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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Un diff&#233;rend cosm&#233;tique majeur</title>
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		<dc:date>2019-02-24T15:39:34Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le texte qui suit est l'introduction de Cosm&#233;tiques. Simondon, Panofsky, Lyotard, ouvrage int&#233;gralement disponible en libre acc&#232;s &#224; l'adresse suivante : https://books.openedition.org/emsha/215 &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette introduction est republi&#233;e en hommage &#224; Jean-Louis D&#233;otte, avec l'accord de Mme D&#233;otte et celui du Comit&#233; &#233;ditorial des EMSHA. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un diff&#233;rend cosm&#233;tique majeur &#187; est un article initialement paru dans la revue Appareil &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous partirons de la situation cr&#233;&#233;e par l'&#201;tat islamiste (EI) dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte qui suit est l'introduction de &lt;strong&gt; &lt;i&gt;Cosm&#233;tiques. Simondon, Panofsky, Lyotard&lt;/i&gt;, &lt;/strong&gt;ouvrage int&#233;gralement disponible en libre acc&#232;s &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/emsha/215&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/emsha/215&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette introduction est republi&#233;e en hommage &#224; Jean-Louis D&#233;otte, avec l'accord de Mme D&#233;otte et celui du Comit&#233; &#233;ditorial des EMSHA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un diff&#233;rend cosm&#233;tique majeur &#187; est un article initialement paru dans la revue&lt;/i&gt; Appareil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le mus&#233;e, c'est la la&#239;cit&#233; en acte &#187;, Appareil [En ligne], Articles, mis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous partirons de la situation cr&#233;&#233;e par l'&#201;tat islamiste (EI) dans les zones qu'il contr&#244;le en Irak, la destruction du site d'Hatra, mais aussi des attentats perp&#233;tr&#233;s contre le mus&#233;e du Bardo &#224; Tunis en mars 2015 et &#233;videmment contre ses visiteurs cosmopolites. &#192; ces actions, il faudrait ajouter la destruction des statues g&#233;antes de Bouddha &#224; B&#226;miy&#226;n en Afghanistan en 2001 par des Talibans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons assist&#233; &#224; des actions antimus&#233;ales et donc anti-patrimoniales dans d'autres parties du monde : par exemple les revendications couronn&#233;es de succ&#232;s des Kanaks de Nouvelle Cal&#233;donie fran&#231;aise pour r&#233;cup&#233;rer ce qu'ils consid&#233;raient comme leurs totems&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Kanaks de Nouvelle Cal&#233;donie ont subi pendant des d&#233;cennies le syst&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, alors que selon les crit&#232;res de l'UNESCO, c'&#233;taient des &lt;i&gt;suspens&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des &#339;uvres dont l'existence est indissociable de celle du mus&#233;e. Appelons &lt;i&gt;suspens&lt;/i&gt; des &#339;uvres de culte qui ont donc eu une destination religieuse et communautaire et qui, par suite de leur accaparement en cons&#233;quence d'actions coloniales d'annexion, ou comme butins de guerre r&#233;volutionnaire, se retrouv&#232;rent ainsi priv&#233;es de toute capacit&#233; de g&#233;n&#233;rer une communaut&#233;, au profit d'un public, comme celui qui fut abattu &#224; l'entr&#233;e du Bardo &#224; Tunis. L'existence de ce public, au contraire d'une communaut&#233;, ne d&#233;pend pas de l'existence de l'&#339;uvre. Un touriste n'est pas un croyant malgr&#233; les apparences qui trompent les sociologues de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me dans l'actuelle Russie, o&#249; l'&#201;glise orthodoxe, fait pression sur les institutions culturelles pour se r&#233;approprier les grandes ic&#244;nes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La controverse entre l'&#201;glise et les mus&#233;es &#233;tait tr&#232;s violente il y a vingt (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aux USA, dans les &#201;tats du Sud, les communaut&#233;s am&#233;rindiennes n&#233;gocient avec les conservateurs de mus&#233;es qui d&#233;tiennent leurs totems, pour pouvoir &#224; certaines dates de l'ann&#233;e, organiser des rituels en leur pr&#233;sence. Le mus&#233;e, ferm&#233; au public, devient ainsi pour quelques jours un lieu de culte pour des communaut&#233;s dont l'identit&#233; est indissociable de ces artefacts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selbach 2000.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que pour les Occidentaux, depuis le XVIIIe si&#232;cle, que la stricte relation esth&#233;tique, universalisable sans concept au sens de Kant, est indissociable du mus&#233;e, appareil sp&#233;cial qui dissocie l'&#339;uvre de sa destination cultuelle, la livrant &#224; l'histoire de l'art et aux risques sans limites de l'exposition esth&#233;tique pour un public toujours ind&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve historique d'une telle universalisation du jugement esth&#233;tique depuis lors peut &#234;tre apport&#233;e apr&#232;s la destruction des statues assyriennes de Mossoul, laquelle a imm&#233;diatement soulev&#233; l'indignation g&#233;n&#233;rale et un projet de mus&#233;e virtuel est en train de voir le jour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est une initiative culturelle spontan&#233;e, mondiale et fulgurante, &#224; l'image du XXIe si&#232;cle num&#233;rique. Le &#171; projet Mossoul &#187; est un mus&#233;e virtuel en construction pour r&#233;agir &#224; la barbarie des destructions d'&#339;uvres d'art assyrien du mus&#233;e irakien de Mossoul. Ce projet en 3D, lanc&#233; en ligne le 8 mars, en appelle &#224; la foule des internautes. Il s'agit d'obtenir tout autant des images des &#339;uvres qui &#233;taient expos&#233;es au mus&#233;e que de l'aide en ligne provenant d'experts en patrimoine ou en programmation informatique. Depuis le lancement, l'audience et les contributions ext&#233;rieures ne cessent de grimper sur le site gr&#226;ce &#224; un marketing viral plan&#233;taire. Matthew Vincent et Chance Coughenour, sont les deux arch&#233;ologues &#224; l'origine de cette op&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ligne :&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La simultan&#233;it&#233; des attaques de Mossoul et de Tunis nous conduit &#224; remettre en cause notre croyance, issue des Lumi&#232;res, dans l'irr&#233;versibilit&#233; de &#171; l'&#233;ducation esth&#233;tique de l'homme &#187;, pour reprendre le titre de l'&#339;uvre de Friedrich von Schiller (voire dans la croyance plus fondamentale en un art et un patrimoine universels). Ce qui surgit au contraire, c'est l'expression de profonds diff&#233;rends (au sens de Jean-Fran&#231;ois Lyotard) entre des r&#233;gimes du symbolique ou entre des rapports &#224; la loi, irr&#233;conciliables. Par loi, il ne faut pas entendre seulement l'aspect juridique et axiologique, mais plus fondamentalement le rapport d'imitation du cosmos, ce qui inclut le rapport au savoir et &#224; l'appara&#238;tre des choses comme des communaut&#233;s. C'est la dimension du para&#238;tre, de l'apparence, de la n&#233;cessit&#233; pour chacun et pour chaque collectif de donner &#224; voir le meilleur de lui-m&#234;me qui nous fera donner &#224; la notion de cosm&#233;tique plus d'importance qu'&#224; celle d'ontologie. Cosm&#233;tique donc : &#224; partir de l'acception grecque du &lt;i&gt;kosmos&lt;/i&gt; : l'ordre parfait des groupes fonde ce qui est bel et bon sur le mod&#232;le de l'ordre des &#233;toiles. &#192; l'&#233;vidence pour les djihadistes de Mossoul, les statues des rois assyriens du mus&#233;e appartenaient &#224; un autre cosmos que celui des Lumi&#232;res occidentales, d&#232;s lors ces t&#233;moignages de pierre &#233;taient une injure &#224; la loi r&#233;v&#233;l&#233;e du Coran. Le djihadisme actuel n'est qu'un courant parmi d'autres de l'islam, qui pr&#244;ne un retour radical &#224; l'origine proph&#233;tique en interpr&#233;tant selon la lettre les sourates et non selon l'esprit. Au contraire, les voix qui s'&#233;l&#232;vent aujourd'hui dans et hors l'islam pour le moderniser, vont dans le sens d'une spiritualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le monde pa&#239;en occidental put &#234;tre accommodant envers les divinit&#233;s orientales &#224; l'instar de la coexistence dans la Rome imp&#233;riale d'une multitude de temples, c'&#233;tait que le principe de l'&#233;dification d'un culte et sa fr&#233;quentation r&#233;sidait dans l'utilit&#233; que l'&#233;verg&#232;te pouvait en attendre. Ainsi le succ&#232;s du christianisme et son adoption progressive dans l'Empire ne tiennent qu'au choix priv&#233; de l'empereur Constantin. Selon Paul Veyne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Veyne 2007.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le nouveau culte va s'imposer par une sorte de mim&#233;tisme social, de conformisme, et non parce que l'esclavage ou les combats du cirque seraient devenus pour la plupart des Romains insupportables. Le passage d'une cosm&#233;tique &#224; une autre peut &#234;tre, dans un premier temps au moins, indolore. D'ailleurs, on ne peut parler de diff&#233;rend entre cosm&#233;tiques qu'&#224; partir du moment o&#249; la nouvelle cosm&#233;tique, dor&#233;navant d'essence &#171; r&#233;v&#233;l&#233;e &#187; par le devenir livre de la loi (&lt;i&gt;inlibration&lt;/i&gt;) ou par l'incarnation de l'infini dans le fini, impose &#224; l'ancienne, devenue &#171; idol&#226;tre &#187; et &#171; pa&#239;enne &#187;, une soumission puis une destruction qui la rend muette peu &#224; peu. Le &lt;i&gt;G&#233;nie du christianisme&lt;/i&gt; (Fran&#231;ois-Ren&#233; de Chateaubriand) s'est ainsi impos&#233; au &#171; g&#233;nie du paganisme &#187; (Marc Aug&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aujourd'hui, au Proche et au Moyen-Orient, la r&#233;partition &#233;tatique voulue par les Fran&#231;ais et les Britanniques sur fond de disparition de l'Empire ottoman (accord secret Sykes-Picot du 16 mai 1916) qui s'effondre. Et les anciennes idoles, qui selon Andr&#233; Malraux auraient d&#251; se m&#233;tamorphoser en sculptures, redeviennent ce qu'elles n'avaient jamais cess&#233; d'&#234;tre pour les musulmans int&#233;gristes. Comme l'&#233;crivait Walter Benjamin, avec l'ultramodernit&#233; (la mondialisation), c'est l'archa&#239;que (la pr&#233;histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme je l'ai montr&#233; dans L'Homme de verre (1998), la plupart des notions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &lt;i&gt;Urgeschichte&lt;/i&gt;) qui remonte &#224; la surface. Ce qui implique que ce qui revient, ne revient pas au m&#234;me, mais avec des habits neufs, ici ceux de la mondialisation. Ce qui permet de comprendre &#224; la fois la destruction des idoles pr&#233;islamiques et sa diffusion sur internet. D&#232;s lors, ce renouveau de l'iconoclasme, inaugur&#233; historiquement par l'incarnation chr&#233;tienne aussi bien &#224; Byzance qu'avec la R&#233;forme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christin 1991 (la violence djihadiste n'a rien &#224; envier &#224; l'iconoclasme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ne doit pas nous transformer &#224; notre tour en iconodules. Car il y a au pr&#233;alable un lien entre la foi et les technologies de communication, qu'il faut interroger&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici aux r&#233;flexions de Jacques Derrida sur foi et t&#233;l&#233;communications.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est &#233;vident que la diffusion de ces images de destruction, comme celles des ex&#233;cutions d'Occidentaux, comme les appels &#224; la guerre sainte mont&#233;s selon le mod&#232;le des films hollywoodiens, prouvent que l'utilisation de l'image ne fait pas n&#233;cessairement probl&#232;me &#224; ceux qui pourtant d&#233;truisent les &#339;uvres mus&#233;ales qui sont, &#224; leur mani&#232;re, des images de ces dieux qu'elles ont &#233;t&#233; par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les islamistes n'ont aucun probl&#232;me avec les images des m&#233;dias (les vid&#233;os priv&#233;es ou propagandistes de Ben Laden le prouvent), mais ne supportent pas les ruines patrimoniales, parfaitement inoffensives en apparence, des statues et des monuments assyriens ou bouddhistes. C'est que le mus&#233;e et le patrimoine en g&#233;n&#233;ral ne sont pas des moyens de communication, des m&#233;dias, mais des appareils. Il faudra donc distinguer deux statuts de l'image : le r&#233;sultat plastique de l'appareillage de tel ou tel art (c'est le cas des &lt;i&gt;suspens&lt;/i&gt; o&#249; un art, par exemple chr&#233;tien, s'est trouv&#233; appareill&#233; par le mus&#233;e). D&#232;s lors la circulation de ces images est secondaire. Et des images qui n'ont &#233;t&#233; produites que pour &#234;tre &#233;chang&#233;es, c'est le cas des photos num&#233;riques produites par des t&#233;l&#233;phones portables type smartphone. Les &#339;uvres des mus&#233;es sont aujourd'hui soumises &#224; ce second usage, comme si la conservation des collections n'&#233;tait plus l'office mus&#233;al par excellence, mais la communication des &lt;i&gt;selfies&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce diff&#233;rend cosm&#233;tique, il faut en ajouter un autre, car entre &lt;i&gt;inlibration&lt;/i&gt; musulmane et incarnation chr&#233;tienne, il y avait un socle commun : le rapport &#224; la loi est r&#233;gi dans les deux cas par la norme de la r&#233;v&#233;lation, et d'ailleurs de nombreux accommodements furent possibles, comme le montre Hans Belting&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Belting 2012 [2008].&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme l'int&#233;gration comme d&#233;cor en Occident de l'ornementation g&#233;om&#233;trique musulmane ou les images des miniatures dans la sph&#232;re d'influence du chi'isme, en Perse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet autre diff&#233;rend cosm&#233;tique, plus fondamental, concerne la norme de r&#233;v&#233;lation de la loi et la norme projective qui surgit, tout arm&#233;e, &#224; Florence au XVe si&#232;cle avec Brunelleschi, Masaccio, puis Alberti, avec l'invention de l'appareil perspectif. La g&#233;om&#233;trie musulmane &#233;tait plane (pavage du plan), l'occidentale introduisit la tridimensionnalit&#233; qui rend possible la repr&#233;sentation. Depuis lors, la cosm&#233;tique occidentale est projective, tous les appareils qui l'appliquent sont projectifs, m&#234;me s'ils sont d'origine arabe comme la &lt;i&gt;camera obscura&lt;/i&gt;. Cette capacit&#233; de tracer sur un support id&#233;alis&#233; comme transparent ce qui se projette de l&#224;-bas, devant la fen&#234;tre du plan de projection, et avance vers le spectateur pour laisser son empreinte, est la clef du dessin entendu par les trait&#233;s renaissants comme &lt;i&gt;disegno&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;disegno&lt;/i&gt; synth&#233;tise alors des traits h&#233;t&#233;rog&#232;nes : c'est un projet d'avenir, un relev&#233; de l'Antique, un moyen de transmission pour l'architecte, la notation d'une id&#233;e, etc. C'est l'ensemble de la civilisation occidentale qui va &#234;tre boulevers&#233;, &#224; commencer par la politique (Machiavel), mais aussi bien la r&#233;alit&#233; &#233;conomique : la monnaie comme moyen d'&#233;change entre marchandises concr&#232;tes va devenir cr&#233;dit, c'est-&#224;-dire achat du temps lui-m&#234;me. Le capitalisme ne suppose pas seulement une asc&#232;se mondaine o&#249; la r&#233;ussite d'un travail est la preuve de l'&#233;lection divine (selon les analyses classiques de Max Weber), mais plus fondamentalement un &lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; o&#249; le bien-&#234;tre de tous et de chacun r&#233;side dans la capacit&#233; de se projeter dans le futur. Ceux qui ne peuvent plus se projeter sont condamn&#233;s au pire destin : l'&#233;ternel retour du m&#234;me, la d&#233;pression. La temporalit&#233; selon les Lumi&#232;res &#233;tait orient&#233;e selon un principe qualitatif : le progr&#232;s supposant un accomplissement de l'id&#233;alit&#233;, la temporalit&#233; postmoderne, d&#233;mocrate-capitaliste, ne conna&#238;t que l'accroissement quantitatif : le d&#233;veloppement sans limites. C'est, nous dit Walter Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Benjamin 2001 : 110. &#171; Ce que le capitalisme a d'historiquement inou&#239; tient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une religion sans Dieu, mais non pas sans cultes, o&#249; il n'y a ni dogme sp&#233;cifique ni th&#233;ologie. &#171; La dur&#233;e du culte est permanente. Le capitalisme est la c&#233;l&#233;bration d'un culte sans tr&#234;ve et sans merci &#187;. Ce culte est culpabilisant et non expiatoire. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, la temporalit&#233; des religions r&#233;v&#233;l&#233;es est cyclique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, le diff&#233;rend entre l'islam et la d&#233;mocratie classique ne rel&#232;ve pas d'une &#171; guerre des religions &#187;, auquel cas les d&#233;mocrates depuis la Gr&#232;ce antique seraient des crois&#233;s, mais d'une confrontation entre des modes d'&#233;nonciation de la loi. Cette loi est &#171; h&#233;t&#233;ronome &#187; dans le cas des religions r&#233;v&#233;l&#233;es, &#171; autonome &#187; depuis la Gr&#232;ce hom&#233;rique, au sens o&#249; le foyer du sens se trouve id&#233;alement au milieu des hommes dans une d&#233;mocratie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je reprends ici la notion de &#171; d&#233;mocratie &#187; aux travaux de Claude Lefort, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en une place vide qu'aucun pouvoir ne saurait occuper d&#233;finitivement. C'est un espace de d&#233;lib&#233;ration qui s'ouvre sur l'impossibilit&#233; d'une incarnation ou d'une incorporation, d&#232;s lors les moyens comme les fins de l'action commune &#233;chappent &#224; la soumission qui est au c&#339;ur de l'islam. Il n'y aura bient&#244;t plus de fronti&#232;res au politique puisque ce qui d&#233;finissait le propre d'une communaut&#233; s'est effac&#233;. L'entretien devient infini : il ne s'agit plus de commenter ind&#233;finiment le texte sacr&#233;, mais d'accueillir par l'image diagrammatique des projections de ce qu'on place en face de soi pour l'&#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce vide que la religion qui ressurgit apr&#232;s les r&#233;volutions d&#233;mocratiques des Printemps arabes ne peut supporter : elle a gagn&#233; le combat contre les dieux pa&#239;ens en imposant la figure de l'unicit&#233;, mais se trouve d&#233;sormais devant une absence de cosmos, revendiqu&#233;e. Le terme de totalitarisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sens de Claude Lefort (1976). Le terme de &#171; fascisme djihadiste &#187; utilis&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'applique alors, puisqu'il s'agit, &#224; partir d'un calife, de reconstituer du corps communautaire partout o&#249; des musulmans sont pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que mus&#233;e et patrimoine sont d'essence d&#233;mocratique que les djihadistes, qui veulent r&#233;tablir un califat, c'est-&#224;-dire un certain mode du th&#233;ologicopolitique comme foyer du sens, sont dans l'obligation de d&#233;truire ce qui, comme le mus&#233;e, le patrimoine ou l'&#233;criture de l'histoire, est d'essence projective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mus&#233;e et le patrimoine surgirent eux aussi de l'&#233;preuve de l'angoisse du vide en r&#233;pondant &#224; une autre orientation que celle de la perspective qui se donnait comme t&#226;che de donner des traces d'un monde perdu : la Nature. La distance constitutive de la projection perspective entre l'&#233;cran o&#249; s'&#233;crivent les traces de ce qui est l&#224;-bas, devant l'&#233;cran et la Nature devenue un objet rationnel, cette distance est devenue abyssale et la r&#233;ponse, historique en raison de la R&#233;volution fran&#231;aise. D&#232;s lors, le mus&#233;e a &#233;t&#233; amen&#233; &#224; tordre le temps par une sorte de r&#233;troaction, une projection vers le pass&#233;. Il a commenc&#233; &#224; accueillir ce qui avait &#233;t&#233;, souvent condamn&#233; &#224; l'obscurit&#233; de ce qui &#233;tait sacr&#233;, dans les couvents, les &#233;glises et les cours princi&#232;res. Puis, il a &#233;t&#233; le lieu d'&#233;panouissement d'un art strictement esth&#233;tique, avec Manet, les impressionnistes, C&#233;zanne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moteur de son extension a r&#233;sid&#233; dans l'&#233;preuve du maintenant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sens du &#171; Maintenant &#187; de la connaissabilit&#233; (Erkennbarkeit) chez Walter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ce sont les &#339;uvres de l'art contemporain qui entra&#238;nent le collectionneur-conservateur &#224; sauver dans le pass&#233; des archives des r&#233;serves, l'&#171; Autrefois &#187; (das &lt;i&gt;Gewesene&lt;/i&gt;) pour reprendre une expression de Walter Benjamin. C'est-&#224;-dire selon le mod&#232;le photographique qui structure sa conception de la temporalit&#233; : ce qui g&#238;t dans le pass&#233; sans y avoir &#233;t&#233; r&#233;ellement inscrit, mais nous attend comme le ferait une pellicule photosensible non d&#233;velopp&#233;e. Ce n'est donc pas par hasard si ces deux appareils, le mus&#233;e et la photo, ont surgi &#224; peu pr&#232;s en m&#234;me temps, comme les deux faces d'une m&#234;me &#233;poque de la norme projective : au moment de la R&#233;volution fran&#231;aise qui brise le lien avec le th&#233;ologicopolitique chr&#233;tien. Alors que la Nation ne peut plus s'incarner dans le corps immortel du roi, la France invente le r&#244;le politique du mus&#233;e et du patrimoine (Quatrem&#232;re de Quincy). C'est en effet la m&#234;me assembl&#233;e politique (la Convention) qui va d&#233;cr&#233;ter la mort du roi et le sauvetage du patrimoine tout en dissolvant les communaut&#233;s d'essence religieuse, comme la communaut&#233; juive, r&#233;duite depuis lors &#224; un ensemble de citoyens, chacun &#233;tant libre d'exercer sa religion selon le principe &#233;nonc&#233; par le royaliste constitutionnaliste Stanislas de Clermont-Tonnerre : &#171; il faut tout refuser aux juifs comme Nation, il faut tout accorder aux juifs comme individus &#187; (4 ao&#251;t 1789&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut se souvenir que Marx dans la Question juive va pr&#233;cis&#233;ment attaquer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le fondement de la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise : le mus&#233;e, parce qu'il n'est pas communautaire, est essentiellement la&#239;c. C'est un appareil politico-esth&#233;tique. On ne voit d'ailleurs pas en quoi la m&#234;me politique ne pourrait &#234;tre appliqu&#233;e &#224; la communaut&#233; musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, mus&#233;e et patrimoine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;otte 1995, 2004.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; seront &#224; l'&#233;preuve de la division sociale-politique, division o&#249; selon l'expression de Machiavel s'engendre la d&#233;mocratie (les &#171; lois qui &#233;tablissent la libert&#233; &#187;), comme si la multiplication des mus&#233;es les plus divers et l'enrichissement infini des collections n'&#233;taient l&#224;, sur un plan fantasmagorique, que pour r&#233;tablir l'espace imageant qui innerve le monde collectif. Il est alors totalement vain de partir &#224; la recherche de &#171; l'identit&#233; fran&#231;aise &#187;, sinon &#224; accepter qu'&#224; la place d'un corps unificateur dans lequel s'incorporerait un peuple historiquement h&#233;t&#233;rog&#232;ne s'imposent des collections, elles-m&#234;mes parfaitement disparates, d'objets de tous ordres, r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de ruines puisque n'ayant plus de destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; de califat est excluante et purificatrice, m&#234;me si les communaut&#233;s des autres religions r&#233;v&#233;l&#233;es sont combattues ou int&#233;gr&#233;es &#224; des titres divers ; l'univers du mus&#233;e est inclusif, ne connaissant pas la barri&#232;re entre le pur et l'impur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Douglas 2005.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le propre et l'impropre. V&#233;ritable lieu de naissance de l'art contemporain, c'est-&#224;-dire d'un art qui, &#224; la diff&#233;rence des avant-gardes modernes, s'&#233;mancipe de toutes r&#233;f&#233;rences &#224; un arri&#232;re-monde ou une transcendance (ce qui est encore le cas chez Mondrian, Malevitch, etc.), il est proprement acosmique, anarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il y a dans la volont&#233; g&#233;n&#233;rale actuelle de restituer sous la forme d'images virtuelles les &#339;uvres d&#233;truites comme une volont&#233; de renouer avec un acte fondateur sur le plan politico-esth&#233;tique. &#192; la diff&#233;rence pr&#232;s que c'est une nouvelle fantasmagorie qui se d&#233;veloppera, une sorte de nouvelle Alexandrie num&#233;rique, car les Ptol&#233;m&#233;es avaient eu le projet de r&#233;unir &#224; Alexandrie non pas les sculptures grecques, mais la plus grande biblioth&#232;que possible, dans un endroit agr&#233;able, un jardin, le &lt;i&gt;Mous&#233;ion&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La num&#233;risation universelle des &#339;uvres ach&#232;vera donc le mus&#233;e imaginaire d'Andr&#233; Malraux qui deviendra une biblioth&#232;que, non pas de photos, mais de spectres digitaux. Car in&#233;vitablement, c'est la relation esth&#233;tique qui changera de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que peu &#224; peu dans notre travail que la notion de &lt;i&gt;cosm&#233;tique&lt;/i&gt; (du grec &lt;i&gt;kosmos&lt;/i&gt;) pour rendre compte de la situation contemporaine, s'est d&#233;gag&#233;e. On pourrait parler de cosm&#233;tique num&#233;rique, ce qui supposerait une pluralit&#233; de cosm&#233;tiques, avec tous les conflits entre elles qu'aucun tribunal ne pourrait prendre en charge, sinon en privil&#233;giant l'une d'entre elles aux d&#233;pens des autres, ce qui fut le cas aux temps coloniaux. C'est la raison pour laquelle la notion de diff&#233;rend, &#233;labor&#233;e par Jean-Fran&#231;ois Lyotard, s'est impos&#233;e. L'ambition de ce livre est d'approfondir la notion de diff&#233;rend, laquelle chez son concepteur supposait une extension des jeux de langage de Ludwig Wittgenstein et de leurs effets dans la r&#233;alit&#233; intersubjective mise en mots. Cet approfondissement va consister en une tentative de synth&#232;se de l'esth&#233;tique de Jean-Fran&#231;ois Lyotard, essentiellement celle de sa th&#232;se &lt;i&gt;Discours, Figure&lt;/i&gt;, avec la philosophie de la phrase d&#233;velopp&#233;e dans &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt;. Cependant, notre tentative n'ignore pas que l'esth&#233;tique de Jean-Fran&#231;ois Lyotard suppose une linguistique du signe dans ses rapports au support, modul&#233;e selon diff&#233;rentes &#233;poques de la surface d'inscription, alors que sa philosophie de la phrase refuse l'inscription. Si un exemple de phrase, &#224; la suite d'Ulysse de James Joyce, c'est l'explosion d'une fus&#233;e de feu d'artifice, le ciel nocturne n'en gardera aucun souvenir. Mais au m&#234;me moment, en 1985, Jean-Fran&#231;ois Lyotard prit en charge l'exposition &lt;i&gt;Les Immat&#233;riaux&lt;/i&gt; qui fut un des grands moments sp&#233;culatifs du Centre Georges Pompidou, &#224; Paris. Aux diff&#233;rentes &#233;poques de la surface d'inscription des signes linguistiques et plastiques que l'on pouvait d&#233;duire du &lt;i&gt;Diff&#233;rend&lt;/i&gt; s'ajoutait une nouvelle &#233;poque, la postmodernit&#233;, caract&#233;ris&#233;e par une immanence radicale, puisque le langage ne rencontrait qu'un monde dont la structure &#233;tait de part en part, langagi&#232;re. D'une certaine mani&#232;re, l'exposition prolongeait &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt; tout en le rendant paradoxal : des phrases (des &#233;v&#233;nements, des &#339;uvres) seront-elles encore possibles dans le monde de la cosm&#233;tique num&#233;rique ? Un art num&#233;rique a-t-il m&#234;me un sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; trop radicaliser l'opposition entre le monde du langage (c'est-&#224;-dire celui de la communication avec cette extr&#234;misation qu'est le num&#233;rique), et celui de l'art (r&#233;duit &#224; la production d'une matrice inconsciente comme pure n&#233;gation libidinale de tout code), ne s'emp&#234;che-t-on pas de penser la puissante production &#171; culturelle &#187; de chaque &#233;poque de la surface d'inscription ? Avec les &lt;i&gt;Immat&#233;riaux&lt;/i&gt; est-ce vraiment la premi&#232;re fois que les arts affrontent le monde de la technique, baptis&#233;e maintenant &#171; technologie &#187; ? N'y a-t-il rien au milieu, entre arts et communication ? Ne peut-on penser que ce milieu, dans tous les sens du terme, pr&#233;c&#232;de la diff&#233;renciation entre l'&#233;v&#233;nement et la structure ? Entre le figural et le code ? Si au titre de la forme, immobile ou mobile, c'est toujours l'image (ou le regard) qui est privil&#233;gi&#233;e par l'esth&#233;tique contemporaine (Jacques Ranci&#232;re, Georges Didi-Huberman, etc.), que dire d'une cosm&#233;tique pour laquelle l&#224; n'est pas la grande affaire ? L'esth&#233;tique occidentale est toujours rest&#233;e inf&#233;od&#233;e aux puissances de l'image, ce qui rend difficile la compr&#233;hension de l'architecture, alors qu'on voit appara&#238;tre dans l'architecture contemporaine un renouveau des fa&#231;ades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amy 2008 ; Mur-rideau. La fa&#231;ade en jeu, revue Appareil, 11, 2013. En ligne :&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qu'on ne peut plus d&#233;cemment condamner comme le faisait le Mouvement moderne depuis Loos et Le Corbusier qui rejetait l'ornement et le d&#233;coratif. Il faut donc envisager la permanence d'une cosm&#233;tique ornementale, en confrontant son &#233;poque la plus faste, musulmane, avec la cosm&#233;tique de l'incarnation m&#233;di&#233;vale et avec la cosm&#233;tique projective qui surgit &#224; la Renaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de cosm&#233;tique peut renvoyer aux diff&#233;rentes phases de l'articulation figures/fond qui structure la pens&#233;e de Gilbert Simondon sur la logique des objets techniques, en particulier celle qui met en vis-&#224;-vis la religion et les techniques. Or Gilbert Simondon fait l'hypoth&#232;se d'un milieu entre elles, qu'il nomme esth&#233;tique. L'esth&#233;tique est pour lui ce qui garde la m&#233;moire de l'unit&#233; perdue, &#171; pa&#239;enne &#187;, ce que nous appellerions cosm&#233;tique de l'inscription des signes de la loi sur les corps et les artefacts, tout en articulant religion et objets techniques par des &#339;uvres d'art qui auront n&#233;cessairement les caract&#233;ristiques de l'une et des autres. Nous analyserons les difficult&#233;s auxquelles il se heurte, en particulier pour rendre compte des architectures de culte. C'est donc le milieu de l'art qui doit concentrer nos efforts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMY Sandrine, 2013, &#171; Mur-rideau : la fa&#231;ade en jeu &#187;, &lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt;, 11, [En ligne : &lt;a href=&#034;http://appareil.revues.org/1761&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://appareil.revues.org/1761&lt;/a&gt;].&lt;br class='autobr' /&gt;
DOI : 10.4000/appareil.1761
&lt;br /&gt;&#8212; , 2008, &#171; Les nouvelles fa&#231;ades de l'architecture &#187;, &lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt;, num&#233;ro sp&#233;cial, &lt;br class='autobr' /&gt;
[En ligne : &lt;a href=&#034;http://appareil.revues.org/287&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://appareil.revues.org/287&lt;/a&gt;].&lt;br class='autobr' /&gt;
BELTING Hans, 2012 [2008], &lt;i&gt;Florence et Bagdad. Une histoire du regard entre Orient et Occident&lt;/i&gt;, trad. fr. Na&#239;ma GHERMANI &amp; Audrey RIEBER, Paris, Gallimard, &lt;br class='autobr' /&gt;
coll. &#171; Le temps des images &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
BENJAMIN Walter, 2001, &#171; Le capitalisme comme religion &#187;, in &lt;i&gt;Fragments&lt;/i&gt;, Paris, Presses universitaires de France, coll. &#171; Librairie du coll&#232;ge de philosophie &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
CHRISTIN Olivier, 1991, &lt;i&gt;Une R&#233;volution symbolique. L'iconoclasme huguenot et la reconstruction catholique&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de Minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
DEOTTE Jean-Louis, 1995, &lt;i&gt;Oubliez ! Les ruines, l'Europe, le mus&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.
&lt;br /&gt;&#8212; , 1998, &lt;i&gt;L'Homme de verre. Esth&#233;tiques benjaminiennes&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.
&lt;br /&gt;&#8212; , 2004, &lt;i&gt;L'&#201;poque des appareils&lt;/i&gt;, Paris, Leo Scheer.&lt;br class='autobr' /&gt;
DOUGLAS Mary, 2005, &lt;i&gt;De la Souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou&lt;/i&gt;, Paris, &lt;br class='autobr' /&gt;
La D&#233;couverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
LEFORT Claude, 1976, &lt;i&gt;Un Homme en trop. R&#233;flexions sur l'archipel du goulag&lt;/i&gt;, Paris, Le Seuil.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#214;WY Micha&#235;l, &#171; Le Capitalisme comme religion : Walter Benjamin et Max Weber &#187;, &lt;i&gt;Raisons politiques&lt;/i&gt;, 23, p. 203-219 [En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2006-3-page-203.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cairn.info/revue-raisons-politiques-2006-3-page-203.htm&lt;/a&gt;].&lt;br class='autobr' /&gt;
SELBACH G&#233;rard, 2000, &lt;i&gt;Les Mus&#233;es d'art am&#233;ricains : une industrie culturelle&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan.&lt;br class='autobr' /&gt;
VEYNE Paul, 2007, &lt;i&gt;Quand notre monde est devenu chr&#233;tien (312-394)&lt;/i&gt;, Paris, Albin Michel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le mus&#233;e, c'est la la&#239;cit&#233; en acte &#187;, Appareil [En ligne], Articles, mis en ligne le 08 juin 2015, consult&#233; le 12 avril 2018. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/appareil/2170&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/appareil/2170&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Kanaks de Nouvelle Cal&#233;donie ont subi pendant des d&#233;cennies le syst&#232;me colonial fran&#231;ais, lequel s'exer&#231;ait au nom de leur pr&#233;tendue &#233;mancipation, jusqu'au jour o&#249; l'esprit de communaut&#233; pa&#239;en l'a emport&#233; sur les principes de la R&#233;publique et qu'&#224; partir du massacre d'Ouv&#233;a commandit&#233; par la droite (Bernard Pons, Jacques Chirac) (1988), il a bien fallu que le socialiste Michel Rocard reconnaisse la sp&#233;cificit&#233; irr&#233;ductible de l'&lt;i&gt;ethos&lt;/i&gt; kanak.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La controverse entre l'&#201;glise et les mus&#233;es &#233;tait tr&#232;s violente il y a vingt ans, aujourd'hui elle continue, mais d'une fa&#231;on moins visible. L'argument de L'&#201;glise est le suivant : les mus&#233;es poss&#232;dent les objets &#8220;vol&#233;s&#8221; pendant la R&#233;volution. De plus, les objets de culte doivent servir comme objets de culte. L'argument du mus&#233;e : ces objets ont &#233;t&#233; sauv&#233;s de la destruction pendant l'&#233;poque sovi&#233;tique. Il y a beaucoup de b&#226;timents (monast&#232;res, etc.) d'o&#249; les gens d'&#201;glise ont chass&#233; les conservateurs de mus&#233;es. Il y a des cas o&#249; les ic&#244;nes passent du mus&#233;e &#224; une &#233;glise. Dans certains cas, ces ic&#244;nes sont tr&#232;s anciennes : par exemple, deux ic&#244;nes du XIVe si&#232;cle (disparues par la suite) et une du XIIe si&#232;cle (cette derni&#232;re est conserv&#233;e dans de tr&#232;s bonnes conditions &#8220;mus&#233;ales&#8221;). L'&#201;glise est une institution tr&#232;s influente aujourd'hui, et les mus&#233;es cherchent un compromis (les directeurs de l'Ermitage et du mus&#233;e russe affirment que &#171; l'&#201;glise et le mus&#233;e ne sont pas ennemis &#187; : parfois, ils pr&#234;tent leurs pi&#232;ces &#224; l'&#201;glise (il y a des cas de non-retour) et organisent des liturgies dans les &#233;glises qui gardent encore leur statut de mus&#233;e (comme la Cath&#233;drale Saint-Isaac de Saint-P&#233;tersbourg). Parfois, au lieu de retourner un original, on propose une copie. En 2010, on a adopt&#233; une loi (qui a des formules assez vagues d'ailleurs) qui prescrit le retour des &#339;uvres &#224; l'&#201;glise (Sources : Denis Skopin).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selbach 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ligne : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/arts/article/2015/03/17/projet-mossoul-un-musee-virtuel-pour-reagir-face-a-la-barbarie-de-l-etat-islamique_4595546_1655012.html#Yb1P1U6DAfeRYfLq.99&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/arts/article/2015/03/17/projet-mossoul-un-musee-virtuel-pour-reagir-face-a-la-barbarie-de-l-etat-islamique_4595546_1655012.html#Yb1P1U6DAfeRYfLq.99&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Veyne 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme je l'ai montr&#233; dans &lt;i&gt;L'Homme de verre&lt;/i&gt; (1998), la plupart des notions concernant la temporalit&#233; se d&#233;doublent chez Walter Benjamin. Ainsi la &#171; pr&#233;histoire &#187; peut &#234;tre rattach&#233;e dans d'autres textes aux &#171; ph&#233;nom&#232;nes originaires &#187; goeth&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christin 1991 (la violence djihadiste n'a rien &#224; envier &#224; l'iconoclasme huguenot !).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici aux r&#233;flexions de Jacques Derrida sur foi et t&#233;l&#233;communications.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Belting 2012 [2008].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Benjamin 2001 : 110. &#171; Ce que le capitalisme a d'historiquement inou&#239; tient &#224; ce que la religion est non plus r&#233;forme mais ruine de l'&#234;tre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je reprends ici la notion de &#171; d&#233;mocratie &#187; aux travaux de Claude Lefort, laquelle est chez lui un mode de l&#233;gitimit&#233;, alors que Jean-Fran&#231;ois Lyotard n'y verrait qu'un mode de domination, lui pr&#233;f&#233;rant la notion de &#171; r&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sens de Claude Lefort (1976). Le terme de &#171; fascisme djihadiste &#187; utilis&#233; par Alain Badiou est un contre-sens, car il ram&#232;ne un ph&#233;nom&#232;ne nouveau, essentiellement th&#233;ologicopolitique, &#224; un &#233;pisode contre-r&#233;volutionnaire moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sens du &#171; Maintenant &#187; de la connaissabilit&#233; (&lt;i&gt;Erkennbarkeit&lt;/i&gt;) chez Walter Benjamin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut se souvenir que Marx dans la &lt;i&gt;Question juive&lt;/i&gt; va pr&#233;cis&#233;ment attaquer l'homme des droits de l'homme sur ce point : l'individualisme bourgeois comme atome solitaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;otte 1995, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Douglas 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amy 2008 ; &lt;i&gt;Mur-rideau. La fa&#231;ade en jeu&lt;/i&gt;, revue &lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt;, 11, 2013. En ligne : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/appareil/1761&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/appareil/1761&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>E. J&#252;nger : le Type du Travailleur et la mobilisation totale </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=174</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=174</guid>
		<dc:date>2018-02-19T15:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous venons d'apprendre le d&#233;c&#232;s de Jean-Louis D&#233;otte, professeur &#233;m&#233;rite au d&#233;partement de philosophie de Paris 8 et membre de notre association. Ici&amp;Ailleurs souhaite lui rendre hommage en publiant &#224; nouveau le texte ci-dessous, qui avait paru une premi&#232;re fois sur notre site le 18 octobre 2011. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est &#233;videmment pas un hasard si dans Le travailleur (Arbeiter) de 1932 texte qui ne fut jamais reni&#233; par son auteur, ni modifi&#233;, E.J&#252;nger, en particulier quand il a &#224; dresser les grandes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=29" rel="directory"&gt;Le Baudelaire des philosophes septembre 2011&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Nous venons d'apprendre le d&#233;c&#232;s de Jean-Louis D&#233;otte, professeur &#233;m&#233;rite au d&#233;partement de philosophie de Paris 8 et membre de notre association. Ici&amp;Ailleurs souhaite lui rendre hommage en publiant &#224; nouveau le texte ci-dessous, qui avait paru une premi&#232;re fois sur notre site le 18 octobre 2011.&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est &#233;videmment pas un hasard si dans Le travailleur (Arbeiter) de 1932 texte qui ne fut jamais reni&#233; par son auteur, ni modifi&#233;, E.J&#252;nger, en particulier quand il a &#224; dresser les grandes lignes de la nouvelle culture, oppose syst&#233;matiquement la culture de la figure du Travailleur, au mus&#233;al&#8230; J&#252;nger invente donc un concept (le mus&#233;al), qui ne correspond ni &#224; mus&#233;ologie ni &#224; mus&#233;ographie. En fait, il faudrait &#234;tre plus prudent : ce n'est peut-&#234;tre pas un concept, mais plut&#244;t une figure, ou plut&#244;t face &#224; la figure affirmative (une figure de la volont&#233; qui se veut) du Travailleur, une anti-figure, essentiellement r&#233;active : celle de la collection d'objets du pass&#233;. &#171; Nous vivons dans un monde qui d'un c&#244;t&#233; ressemble tout &#224; fait &#224; un chantier et de l'autre tout &#224; fait &#224; un mus&#233;e. La diff&#233;rence entre les pr&#233;tentions propres &#224; ces deux paysages est que personne n'est oblig&#233; de voir dans un chantier plus qu'un chantier, tandis qu'il r&#232;gne dans le paysage du mus&#233;e une atmosph&#232;re &#233;difiante qui a rev&#234;tu des formes grotesques. Nous sommes parvenus &#224; une sorte de f&#233;tichisme historique qui se trouve en rapport direct avec le manque de force cr&#233;atrice. Aussi est-ce une pens&#233;e consolante que, par suite du d&#233;veloppement de grandioses moyens de destruction, une esp&#232;ce de correspondance secr&#232;te accompagne l'accumulation et la conservation de ce qu'on nomme le patrimoine culturel. &#187;1 &lt;br class='autobr' /&gt; Le cynisme militant d'E.J&#252;nger s'enracine dans la m&#234;me &#034;exp&#233;rience&#034; historique que la m&#233;lancolie de W.Benjamin : dans les deux cas, celle d'un effondrement de la singularit&#233; et de l'&#234;tre-ensemble, qui les a jet&#233;s, face &#224; la Chose, face au non-&#234;tre. Mais, autant l'&#233;criture de W.Benjamin sera une reconstruction qui continuera de laisser percer ce qui a &#233;t&#233; aper&#231;u dans et gr&#226;ce &#224; l'effondrement (et continuera toujours de l'&#234;tre), autant E.J&#252;nger fera une tentative _ inconsistante, du moins dans ce texte _ pour forclore, ne pas voir, ne pas entendre, transformant l'impuissance v&#233;ridique de l'effondrement ( la d&#233;faite allemande de 14-18) en volont&#233;, en figure-forme de la volont&#233;. Rendant par l&#224;, imm&#233;diatement suspecte cette culture de la volont&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; M&#234;me s'il peut y avoir chez les deux penseurs une &#233;tonnante proximit&#233;_ ici dans la correspondance entre destruction et patrimoine_, et plus largement dans l'importance du th&#232;me de la destruction, de la technique, de la reproduction de l'art, du rapport &#224; la nature d&#233;sormais ali&#233;n&#233;e, etc. S'ils s'opposent, s'il y a couple, c'est bien celui du type nihiliste-cynique oppos&#233; au m&#233;lancolique.&lt;br class='autobr' /&gt; Le mus&#233;al n'est pas le mus&#233;e. Car la valeur n'est pas n&#233;cessairement la r&#233;alit&#233;, ici. Ce qui est d'ailleurs paradoxal pour un nietzsch&#233;en comme E.J&#252;nge. Il y a pour lui des mus&#233;es n&#233;cessaires, dont on peut tirer des le&#231;ons quant &#224; l'essence du mouvement de la technique par exemple. Ainsi o&#249; peut-on d&#233;couvrir l'avanc&#233;e de l'univocit&#233; et de la simplicit&#233; qui caract&#233;risent la clarification de la volont&#233; technique de mise en figure (donc selon la figure du Travailleur, qui n'est pas seulement la derni&#232;re figure en terme d'&#233;poque, mais LA figure) ? Au mus&#233;e allemand des techniques : &#171; Simultan&#233;ment, les outils gagnent en pr&#233;cision _ et l'on pourrait aussi dire : en simplicit&#233;. Ils approchent d'un &#233;tat de perfection _ une fois celui-ci atteint, l'&#233;volution sera close. Si, par exemple, on compare entre eux une s&#233;rie continue de mod&#232;les techniques dans l'un de ces mus&#233;es d'un nouveau genre que l'on peut appeler mus&#233;es du travail, comme le Mus&#233;e Allemand de Munich, on d&#233;couvrira que la complication n'est pas la caract&#233;ristique des situations tardives mais des situations initiales. &#187;2 &lt;br class='autobr' /&gt; Si le mus&#233;al concentre, comme nous le verrons, les valeurs de l'ancien monde (de plus faible mobilisation), cela ne concerne pas pour autant l'institution, c'est-&#224;-dire le mus&#233;e r&#233;el, qui pourra tr&#232;s bien &#234;tre r&#233;&#233;valu&#233; apr&#232;s le triomphe finale de la totalit&#233; destinale (ce qui suppose que le Travailleur comme figure soit une figure m&#233;taphysique, une v&#233;ritable destination, alors que le prol&#233;taire n'est qu'une repr&#233;sentation politique ou sociologique) : &#171; C'est seulement lorsque la valeur de cette conception sera reconnue &lt; l'effort total qui est une repr&#233;sentation de la Figure du Travailleur &gt;, seulement lorsque le travail aura &#233;t&#233; &#233;lev&#233; &#224; un rang m&#233;taphysique tr&#232;s large et que ce rapport aura trouv&#233; son expression dans la r&#233;alit&#233; de l'Etat que l'on pourra parler d'un &#226;ge du Travailleur.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est seulement une fois ce pr&#233;suppos&#233; r&#233;alis&#233; qu'on pourra aussi d&#233;terminer le rang susceptible d'&#234;tre accord&#233; &#224; l'entreprise mus&#233;ale et donc &#224; cette cat&#233;gorie que la bourgeoisie range actuellement dans la cat&#233;gorie de l'art. &#187;3&lt;br class='autobr' /&gt; Pour quelles raisons faire du mus&#233;al (et donc de la collection) une valeur r&#233;active ? Les traits sont concentr&#233;s dans le chapitre consacr&#233; &#224; la culture et &#224; l'art, dans un programme dont la t&#234;te de chapitre est explicite : L'art comme mise en forme du monde du travail. Donc, l'art comme mise en forme de la nouvelle destination : un art destinal. Une destination morale aurait dit Quatrem&#232;re de Quincy (Consid&#233;rations morales sur la destination des ouvrages de l'art, 1815)&lt;br class='autobr' /&gt; _Les suspens, les objets de collection, les symboles anciens, dans la mesure o&#249; ils voilent la r&#233;alit&#233; de la nouvelle Figure, caract&#233;risent le mus&#233;al qui est une perte de l'&#233;l&#233;mentaire, un affaiblissement de la force. Ils sont priv&#233;s de la v&#233;ritable Forme-figure, de leur &#233;nergie, de leur vie originelles. Ces objets sont sans Figure : &#171; Les symboles anciens reproduisent l'image seconde d'une force dont l'image originelle, dont la Figure a disparu. Ils ne sont rien d'autre que des crit&#232;res permettant de mesurer le rang auquel la vie peut atteindre en g&#233;n&#233;ral. Cependant, dans tous les domaines de la vie, nous nous heurtons &#224; un type d'effort qui, en fonction non du rang mais de la qualit&#233;, se guide sur des r&#233;pliques sans avoir part aux images originelles. Cette activit&#233; mus&#233;ale est caract&#233;ristique de notre temps ; les modifications importantes et secr&#232;tes sont masqu&#233;es par elle comme par un voile formel. Elle alourdit les performances r&#233;alis&#233;es par des poids de plomb et le masque d'une libert&#233; fictive est de moins en moins capable de dissimuler le fait que le pr&#233;suppos&#233; de toute libert&#233; _ &#224; savoir un lien authentique et originel et donc une responsabilit&#233; _ fait d&#233;faut. &#187;4 &lt;br class='autobr' /&gt; E.J&#252;nger met en place un lien inattendu entre la question de la responsabilit&#233; (une responsabilit&#233; qu'on peut supposer archa&#239;que ou fondamentale) et ce qui viendrait la voiler, ces suspens qui, en eux-m&#234;mes, n'indiquent, comme des aiguilles de manom&#232;tre, que des &#233;tats ant&#233;rieurs de mobilisation de l'&#233;nergie, d'anciennes Figures. Ces suspens qui vont &#234;tre comme resubstantialis&#233;s, puisque leur &#233;loignement de l'&#233;l&#233;mentaire va leur donner l'occasion de supporter une force r&#233;active.&lt;br class='autobr' /&gt; Comme dans le Discours de rectorat de Heidegger, la cible est le lib&#233;ralisme (et dans l'Universit&#233; allemande, le mod&#232;le w&#233;b&#233;rien), dans un moment d&#233;cisif pour l'Etat, o&#249; il s'agit de prendre une d&#233;cision radicale (de type national-bolchevique chez E.J&#252;nger).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut rappeler que ce que nous avons appel&#233; d&#233;cision &#233;poquale (comme ouverture d'une &#233;poque de la sensibilit&#233; commune par l'irruption d'un appareil, d&#233;cision que personne ne prend, aucun sujet, pas m&#234;me un Etat ou un peuple), n'entretient aucun rapport avec le d&#233;cisionnisme, ici implicite ,ailleurs explicite chez C.Schmitt .&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'effort &#233;pigonal pour s'impr&#233;gner du sens de ce patrimoine et le reproduire, autrement dit toute l'agitation ax&#233;e sur l'art, la culture et leur valeur formatrice, tout cela a pris des proportions qui font appara&#238;tre &lt;br class='autobr' /&gt;
comme indispensable d'all&#233;ger notre bagage ; et l'on ne saurait le faire trop &#224; fond ni trop largement. Le pire n'est pas qu'un cercle de connaisseurs, de fouineurs et de conservateurs se soit agglutin&#233; autour de la moindre coquille abandonn&#233;e que la vie a un jour port&#233;e sur son dos comme un escargot.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui est bien plus inqui&#233;tant, c'est que cet affairement a engendr&#233; un ensemble d'appr&#233;ciation de valeurs st&#233;r&#233;otyp&#233;es derri&#232;re lequel se dissimule un d&#233;p&#233;rissement mortel. On joue ici avec les ombres des choses et l'on fait de la r&#233;clame au concept d'une culture d&#233;pouill&#233;e de toute force originelle. Cela se passe en un temps o&#249; l'&#233;l&#233;mentaire fait de nouveau puissamment irruption dans l'espace de la vie et pose &#224; l'homme des exigences sans &#233;quivoque. On s'efforce de s&#233;lectionner de nouvelles g&#233;n&#233;rations d'administrateurs et de fonctionnaires de la culture et d'inculquer aux gens un sentiment tarabiscot&#233; de la &#034;vraie grandeur&#034; du peuple alors que l'Etat a &#224; r&#233;soudre des t&#226;ches plus originales et plus pressantes que jamais .&lt;...&gt;. L'activit&#233; mus&#233;ale ne repr&#233;sente rien d'autre que l'une des derni&#232;res oasis de la s&#233;curit&#233; bourgeoise. Elle offre l'&#233;chappatoire la plus plausible en apparence pour se soustraire &#224; la d&#233;cision politique. &#187;5 &lt;br class='autobr' /&gt; Le mus&#233;al est alors le v&#233;ritable opium de la Figure : ce qui voile l'&#233;l&#233;mentaire, au moment d&#233;cisif du danger, suscite trompeusement la conscience d'un ordre, constituant un luxe insupportable dans une situation o&#249; il ne s'agit pas tant de parler de tradition mais d'en cr&#233;er une, spartiate. &lt;br class='autobr' /&gt; A la limite, le mus&#233;e (et ses collections) devient un lieu de r&#233;sistance contre la mobilisation, ou plut&#244;t son affaiblissement sournois. Le mus&#233;al d&#233;mobilise parce qu'il appartient &#224; un monde du lib&#233;ralisme o&#249; l'on avait encore le loisir de s'occuper des id&#233;aux d'une science objective et d'un art n'existant que pour lui-m&#234;me. Ce ressaisissement contre une finalit&#233; coup&#233;e, celle du suspens, faisant appel ici &#224; une &#233;lite pauvre et guerri&#232;re, est tout aussi bien au coeur du Discours du Rectorat.&lt;br class='autobr' /&gt; L'activit&#233; mus&#233;ale r&#233;sume tout ce qu'il s'agit de faire dispara&#238;tre : l'individualisme bourgeois (au profit du type univoque inclus dans le monde de la Figure), le culte du g&#233;nie cr&#233;ateur, du pass&#233; monumental, le relativisme des cultures, le cosmopolitisme ( &#171; Comme le Travailleur poss&#232;de en tant que type une qualit&#233; qui rel&#232;ve de la race, on peut attendre de lui cette univocit&#233; de la vision qui compte parmi les caract&#233;ristiques de la race et constitue le pr&#233;suppos&#233; de tout jugement de valeur s&#251;r _ au contraire d'un esprit de jouissance qui se compla&#238;t &#224; une vue kal&#233;idoscopique des cultures. &#187;6 ). &lt;br class='autobr' /&gt; Ce sont des arguments que l'on a d&#233;j&#224; retrouv&#233; chez Quatrem&#232;re de Quincy (m&#234;me si la filiation globale est celle des Consid&#233;rations intempestives de Nietzsche) : la critique de l'individu exceptionnel, du cr&#233;ateur doit s'entendre par rapport au privil&#232;ge de la Figure destinale et du type qu'elle imprime &#224; toute chose. Le culte du g&#233;nie n'&#233;tant au contraire qu'une cons&#233;quence de la culture de masse, c'est-&#224;-dire d'un concept de culture influenc&#233; par les repr&#233;sentations de l'individu : &#171; il est impr&#233;gn&#233; par la sueur de l'effort individuel, par le sentiment de l'exp&#233;rience v&#233;cue une seule fois, par l'importance de l'acte cr&#233;ateur. La performance cr&#233;atrice se situe &#224; la fronti&#232;re de l'&#034;id&#233;e&#034; et de la &#034;mati&#232;re&#034; (Materie ) ; elle arrache les formes &#224; la mati&#232;re (dem Stoffe ) dans des combats titanesques et engendre des images uniques impossibles &#224; reproduire. &#187;7 &lt;br class='autobr' /&gt; Dans un sens, l'importance du texte de J&#252;nger consiste &#224; tirer toutes les cons&#233;quences d'une th&#233;orie syst&#233;matique et universelle de l'&#233;poque, de la destination, de la puissance destinale. Ainsi, est-il &#233;crit qu'il n'y a pas d'histoire de la Figure, car la Figure est historiale : &#171; Une Figure est , et aucune &#233;volution ne l'accro&#238;t ni ne la diminue. Une histoire de l'&#233;volution ne peut donc &#234;tre une histoire de la Figure mais tout au plus son commentaire dynamique. L'&#233;volution conna&#238;t un d&#233;but et une fin, une naissance et une mort auxquelles la Figure est soustraite. De m&#234;me que la Figure de l'homme pr&#233;c&#233;dait sa naissance et survivra &#224; sa mort, une Figure historique est, au plus profond d'elle-m&#234;me, ind&#233;pendante du temps et des circonstances dont elle semble na&#238;tre. Les moyens dont elle dispose sont sup&#233;rieurs, sa f&#233;condit&#233; est imm&#233;diate. L'histoire n'engendre pas de figures, elle se transforme au contraire avec la Figure &lt; je souligne&gt;. &#187;8 &lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui implique selon lui une remise en cause d'un certain nombre de couples m&#233;taphysiques traditionnels ; (mati&#232;re/forme, fin/moyen, cause/effet, individu/masse, n&#233;cessit&#233;/libert&#233;, etc) en insistant sur une th&#233;orie de l'empreinte du sceau typique et de l'image comme frappe . D&#233;passement qui est d'ailleurs confirm&#233; en une th&#232;se : l'ancien monde se pensait selon des couples de concepts oppos&#233;s, le nouveau selon la Figure : &#171; De ce conflit sup&#233;rieur &lt; entre syst&#232;mes mat&#233;rialistes et spiritualistes &gt; proviennent toutes ces oppositions empoisonn&#233;es entre la puissance et le droit, le sang et l'esprit, l'id&#233;e et la mati&#232;re, l'amour et le sexe, l'homme et la nature, le corps et l'&#226;me, le glaive temporel et le glaive spirituel _ oppositions qui font partie d'une langue qu'il faut clairement identifier comme langue &#233;trang&#232;re . &lt;br class='autobr' /&gt;
De telles oppositions nourrissent aujourd'hui, apr&#232;s avoir perdu leur premi&#232;re force d&#233;vorante, la discussion dialectique interminable &lt;....&gt;. Ces oppositions perdent toute importance devant la Figure ; on reconna&#238;t un esprit form&#233; par elle &#224; ce qu'il sait voir les universalia in re. Il faut bien savoir que l'entr&#233;e dans l'univers de la Figure change la vie de fond en comble et non pas seulement dans ses parties. &#187; 9 &lt;br class='autobr' /&gt; Lacoue-Labarthe10 analysaant ce recours au Type, &#224; la figure, dans ces renversements modernes du platonisme issus en r&#233;alit&#233; du romantisme, y d&#233;c&#232;le une onto-typographie et pr&#233;cise en note : &#171; J'ai forg&#233; ce terme dans &#034;Typographie&#034;, sur le mod&#232;le du philosoph&#232;me heidegg&#233;rien d'&#034;onto-th&#233;ologie&#034; pour d&#233;signer l'ontologie qui sous-tend &#224; la fois la pens&#233;e la plus ancienne de la mim&#233;sis et la moderne pens&#233;e par figure (Gestalt) qui en proc&#232;de (cf. &#233;galement &#224; ce sujet : Heidegger, &#034;Contribution &#224; la question de l'&#234;tre &#034; ,Questions I) &#187;. Et il pose ainsi la question : &#171; Pourquoi donc, plus g&#233;n&#233;ralement, la r&#233;manence de cette id&#233;e (depuis Schelling, voire le &#034;jeune&#034; Hegel, jusqu'&#224; Nietzsche et George, c'est-&#224;-dire aussi bien jusqu'&#224; J&#252;nger et au Heidegger des ann&#233;es 30) selon laquelle il revient &#224; l'art, dans l'&#226;ge o&#249; d&#233;faille et se d&#233;fait la transcendance, de retrouver son antique destination et d'&#233;riger le type, ou si l'on pr&#233;f&#232;re la figure mythique, o&#249; l'humanit&#233;, ou peut-&#234;tre une humanit&#233; (un peuple, par exemple), puisse se reconna&#238;tre et se saisir dans son essence et sa propri&#233;t&#233; constitutive, moins par &#034;identification&#034; du reste, que sous l'action directe _ sous l'impression ou la frappe _ du sceau historial qu'est le type ? Pourquoi assigner encore &#224; l'art cette &#034;vocation&#034; ou cette &#034;mission&#034; d'avoir &#224; typer l'humanit&#233; qui vient, et &#224; qui ne suffit plus d&#233;sormais, de toute &#233;vidence, les figures et les exemples l&#233;gu&#233;s par les traditions et les religions ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ces textes sont une confirmation essentielle (quasi exp&#233;rimentale) pour nous, d'autant que cette fiction de la Figure s'&#233;tablit contre le mus&#233;al, selon les axes d'un discours traditionnel que nous avons d&#233;j&#224; point&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi la critique de l'individu d'exception _le cr&#233;ateur se renfor&#231;ant de l'impuissance cr&#233;atrice de la masse _, trouve son pendant dans la critique d'une culture s&#233;par&#233;e, m&#233;diatis&#233;e, ali&#233;n&#233;e. Critique qui ne peut s'exercer qu'en fonction de la conception d'un v&#233;ritable &#034;paysage culturel&#034;, soumis comme l'ont &#233;t&#233; n&#233;cessairement tous les grands sites culturels du monde, &#224; une volont&#233; &#233;l&#233;mentaire, &#224; une synth&#232;se de la vie et de l'acte de donner figure, telle que l'oeuvre est bien celle de la Figure destinale et non celle de la force cr&#233;atrice exceptionnelle, selon les modernes. La figure est artiste.&lt;br class='autobr' /&gt; Comme chez Quatrem&#232;re de Quincy, la puissance &#233;l&#233;mentaire peut aussi bien &#234;tre d&#233;crite en termes de nature : la vraie culture est un sol g&#233;n&#233;reux, les oeuvres croissent d'elles-m&#234;mes : &#171; De m&#234;me que le sentiment moderne de la nature est caract&#233;ristique du hiatus qui s&#233;pare l'homme de la nature, le sentiment de la culture est r&#233;v&#233;lateur de l'&#233;loignement qui existe entre l'homme et l'acte cr&#233;ateur _ &#233;loignement qui s'exprime au mus&#233;e par la distance entre le visiteur et les objets expos&#233;s. Nous avons perdu l'id&#233;e qu'il existe des mesures harmonieuses que l'on restitue sans effort parce que chaque mouvement est d&#233;j&#224; expression et repr&#233;sentation de la mesure _ et corr&#233;lativement une culture (Bildung ) qui tire les oeuvres (Gebilde ) du sol comme des plantes ou les fait prolif&#233;rer selon les lois qui r&#233;gissent la formation des &lt;br class='autobr' /&gt;
cristaux. &#187;11 &lt;br class='autobr' /&gt; Comme dans toute la tradition moderne, la nouvelle figure destinale doit se r&#233;f&#233;rer (ici positivement) &#224; l'antique : ce monde o&#249; les individualit&#233;s ne sont pas apparues (les acteurs ont des masques, les dieux des t&#234;tes &lt;br class='autobr' /&gt;
d'animaux), o&#249; la puissance formatrice consistait &#224; p&#233;trifier les symboles en une infinie r&#233;p&#233;tition du m&#234;me qui rappelle les ph&#233;nom&#232;nes naturels. Un tel monde, celui de la totalit&#233; esth&#233;tique, est &#171; herm&#233;tiquement clos comme un anneau magique, est visiblement proche du type qui repr&#233;sente la Figure du Travailleur, d'autant plus proche que l'&#034;individu&#034; appara&#238;t clairement comme type. &#187;12 &lt;br class='autobr' /&gt; E.J&#252;nger a parfaitement conscience d'&#234;tre devant une mutation de premi&#232;re importance, une rupture d'&#233;poque, et de ce qu'alors, l'art peut annoncer le nouveau : l'art &#233;tant m&#234;me le lieu de l'annonciation. D&#232;s lors, il lui faut refuser aux forces &#233;l&#233;mentaires &#034;pures&#034; et &#034;dures&#034; (la nouvelle &#233;lite cynique, spartiate, nationale-bolchevique), l'acc&#232;s &#224; l'ancienne culture s&#233;par&#233;e : moins cette classe sera cultiv&#233;e au sens usuel, mieux cela vaudra, car il est dans son int&#233;r&#234;t de ne pas prendre part &#224; ce qu'on entend aujourd'hui par art. &lt;br class='autobr' /&gt; Par cons&#233;quent, il n'y a pas continuit&#233; du medium artistique, une histoire de l'art, parce qu'il s'agit de bien plus que de l'apparition d'une nouvelle classe au sens sociologique du terme, mais d'une force &#233;l&#233;mentaire entrant dans sa phase &#233;ruptive. Ainsi l'art n'est-il pas moyen, mais sujet-objet de la mutation. La d&#233;termination des supports, des moyens est donc soumise &#224; celle de la Figure : &#171; L'art n'est rien de particulier, rien qui puisse &#234;tre expos&#233; dans ses parties puis reconstitu&#233; dans des domaines r&#233;guliers. En tant qu'expression d'un sentiment puissant de la vie, il ressemble &#224; la langue que l'on parle sans &#234;tre conscient de sa profondeur. Le merveilleux se rencontre partout ou nulle part. En d'autres termes, il est une propri&#233;t&#233; de la Figure. Pour l'observateur qui voit d&#233;j&#224; r&#233;unies de nos jours les conditions d'une grande Domination et de ce fait la possibilit&#233; de donner r&#233;ellement figure, a question des supports, des moyens et des lois se pose, bref, la question de l'originalit&#233; de l'&#233;criture &#224; laquelle on reconna&#238;t l'esprit d'une &#233;poque. &#187;13 L'art comme m&#233;dium de la Figure, mais comme la Figure c'est l'absolu, l'art reste m&#233;dium de l'absolu : th&#232;se romantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec E.J&#252;nger le roman de formation, le roman (goeth&#233;en) de la culture s'inverse. A la fois, il s'agit toujours du m&#234;me : de formation, de devenir-forme, de Figure et &#224; la fois de Domination terroriste, &#233;l&#233;mentaire, pure et dure. De m&#234;me, la mondialisation (de la litt&#233;rature) s'inverse-t-elle en monstre : la conqu&#234;te de l'Empire universel soumis &#224; la Figure du Travailleur. &lt;br class='autobr' /&gt; Il faudrait prolonger cette analyse pour d'autres th&#232;mes, en particulier celui essentiel du rapport &#224; la nature et &#224; l'organique, J&#252;nger tentant de r&#233;concilier la technique et le biologique : inqui&#232;tant techno-biologisme. Le monstre, dont il proclame la n&#233;cessit&#233;, la Figure du Travailleur, ce monstre est &#224; la fois r&#233;el et fantastique, fantasmagorique. En effet, la position j&#252;ngerienne ne tient pas. Ce monstre est n&#233; d'un effondrement : pr&#233;cis&#233;ment de la Forme-Figure. C'est bien parce qu'il n'est plus possible de donner forme au d&#233;veloppement (&#224; la mobilisation totale), au processus, au mouvement, que J&#252;nger ne peut que forger une figure monstrueuse, abominable.Le Travailleur, avec toute sa violence, avec ce culte de la guerre dont W.Benjamin dira qu'il s'agit encore d'une th&#233;orie de &#034;l'Art pour l'Art&#034;14, n'est que le sympt&#244;me d'un &#233;chec. L'&#233;chec d'un platono-nietzsch&#233;en qui tente encore avec ce qui appartient toujours &#224; la m&#233;taphysique (la mise en forme) de penser ce qui &#233;chappe &#224; toute forme.&lt;br class='autobr' /&gt; L'&#233;chec r&#233;side en ceci : comment le Travailleur, aurait-il pu imposer sa marque aux flux imma&#238;tris&#233;s alors que lui-m&#234;me s'&#233;puise, se d&#233;fait, constamment, dans la mise en branle des processus ? La violence que la Figure tente d'imposer aux repr&#233;sentants des autres &#233;poques r&#233;v&#232;le l'invalidation intrins&#232;que de toute mise en forme et donc l'&#233;chec de ce qui ne peut plus, m&#234;me de l'ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire toujours comme repr&#233;sentation (car le Travailleur est bien finalement une repr&#233;sentation dont la nouveaut&#233; surgit dans le visible), s'imposer aux flux. Cette violence est proprement r&#233;active : n&#233;e d'un effondrement (historiquement : l'&#034;exp&#233;rience&#034; du front lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale) non assum&#233;. Malgr&#233; les proclamations de J&#252;nger,cette repr&#233;sentation est encore humaniste (le travail est bien une valeur). Un humanisme terroriste, qui fleure bon le go&#251;t inn&#233; des gangs nationalistes pour les descentes contre les avant-garde artistiques : &#171; C'est pourquoi, en Allemagne, on trouvera le style artiste &lt; proche des anciennes valeurs&gt; &#233;troitement li&#233;, avec une s&#251;ret&#233; mortelle, &#224; toutes les puissances qui portent inscrit sur leur visage un caract&#232;re de perfidie plus ou moins dissimul&#233;e. Par bonheur, on rencontre dans notre jeunesse un flair de plus en plus d&#233;velopp&#233; pour les connivences de ce genre ; et l'on commence &#224; pressentir que dans &lt; ce nouvel &gt; espace l'utilisation de &lt;br class='autobr' /&gt;
l'esprit d'abstraction rev&#234;t d&#233;j&#224; l'allure d'une activit&#233; de haute trahison. &#187;15 &lt;br class='autobr' /&gt;
La figure du Travailleur : ce fut la derni&#232;re tentative humaniste de ressaisir la techno-science (car, il peut y avoir un humanisme terroriste : le stalinisme ). Faire croire, qu'au bout du compte, la techno-science est encore pour l'homme. Alors que la proposition contraire serait plus juste.&lt;br class='autobr' /&gt; Il faut donc prendre acte que c'est bien la notion de forme, de figure stable, qui est invalid&#233;e pour cette nouvelle &#233;poque. Et que donc, il est plus pertinent de l'aborder en prenant en consid&#233;ration ce qui dans le texte de J&#252;nger &#233;tait sous sa d&#233;pendance,comme figure dite r&#233;active, ou du moins &#224; partir de cette trace-l&#224;. Et, comme la Figure aurait d&#251; donner sa frappe au monde du processus, il faut en conclure que l'activit&#233; du collectionneur est fondamentalement afigurale : adestinale.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'adomination. Alors la collection est aenerg&#233;ia . Ce n'est pas un acte. De m&#234;me les flux, le mouvement, le D&#233;veloppement (comme on dit aujourd'hui) ne sont pas non plus pensables en terme de puissance, ni donc de mati&#232;re au sens traditionnel. &lt;br class='autobr' /&gt; Le Travailleur ne donne pas figure &#224; la post-modernit&#233; : cette &#233;poque est une surface d'inscription nouvelle, sans Figure. Rien comme l'Incarnation christique ou la Repr&#233;sentation humaniste.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans un sens, c'est le triomphe du fragmentaire, la d&#233;liaison radicale, puisqu'aucune forme-figure ne peut s'imposer. Mais que sont des fragments qui ne font pas Figure ? M&#234;me s'il s'agit d'une figure en creux comme dans le Romantisme d'I&#233;na ? Le fragmentaire peut-il survivre en l'absence d&#233;finitive de la forme ? Ne faut-il pas penser un au-del&#224; de l'opposition fragments/forme, ou fragments/syst&#232;me ?&lt;br class='autobr' /&gt; On comprend que W.Benjamin ait eu la plus grande hostilit&#233; pour J&#252;nger, en insistant sur le th&#232;me du collectionneur, par exemple du chiffonnier chez Baudelaire, sur les restes et les d&#233;bris, etc.Car, il y a chez lui un refus de la destination &#233;poquale, un refus de la typographie, un refus de l'h&#233;ro&#239;sme, en particulier chez le po&#232;te16. Chez lui, les figures, les formes, les types, sont tomb&#233;s &#224; l'&#233;tat d'all&#233;gories, sans vie : des ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre W.Benjamin, il faut se souvenir que l'id&#233;e qui est au centre de sa pens&#233;e est celle de Collection : &#224; partir de l&#224;, on comprend l'entrelacs 17 du temps, la temporalit&#233; de l'&#224;-pr&#233;sent, le privil&#232;ge de l'arch&#233;ologie.&lt;br class='autobr' /&gt; Chez J&#252;nger, la Figure du Travailleur &#233;tant la Figure la plus haute de toute l'histoire des &#233;poques de la mobilisation, c'est dans cette plus haute forme de l'h&#233;ro&#239;sme, de la volont&#233;, que se r&#233;sument toutes les formes ant&#233;rieures : c'est toujours au nom d'un h&#233;ros qu'il y a de la mobilisation totale. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais alors une philosophie de l'histoire, comme celle que nous tentons d'&#233;laborer, qui se veut historialit&#233; des &#233;poques des appareils &#233;chappe-t-elle &#224; ces d&#233;terminations ? N'y a-t-il d'histoire que de l'h&#233;ro&#239;sme figural ? C'est pour nous une historialit&#233; dont il faut absolument se d&#233;gager. Comment ? Par W.Benjamin, par une pens&#233;e de l'av&#232;nement ( d'un genre litt&#233;raire ou artistique, d'un appareil comme la photographie ou le cin&#233;ma) qui soit celle d'une origine, &#233;tant entendu que l'origine a eu lieu et qu'elle aura lieu, car l'origine est ce diff&#233;remment d'avec soi, entre un pass&#233; et un futur ant&#233;rieur qui s'&#233;loignent toujours plus l'un de l'autre. Av&#232;nement qui n'est donc en rien la cons&#233;quence du geste cr&#233;ateur et po&#233;tique d'un h&#233;ros, d'un artiste ( conception qui reste, h&#233;las, au creux de la notion rieglienne de Kunstwollen ,de volont&#233; d'art d'un artiste, d'une &#233;cole donn&#233;e, d'une r&#233;gion ou d'une &#233;poque de l'art, et qu'il faudrait plut&#244;t traduire selon Panofsky par : unit&#233; de sens18 ), dans la mesure o&#249; il n'a jamais eu, n'a, ni n'aura aucune actualit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Au sens strict cet av&#232;nement qui n'est pas celui d'une unit&#233; de sens, ne peut donner lieu &#224; une herm&#233;neutique. Car ce qui est advenu n'a qu'une existence virtuelle ,dont on a l'id&#233;e en parcourant le cercle infini des oeuvres dont on pourra dire qu'elles en rel&#232;vent.&lt;br class='autobr' /&gt; Et une oeuvre, par exemple tel drame baroque allemand, singulier, peut d'autant mieux pr&#233;senter cet av&#232;nement, qu'elle est travers&#233;e par une division qui la rend comme hostile &#224; elle-m&#234;me : au fond, une stricte c&#233;sure. C&#233;sure qui est le meilleur indice, m&#233;thodologiquement et ontologiquement, de cette &#233;poque ou de ce genre artistique. &lt;br class='autobr' /&gt; Si l'esth&#233;tique peut &#233;chapper &#224; l'onto-typographie, c'est en passant totalement du p&#244;le du g&#233;nie &#224; celui de la r&#233;ception arch&#233;ologique, en consid&#233;rant qu'il n' y a que des r&#233;cepteurs qui per&#231;oivent les effets pr&#233;sents d'une oeuvre-source lumineuse qui s'est &#233;teinte. &lt;br class='autobr' /&gt; Source qui n'est donc accessible qu'&#224; rebours, en remontant de r&#233;cepteur en r&#233;cepteur, de critique en critique, jusqu'au plus archa&#239;que, puisque le d&#233;ploiement de l'oeuvre, de sa valeur de v&#233;rit&#233;, n'est rien d'autre que sa temporalit&#233; sp&#233;cifique. L'oeuvre n'est pas dans le temps des hommes, ni dans leur espace, car c'est elle-m&#234;me qui d&#233;ploie son temps et son espace19. Ce dont t&#233;moignent tous les critiques de l'histoire de la r&#233;ception de cette oeuvre. Le r&#244;le central est donc attribu&#233; au dernier t&#233;moin, celui qui &#224; la fois sait qu'il peut collectionner toutes les critiques ant&#233;rieures, et qui sait que l'histoire va basculer. Mais alors qu'en est-il de l'artiste ?&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/imgp1086.jpg' width='270' height='360' alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lyotard, penseur du diff&#233;rend culturel</title>
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		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Quand Lyotard aborde la question du diff&#233;rend , ce n'est pas pour enrichir une quelconque science de l'interculturel. Lyotard part d'une situation critique dans tous les sens du terme critique (krinein) : la fin des ann&#233;es 70 est caract&#233;ris&#233;e en France par un antis&#233;mitisme insidieux. Papon avait &#233;t&#233; ministre de Giscard, dont le premier Ministre R.Barre avait eu cette r&#233;action pour le moins &#233;tonnante apr&#232;s l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic, faisant la distinction, revendiqu&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton25.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand Lyotard aborde la question du diff&#233;rend&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Le Diff&#233;rend, Paris, 1983.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce n'est pas pour enrichir une quelconque science de l'interculturel. Lyotard part d'une situation critique dans tous les sens du terme critique (krinein) : la fin des ann&#233;es 70 est caract&#233;ris&#233;e en France par un antis&#233;mitisme insidieux. Papon avait &#233;t&#233; ministre de Giscard, dont le premier Ministre R.Barre avait eu cette r&#233;action pour le moins &#233;tonnante apr&#232;s l'attentat contre la synagogue de la rue Copernic, faisant la distinction, revendiqu&#233;e jusqu'&#224; sa mort, entre les victimes &#171; innocentes &#187; (non juives) et les autres&#8230; P&#233;riode marqu&#233;e par une mont&#233;e en puissance du n&#233;gationnisme qui infecte tous les milieux intellectuels et en particulier une partie de l'extr&#234;me gauche. Il &#233;tait tr&#232;s tendance d'&#234;tre n&#233;gationniste. La situation &#233;tait en plus critique parce qu'il y allait du jugement et de la facult&#233; de juger, question qui sera au c&#339;ur de la D&#233;cade de Cerisy organis&#233;e autour du travail de Lyotard en 1982. Elle &#233;tait critique parce que les n&#233;gationnistes faisaient &#224; leur mani&#232;re de l'histoire, certes comme des historiens pervers, car ils ne cessaient de r&#233;clamer la preuve de la preuve, mais n'&#233;tait-ce point pousser l'historiographie dans ses retranchements ? Il n'y avait pas plus grands d&#233;fricheurs d'archives qu'eux, pas de plus grands positivistes. En fait la situation &#233;tait critique, parce qu'ils avaient r&#233;ussi &#224; introduire un virus dans la machine historiographique : sa propre m&#233;thodologie. La d&#233;marche de Lyotard va consister &#224; d&#233;monter le cercle dans lequel ils voulaient nous enfermer. Lyotard va montrer ainsi que les n&#233;gationnistes poursuivent le crime de disparition de masse r&#233;alis&#233; par les nazis, mais surtout il va montrer l'impuissance de la raison historienne : il y a des victimes de l'histoire qu'aucun tribunal ne peut entendre, parce que le tort subi ne peut pas devenir un litige accept&#233; comme tel par un tribunal de la raison. En cela Lyotard poursuit l'inspiration du dernier Benjamin, et en particulier sa fameuse critique du &#171; concept d'histoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, &#171; Th&#232;ses sur le Concept de philosophie de l'histoire &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Diff&#233;rend s'inscrit dans la pol&#233;mique men&#233;e alors par Lyotard contre l'&#233;thique communicationnelle d'Habermas. Pour les habermassiens qui faisaient alors la loi dans l'Universit&#233; allemande, il y a un crit&#232;re absolu pour &#233;carter tel ou tel locuteur d'une communaut&#233; langagi&#232;re : est-il d'accord ou non pour accepter les conditions langagi&#232;res d'&#233;tablissement de la v&#233;rit&#233; ? Ces conditions reprennent en les &#233;largissant un certain nombre de r&#233;quisits &#233;nonc&#233;s par Kant dans la Facult&#233; de juger au titre du &lt;i&gt;sensus communis&lt;/i&gt;. Kant d&#233;finit le &#171; sens commun &#187; : &#171; 1) Penser par soi-m&#234;me ; 2) Penser en se mettant &#224; la place de tout autre ; 3) Toujours penser en accord avec soi-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emmanuel Kant, Critique de la Facult&#233; de juger, Vrin, trad. Philonenko, p.127.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans une acception classique du &lt;i&gt;sensus communis&lt;/i&gt;, on a les exigences de ce que le tribunal de la raison pose pour n'importe quel t&#233;moin ou n'importe quel pr&#233;venu : pouvez-vous donner les raisons de votre acte ? On retrouve ici le principe de raison &#233;labor&#233; par Leibniz. Soit : &#234;tes-vous autonome (autonome au sens du respect de la loi universelle) ? Pouvez-vous sur le plan de l'&#233;thique, universaliser les mobiles de votre action ? Etes-vous sinc&#232;re avec vous-m&#234;me (aspect religieux de la conscience r&#233;form&#233;e) ? Qui d&#232;s lors sera exclu du cercle de la communication v&#233;ridique, scientifique, d&#233;mocratique, &#171; authentique &#187; ? Celui ou celle qui se place dans une position d'h&#233;t&#233;ronomie parce qu'il accorde foi &#224; une parole r&#233;v&#233;l&#233;e (le juif, le chr&#233;tien, le musulman, etc), qui donc se trouve oblig&#233; par elle, celui ou celle qui agit traditionnellement, comme le font ceux qui de tout temps sont sous le magist&#232;re des grands anc&#234;tres mythiques communautaires, parce qu'on a toujours agi comme cela ici-bas. Ces locuteurs transmettant les histoires qu'ils ont toujours entendu raconter et en appliquent, sous la forme d'un rituel, les codes. Lyotard est le grand penseur de notre situation post-coloniale, parce qu'il isole des normes, c'est-&#224;-dire des p&#244;les de l&#233;gitimit&#233;, c'est-&#224;-dire des rapports &#224; la loi, qui sont ind&#233;rivables les uns des autres. On ne peut pas d&#233;duire la l&#233;gitimit&#233; de l'une de celle d'une autre. Il y a trois p&#244;les de l&#233;gitimit&#233; : le narratif, la r&#233;v&#233;lation ou obligation, la d&#233;lib&#233;ration, ce qui permet de distinguer trois grands modes de l'&#234;tre-ensemble : les soci&#233;t&#233;s sauvages et pa&#239;ennes, les soci&#233;t&#233;s du th&#233;ologico-politique, la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique-capitaliste, trois rapports au corps : l'inscription de la loi sur le corps, l'incarnation, l'objectivation, trois surface d'inscription : la marque et ses supports, l'incorporation, la repr&#233;sentation. D&#232;s lors on dira qu'il y a diff&#233;rend quand un locuteur respectant l'une de ces normes se trouvera comme chez Kafka dans l'incapacit&#233; de se faire entendre par le tribunal de l'autre norme. Or la mondialisation a quasiment universalis&#233; la norme de d&#233;lib&#233;ration au d&#233;triment des autres normes. L'exportation de la d&#233;mocratie la plus superficielle (des &#233;lections, un parlement &#233;lu et le tour est jou&#233;) va dans ce sens. C'est toute la question du d&#233;veloppement qui est en jeu : qu'est-ce qu'un syst&#232;me d' &#233;lections sans culture d&#233;mocratique ? Sans participation effective de tous &#224; la vie politique ? D'o&#249; la multiplication des situations de diff&#233;rend, m&#234;me en Occident. J'en veux pour preuve la quotidiennet&#233; des affaires jug&#233;es par nos tribunaux correctionnels, voire en Assises, o&#249; le pr&#233;venu, par exemple issu de l'immigration, ne peut rendre raison de ses actes parce qu'il respecte sa propre norme. D'un point de vue imm&#233;diat, c'est une m&#233;sentente comme le dit Ranci&#232;re : pr&#233;venu et tribunal utilisent les m&#234;mes mots, en apparence partagent le m&#234;me idiome, mais en donnant aux mots un sens diff&#233;rent. Bel exemple : le film de Rozier : &lt;i&gt;Maine oc&#233;an&lt;/i&gt;. Dans une affaire de coups et blessures, le p&#234;cheur breton qui patoise d&#233;sar&#231;onne le tribunal condamn&#233; de ce fait &#224; rire et &#224; le relaxer. En fait, il y a l&#224; en plus un vrai diff&#233;rend : entre l'homme de loi muni de son code et le pa&#239;en adorant raconter des histoires. Il y a un glissement argumentatif dans Le Diff&#233;rend : le point d'attaque de la d&#233;monstration de Lyotard, c'est l'&#233;vidente incapacit&#233; des victimes de la Shoah de se faire entendre. On ne t&#233;moigne pas d'avoir &#233;t&#233; gaz&#233;, on a bien du mal &#224; raconter ce qu'on a subi dans l'humiliation. Les raisons de se taire sont multiples, je ne les rappelle pas ici. On pourrait penser &#224; partir de l&#224; que Lyotard vient conforter la r&#233;orientation de l'audience publique sur la victime comme le pr&#244;ne notre Pr&#233;sident de la R&#233;publique. En fait, il n'y a pas que des victimes dans la s&#233;rie lyotardienne, il y a un Antillais et une masse d'Alg&#233;riens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, La Guerre des Alg&#233;riens, Galil&#233;e, 1989.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui ne voient pas pourquoi ils devraient respecter les devoirs des Fran&#231;ais, il y a un prol&#233;taire que le tribunal des Prud'hommes d&#233;boute parce qu'il ne trouve pas &#171; naturel &#187; de louer sa force de travail comme tout salari&#233; qui se respecte, il y a des fantassins italiens oppos&#233;s aux Autrichiens lors des batailles alpines de la sanglante Premi&#232;re Guerre mondiale et qui encha&#238;nent sur l'ordre lanc&#233; d'attaquer en applaudissant leur h&#233;ro&#239;que officier, tout en restant blotti au c&#339;ur de leur tranch&#233;e&#8230;.Il y a bien d'autres personnages comme cela, que Lyotard reconnaissait comme subissant un tort : une malienne exciseuse de sa petite fille qui ne comprend rien &#224; ce que lui demande le juge, lequel cherche pourtant &#224; se mettre &#224; sa place en recourrant &#224; la science ethnographique, en toute sinc&#233;rit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Martine Lefeuvre-D&#233;otte, L'Excision en proc&#232;s. Un Diff&#233;rend culturel ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il y a ceux qui sont du c&#244;t&#233; du sensible comme les artistes et qui subissent la loi du langage articul&#233;. Ce ne sont donc pas n&#233;cessairement des victimes mais des r&#233;sistants face &#224; l'exigence langagi&#232;re de l'articulation en signes qui trouve son sommet dans la norme de d&#233;lib&#233;ration. D&#232;s lors pour Lyotard, s'il y a une politique du diff&#233;rend, elle place en premi&#232;re ligne les artistes et les penseurs. Pourquoi eux et non pas ceux qui militent pour une d&#233;mocratie toujours &#233;largie, comme le pr&#244;ne Ranci&#232;re ? C'est que les sans-part, ces nouveaux prol&#233;taires, d&#233;crits par Ranci&#232;re dans La M&#233;sentente, parce qu'ils inaugurent une nouvelle place publique et donc un autre partage du sensible, inventent de nouveaux mobiles &#224; l'action, de nouvelles revendications et de nouvelles argumentations. Mais parce qu'ils ont &#224; convaincre le public de la justesse de leur mouvement, ils entrent n&#233;cessairement sous l'orbe de la norme d&#233;lib&#233;rative. D'ailleurs, en cas de succ&#232;s, ils rejoindront le monde l&#233;gitime de ceux qui prennent part &#224; la vie politique, sans reste. Les anciennes discriminations vont sauter, les femmes seront citoyennes &#224; part enti&#232;re, etc. Mais les sans-part auront d&#251; se soumettre au principe de raison, ce n'est qu'&#224; ce prix que leur r&#233;volte acquerra une l&#233;gitimit&#233;. Je consid&#232;re donc que Ranci&#232;re a enrichi le chapitre de Lyotard consacr&#233; au d&#233;lib&#233;ratif, &lt;i&gt;La M&#233;sentente&lt;/i&gt; devenant une partie du Diff&#233;rend, mais avec les limites de la norme d&#233;lib&#233;rative. On pourrait dire, en reprenant le constat du Marx de &lt;i&gt;La Question juive&lt;/i&gt; : il condamne les sauvages, les pa&#239;ens et autres monoth&#233;istes &#224; faire fi de leur communaut&#233; et &#224; devenir des individus monadiques : d&#233;mocratiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Louis D&#233;otte, Qu'est-ce qu'un Appareil ? Benjamin, Lyotard, Ranci&#232;re. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qu'attendre alors des penseurs et des artistes ? Il faut d&#233;j&#224; avoir conscience qu'il n'y a pas de science de la communication interculturelle. C'est le paradoxe russellien de l'ensemble de tous les ensembles : l'ensemble de tous les ensembles n'est pas contenu dans son ensemble. Il n'y a donc pas de point de surplomb possible. C'est le grand apport de Cl. Lefort, ancien &#233;l&#232;ve de Merleau-Ponty, &#224; Lyotard, qui permettait &#224; Lefort dans les ann&#233;es 60-70, contre les fantasmes d'emprise absolue de Castoriadis, de critiquer l'id&#233;e d'un parti r&#233;volutionnaire tout sachant, au-dessus de la lutte des classes. Un parti d'ing&#233;nieurs sociaux n&#233;o-bolcheviques. Pourtant on r&#233;torquera que Lyotard a bien d&#233;crit trois p&#244;les de l&#233;gitimit&#233;, comme s'il les surplombait. Mais ce faisant il n'a pas la pr&#233;tention d'inclure son discours dans ce qu'il d&#233;crit. Ce fut au contraire l'illusion de la philosophie h&#233;g&#233;lienne de l'esprit : l'esprit s'engendrant de ce qui n'est pas lui, le sensible, pour, &#224; partir de cet int&#233;rieur, passer &#224; l'ext&#233;rieur en int&#233;grant toutes ses figures historiques et philosophiques d&#233;pass&#233;es vers une totalit&#233; de l'identit&#233; &#224; soi-m&#234;me. On peut consid&#233;rer &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt; comme une syst&#233;matique machine de guerre contre l'h&#233;g&#233;lianisme. Pourtant la n&#233;gativit&#233; hante l'&#339;uvre de Lyotard, c'est la mort anamorphos&#233;e qui se trouve au c&#339;ur du tableau d'Holbein : Les Ambassadeurs, tableau qui sert de frontispice &#224; la th&#232;se de Lyotard : Discours, Figure. Si la mort comme n&#233;gativit&#233; est au c&#339;ur de l'ouvrage, c'est que le discours pour d&#233;signer un r&#233;f&#233;rent &#224; l'ext&#233;rieur de lui-m&#234;me doit en quelque sorte s'en &#233;carter, le mettre &#224; mort comme objet qu'il d&#233;signe. La mort est donc au c&#339;ur du discours empirique et cognitif, donc au c&#339;ur de la science comme objectivation d&#233;lib&#233;rante, comme elle est pr&#233;sente au c&#339;ur du syst&#232;me linguistique des signes du fait de leur articulation horizontale (Saussure), et finalement comme elle l'est encore au c&#339;ur de l'inconscient, en particulier dans la d&#233;n&#233;gation freudienne, quand dire non, c'est dire oui. Lyotard est donc tout contre Hegel. Ces trois modes de la n&#233;gativit&#233; rendent possible en apparence une totalisation sous la forme d'une encyclop&#233;die de l'esprit des cultures. Et pourtant il n'y a pas pour Lyotard d'histoire de la raison, car il n'y a pas de raison dans l'histoire. La preuve : les g&#233;nocides du XX&#232; si&#232;cle et les millions d'existences disparues. Ces existences qui, accumul&#233;es, constituent le trou noir de la raison parce que le r&#232;gne de la phrase constative s'arr&#234;te devant elles. Cette but&#233;e nous oblige &#224; consid&#233;rer toutes les discontinuit&#233;s de l'histoire pass&#233;e : on ne donnera jamais raison du fait que, comme le montre P.Veyne dans son livre sur l'adoption par Constantin du christianisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Veyne, Quand notre Monde est devenu chr&#233;tien (312-394), Albin Michel, 2007.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'un empereur romain, pour des motifs d&#233;finitivement inaccessibles et irrationnels, de l'ordre de la gr&#226;ce, ait pu abandonner le paganisme. Second niveau de diff&#233;rends : entre les genres de discours eux-m&#234;mes. Ces genres de discours dont la diff&#233;renciation n'a pas cess&#233; depuis la norme narrative. On peut faire une comparaison, fragile comme toute comparaison. Si la norme narrative a pu synth&#233;tiser tous les genres de discours possibles : le constatif (au sens g&#233;n&#233;ral de la connaissance sur les hommes, la nature, la soci&#233;t&#233;), l'&#233;thique (comment se conduire ?), l'esth&#233;tique (comment appara&#238;tre ?), le th&#233;ologique, etc, il y a depuis une sorte de Big Bang ouvrant une diff&#233;renciation entre les genres de discours qui n'a pas cess&#233; et qui a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e quand la norme d&#233;lib&#233;rative s'est impos&#233;e, d&#233;j&#224; avec la d&#233;mocratie ath&#233;nienne et son utilisation de l'&#233;criture alphab&#233;tique (la g&#233;om&#233;trie, l'histoire, la g&#233;ographie, la rh&#233;torique, la logique, la philosophie, etc). De ce point de vue, le kantisme est une &#233;tape essentielle de la reconnaissance d'une raison en archipel : la l&#233;gitimit&#233; intrins&#232;que de chaque Critique institue &#224; chaque fois comme une &#238;le. Entre ces &#238;les, des ponts pourront &#234;tre &#233;difi&#233;s, mais dans un second temps. Chaque Critique &#233;difie un appareillage transcendantal sp&#233;cifique : le commun entre elles, c'est donc cet appareillage transcendantal, l'architectonique de la raison. Mais on ne saurait d&#233;duire de la n&#233;cessit&#233; de l'une, la n&#233;cessit&#233; de l'autre, par exemple : l'esth&#233;tique (&lt;i&gt;Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;) de la connaissance a priori (Critique de la raison pure). R&#233;sultat : quand le sujet de l'esth&#233;tique d&#233;clare d'une chose qu' &#171; elle est belle &#187;, il ne le sait, &#224; proprement dit, pas. Un sentiment de plaisir &#224; l'occasion d'une chose n'est pas une connaissance attribuable &#224; un objet. La beaut&#233; n'est pas un savoir : il n'y aura pas de science du beau. C'est la raison pour laquelle quand Lyotard exposera quelques principes de la raison &#171; post-moderne &#187; et proposera au Centre de Cr&#233;ation Industrielle du Centre G.Pompidou, en 1985, le programme d'une exposition sur le num&#233;rique et le virtuel, &lt;i&gt;Les Immat&#233;riaux&lt;/i&gt;, la mise en espace respectera encore plus la disposition en archipel. Et d&#233;veloppera un appareillage transcendantal sp&#233;cifique &#224; partir de la racine sanscrit mat : mati&#232;re, mat&#233;riaux, mat&#233;riel, matrice, maternit&#233;, etc. C'est probablement la premi&#232;re tentative philosophique pour prendre en consid&#233;ration la surface d'inscription comme dimension incontournable de l'appareillage transcendantal, apr&#232;s L'origine de la g&#233;om&#233;trie de Husserl. Pour d&#233;crire ce mouvement de diff&#233;renciation, Lefort parlera de d&#233;sintrication : pour lui, en rupture avec le th&#233;ologico-politique, la d&#233;mocratie va de pair avec la d&#233;sintrication de la loi, du savoir et du pouvoir. Ce qui entra&#238;ne une diff&#233;renciation des secteurs de la r&#233;alit&#233;, des savoirs n&#233;cessaires, des registres du pouvoir et de la loi. Chaque secteur se voit analys&#233; selon sa logique, au risque d'un recouvrement et d'une omnipotence. Que l'on constate avec Foucault o&#249; tout rel&#232;ve du pouvoir, avec les n&#233;o-lib&#233;reaux du march&#233;, avec Al Qua&#239;da, du th&#233;ologique islamique, comme auparavant, avec les marxistes, o&#249; tout &#233;tait politique ou aujourd'hui, avec Stiegler, o&#249; tout est technique, etc. La d&#233;mocratie serait ce r&#233;gime, &#224; l'&#233;preuve de l'ind&#233;termination des rep&#232;res symboliques, o&#249; la diff&#233;renciation des genres de discours est d&#233;clar&#233;e l&#233;gitime, o&#249; les philosophes ont constamment &#224; remettre dans le rang tel ou tel r&#233;gime de discours, qui, sinon se ferait passer pour l'unique, dans une totalit&#233; dont il d&#233;tiendrait les clefs. Ce passage hors limite d'un genre de discours (et du secteur de r&#233;alit&#233; qui est le sien) peut &#234;tre qualifi&#233; de m&#233;taphysique et il est la cause de tr&#232;s nombreux diff&#233;rends. Par exemple : qui est l&#233;gitim&#233; &#224; parler d'art ? Peut-on caricaturer le Dieu d'autrui ? Troisi&#232;me dimension du diff&#233;rend : entre les phrases elles-m&#234;mes. R&#233;capitulons : les normes de l&#233;gitimit&#233; imposent leur ordre aux genres de discours, ces derniers attirent les phrases dans leur orbite. Par exemple : le genre de discours esth&#233;tique imposera aux phrases un encha&#238;nement sp&#233;cifique. Comment concevoir l'articulation entre les trois ordres du diff&#233;rend ? Si l'on reconstruit l'appareil transcendantal lyotardien &#224; partir de la phrase, alors on a la surprise de constater qu'il s'agit de l'&#233;l&#233;ment le moins langagier, le plus &#171; sensible &#187;, malgr&#233; les apparences. C'est que, m&#234;me si une phrase est un univers qui positionne en les articulant un r&#233;f&#233;rent, une signification, un destinataire et un destinateur, c'est comme le ferait un ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique un peu exceptionnel quand il nous arrive dessus, nous qui devenons ses destinataires. Comment allons-nous encha&#238;ner ? Par une phrase cognitive ? &#171; C'est un nimbo-cumulus &#187;, par une phrase esth&#233;tique : &#171; c'est sublime ! &#187;, par une phrase d'ordre : &#171; prot&#233;gez-vous, l'orage arrive ! &#187;. C'est dire qu'une phrase, c'est ce qui arrive et qui engage la question de ce quod ? qu'elle est. On appellera donc phrase l'&#233;v&#233;nement ou le r&#233;el qui interroge. On peut rapprocher la phrase lyotardienne des data sensibles kantiens, que les formes a priori de la sensibilit&#233; (espace, temps) synth&#233;tisent. Mais ces data ne sont pour Kant que de la mati&#232;re au sens de l'hyl&#233;morphisme aristot&#233;licien, quelque chose comme un tas de sable sans forme. On ne voit pas un tas de sable s'avancer comme question. Il doit y avoir dans la phrase lyotardienne une sorte d'aventure, de surprise ou de r&#233;sistance par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#233;tablie (ce qu'&#233;tablissent comme r&#233;alit&#233;s les genres de discours). Ce serait la distinction &#233;tablie par Rosset entre le r&#233;el et la r&#233;alit&#233;. D'o&#249; le privil&#232;ge, chez Lyotard, de l'art et de la peinture en particulier : comment encha&#238;ner sur telle &#339;uvre ? Le probl&#232;me que rencontre cette ontologie du singulier o&#249; l'&#234;tre s'appelle &#171; phrase &#187;, engageant en outre &#224; chaque fois une certaine spatialit&#233; et une temporalit&#233; internes, c'est celui du temps et de la libert&#233;. Dans un atomisme simple (Epicure, Lucr&#232;ce), il y va du clinamem (d&#233;viation l&#233;g&#232;re, d&#233;clinaison) pour que les atomes ne tombent pas tout &#224; fait en chute libre, mais fassent un petit &#233;cart qui est essentiel. Pour Lyotard, d'une part, l'&#234;tre est temps, mais l'&#234;tre, toujours singulier, du fait de son incompl&#233;tude (le r&#233;el n'est pas la r&#233;alit&#233;) exige que l'univers qu'il comporte soit explicit&#233;, par un autre &#234;tre, une autre phrase, qui encha&#238;ne en le portant &#224; l'explicitation. Mais elle-m&#234;me, cette seconde phrase, est c&#233;sur&#233;e, elle entra&#238;nera donc la n&#233;cessit&#233; d'une troisi&#232;me phrase. D&#232;s lors, cet encha&#238;nement toujours relanc&#233; est n&#233;cessaire et improbable : il y a un diff&#233;rend irr&#233;ductible entre la seconde phrase et la premi&#232;re sur laquelle elle encha&#238;ne, m&#234;me si les genres de discours qui s'imposent aux phrases r&#233;duisent la part d'improbabilit&#233;. J'ai propos&#233; dans L'&#233;poque des appareil d'analyser l'appareil cin&#233;matographique et les encha&#238;nements entre phrases-images d'un film, &#224; partir de l'axiomatisation &#233;labor&#233;e par Le Diff&#233;rend. Un &#171; bon &#187; film serait un film o&#249; chaque phrase-image est un quod ? comme dans le dernier Monteiro. La philosophie de la phrase fait de chaque locuteur un r&#233;cepteur (au sens d'une esth&#233;tique de la r&#233;ception) ou un destinataire. Comme si la souverainet&#233; initiale de la narration (le r&#233;cit) &#233;tait conserv&#233;e (comme chez Benjamin d'ailleurs) : ce sont les phrases qui &#171; nous &#187; font et non l'inverse. Ce qui a une cons&#233;quence importante : il n'y aura pas de derni&#232;re phrase. Donc il n'y aura pas de tribunal de l'histoire. Ce qui implique &#224; mon sens que l'hypoth&#232;se d'une &#171; vie nue &#187; au sens d'Agamben doit &#234;tre reconsid&#233;r&#233;e : l'homo sacer romain n'&#233;tait-il pas phras&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un rituel ? Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, l'hypoth&#232;se lyotardienne d'une force des faibles, dont on peut donner une lecture sociologique, r&#233;cuserait le th&#232;me d'un &#171; paria absolu &#187;, d'une singularit&#233; absolument hors du langage, donc absolument en dehors des rapports sociaux. C'est l'exp&#233;rience du concentrationnaire qui, si les bourreaux lui en laissent le temps, d&#233;couvre la double organisation du camp comme condition de la survie. Dans la descente aux enfers constitu&#233;e par la s&#233;rie : camp de transit pour immigr&#233;s libres (cf. Sangatte), camp de r&#233;fugi&#233;s, camp d'internement, camp de concentration, camp d'extermination, je ne suis pas s&#251;r que la lecture doive se faire &#224; partir de ce dernier. Le crit&#232;re, c'est la possibilit&#233; d'une r&#233;volte. Laquelle suppose un minimum de reconnaissance entre les singularit&#233;s. Le paradoxe est le suivant : la lutte pour la reconnaissance suppose toujours un minimum de reconnaissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Agier, &#171; Le Gouvernement humanitaire et la politique des r&#233;fugi&#233;s &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a une limite qui pose n&#233;anmoins probl&#232;me : il peut y avoir g&#233;nocide sans diff&#233;rend. Non pas en ce qui concerne l'extermination des juifs d'Europe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, Heidegger et les &#171; juifs &#187;, Galil&#233;e, 1988.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais consid&#233;rons le g&#233;nocide rwandais : des paysans hutus assassinent en masse des paysans tutsis. M&#234;me normes de l&#233;gitimit&#233; (la narration, la r&#233;v&#233;lation), m&#234;me cosm&#233;tique (m&#234;me surface d'inscription : le Livre), m&#234;me religion, j'ajouterai, ce qui n'est pas un crit&#232;re lyotardien : m&#234;me langue, m&#234;me probable origine. Le cas cambodgien serait un peu diff&#233;rent : visiblement les choses se sont articul&#233;es &#224; partir de l'opposition campagne/ville et les lettr&#233;s (au sens large) ont &#233;t&#233; largement pers&#233;cut&#233;s. On peut faire l'hypoth&#232;se que les Khmers rouges aient voulu forger une sorte de communaut&#233; paysanne purifi&#233;e de ses &#233;l&#233;ments d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s (sachant lire) et en &#233;liminant le non-khmers. Par ailleurs, d'autres distinctions seraient n&#233;cessaires pour rendre compte des guerres de religion, entre religions partageant la m&#234;me norme (r&#233;v&#233;lation), la m&#234;me surface d'inscription (le Livre), le m&#234;me rapport au corps (l'incarnation). C'est &#233;videmment le cas entre catholiques et protestants et plus largement entre eux et les orthodoxes. Ici, il faut introduire la question de l'image (refus des images par la R&#233;forme/ ic&#244;nes byzantines/ imagerie du catholicisme). Il faut introduire alors le concept de diff&#233;rend cosm&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Premi&#232;re publication : 9 novembre 2007)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt;, Paris, 1983.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &#171; Th&#232;ses sur le Concept de philosophie de l'histoire &#187;, in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, T.3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emmanuel Kant, &lt;i&gt;Critique de la Facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, Vrin, trad. Philonenko, p.127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;La Guerre des Alg&#233;riens&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Martine Lefeuvre-D&#233;otte, &lt;i&gt;L'Excision en proc&#232;s. Un Diff&#233;rend culturel ?&lt;/i&gt; L'Harmattan, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Louis D&#233;otte, &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un Appareil ? Benjamin, Lyotard, Ranci&#232;re.&lt;/i&gt; L'Harmattan, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Veyne, &lt;i&gt;Quand notre Monde est devenu chr&#233;tien (312-394)&lt;/i&gt;, Albin Michel, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Agier, &#171; Le Gouvernement humanitaire et la politique des r&#233;fugi&#233;s &#187;, in &lt;i&gt;La philosophie d&#233;plac&#233;e. Autour de J.Ranci&#232;re&lt;/i&gt;, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Heidegger et les &#171; juifs &#187;&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mexique : le d&#233;fi esth&#233;tique de la disparition forc&#233;e</title>
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		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Voici le lien vers la revue Appareil pour ce texte sur l'actualit&#233; mexicaine : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://appareil.revues.org/2092&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici le lien vers la revue &lt;strong&gt;Appareil&lt;/strong&gt; pour ce texte sur l'actualit&#233; mexicaine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://appareil.revues.org/2092&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://appareil.revues.org/2092&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Grand Voile de Caroline Coppey</title>
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		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il &#233;tait dans la tradition des h&#244;pitaux du Moyen-&#226;ge d'accueillir aussi bien les &#233;trangers de passage que les malades. C'est cette double tradition que perp&#233;tue l'actuel directeur de l'h&#244;pital, Fr&#233;d&#233;ric Roussel. D'un c&#244;t&#233;, celle des soins au sens large, distribu&#233;s gratuitement &#224; une cit&#233;, c'est l'aspect care, de l'autre c&#244;t&#233;, celle de l'accueil de l'&#233;tranger. Ici, en l'occurrence, une artiste, Caroline Coppey qui a appris son m&#233;tier &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg. D'autres &#171; &#233;trangers &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait dans la tradition des h&#244;pitaux du Moyen-&#226;ge d'accueillir aussi bien les &#233;trangers de passage que les malades. C'est cette double tradition que perp&#233;tue l'actuel directeur de l'h&#244;pital, Fr&#233;d&#233;ric Roussel. D'un c&#244;t&#233;, celle des soins au sens large, distribu&#233;s gratuitement &#224; une cit&#233;, c'est l'aspect care, de l'autre c&#244;t&#233;, celle de l'accueil de l'&#233;tranger. Ici, en l'occurrence, une artiste, Caroline Coppey qui a appris son m&#233;tier &#224; l'Universit&#233; de Strasbourg. D'autres &#171; &#233;trangers &#187; devraient lui succ&#233;der dans les ann&#233;es &#224; venir. Didier Guth avec le groupe franco-allemand &lt;i&gt;Plakart&lt;/i&gt;, puis Germain Roesz, Sylvie Villaume et le m&#233;ridional Claude Gagean.&lt;br class='autobr' /&gt; On sait que l'h&#244;pital de Tonnerre, fond&#233; &#224; la fin du XIII&#232; si&#232;cle par Marguerite de Bourgogne, aid&#233;e en cela par quelques compagnes appartenant &#224; l'aristocratie, est la plus grande halle m&#233;di&#233;vale du monde, &#224; mettre en rapport avec les Hospices de Beaune 1. Sa destination a toujours &#233;t&#233; le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;. Le mot &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;, tr&#232;s courant en anglais, est &#224; la fois un verbe qui signifie &#171; s'occuper de &#187;, &#171; faire attention &#187;, &#171; prendre soin &#187;, &#171; se soucier de &#187; et un substantif qui pourrait selon les contextes &#234;tre rendu en fran&#231;ais par soins, attention, sollicitude, concernement.&lt;br class='autobr' /&gt; Or si la finalit&#233; de la fondation est &#233;minemment religieuse (une femme appartenant &#224; la lign&#233;e royale, ayant re&#231;u une &#233;ducation la destinant &#224; exercer le pouvoir politique, qui apr&#232;s son veuvage, d&#233;cide de se mettre au service des pauvres, au milieu des plus d&#233;munis, en faisant v&#339;u de pauvret&#233; et de chastet&#233;), il n'en va plus de m&#234;me depuis la la&#239;cisation compl&#232;te de l'h&#244;pital et la professionnalisation de son personnel. M&#234;me si la philosophie du care appartient &#224; l'&#233;thique des relations intersubjectives, avec des auteurs anglo-saxonnes comme Francesca Cancian, Carol Gilligan, Joan Tronto, Jean Watson, en France l'inflexion a &#233;t&#233; plus sociale-politique (Sandra Laugier (2), Pascale Molinier, Serge Gu&#233;rin).&lt;br class='autobr' /&gt; On peut faire la proposition suivante : dans des soci&#233;t&#233;s comme les n&#244;tres o&#249; la politique de l'Etat-providence est manifestement dans une impasse parce que la redistribution des richesses ne s'effectue plus &#233;galitairement, m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s scandinaves, le temps est peut-&#234;tre revenu d'un certain &#233;verg&#233;tisme (3), qui ne serait plus le fait de citoyens fortun&#233;s (comme les m&#233;c&#232;nes anglo-saxons sur le mod&#232;le romain), mais d'institutions qui dans des situations locales d&#233;sastreuses, &#233;largiraient le champ de leurs activit&#233;s &#224; la prise en charge de populations d&#233;sh&#233;rit&#233;es, en particulier sur le plan psycho-social. &lt;br class='autobr' /&gt; B.Stiegler pose (4) ainsi le probl&#232;me de l'auto-d&#233;valuation collective actuelle de la nouvelle &#171; pl&#232;be &#187; en termes de destruction du narcissisme primaire, distingu&#233; classiquement, &#224; la suite de Freud, du narcissisme secondaire. Quand la d&#233;pr&#233;ciation de soi se g&#233;n&#233;ralise et s'ext&#233;riorise, par exemple du fait de l'extension du ch&#244;mage, de l'exclusion sociale, du rejet par le syst&#232;me scolaire, etc, devenant haine de soi, elle fait le lit du populisme. Sans narcissisme primaire inconscient, sans cette sant&#233; native de l'individu qui se sait socialement reconnu parce qu'il a une place dans le champ social, comment pourrait-il y avoir autre chose que cette d&#233;sertion politique &#224; laquelle nous assistons ? Ce m&#233;pris de la classe politique et par extension cette haine des &#233;lites ? Cette souffrance de la nouvelle &#171; pl&#232;be &#187; se manifeste r&#233;guli&#232;rement par la multiplication des &#233;meutes urbaines (5), ou des incendies d'automobiles dont seuls les journaux locaux font &#233;tat. &lt;br class='autobr' /&gt; Comment la nouvelle &#171; pl&#232;be &#187; pourrait-elle &#171; aimer &#187; l'Europe alors que cette derni&#232;re n'a pour elle aucune consistance spatiale ? Encore faudrait-il voyager, parcourir ses confins. Si elle ne la parcourt pas, peut-&#234;tre faut-il la faire venir chez elle ? De la m&#234;me mani&#232;re, on peut &#234;tre atterr&#233; par le niveau esth&#233;tique des constructions r&#233;centes, priv&#233;es. Seules les institutions publiques, les commandes de l'Etat en premier lieu, peuvent et doivent faire imaginer qu'une autre architecture est possible, entre le sous-produit industriel et la copie du patrimoine (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut sociologiquement appartenir par la possession de dipl&#244;mes &#224; la pr&#233;tendue &#171; &#233;lite &#187; et en m&#234;me temps se sentir parfaitement &#233;tranger dans cette soci&#233;t&#233; dont les r&#232;gles &#233;chappent.&lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;rit&#233;, c'est qu'elles &#233;chappent &#224; tous et en particulier aux experts en &#233;conomie dont la seule t&#226;che est de faire oublier leurs erreurs du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce que nous avons tous en commun, c'est de croire que les choses qui sont l'ont toujours &#233;t&#233; et le seront toujours. On peut appeler cela l&#226;chement, comme le dernier P. Veyne (7), &#171; force des choses &#187;. C'est croire &#224; l'&#233;ternel r&#233;p&#233;tition du M&#234;me, ce qu'un certain Nietzsche nommait &#171; &#233;ternel retour &#187;. C'est ne plus avoir foi dans l'exception, c'est-&#224;-dire dans le retournement du temps &#171; comme un gant &#187;, comme le confirme le d&#233;sespoir du dernier Benjamin (8).&lt;br class='autobr' /&gt; On doit pouvoir prendre soin de cette soci&#233;t&#233; en lui rendant le go&#251;t de l'exception. C'est l'&#233;tranger au sens large, qui en rendant le tr&#232;s familier, le trop r&#233;p&#233;titif, &#233;trange, permet de le d&#233;couvrir dans sa singularit&#233; exceptionnelle. Notre soci&#233;t&#233; est en fait la chose la plus &#233;nigmatique parce que toujours d&#233;j&#224;-l&#224; : nous sommes venus au monde en son sein, comment comprendre ce dont nous sommes les produits ? Le paradoxe est qu'il est plus ais&#233; de faire l'ethnographie d'une soci&#233;t&#233; exog&#232;ne, d'embl&#233;e opaque, que la sociologie de notre tribu imm&#233;diatement transparente.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/_coppey-_working.jpg' width='200' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Grand voile&lt;/i&gt; de C. Coppey et ses 2 176 couleurs qui vient rompre la continuit&#233; spatiale de la nef de la grande halle de Notre dame des Fontenilles joue ce r&#244;le. Il fallait en finir avec ce grand volume vide qui depuis son d&#233;soeuvrement comme salle d'accueil hospitali&#232;re aurait pu finir comme march&#233;, hangar &#224; foin, lieu d'exposition commerciale, caserne, etc. Ces initiatives iconoclastes avaient &#233;t&#233; rendues possibles parce que l'extr&#234;me familiarit&#233; rendait l'architecture exceptionnelle invue. Ce qui proc&#232;de de l'habitude permet une grande &#233;conomie d'&#233;nergie : on lance son chapeau sur la pat&#232;re sans m&#234;me la viser. Souvent l'art contemporain depuis Duchamp consiste, puisqu'on ne voit plus comme telles les &#339;uvres d'art, &#224; les rendre prosa&#239;ques, et inversement &#224; rendre &#233;tranges les choses les plus prosa&#239;ques. Cette &#171; &#233;trang&#233;isation &#187; est le principe du th&#233;&#226;tre &#233;pique de Brecht. Pour rendre compte du m&#234;me mouvement, Kracauer utilise le terme de r&#233;demption (9) des choses par l'appareil photographique ou de &#171; sauvetage du r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r qu'un mur blanc aurait pu aussi r&#233;aliser cet office d'&#233;trang&#233;isation. Mais on voit bien dans l'abbatiale cistercienne de Pontigny toute proche que cela ne suffit pas. Ce voile doit &#234;tre une parure, un apparat, un appareil d&#233;coratif au bon sens du terme. Il serait temps, en cette magnifique occasion, de restituer &#224; la fonction d&#233;corative toute sa grandeur, toute sa n&#233;cessit&#233; que reconnaissait implicitement Monet (10) lui-m&#234;me. C'est le classicisme qui a s&#233;par&#233; l'&#339;uvre de son &#171; hors d'&#339;uvre &#187; &#171; d&#233;coratif &#187;, l'&#339;uvre &#171; pure &#187; et ce qui pr&#233;pare la fonction de r&#233;ception, rituelle ou esth&#233;tique. Or peut-on penser s&#233;parer le temple de sa colonnade, la statue de ses v&#234;tements, le tableau de son cadre ? C'est Kant qui posait ces questions dans son Esth&#233;tique. Peut-on s&#233;parer depuis le XIX&#232; si&#232;cle, les &#339;uvres dont on &#233;tablit l'histoire et dontr on c&#233;l&#232;bre la grandeur de cet appareil esth&#233;tique qu'est le mus&#233;e ? Le mus&#233;e sur lequel se reporte donc la fonction de pr&#233;paration de la r&#233;ception esth&#233;tique, autrefois d&#233;volue aux cadres des tableaux et autres supports des statues.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;coration, qui suppose toujours un ordre, une g&#233;om&#233;trie, une logique, une r&#233;p&#233;tition, donc peut-&#234;tre une &#233;criture au sens large, rend encore plus significative la chose qu'il faut distinguer. C'est la fonction que Grabar (11) attribuait aux &lt;i&gt;murquanas&lt;/i&gt; de l'architecture musulmane. Les &lt;i&gt;murquanas&lt;/i&gt; sont des &#233;l&#233;ments d&#233;coratifs en forme de nids d'abeille et r&#233;alis&#233;s en stuc peint, en bois, en pierre ou en brique. Ces &#233;l&#233;ments d&#233;gringolent en stalactites ou garnissent les vo&#251;tes ou l'int&#233;rieur des coupoles de nombreux b&#226;timents musulmans.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour Grabar, ces &#233;l&#233;ments supposant une g&#233;om&#233;trie th&#233;orique tr&#232;s &#233;labor&#233;e, dont les lois math&#233;matiques sont synth&#233;tis&#233;es aujourd'hui au titre du &#171; pavage du plan &#187;, constituaient des ensembles devant marquer la rupture entre l'espace profane et l'espace sacr&#233;. Bref, la d&#233;coration pr&#233;parait la m&#233;ditation et la pri&#232;re dans une salle quasi vide, la mosqu&#233;e, puisque seule l'orientation orientale &#233;tait destinale.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais &#224; la diff&#233;rence de cet ordre proprement cosm&#233;tique, au sens o&#249; il ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; d'une r&#233;f&#233;rence th&#233;ologique, l'esth&#233;tique moderne, en particulier &#224; partir de Matisse ou de Simon Hanta&#239;, est &#224; la recherche de ses propres lois en introduisant le hasard, obtenu par frottage des &#233;l&#233;ments par exemple. La proposition de C.Coppey s'inscrit dans cette histoire dont il faut maintenant reconstituer les &#233;tapes sur de nouvelles bases. A partir du moment o&#249; la fronti&#232;re entre l'&#339;uvre en soi et sa parure s'est effac&#233;e, alors le &#171; d&#233;coratif &#187; ne peut plus se contenter de r&#233;p&#233;ter le M&#234;me et il doit int&#233;grer l'exceptionnalit&#233; de l'&#339;uvre. Si c'est une &#233;criture, c'est-&#224;-dire un espacement r&#233;gl&#233; entre les &#233;l&#233;ments, alors ces derniers doivent &#234;tre &#224; chaque fois diff&#233;rents, voire uniques. C'est cette unicit&#233; de chaque couleur-&#233;l&#233;ment que revendique C.Coppey. Selon elle, chaque couleur de sa palette n'est pas seulement diff&#233;rente de toutes les autres (ce serait rester dans le quantitatif de la d&#233;finition de la couleur en terme de longueur d'onde), mais unique, c'est-&#224;-dire non commutable, comme le sont les phon&#232;mes (12) d'une langue donn&#233;e. Mais &#224; la diff&#233;rence des phon&#232;mes, les &#233;l&#233;ments de son grand voile ne sont pas en nombre fini. D&#232;s lors sa t&#226;che, son faire-&#339;uvre, n'ont pas de limites : elle consiste dans une r&#233;p&#233;tition qui proc&#232;de par creusement de l'&#233;l&#233;ment lumineux, la chose la plus &#233;vidente pour les humains, seuls capables de voir les couleurs, qui devient ainsi la chose plus opaque. Il est &#233;vident alors que le lieu de cette exp&#233;rimentation, la grande halle romane de Tonnerre, devient le lieu d'un double mouvement sp&#233;culatif : d'un c&#244;t&#233; quelque chose comme la constitution d'une langue visuelle universelle dont les &#233;l&#233;ments constitutifs seront innombrables, de l'autre une revendication de l'Un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Sylvie Le Clech-Charton : L'h&#244;tel-Dieu de Tonnerre. M&#233;tamorphose d'un patrimoine hospitalier, XIII&#232;-XX&#232; si&#232;cle., &#233;d. Dominique Gu&#233;niot, Langres, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Sandra Laugier et la notion de &#171; politique de l'ordinaire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. Pascale Molinier, Sandra Laugier, Patricia Paperman, &lt;i&gt;Qu'est ce que le care ?&lt;/i&gt;, Petite Biblioth&#232;que Payot, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Au sens de l'analyse de P. Veyne : &lt;i&gt;Le pain et le cirque. Sociologie historique d'un pluralisme politique&lt;/i&gt;, Le Seuil, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. B. Stiegler : &lt;i&gt;Aimer, s'aimer, nous aimer&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Un laboratoire de sociologie dirig&#233; par Alain Bertho a constitu&#233; dans le cadre de la Maison des Sciences de l'homme Paris Nord, &#171; un observatoire des mobilisations visuelles &#187; en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Pourquoi fallait-il que la nouvelle m&#233;diath&#232;que de Tonnerre, dite Coeurderoy, en hommage d&#233;risoire &#224; ce grand anarchiste, soit un mauvais compromis entre un hangar agricole et la toiture de la grande halle de l'h&#244;tel-Dieu ? Les &#233;diles tonnerroises auraient d&#251; se souvenir de son &lt;i&gt;&#171; Hourrah ou la r&#233;volution par les cosaques&#8230; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. A propos de la diffusion irr&#233;versible du christianisme &#224; partir de Constantin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Celui des&lt;i&gt; Th&#232;ses sur le concept d'histoire&lt;/i&gt;, en part. la th&#232;se VIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. S. Kracauer : Th&#233;orie du film.. La r&#233;demption de la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle. Paris, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. P. Francastel : &lt;i&gt;L'Impressionnisme&lt;/i&gt;, Paris, 174, &#224; propos des Nymph&#233;as. Cit&#233; par C. Coppey : Claude Monet : &#224; l'&#233;cole de l'&#339;il, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Oleg Grabar : &lt;i&gt;Penser l'art islamique. Une esth&#233;tique de l'ornement&lt;/i&gt;, conf&#233;rences IMA, Paris, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Phon&#232;me, selon le dictionnaire Wikip&#233;dia : &#171; En phonologie, domaine de la linguistique, un phon&#232;me est la plus petite unit&#233; discr&#232;te ou distinctive (c'est-&#224;-dire permettant de distinguer des mots les uns des autres) que l'on puisse isoler par segmentation dans la cha&#238;ne parl&#233;e. Un phon&#232;me est en r&#233;alit&#233; une entit&#233; abstraite, qui peut correspondre &#224; plusieurs sons. Il est en effet susceptible d'&#234;tre prononc&#233; de fa&#231;on diff&#233;rente selon les locuteurs ou selon sa position et son environnement au sein du mot (voir allophone). Les phones sont d'ailleurs les diff&#233;rentes r&#233;alisations d'un phon&#232;me. Par exemple [&#641;&#805;] dans croc [k&#641;&#805;o], et [&#641;] dans gros [&#609;&#641;o] sont deux phones diff&#233;rents du m&#234;me phon&#232;me /&#641;/. On transcrit traditionnellement les phon&#232;mes par des lettres plac&#233;es entre des barres obliques : /a/, /t/, /&#641;/, etc., selon la r&#232;gle un phon&#232;me = un symbole.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entre le trauma et le coma 2 (Valparaiso, 2013)</title>
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		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;La question trait&#233;e sera celle des rapports entre les arts, ici la peinture, et les effondrements psychiques, individuels ou collectifs. Elle partira du constat qu'il y a de telles discontinuit&#233;s historico-politiques que l'hypoth&#232;se m&#233;taphysique d'une &#171; raison dans l'histoire &#187; est bien probl&#233;matique, parce que l'humanit&#233; n'est pas un sujet collectif, lequel pourrait se ressaisir, se r&#233;fl&#233;chir au moins comme &#171; esprit &#187; dans sa totalit&#233; depuis un suppos&#233; commencement. Quand il y a eu des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question trait&#233;e sera celle des rapports entre les arts, ici la peinture, et les effondrements psychiques, individuels ou collectifs. Elle partira du constat qu'il y a de telles discontinuit&#233;s historico-politiques que l'hypoth&#232;se m&#233;taphysique d'une &#171; raison dans l'histoire &#187; est bien probl&#233;matique, parce que l'humanit&#233; n'est pas un sujet collectif, lequel pourrait se ressaisir, se r&#233;fl&#233;chir au moins comme &#171; esprit &#187; dans sa totalit&#233; depuis un suppos&#233; commencement. Quand il y a eu des survivants pour tel ou tel g&#233;nocide, qu'ils puissent et doivent t&#233;moigner, c'est n&#233;cessaire, mais cela ne permettra pas r&#233;ellement de sortir de &#171; l'&#233;poque de la disparition &#187; ouverte avec le G&#233;nocide des Arm&#233;niens en 1915. Que nous soyons toujours dans une telle &#233;poque, le succ&#232;s des s&#233;ries t&#233;l&#233;visuelles consacr&#233;es aux fant&#244;mes, aux morts vivants et autres spectres nous en fournit constamment la preuve. De m&#234;me l'importance de ce th&#232;me central chez Derrida. Nous sommes m&#234;me les stricts contemporains d'une s&#233;rie de guerres g&#233;nocidaires qui ont ravag&#233; l'Afrique des Grands Lacs au cours des ann&#233;es 1997-2002, dont l'&#233;pisode le plus connu est le g&#233;nocide rwandais, g&#233;nocide qui d&#233;clencha une succession de massacres pour lesquels il n'y eut pas de t&#233;moins selon les historiens eux-m&#234;mes (David van Reybrouck : &lt;i&gt;Congo. Une histoire&lt;/i&gt;, Actes sud, 2012). La guerre se rallume r&#233;guli&#232;rement dans cette r&#233;gion, elle peut m&#234;me &#234;tre provoqu&#233;e par ceux qui ont &#233;t&#233; des victimes. Aujourd'hui, c'est Kagam&#233;, le Pr&#233;sident tutsi du Rwanda qui est &#224; la man&#339;uvre, alli&#233; pour la circonstance &#224; l'Ouganda pour soutenir la milice du M23. L'objectif, c'est la conqu&#234;te des mines d'or du Kivu, &#224; l'est de la RDC. Ce qui change n&#233;anmoins par rapport &#224; la Grande Guerre africaine, c'est que d&#233;sormais l'ONU observe les combats&#8230;.Il y aura donc des traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduirait &#224; mettre &#224; l'&#233;preuve la th&#232;se de Warburg-Didi-Huberman, celle d'une survivance des formes esth&#233;tiques. Pour qu'il y ait m&#233;moire (individuelle ou collective), il faut bien un support continu (Bergson : &lt;i&gt;Mati&#232;re et m&#233;moire&lt;/i&gt;). Et pour les arts, cela suppose l'existence du mus&#233;e, qui n'est qu'une invention du XVIII&#232;me si&#232;cle. Et encore faut-il qu'il y ait des lecteurs pour ces souvenirs de catastrophe. Ce que les arch&#233;ologues ont d&#233;couvert au Japon apr&#232;s le dernier tsunami, c'est que des st&#232;les en pierre dans la montagne au-dessus de la c&#244;te ravag&#233;e t&#233;moignaient de la derni&#232;re mont&#233;e des eaux et pr&#233;cisaient qu'il ne fallait pas construire en-de&#231;&#224;. Mais eux seuls savaient encore les lire. Comment signalera t-on pour des &#234;tres raisonnables dans quelques milliers d'ann&#233;es qu'ici ou l&#224; il y a des d&#233;chets nucl&#233;aires ultimes (intraitables) ? Ces questions Platon se les pose au d&#233;but du &lt;i&gt;Tim&#233;e&lt;/i&gt;, rapportant les dires des pr&#234;tres &#233;gyptiens : l'Egypte aurait &#233;t&#233; maintes fois effac&#233;e de la surface terrestre. Et c'&#233;tait pourtant une civilisation de l'&#233;criture ! On peut faire l'hypoth&#232;se que c'est &#224; partir de l&#224; qu'il d&#233;veloppera sa critique de l'&#233;criture comme oublieuse m&#233;moire (&lt;i&gt;le Ph&#232;dre&lt;/i&gt;) et sa philosophie de l'anamn&#232;se parce que l'&#226;me immortelle a toujours d&#233;j&#224; tout appris (&lt;i&gt;le M&#233;non&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'enfant Useppe de &lt;i&gt;La Storia&lt;/i&gt; d'Elsa Morante (1974-1977) puise dans un double fonds sensoriel : d'une part les photos aper&#231;ues sur une place romaine &#224; la devanture d'un kiosque &#224; journaux apr&#232;s l'ouverture des camps nazis, d'autre part, les sensations de son corps renaissant apr&#232;s une crise d'&#233;pilepsie. Les premi&#232;res sont pour lui, strictement inintelligibles (amas de cadavres, corps pendus &#224; des crocs de boucher, etc.). Ne les comprenant pas, il ne les identifie pas ; &#224; proprement parler, il ne les voit m&#234;me pas, il n'en garde aucun souvenir conscient. Dans un premier temps, ces images provoquent un choc sans &#233;cho. En outre, elles ne font pas partie de ces traces mn&#233;siques qui, paradoxalement, ne seraient pas inscrites. Ce qui redouble leur effroyable charge &#233;motive &lt; des phrases-affect au sens de Lyotard ?&gt;. Elles appartiennent &#224; l'imm&#233;morial historique comme tout ce qui, selon Benjamin, est per&#231;u dans le cadre d'une &#171; esth&#233;tique du choc &#187; par une perception de distraction, essentiellement non focalisante, comme celle provoqu&#233;e par l'architecture ou le cin&#233;ma. Ainsi &#224; partir de cette rencontre fortuite, les facult&#233;s langagi&#232;res d'Useppe, d&#233;j&#224; loin d'&#234;tre vraiment matures, se d&#233;gradent. Ses bizarreries mentales, qui avaient d&#233;j&#224; alert&#233; les m&#233;decins et psychiatres, s'&#171; organisent &#187;, se &#171; syst&#233;matisent &#187; en un syndrome, il tombe en proie au haut mal, auquel il finira par succomber apr&#232;s une succession de crises toujours plus graves et plus rapproch&#233;es. Chaque chute co&#239;ncide avec une perte totale de conscience, c'est l'exp&#233;rience d'une disparition onirique, d'un &lt;i&gt;blanc&lt;/i&gt;, sans le souvenir des images du r&#234;ve. Il ne s'agit donc pas de souvenirs inconscients, mais d'un imm&#233;morial pur, d'une d&#233;connexion momentan&#233;e de tout l'appareil psychique qui peut affecter chacun d'entre nous pris, par exemple, dans une absorption attentive maximale. C'est le cas de ces enfants dont on dit qu'ils sont dans la lune.&lt;br class='autobr' /&gt; Puis, chez lui, apr&#232;s la crise qui ne dure que quelques instants, le corps peu &#224; peu reprend ses droits, jusqu'&#224; un &#233;tat de quasi-b&#233;atitude, de bonheur purement physique, avant de sombrer dans un profond et durable sommeil sans restes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La &lt;i&gt;Storia&lt;/i&gt; encadre l'histoire de quelques individus, d'une m&#232;re et de ses deux fils (et leurs amis, parmi lesquels les chiens ont une place essentielle) par la &#171; grande histoire &#187;, dont les &#233;v&#233;nements r&#233;sum&#233;s aux d&#233;couvertes techno-scientifiques (l'atome), aux combats politiques et militaires, entre prise de pouvoir des fascistes et Guerre froide, ouvrent chaque chapitre. La succession des r&#233;volutions et de leurs r&#233;pressions est telle qu'il est vain de concevoir une quelconque raison &#224; l'&#339;uvre dans l'histoire. Morante n'est ni h&#233;g&#233;lienne, ni marxiste, partageant avec Pasolini une m&#234;me haine du pouvoir. Une seule chose semble av&#233;r&#233;e, c'est que &#171; l'histoire continue &#187; comme un fleuve de sang, la toile de fond du peintre G. Roesz, ancien apprenti boucher des abattoirs de Colmar en Alsace.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/roesz2.jpg' width='235' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura donc pas de &#171; Tribunal de l'histoire &#187;, cens&#233;, au bout du compte, ass&#233;ner &#224; l'humanit&#233; lucide quelques le&#231;ons d&#233;sormais inoubliables. D'autant que, pour Morante, les survivants des camps comme ceux des &#171; exp&#233;riences &#187; nucl&#233;aires r&#233;alis&#233;es au Japon par les Etatsuniens ne porteront pas t&#233;moignages. Ils en auraient certes la possibilit&#233;, ce n'est pas le probl&#232;me de l'irrepr&#233;sentabilit&#233; ou de l'indicible, mais de l'absence de t&#233;moins int&#233;ress&#233;s. Rappelons que &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt; de Lyotard (1983) s'ouvre par une analyse identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morante :&#171; &lt; les survivants des camps, en particulier les quelques Juifs de retour &#224; Rome&gt; apprirent vite que personne ne voulait &#233;couter leurs r&#233;cits : certains cessaient de les &#233;couter d&#232;s les premiers mots, d'autres les interrompaient rapidement sous un pr&#233;texte quelconque, et d'autres encore les &#233;cartaient carr&#233;ment en ricanant, comme pour leur dire : &#171; Fr&#232;re, je te plains, mais en ce moment, j'ai autre chose &#224; faire. &#187; De fait, les r&#233;cits des Juifs ne ressemblaient pas &#224; ceux des capitaines de navire ou d'Ulysse, le h&#233;ros, de retour dans son palais. Ils &#233;taient des figures aussi spectrales que des nombres n&#233;gatifs, en dessous de toute vision naturelle et incapable de susciter m&#234;me la plus banale sympathie. Les gens voulaient les &#233;liminer de leurs journ&#233;es, comme dans les familles normales on &#233;limine la pr&#233;sence des fous ou des morts. Et ainsi, en m&#234;me temps que les figures illisibles qui fourmillaient dans leurs noires orbites, de nombreuses voix accompagnaient les petites promenades solitaires des Juifs, se r&#233;percutant, &#233;normes, dans leurs cerveaux en une fuite en spirale, plus bas que le seuil habituel de l'audible. &#187;(1) &lt;br class='autobr' /&gt; Leur situation, inintelligible pour une esth&#233;tique et une politique comme celle de Ranci&#232;re, est celle d'un tort absolu parce que leurs interlocuteurs sont comme l'enfant de la &lt;i&gt;Storia&lt;/i&gt;. Ses comas r&#233;p&#233;t&#233;s sont les n&#244;tres sur la sc&#232;ne de l'histoire. C'est le choc nerveux qui provoque le coma, lequel ne saurait &#234;tre alors consid&#233;r&#233; comme le moment du n&#233;gatif dans une quelconque dialectique ou Odyss&#233;e de l'esprit. Dans la vie des individus comme dans celle des soci&#233;t&#233;s, il y a des blancs comme dans la Physique de Descartes o&#249; Dieu recr&#233;e l'univers instant apr&#232;s instant, toujours &#224; nouveaux frais, puisque sa Volont&#233; est infinie et qu'il pourrait cr&#233;er un &#233;tat du monde absolument inou&#239;. On retrouve cette fiction chez Lyotard lui-m&#234;me avec sa th&#233;orie de la phrase, du &lt;i&gt;qu'arrive t-il&lt;/i&gt; ?, du &lt;i&gt;quod&lt;/i&gt; ? qui est un monde &#224; soi seule, absolument d&#233;tach&#233;e de tout, en particulier des autres phrases qui surgissent de-ci de-l&#224;, comme en tombant. &lt;i&gt;Le Diff&#233;rend&lt;/i&gt; introduit un coma entre chaque phrase ou &#233;tat du monde, ce n'est que dans un second temps que la question de l'encha&#238;nement d'une phrase sur l'autre se pose. L'humanit&#233; est globalement &#233;pileptique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On pourrait d&#233;duire du constat benjaminien de la &#171; fin de l'exp&#233;rience &#187;,(2) qui est due &#224; la fin de la narration et donc de la tradition, la m&#234;me certitude, celle d'un coma universel, &#224; condition d'introduire une autre dimension : celle de la destruction des rep&#232;res g&#233;ographiques sans lesquels il n'y a pas de structuration narrative en raison du bouleversement total du paysage, guerrier ou urbain. Verdun et Alexanderplatz. Ce qui cro&#238;t alors, &#224; la place d'un territoire quadrill&#233; par des points-clef,(3) c'est la zone, au sens de Tarkovsky (&lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt;)(4) . La zone, comme le montre D. Skopin, n'est pas un non-lieu, car quelque chose nous y attend. Y a-t-il pour autant un anthropomorphisme de la zone ? Une sorte d'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt; Au fond, notre conception du t&#233;moignage &#233;tait optimiste : certes, disions-nous avec Derrida et Lyotard, un t&#233;moin n'est jamais &#224; la hauteur de ce qu'il a v&#233;cu, car quand l'&#233;v&#233;nement a eu lieu, le t&#233;moin ne pouvait l'appr&#233;hender comme tel sinon ce n'aurait pas &#233;t&#233; un &#233;v&#233;nement, par d&#233;finition inou&#239;, mais une sorte d'anomalie statistique ou un hasard accidentel comme la chute inopin&#233;e d'une tuile sur la t&#234;te d'un citadin qui eut le tort ce jour-l&#224; de passer dans cette rue-l&#224;. Le t&#233;moin n'est jamais dans l'imm&#233;diatet&#233; de l'&#233;v&#233;nement, ou dans ce qu'on appelle aujourd'hui &#171; le temps r&#233;el &#187; : il lui faut donc se constituer progressivement comme support d'inscription de ce qu'on n'avait encore vu. Mais quand il y parviendra, il y a bien longtemps que l'&#233;v&#233;nement sera pass&#233;, du pass&#233;. La th&#233;orie freudienne de l'apr&#232;s-coup d&#233;sarmait la pr&#233;tention de pouvoir &#234;tre le t&#233;moin d'un v&#233;ritable &#233;v&#233;nement, et rendait l&#233;gitime une &#233;criture de l'exp&#233;rience de l'&#233;v&#233;nement gr&#226;ce au retard. Cela suppose quand m&#234;me un sujet plus ou moins dou&#233; de conscience, la continuit&#233; de fonctionnement d'un appareil psychique ou de la conscience ph&#233;nom&#233;nologique (Husserl).&lt;br class='autobr' /&gt; Tout autre est la r&#233;alit&#233; du coma : l'&#233;pileptique sombre dans une nuit totale, le temps n&#233;cessaire &#224; l'inscription des traces psychiques n'existe pas. L'&#233;pileptique dispara&#238;t &#224; lui-m&#234;me. Il n'y a que des discontinuit&#233;s sans patrimoine obscur. &lt;br class='autobr' /&gt; O&#249; se logerait alors, en dehors du mus&#233;e universel, la possibilit&#233; des survivances imm&#233;moriales cens&#233;es peupler l'imaginaire des hommes et des artistes en particulier ? Est-ce que ce n'est pas une douce fantasmagorie, celle de la permanence de formes privil&#233;gi&#233;es constituant la culture depuis les origines (Warburg) ?&lt;br class='autobr' /&gt; Le monde de l'&#233;pileptique, tout en discontinuit&#233;s, est &#224; l'oppos&#233; de celui de l'hyst&#233;rique qui peut &#234;tre fig&#233; dans une posture par l'hypnose (5) et la photographie.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s lors, les ressources de l'artiste ne sont pas du c&#244;t&#233; de la survivance des formes, mais des processus physiologiques et en particulier des humeurs, des processus physiologiques. Lesquels sont, d'apr&#232;s la le&#231;on de Benjamin et Kracauer, la grande affaire du cin&#233;ma (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, la peinture de R&#339;sz (7) suppose l'appareillage cin&#233;matographique de la sensibilit&#233; commune : les flux cin&#233;matographiques privil&#233;gient certes le mouvement (poursuites, road movies, etc.), mais s'imposent picturalement par des extraits verticaux de bandes passantes accroch&#233;es-l&#224; attendant un hypoth&#233;tique montage. Ce sont ses &lt;i&gt;Lin&#233;ales&lt;/i&gt; comme autant de s&#233;quences ou de phrases-images. Certaines sont redoubl&#233;es par des d&#233;coupes enc&#233;phalogrammatiques de m&#233;tal oxycoup&#233; au trac&#233; presque plat.&lt;br class='autobr' /&gt; R&#339;sz, jeune adulte, est revenu au monde &#224; partir d'un long coma provoqu&#233; par un accident de la route qui aurait d&#251; &#234;tre son tombeau. C'est la tr&#232;s longue hospitalisation qui fut fondatrice, parce qu'elle interrompit durablement toute activit&#233; : &#171; L'origine de ma peinture se situe dans un choc fondateur, un trauma comatique. Ne pas voir ni penser le monde. Savoir, au retour, parmi les vivants et la parole qu'une partie de soi-m&#234;me, de sa conscience fut abolie, oubli&#233;e &lt; &gt; Mais cette anecdote qui est la mienne comment peut-elle interroger celui qui regarde ? Comment et pourquoi serait-il concern&#233; ? &#187; (8) Virilio donne une r&#233;ponse dans son &lt;i&gt;Esth&#233;tique de la disparition&lt;/i&gt; : ces &#233;tats, qui ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;s &#224; un trauma, sont tr&#232;s fr&#233;quents, tr&#232;s fugaces et pour cette raison inaper&#231;us chez chacun.&lt;br class='autobr' /&gt; Roesz n'&#233;tait pas destin&#233; &#224; devenir artiste (qui l'est d'ailleurs en dehors de ceux qu'une loi commande un jour de peindre, d'&#233;crire, etc&#8230; ?). Il faut souvent l'interruption de la vie par la maladie, l'accident, l'incarc&#233;ration (Stiegler), l'isolement (Descartes), la solitude (V.Woolf) pour venir briser l'&#233;lan vital. Car sans cela, la r&#233;p&#233;tition de &lt;i&gt;l'habitus&lt;/i&gt; social, de &lt;i&gt;l'hexis&lt;/i&gt; corporel s'imposeraient &#224; tous, toujours. Et il n'y aurait pas d'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s lors, chez ce grand comateux que fut Roesz, une &#233;vidence capitale s'imposa : les signes n'ont pas d'importance, car il n'y a pas eu d'inscription, faute de surface d'&#233;criture ou de bloc magique, m&#234;me si &#231;a et l&#224; des phrases apparaissent, voire des sortes de proto-&#233;critures (9) . Ce sont plut&#244;t des coul&#233;es scripturaires prises dans le grand fleuve sans m&#233;moire (&lt;i&gt;L&#233;th&#233;&lt;/i&gt;). Cette peinture &#233;chappe donc &#224; la Grande S&#233;miologie qui s'impose &#224; l'art et &#224; sa th&#233;orie depuis qu'il y a des empreintes, des marques, des incisions, des traces et autres masques mortuaires. Ce n'est pas un univers de formes et de figures parce que le m&#233;dium de la peinture est liquide. Arcs en ciel, d&#233;calcomanies, irisations de bulles de savon, papiers buvard, dilution par quoi le recto et le verso de la toile se confondent, pliages et d&#233;pliages al&#233;atoires, peintures blanches les plus translucides possibles. Bref, tout l'univers color&#233; de la premi&#232;re esth&#233;tique de Benjamin (10). Comme le rappelait Benjamin, l'humanit&#233; vit au fond d'un grand oc&#233;an vertical parce que l'atmosph&#232;re, c'est de la vapeur d'eau plus ou moins li&#233;e. Bref, &#224; la diff&#233;rence de son ami et complice Gagean, peu de mat&#233;riologie chez R&#339;sz, dont la ville (Colmar), celle du retable d'Issenheim de Gr&#252;newald, est b&#226;tie sur les eaux de l'Ill et de ses affluents qui envahissent r&#233;guli&#232;rement les caves des maisons. R&#339;sz qui privil&#233;gie les promenades au bord des fleuves, si possible, en crue, donc sans limites et sans fronti&#232;res : &#171; Mon go&#251;t des irisations, au d&#233;but de ce que j'appelle ma peinture. Grandes surfaces travers&#233;e de signes (&#233;crits) blancs color&#233;s, fr&#233;missements de la couleur. &lt;i&gt;Blanche&lt;/i&gt;&lt;i&gt;(s)&lt;/i&gt; en &#233;tait le titre. &lt; &gt; Mais l'eau n'est pas &#224; repr&#233;senter, elle se d&#233;place dans le projet de faire peinture, d'&#233;carter le r&#233;el pour le r&#233;el de la peinture. &#187;(11) &lt;br class='autobr' /&gt; Que la couleur s'&#233;mancipe de la forme et de la figure, qui sont plut&#244;t en rapport avec le langage, avec la loi, cela l'enfant le sait bien, l'enfant qui, surpris par l'adulte, sent malgr&#233; lui que le rouge lui monte aux joues. L'affect color&#233; envahit le corps et se r&#233;pand d'autant plus dans les zones o&#249; la singularit&#233; appara&#238;t aux autres. Il peut y avoir un syst&#232;me des couleurs si on leur donne des noms, on peut m&#234;me d&#233;construire ces syst&#232;mes qui apr&#232;s tout sont des organisations culturelles, et donc historiquement et culturellement dat&#233;es, mais comment d&#233;construire des couleurs sans contours, sans fronti&#232;res, passant de l'une &#224; l'autre, au contraire d'un Adami ?&lt;br class='autobr' /&gt; Sans en avoir l'air, c'est donc toute une pens&#233;e (post-structuraliste) de l'espacement comme condition de la pens&#233;e comme de l'existence singuli&#232;re ou communautaire (Nancy), qui est mise &#224; mal. Le sol qui devient une nappe, n'est plus le plan d'inscription de l'ordre symbolique, ce que privil&#233;giait selon Benjamin le dessin, mais l'&#233;tal d'une peau qu'on plie et d&#233;plie comme chez Franju (le cin&#233;aste du &lt;i&gt;Sang des b&#234;tes&lt;/i&gt;, mais aussi des &lt;i&gt;Yeux sans visage&lt;/i&gt;&#8230;et donc des greffes de peau).&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Peindre, dans la chambre, dans la salle de r&#233;union de la coop&#233;rative des bouchers. Dans le lieu de s&#233;chage des boyaux. Je ne tenais pas debout dans ce lieu. J'&#233;tais, tout le temps, pench&#233; sur la toile. Ce rapport au sol est toujours une constante dans l'&#233;laboration de ma peinture (cela rencontre bien entendu les proc&#233;dures de Pollock, mais aussi de Motherwell). (12) &#187; A une &#233;poque o&#249; les artistes exploitent le plus loin possible les potentialit&#233; du virtuel (la digitalisation), c'est-&#224;-dire se font toujours davantage les serfs du langage, de la communication, m&#234;me si ce langage ne laisse place &#224; aucun locuteur (les constituants d'une image num&#233;rique ne sont que des suites de chiffres), R&#339;sz non seulement n'effectue aucun retour &#224; la projection classique inaugur&#233;e &#224; la Renaissance (stade ultime : &lt;i&gt;Le Grand Verre&lt;/i&gt; ?), mais plus largement ignore ce qui en &#233;tait encore la condition : l'inscription. Car il n'y a pas de tableau comme fen&#234;tre ouverte sur le monde sans trac&#233;s de ce qui appara&#238;t l&#224;-bas, derri&#232;re le plan de projection. Ce qui implique que tout un langage critique est invalid&#233;, de l'archi-trace &#224; l'empreinte.&lt;br class='autobr' /&gt; Si le medium (l'eau), c'est le message (le pigment), inversement, le message (l'affect) contamine le medium (la peau). Il y a une essentielle porosit&#233; entre les deux. La porosit&#233;, une notion essentielle dans la pens&#233;e de Benjamin, n'est pas seulement une qualit&#233; de la mati&#232;re pierreuse, un &#233;tat de la lave solidifi&#233;e. On sait depuis le&lt;i&gt; Journal de Naples&lt;/i&gt; de Benjamin et Lacis qu'elle est l'op&#233;rateur d'&#233;change pour penser le rapport entre la forme et le contenu, entre le medium et le message. Il est in&#233;vitable alors que le peintre et sa toile co-existent (13) dans la m&#234;me &lt;i&gt;Raum&lt;/i&gt; (le terme est de Roesz) qui n'est pas l'espace de l'objectivation que consid&#232;rent le critique et l'historien de l'art, de la m&#234;me mani&#232;re que l'enfant Walter ne se cachait pas derri&#232;re les meubles de l'appartement de ses parents, mais faisant tout un avec eux, disparaissait &#224; ses propres yeux (14) croyant ainsi se faire oublier. &lt;br class='autobr' /&gt; Chaque toile est ainsi une zone dans laquelle les cercles, les fragments sombres de fleuve, ne doivent pas &#234;tre pris comme des formes-figures mais comme des contractures du corps qui se ressaisit peu &#224; peu apr&#232;s la crise comatique. Ou les fractures et les organes &#233;clat&#233;s. Ce qui remonte alors du pass&#233;, c'est le paysage du corps.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans la pratique picturale de R&#339;sz, cet op&#233;rateur va se d&#233;cliner en autant d'op&#233;rations secondaires, le pli &#233;tant le dernier en date puisqu'il permet le recouvrement de deux surfaces et l'absorption du pigment de l'une par l'autre. &#171; Plier, c'est dessiner &#187; dit-il. D&#232;s lors le travail du peintre est s&#233;lectif : constater si une greffe de couleur a pris ou non. C'est une peinture r&#233;paratrice, &#224; l'oppos&#233; de l'actuelle ing&#233;nierie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Morante, E. : La Storia, p.354.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Benjamin, W. : Exp&#233;rience et pauvret&#233;, &#338;uvres compl&#232;tes, T.2.Et notre commentaire : W.Benjamin et la forme plastique, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Simondon, G. : Du mode d'existence des objets techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Cf : Skopin, Denis, th&#232;se &#224; para&#238;tre : Les disparitions politiques et la photographie, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Bellour, Raymond : Le corps du cin&#233;ma. Hypnoses, &#233;motions, animalit&#233;s, 2009. POL. C'est au contraire l'hypnose qui sert de mod&#232;le &#224; la r&#233;ception cin&#233;matographique. &#171; Le parti pris essentiel de ce livre suppose une &#233;quivalence entre l'&#233;tat de cin&#233;ma compris comme hypnose l&#233;g&#232;re et la masse des &#233;motions &#233;prouv&#233;es au cours de la projection d'un film. Mais plut&#244;t que des &#233;motions conventionnelles, de nature psychologique, il s'agit des &#233;motions premi&#232;res que Daniel Stern a nomm&#233;es des affects de vitalit&#233; : les r&#233;actions sensibles induites chez le tout petit enfant par la construction corporelle et psychique de son exp&#233;rience, qui sont autant de signes pr&#233;curseurs du style dans l'art. De ces &#233;motions sans nom, aussi variables que toujours recommenc&#233;es, le cin&#233;ma semble par excellence &#234;tre le lieu, lui qui se donne, dans ses films authentiques, pour la r&#233;alit&#233; faite art. &#187;(citation de l'&#233;diteur). On voit que Bellour est &#224; la fois tr&#232;s proche des intuitions de Benjamin-Kracauer, mais en faisant l'&#233;conomie de la th&#233;orie du choc esth&#233;tique, pourtant au c&#339;ur de L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Coureau, Didier : Flux cin&#233;matographiques, cin&#233;matographie des flux, L'Harmattan, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 R&#339;sz, G. : &#224; propos de la M&#233;lancolie de Lucas Cranach l'Ancien, r&#233;cemment acquise par le Mus&#233;e : &#171; Les &#339;uvres nourrissent les artistes avec force. La m&#233;lancolie s'est insinu&#233;e en moi non pas par les quatre humeurs, la bile noire, le flegme, la bile jaune et le sang mais plut&#244;t par le mot de Hugo &#171; la m&#233;lancolie, c'est le bonheur d'&#234;tre triste. &#187; S'adonner &#224; la r&#234;verie, regarder le ciel et imaginer Saturne en soi &#187;, opus cit&#233;, p.59&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 R&#339;sz, G. : Peintures 1970-2011, p.143, &#233;d. L'Harmattan-Cour carr&#233;e, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Peinture : Ecritures, 1970-1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Benjamin, W. : Fragments d'esth&#233;tique,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Roesz, G. : L'&#233;clat rouge, un peu de Colmar. Editions J&#233;r&#244;me Do Bentzinger, Colmar, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Roesz, G. : opus cit&#233;, p.83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Ils sont sur la m&#234;me bande, celle que d&#233;crit Lyotard dans L'&#233;conomie libidinale, et qu'&#233;tudie A. Heathcote, dans le num&#233;ro 10 de la revue en ligne &lt; revue appareil&gt;, automne 2012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Benjamin, W : &lt;i&gt;Enfance berlinoise&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Tiphaine Gondouin : le r&#233;el est photog&#233;nique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pour Tiphaine Gondouin , la question &#171; qu'est-ce que la photo ? &#187; arrive quand tout le territoire photographiable est satur&#233;. La r&#233;ponse est rapide : c'est un appareil. &#171; Ma pratique et ma r&#233;flexion sur la photo m'am&#232;nent &#224; penser l'appareil diff&#233;remment du simple outil ou de la proth&#232;se, de la chose donn&#233;e d'avance parce que c'est ce qu'on utilise lorsqu'on fait de la photo.. L'appareil est envisag&#233; comme un paradigme englobant une pratique toute enti&#232;re. Il est le lieu m&#234;me de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour Tiphaine Gondouin , la question &#171; qu'est-ce que la photo ? &#187; arrive quand tout le territoire photographiable est satur&#233;. La r&#233;ponse est rapide : c'est un appareil.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ma pratique et ma r&#233;flexion sur la photo m'am&#232;nent &#224; penser l'appareil diff&#233;remment du simple outil ou de la proth&#232;se, de la chose donn&#233;e d'avance parce que c'est ce qu'on utilise lorsqu'on fait de la photo.. L'appareil est envisag&#233; comme un paradigme englobant une pratique toute enti&#232;re. Il est le lieu m&#234;me de la cr&#233;ation. Son mod&#232;le constituant est celui du conditionnement : l'appareil est comme un tout qui conditionne et est conditionn&#233;. &#187; Et elle ajoute :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je consid&#232;re, au pr&#233;alable, le m&#233;dium photographique dans son autonomie : il est pris par et pour lui-m&#234;me, d&#233;lest&#233; de toutes intentions ou fonctions. C'est &#224; cette seule condition qu'il est alors possible d'envisager le r&#244;le conditionnant de l'appareil. Mais alors, comment penser cette autonomie ? En d&#233;veloppant une pratique photo cherchant &#224; mettre en avant (et en montrant) les &#233;l&#233;ments premiers et constitutifs de l'appareil photo, et son proc&#232;s. D'adopter une posture cr&#233;atrice mettant en quelque sorte &#171; &#224; bout &#187;l'appareil photo dans toute sa mesure, et dans tout ce qu'il englobe et d&#233;finit. D'essayer d'entretenir avec le r&#233;el se trouvant de l'autre c&#244;t&#233; de l'appareil un rapport de questionnement, d'int&#233;r&#234;t humble afin de produire une image photo &#171; pauvre &#187;, sans artifices. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; T. Gondouin est en fait proche de Simondon , lui qui ne dirait pas que la photo r&#233;pond &#224; un besoin social et qui l'analyserait en termes de successions de progr&#232;s techniques autonomes et cumulatifs &#224; partir d'une sorte d'invention originaire, celle d'une famille d'appareils avec Niepce, Daguerre, Talbot&#8230; et qui va faire monde en cr&#233;ant un milieu associ&#233; de photographes et de spectateurs. Simondon pour qui l'esth&#233;tique &#233;tait indissociable de l'usage d'un objet technique et pour qui la compr&#233;hension du fonctionnement passait par le d&#233;montage de l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T. Gondouin reprend la distinction de P.D.Huyghe entre &#171; exercice &#187; et &#171; emploi &#187; pour d&#233;crire l'usage de l'appareil, notamment photographique : &#171; Pour lui, la diff&#233;rence que l'on peut faire entre &#171; exercice &#187; et &#171; emploi &#187; d'un appareil, c'est la voie prise par la subjectivation, sa capacit&#233; d'invention du sujet. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on peut se demander ici s'il n'y a pas confusion entre le devenir sujet que serait la subjectivation, et on voit bien qu'on ne sort pas de la m&#233;taphysique post-cart&#233;sienne de la singularit&#233; comme sujet, avec l'objet lui-m&#234;me &#233;lu par le photographe comme int&#233;ressant, voire &#171; photog&#233;nique &#187;. Ainsi, tr&#232;s souvent dans la th&#232;se, le sujet, c'est l'objet qui va &#234;tre saisi par l'objectif, inversement, le sujet, c'est l'objet, comme lorsqu'on donne des &#171; sujets de dissertation &#187;. Or, il faut, avec la photographie sortir du dualisme r&#233;versible du sujet/objet, ce dualisme qui permet tout le jeu de la m&#233;taphysique, avec ce sommet qu'est Hegel, quand l'objet devient sujet (prise de conscience) et le sujet objet (ali&#233;nation). Ce dualisme est un pur h&#233;ritage sur le plan philosophique de la domination &#233;poquale de l'appareil perspectif ! Or, si l'appareil photo rel&#232;ve bien de cette domination, car c'est toujours un appareil projectif, il n'en reste pas moins qu'il introduit une autre temporalit&#233; que la perspective, que ses effets sur le collectif et sur la singularit&#233; sont tout autres. Et surtout, il est au milieu de l'opposition sujet/objet. C'est de lui qu'il faut partir. Et nous verrons que la notion de sujet n'est pas vraiment appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi une autre h&#233;sitation : la photo est-elle un m&#233;dia ou un m&#233;dium . Or, la photo peut parfaitement &#234;tre du c&#244;t&#233; des m&#233;dia, donc de l'information et de la communication, c'est d'ailleurs ainsi qu'elle int&#233;resse Mac Luhan (&lt;i&gt;Pour comprendre les media&lt;/i&gt;). Et dans ce sens le num&#233;rique entra&#238;ne la photo dans un devenir m&#233;diatique : les photos num&#233;riques sont destin&#233;es &#224; un &#233;change rapide, dans un flux de communication, presque sans restes. Mais ce n'est pas un progr&#232;s de faire de la photo analogique un medium, car pour l'interm&#233;dialit&#233; canadienne, comme chez son parent pauvre, fran&#231;ais, la m&#233;diologie, de R.Debray, le medium gomme tout, et en particulier la forte distinction entre arts et appareils. Il faut conserver cette distinction parce que la logique des appareils est faite de discontinuit&#233;s, celle des inventions techniques qu'on peut parfaitement d&#233;crire en termes de propri&#233;t&#233;s, par exemple projectives depuis la perspective, alors que les arts en eux-m&#234;mes n'ont pas de propri&#233;t&#233;s intrins&#232;ques, &#224; part par exemple la bidimensionnalit&#233; pour la peinture, ce qui est quand m&#234;me peu de chose. Ce sont les appareils qui donnent aux arts leurs propri&#233;t&#233;s, &#233;poque de la sensibilit&#233; apr&#232;s &#233;poque de la sensibilit&#233;. Mais ces appareils n'ont rien d'artistiques en eux-m&#234;mes : la perspective, le mus&#233;e, la photo rel&#232;vent en premier lieu de la g&#233;om&#233;trie, de l'architecture, de la reproduction industrielle.&lt;br class='autobr' /&gt; L'appareil, c'est ce qui de l'ext&#233;rieur s'introduit dans l'&#339;uvre d'art pour en modifier les propri&#233;t&#233;s internes. Un peu comme le cadre du tableau qu'analyse Derrida (&lt;i&gt;La v&#233;rit&#233; en peinture&lt;/i&gt;) &#224; la suite de Kant : le cadre, ce n'est ni la salle d'exposition ni la peinture en elle-m&#234;me : le cadre est &#224; la fois &#224; l'int&#233;rieur du tableau et &#224; l'ext&#233;rieur, c'est un &lt;i&gt;parergon&lt;/i&gt;, une parure qui fait appara&#238;tre. Aussi peu accessoire que les colonnes des temples ou les v&#234;tements des statues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la philosophie critique kantienne, en particulier &lt;i&gt;la Critique de la raison pure&lt;/i&gt;, est un cadre pr&#233;alable pour savoir ce qu'&lt;i&gt;appareil&lt;/i&gt; veut dire. Rappelons que pour Kant la science transcendantale a pour objectif de d&#233;crire les conditions de possibilit&#233; de la connaissance objective, de type newtonienne. Face &#224; un r&#233;duit objectivement inconnaissable (noum&#232;ne, chose en soi, etc),lequel rel&#232;vera de la m&#233;taphysique,parce qu'il n'est pas calculable, le &#171; sujet &#187; de la connaissance jette sur le monde des ph&#233;nom&#232;nes une sorte de filet l&#233;gal. C'est lui qui informe le monde &#224; conna&#238;tre, par la double synth&#232;se a priori du sensible pur (espace, temps), par le sch&#233;matisme de l'imagination, par les cat&#233;gories de l'entendement, par les id&#233;es de la raison. Du monde parviennent des ph&#233;nom&#232;nes, lesquels, au premier plan, pour la sensibilit&#233; pure, sont des &lt;i&gt;data&lt;/i&gt;, des atomes de mati&#232;re qui vont &#234;tre mis en forme par l'activit&#233; l&#233;gislatrice du &#171; sujet &#187;. Il n'est pas arbitraire de dire que la philosophie critique a &#233;labor&#233; philosophiquement les principes de l'appareil perspectif. &lt;br class='autobr' /&gt; L&#224; o&#249; T.Gondouin est strictement kantienne, c'est quand elle affirme que non seulement l'appareil photographique configure l'appara&#238;tre (le &#171; r&#233;el &#187;) &#224; nouveaux frais, mais que par voie de cons&#233;quence, il le p&#233;n&#232;tre de part en part de telle mani&#232;re qu'il devient totalement &#171; photog&#233;nique &#187; : c'est-&#224;-dire identifiable par le photographe comme digne d'&#234;tre photographi&#233;. C'est son &#171; auto-r&#233;flexivit&#233; &#187;. C'est-&#224;-dire que non seulement l'appareil a fait &#233;poque et est devenu la dorsale de la sensibilit&#233; commune, mais qu'il n'est pas rest&#233; &#224; ce niveau (la perception) car il a g&#233;n&#233;r&#233; positivement du r&#233;el qui se donne alors imm&#233;diatement &#224; lui comme son reflet. C'est ce qu'elle appelle &#171; effet &#187; de l'appareil. Est-ce &#224; dire que tout le &#171; r&#233;el &#187; est alors &#171; photog&#233;nique &#187; ? Qu'il n'y a aucun reste ? Dans ce cas, on ne comprendrait pas l'invention ult&#233;rieure d'autres appareils, comme le cin&#233;ma, pour lequel le &#171; r&#233;el &#187; a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233; en mouvement. L'un n'a pas remplac&#233; l'autre, il est plut&#244;t venu se placer &#224; c&#244;t&#233;, et son champ d'application &#224; c&#244;t&#233; du &#171; photog&#233;nique &#187;. S'il y avait un progr&#232;s dans la succession des appareils, le dernier en date aurait &#233;limin&#233; les autres, ce qui n'est pas le cas. Il y a plut&#244;t une juxtaposition gr&#226;ce &#224; laquelle chaque appareil projectif peut englober tel ou tel autre. Ainsi le cin&#233;ma peut-il entrer au mus&#233;e. Tous les englobements sont possibles, mais en conservant la sp&#233;cificit&#233; de chaque monde ph&#233;nom&#233;nal.&lt;br class='autobr' /&gt; La th&#232;se serait id&#233;aliste, h&#233;g&#233;lienne, si elle ne laissait pas place &#224; un &#171; r&#233;el &#187; inconnaissable, non pas dans l'absolu, mais relativement &#224; tel ou tel appareil, ce qui laisse la porte ouverte &#224; d'autres inventions techniques. On peut l'appeler &#171; sublime d'appareil &#187;, une sorte de r&#233;serve de &#171; r&#233;alit&#233; &#187; pour l'avenir qu'on doit postuler puisqu'&#224; rebours, on doit bien constater qu'il y a un pass&#233; des mondes ph&#233;nom&#233;naux invent&#233;s par autor&#233;flexivit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est &#224; l&#8216;&#233;vidence la s&#233;rie des &lt;i&gt;Vitrines&lt;/i&gt; de T.Gondouin qui est son coup de g&#233;nie artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais il y a dans la th&#232;se une autre th&#232;se qui vient peut-&#234;tre contrecarrer cette ontologie. Si l'appareil photo est une &#171; machine c&#233;libataire &#187; au sens de Michel Carrouges , c'est-&#224;-dire une &#171; synth&#232;se de machinisme, de terreur, d'&#233;rotisme, de religion et d'anti-religion &#187;, on ne comprend pas bien ce que vient faire dans la liste des grands c&#233;libataires comme Kafka et Roussel, la place du &lt;i&gt;Grand Verre&lt;/i&gt; de Duchamp, pi&#232;ce qui, selon l'interpr&#233;tation de J.Clair, r&#233;sulterait de la projection d'une r&#233;alit&#233; quadridimensionnelle en r&#233;alit&#233; tridimensionnelle. Dans la s&#233;rie des &#171; machines c&#233;libataires &#187;, T.Gondouin inclut donc le &lt;i&gt;Grand Verre&lt;/i&gt;, la machine d'&#233;criture de la loi sur le corps des condamn&#233;s de&lt;i&gt; la Colonie p&#233;nitentiaire&lt;/i&gt; de Kafka et son propre agrandisseur photographique. Il y a peut-&#234;tre entre ces dispositifs techniques des analogies ext&#233;rieures dont le dessin industriel permettrait de rendre compte, mais aussi de grandes diff&#233;rences. La machine de Kafka ne projette pas mais &#233;crit. Car, il s'agit d'une loi que le condamn&#233; va apprendre &#224; conna&#238;tre sans pouvoir la lire puisqu'il l'a, si l'on peut dire, dans le dos, et &lt;i&gt;le Grand Verre&lt;/i&gt; n'entretient pas &#224; ma connaissance de rapport &#224; la loi. Ecrire la loi sur un support opaque comme le corps, ce n'est pas projeter sur un support transparent les traces de ce qui est l&#224;-bas, derri&#232;re l'&#233;cran ! Mais m&#234;me s'il s'agit d'un texte de loi, qui certes pourrait &#234;tre projet&#233; et si c'est le cas de son agrandisseur, alors T.Gondouin le consid&#232;re comme un appareil de destination puisque c'est quelque chose ayant un statut juridique qui est projet&#233;. Ce qui implique que l'image qu'elle d&#233;veloppera aura une puissance destinale, et comme c'est de son appareil et de ses photos dont elle parle, dans un usage c&#233;libataire, alors ses photos d&#233;velopp&#233;es auront la puissance de la destiner. &lt;i&gt;A quoi ?&lt;/i&gt; C'est ce que nous essaierons de voir plus tard. Les r&#233;f&#233;rents de ces photos lui demanderont de faire quelque chose de pr&#233;cis parce qu'elle sera entr&#233;e dans un rapport quasi l&#233;gal avec ce r&#233;el qui s'expose l&#224; dans ses photos. En science juridique, en droit, c'est une relation de &lt;i&gt;fid&#233;i-commission&lt;/i&gt;. La photographe devient une sorte d'oblig&#233;e du &#171; r&#233;el &#187; qui n'existe que pour elle. Elle ne peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un &#171; sujet &#187;. C'est exactement ce qu'&#233;crit Barthes quand dans une photo, il distingue le &lt;i&gt;studium&lt;/i&gt; (ce que tout le monde peut y percevoir) du &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt; qui ne touche qu'une singularit&#233; qui se trouve alors oblig&#233;e. Un &lt;i&gt;punctum&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire un point qui a la puissance de vous poindre, de vous toucher au coeur : c'est bien la forme moderne du destin. T.Gondouin a ainsi bien raison, &#224; la suite de J.M.Schaeffer, d'&#233;crire que la photo n'est pas une pratique ayant essentiellement affaire au visible. A la question : &#224; quoi destine un portrait photographique anonyme ? Benjamin r&#233;pondait : &#224; &#234;tre renomm&#233;. Celui ou celle qui est l&#224; en photo, et c'est toute la diff&#233;rence avec le portrait peint, demande qu'on lui redonne son nom. C'est la raison pour laquelle nous sommes attendus selon lui dans l'histoire : petite attente messianique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, dans la suite de la th&#232;se, T.Gondouin va t-elle donner toute sa mesure &#224; cette r&#233;v&#233;lation, &#224; savoir que ses photos s'adressent &#224; elle d'une mani&#232;re poignante, que le r&#233;el photographi&#233; est bien plus que le visible pour un &#339;il ? Il me semble qu'elle va dresser un v&#233;ritable rempart th&#233;orique contre cette r&#233;v&#233;lation qui a pourtant une base logique, bien qu'analogique, &#224; partir d'Evgen Bavcar, le photographe aveugle, de Nan Goldin, d'August Sander, des Becher, d'Umbo, d'Andreas Feininger, de Michael Snow, de Joanna Marsden, de Walker Evans, de Michael Wesely, etc. T.Gondouin s'est attach&#233;e &#224; juste titre &#224; des objets privil&#233;gi&#233;s parce qu'ils sont autor&#233;flexifs comme le cadre, la vitrine, tous ces &#233;l&#233;ments du visible qui sont d&#233;j&#224; pr&#233;-photographiques (&#171; photog&#233;niques &#187;) et en attente d'&#234;tre photographi&#233;s parce qu'ils ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; projet&#233;s dans le r&#233;el par l'appareil photographique. La s&#233;rie &lt;i&gt;Vitrines&lt;/i&gt; est &#224; cet &#233;gard &#233;loquente : le cadre identique de ces vitrines est l'exact sym&#233;trique de celui de l'appareil, leur verre en partie r&#233;fl&#233;chissant, de celui de l'optique, et le reflet de la photographe comme une sorte d'autoportrait. Une rue commer&#231;ante, c'est une s&#233;rie de bo&#238;tes photographiques surdimensionn&#233;es. C'est la preuve que l'appareil a fait &#233;poque puisque arpentant le r&#233;el, il est d'entr&#233;e de jeu attir&#233;, s&#233;duit, par les traces de lui-m&#234;me. Il ne faut pas chercher ailleurs le secret de la dialectique h&#233;g&#233;lienne et celui de la distinction entre : en-soi, pour-soi, en-soi pour-soi. On a la s&#233;rie suivante : l'appareil photo a &#233;t&#233; invent&#233; (on pourrait presque dire qu'il s'est invent&#233;), il a permis d'obtenir des photos v&#233;ridiques des marchandises, on a d&#233;velopp&#233; l'art de la r&#233;clame et de la vitrine pour exposer ces marchandises aussi bien qu'en photographie, puis stade esth&#233;tique : on a photographi&#233; ces vitrines pour les exposer dans des galeries d'art, etc. Baudrillard d&#233;crit cette spirale en termes de simulacre, ce qui implique que ce n'est pas seulement notre rapport au &#171; r&#233;el &#187; qui a chang&#233;, mais que ce &#171; r&#233;el &#187; lui-m&#234;me est devenu totalement &#171; photog&#233;nique &#187;. C'est le moment o&#249; Ranci&#232;re d&#233;couvre que tout est photographiable ! Est-ce &#224; dire que le &#171; r&#233;el &#187; a &#233;t&#233; n&#233;antis&#233; comme feint de le croire Baudrillard ? Qu'il n'y a plus que des simulacres ? Certes non ! Le &#171; r&#233;el &#187; a toujours &#233;t&#233;, depuis le monde pa&#239;en du r&#233;cit, structur&#233; par un appareil dominant. Il n'y a pas de &#171; r&#233;el brut &#187;, absolument d&#233;sappareill&#233;. Ou alors,il faudrait le montrer et avec quel appareil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T.Gondouin reprend &#224; Ugo Mulas (&lt;i&gt;Verifice&lt;/i&gt;) l'analyse des param&#232;tres de l'appareil photo, dans une courte narration, de la planche contact &#171; jusqu'&#224; p&#233;n&#233;trer au plus pr&#232;s dans la pellicule pour ne faire appara&#238;tre que le grain photographique qui constitue bien l'essence de l'image photographique. &#187; Et elle ajoute en note : &#171; Nous avons aussi cette (malheureuse) pr&#233;gnance du grain photographique dans une sc&#232;ne de &lt;i&gt;Blow up&lt;/i&gt; d'Antonioni &#8230;. &#187;. Elle rappelle que le photographe du film, Thomas, a &#233;t&#233; le t&#233;moin d'un meurtre, mais qu'en agrandissant successivement ses photos, il se heurte au mur du grain de la photo. Bref, le visible a disparu, ne subsiste que le &#171; r&#233;el &#187;, le constituant mat&#233;riel incontournable de la photo. Or, ce que prouvent ces photos, ce n'est pas seulement que Thomas a &#233;t&#233; le t&#233;moin d'un meurtre, mais de l'impossible (au sens de Blanchot), &#224; savoir une disparition. Car le corps qui gisait-l&#224;, et la photo l'avait attest&#233;, a bel et bien disparu. On a fait dispara&#238;tre le cadavre. Crime parfait. Au fond, on doit faire l'hypoth&#232;se que la photo g&#233;n&#232;re tout &#224; la fois le r&#233;el photog&#233;nique mais aussi sa disparition possible. On comprend alors qu'&#224; partir de l'&#233;poque de la photographie, dans l'histoire des hommes, on ait pu faire dispara&#238;tre absolument sans traces un corps, des corps, des millions de corps. C'est la raison pour laquelle, T.Gondouin peut &#233;crire de belles pages sur le noir, &#224; partir de sa s&#233;rie &lt;i&gt;Apparition-Disparition I, II, III&lt;/i&gt;, en citant Pierre Soulages, Bernar Venet, Philippe Gronon. Ceci pour introduire &#224; une derni&#232;re s&#233;rie &lt;i&gt;Apparition-Disparition 4-2&lt;/i&gt; (photo argentique noir et blanc, 12,5x17cm, 2012). A partir d'une s&#233;rie arch&#233;ologique de n&#233;gatifs de temples extr&#234;me-orientaux (le lieu n'est pas r&#233;f&#233;renc&#233;), elle s'est exerc&#233;e &#224; faire dispara&#238;tre graduellement au d&#233;veloppement une partie de l'image : &#171; la proc&#233;dure &#224; l'&#339;uvre fut la suivante : la longueur de chaque plaque &#233;tant de dix-sept centim&#232;tres,l'image allait donc &#234;tre d&#233;coup&#233;e en dix-sept sections verticales. A chaque section, j'allais rajouter une seconde de lumi&#232;re suppl&#233;mentaire. Autrement dit, un centim&#232;tre = une seconde de lumi&#232;re. Cette mani&#232;re de faire allait donc se r&#233;p&#233;ter pour chaque image &#224; d&#233;velopper : l&#224; &#233;tait le sujet de ce travail, l'objectif de la s&#233;rie. J'obtins alors des images &#224; chaque fois diff&#233;rentes, variantes dans leur mani&#232;re de laisser d&#233;couvrir ce qui &#233;tait repr&#233;sent&#233;. Du blanc du papier o&#249; pratiquement rien n'appara&#238;t jusqu'au noir o&#249; l'on ne discerne plus le moindre d&#233;tail, nous naviguons entre deux aveuglements allant de la blancheur &#224; la noirceur. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Ce travail d'artiste r&#233;sume d'une mani&#232;re exemplaire la th&#232;se, la proc&#233;dure technique est devenue le th&#232;me de la s&#233;rie, l'objet le sujet.Mais en m&#234;me temps, elle proc&#232;de &#224; la disparition du r&#233;f&#233;rent, ces temples, ces asiatiques,m&#233;thodiquement. La photographe a eu conscience de parachever une action qui probablement avait d&#233;j&#224; eu lieu au Cambodge, au Laos, au Viet- Nam, en Chine ? Nous sommes bien dans l'&#233;nigmatique temporalit&#233; du d&#233;j&#224; vu. Ces personnages, ces temples, vont dispara&#238;tre t&#244;t ou tard parce que cette r&#233;alit&#233; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; liquid&#233;e : c'est imm&#233;diatement ce qui m'a touch&#233; dans ces images.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Th&#232;se (&#224; para&#238;tre) : Medium et appareil dans la cr&#233;ation photographique, sous la direction de J.F.Robic (Strasbourg)&lt;br class='autobr' /&gt;
2 Opus cit&#233;, p.28.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 Opus cit&#233;, p.29.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 Gilbert Simondon : Du mode d'existence des objets techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
5 Pierre-Damien Huyghe : Le temps des appareils, L'Harmattan, 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
6 Th&#232;se, p.78.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 Opus cit&#233;, pp.90-91.&lt;br class='autobr' /&gt;
8 Michel Carrouges : Les Machines c&#233;libataires, 1976.&lt;br class='autobr' /&gt;
9 Th&#232;se, p.235&lt;br class='autobr' /&gt;
10 Opus cit&#233;, p.204&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vid&#233;o - Sur le Livre des Passages de Benjamin</title>
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		<dc:date>2012-10-21T08:54:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe src=&#034;//www.dailymotion.com/embed/video/xn9mxi?autoPlay=1&#034; allowfullscreen=&#034;&#034; width=&#034;100%&#034; height=&#034;270&#034; frameborder=&#034;0&#034;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;iframe frameborder=&#034;0&#034; width=&#034;100%&#034; height=&#034;270&#034; src=&#034;//www.dailymotion.com/embed/video/xncky3&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Contre qui a &#233;t&#233; &#233;crit le Livre des passages ? : Walter Benjamin et la technique</title>
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		<dc:date>2012-01-13T11:00:19Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Lors des journ&#233;es internationales &#034;Walter Benjamin et la technique&#034; &#224; la MSH Paris Nord, Jean-Louis D&#233;otte a pr&#233;sent&#233; le programme &#233;crit en 1939 par Benjamin pour pr&#233;senter le projet de &#034;Paris, Capitale du XIXe si&#232;cle&#034;. L'accent a &#233;t&#233; mis lors de cette intervention sur les diff&#233;rents &#034;op&#233;rateurs de fantasmagorie&#034; qui ont constitu&#233; l'espace d'image collectif du XIXe si&#232;cle. Il appara&#238;t que Benjamin a d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e originale de la technique, et donc de la culture, comme prolongement et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors des journ&#233;es internationales &#034;Walter Benjamin et la technique&#034; &#224; la MSH Paris Nord, Jean-Louis D&#233;otte a pr&#233;sent&#233; le programme &#233;crit en 1939 par Benjamin pour pr&#233;senter le projet de &#034;Paris, Capitale du XIXe si&#232;cle&#034;. L'accent a &#233;t&#233; mis lors de cette intervention sur les diff&#233;rents &#034;op&#233;rateurs de fantasmagorie&#034; qui ont constitu&#233; l'espace d'image collectif du XIXe si&#232;cle. Il appara&#238;t que Benjamin a d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e originale de la technique, et donc de la culture, comme prolongement et actualisation de la nature. Dans cette hypoth&#232;se, cette technique enchant&#233;e ne saurait participer du mouvement de mobilisation totale sous la figure type du Travailleur th&#233;oris&#233;e par E. J&#252;nger. Le livre inachev&#233; de Benjamin peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une r&#233;ponse, ni marxienne, ni freudienne, au national-bolchevisme de J&#252;nger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les vid&#233;os ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;es par Roman Dominguez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re partie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xn9mxi_jean-louis-deotte-contre-qui-a-ete-ecrit-le-livre-des-passages-1-sur-2_school&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dailymotion.com/video/xn9mxi_jean-louis-deotte-contre-qui-a-ete-ecrit-le-livre-des-passages-1-sur-2_school&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;me partie :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xncky3_jean-louis-deotte-contre-qui-a-ete-ecrit-le-livre-des-passages-2-sur-2_school&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dailymotion.com/video/xncky3_jean-louis-deotte-contre-qui-a-ete-ecrit-le-livre-des-passages-2-sur-2_school&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La ville appareill&#233;e</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=171</link>
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		<dc:date>2011-10-15T17:54:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Louis D&#233;otte</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est Benjamin qui aura le mieux compris que la ville n'existe pas en soi (pas plus qu'une autre chose, ph&#233;nom&#232;ne ou apparition), parce qu'elle est toujours appareill&#233;e. D'une part au sens o&#249; il y a des &#233;poques de la ville qui sont celles de l'appareil historiquement dominant, d'autre part au sens o&#249; il y a une conception-production de la ville &#224; partir de ces appareils. Les textes de Benjamin sur Baudelaire et Paris, le grand livre inachev&#233; Paris, Capitale du XIX&#232;me si&#232;cle, sont &#224; ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=29" rel="directory"&gt;Le Baudelaire des philosophes septembre 2011&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est Benjamin qui aura le mieux compris que la ville n'existe pas en soi (pas plus qu'une autre chose, ph&#233;nom&#232;ne ou apparition), parce qu'elle est toujours appareill&#233;e. D'une part au sens o&#249; il y a des &#233;poques de la ville qui sont celles de l'appareil historiquement dominant, d'autre part au sens o&#249; il y a une conception-production de la ville &#224; partir de ces appareils. &lt;br class='autobr' /&gt; Les textes de Benjamin sur Baudelaire et Paris, le grand livre inachev&#233; Paris, Capitale du XIX&#232;me si&#232;cle, sont &#224; ce double titre exemplaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
La seconde partie du Paris du Second Empire chez Baudelaire (1938) est consacr&#233;e aux th&#232;mes du fl&#226;neur et de la trace, th&#232;mes centraux pour l'ouvrage. La premi&#232;re phrase : &#171; Quand l'&#233;crivain s'&#233;tait rendu au march&#233;, il regardait autour de lui comme dans un panorama &#187; confirme que la perception visuelle de l'&#233;crivain est appareill&#233;e par un certain dispositif de spectacle apparu au tout d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle &#224; Paris comme &#224; Londres (une invention de Barker, r&#233;alis&#233;e par les Thayer) : le panorama. D&#232;s lors sa production donnera lieu &#224; une sorte de genre litt&#233;raire, les physiologies, une &#171; litt&#233;rature panoramique &#187; &#233;crit Benjamin, dont le plus grand repr&#233;sentant est selon lui Balzac. Le rapport entre l'appareil architectural et le genre litt&#233;raire est structurel : &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Ces livres sont faits d'une s&#233;rie d'esquisses dont le rev&#234;tement anecdotique correspond aux figures plastiques situ&#233;es au premier plan des panoramas, tandis que la richesse de leur information joue pour ainsi dire le r&#244;le de la vaste perspective qui se d&#233;ploie &#224; l'arri&#232;re-plan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'apr&#232;s lui, cette litt&#233;rature succombera vite du fait de son manque de hardiesse, en cette situation politique de &#171; terreur politique &#187;, et de sa &#171; na&#239;vet&#233; &#187; qui consiste &#224; universaliser socialement &#224; partir d'un seul exemple de personnage (cf. Balzac) et laissera la place &#224; une litt&#233;rature o&#249; dominera le roman policier et la figure de l'asocial, comme chez Poe, lequel profite de la foule pour ne pas laisser de traces.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui nous int&#233;ressera ici, c'est que le panorama comme architecture est indissociable du passage urbain qui se d&#233;veloppera &#224; Paris dans le premier tiers du si&#232;cle. Mettons en exergue le Passage des panoramas qui s'ouvre toujours sur les Grands Boulevards parisiens et ses deux rotondes qui, elles, n'existent plus . Or les passages sont une ville dans la ville, une ville beaucoup plus hospitali&#232;re que les rues mal &#233;clair&#233;es et souvent d&#233;pourvues de trottoirs de l'ext&#233;rieur. C'est un r&#233;seau qui fascine beaucoup Benjamin &#224; l'&#233;gal des autres r&#233;seaux existants (les carri&#232;res souterraines, les &#233;gouts) ou &#224; venir, celui des vastes perspectives ouvertes par Haussmann sous le Second Empire, par exemple. Un r&#233;seau appareill&#233; en remplacera historiquement donc un autre.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour l'heure la structure du panorama est identique &#224; celle du passage, &#224; ceci pr&#232;s que le panorama apporte une dimension de r&#233;flexivit&#233; que ne poss&#232;de pas le passage, malgr&#233; ses alignements de miroirs. Le panorama, lui, est une monade leibnizienne. Un journaliste de l'&#233;poque &#233;crivait ceci :&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le spectateur p&#233;n&#232;tre dans l'&#233;difice en passant sous la section inf&#233;rieure du cylindre et n'acc&#232;de &#224; l'escalier de la plate-forme, qu'en traversant des corridors obscurs et nus, o&#249; son &#339;il perd momentan&#233;ment la m&#233;moire des choses du dehors, o&#249; il s'isole, o&#249; il oublie la lumi&#232;re. De la sorte, en arrivant sur la plate-forme, le spectateur est, si l'on peut parler ainsi, envahi par le spectacle offert &#224; ses regards ; son oeil s'en repa&#238;t avidement, il l'y prom&#232;ne avec le plaisir qui accompagne l'accomplissement d'une fonction dont l'exercice nous a &#233;t&#233; passag&#232;rement interdit ; et aucun objet juxtapos&#233; ne venant lui rappeler qu'il est en pr&#233;sence d'une peinture fallacieuse, il s'abandonne &#224; l'illusion que l'artiste a cherch&#233; &#224; &#233;veiller en lui, et qui l'&#233;treint, d'autant plus puissante et durable que l'ex&#233;cution de la peinture elle-m&#234;me est plus parfaite et plus savante &#187;. Ces panoramas donnant &#224; voir une Vue de Paris prise de l'avant du d&#244;me central des Tuileries, puis des sc&#232;nes de guerre, puis ailleurs des vues de J&#233;rusalem, d'Ath&#232;nes, remport&#232;rent un immense succ&#232;s et seront remplac&#233;s par des panneaux mobiles permettant de renouveler le spectacle. Benjamin note dans Paris, capitale du XIX&#232;me si&#232;cle que Daguerre sera renomm&#233; pour ces peintures avant de passer &#224; un tout autre appareil : la photographie sur plaque de verre.&lt;br class='autobr' /&gt; Benjamin ne s'int&#233;resse pas &#224; l'association panorama-passage urbain en historien de la ville, mais en penseur des grandes formes de l'exp&#233;rience et de la transmission de l'exp&#233;rience, qu'il distingue fortement de la question de la communication de l'information (les m&#233;dia comme la grande presse). C'est dire que pour lui le panorama rel&#232;ve d'une philosophie de la v&#233;rit&#233; : &#171; L'int&#233;r&#234;t pour le panorama vient de ce qu'on voit la vraie ville, la ville &#224; la maison. Ce qui se trouve dans une maison sans fen&#234;tres est le vrai. Du reste, le passage aussi est une maison sans fen&#234;tres. Les fen&#234;tres &#224; l'&#233;tage qui donnent sur le passage sont comme des loges d'o&#249; l'on peut voir &#224; l'int&#233;rieur, mais non &#224; l'ext&#233;rieur de celui-ci. (Le vrai n'a pas de fen&#234;tres ; le vrai ne donne nulle part sur l'univers). &#187; Benjamin introduit ainsi &#224; la probl&#233;matique topologique de la comp&#233;n&#233;tration. Du reste, s'il y a une probl&#233;matique de la v&#233;rit&#233; chez Benjamin, ce n'est pas en rapport &#224; l' &#171; ext&#233;rieur &#187;, mais en fonction de ce sur quoi se distinguent les apparences : le voile de la perception.&lt;br class='autobr' /&gt; Ainsi, comme le montrera la seconde &#233;tude sur Baudelaire, Sur quelques th&#232;mes baudelairiens (1939), si le fl&#226;neur est le v&#233;ritable h&#233;ros baudelairien, cette figure n'est identifiable que sur un fond de perception, ce que Benjamin nomme un voile, constitu&#233; par la masse (ou la foule). Or la foule est le nouveau mode d'&#234;tre de la multitude. Ou pour le dire en termes arendtiens , c'est un certain registre de l'espacement. Registre caract&#233;ris&#233; par sa compacit&#233;, par un certain mouvement, voire par sa vitesse, par l'indiff&#233;rence aux autres m&#234;l&#233; d'une identification sociale imm&#233;diate. Nul n'y est un strict &#233;tranger aux yeux des autres, m&#234;me si tous sont des anonymes. La foule est donc encore un certain mode de l'appara&#238;tre r&#233;ciproque du fait de son articulation spatiale. Telle que la d&#233;crit Benjamin, c'est un voile qui &#224; la fois cache la r&#233;alit&#233; de la ville, sa brutalit&#233;, engloutissant en son sein le criminel ou l'asocial, mais qui en m&#234;me temps pousse en avant telle ou telle singularit&#233;, la faisant compara&#238;tre. Ce qu'&#233;voquera puissamment le sonnet A une passante de Baudelaire. La foule est donc une certaine d&#233;termination du milieu de perception, auquel tous participent, puisque le po&#232;te est aussi un homme de la foule. Pour Baudelaire, elle est aussi &#171; naturelle &#187; que le seront la mer, la for&#234;t ou le monde des esprits pour Hugo. La consistance de ce milieu de perception est chez Benjamin quasi ontologique . Or, malgr&#233; les apparences, la foule ne constitue pas un v&#233;ritable r&#233;seau dont les &#233;l&#233;ments seraient en voie d'individuation. Pour le dire en termes emprunt&#233;s &#224; Simondon, ce n'est pas un milieu transindividuel comme le serait une v&#233;ritable communaut&#233; en voie d'individuation. La foule ne se constituant en groupe qu'&#224; l'occasion d'un incident : alors, momentan&#233;ment, du fait d'un &#233;v&#233;nement de pur hasard comme un accident de la circulation, les individus se regroupent avant de passer leur chemin. Pour Benjamin, cet agr&#233;gat, qui n'a pas en lui la raison de s'assembler, sera la proie des partis totalitaires du XX&#232;me si&#232;cle qui lui donneront une identit&#233; artificielle : la race, un peuple fantasm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour rendre compte de ce mode de l'&#234;tre-ensemble, Benjamin en se r&#233;f&#233;rant aux &#233;tudes de K.Kraus sur la grande presse (laquelle livre des informations brutes de d&#233;coffrage, des &#233;v&#233;nements &#171; en soi &#187;, non int&#233;gr&#233;s dans une narration, non reli&#233;s puisque la premi&#232;re page d'un journal est un pur spectacle de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne, dans un jargon journalistique quasi inintelligible, etc) montre que les &#233;v&#233;nements ne peuvent plus donner lieu &#224; une exp&#233;rience r&#233;elle du psychosocial. D&#232;s lors, l'exp&#233;rience qu'un individu peut avoir du monde se limite &#224; la sph&#232;re priv&#233;e, laquelle est dissoci&#233;e de la sph&#232;re collective. On assiste &#224; un d&#233;phasage de l'exp&#233;rience priv&#233;e et de l'exp&#233;rience collective. Bien davantage, puisque l'exp&#233;rience d'un individu ne peut plus s'int&#233;grer dans l'exp&#233;rience collective, puisqu'on ne peut plus narrer les &#233;v&#233;nements, la psychologie comme discipline du savoir s'&#233;mancipe de l'&#233;tude du social, laquelle est condamn&#233;e alors depuis sa fondation durkheimienne &#224; se demander comment restaurer le lien social. &lt;br class='autobr' /&gt;
La po&#233;sie de Baudelaire correspondrait &#224; ce moment du d&#233;phasage du psychosocial en psychologie d'un c&#244;t&#233;, sociologie de l'autre. On peut faire l'hypoth&#232;se que Benjamin cherche ici &#224; restaurer un &#233;tat du psychosocial plus essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si la dimension sociale, en fait communautaire, n'est plus constitutive de l'exp&#233;rience d'une singularit&#233;, cette derni&#232;re est totalement appauvrie. La psych&#233; en est r&#233;duite &#224; subir les &#233;v&#233;nements dans leur aspect le plus destructeur : le choc &#233;motionnel. L'exp&#233;rience urbaine la plus g&#233;n&#233;rale est celle de l'entrechoc du fait de la r&#233;ception des m&#233;dia de communication et du contact de la foule. La conscience comme syst&#232;me psychique cesse d'&#234;tre une facult&#233; d&#233;di&#233;e &#224; la connaissance. Ainsi n'est-elle plus caract&#233;ris&#233;e par la psychanalyse selon la dimension d'intentionnalit&#233;, de vis&#233;e, que d&#233;crit la ph&#233;nom&#233;nologie husserlienne ; la conscience ne caract&#233;rise plus notre rapport au monde et aux autres, mais est d&#233;crite par Freud, que Benjamin mobilise, en particulier &#224; partir de Par del&#224; le principe de plaisir, comme un dispositif de pare-excitations dont la fonction est de pr&#233;server les &#233;quilibres psychiques internes. Une image approximative consisterait &#224; dire que chacun s'enferme dans une bulle protectrice (m&#233;taphore que filera Sloterdijk). Plus s&#233;rieusement, mobilisant Proust et sa forte distinction entre m&#233;moire volontaire et m&#233;moire involontaire, Benjamin affirmera que la connaissance empirique, diurne, celle que caract&#233;rise la m&#233;moire volontaire des &#233;v&#233;nements r&#233;duits &#224; du v&#233;cu, cette connaissance n'a que la consistance de la cendre d'un souvenir sans vie : un souvenir qui n'a pas la productivit&#233; po&#233;tique d'une trace. La th&#232;se est abrupte : l'habitant des villes modernes sait qu'il ne peut compter sur sa m&#233;moire des traces et qu'on ne conservera aucune trace de son existence puisqu'en l'absence de narration, c'est-&#224;-dire en l'absence de l'appareil communautaire rendant possible l'exp&#233;rience au sens de la tradition, il n'y a plus de surface d'inscription des traces. Ne subsiste pour lui que l'illusion de laisser des souvenirs par le biais de la possession de ses chers objets, qu'il va chercher &#224; pr&#233;server en leur donnant &#224; tous des &#233;tuis, jusqu'&#224; transformer son propre appartement en un &#233;tui comme une coquille pour une existence appauvrie, jusqu'&#224; devenir lui-m&#234;me un &#171; homme-&#233;tui &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Or, la singularit&#233; habite le passage urbain comme le bourgeois son appartement : l'une comme l'autre sont abandonn&#233;s &#224; une r&#234;verie collective que Benjamin n'appelle pas id&#233;ologie, mais fantasmagorie parce qu'elle est le produit d'un appareil de projection nouveau : le passage-panorama. R&#234;verie indissociable d'une nouvelle &#233;poque de la ville qu'on aurait tort de r&#233;duire &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la marchandise et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut tirer deux faits majeurs du rappel de ces analyses de la ville.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette philosophie de la ville s'&#233;tablit &#224; partir de ce qui n'est pas elle : le monde des paysans, des artisans et des marins, monde de la transmission r&#233;elle de la profondeur des &#233;v&#233;nements puisque ceux-ci proviennent des lointains g&#233;ographiques ou du pass&#233;. Monde de l'artisanat, de la valeur de culte, de la premi&#232;re technique, o&#249; les choses ont le temps de s'accomplir par rapport au caract&#232;re de nouveaut&#233; de la marchandise.&lt;br class='manualbr' /&gt;D&#232;s lors, Benjamin du haut d'une conception du psychosocial dont l'armature traditionnelle est constitu&#233;e par l'importance de la transmission par narration comme il l'a montr&#233;e dans Le Narrateur, d&#233;veloppe au moins dans un premier temps une critique des dispositifs de communication de l'information. Ainsi, la litt&#233;rature (Proust, Val&#233;ry) et la po&#233;sie (Baudelaire, Hugo) seront au d&#233;fi de cette dissociation du psychosocial. L'appauvrissement de l'exp&#233;rience r&#233;duite &#224; la sph&#232;re priv&#233;e de la volont&#233; rend n&#233;cessaire le d&#233;veloppement d'une nouvelle science : la psychanalyse. C'est la raison pour laquelle le second texte sur la ville (Sur quelques th&#232;mes baudelairiens) donne une telle importance &#224; l'appareil psychique tel que Freud a pu le th&#233;oriser depuis L'interpr&#233;tation des r&#234;ves (1900), en dissociant radicalement syst&#232;me perceptif d'un c&#244;t&#233; et enregistrement des traces mn&#233;siques de l'autre. Dissociation que reprendra comme on l'a vu Proust en opposant deux modes de la m&#233;moire : m&#233;moire volontaire/ m&#233;moire involontaire. L'&#233;criture des huit tomes de A la Recherche sera comme une ultime tentative pour sauver la narration et donc l'&#233;v&#233;nementialit&#233; de l'&#233;v&#233;nement. D&#232;s lors la th&#233;orie freudienne de l'appareil psychique devient pour Benjamin le moyen le plus l&#233;gitime pour analyser la ville, le terme d'appareil ayant alors le double sens de mod&#232;le th&#233;orique et d'instance de production esth&#233;tique puisque le Surr&#233;alisme en sera un rejeton.&lt;br class='autobr' /&gt; On peut ajouter que c'est parce que Benjamin tenait le Surr&#233;alisme pour &#171; Le dernier instantan&#233; de l'intelligentsia europ&#233;enne &#187; et qu'il pr&#233;sentait Le paysan de Paris d'Aragon comme la meilleure prop&#233;deutique &#224; l'&#233;tude des passages parisiens, qu'il a laiss&#233; toutes les pi&#232;ces n&#233;cessaires pour circonscrire l'appareil qui a g&#233;n&#233;r&#233; l'urbanit&#233; moderne. Cet appareil s'oppose en tous points &#224; la perspective &#224; point de fuite unique, invention architecturale s'il en est (Brunelleschi, Alberti), laquelle rend possible la repr&#233;sentation de l'espace par la coordination d'un site universel et d'une multiplicit&#233; de points de vue &#233;gaux en droit (le g&#233;om&#233;tral). Mais si la perspective appareilla la ville depuis le XV&#232;me si&#232;cle, ce fut davantage comme projet (les tableautins &#171; Villes id&#233;ales &#187;) que comme effectivit&#233;. Peut-&#234;tre d'ailleurs que le XIX&#232;me si&#232;cle sera paradoxalement le grand si&#232;cle des perspectives urbaines, mais comme fantasmagories r&#233;alis&#233;es avec beaucoup de retard.Ces perspectives urbaines seront en fait elles aussi des r&#234;ves urbains comme le laisse entendre Benjamin dans Paris &#224; propos d'Haussmann, comme si l'appareil du passage avait absorb&#233; l'appareil de la perspective. Or le passage d&#233;fait la conjonction entre repr&#233;sentation d'un espace homog&#232;ne (car g&#233;om&#233;trique, isotopique et infini : anti-aristot&#233;licien) et la multiplicit&#233; des points de vue. L'appareil du passage d&#233;sobjectivise les choses puisqu'il transforme pour la masse et du fait de la masse les produits du travail qui y sont expos&#233;s en f&#233;tiches et qu'il &#233;largit &#224; l'ensemble de la ville la prostitution f&#233;minine. Bref, si l'appareil perspectif avait pu servir d'infrastructure &#224; la science moderne (Galil&#233;e-Descartes), l'appareil passage g&#233;n&#233;rant une prodigieuse r&#234;verie collective, replacera l'onirique et ses m&#233;tarmorphoses (Granville) au devant de la sc&#232;ne. Pour Benjamin, penseur de l'histoire, le passage parisien aura &#233;t&#233; le lieu o&#249; le XIX&#232;me si&#232;cle aura r&#234;v&#233; et enfant&#233; le XX&#232;me si&#232;cle : proposition dont on n'a pas fini d'analyser toute la profondeur. Monde de l'immanence absolue, comme celui que d&#233;crira Lyotard dans L'&#233;conomie libidinale (1974). Un monde de l'int&#233;rieur sans articulation du symbolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le monde des passages renie le sch&#232;me universel du g&#233;om&#233;tral en transformant toutes les r&#233;alit&#233;s en fantasmagorie. Si le psychosocial perdure, c'est sur le mode de l'onirique.&lt;br class='autobr' /&gt; En effet, c'est la masse concentr&#233;e dans les passages qui g&#233;n&#232;re le f&#233;tiche, c'est-&#224;-dire &#171; l'&#226;me de la marchandise &#187; (Marx) : le f&#233;tiche &#233;tant distingu&#233; de la marchandise, en l'amenant &#224; se prostituer, comme la masse le fait avec la femme plac&#233;e sous les d&#233;sirs masculins, laquelle devient un objet sexuel en se chargeant d'aura sexuelle. En retour, marchandise et prostitu&#233;e entra&#238;nent l'homme dans une fantasmagorie, comme le ferait une drogue. Si l'on suit &#224; la lettre Benjamin, ce serait dire que le &#171; f&#233;tichisme &#187; de la marchandise et la prostitution g&#233;n&#233;ralis&#233;e sont produits par la masse en circulation dans ces boyaux sans horizon que sont les passages, du fait de la masse d'affects projet&#233;e et convergeant sur la marchandise ou la femme, lesquelles, sinon, en elles-m&#234;mes, ne seraient pas f&#233;tiches mais simple valeur d'usage ou existence humaine. Le myst&#232;re du f&#233;tichisme ne r&#233;siderait pas dans l'oubli des rapports de production (Marx), mais dans la ville qui est appareill&#233;e d'une certaine mani&#232;re &#224; partir du moment o&#249; les rues s'invaginent, o&#249; les fa&#231;ades des immeubles disparaissent, o&#249; la lumi&#232;re cesse d'&#234;tre solaire pour devenir artificielle (&#233;clairage au gaz), o&#249; la d&#233;ambulation se fait extr&#234;mement lente. Ce qui est commun &#224; ces deux &#233;l&#233;ments majeurs de la fantasmagorie, c'est la projection d'un d&#233;sir collectif sur une entit&#233; qui, de ce fait, concentre une &#233;nergie sans pareille et la diffuse en retour vers la multitude qui se trouve ainsi ali&#233;n&#233;e (fantasmagorie). Que l'on soit encore dans l'&#232;re de la projection et de la r&#233;flexion miroirique, cela est annonc&#233; d&#232;s le d&#233;but du texte dans la comparaison entre Baudelaire et Blanqui : Benjamin parle alors de &#171; la mise au point de l'image de Baudelaire &#187;. L'image devenue nette (p.31) est celle de Baudelaire comme conspirateur. Baudelaire pouvant reconna&#238;tre ses futurs lecteurs, mais restant inconnu d'eux comme Blanqui voyant d&#233;filer sur les Champs Elys&#233;es son arm&#233;e secr&#232;te qui ignorait l'identit&#233; de son chef. Mais cette projection qui absorbe son objet n'est plus soumise &#224; un point de fuite qui serait comme &#224; l'infini, elle n'est plus focalisante mais errante, elle n'est plus fixe mais prise dans le devenir. Bref, elle est indissociable du fantasme collectif.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette ville ne peut plus &#234;tre le lieu d'une connaissance exacte puisque domine la r&#234;verie collective. Benjamin ne dit-il pas d'une chose qu'elle a de l'aura quand on lui fait lever les yeux du fait qu'on la regarde ? Ce faisant, ajoute t-il, celui qui se projette ainsi sur elle se trouve entra&#238;n&#233; vers les lointains fantasmagoriques. En rapport avec le nouveau statut de la trace, un nouveau mode de l'aura surgit : une aura qui n'est plus l'apparition proche d'un lointain, mais une aura fantasmagorique. &lt;br class='autobr' /&gt; A contrario, un appareil comme la photographie qui brise l'&#233;change des regards puisqu'il ne r&#233;pond pas au regard de celui qui est photographi&#233;, cet appareil n'est-il pas en son fond, &#233;mancipateur : ne g&#233;n&#233;rant que des archives objectives, non auratiques ? &lt;br class='autobr' /&gt; Conclusion : Benjamin a produit en creux le mod&#232;le de l'appareil &#171; passage &#187; en utilisant la probl&#233;matique freudienne de l'appareil psychique. Ce faisant, il donne une autre assiette &#224; la v&#233;rit&#233; : non plus la rationalisation et la certitude de l'ego cogito cart&#233;sien qui s'opposaient aux savoirs incapables de donner raison d'eux-m&#234;mes (les illusions des sens, le pouvoir des histoires, etc), mais l'&#233;criture proustienne qui perlabore un savoir &#224; partir des traces mn&#233;siques inconscientes. Le passage est un v&#233;ritable appareil configurant &#224; nouveaux frais l'&#233;v&#233;nement et non un simple dispositif urbain parce que modifiant le milieu de la perception, il a rendu possible le renouvellement d'un genre litt&#233;raire : la po&#233;sie lyrique.&lt;br class='autobr' /&gt; Au minimum, comme le rappelle Daniel Payot une ville c'est donc un certain mode d'espacement et un certain r&#233;gime de la surface d'inscription. De ce point de vue, la description arendtienne de la polis grecque reste trop encadr&#233; par un rapport au symbolique fort traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais chez Benjamin, les notions se d&#233;doublent toujours en modes oppos&#233;s (deux modes de la trace, de l'aura, de la manifestation des &#339;uvres, du pr&#233;sent, de l'activit&#233; pratique, etc). Nous avons montr&#233; dans Le Mus&#233;e, l'origine de l'esth&#233;tique (1993) que Benjamin caract&#233;rise l'ensemble passage-panorama comme la pr&#233;histoire de la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire comme une v&#233;ritable matrice productrice inconsciente d'images caract&#233;ris&#233;es par leur immanence. Ce milieu de l'imaginaire, comme l'indique le terme de fantasmagorie, ne cesse pas d'&#234;tre projectif mais privil&#233;gie l'empathie, par un rabattement de tous les comportements urbains selon un principe d'inclusion, par une absence d'ext&#233;riorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; En m&#234;me temps, oppos&#233;e &#224; la fantasmagorie, une nouvelle sensibilit&#233; commune a fait &#233;poque et sur le plan de la connaissance, un nouveau principe d'appariement a vu le jour, c'est-&#224;-dire un nouveau mode de r&#233;duction de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du monde selon un principe de similarit&#233; qui n'est plus hi&#233;rarchique. C'est la raison pour laquelle l'&#233;criture benjaminienne place tous ses mat&#233;riaux sur un plan d'&#233;galit&#233;, de l&#224; l'utilisation de citations sans guillemets. L'acception de la beaut&#233; devient tout autre : une beaut&#233; ordinaire et banale. Essayons de comprendre les enjeux anthropologiques et politiques de l'&#339;uvre inachev&#233;e de Benjamin : le Livre des passages.&lt;br class='autobr' /&gt; On l'a dit, les passages urbains sont des entit&#233;s architecturales privatives de toute destination cultuelle puisque dans ces rues invagin&#233;es, les fa&#231;ades des monuments disparaissent, or c'est par sa fa&#231;ade qu'un monument expose sa destination, sa fonction de culte. Certes, les passages ont une fonction de communication et d'exposition (la prostitution g&#233;n&#233;rale), mais il faut d&#233;sintriquer les deux logiques. C'est dire que l'exposition des marchandises a un revers inaper&#231;u : la circulation adestinale du fl&#226;neur qui n'est pas un consommateur int&#233;ress&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Paradoxalement, mais c'est un paradoxe qui donne la clef du po&#232;me Manuel pour les habitants des villes de Brecht cit&#233; &#224; la fin Exp&#233;rience et pauvret&#233; (1933) o&#249; Benjamin rappelle comme une complainte le mot d'ordre brechtien &#171; Efface tes traces ! &#187;, le fl&#226;neur ne d&#233;roule pas ses pens&#233;es dont l'accumulation donnerait lieu &#224; de nouveaux paragraphes dans une m&#233;ditation &#233;crite. Au contraire, le fl&#226;neur id&#233;al doit d&#233;sapprendre toute sa connaissance de Paris ! L'enjeu n'est plus la connaissance de soi ou du monde, mais le surgissement d'un sujet esth&#233;tique qui est aussi politique. Le fl&#226;neur doit suspendre sa capacit&#233; cognitive, et donc tout recours &#224; la m&#233;moire volontaire, s'il veut pouvoir &#234;tre affect&#233; par ce qui appara&#238;t comme ph&#233;nom&#232;ne et comme &#233;v&#233;nement. La ville cesse d'&#234;tre un classique th&#233;&#226;tre de m&#233;moire. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela suppose d&#233;j&#224; une r&#233;volution de la surface d'inscription. Si Benjamin peut se revendiquer de Loos qui avait d&#233;clar&#233; que &#171; l'ornement est un crime &#187;, c'est que la revendication d'une architecture m&#233;diterran&#233;enne est devenue &#233;vidente depuis le s&#233;jour de Benjamin &#224; Ibiza , d&#232;s lors les mat&#233;riaux des fa&#231;ades urbaines (le verre) et d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale la surface d'inscription, sont lib&#233;r&#233;s de toutes traces et ic&#244;nes destinales. Dans ces conditions, le fl&#226;neur devient le paradigme de l'homme de la d&#233;mocratie, celui pour lequel le centre est partout et nulle part, et o&#249;, pour le dire plus radicalement, le foyer du sens est ind&#233;cidable.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;finition du centre du pouvoir d&#233;mocratique comme lieu vide, c'est-&#224;-dire essentiellement in-occupable, a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e par Cl.Lefort &#224; partir de sa grande th&#232;se sur Machiavel . Cette d&#233;finition prend tout son sens en opposition &#224; la nature du pouvoir dans les soci&#233;t&#233;s th&#233;ologico-politiques chr&#233;tiennes o&#249; le lieu du pouvoir est le corps du prince, lui-m&#234;me vicaire du Christ. Dans ce type de r&#233;gime, la nation s'incarnait dans le corps immortel du roi ; le pouvoir, la loi, le savoir, &#233;tant essentiellement intriqu&#233;s. Dans ce monde o&#249; tous les &#233;difices sont alors de destination comme dans le Paris d&#233;crit par l'historien John W.Baldwin , le type du fl&#226;neur ne saurait &#233;merger. Faut-il en plus mobiliser la description de Notre Dame de Paris comme livre de pierre par V.Hugo ? Une ville pr&#233;-moderne est un puissant appareil de destination, r&#233;pondant aux r&#232;gles d'une cosm&#233;tique, c'est-&#224;-dire d'une onto-th&#233;o-esth&#233;tique parfaitement fix&#233;e. Il faudra que cette puissance soit suspendue, et cela commencera au XVIII&#232;me si&#232;cle avec l'invention du patrimoine et du mus&#233;e, pour que puisse surgir le comportement de cet homme nouveau dont l'existence ne d&#233;pend plus de celle des &#233;difices du culte. Le fl&#226;neur urbain n'est rien d'autre que le sujet esth&#233;tique d&#233;crit par Kant dans la Facult&#233; de juger : celui qui, &#224; l'occasion d'une chose dont il ne saura rien, et parce qu'il n'en saura rien, &#233;prouve un sentiment de plaisir paradoxal : &#224; la fois subjectif et pourtant universalisable sans concept. C'est ce sentiment qui lui fait dire : &#171; c'est beau ! &#187; sans que ce jugement soit applicable &#224; la chose qui en fut l'occasion. Le fl&#226;neur est donc passible d'occasions : ce n'est pas un amateur recherchant ce qui va provoquer son plaisir, c'est un inventeur de situations in&#233;dites o&#249; les relations symboliques traditionnelles sont mises &#224; mal.&lt;br class='autobr' /&gt; On pourrait de nouveau proposer un d&#233;doublement : le fl&#226;neur est soit le t&#233;moin vaincu de 1848 d&#233;crit par Dolf Oehler , soit celui qui exp&#233;rimente positivement les nouvelles conditions esth&#233;tico-politiques. En premier lieu, tout se pr&#233;sente sous le masque de la nouveaut&#233; de la marchandise, mais ce mode de temporalit&#233; ne doit pas faire illusion : des r&#233;alit&#233;s ruin&#233;es peuvent revenir sous cet aspect. Plus essentielle est l'exp&#233;rience de l'ind&#233;termination des rep&#232;res symboliques, de l'ind&#233;termination croissante dans un espace o&#249; les anciens dieux, les vieilles idoles se retirent lentement. D'o&#249; la remise en cause du partage social traditionnel entre les classes ou entre les sexes et de celui encore plus anthropologique entre morts et vivants. Ce peut-&#234;tre la raison pour laquelle le th&#232;me de la foule indiff&#233;renci&#233;e comme celui de la lesbienne sont si importants chez Baudelaire ou celui du monde des esprits chez Hugo.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais la ville moderne de Benjamin a une histoire, et dans le cas de Paris (ou Lyon) au XIX&#232;me si&#232;cle, une histoire ponctu&#233;e d'insurrections populaires &#233;cras&#233;es. Certes ce fl&#226;neur est devenu une surface d'inscription vierge de tout programme pr&#233;&#233;tabli, il est une sorte de membrane sensible aux affects, et d&#233;j&#224; au plaisir du beau. Cette potentialit&#233; ind&#233;finie le rend susceptible d'autres affects : &#224; tel coin de rue, il peut avoir le sentiment du d&#233;j&#224; vu , mais il peut &#234;tre aussi brutalement envahi par une angoisse sans raison apparente. L&#224; une trag&#233;die a eu lieu, une barricade a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e par la force. Il n'y en a pas d'archives, l'histoire est d&#233;munie. Le fl&#226;neur se doit de devenir enqu&#234;teur, c'est-&#224;-dire historien. L'homme sans destin doit &#233;crire l'histoire &#224; partir de traces ininscrites pour que le tort subi par les vaincus de l'histoire ne reste pas sans t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour r&#233;sumer, o&#249; pourrait dire que la ville, parce qu'elle est un certain mode d'espacement (et la n&#233;gation de cet espacement fait encore ville comme dans le cas de la ville th&#233;ologico-politique) a vu surgir des appareils urbains comme la perspective ou le passage. Ces appareils strictement urbains ont &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;s par d'autres appareils qui ne l'&#233;taient pas : la peinture perspectiviste dans l'Europe du sud, la camera obscura dans l'Europe des Flandres et des Pays Bas, le mus&#233;e, le panorama, la photographie, la psychanalyse, le cin&#233;ma, etc. Cette seconde s&#233;rie d'appareils apporte une dimension r&#233;flexive que les appareils strictement urbains n'auraient pas en eux-m&#234;mes. D&#232;s lors la d&#233;finition leibnizienne de la Ville est parfaitement recevable : &#171; Et, comme une m&#234;me ville regard&#233;e de diff&#233;rents c&#244;t&#233;s para&#238;t tout autre, et est comme multipli&#233;e perspectivement ; il arrive de m&#234;me, que par la multitude infinie des substances simples, il y a comme autant de diff&#233;rents univers, qui ne sont pourtant que les perspectives d'un seul selon les diff&#233;rents points de vue de chaque Monade. &#187; (Monadologie &#167;57)&lt;br class='autobr' /&gt; On en conclura qu'il y autant de villes que d'appareils et de r&#233;gimes de la surface d'inscription pour les exprimer et les produire. On ajoutera &#224; Leibniz que nos villes historiques se r&#233;sument &#224; des strates diff&#233;remment appareill&#233;es, non pas suivant une compr&#233;hension arch&#233;ologique comme tente de le faire encore Freud (Malaise dans la civilisation) quand, &#224; propos de Rome, il imagine qu'en un m&#234;me lieu du Forum on puisse restituer des &#233;difices d'&#233;poques totalement diff&#233;rentes. Cette impossibilit&#233; mat&#233;rielle &#233;tant l&#224; pour rappeler que les traces mn&#233;siques peuvent se superposer dans une nouvelle tentative de nous donner des repr&#233;sentations de l'appareil psychique. C'est maintenant la ville qui permet d'approcher l'appareil psychique.&lt;br class='autobr' /&gt; D&#232;s lors, on pourrait faire l'hypoth&#232;se que si une ville c'est un certain espacement ouvert &#224; l'&#233;v&#233;nement, alors ce entre quoi il y a des &#233;carts, c'est entre des productions historiques d'appareils d'&#233;poques diff&#233;rentes. Une ville, c'est d&#233;j&#224; le partage entre un espace profane et un espace sacr&#233; du fait de l'appareil narratif, ce sont aussi, du fait d'un rapport moderne aux ruines (Riegl), rapport qui est en son fond mus&#233;al, des valeurs diff&#233;rentes de conserver le patrimoine et il y a bien des villes mus&#233;es comme Venise ou nos centres historiques. D'autres textes de Benjamin ouvrent d'int&#233;ressantes pistes de r&#233;flexion. Dans Petite histoire de la photographie, les places et rues parisiennes d&#233;sertes, photographi&#233;es par Atget, deviennent autant de preuves que l&#224; un crime a &#233;t&#233; commis et que le cadavre a disparu. Comme si apr&#232;s les massacres de la Semaine sanglante de 1871 et l'ouverture d'immenses fosses communes, alors donc qu'il n'y a plus de traces des vaincus de l'histoire, plane au-dessus des lieux urbains un affect d'angoisse provoqu&#233; par la disparition de masse.&lt;br class='autobr' /&gt; Et dans L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique, texte essentiel sur le cin&#233;ma, Benjamin &#233;crit que le cin&#233;ma et l'architecture ont en commun de rendre impossible une perception volontaire et attentive et de lib&#233;rer une perception de distraction, non focalisante et tactile, ce qui nous ram&#232;ne vers la m&#233;moire involontaire de Proust et ses hasards. On peut postuler que le fl&#226;neur et l'homme ordinaire au cin&#233;ma ne font qu'un. Car l'homme ordinaire du cin&#233;ma (J.L.Schefer : L'Homme ordinaire du cin&#233;ma (1997)), le spectateur anonyme, a tous les traits d'un fl&#226;neur immobile d&#233;couvrant toutes les beaut&#233;s d&#233;mocratiques de la ville moderne .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On pourrait conclure ainsi sur la ville : s'il y a aujourd'hui une crise de la ville, une crise de l'urbanisme, c'est que plus aucun appareil n'arrive &#224; s'imposer aux autres. D'o&#249; la fascination un peu r&#233;tro pour les montages, les collages urbains, les r&#233;f&#233;rences historiques, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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