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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Peut-on penser le droit &#224; la ville ?</title>
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		<dc:date>2015-05-14T18:52:06Z</dc:date>
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		<dc:creator>Shu HIRATA</dc:creator>



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&lt;p&gt; Peut-on penser le droit &#224; la ville ? Introduction Cette communication sur &#171; le droit &#224; la ville &#187; m'impose non seulement au titre de ma carri&#232;re d'&#234;tre un sp&#233;cialiste d'Henri Lefebvre, mais aussi du fait de cet endroit : celui-ci me conduisant au premier chef &#224; envisager ce droit, d'autant plus que Ta&#239;wan est le lieu du mouvement des tournesols initi&#233; par les &#233;tudiants contre l'interruption des discussions parlementaire sur l'accord de libre-&#233;change (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; Peut-on &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt; le droit &#224; la ville ?&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette communication sur &#171; le droit &#224; la ville &#187; m'impose non seulement au titre de ma carri&#232;re d'&#234;tre un sp&#233;cialiste d'Henri Lefebvre, mais aussi du fait de cet endroit : celui-ci me conduisant au premier chef &#224; envisager ce droit, d'autant plus que Ta&#239;wan est le lieu du mouvement des tournesols initi&#233; par les &#233;tudiants contre l'interruption des discussions parlementaire sur l'accord de libre-&#233;change sino-ta&#239;wanais et de la prise du Parlement &#224; compter du 18 mars 2014 durant 585 heures au point de faire accepter par gouvernement lui-m&#234;me leurs revendications le 10 avril suivant. Mais sa port&#233;e va plus loin. En effet, la lutte pour suspendre la construction d'une quatri&#232;me centrale nucl&#233;aire dite &#171; &#26680;&#22235; &#187;, en proc&#232;de. Le succ&#232;s de cet &#233;v&#233;nement non violent et sans pareil dans l'histoire universelle s'inscrit fermement dans la conscience populaire de l'Asie orientale dont rel&#232;vent Taiwan et le Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, encourage-t-il les Japonais &#224; organiser, devant le Parlement et dans la rue, des manifestations contre les politiques &#233;nerg&#233;tiques de l'apr&#232;s Fukushima suite &#224; la triple crise, s&#233;isme, tsunami, accident nucl&#233;aire, contre les r&#233;visionnistes en place qui veulent r&#233;former la Constitution de la paix et contre les bases militaires des &#201;tats-Unis - dont presque 70 % se concentrent sur le d&#233;partement de l'Okinawa. Chihiro Minato, photographe et auteur d'un trait&#233; des masses, consacre au mouvement des tournesols un livre qui s'intitule : &lt;i&gt;Une mani&#232;re de faire r&#233;volution&lt;/i&gt;. Comme il le remarque justement, la &#171; r&#233;volution &#187; ta&#239;wanaise correspond aux pratiques d&#233;mocratiques sous d'autres latitudes. Par exemple, au Br&#233;sil, apr&#232;s que la soci&#233;t&#233; soit d&#233;grad&#233;e par un d&#233;veloppement &#233;conomique illimit&#233; sous l'influence du n&#233;olib&#233;ralisme, le droit &#224; la ville fait l'objet d'un article de la Constitution br&#233;silienne. Il dit grosso modo : &#171; Pour la ville, la valeur d'usage l'emporte sur la valeur d'&#233;change &#187;. La phrase est tr&#232;s simple mais t&#233;moigne clairement des raisons de la r&#233;sistance des masses, de leurs paroles et de leurs performances dans la rue, &#224; l'accomplissement de la loi de l'&#233;change des marchandises qui est observ&#233;e partout dans le monde et qui s'&#233;rige en seule rationalit&#233; valable du march&#233; &#8211; efficacit&#233;, optimisation, utilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Du point de vue des gouvernants, cette &#171; activit&#233; politique &#187; (au sens arendtien) est le plus souvent consid&#233;r&#233;e comme &#171; barbare &#187;. Au Japon, un homme d'&#201;tat accuse les manifestants antinucl&#233;aires d'&#234;tre des terroristes. Bien entendu, cette r&#233;action peut se traduire par l'intention de les contr&#244;ler, sans laisser de place &#224; la n&#233;gociation. Elle veut r&#233;duire au premier chef les voix surgies de la rue &#224; l'insignifiance et l'inexistence, c'est-&#224;-dire l'impens&#233;. En retour, la philosophie peut-elle penser ce qui a lieu dans la rue, en marquant sa diff&#233;rence face &#224; l'attitude r&#233;actionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ce pr&#233;ambule, l'expos&#233; r&#233;pondra &#224; deux questions, dans le cadre de son titre, &#171; Peut-on &lt;i&gt;penser&lt;/i&gt; le droit &#224; la ville &#187;. La premi&#232;re est de savoir quelle situation urbaine est en cause. Pour y r&#233;pondre, il faut remonter au contexte dans lequel Lefebvre propose son &#171; droit &#224; la ville &#187;. On va voir de cette fa&#231;on pourquoi ce dernier est exig&#233;. Corr&#233;lativement, la deuxi&#232;me est de savoir ce que veut dire un tel recours. Dans la tradition marxiste, l'analyse du droit n'est gu&#232;re &#233;labor&#233;e, puisqu'elle le prend pour l'instrument de la classe dominante, dont la fonction occulte l'&#233;cart entre l'&#233;galit&#233; formelle et l'&#233;galit&#233; r&#233;elle. Toutefois, en reprenant Sur &lt;i&gt;la question juive &lt;/i&gt; de Marx, Lefebvre insiste : si les droits de l'homme ne sont pas pour lui suffisants, il ne nie jamais qu'ils sont un acquis important de l'histoire humaine. En ayant recours &#224; l'universel tel que l'expriment les droits de l'homme, Lefebvre essaie de le r&#233;aliser avec des contradictions r&#233;elles et particuli&#232;res (1). C'est dans ce sens qu'il faut comprendre&lt;i&gt; Le droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, publi&#233; en mars 1968.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la m&#234;me direction, David Harvey pointe la r&#233;f&#233;rence au droit : &#171; La question qui se pose, c'est : dans quel monde vivrions-nous aujourd'hui si ces droits avaient &#233;t&#233; pris au s&#233;rieux, au lieu d'&#234;tre viol&#233;s de fa&#231;on flagrante dans presque tous les pays capitalistes du monde ? Si les marxistes abandonnent l'id&#233;e des droits, ils se privent de la possibilit&#233; de d&#233;noncer cette contradiction. [&#8230;] Je pense [&#8230;] que la tradition marxiste doit dialoguer avec le discours des droits, car c'est l&#224; que peuvent se gagner des batailles politiques majeures. Aujourd'hui, partout dans le monde, la plupart des r&#233;voltes sociales en appellent spontan&#233;ment &#224; une certaine conception des droits (2) &#187;. Par ailleurs, dans son ouvrage &lt;i&gt;Villes rebelles&lt;/i&gt;, en hommage &#224; Lefebvre, Harvey emploie le concept de droit &#224; la ville afin de donner de la consistance aux mouvements contestataires tels qu'ils s'illustrent dans &#171; Occupy Wall Street &#187; suite &#224; la crise des &#171; subprimes &#187; et partout dans le monde. Voil&#224; plus de 40 ans que notre auteur a pour la premi&#232;re fois propos&#233; sa formule. Depuis, comme nous l'avons touch&#233;, avec lui ou sans l'&#233;voquer, un tel droit est revendiqu&#233; &#224; divers endroits. Or, existe-t-il une progression de la pens&#233;e sur la politique se r&#233;f&#233;rant au droit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour relancer cette interrogation, nous nous effor&#231;ons de rattacher l'argument lefebvrien &#224; la philosophie politique de Claude Lefort qui pose, au d&#233;but de son article &#171; Droits de l'homme et politique &#187; (1980) : &#171; les droits de l'homme rel&#232;vent-ils ou non du domaine du politique &#187; ? Nos deux auteurs sont incompatibles l'un avec l'autre, si l'on examine leurs pens&#233;es &#224; partir de leurs id&#233;ologies politiques : Lefebvre est marxiste intransigeant, alors que Lefort commence par &#234;tre trotskiste, puis s'en &#233;loignant, fonde &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt; avec Cornelius Castoriadis et devient antimarxiste (3). En r&#233;alit&#233;, Lefort milite contre &lt;i&gt;Sur la question juive&lt;/i&gt;. Ce qui compte avant tout, ce n'est pas la diff&#233;rence id&#233;ologique ou la foi politique mais les discours stratifi&#233;s sur l'id&#233;e du droit. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour ce faire, en premier lieu, je prendrai en consid&#233;ration le contexte auquel se confronte Lefebvre ainsi que son texte qui expose le concept de droit &#224; la ville ; en second lieu, en reprenant l'article de Lefort, je le r&#233;interpr&#233;terai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. la marchandisation de la ville et l'urbanisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelle est la situation urbaine &#224; l'&#233;poque de Lefebvre, en particulier &#224; Paris ? Eric Hazan et Fran&#231;oise Choay, historiens de la ville, t&#233;moignent respectivement de la transformation de Paris au sortir de la Seconde Guerre mondiale : &#171; Contrairement &#224; une id&#233;e r&#233;pandue, la v&#233;ritable &#233;radication du Moyen &#194;ge &#224; Paris n'a pas &#233;t&#233; men&#233;e &#224; son terme par Haussmann et Napol&#233;on III, mais par Malraux et Pompidou, et l'&#339;uvre embl&#233;matique de cette disparition d&#233;finitive n'est pas&lt;i&gt; Le Cygne&lt;/i&gt; de Baudelaire, mais plut&#244;t &lt;i&gt;Les choses&lt;/i&gt; de Perec (4) &#187; ; &#171; Nous sommes plus &#233;loign&#233;s de l'&#233;poque haussmannienne que celle-ci ne l'&#233;tait de l'Empire romain (5) &#187;. De Georges-Eug&#232;ne Haussmann, pr&#233;fet de la Seine sous le Second Empire (1852-1870), et de Paris qu'il transforme en capitale de la modernit&#233; ; Walter Benjamin en parle dans &lt;i&gt;Le Livre des passages&lt;/i&gt;, ouvrage inachev&#233; et in&#233;puisable. Cependant, dans les ann&#233;es 1980 o&#249; ce dernier livre peut &#234;tre lu aussi bien en fran&#231;ais qu'en japonais, n'est-il pas rare de le lire par rapport &#224; la situation urbaine d'alors, c'est-&#224;-dire selon la transformation de la ville et de la vie urbaine apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale ? En tant que sociologue urbain, Lefebvre la nomme &#171; l'&#233;clatement de la ville traditionnelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avatar de Paris ainsi que de villes fran&#231;aises ne r&#233;pondait pas uniquement &#224; l'exigence d'une industrialisation massive &#224; l'&#232;re des Trente Glorieuses (qui correspond &#224; celle de la haute croissance &#233;conomique du Japon). En ajout de cela, la transformation de Paris r&#233;pondait aussi &#224; l'exigence de sa modernisation de par la crise du logement du fait du &#171; baby boom &#187; (qui se d&#233;roule de la Lib&#233;ration au milieu des ann&#233;es 1960) et de l'exode rural (qui s'acc&#233;l&#232;re au milieu des ann&#233;es 1950 du fait des progr&#232;s des techniques agricoles) (6)., Elle s'accompagnait en outre de la politique de la ville par la socialisation de la voiture (motorisation) et la construction en s&#233;rie d'immeubles en tant que logements standards (7). Tout cela m&#232;ne Lefebvre, qui &#233;tait sociologue rurale, &#224; faire l'enqu&#234;te sur la ville. Dans &lt;i&gt;La vie quotidienne dans le monde moderne&lt;/i&gt;, il donne de la perspective &#224; cette situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1960 environ, la situation se clarifie. [&#8230;] Les dirigeants du n&#233;o-capitalisme, en France et ailleurs, ont bien compris que les colonies sont g&#234;nantes et peu rentables. [&#8230;] Ils sont entr&#233;s dans une nouvelle perspective : les investissements sur territoire national, l'am&#233;nagement du march&#233; int&#233;rieur (ce qui n'emp&#234;che en rien le recours aux pays &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187; comme sources de main d'&#339;uvre et de mati&#232;res premi&#232;res, comme lieux d'investissement, mais ce n'est plus la pr&#233;occupation dominante). Que font-ils ? L'exploitation semi-coloniale de tout ce qui entoure les centres de d&#233;cisions politiques et de concentration &#233;conomique des capitaux : r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques, campagnes et zones de production agricole, banlieues, populations compos&#233;es non seulement de travailleurs manuels, mais d'employ&#233;s et de techniciens (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le changement du cap que Lefebvre observe dans l'accumulation du capital &#8211; passant des relations ext&#233;rieures entre la m&#233;tropole et la colonie aux relations int&#233;rieures entre le centre et la p&#233;riph&#233;rie &#8211; correspond &#224; celui que David Harvey note du d&#233;veloppement de la g&#233;ographie anglaise, c'est-&#224;-dire son &#171; involution &#187; vers un territoire national (9).&lt;br class='autobr' /&gt; En s'appuyant sur cette perspective, il est logique qu'il prenne en consid&#233;ration le d&#233;veloppement urbain et l'urbanisme qui en est porteur. Du milieu des ann&#233;es 1950 &#224; la fin des ann&#233;es 1960, se fait jour une convergence entre le projet de l'&#201;tat d'industrialiser le secteur du b&#226;timent et la r&#233;cup&#233;ration des id&#233;es de l'urbanisme progressiste formul&#233;es par le congr&#232;s international d'architecture moderne (CIAM) dont les participants incluent le groupe du Bauhaus en Allemagne, le Stijl hollandais et notamment Le Corbusier, qui &#233;tablit la doctrine de l'urbanisme moderne dans sa &lt;i&gt;Charte d'Ath&#232;nes&lt;/i&gt; (10). En effet, dans un de ses premiers articles de la sociologie urbaine, titr&#233; &#171; Les nouveaux ensembles urbains &#187; et parus en 1960, Lefebvre a pour cible l'urbanisme fonctionnaliste que Le Corbusier formule sous forme de &lt;i&gt;Charte d'Ath&#232;nes&lt;/i&gt; et selon lequel la ville se divise en &#233;l&#233;ments fonctionnaires et les distribue dans l'espace : l'habitat, la circulation, le travail et le loisir, etc. M&#234;me s'il le trouve valable &#224; un certain niveau, il lui r&#233;plique qu'il est essentiellement &#171; une sorte de conception [&#8230;] &#8216;zoo-technique' de l'homme &#187;, car les hommes sont con&#231;us comme &#233;tant les &#234;tres qui jouent la fonction que leur donne le milieu ergonomiquement planifi&#233;, c'est-&#224;-dire qu'ils sont trait&#233;s comme un animal ayant quelques besoins d&#233;termin&#233;s (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tel est un des sens de la critique lefebvrienne de l'urbanisme : l'acte d'habiter est ignor&#233; dans son discours &#224; cause de sa conception du d&#233;terminisme &#233;cologique. C'est l&#224; que l'on peut trouver l'influence de Martin Heidegger sur Lefebvre, en passant par Kostas Axelos, originaire de la Gr&#232;ce et dirigeant la revue &lt;i&gt;Argument&lt;/i&gt; (1956-1962)12, parce que, comme l'explique Bruce B&#233;gout, auteur de la &lt;i&gt;D&#233;couverte du quotidien&lt;/i&gt;, &#171; &#234;tre dans le monde &#187; chez Heidegger ne veut pas dire &#234;tre &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; le monde, comme un v&#234;tement dans une armoire, mais &#171; &lt;i&gt; habiter chez, &#234;tre familier avec&lt;/i&gt; selon la modalit&#233; existentiale du s&#233;jour (13) &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orisation de &lt;i&gt;l'habiter&lt;/i&gt; chez Lefebvre se d&#233;ploie et varie, &#224; son tour, en terme d' &#171; appropriation &#187; qui appartient au vocabulaire de la th&#233;orie marxienne de l'ali&#233;nation. Or, ce concept ne vise pas &#224; reprendre l'essence humaine une fois perdue, non plus qu'&#224; &#234;tre &#171; prioritaire &#187; de l'habitat. Il d&#233;signe un processus cr&#233;atif qui affecte un &#171; cadre &#187; impos&#233; de l'ext&#233;rieur &#224; une mani&#232;re d'habiter. &#171; Il ne s'agit pas du tout de propri&#233;t&#233; ; il s'agit m&#234;me de quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent ; il s'agit du processus par lequel un individu ou un groupe s'approprie, transforme en son bien quelque chose d'ext&#233;rieur, de telle sorte que l'on peut parler d'un temps ou d'un espace urbain appropri&#233;s au groupe qui a fa&#231;onn&#233; la ville (14) &#187;. Le concept d'appropriation qui change la propri&#233;t&#233; priv&#233;e en bien commun doit &#234;tre r&#233;examin&#233; avec celui de &#171; d&#233;tournement &#187; utilis&#233; par les situationnistes tels que Guy Debord et celui de &#171; l'usage de l'espace &#187; raffin&#233; par Michel de Certeau &#233;tant un des penseurs essentiels dans les &lt;i&gt;Cultural Studies&lt;/i&gt;. On dit en passage qu'il &lt;i&gt;se r&#233;alise&lt;/i&gt; dans l'occupation du Parlement par des &#233;tudiants ta&#239;wanais et qu'il se nourrit de la pratique de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2. La production de l'espace et le droit &#224; la ville &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une telle opposition entre &#171; le d&#233;terminisme (urbanistique) &#187; et &#171; la libert&#233; (d'habiter) &#187; dans le milieu urbain, Lefebvre ajoute ce que Harvey aborde dans &lt;i&gt;Justice sociale et la ville&lt;/i&gt; (1973) (15), &#224; savoir une question de savoir comment mettre en relation la sociologie en tant que savoir concernant le processus social et la g&#233;ographie (ou l'urbanisme) en tant que savoir relatif &#224; la forme de l'espace. Par exemple, dans le chapitre VIII &#8211; dont le titre est &#171; l'illusion urbanistique &#187; - de &lt;i&gt;La r&#233;volution urbaine &lt;/i&gt; (1970), la neutralit&#233; scientifique pr&#233;tendue par les urbanistes est mise en cause. La critique ne doute jamais de la &#171; bonne volont&#233; &#187; qui s'ing&#233;nie &#224; r&#233;pondre &#224; la n&#233;cessit&#233; de la modernisation de la ville que nous avons vue plus haut. Elle consiste &#224; dire que &#171; l'urbanisme est un urbanisme de classe, sans le savoir16 &#187;, car il est aveugle &#224; la dimension politique qu'il contient en lui-m&#234;me. En d&#233;finitive, sa neutralit&#233; scientifique tombe, &#171; sans le savoir &#187;, en id&#233;ologie, montre &#224; son insu sa pr&#233;f&#233;rence pour la classe dominante et fonctionne comme dissimulant les int&#233;r&#234;ts des classes (&#233;conomiques et politiques). Il ne s'agit pas seulement de d&#233;celer l'int&#233;r&#234;t particulier dans le discours se r&#233;clamant de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, mais aussi de r&#233;v&#233;ler l'ins&#233;parabilit&#233; de la production de la forme spatiale avec de rapports sociaux. Dans le m&#234;me article, l'id&#233;e qui se cristallisera dans &lt;i&gt;La production de l'espace&lt;/i&gt; (1974) se trouve ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace, consid&#233;r&#233; comme produit, r&#233;sulte des rapports de production pris en charge ou en main par un groupe agissant. (&#8230;) L'espace n'est plus seulement le milieu indiff&#233;rent, la somme des endroits o&#249; se forme, se r&#233;alise, se r&#233;partit la plus value. Il devient produit du travail social, c'est-&#224;-dire objet tr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la production, et par cons&#233;quent de la formation de plus-value (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'espace devienne &#171; objet tr&#232;s g&#233;n&#233;ral de la production &#187; implique du moins deux sens. Le premier est l'&#233;conomique. En interpr&#233;tant un des facteurs &#233;conomiques de l'urbanisation comme &#233;tant une transformation du circuit de la chose (mobilier) en celui de l'espace (immobilier), transformation du premier (le bien producteur) en second (la terre) afin d'esquiver la crise de l'accumulation du capital (18), Lefebvre &#233;nonce que le capital peut survivre, &#171; &lt;i&gt;en occupant l'espace, en produisant un &lt;i&gt;espace&lt;/strong&gt; (19) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second sens de l'espace saisi comme produit consiste &#224; ce que la production de l'espace soit solidaire de la reproduction des rapports sociaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la priorit&#233; du secteur second sur le premier n'est pas toujours assur&#233;e, elle affecte la configuration spatiale des rapports sociaux, en produisant l'espace contradictoire. Contradictoire, parce que l'investissement &#224; l'espace et sa transformation augmentent la fonction urbaine - du transport et de l'hygi&#232;ne -, d'une part et d'autre part, excluent les anciens habitants de leurs habitats &#224; cause de l'expropriation ou du prix &#233;lev&#233; de la terre. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est ce double processus que Lefebvre rep&#232;re aussi bien dans la transformation de Paris de Haussmann sous le Second Empire que dans celle de l'apr&#232;s-guerre. Dans la transformation de la ville dirig&#233;e par Haussmann, la modernisation de Paris est pouss&#233;e au plus loin. L'am&#233;nagement des r&#233;seaux de voirie et l'installation des voies ferr&#233;es augmentent la circulation des hommes et des marchandises et par cons&#233;quent la fonction urbaine elle-m&#234;me. Par ailleurs, consid&#233;r&#233; comme souche des &#233;pid&#233;mies et du crime, le logement en fond d'une ruelle est remplac&#233; par l'environnement urbain hygi&#233;nique. Ceux qui estiment cette transformation effectu&#233;e par Haussmann adorent la modernisation ainsi port&#233;e. D'un autre c&#244;t&#233; Lefebvre note l'aspect n&#233;gatif de cette transformation haussmannienne, parce qu'ayant balay&#233; les ruelles qui &#233;taient la sc&#232;ne de la r&#233;volution de f&#233;vrier 1848, Haussmann a construit la voie facilitant le passage de l'arm&#233;e et qu'il a relocalis&#233; le logement des ouvriers qui sont un risque de d&#233;stabilisation de l'ordre public du centre de Paris &#224; la banlieue. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce double processus se trouve dans la transformation de Paris de l'apr&#232;s-guerre. La capitale de la France, Paris, se transformant en centre du pouvoir, de l'industrie, de l'information et de la consommation, construit son rapport hi&#233;rarchique avec les autres villes et la campagne. Dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise que Lefebvre nomme alors &#171; la soci&#233;t&#233; bureaucratique de la consommation dirig&#233;e &#187;, la production (et la consommation) de l'espace se d&#233;ploie par logique de la classe capitaliste. La classe le plus ais&#233;e occupe le centre de Paris par expulsion des petites gens en augmentant le prix des surfaces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un tel double processus est trac&#233; et compl&#233;t&#233; par l'ouvrage de Kristin Ross - &lt;i&gt;Rouler plus vite, laver plus blanc&lt;/i&gt; &#8211; qui s'interroge sur les relations entre la modernisation et la d&#233;colonisation de la France de l'apr&#232;s-guerre. Elle souligne que certains historiens appellent la transformation de Paris de 1954 &#224; 1974 &#171; seconde haussmannisation &#187;. Le reformatage de la ville pendant vingt ans a port&#233; &#171; la deuxi&#232;me vague de l'exclusion &#187; apr&#232;s celle par Haussmann. D'une part, le centre de Paris se r&#233;forme, d'autre part, se construit &#224; banlieue les grands ensembles qui logent l'immigr&#233; alg&#233;rien, utilis&#233; comme nouvelle force de travail. &#192; ce propos, Ross ironise le destin de l'ensemble, car, contrairement &#224; la logique de la modernisation et de l'hygi&#232;ne, ces grands ensembles s'appellent &#171; les verticaux bidonvilles &#187;. Le mouvement de la normalisation de l'hygi&#232;ne implique ironiquement qu'il produise son ombre en lui-m&#234;me (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on condense ce que nous avons parcouru, on entend par le mot &#171; la production de l'espace &#187; que le processus social et la cr&#233;ation de la forme spatiale, qui se comprenaient comme &#233;tant indiff&#233;rents l'un &#224; l'autre, se mettent en relation, de sorte que le d&#233;veloppement urbain se lie solidairement &#224; la reproduction des rapports sociaux. Par l&#224;, &#233;galement, Lefebvre inscrit la probl&#233;matique enchev&#234;tr&#233;e de l'espace sur la pens&#233;e marxiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette th&#233;orisation se rattache &#224; la pratique d&#233;pli&#233;e par Lefebvre dans un chapitre titr&#233; &#171; Les ph&#233;nom&#232;nes urbains &#187; de l'ouvrage relatif au Mai 68, dans lequel la strat&#233;gie politique ne consiste pas uniquement &#224; occuper l'usine, mais aussi &#224; &#233;tendre le domaine de la lutte &#224; la ville enti&#232;re (21).C'est dans ce contexte que le droit &#224; la ville de Lefebvre doit se saisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en pensant &#224; ces habitants des banlieues, &#224; la s&#233;gr&#233;gation, &#224; l'isolement, que je parle dans un livre du &#171; droit &#224; la ville &#187;. Il ne s'agit pas d'un droit au sens juridique du terme, mais d'un droit semblable &#224; ceux qui sont stipul&#233;s dans la c&#233;l&#232;bre D&#233;claration des droits de l'homme, constitutive de la d&#233;mocratie. Ces droits ne sont jamais litt&#233;ralement accomplis, mais on s'y r&#233;f&#232;re toujours pour d&#233;finir la situation de la soci&#233;t&#233; (22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;f&#233;rence ne se r&#233;duit pas au &#171; sens juridique &#187;, c'est-&#224;-dire aux dimensions effectives et positives. Or, c'est l&#224; que nous devons aborder la seconde question pos&#233;e au d&#233;but de cette communication, puisque, si l'on se contente de rester &#224; une simple r&#233;f&#233;rence au droit, on se demande en quoi celle-ci se distingue de la mani&#232;re dont l'administration se sert des droits en tant que moyens techniques. &#192; l'heure de la globalisation &#233;conomique, le droit d&#233;clar&#233; pour les exclus semble &#234;tre ironiquement monopolis&#233; par les capitalistes qui poursuivent le d&#233;veloppement urbain dans les capitales des pays industrialis&#233;s Ces consid&#233;rations &#233;tant connues, il est urgent de r&#233;animer un tel recours au droit, en donnant une nouvelle interpr&#233;tation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Harvey &#233;crit qu'&#171; en reconnaissant que, comme l'&#233;crit Marx dans &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;, &#8220;entre droits &#233;gaux, la force d&#233;cide&#8221;, on affirme que la d&#233;finition du droit fait elle-m&#234;me l'objet d'une lutte, laquelle doit se d&#233;rouler en m&#234;me temps que la lutte pour sa concr&#233;tisation (23) &#187;. &#192; cette remarque, nous allons essayer de superposer le mot de Claude Lefort comme suit : &#171; le pouvoir peut bien d&#233;nier le droit, mais est incapable de se priver de sa r&#233;f&#233;rence (24) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'opposition de droit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#12288;Pour quelle raison Lefort critique Marx lorsqu'il envisage une relation entre la politique et la D&#233;claration des droits de l'homme ? La r&#233;ponse est tr&#232;s simple : S&lt;i&gt;ur la question juive&lt;/i&gt; est pour lui un obstacle &#224; la connaissance de ce lien. La critique qu'il lance se r&#233;sume en ceci : dans son commentaire sur la D&#233;claration des droits de l'homme, Marx l'attribuant aux individus atomis&#233;s et, de la sorte, &#224; l'id&#233;ologie de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, finit par ignorer ce qu'elle rend possible. D'apr&#232;s Lefort, il identifie l'&#233;mancipation politique &#224; une &#233;tape de l'&#233;mancipation humaine en m&#234;me temps qu'il trouve qu'elle tombe dans l'illusion o&#249; l'homme est divis&#233; en deux : d'une part, il devient un bourgeois qui poursuit son int&#233;r&#234;t dans la soci&#233;t&#233; civile ; d'autre part, il devient abstrait, il ne se trouve nulle part. En revanche, Lefort explique que la libert&#233; de la presse garantie par la D&#233;claration ne se r&#233;duit pas &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise compos&#233;e d'individus monadiques, mais que ce qu'elle cr&#233;e est &#171; une dimension transversale des rapports sociaux &#187; : &#171; le droit de l'un de parler, d'&#233;crire, d'imprimer librement implique celui de l'autre d'entendre, de lire, de conserver et de transmettre la chose imprim&#233;e. Par la vertu de l'&#233;tablissement de ces rapports, se constitue une situation dans laquelle l'expression est suscit&#233;e, o&#249; la dualit&#233; du parler et de l'entendre dans l'espace public est multipli&#233;e au lieu de se figer dans la relation d'autorit&#233;, ou bien de se confiner dans des espaces privil&#233;gi&#233;s &#187;. (25)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant ainsi, bien qu'il touche l&#233;g&#232;rement l'exp&#233;rience que Marx fait de l'&#233;chec de son activit&#233; dans la &lt;i&gt;Rheinishche Zeitung (La Gazette rh&#233;nane&lt;/i&gt;), Lefort ne la prend pas au s&#233;rieux. Son espoir trahi par la politique du nouveau roi prussien cens&#233; &#234;tre &#233;clair&#233;, Marx abandonne, avec sa confiance dans la libert&#233; de la presse, sa position th&#233;orique qu'Althusser qualifie d'&#171; humanisme rationaliste-lib&#233;ral, plus proche de Kant et de Fichte que de Hegel &#187;. Malgr&#233; tout, comme il le remarque, si l'homme concret chez Marx est toujours d&#233;termin&#233; par les conditions historico-socio-&#233;conomiques, sa conception correspond paradoxalement &#224; celle du conservateur tel que Joseph de Maistre : &#171; j'ai rencontr&#233; des Italiens, des Russes, des Espagnols, des Anglais, des Fran&#231;ais, je ne connais pas l'homme &#187;. Toutefois, l'homme que la D&#233;claration laisse ind&#233;termin&#233; est-il vraiment abstrait &#224; en &#234;tre ridiculis&#233; ? Lefort s'explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; l'id&#233;e de l'homme sans d&#233;terminations ne se dissocie pas de celle de &lt;i&gt;l'ind&#233;terminable&lt;/i&gt;. Les droits de l'homme ram&#232;nent le droit &#224; un fondement qui, en d&#233;pit de sa d&#233;nomination, est sans figure, se donne comme int&#233;rieur &#224; lui et, en ceci, se d&#233;robe &#224; tout pouvoir qui pr&#233;tendrait s'en emparer &#8211; religieux ou mythique, monarchique ou populaire. Ils sont, en cons&#233;quence, en exc&#232;s sur toute formulation advenue : ce qui signifie encore que leur formulation contient l'exigence de leur reformulation ou que les droits acquis sont n&#233;cessairement appel&#233;s &#224; soutenir des droits nouveaux (26). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bref, l'exc&#232;s qu'elle contient s'explique par le fait qu'une remise en question des droits constitutifs d'une soci&#233;t&#233; signifie d'embl&#233;e celle de l'ordre &#233;tabli. C'est ce que Joseph de Maistre et Marx ne voient pas, alors m&#234;me que Lefort rep&#232;re dans cette id&#233;e le foyer de la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa th&#233;orisation des relations entre les droits de l'homme et la politique n'est pas indiff&#233;rente &#224; la pratique des dissidents sovi&#233;tiques auxquels il apporte lui-m&#234;me son soutien. Ceux-ci se r&#233;f&#233;rant aux accords d'Helsinki &#8211; que ratifient en 1975 33 pays d'Europe, l'URSS ainsi que le Canada et les &#201;tats-Unis et qui affirment les libert&#233;s et droits de l'homme - s'engagent dans un mouvement contre le r&#233;gime totalitaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, Lefort souligne que ces relations ne se bornent pas aux institutions effectives mais qu'&#224; l'inverse, elles soul&#232;vent le probl&#232;me dans la soci&#233;t&#233; dite d&#233;mocratique parce que les droits ne peuvent pas se s&#233;parer de la conscience du droit, que leur efficacit&#233; se lie &#224; une mani&#232;re d'&#234;tre en soci&#233;t&#233; et que &#171; la simple conservation des avantages acquis ne fournit pas la mesure &#187; des droits (27). C'est ainsi que Lefort sugg&#232;re deux points qui indiquent la dimension symbolique du droit : en premier lieu, la conscience du droit ne peut pas se limiter &#224; l'objectivation juridique ; en second lieu se constitue l'espace public o&#249; &#171; l'&#233;criture des lois &#8211; comme &#233;criture sans auteur &#8211; n'a d'autre guide que l'imp&#233;ratif continu&#233; d'un d&#233;chiffrement de la soci&#233;t&#233; par elle-m&#234;me (28) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, le droit n'est plus un moyen technique uniquement utilis&#233; et appliqu&#233; par le gouvernement. Tout au contraire, d&#232;s lors que personne ne peut s'emparer de son sens, l'id&#233;e de droit s'expose &#224; divers champs d'interpr&#233;tation. En nommant la politique de l'id&#233;e de droit &lt;i&gt;opposition de droit&lt;/i&gt;, Lefort en donne les exemples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; n'est-ce pas [&#8230;] au nom de leurs droits que des femmes pr&#233;tendent faire reconna&#238;tre leur condition &#224; &#233;galit&#233; avec celle des hommes, que des homosexuels s'insurgent contre les interdits et contre la r&#233;pression dont ils sont l'objet, ou bien que se liguent des consommateurs, ou bien encore que des citadins et des ruraux pr&#233;tendent s'opposer &#224; la d&#233;vastation du milieu naturel ? Ces droits divers ne s'affirment-ils pas en raison d'une conscience du droit, sans garantie objective, et, tout autant en r&#233;f&#233;rence &#224; des principes publiquement reconnus qui se sont pour une part imprim&#233;s dans des lois et qu'il s'agit de mobiliser pour d&#233;truire les bornes l&#233;gales auxquelles ils se heurtent. [&#8230;] ne voit-on pas que sous la pouss&#233;e de ces droits, la trame de la soci&#233;t&#233; politique ou tend &#224; se modifier, ou appara&#238;t de plus en plus comme modifiable (29) ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien que le droit &#224; la ville soit absent de ce passage, est pr&#233;sente la signification propre &#224; Lefort du droit. Elle veut dire que de r&#233;interpr&#233;ter et r&#233;animer les principes sociaux que personne ne peut accaparer, m&#232;ne &#224; agir sur la soci&#233;t&#233; &#233;tablie et m&#234;me &#224; la transformer. C'est ainsi que le concept lefebvrien peut &#234;tre vu comme un &#171; exc&#232;s &#187; qui remettrait la mani&#232;re d'&#234;tre en ville sans cesse en cause et non pas comme un simple moyen technique. &lt;br class='autobr' /&gt; De m&#234;me que l'homme qui appara&#238;t dans la D&#233;claration ne cesse d'&#234;tre destin&#233; &#224; se reformuler du fait de son manque de d&#233;termination, l'urbain, dans le droit &#224; la ville, est exig&#233; d'&#234;tre red&#233;fini en l'absence de sa d&#233;termination. Un tel exc&#232;s s'explique par notre d&#233;sir social : quelle ville nous voulons. En outre, ce dernier ne peut se comprendre que si nous saisissons la situation urbaine d'o&#249; il vient. Comme Lefort le dit, la conscience du droit est irr&#233;ductible &#224; l'objectivation juridique et elle n'est pas n&#233;e &lt;i&gt;ex nihilo&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire, venu de rien. D&#232;s lors, la conscience du &lt;i&gt;droit &#224; la ville &lt;/i&gt; est d'une certaine mani&#232;re influenc&#233;e, surd&#233;termin&#233;e par la situation sociale et urbaine. Le dire ainsi ne fait pas retourner la philosophie politique de Lefort &#224; ce dont il veut se distinguer, &#224; savoir l'analyse socio-&#233;conomique sans instance politique. Parce qu'en conceptualisant la production de l'espace, Lefebvre d&#233;couvre aussi la dimension du droit et de la politique, qui se d&#233;robe au d&#233;terminisme &#233;conomique. C'est pourquoi nous avons pens&#233; l'id&#233;e de droit en articulant les logiques de la domination de l'espace et de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour conclure, si nous nous repla&#231;ons &#224; la fin de la deuxi&#232;me section de cet expos&#233;, l'assertion de Marx &#171; entre droits &#233;gaux, la force d&#233;cide &#187;, &#224; laquelle l'histoire donne beaucoup d'illustrations, doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e par celle de Lefort : &#171; le pouvoir peut bien d&#233;nier le droit, mais est incapable de se priver de sa r&#233;f&#233;rence &#187;. L'opposition de droit est actuelle, surtout pour la soci&#233;t&#233; japonaise o&#249;, face &#224; la tentative gouvernementale de r&#233;former la Constitution, certains r&#233;animent l'id&#233;e de paix, en r&#233;interpr&#233;tant le sens actuel de l'abandon de la guerre mentionn&#233; dans l'article 9. Comment &#234;tre aveugle devant une telle reformulation du droit traversant les mouvements sociaux aussi bien au Japon, &#224; Ta&#239;wan que dans le monde ?&lt;br class='autobr' /&gt; De plus, dans le paysage urbain apr&#232;s Lefebvre, que Saskia Sassen dessine dans le cadre de la &#171; ville-monde &#187; et que Niel Brenner, un des lefebvriens contemporains, qualifie d' &#171; Urbanisation plan&#233;taire (Planetary Urbanization) &#187; (30), qui pourrait nier que la &#171; cit&#233; &#187; devient de plus en plus le lieu de reformulation des droits ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors que la r&#233;f&#233;rence au droit est longuement consid&#233;r&#233;e comme voile dissimulant la r&#233;alit&#233;, cela suscite une sorte de r&#233;action cynique. Or, d'o&#249; sort-il ce cynisme, sinon du discours au 19e si&#232;cle, qui tient les droits de l'homme pour une id&#233;ologie de l'homme abstrait ? S'il y a la distinction du progr&#232;s social et du progr&#232;s technique, cela d&#233;pend de notre reformulation du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Henri Lefebvre, &lt;i&gt;Le manifeste diff&#233;rentialiste&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard,1970, pp. 43-45.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 David Harvey, trad. fr. par Luc Beno&#238;t, &#171; R&#233;inventer la g&#233;ographie &#187;, &lt;i&gt;G&#233;ographie et capital : vers un mat&#233;rialisme historico-g&#233;ographique&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 2010, pp. 83-107, pp. 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Voir &#224; ce sujet : Michael Scott Christofferson, &lt;i&gt;Les intellectuels contre la gauche &#8211; l'id&#233;ologie antitotalitaire en France&lt;/i&gt; (1968-1981), Marseil, Agone, 2e &#233;dition, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Eric Hazan, &lt;i&gt;L'invention de Paris&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, coll. &#171; Points &#187;, 2002, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Fran&#231;oise Choay, &lt;i&gt;Pour une anthropologie de l'espace&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2006, p. 312.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Thierry Oblet, &lt;i&gt;Gouverner la ville : les voies urbaines de la d&#233;mocratie moderne,&lt;/i&gt; Paris : Presses Universitaires de France, pp, 100-101.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Kristin Ross, Fast Cars, Clean Bodies : &lt;i&gt;Decolonization and the Reordering of French Culture&lt;/i&gt;, Cambridge : MIT Press, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Lefebvre, &lt;i&gt;La vie quotidienne dans le monde moderne&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1968, p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 &#171; Dans les ann&#233;es 1960 en Grande-Bretagne, plus que partout ailleurs, la g&#233;ographie &#233;tait li&#233;e &#224; la planification : l'am&#233;nagement du territoire et &#224; l'urbanisme. C'&#233;tait l'&#233;poque o&#249; l'h&#233;ritage de l'Empire &#233;tait devenu encombrant, et o&#249; l'on se d&#233;tournait de l'id&#233;e que la g&#233;ographie pourrait ou devrait jouer un r&#244;le &#224; l'&#233;chelle du monde, voire contribuer aux d&#233;bats g&#233;opolitiques. Il en r&#233;sultait une approche fortement pragmatique qui s'effor&#231;ait de transformer la g&#233;ographie en auxiliaire de la planification en Grande-Bretagne &#187;. David Harvey, &lt;i&gt;G&#233;ographie et capital, vers un materialism historic-g&#233;ographique&lt;/i&gt;, trad. fr. par Stathis Kouv&#233;lakis, Thierry Labica, Nicolas Viellecazes et autres, Paris, Syllepse, 2010, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Oblet, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Henri Lefebvre, &lt;i&gt;Du rural &#224; l'urbain,&lt;/i&gt; Paris, Anthropos, Troisi&#232;me &#233;dition, 2001(1970), p. 114.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Sur ce point, voir un d&#233;bat sur Heidegger, auquel participent Lefebvre et Axelos : Henri Lefebvre, Kostas Axelos, Jean Beaufret et Fran&#231;ois Ch&#226;telet, &#171; Karl Marx et Heidegger (28 mai 1959) &#187; in Kostas Axelos, &lt;i&gt;Argument d'une recherche&lt;/i&gt;, Paris, Minuit, 1969, pp. 93-105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Bruce B&#233;gout, &lt;i&gt;La d&#233;couverte du quotidien&lt;/i&gt;, Paris, Allia, 2005, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Lefebvre, &lt;i&gt;Du rural &#224; l'urbain&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 198.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 David Harvey, &lt;i&gt;Social Justice and the City.&lt;/i&gt; Edward Arnold, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 Henri Lefebvre,&lt;i&gt; La r&#233;volution urbaine&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1970, p. 212.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 204-205.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18 &#171; L'&#8216;immobilier' , comme on dit, joue le r&#244;le d'un secteur second, d'un circuit parall&#232;le &#224; celui de la production industrielle travaillant pour le march&#233; des &#8216;biens' non durables ou moins durables que les &#8216;immeubles'. Ce secteur second absorbe les chocs. En cas de d&#233;pression, vers lui affluent les capitaux. [&#8230;] Dans la mesure o&#249; le circuit principal, celui de la production industrielle courante des biens &#8216;mobiliers', ralentit son essor, les capitaux vont s'investir dans le secteur second, celui de l'immobilier. Il peut m&#234;me arriver que la sp&#233;culation fonci&#232;re devienne la source principale, le lieu presque exclusif de &#8216;formation du capital', c'est-&#224;-dire de r&#233;alisation de la plus-value. Tandis que baisse la part de la plus-value globale form&#233;e et r&#233;alis&#233;e dans l'industrie, grandit la part de la plus-value form&#233;e et r&#233;alis&#233;e dans la sp&#233;culation et par la construction immobili&#232;re. Le circuit second supplante le principal &#187;. &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., 211-212.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 Henri Lefebvre, &lt;i&gt;La survie du capitalisme, la reproduction des rapports de production&lt;/i&gt;, Paris, Anthropos, 2002 (1973), p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 Ross, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 155.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 Henri Lefebvre, &lt;i&gt;&#171; Les ph&#233;nom&#232;nes urbains &#187;, Mai 68, l'irruption&#8230;&lt;/i&gt;, Paris, Syllepse, 1998(1968), pp. 89-92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 Henri Lefebvre, &lt;i&gt;Le droit &#224; la ville suivi de Espace et Politique, Paris, &#201;ditions Anthropos, 1972, p. 259.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 David Harvey, &lt;i&gt;Villes Rebelles&lt;/i&gt;, Paris, Buchet Chastel, 2015, p. 19 [la traduction l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24 Claude Lefort, &lt;i&gt;L'invention d&#233;mocratique&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1994(1981), p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 66-67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 69.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., pp. 69-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 Neil Brenner (Eds.), &lt;i&gt;Implosions/Explosions : Towards a Study of Planetary Urbanization, &lt;/i&gt; Berlin : JOVIS Verlag, 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La question spatio-temporelle de la contemporan&#233;it&#233; : deux modes du contr&#244;le de l'espace</title>
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		<dc:date>2011-09-27T20:28:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Shu HIRATA</dc:creator>



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&lt;p&gt;La question spatio-temporelle est contemporaine, parce que notre monde s'emplit de multiples flux que l'am&#233;nagement du territoire contribue &#224; faire circuler. C'est l'inauguration de r&#233;seaux autoroutiers et a&#233;riens accompagn&#233;e de l'urbanisme des ann&#233;es 1960 et de ceux de l'information &#224; l'&#226;ge des r&#233;volutions num&#233;rique et d'internet se produisant au tournant des ann&#233;es 2000. En confortant l'interaction et l'interd&#233;pendance des hommes et de leurs r&#233;gions dans le monde, cette pr&#233;valence des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=25" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; &#224; Porto fin aout 2011&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question spatio-temporelle est contemporaine, parce que notre monde s'emplit de multiples flux que l'am&#233;nagement du territoire contribue &#224; faire circuler. C'est l'inauguration de r&#233;seaux autoroutiers et a&#233;riens accompagn&#233;e de l'urbanisme des ann&#233;es 1960 et de ceux de l'information &#224; l'&#226;ge des r&#233;volutions num&#233;rique et d'internet se produisant au tournant des ann&#233;es 2000. En confortant l'interaction et l'interd&#233;pendance des hommes et de leurs r&#233;gions dans le monde, cette pr&#233;valence des r&#233;seaux acc&#233;l&#232;re le processus de production et d'&#233;change des marchandises, informations, services, etc. Cependant, contrairement &#224; la pr&#233;tention de Tomas Friedman, &#171; la terre est plate &#187;, titre de son ouvrage, ce processus progresse in&#233;galement. C'est pourquoi il y a le d&#233;placement des populations de pays pauvres vers les grandes m&#233;tropoles. Mais les politiques d'immigration limitent les entr&#233;es pour contr&#244;ler les flux. Aujourd'hui, &#224; quoi sert un tel contr&#244;le ? Il semble qu'il serve &#224; d&#233;terminer et consolider les lignes de fronti&#232;re, les conditions du d&#233;placement, la fa&#231;on de former une soci&#233;t&#233;. Qu'est-ce qu'une soci&#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par le contr&#244;le des flux ? Ce questionnement nous conduit &#224; faire appel aux r&#233;flexions sur les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le men&#233;es par Gilles Deleuze &#224; partir de celles de Paul Virilio, ainsi que de William Burroughs et Michel Foucault, ces trois personnes que celui-l&#224; consid&#232;re comme pr&#233;curseurs de cette probl&#233;matique. Premi&#232;rement, nous dessinerons en particulier un parall&#232;le des pens&#233;es entre Deleuze et Virilio. De cette comparaison, nous d&#233;duirons deux modes du contr&#244;le de l'espace. Deuxi&#232;mement, nous nous focaliserons sur les diff&#233;rences et penserons comment le dehors du contr&#244;le se cr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1)	Le parall&#232;le des pens&#233;es entre Deleuze et Virilio concernant les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule, un peu pessimiste, des soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le pos&#233;e par Deleuze est bien connue : le passage des soci&#233;t&#233;s disciplinaires &#224; celles de contr&#244;le. Les secondes se distinguent des premi&#232;res du point du vue du changement de milieu o&#249; elles fonctionnent : les soci&#233;t&#233;s disciplinaires fonctionnent dans l'espace clos qui se caract&#233;rise par la prison, l'&#233;cole, l'h&#244;pital, la caserne, l'usine, etc. tandis que les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le s'articulent autour de l'espace ouvert qui, &#224; pr&#233;cis&#233;ment parler, n'est pas un espace d&#233;termin&#233;, mais celui du d&#233;placement en tant que trajet d'un lieu &#224; un autre. Ce changement de milieu nous am&#232;ne &#224; &#233;claircir le deuxi&#232;me caract&#232;re de la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le, son fonctionnement lui-m&#234;me : l'enfermement qu'est la soci&#233;t&#233; disciplinaire impose &#224; chaque espace clos le mod&#232;le des moulages distincts, qui impose sa forme en tant que discipline aux membres appartenant &#224; chaque espace en tant que sa mati&#232;re, &#171; mais les contr&#244;les sont une modulation, comme un moulage auto-d&#233;formant qui changerait contin&#251;ment, d'un instant &#224; l'autre &#187; (Deleuze 1990 : 242). Autrement dit, la modulation s'exerce sans cesse pour ajuster des multiples flux sur la mesure de &#171; juste &#224; temps (just in time) &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici nous pourrions r&#233;interpr&#233;ter ce passage des soci&#233;t&#233;s disciplinaires aux soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le comme &#233;tant la coexistence de deux modes du contr&#244;le de l'espace, non pas un simple passage de l'un &#224; l'autre, parce que l'espace clos et la fonction de l'enfermement n'ont jamais disparus et que les espaces clos et ouvert coexistent, c'est-&#224;-dire, se superposent. Cette r&#233;interpr&#233;tation du texte de Deleuze pourrait montrer une affinit&#233; avec certaines remarques de Virilio. En commen&#231;ant par faire des &#233;tudes sur la &#171; forteresse Europe &#187; construite par le Nazisme en comparaison avec le progr&#232;s d'une technologie militaire, ses r&#233;flexions &#233;tendues &#224; la longue histoire de l'espace militaire en Europe sont r&#233;alis&#233;es dans ses premiers livres comme Bunker arch&#233;ologie et l'ins&#233;curit&#233; du territoire. Il y a un parall&#232;le de pens&#233;e avec Deleuze, c'est-&#224;-dire deux modes du contr&#244;le de l'espace. Au niveau de la dimension spatiale, Virilio &#233;tablit une sorte de typologie de la construction d'un espace. En r&#233;f&#233;rence au mythe de la fondation de Rome par Romulus, nous racontant que franchir la fronti&#232;re conduit au fratricide, Virilio, induit que tracer la fronti&#232;re d'un territoire am&#232;ne &#224; tracer la ligne de partage entre vie et mort. De cette observation, Virilio d&#233;veloppe ses r&#233;flexions sur &#171; &#171; ce qui fait de la d&#233;fense la forme la plus forte d'un combat &#187; &#187;, phrase remarqu&#233; par Clausewitz, pour voir &#171; comment la construction de toute protection est, en soi, un acte de violence sociale &#187;, et tire sa conclusion : &#171; la naissance de l'Etat, c'est donc pr&#233;cis&#233;ment (&#8230;) la construction de l'artificialit&#233; de son champ au sein du champ de la socialit&#233;. C'est l'Etat qui, d&#232;s l'origine, cr&#233;e et oppose artificialit&#233; et naturalit&#233; sociales, c'est pourquoi l'Etat c'est toujours la cour, la ville (l'Urstaat) &#187; (Virilio 1976/1993 : 80). Tracer les lignes de la fronti&#232;re sur la terre, construire physiquement l'enceinte selon ces lignes et y imposer l'interdit de les franchir aux habitants, ainsi s'organise un espace. L'Etat rend un espace son territoire &#224; condition que l'architecture en tant qu'art de b&#226;tir se double de la loi qui &#233;nonce l'interdit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second mode de l'organisation de l'espace se construit par la vitesse que Virilio d&#233;finit comme essence de la technologie. Comment le concept de vitesse se rapporte &#224; l'organisation de l'espace ? Il signifie la r&#233;duction de la distance entre ici et ailleurs en un (quasi) instant. Ainsi, sur le temps r&#233;el, compression de distance entre l'ici et l'ailleurs par la vitesse des m&#233;dias de mass, se replient les horizons des espaces r&#233;els, l'ici et l'ailleurs o&#249; les corps vivants se situent. En d'autres termes, le temps r&#233;el boucle l'ici et l'ailleurs dans le m&#234;me cadre comme une enceinte &#171; immat&#233;rielle &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Maintenant, il est important de remarquer que sa th&#233;matique de &#171; l'enceinte &#187; est r&#233;currente. Ici, nous citons des passages de Virilio concernant la relation entre la vitesse de la voiture et son appropriation par le pouvoir &#233;tatique. &#171; Le pouvoir politique de l'&#201;tat (&#8230;), plus mat&#233;riellement il est polis, police c'est-&#224;-dire voirie et ceci dans la mesure o&#249;, depuis l'aube de la r&#233;volution bourgeoise, le discours politique n'est qu'une s&#233;rie de prises en charge plus ou moins conscientes de la vieille poliorc&#233;tique communale&#65339;l'art de assi&#233;ger les villes&#65341;, confondant l'ordre social avec le contr&#244;le de la circulation (des personnes, des marchandises) et la r&#233;volution, l'&#233;meute avec l'embouteillage, le stationnement illicite, le carambolage, la collision &#187; (Virilio 1977 : 23-24). Dans le trajet du d&#233;placement m&#234;me, il y a un certain type de fronti&#232;re qui est destin&#233; &#224; r&#233;duire le pouvoir de d&#233;placement &#224; la simple circulation des marchandises et de la force de travail. Ici, &#171; une limite de vitesse &#187; en tant que loi devient une sorte d'&#171; enceinte &#187; pour entraver notre d&#233;placement qui est une des libert&#233;s les plus fondamentales. Ces observations de Virilio sont semblables au contr&#244;le d'environnement que Triziana Villani, une commentatrice de Deleuze, rel&#232;ve chez lui. Ainsi nous avons avec nos deux philosophes, deux modes de contr&#244;le de l'espace : d'un c&#244;t&#233;, le premier mode se rapporte aux fronti&#232;res physiques, de l'autre, le second, au d&#233;placement, trajet, emplois du temps, c'est-&#224;-dire, &#171; fronti&#232;re mobile &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2)	Une terre et un peuple qui manquent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face &#224; ces deux modes du contr&#244;le de l'espace, Que pouvons-nous faire ? Que pouvons-nous penser ? Nous avons mis en avant le parall&#232;le de pens&#233;e entre Deleuze et Virilio. Mais il est temps de clarifier la diff&#233;rence entre les deux philosophes. Dans Mille Plateaux en collaboration avec F&#233;lix Guattari, Deleuze s'inspirant de Virilio d&#233;veloppe ses analyses sur la relation entre Etat et guerre, tandis qu'il le critique dans sa diff&#233;renciation conceptuelle de la vitesse en trois types : vitesse &#224; tendance r&#233;volutionnaire (&#233;meute, gu&#233;rilla), puis celle r&#233;gul&#233;e, appropri&#233;e par l'appareil d'Etat (voirie), enfin celle reproduite par une organisation mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette distinction nous conduit &#224; penser au dehors du contr&#244;le. Du reste, ce dehors pr&#233;suppose qu'il y a une sorte de &#171; mod&#232;le &#187; &#224; l'int&#233;rieure du contr&#244;le. Le mod&#232;le se nomme &#171; majorit&#233; &#187; et le contr&#244;le sert pour elle. La majorit&#233; ne peut pas pour autant &#234;tre d&#233;finie par la force du nombre, mais plut&#244;t par le mod&#232;le : par exemple, &#171; l'Europ&#233;en moyen adulte m&#226;le habitant des villes &#187; (Deleuze 1990 : 235). Cet exemple n'est pas majoritaire au sens du nombre. Dans le cadre du contr&#244;le des fronti&#232;res et des d&#233;placements destin&#233; &#224; servir la majorit&#233;, que veut dire la &#171; cr&#233;ation &#187; du dehors des soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le. Bien s&#251;r, la r&#233;sistance aux soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le ne finit pas par la destruction de la vid&#233;o surveillance ou d'intrusion de l'autre territoire. Il ne s'agit pas de d&#233;marrer une sorte de mouvement luddite. Mais se d&#233;tourner du contr&#244;le, c'est se d&#233;prendre de la majorit&#233;. C'est l&#224; que la cr&#233;ation du dehors se r&#233;v&#232;le &#234;tre la constitution d' &#171; une terre qui manque &#187;, qu'un devenir-mineur ou bien un peuple &#224; venir occupera. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La cr&#233;ation de concepts fait appel en elle-m&#234;me &#224; une forme future, elle appelle une nouvelle terre et un peuple qui n'existe pas encore. L'europ&#233;anisation ne constitue pas un devenir, elle constitue seulement l'histoire du capitalisme qui emp&#234;che le devenir des peuples assujettis. L'art et la philosophie se rejoignent sur ce point, la constitution d'une terre et d'un peuple qui manquent, comme corr&#233;lat de la cr&#233;ation. (&#8230;) Ce peuple et cette terre ne se trouveront pas dans nos d&#233;mocraties. Les d&#233;mocraties sont des majorit&#233;s, mais un devenir est par nature ce qui se soustrait toujours de la majorit&#233;&#8221; (Deleuze/ Guattari 1991/2005 : 104). &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet extrait, Deleuze et Guattari identifient la majorit&#233; avec la d&#233;mocratie et les opposent au devenir d'un peuple. Pour eux, &#171; les devenirs sont minoritaires, tout devenir est un devenir-minoritaire &#187; (Deleuze/ Guattari 1980 : 356). Un devenir-minoritaire est &#233;galement diff&#233;rent de l'&#233;tat de minorit&#233;. Il implique qu'un double mouvement : d'une part il se soustrait lui-m&#234;me &#224; la majorit&#233;, d'autre part il se lib&#232;re de l'&#233;tat de minorit&#233;. Ce double mouvement affecte le rapport entre majorit&#233; et minorit&#233; sans conqu&#233;rir le m&#234;me statut de majorit&#233; (on prend un exemple : la lib&#233;ration des femmes ne peut pas finir par devenir homme : elle a pour but d'obtenir &#224; la fois les droits de l'&#233;galit&#233; avec hommes et de la diff&#233;rence avec eux) ou de pouvoir &#233;tatique. C'est aussi une mani&#232;re pour la minorit&#233; de retracer une fronti&#232;re entre majorit&#233; et minorit&#233; et de se constituer en peuple qui manque. Sous cet angle, ce mouvement signifie aussi qu'une r&#233;sistance aux soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le est in&#233;vitablement accompagn&#233;e d'une cr&#233;ation, celles d'une terre et d'un peuple qui manquent. Ainsi se corrobore une phrase de nos auteurs, &#171; cr&#233;er, c'est r&#233;sister : de purs devenirs, de purs &#233;v&#233;nement sur un plan d'immanence &#187; (Deleuze/ Guattari 1991/2005 : 106).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous r&#233;sumerons l'argument d&#233;velopp&#233; jusqu'ici pour r&#233;pondre &#224; la question initiale, c'est-&#224;-dire, &#224; la question spatio-temporelle, qui est notre contemporan&#233;it&#233;. Deux modes du contr&#244;le de l'espace, qui nous montre le parall&#232;le de pens&#233;e entre Deleuze et Virilio, traverse les fronti&#232;res et les d&#233;placements. Ces modalit&#233;s approfondissent le contr&#244;le sur les corps, peuple, espace, temps, marchandises, images, etc. Elles constituent aussi notre contemporan&#233;it&#233;. Mais cela ne signifie pas que notre temps est confront&#233; &#224; une nouvelle ali&#233;nation qui d&#233;rive de la perte des liens et des lieux d'une communaut&#233;. Le dehors du contr&#244;le consiste non seulement &#224; restaurer de tels lien et lieu, mais aussi &#224; cr&#233;er un peuple et une terre qui manquent. Donc il faut penser un devenir. Devenir est l'art de cr&#233;er un nouveau rapport entre majorit&#233; et minorit&#233; et entre peuple et terre pour r&#233;sister au contr&#244;le. Cr&#233;er et r&#233;sister restent contemporains. Le contr&#244;le coexiste avec la r&#233;sistance &#224; lui et ces deux activit&#233;s semblent former impr&#233;visiblement notre contemporan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deleuze, Gilles (1990), &#8220;Post-scriptum sur les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le&#8221;, Pourparlers, Paris, Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze, Gilles/ Guattari, Felix (1972), L'Anti-&#338;dipe, Paris, Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze, Gilles/ Guattari, Felix (1980), Mille plateaux, Paris, Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze, Gilles/ Guattari, Felix (1991/2005), Qu'est-ce que la philosophie, Paris, Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deleuze, Gilles/ Parnet, Claire (1996), Dialogues, Paris, Flammarion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donzelot, Jacques (2006), Quand la ville se d&#233;fait, Quelle politique face &#224; la crise des banlieues ?, Paris, Seuil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedman, L, Thomas (2007), The World is flat 3.0, Picador, Trade Paperback Edition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Guillaume Sibertin-Blanc (2010), Deleuze et l'Anti-&#338;dipe, la production du d&#233;sir, Paris, Presses Universitaires de France.&lt;br class='autobr' /&gt;
Villani, Tiziana (2007), &#8220;Gilles Deleuze et les soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le, in Antonioli, Manola, Chrdel, Pierre-Antoine et Regnauld, Herr&#233;, Gilles Deleuze, Felix Guattari et le Politique, Paris, Edition du Sandre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Virilio, Paul (1975/2008), Bunker arch&#233;ologie, Paris, Galil&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Virilio, Paul (1976/1993), L'ins&#233;curit&#233; du territoire, Paris, Galil&#233;e, 2e &#233;dition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Virilio, Paul (1977), Vitesse et politique, Paris, Galil&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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