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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Le populisme est-il un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne ? Une lecture de &#171; Filosofie del populismo &#187; de Nicolao Merker</title>
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		<dc:date>2018-11-29T16:06:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Reggente Savino Claudio</dc:creator>


		<dc:subject>peuple</dc:subject>
		<dc:subject>populisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le vingt-cinq f&#233;vrier 2012, &#171; une vall&#233;e enti&#232;re &#8211; un peuple &#8211; de milliers de gens, de vieux, de jeunes, de femmes et de gamins, de paysans, d'ouvriers, de petits entrepreneurs et de commer&#231;ants, la population, remplissent les rues, les champs environnants, les ronds-points et les bourgs pour dire non &#224; la TAV &#187;. Dans ce bref r&#233;cit, t&#233;moignage d'une des r&#233;centes manifestations organis&#233;es contre le projet des trains &#224; grande vitesse en Val de Susa, on peut clairement rep&#233;rer deux dimensions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=104" rel="tag"&gt;populisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le vingt-cinq f&#233;vrier 2012, &#171; une vall&#233;e enti&#232;re &#8211; un peuple &#8211; de milliers de gens, de vieux, de jeunes, de femmes et de gamins, de paysans, d'ouvriers, de petits entrepreneurs et de commer&#231;ants, la population, remplissent les rues, les champs environnants, les ronds-points et les bourgs pour dire non &#224; la TAV &#187;. Dans ce bref r&#233;cit, t&#233;moignage d'une des r&#233;centes manifestations organis&#233;es contre le projet des trains &#224; grande vitesse en Val de Susa, on peut clairement rep&#233;rer deux dimensions constitutives d'un discours populiste : la composition socio-anthropologique des sujets qui prennent part &#224; la grande marche et la demande autour de laquelle ces sujets, apparemment bien h&#233;t&#233;rog&#232;nes, peuvent s'unifier, peuvent devenir peuple. Or, peut &#234;tre qu'&#224; la base de cette populisation de sujets h&#233;t&#233;rog&#232;nes l'on peut retrouver un autre facteur, aussi d&#233;terminant que les deux autres : le localisme, comme facteur agr&#233;geant une collectivit&#233; dans un peuple. Mais, un peuple, qui vient de se constituer autour d'une bataille en faveur d'un territoire commun bien d&#233;termin&#233; peut-il &#234;tre caract&#233;ris&#233; sous l'&#233;tiquette ethnologique de communaut&#233; tribale ? Le contraire n'est-il pas vrai, autour d'une bataille qui est avant tout locale, comme celle de la population du Val de Susa contre la TAV, peuvent s'encha&#238;ner d'autres batailles qui n'ont rien &#224; voir avec la dimension locale particuli&#232;re ? Si, comme l'affirme Merker, &#171; dans les contenus de n'importe quel populisme est implicite, comme &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;ral, le tribalisme &#187; qui, &#224; la fois, &#171; est un synonyme de protectionnisme, isolationnisme et fermeture en soi-m&#234;me &#187;, comment expliquer alors l'encha&#238;nement et le branchement de diff&#233;rentes batailles, d&#233;rivant elles-m&#234;mes de diff&#233;rentes demandes insatisfaites, sur la bataille n&#233;cessairement locale du peuple NO-TAV ? Jusqu'&#224; quelles limites peut-on encore parler d'un populisme fond&#233; sur l'id&#233;e d'une &#171; communaut&#233; tribale &#187; et, par contre, apr&#232;s quel seuil d'agr&#233;gation de demandes &#233;quivalentes peut-on commencer &#224; parler de construction et articulation d&#233;mocratique d'un peuple ? Le seuil de d&#233;marcation entre ces deux diff&#233;rentes articulations du peuple peut-il &#234;tre envisag&#233;, d'un point de vue th&#233;orique, comme un seuil de partage entre Pr&#233;moderne et Moderne ? Dans quelle mesure le &#171; mod&#232;le de vie tribale &#187;, ancr&#233; sur une id&#233;ologie localiste et de l'exclusion, repr&#233;senterait-il un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne face aux &#171; conceptions lib&#233;rales-d&#233;mocratiques (et leurs d&#233;riviations historiques) d&#233;rivant, en ligne de principe, du d&#233;passement de la vie tribale &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La nettet&#233; avec laquelle Nicolao Merker pr&#233;sume partager le Pr&#233;moderne du Moderne, &#171; la vie tribale &#187; d'une autre forme de soci&#233;t&#233; &#224; caract&#232;re plus inclusif, nous laisse, au fond, en quelque sorte insatisfaits, et h&#233;sitants sur les d&#233;bouch&#233;s qui en d&#233;coulent, d'autant plus si on la met en rapport avec les analyses &#233;labor&#233;es par Ernesto Laclau sur le populisme. Et c'est pour donner un fondement concret et r&#233;el &#224; notre h&#233;sitation th&#233;orique qu'on a d&#233;cid&#233; de commencer ce bref essai en faisant r&#233;f&#233;rence au &#171; peuple de la Val de Susa &#187;. Il s'agit bien d'un peuple ancr&#233; &#224; un territoire assez d&#233;limit&#233;, g&#233;ographiquement et institutionnellement, et donc li&#233; &#224; une entit&#233; spatiale d&#233;termin&#233;e, qui est en question ici, avec ses fronti&#232;res pour en d&#233;limiter l'extension. Et, pourtant, cette population qui se fait peuple &#224; l'appel, n&#233;cessairement populiste, de dire &#171; no &#224; la TAV &#187;, a r&#233;ussi &#224; &#233;largir sa prise identitaire, qui &#233;tait d'abord ancr&#233;e au local, pour devenir un des symboles de la lutte en faveur des biens communs et contre les diktats de la politique n&#233;o-lib&#233;rale men&#233;e par la communaut&#233; europ&#233;enne. Or, s'il est vrai, comme le dit Merker, qu'un des caract&#232;res du tribalisme est le protectionnisme, on serait enclin &#224; consid&#233;rer la bataille du peuple NO-TAV comme un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne &#8211; critique qui, d'ailleurs, vient constamment mobiliser par le parti favorable &#224; la TAV. Mais, et ici se trouve la question fondamentale de notre intervention critique, comment peut-on consid&#233;rer comme tribale, isolationniste, protectionniste et exclusive une bataille, c'est-&#224;-dire une &#171; r&#233;clamation &#187;, sur laquelle viennent s'encha&#238;ner toute une s&#233;rie d'autres demandes insatisfaites qui forment, finalement, ce que Laclau appelle une &#171; articulation &#233;quivalentielle &#187;, ou bien, une &#171; demande populaire &#187; ? L'exemple ci-dessus mentionn&#233;, &#224; propos du &#171; peuple de la Val de Susa &#187; contre le projet de la TAV, nous montre, au fond, que si l'on consid&#232;re le populisme comme un ph&#233;nom&#232;ne pr&#233;moderne et, par cons&#233;quent, pr&#233;politique tout en l'opposant aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques, qui seraient, elles, l'&#233;panouissent du moderne et donc du politique, on n'arrive pas vraiment &#224; saisir la force et la prise qu'un discours populiste peut avoir aujourd'hui dans nos soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. Si l'on continue &#224; vouloir appr&#233;hender le populisme comme un r&#233;sidu de formes d'agr&#233;gation des hommes pr&#233;moderne, tribale et pr&#233;politique, en le mettant dans un rapport d'opposition radicale aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques et leur d&#233;rivations historico-politiques, dont la R&#233;volution fran&#231;aise avec la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen seraient le point d'entr&#233;e dans la modernit&#233; et donc le point d'institution de la politique moderne, on ne peut pas comprendre pourquoi le populisme, c'est-&#224;-dire le Pr&#233;moderne, peut avoir tellement de pr&#233;gnance et de succ&#232;s dans nos soci&#233;t&#233;s &#224; r&#233;gime politique lib&#233;ral-d&#233;mocratiques, c'est-&#224;-dire dans le Moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question que l'on voudrait poser, ici, au texte de Nicolao Merker est la suivante : quel est le rapport entre un type de ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation sociale comme le populisme et les soci&#233;t&#233;s lib&#233;ral-d&#233;mocratiques contemporaines o&#249;, n&#233;anmoins, ce ph&#233;nom&#232;ne vient &#224; &#233;tendre sa force de collecteur identitaire ? Dans le premier chapitre de son livre, Merker affirme tr&#232;s explicitement que &#171; les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques [&#8230;] sont une boussole qui dans le contexte du monde occidental est, jusqu'&#224; maintenant, plus fonctionnelle que les autres &#187;, et cela parce que &#171; il s'agit en fait d'id&#233;es &#224; propos de la soci&#233;t&#233; civile, et concernant la fa&#231;on d'en g&#233;rer en mani&#232;re coll&#233;giale la sph&#232;re publique, qui ont accompagn&#233; [&#8230;] litt&#233;ralement l'enti&#232;re &#233;volution du monde moderne &#187;. En cons&#233;quence, en suivant la logique interne aux th&#232;ses de notre auteur, on serait plut&#244;t enclin &#224; appr&#233;hender le populisme, et ses diff&#233;rentes d&#233;clinaisons historiques et discursives, comme quelque chose de totalement &#233;trang&#232;re au monde moderne, comme, pour en donner une image, un cancer dans un corps que, en g&#233;n&#233;ral, on peut consid&#233;rer en bonne sant&#233;. Mais, toutefois, cette logique ne nous permet pas vraiment d'expliquer pourquoi ce corps, qui tout apparemment se maintient en bonne sant&#233; gr&#226;ce &#224; sa structure politique lib&#233;rale et d&#233;mocratique, puisse &#234;tre affect&#233; de plus en plus largement par le populisme. Il semblerait que le d&#233;fi lanc&#233; par la r&#233;volution du 89, dont les principes sont formalis&#233;s dans la D&#233;claration, c'est, au fond, un d&#233;fi du rationnel contre l'irrationnel, un d&#233;fi des facult&#233;s de la raison contre &#171; l'option mentale du fid&#233;isme &#187;, de l'&#233;valuation libre et rationnelle &#224; l'int&#233;rieur d'un champ plural d'argumentations discursives contre une rh&#233;torique &#233;motionnelle qui rendrait tout citoyen un sujet h&#233;t&#233;ronome, en tant que pris par cette rh&#233;torique des &#233;motions. &#192; ce stade, notre questionnement vient s'articuler dans ces termes : la raison populiste, selon Merker, trouverait-elle son propre fonctionnement &#8211; dirait-on, sa propre rationalit&#233; &#8211; dans une rh&#233;torique &#233;motionnelle et son fondement dans un v&#339;u fid&#233;iste ou, bien au contraire, il n'y a point de raison populiste parce que le populisme est un ph&#233;nom&#232;ne substantiellement irrationnel, &#233;motif ? Et, &#224; nouveau, comment expliquer alors la pr&#233;sence de ce r&#233;sidu irrationnel pr&#233;moderne dans nos soci&#233;t&#233;s pourtant modernes, fond&#233;es sur les principes de raison et libert&#233; dont tous les hommes ont &#233;t&#233; naturellement dot&#233;s et autours desquels prend forme notre sph&#232;re publique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette question fondamentale Merker semble ne pas r&#233;pondre. Dans la tentative, men&#233;e au fil de toute son analyse, de mettre en relief &#171; certains aspects et &#233;l&#233;ments qu'on pourrait dire de pr&#233;-populisme [qui] se trouvent &#8211; peut-&#234;tre dans une forme pas tout &#224; fait manifeste en tant qu'ils affleurent seulement &#8211; aussi dans des intellectuels et philosophes importants &#187;, il ne vise qu'&#224; rep&#233;rer, &#224; travers cette liste, &#171; un d&#233;nominateur commun qui concerne la forme et un autre qui concerne les contenus &#187;. D'abord, &#171; la morphologie de fond consiste, au-del&#224; du contenu sp&#233;cifique de doctrines et programmes, dans une option mentale : c'est-&#224;-dire dans la conviction que le v&#233;ritable instrument pour affronter et r&#233;soudre les probl&#232;mes de l'univers-monde est le fid&#233;isme &#187; ; deuxi&#232;mement, &#171; dans le contenus de n'importe quel populisme est implicite, comme &#233;l&#233;ment g&#233;n&#233;ral, le tribalisme &#187;. Comme on le voit bien &#224; travers ces passages cruciaux , dans le but de d&#233;finir l'essence du populisme, Merker ne fait que s'appuyer sur une autre d&#233;finition, soit-elle le tribalisme ou le fid&#233;isme. En effet, m&#234;me s'il essaie d'expliciter la logique de formation des id&#233;ologies populistes en nous donnant aussi une liste approximative des caract&#232;res saillants gr&#226;ce auxquels un discours populiste peut se constituer, toutefois cela revient au seul but de sanctionner une opposition nette et radicale entre une s&#233;rie conceptuelle et historique, li&#233;e &#224; une &#233;poque pr&#233;moderne et pr&#233;politique &#8211; dont le termes seraient populisme-tribalisme-localisme &#8211; et une autre s&#233;rie li&#233;e &#224; une &#233;poque soi-disant moderne et pleinement politique &#8211; aff&#233;rents aux conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques-universalistes issues de la r&#233;volution de 89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans une d&#233;finition qui vaut comme th&#232;se fondamentale de tout son livre, Merker affirme que le &#171; populisme est la r&#233;gression &#224; un concept de peuple rendu absolu, aprioriste et, surtout, mythifi&#233; [&#8230;] C'est en tout cas une entit&#233; indiff&#233;renci&#233;e dont on postule des &#8220;caract&#232;res nationaux&#8221; tr&#232;s g&#233;n&#233;raux comme une globale identit&#233; mythique &#224; laquelle toute autre identit&#233; serait subordonn&#233;e &#187;. &#192; ce point, le populisme semble n'avoir plus rien &#224; partager avec celles que Merker appelle les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques qui seraient au fondement du monde moderne occidental .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut pr&#234;ter attention &#224; l'usage et &#224; la fr&#233;quence avec laquelle le terme de &#171; r&#233;gression &#187; para&#238;t dans le texte de notre auteur, du moment qu'il peut relever d'une conception de philosophie de l'histoire n&#233;e juste &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res et soutenant toute son interpr&#233;tation du ph&#233;nom&#232;ne du populisme. En cons&#233;quence, l'usage du terme de &#171; r&#233;gression &#187;, rapport&#233; au populisme, pourrait nous indiquer le type de relation existant entre le Moderne et le Pr&#233;moderne, au cas o&#249; telle relation pourrait &#234;tre effectivement &#233;tablie. Pour Merker, le populisme, dans toutes ses diff&#233;rentes &#171; combinaisons de l'appara&#238;tre &#187; historique, est le signe d'une r&#233;gression &#224; des formes de vie tribale et &#224; des conceptions pr&#233;politiques et pr&#233;modernes agr&#233;geant une collectivit&#233;. C'est ce qu'on peut voir de mani&#232;re explicite dans les consid&#233;rations qu'il produit &#224; propos du nazisme, qui constitue, en substance, le spectre silencieux mais toujours revenant autour duquel s'articule une mise en examen d'un nombre de r&#233;f&#233;rences, de courants politiques et de textes philosophiques assez remarquable &#8211; de Edmund Burke &#224; de Maistre jusqu'&#224; Heidegger, en passant par le People's Party am&#233;ricain du d&#233;but XIX&#232;me si&#232;cle et le Risorgimento italien de la moiti&#233; du XVIII&#232;me. (Et ce n'est pas par hasard, donc, que Merker arrive &#224; affirmer que le &#171; populisme nazi [est] la forme la plus r&#233;alis&#233;e de populisme en tant que populisme d'&#201;tat &#187;). Le r&#233;sultat final produit par cette mise en examen, traversant le champ de la philosophie, de la litt&#233;rature et de la politique, est une conception du populisme entendu comme une &#171; entit&#233; indiff&#233;renci&#233;e &#187; mais autonome qui, bien qu'assez peu contournable, trouve dans l'image ethnologique de la communaut&#233; tribale l'&#233;l&#233;ment le plus caract&#233;risant. Le rep&#233;rage de ce noyau conceptuel &#8211; de cette marque &#8211; dans un texte de litt&#233;rature ou bien dans une programmation politique est un indice, sinon un signe, de populisme, c'est-&#224;-dire d'un retour au Pr&#233;moderne. Pour revenir au cas historique concernant l'id&#233;ologie populiste mis en place par le r&#233;gime nazi, Merker remarque comme dans l'usage du concept de Volkstum, dont &#171; la particularit&#233; nationale-populaire ethnique a une connotation de s&#233;paration et de fermeture en soi-m&#234;me, ce qui &#233;tait supprim&#233;e &#233;tait l'id&#233;e de nation qui &#233;tait entr&#233;e en elle par la R&#233;volution fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire la composante universaliste des droits de citoyennet&#233; &#187;. Les id&#233;ologues en adoptant du national-socialisme le concept de Volkstum &#171; ce qui automatiquement r&#233;gressait &#233;tait le peuple-nation de valence politico-d&#233;mocratique moderne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le cas historique du nazisme met en pleine &#233;vidence une des caract&#233;ristiques constitutives d'un peuple produit par une id&#233;ologie populiste : le caract&#232;re pr&#233;politique de cette collectivit&#233;. Si Merker insiste tellement sur l'adoption d'une perspective du populisme entendu comme r&#233;gression, c'est dans le seul but de le mettre dans un rapport d'opposition radicale et inconciliable avec &#171; les valeurs d&#233;mocratico-politiques acquises par le concept de peuple en 89 &#187;. L'id&#233;e d'un peuple-nation &#224; caract&#232;re universaliste dont la matrice fondante est repr&#233;sent&#233;e par &#171; la collectivit&#233; de 89 pr&#233;dispos&#233;e, en vertu de sa structure, &#224; une inclusion de citoyens de plus en plus ample &#187;, produit de la R&#233;volution fran&#231;aise qui, selon Merker, est une r&#233;volution essentiellement lib&#233;ral-d&#233;mocratique, ne peut trouver aucun point de lien, d'ancrage, de continuit&#233; avec une forme de vie indiqu&#233;e sous l'&#233;tiquette ethnologique de tribalisme et consid&#233;r&#233;e comme pr&#233;politique. Pr&#233;politique puisque les hommes qui la forment n'ont pas choisi d'en faire partie ou, en d'autres termes, une communaut&#233; o&#249; les hommes n'ont pas eu la libert&#233;, ce que Merker appelle, de mani&#232;re pr&#233;sumable et selon une formule assez &#233;nigmatique, l'option mentale, de d&#233;cider les modalit&#233;s de constitution et de gestion d'une telle communaut&#233; et de sa sph&#232;re publique. Le caract&#232;re saillant d'une communaut&#233; de tel type consistera, alors, dans le fait que les individus en faisant partie &#171; sont h&#233;t&#233;ronomes. Qu'il s'agit d'un lien biologique dans un cas ou m&#233;taphysico-th&#233;ologique dans un autre, de toute fa&#231;on ceci me d&#233;passe parce qu'il m'emp&#234;che de muter, r&#233;viser, contr&#244;ler les valeurs sur lesquelles se base la collectivit&#233; &#187;. La R&#233;volution fran&#231;aise et les principes contenus dans la D&#233;claration institueraient donc, on l'a vu, le moment d'entr&#233;e dans la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire, ce qui est la m&#234;me chose, le moment d'entr&#233;e dans une &#233;poque pleinement politique en tant que fond&#233;e sur des conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques. Aucun autre facteur historique, ni aucune autre id&#233;ologie, ne peuvent &#234;tre compt&#233;es parmi les &#233;l&#233;ments qui ont contribu&#233; au plein accomplissement de la modernit&#233; &#8211; ni la Commune parisienne, ni la doctrine marxiste, ni la lutte de la classe ouvri&#232;re entendue comme le sujet politique r&#233;volutionnaire. Rien de tout cela. Seulement et simplement &#171; les conceptions lib&#233;ral-d&#233;mocratiques (et leurs d&#233;rivations historiques) d&#233;rivant, en ligne de principe, du d&#233;passement de la vie tribale &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce point de notre intervention critique on retrouve ce que plus haut on avait signal&#233; comme une conception de philosophie de l'histoire n&#233;e juste &#224; l'&#233;poque des Lumi&#232;res et soutenant l'interpr&#233;tation du ph&#233;nom&#232;ne du populisme que notre auteur nous offre. Si effectivement on peut utiliser des concepts comme d&#233;passement, d'un c&#244;t&#233;, et de r&#233;gression, de l'autre, il est parce que, sous-jacente &#224; l'interpr&#233;tation du populisme propos&#233;e par Merker, on peut relever distinctement d'une approche id&#233;aliste de l'histoire, interpr&#233;t&#233;e comme un mouvement continu, lin&#233;aire et progressif, bref, un id&#233;alisme s'articulant dans une philosophie de l'histoire qui semble recouper quelques unes des th&#232;ses fondamentales du philosophe lib&#233;ral italien Benedetto Croce, &#224; propos de l'histoire comme lieu du d&#233;ploiement et validation de la libert&#233; de l'individu qui agit et pense dans l'histoire, pour l'histoire. On peut situer le point de liaison entre une philosophie de l'histoire de matrice h&#233;g&#233;lienne et une approche politique d&#233;lib&#233;r&#233;ment lib&#233;rale, dans la philosophie id&#233;aliste de Croce, et cette liaison peut &#234;tre valid&#233;e &#224; plus forte raison si l'on consid&#232;re ce point commun fondamental : le populisme, entendu comme un ph&#233;nom&#232;ne d'agr&#233;gation sociale s'instituant &#224; partir d'une id&#233;ologie formant des identit&#233;s populaires, est analys&#233; sous la forme conceptuelle d'une cat&#233;gorie id&#233;ale, de la m&#234;me mani&#232;re et avec le m&#234;me proc&#233;d&#233; intellectuel dont s'&#233;quipe la philosophie de Croce afin de partager la production culturelle humaine en diff&#233;rentes formes correspondant &#224; autant de cat&#233;gories id&#233;ales &#8211; la Po&#233;sie, la Philosophie, la Science. La d&#233;finition du populisme comme une &#171; entit&#233; &#187; est le signe le plus &#233;vident de cette approche cat&#233;gorielle et point du tout empirique, qui pense &#224; travers des cat&#233;gories id&#233;ales et autosuffisantes les diff&#233;rentes constructions historiques, soient-elles discursives ou politiques, du peuple. Comme le dit Ernesto Laclau, dans les derni&#232;res pages de son essai On Populist Reason, &#171; l'histoire est, au contraire, une succession discontinue de formations h&#233;g&#233;moniques qui ne peuvent pas &#234;tre r&#233;gl&#233;es par une &#233;criture qui d&#233;passe leur historicit&#233; contingente &#187; parce que, &#224; la diff&#233;rence de l'entit&#233; id&#233;aliste propos&#233;e par Merker, toujours valide de la d&#233;finition du peuple produit par le populisme, &#171; le moment contingent de la nomination assume un r&#244;le capital et constitutif &#187; dans la construction (h&#233;g&#233;monique) d'un peuple. La diff&#233;rence entre ces deux approches ne pourrait &#234;tre plus marqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour revenir au terme de &#171; r&#233;gression &#187;, on peut affirmer, finalement, qu'il repr&#233;sente, &#224; l'int&#233;rieur du tissu interpr&#233;tatif visant &#224; donner intelligibilit&#233; au ph&#233;nom&#232;ne du populisme, la cl&#233; conceptuelle &#224; travers laquelle on peut arriver &#224; d&#233;chiffrer le type de relation entre la modernit&#233;, entendue dans son aspect politique, comme institution de la politique, et &#171; cette &#233;pave marginale du pass&#233; &#187; qui serait le populisme avec ses diverses apparitions historiques. Au seul but de donner une grille interpr&#233;tative alternative et oppos&#233;e par rapport &#224; celle que Merker propose et touchant la compr&#233;hension du rapport entre la modernit&#233; et la pr&#233;modernit&#233;, on pourrait reformuler notre question fondamentale de la mani&#232;re suivante : &#171; s'il est vrai que l'esclavage est tellement &#233;tranger aux principes du r&#233;publicanisme et de la modernit&#233;, pourquoi a-t-il fonctionn&#233; si bien et pour si longtemps dans l'histoire des r&#233;publiques modernes en tant que base solide de leur constitution et non pas comme une &#233;pave marginale du pass&#233; ? &#187;. L'esclavage, ici, appartient &#224; la m&#234;me s&#233;rie conceptuelle et historique &#224; laquelle on avait assign&#233; le ph&#233;nom&#232;ne du populisme. Comme affirment tr&#232;s nettement et lucidement Negri/Hardt, &#171; la modernit&#233; poss&#232;de deux visages. Avant de l'identifier avec le rationalisme, avec les Lumi&#232;res, avec la rupture de la tradition, avec la s&#233;cularisation etc., la modernit&#233; est une relation de pouvoir [&#8230;] Les forces de l'antimodernit&#233; ne sont pas au dehors de la modernit&#233;, mais compl&#232;tement &#224; l'int&#233;rieur des relations de pouvoir qui la qualifient &#187;. Or, sans vouloir entrer dans le discours philosophique de Negri/Hardt, et sans vouloir non plus nous enfoncer dans la masse de probl&#232;mes que ce compliqu&#233; rapport entre modernit&#233; et pr&#233;- ou anti-modernit&#233; nous pose, nous voulons nous limiter ici &#224; mettre au centre de l'attention du livre de Nicolao Merker une question fondamentale qui, d&#232;s le d&#233;but de ce livre, nous laisse interdits, du moment qu'elle demeure sans r&#233;ponse : il s'agit du rapport &#233;pist&#233;mologique entre le Moderne et le Pr&#233;moderne, qui est aussi bien un rapport d'historicit&#233;. Parce que, s'il est vrai que le populisme n'arr&#234;te pas de se pr&#233;senter maintes fois dans l'histoire moderne de l'occident, dans ses doctrines politiques comme dans les textes de litt&#233;rature et de philosophie parmi les plus hauts formant sa tradition, comment donner raison, alors, &#224; une perspective qui confirme une lecture n&#233;gative et pass&#233;iste de ce ph&#233;nom&#232;ne, en le faisant reculer &#224; une dimension pr&#233;moderne, pr&#233;politique ? En r&#233;alit&#233;, dans le dernier chapitre de son livre, Merker essaie de trouver une solution &#224; cette question nodale mais, avant d'y arriver, pour enfin conclure, on veut reprendre tr&#232;s bri&#232;vement quelques passages parmi les plus significatifs connotant le populisme, afin de v&#233;rifier la validit&#233; th&#233;orique et factuelle de la solution propos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En analysant un des textes du plus important id&#233;ologue inspirateur du Risorgimento italien, Giuseppe Mazzini, Merker constate qu'il pr&#233;sente &#171; un &#233;difice moral hyperbolique et une pauvret&#233; d'horizon sp&#233;cifiquement politique &#187;. Il continue son analyse en disant que &#171; cela n'est pas une surprise. Les populismes de quelconque nature, apr&#232;s avoir beaucoup c&#233;l&#233;br&#233; le peuple, sont r&#233;tifs &#224; lui donner des instruments avec lesquels il puisse effectivement d&#233;cider quelque chose. &#193; d&#233;cider sont des individus charismatiques [...] Le peuple demeure une entit&#233; vague et g&#233;n&#233;rique &#187;. Si le peuple demeure toujours comme &#171; une entit&#233; vague et g&#233;n&#233;rique &#187;, il existe n&#233;anmoins un &#233;l&#233;ment sp&#233;cifique &#224; tout populisme qui consisterait &#224; ne pas donner &#224; son propre peuple les instruments pour s'autogouverner. Et pourtant, le rapport op&#233;ratoire, c'est-&#224;-dire historique, qui lie la formation contingente d'un peuple au discours populiste lui correspondant, n'est pas davantage &#233;clairci. Mais on continue avec notre rapide examen. Dans un autre passage, qui est la continuation logique et cons&#233;quente de celui que l'on vient de citer, Merker soutient que &#171; la mythologie du Chef agissait &#224; plusieurs niveaux. D'abord la d&#233;l&#233;gation de toute chose au Chef exprimait parfaitement l'attitude antipolitique enracin&#233;e au populisme. Ensuite, elle fonctionnait comme antidote au lib&#233;ralisme europ&#233;en &#187;. Ce qui est mis en &#233;vidence ici, et de fa&#231;on assez explicite, concerne ce qu'on a appel&#233; le rapport d'opposition radicale et inconciliable entre les principes politiques lib&#233;ral-d&#233;mocratiques et le caract&#232;re mythique de tout discours populiste. En conclusion de notre assez bref examen on veut mentionner une derni&#232;re citation o&#249; notre auteur remarque comme, en d&#233;pit d'une &#171; tentative d'objectivit&#233; descriptive ph&#233;nomenologico-sociologique [&#8230;] la v&#233;ritable option [du populisme] allait encore une fois en direction de l'exaltation de l'irrationnel, de l'article de foi qu'il fallait accepter avec les yeux ferm&#233;s &#187;, c'est-&#224;-dire le fid&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les trois passages qu'on vient de citer, avec les autres mentionn&#233;s tout au long de ce bref expos&#233;, d&#233;crivent ceux qui sont les caract&#232;res saillants parmi les plus importants autour desquels peut prendre forme un peuple s'articulant &#224; partir d'une id&#233;ologie populiste. Ils forment le bloc fondamental et substantiel sur lequel la raison populiste peut gagner sa bataille contre les conceptions politiques lib&#233;ral-d&#233;mocratiques. Mais, m&#234;me si l'on pourrait &#234;tre d'accord avec cette liste de caract&#232;res saillants inh&#233;rents &#224; tout discours populiste, toutefois ceux-ci atteignent une telle ampleur, une telle diff&#233;renciation interne, un tel degr&#233; d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; que, finalement, on n'arrive pas &#224; saisir en quoi consisterait vraiment le ph&#233;nom&#232;ne social du populisme, correspondant &#224; la difficult&#233; d'en donner une d&#233;finition ; ni, de l'autre c&#244;t&#233;, on n'arrive &#224; comprendre les diff&#233;rences sp&#233;cifiques propres &#224; toute &#171; combinaison de l'appara&#238;tre &#187; historique du populisme. Aussi dans le cas du livre de Nicolao Merker, nous semble valide ce que Laclau dit quand il remarque comme &#171; une caract&#233;ristique persistante de la litt&#233;rature sur le populisme est la r&#233;ticence, ou la difficult&#233;, &#224; donner un sens bien pr&#233;cis au concept &#187;. Cela &#224; cause d'une &#171; perspective analytique [qui] propose un mod&#232;le de rationalit&#233; politique qui envisage le populisme en terme de manque &#8211; ind&#233;termination, vide id&#233;ologique &#187;, ce que nous avons appel&#233;, plus en haut, une perspective n&#233;gative et pass&#233;iste du ph&#233;nom&#232;ne politique du populisme. &#192; l'envers de cette perspective, l'on pourrait avancer la m&#234;me proposition critique qu'Alain Brossat avance par rapport &#224; un autre syntagme performant notre actualit&#233;, celui du &#171; droit &#224; la vie &#187;. Il se demande, en fait, s'il &#171; ne conviendrait-il pas mieux de tenter d'identifier, dans le labyrinthe m&#234;me des diff&#233;rentes configurations o&#249; ce motif prend forme, les indices de son ind&#233;termination constitutive ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le rapport entre modernit&#233; et tradition &#187;, affirme notre auteur dans les derni&#232;res pages de son livre, &#171; demande donc avant tout, pour ne pas aboutir &#224; des impasses, que l'on d&#233;noue avec conscience critique justement le concept de tradition &#187;. Reformul&#233; en termes politiques, &#171; il faut, donc, pour &#233;viter des lac&#233;rations de la soci&#233;t&#233; civile, une culture politique lib&#233;r&#233;e des identit&#233;s ethniques &#8220;pr&#233;politiques&#8221;, c'est-&#224;-dire pr&#233;modernes [&#8230;] Il s'agit de mettre en corr&#233;lation la nation-ethnos, le peuple ethnique et ses patrimoines, avec la nation-demos, la nation du peuple politique, et non pas le contraire &#187;. Voici explicit&#233; le type de rapport qui, selon Merker, il devrait y avoir entre le moderne et la tradition, entre une forme de collectivit&#233; agr&#233;g&#233;e dans l'image d'un &#171; peuple-ethnos &#187;, et une autre collectivit&#233;, plus inclusive et universaliste, agr&#233;g&#233;e dans l'image du &#171; peuple-demos &#187;, dont le prototype serait la nation-peuple issue de la R&#233;volution fran&#231;aise avec les principes contenus dans sa D&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pourtant, en nous donnant &#224; travers l'image du &#171; peuple-demos &#187; un concept descriptif et &#224; la fois normatif sur lequel une soci&#233;t&#233; devrait prendre le mod&#232;le de son articulation, il ne nous explique pas, finalement, pourquoi nos soci&#233;t&#233;s modernes, lib&#233;rales et d&#233;mocratiques tendent &#224; s'articuler d'une fa&#231;on diff&#233;rente, sinon oppos&#233;e &#224; celle souhait&#233;e par Merker. La question pos&#233;e par Laclau reste au fond, dans ce livre, encore totalement ouverte : &#171; le populisme est r&#233;ellement une phase transitoire, fruits de l'immaturit&#233; des acteurs sociaux, destin&#233; &#224; &#234;tre toujours d&#233;pass&#233; dans un deuxi&#232;mement moment, ou, au contraire, il est une dimension constante de l'action politique, qui n&#233;cessairement affleure (avec des diff&#233;rentes gradations) dans tous les discours politiques, bouleversant et en rendant encore plus compliqu&#233;es les op&#233;rations des soi-disant id&#233;ologies &#8220;m&#251;res&#8221; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour terminer notre intervention critique, il faudrait plut&#244;t demander &#224; Merker si l'interpr&#233;tation du populisme qu'il veut nous pr&#233;senter dans son travail, n'est pas, elle aussi, une tentative de rendre h&#233;g&#233;monique et donc dominante une lecture bien d&#233;termin&#233;e de ce ph&#233;nom&#232;ne politico-social, et notamment une lecture lib&#233;ral-d&#233;mocratique tout en d&#233;pit d'autres possibles et divergentes lectures. Analys&#233;e sous cette focale, on pourrait envisager son &#339;uvre, et bien d'autres encore, comme une position culturelle et politique r&#233;pondant &#224; des demandes populaires et se construisant autour de ces demandes populaires, &#224; l'int&#233;rieur d'une lutte plus g&#233;n&#233;rale qui est celle pour l'h&#233;g&#233;monie d'un front populaire oppos&#233; aux autres, d'une id&#233;e de peuple oppos&#233;e &#224; une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Brossat, Droit &#224; la vie ?, Seuil, Paris 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bendetto Croce, La storia come pensiero e come azione, Laterza, Roma-Bari, 1978 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Gramsci, Quaderni dal carcere, Quaderno 12 (XXIX) 1932, Einaudi, Tornio 2007, Edizione critica dell'Istituto Gramsci, a cura di Valentino Gerratana ; Gramsci dans les textes, recueil r&#233;alis&#233; sous la direction de Fran&#231;ois Ricci, &#201;ditions sociales, Paris 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ernesto Laclau, On Populist Reason, Verso, London, 2005 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antonio Negri/Michael Hardt, Commonwealth, Belknap Press of Harvard University Press, 2009 ; Comune. Oltre il privato e il pubblico, Rizzoli, Milano 2010 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nicolao Merker, Filosofie del populismo, Laterza, Roma-Bari, 2009 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marco Revelli, &#171; Come se niente fosse &#187;, Il Manifesto, 28-02-2012.&lt;br class='autobr' /&gt; Marco Revelli, &#171; Come se niente fosse &#187;, Il Manifesto, 28-02-2012. La sigle TAV (&#171; treni ad alta velocit&#224; &#187;) est la correspondante de celle fran&#231;aise TJV. Le nouveau projet de TAV qui est en question en Val de Susa, et contre lequel une grande partie de la population de la vall&#233;e se mobilise depuis vingt ans, pr&#233;voit la &#171; construction &#187; d'un tunnel de la longueur de 57 km qui devrait relier la ville de Turin &#224; celle de Lyon. Le co&#251;t estim&#233; varie entre huit et vingt milliards d'euros. Pour en avoir un aper&#231;u voir le lien : HYPERLINK &#034;&lt;a href=&#034;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&lt;/a&gt;&#034;&lt;a href=&#034;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ilmanifesto.it/dossier/tav-unopera-inutile/&lt;/a&gt; . &lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, Laterza, Roma-Bari, 2009, p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, Verso, London, 2005.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 10.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 9.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., 4.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 9 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 11.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 8.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 150 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 43.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 44 (italique &#224; nous).&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 44. &lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 20.&lt;br class='autobr' /&gt; Ivi&lt;br class='autobr' /&gt; cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Bendetto Croce, La storia come pensiero e come azione, Laterza, Roma-Bari.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Antonio Negri/Michael Hardt, Commonwealth, Belknap Press of Harvard University Press, 2009 ; Comune. Oltre il privato e il pubblico, Rizzoli, Milano 2010, p. 79.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 75.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 95.&lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 132-3.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 148.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; Alain Brossat, Droit &#224; la vie ?, Seuil, Paris 2010, p. 30. &lt;br class='autobr' /&gt; Nicolao Merker, Filosofie del populismo, cit., p. 179.&lt;br class='autobr' /&gt; Ibidem, p. 174.&lt;br class='autobr' /&gt; Ernesto Laclau, On Populist Reason, cit.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Une des caract&#233;ristiques les plus importantes pour tout groupe qui se d&#233;veloppe en direction de la domination est la lutte pour l'assimilation et la conqu&#234;te &#8220;id&#233;ologique&#8221; des intellectuels traditionnels &#187;, Antonio Gramsci, Quaderni dal carcere, Quaderno 12 (XXIX) 1932, Einaudi, Tornio 2007, Edizione critica dell'Istituto Gramsci, a cura di Valentino Gerratana, p. 1517 (italique &#224; nous) ; Gramsci dans les textes, recueil r&#233;alis&#233; sous la direction de Fran&#231;ois Ricci, &#201;ditions sociales, Paris 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#232;re publication : mai 2012&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pratiques d'accueil et permanence coloniale. Esquisse d'ethnographie du travail quotidien dans un centre d'accueil pour r&#233;fugi&#233;s en Italie.</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=566</link>
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		<dc:date>2016-09-27T08:24:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reggente Savino Claudio</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Noi dobbiamo dimostrare nella pratica, attraverso le conoscenze di cui disponiamo e assieme a chi &#232; oggetto di oppressione, l'uso concreto che viene quotidianamente fatto della scienza borghese ai danni della classe subordinata, perch&#233; attraverso la realt&#224; pratica della nostra azione &#8211; sul cui solo terreno anche noi ci troviamo a pagare di persona nonostante il nostro potere &#8211; chi &#232; oppresso prenda coscienza di tutti i meccanismi attraverso cui passa l'oppressione, per arrivare a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=51" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; 2016&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Noi dobbiamo dimostrare nella pratica, attraverso le conoscenze di cui disponiamo e assieme a chi &#232; oggetto di oppressione, l'uso concreto che viene quotidianamente fatto della scienza borghese ai danni della classe subordinata, perch&#233; attraverso la realt&#224; pratica della nostra azione &#8211; sul cui solo terreno anche noi ci troviamo a pagare di persona nonostante il nostro potere &#8211; chi &#232; oppresso prenda coscienza di tutti i meccanismi attraverso cui passa l'oppressione, per arrivare a rifiutarli &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Franco Basaglia&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'abord, pourquoi esquisse ? Parce que moi, je ne suis pas un ethnologue, moins encore un sociologue. Et pourquoi, alors, l'ethnographie ? Car, je ne suis pas non plus un philosophe, du moins pas dans le sens acad&#233;mique. Et donc, qui es tu, en quel r&#244;le et dans quelle position viens-tu nous parler d'ethnographie des pratiques d'accueil et, en plus, de permanence coloniale ? Eh bien, n'&#233;tant pas sociologue, et non plus philosophe, la mani&#232;re la plus utile de pr&#233;senter mes consid&#233;rations ne pouvait &#234;tre, &#224; mon sens, que l'autor&#233;flexion sur le travail que quotidiennement je me trouve &#224; exercer comme op&#233;rateur social dans un centre d'accueil pour demandeurs d'asile et r&#233;fugi&#233;s politiques dans la ville de Bologna, en Italie. La m&#233;thodologie de recherche la plus efficace pour atteindre ces objectifs se trouvait &#234;tre, en cons&#233;quence, l'enqu&#234;te ethnographique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le propos de cette intervention n'est pas d'illustrer la complexe organisation et fonctionnement de la &#171; &lt;i&gt;machine&lt;/i&gt; de l'accueil &#187; en Italie, avec ses formes diverses, les diff&#233;rents projets nationaux ou europ&#233;ens qui, &#224; travers des accords de partenariat entre organismes priv&#233;s et institutions politiques et publiques, constituent et g&#232;rent le &#171; syst&#232;me accueil &#187;. De fa&#231;on plus restreinte, je vais concentrer mon analyse sur le &#171; champ &#187; (1) qui m'est le plus proche, celui du centre o&#249; je travaille, en essayant de fournir les &#233;l&#233;ments principaux indispensables pour d&#233;limiter un cadre suffisamment complexe du travail de l'op&#233;rateur social dans ce genre de contextes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, on est &#224; Bologne. Riche ville du nord Italie dont le syst&#232;me de welfare, le taux d'occupation et le niveau culturel sont, par rapport &#224; d'autres r&#233;gions italiennes, plus &#233;lev&#233;s. Deuxi&#232;mement : il s'agit d'un centre d'accueil ins&#233;r&#233; dans le projet national SPRAR (&lt;i&gt;Syst&#232;me de protection pour demandeurs d'asile et r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt;), projet financ&#233;, &#224; savoir, par le Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et qui, formellement, est repr&#233;sent&#233; comme &#171; la meilleure opportunit&#233; &#187;, comme on aime la d&#233;finir dans le milieu des sp&#233;cialistes, parmi le vari&#233;, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et complexe syst&#232;me d'accueil italien (en plus, il faut compter : CAS, CARA, HUB, HOT-SPOT etc). En fait, petit excursus, le projet SPRAR fait partie de ce que commun&#233;ment l'on appelle &#171; seconde accueil &#187;, dernier et &lt;i&gt;privil&#233;gi&#233;&lt;/i&gt; degr&#233; du syst&#232;me d'accueil en Italie. Institutionnellement &lt;i&gt;privil&#233;gi&#233;&lt;/i&gt; car muni d'un budget et, donc, de ressources consid&#233;rablement majeures (2) par rapport &#224; ce qui, de l'autre c&#244;t&#233;, est appel&#233; &#171; premier accueil &#187; qui, lui aussi, s'articule en plusieurs degr&#233;s diff&#233;rents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, les Hot-Spot (comme, par exemple, celui de l'&#238;le de Lampedusa), pratique proc&#233;durale plus que lieu d'accueil, &#224; travers laquelle les immigr&#233;s sont soumis &#224; un v&#233;ritable triage entre les immigr&#233;s l&#233;gitimes (politiques) et les immigr&#233;s ill&#233;gitimes (&#233;conomiques) (3) (non pas par rapport &#224; leurs histoires individuelles, mais plut&#244;t par rapport au pays d'origine). &#192; partir de ce premier pas, ils sont envoy&#233;s vers d'autres centres, les Hub &#8211; normalement vers le centre et nord Italie -, souvent dans la m&#234;me journ&#233;e o&#249; ils sont fait d&#233;barquer sur les rives italiennes. Dans ces centres ils peuvent rester pour quelques jours, ou bien quelques mois, avant d'&#234;tre &#224; nouveau &#171; tri&#233;s &#187; vers d'autres structures/appartements &#233;parpill&#233;s sur le territoire r&#233;gional o&#249; l'Hub se trouve. Seul un petit pourcentage de tous et toutes ceux et celles qui transitent par ces diff&#233;rents steps de l'accueil peuvent aspirer &#224; un &#171; poste SPRAR &#187;. Les crit&#232;res de s&#233;lection sont, pour ce que nous en sachons, d&#233;r&#233;glement&#233;s, pour ne pas dire politiquement conditionn&#233;s par les dynamiques internes au champ des services sociaux de la Mairie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me &#233;l&#233;ment &#224; souligner, il s'agit d'un projet et d'un centre g&#233;r&#233; par un organisme social priv&#233;, et notamment une coop&#233;rative, r&#233;put&#233;e &#234;tre l'une des plus empress&#233;es tant &#224; la qualit&#233; des services d'accueil qu'&#224; la qualit&#233; du travail des ses employ&#233;s, coop&#233;rative dans laquelle, tout par hasard, je me trouve &#224; op&#233;rer. Aussi pour ce point, faudrait-il une explication de plus. Historiquement, la r&#233;gion de l'Emilia Romagna est la patrie d'un type d'organisation du travail dit coop&#233;ratif, c'est-&#224;-dire fond&#233; sur une id&#233;e d'&#233;galit&#233; et solidarit&#233; parmi les travailleurs qui en font partie, et donc un mod&#232;le oppos&#233; et alternatif &#224; une organisation d'entreprise (4). Toutefois, au fil des d&#233;cennies, cette fondation originaire, plus id&#233;ologique que r&#233;elle, a subi de profonds changements. Ceci vaut aussi pour la coop&#233;rative pour laquelle je travaille qui, avec l'accroissement, dans les cinq derni&#232;res ann&#233;es, du nombre d'immigr&#233;s arrivants sur les c&#244;tes italiennes et &#171; n&#233;cessitants &#187; (5) protection et assistance, est en train, progressivement, et peut-&#234;tre autant n&#233;cessairement, de se transformer en une organisation d'entreprise, avec une hi&#233;rarchie de plus en plus articul&#233;e et, pour effet, une in&#233;vitable bureaucratisation du r&#244;le et du travail de ses op&#233;rateurs sociaux. Si la coop&#233;rative, et le plus grand syst&#232;me institutionnel dont elle est partie, se constitue en entreprise, le v&#233;ritable risque est celui d'une transformation en &#171; industrie globale de l'aide &#187; (6) et, par cons&#233;quence, de transformer les &lt;i&gt;operateurs&lt;/i&gt; en ouvriers de la plus grande &lt;i&gt;machine&lt;/i&gt; (7) de l'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi, je ne suis qu'un morceau de la cha&#238;ne de montage fordiste de l'asile &#187;, me disait &lt;i&gt;Elise&lt;/i&gt; &#224; la fin d'une r&#233;union d'&#233;quipe, en r&#233;fl&#233;chissant sur son travail d'op&#233;ratrice l&#233;gale, travail consistant &#224; aider le b&#233;n&#233;ficiaire du projet &#224; &#171; monter &#187; litt&#233;ralement le r&#233;cit de l'histoire personnelle en vue de l'interview pr&#232;s de la Commission Territoriale, &#233;tant celle-ci cens&#233;e trancher sur sa demande d'asile. &#171; Monter &#187;, ici, dans le sens de la cha&#238;ne de montage mais aussi dans le sens cin&#233;matographique du terme, o&#249; l'op&#233;ratrice l&#233;gale se trouve &#224; jouer le r&#244;le du &#171; r&#233;alisateur &#187; du r&#233;cit, les deux sens du terme &#171; montage &#187; faisant partie du m&#234;me proc&#233;s de production, et r&#233;production, du syst&#232;me asile. En suivant les traces venant du terrain, &#233;clairants nous semblent les mots que &lt;i&gt;Marc&lt;/i&gt; utilise pour exposer l'interpr&#233;tation de son r&#244;le, pendant une auto-formation entre op&#233;rateurs de l'accueil et op&#233;ratrices sp&#233;cialis&#233;es en anthropologie et ethnopsychiatrie : &#171; parce que l'op&#233;rateur n'est que la pointe d'un syst&#232;me... &#187;. &#192; boucelr l'autoanalyse de &lt;i&gt;Marc&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Sophie&lt;/i&gt; joignait, avec une conviction passionn&#233;e &#171; ... la pointe d'un syst&#232;me que &lt;i&gt;nous incarnons&lt;/i&gt; &#187;. O&#249;, dans ses br&#232;ves et significatives notes, se trouve-t-il le reste et la permanence du colonial ? Comme le dit Barbara Sorgoni dans son ouvrage &lt;i&gt;Etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, ce qui &#233;merge ici est le &#171; th&#232;me classique de l'ethnographie des organisations, celui de l'analyse de l'&lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; : &#233;cart entre objectif de l'organisation et pratiques effectives, entre proc&#233;d&#233;s institutionnels et relations informelles &#187;. Une &#233;vidence semble se dessiner, affirme Sorgoni, dans ce type particulier de contexte : &#171; &#233;merge avec diff&#233;rente intensit&#233; une pr&#233;misse largement partag&#233;e [&#8230;] celle d'avoir &#224; traiter avec des personnes dont la particularit&#233; est d&#233;finie par le manque : ceux qui ont perdu, ceux qui n'ont pas, ceux qui ne savent ou ne peuvent pas. Ce que Michel Agier appelle &#171; le statut reconnu de victime &#187;, r&#233;v&#233;lant la fusion entre aspects l&#233;gaux et condition morale &#187; (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va revenir sur la relation (coloniale) imbriquant condition quasi-onotologique de manque &#034;propre &#034; &#224; l'immigr&#233; et &lt;i&gt;l'habitus/subjectivation&lt;/i&gt; moral/e que cette condition cr&#233;e et implique. Pour l'instant, en voulant utiliser un concept philosophique saissant, on pourrait traduire le th&#232;me sociologique de l'&lt;i&gt;&#233;cart&lt;/i&gt; &#224; travers le concept de &lt;i&gt;diff&#233;rend&lt;/i&gt; (9), diff&#233;rend constitutif du rapport entre &lt;i&gt;prise&lt;/i&gt; (des services sociaux sur le sujet manquant) et &lt;i&gt;usage&lt;/i&gt; (des services d'assistance par le sujet manquant). Et ce rapport, structurant la relation particuli&#232;re entre op&#233;rateur et usager, qui est un rapport asym&#233;trique par constitution, trouve, d'une part, sa g&#233;n&#233;alogie structurelle dans le rapport entre &#233;tat et immigration, et, d'autre part, sa g&#233;n&#233;alogie historique, l'une indissociable de l'autre, dans &#171; le lien entre exp&#233;rience coloniale et celle de l'&#233;migration : [au fond, on d&#233;couvre] la &lt;i&gt;permanence&lt;/i&gt; des m&#234;mes relations de pouvoir mat&#233;riel et symbolique &#187; (10). Ou, pour le dire &#224; travers les mots du directeur du&lt;i&gt; Centre Franz Fanon &lt;/i&gt; de Turin, Roberto Beneduce, &#171; on arrive &#224; reconna&#238;tre des continuit&#233;s impr&#233;vues entre regard colonial ou les cat&#233;gories diagnostiques utilis&#233;es par les psychiatres en &#233;poque coloniale et les attitudes adopt&#233;es (aussi) aujourd'hui par beaucoup des op&#233;ratuers qui travaillent avec des patients immigr&#233;s &#187; (11). Cette double g&#233;n&#233;aologie nous semble &#234;tre explicit&#233;e clairement par Abdelamlek Sayad quand'il affirme que &#171; l'immigration ne peut pas se penser autrement que par la &#034;pens&#233;e d'Etat&#034;, c'est par les cat&#233;gories de la pens&#233;e de l'Etat qu'on la pense, et la penser, c'est &lt;i&gt;n&#233;cessairement&lt;/i&gt; penser l'Etat ; de m&#234;me que c'est l'Etat qui se pense lui-m&#234;me en pensant l'immigration &#187; (12). Or, enti&#232;rement pris dans ce rapport encore une fois d&#233;crit comme n&#233;cessaire et plong&#233; en ce &lt;i&gt;diff&#233;rend&lt;/i&gt;, en &#233;tant lui-m&#234;me en premi&#232;re personne la figure de l'&#233;tat, comment se trouve &#224; agir l'op&#233;rateur ? Quel genre de dynamique met-il en place et quel style de relation aura-t-il avec son autre sp&#233;culaire, le b&#233;n&#233;ficiaire ? Utilisant les mots de la pr&#233;sentation de cette Universit&#233;, &#171; plus que jamais, dans ce contexte, le diff&#233;rend post-colonial prosp&#232;re sur l'oubli ou le d&#233;ni de la contamination du pr&#233;sent par le pass&#233; colonial &#187; et, encore plus pr&#233;cis&#233;ment, sur la reproduction de ce pass&#233;. &#171; On est encore des colonisateurs &#187;, me disait &lt;i&gt;Alexandra&lt;/i&gt;, coordinatrice du centre o&#249; je travaille, lors d'un &#233;change informel. En regardant de plus pr&#232;s au travail de l'operateur social, la colonialit&#233; se situerait, donc, dans l'espace de &#171; la relation entre usagers et operateurs, [relation] avant tout &lt;i&gt;artificielle&lt;/i&gt; et oblig&#233;e &#187; (13) qui, &#171; en d&#233;pla&#231;ant le &#8220;droit du receveur&#8221; vers l' &#8220;obligation du donneur&#8221; [&#8230;] institue un ordre radicalement in&#233;gal qui est la marque de la &lt;i&gt;relation humanitaire&lt;/i&gt; &#8211; et cela structurellement, autrement dit, ind&#233;pendamment de la volont&#233; des acteurs. Cette in&#233;galit&#233; est ind&#233;passable, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle est socialement institu&#233;e et non individuellement d&#233;cid&#233;e &#187; (14.) Et si, en suivant la th&#232;se de Barabare Harrel-Bond, &#171; l'une des causes principales du malaise d&#233;bilitant est la m&#234;me &lt;i&gt;structure&lt;/i&gt; du r&#233;gime d'assistance offert aux r&#233;fugi&#233;s &#187; (15), du point de vue de notre analyse, on remarquera que c'est la m&#234;me cause &#224; g&#233;n&#233;rer le malaise qui afflige les op&#233;rateurs, le syndrome du burn-out (16) . Ici est d&#233;crit dans un sens concret le &lt;i&gt;diff&#233;rend&lt;/i&gt; dont on parlait, l'in&#233;galit&#233; ind&#233;passable car institutionnellement cr&#233;e qui, &#224; la fois, cr&#233;e des cat&#233;gories et des &lt;i&gt;habitus&lt;/i&gt; performants, lisibles, dans leur quotidien d&#233;ploiement, &#224; travers l'&#339;il ethnographique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ult&#233;rieur et peut-&#234;tre plus radical &#8211; du point de vue institutionnel &#8211; point de force des analyses ethnographiques est le constat que les figures habituellement pr&#233;sent&#233;es par la sc&#232;ne de l'accueil comme objectives et garanties - comme si elles &#233;taient des &#171; donn&#233;s du r&#233;el &#187; (l'Immigr&#233;, le demandeur d'asile, mais aussi l'op&#233;rateur d'accueil) &#8211; sont en r&#233;alit&#233; des constructions sociales pr&#233;cises, des effets/r&#233;sultats du syst&#232;me de classification que la m&#234;me institution produit, met en acte, rend concret et au final certifie... un syst&#232;me de classification, avec les pratiques bureaucratiques qui les rendent op&#233;ratives et finissent par les concr&#233;tiser en les incorporant dans des singuliers, concrets &#234;tres humains &#187; (17)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre, dans ces passages, on peut rep&#233;rer, sur le plan local et des pratiques quotidiennes, ce que Sandro Mezzadra a appel&#233; la &#171; violence &#233;pist&#233;mique, sur laquelle se fonde la domination coloniale &#187; (18). Un point central, celui-ci, abord&#233; mais pas encore &#233;clair&#233;, qu'il faudrait en ce moment passer au crible &#224; travers la focale du regard ethnographique : pourquoi, donc, consid&#233;rant cette position incommode, para-institutionnelle, fortement ambig&#252;e, les op&#233;rateurs jouent-ils &#224; ce r&#244;le de nouveaux et bons colonisateurs, mais &lt;i&gt;chez nous&lt;/i&gt; ? Comment se justifient-ils leur travail ? Comment se fabriquent-ils et quel genre de justifications (19) ils se donnent, car, tr&#232;s ouvertement, une justification &#233;conomique-salariale n'est pas &#224; prendre au s&#233;rieux. &#171; On est en train de te montrer que toi, tu &lt;i&gt;vaux plus &lt;/i&gt; &#187;, avec ces mots exactes s'exprimait Barbara, op&#233;ratrice des services sociaux pour les r&#233;fugi&#233;s de la Mairie de Bologne, lors d'une supervision ethno-psychiatrique sur un cas de femme de nationalit&#233; nig&#233;rienne ne voulant pas s'attacher aux normes et aux obligations pr&#233;vues par le projet SPRAR. Nous, nous qui sommes venus chez vous il y a un bon moment pour vous apporter la civilisation dans vos pays, puisque vous n'avez &#233;videmment pas bien retenu la le&#231;on, nous on va vous l'apprendre ici, &lt;i&gt;chez nous&lt;/i&gt;. Donc, il ne s'agit pas seulement d'un travail bureaucratique, d'exp&#233;dition d'un dossier l&#233;gal ou d'allocation d'un service d'assistance primaire, mais il y a un de &lt;i&gt;plus&lt;/i&gt; dans ce travail, comme un rajout de moralit&#233;, d'&#171; &#226;me &#187;, dirait Foucault, &#224; l'instrument du projet SPRAR qui, peut-&#234;tre, rel&#232;ve, un fois de plus, de l'id&#233;e sous-jacente au projet colonial :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question de l'aide et de ses formes de pouvoir renvoie aux tentatives de civilisation et de m&#233;dicalisation de l'Autre pendant l'exp&#233;rience coloniale, &#224; l'histoire de la planification du d&#233;veloppement comme mission p&#233;dagogique et de restauration auto-&#233;vidente et universelle d'une &#8220;humanit&#233;&#8221; moderne &#187; (20).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces nouveaux genres de &#171; tentatives de civilisation &#187;, on remarque d'un coup comme une nouvelle forme, ou un nouveau regard colonial, se concretise dans la relation d'aide impliquant un rajout d'&#226;me, qui certes ne concerne pas les institutions, mais les personnes qui y travaillent, et que, peut-&#234;tre exactement parce que parmi ou au-d&#233;l&#224; des autres comp&#233;tences professionnelles mettent en valeur leur &#226;me, sont pay&#233;s. L'aide comme nouveau prisme &#224; travers lequel &#171; s'incarne &#187; une nouvelle &#226;me coloniale. &#171; Une bonne partie de mon &lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; op&#233;rateur je l'ai b&#226;ti sur l'informalit&#233; &#187;, affirmait &lt;i&gt;Diana&lt;/i&gt; dans une formation ethnopsychiatrique pr&#233;cis&#233;ment consacr&#233;e &#224; la relation d'aide. Le travail, dans ce cas, est compl&#232;tement v&#233;cu sous un registre ontologique, o&#249; la performance professionnelle ne se distingue plus de &#171; l'etre soi-m&#234;me &#187;, o&#249;, c'est-&#224;-dire, ce n'est plus proprement une qualit&#233; professionnelle qui fait le bon op&#233;rateur mais l'informalit&#233;, la mise en forme de l'&#234;tre soi-m&#234;me, chose qui devrait rester compl&#232;tement en-dehors du cadre professionnel du travail. Ici on ne travaille plus, on &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pr&#233;cisement &#224; partir de cet aspect central qu'on voudrait, maintenant, focaliser notre attention sur un autre aspect, celui de la signification que l'&lt;i&gt;aide&lt;/i&gt; assume dans ce travail. Pour reprendre sur un plan local les analyses d'une des critiques les plus aigues &#034;de la raison humanitaire&#034; portant sur le r&#244;le des organisations humanitaires internationales, &#171; de fa&#231;on paradigmatique, dans les soci&#233;t&#233;s occidentales, l'engagement romantique dans le monde s'est ainsi d&#233;plac&#233; de la figure du volontaire, risquant sa vie aux c&#244;t&#233;s de mouvements de lib&#233;ration, &#224; la figure de l&lt;i&gt;'humanitaire, sauvant &lt;/i&gt; des vies dans des espaces &#233;pargn&#233;s par les bellig&#233;rants. Sous le m&#234;me vocable - &#171; vie &#187; -, ce ne sont plus les m&#234;mes v&#233;rit&#233;s que l'on &#233;nonce : vie politique de celui qui se bat, dans le premier cas, vie physique de celui que l'on secourt, dans le second &#187; (21). Ce qu'on voudrait mettre clairement en &#233;vidence ici est un d&#233;placement intervenu qui, sous la forme d'une approche de &lt;i&gt;sauveur&lt;/i&gt; est autant probl&#233;matique et, en quelque mani&#232;re, coloniale, comme celui du vieux colonialisme. La diff&#233;rence, dans cette permanence, r&#233;siderait dans le fait que le colonialisme, dans le travail de l'op&#233;rateur social, se pr&#233;sente &#224; travers une morale humanitaire, ou, comme l'appelle Barbara Pinelli, la &#171; masque de l'humanitaire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, pour revenir &#224; notre premier propos m&#233;thodologique, si &#171; l'analyse ethnographique s'av&#232;re &#234;tre fondamentale pour comprendre les significations que les [op&#233;rateurs] attribuent &#224; leurs activit&#233;s, les motivations qui fondent leur engagement et les modalit&#233;s &#224; travers lesquelles leurs id&#233;es culturellement d&#233;finies de concepts comme int&#233;gration, aide, asile, service, fa&#231;onnent leurs &lt;i&gt;pratiques&lt;/i&gt; et leurs &lt;i&gt;relations&lt;/i&gt; avec les usagers &#187; (22), j'aimerais, maintenant, exposer ce qui a &#233;t&#233; le fa&#231;onnage qui s'est op&#233;r&#233; sur ma subjectivit&#233; de travailleur pendant ces deux ann&#233;es v&#233;cues dans le syst&#232;me d'accueil ayant, pour paraphraser Sayad, la &#171; r&#233;flexion sur l'immigration cet autre int&#233;r&#234;t, qu'elle agit comme un miroir grossissant [&#8230;] permettant de mettre au jour la v&#233;rit&#233; (d'ordinaire masqu&#233;e) de l'action (d'ordinaire diffuse) des m&#233;canismes fondamentaux de la soci&#233;t&#233; &#187; (23).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venant d'une premi&#232;re exp&#233;rience de militantisme &#224; c&#244;t&#233; des travailleurs saisonniers immigr&#233;s, o&#249; les revendications &#233;taient ouvertement anti-institutionnelles mais o&#249;, en m&#234;me temps, ma position &#233;tait asym&#233;trique par rapport &#224; celle des travailleurs immigr&#233;s, j'ai &lt;i&gt;jou&#233;&lt;/i&gt; cet engagement politique dans le champ de l'immigration pour la recherche d'un &lt;i&gt;boulot&lt;/i&gt;. Et voil&#224;, par un jeu paradoxal de vases communicants, je me suis retrouv&#233; &#224; travailler de l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, dans l'Institution, g&#233;r&#233;e par le Minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. Et si, pendant la premi&#232;re ann&#233;e, j'ai tenu &#224; respecter ma position politique liminale tout en travaillant &lt;i&gt;dedans&lt;/i&gt;, me trouvant n&#233;anmoins &#224; op&#233;rer dans &#171; une relation de pouvoir impliquant un p&#233;renne &#233;quilibrisme humainement frustrant et [parfois] ravageur &#187; (24), dans la derni&#232;re ann&#233;e, avec le passage au projet SPRAR, un changement est intervenu, de fa&#231;on graduelle mais profonde. Il s'agit d'un changement cumulatif, d&#251; s&#251;rement &#224; un changement des conditions mat&#233;rielles de travail ; mais, d'autre part, un changement op&#233;r&#233; &#224; travers des multiples &#233;changes tenus avec mes coll&#232;gues et mes coordinateurs, des multiples et diff&#233;rentes supervisions ethno-psychiatriques et aussi supervisions psychologiques sur l'&#233;quipe de travail, bref, &#224; travers tout un d&#233;ploiement massif des instruments culturels, comme on l'a vu, pendant lequel une nouvelle signification s'est faite jour en me donnant des nouvelles &#171; justifications &#187; : apr&#232;s un an, j'ai aper&#231;u sur moi-m&#234;me &#171; la dimension profond&#233;ment morale de cette subjectivation politique &#187; (25). Voici d&#233;crite, donc, la carri&#232;re, l'&lt;i&gt;&#233;conomie morale&lt;/i&gt; affectant le travail de l'op&#233;rateur de l'accueil. Au fond, ce qui a &#233;t&#233; mis en &#339;uvre, et qui agissait sur ma subjectivit&#233; de travailleur social, &#233;tait la m&#234;me dynamique que nous, op&#233;rateurs, cherchons chaque jours d'instiller et de produire dans et sur les usagers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette volont&#233; &#233;ducative, qui je crois peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e constitutive du syst&#232;me d'accueil dans son complexe&lt;/i&gt;, est fonctionnelle &#224; la construction d'un type sp&#233;cifique de &lt;i&gt;subjectivit&#233;&lt;/i&gt; du demandeur d'asile, qui d&#232;s son arriv&#233;e en Italie est tenu &#224; se former &#224; l'Italie &#187; (26).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; paradoxale dans cette permanence coloniale, qu'on ne sait pas jusqu'&#224; quel point peut se dire &#171; inconscient &#187;, r&#233;side, ici, dans le fait que les effets moraux de cette colonialit&#233; ne concernent plus seulement l'immigr&#233;/colonis&#233; mais concernent, avec autant plus d'investissement et d'engagement subjectif, aussi l'autochtone/colonisateur (27). La figure qui est install&#233;e et que relie cette s&#233;rie nouveaut&#233;-permanence est celle de &lt;i&gt;l'humanitaire&lt;/i&gt; qui, comme l'explicite clairement Didier Fassin, &#171; est devenu un langage qui lie inextricablement les valeurs et les affects et qui sert &#224; d&#233;finir autant qu'&#224; justifier des pratiques de gouvernement des hommes &#187; (28). La question essentielle que cette pr&#233;sentation se proposait de solliciter concernait exactement ce changement, ce d&#233;placement qui, bien qu'il &#171; ne soit plus contest&#233;, ne signifie pas que nous ne puissions pas encore en discuter les enjeux &#187; (29).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; La recherche que nous avons conduit propose, au contraire, une r&#233;flexion approfondie sur un contexte territorial sp&#233;cifique, sur les pratiques qui traduisent, au niveau local, des normatives et indications proc&#233;durales &#187;, Sorgoni B., &lt;i&gt;Per un'etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, dans Sorgoni B., &lt;i&gt;Etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, CISU, Roma 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Et pourtant, comme &#233;crit Lorenzo Vianelli dans son essai sur le travail des b&#233;n&#233;voles dans un centre SPRAR, il faudrait &#171; d&#233;construire la rh&#233;torique dominante &#224; propos de la p&#233;nurie de ressources pour en d&#233;voiler plut&#244;t l'&#233;l&#233;ment du choix, c'est-&#224;-dire la composante d&#233;cisionnelle qui soutenait [cette rh&#233;torique] &#187;, Vianelli L., &lt;i&gt;Generosit&#224;, altruismo, aspettative. Narrazioni e silenzi dei volontari&lt;/i&gt;, dans Sorgoni B., &lt;i&gt;Etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, cit., p. 92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Monti L., &lt;i&gt;Anni in fuga. Numeri e storie&lt;/i&gt;, n&#176; 31, Gennaio-Febbraio 2016, de la revue &lt;i&gt;Gli Asini&lt;/i&gt;, Roma 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Sacchetto D., Semenzin M., &lt;i&gt;Storia e struttura della costituzione d'impresa cooperativa.. Mutamenti politici di un rapporto sociale, dans Scienza e politica,&lt;/i&gt; vol. XXVI, n&#176; 50, 2014, pp. 43-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#171; L'accueil des d&#233;mandeurs d'asile comme &lt;i&gt;activit&#233; n&#233;cessaire&lt;/i&gt; et ordinaire de la sc&#232;ne sociale d'aujourd'hui et du futur &#187;, citation tir&#233; d'un flyer de la campagne publicitaire organis&#233;e par la Mairie de la ville de Bologna, &lt;strong&gt;&#8220;Campagna Bologna Cares ! 2016. Accoglienza : una scelta positiva&#8221;&lt;/strong&gt; (italique &#224; nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Harrel-Bond, B., Imposing Aid : &lt;i&gt;Emergency Assistance to Refugees, &lt;/i&gt; Oxford, Oxfor University Press, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. &#171; La naissance des r&#233;fugi&#233;s est in&#233;vitablement en rapport avec la naissance de l'aide humanitaire, un rapport d'assistance qui s'est fait professionnel et qui est devenu aussi une industrie de l'aide &#187;, Van Aken M., &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; au num&#233;ro &lt;i&gt;R&#233;fugi&#233;s. Antropologia.&lt;/i&gt;2005, 5, 5, p. 7, Meltemi, Roma, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Sorgoni B., &lt;i&gt;Per un etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, cit., p. 30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Lyotard J-F, &lt;i&gt;Le diff&#233;rend&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, Paris 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Avallone G., Torre S., &lt;i&gt;Abdelamlek Sayad : per una teoria postcoloniale delle migrazioni,&lt;/i&gt; Edizioni Il Carrubo, Catania, 2013, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Beneduce R., &lt;i&gt;L'etnopsichiatria della migrazione fra eredit&#224; coloniale e politiche della differenza&lt;/i&gt;, p. 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Sayad A., &lt;i&gt;Conslusion, dans L'immigration ou les paradoxes de l'alt&#233;rit&#233;. La fabrication des identit&#233;s culturelles&lt;/i&gt;, Raison d'agir, Paris 2006, p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Urru R., &lt;i&gt;Pratiche dell'accoglienza&lt;/i&gt;, dans Sorgoni B., &lt;i&gt;Etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, cit., p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Fassin D., &lt;i&gt;Critique de la raison humanitaire&lt;/i&gt;, dans Fassin D., &lt;i&gt;La raison humanitaire. Une histoire morale du temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, Hautes &#233;tudes Seuil/Gallimard, Paris 2010, p. 327 (italique &#224; nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Harrel-Bond, B., &lt;i&gt;L'esperienza dei rifugiati in quanto beneficiari d'aiuto, dans Rifugiati. Antropologia.2005&lt;/i&gt;, 5, 5, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Romano G. A., &lt;i&gt;La sindrome del burnout nelle helping professions nel paradigma Biopsicosociale,&lt;/i&gt; ACP &#8211; Rivista di Studi Rogersiani &#8211; 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Palumbo B., &lt;i&gt;Prefazione translocale&lt;/i&gt;, dans&lt;i&gt; Etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, cit., p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Mezzadra S., &lt;i&gt;La condizione postcoloniale,&lt;/i&gt; Ombre Corte, Verona 2008, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. &#171; Enqu&#234;tes ethnographiques qui permettraient d'acc&#233;der aux logiques des acteurs et aux justifications des actions &#187;, Fassin D., &lt;i&gt;Introduction. Le gouvernement humanitaire&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;La raison humanitaire. Une histoire morale tu temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, cit., p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Van Aken M., &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; , cit. p. 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Fassin D, &lt;i&gt;Critique de la raison humanitaire,&lt;/i&gt; cit., p. 322.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Vianelli L., &lt;i&gt;Generosit&#224;, altruismo, aspettative. Narrazioni e slienzi dei volontari&lt;/i&gt;, cit., p. 96 (italique &#224; nous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. Sayad A., &lt;i&gt;&#171; Les usages sociaux de la &#8220;culture des immigr&#233;s&#8221; &#187;, dans L'immigration ou les paradoxes de l'alt&#233;rit&#233;. La frabrication des ind&#233;niti&#233;s culturelles&lt;/i&gt;, cit., p. 95-96.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. Urru R., &lt;i&gt;Pratiche dell'accoglienza&lt;/i&gt;, cit., p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Fassin D., &lt;i&gt;Une subjectivit&#233; sans sujet. Les m&#233;tamorphose de la figure du t&#233;moin, dans Fassin D., La raison humanitaire. Une histoire morale tu temps pr&#233;sent&lt;/i&gt;, cit., p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. Vianelli L., &lt;i&gt;Generosit&#224;, altruismo, aspettative. Narrazioni e slienzi dei volontari,&lt;/i&gt; cit., p. 102 (italique &#224; nous)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Brossat A., &lt;i&gt;Autochtone imaginaire, &#233;tranger imagin&#233;. Retours sur la x&#233;nophobie ambiante&lt;/i&gt;, Edition du Souffle, Bruxelles 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Fassin D., &lt;i&gt; Introduction. Le gouvernement humanitaire&lt;/i&gt;, cit., p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Fassin D, &lt;i&gt;Critique de la raison humanitaire&lt;/i&gt;, cit., p. 322.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avallone G., Torre S., &lt;i&gt;Abdelamlek Sayad : per una teoria postcoloniale delle migrazioni&lt;/i&gt;, Edizioni Il Carrubo, Catania, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beneduce R., &lt;i&gt;L'etnopsichiatria della migrazione fra eredit&#224; coloniale e politiche della differenza&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brossat A., A&lt;i&gt;utochtone imaginaire, &#233;tranger imagin&#233;. Retours sur la x&#233;nophobie ambiante,&lt;/i&gt; Edition du Souffle, Bruxelles 2012&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E&lt;i&gt;tnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt;, Edit&#233; par Sorgoni B., CISU, Roma 2011.&lt;br class='autobr' /&gt;
Palumbo B., &lt;i&gt;Prefazione translocale&lt;/i&gt; ;&lt;br class='autobr' /&gt; Sorgoni B, &lt;i&gt;Per un'etnografia dell'accoglienza&lt;/i&gt; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Urru R., &lt;i&gt;Pratiche dell'accoglienza&lt;/i&gt; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vianelli L., &lt;i&gt;Generosit&#224;, altruismo, aspettative. Narrazioni e slienzi dei volontari&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fassin D., &lt;i&gt;La raison humanitaire. Une histoire morale du temps pr&#233;sent,&lt;/i&gt; Hautes &#233;tudes Seuil/Gallimard, Paris 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Introduction. Le gouvernement humanitaire ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une subjectivit&#233; sans sujet. Les m&#233;tamorphoses de la figure du t&#233;moin ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Critique de la raison humanitaire&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harrel-Bond, B., Imposing Aid : Emergency Assistance to Refugees, Oxford, Oxford University Press, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lyotard J-F, &lt;i&gt;Le diff&#233;rend&lt;/i&gt;, Les &#201;ditions de Minuit, Paris 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mezzadra S., &lt;i&gt;La condizione postcoloniale&lt;/i&gt;, Ombre Corte, Verona 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monti L., &lt;i&gt;Anni in fuga. Numeri e storie&lt;/i&gt;, n&#176; 31, Gennaio-Febbraio 2016, de la revue &lt;i&gt;Gli Asini&lt;/i&gt;, Roma 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Rifugiati. Antropologia &lt;/i&gt; 2005, 5, 5, Edit&#233; par Van Aken M., Meltemi, Roma, 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
Agier M., &lt;i&gt;Ordine e disordine dell'umanitario. Dalla vittima al soggetto politico ;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Harrel-Bond, B., &lt;i&gt;L'esperienza dei rifugiati in quanto beneficiari d'aiuto&lt;/i&gt; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Van Aken M., &lt;i&gt;Introduzione&lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romano G-A, &lt;i&gt;La sindrome del burnout nelle helping professions nel paradigma Biopsicosociale&lt;/i&gt;, ACP &#8211; Rivista di Studi Rogersiani &#8211; 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sacchetto D., Semenzin M., &lt;i&gt;Storia e struttura della costituzione d'impresa cooperativa. Mutamenti politici di un rapporto sociale&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Scienza e politica,&lt;/i&gt; vol. XXVI, n&#176; 50, 2014, pp. 43-62.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sayad A., &lt;i&gt;L'immigration ou les paradoxes de l'alt&#233;rit&#233;. La fabrication des identit&#233;s culturelles&lt;/i&gt;, Raison d'agir, Paris 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vid&#233;os travailleurs africains en Italie</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=347</link>
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		<dc:date>2013-12-03T10:36:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Reggente Savino Claudio</dc:creator>



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&lt;p&gt;Boreano : un village d'une poign&#233;e de hameaux &#224; c&#244;t&#233; d'une vieille &#233;glise d&#233;sormais en ruine, dans le territoire de la ville de Venosa. Une vaste plaine se d&#233;vide sous nos yeux et s'ouvre ind&#233;finiment vers l'autre grande plaine, celle des Pouilles. &#192; 20 kilom&#232;tres de l&#224; se trouve l'&#233;tablissement national de production de voitures &#171; Fiat &#187;, dans la plaine de San Nicola di Melfi. Le cadre ici d&#233;crit forme un v&#233;ritable instantan&#233; qui rec&#232;le en soi toutes les contradictions des soixante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Boreano : un village d'une poign&#233;e de hameaux &#224; c&#244;t&#233; d'une vieille &#233;glise d&#233;sormais en ruine, dans le territoire de la ville de Venosa. Une vaste plaine se d&#233;vide sous nos yeux et s'ouvre ind&#233;finiment vers l'autre grande plaine, celle des Pouilles. &#192; 20 kilom&#232;tres de l&#224; se trouve l'&#233;tablissement national de production de voitures &#171; Fiat &#187;, dans la plaine de San Nicola di Melfi. Le cadre ici d&#233;crit forme un v&#233;ritable instantan&#233; qui rec&#232;le en soi toutes les contradictions des soixante derni&#232;res ann&#233;es d'histoire du Sud de l'Italie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore vif, dans la m&#233;moire collective de la ville, est le souvenir de la &#171; damoiselle Rapolla &#187;, propri&#233;taire de milliers d'hectares dans la zone, affrontant, fusil &#224; la main, les centaines d'ouvriers agricoles qui, vers la fin des ann&#233;es 40, allaient occuper &#171; ses &#187; terrains. C'est aussi gr&#226;ce &#224; ces luttes que la R&#233;forme agraire de 1951 a r&#233;ussi &#224; exproprier les grands latifundia. Propri&#233;t&#233;s qui, d'ailleurs, &#224; travers des m&#233;thodes client&#233;listes, ont &#233;t&#233; tout de suite distribu&#233;es aux inscrits du parti de la &#171; Democarzia Cristiana &#187; (DC), alors que, pour les inscrits au Parti Communiste, ne restait que le choix de faire leurs valises et &#233;migrer &#8211; au Nord de l'Italie ou en Europe. Selon l'id&#233;e des &#233;lus de la DC, les ouvriers, maintenant petits propri&#233;taires, auraient d&#251; s'&#233;tablir &#224; Boreano. Mais tant le village de Boreano que les hameaux &#233;pars autours des champs sont rest&#233;s vides.&lt;br class='autobr' /&gt; Vers les ann&#233;es soixante-dix, certains agriculteurs de Venosa et des villes proches, Lavello, Palazzo San Gervasio, Melfi, sous la pression de commer&#231;ants et des industriels de la conserverie de Campanie, ont commenc&#233; &#224; cultiver des tomates. Si, au d&#233;but, la main-d'&#339;uvre utilis&#233;e pour la r&#233;colte des tomates &#233;tait compos&#233;e en majorit&#233; par des locaux, comme les ouvriers, les &#233;tudiants, les femmes au foyer, elle sera au tournant des ann&#233;es 90 de plus en plus remplac&#233;e par les immigr&#233;s, communautaires ou non. Le village abandonn&#233; de Boreano a &#233;t&#233; le premier site o&#249; ces nouveaux ouvriers, et leurs &#171; caporali &#187;, se sont install&#233;s, l'utilisant aussi bien comme abri que comme base pour les mois de r&#233;colte &#8211; de d&#233;but ao&#251;t jusqu'&#224; octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois, aucun type d'initiative n'a &#233;t&#233; pris, pendant des ann&#233;es, par les institutions. Puis, &#224; partir de 1999, un Centre d'accueil a &#233;t&#233; mis en place &#224; Palazzo San Gervasio, g&#233;r&#233; par la Mairie et les associations locales, qui a abrit&#233; chaque ann&#233;e plusieurs centaines d'ouvriers africains, &#224; vrai dire dans des conditions assez critiques, jusqu'&#224; sa fermeture en 2009. Cependant, certaines &#233;quipes d'ouvriers, pour la plupart burkinab&#233;s, ont pr&#233;f&#233;r&#233; continuer &#224; vivre dans le village de Boreano, celui-ci devenu, avec le temps, une copie mineure du Grand Ghetto de Rignano Garganico (Foggia). Tout &#231;a jusqu'en 2009, quand le propri&#233;taire de l'agrotourisme plac&#233; juste &#224; c&#244;t&#233; de Boreano a tir&#233; sur les travailleurs avec un fusil. D&#232;s lors, les ouvriers burkinab&#233;s se sont d&#233;plac&#233;s d'une centaine de m&#232;tres, vers d'autres hameaux abandonn&#233;s, dans des situations encore plus p&#233;nibles qu'avant : sans &#233;lectricit&#233;, sans eau, sans chauffage et encore plus loin de la route principale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, certains burkinab&#233;s, s'&#233;tant install&#233;s dans les villes proches de Boreano, sont entr&#233;s en contact direct avec les agriculteurs locaux, et ont acquis, de ce fait, le r&#244;le d'interm&#233;diaires : les &#171; caporali &#187;. Ceux-ci organisent les &#233;quipes pour r&#233;colter les tomates et fournissent aux ouvriers, sous payement major&#233;, un abri et les services de base (eau, repas, d&#233;placement vers les lieux de travail o&#249; ailleurs, recharges t&#233;l&#233;phoniques, pr&#234;t d'argent). De la m&#234;me mani&#232;re qu'en Capitanata (Foggia), la grande quantit&#233; de main-d'&#339;uvre agricole pr&#233;sente dans la zone de Boreano, &#224; bas prix et normalement disponible &#224; tout heure, a permis aux agriculteurs de se passer de l'achat de machines pour la r&#233;colte des tomates. De fait, les ouvriers saisonniers sont pay&#233;s &#224; la pi&#232;ce, entre 3 et 4 euros par une caisse de tomates de 300 kilos, et une partie de leur salaire est retenue par les &#171; caporali &#187;, ceux-ci &#233;tant souvent des amis ou des parents. Certains parmi les travailleurs sont des ouvriers licenci&#233;s par les usines du Nord et des jeunes de deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration &#8211; fils, eux-aussi, d'ouvriers &#8211;, qui arrivent ici par le syst&#232;me du bouche &#224; oreille avec l'espoir de gagner un peu d'argent. D'autres sont r&#233;fugi&#233;s, souvent arriv&#233;s &#224; Lampedusa, demandant une protection internationale, voire l'asile, dans certains cas. Et si certains poss&#232;dent d&#233;j&#224; un permis de s&#233;jour court pour motif humanitaires, il y en a d'autres qui sont en attente d'une r&#233;ponse par les autorit&#233;s, et d'autres encore irr&#233;guliers.&lt;br class='autobr' /&gt; Au d&#233;but du mois d'octobre, quand la r&#233;colte des tomates vient &#224; peine de s'achever, les uns retournent au Nord, pour chercher de meilleures opportunit&#233;s de travail, les autres descendent en Calabre, essayant de d&#233;crocher quelques journ&#233;es de travail dans la r&#233;colte des oranges. Dans les hameaux de Boreano restent encore une cinquantaine de personnes. Certains d'entre eux resteront ici pour tout l'hiver : ne sachant pas bien o&#249; aller, ils pr&#233;f&#232;rent plut&#244;t rester l&#224; et essayer de trouver un boulot et un abri pr&#232;s des petites entreprises de la zone. &#193; partir du mois de mai, ceux qui sont rest&#233;s avec ceux qui arriveront, vont reprendre le travail dans les champs, plantant les tomates (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est cette r&#233;alit&#233; &#8211; qui est &#224; la fois le produit d'une r&#233;alit&#233; sociale, g&#233;ographique, &#233;conomique et historique &#8211; qui a donn&#233; l'id&#233;e d'intervenir &#224; des associations des villes autour de Boreano, devant la totale absence des institutions. C'est &#224; partir de et sur le mod&#232;le d'autres interventions men&#233;es, les ann&#233;es pass&#233;es, par le r&#233;seau &#171; Campagne in lotta &#187; dans le Grand Ghetto (Foggia) et &#224; Rosarno (Calabre), que cette intervention a vu le jour. Y ont particip&#233;, avec des militants faisant partie du r&#233;seau, un grand nombre d'associations locales et aussi d'autres personnes du territoire. La premi&#232;re &#233;tape de &#171; &lt;strong&gt;L'&#233;cole d'italien de Boreano&lt;/strong&gt; &#187; a &#233;t&#233; l'occupation de l'&#233;glise abandonn&#233;e, distante d'un kilom&#232;tre des hameaux o&#249; les ouvriers vivent. Le fait de cr&#233;er un lieu ext&#233;rieur du reste du &#171; ghetto &#187; et plus prot&#233;g&#233; de la pr&#233;sence inhibitrice des &#171; caporali &#187;, nous a permis de mettre en place des cours de langue, un cabinet l&#233;gal et un support m&#233;dical minimal, profitant d'une certaine libert&#233;. Cela a &#233;t&#233; une condition n&#233;cessaire tout d'abord pour cr&#233;er un rapport de confiance entre les volontaires et les ouvriers agricoles, et ensuite pour activer des parcours de libre confrontation o&#249; il &#233;tait possible de discuter des probl&#232;mes li&#233;s au travail et aux conditions de vie, et d'o&#249; est parti une action commune de revendications politiques qui s'est achev&#233; avec une rencontre entre ouvriers migrants et le Pr&#233;fet, au mois d'octobre. &lt;br class='autobr' /&gt; Le partage spatial entre &#171; ghetto &#187; et &#233;glise-&#233;cole n'a pas &#233;t&#233; pourtant si net. En fait, surtout dans la phase de d&#233;marrage de l'intervention, les visites que les volontaires faisaient dans les hameaux ont &#233;t&#233; fondamentales afin de &#171; publiciser &#187; l'&#233;cole d'italien et aussi pour renseigner les ouvriers sur les services dont ils pouvaient b&#233;n&#233;ficier, et en ce qui concerne les droits pr&#233;vus par le contrat provincial pour les travailleurs agricoles. D'autres associations, catholiques et la&#239;ques, &#233;taient pr&#233;sentes sur le terrain depuis des ann&#233;es. La &#171; Caritas &#187;, pr&#234;tant des services d'assistance &#233;l&#233;mentaires comme la fourniture de l'eau, des v&#234;tements et des soins basiques ; et l'&#171; OMB &#187; (Observatoire Migrants Basilicata) qui donne des cours d'italien, des cours professionnels pour l'insertion au travail et aussi un cabinet pour le support l&#233;gal. L'OMB a &#233;t&#233; d&#232;s le d&#233;but un des promoteurs de l'intervention, avec son exp&#233;rience pluriannuelle directe sur le terrain. Il faut signaler aussi le &#171; CE.ST.RI.M &#187;, qui s'occupe d'aider les femmes immigr&#233;es victimes de traite travaillant comme prostitu&#233;es dans le &#171; ghetto &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La continuit&#233; des cours d'italien a &#233;t&#233; fondamentale, mais c'est &#224; partir du moment o&#249; des assembl&#233;s avaient lieu chaque semaine, qu'a &#233;t&#233; possible l'&#233;mergence d'un v&#233;ritable parcours de revendications qui allait de paire avec un processus d'auto-organisation parmi les migrants m&#234;mes. Malgr&#233; la discontinuit&#233; des pr&#233;sences li&#233;e &#233;videmment &#224; la fatigue au travail, malgr&#233; des difficult&#233;s li&#233;es &#224; la condition pr&#233;caire o&#249; l'on op&#233;rait, et malgr&#233; les tensions et les malentendus surgis in&#233;vitablement, plut&#244;t entre ouvriers et volontaires eux-m&#234;mes qu'entre les deux positions, ce parcours de connaissance et de confrontation r&#233;ciproque a port&#233; ses fruits. En fait, le parcours d'auto-organisation a abouti &#224; l'&#233;criture d'une lettre pr&#233;sent&#233;e par les migrants eux-m&#234;mes au Pr&#233;fet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les points critiques signal&#233;s par les travailleurs ont &#233;t&#233; les suivants : &lt;strong&gt;le travail au noir&lt;/strong&gt;, c'est-&#224;-dire sans contrat ou avec des faux contrats, chose qui, selon la loi italienne pour l'immigration, ne permet pas de renouveler les permis de s&#233;jour, ni d'avoir droit aux allocations ch&#244;mage ; &lt;strong&gt;l'exploitation au travail&lt;/strong&gt;, puisqu'on travaille &#224; la pi&#232;ce sans limites d'horaires et sans respecter le contrat provincial pour les travailleurs agricoles ; &lt;strong&gt;les conditions critiques de logement&lt;/strong&gt;, qui, par ailleurs, ne permettent pas d'avoir le certificat de r&#233;sidence, lui aussi indispensable pour renouveler le permis de s&#233;jour ; &lt;strong&gt;l'absence de transports publics&lt;/strong&gt;, entre habitations, champs et centre ville, pour b&#233;n&#233;ficier des services fondamentaux ; &lt;strong&gt;la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;cole d'italien&lt;/strong&gt; pendant toute l'ann&#233;e, indispensable pour une v&#233;ritable int&#233;gration. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sera &#224; partir de ces points que les ouvriers africains et les volontaires italiens vont travailler dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) D. Perrotta, D. Sacchetto, &#171; Les ouvriers agricoles &#233;trangers dans l'Italie m&#233;ridionale entre &#8220;s&#233;clusion&#8221; et action collective &#187;, Hommes et Migrations, 1, 2013, pp. 57-66.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=qVaz8NyqChM&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=qVaz8NyqChM&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#233;t&#233; des centaines de travailleurs, venant pour la plupart d'Afrique occidentale, s'installent dans des hameaux abandonn&#233;s pr&#232;s de Boreano, dans la campagnes autour de Venosa, en Basilicata, &#224; la recherche de quelques journ&#233;es de travail, notamment comme ouvriers agricoles pour la r&#233;colte des tomates. Ils sont embauch&#233;s gr&#226;ce &#224; un syst&#232;me dit du &#171; caporalato &#187;, ils travaillent &#224; la pi&#232;ce et, souvent, au noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vid&#233;oclip pr&#233;sent&#233;, tourn&#233; &#224; Boreano en ao&#251;t 2011, na&#238;t gr&#226;ce &#224; la rencontre entre des jeunes originaires du Burkina Faso, qui se trouvent, plus ou moins par hasard &#224; travailler dans le secteur agricole dans les campagnes du Sud de l'Italie, et de jeunes artistes, video-makers et chercheurs de Venosa.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_171 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L320xH180/mqdefault-2-c4f74.jpg?1773007959' width='320' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=BYaHI999Heo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=BYaHI999Heo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur du texte et aussi le protagoniste de ce vid&#233;oclip est Daise B, &#233;tudiant dans un institut sup&#233;rieur d'une petite ville situ&#233;e dans la r&#233;gion de l'Emilia-Romagna et, en m&#234;me temps, jeune auteur de textes hip-hop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation dramatique dans laquelle ces saisonniers vivent et travaillent a &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e &#224; plusieurs reprises (voir les liens &lt;a href=&#034;http://www.terrelibere.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.terrelibere.org&lt;/a&gt; , &lt;a href=&#034;http://www.osservatoriomigrantibasilicata.it&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.osservatoriomigrantibasilicata.it&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce vid&#233;oclip, peut-&#234;tre pour la premi&#232;re fois, c'est un de ces saisonniers qui raconte lui-m&#234;me son exp&#233;rience, simplement gr&#226;ce &#224; l'aide du montage. Ses mots nous parlent de l'&#233;migration de l'Afrique, du colonialisme, de la d&#233;sillusion apr&#232;s l'arriv&#233;e en Europe, de l'exploitation, du racisme, de l'envie de se racheter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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