plus actifs prisonniers d'un cercle en constante effervescence, est une r&#233;elle anomalie &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Envisager la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne parfaitement intelligible, conduit donc &#224; d&#233;fendre une politique pr&#233;tendument &#8220;rationnelle&#8221; en parfait accord avec la pens&#233;e dominante. Il n'est gu&#232;re besoin d'insister beaucoup pour d&#233;noncer les vues de Clausewitz sur l'&#201;tat comme relevant d'une id&#233;ologie au sens pr&#233;cis d'oubli des conditions d'&#234;tre de ce dernier. Autant dire qu'il est rest&#233; aveugl&#233; par la th&#233;orie de la souverainet&#233; que Michel Foucault a justement mise &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de Foucault a &#233;t&#233; de substituer &#224; la th&#233;orie de la souverainet&#233; une analyse de la domination. Autrement dit, explique-t-il, &#171; au lieu de faire d&#233;river les pouvoirs de la souverainet&#233;, il s'agirait bien plut&#244;t d'extraire, historiquement et empiriquement, des rapports de pouvoir, des op&#233;rateurs de domination &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut d&#233;fendre la soci&#233;t&#233;, p. 38.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le probl&#232;me &#233;tant alors de savoir comment analyser ces rapports de pouvoir, il va s'int&#233;resser &#224; la guerre qui, pouvant &#171; passer comme le point maximum, la nudit&#233; m&#234;me des rapports de force &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 40.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, se r&#233;v&#232;le comme la v&#233;rit&#233; du pouvoir. Elle se trouve en effet au commencement de la domination, que ce soit d'un point de vue chronologique, ou d'un point de vue logique. Au d&#233;part, il y a un affrontement qui conduit &#224; affirmer les uns vainqueurs et les autres vaincus. L'arr&#234;t du conflit ne signifie toutefois pas la fin de la guerre : le vainqueur l'a emport&#233; et fait la loi, mais &#171; la loi n'est pas pacification, car, sous la loi, la guerre continue &#224; faire rage &#224; l'int&#233;rieur de tous les m&#233;canismes de pouvoir m&#234;me les plus r&#233;guliers &#187;, note Foucault&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 43.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui n'h&#233;site donc pas &#224; retourner la formule de Clausewitz, laquelle sugg&#232;re-t-il proc&#232;de elle-m&#234;me d'un premier renversement. Il assure en effet que &#171; le principe selon lequel la politique, c'est la guerre continu&#233;e par d'autres moyens &#233;tait un principe bien ant&#233;rieur &#224; Clausewitz, qui a simplement retourn&#233; une sorte de th&#232;se &#224; la fois diffuse et pr&#233;cise qui circulait depuis le XVe et le XVIIIe si&#232;cle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 41.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Foucault, ce retournement de &#171; la Formule &#187;, qui assure que la politique n'est que la guerre continu&#233;e, signifie tout d'abord que &#171; les rapports de pouvoir tels qu'ils fonctionnent dans une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre, ont essentiellement pour point d'ancrage un certain rapport de force &#233;tabli &#224; un moment donn&#233;, historiquement pr&#233;cisable, dans la guerre et par la guerre &#187;. Mais ce retournement signifie &#233;galement qu'une fois la paix obtenue, &#171; les luttes politiques, les affrontements &#224; propos du pouvoir, avec le pouvoir, pour le pouvoir, les modifications de rapports de forces &#187; continuent de se manifester de sorte que &#171; tout cela, dans un syst&#232;me politique, ne devrait &#234;tre interpr&#233;t&#233; que comme les continuations de la guerre &#187;, mais &#171; serait &#224; d&#233;chiffrer comme des &#233;pisodes, des fragmentations, des d&#233;placements de la guerre elle-m&#234;me &#187;. Le dernier point, enfin, qu'indique le fait que la politique est la guerre continu&#233;e, c'est que &#171; la d&#233;cision finale ne peut venir que de la guerre, c'est-&#224;-dire d'une &#233;preuve de force o&#249; les armes finalement devront &#234;tre juges &#187;, que &#171; la fin du politique, ce serait la derni&#232;re bataille &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 16-17.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En affirmant que c'est &#171; dans la boue des batailles &#187; qu'il faut chercher &#171; le principe d'intelligibilit&#233; de l'ordre, de l'&#201;tat, de ses institutions et de son histoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 41.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Foucault fait valoir que la guerre est centrale pour saisir ce qu'il en est du pouvoir institu&#233; : &#171; c'est la guerre qui est le moteur des institutions et de l'ordre &#187;. Autant dire que &#171; la paix, dans le moindre de ces rouages, fait sourdement la guerre &#187;, que &#171; nous sommes en guerre les uns contre les autres &#187;, qu'&#171; un front de bataille traverse la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re, contin&#251;ment et en permanence, &#187; et que c'est ce front de bataille qui place chacun de nous dans un camp ou dans un autre &#187;, de sorte &#171; qu'on est forc&#233;ment l'adversaire de quelqu'un &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 44.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'on appartient toujours &#224; un camp. C'est un point qu'il importe de bien reconna&#238;tre dans la mesure o&#249; l'on est alors &#224; m&#234;me de &#171; d&#233;chiffrer la v&#233;rit&#233;, de d&#233;noncer les illusions et les erreurs par lesquelles on [nous] fait croire &#8211; les adversaires [nous] font croire &#8211; que l'on est dans un monde ordonn&#233; et pacifi&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 45.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le renversement de la formule permet donc d'&#233;viter toute m&#233;prise sur la nature effective de l'&#233;tat de paix, conduisant &#224; reconna&#238;tre qu'&#171; une structure binaire traverse la soci&#233;t&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 43-44.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire que la cit&#233; est toujours divis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle vue n'est pas neuve, bien entendu. Si elle fait penser aux th&#232;ses de Carl Schmitt, c'est sans doute vers Machiavel qu'il faut se tourner pour en saisir toute la pertinence : elle proc&#232;de du conflit entre les Grands, dont le d&#233;sir est de commander et d'opprimer, et le peuple, d&#233;sirant ne pas &#234;tre command&#233; ni opprim&#233;. Malheureusement Foucault ne s'est pas vraiment int&#233;ress&#233; aux analyses de l'auteur du &lt;i&gt;Prince&lt;/i&gt; au pr&#233;texte que ce dernier a cherch&#233; &#224; proposer &#171; une technique politique &#224; mettre entre les mains du souverain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 145.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce n'est pas le cas de Lefort qui fera, lui, un usage positif de cette affirmation qu'il consid&#232;re comme la reconnaissance du fait que le social proc&#232;de d'une division irr&#233;ductible. L'opposition entre les Grands et le peuple doit &#234;tre envisag&#233;e en effet comme &lt;i&gt;structurelle&lt;/i&gt; &#8211; et non simple opposition entre deux groupes socialement d&#233;finis, &#233;tablie en raison de caract&#233;ristiques objectives concernant les uns et les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le souligne Lefort, &#171; ce qui fait que les Grands sont les Grands et que le peuple est le peuple, ce n'est pas qu'ils aient par leur fortune, par leurs m&#339;urs, ou leur fonction un statut distinct, associ&#233; &#224; des int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques et divergents &#187;, mais bien que &#171; les uns d&#233;sirent commander et opprimer et les autres ne l'&#234;tre pas &#187;. Autrement dit, &#171; &#224; l'origine du pouvoir princier, et sous-jacent &#224; celui-ci une fois qu'il s'est &#233;tabli, se trouve le conflit de classe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Lefort, Le travail de l'&#339;uvre Machiavel, Paris, Gallimard, coll &#171; Tel &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression &#171; conflit de classe &#187; indique clairement que Lefort trouve chez Machiavel de quoi mettre en perspective sa lecture de Marx. Si ce dernier a bien eu le m&#233;rite de saisir l'importance du conflit social, faisant de la lutte des classes le moteur de l'histoire, comme dit le &lt;i&gt;Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt; ; son erreur a &#233;t&#233; de chercher &#224; &lt;i&gt;d&#233;passer&lt;/i&gt; ce conflit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La division sociale, je la retrouvais chez Machiavel, mais con&#231;ue comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est que, d'une certaine fa&#231;on, l'histoire a donn&#233; raison &#224; Machiavel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De la destruction d'une classe dominante a surgi, non une soci&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont le m&#233;rite aura &#233;t&#233; d'avoir &#171; d&#233;sign&#233; la lutte de classe comme ph&#233;nom&#232;ne universel et permanent &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TO, 384.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'avoir donc saisi que le conflit social est in&#233;liminable. Pr&#233;tendre le contraire conduit &#224; imposer une domination d&#233;ni&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient du reste d'insister sur le fait que le conflit d&#233;voile &#171; l'essence du peuple au niveau du d&#233;sir d'&#233;chapper au d&#233;sir de l'autre de classe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TO, 384.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, puisque cela permet de saisir que le peuple se d&#233;finit dans et par son opposition &#224; l'oppression qu'il subit, qu'il est &#171; le p&#244;le de la n&#233;gativit&#233; &#187;, comme dit Lefort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant dire qu'il ne peut occuper d'autre position sociale que celle de la contestation de l'ordre &#233;tabli : &#171; le peuple ne peut &#8220;gagner&#8221; ou il cesserait d'&#234;tre peuple ; il ne peut pas s'emparer de la puissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, 355.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans doute peut-on imaginer &#171; l'ascension d'une nouvelle couche sociale au rang de classe dominante &#187;, mais cela ne saurait se comprendre comme l'abolition de la division sociale : &#171; quand ceux qui &#233;taient en bas sont pass&#233;s en haut, sont devenus des bourgeois ou des bureaucrates, reste le monde d'en bas, le monde du non-pouvoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, 355.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le peuple compris, non comme l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, mais bien comme la masse des domin&#233;s, peut toujours convoiter les embl&#232;mes du dominant, il ne saurait s'en emparer sans perdre sa position&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir FH, 222.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lutte permanente contre la domination subie n'est toutefois pas sans int&#233;r&#234;t ni efficacit&#233; puisqu'elle est &#224; l'origine de la loi et de la libert&#233;. Le comprendre suppose de saisir que les Grands et le peuple n'occupent pas une position sym&#233;trique dans l'ordre social. Cela tient &#224; la nature des d&#233;sirs qui animent les couches antagonistes : si le d&#233;sir de domination des Grands &#171; s'incarne dans des signes qui les assurent de leur position : richesse, rang, prestige &#187;, celui du peuple est &#171; &#224; rigoureusement parler, sans objet &#187;, visant seulement &#224; &#233;chapper &#224; la domination&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;FH, 222.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conflit qui s'engendre alors oppose ceux qui tendent &#224; augmenter sans cesse leur puissance &#224; ceux qui ne cherchent qu'&#224; contenir cette dynamique par le biais de la loi. Sans elle, nous serions dans une situation de licence qui, d&#233;niant la division sociale, permettrait aux Grands d'imposer une domination sans frein.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous percevons les effets du d&#233;sir du peuple qui n'a pourtant rien d'objectif : les actes de r&#233;sistance qu'il suscite &#171; sont la condition d'un rapport f&#233;cond &#224; la loi, qui se manifeste dans la modification des lois &#233;tablies &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, 857.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon Lefort, le d&#233;sir du peuple, qui rel&#232;ve de la pure n&#233;gativit&#233;, ne cesse de nourrir la r&#233;sistance qui se trouve &#224; la source de la loi. Le refus de la domination ouvre ainsi la soci&#233;t&#233; &#224; son histoire. Il impose en effet de reconna&#238;tre que les lois &#233;tablies ne rel&#232;vent nullement d'une n&#233;cessit&#233; implacable, qu'elles sont toujours des institutions sociales pouvant &#234;tre remplac&#233;es par d'autres. Comme dit Lefort, &#171; le d&#233;sir de ne pas &#234;tre opprim&#233; d&#233;fait l'imposture, en d&#233;pit de son incessant r&#233;tablissement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TO, 729.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'imposture, c'est le fait de vouloir stabiliser l'ordre social en en d&#233;niant la division principielle. Elle conduit &#224; la r&#233;pression du peuple dont les revendications manifestent justement cette division. &lt;br class='autobr' /&gt;
La loi s'av&#232;re ainsi garante de la libert&#233;, de sorte que l'on peut dire qu'un r&#233;gime de libert&#233; reconna&#238;t le droit du peuple &#224; n'&#234;tre pas opprim&#233; ; ce qui est d'autant mieux affirm&#233; que la loi elle-m&#234;me tient lieu de pouvoir. Pour le dire autrement, il convient que la loi rel&#232;ve d'une instance dont les titulaires n'en sont pas les propri&#233;taires. Ce pourquoi Lefort n'h&#233;site pas &#224; affirmer qu'il n'y a de libert&#233; politique que dans la mesure o&#249; le pouvoir &#171; s'av&#232;re n'&#234;tre le pouvoir de personne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, 42.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La r&#233;flexion de Lefort conduit ainsi &#224; d&#233;fendre la d&#233;mocratie entendue comme le r&#233;gime d'ind&#233;termination structurelle dans lequel le pouvoir est &lt;i&gt;non appropriable&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'int&#233;r&#234;t qu'elles peuvent avoir, les approches mettant la guerre au fondement du social soul&#232;vent une question portant sur l'origine du conflit. Nous sommes n&#233;cessairement l'adversaire de quelqu'un assure Foucault, mais pourquoi au juste ? Le peuple s'oppose &#224; la volont&#233; des Grands de le dominer, avance Lefort, mais d'o&#249; vient ce d&#233;sir de ne pas &#234;tre opprim&#233; ? Qu'est-ce qui suscite une volont&#233; &lt;i&gt;effective&lt;/i&gt; d'opposition &#224; l'oppression ? Nul besoin ici d'enqu&#234;tes sociologiques tr&#232;s pouss&#233;es ni de rappeler les apports de Bourdieu en ce qui concerne la violence symbolique pour savoir que les domin&#233;s peuvent &#234;tre aveugles &#224; leur domination, quand ils n'en deviennent pas les soutiens objectifs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de se souvenir des propos de Rousseau, assurant que &#171; les esclaves perdent tout dans leurs fers, jusqu'au d&#233;sir d'en sortir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-J. Rousseau, Du contrat social, in &#338;uvres compl&#232;tes, tome 3, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou de ceux de Marx qui remarquait que &#171; m&#234;me le besoin de grand air cesse d'&#234;tre un besoin pour l'ouvrier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;K. Marx, Manuscrits de 1844, trad. J.-P. Gougeon, Paris, Flammarion, coll. &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comprenons qu'il ne s'agit pas ici de ce &#171; renversement de la libert&#233; en servitude &#187; qui a tant interpell&#233; La Bo&#233;tie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Lefort, TP. 900.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais bien de l'annulation pure et simple du d&#233;sir de libert&#233;, de son inexistence m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que Machiavel a ignor&#233;, ce sont les conditions sociales de possibilit&#233; du d&#233;sir du peuple. Il nous para&#238;t que le refus de l'oppression suppose &#171; une distance avec ce qui est &#187; ; ce qui renvoie en quelque fa&#231;on &#224; une situation sociale &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lefort semble bien le reconna&#238;tre, assurant que si &#171; l'image qui r&#233;git le d&#233;sir des Grands, c'est celle de l'&lt;i&gt;avoir&lt;/i&gt; &#187;, celle &#171; qui r&#233;git le d&#233;sir du peuple est celle d'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Lefort, FH, 222-223.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais qu'est-ce &#224; dire au juste ? Ce d&#233;sir d'&#234;tre est-il simple refus de l'oppression ? Ne faut-il pas plut&#244;t penser que l'oppression est d&#233;nonc&#233;e &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; per&#231;ue comme un obstacle &#224; la volont&#233; de ma&#238;triser sa vie autant que faire se peut ? Selon cette deuxi&#232;me hypoth&#232;se, qui semble seule envisageable, le d&#233;sir d'&#234;tre n'est qu'un autre nom du d&#233;sir d'autonomie, pris au sens strict du terme, et qui doit s'envisager simultan&#233;ment au plan individuel et collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les th&#232;ses avanc&#233;es jusqu'ici ne disent rien non plus du &lt;i&gt;d&#233;sir d'adh&#233;sion &#224; la guerre&lt;/i&gt;. Autrement dit, elles &#233;chouent, me semble-t-il, &#224; rendre compte de ce qui me para&#238;t central concernant la guerre depuis que, jeune &#233;colier, j'ai pris conscience ou essay&#233; de prendre conscience de la r&#233;alit&#233; de la guerre de 14 &#8211; la guerre &#171; pr&#233;f&#233;r&#233;e &#187; de Brassens : comment des millions de jeunes hommes ont-ils pu partir &#171; la fleur au fusil &#187; pour mourir sans v&#233;ritable raison&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra sans doute souligner que faire r&#233;f&#233;rence &#224; la guerre de 14-18 est contestable en ce que toutes les guerres n'ont pas une telle ampleur, pour ne pas parler de d&#233;mesure &#8211; ce n'est pas pour rien que l'on a parl&#233; &#224; son propos de &#171; la grande guerre &#187;. Mais, justement, il vaut sans doute mieux envisager ce genre de conflit que des guerres plus mineures. Comme le note Castoriadis, &#171; on ne comprend pas la musique &#224; partir de la &lt;i&gt;Belle H&#233;l&#232;ne&lt;/i&gt; mais plut&#244;t &#224; partir de &lt;i&gt;l'Art de la fugue&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Requiem&lt;/i&gt;. On n'essaie pas de voir ce qu'est et ce que peut un roman sur le &lt;i&gt;Ma&#238;tre de forges&lt;/i&gt;, mais plut&#244;t sur l'&lt;i&gt;Idiot&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;Recherche&lt;/i&gt; ou le &lt;i&gt;Ch&#226;teau&lt;/i&gt; &#187;. De m&#234;me, &#171; ce ne sont pas les &#8220;guerres en dentelles&#8221;, ou les guerres bien d&#233;limit&#233;es, men&#233;es par des &#8220;professionnels&#8221;, des mercenaires ou des soudards, qui laissent voir l'&#234;tre plein de la guerre, mais les guerres illimit&#233;es &#8211; d'extermination, d'asservissement, d'assimilation forc&#233;e &#8211;, qui engagent le plus souvent la totalit&#233; des soci&#233;t&#233;s concern&#233;es et qui ont &#233;t&#233;, de loin, les plus lourdes de cons&#233;quences dans le cours de l'histoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Guerre et th&#233;orie de la guerre, EP, VI, 355-56.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons donc &#224; la question de l'engagement enthousiaste des soldats pour la Grande Guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute vaut-il la peine de rappeler le tout d&#233;but du &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; : assis avec un ami dans un caf&#233; de la place Clichy, Bardamu rejoint joyeusement une troupe de soldats en marche vers le front, qu'il va d&#233;couvrir, horrifi&#233;, quelques jours plus tard avant de d&#233;serter : &#171; Mais voil&#224;-t'y pas que juste devant le caf&#233; o&#249; nous &#233;tions attabl&#233;s un r&#233;giment se met &#224; passer, et avec le colonel par-devant sur son cheval, et m&#234;me qu'il avait l'air bien gentil et richement gaillard, le colonel ! Moi, je ne fis qu'un bon d'enthousiasme. &#8220;J'vais voir si c'est ainsi !&#8221; que je crie &#224; Arthur, et me voici parti &#224; m'engager, et au pas de course encore &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sentiment, on le sait fut partag&#233; par beaucoup. C'est ainsi que Jean-Pierre Rioux, auteur d'un ouvrage sur &lt;i&gt;La mort du lieutenant P&#233;guy&lt;/i&gt;, rappelle la remarque d'une des amies de ce dernier, assurant qu'elle l'avait vu partir &#171; soulev&#233; d'enthousiasme et de bonheur d'&#234;tre un soldat de la R&#233;publique &#187; &#8211; R&#233;publique dont Rioux montre qu'elle est per&#231;ue ou v&#233;cue comme devant laver l'affront inflig&#233; par les prussiens &#224; Sedan pour continuer &#224; faire vivre la France. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bardamu va toutefois tr&#232;s vite saisir que la guerre n'est pas ce qu'il avait imagin&#233;, qu'elle ne rel&#232;ve pas de la rationalit&#233;. Et l'on se demande pourquoi tout le monde ne r&#233;agit pas comme lui, qui va finir par d&#233;serter. Il faut le souligner : les mutineries qui ont &#233;t&#233; fort tardives (1917) n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment donc comprendre les motivations des soldats ? Au nom de quoi acceptent-ils la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#234;tre au centre de la guerre, la mort est rarement prise en compte dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? On ne peut parler d'int&#233;r&#234;t bien compris, ni &#233;voquer des contraintes ou des illusions, comme le pr&#233;tendent les marxistes : s'il est clair que les classes dominantes peuvent avoir tout int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;clencher des guerres, comment penser qu'elles puissent contraindre des millions d'hommes arm&#233;s &#224; se faire tuer contre leur volont&#233; ? Bref, il semble qu'il y a guerre parce qu'il y a &lt;i&gt;engagement&lt;/i&gt; des individus dans celle-ci &#8211; engagement qui peut prendre des formes tr&#232;s diverses depuis un soutien lointain jusqu'&#224; l'implication directe.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;voquer l'engagement individuel, n'est-ce pas sugg&#233;rer qu'on peut aborder le ph&#233;nom&#232;ne de la guerre &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; la notion de strat&#233;gie, laquelle rel&#232;ve bien de la rationalit&#233; ? Mais celle-ci d&#233;pend &#233;videmment de la situation globale, qui elle-m&#234;me d&#233;pend des orientations prises par les soci&#233;t&#233;s. Or, d&#232;s que nous avan&#231;ons une telle affirmation, nous faisons signe vers des difficult&#233;s qui conduisent &#224; subvertir la pens&#233;e traditionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que signifie que des soci&#233;t&#233;s &lt;i&gt;prennent&lt;/i&gt; des orientations particuli&#232;res ? Dire que &lt;i&gt;Rome a d&#233;velopp&#233; son empire sur tout le bassin m&#233;diterran&#233;en&lt;/i&gt;, ou que &lt;i&gt;les &#201;tats-Unis ont une politique de domination de l'Am&#233;rique latine&lt;/i&gt;, ou encore que &lt;i&gt;la France est une puissance d&#233;clinante&lt;/i&gt;, c'est dire quelque chose d'extr&#234;mement probl&#233;matique m&#234;me si chacun comprend ce dont il s'agit. Comment en effet imputer des intentions, des calculs ou des d&#233;cisions &#224; des entit&#233;s qui ne sont pas clairement d&#233;limit&#233;es parce que non d&#233;limitables ? Il faut donc avouer que les expressions comme celles prises en exemple, pour &#234;tre commodes, n'en soul&#232;vent pas moins de s&#233;rieuses difficult&#233;s d'ordre th&#233;orique. Mais celles-ci sont g&#233;n&#233;ralement masqu&#233;es par les r&#233;ponses apport&#233;es &#224; la question concernant la nature des soci&#233;t&#233;s &#8211; r&#233;ponses qui, sch&#233;matiquement, sont de deux ordres. Soit on r&#233;duit le social aux individus qui le composent : c'est la d&#233;marche de l'&lt;i&gt;individualisme m&#233;thodologique&lt;/i&gt; qui envisage la soci&#233;t&#233; comme une collection d'&#234;tres, visant chacun une fin donn&#233;e au moyen de proc&#233;d&#233;s plus ou moins rationnels. C'est l&#224; une approche qui correspond &#224; ce que nous vivons chaque jour au niveau conscient o&#249; nous t&#226;chons de r&#233;aliser des objectifs en mettant en &#339;uvre les moyens les plus adapt&#233;s. Inutile de dire que cette vue bute sur la question tr&#232;s simple mais fort retorse de la r&#233;alit&#233; du langage, par exemple, dont il n'est pas possible de dire qu'il rel&#232;ve des interactions entre individus puisque ces derniers ne sont tels que par et gr&#226;ce au langage justement. Comme l'a fort bien manifest&#233; L&#233;vi-Strauss dans sa c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Introduction &#224; l'&#339;uvre de Marcel Mauss&lt;/i&gt;, le langage n'a pu surgir que &#171; d'un seul coup &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me option pousse, elle, &#224; partir de la soci&#233;t&#233; comme un tout pr&#233;existant logiquement du moins aux individus &#8211; position que l'on nomme &lt;i&gt;holisme&lt;/i&gt;. Les actes individuels se trouvent alors pens&#233;s comme des moyens aveugles d'une intention dynamique globale, ainsi que l'a parfaitement manifest&#233; Hegel qui n'h&#233;sitait &#224; assurer que la passion des grands hommes les pousse &#224; r&#233;aliser ce que le monde attendait&#8230; C'est une vue qui semble d'autant plus partag&#233;e qu'elle procure une r&#233;elle satisfaction pour un &#234;tre de raison &#8211; raison dont Kant a parfaitement montr&#233; qu'elle vise toujours, par le biais des cat&#233;gories de la relation, l'unit&#233; syst&#233;matique et l'extension maximale pour ce qui est de la connaissance empirique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi la raison, qui est facult&#233; architectonique par excellence, vise-t-elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui, au-del&#224; de leur opposition, est commun aux deux options rappel&#233;es et qu'il faut retenir, c'est bien qu'elles postulent que tout ce qui est (ou advient) rel&#232;ve d'une &lt;i&gt;raison d'&#234;tre&lt;/i&gt;. Ce pourquoi elles ne peuvent saisir la nature effective de l'ordre social qui ne d&#233;rive de rien et dont l'&#233;mergence ne r&#233;pond &#224; aucune n&#233;cessit&#233;, mais qui est toujours auto-institu&#233; sur fond d'un Chaos primordial. Autant dire qu'il rel&#232;ve de lui-m&#234;me, qu'il s'affirme &#224; partir d'une instance capable de faire surgir ce qui n'a jamais &#233;t&#233;, l'imagination radicale, et qu'il se sp&#233;cifie par ses significations qui n'&#233;tant ni rationnelles (on ne peut pas les &#8220;construire logiquement&#8221;) ni r&#233;elles (on ne peut pas les d&#233;river des choses) ne peuvent &#234;tre qu'imaginaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme note Castoriadis, &#171; elles ne correspondent pas &#224; des &#8220;id&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faut comprendre que &#171; toute soci&#233;t&#233; cr&#233;e son propre monde, en cr&#233;ant pr&#233;cis&#233;ment les significations qui lui sont sp&#233;cifiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, La Mont&#233;e de l'insignifiance. Les Carrefours du labyrinthe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, la soci&#233;t&#233; doit &#234;tre reconnue pour ce qu'elle est : une entit&#233; qui s'auto-institue en instituant des &lt;i&gt;significations&lt;/i&gt; qui la structurent et lui donnent son identit&#233;. Toute soci&#233;t&#233;, en tant qu'elle est une totalit&#233; structur&#233;e, invente des significations imaginaires qui lui donnent sa coh&#233;rence et permettent de la d&#233;finir comme une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re : elles donnent acc&#232;s au monde, si l'on peut dire, en permettant aux hommes de lui trouver du sens, en structurant les repr&#233;sentations qu'ils en ont ; elles indiquent, en outre, ce qui est juste et ce qu'il convient de faire ou non : adorer Dieu et suivre ses prescriptions, accumuler du capital, jouir sans entraves, ou lutter pour l'&#233;mancipation de tous ; enfin, &#171; elles &#233;tablissent les types d'affects caract&#233;ristiques d'une soci&#233;t&#233; &#187;. Ce dernier point est sans doute d&#233;licat, mais il faut bien reconna&#238;tre que le christianisme a suscit&#233; la &lt;i&gt;foi&lt;/i&gt;, qui est un affect totalement inconnu des Grecs Anciens, ou que le sens de l'honneur appartient davantage &#224; la soci&#233;t&#233; aristocratique qu'au monde bourgeois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient de souligner que, g&#233;n&#233;ralement, les significations sociales sont institu&#233;es dans le d&#233;ni de cette institution, &#233;tant rapport&#233;es &#224; une source ext&#233;rieure au social &#8211; qu'il s'agisse des dieux, des anc&#234;tres, de Dieu, de la Nature, etc. &#8211; de sorte que l'ordre qu'il promeut ne peut &#234;tre remis en cause. Castoriadis parle alors de cl&#244;ture du sens : toutes les questions que les individus peuvent se poser trouvent une r&#233;ponse &#224; partir des significations sociales en vigueur, m&#234;me si ses derni&#232;res peuvent nous para&#238;tre, &#224; nous qui n'y adh&#233;rons pas, de fausses comme celle qui assure que les voies du ciel sont imp&#233;n&#233;trables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#212; profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et que dire du mot c&#233;l&#232;bre de Tertullien &lt;i&gt;Credo quia absurdum&lt;/i&gt;, qui indique que la raison humaine &#233;tant inapte &#224; saisir les myst&#232;res divins, seul le croyant peut y acc&#233;der ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les valeurs sociales sont ainsi n&#233;cessaires, on saisit que la rencontre avec d'autres soci&#233;t&#233;s, organis&#233;es &#224; partir de valeurs diff&#233;rentes, est plus que probl&#233;matique puisque semblant attester que d'autres valeurs sont possibles&#8230; Comment r&#233;agir quand on se trouve au contact de qui envisage les choses de mani&#232;re diff&#233;rente que soi ? On peut, sch&#233;matiquement, souligner trois attitudes de principe. La non consid&#233;ration ou l'indiff&#233;rence, tout d'abord, qui semble plus une option th&#233;orique qu'une r&#233;alit&#233; de fait, m&#234;me si un certain communautarisme vise &#224; la r&#233;aliser. Une deuxi&#232;me mani&#232;re de r&#233;agir serait l'acceptation des valeurs nouvellement per&#231;ues par abandon des siennes ; ce qui semble peu confirm&#233; d'un point de vue historique. Reste la derni&#232;re possibilit&#233; consistant &#224; d&#233;fendre ses valeurs compar&#233;es aux autres qui ne peuvent, d&#232;s lors, qu'&#234;tre d&#233;pr&#233;ci&#233;es. Pr&#233;cisons les choses.&lt;br class='autobr' /&gt;
La soci&#233;t&#233; doit donc rendre compte de ce fait : &lt;i&gt;il y a&lt;/i&gt; des individus qui vivent autrement, suivant d'autres normes que celles qui sont pr&#233;tendues &#234;tre les seules l&#233;gitimes puisque n&#233;cessaires. Mais comment comprendre que ce qui est sacr&#233; ne soit pas reconnu par tous ? La r&#233;ponse renvoie au d&#233;nigrement des autres, &#224; l'ethnocentrisme tel qu'envisag&#233; par L&#233;vi-Strauss au chapitre 3 de &lt;i&gt;Race et histoire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.Soulignons qu'en cas de conflit, une soci&#233;t&#233; peut r&#233;agir comme un parano&#239;aque dont le d&#233;lire serait mis en cause. Comme le souligne Castoriadis, &#171; au-del&#224; de tout enjeu particulier, mat&#233;riel ou autre, ce qui est per&#231;u par la soci&#233;t&#233; comme &#233;tant en cause est son existence m&#234;me &#224; ses propres yeux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castoriadis, Guerre et th&#233;orie de la guerre, Paris, &#201;ditions du Sandre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il semble que le conflit isra&#233;lo-palestinien illustre assez ce m&#233;canisme : comment comprendre que l'extr&#234;me droite isra&#233;lienne soit encore au pouvoir et applique la politique qu'elle applique &#224; l'&#233;gard des Palestiniens, sinon parce qu'elle est tol&#233;r&#233;e par une majorit&#233; au nom d'une peur diffuse r&#233;veill&#233;e par les attaques d'Octobre dernier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je fais l'hypoth&#232;se que l'attaque terrible du Hamas, totalement impr&#233;vue, a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conditionnement que la soci&#233;t&#233; fait peser sur les individus qui la composent est tel que ces derniers en sont le plus souvent totalement d&#233;pendants ; ce qui permet d'esquisser une r&#233;ponse &#224; la question que nous nous posons sur l'implication des soldats qui peuvent vivre la mise en danger de la &lt;i&gt;m&#232;re patrie&lt;/i&gt; comme une mise en danger de soi. &lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;fense de son identit&#233; passe ainsi par son envers : la d&#233;pr&#233;ciation de l'autre dont toute manifestation peut &#234;tre per&#231;ue comme une volont&#233; sourde de destruction de cette identit&#233; per&#231;ue comme fragile ou menac&#233;e. Les r&#233;actions actuelles en France d'individus comme Zemmour ou Finkielkraut nous paraissent tenir de cette dynamique dont l'expression extr&#234;me a &#233;t&#233; celle de Renaud Camus &#233;voquant l'id&#233;e d'un grand remplacement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le processus &#8211; le plus souvent inconscient &#8211; rendant compte de cette menace ressentie tient &#224; la r&#233;ciprocit&#233; suppos&#233;e de mon lien avec l'Autre : si je me pense sup&#233;rieur &#224; celui qui est diff&#233;rent, celui-ci pense &#233;galement qu'il vaut plus que moi et vise &#224; me r&#233;duire ; aussi ai-je raison de me d&#233;fendre et de lutter contre lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute les oppositions entre soci&#233;t&#233;s ne sont-elles pas toujours aussi tranch&#233;es. On pourrait m&#234;me, avec un peu de recul, faire valoir qu'elles sont fort t&#233;nues. Mais joue ici ce que Freud a fait valoir en &#233;voquant &#171; le narcissisme des petites diff&#233;rences &#187; &#8211; ce qu'illustre parfaitement le nationalisme encore pr&#233;gnant chez beaucoup d'europ&#233;ens. Aussi les conflits entre soci&#233;t&#233;s que l'on pourrait dire homog&#232;nes en ce que leur culture de fond est largement commune et qu'elles ont un m&#234;me r&#233;gime social, peuvent-ils &#234;tre compris comme cas particuliers de ce qui vient d'&#234;tre &#233;nonc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre fait ainsi valoir l'adh&#233;sion des individus &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle &#8211; adh&#233;sion qui est, g&#233;n&#233;ralement, bien plus forte que ce que l'on pense puisqu'elle structure largement leur identit&#233;. &lt;i&gt;De ce point de vue&lt;/i&gt;, on peut dire que &#171; les processus sociaux et psychiques qui am&#232;nent les uns &#224; mourir pour le Christ et les autres pour Allah, ceux-ci pour le Tsar et ceux-l&#224; pour la r&#233;volution sont profond&#233;ment identiques &#187;, comme le note Castoriadis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Castoriadis, Guerre et th&#233;orie de la guerre, op. cit., p. 377.&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dire que saisir les dynamiques &#224; l'&#339;uvre dans l'engagement guerrier suppose de ne pas tenir compte des raisons &#233;voqu&#233;es pour le justifier. Mais d'&lt;i&gt;un point de vue politique&lt;/i&gt;, il s'agit justement de se d&#233;terminer &#224; partir de ces raisons puisque le jugement ne porte pas alors sur la guerre elle-m&#234;me, mais sur le sens de ce qui est en cause ! Ainsi peut-on reconna&#238;tre que mourir pour le F&#252;hrer ou le Reich n'est pas la m&#234;me chose que mourir en r&#233;sistant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il importe donc de bien distinguer les deux points de vue ici rappel&#233;s. Cela permet notamment de saisir la logique de l'engagement sans l'avaliser pour autant ou, pour le dire dans les termes qui rappelleront une pol&#233;mique stupide initi&#233;e par certains dans le contexte des attentats terroristes en France au cours de l'ann&#233;e 2015, que comprendre ne signifie pas excuser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un certain nombre d'acteurs politiques, d'&#233;ditorialistes ou d'essayistes ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela permet &#233;galement de saisir le lien existant entre le d&#233;passement de l'ethnocentrisme et la prise de conscience du caract&#232;re institu&#233; des significations sociales. Pour le dire autrement, l'acceptation de l'alt&#233;rit&#233; suppose, d'une mani&#232;re ou d'une autre, sinon la pleine reconnaissance du moins la perception de la contingence des valeurs structurant l'ordre social. C'est du reste ce qui se passe en g&#233;n&#233;ral dans le monde moderne largement sorti de l'ordre th&#233;ologico-politique de sorte que la soci&#233;t&#233; &#171; se trouve mise &#224; l'&#233;preuve de la perte de son fondement &#187; comme dit Claude Lefort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Lefort, Le temps pr&#233;sent, Paris, Belin, 2007, p. 465.&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce qui signifie qu'elle &#171; s'institue et se maintient dans la dissolution des rep&#232;res de la certitude &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Lefort, Essais sur le politique, Paris, Seuil, coll. Essais, 2001, p. 29.&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Castoriadis, lui, parle de rupture de la cl&#244;ture du sens, afin de souligner qu'il n'est pas possible de trouver une r&#233;ponse assur&#233;e &#224; toutes les questions qui peuvent se formuler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette rupture de la cl&#244;ture du sens a eu lieu, une premi&#232;re fois, en Gr&#232;ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que le titre de notre expos&#233; le laissait entendre, il ne s'agissait pas pour nous de traiter de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; guerre, de sa nature si l'on veut, mais plut&#244;t de signifier ce que la prise en consid&#233;ration &lt;i&gt;des&lt;/i&gt; guerres permet d'inf&#233;rer. C'est que le nombre de conflits dans le monde durant tant de temps n'a pas permis d'en avoir une approche g&#233;n&#233;rale ; et qu'il faut se r&#233;soudre &#224; reconna&#238;tre que si la guerre est un ph&#233;nom&#232;ne historique universel, il n'existe pas de th&#233;orie universelle de celle-ci : il n'y a que des guerres singuli&#232;res, toujours sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la guerre illustre donc en premier, ce sont bien les limites de la pens&#233;e traditionnelle qui continue d'esp&#233;rer rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne de la guerre comme si l'on pouvait l'objectiver alors m&#234;me que la guerre, sa manifestation concr&#232;te, est &#224; saisir comme l'&#233;mergence d'une nouveaut&#233; radicale au sens o&#249; elle n'est en rien in&#233;luctable, o&#249; n'est pas &#8220;contenue&#8221; dans la situation sociale o&#249; elle &#233;merge de sorte qu'elle ne pourrait qu'avoir lieu. Cela tient au fait que cette m&#234;me pens&#233;e peine &#224; cerner la nature de la soci&#233;t&#233; ainsi que celle de l'&#234;tre humain du fait qu'elle t&#226;che toujours de les envisager comme relevant de la d&#233;terminit&#233;. Elle reste ainsi aveugle aux significations sociales auxquelles les individus adh&#232;rent d'autant plus fortement qu'elles leur donnent une identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la guerre illustre pourtant est bien que l'engagement des combattants se trouve d&#233;termin&#233; par le sentiment qu'ils &#233;prouvent d'une menace pesant sur leur soci&#233;t&#233;. On peut m&#234;me dire qu'il lui est proportionnel : plus la menace para&#238;t importante plus l'individu s'impliquera dans la d&#233;fense de ce qui structure son identit&#233;. Seule une prise de distance avec les significations sociales permettant &#224; chacun de se construire sans y adh&#233;rer aveuglement semble &#224; m&#234;me de limiter les investissements belliqueux qui restent tout de m&#234;me le point central de toute guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Philippe Caumi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Erasme, &lt;i&gt;&#201;loge de la folie&lt;/i&gt;, GF, p. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les soir&#233;es de Saint-P&#233;tersbourg&lt;/i&gt;, tome II, p. 2 et p. 22-23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Terray, &lt;i&gt;Clausewitz&lt;/i&gt;, Agora, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Clausewitz, &lt;i&gt;De la guerre&lt;/i&gt;, Minuit, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;II, 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &#201;. Weil, &lt;i&gt;Essais et Conf&#233;rences 2&lt;/i&gt;, 225.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;VIII, 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;. Weil, &lt;i&gt;Essais et Conf&#233;rences 2&lt;/i&gt;, 227.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;VIII, 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;. Weil, &lt;i&gt;Essais et Conf&#233;rences 2&lt;/i&gt;, 246.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Il faut d&#233;fendre la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 16-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 43-44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 145.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Lefort, &lt;i&gt;Le travail de l'&#339;uvre Machiavel&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll &#171; Tel &#187;, 1986, p. 282. Cit&#233; TO.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La division sociale, je la retrouvais chez Machiavel, mais con&#231;ue comme constitutive de la soci&#233;t&#233; politique et, donc, ineffa&#231;able &#187; (C. Lefort, &lt;i&gt;Le temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Belin, 2007, p. 853. Cit&#233; TP).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; De la destruction d'une classe dominante a surgi, non une soci&#233;t&#233; homog&#232;ne, mais une nouvelle figure de la division sociale &#187;. (C. Lefort, &lt;i&gt;&#201;crire &#224; l'&#233;preuve du politique&lt;/i&gt;, Paris, Calman-L&#233;vy, coll. &#171; Agora &#187;, 1995, pp. 173-174). Aussi peut-on dire que pour qui a connu &#171; l'entreprise extraordinaire qui, sous le nom de communisme, se donna pour fin la pleine &#233;mancipation du peuple, la le&#231;on de Machiavel est pleinement confirm&#233;e &#187; (&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TO, 384.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TO, 384.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP, 355.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP, 355.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir FH, 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;FH, 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP, 857.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TO, 729.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-J. Rousseau, &lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, tome 3, Paris, Gallimard, coll. &#171; Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade &#187;, 1964, p. 352.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;K. Marx, &lt;i&gt;Manuscrits de 1844&lt;/i&gt;, trad. J.-P. Gougeon, Paris, Flammarion, coll. &#171; GF &#187;, 1996, p. 187.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Lefort, TP. 900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Le monde morcel&#233;. Les carrefours du labyrinthe 3&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1990, p. 23. Cit&#233; CL 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Lefort, FH, 222-223.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Guerre et th&#233;orie de la guerre&lt;/i&gt;, EP, VI, 355-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour &#234;tre au centre de la guerre, la mort est rarement prise en compte dans les th&#233;ories de la guerre, sinon comme param&#232;tre quantifiable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi la raison, qui est facult&#233; architectonique par excellence, vise-t-elle toujours l'unit&#233; syst&#233;matique et l'extension maximale de la substance, de la causalit&#233; et de l'action r&#233;ciproque pour en arriver aux notions respectives du Moi, du Monde et de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme note Castoriadis, &#171; elles ne correspondent pas &#224; des &#8220;id&#233;es rationnelles&#8221; et pas davantage &#224; des objets naturels &#187;, (&lt;i&gt;Une soci&#233;t&#233; &#224; la d&#233;rive&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2005, p. 68).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;La Mont&#233;e de l'insignifiance. Les Carrefours du labyrinthe 4&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1996, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#212; profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables et ses voies imp&#233;n&#233;trables ! Qui en effet a connu la pens&#233;e du Seigneur ? Ou bien qui a &#233;t&#233; son conseiller ? Ou encore qui lui a donn&#233; le premier, pour devoir &#234;tre pay&#233; en retour ? Car tout est de lui, et par lui, et pour lui. &#192; lui la gloire &#233;ternellement ! Amen. &#187; (Paul, &lt;i&gt;&#201;p&#238;tre aux Romains&lt;/i&gt;, 11 33-36).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend &#224; r&#233;appara&#238;tre chez chacun de nous quand nous sommes plac&#233;s dans une situation inattendue, consiste &#224; r&#233;pudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esth&#233;tiques, qui sont les plus &#233;loign&#233;es de celles auxquelles nous nous identifions. &#8220;Habitudes de sauvages&#8221;, &#8220;cela n'est pas de chez nous&#8221;, &#8220;on ne devrait pas permettre cela&#8221;, etc., autant de r&#233;actions grossi&#232;res qui traduisent ce m&#234;me frisson, cette m&#234;me r&#233;pulsion, en pr&#233;sence de mani&#232;res de vivre, de croire ou de penser qui nous sont &#233;trang&#232;res &#187;. (C. L&#233;vi-Strauss, &lt;i&gt;Race et histoire&lt;/i&gt;, chap. 3).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Castoriadis, &lt;i&gt;Guerre et th&#233;orie de la guerre&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions du Sandre, 2016, p. 372.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je fais l'hypoth&#232;se que l'attaque terrible du Hamas, totalement impr&#233;vue, a r&#233;veill&#233; une peur atavique ayant suscit&#233; chez les Juifs un besoin irrationnel de protection, permettant de comprendre (mais pas d'excuser) leur adh&#233;sion, implicite au moins, au gouvernement en place en Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Castoriadis, &lt;i&gt;Guerre et th&#233;orie de la guerre&lt;/i&gt;, op. cit., p. 377.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un certain nombre d'acteurs politiques, d'&#233;ditorialistes ou d'essayistes ont alors mis en cause ce qu'ils ont nomm&#233; &#171; la culture de l'excuse &#187;, d&#233;non&#231;ant violemment les travaux de sociologie. Sur cela, voir l'entretien avec B. Lahire &#8211; on trouvera en note diff&#233;rents liens pour approfondir la question : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt; &lt;a href=&#034;https://ses.ens-lyon.fr/articles/entretien-avec-bernard-lahire-la-sociologie-n-incarne-pas-une-culture-de-l-excuse--294371&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ses.ens-lyon.fr/articles/entretien-avec-bernard-lahire-la-sociologie-n-incarne-pas-une-culture-de-l-excuse--294371&lt;/a&gt; &gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Lefort, &lt;i&gt;Le temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Belin, 2007, p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Lefort, &lt;i&gt;Essais sur le politique&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, coll. Essais, 2001, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette rupture de la cl&#244;ture du sens a eu lieu, une premi&#232;re fois, en Gr&#232;ce ancienne. Il me semble qu'Eschyle donne une expression remarquable de la prise de conscience du fait que la transcendance ne peut pas tout r&#233;gler. Ainsi fait-il valoir dans les &lt;i&gt;Oresties&lt;/i&gt; qu'Ath&#233;na s'avoue incapable de d&#233;cider du ch&#226;timent que m&#233;rite Oreste pour avoir tu&#233; sa m&#232;re Clytemnestre meurtri&#232;re de son mari Agamemnon (lequel avait sacrifi&#233; leur fille Iphig&#233;nie pour pouvoir partir &#224; la guerre de Troie). &#171; - Oreste : Je suis Argien et tu connais fort bien mon p&#232;re, Agamemnon, le chef de l'arm&#233;e navale des Grecs, avec lequel tu as d&#233;truit de fond en comble la ville de Troie. Il a p&#233;ri sans gloire, ce roi, &#224; son retour dans sa maison et c'est ma m&#232;re aux noirs desseins qui l'a tu&#233;, en l'enveloppant d'un filet brod&#233;, qui t&#233;moignait du meurtre accompli dans le bain. Et moi &#224; mon retour, car j'&#233;tais exil&#233; auparavant, j'ai tu&#233; ma m&#232;re (&#8230;). C'est &#224; toi de juger si j'ai bien ou mal fait. Quoique tu en d&#233;cides, je m'y soumets enti&#232;rement. /- Ath&#233;na : Si l'on tient cette affaire trop importante pour que des mortels en d&#233;cident, il ne m'est pas permis non plus &#224; moi de me prononcer sur un meurtre qui excite d'&#226;pres col&#232;res (&#8230;). Mais puisque l'affaire en est &#224; ce point, je vais choisir des juges du meurtre que je lierai par serment, et former un tribunal destin&#233; &#224; durer toujours&#8230; &#187; (&lt;i&gt;Eum&#233;nides&lt;/i&gt;, 460 et sq).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La majorit&#233; ou l'acceptation d'un conflit sans fin</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=765</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=765</guid>
		<dc:date>2023-05-30T21:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Caumi&#232;res</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[nde : premi&#232;re publication, Les Cahiers de Philom&#232;ne, 3, 2012.] &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire r&#233;cente des soci&#233;t&#233;s occidentales a suffisamment d&#233;menti les espoirs des Lumi&#232;res pour qu'il soit permis de les partager sans questionnement critique. C'est l&#224; une t&#226;che immense ayant mobilis&#233; l'&#233;nergie de nombreux penseurs contemporains et qu'il ne saurait &#234;tre question d'envisager ici ; tout au plus pouvons-nous revenir sur ce qui permettait &#224; Kant d'esp&#233;rer possible l'&#233;mancipation de chacun : l'usage public de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[&lt;i&gt;nde&lt;/i&gt; : premi&#232;re publication, &lt;i&gt;Les Cahiers de Philom&#232;ne&lt;/i&gt;, 3, 2012.]&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire r&#233;cente des soci&#233;t&#233;s occidentales a suffisamment d&#233;menti les espoirs des Lumi&#232;res pour qu'il soit permis de les partager sans questionnement critique. C'est l&#224; une t&#226;che immense ayant mobilis&#233; l'&#233;nergie de nombreux penseurs contemporains et qu'il ne saurait &#234;tre question d'envisager ici ; tout au plus pouvons-nous revenir sur ce qui permettait &#224; Kant d'esp&#233;rer possible l'&#233;mancipation de chacun : l'usage public de la raison que les gouvernants doivent permettre et les institutions garantir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est en effet que la situation ne semble pas avoir beaucoup chang&#233; depuis deux si&#232;cles et que l'on peut continuer &#224; s'interroger sur le fait que beaucoup restent toujours mineurs, c'est-&#224;-dire sous tutelle, incapables qu'ils sont de penser par eux-m&#234;mes. Comment le comprendre ? S'agit-il d'un d&#233;faut de publicit&#233; comme semble le penser Habermas pour qui les Lumi&#232;res restent un projet inachev&#233; ? Ne faut-il pas plut&#244;t y voir les effets d'une dynamique dont Kant n'a pas eu conscience ? La consid&#233;ration de ce que furent les r&#233;gimes totalitaires plaide en faveur de cette deuxi&#232;me hypoth&#232;se. N'est-ce pas en effet un d&#233;sir sourd d'unit&#233; devant l'angoisse occasionn&#233;e par la reconnaissance de l'ind&#233;termination fonci&#232;re du social qui a suscit&#233; l'adh&#233;sion massive &#224; l'ordre revendiqu&#233;, sinon impos&#233;, par un chef charismatique, v&#233;ritable &lt;i&gt;&#233;gocrate&lt;/i&gt;, et permis son accession au pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Kant a bien saisi la n&#233;cessit&#233; de penser son &#233;poque, d'en saisir la sp&#233;cificit&#233;, il n'aurait donc pas per&#231;u que celle-ci relevait d'une mutation de l'ordre symbolique conduisant &#224; la dissociation du pouvoir, de la loi et du savoir. Ce qui signe pourtant l'av&#232;nement de la d&#233;mocratie, r&#233;gime dont la fragilit&#233; tient &#224; sa nature m&#234;me, qui veut qu'elle reconnaisse que le pouvoir n'est de personne. Faut-il le pr&#233;ciser ? cela n'est pensable qu'&#224; partir d'une ind&#233;termination fonci&#232;re conduisant un conflit ind&#233;passable &#224; propos de l'ordre social qu'il convient de promouvoir. Un tel r&#233;gime ne peut durer que dans la mesure o&#249; les individus sont &#224; m&#234;me de supporter de vivre dans une soci&#233;t&#233; dont l'unit&#233; ne s'appr&#233;hende qu'&#224; partir de sa division. Exprim&#233; dans les termes de la question qui nous occupe, cela signifie que le rapport &#171; majeur / mineur &#187; renvoie davantage &#224; une exigence pratique qu'&#224; l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; pacifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Retour sur un texte de Kant et ses limites&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) Les perspective d'une sortie de l'&#233;tat de minorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte bref mais fort c&#233;l&#232;bre, Kant assure que &#171; Les Lumi&#232;res se d&#233;finissent comme la sortie de l'homme hors de l'&#233;tat de minorit&#233; o&#249; se maintient par sa propre faute &#187;. Une telle remarque proc&#232;de du constat critique que beaucoup d'hommes &#171; restent volontiers, toute leur vie durant mineurs &#187;, alors m&#234;me que &#171; la nature les a depuis longtemps affranchis de toute direction &#233;trang&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant Emmanuel, Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?, trad. H. Wizmann, in : &#338;uvres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notons que Kant ne s'interroge pas sur l'existence de disparit&#233;s sociales dans l'ordre politique et l'ordre culturel &#8211; la dimension &#233;conomique n'&#233;tant pas ici envisag&#233;e &#8211; puisque la r&#233;ponse est d'&#233;vidence. Il s'attache &#224; saisir les raisons d'une situation qui lui para&#238;t d'autant moins acceptable qu'elle n'est aucunement naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'on admet, depuis Descartes au moins, que les structures de l'esprit sont les m&#234;mes en chacun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son Discours de la m&#233;thode Descartes notait d&#233;j&#224; que &#171; le bon sens est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la minorit&#233;, qu'il faut comprendre comme un &#233;tat de tutelle c'est-&#224;-dire comme &#171; l'incapacit&#233; de se servir de son propre entendement sans &#234;tre dirig&#233; par un autre &#187;, ne peut relever d'un d&#233;faut de capacit&#233;. Elle tient, assure Kant, &#224; deux traits de caract&#232;re que sont la paresse et la l&#226;chet&#233;, &#224; savoir le manque de courage devant l'effort et devant le danger. &#192; bien y regarder, cette vue est moins aristocratique qu'il n'y para&#238;t. Certes, Kant souligne que les mineurs sont eux-m&#234;mes responsables de leur condition dans la mesure o&#249; ils manquent de r&#233;solution, mais ceux qui les dirigent ne sont pas d&#233;douan&#233;s pour autant puisque le texte d&#233;monte la mystification qu'ils op&#232;rent : ils abrutissent les individus qu'ils entendent guider pour mieux leur faire admettre que l'&#233;mancipation est risqu&#233;e. Or si &#171; le pas qui conduit &#224; la majorit&#233; &#187; est effectivement &#171; p&#233;nible &#187;, puisqu'elle requiert une ouverture d'esprit supposant un changement d'habitudes, il n'est pas vrai qu'il soit dangereux comme &#171; la plupart des hommes finissent par [le] consid&#233;rer &#187;. Prenant acte de l'efficacit&#233; de la manipulation des tuteurs, Kant reconna&#238;t alors qu'il est &#171; difficile pour l'individu de s'arracher tout seul &#224; la minorit&#233;, devenue pour lui presque un &#233;tat naturel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tonalit&#233; pessimiste de ce propos se trouve corrig&#233;e par la suite du texte, qui insiste sur la dimension collective du mouvement &#233;mancipatoire que repr&#233;sentent les Lumi&#232;res. Loin de relever d'un simple exercice solitaire de l'esprit, celles-ci doivent &#234;tre envisag&#233;es comme une dynamique li&#233;e &#224; la publicit&#233;, c'est-&#224;-dire au d&#233;bat public support&#233; par la presse. La libert&#233; d'expression et de communication des opinions permet, en effet, la diffusion des positions d&#233;fendues par les plus &#233;clair&#233;s, ceux qui, &#171; apr&#232;s avoir secou&#233; personnellement le joug de leur propre minorit&#233;, r&#233;pandront autour d'eux un &#233;tat d'esprit o&#249; la valeur de chaque homme et sa vocation &#224; penser par soi-m&#234;me seront estim&#233;es raisonnablement &#187;. Ainsi, comme Kant le souligne ailleurs, gr&#226;ce au progr&#232;s des Lumi&#232;res, &#171; commence &#224; se fonder une fa&#231;on de penser qui peut avec le temps transformer la grossi&#232;re disposition naturelle au discernement moral en principes pratiques d&#233;termin&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant Emmanuel, Id&#233;e d'une histoire universelle d'un point de vue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'il suppose une attitude r&#233;solue de la part de certains, le processus d'&#233;mancipation que repr&#233;sentent les Lumi&#232;res ne saurait donc se comprendre comme d&#233;pendant d'une simple &#233;thique individuelle : il r&#233;sulte bien de l'affirmation d'un espace public de discussion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas sans raison si Habermas, auteur d'une th&#232;se sur l'espace (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kant pense en effet que la libert&#233; se conditionne elle-m&#234;me et qu'une fois affirm&#233;e, elle ne peut que s'imposer davantage ; ce pourquoi il insiste sur le fait que &#171; l'usage &lt;i&gt;public&lt;/i&gt; de la raison doit toujours &#234;tre libre &#187; : &#171; lui seul peut r&#233;pandre les Lumi&#232;res parmi les hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans la mesure o&#249; cet usage public de la raison consiste, pour un citoyen, &#224; communiquer les raisons qui le poussent &#224; critiquer l'ordre social ou les opinions de son temps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; J'entends par usage public de notre raison celui que l'on en fait comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on per&#231;oit qu'il suppose un ordre politique &#233;clair&#233;. Il y a donc ici un cercle vicieux, que Kant rep&#232;re parfaitement, puisque la pens&#233;e libre de tout pr&#233;jug&#233;, qui est le seul fondement possible d'une constitution libre, ne s'affirme que dans et par un espace public de discussion. Autrement dit, alors qu'une r&#233;publique n'est envisageable que par des individus majeurs ou des citoyens responsables, elle est n&#233;cessaire &#224; l'&#233;ducation de ces derniers. Assurant qu'&#171; un public ne peut qu'acc&#233;der que lentement aux lumi&#232;res &#187;, il indique que sortir de ce cercle suppose un temps long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont Kant pense le rapport majorit&#233; / minorit&#233; rel&#232;ve donc &#224; la fois d'un discours critique qui d&#233;nonce un certain type de rapport social maintenant sous tutelle une grande partie des hommes, et d'une indication quant au devenir de cette situation. Aussi inscrit-il clairement sa r&#233;flexion dans une perspective historique permettant de saisir l'&#233;volution morale de l'homme qui doit le conduire &#224; atteindre &#171; une soci&#233;t&#233; civile administrant universellement le droit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant Emmanuel, Id&#233;e d'une histoire universelle d'un point de vue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce qui lui permet de souligner, dans la derni&#232;re partie de son texte, que son temps n'est pas encore vraiment &#233;clair&#233;, &#233;tant plut&#244;t celui d'&#171; une &#233;poque de &lt;i&gt;propagation des lumi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Des espoirs d&#233;&#231;us&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble inutile d'insister sur le fait que l'histoire a largement d&#233;menti les espoirs de Kant. Certains l'ont vite pressenti du reste, comme Tocqueville qui s'inqui&#233;tait du fait que la libert&#233; ne retourne en servitude en raison du r&#232;gne de l'opinion : &#171; En Am&#233;rique, la majorit&#233; trace un cercle formidable autour de la pens&#233;e. Au-dedans de ces limites, l'&#233;crivain est libre ; mais malheur &#224; lui s'il ose en sortir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tocqueville Alexis (de), De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique, I, 2, Chap. V, XIV : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, comme le remarque Claude Lefort, &#171; un &#233;crivain qui a cru pouvoir exprimer librement ses id&#233;es suscite, plus que la critique, une exclusion telle que, priv&#233; de la mesure de son opposition, il perd jusqu'au d&#233;sir de penser par lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort Claude, La croyance en politique, in : Le temps pr&#233;sent, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me Edgard Quinet a-t-il &#233;prouv&#233; le risque de ce qu'il nomme &#171; le ph&#233;nom&#232;ne de l'engourdissement de l'esprit &#187;, le conduisant &#224; chercher &#171; par quelle transformation un peuple peut &#234;tre conduit &#224; renoncer &#224; penser &#187;. Il fut alors amen&#233; &#224; d&#233;noncer le sophisme comme &#171; premi&#232;re alt&#233;ration de l'intelligence &#187; : &#171; La pens&#233;e n'est plus autoris&#233;e &#224; se produire qu'&#224; la condition de soumettre &#224; des maximes impos&#233;es. Plut&#244;t que de se taire et de s'&#233;vanouir, elle fait un effort immense pour se plier &#224; cette servitude. Elle se d&#233;forme, se d&#233;prave dans cet effort ; &#224; la fin elle y p&#233;rit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quinet Edgard, La R&#233;volution, Livre XXIV, chap. 3. Ouvrage consultable en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lefort, qui mentionne ce texte, assure qu'&#171; en un sens, Quinet s'avance plus loin que Tocqueville &#187;. C'est qu'il consid&#232;re le conformisme, &#171; non seulement comme un caract&#232;re de la masse, mais aussi comme une caract&#233;ristique des cercles intellectuels qui cherchent &#224; s'en distinguer &#187;, et s'en prend ainsi tout &#224; la fois &#224; &#171; la croyance qui s'investit dans un ma&#238;tre et la croyance qui s'investit dans une th&#233;orie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort Claude, La croyance en politique, op. cit., p. 899.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile ici de ne pas penser aux remarques de Castoriadis concernant l'&#233;tat d'esprit qui r&#233;gnait en France au lendemain de Mai 68, notamment chez les militants. Il d&#233;non&#231;ait fermement &#171; la confusion id&#233;ologique sans pr&#233;c&#233;dent qui a suivi les &#233;v&#233;nements, &#8211; o&#249; l'on a vu des gens se r&#233;clamer de Mao au nom d'id&#233;es qui les feraient fusiller s&#233;ance tenante s'ils se trouvaient en Chine, cependant que d'autres &#233;veill&#233;s &#224; la vie politique par le mouvement essentiellement antibureaucratique de Mai allaient vers les micro-bureaucraties trotkistes &#187;. S'interrogeant sur la port&#233;e de ce qui ne devait pas &#234;tre compris comme &#171; un ph&#233;nom&#232;ne simplement conjoncturel &#187;, Castoriadis y voyait le signe de ce que &#171; la vis&#233;e, volont&#233;, d&#233;sir de v&#233;rit&#233;, telle que nous l'avons connue depuis vingt-cinq si&#232;cles, est une plante historique &#224; la fois vivace et fragile &#187; dont la survie n'est en rien assur&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castoriadis Cornelius, La Soci&#233;t&#233; bureaucratique, Paris, Bourgois, 1990. p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une telle consid&#233;ration, &#233;nonc&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1970, ne surprendra que ceux qui n'ont pas vraiment pris la mesure de ce que fut le totalitarisme, lequel n'a pu exister qu'en raison d'une adh&#233;sion aveugle &#224; un chef ou &#224; un parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapportant une sc&#232;ne de &lt;i&gt;L'Archipel du Goulag&lt;/i&gt; qui manifeste comment des cadres du r&#233;gime, victimes des purges staliniennes, ne pouvaient admettre la r&#233;alit&#233; de ces derni&#232;res et continuaient de v&#233;n&#233;rer Staline, Lefort assure qu'elle illustre parfaitement &#171; jusqu'o&#249; peut conduire l'emportement dans la croyance en l'infaillibilit&#233; du Guide supr&#234;me ou de la th&#233;orie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort Claude, La croyance en politique, op. cit., p. 893.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ayant beaucoup m&#233;dit&#233; sur l'exp&#233;rience totalitaire, il n'h&#233;site pas &#224; parler de la &#171; foi communiste &#187;, m&#234;me si &#224; la diff&#233;rence de la foi religieuse, elle &#171; requiert la constante d&#233;monstration que ce qui arrive porte la marque d'une n&#233;cessit&#233; &#187;. Le communiste assure Lefort est un &#171; homme qui sait &#187;, mais pas d'un savoir critique bien s&#251;r : &#171; le communiste s'identifie, &#224; ses propres yeux, &#224; l'homme qui sait, en raison de son appartenance au Parti &#187;, lequel &#171; n'est responsable que devant l'histoire : ce qui signifie qu'il n'est responsable devant personne [et qu'] il n'est de critique &#224; son endroit qui puisse venir d'un autre que lui-m&#234;me &#187;, note Lefort. On comprend alors que &#171; la foi dans le Parti est la foi dans son unit&#233;, dans son indivisibilit&#233; &#187;, et que, &#171; du m&#234;me coup, elle est foi dans le dirigeant supr&#234;me qui donne figure, dans sa personne, &#224; l'unit&#233; et &#224; la volont&#233; du corps collectif &#187;. Soulignant qu'il serait vain de pr&#233;tendre rechercher ce qu'il y a de plus fondamental entre la foi dans la science, la foi dans le Parti et la foi dans le Guide, Lefort pr&#233;cise que l'on &#171; retrouve les trois composantes dans tous les r&#233;gimes totalitaires, de type communise ou fasciste, du moins dans la p&#233;riode de leur formation et de leur expansion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 894.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Force est donc de reconna&#238;tre que, deux si&#232;cles apr&#232;s Kant, les Lumi&#232;res ne sont pas venues &#224; bout de l'obscurantisme, et que la raison n'a toujours pas r&#233;ussi &#224; dominer la croyance. La question n'est toutefois pas ici de savoir si cette survivance attest&#233;e de la foi tient au fait qu'elle se trouve &#224; la racine m&#234;me de la rationalit&#233;, comme le sugg&#232;re Nietzsche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, par exemple, le &#167; 344 du Gai savoir, intitul&#233; : &#171; En quoi nous sommes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela rel&#232;ve de la m&#233;taphysique quand nous entendons nous en tenir &#224; des consid&#233;rations d'ordre social et nous interroger sur la perp&#233;tuation de l'&#233;tat d&#233;crit par Kant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous para&#238;t tout &#224; fait remarquable, qu'alors m&#234;me qu'il stipule &#224; trois reprises que les &#171; mineurs &#187; sont eux-m&#234;mes responsables de l'&#233;tat de tutelle dans lequel ils se trouvent, Kant ne fasse nullement mention de l'id&#233;e de &#171; servitude volontaire &#187; avanc&#233;e par La Bo&#233;tie vers 1550. C'est que, malgr&#233; les apparences, ce dernier dit tout autre chose que l'auteur de &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?&lt;/i&gt;, mais qui pourrait bien rendre compte de ce que Kant &#233;choue &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) Le d&#233;sir de l'Un&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par rappeler avec Lefort que &#171; l'&#233;nigme que cherche &#224; sonder La Bo&#233;tie est celle du renversement de la libert&#233; en servitude &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort Claude, La croyance en politique, op. cit., p. 900.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il ne se demande donc pas simplement pourquoi tant d'hommes &#171; restent volontiers leur vie durant mineurs &#187;, mais &#171; comment il peut se faire que tant d'hommes, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un Tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent &#187;. Ce qui ne laisse d'&#233;tonner La Bo&#233;tie, &#171; c'est de voir des millions de millions d'hommes, mis&#233;rablement asservis, et soumis t&#234;te baiss&#233;e, &#224; un joug d&#233;plorable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bo&#233;tie Etienne (de), Le discours de la servitude volontaire, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors m&#234;me qu'ils n'y sont nullement contraints. Le nombre m&#234;me d'individus en cause interdit de penser que leur soumission d&#233;pend de leur l&#226;chet&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce n'est pas seulement couardise, elle ne va pas jusque-l&#224; &#187; (Id, p. 177).&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d'autant qu'ils sont capables de braver &#171; &#224; chaque instant la mort &#187; dans une guerre au service de leur prince&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 181.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce point est d'importance dans la mesure o&#249; il manifeste l'originalit&#233; des vues de La Bo&#233;tie, pour qui la soumission &#224; un ma&#238;tre n'est pas le fait de la peur de la mort comme diront chacun &#224; leur mani&#232;re Hobbes et Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi donc sacrifient les hommes en se soumettant ? Non &#224; un ma&#238;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'autant que loin d'&#234;tre un Hercule ou un Samson, il est souvent &#171; le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais &#224; ce qu'il repr&#233;sente &#224; leur yeux. S'ils c&#232;dent &#224; un tyran, c'est &#171; qu'ils sont fascin&#233;s et, pour ainsi dire ensorcel&#233;s par le seul nom d'&lt;i&gt;un&lt;/i&gt; qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 175.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lefort, qui souligne justement que &#171; le corps du prince, du tyran, d&#233;limit&#233; comme le corps de chaque homme, n'est pas vu tel qu'il appara&#238;t &#187;, et que &#171; le peuple projette au-dessus de lui-m&#234;me un corps immense, un corps qui voit tout, poss&#232;de le don de l'ubiquit&#233; et d&#233;tient la toute-puissance &#187;, se demander si ce corps n'est pas &#171; le corps imaginaire du peuple dans lequel se condense toutes les forces des individus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort Claude, La croyance en politique, op. cit., p. 903.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous percevons que l'attrait de l'Un proc&#232;de d'un fantasme de toute puissance, lequel s'affirme encore, une fois que le ma&#238;tre s'est impos&#233;, par une volont&#233; d'identification &#224; lui. Ce que Lefort indique clairement en signalant que &#171; La Bo&#233;tie d&#233;voile successivement deux ph&#233;nom&#232;nes : d'une part l'enchantement que procure le nom d'un et qui implique la soumission ; d'autre part l'identification de proche en proche &#224; qui repr&#233;sente ce nom et la volont&#233; d'imprimer sa volont&#233; aux autres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id., p. 904.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La remarque est importante en ce qu'elle restitue la port&#233;e v&#233;ritable de l'analyse, laquelle tient &#224; sa dimension politique. C'est en effet le peuple qui est essentiellement en cause comme il appara&#238;t &#224; la lecture du &lt;i&gt;Discours sur la servitude volontaire&lt;/i&gt;, qui assure que ce sont &#171; les peuples qui se laissent, ou plut&#244;t se font garrotter, puisqu'en refusant de servir, ils briseraient leurs liens &#187;, que &#171; c'est le peuple qui s'assujettit et se coupe la gorge : qui, pouvant choisir d'&#234;tre sujet ou libre, repousse la libert&#233; et prend le joug, qui consent &#224; son mal ou plut&#244;t le pourchasse &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le discours de la servitude volontaire, op. cit., p. 179.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profondeur de la pens&#233;e s'exprime ici pleinement, et ce n'est pas sans raison si Lefort la salue en demandant &#171; quel g&#233;nie l'inspire, La Bo&#233;tie, qui lui donne vue sur le pass&#233; le plus lointain et sur notre si&#232;cle peupl&#233; par des &lt;i&gt;&#233;gocrates&lt;/i&gt; (suivant le mot de Soljenitsyne) et les cohortes de leurs serviteurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais peut-&#234;tre est-elle si profonde qu'il fallait la retrouver depuis notre &#233;poque marqu&#233;e par l'exp&#233;rience totalitaire pour en saisir la v&#233;ritable port&#233;e. Pourquoi sinon Kant ne lui a-t-il pas pr&#234;t&#233; l'attention qu'elle m&#233;rite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi Lefort per&#231;oit le totalitarisme comme &#171; le fait majeur de notre temps, posant une &#233;nigme qui appelle &#224; r&#233;examiner la gen&#232;se des soci&#233;t&#233;s politiques &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort Claude, L'invention d&#233;mocratique, Paris, Le livre de poche, 1983, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; nous pouvons &#233;galement envisager que tout en pr&#233;tendant &#224; bon droit r&#233;fl&#233;chir sur son temps, Kant n'en a pas saisi la sp&#233;cificit&#233; : celle-ci ne tient de la pens&#233;e critique, mais d'une transformation bien plus profonde affectant la repr&#233;sentation que la soci&#233;t&#233; a d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. L'ind&#233;termination de la soci&#233;t&#233; moderne &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous venons de le voir, Lefort est assur&#233; &#171; qu'on ne saurait faire un pas dans la connaissance politique de notre temps sans s'interroger sur le totalitarisme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ID, p. 11.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il d&#233;clare, en outre, que ce dernier ne s'&#233;claire &#171; qu'&#224; la condition de saisir la relation qu'il entretient avec la d&#233;mocratie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ID, p. 178.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, laquelle &#224; son tour ne se comprend &#171; qu'&#224; se souvenir de ce que fut le syst&#232;me monarchique sous l'Ancien R&#233;gime &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 27. La conclusion qu'il en tire est bien connue : la d&#233;mocratie est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes ainsi conduits &#224; op&#233;rer une comparaison successive de trois types de &lt;i&gt;r&#233;gimes&lt;/i&gt;. C'est dire qu'il convient de reconna&#238;tre sa pleine dimension &#224; l'ordre politique, que Lefort refuse de rapporter, d'une mani&#232;re ou d'une autre, &#224; l'ordre &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que tr&#232;s t&#244;t, et en plein accord avec Castoriadis, il contesta l'analyse que Trotsky avait propos&#233; de la bureaucratie dont l'enjeu &#233;tait autant politique que th&#233;orique. L'auteur de &lt;i&gt;La r&#233;volution permanente&lt;/i&gt; soutenait en effet que la nationalisation des moyens de production repr&#233;sentait un acquis incontestable de la r&#233;volution, qui justifiait que l'on d&#233;fendit l'URSS dans un contexte d'une guerre l'opposant &#224; l'imp&#233;rialisme capitaliste. Ce faisant, il refusait de voir dans la bureaucratie stalinienne l'&#233;mergence d'une nouvelle classe sociale pour la r&#233;duire &#224; une simple couche parasitaire appel&#233;e &#224; dispara&#238;tre avec la reprise de la dynamique r&#233;volutionnaire. L'important pour notre propos est le d&#233;ni de l'ordre symbolique &#224; l'&#339;uvre dans cette approche, laquelle continue &#224; postuler que l'ordre politique doit &#234;tre per&#231;u comme une superstructure dont le fondement v&#233;ritable se situerait au niveau &#233;conomique : quelle que soit l'autonomie &lt;i&gt;relative&lt;/i&gt; qu'on lui accorde, on refuse de l'envisager comme proc&#233;dant de lui-m&#234;me pour le rapporter &#224; un niveau &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;, duquel il rel&#232;verait. Une telle vue manifeste clairement le souci d'&lt;i&gt;objectiver&lt;/i&gt; la soci&#233;t&#233;, d'en proposer une approche scientifique, puisque &#171; l'&#233;tat social s'av&#232;re en derni&#232;re analyse une combinaison de termes dont l'identit&#233; [&#8230;] ne saurait faire question &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort C., Les formes de l'histoire, Paris, Gallimard, coll &#171; Folio &#187;, 2000, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'encontre d'un tel positivisme, Lefort nous enjoint de reconna&#238;tre que &#171; l'humanit&#233; s'ouvre &#224; elle-m&#234;me en &#233;tant en prise avec une ouverture qu'elle ne fait pas &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort C., Essais sur le politique, Seuil, coll. &#171; Points &#187;, p. 288. Cit&#233; EP.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela signifie que l'acc&#232;s au social ne peut se faire qu'&#224; partir d'un ordre &lt;i&gt;symbolique&lt;/i&gt;, qu'il faut comprendre comme l'univers de significations en vertu de quoi le monde social se sp&#233;cifie. Refuser de penser que celui-ci d&#233;rive d'une source qui lui serait &#233;trang&#232;re, qu'il n'est pas le fait du divin ou l'expression directe de la nature, conduit &#224; affirmer qu'il s'auto-institue, qu'il se donne lui-m&#234;me &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt;. Cela signifie que l'institution de l'espace social repr&#233;sente l'av&#232;nement d'un monde mis en forme par l'ordre symbolique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La constitution de l'espace social, c'est la forme de la soci&#233;t&#233; &#187; (EP, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce qui se per&#231;oit ais&#233;ment d&#232;s qu'on pr&#233;cise que &#171; la notion de &lt;i&gt;mise en forme&lt;/i&gt;, implique celle d'une &lt;i&gt;mise en sens&lt;/i&gt; et d'une &lt;i&gt;mise en sc&#232;ne&lt;/i&gt; des rapports sociaux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 282.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un espace social, explique Lefort, &#171; se d&#233;ploie comme espace d'intelligibilit&#233;, s'articulant suivant un mode singulier de discrimination du r&#233;el et de l'imaginaire, du vrai et du faux, du juste et de l'injuste, du licite et de l'interdit, du normal et du pathologique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 20.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; mise en sens &#187; d&#233;signe ainsi un certain ordonnancement de significations qui, pour chacun, commande le rapport &#224; soi et au monde. Quant &#224; l'id&#233;e de &#171; mise en sc&#232;ne &#187;, elle sugg&#232;re que la soci&#233;t&#233; s'&lt;i&gt;identifie&lt;/i&gt; &#224; travers une image ou une repr&#233;sentation &#8211; une &#171; quasi-repr&#233;sentation &#187; comme dit Lefort pour souligner qu'elle ne peut s'objectiver &#8211; qu'elle se fait d'elle-m&#234;me ; ce qui se passe &lt;i&gt;au lieu du pouvoir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons que le pouvoir tel que Lefort l'envisage n'est nullement r&#233;ductible &#224; un simple moyen. S'il poss&#232;de une dimension instrumentale, celle-ci pr&#233;suppose &lt;i&gt;toujours&lt;/i&gt; une dimension symbolique sur laquelle les d&#233;tenteurs du pouvoir ne peuvent avoir prise puisque leur compr&#233;hension d'eux-m&#234;mes et du social en d&#233;pend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que le pouvoir est &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; en ext&#233;riorit&#233; vis-&#224;-vis de la soci&#233;t&#233; et que les principes organisateurs de la soci&#233;t&#233; qui s'y manifestent ne sont de personne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : EP, p. 291.&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au lieu du pouvoir, en effet, qu'il est possible de saisir la mise &lt;i&gt;en forme&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; : il est p&#244;le symbolique qui fait qu'&lt;i&gt;une&lt;/i&gt; soci&#233;t&#233; existe, qui assume &#171; la fonction de garant de son int&#233;grit&#233; &#187;. Autrement dit, le pouvoir fournit &#224; la soci&#233;t&#233; &#171; la r&#233;f&#233;rence &#224; partir de laquelle elle se fait virtuellement visible pour elle-m&#234;me, &#224; partir de laquelle les articulations multiples deviennent d&#233;chiffrables dans un espace commun, et du m&#234;me coup, &#224; partir de laquelle les conditions de fait apparaissent au registre du r&#233;el et du l&#233;gitime &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, pp. 113-114.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est donc &#224; la fois ce qui sp&#233;cifie la soci&#233;t&#233; et qui permet son d&#233;chiffrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose au penseur du politique n'est donc pas d'&lt;i&gt;analyser&lt;/i&gt; un syst&#232;me donn&#233;, mais plut&#244;t de &lt;i&gt;d&#233;chiffrer&lt;/i&gt; les significations qui s'expriment en ce lieu sp&#233;cifique du pouvoir et qui manifestent tout &#224; la fois l'unit&#233; de la soci&#233;t&#233; et sa division interne. Ce qui suppose un travail d'interpr&#233;tation qui, partant des formes explicites et apparentes du pouvoir, doit en chercher l'origine au niveau de la matrice symbolique organisatrice, ainsi qu'un travail comparatif, afin de pas se laisser abuser par un seul type de pouvoir, qui pourrait alors facilement passer pour &#8220;naturel&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; revenu &#224; notre t&#226;che consistant &#224; saisir les mutations d'ordre symbolique ayant affect&#233; les soci&#233;t&#233;s occidentales modernes. Saisir la nature du totalitarisme suppose, disions-nous, l'intelligence de la singularit&#233; d&#233;mocratique, laquelle demande qu'on tienne bien compte de ses origines. Pour le dire autrement, il s'agit de cerner ce qui caract&#233;rise le lieu du pouvoir d&#233;mocratique et de pr&#233;ciser quel est le sens de la mutation &#224; la faveur de laquelle il advient, avant de comprendre en quoi il peut autoriser l'advenue du totalitarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) La d&#233;sincorporation du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s modernes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;merge avec les soci&#233;t&#233;s modernes, Lefort ne cesse de le r&#233;p&#233;ter, c'est &#171; la notion nouvelle du pouvoir comme lieu vide &#187;. C'est l&#224; la caract&#233;ristique essentielle du r&#233;gime d&#233;mocratique qui va de pair avec toute une s&#233;rie de conditions : d'une part, s'op&#232;re ainsi &#171; une d&#233;sintrication entre la sph&#232;re du pouvoir, la sph&#232;re de la loi et la sph&#232;re de la connaissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lefort C., D&#233;mocratie et av&#232;nement d'un lieu vide, in : Le temps pr&#233;sent, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; d'autre part s'affirme alors une soci&#233;t&#233; civile prenant conscience d'elle-m&#234;me &#224; partir de ses divisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons les choses. Dire qu'en r&#233;gime d&#233;mocratique le lieu du pouvoir est vide, c'est dire qu'il n'est pas appropriable : &#171; ceux qui exercent l'autorit&#233; politique sont d&#233;sormais de simples gouvernants, ils ne sauraient s'approprier le pouvoir, l'incorporer &#187;. Cela suppose que &#171; cet exercice est soumis &#224; la proc&#233;dure d'une remise en jeu p&#233;riodique &#187;, laquelle implique des &#233;lections qui sont &#224; comprendre comme &#171; une comp&#233;tition r&#233;gl&#233;e &#187; entre des hommes, des groupes ou des partis &#171; cens&#233;s drainer des opinions dans toute l'&#233;tendu du social &#187;. Une telle comp&#233;tition, poursuit Lefort, &#171; signifie une institutionnalisation du conflit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. N'est-ce pas l&#224; affirmer la l&#233;gitimit&#233; d'un d&#233;bat sur la meilleure fa&#231;on d'ordonner le social ? et par l&#224; m&#234;me reconna&#238;tre que celle-ci ne rel&#232;ve nullement d'un savoir positif et que personne ne saurait l'&#233;noncer de mani&#232;re d&#233;finitive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime d&#233;mocratie, parce qu'il est le r&#233;gime o&#249; le pouvoir &#171; s'av&#232;re n'&#234;tre le pouvoir de personne &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 42.&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'affirme ainsi comme le r&#233;gime de la libert&#233; ; libert&#233; qui n'est nullement comprise comme un attribut naturel mais plut&#244;t comme la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; des rapports entre individus au sein d'un espace social autorisant les conflits de valeurs et la mise en cause de l'ordre &#233;tabli. Ce qui n'est &#233;videmment le cas ni dans la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale puisque l'ordre royal est intangible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qu'aucune expression publique d'une mise en cause de la l&#233;gitimit&#233; du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ni dans les soci&#233;t&#233;s totalitaires o&#249; l'autonomie de la soci&#233;t&#233; civile vis-&#224;-vis du pouvoir est clairement refus&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ID, p. 60.&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le propre de la d&#233;mocratie, c'est que son unit&#233; s'appr&#233;hende &#224; partir de la reconnaissance de sa division.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la libert&#233; politique s'exprime, il a donc fallu que s'efface la conception monarchique du pouvoir s'appuyant sur la repr&#233;sentation d'un roi, compris comme le m&#233;diateur entre le divin et les hommes, cens&#233; garantir l'harmonie de l'ordre social en assignant &#224; chacun sa place&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, cf. ID, pp. 178-180 et EP, p. 27-28.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il a donc fallu la perte de croyance en un fondement transcendant du social et la reconnaissance que rien, dans l'&#234;tre, ne d&#233;termine la soci&#233;t&#233; &#224; prendre une forme d&#233;finie. Il est d'autant plus important d'insister sur le fait que la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique ne peut &#233;merger qu'avec la reconnaissance de l'ind&#233;termination du social, que l&#224; se trouvent les raisons de son basculement dans le totalitarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Les le&#231;ons d'une analyse du totalitarisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lefort r&#233;sume fort bien sa position quant &#224; la d&#233;mocratie en soulignant qu'elle lui appara&#238;t &#171; comme cette soci&#233;t&#233; o&#249; le pouvoir, la loi, la connaissance se trouve mis &#224; l'&#233;preuve d'une ind&#233;termination radicale, soci&#233;t&#233; th&#233;&#226;trale d'une aventure devenue imma&#238;trisable, telle que ce qui se voit institu&#233;, n'est jamais &#233;tabli, le reste connu reste min&#233; par l'inconnu [&#8230;] ; une aventure telle que la qu&#234;te de l'identit&#233; ne se d&#233;fait que par l'exp&#233;rience de la division &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ID, p. 182.&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui rel&#232;ve d'une &#233;preuve, terme auquel il faut donner tout son poids ici, c'est bien que &#171; la d&#233;mocratie s'institue et se maintient dans la dissolution des rep&#232;res de la certitude &#187;, comme il dit encore ailleurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 29.&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, non seulement la soci&#233;t&#233; ne se reconna&#238;t plus comme un &#233;l&#233;ment de la cr&#233;ation, non seulement elle ne se repr&#233;sente plus son unit&#233; comme relevant d'une totalit&#233; organique, mais aucune r&#232;gle naturelle ne la r&#233;git : s'ordonnant &#224; partir d'elle-m&#234;me, la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique refuse tout aussi bien les formes pr&#233;&#233;tablies que les formes qui se voudraient d&#233;finitives. Autant dire qu'elle ne saurait pr&#233;tendre &#234;tre une r&#233;ponse &#224; la question de la soci&#233;t&#233; juste ou bonne ; elle est en effet plut&#244;t ce qui ouvre &#224; cette question, toujours &#224; reprendre. &#171; Autrement dit, pr&#233;cise Lefort, &#224; la notion d'un r&#233;gime r&#233;gl&#233; par des lois, d'un pouvoir l&#233;gitime, la d&#233;mocratie moderne nous invite &#224; substituer celle d'un r&#233;gime fond&#233; sur la l&#233;gitimit&#233; d'un d&#233;bat sur le l&#233;gitime et l'ill&#233;gitime &#8211; d&#233;bat n&#233;cessairement sans garant ni terme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 57.&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fragilit&#233; de la d&#233;mocratie appara&#238;t ici pleinement. En effet, comme Lefort l'indique, &#171; dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les fondements de l'ordre social se d&#233;robent, o&#249; l'acquis ne porte jamais le sceau de la pleine l&#233;gitimit&#233;, o&#249; la diff&#233;rence des statuts cesse d'&#234;tre irr&#233;cusable, o&#249; le droit s'av&#232;re suspendu au discours qui l'&#233;nonce, o&#249; le pouvoir s'exerce dans la d&#233;pendance du conflit, la possibilit&#233; d'un d&#233;r&#232;glement de la logique d&#233;mocratique reste ouverte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 31.&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour peu qu'une crise fasse sentir ses effets, que les dirigeants politiques &#233;lus s'av&#232;rent incapables de manifester une hauteur de vue suffisante &#224; m&#234;me de donner forme sens et &#224; la division sociale, pour appara&#238;tre partisans, alors &#171; la r&#233;f&#233;rence &#224; un lieu vide c&#232;de devant l'image insoutenable de d'un vide effectif &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 301.&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le conflit social est v&#233;cu comme une menace pour le lien social. &#171; Dans ces situations limites, s'effectue un investissement fantastique dans les repr&#233;sentations qui fournissent l'indice d'une identit&#233; et d'une unit&#233; sociale, et s'annonce l'aventure totalitaire &#187;, assure Lefort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi le totalitarisme appara&#238;t-il en raison de la difficult&#233; des individus &#224; accepter les conflits dont l'exacerbation peut laisser craindre une destruction de l'unit&#233; de la soci&#233;t&#233; : &#171; il s'agit, d'une mani&#232;re ou d'une autre, de donner au pouvoir une r&#233;alit&#233; substantielle [&#8230;] ; de d&#233;nier la division sociale sous toutes ses formes ; de refaire &#224; la soci&#233;t&#233; un &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 301.&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insistons sur le fait que Lefort pense la gen&#232;se du totalitarisme sur fond des ambigu&#239;t&#233;s de la d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. ID, p. 29.&#034; id=&#034;nh2-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la &#171; difficile libert&#233; &#187; qu'elle impose qui devient insupportable &#224; beaucoup : l'individu moderne &#171; est vou&#233;, &#233;crit Lefort, &#224; demeurer sourdement travaill&#233; par l'incertitude &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EP, p. 214. Dans une p&#233;riode de crise, les individus d&#233;mocratiques peuvent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette incertitude, relevant d'une soci&#233;t&#233; &#171; insaisissable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ID, p. 180.&#034; id=&#034;nh2-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et toujours en qu&#234;te de sa d&#233;finition, peut devenir insupportable au point de susciter un d&#233;sir d'ordre religieux si l'on entend par l&#224; le d&#233;sir d'unit&#233;. Dans la mesure o&#249; la religion a fondamentalement la forme de l'&lt;i&gt;Un&lt;/i&gt;, on peut comprendre, aussi paradoxal que cela paraisse, qu'elle se soit &#171; r&#233;v&#233;l&#233;e capable de survivre &#224; la destruction de ses instruments explicites &#187; pour &#171; hanter les esprits les plus [&#8230;] antireligieux &#224; travers tout le XIXe et jusque durant le premier XXe si&#232;cle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gauchet M. La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me, Paris, Gallimard, coll. &#171; Tel &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cette analyse, il semble bien que la paresse et la l&#226;chet&#233; ne suffisent aucunement &#224; rendre compte de l'&#233;tat de minorit&#233; o&#249; beaucoup se tiennent encore. A moins d'entendre par l&#226;chet&#233; l'incapacit&#233; &#224; supporter l'ind&#233;termination fonci&#232;re du social et les conflits que celle-ci suscite quant aux valeurs ; ce qui conduit &#224; r&#233;orienter l'approche du texte de Kant dans le sillage de la lecture qu'en a propos&#233;e Michel Foucault.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Autonomie et finitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;clair&#233;e par l'analyse de Lefort, la d&#233;mocratie s'est av&#233;r&#233;e un r&#233;gime ouvrant &#224; une interrogation sans fin quant &#224; son ordre, imposant donc aux individus une remise en cause permanente de leur approche de ce qui est juste ou non, de ce qu'il convient de d&#233;fendre et de ce qu'il faut &#233;viter. Ce qui pousse &#224; entendre la devise des Lumi&#232;res, qui demande &#224; chacun d'avoir le courage de penser par lui-m&#234;me, comme une exigence d'ordre pratique d&#233;gag&#233;e de toute perspective t&#233;l&#233;ologique ; cela m&#234;me que propose la lecture foucaldienne de &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) La modernit&#233; comme attitude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de cette lecture, avanc&#233;e &#224; diff&#233;rentes reprises par Foucault, tient &#224; son angle d'approche. Ne tenant gu&#232;re compte du point de vue t&#233;l&#233;ologique, dont nous avons soulign&#233; la pr&#233;sence &#224; l'arri&#232;re-plan du texte kantien, il insiste sur l'id&#233;e que l'interrogation qui s'y d&#233;ploie vise le temps pr&#233;sent de l'auteur : elle porte sur l'actualit&#233; afin d'en d&#233;gager la sp&#233;cificit&#233;. Avec Kant, la philosophie interroge son actualit&#233; &#171; comme un &#233;v&#233;nement dont elle a &#224; dire le sens, la valeur, la singularit&#233; philosophiques, et dans lequel elle a &#224; trouver sa propre raison d'&#234;tre et le fondement de ce qu'elle dit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault M., Le gouvernement de soi et des autres. Cours au Coll&#232;ge de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire que la question des Lumi&#232;res est alors per&#231;ue comme d&#233;tach&#233;e de toute tentative de p&#233;riodisation. Il faut certes convenir qu'elles repr&#233;sentent un &#233;v&#233;nement historique, mais c'est parce qu'elles inaugurent une interrogation nouvelle qui met le philosophe en demeure de pr&#233;ciser son appartenance en propre &#224; un monde d&#233;fini duquel il ne saurait s'extraire. La philosophie devient ainsi une &#171; surface d'&#233;mergence de l'actualit&#233; &#187;, une interrogation portant tout &#224; la fois &#171; sur le sens philosophique de l'actualit&#233; &#187; &#224; laquelle le penseur appartient, et sur le &#171; nous &#187; auquel il est rattach&#233; et &#224; l'&#233;gard duquel il doit se situer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous voyons que la question ne porte pas sur la relation du pr&#233;sent au pass&#233;, qu'elle ne s'inscrit pas &#171; dans un axe longitudinal aux Anciens &#187; avec lesquels les Modernes devraient se mesurer, mais &#171; dans ce qu'on pourrait appeler un rapport sagittal &#187; au temps pr&#233;sent ; ce qui signifie une reprise, par la philosophie, de sa propre actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Kant, qui se sait contemporain des Lumi&#232;res dont la devise manifeste l'exigence pour l'individu de penser par lui-m&#234;me, la modernit&#233; ne d&#233;signe donc plus une p&#233;riode, mais bien une interrogation. &#192; suivre Foucault, on est amen&#233; &#224; reconna&#238;tre que s'inaugure l&#224; une nouvelle approche de la modernit&#233; comme &lt;i&gt;attitude&lt;/i&gt;. Il faut comprendre que la r&#233;flexion kantienne ne rel&#232;ve pas ici d'une &#171; analytique de la v&#233;rit&#233; &#187;, visant &#224; d&#233;finir les conditions de possibilit&#233; d'une connaissance assur&#233;e, mais bien plut&#244;t d'une &#171; ontologie de l'actualit&#233; &#187; engageant un rapport &#224; soi dans la conscience de son inscription dans un temps d&#233;termin&#233;. Cela rel&#232;ve d'une attitude critique qui ne s'entend plus comme visant &#224; pr&#233;ciser les limites assign&#233;es &#224; l'esprit humain en qu&#234;te de savoir, mais qui permet un nouveau rapport &#224; soi comme sujet autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension pratique de l'attitude de modernit&#233; que Foucault d&#233;c&#232;le chez Kant la rend pr&#233;cieuse pour ce qui nous occupe : l'accession &#224; la majorit&#233; comprise comme capacit&#233; &#224; accepter l'ind&#233;termination fonci&#232;re du social, seule mani&#232;re comme nous savons de garantir la libert&#233;. Il nous semble toutefois qu'elle n'est pas suffisante dans la mesure o&#249; elle ne tient pas vraiment compte de la dimension collective, ou qu'elle le fait selon une orientation difficile &#224; suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Capter le pr&#233;sent dans ce qu'il est&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de son analyse de Kant, Foucault envisage la critique &#224; partir d'une approche historique qui la relie &#224; la question de la &#171; gouvernementalisation &#187;, caract&#233;ristique selon lui &#171; de ces soci&#233;t&#233;s de l'Occident europ&#233;en au XVI&#232;me si&#232;cle &#187;. Elle s'exprime alors, &#224; partir d'une &#171; grande inqui&#233;tude autour de la mani&#232;re de gouverner &#187;, comme &#171; l'art de n'&#234;tre pas tellement gouvern&#233; &#187;. Il faut comprendre que la critique est un jeu avec les arts de gouverner desquels elle est &#224; la fois &#171; partenaire et adversaire &#187; : elle est ainsi une &#171; mani&#232;re de s'en m&#233;fier, de les r&#233;cuser, de les limiter, de leur trouver une juste mesure, de les transformer, de chercher &#224; &#233;chapper &#224; ces arts de gouverner ou, en tout cas, &#224; les d&#233;placer, au titre de r&#233;ticence essentielle &#187; ; mani&#232;re qui est &#171; aussi et par l&#224; m&#234;me &#187; une &#171; ligne de d&#233;veloppement des arts de gouverner &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault M ., Qu'est-ce que la critique ? Critique et Aufkl&#228;rung, Bulletin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Foucault fait donc de la critique un art de &#171; contre-conduite &#187; par quoi les individus t&#233;moignent de leur r&#233;sistance, de leur insoumission, de leur volont&#233; d'&#233;chapper &#224; la conduite des autres, de d&#233;finir une mani&#232;re de se conduire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault M., S&#233;curit&#233;, territoire, populations. Cours au Coll&#232;ge de France. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que cette approche ne tient aucun compte de la dimension symbolique du pouvoir : elle reste sur un m&#234;me plan, articulant la critique &#224; ce quoi elle s'oppose ou se d&#233;marque. Pour Foucault, la r&#233;sistance, qui &#171; n'est jamais en position d'ext&#233;riorit&#233; par rapport au pouvoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault M., La volont&#233; de savoir, op. cit., p. 126.&#034; id=&#034;nh2-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, s'envisage dans l'immanence pure de la vie. Comment est-il possible d&#232;s lors d'&#234;tre moderne au sens o&#249; il l'entend &#224; partir de sa lecture de Kant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tentant de pr&#233;ciser l'attitude moderne, Foucault assure qu'elle ne conduit pas &#224; suivre et &#224; adh&#233;rer au moment pr&#233;sent, comme fait la mode, mais suppose bien plut&#244;t de cerner, dans ce pr&#233;sent, ce qui en quelque fa&#231;on le d&#233;passe : &#171; volontaire, difficile &#187;, elle &#171; consiste &#224; ressaisir quelque chose d'&#233;ternel qui n'est pas au-del&#224; de l'instant pr&#233;sent, ni derri&#232;re lui, mais en lui &#187;. Cela ne signifie nullement &#171; sacraliser l'instant qui passe pour essayer de le maintenir ou de le perp&#233;tuer &#187; : &#171; Pour l'attitude de modernit&#233;, la haute valeur du pr&#233;sent est indissociable de l'acharnement &#224; l'imaginer, &#224; l'imaginer autrement qu'il n'est et &#224; le transformer non pas en le d&#233;truisant, mais en le captant dans ce qu'il est &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault M., What is Enligthenment ?, texte consultable en ligne &#224; l'adresse :&#034; id=&#034;nh2-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais comment comprendre cet acharnement &#224; imaginer &lt;i&gt;autrement&lt;/i&gt;, dont Foucault fait &#233;tat ? Ne suppose-t-il pas &#171; l'instauration d'une distance avec ce qui est, laquelle implique la conqu&#234;te d'un point de vue au-del&#224; du donn&#233; &#187;, comme dit Castoriadis ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castoriadis C., Le Monde morcel&#233;. Les Carrefours du labyrinthe 3, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprenons bien que ce point de vue au-del&#224; du donn&#233;, ne renvoie &#224; aucun &#8220;ailleurs&#8221; : il est ce qui, &lt;i&gt;dans le pr&#233;sent&lt;/i&gt;, le transcende ; il est cet &#233;ternel dans l'instant comme dit Foucault&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;What is Enligthenment ?, op. cit.&#034; id=&#034;nh2-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'emploi du m&#234;me terme &#171; au-del&#224; &#187; ne doit pas nous &#233;garer : le point de vue dont Castoriadis parle est bien &#171; au-del&#224; du donn&#233; &#187; sans &#234;tre &#171; au-del&#224; de l'instant &#187; ; c'est bien pourquoi il permet d'imaginer le pr&#233;sent autrement qu'il n'est. Ce qu'&#233;voque Castoriadis rel&#232;ve d'une signification &#233;manant du social et qui le structure, mais qui, comme le pouvoir selon Lefort, est comme en ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; lui. Ce que Lefort pense comme symbolique, Castoriadis le r&#233;f&#232;re &#224; une dimension imaginaire pour des raisons qui ne peuvent &#234;tre expos&#233;es ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous nous permettons de renvoyer &#224; : Caumi&#232;res P., Castoriadis. Le projet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'important est de pr&#233;ciser que, pareillement &#224; l'ordre symbolique &#233;voqu&#233; par Lefort, cet imaginaire, qui structure le social, &#233;chappe &#224; notre emprise : il est la dimension &lt;i&gt;instituante&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; comprise comme collectif anonyme. Instituer une soci&#233;t&#233;, c'est lui fournir des significations imaginaires qui lui donnent sa coh&#233;rence et permettent de la d&#233;finir comme une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re. Ces significations, qui ne sont de personne, mais d&#233;rivent de l'imaginaire social, sp&#233;cifient ce qui est juste et ce qui est injuste, indiquant par l&#224; ce qu'il convient de faire ou non et &#233;tablissant des types d'affects sous-tendant les actions qu'elles valorisent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Castoriadis C., La Mont&#233;e de l'insignifiance. Les Carrefours du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, toute action individuelle renvoie-t-elle &#224; une signification imaginaire, sans quoi elle serait impossible parce qu'impensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) L'horizon d'un monde commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous commen&#231;ons &#224; saisir ce que Castoriadis &#233;claire, et qui n'est pas pris en compte par Foucault : capter le pr&#233;sent dans ce qu'il est, l'imaginer autrement qu'il n'est &#224; partir de lui-m&#234;me, revient &#224; rep&#233;rer ce qui en lui renvoie &#224; la signification que nous entendons promouvoir. Dans la mesure o&#249;, comme l'indique Castoriadis, les soci&#233;t&#233;s modernes sont anim&#233;es &#171; depuis des si&#232;cles par deux significations imaginaires sociales &#187;, l'une incarnant le projet d'autonomie portant les luttes pour l'&#233;mancipation ; l'autre le projet capitaliste, l'attitude critique va consister &#224; d&#233;gager ce qui, dans le pr&#233;sent, rel&#232;ve du projet d'autonomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CL 4, 90. Parlant du projet capitaliste, Castoriadis assure qu'il s'agit du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une attitude de modernit&#233; qui l'a conduit &#224; porter tant d'attention &#224; tous ces moments historiques &#8211; de la Commune de Paris &#224; Mai 1968, en passant par les conseils ouvriers &#8211; au cours desquels se sont exprim&#233;es des orientations nouvelles. M&#234;me s'ils sont brefs, ces moments manifestent la possibilit&#233; concr&#232;te d'autres rapports sociaux. Et si, vingt ans apr&#232;s les &#233;v&#233;nements hongrois de 1956, Castoriadis n'h&#233;sitait pas &#224; assurer que les quelques semaines qu'ils dur&#232;rent &#171; ne sont pas moins importantes et significatives &lt;i&gt;pour nous&lt;/i&gt; que trois mille ans de l'histoire de l'&#201;gypte pharaonique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castoriadis C., Le Contenu du socialisme, Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;dition, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est parce qu'il y voyait les ferments d'une nouvelle organisation sociale. Il se rapproche en cela d'Hannah Arendt pour qui &#171; ces quelques rares moments heureux de l'histoire &#187;, o&#249; libert&#233; et politique sont all&#233;s de pair, sont &#171; normatifs &#187; ; &#171; non que leurs formes d'organisations internes puissent &#234;tre reproduites, notait-elle, mais dans la mesure o&#249; les id&#233;es et les concepts d&#233;termin&#233;s qui se sont pleinement r&#233;alis&#233;s pendant une courte p&#233;riode d&#233;terminent aussi les &#233;poques auxquelles une exp&#233;rience du politique demeure refus&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, Qu'est-ce que la politique ?, trad. S. Courtine-Denamy, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de ces approches conduisant &#224; d&#233;gager d'un temps d&#233;fini ce qui, en lui, le transcende, tient donc dans l'affirmation d'une situation exemplaire, l'affirmation d'une orientation &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; pour nous. Cela suppose que nous soyons en mesure de reconna&#238;tre l'horizon d'un monde commun. Ainsi, l'attitude de modernit&#233;, ressaisie comme expression du projet d'autonomie, semble la seule voie pour qui entend vivre en majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous &#233;tonnions de ce que, plus de deux si&#232;cles apr&#232;s, la situation sociale envisag&#233;e par Kant n'avait gu&#232;re &#233;volu&#233;e. Nous savons maintenant qu'elle tient, pour une part essentielle, au tragique de la condition humaine ou, plus exactement, &#224; la difficult&#233; de vivre cette condition en pleine conscience. La majorit&#233;, telle que nous l'entendons, qui consiste &#224; reconna&#238;tre pleinement sa finitude, c'est-&#224;-dire &#224; se savoir mortel vivant dans un monde qui n'est tenu par aucun sens pr&#233;d&#233;termin&#233;, tout en &#233;vitant de verser dans un cynisme d&#233;sabus&#233;, est-elle envisageable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Castoriadis une telle question qui est celle de l'autonomie, revient &#224; se demander &#171; jusqu'&#224; quand l'humanit&#233; aura-t-elle besoin de se cacher l'Ab&#238;me du monde et d'elle-m&#234;me derri&#232;re des simulacres institu&#233;s ? &#187;. Il pr&#233;cisait qu'une r&#233;ponse &#171; ne pourra &#234;tre fournie, si elle l'est, que simultan&#233;ment au plan collectif et au plan individuel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Castoriadis C., Domaines de l'homme. Les Carrefours du labyrinthe 2, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en assumant la t&#226;che de saisir et de promouvoir ce qui dans notre actualit&#233; rel&#232;ve de l'aspiration &#224; l'autonomie que nous pouvons, que nous devons nous assurer que c'est &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien, nous semble-t-il, ce qui permet de voir dans la R&#233;volution Fran&#231;aise le signe d'un progr&#232;s possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Caumi&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Les Cahiers de Philom&#232;ne, n&#176;3)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kant Emmanuel, &lt;i&gt;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?&lt;/i&gt;, trad. H. Wizmann, in : &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; la Pl&#233;iade &#187;, tome 2, 1985, p. 209. Les citations &#224; suivre qui ne font pas l'objet d'un appel de note sont toutes extraites de ce m&#234;me texte (pp. 209-217 dans l'&#233;dition mentionn&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son &lt;i&gt;Discours de la m&#233;thode&lt;/i&gt; Descartes notait d&#233;j&#224; que &#171; le bon sens est la chose du monde la mieux partag&#233;e &#187; (1e partie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kant Emmanuel, &lt;i&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique&lt;/i&gt; (prop. IV), trad. L. Ferry, Paris, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt;, tome 2, op. cit., p. 192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas sans raison si Habermas, auteur d'une th&#232;se sur l'espace public, insiste sur la deuxi&#232;me partie du texte de Kant quand Foucault, lui, privil&#233;gie la premi&#232;re qui manifeste l'exigence d'un effort personnel afin de modifier son rapport &#224; l'autorit&#233;, ou plut&#244;t aux diff&#233;rentes formes qu'elle peut prendre. Sur cette double lecture de l'opuscule kantien, voir : Renault Emmanuel, &lt;i&gt;Autonomie et sortie de la minorit&#233;&lt;/i&gt;, in : Cusset Y. et Haber S. (dir.), &lt;i&gt;Habermas, Foucault. Parcours crois&#233;s, confrontations critiques&lt;/i&gt;, Paris, CNRD &#233;ditions, 2006, pp. 167-181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'entends par usage public de notre raison celui que l'on en fait comme &lt;i&gt;savant&lt;/i&gt; devant l'ensemble du public &lt;i&gt;qui lit&lt;/i&gt;. J'appelle usage priv&#233; celui que l'on a droit de faire de sa raison dans tel &lt;i&gt;poste civil&lt;/i&gt; ou fonction, qui nous est confi&#233; &#187;, pr&#233;cise Kant dans son texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kant Emmanuel, &lt;i&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique&lt;/i&gt; (prop. V), op. cit., p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tocqueville Alexis (de), &lt;i&gt;De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, I, 2, Chap. V, XIV : &#171; Du pouvoir qu'exerce la majorit&#233; en Am&#233;rique sur la pens&#233;e &#187;. L'auteur continue en pr&#233;cisant que &#171; ce n'est pas qu'il ait &#224; craindre un autodaf&#233;, mais il est en butte &#224; des d&#233;go&#251;ts de tous genres et &#224; des pers&#233;cutions de tous les jours. La carri&#232;re politique lui est ferm&#233;e : il a offens&#233; la seule puissance qui ait la facult&#233; de l'ouvrir. On lui refuse tout, jusqu'&#224; la gloire. Avant de publier ses opinions, il croyait avoir des partisans ; il lui semble qu'il n'en a plus, maintenant qu'il s'est d&#233;couvert &#224; tous ; car ceux qui le bl&#226;ment s'expriment hautement, et ceux qui pensent comme lui, sans avoir son courage, se taisent et s'&#233;loignent. Il c&#232;de, il plie enfin sous l'effort de chaque jour, et rentre dans le silence, comme s'il &#233;prouvait des remords d'avoir dit vrai &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort Claude, &lt;i&gt;La croyance en politique&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Le temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Paris, Belin, 2007, p. 898.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quinet Edgard, &lt;i&gt;La R&#233;volution&lt;/i&gt;, Livre XXIV, chap. 3. Ouvrage consultable en ligne &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://archive.org/stream/larevolution02quin&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://archive.org/stream/larevolution02quin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort Claude, &lt;i&gt;La croyance en politique&lt;/i&gt;, op. cit., p. 899.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Castoriadis Cornelius, &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; bureaucratique&lt;/i&gt;, Paris, Bourgois, 1990. p. 54. Faut-il rappeler que bien des &#171; mao&#239;stes &#187; dont il est fait ici &#233;tat avaient fr&#233;quent&#233; les &#233;coles les plus prestigieuses de France ? Parmi eux, J.C Milner qui a r&#233;cemment sign&#233; un ouvrage qui vaut d'&#234;tre lu : &lt;i&gt;L'arrogance du pr&#233;sent. Regard sur une d&#233;cennie : 1965-1975&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort Claude, &lt;i&gt;La croyance en politique&lt;/i&gt;, op. cit., p. 893.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id., p. 894.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, par exemple, le &#167; 344 du &lt;i&gt;Gai savoir&lt;/i&gt;, intitul&#233; : &#171; En quoi nous sommes, nous aussi, encore pieux &#187;, qui se conclut par ces mots : &#171; c'est sur &lt;i&gt;une foi m&#233;taphysique&lt;/i&gt; que repose encore notre foi dans la science ; chercheurs de la connaissance, impies, ennemis de la m&#233;taphysique, nous empruntons encore nous-m&#234;mes notre feu au brasier qui fut allum&#233; par une croyance mill&#233;naire, cette foi chr&#233;tienne, qui fut aussi celle de Platon, pour qui le vrai s'identifie &#224; Dieu et toute v&#233;rit&#233; est divine&#8230; Mais si cela devient de plus en plus incroyable ? si rien ne s'av&#232;re plus divin, hormis l'erreur, l'aveuglement et le mensonge ? et s'il appert que Dieu lui-m&#234;me a &#233;t&#233; notre plus long mensonge ? &#187; Nietzsche F., &lt;i&gt;Le Gai savoir&lt;/i&gt;, trad. A. Vialatte , Paris, Gallimard, coll. &#171; Folio &#187;, 1987, p. 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort Claude, &lt;i&gt;La croyance en politique&lt;/i&gt;, op. cit., p. 900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Bo&#233;tie Etienne (de), &lt;i&gt;Le discours de la servitude volontaire&lt;/i&gt;, Paris, Payot, coll. &#171; PBP &#187;, 1990. p. 174 et 175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ce n'est pas seulement couardise, elle ne va pas jusque-l&#224; &#187; (Id, p. 177).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id., p. 181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'autant que loin d'&#234;tre un Hercule ou un Samson, il est souvent &#171; le plus l&#226;che, le plus vil et le plus eff&#233;min&#233; de la nation &#187; (La Bo&#233;tie, &lt;i&gt;Le discours sur la servitude volontaire&lt;/i&gt;, op. cit., p. 176).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id., p. 175.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort Claude, &lt;i&gt;La croyance en politique&lt;/i&gt;, op. cit., p. 903.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Id., p. 904.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le discours de la servitude volontaire&lt;/i&gt;, op. cit., p. 179.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort Claude, &lt;i&gt;L'invention d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, Paris, Le livre de poche, 1983, p. 167. Cit&#233; : ID.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ID, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ID, p. 178.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 27. La conclusion qu'il en tire est bien connue : la d&#233;mocratie est le seul r&#233;gime &#171; dans lequel soit am&#233;nag&#233;e une repr&#233;sentation du pouvoir qui atteste qu'il est un &lt;i&gt;lieu vide&lt;/i&gt;, qui maintienne ainsi l'&#233;cart du symbolique et du r&#233;el. Cela par la vertu d'un discours d'o&#249; il ressort que le pouvoir n'appartient &#224; personne ; que ceux qui l'exercent ne le d&#233;tiennent pas, mieux, ne l'incarnent pas ; que l'exercice du pouvoir requiert une comp&#233;tition p&#233;riodiquement renouvel&#233;e, que l'autorit&#233; qui en a la charge se fait et se refait en cons&#233;quence de la manifestation de la volont&#233; populaire &#187; (EP., p. 291).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort C., &lt;i&gt;Les formes de l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll &#171; Folio &#187;, 2000, p. 498. Cit&#233; FH.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort C., &lt;i&gt;Essais sur le politique&lt;/i&gt;, Seuil, coll. &#171; Points &#187;, p. 288. Cit&#233; EP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La constitution de l'espace social, c'est la &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; de la soci&#233;t&#233; &#187; (EP, p. 20).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 282.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : EP, p. 291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, pp. 113-114.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lefort C., &lt;i&gt;D&#233;mocratie et av&#232;nement d'un lieu vide&lt;/i&gt;, in : &lt;i&gt;Le temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, op. cit., p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qu'aucune expression publique d'une mise en cause de la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir absolu du roi ne soit tol&#233;r&#233;e, ne signifie pas que la monarchie absolue soit le r&#232;gne de l'arbitraire : le roi est soumis &#224; un droit qui lui pr&#233;existe et auquel il doit se conformer. Il s'agit toutefois d'un droit d&#233;finissant la monarchie comme telle et, pour cette raison, ne peut faire l'objet d'un d&#233;bat public qui consisterait dans la mise en cause de la l&#233;gitimit&#233; de cet ordre. Sur ce point, cf. surtout ID, p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ID, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, cf. ID, pp. 178-180 et EP, p. 27-28.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ID, p. 182.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 301.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 301.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. ID, p. 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;EP, p. 214. Dans une p&#233;riode de crise, les individus d&#233;mocratiques peuvent s'effrayer d'un d&#233;litement et voir la restauration d'une soci&#233;t&#233;-Une comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; solution au probl&#232;me politique et social de leur temps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;ID, p. 180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gauchet M. &lt;i&gt;La d&#233;mocratie contre elle-m&#234;me&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, coll. &#171; Tel &#187;, 2002, pp. 103-104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault M., &lt;i&gt;Le gouvernement de soi et des autres. Cours au Coll&#232;ge de France. 1982-1983&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard-Seuil, 2008, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault M ., &lt;i&gt;Qu'est-ce que la critique ? Critique et Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt;, Bulletin de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise de philosophie, 84&#232;me ann&#233;e, n&#176;2, Avril-Juin 1990. Les citations &#224; venir ne faisant l'objet d'aucun appel de note sont toutes extraite de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault M., &lt;i&gt;S&#233;curit&#233;, territoire, populations. Cours au Coll&#232;ge de France. 1977-1978&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard-Seuil, 2004, p. 198.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault M., &lt;i&gt;La volont&#233; de savoir, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 126.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault M., &lt;i&gt;What is Enligthenment ?&lt;/i&gt;, texte consultable en ligne &#224; l'adresse : &lt;a href=&#034;http://foucault.info/documents/whatIsEnlightenment/foucault.whatIsEnlightenment.en.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://foucault.info/documents/whatIsEnlightenment/foucault.whatIsEnlightenment.en.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Castoriadis C., &lt;i&gt;Le Monde morcel&#233;. Les Carrefours du labyrinthe 3&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1990, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;What is Enligthenment ?&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous nous permettons de renvoyer &#224; : Caumi&#232;res P., &lt;i&gt;Castoriadis. Le projet d'autonomie&lt;/i&gt;, Paris, Michalon, coll. &#171; Le Bien commun &#187;, 2007, pp. 66-67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Castoriadis C., &lt;i&gt;La Mont&#233;e de l'insignifiance. Les Carrefours du labyrinthe 4&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1996, pp. 127-128. Cit&#233; : CL 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CL 4, 90. Parlant du projet capitaliste, Castoriadis assure qu'il s'agit du projet &#171; d'une expansion illimit&#233;e d'une pseudo-ma&#238;trise pseudo-rationnelle qui depuis longtemps a cess&#233; de concerner seulement les forces productives et l'&#233;conomie pour devenir un projet global, d'une ma&#238;trise totale des donn&#233;es physiques, biologiques, psychiques, sociales, culturelles &#187; (Ibid.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Castoriadis C., &lt;i&gt;Le Contenu du socialisme&lt;/i&gt;, Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;dition, 1979, p. 388.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;Qu'est-ce que la politique ?&lt;/i&gt;, trad. S. Courtine-Denamy, Paris, Le Seuil, 1995, p. 79-80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Castoriadis C., &lt;i&gt;Domaines de l'homme. Les Carrefours du labyrinthe 2&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1986, p. 383.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ponse &#224; Alain Brossat - pour faire suite &#224; &#171; &#8220;Droit d'informer&#8221; et exception souveraine &#187;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=799</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=799</guid>
		<dc:date>2019-04-17T08:52:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Caumi&#232;res</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Point de divergence &#187;. C'&#233;tait l'expression, volontairement ambigu&#235;, qui m'&#233;tait venue en t&#234;te &#224; la lecture du texte que vous aviez co-sign&#233; au moment de l'affaire Charlie Hebdo en r&#233;action au consensus indign&#233; qui s'&#233;tait exprim&#233; suite &#224; l'attentat dont ce journal avait &#233;t&#233; victime. Elle s'impose de nouveau une fois pris connaissance de vos propos sur la libert&#233; de la presse et l'exception souveraine concernant Mediapart. Je suis en effet globalement en accord avec ces derniers mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Point de divergence &#187;. C'&#233;tait l'expression, volontairement ambigu&#235;, qui m'&#233;tait venue en t&#234;te &#224; la lecture du texte que vous aviez co-sign&#233; au moment de l'affaire Charlie Hebdo en r&#233;action au consensus indign&#233; qui s'&#233;tait exprim&#233; suite &#224; l'attentat dont ce journal avait &#233;t&#233; victime. Elle s'impose de nouveau une fois pris connaissance de &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/droit-d-informer-et-exception&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;vos propos sur la libert&#233; de la presse et l'exception souveraine concernant &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Je suis en effet globalement en accord avec ces derniers mais jusqu'&#224; un certain point seulement &#8211; point que je vais t&#226;cher de pr&#233;ciser. Je partage sans conteste avec vous une certaine irritation face &#224; la position de redresseurs de torts ou de correcteurs des m&#339;urs comme vous dites qu'endossent les journalistes comme Plenel ou Arfi. Sont-ils pour autant justiciables de &lt;i&gt;tous&lt;/i&gt; les reproches que vous leur faites ? Les motivations sourdes de ces journalistes rel&#232;vent-elles simplement d'une volont&#233; de puissance comme dirait Nietzsche ? Mais surtout, leur travail se juge-t-il aux intentions qui l'inspirent ? Les publications du journal sont-elles r&#233;ductibles aux jeux de pouvoir que vous mentionnez justement ? On per&#231;oit le probl&#232;me, qui conduit &#224; interroger la pertinence de la g&#233;n&#233;alogie comme unique m&#233;thode d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#233;videmment en accord avec vous pour reconna&#238;tre que l'on ne peut envisager la position de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; sans tenir compte des luttes sourdes dans lesquelles elle se trouve immerg&#233;e. Je serais cependant ici plus proche de Bourdieu que de Foucault : le journal vise tout &#224; la fois &#224; contribuer &#224; l'autonomie du champ journalistique et &#224; s'affirmer comme central en son sein ; ce qui le pousse &#224; se poser comme un adversaire du pouvoir politique, mais en respectant les lois du champ (sans quoi il se trouverait discr&#233;dit&#233; en son sein). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il me semble toutefois que cela change le regard que l'on peut porter sur l'attitude de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, et c'est ici que se situe le point o&#249; je diverge avec votre position. Les points devrais-je dire, puisqu'il y en a en fait deux (mais qui rel&#232;vent d'une m&#234;me logique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe sur le fait que &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; ne viole pas la loi commune en proc&#233;dant &#224; des enregistrements pirates ou en organisant des &#233;coutes ill&#233;gales comme vous le sugg&#233;rez, mais se contente de diffuser des donn&#233;es re&#231;ues, puisque vous semblez consid&#233;rer que l&#224; n'est pas le probl&#232;me, assurant en fin de texte que les juges, comme les journalistes, visent &#171; le passage &#224; la limite qui porte la marque du pouvoir de l'exception souveraine &#187;. [Ce n'est pourtant pas sans importance dans la mesure o&#249; cela limite quelque peu l'exceptionnalit&#233; que ce journal s'accorderait &#8211; la justice, plusieurs fois saisie par des personnes mises en cause sur la base de ce proc&#233;d&#233;, n'a jamais condamn&#233; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;. Mais passons].&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une part, je ne pense pas que ce que vous dites vaille pour tous les juges (comme je ne pense pas que tous les journalistes aient la m&#234;me perception du mouvement des gilets jaunes). Cela me pousse &#224; dissocier la fonction (de juge, ou de journaliste) des individus qui l'occupent et &#224; refuser de la r&#233;duire &#224; la simple expression du pouvoir. Il me semble que la s&#233;paration des pouvoirs et l'ind&#233;pendance de la justice ne sont gu&#232;re contestables, &lt;i&gt;m&#234;me si elles ne sont que partielles&lt;/i&gt;. Pourquoi Sarkozy voulait-il supprimer les juges d'instruction, sinon parce qu'ils pas tous &lt;i&gt;tout le temps&lt;/i&gt; &#224; la botte du pouvoir ? Je rejoins ici, &lt;i&gt;mutatis mutandis&lt;/i&gt;, ce que Lefort disait des droits de l'homme au d&#233;but des ann&#233;es 1980 (m&#234;me si je trouve son analyse de la d&#233;mocratie contestable en ce qu'elle ne permet pas vraiment de critiquer les soci&#233;t&#233;s occidentales actuelles que Castoriadis caract&#233;rise plus justement d'oligarchies lib&#233;rales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui, par ailleurs, me g&#234;ne dans votre position est ce qui la rapproche de celle d'un Dupont-Moretti, lequel condamne tout autant la diffusion des conversations priv&#233;es que leur enregistrement, assur&#233; que, dans les deux cas, il s'agit de &#171; m&#233;thodes staliniennes &#187;. Ce dernier d&#233;nonce la d&#233;fense de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; pr&#233;tendant agir au nom du bien commun, accusant le journal de s'arroger ainsi le pouvoir de statuer sur ce point. Saine col&#232;re de celui qui d&#233;fend une victime de tels abus &#8211; J&#233;r&#244;me Cahuzac en l'occurrence &#8211; ou remarque qui soul&#232;ve une question plus d&#233;licate qu'il n'y para&#238;t ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne revient nullement &#224; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; de d&#233;cider de ce qu'est le bien commun, c'est un fait ; mais le pr&#233;tend-il ? Il rend public des faits qui lui paraissent relever de cet ordre (le bien commun), mais les lecteurs sont quand m&#234;me juges de l'int&#233;r&#234;t de ce qu'ils lisent, non ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous assurez pourtant que ce qui compte, c'est bien que derri&#232;re les r&#233;v&#233;lations du journal, lesquelles sont d'autant mieux accept&#233;es qu'elles paraissent servir l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, se cache des jeux de pouvoir, une volont&#233; de puissance visant une emprise croissante sur les esprits des lecteurs &#8211; comme si ces derniers n'avaient pas de capacit&#233; de jugement. (Ce qui me para&#238;t difficile &#224; soutenir en g&#233;n&#233;ral et ici en particulier du fait de ce que j'imagine &#234;tre le profil sociologique des lecteurs de ce journal). &lt;br class='autobr' /&gt;
En diriez-vous autant de ceux qu'il est convenu d'appeler des lanceurs d'alerte ? En rendant publiques des informations re&#231;ues, le journal fait-il autre chose que ce que font ces derniers ? Il est vrai que les lanceurs d'alerte sont souvent solitaires quand le journal repr&#233;sente une entit&#233; structur&#233;e dont la puissance sociale n'est pas n&#233;gligeable, mais cela change-t-il fondamentalement les choses ? Il me semble que non, puisque je consid&#232;re que la question est essentiellement d'ordre politique ; ce qui l'ouvre &#224; un d&#233;bat qui ne saurait &#234;tre tranch&#233; de mani&#232;re n&#233;cessaire et d&#233;finitive. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mettant en cause &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; au nom de principes d&#233;finis &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, votre position me semble flirter dangereusement avec la moralit&#233; au sens kantien du terme. L'histoire montre assez que l'action qui se conforme purement et simplement &#224; des principes sans consid&#233;ration du contexte o&#249; elle se d&#233;ploie peut virer au tragique. Sans revenir sur la lecture h&#233;g&#233;lienne d'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;, il suffit d'envisager un cas de conscience qui, pour le dire avec Lacan &#8211; lequel reprend sans le dire un argument de Benjamin Constant &#8211;, &#171; se pose, si je suis mis en demeure de d&#233;noncer mon prochain, mon fr&#232;re, pour des activit&#233;s qui portent atteinte &#224; la s&#233;curit&#233; de l'&#201;tat &#187; (&lt;i&gt;S&#233;minaire. L'&#233;thique de la psychanalyse&lt;/i&gt;), afin de se rendre compte que, comme l'assurait Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch, il est des cas o&#249; le mensonge rel&#232;ve du devoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
De toute mani&#232;re, l'action morale, qui ne doit tenir compte que de la repr&#233;sentation du devoir, est impossible puisque l'affect entre toujours en compte. Kant en &#233;tait du reste parfaitement conscient, lui qui assurait qu'il n'y a peut-&#234;tre jamais eu d'acte moral accompli sur terre. J'ai toujours &#233;t&#233; sensible &#224; la remarque de P&#233;guy pour qui les kantiens ont les mains pures, mais n'ont pas de mains. Si la morale kantienne peut conserver une pertinence, c'est &#224; permettre de mesurer l'&#233;cart que l'on prend avec les principes moraux. Autrement dit, l'exigence qu'elle manifeste rend la moralit&#233; kantienne impossible pour des &#234;tres humains (dont la volont&#233; n'est jamais d&#233;termin&#233;e par la seule repr&#233;sentation de la loi, mais toujours aussi par des affects), mais n'en indique pas moins un rep&#232;re pour l'action. Celle-ci rel&#232;ve du jugement de qui agit, lequel se doit d'assumer ses responsabilit&#233;s comme on dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir aux journalistes de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, ne peut-on penser qu'en publiant des documents re&#231;us, ils pensent sinc&#232;rement qu'il importe de le faire au nom de l'int&#233;r&#234;t commun ? On peut, certes, toujours dire que la dimension subjective de leur acte importe peu, que seule compte sa dimension objective, mais comment &#233;viter de verser dans une position qui fut, elle, r&#233;ellement stalinienne (cf. la condamnation Boukharine, par exemple), consistant &#224; savoir pour l'autre ? [C'est l&#224; un probl&#232;me que Lefort a fortement soulign&#233;, poussant Castoriadis qui ne voulait pas abandonner la notion d'ali&#233;nation &#224; repenser le militantisme &#8211; comment faire sans occuper la place du ma&#238;tre ?].&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci m'am&#232;ne &#224; &#233;voquer une pomme de discorde entre nous, puisque je n'h&#233;site &#224; faire r&#233;f&#233;rence aux valeurs, ce qui vous fait g&#233;n&#233;ralement sourire et vous conduit &#224; vous moquer de moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entendons-nous bien toutefois sur ce point. Quand je parle de valeur, j'entends que l'homme agit toujours selon des repr&#233;sentations indiquant ce qu'il convient de faire ou non et suscitant chez lui des affects. Il n'est donc nullement question de moralit&#233;, mais bien plut&#244;t du refus de toute forme de vitalisme. Si nous reprenons notre discussion sur ce point, il faudra donc commencer par aborder la question de savoir ce qui fondamentalement pousse un individu &#224; agir comme il le fait. Je ne suis pas insensible &#224; la pertinence de ce que l'on a nomm&#233; les pens&#233;es du soup&#231;on qui mettent au jour des dynamiques insues de l'acteur, mais ne pense pas qu'on puisse s'en tenir uniquement l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tumultes, num&#233;ro 40 (juin 2013) : Noms du peuple</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=328</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=328</guid>
		<dc:date>2013-07-24T08:35:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Caumi&#232;res</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sous la direction de Thomas Berns et Louis Carr&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s notre sens commun d&#233;mocratique, le peuple serait la source d'o&#249; proc&#232;de la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir politique. Pourtant, lorsqu'il s'agit de d&#233;finir en quoi il consiste, nous nous trouvons de suite confront&#233;s &#224; la fonci&#232;re ambigu&#239;t&#233; du terme &#171; peuple &#187; : &#171; souverain &#187;, &#171; classe &#187;, &#171; pl&#232;be &#187;, &#171; nation &#187;, &#171; population &#187; apparaissent comme autant de mani&#232;res possibles de d&#233;nommer ce sujet collectif. Le peuple semble introuvable tant ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sous la direction de Thomas Berns et Louis Carr&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s notre sens commun d&#233;mocratique, le peuple serait la source d'o&#249; proc&#232;de la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir politique. Pourtant, lorsqu'il s'agit de d&#233;finir en quoi il consiste, nous nous trouvons de suite confront&#233;s &#224; la fonci&#232;re ambigu&#239;t&#233; du terme &#171; &lt;strong&gt;peuple&lt;/strong&gt; &#187; : &#171; &lt;strong&gt;souverain&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;strong&gt;classe&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;strong&gt;pl&#232;be&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;strong&gt;nation&lt;/strong&gt; &#187;, &#171; &lt;strong&gt;population&lt;/strong&gt; &#187; apparaissent comme autant de mani&#232;res possibles de d&#233;nommer ce sujet collectif. Le peuple semble introuvable tant ses formes changent avec les noms que nous lui pr&#234;tons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce num&#233;ro interroge quelques-uns des noms du peuple afin de les faire r&#233;sonner entre eux, voire s'entrechoquer. Nommer le peuple d'une certaine fa&#231;on, c'est prendre position face &#224; d'autres nominations possibles. Confronter entre eux des noms du peuple revient alors &#224; secouer notre compr&#233;hension habituelle d'une politique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les contributions, une part belle est faite &#224; la tradition de la philosophie politique moderne (Machiavel, Hobbes, Rousseau, Siey&#232;s, Hegel, Marx) et aux d&#233;bats les plus contemporains en th&#233;orie politique (Arendt, Lefort, Castoriadis, Laclau, Balibar, Agamben). Bon nombre de th&#232;mes dits classiques n'ont en effet en rien perdu de leur actualit&#233; et, &#224; l'inverse, les enjeux les plus actuels &#233;clairent d'un nouveau jour des controverses anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;317 pages, 20 euros&lt;br class='autobr' /&gt;
ISSN 1243-549X&lt;br class='autobr' /&gt;
ISBN 978-2-84174-629-3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diffusion : &#201;ditions Kim&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233;l. : 01 42 21 30 72&lt;br class='autobr' /&gt;
kime.editions@wanadoo.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cl&#244;ture du sens, fronti&#232;res du politique</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=165</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=165</guid>
		<dc:date>2011-09-27T20:24:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Caumi&#232;res</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est &#233;tonnant de se rendre compte que la notion de fronti&#232;re, entendue comme &#171; limite s&#233;parant deux &#201;tats &#187;, est encore tr&#232;s souvent abord&#233;e suivant l'opposition binaire nature/artifice. Ainsi selon le dictionnaire Robert une fronti&#232;re peut &#234;tre, soit &#171; artificielle &#187; ou &#171; conventionnelle &#187; quand elle rel&#232;ve d'un trac&#233; arbitraire, soit &#171; naturelle &#187; lorsqu'elle est constitu&#233;e par &#171; un obstacle g&#233;ographique &#187;. On comprend alors que le m&#234;me dictionnaire d&#233;finisse la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=25" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Porto fin aout 2011&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Introduction&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tonnant de se rendre compte que la notion de fronti&#232;re, entendue comme &#171; limite s&#233;parant deux &#201;tats &#187;, est encore tr&#232;s souvent abord&#233;e suivant l'opposition binaire nature/artifice. Ainsi selon le dictionnaire Robert une fronti&#232;re peut &#234;tre, soit &#171; artificielle &#187; ou &#171; conventionnelle &#187; quand elle rel&#232;ve d'un trac&#233; arbitraire, soit &#171; naturelle &#187; lorsqu'elle est constitu&#233;e par &#171; un obstacle g&#233;ographique &#187;. On comprend alors que le m&#234;me dictionnaire d&#233;finisse la g&#233;opolitique comme &#171; l'&#233;tude des rapports entre les donn&#233;es naturelles de la g&#233;ographie et la politique des &#201;tats &#187;. Le sous-entendu est clair : la g&#233;opolitique serait une discipline &#8211; une science, pour certains &#8211; permettant la constitution d'entit&#233;s stables autorisant une paix durable. Tout irait pour le mieux dans un monde o&#249; les d&#233;mocraties lib&#233;rales s'affirment.&lt;br class='autobr' /&gt;
La question n'est pas tant de d&#233;noncer une telle approche, qui ne consid&#232;re la g&#233;ographie qu'&#224; partir des seules &#171; donn&#233;es naturelles &#187;, comme si n'existait aucune dimension culturelle ou id&#233;ologique, et r&#233;duit abusivement la politique &#224; la g&#233;opolitique, que de comprendre pourquoi elle peut-&#234;tre encore d&#233;fendue. Il semble clair que le recours &#224; la nature tend &#224; &#233;viter tout conflit concernant la reconnaissance d'une fronti&#232;re. Il faut dire que les soci&#233;t&#233;s modernes, se voulant d&#233;mocratiques, ne peuvent imposer des d&#233;cisions arbitraires et que le consensus est d'autant plus fort qu'il rel&#232;ve de la reconnaissance d'une n&#233;cessit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La fronti&#232;re appara&#238;t ainsi comme une institution d&#233;ni&#233;e qui, davantage qu'une id&#233;ologie, est comme un indice du fait que les soci&#233;t&#233;s modernes tendent &#224; soustraire un certain nombre de points au d&#233;bat public, d&#233;rogeant &#224; la dimension d&#233;mocratique dont elles se r&#233;clament. La r&#233;f&#233;rence &#224; la notion de fronti&#232;re naturelle ainsi que l'emploi du terme g&#233;opolitique au singulier conduisent donc &#224; une r&#233;flexion qui, loin de s'en tenir aux champs disciplinaires auxquels elles renvoient habituellement, engage la nature m&#234;me du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plan &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Quoique fort contestable, la notion de &#171; fronti&#232;re naturelle &#187; continue d'&#234;tre op&#233;ratoire ; c'est qu'elle manifeste une dimension de sacralit&#233; non reconnue comme telle.&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Une telle dimension, qui ne peut se comprendre comme simple id&#233;ologie, oblige &#224; reconna&#238;tre l'institution imaginaire de la soci&#233;t&#233; qui se constitue dans la cl&#244;ture du sens&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Comment peut-on penser l'autonomie politique dans de telles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. La fronti&#232;re une institution d&#233;ni&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'opposition binaire fronti&#232;res naturelles / artificielles, toujours en vigueur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Aussi &#233;trange que cela paraisse, l'usage de l'opposition binaire : fronti&#232;res naturelles / artificielles est toujours en vigueur, tant au niveau des repr&#233;sentations communes que des discours savants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les g&#233;ographes Emmanuel Gonon et Fr&#233;d&#233;ric Lasserre rel&#232;vent que le journal Le Monde a publi&#233; 115 articles utilisant l'expression &#171; fronti&#232;res artificielles &#187; de 1987 &#224; mai 2003 .&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dictionnaires juridiques reprennent &#233;galement tr&#232;s souvent cette classification, comme le Lexique des termes juridiques, publi&#233; par Dalloz, dont la seizi&#232;me &#233;dition date de 2007. On peut y lire au terme Fronti&#232;re : &#171; Fronti&#232;re &#8211; Dr. Int. Publ.- Limite du territoire d'un &#201;tat. Fronti&#232;re artificielle : celle qui consiste en une ligne id&#233;ale (parall&#232;le, ligne entre deux points d&#233;termin&#233;s). Fronti&#232;re naturelle : celle qui est form&#233;e par un accident g&#233;ographique (fleuve, lac, mer, montagne) &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette opposition se retrouve &#233;galement dans l'ouvrage d'Agn&#232;s Gautier-Audebert, Droit des relations internationales, (Paris, Vuibert, 2007), qui assure que les fronti&#232;res, &#171; d&#233;limitations juridiques entre &#201;tats &#187;, sont &#171; soit naturelles telles qu'une mer, un fleuve ou une montagne, soit articificelle et donc trac&#233;es par l'homme &#224; la suite d'accord bilat&#233;raux ou multilat&#233;raux entre &#201;tats transfrontaliers &#187;. Soulignons que Paul Quil&#232;s n'a pas h&#233;sit&#233; pas &#224; citer cet ouvrage dans un rapport d'information sur &#171; &#201;nergie et g&#233;opolitique &#187; d&#233;pos&#233; en 2006 par la Commission des Affaires &#233;trang&#232;res qu'il pr&#233;sidait .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; On a pourtant clairement montr&#233; qu'il s'agit d'une invention accompagnant le d&#233;veloppement de l'&#201;tat Nation. Michel Foucher, qui a fort bien instruit ce dossier dans son ouvrage Fronts et fronti&#232;res, rappelle que &#171; le concept de &#8220;fronti&#232;res naturelles&#8221; fut invent&#233; par les Girondins et la Convention pour l&#233;gitimer la nouvelle politique ext&#233;rieure fran&#231;aise &#187; ; politique qui visait &#224; dessiner des contours permettant de manifester que &#171; la France est un tout qui se suffit &#224; elle-m&#234;me &#187;, comme l'assurait l'Abb&#233; Gr&#233;goire en Novembre 1792. Celui-ci n'h&#233;sitait &#224; justifier cette vue en invoquant la Nature qui &#171; partout &#187; a donn&#233; &#224; la France &#171; des barri&#232;res qui la dispensent de s'agrandir &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore fallait-il reconqu&#233;rir cet espace qui lui &#233;tait naturellement destin&#233;. C'est ainsi qu'en Janvier 1793, Danton, d&#233;put&#233; de Paris &#224; la Convention, d&#233;clarait &#224; la tribune de l'Assembl&#233;e que &#171; les limites de la France sont marqu&#233;es par la nature &#187;, et qu'elles seront atteintes &#224; leurs quatre points de l'horizon &#224; &#171; l'Oc&#233;an, au Rhin, aux Alpes, aux Pyr&#233;n&#233;es &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mais comment penser que la nature s&#233;pare d'elle-m&#234;me certains peuples pour en r&#233;unir d'autres ? Qu'elle aurait dissoci&#233; les Fran&#231;ais des Anglais, des Espagnols, des Italiens ou des Allemands, tout en rapprochant les Bretons, les Occitans et les Picards. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le croire suppose de nier la disparit&#233; culturelle &#8211; d'abord linguistique &#8211; existant &#224; l'int&#233;rieur du territoire national. Il ne faut pas s'&#233;tonner si l'Abb&#233; Gr&#233;goire fut si &#171; pr&#233;occup&#233; d'an&#233;antir les patois et d'universaliser l'usage de la langue fran&#231;aise &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est inutile d'insister sur les critiques que l'on peut faire &#224; une telle g&#233;opolitique. Qu'il suffise de rappeler la formule, qui fit flor&#232;s dans la France des ann&#233;es 50 vivant mal la d&#233;colonisation, assurant que &#171; la M&#233;diterran&#233;e traverse la France comme la Seine traverse Paris &#187; !&lt;br class='autobr' /&gt;
La notion de fronti&#232;re naturelle doit &#234;tre per&#231;ue pour ce qu'elle est : une construction intellectuelle n'ayant aucune l&#233;gitimit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Les &#201;tats artificiels en d&#233;clin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; On dira toutefois que l'histoire fait son &#339;uvre, et finit par avaliser les fronti&#232;res naturelles. L'Alg&#233;rie n'a-t-elle pas acquis son ind&#233;pendance ? Et qui, aujourd'hui, &#224; Toulouse ou &#224; Amiens se r&#233;clame prioritairement Occitan ou Picard plut&#244;t que Fran&#231;ais ? Le r&#233;gionalisme ne fait plus vraiment recette, et si les langues r&#233;gionales sont enseign&#233;es &#224; l'&#233;cole de la R&#233;publique, elles ne concurrencent gu&#232;re le fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
On fera surtout remarquer les difficult&#233;s qui se posent pour les &#201;tats dont les fronti&#232;res ne peuvent aucunement &#234;tre dites naturelles, comme c'est le cas pour ceux issus de d&#233;coupages post-coloniaux . &lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition nature / artifice en mati&#232;re de fronti&#232;res g&#233;ographiques pourrait se trouver justifi&#233;e &#224; condition d'&#234;tre red&#233;finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; C'est ainsi qu'une c&#233;l&#232;bre &#233;tude de trois universitaires am&#233;ricains, publi&#233;e dans le National Bureau of Economic Research en 2006 (et revue en 2008), met en &#233;vidence la fragilit&#233; de ce que les auteurs nomment les &#201;tats artificiels en sugg&#233;rant qu'existe un lien entre le caract&#232;re naturel ou artificiel des fronti&#232;res d'un &#201;tat et son d&#233;veloppement &#233;conomique. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tude pr&#233;cise que les fronti&#232;res artificielles sont celles ayant &#233;t&#233; trac&#233;es suite &#224; des trait&#233;s internationaux, g&#233;n&#233;ralement au moment de la d&#233;colonisation par les anciens colons : ne tenant compte ni de la topographie du terrain ni du contexte social (ou ethnique), elles sont g&#233;n&#233;ralement rectilignes et partagent des groupes humains homog&#232;nes . Les fronti&#232;res naturelles, trac&#233;es par les populations autochtones, suivent, elles, les accidents du terrain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des calculs appuy&#233;s sur la th&#233;orie des fractales permettent de distinguer les deux types de fronti&#232;res : plus la figure trac&#233;e par la fronti&#232;re sera proche d'une figure fractale, moins elle sera consid&#233;r&#233;e comme artificielle . L'&#233;tude tend &#224; montrer que les d&#233;coupages artificiels limitent le d&#233;veloppement &#233;conomique : l'id&#233;e centrale avanc&#233;e &#233;tant que les &#201;tats aux fronti&#232;res artificielles ne fonctionne pas bien, qu'il n'est gu&#232;re performant&#8230; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sans gloser sur le fait que la performance dont il est ici question est d'ordre strictement &#233;conomique , il est clair que, comme le souligne la g&#233;ographe Juliet Fall, l'&#233;tude en question &#171; est bas&#233;e sur une vision t&#233;l&#233;ologique de l'histoire, illustr&#233;e par des exemples qui montrent un mouvement in&#233;vitable vers l'homog&#233;n&#233;it&#233; ethnique &#187; et la reconstitution d'&#201;tats Nations &#171; naturalis&#233;s &#187;, comme ce fut le cas suite &#224; l'implosion de l'U.R.S.S. .&lt;br class='autobr' /&gt;
La g&#233;ographe en vient ainsi &#224; d&#233;noncer &#171; un r&#233;alisme na&#239;f &#187; reposant sur la croyance selon laquelle l'espace g&#233;ographique est une donn&#233;e immuable qu'une approche scientifique permettrait de r&#233;v&#233;ler. Elle pointe &#233;galement de mani&#232;re opportune le &#171; recours &#224; un autre mythe g&#233;ographique &#187; de cette &#233;tude qui n'h&#233;site &#224; justifier le caract&#232;re rectiligne de la fronti&#232;re am&#233;rico-canadienne, qui pourrait &#234;tre un contre-exemple mettant sa th&#232;se en p&#233;ril, en assurant qu'elle fut trac&#233;e sur un territoire pratiquement d&#233;sert &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc s'&#233;tonner de l'accueil favorable r&#233;serv&#233; &#224; une telle &#233;tude, m&#234;me si la renomm&#233;e de ses auteurs n'est sans doute pas &#233;trang&#232;re au large &#233;cho qu'elle a rencontr&#233; : William Easterly (auteur d'un livre salu&#233; par A. Sen : Le fardeau de l'homme blanc) enseigne &#224; New York, les deux autres &#233;tant professeurs &#224; Harvad o&#249; A. Alesina dirigeait le d&#233;partement d'&#233;conomie. Mais, comme le remarque Juliet Fall, cet &#233;cho s'explique sans doute &#233;galement par le fait que &#171; l'&#233;tude semblait en r&#233;sonance avec l'esprit des temps, &#224; une &#233;poque o&#249; l'on pr&#233;conise volontiers le partage territorial et les divisions ethniques pour r&#233;soudre les conflits et renforcer la paix &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) La dimension sacr&#233;e de la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Sans doute correct un tel constat n'est toutefois gu&#232;re suffisant dans la mesure o&#249; il se contente de r&#233;it&#233;rer des critiques formul&#233;es de longue date. La question est plut&#244;t de comprendre pourquoi la notion de fronti&#232;re naturelle est toujours en usage, alors m&#234;me qu'elle est d&#233;nonc&#233;e depuis bien longtemps comme relevant du mythe. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;ponse &#224; cette question g&#238;t peut-&#234;tre dans la prise en compte d'un pr&#233;suppos&#233; de l'&#233;tude sur les &#201;tats artificiels que Juliet Fall ne mentionne pas et qui concerne le d&#233;sir des populations de vivre sur un territoire clairement d&#233;fini. En assurant que l'on peut dire &#171; naturelles &#187; les fronti&#232;res trac&#233;es par les habitants du territoire qu'elles d&#233;limitent, les auteurs de l'article font signe vers la question de l'autod&#233;termination des peuples ; ce qui soul&#232;ve le probl&#232;me de l'identit&#233; d'un groupe social, et par l&#224; m&#234;me celui de son origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; C'est l&#224; un point fondamental qui permet de saisir le lien que la notion de fronti&#232;re entretient avec le sacr&#233;. Faut-il le rappeler ? ce terme vient du latin &#171; sancire &#187;, qui signifie : d&#233;limiter, entourer, mais aussi interdire. De m&#234;me pour le mot sanctuaire qui d&#233;signe un espace sacr&#233;, comme le temple, qui d&#233;rive de &#171; templum &#187;, terme d&#233;signant d'abord une partie du ciel d&#233;limit&#233; par les augures pour observer et d&#233;chiffrer les messages c&#233;lestes &#8211; et qui renvoie au grec &#171; temnien &#187; signifiant d&#233;couper. Il y a un partage entre le sacr&#233; le pro-fane, ce qui se tient devant le &#171; fanum &#187;, enceinte r&#233;serv&#233;e au culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Si la fronti&#232;re est sacr&#233;e sans doute est-ce parce qu'elle a pour fonction de maintenir la coh&#233;sion d'un groupe, de &#171; faire corps &#187; comme on dit. Pas d'unit&#233; sans s&#233;paration ! Ce pourquoi une fronti&#232;re vise non seulement &#224; r&#233;guler l'entr&#233;e d'un territoire mais aussi &#8211; et surtout peut-&#234;tre &#8211; &#224; r&#233;guler les sorties ! On sait que les Romains voyaient les murs et les portes de la ville comme des choses sacr&#233;es (res sanctae).&lt;br class='autobr' /&gt;
Il suffit de prendre conscience du lien qui existe entre &#171; sacralit&#233; &#187; et &#171; s&#233;curit&#233; &#187; pour comprendre pourquoi R&#233;gis Debray assure que &#171; la plupart des peuples &#187; &#8211; &#171; ceux qui gardent leur &#226;me &#187;, pr&#233;cise-t-il &#8211; &#171; entretiennent avec leurs limites un rapport &#233;motionnel quasiment sacr&#233; &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
On commence sans doute &#224; le percevoir : la compr&#233;hension de la persistance de l'usage de l'opposition naturel / artificiel en mati&#232;re de fronti&#232;res g&#233;ographiques engage une r&#233;flexion sur la nature m&#234;me du social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. L'institution sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) Le social comme totalit&#233; irr&#233;ductible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous venons de voir que la notion de fronti&#232;re n'est pas sans rapport avec le sacr&#233;, et que l&#224; r&#233;side sans doute la raison de la croyance au mythe de son caract&#232;re naturel. C'est que la fronti&#232;re renvoie toujours aux probl&#232;mes de l'identit&#233; et de l'origine. Mais qu'est-ce que cela signifie au juste, sinon qu'il faut envisager la soci&#233;t&#233; comme une r&#233;alit&#233; propre irr&#233;ductible &#224; autre chose qu'elle-m&#234;me ?&lt;br class='autobr' /&gt;
On, comme le souligne Castoriadis, une telle vue n'a jamais &#233;t&#233; v&#233;ritablement prise en compte par les diff&#233;rentes th&#233;ories de la soci&#233;t&#233;, qui visent g&#233;n&#233;ralement &#224; r&#233;duire l'ordre social envisag&#233; aux &#234;tres qui le composent, c'est-&#224;-dire finalement &#224; l'ordre naturel, ou &#224; la rapporter &#224; un ordre social pr&#233;existant. Dans tous les cas, le caract&#232;re irr&#233;ductible du social se trouve d&#233;ni&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Cela est particuli&#232;rement &#233;vident dans l'approche marxiste qui vise &#224; d&#233;noncer la fronti&#232;re naturelle comme repr&#233;sentation id&#233;ologique ; c'est-&#224;-dire comme une repr&#233;sentation illusoire dont la v&#233;rit&#233; serait l'affirmation de l'&#201;tat Nation rendue par le d&#233;veloppement &#233;conomique qui s'imposerait comme de l'ext&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;. Ce que la th&#233;orie marxiste de l'id&#233;ologie traduit, c'est que l'ordre social est &#224; comprendre &#224; partir d'une analyse de sa &#171; base concr&#232;te &#187; ou de son &#171; infrastructure &#187; mat&#233;rielle sur quoi s'ordonneraient les &#171; superstructures &#187; sociales. Or, c'est bien ce qui fait probl&#232;me : que Marx ait cherch&#233; un &#233;l&#233;ment &#224; la base du social, un point de r&#233;el, qui ne rel&#232;verait pas du social. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi qu'il a pu avancer qu'&#224; l'origine de la division du travail se trouve la diff&#233;rence des sexes. Mais, comme le fait remarquer Claude Lefort, &#171; dans une telle perspective, le concept de division du travail renvoie lui-m&#234;me &#224; un fait brut &#187; ; ce qui &#171; d&#233;voile sans &#233;quivoque le positivisme de Marx &#187; dont &#171; la th&#232;se suppose ce qui pr&#233;cis&#233;ment &#233;chappe &#224; l'explication : un partage des sexes tel que les partenaires s'identifieraient naturellement comme diff&#233;rents, donc &#233;l&#232;veraient naturellement &#224; la r&#233;flexion cette diff&#233;rence et se repr&#233;senteraient comme homme et femme &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La question n'est pas de nier la diff&#233;rence sexuelle (qui est diff&#233;rence de fait), mais simplement de faire remarquer que, comme telle, cette diff&#233;rence ne signifie rien. Il faut comprendre que notre mani&#232;re de penser le masculin ou le f&#233;minin rel&#232;ve toujours de repr&#233;sentations sociales, et que toutes les tentatives de justifier nos vues &#224; ce sujet en assurant qu'elles expriment un ordre naturel sont proprement id&#233;ologiques : elles oublient qu'elles d&#233;pendent d'un ordre social particulier pour se pr&#233;tendre universellement valables. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les principes de s&#233;paration, de fronti&#232;re, au sein d'un ordre social donn&#233; sont toujours institu&#233;s, m&#234;me quand elles s'appuient sur des &#233;l&#233;ments de l'ordre naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Il est donc parfaitement illusoire de chercher des faits bruts &#224; la base de la soci&#233;t&#233; puisque celle-ci est un tout irr&#233;ductible, qu'elle ne d&#233;rive de rien, c'est-&#224;-dire qu'elle se cr&#233;e elle-m&#234;me, qu'elle est autocr&#233;ation, comme le sugg&#232;re Castoriadis. Point qui demande &#224; &#234;tre pr&#233;cis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) L'institution sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En parlant d'autocr&#233;ation, Castoriadis ne pr&#233;tend &#233;videmment pas que la soci&#233;t&#233; appara&#238;t dans le vide. Il sait fort bien que la soci&#233;t&#233; s'institue dans un environnement qu'elle ne cr&#233;e pas et qui peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une strate sur quoi elle &#171; s'&#233;taie &#187; ou &#171; s'appuie &#187; pour se constituer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais dans la mesure o&#249; &#171; ce sur quoi m&#234;me il y a &#233;tayage est alt&#233;r&#233; par la soci&#233;t&#233; du fait m&#234;me de l'&#233;tayage &#187;, ce &#171; passage du naturel au social &#187; s'exprime par l'&#233;mergence d'un ordre nouveau (IIS, p. 512-513). Une soci&#233;t&#233; ne peut &#234;tre comprise comme &#171; un assemblage d'&#233;l&#233;ments pr&#233;existants, dont la combinaison aurait pu produire des qualit&#233;s nouvelles ou additionnelles du tout &#187; (CL 5, p. 267), puisque de tels &#233;l&#233;ments rel&#232;vent en fait de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, sont cr&#233;&#233;s par elle. Ce serait reproduire l'erreur de Marx que de penser qu'ils peuvent &#234;tre l&#224; &#171; naturellement &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La g&#233;ographie comme telle ne peut donc &#234;tre en elle-m&#234;me au fondement d'une fronti&#232;re. Comme le souligne justement l'historien Daniel Nordman dans un ouvrage consacr&#233; aux Fronti&#232;res de France, &#171; la fronti&#232;re naturelle n'est jamais &#224; l'origine d'une politique, mais son r&#233;sultat &#187; . Une fronti&#232;re est toujours une institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Insistons sur le fait que tout &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;l&#233;ment du social est une institution au sens fort du terme, c'est-&#224;-dire une cr&#233;ation sociale. Mais institution que quoi au juste ? institution de significations qui structurent la soci&#233;t&#233; et lui donnent son identit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toute soci&#233;t&#233; cr&#233;e son propre monde, en cr&#233;ant pr&#233;cis&#233;ment les significations qui lui sont sp&#233;cifiques &#187;, assure Castoriadis (CL 4, p. 127) pour qui ces significations sont &#224; comprendre comme imaginaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pourquoi les appeler &#8220;imaginaires&#8221; ? Parce qu'elles ne sont ni rationnelles (on ne peut pas les &#8220;construire logiquement&#8221;) ni r&#233;elles (on ne peut pas les d&#233;river des choses) ; elles ne correspondent pas &#224; des &#8220;id&#233;es rationnelles&#8221; et pas davantage &#224; des objets naturels &#187; (SD, p. 68). Elles rel&#232;vent donc d'une instance capable de faire surgir ce qui n'a jamais &#233;t&#233; : l'imagination radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de pr&#233;ciser qu'il ne s'agit nullement d'imagination individuelle. L'histoire montre en effet que &#171; personne ni rien ne voulait ni ne garantissait &#187; l'unit&#233; que manifeste la soci&#233;t&#233; (IIS, p. 66). On peut sans doute dire que les hommes agissent en vue de fins conscientes, mais il faut &#233;galement reconna&#238;tre que &#171; les r&#233;sultats r&#233;els de l'action historique des hommes ne sont pour ainsi dire jamais ceux que les acteurs avaient vis&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les significations dont il est question ici sont bien des cr&#233;ations humaines, mais qui ne sont imputables &#224; aucun &#234;tre empirique, relevant plut&#244;t du collectif anonyme que repr&#233;sente la soci&#233;t&#233; &#8211; ce sont des significations imaginaires sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Toute soci&#233;t&#233;, en tant qu'elle est une totalit&#233; structur&#233;e, invente des significations imaginaires qui lui donnent sa coh&#233;rence et permettent de la d&#233;finir comme une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re. Ce sont elles qui donnent acc&#232;s au monde, si l'on peut dire, en permettant aux hommes de lui trouver du sens, en structurant les repr&#233;sentations qu'ils en ont, &#224; commencer par son approche territoriale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cisons que ces significations indiquent, en outre, ce qui est juste et ce qu'il convient de faire ou non, les limites qu'il convient de ne pas franchir, les codes qu'il faut respecter, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soulignons, enfin, &#171; elles &#233;tablissent les types d'affects caract&#233;ristiques d'une soci&#233;t&#233; &#187;, indique Castoriadis qui souligne la difficult&#233; de cerner ce point. Il faut toutefois reconna&#238;tre que le christianisme a suscit&#233; la foi, qui est un affect totalement inconnu des Grecs Anciens, ou que le sens de l'honneur appartient davantage &#224; la soci&#233;t&#233; aristocratique qu'au monde bourgeois. Dans la mesure o&#249;, comme l'indique Castoriadis, &#171; l'instauration de ces trois dimensions &#8211; repr&#233;sentation, finalit&#233;s, affects &#8211; va de pair avec leur concr&#233;tisation par toutes sortes d'institutions particuli&#232;res, m&#233;diatrices &#187; (CL 4, p. 127), on peut admettre qu'analyser une soci&#233;t&#233; suppose de d&#233;gager les significations qu'elle porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) La cl&#244;ture du sens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La reconnaissance du fait que le social-historique (la soci&#233;t&#233;) ne d&#233;rive de rien, qu'il ne peut &#234;tre r&#233;duit &#224; autre chose que lui-m&#234;me conduit &#224; postuler qu'il s'auto-institue, c'est-&#224;-dire qu'il trouve en lui-m&#234;me les ressources de cette institution/cr&#233;ation ; ce pourquoi Castoriadis en vient &#224; parler d'imagination et m&#234;me d'imagination radicale ou premi&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici que l'on peut saisir la dimension v&#233;ritable de l'institution : si elle cr&#233;e le sens, c'est bien parce que l'&#202;tre est fondamentalement a-sens&#233;. Son sens profond est de masquer le Chaos ou l'Ab&#238;me dont elle proc&#232;de et qui n'est que l'autre nom de l'&#202;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mais qu'est-ce que cela signifie au juste, sinon que rien ne justifie un ordre social donn&#233; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Parler de l'&#202;tre comme Chaos, c'est souligner qu'il ne peut jamais &#234;tre compris comme une norme imposant son ordre &#224; la soci&#233;t&#233;, que toute organisation sociale est contingente, que rien n'interdit qu'elle soit diff&#233;rente de ce qu'elle est.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons que celui-ci est auto-institu&#233; ; nous percevons maintenant ce que cela implique : aucune valeur particuli&#232;re, aucune mani&#232;re d'&#234;tre ou d'agir, aucune organisation ne peut se justifier comme relevant de la n&#233;cessit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont &#224; chaque fois des significations sociales qui d&#233;finissent le bien et le mal, induisant les interdits comme les pratiques reconnues et valoris&#233;es. Pour le dire avec Castoriadis, &#171; la signification &#233;merge pour recouvrir le Chaos, faisant &#234;tre un mode d'&#234;tre qui se pose comme n&#233;gation du Chaos. Mais c'est encore le Chaos qui se manifeste dans et par cette &#233;mergence elle-m&#234;me pour autant que celle-ci n'a aucune &#8220;raison d'&#234;tre&#8221; &#187; (CL 2, p. 375).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; On comprend du m&#234;me coup la tendance de l'institution &#224; masquer son origine pour se pr&#233;senter comme d&#233;rivant d'une source extra-sociale &#8211; les anc&#234;tres, Dieu, la Nature, etc. &#8211; rendant par l&#224; m&#234;me son ordre intangible. On peut bien parler de d&#233;n&#233;gation ici : la soci&#233;t&#233; occulte sa dimension instituante pour ne se reconna&#238;tre qu'en tant qu'institu&#233;e par un Autre, elle ne pose aucunement la question du sens. Celui-ci est donn&#233; avec la soci&#233;t&#233;. Il suffit aux hommes d'interroger son origine pour trouver r&#233;ponse &#224; tout ce qui les interpelle. Castoriadis parle alors d'une cl&#244;ture du sens, assurant que les questions qui ne pourraient &#234;tre &#233;lucid&#233;es dans et par l'imaginaire social sont &#171; mentalement et psychiquement impossibles pour les membres de la soci&#233;t&#233; &#187; (CL 4, p. 225).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Consid&#233;rons le divin. Nous le saisissons comme une signification imaginaire sociale, mais cela n'est &#233;videmment pas admis par le croyant qui est assur&#233; que Dieu existe en soi, ind&#233;pendamment de la soci&#233;t&#233;. Une telle croyance n'est pas neutre puisqu'elle impose une mani&#232;re particuli&#232;re de se rapporter au monde, notamment au monde social qu'il est absolument impossible de mettre en cause : comment contester l'ordre divin ? Si tout est l'&#339;uvre de Dieu, les in&#233;galit&#233;s sociales le sont aussi ; loin d'&#234;tre per&#231;ues comme injustes, elles doivent &#234;tre glorifi&#233;es, comme l'illustre si bien le c&#233;l&#232;bre hymne anglican All Things Bright and Beautiful (1848) ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me remarque vaut quand on place la Nature au fondement du social par exemple, que ce soit au niveau g&#233;ographique comme pour la fronti&#232;re &#171; naturelle &#187;, ou au niveau biologique comme dans le cas du racisme ou du sexisme. Comment s'insurger contre le sort souvent r&#233;serv&#233; aux femmes s'il est dans leur nature de s'en tenir aux t&#226;ches dites f&#233;minines ? Et que dire des rapports sociaux si l'on pense n&#233;cessaire, parce que naturel, qu'existe une hi&#233;rarchie du commandement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La d&#233;couverte de la dimension imaginaire de la soci&#233;t&#233; oblige &#224; reconna&#238;tre qu'elle est toujours instituante (cr&#233;atrice) de son mode d'&#234;tre qui repr&#233;sente l'institu&#233; (l'ordre d&#233;fini). Mais comme le souligne Castoriadis avec force, le fait est que les soci&#233;t&#233;s ont tendance &#224; m&#233;conna&#238;tre leur pouvoir de cr&#233;ation, posant une entit&#233; au lieu de l'insondable d'o&#249; provient l'imaginaire.&lt;br class='autobr' /&gt; Il est alors question d'une origine premi&#232;re et extra-sociale, qui conduit &#224; proposer du sens aux individus en leur interdisant de percevoir l'au-del&#224; de l'institu&#233;, le Chaos ou le Sans Fond primordial. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autant dire que les soci&#233;t&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement dans l'h&#233;t&#233;ronomie : elles rapportent leur ordre, leur loi (nomos), &#224; un Autre (heteros). Mais il faut convenir que celle-ci n'est pas universelle puisque nous en parlons. La sp&#233;cificit&#233; de notre soci&#233;t&#233; est justement d'avoir entr'aper&#231;u qu'elle ne repose que sur elle-m&#234;me. Ce qui est la condition m&#234;me de toute &#233;mancipation possible : celle-ci suppose qu'on lutte contre un ordre politique injuste, ce qui suppose de reconna&#238;tre que c'est ordre n'est pas immuable, mais qu'il est socialement institu&#233;, comme tout ordre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Vers l'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) H&#233;t&#233;ronomie vs autonomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous venons de voir que toute soci&#233;t&#233; tend &#224; prot&#233;ger l'ordre qui la structure en jetant un voile sur son origine v&#233;ritable. Responsable d'elle-m&#234;me, elle se pr&#233;sente comme relevant d'une dimension transcendante : Dieu, la Nature, les lois du march&#233;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Se faisant elle s'institue dans l'h&#233;t&#233;ronomie puisque cette instance reste hors de port&#233;e du pouvoir des hommes, de sorte que les significations sociales qui la structurent tendent &#224; appara&#238;tre pour ce qu'elles ne sont pas : des v&#233;rit&#233;s intangibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;t&#233;ronomie sociale ne d&#233;signe pas donc simplement le fait que les hommes se d&#233;poss&#232;dent de leur pouvoir propre pour le remettre aux mains d'un individu ou d'un groupe, mais rel&#232;ve d'un niveau beaucoup plus profond : elle manifeste le d&#233;ni par la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me de son acte instituant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'&#233;mancipation suppose donc de commencer par reconna&#238;tre que rien de ce qui concerne la soci&#233;t&#233; n'&#233;chappe en droit &#224; une possible remise en question. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle se manifeste dans et par la volont&#233; d'autonomie, c'est-&#224;-dire dans et par la volont&#233; d'&#234;tre ma&#238;tre de sa vie autant que faire se peut. L'autonomie, c'est la libert&#233; bien comprise, qui ne limite pas &#224; sa dimension n&#233;gative si ch&#232;rement d&#233;fendue par les lib&#233;raux, mais qui exige que l'on se sente et se veuille responsable du devenir collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Mais comment cela se peut-il si l'on vit dans une soci&#233;t&#233; ayant &#233;tabli une cl&#244;ture du sens ? Cette remarque souligne toute la difficult&#233; de la question qui tient au fait qu'il y a une condition sociale de l'autonomie : seuls des individus vivant dans une soci&#233;t&#233; autonome ou partiellement autonome peuvent manifester un d&#233;sir d'autonomie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle-ci est une signification imaginaire sociale, et comme telle &#233;chappe &#224; toute explication causale puisqu'elle ne d&#233;rive de rien d'ext&#233;rieur &#224; la soci&#233;t&#233; ?.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si nous ne pouvons pas expliquer son origine, nous pouvons tenter de saisir ce qu'elle engage au juste &#224; partir d'une analyse du contexte social o&#249; elle a &#233;merg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) La rupture de la cl&#244;ture du sens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'autonomie appara&#238;t clairement avec l'av&#232;nement de la soci&#233;t&#233; moderne, au sortir du Moyen-&#194;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons bri&#232;vement que l'Occident chr&#233;tien v&#233;cut &#224; cette &#233;poque une crise profonde marqu&#233;e par la d&#233;couverte du nouveau monde, la Renaissance et la R&#233;forme. C'est le moment du passage &#171; du monde clos &#224; l'univers infini &#187; pour reprendre la belle expression d'Alexandre Koyr&#233; (1892-1964), signifiant un changement de paradigme, de mod&#232;le de repr&#233;sentation du monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si le monde ancien &#233;tait r&#233;gl&#233; sur la vision d'un cosmos &#8211; totalit&#233; close et hi&#233;rarchis&#233;e, ordonn&#233;e par un principe transcendant faisant de l'homme le centre d'un syst&#232;me dont le sens se laissait d&#233;couvrir par qui savait lire dans &#171; le grand Livre du monde &#187; &#8211;, le monde moderne, lui, se situe au sein d'un univers sans limite, homog&#232;ne et autonome &#8211; univers d&#233;laiss&#233; de Dieu et dont &#171; le silence &#233;ternel des espaces infinis &#187; saisit d'effroi ceux qui, comme Pascal, en per&#231;oivent la r&#233;alit&#233; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette exp&#233;rience du tragique de la condition humaine peut se comprendre comme rupture de la cl&#244;ture du sens : elle ouvre &#224; un questionnement existentiel et politique ayant permis aux hommes d'affirmer la volont&#233; de ma&#238;triser leur vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Soulignons que cette rupture moderne de la cl&#244;ture du sens n'est pas premi&#232;re du point de vue historique : elle fait &#233;cho &#224; la rupture, plus fondamentale, qui s'est op&#233;r&#233;e en Gr&#232;ce classique. Indiquant qu'elle s'exprime &#171; par la cr&#233;ation de la politique et de la philosophie (de la r&#233;flexion) &#187; (CL 4, p. 225), Castoriadis nous permet de comprendre qu'elle traduit la perte du sacr&#233; et l'affirmation de la raison dialogique.&lt;br class='autobr' /&gt;
La perte du sacr&#233; se manifeste clairement &#224; la lecture de la trag&#233;die d'Oreste relat&#233;e dans la pi&#232;ce d'Eschyle Les Eum&#233;nides. Fils d'Agamemnon, le chef de l'arm&#233;e navale ayant combattu Troie, il dut venger son p&#232;re assassin&#233; &#224; son retour de la guerre par son &#233;pouse. Oreste, devenu meurtrier de sa propre m&#232;re, se tourna vers Ath&#233;na pour conna&#238;tre le ch&#226;timent qu'il m&#233;ritait. Mais la d&#233;esse lui r&#233;pondit qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer sur ce point et lui proposa de constituer un tribunal . N'est-ce pas la preuve que &#171; les Grecs n'ont pas cru &#224; leurs Dieux &#187;, comme l'affirment Heidegger et Fink ? Ils se sentaient tout au moins responsables d'eux-m&#234;mes et savaient devoir assumer collectivement la justice et, plus g&#233;n&#233;ralement, les affaires communes. Ce qui indique bien que la perte du sacr&#233; va de pair avec la cr&#233;ation d'un espace public de discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Castoriadis a donc raison d'&#233;tablir un lien consubstantiel entre la politique et la philosophie : si la premi&#232;re se traduit par la contestation de l'ordre institu&#233;, la seconde correspond &#224; la mise en cause des id&#233;es re&#231;ues et &#224; l'ouverture d'une interrogation sans fin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Leur commune condition se trouve dans la rupture de la cl&#244;ture du sens qu'impose la d&#233;couverte &#8211; au sens fort du mot : d&#233;couverte, &#171; d&#233;s-obturation &#187; comme dit Castoriadis &#8211; de l'Ab&#238;me, du Chaos comme &#233;l&#233;ment m&#234;me de l'&#202;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette exp&#233;rience se double de la prise de conscience du risque mortif&#232;re que repr&#233;sente le fait de laisser le Chaos s'imposer sans partage dans les affaires humaines &#8211; ce qui impose de reconna&#238;tre qu'on ne peut vivre sans institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir de l'h&#233;t&#233;ronomie suppose donc tout &#224; la fois l'abandon de la croyance &#224; la valeur intangible de l'ordre social institu&#233;, qui n'est qu'une cr&#233;ation particuli&#232;re et contingente, et la reconnaissance de la n&#233;cessit&#233; d'instituer un ordre. Cette double condition de l'autonomie demande une reprise permanente de l'institution par la soci&#233;t&#233; &#8211; ce qui est l'expression m&#234;me de l'activit&#233; politique bien comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3) Pluraliser et transnationaliser l'espace public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous venons de voir que l'autonomie suppose la reconnaissance de la dimension tragique de l'existence ; ce qui, au plan individuel suppose l'acceptation pleinement consciente de la finitude. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette exigence m&#234;me explique la fragilit&#233; du d&#233;sir d'autonomie, sans cesse combattu par le d&#233;sir inconscient de toute puissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est donc pas surprenant de se rendre compte que si l'autonomie est une signification imaginaire qui s'est d&#233;velopp&#233;e avec la modernit&#233;, elle est aujourd'hui encore loin d'&#234;tre effective. On serait m&#234;me en droit de se demander si elle n'est pas en voie d'effacement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Cela se per&#231;oit clairement au degr&#233; de corruption de l'espace public des social-d&#233;mocraties occidentales, qui se trouve de plus en plus gangren&#233; par la logique mercantile. Le fait est trop massif pour qu'on y insiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il suffise de pr&#233;ciser que le capitalisme rel&#232;ve d'une autre signification imaginaire structurant l'occident moderne : la volont&#233; de ma&#238;trise de la nature et des hommes qui, elle, flatte le d&#233;sir de toute puissance. Les social-d&#233;mocraties se trouvent ainsi min&#233;es par l'affirmation des normes &#233;conomiques s'imposant dans tous les domaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui explique que l'on valorise toujours le r&#233;sultat, sans trop se soucier de la mani&#232;re de l'atteindre. La fin justifiant les moyens, peu importe la valeur intrins&#232;que de ce que l'on diffuse si cela trouve un &#233;cho favorable. Les choses en sont au point o&#249; la v&#233;rit&#233; devient une notion sans pertinence. Il ne faut donc pas s'&#233;tonner de l'usage persistant d'une notion comme celle de &#171; fronti&#232;re naturelle &#187;, y compris dans le champ universitaire &#8211; ni du fait qu'on admette comme allant de soi la n&#233;cessit&#233; d'une hi&#233;rarchie du commandement et des salaires dans l'organisation du travail ou la repr&#233;sentation de l'homme comme homo &#339;conomicus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Non seulement l'espace public ne joue plus son r&#244;le &#233;ducatif, mais il promeut les th&#232;ses les plus douteuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure o&#249;, comme nous venons de le rappeler, la contestation de l'ordre institu&#233; va de pair avec la mise en question des repr&#233;sentations &#233;tablies, la d&#233;fense et la promotion du projet d'autonomie, ou pour le dire autrement, la lutte pour l'&#233;mancipation ne pourra se faire sans un renouveau de l'espace public.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut s'accorder avec Habermas pour d&#233;finir l'espace public comme le lieu de production et de circulation de discours distinct tout autant de l'&#201;tat, que de la sph&#232;re &#233;conomique proprement dire : il s'agit d'un espace de discussion rationnelle entre citoyens. Mais on doit &#233;galement saisir les limites de la th&#233;orisation du penseur de Francfort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit notamment de souligner avec Nancy Fraser que l'acc&#232;s effectivement &#233;galitaire de tous &#224; cet espace ne suppose pas simplement la mise entre parenth&#232;ses des in&#233;galit&#233;s de conditions socio-&#233;conomiques, mais leur abolition effective. Mais comment y parvenir si l'on ne commence pas &#224; discuter de ce probl&#232;me, ce qui signifie le refus de cette mise entre parenth&#232;ses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus largement, il s'agit de mettre en question le mod&#232;le lib&#233;ral, qui impose des fronti&#232;res au champ politique en cherchant &#224; autonomiser le champ &#233;conomique, cens&#233; avoir ses lois propres relevant d'une n&#233;cessit&#233; comparable &#224; celle des lois de la nature, ou le champ des relations intersujectives, comme si les comportements racistes ou sexistes n'avaient rien &#224; voir avec l'ordre social .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'autonomie conduit ainsi &#224; mettre en question les fronti&#232;res du politique qui tendent &#224; limiter le champ de ce qui rel&#232;ve de la d&#233;lib&#233;ration et de l'action collective, lequel ne peut plus s'en tenir au cadre de l'&#201;tat Nation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient de mettre en place des espaces publics oppositionnels comme dit O. Negt ou, pour le dire avec N Fraser, de permettre aux contre-publics subalternes (subaltern counterpublics) de faire entre leur voix ; ce qui conduit &#224; pluraliser l'espace public, mais &#233;galement de construire un espace public transnational.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de fronti&#232;re naturelle qui vise &#224; faire appara&#238;tre des limites comme intangibles est &#224; comprendre comme une institution d&#233;ni&#233;e : elle n'est qu'une illustration de la tendance de toute soci&#233;t&#233; &#224; s'instituer dans la cl&#244;ture du sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il se trouve pourtant que, pour les soci&#233;t&#233;s occidentales, celle-ci a partiellement &#233;t&#233; rompue, permettant l'av&#232;nement de la politique, comprise comme mise en question de l'ordre institu&#233;, et de la philosophie entendue comme questionnement permanent sur le sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte, le retour d'un discours naturaliste est le signe inqui&#233;tant du caract&#232;re de moins en moins d&#233;mocratique des social-d&#233;mocraties modernes, puisqu'il manifeste un r&#233;tr&#233;cissement du champ politique. Il semble donc qu'une des t&#226;ches prioritaires de la pens&#233;e critique soit la red&#233;finition d'un espace public qui soit tout &#224; la fois plus int&#233;gratif et plus large.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
