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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>R&#233;ponse &#224; la &#034;lettre de loin&#034; d'Alain Brossat</title>
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		<dc:creator>Philippe Hauser</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a dans le texte d'Alain Brossat une &#233;nergie hors du commun, probablement &#224; la hauteur des urgences qu'il y d&#233;crit. Je partage comme souvent beaucoup de ses arguments &#8211; je suis de plain-pied ou plut&#244;t de plain-esprit avec lui &#8211;, mais je dois avouer que la forme (l'article) et sa dimension n&#233;cessairement resserr&#233;e donnent parfois une impression de rapidit&#233;, voire de pr&#233;cipitation &#8211; d'urgence justement &#8211; qui laisse le lecteur que je suis un peu sur sa faim. A l'&#233;vidence ce texte pourrait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a dans le texte d'Alain Brossat une &#233;nergie hors du commun, probablement &#224; la hauteur des urgences qu'il y d&#233;crit. Je partage comme souvent beaucoup de ses arguments &#8211; je suis de plain-pied ou plut&#244;t de plain-esprit avec lui &#8211;, mais je dois avouer que la forme (l'article) et sa dimension n&#233;cessairement resserr&#233;e donnent parfois une impression de rapidit&#233;, voire de pr&#233;cipitation &#8211; d'urgence justement &#8211; qui laisse le lecteur que je suis un peu sur sa faim. A l'&#233;vidence ce texte pourrait ou devrait se subdiviser en chapitres approfondis, car ce qu'il y dit ne peut pas souffrir l'approximation. Or sur le point qui me para&#238;t essentiel &#8211; le retard que nous aurions par rapport au r&#233;gime d'histoire dans lequel nous sommes &#8211; il passe sans doute beaucoup trop vite. Au moins devrait-il formuler cette th&#232;se puissante avec davantage de pr&#233;cautions, sous la forme d'hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;but du texte donne l'impression d'une mutation profonde et r&#233;cente du PS et de la social-d&#233;mocratie. Comme si le PS avait conserv&#233; son essence de parti de gauche r&#233;formiste jusqu'&#224; une &#233;poque tr&#232;s r&#233;cente, et qu'il avait mut&#233; vers une forme encore inconnue sous l'action des circonstances. On comprend &#233;videmment &#224; la fin du texte que ce n'est pas sp&#233;cifiquement le PS qui a chang&#233;, mais tout le r&#233;gime de la politique qui est entr&#233; dans une nouvelle phase de son histoire (l'id&#233;e d'un nouveau r&#233;gime d'histoire). Au regard de l'histoire des 70 derni&#232;res ann&#233;es, cela peut sembler un peu curieux. Sous la IV&#176; R&#233;publique ce sont bien les socialistes, ou leurs s&#233;ides qui sont au pouvoir. C'est sous Auriol que commence la guerre d'Indochine, Mitterrand est un tortionnaire d'Alg&#233;rie, etc. De sorte qu'il me semble que le PS sous Valls est fid&#232;le &#224; son histoire. C'est un parti d'Etat &#8211; et c'est ce qui en fait un parti absolument diff&#233;rent dans sa nature du PCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dirais pas non plus comme lui que le motif de la n&#233;cessaire d&#233;claration de guerre &#224; cette forme de d&#233;mocratie et &#224; l'Etat qui en est le garant, c'est que ceux qui en ont la charge font peser un &#171; p&#233;ril sur nos vies &#187;. Cela supposerait que les fonctions thanatopolitiques l'emporteraient d&#233;sormais sur les fonctions biopolitiques de l'Etat. Ce qui reste &#224; d&#233;montrer &#8211; la mort de R&#233;mi Fraisse, pas plus d'ailleurs que les 15000 morts de Frontex ne constituant &#224; mon sens une preuve. Ce qui n'enl&#232;ve &#233;videmment rien au caract&#232;re mortif&#232;re de la politique des Etats contemporains. Ou alors il faudrait admettre que la d&#233;mocratie immunitaire dont parle Alain Brossat n'a jamais exist&#233;, qu'elle est un leurre qui dissimule mal le fait que l'Etat ait &#233;t&#233; depuis 1945 un r&#233;gime d'exception&#8230; Les &#171; flux de mort &#187; ne sont pas dirig&#233;s, en v&#233;rit&#233;, contre des gens comme lui et moi. Pour nous il n'y a pas p&#233;ril. Il reviendra de Taiwan sans &#234;tre inqui&#233;t&#233; ni par son texte ni par ses mouvements dans le ciel mondial, et je pourrais passer la fronti&#232;re marocaine avec un kilo d'herbe sans trop de difficult&#233;s. Bref, il y a bien aujourd'hui un r&#233;gime d'exception mais qui ne concerne qu'une fraction de la soci&#233;t&#233;, disons un corps tuable. Et c'est cela et rien d'autre qui justifie &#171; notre &#187; d&#233;claration de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me si le fascisme est le &#171; d&#233;j&#224;-l&#224; &#187;, dans les institutions et dans les t&#234;tes, rien n'interdit alors &#8211; au contraire &#8211; de dire qu'il &#233;tait l&#224; sous de Gaulle, ce qui justifie d'une certaine mani&#232;re les CRS-SS de 68. L'&#233;tat d'exception pour les Alg&#233;riens en France et en Alg&#233;rie comme les m&#233;thodes de Papon, comment les appeler autrement ? Or c'est peut-&#234;tre cet aspect de la r&#233;flexion qui reste probl&#233;matique dans son texte. Il me semble que la mort de R&#233;mi Fraisse n'a pas grand-chose &#224; voir avec l'extermination de 300 alg&#233;riens &#224; Paris en 61&#8230; En d'autres termes, et c'est mon objection majeure, je ne crois pas que le dispositif &#233;tatique soit tourn&#233; de la m&#234;me mani&#232;re aujourd'hui et hier : il y a bien &#233;tat d'exception au moment du putsch d'Alger et exception permanente jusqu'&#224; l'amnistie des dirigeants de l'OAS, pas aujourd'hui il me semble. Bien s&#251;r des juges attendent le retour des jeunes de Daech s'ils reviennent un jour. Mais dans le m&#234;me temps les dispositifs scolaires op&#232;rent pour rep&#233;rer de jeunes candidats au djihad. Pour emp&#234;cher bien s&#251;r que les cours de r&#233;cr&#233; se transforment en camps d'entra&#238;nement, mais aussi pour faire &#339;uvre de pr&#233;vention, pour garder en cons&#233;quence dans le champ des inclus tous ceux qui ont vocation &#224; y &#234;tre, et en particulier de jeunes vrais fran&#231;ais &#233;gar&#233;s (ceux qui sont en Syrie mais s'appellent C&#233;dric ou Thomas)&#8230; Fonction sociopolitique normale de l'Institution qui compte ses ouailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs la question du soul&#232;vement pose probl&#232;me : avec qui ? S'il s'agit seulement de remettre en oeuvre la posture de celui qui confortablement assis depuis 50 ans se soul&#232;ve enfin &#8211; quitte sa chaire, descend dans la rue &#8211; quelle diff&#233;rence avec n'importe lequel des mouvements d'indign&#233;s tels qu'on les voit partout dans le monde, et dont la finalit&#233; est de demander plus d'Etat protecteur, plus de biopolitique ou plus de libert&#233; d'expression pour les &#233;lites, journalistes, artistes, accessoirement philosophes. Si c'est dans un sens l&#233;niniste ou gramscien, ce que cela ne peut &#234;tre chez Alain Brossat, je le sais bien, se pose alors n&#233;cessairement la question de l'organisation et du parti, qui est la question que tous les r&#233;volutionnaires enrubann&#233;s dont il parle &#233;vitent soigneusement&#8230; D'ailleurs il dit vers la fin du texte que le peuple est absent, d&#233;fait et le constat est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question du retour de la m&#233;chancet&#233; comme signe du &#171; moment fasciste &#187;, qui m&#233;riterait tout un chapitre, je le suis lorsqu'il met Finkielkraut, Houellebecq et Zemmour dans le m&#234;me panier. Moins dans l'analogie que le lecteur retiendra n&#233;cessairement avec Baudelaire et C&#233;line&#8230; L&#224; encore on ne voit pas assez ce qu'il entend sous ce terme trop commun pour ne pas &#234;tre davantage conceptualis&#233;. Mais surtout il n'&#233;vitera pas qu'on lui retourne son argument : les lecteurs de Badiou par exemple, j'en connais quelques-uns, ne lui pardonneront pas sa &#171; m&#233;chancet&#233; &#187; pour leur mentor&#8230; Ce qui est contestable, c'est moins la m&#233;chancet&#233; que sa d&#233;finition comme &#171; menue monnaie du d&#233;sir de mort fasciste &#187;. Car &#8211; ses textes t&#233;moignent, ils sont m&#233;chants, et c'est aussi leur vertu &#8211; il n'y a peut-&#234;tre pas, vu les circonstances, d'alternative &#224; la m&#233;chancet&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques d&#233;tails encore : je ne dirais pas que les nazis sont &#171; arriv&#233;s aux affaires par effraction &#187;. C'est m&#234;me tout le contraire et c'est bien ce qui pose probl&#232;me. Le rapprochement Arendt/Deleuze m'&#233;tonne. Deleuze a-t-il vraiment lu Arendt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, tout ce qu'il &#233;nonce en fin de texte, qui a &#224; voir avec la &#171; catastrophe &#187;, le pr&#233;sent catastrophique dont parle Benjamin &#8211; l&#224; encore le mot peut-il d&#233;signer des r&#233;alit&#233;s essentiellement comparables en 1930 et 2014, je ne sais &#8211;, est amen&#233; par le d&#233;veloppement qu'il introduit au d&#233;but sur l'assassinat de R&#233;mi Fraisse. Il y a entretemps de multiples passages pour arriver &#224; cette conclusion. Je crois qu'on admettra plus la description du pr&#233;sent comme pr&#233;sent catastrophique &#224; partir d'analyses de la guerre en Syrie ou de la guerre &#224; Gaza, et de tout ce qui n&#233;cessairement est en train d'advenir dans cette partie du monde, qu'&#224; partir de la mort de R&#233;mi Fraisse. Si l'on voit (de mani&#232;re sensible, directe et en direct) en effet les flux de mort parcourir en long et en large tout le Moyen-Orient et une partie du Maghreb, si on peut voir des flux fascistes dans la violence des vigiles qui assassinent Overney ou encore des voltigeurs de Pasqua &#224; l'&#233;poque de Malik Oussekine, on les voit moins nettement aujourd'hui. Je lui accorde bien s&#251;r que les r&#233;cents d&#233;veloppements en Palestine et les interdictions de Cazeneuve ont un air de d&#233;j&#224;-vu. Cela n'enl&#232;ve rien &#224; la qualification d'assassinat. Mais cela indique &#224; mon sens une nette diff&#233;rence entre la mani&#232;re dont la police fran&#231;aise agit, et celle, par exemple, de la police am&#233;ricaine. Le meurtre de deux enfants noirs n'est pas une bavure, celle de R&#233;mi Fraisse non plus. Mais il y a dans un cas une fraction du corps social dont il est av&#233;r&#233; qu'elle est tuable et qu'elle constitue ce que Hamid Barkat appelait un corps d'exception. Ce qui est le cas de Roms ou des sans-papiers en France. Pas celui des manifestants de Sivens ni d'ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le suffrage universel ou l'usurpation d&#233;mocratique</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=213</link>
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		<dc:date>2012-05-03T07:36:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Philippe Hauser</dc:creator>



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&lt;p&gt;S'il ne fallait que donner une opinion sur l'&#233;lection qui vient, la question de savoir si le vote est un moindre mal, vu les circonstances, vu le peu d'alternative politique que repr&#233;sente aujourd'hui un parti dit &#171; d'opposition &#187;, ou un parti dit &#171; de gauche &#187;, cette question serait assez vite r&#233;gl&#233;e. J'ai donc suppos&#233; que l'on me demandait de prendre un peu de hauteur et d'en revenir aux principes, d'aborder cette question sur un plan plus universel, c'est-&#224;-dire sur un plan philosophique. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=27" rel="directory"&gt;Rencontres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'il ne fallait que donner une opinion sur l'&#233;lection qui vient, la question de savoir si le vote est un moindre mal, vu les circonstances, vu le peu d'alternative politique que repr&#233;sente aujourd'hui un parti dit &#171; d'opposition &#187;, ou un parti dit &#171; de gauche &#187;, cette question serait assez vite r&#233;gl&#233;e. J'ai donc suppos&#233; que l'on me demandait de prendre un peu de hauteur et d'en revenir aux principes, d'aborder cette question sur un plan plus universel, c'est-&#224;-dire sur un plan philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui m'est d'abord apparu, c'est que cette question, telle que vous l'avez pos&#233;e, est une question embarrassante. Et ce pour un certains nombres de raisons. Je commencerai donc cet expos&#233; par quelques remarques liminaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le vote renvoie au &#171; mod&#232;le d&#233;mocratique &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; cette forme d'organisation politique qui s'est d&#233;velopp&#233;e apr&#232;s le si&#232;cle des r&#233;volutions, pour faire &#233;chec aux r&#233;volutions, donc, tr&#232;s sch&#233;matiquement, &#224; partir de la fin du XIXe si&#232;cle. Je serai donc &#171; nominaliste &#187;, j'appellerai &#171; d&#233;mocratie &#187;, non une forme id&#233;ale de soci&#233;t&#233; politique telle qu'on en voit le concept dans les livres de philosophie, mais cette r&#233;alit&#233; qui forme notre pr&#233;sent, et qui nourrit en permanence la critique de ses adversaires. La d&#233;mocratie, c'est &#171; l'Etat de droit &#187; tel que la prose journalistique et politique en fait chaque jour la publicit&#233;. C'est cet Etat du &#171; moindre mal &#187; dont parlait Churchill.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_88 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/Phil_Hauser.jpg' width='288' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;2. La d&#233;mocratie est aujourd'hui une &#171; &#233;vidence &#187; plan&#233;taire, ce qui ne signifie &#233;videmment pas que tous les pays soient d&#233;mocratiques, qu'ils se conforment aux normes r&#233;put&#233;es ind&#233;passables de ce mod&#232;le. La Chine constitue l'exception la plus notable, elle appartient &#224; ce groupe d'Etats qui ont pour l'heure les moyens de r&#233;sister &#224; la lame de fond de la d&#233;mocratie universelle.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;mocratie (avec ses trois attributs majeurs qui en forment la substance : multipartisme, libert&#233; de la presse, suffrage universel) appara&#238;t donc de plus en plus comme un type &#171; naturel &#187; d'organisation, comme la fin de toute organisation politique rationnelle, une sorte de nouvel &#171; horizon ind&#233;passable de notre temps &#187;. M&#234;me l'Iran, honni pourtant par toutes les d&#233;mocraties occidentales, souscrit en partie &#224; ce mod&#232;le (existence d'une opposition, &#233;lections&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	3. Il ne saurait donc exister d'autre forme d'organisation politique l&#233;gitime, d'un point de vue d&#233;mocratique, que celle qui est librement consentie d'une part, et, d'autre part, que celle dont la structure m&#234;me garantit en permanence la vie et l'existence des sujets de cette organisation politique.&lt;br class='autobr' /&gt; Exit par cons&#233;quent la violence r&#233;volutionnaire, exit un type de l&#233;gitimit&#233; politique qui serait le produit de la lutte des classes. Une r&#233;volution n'est d&#233;sormais l&#233;gitime que si elle a pour but de cr&#233;er les conditions du multipartisme, de la libert&#233; de la presse et du suffrage universel. On voit par exemple tr&#232;s bien &#224; quel destin les r&#233;volutions arabes de 2011 semblent promises. On voit surtout &#224; quelles conditions elles pourront &#234;tre &#171; accept&#233;es &#187; par les d&#233;mocraties occidentales.&lt;br class='autobr' /&gt; Or il faut rappeler ici que la critique de &#171; gauche &#187; de la d&#233;mocratie parlementaire, repr&#233;sentative, la critique du suffrage universel, tout cela s'est fait longtemps &#8211; et notamment &#224; l'int&#233;rieur de la philosophie &#8211; au nom d'une autre forme de l&#233;gitimit&#233; politique : il faudrait relire ici la Critique de la raison dialectique de Sartre ; dans Humanisme et terreur (p. 51-53), Merleau-Ponty oppose d&#233;mocratie formelle et d&#233;mocratie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	4. La question est embarrassante parce que le vote &#8211; moindre mal ou moindre bien ? &#8211;, n'a pas le m&#234;me enjeu politique et social ici et l&#224;, ici et ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt; En 2012 on votera par exemple au Mexique. En 2006, le PRD &lt;i&gt;(Partido de la Revolucion Democratica&lt;/i&gt; d'Andr&#233;s Manuel Lopez Obrador) a failli remporter la victoire contre le PAN de Felipe Calderon (&lt;i&gt;Partido Accion Nacional&lt;/i&gt;). On sait que la victoire du PAN n'a &#233;t&#233; possible qu'au prix de fraudes massives. Le PRD constitue une alternative de type socialiste dont le programme s'inscrit dans le sillage de certaines exp&#233;riences politiques de gauche en Am&#233;rique latine. Certains veulent y voir la renaissance des id&#233;es progressistes de Lazaro Cardenas dans les ann&#233;es 30. Le PRD peut mettre en p&#233;ril les deux partis institutionnels mexicains &#8211; le PRI (&lt;i&gt;Partido Revolucionario Institucional&lt;/i&gt; ), au pouvoir pendant 70 ans &amp; le PAN au pouvoir depuis 2000 &#8211;, tous deux corrompus, tous deux li&#233;s au nacro-trafic et probablement &#224; la CIA, tous deux partisans, sous une forme ou sous une autre, de l'&#233;tat d'exception dans ce pays qui, de fait, est un pays en guerre. L'arm&#233;e occupe le terrain. &#171; Guerre de basse intensit&#233; &#187; certes, mais guerre tout de m&#234;me. En six ans, cette guerre a fait pr&#232;s de 60 000 morts. De plus, le PRD peut s'appuyer sur un mouvement ouvrier et des luttes sociales r&#233;elles. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans ces conditions, comment adopter une position philosophique, c'est-&#224;-dire comment d&#233;fendre une position de principe ? On voit bien que les conclusions auxquelles on pourrait aboutir en traitant la question du vote &#224; partir de l'exp&#233;rience politique occidentale, et en particulier &#224; partir de l'exp&#233;rience fran&#231;aise, ne peuvent &#234;tre rabattues sur des cas dont la tradition politique et l'histoire contemporaine sont fort diff&#233;rentes des n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	5. Enfin la question elle-m&#234;me me semble pouvoir &#234;tre entendue dans un double sens : le vote est-il un moindre mal pour le peuple ? pour la politique entendue comme mode d'organisation et de gouvernement que se donne librement la communaut&#233; ? Ou alors est-il un moindre mal pour les gouvernants, &#171; moindre mal &#187; signifiant alors qu'il serait un instrument d'encadrement tr&#232;s efficace des forces d&#233;mocratiques et des luttes de classes, un outil de canalisation des &#233;nergies politiques vives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le titre de l'expos&#233; : le suffrage universel ou l'usurpation d&#233;mocratique est donc &#224; mettre en question et en doute. Il n'avait d'&#233;vidence que dans l'instant o&#249; il a &#233;t&#233; extorqu&#233; &#224; celui qui fait aujourd'hui cet expos&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Et le probl&#232;me est bien l&#224; : dans ce titre probl&#233;matique dont on doit reconna&#238;tre &#224; la fois la n&#233;cessit&#233; et l'insuffisance.&lt;br class='autobr' /&gt; Car nous savons tous, pour peu que nous voulions bien r&#233;fl&#233;chir, que dans le jeu d&#233;mocratique (le vote est l'une de ses r&#232;gles essentielles, sinon sa r&#232;gle essentielle), il y a &lt;i&gt;usurpation&lt;/i&gt;, puisque quelques-uns parlent au nom de tous (le Peuple, la nation), et invoquent le citoyen (pour Cic&#233;ron l'&lt;i&gt;usurpatio&lt;/i&gt; c'est pr&#233;cis&#233;ment cette invocation du citoyen) comme fondement l&#233;gitime et seul fondement possible de leurs paroles et de leurs actions. En parlant et en agissant donc au nom de la communaut&#233;. C'est cet &#171; au nom de &#187; qui fait probl&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais nous reconnaissons tous aussi qu'il n'en peut &#234;tre autrement. Et qu'un Peuple, (ou une classe r&#233;volutionnaire) qui parlerait et agirait en permanence par lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me, cela n'existe pas.&lt;i&gt; &#171; On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assembl&#233; pour vaquer aux affaires publiques &#187;&lt;/i&gt; &#233;crit Rousseau au chapitre III du Contrat social. Bref, nous savons tous que le concept rousseauiste de &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187; est une fiction. Fiction n&#233;cessaire, mais fiction tout de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Comment sortir de ces h&#233;sitations ? En partant d'une analytique du pr&#233;sent, d'une &#171; ontologie politique &#187;. Non en essayant de comprendre ce que serait une &#171; d&#233;mocratie id&#233;ale &#187; : par cons&#233;quent, je ne ferai r&#233;f&#233;rence ni &#224; Rousseau, ni &#224; Robespierre, ni &#224; la constitution de l'an I (Art. 4 : &#171; la loi est l'expression libre et solennelle de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;), qui est la plus belle r&#233;alisation d'un projet philosophique, celui de Rousseau, au sein de l'ordre juridico-politique. Si l'on voulait se persuader que la philosophie peut exceptionnellement influencer la sph&#232;re du droit, on en aurait l&#224; une tr&#232;s belle illustration. Mais r&#233;p&#233;tons-le : ce ne sont l&#224; que des constructions id&#233;ales, qui ont peu &#224; voir avec la r&#233;alit&#233; d&#233;mocratique, telle qu'elle s'est mise en place en France avec la IIIe R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour comprendre ce qu'est ce mod&#232;le d&#233;mocratique, il faut donc aller aux sources de la &#171; pens&#233;e &#187; sociale et politique contemporaine, telle qu'elle appara&#238;t dans la sociologie fran&#231;aise de la fin du XIXe si&#232;cle. Elle constitue le double th&#233;orique de l'organisation politique qui se met en place avec la IIIe R&#233;publique, elle est comme le miroir, non seulement des aspirations des hommes de l'&#233;poque de Thiers et de Ferry, mais de celles de nos contemporains. &lt;i&gt;Les Le&#231;ons de sociologie&lt;/i&gt; (PUF) d'Emile Durkheim ne parlent pas seulement des derni&#232;res d&#233;cennies du XIXe si&#232;cle, elles disent notre temps, elles parlent de notre &#171; actualit&#233; &#187;. Ces analyses constituent donc un terrain d'enqu&#234;te fertile pour celui qui veut comprendre ce que sont les r&#232;gle du jeu d&#233;mocratique contemporain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El&#233;ment essentiel de toute organisation politique selon Durkheim : l'opposition des gouvernants et des gouvern&#233;s. Ce qui laisse entendre qu'il existe deux grandes formes de la d&#233;mocratie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	1. Une forme primitive de d&#233;mocratie o&#249; on ne rencontre gu&#232;re cette opposition. Tous les individus gouvernent plus ou moins. C'est le cas des soci&#233;t&#233;s primitives, qui sont incapables de s'&#233;carter de la tradition. Les chefs politiques ne sont pas plus &#233;clair&#233;s que les individus sans fonctions politiques sp&#233;ciales. Ce sont des soci&#233;t&#233;s o&#249;, de fait, le pouvoir est tellement diffus qu'il n'existe pas. (Dans l'&#233;tude qu'il fait des soci&#233;t&#233;s am&#233;rindiennes d'Amazonie, Pierre Clastres d&#233;fend lui aussi la th&#232;se que ce sont des soci&#233;t&#233;s sans v&#233;ritable pouvoir politique, mais pour en tirer des conclusions &#233;videmment tr&#232;s diff&#233;rentes. Cf. Pierre Clastres, &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; contre l'Etat&lt;/i&gt;, 1977, Les &#233;ditions de minuit). &lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui est tr&#232;s int&#233;ressant ici c'est que Durkheim rattache Rousseau &#224; cette forme primitive de d&#233;mocratie sans r&#233;elle s&#233;paration du pouvoir politique et de la soci&#233;t&#233; : la th&#233;orie de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale est donc un archa&#239;sme, tout comme les pratiques parlementaires du temps de Durkheim, puisque les repr&#233;sentants se sentent toujours li&#233;s et engag&#233;s par leurs mandants. Cette forme primitive est encore celle de la Commune, c'est l'id&#233;e du &#171; mandat imp&#233;ratif &#187; (p. 125), dont Durkheim fait, on s'en doute, la virulente critique. On peut d'ailleurs gager que la notion durkheimienne de la politique comme &#171; mise en ordre du social &#187; a pour but de r&#233;pondre par la th&#233;orie sociale aux d&#233;sordres de r&#233;volutions toujours possibles. La Commune, pour un disciple de Comte, est le dernier d&#233;sordre en date, il est ce type de p&#233;ril que le gouvernement moderne, aid&#233; par la science sociale, doit pr&#233;venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	2. Mais, &#233;crit Durkheim,&lt;i&gt; &#171; on ne saurait comparer un conseil de sachems &#224; notre organisation gouvernementale, m&#234;me la fonction serait-elle sensiblement la m&#234;me &#187;&lt;/i&gt; (p. 126). Il existe donc une forme moderne de la d&#233;mocratie, elle est rationnelle et constitue probablement pour Durkheim, &#233;l&#232;ve du positivisme, un mod&#232;le d&#233;finitif des soci&#233;t&#233;s politiques. &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce qui oppose le gouvernement et la masse des individus ? La conscience. Il existe deux formes distinctes de conscience. D'un c&#244;t&#233; une conscience claire, savante, experte pourrait-on dire, de l'autre des sentiments diffus, une conscience obscure, en v&#233;rit&#233; &#224; peine une conscience. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais ce qui donne sa force au mod&#232;le d&#233;mocratique, ce n'est pas cette s&#233;paration-opposition : c'est la communication qui existe entre l'organe sp&#233;cial du gouvernement et la masse des consciences individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durkheim &#233;crit, p. 123 : &lt;i&gt;&#171; De ce point de vue la d&#233;mocratie nous appara&#238;t donc comme la forme politique par laquelle la soci&#233;t&#233; arrive &#224; la plus pure conscience d'elle-m&#234;me. Un peuple est d'autant plus d&#233;mocratique que la d&#233;lib&#233;ration, la r&#233;flexion, que l'esprit critique jouent un r&#244;le plus consid&#233;rable dans la marche des affaires publiques &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci appelle plusieurs remarques, et celles-ci concernent notre actualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	1. D'abord, c'est le suffrage universel qui permet cette communication entre le gouvernement et la soci&#233;t&#233;, et ce, autant dans la th&#233;orie de Durkheim que dans la r&#233;alit&#233; contemporaine. Ce sont les &#171; assembl&#233;es d&#233;lib&#233;rantes &#187; qui informent le gouvernement des sentiments de la multitude. Voter, c'est donc bien renforcer ce mod&#232;le politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	2. Si la d&#233;mocratie repose tout enti&#232;re, non dans la repr&#233;sentation, mais dans la communication entre gouvernants et gouvern&#233;s, alors il faut admettre que le d&#233;veloppement des moyens de communication, des m&#233;dias, est un op&#233;rateur puissant de renforcement de la d&#233;mocratie. D'o&#249; le r&#244;le strat&#233;gique &#233;minent d&#233;volu au journaliste dans l'organisation politique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	3. On comprend alors que le pr&#233;tendu divorce de la soci&#233;t&#233; et de la politique est un faux probl&#232;me et une contradiction dans les termes. Il n'y a rupture entre le peuple et la &#171; classe politique &#187; que dans la mesure o&#249; cette s&#233;paration est consubstantielle &#224; la d&#233;mocratie. Elle en est la d&#233;finition m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	4. Enfin, il me semble que les d&#233;bats tr&#232;s techniques entre hommes politiques et experts &#232;s gouvernement (&#232;s &#233;conomie) est l'un des moyens p&#233;dagogiques par lesquels le citoyen doit reprendre conscience, &#224; intervalles tr&#232;s r&#233;guliers, de cette s&#233;paration l&#233;gitime. La d&#233;mocratie n'est donc pas le mod&#232;le politique du peuple majeur, mais celui du peuple rationnel qui sait o&#249; r&#233;side son int&#233;r&#234;t : dans la confiance qu'il accorde aux experts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Evidemment, cette r&#233;alit&#233; nous offusque. Ind&#233;pendamment des programmes politiques mis en &#339;uvre, ce qui nous est insupportable, c'est le sentiment l&#233;gitime de l'usurpation, le sentiment que, en d&#233;pit de la communication permanente entre les diff&#233;rents &#233;tages de la soci&#233;t&#233;, nous n'avons pas notre part &#224; la politique, et que nous ne jouons au grand jeu d&#233;mocratique que par d&#233;faut. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui est en jeu ici, c'est donc le statut m&#234;me du citoyen. C'est sa condition de majeur &#233;clair&#233;, son autonomie. Et d'une certaine mani&#232;re, chaque &#233;v&#233;nement politique semble nous rappeler l'&#233;chec du programme des Lumi&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt; Evidemment aussi, l'&#233;chec est d'avoir pu croire un jour que la r&#232;gle du jeu d&#233;mocratique pouvait &#234;tre d&#233;mocratique, ce mot &#233;tant entendu cette fois en son sens original. L'&#233;chec est d'avoir pu oublier que le citoyen n'est autonome qu'en de rares moments d'exception : quand il s'empare de la politique, de la d&#233;mocratie, qu'il en r&#233;invente les r&#232;gles. En termes ranci&#233;riens, quand il reprend sa part et qu'il est compt&#233;, qu'il rompt avec la loi de &lt;i&gt;l'incompt&#233;&lt;/i&gt; qui r&#233;gissait jusqu'alors sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A ce point de l'analyse, on peut se demander si le vote n'est pas, non un moindre mal, mais le pire des maux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je terminerai donc par quelques remarques sur le vote :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	1. Vote, &#233;tymologiquement &lt;i&gt;votum&lt;/i&gt;, c'est d'abord le v&#339;u adress&#233; &#224; la divinit&#233;. Mais c'est aussi, en un autre sens, le d&#233;sir, le souhait. Voter, d'une certaine mani&#232;re, c'est donc vouloir.&lt;br class='autobr' /&gt; En votant, je veux qu'un autre (choisi pour ses suppos&#233;es comp&#233;tences) repr&#233;sente ma volont&#233;. Et s'il repr&#233;sente ma volont&#233;, et rien que ma volont&#233;, cela signifie naturellement qu'il renonce &#224; la sienne !&lt;br class='autobr' /&gt; En votant, je lui transmets, je lui abandonne donc mon vouloir. Il voudra &#224; ma place, ce qui est, comme Rousseau l'a montr&#233;, une impossibilit&#233; ontologique et une aberration logique.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais tout de m&#234;me, quoi qu'il en soit : vote signifie abandon de volont&#233;, abandon de souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	2. Cette notion d'abandon de souverainet&#233; est &#233;videmment famili&#232;re &#224; ceux qui s'int&#233;ressent &#224; la philosophie politique classique : Aux XVII &amp; XVIIIe si&#232;cles, le pacte social, le &#171; contrat primitif &#187;, reposent sur l'abandon par les particuliers de leur souverainet&#233; et son transfert &#224; un Souverain, ou &#224; une assembl&#233;e souveraine. On trouve cette id&#233;e chez Hobbes, mais aussi chez la plupart des jurisconsultes de l'&#226;ge classique. Elle anime encore, quoi qu'on en dise, la repr&#233;sentation politique de nos contemporains, et notamment celle de ceux qui ont fait de la politique un &#171; m&#233;tier &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans la philosophie classique, le contrat vaut comme fiction qui l&#233;gitime l'ordre politique existant, c'est-&#224;-dire la s&#233;paration du souverain et des particuliers. C'est le contrat qui l&#233;gitime l'ob&#233;issance des particuliers. Pourquoi l'ordre politique est-il un ordre l&#233;gitime ? Parce qu'il exprime un contrat primitif qui met fin au chaos de l'&#233;tat de nature, &#224; la &#171; guerre de chacun contre chacun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On sait comment le scepticisme de Hume a eu raison de cette fiction : pour Hume, au XVIIIe si&#232;cle, les Etats ne sont jamais le produit d'un contrat, mais la cons&#233;quence &lt;i&gt;d'usupations&lt;/i&gt; historiques que le temps finit par effacer de la m&#233;moire des particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	3. On peut se demander si le vote, le suffrage universel, ne jouent pas, dans la d&#233;mocratie contemporaine, le r&#244;le que la pens&#233;e classique assignait &#224; la notion de contrat quand elle cherchait &#224; donner son assise th&#233;orique &#224; l'ordre politique &#233;tabli.&lt;br class='autobr' /&gt; Comment donc contester un type d'organisation politique qui est par d&#233;finition le v&#339;u adress&#233; par le citoyen normalement &#233;clair&#233; &#224; sa nouvelle divinit&#233; ? M&#234;me les mao&#239;stes n&#233;palais ont fini par se plier &#224; cette r&#232;gle du jeu politique plan&#233;taire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	4. Derni&#232;re remarque : Si voter c'est abandonner sa volont&#233; &#224; un autre (choisi par une organisation qui joue le jeu d&#233;mocratique et revendique &#171; l'encadrement &#187; du citoyen, selon l'expression de Maurice Duverger) qu'il se propose de repr&#233;senter, alors le vote est le redoutable instrument de l'auto-assujettissement, de mise en tutelle des individus. C'est l'instrument de leur minorisation, et de cette minorit&#233;, il faut bien reconna&#238;tre qu'ils sont eux-m&#234;mes responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Paradoxe : le droit de vote, ou le devoir de voter (Durkheim), est cens&#233; d&#233;finir la responsabilit&#233; du citoyen, et m&#234;me son autonomie. On peut l&#233;gitimement se demander si l'irresponsabilit&#233; (la condition de mineur) n'est pas justement la condition de cette responsabilit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Dit d'une autre mani&#232;re : on peut se demander si le citoyen, quand il pense placer son action sous le signe du devoir, ne se contente pas seulement d'ob&#233;ir aux injonctions non d&#233;mocratiques de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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