<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=180&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>[Audio] - Rencontre au Lieu Dit</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=713</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=713</guid>
		<dc:date>2018-08-26T23:20:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat, Alain Naze, Philippe Chevallier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation au Lieu Dit du livre d'Alain Brossat et Alain Naze, Interroger l'actualit&#233; avec Michel Foucault. T&#233;h&#233;ran 1978/Paris 2015 (Eterotopia, 2018). Avec la participation de Philippe Chevallier, auteur de Michel Foucault et le christianisme (ENS &#233;ditions, 2011).&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation au Lieu Dit du livre d'Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Interroger l'actualit&#233; avec Michel Foucault. T&#233;h&#233;ran 1978/Paris 2015&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; (Eterotopia, 2018). Avec la participation de Philippe Chevallier, auteur de &lt;i&gt; &lt;strong&gt;Michel Foucault et le christianisme&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt; (ENS &#233;ditions, 2011).&lt;/h2&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/3L1n1-2mBi8?rel=0&amp;start=180&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;autoplay; encrypted-media&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kierkegaard dans la Pl&#233;iade : Nuit sur Copenhague</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=698</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=698</guid>
		<dc:date>2018-06-24T19:40:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Chevallier, Vigilius Haufniensis (Jr)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On ne lit pas un Pl&#233;iade. Cette v&#233;rit&#233; tir&#233;e de la contemplation interrogative de la biblioth&#232;que des parents et grands-parents o&#249; rien, pas m&#234;me la poussi&#232;re, ne bougeait, est v&#233;rifi&#233;e par les articles que Lib&#233;ration et La Croix viennent de consacrer au coffret S&#248;ren Kierkegaard, &#338;uvres (2 volumes, 2 784 pages) qui vient de para&#238;tre apr&#232;s des ann&#233;es d'attentes, d'incertitudes, de rumeurs. Ces articles parlent de Kierkegaard, pas du Pl&#233;iade et, d'une certaine mani&#232;re, tant mieux. Non, ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne lit pas un Pl&#233;iade. Cette v&#233;rit&#233; tir&#233;e de la contemplation interrogative de la biblioth&#232;que des parents et grands-parents o&#249; rien, pas m&#234;me la poussi&#232;re, ne bougeait, est v&#233;rifi&#233;e par les articles que &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; viennent de consacrer au coffret S&#248;ren Kierkegaard, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt; (2 volumes, 2 784 pages) qui vient de para&#238;tre apr&#232;s des ann&#233;es d'attentes, d'incertitudes, de rumeurs. Ces articles parlent de Kierkegaard, pas du Pl&#233;iade et, d'une certaine mani&#232;re, tant mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, ce qui d'un Pl&#233;iade est lu, dans le meilleur des cas, c'est l'introduction, comme on &#233;coute l'ouverture d'une symphonie bien connue par un nouveau chef. Le chef ici est R&#233;gis Boyer, traducteur d'Andersen, sp&#233;cialiste r&#233;put&#233; des sagas islandaises et des vikings, tout &#224; son affaire, donc pour nous parler de Kierkegaard (1813-1855), penseur de l'existence &#233;thique et religieuse. Tel un de ces fiers Rois des mers du Nord, les redoutables &lt;i&gt;s&#230;konungar&lt;/i&gt;, il a choisi d'affronter seul l'oc&#233;an kierkegaardien, sans s'encombrer d'un comit&#233; scientifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisons donc l'introduction puisque, comme l'&#233;crit Kierkegaard dans la traduction de Boyer, &#171; Un avant-propos est une ambiance. &#187; Ambiance, donc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rarement on aura pr&#233;sent&#233; avec une telle absence de passion l'&#339;uvre du Danois &#8211; ce qui est une prouesse quand on conna&#238;t sa teneur. En 1964 &#224; l'Unesco, Karl Jaspers, qui avait &#233;t&#233; priv&#233; de sa chaire par les nazis, rendait hommage &#224; cette voix qui &#171; nous faisant pressentir l'exigence la plus haute, suscite en nous la vigilance la plus extr&#234;me &#187;. Nulle trace de telles hauteurs dans cette morne plaine o&#249; l'&#339;uvre est r&#233;duite &#224; une curiosit&#233; litt&#233;raire et psychologique, expos&#233;e d'une prose sans allant, dont le petit trot est constamment ralenti par des &#171; En ce domaine comme en d'autres&#8230; &#187;, &#171; Un mot s'impose &#224; ce propos &#187;, &#171; Ajoutons que &#187;, &#171; On fera observer que&#8230; &#187;, &#171; On peut comprendre aussi&#8230; &#187;, &#171; Il n'en demeure pas moins&#8230; &#187;, que l'on tol&#233;rerait tout juste &#224; l'oral en ouverture des comices agricoles. On regrettera &#233;galement, pour un Pl&#233;iade, ces &#171; Kierkegaard &lt;i&gt;fonctionnait&lt;/i&gt; &#187;, Kierkegaard &#233;tait &#171; &#034;intoxiqu&#233;&#034; de litt&#233;rature &#187;, qu'on laissera volontiers &#224; la presse gratuite. Que les &#233;diteurs Pl&#233;iade soient pay&#233;s en nombre de signes n'explique sans doute pas tout et soul&#232;ve une grave question : R&#233;gis Boyer a-t-il la moindre sympathie, le moindre int&#233;r&#234;t pour son sujet ? Mais sans doute a-t-il appris de Kierkegaard &#224; manier l'ironie. R&#233;gis Boyer, kierkegaardien &lt;i&gt;incognito&lt;/i&gt; : au fond, pourquoi pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus embarrassant : scand&#233;e par de tr&#232;s profondes pens&#233;es (&#171; Ce que fut l'homme S&#248;ren Kierkegaard est difficile &#224; saisir &#187; ; &#171; Il y a un myst&#232;re Kierkegaard, disions-nous en commen&#231;ant. Il est &#224; craindre, au terme de ce parcours, que ce myst&#232;re demeure &#187;), de fascinantes d&#233;couvertes (&#171; c'est bien &#224; un homme de lettres que nous avons affaire &#187;, lit-on apr&#232;s vingt-cinq pages), d'audacieux d&#233;fis &#224; la logique (l'&#339;uvre &#171; a co&#239;ncid&#233; avec la fin de l'id&#233;alisme et contribu&#233; &#224; sa dissolution &#187;), et quelques remarques cruciales sur les ponctuateurs modaux danois (&lt;i&gt;da, nok, vel, jo&lt;/i&gt;), qu'il est urgent pour le lecteur de saisir s'il souhaite bien lire le pr&#233;sent Pl&#233;iade, l'introduction surprend par deux grandes absences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, la philosophie, r&#233;duite ici &#224; des remarques pour classes terminales, malgr&#233; la pr&#233;sence de quelques syntagmes incompr&#233;hensibles qui miment le labeur du concept (qu'est-ce donc pour un existant que le &#171; spectre de la temporalit&#233; &#187; ? Que peut bien vouloir dire &#171; transposer l'exp&#233;rience vive de son existence personnelle en dialectique de la communication &#187; ou que &#171; le choix du sujet n'est pas une donn&#233;e constitutive du moi &#187; ? Rien de cela n'a de sens). Le reste ne marquera pas l'histoire de la pens&#233;e et R&#233;gis Boyer ne prend pas de risque &#224; conclure solennellement, apr&#232;s avoir &#233;grain&#233; sans ordre ni explication la liste bien connue des lecteurs de Kierkegaard au XXe si&#232;cle, que son &#171; apport &#224; la pens&#233;e contemporaine aura sans doute &#233;t&#233; la priorit&#233; qu'il a donn&#233;e &#224; la subjectivit&#233;, &#224; la d&#233;fense de l'Individu, son invitation &#224; trouver une v&#233;rit&#233; qui fut une v&#233;rit&#233; pour soi-m&#234;me &#187;. &#171; J'ai lu &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt; en vingt minutes, &#231;a parle de la Russie &#187; disait Woody Allen. Apr&#232;s trente pages o&#249; l'on s'est beaucoup instruit sur les ponctuateurs modaux et le dos vo&#251;t&#233; de Kierkegaard, le lecteur est assur&#233;ment r&#233;compens&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette absence de toute philosophie se double d'une mise &#224; l'&#233;cart syst&#233;matique de celles et ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; R&#233;gis Boyer en traduisant et commentant patiemment l'&#339;uvre depuis cent-cinquante ans. Sur trente pages, son introduction r&#233;ussit la prouesse de faire l'impasse, jusque dans les notes de bas de page, sur l'int&#233;gralit&#233; de la recherche scientifique autour de Kierkegaard en France, qui a modifi&#233; en profondeur notre connaissance du penseur danois. Andr&#233; Clair, Jacques Colette, Vincent Delecroix, Henri-Bernard Vergote, pour ne citer que les plus r&#233;cents, ont &#233;t&#233; pour notre g&#233;n&#233;ration des ma&#238;tres tr&#232;s s&#251;rs. Ils ne se sont pas seulement int&#233;ress&#233;s &#224; Kierkegaard : ils lui ont consacr&#233; leur vie intellectuelle et parfois plus encore. Pour le pr&#233;sent Pl&#233;iade, ils n'existent pas. Pas plus que les immenses chantiers &#233;ditoriaux qui n'auront pas le droit au moindre salut, sinon, cette fois, dans quelques notes : les vingt tomes de l'&#233;dition des &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; aux &#233;ditions de l'Orante, dans une traduction belle et juste de P.-H. Tisseau, compl&#233;t&#233;e par E.-M. Jacquet-Tisseau, et la traduction en cours des &lt;i&gt;Journaux et Cahiers de notes&lt;/i&gt; supervis&#233;e par Jacques Lafarge chez Fayard (2 volumes d&#233;j&#224; parus : 2007 &amp; 2013). Mentionnons &#233;galement les traductions de Paul Petit, Jacques Privat, Charles Le Blanc, Vincent Delecroix. Avoir une traduction de plus &#233;tait de toute &#233;vidence une n&#233;cessit&#233;. On en manquait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'espace d&#233;gag&#233; par cette double absence, R&#233;gis Boyer peut alors donner libre cours &#224; son obsession habituelle &#8211; rappelons qu'il fut directeur de collection aux &#233;ditions du Porte-Glaive (du nom de l'ordre militaire germanique cr&#233;&#233; pour convertir les pays baltes), maison proche de la Nouvelle Droite : celle des marqueurs culturels ou r&#233;gionalistes qu'il essentialise &#224; sati&#233;t&#233;. &#171; Rage d'absolu, exc&#232;s, radicalisme ne sont pas des postures intellectuelles rares dans les pays scandinaves &#187;, commente mollement l'int&#233;ress&#233;, qui cite, avec un s&#233;rieux imperturbable, le cin&#233;aste danois Dreyer (qui n'aimait pas Kierkegaard, mais peu importe), le su&#233;dois Bergman (qui n'&#233;tait pas du tout en &#171; rage d'absolu &#187;, mais peu importe), et le dramaturge norv&#233;gien Bj&#248;rnson. Ne manquent &#224; cette liste que les Su&#233;dois d'Abba &#8211; &#224; la m&#233;lancolie nordique bien connue : pensons &#224; &lt;i&gt;Gimme ! Gimme ! Gimme !&lt;/i&gt; &#8211;, dont l'apparition n'aurait suscit&#233; aucune surprise dans un tel Gloubi-boulga culturel qui prend ici la place du concept. Quant &#224; &#171; de nombreux Scandinaves &#187;, ils auraient en commun avec Kierkegaard une poignante &#171; r&#233;ticence &#224; se dire &#187;. Il existe sans doute bien peu de champs scientifiques en 2018 o&#249; l'on se permette de telles assertions, &#224; part les guides touristiques auxquels R&#233;gis Boyer contribua en 1987 par un m&#233;morable &lt;i&gt;Nous partons pour la Norv&#232;ge&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partons donc pour le Danemark, m&#234;me si le co&#251;t ici du guide touristique peut sembler prohibitif. Un romantisme certain souffle sur cette introduction comme le vent sur les for&#234;ts du Jutland, mais l'effort d'intelligence de l'&#339;uvre y trouve-t-il son compte ? Citons &#224; nouveau Kierkegaard, dans la traduction neuve de Boyer : &#171; L'avant-propos ne doit traiter de rien, et dans la mesure o&#249; il semble traiter quelque chose et traiter de quelque chose, il faut que ce soit un mouvement apparent et fictif. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Reste alors le choix des textes : si le m&#232;tre-carr&#233; chez Gallimard est cher, et que m&#234;me les classiques connaissent depuis peu une crise du logement, l'absence de deux des plus importantes &#339;uvres de Kierkegaard dans la pr&#233;sente s&#233;lection (le &lt;i&gt;Post-scriptum aux Miettes philosophiques&lt;/i&gt;, sans lequel la publication des &lt;i&gt;Miettes philosophiques&lt;/i&gt; n'a ici aucun sens, et &lt;i&gt;Les &#338;uvres de l'amour&lt;/i&gt;, qui fait l'objet depuis une vingtaine d'ann&#233;es d'une attention renouvel&#233;e dans les &#233;tudes internationales) est difficile &#224; justifier, surtout quand 76 pages sont consacr&#233;es &#224; l'anecdotique quoique charmante collection d'&lt;i&gt;Avant-propos&lt;/i&gt;, ajout&#233;e &#171; parce qu'elle t&#233;moigne du sens de l'humour dont Kierkegaard ne manquait pas &#187;. Au moins, et c'est d&#233;j&#224; cela, Kierkegaard, taiseux qu'il &#233;tait en &#171; bon Scandinave &#187;, savait &#234;tre rigolo. Assur&#233;ment, ce Pl&#233;iade est un &#233;v&#233;nement pour la recherche kierkegaardienne en France, ne serait-ce que par sa fantaisie. La collection dirig&#233;e par R&#233;gis Boyer au Porte-Glaive s'appelait &#171; Lumi&#232;re du Septentrion &#187; ; ici, c'est plut&#244;t Nuit sur Copenhague.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Po&#232;tes, vos indemnit&#233;s ! &#187; Pour Yvon </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=423</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=423</guid>
		<dc:date>2014-07-03T18:47:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Chevallier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Photo Chantal Maurepas &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait le talent de L&#233;o Ferr&#233; pour chanter la m&#233;saventure que vit depuis huit mois un po&#232;te aux prises avec l'administration fran&#231;aise (j'entends ici po&#232;te au sens traditionnel du terme : le trouv&#232;re, le troubadour, celui pour qui les mots &#171; beaut&#233; &#187;, &#171; instant &#187;, &#171; nature &#187;, &#171; amour &#187;, &#171; humain &#187; ont un sens qu'il faut faire chanter). &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est le plus cruel ? Se voir refuser un droit ou se le voir retirer ? Le premier geste laisse ouvert un champ de luttes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Photo Chantal Maurepas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait le talent de L&#233;o Ferr&#233; pour chanter la m&#233;saventure que vit depuis huit mois un po&#232;te aux prises avec l'administration fran&#231;aise (j'entends ici po&#232;te au sens traditionnel du terme : le trouv&#232;re, le troubadour, celui pour qui les mots &#171; beaut&#233; &#187;, &#171; instant &#187;, &#171; nature &#187;, &#171; amour &#187;, &#171; humain &#187; ont un sens qu'il faut faire chanter).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est le plus cruel ? Se voir refuser un droit ou se le voir retirer ? Le premier geste laisse ouvert un champ de luttes possibles ; comme dans un jeu, il suscite la relance, la combattivit&#233;. Le second vous tape juste sur la t&#234;te, vous met hors jeux ; dans le cas d'Yvon Le Men, il vous fait reculer de trente ans : retour en 1986 &#8211; ann&#233;e o&#249; Yvon int&#233;gra un r&#233;gime de droit qui lui est aujourd'hui refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi vivait Yvon-le-troubadour avant 1986 ? On devine les conditions de vie. Elles se lisent entre les lignes d'un r&#233;cit merveilleux, qui rappelle les plus belles pages de Brautigan, son grand fr&#232;re am&#233;ricain : &lt;i&gt;Si tu me quittes, je m'en vais &lt;/i&gt; (Flammarion, 2009). Comme Chateaubriand, autre breton fameux, Yvon a v&#233;cu dans une tour, mais celle-ci &#233;tait tout sauf royale. Sur les cartes IGN, on appelle &#231;a une ruine en fait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma tour &#233;tait divis&#233;e en deux pi&#232;ces. Au rez-de-chauss&#233;e, on entrait directement dans la cuisine, sinon dans l'&#233;vier. Petit et d'un blanc tirant sur le gris, l'&#233;vier donnait &#224; travers un vasistas sur la vall&#233;e du Stanco. Je l'utilisais aussi comme lavabo. Il fallait simplement bien s&#233;parer les heures de vaisselles des heures de toilette. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes ne sont pas &#233;crites pour faire pleurer sur l'artiste maudit, seulement pour regarder diff&#233;remment la vie. Eh oui, nous en avons encore quelques-uns en France, des vrais po&#232;tes, &#171; bip&#232;des volupteurs de lyres &#187;, chantait L&#233;o Ferr&#233;, &lt;i&gt;dharma bums&lt;/i&gt;, &#233;crivains &lt;i&gt;beat&lt;/i&gt; &#8211; au sens s&#233;rieux, grave, que Kerouac donnait &#224; ce terme &#8211;, qui ne sont ni professeurs des universit&#233;s, ni membres de comit&#233;s prestigieux, ni pr&#233;sidents d'institutions s&#233;rieuses (pas de nom ici, c'est juste pour planter le d&#233;cor) ; des po&#232;tes qui vivent de leur art, c'est-&#224;-dire : travaillent beaucoup, prennent souvent le train, dorment rarement dans leur lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est d'Yvon dont il est question, car c'est Yvon qui s'en prend plein la figure. Yvon qui n'a jamais racont&#233; d'histoire : pas de vie de bourlingue invent&#233;e comme celles de Genet ou Dylan, ces menteurs magnifiques. Non, une vraie vie de chien fou, de chien errant, depuis ce jour fou o&#249; il d&#233;cida de vivre de sa po&#233;sie, au mitan de ses ann&#233;es mao&#239;stes o&#249; il ressemblait &#224; Jacquou le Croquant. Fich&#233; &#224; la gendarmerie du coin : &#171; Existence marginale mais ne trouble pas l'ordre public. &#187; Toujours &#231;a de pris. Il en fera un autre livre magnifique, encore un (Flammarion, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; 33 ans, l'&#226;ge o&#249; l'Autre, &#233;galement chevelu, est mort, on a tout de m&#234;me le droit de devenir un peu raisonnable, de cesser de se ruiner la sant&#233; en respirant le po&#234;le &#224; charbon, de se poser, d'avoir un minimum de s&#233;curit&#233;, d'esp&#233;rer atteindre 34. Dans un monde o&#249; tant d'&#233;crivains vivent de petites sin&#233;cures &#8211; et non des ventes de leurs livres (il y a suffisamment de Hauts Conseils et d'Acad&#233;mies en France pour nourrir tous les &#233;crivains sans talent), Yvon a fait reconna&#238;tre ce qu'il faisait depuis l'&#226;ge de vingt-et-un an : dire ses po&#232;mes en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224;, P&#244;le emploi a d&#233;cid&#233; qu'Yvon n'&#233;tait pas un artiste de spectacle. &#192; quelques coud&#233;es de sa retraite, la sentence est tomb&#233;e, le 19 novembre 2013 : Yvon est radi&#233; du r&#233;gime des intermittents du spectacle et doit rembourser 30.000 euros d'indemnit&#233;s indues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Yves, reviens, ils sont devenus fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#234;tre &#233;c&#339;urant, r&#233;voltant, c'est juste b&#234;te. Pour avoir invit&#233; Yvon &#224; dire ses po&#232;mes devant des &#233;tudiants &#224; Lille, je peux t&#233;moigner &#8211; comme la M&#233;diath&#232;que de Quimper, comme le CMPP de Rennes, comme les caf&#233;s litt&#233;raires de Mont&#233;limar, comme le Printemps des po&#232;tes, etc. &#8211; qu'Yvon n'a pas donn&#233; une conf&#233;rence, comme le croit P&#244;le emploi. &#201;crivain parlant en public = conf&#233;rencier. Int&#233;ressante &#233;quation qui en dit long sur la sc&#232;ne litt&#233;raire fran&#231;aise contemporaine. Sc&#232;ne litt&#233;raire fran&#231;aise = Bla, Bla, Bla. Peut-&#234;tre, mais Yvon n'appartient pas &#224; cette sc&#232;ne-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est m&#234;me dr&#244;le dans le fond, cette id&#233;e saugrenue, invent&#233;e l'ann&#233;e derni&#232;re par des cadres z&#233;l&#233;s soucieux d'atteindre leur objectif (N = &#171; nombre de radi&#233;s &#187;) : Yvon, donner une conf&#233;rence ! Il faut l'&#233;crire encore une fois pour y croire un peu : &lt;i&gt;Yvon-donner-une-conf&#233;rence.&lt;/i&gt; Et pourquoi pas faire un cours sur l'histoire de la po&#233;sie ? Imaginez trois secondes la sc&#232;ne : Yvon &#224; une tribune, en costume, consultant ses fiches avant de commencer : &#171; Mesdames, Messieurs, je voudrais aujourd'hui vous parler de po&#233;sie&#8230; &#187; ; ou encore : &#171; Mesdames, Messieurs, mon propos aura trois points&#8230; &#187;. J'imagine la t&#234;te de Michel Le Bris, si Yvon lui faisait le coup, un jour, au festival &lt;i&gt;&#201;tonnants voyageurs&lt;/i&gt; de Saint Malo (o&#249; il a fait entrer la po&#233;sie en 1997) : &#171; Euh, Yvon, &#233;coute, l&#224;, vraiment &#8230; &#187;. Sacr&#233; Yvon, va. On lui tapoterait l'&#233;paule : &#171; Allez, tu nous as bien eu... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvon, je ne l'ai connu sur sc&#232;ne que chantant, jouant, psalmodiant, ramageant, r&#226;pant les mots, comme aux c&#244;t&#233;s de son fr&#232;re d'arme Jacques Gamblin (autre c&#233;l&#232;bre &#171; conf&#233;rencier &#187;), en 2000, &#224; la Maison de la po&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, P&#244;le emploi a invent&#233; un merveilleux sketch pour le prochain spectacle d'Yvon : &#171; Conf&#233;rence d'Yvon Le Men, &#224; 14h, dans la Grande salle &#187;. Et nous rirons de bon c&#339;ur au premier rang, en esp&#233;rant que ce rire nous r&#233;veille du pr&#233;sent cauchemar. Si le cauchemar se prolonge, je propose que tous les &#233;tablissements ayant invit&#233; Yvon &#224; donner un spectacle partagent l'amende de 30.000 euros, en tant que fiers complices d'un m&#233;fait perp&#233;tr&#233; depuis les a&#232;des grecs et les bardes celtes. Ils sont si nombreux que cela p&#232;sera peu sur leur tr&#233;sorerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Chevallier&lt;/strong&gt;, philosophe, enseignait au moment des faits au d&#233;partement formation humaine de l'Institut catholique d'Arts et M&#233;tiers de Lille. Il travaille aujourd'hui &#224; Paris dans un &#233;tablissement culturel public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yvon Le Men&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;En fin de droits&lt;/i&gt;, illustr&#233; par Pef, Paris, Bruno Doucey, 2014, 80 pages, 13 &#8364;, parution officielle : octobre 2014 (d&#233;j&#224; disponible pour les libraires qui le souhaitent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signer la p&#233;tition, s'informer, soutenir : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.findedroitdequeldroit.fr/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.findedroitdequeldroit.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yvon, disant son po&#232;me &lt;i&gt;En fin de droits&lt;/i&gt; au festival &#201;tonnants voyageurs, en juin dernier :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://vimeo.com/97704909&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://vimeo.com/97704909&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Michel Foucault Le pouvoir et la bataille</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=406</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=406</guid>
		<dc:date>2014-04-23T09:14:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Chevallier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;28 janvier 2014 11:11 - Le pouvoir et la bataille - Michel Foucault - Hors collection - 115 x 176 - page 9 / 114 &#169; PUF - &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction Longtemps, le philosophe chez Michel Foucault s'est avanc&#233; masqu&#233;. Jusque vers la &#8364;n des ann&#233;es 1970, on serait bien en peine de trouver dans ses travaux historiques des r&#233;f&#233;rences explicites &#224; la tradition philosophique. Dans la majeure partie des cours donn&#233;s au Coll&#232;ge de France sur l'His- toire des syst&#232;mes de pens&#233;e, titre de sa chaire, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;28 janvier 2014 11:11 - Le pouvoir et la bataille - Michel Foucault - Hors collection - 115 x 176 - page 9 / 114
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#169; PUF -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Longtemps, le philosophe chez Michel Foucault s'est avanc&#233; masqu&#233;. Jusque vers la &#8364;n des ann&#233;es 1970, on serait bien en peine de trouver dans ses &lt;br class='autobr' /&gt;
travaux historiques des r&#233;f&#233;rences explicites &#224; la tradition philosophique. Dans la majeure partie des cours donn&#233;s au Coll&#232;ge de France sur l&lt;i&gt;'His-&lt;br class='autobr' /&gt;
toire des syst&#232;mes de pens&#233;e&lt;/i&gt;, titre de sa chaire, les seules r&#233;f&#233;rences &#224; cette tradition sont le plus souvent pol&#233;miques ou ironiques. L'&#233;conomiste Ricardo plut&#244;t que Marx, l'historien Boulainvilliers plut&#244;t que Hobbes retiennent son attention. Aux yeux de l'arch&#233;ologue, les grands courants de la philosophie sont rarement &#224; l'heure des changements qui a&#034;ectent dans ses soubassements l'histoire de la pens&#233;e, ils en sont encore moins le moteur. Un ouvrage comme &lt;i&gt;Surveiller et punir &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme la d&#233;monstration, en creux, des limites de toute philosophie du droit. L'&#233;tude du devenir historique de la p&#233;nalit&#233; aux XVIIIe et XIXe si&#232;cles montre son d&#233;calage notoire avec les r&#233;(exions des juristes qui lui sont contemporaines. Ces derni&#232;res recouvrent les &lt;br class='autobr' /&gt;
v&#233;ritables transformations, que seule peut r&#233;v&#233;ler une &#233;tude de la rationalit&#233; interne des pratiques punitives. Ces pratiques ne requi&#232;rent nul d&#233;tour par la conscience ou la repr&#233;sentation d'un sujet pour &#234;tre effectives et efficaces. Les &#233;v&#233;nements qui int&#233;ressent Foucault n'ont pas leur origine dans les formes d'id&#233;ologies, que celles-ci soient &lt;br class='autobr' /&gt;
les th&#233;ories du droit ou les discours r&#233;formistes ; une certaine pratique de la raison masque bien souvent les raisons d'une pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie traditionnelle semble ici contourn&#233;e dans sa m&#233;thode par un travail qui se pr&#233;sente d'abord comme une collection d'&#171; histoires &#187; insolentes. Ces &#171; histoires &#187;, r&#233;dig&#233;es en fonction d'une certaine actualit&#233;, et strictement limit&#233;es dans l'espace et le temps quant &#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
leur objet, d&#233;rangent par leur absence apparente de r&#233;sultats universalisables ou utilisables dans d'autres domaines. Elles ne mettent en lumi&#232;re aucun transcendantal, aucune structure stable &lt;br class='autobr' /&gt;
sous-jacente &#224; l'exp&#233;rience humaine. M&#234;me &lt;i&gt;l'&#233;pist&#233;m&#232;&lt;/i&gt; &#8211; concept-cl&#233; des &lt;i&gt;Mots et les Choses&lt;/i&gt; dans lequel des lecteurs trop press&#233;s ont cru pouvoir enfermer l'esprit d'une &#233;poque ou l'&#233;tat de la raison &#224; un moment donn&#233; de l'histoire &#8211; ne d&#233;crit rien d'autre qu'un &#171; espace de &lt;i&gt;dispersion&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;un champ ouvert et sans doute ind&#233; !niment descriptible &lt;/i&gt;&lt;i&gt; de relations &lt;/i&gt; &#187;1. Ces relations sont &#233;tablies entre des s&#233;ries d'&#233;v&#233;nements discursifs, dont il faut respecter les sp&#233;ci&#8364;cit&#233;s chronologiques et les formes singuli&#232;res d'apparition. Impossibilit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
donc, d'extraire une th&#233;orie de la connaissance uni&#8364;&#233;e d'une telle &lt;i&gt;arch&#233;ologie du savoir &lt;/i&gt; et de ses objets si labiles. Mais difficult&#233; &#233;galement de pr&#233;ciser &#224; quelle v&#233;rit&#233; pr&#233;tendent ces &#171; histoires &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arch&#233;ologie n'est-elle pas d&#233;&#8364;nie comme une machine critique, ayant une fonction lib&#233;ratrice vis-&#224;-vis de certaines formes de coercition, mais &lt;br class='autobr' /&gt;
qui se pr&#233;occupe peu d'&#234;tre valid&#233;e ind&#233;pendamment de son efficacit&#233; politique ? &#192; ces questions, Foucault r&#233;pond souvent en prenant la tangente : &#171; Je suis un marchand d'instruments, un faiseur de recettes, un indicateur d'objectifs, un cartographe, un releveur de plans, un armurier (2)&#8230; &#187; C'est &#224; la fois trop et trop peu pour faire un phi-&lt;br class='autobr' /&gt;
losophe, diront certains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet art du braconnage a un r&#244;le pr&#233;cis dans ce qui, pour Foucault, demeure la t&#226;che premi&#232;re de la philosophie : le travail sur le pouvoir. En effet, fait-il remarquer : &#171; [&#8230;] il y a longtemps que la philosophie ne peut plus jouer par rapport &#224; la science le r&#244;le de fondement. En revanche, le r&#244;le de mod&#233;ration par rapport au pouvoir m&#233;rite peut-&#234;tre encore d'&#234;tre jou&#233; (3). &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi inscrit-il son travail dans une longue tradition qui remonte aux philosophes grecs : Solon, Platon, les cyniques ; en m&#234;me temps qu'il en infl&#233;chit les pr&#233;rogatives. Face au pouvoir, il ne s'agit plus pour la philosophie de se faire &#171; la loi de la loi (4) &#187;, prenant la place de ce qu'elle pr&#233;tend mod&#233;rer en se pensant comme &#171; l&#233;gislation &#187;, &#171; p&#233;dagogie &#187; ou &#171; proph&#233;tie &#187;. Sur un plan th&#233;orique, il s'agit d'analyser le fonctionnement du pouvoir en le montrant dans sa fragilit&#233; et sa contingence historique, sans pr&#233;tendre jamais le dominer par la pens&#233;e. Sur le plan pratique, il s'agit de prendre part aux luttes qui se d&#233;- &lt;br class='autobr' /&gt;
roulent au coeur de la soci&#233;t&#233;, de les mener au jour, a&#8364;n que la question du pouvoir ne puisse jamais &#234;tre d&#233;&#8364;nitivement referm&#233;e. Ces deux &lt;br class='autobr' /&gt;
activit&#233;s, th&#233;orique et pratique, esp&#232;rent dessiner, au sein m&#234;me de ces relations de pouvoir, les conditions d'un difficile exercice de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous essaierons de montrer que cette question du pouvoir est rest&#233;e au premier plan des pr&#233;occupations de Foucault, jusque dans ses derniers &lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crits sur l'&#233;thique et l'Antiquit&#233; gr&#233;co-romaine. Mais le pouvoir r&#233;serve bien des surprises &#224; celui qui se risque &#224; en faire l'analyse. &#192; la fois fort et &lt;br class='autobr' /&gt;
faible, s&#251;r de sa &#8364;n et &#233;quivoque, tenace mais r&#233;versible, il semble perp&#233;tuellement menac&#233; par autre chose que l'opposition r&#233;fl&#233;chie &#224; son exercice. Comment rendre compte de ce paradoxe du pouvoir sans s'interroger sur son lieu d'&#233;mergence, ou &#8211; si l'on veut conjurer les chim&#232;res de l'origine &#8211; sur sa limite ? Quel est cet &#171; autre &#187; du pouvoir, qui &#224; la fois le sous-tend et le met en p&#233;ril, et hante l'&#233;criture du philosophe ? Cet autre, nous l'appellerons : la bataille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Placer la bataille en une r&#233;gion qui borde le pouvoir sans jamais &#234;tre totalement quadrill&#233;e par ses tactiques semble &#224; premi&#232;re vue transgresser l'interdit foucaldien selon lequel le pouvoir est &#171; sans dehors &#187;. Foucault a eu soin &#224; ce sujet de ne jamais placer la r&#233;sistance au pouvoir en ext&#233;riorit&#233; par rapport &#224; celui-ci. L'interdit vise &#224; &#233;viter les faux &lt;br class='autobr' /&gt;
enchantements de la r&#233;volution, qui s'imagine avoir localis&#233; et, par l&#224;, mis hors d'&#233;tat de nuire l'adversaire et ses ruses. Mais cela ne signi&#8364;e pas que le pouvoir ne puisse &#234;tre subrepticement d&#233;bord&#233; par ce qu'il croyait dominer, ouvrant ainsi &#224; un autre type de rapport de forces. Les luttes internes qui se d&#233;roulent au sein du pouvoir, et qui sont inh&#233;rentes &#224; son exercice, ne sufisent pas &#224; rendre compte de cette terre incertaine de la bataille. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de cette r&#233;gion obscure autour du pouvoir, peu explicit&#233;e par Foucault et pourtant pr&#233;sente dans son oeuvre, que nous tenterons d'approcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &lt;i&gt; Dis et &#233;crits,&lt;/i&gt; I, &#171; R&#233;ponse &#224; une question &#187;, n&#176; 58, p. 676. Nous utilisons la deuxi&#232;me &#233;dition des &lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Dits et &#233;crits&lt;/i&gt;, tome I : &lt;i&gt;1954-1975&lt;/i&gt;, tome II : &lt;i&gt;1976-1988&lt;/i&gt;, Daniel Defert et Fran&#231;ois Ewald (&#233;d.), Paris, Gallimard, &#171; Quarto &#187;, 2001 &#8211; d&#233;sormais DE) en indiquant pour chaque article son titre et son num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. DE I, &#171; &lt;i&gt;Sur la sellette&lt;/i&gt; &#187;, n&#176; 152, p. 1593.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. DE II, &#171; La philosophie analytique de la politique &#187;, n&#176; 232, p. 537.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p. 540.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4&#232;me de couverture :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir n'est pas ce dont certains se saisissent un beau matin, pour ensuite le perdre ou le c&#233;der au gr&#233; des &#233;v&#233;nements. &#192; la lisi&#232;re de nos vies, le pouvoir s'exerce et se risque sans cesse. Telle fut la grande le&#231;on de Michel Foucault, marquant la fin des r&#234;ves &#8211; ceux de la r&#233;volution, de la transgression, de la pro-ph&#233;tie &#8211; et le retour du s&#233;rieux en philosophie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pouvoir r&#233;serve bien des surprises &#224; celui qui se risque &#224; en faire l'analyse. &#192; la fois fort et faible, s&#251;r de sa fin et &#233;quivoque, tenace mais r&#233;versible, le pouvoir semble perp&#233;tuellement menac&#233; par autre chose que l'opposition r&#233;fl&#233;chie &#224; son exercice. Comment rendre compte de ce paradoxe du pouvoir sans s'interroger sur son lieu d'&#233;mergence, ou &#8211; si l'on veut conjurer les chim&#232;res de l'origine &#8211; sur sa limite ? Quel est cet autre du pouvoir, qui &#224; la fois le sous-tend et le met en p&#233;ril, et hante l'&#233;criture du philosophe ? Cet autre, nous l'appellerons : la bataille. C'est de cette r&#233;gion obscure autour du pouvoir, peu explicit&#233;e par Foucault et pourtant pr&#233;sente dans son &#339;uvre, que nous tenterons d'approcher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Chevallier est docteur en philosophie. Il est notamment l'auteur de Michel Foucault et le christianisme (ENS &#233;ditions, 2011) et a dirig&#233; avec Antoine de Baecque le Dictionnaire de la pens&#233;e du cin&#233;ma (Puf, 2012). Il travaille &#224; la Biblioth&#232;que nationale de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me &#233;dition enti&#232;rement revue et compl&#233;t&#233;e&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Penser &#224; Demy</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=381</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=381</guid>
		<dc:date>2014-03-11T17:18:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Chevallier</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'id&#233;e saugrenue d'un bonheur int&#233;gral semble prise entre cruaut&#233; (Georges Bataille) et na&#239;vet&#233; (Fr&#233;d&#233;ric Lenoir), au point que rares sont ceux qui se risquent &#224; penser une telle chose. Le bonheur ne serait-il pas l'impossible : un pi&#232;ge &#224; philosophe, une simple id&#233;e r&#233;gulatrice ou une chim&#232;re m&#233;taphysique, plus dangereuse &#224; aborder finalement que la tristesse, la souffrance ou le d&#233;sespoir, qui ont trouv&#233; depuis longtemps leurs lettres de noblesse dans la litt&#233;rature et l'essai (voir (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e saugrenue d'un bonheur int&#233;gral semble prise entre cruaut&#233; (Georges Bataille) et na&#239;vet&#233; (Fr&#233;d&#233;ric Lenoir), au point que rares sont ceux qui se risquent &#224; penser une telle chose. Le bonheur ne serait-il pas &lt;i&gt;l'impossible&lt;/i&gt; : un pi&#232;ge &#224; philosophe, une simple id&#233;e r&#233;gulatrice ou une chim&#232;re m&#233;taphysique, plus dangereuse &#224; aborder finalement que la tristesse, la souffrance ou le d&#233;sespoir, qui ont trouv&#233; depuis longtemps leurs lettres de noblesse dans la litt&#233;rature et l'essai (voir r&#233;cemment, F. Schiffter, &lt;i&gt;Le charme des penseurs tristes&lt;/i&gt;) ? Comme s'il y avait une insupportable et inqui&#233;tante positivit&#233; dans l'id&#233;e m&#234;me du bonheur, tel le b&#226;ton de dynamite qui va nous exploser en pleine figure &#8211; la figure de la si commode, si r&#233;confortante morosit&#233; contemporaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur de philosophie, sp&#233;cialiste de Benjamin et de Pasolini, Alain Naze rouvre la question du bonheur de mani&#232;re &#171; intempestive &#187; : alors qu'on ne parle aujourd'hui que de son d&#233;sir ou de sa repr&#233;sentation, Alain Naze s'attaque &#224; sa r&#233;alit&#233;, &#224; son possible surgissement, pour nous, ici et maintenant. Pour preuve, une &#339;uvre cin&#233;matographique : celle de Jacques Demy, d&#233;c&#233;d&#233; en 1990. Qu'est-ce que le bonheur ? Comment le penser ? &#192; quelle condition les larmes viennent-elles au spectateur, non par identification avec ce qui se passe &#224; l'&#233;cran &#8211; et lui reste par cons&#233;quent ext&#233;rieur &#8211; mais &lt;i&gt;du dedans&lt;/i&gt; ? Alain Naze &#233;carte les fausses figures du bonheur qui nous feraient jouir &#224; bon compte, celles qui &#233;vitent, par la distance qu'elles posent, ce caract&#232;re intempestif, &#171; insurrectionnel &#187;, du bonheur r&#233;el : le souvenir, la nostalgie, l'utopie, etc. Mais pourquoi alors passer par le cin&#233;ma ? Parce que tous les scepticismes et tous les num&#233;ros empil&#233;s des &lt;i&gt;Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt; n'y feront rien : le cin&#233;ma a tout de m&#234;me quelque chose &#224; voir avec le bonheur. Tant pis pour les grognons, citons &lt;i&gt;Philomena&lt;/i&gt; (Frears, 2013) et &lt;i&gt;Grand Budapest Hotel&lt;/i&gt; (Anderson, 2014), qui font effectivement pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour embrasser le bonheur faut-il embrasser tout Demy ? Non, disons qu'un demi-Demy suffit&#8230; Sans nous faire le coup du chef-d'&#339;uvre m&#233;connu, confiant dans le jugement de l'histoire (&#224; tout prendre, c'est souvent le meilleur), Alain Naze ne s'arr&#234;te ici que sur les tr&#232;s grands films de Jacques : &lt;i&gt;La baie des anges&lt;/i&gt; (1963), &lt;i&gt;Les parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt; (1964), &lt;i&gt;Les demoiselles de Rochefort&lt;/i&gt; (1967), &lt;i&gt;Une chambre en ville&lt;/i&gt; (1982) ; avec quelques br&#232;ves excursions dans&lt;i&gt; Peau d'&#194;ne&lt;/i&gt; (1970) et &lt;i&gt;Lady Oscar&lt;/i&gt; (1978). Il ne sera donc pas question de l'embarrassant &lt;i&gt;Parking&lt;/i&gt; (1985) ou du demi-r&#233;ussi &lt;i&gt;Trois places pour le 26&lt;/i&gt; (1988). Pourquoi cette s&#233;lection ? Sans doute parce que si &#171; int&#233;gral &#187; est le pr&#233;dicat du sujet &#171; bonheur &#187;, alors il faut aller droit au but, et prendre les films les plus ma&#238;tris&#233;s, ceux o&#249; Demy s'est senti respirer &#224; pleins poumons, o&#249; il n'a pas &#233;t&#233; assujetti aux dictats du producteur, de la star du moment ou du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc ce petit &#8211; trop petit &#8211; essai, compos&#233; de quatre parties, comme un concerto dont il aurait fallu, &#224; la toute fin, r&#233;p&#233;ter le premier mouvement : &#171; L'id&#233;e d'un bonheur int&#233;gral &#187;, &#171; L'ennui et le r&#233;veil &#187;, &#171; [G]R&#234;ve et insurrection &#187;, &#171; Il faut aimer &#187;. Il vient combler avec &#171; bonheur &#187; un manque bizarre : Demy est un cin&#233;aste &#224; la fois c&#233;l&#233;br&#233; mais tr&#232;s peu pens&#233;. Alain Naze a la g&#233;n&#233;rosit&#233; de citer les rares essais qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; le sien : Berthom&#233;, 1982 ; Taboulay 1996 ; Liandrat-Guigues, 2009 ; et&#8230; c'est &#224; peu pr&#232;s tout (1). Demy est le seul cin&#233;aste devenu canonique &#8211; apr&#232;s bien des ricanements, moqueries, dont Emmanuel Dreux capta il y a peu l'image d&#233;finitive (2) &#8211; &#224; ne pas faire couler l'encre. On ne trouve qu'une unique mention de son nom, amicale mais peu disserte, dans &lt;i&gt;L'image-temps&lt;/i&gt; de Deleuze (Minuit, 1985). Oui, il &#233;tait temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit, serr&#233; m&#234;me, le livre est parfois ardu. Impressionnent d'abord les analyses, toujours au plus pr&#232;s des films, port&#233;es par la lecture de Benjamin et Kracauer : celle des noces orageuses de l'amour et du jeu dans&lt;i&gt; La baie des anges&lt;/i&gt;, qui se menacent, s'inqui&#232;tent et se relancent sans cesse, celle surtout du Passage Pommeraye, sorti de la narration et r&#233;v&#233;l&#233; dans sa mat&#233;rialit&#233; par la gr&#226;ce du cin&#233;ma dans &lt;i&gt;Une chambre en ville&lt;/i&gt;. Mais alors le bonheur ? C'est plus compliqu&#233;, et la construction de l'essai en t&#233;moigne. Les th&#232;mes et le vocabulaire ne cessent de bouger, comme si la pens&#233;e ne pouvait ou ne voulait se donner sa lexie : des mots &#224; connotation positive (&#171; souvenir &#187;, &#171; v&#233;cu &#187;) prennent soudain une connotation n&#233;gative et inversement, refusant au cin&#233;ma de Demy des polarit&#233;s d&#233;finitives. Choix d&#233;lib&#233;r&#233; ici, et non d&#233;faillance : Alain Naze met en avant les hiatus, d&#233;s&#233;quilibres potentiels et paradoxes vivants de l'&#339;uvre : artifice/r&#233;alit&#233;, rue/passage, ext&#233;rieur/int&#233;rieur, op&#233;ra/cin&#233;ma, &lt;i&gt;Les demoiselles de Rochefort/Une chambre en ville&lt;/i&gt;. C'est &#233;tourdissant, parfois perturbant. Et comme il faut bien risquer une interpr&#233;tation, cette br&#232;ve &#171; critique &#187; est l'heureuse occasion de r&#233;sumer en quatre propositions ce que j'ai vu, ou cru voir, de mes yeux vu, en lisant ce beau livre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition 1&lt;/strong&gt; : Le bonheur est un &#233;v&#233;nement qui m'arrive maintenant et m&#234;me s'il m'arrive par le film &#8211; entendu ici comme m&#233;dium, non comme intrigue &#8211; ce n'est pas par procuration, mais pleinement, r&#233;ellement. Est ici refus&#233; tout bonheur qui ne serait qu'une image du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition 2&lt;/strong&gt; : Le bonheur n'est pas la simple r&#233;ponse &#224; un stimulus pr&#233;sent (sensualisme, h&#233;donisme), il est le retour ou la reprise d'un quelque chose qui a trait au pass&#233; : &#171; [&#8230;] le bonheur de tomber amoureux correspond au fait de se souvenir &#187; (p. 61).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition 3&lt;/strong&gt; : Ce quelque chose est une part oubli&#233;e de nous-m&#234;mes que nous n'avons jamais v&#233;ritablement poss&#233;d&#233;e : de &#171; l'insu &#187; en nous, &#171; comme notre propre enfance &#8211; celle qui nous a &#233;chapp&#233;e quand nous la vivions, mais qui, souterrainement, creusait son sillon &#224; m&#234;me notre chair &#187; (p. 56).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proposition 4&lt;/strong&gt; : Ce retour n'est pas de l'ordre de la recr&#233;ation mentale, dans la plus plate acception du terme &#171; souvenir &#187;, car il n'est &#224; aucun moment coup&#233; du pass&#233; ; il est le pass&#233; enfin &#224; vif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. : on notera p. 39 un clin d'&#339;il amical &#224; Marcel Carn&#233; (qui a beaucoup en partage avec Demy), autre perdant magnifique dont l'&#339;uvre d'apr&#232;s-guerre continue d'&#234;tre ignor&#233;e. Plus que&lt;i&gt; Les portes de la nuit&lt;/i&gt; (1946), il faudrait citer l'incroyable &lt;i&gt;Terrain vague&lt;/i&gt; (1960) &#8211; ce diamant mal taill&#233; que Truffaut admirait en cachette &#8211; le d&#233;but de &lt;i&gt;La Marie du port&lt;/i&gt; (1950) ou encore &lt;i&gt;Trois chambres &#224; Manhattan&lt;/i&gt; (1965), seul film fran&#231;ais fid&#232;le &#224; New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Naze, Jacques Demy, L'enfance retrouv&#233;e, Paris, L'Harmattan, 2014, 68 pages, 10,5 euros&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1)	Citons le tr&#232;s bel article d'Emmanuel Dreux consacr&#233; aux &lt;i&gt;Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;, dans le &lt;i&gt;Dictionnaire de la pens&#233;e du cin&#233;ma,&lt;/i&gt; Paris, PUF, 2012, p. 521-522 (que j'ai dirig&#233; avec Antoine de Baecque) et Laurent Jullier, &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire des Parapluies de Cherbourg&lt;/i&gt;, Paris, L'Amandier, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2)	Le public de Demy n'est pas le public de la Nouvelle Vague et la Nouvelle Vague n'est pas &#171; en chant&#233;e &#187;, ce sont deux cin&#233;mas absolument diff&#233;rents : cf. &lt;i&gt;Dictionnaire de la pens&#233;e du cin&#233;ma&lt;/i&gt;, op. cit., p. 521.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
