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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>M&#233;moire et r&#233;gimes d'&#233;criture</title>
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		<dc:date>2025-05-30T14:36:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Comment appeler cette journ&#233;e universitaire ? Conf&#233;rence ? Symposium ? S&#233;minaire ? Si je commence par poser ces questions, c'est pour des raisons bien pr&#233;cises. J'&#233;tais en train de pr&#233;parer le poster de cette activit&#233; et j'ai &#233;crit Conf&#233;rence internationale. Puis je l'ai partag&#233; avec mes coll&#232;gues du d&#233;partement et d&#233;j&#224; le lendemain j'ai re&#231;u un appel de la cheffe du d&#233;partement, pour me dire que l'intitul&#233; &#171; Conf&#233;rence internationale &#187; posait probl&#232;me, qu'il aurait fallu le valider bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment appeler cette journ&#233;e universitaire ? Conf&#233;rence ? Symposium ? S&#233;minaire ? Si je commence par poser ces questions, c'est pour des raisons bien pr&#233;cises. J'&#233;tais en train de pr&#233;parer le poster de cette activit&#233; et j'ai &#233;crit &lt;i&gt;Conf&#233;rence internationale&lt;/i&gt;. Puis je l'ai partag&#233; avec mes coll&#232;gues du d&#233;partement et d&#233;j&#224; le lendemain j'ai re&#231;u un appel de la cheffe du d&#233;partement, pour me dire que l'intitul&#233; &#171; Conf&#233;rence internationale &#187; posait probl&#232;me, qu'il aurait fallu le valider bien avant et en passant par le d&#233;partement, et donc par des proc&#233;dures bureaucratiques. Elle m'a d&#233;sign&#233; l'intitul&#233; &lt;i&gt;Symposium international&lt;/i&gt; comme &#233;tant la seule option. C'est vraiment gr&#226;ce &#224; ce probl&#232;me de formulation que j'ai trouv&#233; mon sujet d'aujourd'hui. Bien &#233;videmment, le titre ce n'est pas ce qui importe en soi, car l'important est l'objet &#224; analyser : fronti&#232;res, identit&#233;s, conflits et formes d'opposition. Mais le d&#233;bat sur le titre est symptomatique des dispositions d'un pouvoir qui va bien au-del&#224; du monde universitaire, qui met en place des fronti&#232;res pour imposer ce qui est possible et l&#233;gal dans le cadre d'activit&#233; r&#233;gi par une autorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'ailleurs, il n'y a pas de sens &#224; appeler Conf&#233;rence internationale une activit&#233; acad&#233;mique dans laquelle on discute de l'enfer des fronti&#232;res &#233;tatiques et du r&#233;seau encore plus infernal encore des inter-nations. J'aurais pu recourir &#224; des n&#233;ologismes tels que Konferenc&#235; nd&#235;r-kufitare/ Conf&#233;rence entre les fronti&#232;res, ou bien Konferenc&#235; Tej-Komb&#235;tare/Conf&#233;rence par-del&#224;-les-nations, ou bien Konferenc&#235; n&#235;n-komb&#235;tare/Conf&#233;rence sous-les-nations. Mais les lois ne reconnaissent pas un tel intitul&#233;, ce qui expose au risque d'&#234;tre soup&#231;onn&#233; d'ironie, de parodie, d'&#234;tre port&#233; &#224; la satire et &#224; la d&#233;nonciation ; peu recommand&#233;, surtout pour la carri&#232;re acad&#233;mique en sachant que tout expos&#233; est valide seulement s'il se tient dans les fronti&#232;res formelles d'une conf&#233;rence ou d'un symposium compatible avec la s&#233;mantique adopt&#233;e par les autorit&#233;s. Ainsi, on touche du doigt le probl&#232;me de la l&#233;galit&#233; qui s'impose par le pouvoir d'&#233;criture, l'essence politique de l'autorit&#233; l&#233;gale qu'on discerne dans l'image-message du poster : &lt;i&gt;Prot&#232;ge-toi ! Migre l&#233;galement ! L'Albanie c'est toi !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a1.jpg' width='500' height='606' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est un passage &#224; trois niveaux typiques d'une modernit&#233; d&#233;sastreuse. Un poster de propagande pour imposer moralement d&#233;j&#224; une identit&#233; &#8211; l'Albanie c'est toi &#8211; coinc&#233; dans le champ des fronti&#232;res et expos&#233; au risque de la honte &#8211; car c'est toi le repr&#233;sentant de l'Albanie ; puis c'est un acte d'infraction et donc expos&#233; &#224; la d&#233;tention et la punition au nom de la protection et de la s&#233;curit&#233;. Jusqu'ici l'oppresseur est bien visible : les autorit&#233;s, en s'appuyant sur la l&#233;galit&#233; constitu&#233;e pour que le pouvoir puisse devenir et se maintenir comme un r&#233;gime, un r&#233;gime qui s'&#233;crit sur les individus par l'interm&#233;diaire de mille outils et dispositifs techniques, politiques et moraux. Le poster d'&#201;tat, une image-collage de Photoshop, nous incite &#224; imaginer un territoire de fronti&#232;re-paradis, propre, en ordre, en r&#232;gle, en s&#233;curit&#233;, un r&#234;ve &#233;tatique loin de toute r&#233;alit&#233;. C'est un type de fronti&#232;re qui n'existe nulle part dans le monde actuel dont s'est empar&#233; un nationalisme qui s'investit dans l'armement militaire, dans la fortification des fronti&#232;res, dans l'&#233;crasement g&#233;nocidaire des peuples sans statut (Palestine), et dans la passivit&#233; absolue du monde civilis&#233; et d&#233;mocratique face &#224; cette impossibilit&#233; de faire valoir ses droits. Le cas de la Palestine est encore plus triste : ils sont soumis aux fronti&#232;res d'un ghetto meurtrier, dans un territoire consid&#233;r&#233; une non-nation, pas m&#234;me une enclave.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a2.jpg' width='370' height='604' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a3.jpg' width='357' height='606' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a4.jpg' width='346' height='604' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant notre poster &#8211; une photo que j'ai prise il y a quelques mois &#224; la fronti&#232;re entre l'Albanie et la Gr&#232;ce &#8211; est plac&#233; au point de passage d'un pays &#224; l'autre. Il cr&#233;e un &#233;tat de peur et d'angoisse du fait de la pr&#233;sence de la police, des militaires, des chiens, des cam&#233;ras de surveillance, des dispositifs cach&#233;s. Une r&#233;alit&#233; qui nous rappelle les prisons et qui nous oblige &#224; nous r&#233;former dans nos conduites devant la police, &#224; faire attention &#224; ce qu'on dit pendant que le fonctionnaire ouvre doucement le passeport. Devant ces images et ces proc&#233;dures on s'aper&#231;oit de la criminalit&#233; l&#233;galis&#233;e des fronti&#232;res qui s'&#233;crivent comme des outils normaux et moraux de protection et qui donnent vraiment une envie d'infraction et d'opposition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si je m'interroge sur l'origine de ce sentiment d'infraction et ce d&#233;sir d'opposition, on pourrait facilement penser (en se trompant, bien s&#251;r) qu'il s'agit d'un comportement li&#233; au profil psychique, ou au caract&#232;re rebelle comme on dit souvent. Ou bien d'une &#233;motion r&#233;prim&#233;e qui veut r&#233;agir contre les lois et les normes de bonne conduite &#8211; le propre d'un m&#233;chant, d'un impoli ou d'un fou. On peut &#233;tablir une longue liste des motifs qui poussent quelqu'un &#224; se dresser contre une autorit&#233; ou pire encore, allant en zig-zag entre l'int&#233;rieur et, &#224; l'ext&#233;rieur, les fronti&#232;res du permissible, comme un migrant. Un migrant bizarre qui ne cherche surtout pas une destin&#233;e, un futur, une soci&#233;t&#233; &#233;trang&#232;re pour s'int&#233;grer ou un devenir d'assimilation pour se nier soi-m&#234;me. C'est un errant qui est en qu&#234;te du pass&#233; mutil&#233; par la pr&#233;sence des fronti&#232;res, des r&#233;gimes d'&#233;critures et des racines politiques d'opposition fond&#233;s sur la m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudra donc s'interroger sur l'histoire d'&lt;i&gt;un individu&lt;/i&gt; t&#234;tu, insistant sur le propre. J'ai employ&#233; un jugement moral (t&#234;tu) non pour faire plaisir aux juges, psychologues et autorit&#233;s (universitaires) mais pour &#233;claircir la dimension historique et politique qui soutient la t&#233;nacit&#233; comme un acte de r&#233;sistance fond&#233; sur la m&#233;moire entendue comme r&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#233;moire ce n'est pas uniquement un disque dur qui contient des donn&#233;es li&#233;es aux &#233;v&#233;nements pass&#233;s, des histoires de famille, du quotidien de jadis etc. Ce n'est pas non plus une archive d'images et un inventaire d'&#233;motions mais plut&#244;t un th&#233;&#226;tre vivant dans le pr&#233;sent o&#249; l'on peut trouver des mani&#232;res de conduites, des pr&#233;ceptes moraux, des principes &#233;thiques, des formes de r&#233;sistance et des logiques d'agir. C'est l&#224; le r&#233;sultat des luttes entre l'individu et les r&#233;gimes de normalisation. Placer la m&#233;moire au centre de l'analyse nous d&#233;voile les enjeux politiques qui s'&#233;crivent en permanence sur les individus d&#232;s l'enfance pour nous inculquer des id&#233;es, des normes, des identit&#233;s, des fa&#231;ons de penser et d'agir, tenant compte du fait que l'individu-produit doit &#234;tre compatible (au sens de soumis) avec un syst&#232;me d'h&#233;g&#233;monie l&#233;gale et autoritaire. Mais ces processus d'&#233;criture n'offrent pas de r&#233;sultats s&#251;rs, les individus ne se conforment pas &#224; l'uniformit&#233; d&#233;sir&#233;e, il y a toujours des failles, des conflits, des espaces cach&#233;s, des infractions, des fuites, qui s'inscrivent aussi dans la m&#233;moire, en opposition avec les &#233;critures dominantes. La m&#233;moire est donc un champ de bataille continu o&#249; agissent plusieurs &#233;critures et codes du pass&#233; et du pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#233;siste maintenant, je persiste &#224; dire ou &#224; faire des choses interdites parce que je suis l'h&#233;ritier d'une lign&#233;e tr&#232;s lointaine de gens r&#233;sistants. Je prends conscience de cela du fait que ma m&#233;moire n'est pas uniquement &#224; moi mais qu'elle appartient &#224; tous les opprim&#233;s. En ce sens, l'analyse critique de la m&#233;moire est un travail qui nous permet de voir toutes les proc&#233;dures ext&#233;rieures &#224; l'individu, cens&#233;es former des identit&#233;s par l'&#233;criture des r&#233;gimes politiques. De plus, on peut constater que des &#233;pisodes de m&#233;moires &#8211; surgis par flashbacks &#8211; &#233;chappent &#224; ces r&#233;gimes, d&#233;passent les fronti&#232;res physiques, politiques et de l'espace-temps ; en m&#234;me temps la m&#233;moire refl&#232;te les luttes, les souffrances, les &#233;checs et les r&#233;ussites. On peut bien s'appuyer sur elle pour comprendre notre pr&#233;sent et dialoguer avec les pass&#233;es. Walter Benjamin dirait qu'on ne peut pas s&#233;parer un discours sur l'histoire d'avec l'exp&#233;rience de l'histoire, de la modernit&#233; comme une &#233;poque de catastrophe permanente. En ce sens la m&#233;moire est une forme de r&#233;sistance identifi&#233;e &#224; l'individu, car elle est avant tout collective, la seule origine du moi sous l'illusion du sujet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je parle du pass&#233;, c'est pour montrer les exp&#233;riences traumatiques d'un enfant sous les fausses promesses du bonheur moderne, d'un paradis artificiel, de l'illusion du progr&#232;s d&#233;mocratique, l'ennui d'un monde r&#233;p&#233;titif ou bient&#244;t le quatri&#232;me mandat du PS en Albanie. Je cherche &#224; placer la m&#233;moire comme un objet d'analyse pour comprendre l'individu et les groupes sociaux dans leurs rapports avec les r&#233;gimes en train d'&#233;crire les identit&#233;s. Je dois repasser en revue ma vie pour &#233;tablir toutes les exp&#233;riences cruciales faites sous des r&#233;gimes diff&#233;rents dont le but est toujours le m&#234;me : &#233;crire sur &#171; le moi &#187; et sur &#171; le nous &#187;. &#201;crire n'est pas seulement un ph&#233;nom&#232;ne d'appellation, consistant &#224; dicter un sens, un mot ou une id&#233;e, c'est aussi un pouvoir de discours, de grammaire, de syntaxe ou de s&#233;mantique. C'est un pouvoir qui s'emploi par tous les moyens et les formes possibles pour exister &#224; travers le vivant et le d&#233;finir, le soumettre, l'utiliser. La m&#233;moire n'est pas seulement notre objet d'&#233;tude pour tracer des r&#233;sistances. Elle est aussi bien l'objet des r&#233;gimes politiques attach&#233;s &#224; la modifier, &#224; diminuer son potentiel d'opposition, effacer tel ou tel &#233;l&#233;ment, s'investir sur d'autres aspects, falsifier les sens, id&#233;aliser ceci et bl&#226;mer cela, le canaliser et le manipuler en recourant &#224; des motifs de propagande. En ce sens la lutte contre les r&#233;gimes d'&#233;criture a &#233;galement pour objet le pass&#233; et pas uniquement le pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image cin&#233;matographique qui vient &#224; l'esprit c'est l'andro&#239;de T1000 dans le film T2 de James Cameron (1991). Son trait externe est l'uniforme d'un flic am&#233;ricain &#171; &lt;i&gt;to protect and to serve&lt;/i&gt; &#187;, mais derri&#232;re l'uniforme se cache sa constitution technique : il est &#224; la fois une mati&#232;re physique et un liquide qui peut prendre plusieurs formes, un passe-partout capable de voler les traits, les visages, les voix et les identit&#233;s de ses victimes en les touchant et en les tuant, c'est un copier-coller d'identit&#233;s. L'andro&#239;de n'a aucune m&#233;moire, juste la capacit&#233; programm&#233;e de reproduire des identit&#233;s humaines. Comme toute machine faite par des machines il a deux d&#233;fauts : il ne peut pas cr&#233;er des outils complexes et il ne peut pas apprendre des choses nouvelles dans l'exp&#233;rience qu'il fait avec les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a5.jpg' width='500' height='469' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son oppos&#233;, le bon andro&#239;de, est plus archa&#239;que et plus fragile car il est fait par les humains mais par contre il peut apprendre des choses humaines, il peut poser des questions sur le monde des humains. Derri&#232;re les deux andro&#239;des, le bon et le truand, on voit bien deux types diff&#233;rents d'&#233;criture informatique, une purement technique, tr&#232;s avanc&#233;e, presque indestructible qui mime et vole les humains. L'autre est une &#233;criture de r&#233;sistance dans un monde post-holocauste nucl&#233;aire caus&#233; par le progr&#232;s technique des &#233;lites, le d&#233;sir d'un monde-machine en vue de se d&#233;barrasser de l'homme ouvrier, de l'homme opposant, bref de soumettre l'homme &#224; des cr&#233;atures technologiques. On voit d&#232;s le d&#233;but du film cette guerre des hommes contre les andro&#239;des, il s'agit des r&#233;sistants sans nation qui se souviennent toujours du monde de jadis et qui cherchent &#224; vaincre les machines en envoyant le bon andro&#239;de dans le pass&#233; pour d&#233;truire un semi-conducteur techniquement et politiquement crucial pour l'avenir de l'humanit&#233;. L'aspect le plus important qui ne prend pas tournure dans le film de Cameron, est ce besoin de l'homme du futur de reconsid&#233;rer le pass&#233;, de se relier &#224; sa m&#233;moire, de comprendre le grand potentiel du pass&#233; dans l'encadrement du pr&#233;sent. Le film est une r&#233;trospective qui reprend le pass&#233; pour attirer notre attention sur la dystopie fort probable du futur. Or le pass&#233;-m&#233;moire devient un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire de r&#233;sistance vis-&#224;-vis du risque des &#233;critures techniques. Les hommes du futur s'opposent car il se souviennent de leur identit&#233;, c'est-&#224;-dire de la mission et du r&#244;le historique dans cette lutte &#233;ternelle entre les opprim&#233;s et les oppresseurs, une lutte qui se d&#233;roule aussi entre le pass&#233; et le futur. Les humains cherchent &#224; changer le pass&#233;, les machines &#224; effacer toute m&#233;moire-r&#233;sistance. Au-del&#224; du fait que Cameron propose un nouveau type de m&#233;chant, un andro&#239;de liquide pr&#234;t &#224; se copier sur des humains, le message du film r&#233;side dans l'importance des actions et des choix qu'on fait (qu'il faut faire !) et l'appropriation du pass&#233; pour qu'il ne devienne pas un domaine des machines, autrement dit des &#233;lites dominantes avec l'emploi de la technologie nous dessinant un horizon apocalyptique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par hasard j'ai trouv&#233; une &#233;trange similitude physique entre ce personnage et le pr&#233;d&#233;cesseur antique de T1000, une statue de C&#233;sar, le premier chef g&#233;nocidaire de l'histoire occidentale. En le regardant on s'aper&#231;oit de cette longue obsession de la propagande romaine, cette obsession de graver les personnages illustres et les victoires du pass&#233; un peu partout dans leur culte de la d&#233;coration et leur fa&#231;on d'orner les fa&#231;ades. Ici l'&#233;criture historique va au-del&#224; des chroniques de guerre d&#233;crites par les historiens romains et par le &lt;i&gt;De Bello Gallico&lt;/i&gt; de C&#233;sar, en habit de narrateur, t&#233;moin et tueur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_891 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a6.jpg' width='382' height='635' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux sculptures, ob&#233;lisques des bas-reliefs, les Romains ont &#233;t&#233; les pionniers de l'art cin&#233;matographique, pr&#233;cis&#233;ment du cin&#233;ma d'action o&#249;, avec les figures sculpt&#233;es ils d&#233;crivent sous grand angle leurs victoires sur des peuples, des barbares, des ennemis, des &#233;trangers, les &lt;i&gt;hostes&lt;/i&gt;. Il s'agit des images et des lieux de m&#233;moire que le touriste moyen visite &#224; Rome ou ailleurs dans les ruines du monde romain, l&#224; o&#249; le cin&#233;ma glorifie la dimension meurtri&#232;re du fascisme romain, o&#249; les livres d'histoire nous parlent de la grandeur romaine... A force de parler et d'expliquer les conqu&#234;tes militaires et les inventions techniques, on oublie que derri&#232;re ces fa&#231;ades officielles il y a toute une autre histoire, celle des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_892 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a7.jpg' width='408' height='709' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_893 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a8.jpg' width='500' height='441' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seule place r&#233;serv&#233;e aux soumis dans l'&#233;crit propagandiste romain est qu'ils apparaissent en arri&#232;re-plan battus, massacr&#233;s, vaincus, soumis, vandalis&#233;s, extermin&#233;s. Le pass&#233; de ces gens inconnus, les cris, les douleurs, les souffrances, a &#233;t&#233; effac&#233;s par la m&#233;moire dominante incrust&#233;e dans l'art romain. Mais il suffit de faire un croisement d'images, du pass&#233; avec le pr&#233;sent, pour relier entre eux les opprim&#233;s de l'histoire et d&#233;noncer la brutalit&#233; continue du monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a9.jpg' width='482' height='859' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a10.jpg' width='492' height='865' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_896 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a11.jpg' width='494' height='863' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les soucis du monde romain ne s'arr&#234;tent pas l&#224;. Il suffit de voir l'inqui&#233;tude profonde de l'empereur Octavien Auguste dans son &lt;i&gt;Res Gestae&lt;/i&gt;. Il incarne un type de pouvoir exceptionnel car il &#233;tablit de son vivant et par &#233;crit, la fa&#231;on dont devraient se d&#233;rouler ses fun&#233;railles, le tout pens&#233; et d&#233;crit en d&#233;tail. Un an avant de mourir, Auguste d&#233;pose trois documents : sur l'Etat et les finances de l'Empire, son testament et enfin l'&lt;i&gt;Index rerum a se gestarum&lt;/i&gt;, un compte-rendu de ses actions politiques qui pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la premi&#232;re autobiographie d'un homme politique. Le texte s'est affich&#233; dans tous les coins de l'Empire, l&#224; o&#249; Auguste justifie ses actions politiques et militaires, cinquante ans apr&#232;s et donc en r&#233;trospective :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; l'&#226;ge de 19 ans, de ma propre initiative et &#224; mes frais, j'ai lev&#233; une arm&#233;e, avec laquelle j'ai rendu la libert&#233; &#224; la R&#233;publique, opprim&#233;e par la domination d'une faction. J'ai envoy&#233; en exil ceux qui ont assassin&#233; mon p&#232;re (C&#233;sar), en punissant leur crime par des poursuites judiciaires ; et, lorsqu'ils ont alors fait la guerre &#224; la R&#233;publique, je les ai vaincus deux fois au combat &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce passage &#8211; le tout d&#233;but de l'autobiographie &#8211; montre le besoin d'&#233;crire et d&#233;crire le pass&#233; pour deux raisons politiques. Le modifier pour le graver et le p&#233;trifier dans le temps en imposant une v&#233;rit&#233; unilat&#233;rale qu'on reconnait et identifie bien &#224; notre &#233;poque ; pour menacer post-mortem le S&#233;nat si jamais il y avait quelque faction qui os&#226;t s'opposer au pouvoir de son dauphin Tiberius avec son fils Drusus qui lut le testament d'Auguste au S&#233;nat. Son testament n'est pas seulement une forme d'autobiographie destin&#233;e &#224; transmettre les m&#233;moires d'un homme politique. C'est plut&#244;t un &#233;l&#233;ment de m&#233;tatexte qui appara&#238;t ici et qui nous int&#233;resse, lequel n'apparait pas dans son r&#233;cit autobiographique : la continuit&#233; du r&#233;gime, dans le cas pr&#233;cis, ici, de l'instauration d'une monarchie. C'est la l&#233;galisation de la premi&#232;re et de la plus d&#233;testable dynastie (Julio-claudienne) romaine qui se terminera avec N&#233;ron. C'est l'instauration d'un r&#233;gime monolithique qui s'&#233;crit dans le corps de la R&#233;publique, d&#233;sormais un empire familial en effa&#231;ant l'id&#233;al et l'identit&#233; fondatrice de Rome : pas de roi, pas de monarchie ! D&#233;sormais cela s'&#233;crit dans la fa&#231;on de faire la politique en d&#233;terminant d'un c&#244;t&#233; les lectures du pass&#233; et de l'autre en inscrivant les actions politiques en supprimant le pr&#233;sent, le moment le plus fragile de toute r&#233;gime. Ce qui s'&#233;crit ici c'est l'identit&#233; du pouvoir, du r&#233;gime, des droits et de la fa&#231;on &#224; les employer pour se r&#233;&#233;crire. C'est un exemple qui montre la puissance d'&#233;criture d'un r&#233;gime dont le sujet n'est pas directement la pl&#232;be, d&#233;sormais soumise et paralys&#233;e. Il s'adresse principalement aux patriciens pour entraver toute possibilit&#233; de diff&#233;rer le processus (de changement de r&#233;gime). C'est un texte qui supprime l'ancienne &#233;criture de la politique et la fa&#231;on de faire la politique, des m&#339;urs et des m&#233;moires, en &#233;crasant les vieux fondements de la Rome r&#233;publicaine pour &#233;crire un futur politique o&#249; la lutte mettra aux prises les membres de la famille imp&#233;riale pour accaparer du pouvoir. Ce n'est pas une co&#239;ncidence : la comm&#233;moration du bimill&#233;naire de la naissance d'Auguste par les autorit&#233;s fascistes italiennes en 1937, miroir tyrannique d'un mod&#232;le grav&#233; dans les temps antiques o&#249; Mussolini se mirait dans la figure d'Auguste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'Albanie ne reste pas trop en arri&#232;re dans cette comp&#233;tition de propagande et de souci du pass&#233;. On y retrouve facilement cette obsession des hommes politiques d'&#233;crire des livres (70 en tout). Ou encore des testaments politiques (29.11.1984) :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_897 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a12.jpg' width='349' height='1030' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de testament&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Mon cher pays,&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela fait 72 ans quand tu as d&#233;clar&#233; l'ind&#233;pendance. Cela fait quarante ans que tu vis et progresses sous le socialisme, lib&#233;r&#233; &#224; jamais de l'oppression et de l'exploitation, des intrigues et de la bassesse des envahisseurs ext&#233;rieurs et des ennemis int&#233;rieurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le d&#233;but du texte publi&#233; &#224; l'occasion de la f&#234;te de l'ind&#233;pendance de l'Albanie (1912). Ici l'emploi du mot testament est symbolique et ambigu : il laisse derri&#232;re lui un pays libre, ind&#233;pendant et d&#233;velopp&#233;. C'est son cadeau en forme testamentaire, ou bien &lt;strong&gt;&#224; la place du testament&lt;/strong&gt; car le r&#233;gime est attentif au fait qu'il est en train de mourir et qu'il ne faut pas le montrer trop de fa&#231;on explicite.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; c&#244;t&#233; de ce testament il a eu le temps d'&#233;crire ses m&#233;moires d'enfance. &lt;i&gt;Ann&#233;es d'enfance &#8211; m&#233;moires sur Gjirokastra&lt;/i&gt; (sa ville natale), publi&#233; &lt;i&gt;post-mortem&lt;/i&gt; et pr&#233;fac&#233; par sa veuve, o&#249; il &#233;crit et d&#233;crit ses ann&#233;es d'enfance, les jeux, les autres gamins du quartier, la r&#233;alit&#233; de ces ann&#233;es, bref une autobiographie. Le texte ne montre pas des faiblesses, des traits psychologiques, des traumatismes, des conflits, des d&#233;tails importants ; c'est un texte dont on voit bien qu'il a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; &#224; plusieurs mains, avec le souci de relater le pass&#233; dans un langage froid, vide, artificiel et formel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant l'omnipr&#233;sence de l'&#233;criture des r&#233;gimes est une &#339;uvre de la modernit&#233; occidentale parce que celle-ci ma&#238;trise la capacit&#233; de la reproduction technique, qu'elle peut s'immiscer dans tout le domaine infime et intime de l'homme pour l'&#233;crire et s'&#233;crire, voler, d&#233;truire et gaspiller la vie comme le seul moyen de se maintenir en tant que r&#233;gime de domination. En plus, elle a la capacit&#233; de cr&#233;er des fronti&#232;res identitaires permettant de trancher entre le bon et le mauvais, la d&#233;mocratie et la dictature, peu importe si les totalitarismes du XX&#232;me si&#232;cle trouvent leurs racines dans cette obsession occidentale d'&#233;tablir des normes et des codes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_898 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a13.jpg' width='447' height='795' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des corps soumis &#224; des lettres qui forment des slogans et des figures &#224; la fois fixes et dynamiques, en parfaite g&#233;om&#233;trie variable, bien structur&#233;s, sym&#233;triques, en respectant la hi&#233;rarchie des ordres. C'est l'id&#233;al du progr&#232;s et d'un pouvoir moderne, l'id&#233;e qu'on peut fa&#231;onner les hommes par des &#233;critures, une puissance qui remplace les r&#233;gimes anciens pour devenir un appareil bureaucratique dans les mains d'un syst&#232;me stalinien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais souvent et surtout apr&#232;s la fin du socialisme en Albanie, on &#233;tait invit&#233;s &#224; penser en empruntant des outils occidentaux qui mettaient en relief l'horreur totalitaire, le manque de libert&#233; et de choix, le contr&#244;le de l'&#201;tat sur la vie, la p&#233;nurie etc. En v&#233;rit&#233; le seul conflit qui existait et qui existe toujours, c'&#233;tait entre une soci&#233;t&#233; traditionnelle compatible jusqu'&#224; un certain degr&#233; avec un mod&#232;le socialiste, et le capitalisme d&#233;barqu&#233; apr&#232;s 1991, toujours l&#224; &#224; menacer le pays. Il s'agissait de manipuler la figure et la notion du totalitarisme pour glorifier le mod&#232;le d&#233;mocratique, dont le grand avantage est le pluralisme, c'est-&#224;-dire qu'au lieu d'une &#233;criture unique (le soi-disant monopole d'&#201;tat totalitaire), on pourrait passer &#224; un r&#233;gime permettant plusieurs &#233;critures libres. C'est ainsi que la d&#233;mocratie des &#233;lites oligarchiques est devenue un r&#233;gime qui, tout en imposant la l&#233;galit&#233; politique, a entrepris de nous raconter le socialisme, d'enregistrer la m&#233;moire pour qu'elle devienne son monopole et &#233;tablir des fausses id&#233;es sur le pass&#233;. Le rapport actuel avec le pass&#233; est immoral, d'ailleurs l'est, par essence, dans un tel r&#233;gime. Son int&#233;r&#234;t n'est pas ni l'&#233;ducation ou le bien-&#234;tre de la soci&#233;t&#233;, ni la libert&#233; ou la justice. Il s'agit de tirer profit des &lt;i&gt;ruines&lt;/i&gt; socialistes, de les convertir en des lieux de propagande artistique et de commerce, de faire peur aux touristes &#233;trangers en leur montrant l'horreur de jadis et donc le paradis d'aujourd'hui. S'il y n'avait pas eu de socialisme avec toute la mat&#233;rialit&#233; bien pr&#233;sente aujourd'hui, le monde lib&#233;ral-d&#233;mocratique n'aurait rien &#224; pr&#233;senter aux touristes et &#224; sa soci&#233;t&#233;. Ou bien oui, celui-ci devrait construire son mus&#233;e de m&#233;moire et nous expliquer en bon guide comment a &#233;t&#233; possible qu'une minorit&#233; d&#233;tienne la majorit&#233; des richesses, qu'il y a plus d'Albanais &#224; l'&#233;tranger, que la criminalit&#233; l&#233;galis&#233;e organise les &#233;lections, que les richesses naturelles sont dans les mains des banques et &#201;tats &#233;trangers, que nous sommes perdus et d&#233;prim&#233;s, sans futur ni pr&#233;sent mais avec un pass&#233; qui est toujours l&#224;, un pass&#233; forc&#233;ment nostalgique, le seul sentiment permis dans le pluralisme de la d&#233;cadence. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait nous sommes devant un conflit entre deux &#233;critures diff&#233;rentes qui &#233;merge aujourd'hui : un langage d'&#201;tat, bureaucratique, officiel, central, imposant ; l'autre est de type populaire, p&#233;riph&#233;rique, informel, attach&#233; aux m&#339;urs et traditions &#224; lui propres. Ce conflit est encore plus visible dans notre petite &#238;le albanaise, pass&#233;e du socialisme vers les cyclones lib&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_899 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a14.jpg' width='500' height='834' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_900 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a15.jpg' width='500' height='986' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_902 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a16.jpg' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_903 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a17.jpg' width='500' height='619' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_904 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/a18.jpg' width='389' height='1040' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On y trouve un autre type d'&#233;criture et de propagande, r&#233;v&#233;latrice de l'&#233;tat psychotique des &#233;lites d&#233;mocratiques. La pr&#233;sence permanente et &lt;strong&gt;totale&lt;/strong&gt; des hommes politiques dans la vie quotidienne. Nos &#233;lites ont l'audace de nous parler du &#171; totalitarisme &#187; socialiste mais la propagande d&#233;mocratique en Albanie est, depuis 35 ans, un stup&#233;fiant ouvrant la voie &#224; la formation d'un r&#233;gime oligarchique. La politique lib&#233;rale n'arrive pas &#224; d&#233;passer l'&#233;poque socialiste, en cr&#233;ant ainsi, forc&#233;ment, une id&#233;e fausse sur le pass&#233;-monstre. Son &#233;chec pousse la classe politique &#224; s'investir sur le c&#244;t&#233; d&#233;coratif par son pseudo-art, un collage o&#249; l'on voit une immense &#233;nergie humaine et financi&#232;re d&#233;pens&#233;e pour maintenir le culte de la d&#233;mocratie auquel plus personne n'accorde cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes peuvent investir et employer tous les moyens qu'ils veulent mais la m&#233;moire r&#233;siste parce que les gens n'arrivent pas &#224; surmonter la r&#233;alit&#233; traumatique du pr&#233;sent. Il s'agit d'une m&#233;moire ancr&#233;e dans le langage et le corps populaire, une &#233;chapp&#233;e vers les cadres identitaires de la propagande. L'albanais comme d'autres langues mineures est le r&#233;sultat d'une r&#233;sistance pour s'&#233;carter du langage des empires dominants. Des pl&#233;b&#233;iens trouvent refuge dans et par la langue car elle repr&#233;sente une m&#233;moire et une r&#233;sistance &#8211; les deux &#233;tant synonymes au sens m&#233;ta-linguistique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais m&#234;me cette id&#233;e d'une langue-m&#233;moire de r&#233;sistance qui m&#233;rite d'&#234;tre &#233;tudi&#233;e loin de toute linguistique, romantisme et nationalisme, a &#233;t&#233; capt&#233;e et monopolis&#233;e par l'&#233;criture politique des r&#233;gimes. C'est l'illusion fondatrice du nationalisme grossier, imaginant un peuple dot&#233; d'une conscience et d'une volont&#233; d'auto-d&#233;termination, et qui voit dans la langue le berceau de la nation en un sens identitaire. En fait, la langue n'a pas besoin des outils militaires ni des fronti&#232;res nationales pour survivre, l'histoire et l'existence de l'albanais en sont le parfait t&#233;moignage. L'albanais moderne du XIX&#232;me et du d&#233;but XX&#232;me si&#232;cle, bien capable de traduire la litt&#233;rature mondiale, fut l'&#339;uvre d'intellectuels sans &#201;tat, sans nation, sans une cour aristocratique, sans fronti&#232;res et en opposition avec le pouvoir central.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette langue est vivante parce que pendant des si&#232;cles elle fut un moyen de communication populaire &#224; la fois en dehors et en contact avec des r&#233;gimes d'&#233;criture. Mais nous sommes mal-&#233;duqu&#233;s par l'&#201;tat &#224; penser que parler l'albanais, c'est un acte de triomphe de l'identit&#233; ethnique, en mettant de fa&#231;on erron&#233;e l'accent sur la singularit&#233; &#233;pique. En fait on n'a jamais consid&#233;r&#233; que l'albanais est une langue-mosa&#239;que de pl&#233;b&#233;iens pour lesquels la langue &#233;tait un souvenir, principalement au sens social et non ethnique-national, en contraste avec l'assimilation des empires h&#233;g&#233;moniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;criture ext&#233;rieure, l&#233;gale et autoritaire des identit&#233;s est une tentative monomane et obsessive de s'ancrer chez l'individu par des moyens artificiels. Il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne qu'on pourrait appeler un processus de domestication, un processus &#224; double tranchant. D'un part il se force &#224; adapter les &#171; identit&#233;s et les traits inn&#233;s &#187; de l'enfant avec les formes dominantes d'un r&#233;gime d'&#233;criture. De l'autre, il se force &#224; s'effacer, &#224; s'oublier, &#224; se gommer, &#224; s'autoan&#233;antir, &#224; se naturaliser, &#224; se normaliser, &#224; s'identifier avec l'&#233;colier, dans l'&#233;preuve et avec la technicit&#233; violente consistant &#224; lui inculquer l'&#201;tat-nation par des normes, des codes, des contraintes et des identit&#233;s &#233;trang&#232;res. &#201;trang&#232;res parce que l'origine ou le terrain de ces registres identitaires ce n'est pas l'artisanat de la vie sociale mais l'appareil de reproduction technique branch&#233; sur la m&#233;moire, d'abord pour la paralyser, pour la refaire et circuler sur le march&#233; identitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en r&#233;sulte que la m&#233;moire et le pass&#233; deviennent tout sauf un ornement id&#233;alis&#233; dont les gens ont toujours tendance &#224; se glorifier comme un mythe, souvent parce qu'ils n'ont plus de rapports avec elle &#8211; on ne sait plus vraiment de quoi il s'agit, on se souvient plus ou du moins, on se souvient mal du fait de l'introduction des r&#233;gimes qui affectent nos pens&#233;es et &#233;motions. Pour contourner ce probl&#232;me, il faudra faire une g&#233;n&#233;alogie politique de la m&#233;moire dans le but de d&#233;chiffrer les r&#233;gimes, les conflits, les r&#233;sistances, les infractions, les actions, les sentiments et les normes pr&#233;sentes dans l'enfance et &#224; l'adolescence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon travail sur le cin&#233;ma albanais est en m&#234;me temps une &#339;uvre autobiographique sur la derni&#232;re d&#233;cennie de l'&#233;poque socialiste. La m&#233;moire est ici une force qui agence l'espace autonome de l'humain pour qu'elle puisse exister aussi comme un terrain de collectivit&#233; &#224; venir car toute m&#233;moire est une &#339;uvre collective. Il s'agit de faire ressortir les registres de l'&#233;criture des r&#233;gimes &#224; travers le cin&#233;ma, dans la construction des identit&#233;s sociales. Puis de mettre aussi bien en surface l'ontologie des r&#233;sistances et les registres d'&#233;criture en conflit avec la r&#233;alit&#233; officielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'analyse de la m&#233;moire nous offre une autre lecture de la vie humaine. Les amiti&#233;s que nous formons avec d'autres individus mais aussi bien les rapports ambigus et les ennemis que nous nous faisons durant la vie d&#233;pendent du pass&#233; collectif. Les vertus, les vices ainsi que toute autre caract&#233;ristique humaine ne sont pas simplement des traits de la personnalit&#233;, des mentalit&#233;s et des m&#339;urs. Ils correspondent &#224; un type de m&#233;moire fond&#233; sur les &#233;v&#233;nements pass&#233;s qui se sont grav&#233;s sur l'identit&#233;, sur la fa&#231;on de penser, de sentir et d'agir du sujet en opposition avec les autorit&#233;s. L'interpr&#233;tation morale, les jugements ou la glorification d'un acte ne nous parlent pas forc&#233;ment de ce qui motive un comportement. Il doit y avoir un autre lieu (d'oubli) qui lie ensemble le pr&#233;sent et le pass&#233; par interaction avec une exp&#233;rience ancr&#233; dans la m&#233;moire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La relation avec la m&#233;moire a donc une dimension fortement &#233;thique, souvent n&#233;glig&#233;e et rabaiss&#233;e, par des r&#233;gimes d'&#233;criture pr&#233;dominants : nostalgie, m&#233;lancolie, tendance &#224; id&#233;aliser ou noircir le pass&#233;, respecter les codes sociaux et politiques, sans oublier les contraintes psychiques etc. En ce sens, se souvenir est avant tout prendre conscience du fait que le pass&#233; est la fabrique vivante de nos identit&#233;s dans la lutte contre le dominant. Se rendre compte veut dire que la m&#233;moire est fond&#233;e sur un &#233;quilibre &#233;thique (l'innocence de l'enfant) qui se brise par l'intervention de l'oppresseur incarn&#233; dans une figure ou configuration d'autorit&#233;. Les r&#233;cits sur la m&#233;moire ne repr&#233;sentent pas seulement un pont unique pour l'individu adulte qui jette un regard sur son pass&#233; lointain. C'est un voyage sur les m&#233;moires errantes d'autres individus pas forc&#233;ment connus personnellement, pour reconnaitre les horreurs de l'histoire et de la dette que nous avons envers le pass&#233; et vis-&#224;-vis des opprim&#233;s, parce que, comme dirait Benjamin, lier ensemble les pr&#233;sents avec les pass&#233;s, cela veut dire se lib&#233;rer du pass&#233; et du pr&#233;sent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin d&#233;finit la m&#233;moire comme une interaction entre individualit&#233; et les d&#233;terminations sociales, entre le sujet qui enregistre des exp&#233;riences dans une r&#233;alit&#233; de contraintes. En ce sens on dirait que la m&#233;moire est un lieu &lt;i&gt;d'oubli&lt;/i&gt; vivant &#8211; en contraste avec les lieux de m&#233;moire. Un lieu d'oubli est libre, c'est un &#233;tat qui peut venir &#224; l'esprit et se r&#233;veiller par une probl&#233;matique du pr&#233;sent, donc s'ajouter au pr&#233;sent pour dialoguer. Ce lieu d'oubli a l'avantage d'&#234;tre marginal et p&#233;riph&#233;rique. Par contre, un lieu de m&#233;moire peut conduire &#224; penser qu'il repr&#233;sente ce qu'&#233;tait &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; jadis. Le lieu de m&#233;moire peut &#234;tre un cimeti&#232;re, une histoire &#233;crite dans un livre, une m&#233;moire li&#233;e avec un tel &#233;v&#233;nement, personne ou endroit, un lieu de culte, une statue, une maison de jadis, un monument historique etc. Ils ont tous le d&#233;faut de nous faire penser que le pass&#233; et la m&#233;moire c'est bien &#231;a et rien d'autre car toute m&#233;moire sans objet l&#233;gal ne m&#233;rite pas d'exister sur terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais de nouveau r&#233;f&#233;rence &#224; un &#233;pisode sanglant dont j'ai parl&#233; plusieurs fois, un souvenir de r&#233;sistance jamais effac&#233; par le temps et les r&#233;gimes, li&#233; au fait que je suis gaucher. Je devais avoir six ou sept ans, cela se situe donc en 1986 ou 1987, donc premi&#232;re ann&#233;e de l'&#233;cole, quand j'utilisais un couteau pour tailler un crayon avec la main droite, parce que j'&#233;tais d&#233;j&#224; soumis &#224; cette connerie morale consistant &#224; me domestiquer et m'asservir techniquement &#224; la majorit&#233;. Et l&#224; avec la main mala&lt;strong&gt;droite&lt;/strong&gt; je me suis coup&#233; le doigt gauche tellement en profondeur que je voyais l'os, avec le sang qui n'arr&#234;tait pas de rougir les cahiers de l'&#233;cole. En plus il ne fallait rien dire aux parents, donc cacher l'&#233;pisode par peur de la punition. C'est sur cette image que la m&#233;moire s'organise pour &#233;crire un compte rendu de l'&#233;pisode. Ainsi, deux chemins s'ouvrent &#224; une d&#233;cision s'il nous reste encore de l'autonomie : soit le refoulement, l'acceptation, &lt;i&gt;mea maxima culpa&lt;/i&gt; en disant en silence &lt;i&gt;c'est ma faute, il faut que j'apprenne &#224; mieux utiliser la main droite&lt;/i&gt;, ou bien persister &#224; employer la main gauche et donc &#234;tre puni en permanence. Il s'agit d'une image presque oubli&#233;e, plac&#233;e aux marges des m&#233;moires, isol&#233;e comme quelque chose dont je ne comprends pas vraiment les motifs et les raisons, que je consid&#232;re accidentelle, &#233;pisodique, sans importance. Mais cela appara&#238;t comme un flashback dans la sc&#232;ne de la conscience et donc des r&#233;flexions, comme quand je me suis cass&#233; le poignet gauche en 1995, dans une bagarre, pour prot&#233;ger un copain lyc&#233;en.&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent on pense que c'est nous qui faisons des choix de mani&#232;re consciente, pour faire plaisir au c&#244;t&#233; narcissique et &#233;go&#239;ste. Bien plus tard j'ai compris que c'est la vive m&#233;moire d'un &#233;pisode crucial et violent qui appara&#238;t dans plusieurs types d'exp&#233;riences du pr&#233;sent. La m&#233;moire surgit pour me rendre conscient d'un fait oubli&#233; ou au moins vid&#233; de son sens politique. Se rendre conscient ce n'est pas l'acte de s'identifier avec le soi mais d'identifier historiquement le pass&#233; avec le pr&#233;sent, le soi avec les autres. Pour reprendre de nouveau Benjamin, l'histoire existe seulement dans des moments pr&#233;cis, quand on fait r&#233;f&#233;rence au pass&#233; pour comprendre le pr&#233;sent qui cherche &#224; annuler mes r&#233;sistances, les seuls liens identitaires dans l'histoire de l'homme opprim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ann&#233;es d'&#233;cole, les conflits avec les autorit&#233;s de toute sorte et sous tout r&#233;gime, les exp&#233;riences de la transition politique en Albanie, repr&#233;sentent des &#233;critures d&#233;cisives pour les traits sociaux et identitaires gr&#226;ce &#224; la m&#233;moire, entendue comme &lt;i&gt;territoire&lt;/i&gt; o&#249; s'&#233;changent et s'organisent des &lt;i&gt;images&lt;/i&gt; int&#233;rioris&#233;es. La m&#233;moire a une puissance et une continuit&#233; dans le temps, une puissance qui rend capable d'&#233;voquer les ann&#233;es d'enfance des ann&#233;es apr&#232;s et de les projeter avec la m&#234;me vigueur sur les luttes prochaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant mes &#233;tudes en Italie en 1999, j'&#233;tais un &#233;tranger parmi les Albanais avec lesquels je partageais l'appartement, &#233;tranger car j'&#233;tais de Tirana et eux de Vlora, j'&#233;tais seul contre le groupe. Mais &#224; l'ext&#233;rieur de la maison j'&#233;tais pire qu'un &#233;tranger, cette fois-ci &#8211; un &#233;migrant, de statut social, ethnique et identitaire dangereux. Coinc&#233; entre deux fronts, entre mes compatriotes et les Italiens autochtones. Un &#233;tranger peut s'accepter sous une condition : il faut se nier pour s'assimiler, effacer les &#233;critures identitaires et s'ouvrir &#224; d'autres &#233;critures plus actuelles. Souvent il ne suffit pas d'apprendre la langue, d'avoir la volont&#233; de s'int&#233;grer, de manifester les efforts vertueux d'un bon et humble travailleur au noir &#8211; toutes choses par le moyen desquelles on appr&#233;cie l'&#233;migrant docile. L'exclusion de l'&#233;tranger passe tout d'abord par la non-appartenance &#224; la m&#233;moire collective (une fa&#231;on de cacher le c&#244;t&#233; racial dans la m&#233;moire), une m&#233;moire de groupe manipul&#233;e par r&#233;gimes identitaires, du groupe compact&#233; vis-&#224;-vis de l'intrus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si je restais avec les Albanais, je risquais de m'exposer aux pr&#233;jug&#233;s concernant la criminalit&#233; suppos&#233;e de mon groupe d'appartenance, donc de devenir l'un d'entre eux, et donc objet de la police italienne. Si je cherchais &#224; me rapprocher des Italiens, je sentais d'autres formes de m&#233;pris, je parlais un italien riche et clair mais d&#232;s qu'ils me posaient des questions sur mon origine, en h&#233;sitant &#224; mentir, je disais &#171; Albanie &#187;, comme si j'avais annonc&#233; la peste noire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Entour&#233; par le racisme des groupes albanais et Italiens, c'&#233;tait &#224; Bologne, pas tr&#232;s loin de Forli, ville natale de Mussolini, que je pris conscience de cette position historique s'&#233;crivant dans le pr&#233;sent de 1999. Les plus amicaux parmi les Italiens &#233;taient des militants l&#233;ninistes, bien curieux d'&#233;couter un camarade d'outre-mer. Que pourrait-il dire, cet &#233;tudiant vivant dans un pr&#233;sent menac&#233; et en pr&#233;carit&#233; totale ? Le racisme mena&#231;ait le pr&#233;sent dans le classique &#233;tat d'urgence permanente pour emp&#234;cher que l'&#233;tranger puisse avoir des rapports avec le monde, se donner des racines et enfin partager des affects et des m&#233;moires. C'est dans un tel &#233;tat de r&#233;volte que j'ai abandonn&#233; les &#233;tudes en jurisprudence pour suivre des cours de philosophie, sans &#234;tre un &#233;tudiant mais d&#233;sormais un &#233;migrant sans papiers qui fait tr&#232;s attention par peur d'&#234;tre contr&#244;l&#233; et arr&#234;t&#233; par la police. J'ai v&#233;cu six mois dans la plus belle solitude entre les mus&#233;es, les cours de philosophie, les balades en v&#233;lo, le besoin de comprendre les probl&#232;mes d'exclusion avec, donc, mes premi&#232;res r&#233;flexions sur ces exp&#233;riences de choc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es apr&#232;s l'Italie, cette fois-ci &#233;migrant &#224; Paris en 2004, sur le conseil d'Alain Brossat, j'ai connu un marginal par excellence. Un homme qui m'est devenu tr&#232;s cher, pas seulement pour sa sociologie mais surtout pour sa vie semblable &#224; la mienne sur certains aspects. Je lisais les premi&#232;res pages du &lt;i&gt;Proc&#232;s de Civilisation&lt;/i&gt; et il y avait l&#224; d&#233;j&#224; quelque chose d'&#233;trange. Il expliquait le changement des mentalit&#233;s, des &#233;motions et des &#201;tats en Occident &#224; partir du X&#232;me si&#232;cle jusqu'au XIX&#232;me, tout ceci faisant l'objet d'une &#233;tude sociologique jamais lue auparavant, publi&#233; en 1939. Des questions essentielles : Comment &#233;tait-il possible que quelqu'un ait pu publier cela en 1939 ? Pourquoi s'arr&#234;te-t-il au XIX si&#232;cle ? Puis, une question tellement sensible pour moi : quelle fut sa vie d'avant, pendant et apr&#232;s ce livre ? Il est un juif-allemand, n&#233; en 1897 &#224; Breslau, aujourd'hui Wroclaw, sa m&#232;re meurt &#224; Auschwitz, il quitte l'Allemagne nazie en 1935, il cherche un refuge en Suisse, puis &#224; Paris et enfin il s'installe &#224; Londres. J'avais devant moi quelqu'un de familier, un &#233;migrant de 42 ans qui vit dans un &#233;tat boulevers&#233;, sans travail et sans carri&#232;re, sans pr&#233;sent et sans futur, sans amis et sans famille, chass&#233; par son pays et m&#233;pris&#233; par son Occident bien aim&#233;, une tortue errante qui passe des journ&#233;es dans les biblioth&#232;ques de Londres pour &#233;crire son livre. Il devient tout d'un coup mon meilleur ami par lequel je commence &#224; comprendre le pass&#233; et le monde dans lequel je vis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son &lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le proc&#232;s de la Civilisation&lt;/i&gt; et surtout les ouvrages publi&#233;s apr&#232;s 1945, refl&#232;tent eux aussi les inqui&#233;tudes autobiographiques d'un homme errant qui a du mal &#224; vivre dans son pays natal, qui se retrouve en France, en Angleterre et aux Pays-Bas, o&#249; il n'y a pas de place ni de vie facile pour quelqu'un sans &lt;i&gt;identit&#233; bien &#233;tablie&lt;/i&gt;. Ce qu'on appelle identit&#233; et m&#233;moire identitaire cela d&#233;coule de longs processus &#233;tatiques, des illusions fonci&#232;res d&#233;tach&#233;es de la mat&#233;rialit&#233; de la vie et remplac&#233;es par des raccourcis ethniques, de classe, de haine et de m&#233;pris.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les habitants de Breslau &#171; se sentaient allemands mais ils ne nourrissaient pas une v&#233;ritable haine &#224; l'&#233;gard des antis&#233;mites. C'&#233;tait leur m&#233;canisme de d&#233;fense&#8230; c'est le souvenir que je garde de leur attitude&#8230; Nous parlions en classe de nos projets d'avenir. Je dis que je voulais devenir professeur &#224; l'universit&#233;, et l'un de mes camarades de classe me lan&#231;a : Le chemin qui m&#232;ne &#224; cette carri&#232;re-l&#224; t'a &#233;t&#233; barr&#233; d&#232;s ta naissance. Il n'avait pas dit cela m&#233;chamment &#8211; sa remarque &#233;tait tr&#232;s pertinente&#8230; Pourtant j'aimais profond&#233;ment la culture germanique&#8230; Vu objectivement, j'&#233;tais bien &#233;videmment un marginal&#8230; C'&#233;tait une situation tout de m&#234;me assez &#233;trange : politiquement, les juifs &#233;taient des marginaux, et, en m&#234;me temps, ils faisaient partie des piliers de la vie culturelle allemande&#8230; C'est en f&#233;vrier 1933&#8230; lorsque les S.S. sont venus me chercher pour que je leur remettre les clefs de l'institut&#8230; Ils sont venus dans mon appartement pour m'arr&#234;ter, et ensuite, on m'a trimbal&#233;, moi, Norbert Elias, dans un v&#233;hicule militaire tout terrain avec un drapeau nazi &#224; c&#244;t&#233; de moi, dans les rues de Francfort. Un lieutenant S.S. &#8211; je vois encore la sc&#232;ne &#8211; contempla les rang&#233;es des livres et saisit un volume de Marx : Ah ! Marx, &#233;videmment ! Ces sales communistes ici&#8230; Vers mars ou avril 1933 avec une amie nous avions &#233;tabli un plan qui pr&#233;voyait qu'elle me conduirait en Suisse pour que je puisse me mettre en qu&#234;te d'un poste universitaire. En vain. Ensuite donc parti pour Paris. Et en 1935, j'ai quitt&#233; la France aussi parce que je n'avais aucune chance de trouver un poste dans une universit&#233; fran&#231;aise&#8230; Compl&#232;tement seul, ne pouvant compter sur l'aide de personne, n'ayant plus aucun projet pour l'avenir. Je faisais le tour des grands magasins parisiens pour essayer de vendre des produits, un &#233;l&#233;phant &#224; roulettes, un pantin&#8230; J'ai toujours &#233;prouv&#233; un amour profond pour la France. J'aimais la culture fran&#231;aise, et je parlais &#224; l'&#233;poque un fran&#231;ais presque parfait. J'aimais la France, j'aimais Paris, et c'est la raison pour laquelle j'ai &#233;t&#233; d'autant plus attrist&#233; de constater qu'aucun Fran&#231;ais ne m'a alors invit&#233; chez lui&#8230; C'&#233;tait une p&#233;riode difficile pour moi. Cela ne m'a pas fait perdre courage pour autant. On vivait au jour le jour&#8230; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;sormais en Angleterre, le voici en train d'&#233;crire le &lt;i&gt;Proc&#232;s de la civilisation&lt;/i&gt; entre 1935-1938 : &#171; C'&#233;tait une &#233;poque o&#249; la situation empirait en Allemagne, et j'&#233;tais rempli d'inqui&#233;tude pour mes parents. Mon propre avenir &#233;tait lui aussi incertain. Je restai quelques mois &#224; Cambridge jusqu'au moment o&#249; je fus intern&#233; avec les autres Allemands dans l'Ile de Man. Ma p&#233;riode de d&#233;tention qui dura huit mois, fut tr&#232;s f&#233;conde pour moi parce qu'elle m'a permis de suivre des cours d'anglais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui demande : &#171; Vous &#234;tes-vous jamais senti anglais ? &#187; &#171; Non, c'est tout &#224; fait impossible. Je me sentais citoyen britannique mais c'est autre chose. Aucun Anglais ne dirait que je suis anglais. Un Anglais est une personne n&#233;e en Angleterre&#8230; C'est une exp&#233;rience singuli&#232;re que d'appartenir &#224; un groupe minoritaire stigmatis&#233;, et, en m&#234;me temps de se sentir compl&#232;tement ins&#233;r&#233; dans le courant culturel et le destin politique et social de la majorit&#233; qui le stigmatise. Je ne peux pas dire que les probl&#232;mes d'identit&#233; de cette double appartenance &#224; la tradition allemande et &#224; la tradition juive m'aient jamais particuli&#232;rement pr&#233;occup&#233;&#8230; D&#232;s mon enfance, d&#232;s les ann&#233;es de l'&#233;cole, j'ai ressenti une profonde inclination pour la langue et la tradition culturelle fran&#231;aises&#8230; Il est tr&#232;s probable que les exp&#233;riences que je fis moi-m&#234;me en tant que juif, en Allemagne, d&#232;s ma premi&#232;re enfance, ont contribu&#233; &#224; augmenter l'attirance que j'ai &#233;prouv&#233; plus tard pour la sociologie&#8230; Li&#233; &#224; la tradition allemande, j'appartenais de par la structure de ma personnalit&#233; &#224; un groupe minoritaire m&#233;pris&#233;&#8230; Plus tard, j'ai inclus beaucoup d'aspects de ces exp&#233;riences dans une th&#233;orie sociologique, la th&#233;orie des rapports entre groupes &#233;tablis et groupes marginaux&#8230; On tol&#232;re un groupe marginal m&#233;pris&#233;, stigmatis&#233; et relativement impuissant tant que ses membres se contentent du rang inf&#233;rieur &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Julian Bejko&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Match de fous</title>
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		<dc:date>2024-11-08T22:20:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Italie-Albanie est bien plus qu'un match quelconque, c'est un pont maritime qui a vu au fil des si&#232;cles de nombreuses &#233;preuves de r&#233;ussite et d'&#233;checs de chaque c&#244;t&#233;. Parlant des c&#244;tes, les albanaises sont bien plus importantes, car il s'agit de la derni&#232;re fronti&#232;re balkanique qui m&#232;ne en Occident par le d&#233;troit d'Otrante avec l'&#238;le de Sazan. Pourtant le projet d'acheminer les &#233;migrants qui d&#233;barquent sur le sol italien vers le centre de Gjad&#235;r en Albanie par la travers&#233;e militaire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Italie-Albanie est bien plus qu'un match quelconque, c'est un pont maritime qui a vu au fil des si&#232;cles de nombreuses &#233;preuves de r&#233;ussite et d'&#233;checs de chaque c&#244;t&#233;. Parlant des c&#244;tes, les albanaises sont bien plus importantes, car il s'agit de la derni&#232;re fronti&#232;re balkanique qui m&#232;ne en Occident par le d&#233;troit d'Otrante avec l'&#238;le de Sazan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pendant la guerre froide l'&#238;le &#233;tait une base militaire hautement fortifi&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant le projet d'acheminer les &#233;migrants qui d&#233;barquent sur le sol italien vers le centre de Gjad&#235;r en Albanie par la travers&#233;e militaire de l'Adriatique, n'est pas un jeu de g&#233;ostrat&#233;gie entre deux r&#233;gions. C'est du trafic racial et organis&#233; d'&#234;tres humains qui se d&#233;roule ouvertement entre des pays civilis&#233;s et qui sert &#224; plusieurs fins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord le projet italien d&#233;j&#224; mis en route cherche &#224; d&#233;moraliser toute entreprise conduite par des gens qui cherchent une goutte d'eau. Bien avant l'Italie, c'&#233;tait l'Angleterre qui proposait d'amener les &#233;migrants ill&#233;gaux au Rwanda (&lt;i&gt;Rwanda Asylum Plan&lt;/i&gt;, 2022), un projet qui a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &lt;i&gt;last minute&lt;/i&gt; par un ping-pong de tribunaux et gr&#226;ce au nouveau premier ministre Keir Starmer.&lt;br class='autobr' /&gt;
De toute fa&#231;on le projet, le plan, l'entreprise ou bien l'id&#233;e qu'on peut &lt;i&gt;commercialiser&lt;/i&gt; les &#233;migrants reste valide pour le lendemain. Il suffit d'un petit conflit interne et de l'extr&#234;me droite au pouvoir pour manipuler encore plus l'opinion publique en l'incitant &#224; chasser les &#233;migrants. L'id&#233;e, &#231;a serait de d&#233;moraliser l'&#233;migrant par des accords entre gouvernements chasseurs &#8211; en fait l'&#233;migrant s'en fout des accords ; il s'agirait de moraliser la force humaine de vivre par l'introduction des normes juridiques (&#233;migrant ill&#233;gal = vie ill&#233;gale) qui se d&#233;placent au-del&#224; de la jurisprudence pour affecter et neutraliser nos m&#339;urs &#8211; ce qui va dans le sens d'une r&#233;gularit&#233; des m&#339;urs gr&#226;ce au r&#233;gime des supplices impos&#233;s aux &#233;migrants, l'&#233;l&#233;ment perturbateur &lt;i&gt;chez nous&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre scandale est ce passage normalis&#233; de la loi raciale &#224; la vie sociale et quotidienne, qui devient de plus un plus une affaire &#233;tatique et politique. C'est un d&#233;j&#224;-vu, les pr&#233;curseurs du national-socialisme post Shoah qui ouvrent de nouveau le d&#233;bat sur l'&#233;migrant ind&#233;sirable. L'Europe mourante peut bien &lt;i&gt;dig&#233;rer&lt;/i&gt; les &#233;trangers, elle en a un besoin urgent, &#233;conomiquement et culturellement. Donc ce n'est pas une question de mauvaise digestion ou d'invasion migratoire inint&#233;grable. Son acte de d&#233;moralisation ouvre le chemin &#224; un d&#233;bat dangereux, &#224; une neutralisation de toute r&#233;sistance interne qui devrait chercher au-del&#224; de cette fausse th&#233;matique de l'&#233;migration la fin prochaine du monde lib&#233;ral-capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Europe s'ouvre &#224; une solution d&#233;testable, inacceptable et inhumaine : p&#234;cher en Sicile, envoyer en Albanie, traiter la viande derri&#232;re le rideau des casernes et des camps, puis renvoyer en Italie ou ailleurs, surtout ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#201;tats europ&#233;ens pers&#233;cutent des hommes libres car l'&#233;migrant est un homme libre par excellence, pas au sens romantique mais au sens du r&#233;el, d'un r&#233;el qui ne fait pas partie des exp&#233;riences civilis&#233;s. Il n'a pas un endroit fixe, pas de connections, pas de maison, pas de ma&#238;tre ni de travail, bref il est d&#233;pouill&#233; de tout sauf du d&#233;sir puissant &lt;i&gt;de vivre &#224; c&#244;t&#233; des autres, &#224; c&#244;t&#233; de nous&lt;/i&gt;, de devenir nous par un acte vraiment r&#233;volutionnaire en d&#233;passant toutes les barri&#232;res raciales et de classe. Tout simplement ces migrants ont la malchance de se trouver dans un monde renvers&#233; souvent et surtout par les puissants Occidentaux, et donc ils sont les m&#233;chants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'Occident ne pourra jamais emp&#234;cher ou freiner l'&#233;migration s'il ne s'oppose pas davantage &#224; ses propres effets destructeurs dans le monde entier, s'il n'abolit pas son soutien aux gouvernements tyranniques. Le ph&#233;nom&#232;ne d'&#233;migration n'est pas un &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt; mais une vieille histoire &#8211; la cons&#233;quence et l'effet des in&#233;galit&#233;s et des exploitations sur le maintien de l'ordre actuel. Cet effort de maintenir les choses en place passe aujourd'hui par l'introduction d'actes juridiques et de mesures punitives dont on sait bien o&#249; ils conduisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La semaine pass&#233;e, le premier bateau militaire italien est arriv&#233; au port de Sh&#235;ngjin (Saint-Jean) avec 16 &#226;mes errantes de Bangladesh et d'&#201;gypte. Il y avait plus de militaires, de polices et de journalistes que les 800 kilos de viande vivante &#224; commercialiser ouvertement &#224; la t&#233;l&#233;. Puis, deux jours apr&#232;s le tribunal italien de Rome a d&#233;clar&#233; nuls ces proc&#233;d&#233;s et l'histoire prend l'allure d'un conflit juridico-politique en Italie. Le m&#234;me bateau revient &#224; Sh&#235;ngjin, r&#233;cup&#232;re les &#233;migrants (dont des jeunes et malades) pour les reconduire en Italie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il aurait co&#251;t&#233; moins cher &#224; Melloni de payer les trafiquants pour les amener directement en Albanie. En v&#233;rit&#233; l'affaire n'est pas une question d'&#233;conomie &#233;conomique mais d'&#233;conomie raciale, une immense publicit&#233; politique pour d&#233;montrer la puissance et la d&#233;cision ferme de l'Italie de traiter l'&#233;migration comme une merde &#224; r&#233;gler dans un pays de stockage merdique comme l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au tout d&#233;but quand Melloni et Rama venaient de parler de ce projet, il y a un an, les premi&#232;res r&#233;actions de l'UE &#233;taient assez m&#233;fiantes, surtout l'Allemagne posait des questions de principe. Mais d&#232;s que le bateau fut en Albanie, Scholz demanda au Premier ministre albanais de lui rendre le m&#234;me service vis-&#224;-vis des &lt;i&gt;d&#233;chets allemands&lt;/i&gt;. De son c&#244;t&#233;, Von der Leyen d&#233;clarait que &#171; l'UE devrait continuer &#224; explorer des pistes possibles &#224; suivre concernant l'id&#233;e de d&#233;velopper des centres de rapatriement en dehors de l'UE, notamment dans la perspective d'une nouvelle proposition l&#233;gislative sur les rapatriements. Avec le lancement des op&#233;rations pr&#233;vues par le protocole Italie-Albanie, nous pourrons &#233;galement tirer des le&#231;ons pratiques &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on faisait une liste avec toutes les bonnes raisons pratiques qui fondent une telle d&#233;marche en apparence inutile, on ne trouverait rien de pratique. &#201;conomiquement, ce n'est pas soutenable, politiquement les centres en dehors de l'UE ne produisent aucun effet &#224; long terme, techniquement cela ne r&#232;gle pas le probl&#232;me de l'&#233;migration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est alors l'int&#233;r&#234;t pratique de ce projet ? Je cherche &#224; trouver une seule raison et je tombe de nouveau sur la d&#233;claration de Von der Leyen : &lt;i&gt;explorer&lt;/i&gt; des pistes, en &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt; de l'UE, nouvelle proposition &lt;i&gt;l&#233;gislative&lt;/i&gt; sur les &lt;i&gt;rapatriements&lt;/i&gt;. Bref, l'UE est en train de &lt;i&gt;tirer des le&#231;ons pratiques&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire tester et explorer la possibilit&#233; juridique, technique, politique et morale de g&#233;rer l'&#233;migration (pas seulement !) dans une r&#233;alit&#233; probable de guerre. Il semble qu'il ne s'agisse pas des &#233;migrants actuels mais de ceux &#224; venir qui vont &#234;tre encore plus nombreux, dans une r&#233;alit&#233; dystopique o&#249; les barrages actuels s'effondrent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le centre de Gjad&#235;r en Albanie est un Big Brother cens&#233; tester les capacit&#233;s administratives de l'Europe dans une situation de conflit proche ou lointain au sens temporel et g&#233;ographique. C'est une exp&#233;rimentation qui teste plusieurs inconnues de demain : l'ordre juridique, le fonctionnement des institutions, les mouvements politiques, les r&#233;sistances, les rapports entre &#201;tats, l'infrastructure militaire, la cr&#233;dibilit&#233; morale et la propagande d&#233;mocratique. Ils sont en train de r&#233;diger les derniers protocoles du Guantanamo &amp; Auschwitz europ&#233;en &#224; venir et pour cela ils ont besoin d'un h&#244;te &#233;tranger, loin de l'espace civilis&#233;, chez qui effectuer un test &#224; petite &#233;chelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme d'habitude, au d&#233;but, on enferme les &#233;migrants et les &#233;trangers, puis les opposants politiques, les r&#233;sistants et tous les ennemis d'un monde propre, pur et l&#233;gal. C'est un projet pilote, une miniature destin&#233;e &#224; tester la maitrise d'une des cons&#233;quences guerri&#232;res &#224; venir, l'&#233;migration. &#192; l'&#233;tat actuel le match Italie-Albanie d&#233;place l'autorit&#233; de l'arm&#233;e italienne en Albanie, pays de l'OTAN mais non de l'UE. C'est une autorit&#233; &#233;trang&#232;re qui s'occupe des &#233;trangers dans un pays &#233;tranger qui bouffe une petite part de souverainet&#233; de l'Albanie. Mais le point important est le pr&#233;c&#233;dent juridique, la cr&#233;ation d'un petit centre, puis l'&#233;largissement de celui-ci dans plusieurs &lt;i&gt;hubs&lt;/i&gt; en Albanie et ailleurs, puis les autorit&#233;s locales ne peuvent plus g&#233;rer et demandent plus d'autorit&#233; et donc offrent plus d'autonomie et ainsi le pays tombe dans l'occupation technico-administrative d'un &#201;tat &#233;tranger, dans ce cas-l&#224; de l'UE qui finalement s'&#233;largit militairement elle aussi par l'interm&#233;diaire d'une crise migratoire et donc humanitaire dont la cause est elle-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que l'&#233;migrant devient la cible pr&#233;f&#233;r&#233;e, le sujet &#224; condamner pour toutes nos crises et folies, le pr&#233;texte &#224; explorer et exploiter des territoires qui ne nous appartiennent pas. Il est &#224; la fois la victime et le criminel dont il faut fouiller le corps et l'esprit au nom de la l&#233;galit&#233; pour &#233;tablir le droit &#224; le punir ou le prot&#233;ger. Ces gens-l&#224; qui sortent du bateau italien sous la surveillance polici&#232;re et m&#233;diatique pour passer quelques jours en Albanie, n'ont commis aucun action criminelle, ils sont toujours le bouc &#233;missaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Julian Bejko&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le bateau arrive :&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=xysisO52yQY&amp;t=19s&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=xysisO52yQY&amp;t=19s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Banderole contre le projet :&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=T9u2VHdsnus&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=T9u2VHdsnus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pendant la guerre froide l'&#238;le &#233;tait une base militaire hautement fortifi&#233;e et r&#233;cemment on parle d'un grand projet anim&#233; par le gendre de Trump qui devrait convertir le b&#233;ton arm&#233; en b&#233;ton de luxe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Journal du quotidien </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1345</link>
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		<dc:date>2024-07-09T10:08:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les travaux en vue de la construction du centre de r&#233;tention des &#233;migrants africains envoy&#233;s en Albanie, sous l'administration de la milice italienne, avancent bien. Ils auraient pu employer les esclaves africains dans la construction de leur repaire &#8211; c'est une vieille coutume occidentale qui n'&#233;veille pas trop de scrupules, mais pour les travaux il y a d'autres esclaves. Le camp devrait &#234;tre pr&#234;t &#224; accueillir les premiers touristes le 1er ao&#251;t. Les camions-poubelles militaires sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les travaux en vue de la construction du centre de r&#233;tention des &#233;migrants africains envoy&#233;s en Albanie, sous l'administration de la milice italienne, avancent bien. Ils auraient pu employer les esclaves africains dans la construction de leur repaire &#8211; c'est une vieille coutume occidentale qui n'&#233;veille pas trop de scrupules, mais pour les travaux il y a d'autres esclaves. Le camp devrait &#234;tre pr&#234;t &#224; accueillir les premiers touristes le 1er ao&#251;t. Les camions-poubelles militaires sont disponibles pour r&#233;cup&#233;rer les &#226;mes errantes depuis le port de Sh&#235;ngjin, &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; et les remettre entre les mains des apparatchiks occidentaux. Ce n'est qu'un petit trajet vers une destination &#233;ph&#233;m&#232;re &#224; c&#244;t&#233; de l'ancienne base a&#233;rienne de Gjad&#235;r, jadis un endroit strat&#233;gique en pr&#233;vision d'une invasion imp&#233;rialiste, gr&#226;ce aux superbes Migs sovi&#233;tiques et chinois.&lt;br class='autobr' /&gt; Hier, devant le tribunal sp&#233;cial SPAK &#8211; qui fait penser &#224; un acronyme bizarre digne de Star Wars, &lt;i&gt;Special Anti-Corruption Structure&lt;/i&gt;, une personne a protest&#233; en mettant fin &#224; sa vie en prenant de la phototoxine, la pilule pr&#233;f&#233;r&#233;e des suicidaires albanais et qui se vend facilement sur le march&#233; libre. La plupart des cas suicidaires en Albanie trouvent leur parfaite explication chez mon bien aim&#233; Durkheim : ils repr&#233;sentent un petit pourcentage dans une soci&#233;t&#233; r&#233;sistante &#224; l'anomie de l'&lt;i&gt;horribilis modernitas&lt;/i&gt;, plus des hommes que des femmes, plus en &#233;t&#233; qu'en hiver, plus en ville qu'&#224; la campagne. Il s'agit d'une soci&#233;t&#233; pas trop perturb&#233;e par les contraintes de la vie civilis&#233;e et domestiqu&#233;e o&#249; le crime et la violence sont les outils pr&#233;f&#233;r&#233;s du r&#233;glage socio-politique et &#233;motionnel. En Albanie, souvent, les suicides sont provoqu&#233;s par des questions d'honneur, li&#233;s &#224; des actes de r&#233;volte mineurs, inscrits dans un horizon impossible. On peut affronter l'immoralit&#233;, l'injustice et l'in&#233;galit&#233; en donnant sa vie pour la fi&#232;re libert&#233;, en offrant son corps comme l'ultime recours politique face &#224; un syst&#232;me d&#233;cadent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le suicide albanais est principalement une d&#233;nonciation qui fait peur, une puissance qui n'aboutit pas &#224; former une collectivit&#233; mais qui choque et suscite fortement l'indignation des gens face &#224; ce qui les cause. La personne en question &#233;tait un ancien professeur d'histoire au lyc&#233;e de Lezha, pas loin du centre de r&#233;tention. Il avait contract&#233; un pr&#234;t bancaire &#8211; comme font des milliers de familles &#8211; dans une agence priv&#233;e dont on a d&#233;couvert r&#233;cemment qu'elle &#233;tait v&#233;reuse. Le public l'a su il n'y a pas longtemps &#8211; mais pas l'&#201;tat, le gouvernement, les tribunaux, la banque centrale albanaise, qui &#233;taient au courant. Bref tout le monde savait qu'ils trichaient, sauf les pauvres surendett&#233;s. L'agence de cr&#233;dit collaborait avec une agence d'huissiers priv&#233;s, donc le premier offrait de l'argent, l'autre confisquait la propri&#233;t&#233; et les revenus m&#234;me apr&#232;s remboursement du pr&#234;t. C'est ainsi que fonctionne l'&#233;conomie en Albanie. La personne avait demand&#233; l'aide du SPAK, mais l'affaire ne rentre pas dans la juridiction de celle-ci et donc cet homme avale la phototoxine en direct devant la porte ferm&#233;e du SPAK, pour mourir la nuit suivante &#224; l'h&#244;pital.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a une semaine, on a d&#233;couvert une autre affaire. &#192; l'h&#244;pital oncologique (public) il y a un gang de m&#233;decins qui n'offrent pas de soins aux malades mais qui les poussent &#224; se soigner dans des cliniques priv&#233;es dont ils sont les patrons. Il y a l&#224; tout un m&#233;canisme ill&#233;gal &#8211; un miroir du gouvernement lib&#233;ral albanais. &#199;a commence par le chef du pavillon, les m&#233;decins, les pharmaciens qui vendent des m&#233;dicaments introuvables &#224; l'h&#244;pital public, des trafiquants qui vendent des m&#233;dicaments achet&#233;s &#224; l'&#233;tranger par le biais de l'&#233;vasion fiscale et les vendent au march&#233; noir, des appareils de chimioth&#233;rapie qui ne marchent pas, des taux de radioactivit&#233; horribles pour les m&#233;decins et les patients, et surtout beaucoup d'argent pour avoir l'espoir de survivre en se faisant soigner &#224; la clinique priv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a cinq jours que L'INSTAT, l'institut public des statistiques en Albanie &#171; a eu le plaisir de publier les r&#233;sultats du recensement pour 2023 &#187;. L'Albanie compte 2.4 millions d'habitants. Il y a 420 000 habitants en moins par rapport &#224; 2011, c'est-&#224;-dire qu'il y a une fuite de 32 000 habitants par an, soit 88 par jour. L'&#226;ge moyen est de 42.5 ans, sept ans de plus qu'en 2011, presque un quart des habitants (667 000) ont plus de 60 ans. 32% des habitants du pays vivent &#224; Tirana, ce grand cumulus nimbus qui aspire et concentre toute la richesse mat&#233;rielle et humaine d'Albanie pour les mettre dans les poches des &#233;lites. 99.4% sont des Albanais, 23 000 des Grecs, 20 00 Roms et &#201;gyptiens, avec une &#233;tonnante progression des Bulgares &#8211; 7000. Cela s'explique pourtant facilement. La minorit&#233; mac&#233;donienne en Albanie est sous la contrainte de se d&#233;clarer bulgare pour profiter du passeport bulgare et donc europ&#233;en. La Bulgarie a bloqu&#233; le processus d'int&#233;gration de la Mac&#233;doine &#224; l'Europe &#8211; &#171; Mac&#233;doine du Nord &#187; pour faire plaisir &#224; la Gr&#232;ce &#8211; car elle pr&#233;tend que la Mac&#233;doine doit changer une partie de son histoire officielle pour se rapprocher de l'histoire bulgare. Merci Union Europ&#233;enne, en 34 ans seulement, tu nous as r&#233;duits &#224; la p&#233;nurie spirituelle et humaine, c'&#233;tait &#231;a le prix &#224; payer pour notre communisme pass&#233; ?!&lt;br class='autobr' /&gt; Hier on a f&#234;t&#233; en silence l'anniversaire de la plus grande migration des Albanais vers l'Occident. Pendant la nuit de 2 juillet 1990 les Albanais ont commenc&#233; &#224; traverser les murs des ambassades occidentales &#224; Tirana. J'avais dix ans et j'&#233;tais l&#224; tout seul, de l'autre c&#244;t&#233; de la rue &#224; regarder les centaines de gens bloqu&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des ambassades, entour&#233;s par la police et les membres de la famille qui leur jetaient de la bouffe. C'est &#224; ce moment pr&#233;cis de puissance litt&#233;raire que j'ai senti l'&#233;norme d&#233;sir d'&#233;crire, devenir travailleur dans les mines de la r&#233;alit&#233;. Mais comme mes patriotes pl&#233;b&#233;iens dispers&#233;s un peu partout, je suis toujours dans la rue en train de coller ensemble les fragments de diverses r&#233;alit&#233;s comme un arch&#233;ologue ramasse les restes de la mat&#233;r-r&#233;alit&#233; de jadis. La plus grande atrocit&#233; inflig&#233;e aux humains c'est l'h&#233;g&#233;monie des puissants qui leur imposent une pseudo- r&#233;alit&#233; dont le but ultime n'est pas simplement le remplacement ou le renouvellement d&#233;coratif des r&#233;alit&#233;s mais plut&#244;t la destruction de la r&#233;alit&#233;, la seule terre de r&#233;sistance, de vie et de lutte.&lt;br class='autobr' /&gt; A propos de litt&#233;rature et de l'Albanie, hier la t&#233;l&#233; a annonc&#233; la mort d'Isma&#239;l Kadar&#233; &#224; Tirana, &#224; l'&#226;ge de 88 ans. On peut dire plein de choses sur lui et son &#339;uvre &#233;crite essentiellement pendant le r&#233;gime communiste en Albanie mais je pense qu'il a eu raison de parcourir sa vie enti&#232;re comment il le voulait et le pouvait, avec ses choix et les contraintes qui s'imposaient sur lui, avec les valeurs et d&#233;fauts de son &#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui il est une affaire politique, un corps otage de la c&#233;r&#233;monie &#233;tatique, des politiciens et des d&#233;magogues qui veulent profiter de lui post-mortem, et qui d'ailleurs ont fait la m&#234;me chose quand il &#233;tait vivant. Toutes les affaires politiques sont aussi litt&#233;raires et Kadar&#233; a pu d&#233;crire la vieille et la moderne histoire de l'Albanie mieux que les autres. Il aurait pu &#234;tre un &#233;crivant encore plus vivant post-mortem par une &lt;i&gt;Res Gestae Divi Kadar&#233;&lt;/i&gt;, la derni&#232;re &#339;uvre litt&#233;raire d'un homme qui r&#233;sume sa vie, le pays, son peuple et ses r&#233;gimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Julian Bejko&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Melons, Past&#232;ques et popcorns</title>
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		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;En 33 ans seulement de miracle d&#233;mocratique, l'Albanie est pass&#233;e d'un pays d'exportation d'&#233;migrants vers l'Occident, &#224; une destination pour d'autres &#233;migrants de toutes sortes : des &#226;mes errantes qui visent le nord europ&#233;en &#224; travers l'absurdit&#233; des Balkans apr&#232;s avoir travers&#233; la mer ; des fugitifs transitant par les camps hell&#233;niques dans les mains des trafiquants locaux ; des marathoniens impitoyablement poursuivis par un monde sensible &#224; la chasse aux animaux ; des esclaves qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 33 ans seulement de miracle d&#233;mocratique, l'Albanie est pass&#233;e d'un pays d'exportation d'&#233;migrants vers l'Occident, &#224; une destination pour d'autres &#233;migrants de toutes sortes : des &#226;mes errantes qui visent le nord europ&#233;en &#224; travers l'absurdit&#233; des Balkans apr&#232;s avoir travers&#233; la mer ; des fugitifs transitant par les camps hell&#233;niques dans les mains des trafiquants locaux ; des marathoniens impitoyablement poursuivis par un monde sensible &#224; la chasse aux animaux ; des esclaves qui cherchent une ligne de fuite, traqu&#233;s par les l&#233;gions des douanes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelques mois, une navette remplie d'ill&#233;gaux syriens poursuivis par la police albanaise &#224; minuit, a fini l'aventure dans un fleuve sauvage et glac&#233;, la Vjosa, avec une dizaine de morts, certains mutil&#233;s, coinc&#233;s entre la carcasse du bateau et les falaises, d'autres emport&#233;s par les torrents vers la mer, pour trouver finalement la libert&#233; sur la plage, dans un &#233;tat de d&#233;composition avanc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout cela et bien d'autres choses encore se passe en Albanie, un pays qui a toujours &#233;t&#233; une terre de refuge, une cachette, une maison ouverte aux r&#233;sistants et aux &#226;mes en danger, une caverne o&#249; rassembler esclaves et pl&#233;b&#233;iens, un point de d&#233;part mais aussi une destination pour ceux qui ne veulent pas se soumettre. La police albanaise n'aurait jamais, jamais collabor&#233; jadis &#224; cette chasse, et l&#224;, c'est devenu son c&#244;t&#233; le plus d&#233;testable et honteux. Ce n'est pas dans nos m&#339;urs et traditions, la collaboration avec l'autorit&#233; &#233;trang&#232;re, bien au contraire, c'est notre fiert&#233; morale, individuelle et collective dans l'engagement &#224; la protection et &#224; l'h&#233;bergement de ceux qui en ont besoin, le grand refus de participer &#224; la soumission. C'est un vieux code d'honneur qui strictement interdit la maltraitance des faibles, un code qui a &#233;t&#233; remplac&#233; en silence par les codes juridiques d'un proxy-state fier de collaborer avec les proc&#233;dures fascistes du monde occidental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les Juifs des ann&#233;es 1940, les Arm&#233;niens des ann&#233;es 1930, les &#199;ams de 1944 chass&#233;s par la Gr&#232;ce et les Kosovars de 1920 et 1999, qui doivent t&#233;moigner de cette tradition ouverte &#224; tous et pas &#224; eux uniquement. M&#234;me &#224; leur &#233;poque, il y a eu des proc&#233;dures, des id&#233;ologies, des &#201;tats fascistes et des autorit&#233;s &#233;trang&#232;res qui gouvernaient l'Albanie, et pourtant les locaux s'en foutaient compl&#232;tement. Aujourd'hui on fait la publicit&#233; de cette tradition, on cr&#233;e des mus&#233;es pour faire valoir la fiert&#233; du pass&#233;, sans se rendre compte qu'il y a d'autres &#226;mes errantes qui demandent notre engagement dans la continuit&#233; de l'histoire humaine et la r&#233;sistance aux imp&#233;rialismes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi se trouve-on devant une telle diff&#233;rence entre les victimes du pass&#233; et celles d'aujourd'hui ? Pourquoi le Syrien, le Palestinien et le noir africain est-il devenu un vagabond qui m&#233;rite les camps, les fronti&#232;res barbel&#233;es et la police, quand l'Afghan et les moudjahidin iraniens m&#233;riteraient un autre traitement, h&#233;berg&#233;s, nourris et prot&#233;g&#233;s par l'&#201;tat ? Comment est-il possible qu'on ait gliss&#233; dans cet ab&#238;me d'immoralit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord nous ne sommes plus les Albanais du XIXe ou du d&#233;but du XXe si&#232;cle. Certes, ce n'est pas si loin, on parle la m&#234;me langue, on partage toujours certaines valeurs et m&#339;urs, mais face &#224; nos grands-p&#232;res on tomberait dans la honte de l'impuissance. Ils n'auraient jamais abandonn&#233; les affaires du vivant dans les mains de l'&#201;tat, mais nous, nous avons d&#233;l&#233;gu&#233; la contingence de l'&#234;tre &#224; l'&#201;tat des d&#233;biles. &#192; ce monstre qui nous impose des somnif&#232;res moraux et qui s'occupe de la vie par le moyen d'un vaste syst&#232;me de m&#233;canismes et des dispositifs de soumission, qui a la capacit&#233; de s'introduire dans les m&#339;urs et les corps pour r&#233;former, &#233;manciper, moderniser, d&#233;mocratiser, c'est-&#224;-dire an&#233;antir le terrain de l'humain par l'artificialit&#233;, le d&#233;tachement, l'illusion, la fabrication et le maintien id&#233;ologique du r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, les &#233;migrants qui passent chez nous ne sont plus une source d'inqui&#233;tude, de ressemblance, de partage, d'&#233;change et de r&#233;volte. Ils sont devenus invisibles, rendus invisibles par les filtres du r&#233;el, par une esth&#233;tique fasciste qui efface les d&#233;tails et tous les potentiels &#233;motionnellement capables de se lier avec le monde. Ils peuvent mourir, crever de faim, c'est l'affaire de l'&#201;tat, c'est le gouvernement qui s'en occupe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous le r&#233;gime communiste on &#233;tait &#233;duqu&#233;s &#224; penser et agir dans un horizon &#233;tabli par l'&#201;tat, et pourtant sur un sol traditionnellement sensible aux faibles, aux minorit&#233;s et &#224; leurs causes. Mais les processus d&#233;mocratiques &#224; l'occidentale ont pouss&#233; les choses dans une autre dimension vers l'effacement du seuil n&#233;cessaire &#224; l'autonomie. Au nom d'une alternative au totalitarisme r&#233;trospectivement manipul&#233;, le gouvernement lib&#233;ral nous a livr&#233; une concentration de r&#233;alit&#233; dont l'un des r&#233;sultats est l'indiff&#233;rence, entendue comme le prix politique et &#233;motionnel &#224; payer pour vivre dans les camps du &lt;i&gt;total-world&lt;/i&gt;. C'est la droite lib&#233;rale qui g&#232;re nos vies avec l'extr&#234;me droite, sa petite ma&#238;tresse toujours jalouse, possessive et en col&#232;re, celle de l'art policier et militaire &#233;rig&#233;e sur le pi&#233;destal. La cons&#233;quence est une vie neutre, plate, m&#233;diocre, impuissante, insensible, fatigu&#233;e et en proie &#224; la solitude, un vide qu'on a du mal &#224; remplir avec l'argent, la marchandise, la t&#233;l&#233; ou l'internet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les camps de travail forc&#233;, les prisons et les goulags de l'ancien r&#233;gime &#233;taient loin du visible, derri&#232;re les slogans et l'id&#233;ologie. C'&#233;tait une r&#233;alit&#233; dont on n'aimait pas trop parler, et le r&#233;gime non plus. Peut-&#234;tre y avait-il une certaine pudeur &#224; montrer son c&#244;t&#233; le plus sombre ou bien c'&#233;tait un moyen pour faire peur. Aujourd'hui nos prisons se trouvent partout, c'est une total-d&#233;mocratie carc&#233;rale o&#249; il y a dix fois plus de prisonniers, la prison et le camp restent un bon moyen de dressage lib&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
On passe juste devant le camp des moudjahidin iraniens pour aller &#224; la plage, les Afghans sont en pleine station baln&#233;aire de Sh&#235;ngjin et ils se prom&#232;nent paisiblement, prot&#233;g&#233;s et nourris par l'&#201;tat albanais, financ&#233; par les USA. Ils ont le statut de r&#233;fugi&#233;s de guerre qui fuient leur pays &#224; cause d'une guerre que l'Occident a conduite chez eux. Mais les Syriens, les Palestiniens et d'autres malheureux, est-ce qu'ils passent les mers et les montagnes en mode vacances ? D&#233;sormais l'affaire des &#233;migrants c'est une affaire d'&#201;tat, m&#234;me en Albanie, et donc il ne faut pas s'en m&#234;ler. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas loin du Sh&#235;ngjin des Afghans, on est en train de se construire un centre de r&#233;tention r&#233;serv&#233; aux &#233;migrants africains qui traversent la mer pour aller en Italie. Le gouvernement des melons a sign&#233; un accord avec le gouvernement des past&#232;ques pour faire venir les &#233;migrants en Albanie et accomplir les formalit&#233;s bureaucratiques chez nous. Le co&#251;t de l'affaire c'est des millions d'euros pour l'Italie, comme d'habitude l'Albanie ne touche et ne g&#232;re rien, au moins officiellement, car elle y participe pour une question de principe et d'honneur vis-&#224;-vis de l'Italie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux gouvernements ont le culot de faire la publicit&#233; de cet accord et de dire ouvertement que c'est un mod&#232;le, un exemple &#224; suivre pour les autres pays de l'UE qui ont des soucis avec les &#233;migrants noirs. Dans les m&#233;dias on n'en parle pas trop ou bien dans l'indiff&#233;rence tragicomique des Albanais. L'ambiance populaire est celle d'une soci&#233;t&#233; qui ne r&#233;agit pas, gouvern&#233;e par une oligarchie qui devient le grand patron du pays et sans que se dessine une r&#233;elle alternative politique. On laisse faire, et c'est une fa&#231;on typique albanaise d'acc&#233;l&#233;rer le parcours du mal et en venir aux frottements violents comme le dernier acte politique dans une soci&#233;t&#233; mourante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nord du pays, sur la c&#244;te adriatique, n'a pas le charme du ghetto des patriciens qu'on trouve dans le sud, sur la c&#244;te ionienne. On voit de fa&#231;on nette et claire le projet de discrimination et de stigmatisation de la d&#233;mocratie albanaise copi&#233; sur celle qui pr&#233;vaut en Occident, dans l'administration du territoire et de la soci&#233;t&#233;. Le nord du pays ressemble encore &#224; l'Albanie des ann&#233;es 1990, le chaos urbain, la n&#233;gligence et l'abandon des vivants, souvent tomb&#233;s dans la criminalit&#233; et les affaires de vendetta, une &lt;i&gt;Zomia&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'une autre, plus grande encore, &#224; laquelle on y ajoute les &#233;migrants dans les camps g&#233;r&#233;s pas les euro-fascistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d&#232;s qu'on passe au sud, on voit appara&#238;tre des ouvriers &#233;trangers qui construisent les palais des patriciens. Ils bossent 24 heures sur 24 sur un fond de r&#233;alit&#233; contrast&#233;e par la mer turquoise, la plage o&#249; d&#233;barqua C&#233;sar pendant la guerre civile romaine, le ghetto des riches &#224; 500 000 euros la boite en b&#233;ton arm&#233;, la poussi&#232;re du tunnel qui perce le col de Llogara en d&#233;vastant le parc national, la chaleur digne de l'Afrique saharienne et les bunkers de la guerre froide.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers viennent de loin, Inde, Turquie, Sri Lanka, Afrique du Nord, gr&#226;ce aux contrats de l'esclavage moderne. Le soir ils passent le temps avec le peu de locaux qui sont l&#224;, picolent le raki, dansent sur les rythmes albanais &#8211; la preuve mat&#233;rielle de la musicalit&#233; des esclaves lib&#233;r&#233;s et des pl&#233;b&#233;iens qui partagent le m&#234;me pass&#233;. &#192; la fin des travaux ils vont partir ailleurs mais s&#251;rement quelques-uns vont rester sur le sol de leurs anc&#234;tres ironiquement dit des Albanais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent je parle avec eux sur les chantiers des patriciens, dans les stations-service, dans les restaurants et partout o&#249; ils peuplent le pays. Certains font venir leurs familles d&#233;j&#224;, les enfants jouent avec les Albanais dans les &#233;coles des banlieues, ils se m&#233;langent en silence, ils apprennent la langue selon l'accent de la r&#233;gion, ils comprennent nos bonnes blagues sur eux et avec le sourire nous montrent que dans ce pays, on est tous des &#233;migrants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement ces nouveaux Albanais africains et asiatiques auront le parcours naturel qui les porte &#224; remplacer les vieux, car mes anc&#234;tres ont parcouru le m&#234;me chemin, avec d'autres anciens pl&#233;b&#233;iens de leur &#233;poque.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le th&#233;&#226;tre vivant de l'histoire qui se r&#233;p&#232;te en plein soleil devant moi. Je vois mes anc&#234;tres et je respire l'air de jadis &#224; travers les ouvriers &#233;trangers qui restent, se m&#233;langent et s'int&#232;grent sans avoir besoin des proc&#233;dures, de l'&#201;tat ou des codes de civilit&#233;. Il s'agit d'un microscope qui montre le sto&#239;cisme puissant de la vie sociale dont chaque cellule travaille avec d&#233;termination pour rendre possible une nouvelle toile de collectivit&#233; succ&#233;dant aux pr&#233;c&#233;dentes, qui travaille &#224; r&#233;parer et &#224; trouver la continuit&#233; abim&#233;e par le carnage multidimensionnel des &#233;lites imp&#233;riales. L&#224; o&#249; s'impose la d&#233;cadence et la brutale tentative de destruction, je vois aussi l'arri&#232;re-plan dansant, la prise de forme d'un nouveau peuple qui jette les fondements de l'&#234;tre &#224; venir. Pour cette raison seulement, il faut que les &#233;migrants viennent &#224; s'&#233;panouir dans cette terre des popcorns, chez nous, chez eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Julian Bejko&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Albanie des &#233;migrants unis</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1233</link>
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		<dc:date>2023-11-23T22:35:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Officiellement 45% des Albanais vivent &#224; l'&#233;tranger et dans 20 ans ce chiffre aura d&#233;pass&#233; la moiti&#233;. Partout il y a des affiches qui annoncent le besoin de travailleurs, dans les caf&#233;s, les magasins, les entreprises, les m&#233;dias et ailleurs. M&#234;me le gouvernement arrive &#224; peine &#224; trouver des employeurs et des ministres qui veulent bosser pour le grand sultan. &#192; l'universit&#233; on comptait le peu d'&#233;tudiants qui venaient &#224; s'inscrire, heureux que cette ann&#233;e on a touch&#233; le minimum n&#233;cessaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Officiellement 45% des Albanais vivent &#224; l'&#233;tranger et dans 20 ans ce chiffre aura d&#233;pass&#233; la moiti&#233;. Partout il y a des affiches qui annoncent le besoin de travailleurs, dans les caf&#233;s, les magasins, les entreprises, les m&#233;dias et ailleurs. M&#234;me le gouvernement arrive &#224; peine &#224; trouver des employeurs et des ministres qui veulent bosser pour le grand sultan. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'universit&#233; on comptait le peu d'&#233;tudiants qui venaient &#224; s'inscrire, heureux que cette ann&#233;e on a touch&#233; le minimum n&#233;cessaire pour ouvrir les programmes scolaires et donc toucher le salaire. Partout on baisse les crit&#232;res professionnels juste pour permettre aux gens de remplir le vide. On compte aussi les naissances, 82 milles en 1991, 23 milles en 2022. Les familles sont devenues les grandes exportatrices d'enfants vers l'Occident.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on consid&#233;rer cette triste r&#233;alit&#233; comme une vengeance populaire et cynique qui se r&#233;duit et s'&#233;vapore, pour amortir les effets d&#233;sastreux des &#233;lites lib&#233;rales ? On peut donner l'interpr&#233;tation qu'on veut mais de telle fa&#231;on, c'est la soci&#233;t&#233; qui glisse vers l'autopunition, elle devient vielle, retrait&#233;e socialement et mentalement. Impuissante &#224; r&#233;agir par l'action politique elle s'&#233;chappe, se r&#233;duit et ainsi elle facilite les man&#339;uvres des &#233;lites, lesquelles en d&#233;pit du d&#233;peuplement, g&#232;rent plus facilement le territoire et les ressources. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant le gouvernement lib&#233;ral est inquiet surtout par le cercle d'amis oligarques qui r&#233;clament de la main d'&#339;uvre. Pour ralentir cette fuite ou plut&#244;t ce bateau qui plonge dans les abysses de la mer Ionienne et Adriatique et rejoindre les &#226;mes errantes, mortes dans les travers&#233;s maritimes pour trouver la vie ailleurs, le gouvernent soi-disant socialiste a pris des mesures s&#233;rieuses. Pour chaque naissance il donne un bonus-malus de 400 euros. 23 milles naissances en 2022 fait 9.2 millions d'euros, c'est-&#224;-dire 2.7% du budget annuel de la fameuse arm&#233;e albanaise qui fait face &#224; l'invasion &#233;minente sino-russe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement a augment&#233; le salaire minimum brut de 300 &#224; 400%, suffisant pour survivre une quinzaine de jours &#224; Tirana, d&#233;clar&#233;e capitale de la jeunesse par le maire socialiste. Pourtant les jeunes Albanais sont en train de fuir le pays pour soutenir le peuple allemand dans ses besoins urgents de main d'&#339;uvre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ann&#233;e le gouvernement de Rama a pass&#233; une loi qui oblige les jeunes dipl&#244;m&#233;s en m&#233;decine &#224; travailler cinq ans en Albanie comme condition pour avoir le dipl&#244;me. Il est &#233;clatant de voir comment un gouvernement devient progressivement fasciste dans ses mesures cens&#233;es r&#233;soudre pour le pire le c&#244;t&#233; lib&#233;ral et indiff&#233;rent du capitalisme. Quelque entrepreneur a trouv&#233; la solution en empruntant des &#233;migrants venant de l'Asie et de l'Afrique ; c'est le nouveau march&#233; aux esclaves &#224; l'int&#233;rieur d'une r&#233;publique qui devrait se r&#233;volter au plus vite. On n'imagine pas la pauvret&#233; de ces gens-l&#224; qui viennent pour bosser dans les chantiers et usines albanaises. H&#233;las on n'arrive pas &#224; les remercier car ils abandonnent vite le pays comme nous les autochtones, dont la diff&#233;rence ne r&#233;side que dans les traits physiques, en oubliant qu'entre les &#233;trangers et les locaux il n'y a aucune diff&#233;rence sociale et tant mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'on fait un tableau g&#233;n&#233;ral des effets de la transition politique en Albanie (1991-&#8230;), c'est-&#224;-dire l'entr&#233; dans le march&#233; libre et le vaste r&#233;seau d'exploitation occidentale, le d&#233;peuplement du pays va de pair avec l'accumulation extr&#234;me et in&#233;gale des richesses et des droits. Il s'agit d'un processus qui se d&#233;roule &#224; rebours du r&#233;gime moniste qui assurait un &#233;quilibre social et reproductif. Les slogans d&#233;mocratiques apparus le lendemain de la chute (1991) ont rendu possible la sortie temporaire de la mis&#232;re mais le prix est l'extr&#234;me dans tous les domaines de la vie. Le c&#244;t&#233; extr&#234;me du mod&#232;le d&#233;mocratique, albanais ou europ&#233;en, engendre une contradiction profonde par rapport au principe de la d&#233;mocratie comme un syst&#232;me op&#233;ratif suppos&#233; mieux r&#233;gler les adh&#233;rences socio-politiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions de pluri-sodomie dans lesquelles on se trouve depuis 1991 sont la cons&#233;quence du d&#233;sastre d&#233;mocratique et dans un sens plus large, des processus illusoires d'europ&#233;anisation vers l'Union. Ils sont &#224; l'origine de l'&#233;tat de malaise, de la perte du pouvoir social sur les institutions d&#233;mocratiques, l'an&#233;antissement des principes primordiaux de la souverainet&#233; qui appartient au peuple. C'est la chute d'un pays ou bien d'une nation &#8211; un mot qui plait bien aux nationalistes &#8211; devenu une marchandise de location, un centre commercial, un a&#233;roport, un petit hub, un goulag pour la majorit&#233;. C'est un bazar auquel nos petites &#233;lites doivent vendre nos existences dans le r&#233;seau global, pour assurer la concession administrative du pays tant que les grandes &#233;lites le permettront.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience de 32 ans d'administration lib&#233;rale montre bien qu'il s'agit d'une forme de gaspillage d&#233;lirant, irresponsable, irrationnel, incomp&#233;tent et incapable de g&#233;rer les soci&#233;t&#233;s. Ses &#233;checs cherchent &#224; se nier face &#224; l'&#233;vidence nette que tout va mal &#224; cause du syst&#232;me, lequel nous pr&#233;sentait le monde libre et d&#233;mocratique comme le paradis terrestre, &#224; rejoindre forc&#233;ment par la th&#233;rapie du choc. Aujourd'hui les &#233;checs des d&#233;mocraties occidentales cherchent &#224; se justifier par l'ennemi sino-russe, et cela leur permet de briser le seuil sensible de la soci&#233;t&#233; civique pour introduire et l&#233;galiser le &lt;i&gt;Kriegst&#252;chtig&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;se pr&#233;parer &#224; la guerre&lt;/i&gt;. Mais on oublie que l'Occident a &#233;t&#233; le roi indiscutable du monde d&#232;s 1989. Pendant 34 ans les puissances occidentales de toutes sortes ont dict&#233; en pleine libert&#233; les contrats, les conditions, les ordres, et les guerres l&#224; o&#249; elles paressaient profitables. En retour ils ont laiss&#233; le d&#233;sert, la d&#233;tresse, la violence et la d&#233;civilisation. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple des pays comme l'Albanie parmi des centaines d'autres, ou bien devant plus de 2/3 du monde en surface, richesses naturelles et populations, montre clairement l'&#233;vidence des crimes, le refus de les reconna&#238;tre &#8211; on pr&#233;f&#232;re parler du r&#233;gime communiste, les graves erreurs de l'&#233;conomie lib&#233;rale sur la majorit&#233; du globe, la faillite de cette esp&#232;ce de r&#233;gime d&#233;mocratique et l'incapacit&#233; &#224; r&#233;soudre les d&#233;s&#233;quilibres qu'elle-m&#234;me a d&#233;clench&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
En mars 2008, dans un petit village (G&#235;rdec) &#224; quelques kilom&#232;tres de l'a&#233;roport de Tirana il y avait une entreprise priv&#233;e g&#233;r&#233;e par des individus tr&#232;s douteux, Albanais et Am&#233;ricains. Le travail &#233;tait simple, il fallait d&#233;monter des balles de kalashnikovs et de toute sortes d'armes communistes gr&#226;ce aux ouvriers paysans du village, femmes, enfants, hommes, sous la surveillance technique de l'arm&#233;e albanaise et dans des conditions de travail et de s&#233;curit&#233; p&#233;nibles. Derri&#232;re le projet il y avait des politiciens locaux, un cercle d'amis puissants qui allait jusqu'au premier-ministre de l'&#233;poque. D'un c&#244;t&#233; ils d&#233;montaient les balles, de l'autre ils produisaient des armes pour les envoyer en Afghanistan ou ailleurs. Puis le 15 mars il y a eu une terrible explosion qui a tu&#233; 26 personnes, ravag&#233; le village et les alentours. Personne n'a pris la responsabilit&#233; juridique et le scandale n'a pas emp&#234;ch&#233; l'Albanie de faire partie de l'Otan juste un an apr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Novembre 2013, devant une manifestation populaire contre le projet d'amener et d&#233;molir les armes chimiques syriennes en Albanie sous l'administration de l'arm&#233;e am&#233;ricaine, le tout frais premier-ministre Rama &#8211; qui &#233;tait &lt;i&gt;pour&lt;/i&gt; le projet car l'Albanie devait toucher des milliards de dollars &#8211; a d&#251; abandonner l'aventure par la peur du co&#251;t politique de cette entreprise, laquelle faisait rappeler la trag&#233;die de G&#235;rdec. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2012 le gouvernement de la droite traditionnelle signa un accord avec les &#201;tats-Unis pour h&#233;berger les moudjahidines iraniens, two thousand souls, en Albanie. &#192; l'&#233;poque on n'avait pas de structures et ainsi ils ont &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;s dans des appartements pas loin de Tirana. Quelques mois apr&#232;s ils sont devenus les habitants d'un camp herm&#233;tique tout neuf, isol&#233;s et surveill&#233;s o&#249; ils sont toujours l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2021 le gouvernement de Rama signa un accord, toujours avec nos alli&#233;s am&#233;ricains pour h&#233;berger cette fois-ci les Afghanes. Il s'agissait de ceux qui ne pouvaient pas &#234;tre charg&#233;s dans les avions am&#233;ricains en pleine retraite de la poussi&#232;re afghane, et donc il fallait leur trouver une place temporaire. L'Albanie est l'endroit le plus temporaire de l'Europe g&#233;ographique. Tout espoir, individu ou projet est &#233;ph&#233;m&#232;re, de passage, transitoire, fluide, une r&#233;alit&#233; qui invite &#224; l'abandon du pays. Si les Iraniens sont enferm&#233;s pas loin de la mer mais ils ne la voient pas, les Afghans logent carr&#233;ment au nord-ouest de Tirana, au bord de mer dans des h&#244;tels priv&#233;s et en libert&#233;. Ils se baignent, ils se prom&#232;nent, ils bouffent gratuitement et c'est un paradoxe horrible : les Am&#233;ricains payent pour les vacances d'une centaine d'Afghans en Albanie, qui ne savent pas qu'ils sont dans un pays o&#249; une affaire Am&#233;ricano-Albanaise produisait des armes pour le peuple Afghan, &#224; combattre contre ou pour les forces Occidentales, sur cela on ne sait pas trop.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le dernier acte c'est l'accord surprise qui a surpris tout le monde. Il y a une dizaine de jours que Rama le patron locataire du pays a sign&#233; un accord avec Meloni, la premier-ministre italienne au pass&#233; n&#233;o-fasciste, de la droite nationaliste et populiste italienne. L'accord de ce consortium immoral pr&#233;voit l'envoi en Albanie des &#233;migrants africains qui d&#233;barquent au sud italien, &#224; Lampedusa et ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement italien cr&#233;era deux camps de d&#233;tention temporaire aux alentours de Lezha, ville historique de l'&#233;poque glorieuse de Skanderbeg, en bord de mer, dans une zone touristique et baln&#233;aire &#224; c&#244;t&#233; des Afghans. Ces deux camps d'&#233;migrants seront g&#233;r&#233;s par l'administration polici&#232;re et la milice italienne &#224; l'int&#233;rieur d'un pays ind&#233;pendant avec un mandat de 5 ans, renouvelable s'il y aurait besoin. En tout il devrait y avoir 35 milles &#226;mes vives lesquelles ont pris le grand risque de traverser la mer. Elles ont r&#233;ussi dans le but d'aller en Europe, et maintenant les hommes et les femmes non enceintes vont se retrouver dans un pays qui va leur ressembler avec le pays d'origine, dans l'espoir qu'ils vont rester pour devenir Albanais.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; premi&#232;re vue ce calvaire a l'allure d'un voyage tragi-comique qui me fait rappeler des vieilles histoires. Dans les ann&#233;es 1990 il &#233;tait la coutume de voir les pirates albanais trafiquer les &#233;migrants de tout sortes, Kurdes, Turcs, Chinois, Arabes, Africains mais principalement Albanais. Les trafiquants partaient de la plage de Vlora &#224; minuit pour rejoindre la c&#244;te italienne. Parfois il y avait des d&#233;barquement sp&#233;ciaux &#224; la plage et &#224; l'aube les &#233;migrants voyaient &#233;tonn&#233;s les flics albanais au lieu des flics italiens. Ils avaient pay&#233; une fortune mais c'&#233;tait une blague car au lieu de les faire passer en Italie, les trafiquants avaient organis&#233; une petite balade nocturne en bateaux rapides entre Vlora et Lezha, l&#224; o&#249; il y a les Afghanes, l&#224; o&#249; il y aura bient&#244;t les nouveaux arriv&#233;s de la Lampedusa Africaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le premier Rama a rassur&#233; l'opinion publique que tout se passera bien et qu'on a une dette morale envers l'Italie, laquelle a accueilli des milliers d'&#233;migrants albanais dans les ann&#233;es 1990. Je suis bien t&#233;moin de cette dette dont les Albanais ont &#233;t&#233; trait&#233; comme des b&#234;tes dans des stades &#224; Bari et ailleurs sous l'administration de la police italienne. On connait bien aussi le traitement sp&#233;cial et &lt;i&gt;accidentel&lt;/i&gt; de l'arm&#233;e italienne vis-&#224;-vis des &#233;migrants tu&#233;s en pleine mer. Ils sont tous l&#224; au fond de la mer en train de crier contre les vagues de l'injustice. L'histoire italo-albanaise des dettes morales est bien plus complexe si on tient pr&#233;sent le fait que les fascistes italiens ont envahi l'Albanie (1939), ils ont commis des crimes mais quand les Allemands nazis sont rentr&#233;s en sc&#232;ne, les locaux indig&#232;nes ont h&#233;berg&#233;s les soldats italiens qui se cachaient des Allemands. L'Italie n'a jamais pay&#233; pour ses crimes en Albanie, n'a jamais donn&#233; une r&#233;compense que ce soit symbolique pour ses dommages. L'argument de la dette morale est un instrument qui fait cacher et canaliser le d&#233;bat sur une piste qui &#233;vite les vrais probl&#232;mes du projet. Puis si on veut r&#233;gler la dette il fallait h&#233;berger au moins des Italiens et pas des &#233;migrants qui veulent aller en Occident et surtout pas dans un pays qui est la continuit&#233; de l'Afrique du Nord. &#192; cela s'ajoute la d&#233;claration du chancelier Scholz qui a bien approuv&#233; le projet &#8211; &lt;i&gt;l'Albanie a fait des progr&#232;s et bient&#244;t fera partie de l'UE&lt;/i&gt;. Le progr&#232;s euro-albanais donc, passe par ce genre de mesures europ&#233;ennes &#224; r&#233;gler l'&#233;migration par le trafic l&#233;galis&#233; dont les Allemands sont les grands maitres europ&#233;ens dans l'administration des &#233;migrants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette perspective inhumaine pr&#233;sente une s&#233;rie de probl&#232;mes. D'abord le gouvernement albanais offre une partie de la souverainet&#233; &#224; l'Italie qui va g&#233;rer militairement les camps de d&#233;tention en Albanie. Tout va bien car l'Italie et l'Albanie sont membres de l'Otan, qui s'engage ainsi &#224; trafiquer les &#233;migrants puis &#224; g&#233;rer et en fin, peut-&#234;tre les faire rentrer en Italie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, des pays comme l'Albanie qui veulent faire partie de l'UE sont contraints &#224; accepter n'importe quelle stupidit&#233; et m&#233;chancet&#233; europ&#233;enne ou am&#233;ricaine pour profiter de quelque chose. Depuis des ann&#233;es la Gr&#232;ce, sous pr&#233;texte des conditions p&#233;nibles des minorit&#233;s grecques en Albanie, fait des pressions pour repartager l'espace &#233;conomique maritime, bref, changer la fronti&#232;re maritime entre Corfou et la riviera albanaise car il parait qu'il y a des sources de p&#233;trole sur la partie albanaise. L'Italie et l'Albanie ont sign&#233; le projet pour construire un pipeline sous-marin d'eau douce entre la r&#233;gion de Puglia et l'Albanie, on va soutenir le sud-est de l'Italie avec l'eau potable des montagnes albanaises. La Bulgarie a bloqu&#233; le processus europ&#233;en de la Mac&#233;doine &#8211; celle du Nord qui d&#233;sormais plait bien aux cercles nationalistes grecques au pouvoir &#8211; car ils doivent revisser l'histoire en affirmant que la langue mac&#233;donienne est du bulgare. &#192; force de rentrer dans l'Union, les pays des Balkans doivent se d&#233;pouiller encore plus de leurs richesses naturelles, humaines, culturelles et historiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, le plus important dans cette affaire mafieuse entre les &#201;tats, est le fait atroce que 84 ans apr&#232;s la Shoah, on propose toujours d'administrer les populations par le transport militaire et policier, les camps de d&#233;tention, la s&#233;lection biologique entre ceux qui peuvent rester en Italie et les autres partag&#233;s au-del&#224; du limes europ&#233;en, des proc&#233;dures inacceptables &#224; l'int&#233;rieur d'un monde dit civilis&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y a un beau c&#244;t&#233; dans cette affaire qui peut r&#233;soudre pas mal de probl&#232;mes. Les Italiens se d&#233;barrassent d'une partie des &#233;migrants africains et ils peuvent les g&#233;rer &#224; l'ext&#233;rieur du territoire italien/europ&#233;en. En fin de compte la vie en Albanie ce n'est pas si mauvais que celle du Rwanda o&#249; le gouvernement britannique veut envoyer ses &#233;migrants ill&#233;gaux. La droite de Meloni peut se vanter d'avoir nettoy&#233; le probl&#232;me et gagner les &#233;lections en &#233;ternit&#233;. Le gouvernement (&#233;lites) Albanais gagne des points de promotion en offrant une alliance qui fait rappeler la glorieuse fusion entre mafia italienne et albanaise dont les Italiens sont le ma&#238;tres et les Albanais les meilleurs &#233;l&#232;ves. En retour l'Albanie gagne la belle r&#233;putation d'un pays ouvert &#224; aider l'Italie avec ses &#233;migrants, les &#201;tats-Unis avec les r&#233;sidus de ses croisades guerri&#232;res, les Allemands avec la main d'&#339;uvre sp&#233;cialis&#233;e ou profane, les Grecs avec le cadeau de l'espace &#233;conomique maritime, les Hollandais avec les puits de p&#233;trole. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus important est qu'on va se trouver avec 35 milles hommes et femmes, des pauvres gens pour lesquels au lieu de les enfermer dans les camps, il vaut mieux les accueillir dans la vielle soci&#233;t&#233; albanaise. Ils vont remplir les places vides qu'on pourrait jamais le faire par nous-m&#234;mes d&#233;j&#224; &#224; la retraite nationale. Ils vont nous aider &#224; diversifier et enrichir encore plus notre culture et tol&#233;rance vis-&#224;-vis des &#233;trangers. Ils vont rafraichir nos &#233;nergies &#224; composer une nouvelle r&#233;publique servile dont les &#233;migrants et locaux deviennent des gens libres formant une collectivit&#233; de force et de rage contre les &#233;lites. Ils vont devenir des Albanais typiques dont chacun appartient &#224; plusieurs identit&#233;s parall&#232;les et cela ne pose pas de souci. D&#233;j&#224; dans les m&#233;dias genre Tiktok on s'amuse bien avec des vid&#233;os-montages dont on voit des noirs parlant parfaitement le dialecte du nord albanais, dansant avec les costumes et musiques locales, picoler de la rakia avec des chaussures, bref &#224; devenir comme nous. Il y a un fond de v&#233;rit&#233; dans ces images de rigolade, c'est l'inconscient imaginaire d'un peuple &lt;i&gt;autochtone&lt;/i&gt; qui voit dans l'&#233;tranger les vecteurs de coh&#233;sion, de partage, d'&#233;change, de similitudes, les mat&#233;riaux pour reconstruire des nouvelles identit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Albanie doit &#234;tre une terre de promesse pour ses &#233;migrants, pas un endroit de camps et prisons comme elle risque de devenir. En tant qu'Albanais &#233;migrant du monde je sens la honte du fait que mon pays a d&#233;j&#224; des camps de d&#233;tention. L'histoire des Albanais est celle des &#233;migrants et des errants, des pl&#232;bes et des Spartacus, de ceux qui se sont install&#233;s ici pour s'&#233;vader du Nazisme, des conflits ethniques ou tout simplement de tous ceux qui ont voulu vivre dans une r&#233;alit&#233; un peu plus libre, &#224; l'&#233;cart des puissances dominatrices. &lt;br class='autobr' /&gt;
De cette Albanie seulement il faut &#234;tre fier. Les camps et les centres de d&#233;tention propos&#233;s par les pays civilis&#233;s et colonisateurs, les prisons et l'administration polici&#232;re, des &#233;trangers pauvres comme nous, devant nous, autour de nous, cela est inacceptable !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>The frontiers are my prison</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1178</link>
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		<dc:date>2023-06-13T15:27:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le conflit r&#233;cent, r&#233;cent depuis 150 ans au moins entre la Serbie et le Kosovo me fait rappeler une s&#233;quence clou du classique Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone (1966). On est en pleine guerre civile am&#233;ricaine dont les nordistes et les sudistes livrent des batailles &#224; plusieurs reprises sur un vieux pont. Mais ils se tiennent en &#233;chec car ni l'un et ni l'autre arrive &#224; d&#233;passer le pont pour s'accaparer le territoire d'autrui. Les officiels sont bourr&#233;s d'alcool &#8211; la seule (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le conflit r&#233;cent, r&#233;cent depuis 150 ans au moins entre la Serbie et le Kosovo me fait rappeler une s&#233;quence clou du classique &lt;i&gt;Le Bon, la Brute et le Truand&lt;/i&gt; de Sergio Leone (1966). On est en pleine guerre civile am&#233;ricaine dont les nordistes et les sudistes livrent des batailles &#224; plusieurs reprises sur un vieux pont. Mais ils se tiennent en &#233;chec car ni l'un et ni l'autre arrive &#224; d&#233;passer le pont pour s'accaparer le territoire d'autrui. Les officiels sont bourr&#233;s d'alcool &#8211; la seule condition pour amener les pauvres soldats vers le carnage sans le vouloir &#8211; et pourtant cela n'emp&#234;che pas de r&#234;ver un grand acte, exploser le pont pour en finir avec cette guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pont symbolique para&#238;t &#234;tre aujourd'hui le pont de Mitrovica, qui divise les Serbes au nord et les Albanais au sud. Mais les parties en question ne sont pas autoris&#233;es &#224; faire la guerre car elles ob&#233;issent sans trop de plaisir aux puissants derri&#232;re elles, les Am&#233;ricains, les Europ&#233;ens, les Russes, les Turcs, l'OTAN, le KFOR, l'ONU, puis la plus grande blague moderne, le droit international. Ils sont tous l&#224; depuis 1999, c'est leur projet, et donc c'est &#224; eux seulement qu'on doit mettre &#224; l'examen leur fa&#231;on de g&#233;rer les territoires et les vivants. Pour &#233;viter la guerre, les puissants ont fait du Kosovo une h&#233;t&#233;rotopie en &#233;chec, une mis&#233;rable Palestine balkanique, l'impasse infinie qui triomphe et dont personne ne peut penser en dehors du cadre cause-effet, victime-bourreaux, pro-anti occidentaux, autochtones et exclus. &lt;br class='autobr' /&gt;
De la fin du XIXe au d&#233;but XXe si&#232;cle, la cr&#233;ation des &#201;tats balkaniques posait un premier probl&#232;me : les populations &#233;taient r&#233;pandues un peu partout, il y avait des fragments qui se sont trouv&#233;s sous un &#201;tat &#233;tranger et hostile, et l&#224; ils ont appris le mot minoritaire. Qu'est-ce qu'on fait avec ces minorit&#233;s chez eux, d&#233;sormais chez nous ? Du commerce, de l'&#233;change, du trafic de minorit&#233;s, on leur assure des conditions insupportables pour qu'ils quittent le bout de terre, et s'ils r&#233;sistent on les &#233;crase tout simplement. Ainsi on d&#233;signe des &#201;tat-nations propres, 100% des n&#244;tres, du sang pur, mais qu'est-ce qui se passe avec &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; minorit&#233;s qui se trouvent &#224; l'&#233;tranger ? Au lieu d'&#233;changer les minorit&#233;s, on r&#233;clame aussi le territoire qu'ils occupent chez l'&#201;tat voisin, sous des arguments historiques en r&#233;f&#233;rence aux XIIe-XIVe si&#232;cles. &lt;br class='autobr' /&gt;
On avance dans le temps. En 1999 la Serbie du r&#233;gime g&#233;nocidaire de Slobodan Milosevic vient d'&#234;tre bombard&#233;e par l'OTAN, elle voit perdre de facto une partie de son territoire (Kosovo) habit&#233; &#224; 95% par des Albanais, qui en 2008 d&#233;clarent l'ind&#233;pendance et la cr&#233;ation de la R&#233;publique du Kosovo, reconnues par la majorit&#233; de l'UE, des &#201;tats-Unis etc. Mais cette nouvelle r&#233;publique n'est pas reconnue par la Serbie, la Chine, la Russie, et en plus, la minorit&#233; serbe se trouve toujours au Kosovo, pr&#233;cis&#233;ment au nord, dans une partie de la ville de Mitrovica et dans d'autres petites communes &#224; c&#244;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien que la naissance de la r&#233;publique, prot&#233;g&#233; par le KFOR et l'OTAN, a depuis 2008 un statut probl&#233;matique car elle doit normaliser les rapports avec la Serbie vers une reconnaissance r&#233;ciproque. C'est un probl&#232;me qui tient en &#233;chec le Kosovo aussi bien que la Serbie dans les processus de l'int&#233;gration europ&#233;enne, m&#234;me si ce dernier est dans une situation plus favorable. En plus, le Kosovo doit r&#233;gler la question de la minorit&#233; serbe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sous la pression de la communaut&#233; internationale, le gouvernement du Kosovo doit former au plus vite l'association des communes habit&#233;es par les Serbes pour qu'eux puissent se g&#233;rer par eux-m&#234;mes au niveau administratif, &lt;i&gt;toujours en faisant partie du Kosovo&lt;/i&gt;. La peur des dirigeants du Kosovo, au moins leur pr&#233;texte &#8211; tenant compte du probl&#232;me de la petite r&#233;publique serbe (Republika Srpska) en Bosnie et Herz&#233;govine &#8211; est la cr&#233;ation d'une enclave serbe au Kosovo sous l'influence de la Serbie, laquelle dans un futur bien probable pourrait faire un r&#233;f&#233;rendum d'ind&#233;pendance et menacer de s'ajouter &#224; la Serbie. Il est &#233;vident que la cr&#233;ation de l'association des communes ne donnerait aucune garantie pour une paix perp&#233;tuelle entre la Serbie et le Kosovo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette proposition juridique et politique n'est qu'une erreur dans la longue chaine des erreurs faites dans les Balkans et ailleurs toujours par les grandes puissances. Il s'agit bien d'une demi-mesure pour &#233;viter une guerre maintenant et la pousser vers le futur. Mais la peur des Albanais de se trouver avec une enclave serbe &#224; l'int&#233;rieur du Kosovo est ridicule, quand on voit que le Kosovo est elle aussi une enclave pas du tout libre, ind&#233;pendante et souveraine, majoritairement occidentale au sens militaire, qui vit dans l'impasse de l'&#233;chec permanent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre option, celle d'&#233;changer des territoires et populations &#8211; la partie habit&#233;e par les Serbes au nord du Kosovo passerait &#224; la Serbie, la partie habit&#233;e par les Albanais au sud de la Serbie passerait au Kosovo &#8211; serait le dernier acte stupide du d&#233;j&#224;-vu balkanique aux &#201;tats &#224; 100% purs, quand c'est pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;e insupportable du pur qui a d&#233;clench&#233; les plus grandes violences en Europe et ailleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire r&#233;cente des Albanais est celle des grandes injustices par les h&#233;ritiers de ces &#201;tats lesquels aujourd'hui les &lt;i&gt;prot&#232;gent&lt;/i&gt;. La R&#233;publique d'Albanie de 1912 dont Kosovo faisait partie (l'Ind&#233;pendance par l'Empire Ottoman), a perdu par des &#233;changes impos&#233;s, guerres et g&#233;nocides presque la moiti&#233; du territoire et de la population au profit de la Gr&#232;ce, de la Serbie, de la Mac&#233;doine et du Mont&#233;n&#233;gro. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'histoire r&#233;cente des Serbes est aussi celle des grandes injustices, ils se sont trouv&#233;s sous un Empire copier-coller des Empires Occidentaux, qui pensa jouir le r&#234;ve du triomphe imp&#233;rial en faisant des guerres sur ses voisins, puis sous un r&#233;gime g&#233;nocidaire, sous des bombardements et enfin ils ont vu perdre Kosovo, le berceau de leur deuil historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a 15 ans que le Kosovo (un peu plus de 2 millions d'habitants) est une r&#233;publique, isol&#233;, pauvre, m&#233;connu, bloqu&#233; sur lui-m&#234;me et sans issue. Les anciens dirigeants politiques, ceux de la guerre et de la lib&#233;ration sont emprisonn&#233;s &#224; la Haye. Les dirigeants actuels repr&#233;sentent une nouvelle g&#233;n&#233;ration de l'apr&#232;s-guerre, peut-&#234;tre n&#233;s juste avant la guerre, mais aujourd'hui ils ont 25-30 ans, et ils sont d&#233;&#231;us avec cette exp&#233;rience traumatique et h&#233;t&#233;rotopique, avec les politiques isolationnistes europ&#233;ennes, des promesses faillites, des jeunes qui attendent la lib&#233;ration du r&#233;gime des visas pour quitter au plus vite leur triste enclave. &lt;br class='autobr' /&gt;
On ne se rend pas bien compte du fait que le Kosovo actuel n'est pas celui de l'ann&#233;e 2000 ou 2008, les gens ne peuvent plus vivre avec la gloire de l'ind&#233;pendance de carton, ils ont besoin de progresser, de changer, de d&#233;passer les conflits de jadis et de r&#233;former vraiment le pays. Kosovo c'est peut-&#234;tre le seul cas en Europe, o&#249; un pays ind&#233;pendant qui a fait la guerre, il y a 23 ans, vit toujours aux bords de la guerre, de la violence, sous un Etat policier et militaire, toujours pr&#232;s de glisser vers l'ab&#238;me, de voir s'effondrer la r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; fragile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mieux comparer les choses, l'Albanie envahie par l'Italie fasciste en 1939 puis l'Allemagne nazie en 1943, lib&#233;r&#233; gr&#226;ce &#224; la r&#233;sistance populaire en 1944, &#233;tait un pays solide 23 ans apr&#232;s, en 1967, gr&#226;ce aux grandes r&#233;formes dans tous les domaines de la vie. En 23 ans seulement, l'Albanie est pass&#233;e d'un pays f&#233;odal typique de l'Empire Ottoman &#224; un pays moderne. Je prends l'exemple de l'Albanie communiste car elle est aujourd'hui le mod&#232;le d'inspiration des dirigeants du Kosovo, qui r&#234;vent aussi un Kosovo solide, ind&#233;pendant, souverain. Cela veut dire faire valoir l'Etat dans tout le territoire y compris la minorit&#233; serbe, diminuer le r&#244;le des Occidentaux, d&#233;cider par lui-m&#234;me, couper les liens d'interd&#233;pendance interne ou mieux de d&#233;pendance vis-&#224;-vis du KFOR et l'OTAN. Sa faute grave n'est pas le fait de reformuler les rapports de force avec le monde/mod&#232;le Occidental qui la tienne en &#233;chec mais plut&#244;t de consid&#233;rer l'Etat policier, les mesures fortes, le renforcement des fronti&#232;res et la tension avec les Serbes, comme un instrument de politique populiste et nationaliste dont le but est la souverainet&#233;. Dans son fond id&#233;ologique, ce mouvement politique pense que le moment est venu de d&#233;clarer l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'Occident. Ils n'osent pas l'exprimer ouvertement mais c'est leur d&#233;sir, l'esclave qui veut rompre avec le maitre et avec sa politique d&#233;cadente du patronage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette perspective n'am&#232;ne nulle part car une r&#233;publique fragile et en conflit avec son voisin-ennemi tomberait tr&#232;s vite dans l'&#233;tat de guerre, dont l'intervention de l'OTAN, KFOR&#8230; D&#233;j&#224; elle n'est pas reconnue par certains Etats europ&#233;ens (l'Espagne, la Gr&#232;ce, la Roumanie, la Slovaquie et le Chypre) et c'est vraiment une position honteuse car ils refusent de reconna&#238;tre &#224; un peuple sujet de g&#233;nocides, le droit d'avoir son &#201;tat ind&#233;pendant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les amateurs albanais du nationalisme &lt;i&gt;comic strip&lt;/i&gt; inspir&#233;s pas des archa&#239;smes du XIXe si&#232;cle, n'arrivent pas &#224; comprendre que le chemin de la libert&#233; ne passe pas par la bagarre avec le voisin mais par l'effacement des fronti&#232;res. Il ne suffit pas de s'opposer aux &#233;changes territoriaux ou bien &#224; la cr&#233;ation de l'association/enclaves des minorit&#233;s ethniques. Il faut d&#233;truire le pont qui rend possible et n&#233;cessaire la guerre, pour lequel les gens sont pr&#234;ts &#224; se tuer sans se rendre compte de la folie populiste de chaque c&#244;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les peuples mineurs des Balkans sont tellement proches les uns avec les autres, il y a plus de choses qu'on partage que des choses qui accentuent les diff&#233;rences, et il n'y aurait aucun choc vis-&#224;-vis d'une ouverture enti&#232;re. Au lieu de jouer aux &#233;checs avec des pi&#232;ges, des &#233;changes, des enclaves, des minorit&#233;s, des bases militaires et des bagarres, il faut s'ouvrir &#224; une f&#233;d&#233;ration balkanique, sans douanes, sans contr&#244;les des passeports, sans la peur de l'autre, et pour cela il faut en finir avec les fronti&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#226;ge des empires </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a longtemps que je voulais &#233;crire &#224; propos d'une phrase po&#233;tique mais s&#251;rement proph&#233;tique de Mussolini, prof&#233;r&#233;e vers les ann&#233;es 1940. Eh bien, dans un discours prononc&#233; au centre-ville d'une Rome devenue imp&#233;riale sur les cendres de l'ancienne dont t&#233;moignent encore les statues imp&#233;riales de C&#233;sar, Scylla, Caligula, N&#233;ron, Vespasien, tueurs de la R&#233;publique, Benito d&#233;clarait avec assurance qu'un jour l'Europe serait fasciste et fascis&#233;e. Ce qui fait davantage peur de nos jours, c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a longtemps que je voulais &#233;crire &#224; propos d'une phrase &lt;i&gt;po&#233;tique&lt;/i&gt; mais s&#251;rement proph&#233;tique de Mussolini, prof&#233;r&#233;e vers les ann&#233;es 1940. Eh bien, dans un discours prononc&#233; au centre-ville d'une Rome devenue imp&#233;riale sur les cendres de l'ancienne dont t&#233;moignent encore les statues imp&#233;riales de C&#233;sar, Scylla, Caligula, N&#233;ron, Vespasien, tueurs de la R&#233;publique, Benito d&#233;clarait avec assurance qu'un jour l'Europe serait fasciste et fascis&#233;e. Ce qui fait davantage peur de nos jours, c'est la &lt;i&gt;culture&lt;/i&gt; fasciste qui s'est incarn&#233;e si facilement et silencieusement sous les r&#233;gimes lib&#233;raux gouvern&#233;s par des gens m&#233;diocres mais dangereux, une mentalit&#233; qui trouve son &#233;cho dans l'innocence du droit souverain, identitaire et nationaliste, le droit de vivre chez eux comme ils veulent, mais surtout pas chez nous !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai v&#233;cu le lib&#233;ralisme f&#233;roce personnellement, et ce n'est pas tout mauvais car le mauvais vient bien apr&#232;s, quand personne ne l'attend. Il procure des biens et des richesses &#224; travers la privatisation rapide en dehors de toute loi, un processus qui exerce la plus grande des s&#233;ductions aupr&#232;s des individus tout r&#233;cemment sortis de la caverne pauvre d'un r&#233;gime s&#233;v&#232;re peupl&#233; de sanctions et auto-sanctions. C'est le premier moment du pi&#232;ge que personne ne veut voir comme tel. Il fraie le chemin aux nouveaux monstres oligarques, ceux qui vendent et ach&#232;tent la r&#233;publique, font circuler l'argent dans un syst&#232;me d'ill&#233;galismes l&#233;galis&#233;s par les gouvernements. Mais il est encore t&#244;t pour parler de fascisme, car ce r&#233;gime arrive au pouvoir comme un rem&#232;de contre le parcours conduisant au fascisme, c'est-&#224;-dire contre ses r&#233;formes entreprises jusqu'&#224; pr&#233;sent, pour les acc&#233;l&#233;rer et monopoliser la grande richesse, r&#233;duire le pouvoir de certains en pla&#231;ant l'&#201;tat entre les mains d'un homme puissant. On sait bien ce qu'est le fascisme, des millions des morts sont l&#224; pour l'attester. Mais l'adjectif qui s'y rattache est tout &#224; fait flou, il se m&#233;lange avec l'id&#233;e de s'exprimer librement, d'acheter ceci ou cela, imposer une v&#233;rit&#233; et n&#233;gliger ou &#233;touffer le contraire, &#233;tablir les valeurs et les existences en les indexant sur la richesse et les taxes &#224; travers l'esclavage et l'abolition progressive des droits sociaux. Une normativit&#233; fascis&#233;e dessine la carri&#232;re et est le pr&#233;lude du fascisme en tant que r&#233;gime &#233;tabli et l&#233;gal &#8211; c'est le &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt; qui vote et qui s'exprime d&#233;mocratiquement, et on conna&#238;t les tambours de la pluie d'une guerre terrible.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'histoire tardive de l'Albanie post-1991 mais aussi celle d'autres pays dit de l'Est. Dans le langage officiel de la d&#233;mocratie import&#233;e mais p&#233;rim&#233;e avant m&#234;me qu'elle ait pay&#233; les frais de douane, l'Albanie est consid&#233;r&#233;e comme un ancien pays de l'Est. Mais gr&#226;ce au progr&#232;s d&#233;mocratique, s'est produite la m&#233;tamorphose linguistique de l'Est communiste remplac&#233; par les pays des Balkans de Ouest &#8211; Balkans occidentaux, que l'Europe doit int&#233;grer au plus vite. L'Albanie est sortie du cercle rouge pour devenir une banlieue horrible dont les gens &lt;i&gt;vivent&lt;/i&gt; entre deux mondes et deux menaces, le camarade Poutine et la promesse glorieuse de l'UE.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir une Europe qui m'int&#232;gre dans son parc fasciste, cela je le refuse absolument ! Je suis europ&#233;en plus que les Nordiques et les Baltiques, je suis plus vieux dans la M&#233;diterran&#233;e hell&#233;nique et romaine, plus proche d'elle, culturellement et linguistiquement que les Anglais et les Am&#233;ricains qui se prom&#232;nent avec les porte-avions comme les repr&#233;sentants illustres des valeurs a/&lt;i&gt;occidentelles&lt;/i&gt;. Mes anc&#234;tres sont l'h&#233;ritage pl&#233;b&#233;ien de tous les exclus de l'&#226;ge primitif, classique et moderne, et je suis fier d'eux ! J'ai grandi avec les l&#233;gendes hom&#233;riques qui se pr&#233;servent et se conservent dans cette langue bien plus et mieux que toutes les autres langues et cultures. Mais je me fous de pr&#233;senter mes avantages au guichet de la police fronti&#232;re, tant pis pour les chiens de garde de la bureaucratie europ&#233;enne. Je ne veux surtout pas d'une Europe qui m'encule au nom de la sodomie int&#233;gratrice. C'est l'Europe qui doit s'&#233;largir en arrivant chez moi si elle s'int&#233;resse vraiment aux origines, pa&#239;ennes, chr&#233;tiennes ou musulmanes peu importe. Au lieu des origines qui devraient &#234;tre strictement domaine des chercheurs, philologues et philosophes, l'Europe au-del&#224; des fronti&#232;res doit trouver son projet futur qui durerait un mill&#233;naire, et cela, disent les historiens, &#231;a ne passe pas par l'arm&#233;e, le syst&#232;me fiscal commun, les passeports, l'&#233;migration choisie, les Quisling ou les bases militaires pour s&#233;curiser le territoire. L'Europe actuelle m&#232;ne vers celle imagin&#233;e et esp&#233;r&#233;e par Mussolini et Hitler, rendu probable par les m&#233;diocres dangereux qu'on trouve un peu partout et qui poussent comme des champignons qui au fond du c&#339;ur &#8211; s'ils en ont un &#8211; sont tout excit&#233;s par les cadavres r&#233;sultant de leurs crimes et y trouvent facilement un pr&#233;texte pour rivaliser avec le dictateur Poutine au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats de Mussolini et Hitler sont arriv&#233;s chez moi, pays souverain en train de f&#234;ter sauvagement sur leur terre, ils ont fait un carnage, divis&#233; le pays, cultiv&#233; la haine avec le voisin, puis sont rentr&#233;s chez eux en silence sans payer aucune dette. J'ai un grand-p&#232;re qui dans la tombe des partisans crie toujours vengeance contre la milice fasciste !&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre la Grande Guerre, le monde dit civilis&#233;e avait propos&#233; d'abord des sanctions et en revanche, l'Allemagne aux mains d'un gang de truands a accapar&#233; les Sud&#232;tes, et puis on conna&#238;t bien le r&#233;sultat de la deuxi&#232;me mi-temps. A la fin les gagnants ont partag&#233; le g&#226;teau, se sont organis&#233;s et aujourd'hui les porte-paroles-avions de la paix sont en train de pousser encore plus loin le mur de Berlin, &#224; 1200km vers l'Est. Ils font sortir de la bo&#238;te magique les outils des sanctions qui ont pour objectif de faire monter l'agressivit&#233; et de la propager, plus que l'&#233;chec &#233;conomique. Ils ont fait de m&#234;me avec l'ancienne Yougoslavie des ann&#233;es 1991-1996 mais la machine guerri&#232;re du nationalisme qui n'a pas de patrie ou bien qui se fonde sur une stupidit&#233; hallucinante (comme le fait d'&#234;tre n&#233;e ici plut&#244;t qu'ailleurs) s'est renvers&#233;e sur les Albanais du Kosovo - parce qu'ils sont n&#233;s ici, eux aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face au nationalisme belliqueux, les victimes se rassemblent, d&#233;clarent l'ind&#233;pendance de l'&#201;tat, puis placent au pouvoir un gouvernement dit de gauche lequel ironiquement ressemble &#224; un monstre, dont la devise politique est l'auto-d&#233;termination et gouverne un pays et un peuple sous sanctions et en mal de reconnaissance internationale. En fait, l'histoire est bien plus compliqu&#233;e et dramatique. Il y a toujours des &#201;tat europ&#233;ens membres de l'Otan et de l'UE qui sont intervenus militairement au Kosovo pendant le g&#233;nocide du Milosevic pour prot&#233;ger les civils, mais qui ne reconnaissent pas le droit &#224; ce peuple &#224; avoir un &#201;tat reconnu. Ils ont contribu&#233; &#224; lib&#233;rer les Kosovars mais pas trop, sans exag&#233;rer quand m&#234;me, sans cr&#233;er un pr&#233;c&#232;dent qui aurait affect&#233; leurs probl&#232;mes internes ou les relations amicales entre ces &#201;tats.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui arrive aujourd'hui &#224; l'Ukraine c'est un d&#233;j&#224;-vu tr&#232;s actuel du Kosovo, en Afghanistan, en Palestine mais aussi &#224; pour d'autres peuples du monde, le r&#233;sultat n&#233;faste des conflits imp&#233;riaux jou&#233;s plusieurs mi-temps et qui vont finir s&#251;rement par les tirs aux buts. Il suffit d'analyser le langage employ&#233; par chacune des parties accusant l'autre de fascisme, crimes, trahisons, non-respects des pactes, pour comprendre que cette guerre comme d'autres encore sont des disputes o&#249; est en jeu le commerce des armes et la lutte pour les zones d'influence et les ressources vitales. Face &#224; ce spectacle il y a des puissants qui se frottent les mains, ils savent que le germe fasciste qu'ils ont sem&#233; est d&#233;j&#224; en train de produire un conflit ailleurs, &#224; l'occasion duquel ils vont faire leur apparition aux fronti&#232;res sous un pr&#233;texte quelconque - prot&#233;ger des civils, sauvegarder les droits, donc emp&#234;cher la guerre... c'est l'argument le plus ridicule. Les droits internationaux sont encore plus tragiques et hypocrites, un moindre mal, depuis que le droit est assur&#233; par la capacit&#233; destructrice de l'atome.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je trouve encore plus abominable l'esp&#233;rance de certains qui voient, tour apr&#232;s tour, chez Poutine, Trump, Kim Jong-un, Orban, Zemmour appara&#238;tre le personnage du sauveur gr&#226;ce auquel on va pouvoir se d&#233;barrasser de l'opposant national ou international, de l'&#233;migrant, de la pauvret&#233; ou bien des questions identitaires. Il y en a plus d'un, parmi les vieux politiciens de l'Albanie mis de c&#244;t&#233; par les puissances occidentales, qui esp&#232;rent le succ&#232;s de Poutine en imaginant que ceci va affaiblir l'Occident pour abolir leur goulag. C'est du sadisme int&#233;gr&#233;, figure de la d&#233;cadence et de l'impuissance, l'image d'un &lt;i&gt;eros&lt;/i&gt; pourri qui pr&#233;f&#232;re faire le voyeur sur sa femme avec quelqu'un d'autre. Maintenant l'Europe fasciste fait ce qu'elle a toujours fait, elle voit comment l'ennemi &#233;crase la femme ukrainienne car elle est simplement un objet d'&#233;change et il faut attendre un peu pour que le prix baisse, pour reconstruire le mur de Berlin &#224; Kiev. Mais il faudrait faire une enqu&#234;te sur ce que pensent de l'Occident d&#233;mocratique les Albanais, les Serbes, les Bosniaques, les Afghanes, les Kurdes, les Palestiniens, les Iraquiens, les Iraniens, les Russes, et demain les Ukrainiens. Il faut laisser leur dernier mot comme on permet au prisonnier qu'on va ex&#233;cuter de prononcer ses derni&#232;res paroles, mais aussi pour assouvir la curiosit&#233; scientifique de l'Occident et lui permettre de conna&#238;tre le point de vue de ses b&#234;tes... Il faut demander aux animaux jusqu'&#224; quel point nos actions leur paraissent morales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#199;a picole pas mal, mais &#231;a ne drague plus... Une lettre de notre correspondant &#224; Tirana</title>
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		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les Etats-uniens ont embarqu&#233; dans les fourgons de leur d&#233;route en Afghanistan quelques milliers d'Afghans de la classe moyenne souhaitant s'&#233;tablir aux Etats-Unis. Magnanimes mais prudents, leurs protecteurs les ont provisoirement d&#233;pos&#233;s dans ces petits pays des Balkans qui n'ont rien &#224; refuser &#224; la Banni&#232;re &#233;toil&#233;e &#8211; l'Albanie, le Kosovo, la Mac&#233;doine. En Albanie, les nouveaux arrivants sont install&#233;s dans les h&#244;tels pour vacanciers en bord de mer. Comme nous recommandions &#224; notre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les Etats-uniens ont embarqu&#233; dans les fourgons de leur d&#233;route en Afghanistan quelques milliers d'Afghans de la classe moyenne souhaitant s'&#233;tablir aux Etats-Unis. Magnanimes mais prudents, leurs protecteurs les ont provisoirement d&#233;pos&#233;s dans ces petits pays des Balkans qui n'ont rien &#224; refuser &#224; la Banni&#232;re &#233;toil&#233;e &#8211; l'Albanie, le Kosovo, la Mac&#233;doine. En Albanie, les nouveaux arrivants sont install&#233;s dans les h&#244;tels pour vacanciers en bord de mer. Comme nous recommandions &#224; notre correspondant &#224; Tirana de faire preuve d&#233;sormais de la plus grande prudence dans la pratique de la drague sur les plages, son activit&#233; principale, il nous a adress&#233; la r&#233;ponse suivante :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos plages sont d&#233;j&#224; propri&#233;t&#233; priv&#233;e, accapar&#233;es par les nouveaux monstres, qui viennent de faire passer une loi selon laquelle tout terrain au bord de mer pourrait &#234;tre confisqu&#233; pour le bien public et autres investissements strat&#233;giques. Il ne nous reste que la montagne pour draguer les ours et les loups en esp&#233;rant qu'ils vont nous enseigner quelque chose en mati&#232;re d'action politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
On a accueilli d&#233;j&#224; un petit paquet d'Afghans et au total on devrait en avoir environ 4000, pareil au Kosovo. Ils arrivent semaine apr&#232;s semaine en avion, surtout via l'Allemagne laquelle apparemment a bien de l'exp&#233;rience dans le transport des &#234;tres. Notre premier ministre, fier d'avoir &#233;t&#233; fra&#238;chement &#233;lu pour la troisi&#232;me fois &#8211; un record qui tend &#224; &#233;galer la long&#233;vit&#233; des dirigeants communistes &#8211; est toujours l&#224; sur la piste, &#224; attendre les Afghans avec des cadeaux. Mais il ne voit pas qu'un peu plus loin sur le tarmac, il y a un autre avion pr&#234;t &#224; d&#233;coller vers l'Allemagne avec des jeunes Albanais qui vont peupler le pays et combler le besoin de workforce. Toutes les lumi&#232;res des cam&#233;ras sont sur les Afghanes et sur l'hospitalit&#233; albanaise (pay&#233;e par l'Occident). Puis les m&#233;dias internationaux ont fait une tr&#232;s joli pub sur les Afghans coinc&#233;s et abandonn&#233;s par leurs maitres militaires, promptement remplac&#233;s par les anciens. Les images diffus&#233;es parlent d'une crise humanitaire caus&#233;e par les Talibans, mensonge flagrant ! Ce sont des images qui nous affectent et tout le monde est touch&#233; par ce spectacle de la chute d'un r&#233;gime d&#233;mocratiquement militaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais de l'autre c&#244;t&#233;, c'est bien qu'on puisse aider ces gens, au-del&#224; de tout. Je suis content qu'on puisse avoir d'autres communaut&#233;s, en esp&#233;rant qu'ils vont faire partie de la vie quotidienne et pas &#234;tre enferm&#233;s dans les camps-h&#244;tels. Ils sont les victimes du trafic des peuples par les Etats occidentaux et l'Albanie comme une petite pute tr&#232;s semblable au contexte de l'Afghanistan, peut bien accueillir tous ceux qui ont besoin d'un toit. D'ailleurs l'Albanie et le Kosovo sont l'incarnation d'une d&#233;cadence d&#233;mocratique soutenue par les m&#234;mes puissances et il n'y avait qu'ici que les Afghans pouvaient trouver refuge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre peut-&#234;tre dans le futur &#231;a va perturber les rapports d'&#233;quilibre dans l'espace religieux, d&#233;j&#224; la sensibilit&#233; religieuse musulmane monte de plus en plus au quotidien et dans les discours politiques. &#199;a fait plus de dix ans que l'argent d'Erdogan et de ses potes p&#233;n&#232;tre &#224; travers la construction des mosqu&#233;es, des aides aux familles pauvres etc. et on voit que les pratiquants deviennent plus visibles et nombreux. Un jour, il y aura finalement un parti politique d'inspiration religieuse avec un discours honn&#234;te &#224; la fois nationaliste, populiste et spirituel. Ils attendent que la masse s'&#233;largisse et devienne plus importante pour proposer leur solution &#224; la corruption et l'immoralit&#233; des dirigeants - un pouvoir originel et pur. Au Kosovo ils sont plus en avance avec ce projet de merde nationaliste, ils esp&#232;rent voir les Am&#233;ricains se retirer pour finaliser et accomplir la proph&#233;tie : un pays ind&#233;pendant aux mains du chauvinisme pseudo-marxiste, populiste et du clerg&#233;, comme rem&#232;de au lib&#233;ralisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils cherchent d&#233;j&#224; &#224; cloner leur structure politique en Albanie, surtout contre le projet et l'amiti&#233; Rama-Vu&#231;i&#231;-Zaev&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hommes politiques d'aujourd'hui, respectivement serbe et mac&#233;donien.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui proposent d'ouvrir les fronti&#232;res des Balkans (Mini-Schengen) pour certaines activit&#233;s &#233;conomiques, culturelles etc., une premi&#232;re phase pr&#233;c&#233;dant l'entr&#233;e dans l'UE. Apr&#232;s le changement du nom de la Mac&#233;doine, c'est le tour de la Bulgarie de bloquer le processus d'int&#233;gration de la Mac&#233;doine car ils ont des probl&#232;mes avec l'identit&#233; &#171; mac&#233;donienne &#187; li&#233;e avec l'histoire bulgare. Bref, il n'y a de perspective ni facile ni rapide pour les Balkans, et si on ajoute Erdogan, la r&#233;gion restera une petite &#238;le asiatique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sinon tout va bien, il fait beau, &#231;a picole pas mal, &#231;a ne drague plus - j'ai une fianc&#233;e &#171; tr&#232;s allemande &#187; qui surveille mon regard m&#234;me en vol, mais elle fait de tr&#232;s bon bureks et l&#224;, tout est pardonn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Probablement cette ann&#233;e on fera les cours &#224; la fac car le gouvernement nous oblige &#224; faire le vaccin. Moi je l'ai fait en mars et depuis je tombe souvent malade, parfois je me sens fatigu&#233; pour rien et je n'accepterai pas une troisi&#232;me dose, m&#234;me au risque de perdre le travail. On disait que le capitalisme &#233;tait un monstre horrible mais on avait pas bien vu que c'&#233;tait bien pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amiti&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Julian&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hommes politiques d'aujourd'hui, respectivement serbe et mac&#233;donien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un film des tiranas</title>
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		<dc:creator>Julian Bejko</dc:creator>



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&lt;p&gt;Je ne me souviens pas tr&#232;s bien de l'ann&#233;e, mais je suis n&#233; sur une terre d&#233;clar&#233;e zone rouge fonc&#233;e, o&#249; les pens&#233;es et les mouvements n'&#233;taient possibles que par des laisser-passer comme &#224; l'&#233;poque f&#233;odale, surtout quand il s'agissait de s'&#233;vader &#224; Tirana.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne me souviens pas tr&#232;s bien de l'ann&#233;e, mais je suis n&#233; sur une terre d&#233;clar&#233;e zone rouge fonc&#233;e, o&#249; les pens&#233;es et les mouvements n'&#233;taient possibles que par des laisser-passer comme &#224; l'&#233;poque f&#233;odale, surtout quand il s'agissait de s'&#233;vader &#224; Tirana.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/1alfZDBFu1A&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Rien ne va plus</title>
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&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'ancien r&#233;gime proclamait sa dictature perp&#233;tuelle en 1946, l'appareil de propagande instaurait le mythe de la cuill&#232;re d'or avec la promesse d'un futur dor&#233;. Bien-s&#251;r, les gens ont besoin de croire en quelque chose, ils ont besoin d'un espoir, d'engagement et de sacrifices pour le bien commun et personnel. Ils ont besoin aussi de r&#233;sultats empiriques car l'homme ne se nourrit pas seulement avec des espoirs et il peut se d&#233;sillusionner assez vite &#8211; m&#234;me l'admirateur le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En m&#234;me temps que l'ancien r&#233;gime proclamait sa dictature perp&#233;tuelle en 1946, l'appareil de propagande instaurait le mythe de la cuill&#232;re d'or avec la promesse d'un futur dor&#233;. Bien-s&#251;r, les gens ont besoin de croire en quelque chose, ils ont besoin d'un espoir, d'engagement et de sacrifices pour le bien commun et personnel. Ils ont besoin aussi de r&#233;sultats empiriques car l'homme ne se nourrit pas seulement avec des espoirs et il peut se d&#233;sillusionner assez vite &#8211; m&#234;me l'admirateur le plus fanatique entre en d&#233;samour pour son &#233;quipe s'il flotte dans l'anonymat sans gagner quelque chose. &lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, entre le mythe et le r&#233;sultat se d&#233;veloppe la propagande qui doit couronner le mythe et falsifier la r&#233;alit&#233; : &lt;i&gt;qu'est-ce qu'on vit bien en Albanie socialiste, qu'elle est juste et &#233;gale n&#244;tre soci&#233;t&#233;, vive le grand camarade et le Parti&lt;/i&gt; ! En r&#233;p&#233;tant ces slogans l'homme commence &#224; perdre confiance en son cr&#233;do et dans des r&#233;sultats qui n'arrivent jamais. D&#233;motiv&#233; et impuissant il devient encore plus manipul&#233;, tente de croire des choses stupides, des mythes et promesses plus actuelles comme celles d'apr&#232;s le socialisme : &lt;i&gt;le ch&#232;que en blanc, l'argent qui tombe du ciel&lt;/i&gt; ou bien des phrases du genre : &lt;i&gt;D&#232;s lors que je serai au pouvoir je vous apporterai le bonheur et je corrigerai les injustices&lt;/i&gt;. Mais les vieux mythes s'&#233;vaporent et l'homme devient plus pragmatique et cynique, il va vendre ce qu'il lui reste encore de quelque valeur, l'honneur, le corps, la maison, le pays. Il mise tout sur la marche de la fortune et il attend. Il attend que le poisson saute paisiblement dans la casserole, il attend que le dictateur meurt et pr&#233;tend l'avoir abattu, il attend que le pouvoir et le mal se r&#233;forme par lui-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt; Le r&#233;gime plus au moins pass&#233;, mal-fond&#233; sur l'id&#233;ologie que l'homme seul peut tracer son chemin, avait interdit les croyances en Dieu pour les transf&#233;rer vers le Parti et ces gens qui nous ont gouvern&#233;s pendant ces trois horribles d&#233;cades. Il avait interdit aussi la fortune et ses jeux car cela touchait le mythe de la morale scientifique. &lt;br class='autobr' /&gt; Pourtant les &#233;v&#233;nements de ces derni&#232;res quarante ann&#233;es nous donnent la possibilit&#233; d'entamer une m&#233;tamorphose autour de la notion de fortune, de mythes, de la nature &#233;conomique, du recyclage des &#233;lites et des injustices, lesquelles poussent sur les anciennes et les doublent sans aucun souci. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'Albanie socialiste les jeux de hasard (une soci&#233;t&#233; synonyme du hasard les appelle jeux de fortune &#8211; lojra fati) &#233;taient strictement interdits. Evidemment il existait une pratique ill&#233;gale surtout vers la fin des ann&#233;es 1980. Les gens jouaient dans les coins moins visibles, chez eux, parfois m&#234;me derri&#232;re le Palais de la Culture au centre de Tirana. Mais l'argent qui circulait &#233;tait assez restreint et souvent la valeur en jeu &#233;tait un objet ou une marchandise &#224; cause de l'&#233;conomie centralis&#233;e et de la pauvret&#233; des gens. L'ill&#233;galisme de cette pratique correspondait &#224; bien d'autres dans les domaines de la vie sociale et politique. Il faut dire qu'une bonne partie des ill&#233;galismes de l'&#233;poque socialiste avaient la couleur du monde pr&#233;moderne et pr&#233;capitaliste. Aujourd'hui elles nous semblent tr&#232;s na&#239;ves vis-&#224;-vis de la splendeur des ill&#233;galismes colossaux du monde lib&#233;ral, du partenariat public-priv&#233;, des trafics et des groupes criminels, au point que m&#234;me le jeux de fortune pyramidale des ann&#233;es 1992-1997 sont bien d&#233;pass&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'Albanie socialiste il y avait pourtant un &#171; jeu &#187; permis mais pas l&#233;galis&#233; qui s'appelait Loterie. Elle est le miroir de l'esprit collectif de l'&#233;poque, une r&#233;alit&#233; o&#249; le cr&#233;dit bancaire n'existait pas. Cette loterie se d&#233;roulait entre coll&#232;gues de travail pour aider un employ&#233; &#224; acheter une marchandise ch&#232;re et rare ou bien &#224; pr&#233;parer son mariage. Une fois par mois chaque employ&#233; donnait une petite somme d'argent de son salaire &#224; celui &lt;strong&gt;qui en avait le plus besoin&lt;/strong&gt;. Ce dernier devait rendre la somme &#224; chaque coll&#232;ge pendant l'ann&#233;e et ceci sans int&#233;r&#234;t ; on rendait exactement la m&#234;me somme qu'on avait prise, sans le pi&#232;ge des banques et des contrats pourris. C'&#233;tait la seule id&#233;e de la loterie qu'on connaissait. &lt;br class='autobr' /&gt; Avec la fin du r&#233;gime, une des premi&#232;res formes de gains rapides &#233;tait les jeux de hasard dans les rues et les pyramides financi&#232;res, partout librement pratiqu&#233;s. Une soci&#233;t&#233; pauvre et avec une immunit&#233; minimale &#8211; gr&#226;ce &#224; la connerie interne mais surtout gr&#226;ce &#224; l'embargo occidental poussant &#224; la famine &#8211; qui avait des besoins importants. Elle &#233;tait s&#233;duite par le mythe du capital &#233;tranger en ignorant la triste facture qui viendrait toujours frapper &#224; la porte. &lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, les Albanais ont &#233;t&#233; envahis par une nouvelle pratique d'ill&#233;galismes permis et publicis&#233;s par la politique d'un gang de truands. La nouvelle classe politique a mis dans la roulette pilot&#233;e par elle, toutes les richesses de l'&#201;tat et de la soci&#233;t&#233;, le travail et les cr&#233;dos, la terre et l'avenir, le peuple et la souverainet&#233;. En m&#234;me temps les indig&#232;nes dansaient heureux autour de la libert&#233; du jeu de hasard et des loteries infinies. C'&#233;tait la naissance d'une autre politique mythique fond&#233;e sur l'espoir superstitieux en la fortune. Peu de temps apr&#232;s, dans le march&#233; lib&#233;ral et dans la multitude des jeux-dieux apparut une nouvelle loterie, celle qui donnait au gagnant la possibilit&#233; de s'&#233;vader et commencer une nouvelle vie l&#233;gale et migratoire aux USA. &lt;br class='autobr' /&gt; Je ne suis pas un sp&#233;cialiste des jeux de hasard mais avec le mot loterie je vois un bout de papier avec des num&#233;ros en s&#233;rie et rien d'autre ! Dans cette loterie am&#233;ricaine il y en a bien plus. Les gens doivent communiquer leurs donn&#233;es personnelles, date de naissance, nationalit&#233;, num&#233;ro de passeport, adresse, photo, &#233;ducation, lieux de travail, statut civil, bref un CV complet. Imaginez des millions de personnes dans le monde entier (pour 50.000 places) qui donnent au serveur-roulette, avec leur consentement et gratuitement des tonnes de terra-bits d'informations confidentielles, personnelles et sensibles, sans aucune garantie que ces donn&#233;es ne vont pas &#234;tre utilis&#233;es &#224; d'autres fins. En retour les gens re&#231;oivent un num&#233;ro de s&#233;rie, attendent 6 mois pour les r&#233;sultats et croisent les doigts. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans la deuxi&#232;me phase de cette loterie migratoire, le gagnant doit donner encore plus d'informations : casier judiciaire de son pays et tous les lieux o&#249; il a v&#233;cu, son statut financier, tous ses comptes sur les r&#233;seaux sociaux, des contacts aux USA. Puis il doit faire un contr&#244;le m&#233;dical et si tout va bien il se pr&#233;pare pour cette aventure dans un monde inconnu, libre et d&#233;mocratique qui te d&#233;shabille, te scanne et te choisit selon une proc&#233;dure raciale et fasciste. &lt;br class='autobr' /&gt; La discrimination personnelle, professionnelle et sociale, avec le besoin de la force-travail se cache derri&#232;re le mot loterie et la s&#233;lection au hasard. Enfin, ce sont les gens eux-m&#234;mes avec leur &lt;i&gt;libre volont&#233;&lt;/i&gt;, qui demande &#224; faire partie de ce jeu en autorisant le transfert des donn&#233;es aux mains d'inconnus pouvant devenir fous, choisissant celui-ci ou annulant le r&#233;sultat. Il s'agit d'un cas flagrant d'abus qui m&#233;rite une analyse plus d&#233;taill&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;gradation de la dignit&#233; humaine commence bien avant les r&#233;sultats de la loterie, elle est la condition m&#234;me de participation et cela donne une id&#233;e claire sur le devenir prochain du lumpen-&#233;migrant. Ils abusent aussi avec les mots loterie, fortune et hasard car il s'agit de choisir celui qu'on veut selon des algorithmes pr&#233;&#233;tablis dans un ordinateur qui triche. Puis ils pervertissent leur fameux principe de comp&#233;tition, de libre concurrence et de possibilit&#233;s &#233;gales pour tous, en privil&#233;giant certains et en en m&#233;prisant d'autres. Et enfin, pendant que les gagnants attendent le visa et le r&#233;sultat empirique de cette &lt;i&gt;fortuna miserabilis&lt;/i&gt;, ils voient tout s'effondrer car un gendarme bloque avec un d&#233;cret autoritaire la c&#233;r&#233;monie de la coupe en ignorant les gagnants du match. Un d&#233;cret qui rend nulles et non avenues les lois et les institutions de son pays. C'est une d&#233;gradation continue de l'image, du d&#233;sir et de la confiance en la libert&#233;-d&#233;mocratie dans lesquels les gens croyaient na&#239;vement ; un pays qui se proclame comme l'h&#233;ritage des grands p&#232;res fondateurs, plong&#233; dans la poussi&#232;re d'une propagande imp&#233;riale et coloniale. Les USA risquent de devenir un pays sans fen&#234;tres et sans r&#234;ves, avec des doubles murailles et des r&#232;gles strictes qui vont affecter d'abord leur r&#233;publique d&#233;j&#224; en crise et l'image d'un monde juste toute &#224; fait fausse. &lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me un pays proxy (pute pour ceux qui ne parlent pas l'anglais) comme le n&#244;tre, a trouv&#233; les moyens de rendre aux gens une petite partie de l'argent qu'ils avaient perdu dans la loterie pyramidale en 1997. Mais une puissance globale, qui se prom&#232;ne dans les universit&#233;s du monde avec la veste du honoris causa de la d&#233;mocratie et de l'&#201;tat de droit, au moins doit faire un Mea Culpa envers les gagnants qui voient s'&#233;vaporer ill&#233;galement le titre de champion de la loterie d'&#233;migration. En m&#234;me temps &#231;a serait tout &#224; fait normal de compenser le r&#234;ve bris&#233; et la confiance trahie, car la loterie am&#233;ricaine est un programme de l'&#201;tat et non d'une entit&#233; priv&#233;e. Une compensation selon le standard du droit et de la morale de celui qui organise la loterie. Le fait de nier toute responsabilit&#233; du dommage moral, humain et &#233;conomique rend encore plus coupable l'organisateur mondial de la force-travail et donne encore plus d'incr&#233;dibilit&#233; aux principes d&#233;j&#224; douteux de la libre comp&#233;tition, de l'&#233;conomie lib&#233;rale, de la chance, des id&#233;aux et des r&#234;ves. &lt;br class='autobr' /&gt; Des centaines de familles du monde entier ont attendu les r&#233;sultats, ont investi pendant des mois, ont fait le p&#232;lerinage dans tous les endroits de cultes, ont fait des projets pour le r&#234;ve am&#233;ricain et ont d&#233;pens&#233; leur fortune. Peut-&#234;tre vont-ils mieux comprendre la nature des jeux de hasard politiques et le mythe de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. Pourtant ils m&#233;ritent un pardon et une compensation pour leur rendre une partie de la dignit&#233; brutalement &#233;cras&#233;e par un &#201;tat de droit. Bien-s&#251;r cela est-il tr&#232;s improbable mais il faudra oublier le ressentiment d'une loterie trompeuse d'ailleurs comme toutes les autres. Que dois-je faire ? Mon devoir, lutter pour la libert&#233;, pour la r&#233;alit&#233; d'un propre r&#234;ve car l'endroit et le temps n'est pas important.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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