<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=188&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Retour au d&#233;sert. Le moment guerre du Golfe et la philosophie. &#8212; Quelques prol&#233;gom&#232;nes</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1555</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1555</guid>
		<dc:date>2026-03-15T17:46:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>


		<dc:subject>a_la_une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Ce texte est issu d'une conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; Ici et Ailleurs tenu &#224; Istanbul en septembre 2018 et repris dans le volume collectif des actes, sous le titre Orient, orientation, d&#233;sorientation, r&#233;orientation, sous la direction de Luca Salza et Orgest Azizaj, aux &#233;ditions Mimesis en 2019 &#187; https://www.editionsmimesis.fr/catalogue/orient-orientation-desorientation-reorientation/ &lt;br class='autobr' /&gt; Pour Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, dit ZOUZI &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'Ouest absolu est un port de guerre. [&#8230;] Le port de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=111" rel="tag"&gt;a_la_une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Ce texte est issu d'une conf&#233;rence &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; Ici et Ailleurs tenu &#224; Istanbul en septembre 2018 et repris dans le volume collectif des actes, sous le titre &lt;i&gt;Orient, orientation, d&#233;sorientation, r&#233;orientation&lt;/i&gt;, sous la direction de Luca Salza et Orgest Azizaj, aux &#233;ditions Mimesis en 2019 &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.editionsmimesis.fr/catalogue/orient-orientation-desorientation-reorientation/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.editionsmimesis.fr/catalogue/orient-orientation-desorientation-reorientation/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, dit ZOUZI&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Ouest absolu est un port de guerre. [&#8230;] Le port de guerre regarde vers l'Orient d'un regard z&#233;l&#233;. Il fait l'Orient par son regard. L'Orient est ce que vise l'&#339;il de ses bouches &#224; feu, l'adverse. &#187; (Jean-Fran&#231;ois Lyotard, &lt;i&gt;Le Mur du Pacifique&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re Guerre mondiale de l'apr&#232;s-guerre froide, la guerre dite du Golfe men&#233;e sous la pr&#233;sidence de Bush p&#232;re par les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s dans le d&#233;sert arabique qui s'&#233;tend entre le Kowe&#239;t et l'Irak, guerre &#233;clair, guerre aussi th&#233;o-techno-logique que t&#233;l&#233;g&#233;nique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce n'est pas que par la logique du signifiant que Schwarzkopf est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aussi meurtri&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Depuis Hiroshima, il n'y a jamais eu autant de mort au m&#232;tre carr&#233; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que fictive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'adage durassien, &#171; Tu n'as rien vu &#224;&#8230; &#187; est d'autant plus valable pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, aussi n&#233;ocoloniale qu'hyper consensuelle, s'impose comme le bilan obsc&#232;ne par le vainqueur du si&#232;cle politique qui se cl&#244;t (1990-1991), et annonce la &lt;i&gt;r&#233;orientation&lt;/i&gt; de l'horizon de celui qui s'ouvre. Si la science politique connait le concept des &#171; guerres d&#233;sorient&#233;es &#187;, qui se multiplient hors des cadres &#233;tatiques et territoriaux reconnus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ertan Karde&#351; en a pr&#233;sent&#233; le concept, notamment en r&#233;f&#233;rence &#224; Carl (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celle du Golfe aura &#233;t&#233; une &lt;i&gt;guerre orient&#233;e&lt;/i&gt;, voire sur-orient&#233;e &#8211; et la matrice secr&#232;te de toute la d&#233;sorientation issue d'elle, comme des &#233;clats d'orient ind&#233;finiment r&#233;pandus de par le monde et ind&#233;finiment renaissants. Il aura donc fallu qu'&#224; l'or&#233;e des temps nouveaux, qui sont encore les n&#244;tres, cette Blitz-r&#233;orientation du champ d'exercice et des modes de manifestation de la puissance plan&#233;taire ait eu pour sc&#232;ne le d&#233;sert arabique : sc&#232;ne d'apocalypse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'arsenal de bombardement utilis&#233; pendant les deux mois de la guerre a &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de d&#233;luge de feu r&#233;alis&#233; sur commande par des moyens hyper et pyro-techniques, dont il s'agissait aussi de faire la d&#233;-monstration plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Construire l'objet guerre du Golfe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'orienter historiquement, mondialement dans ce sens, signifie aussi chercher des signes du temps, ou chercher dans le temps ce qui (nous) fera signe, ce qu'on reconnaitra tel, et qui nous en imposera une nouvelle lecture. Tout ce qui se pr&#233;sente dans notre actualit&#233; ne (nous) fait pas &#233;galement signe, mais passe m&#234;me, pour la plupart, &#224; la trappe de l'insignifiant. S'orienter, c'est ainsi se trouver des rep&#232;res, ou plut&#244;t construire, constituer quelque chose qui va valoir comme rep&#232;re, et le doter d'une surcharge signifiante : qu'il s'agisse des signes capitaux, ou de petits signes dispers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'interrogation de Foucault, cette recherche des signes qui d&#233;finissent ce qui co-ordonne notre actualit&#233; &#8211; qui en &#233;tablit l'ordre et en d&#233;finit le cadre &#8211; se pr&#233;sente comme une recherche pour d&#233;finir les bords de notre pr&#233;sent, ce qui fait notre &#234;tre aujourd'hui. Ce qui reste peut-&#234;tre un peu &#171; inquestionn&#233; &#187; de la part de Foucault dans cette d&#233;marche, c'est une certaine asym&#233;trie, une non-correspondance qui existe entre le traitement qu'il r&#233;serve au temps pass&#233; et le traitement qu'il r&#233;serve &#224; ce qu'il appelle, d'un nom un peu trop unitaire, trop unitairement massif, &#171; notre aujourd'hui &#187;, &#171; notre actualit&#233; &#187;, &#171; notre pr&#233;sent &#187;, etc. Comme s'il n'y en avait &lt;i&gt;qu'un&lt;/i&gt;. Avec ce vocable un peu flou et ambigu qui revient r&#233;guli&#232;rement sous la plume de Foucault : &#171; dans une soci&#233;t&#233; comme la n&#244;tre &#187;. Or, comme beaucoup d'autres sans doute, je ne me sens pas enti&#232;rement appartenir &#224; la cl&#244;ture du temps qu'on me propose comme &#171; n&#244;tre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce clivage intime, ses diff&#233;rents avatars, et notamment l'illustration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. J'exp&#233;rimente sur ma peau la non-unit&#233; de l'actualit&#233; et du pr&#233;sent, la fiction de la grande unit&#233; de &#171; nos jours &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation pr&#233;sente aussi une deuxi&#232;me instance : non seulement temporelle, mais spatiale &#8211; les g&#233;ographies mentales, les constitutions de (mi)lieux, de territoires, qui &#224; la fois hantent et d&#233;terminent l'aujourd'hui. Si donc l'orientation est prise dans ce sens-l&#224;, celui d'une recherche pour savoir ce qui dans le temps et l'espace, dans la g&#233;ographie et la chrono-graphie ou -logie, me fait signe et d&#233;termine ce que je suis, nous sommes amen&#233;s &#224; reconnaitre que le pr&#233;sent est n&#233;cessairement quelque chose de hant&#233; : hant&#233; par un temps pr&#233;c&#233;dent, par des lieux o&#249; se fixent ses &#233;l&#233;ments fondamentaux. La contemporan&#233;it&#233; a toujours cette structure paradoxale de la hantise, de l'&#234;tre-l&#224; qui n'est pas l&#224;, de la co&#239;ncidence chiasmatique d'un (ou plusieurs) pass&#233;(s) qui font mon (notre) pr&#233;sent. Et donc d'une fondamentale h&#233;t&#233;ronomie, o&#249; toutes les &lt;i&gt;hetera&lt;/i&gt; viennent s'ajouter : les h&#233;t&#233;rologies, les h&#233;t&#233;rochronies, et bien s&#251;r les h&#233;t&#233;rotopies qu'on connait mieux, ou qu'on croit connaitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une hantise temporelle, mais aussi une hantise topique &#8211; et c'est par l&#224; que des lieux sont des lieux &#8211; qui fait (se) demander : de quels lieux, horizons, moments territoriaux, sommes-nous habit&#233;s, sommes-nous encore et toujours les h&#233;ritiers ou contemporains ? Or, la constitution de ce type de &lt;i&gt;lieux-signes&lt;/i&gt; a toujours affaire &#224; une dimension fantasmatique, dans le sens qu'il n'y a pas de cartographie qui ne soit aussi une fantasmatique, qui ne soit &#224; la fois investissement psychique, libidinal-collectif, d&#233;lirant etc. Qu'y a-t-il de commun, par exemple, entre le Moyen-Orient relu, fantasm&#233;, redessin&#233; par Daesh et celui qui figure sur &#171; nos &#187; atlas d'&#233;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le moment auquel on se r&#233;f&#232;re ici, quelque part entre 89 et 91, est un moment de diagnostics intenses, de recherche f&#233;brile de &lt;i&gt;sens du temps&lt;/i&gt;. Cette actualit&#233; se d&#233;finit aussi par cela : elle est remplie de diagnostics sur elle-m&#234;me. Les journaux et revues de l'&#233;poque abondent en contributions, o&#249; chacun y va de son diagnostic : temporel, politique, civilisationnel etc. C'est un temps de d&#233;sorientation absolue, temps d'un vide particuli&#232;rement pr&#233;gnant. On voit l&#224; qu'il ne suffit pas de faire des diagnostics, que la posture du diagnostic n'est plus suffisante comme approche philosophique. Et que la t&#226;che du philosophe devient peut-&#234;tre quelque chose comme une pol&#233;mologie des diagnostics. En ce sens, surtout, que ces multiples propositions diagnostiquantes s'offrent comme des discours qui structurent l'espace de l'actualit&#233;, comme des armes, des instruments d'influence dans la configuration du pr&#233;sent m&#234;me qu'ils se donnent pour but de diagnostiquer. Elles visent &#224; &lt;i&gt;op&#233;rer des effets&lt;/i&gt; dans l'actualit&#233;, qui semblait &#234;tre jusque-l&#224; un simple objet de jugement connaissant. Ce sont &#224; la fois des instances objectives et subjectives, des positionnements, qui visent soit &#224; maitriser, &#224; rendre plus gouvernable, soit au contraire &#224; &#233;chapper &#224; cette prise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut pas le montrer ici, mais une analyse des discours diagnostiquants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre Jean-Luc Nancy dans la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt; et Samuel Huntington dans &lt;i&gt;National Interest&lt;/i&gt;, les d&#233;marches ne sont pas simplement diff&#233;rentes, voire divergentes, mais elles s'&#233;tablissent dans une v&#233;ritable guerre des diagnostics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. La Guerre du Golfe comme &#171; moment &#187; : communaut&#233; et exception&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; 1991 &#8211; ann&#233;e de la guerre du Golfe, &#171; aussit&#244;t vue, aussit&#244;t perdue de vue &#187; comme le re-marque Paul Virilio &#8211; fut aussi celle de la publication de &lt;i&gt;Cap au pire&lt;/i&gt; de Samuel Beckett, et de &lt;i&gt;L'Autre cap&lt;/i&gt; de Jacques Derrida. &#187; (Denis Guenoun, &lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt;, avril 1991.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'hypoth&#232;se qui anime ce d&#233;but de proposition de travail est que ce qui sera appel&#233; la Guerre du Golfe (gardant les majuscules pour signifier son faire &#233;poque, comme en image r&#233;fl&#233;chie de la Grande Guerre), a des titres pour se proposer comme un moment de c&#233;sure, qui d&#233;termine quelque chose de fondateur pour ce qui est de notre pr&#233;sent. Cet &#233;v&#233;nement, si c'en est un, &lt;i&gt;est un foyer fondamental de contemporan&#233;it&#233;&lt;/i&gt;, tel qu'on se meut toujours dans le cadre qu'il a instaur&#233;. Le but serait donc de proposer quelque chose comme une arch&#233;ologie de ce moment, d'esquisser une cartographie de l'espace discursif qu'il a ouvert, d&#233;plac&#233;, affect&#233;, et auquel il aura donc donn&#233; &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt;. Qu'a-t-elle &#233;t&#233;, cette guerre, dans son impact, tant sur les discours, sur les pens&#233;es, les perceptions et les &#233;nonc&#233;s du pr&#233;sent et du temps ? Et qu'aura &#233;t&#233; sa post&#233;rit&#233;, sa ou ses survivance(s) jusqu'&#224; aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose d'appeler cela le &#171; moment Guerre du Golfe &#187;, selon une notion que j'emprunte &#224; Fr&#233;deric Worms, notamment dans son ouvrage &lt;i&gt;La philosophie en France au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, et dont le sous-titre est &#171; Moments &#187;. Il s'y propose de faire une lecture de l'h&#233;ritage, voire du patrimoine de la philosophie en France au XXe si&#232;cle, en identifiant des concr&#233;tions de moments, o&#249; des r&#233;seaux de concepts se rencontrent, s'entre-d&#233;finissent dans une esp&#232;ce de transversalit&#233;. Il en reconnait trois, tous restant dans le cadre d'un rep&#233;rage quelque peu intra-philosophique : le &#171; moment 1900 &#187; autour du probl&#232;me de l'esprit ; puis le &#171; moment Seconde Guerre mondiale &#187;, autour de celui de l'existence ; et enfin, celui des ann&#233;es 60, identifi&#233; comme le moment de la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se permettre d'envisager une autre typologie des moments, o&#249; la philosophie, comme type de discours, r&#233;seau de conceptualit&#233;s, subit ou est affect&#233;e par des moments, non pas &#224; partir d'elle-m&#234;me, mais par la rencontre avec un &#233;v&#233;nement de l'actualit&#233; qui l'affecte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, par exemple, l'identification de la conjoncture des ann&#233;es 80 en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel r&#233;seau, que ce soit celui des impacts, ou celui des conceptualit&#233;s, m&#234;me si on d&#233;cidait de se limiter &#224; celui de la philosophie et ses voisinages, est tr&#232;s difficile &#224; circonscrire. On se contentera ici d'indiquer une direction par ricochet, d'une certaine fa&#231;on, celle des affections des discours philosophiques qui constituent la Guerre du Golfe comme un moment &#224; interroger : non seulement comme une date, mais comme une esp&#232;ce de trou noir, face auquel un certain champ de la philosophie s'est senti interpell&#233; et mis &#224; l'&#233;preuve et aura essay&#233; de lui r&#233;pondre et d'infl&#233;chir ses cat&#233;gories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des particularit&#233;s qui fait que la Guerre du Golfe se constitue en moment, est qu'elle rassemble quelques conjonctions. Un &#233;v&#233;nement exige toujours des conjonctions, qui apportent comme la valeur ajout&#233;e de l'&#233;v&#233;nement et le rendent susceptible d'avoir des effets autour de lui. Celles dans lesquelles est prise cette &lt;i&gt;guerre-concept&lt;/i&gt; au Proche Orient est, tout d'abord, un espace satur&#233; d'&#233;v&#233;nementialit&#233;, mais imm&#233;diatement d&#233;doubl&#233; par un r&#233;seau de commentaires, qui est celui provoqu&#233; par la chute du Mur de Berlin. &#192; l'int&#233;rieur de ce cadre-l&#224;, et comme en surd&#233;termination, il y a une seconde conjoncture, comme interne &#224; la premi&#232;re, qui est la contemporan&#233;it&#233; de ces deux discours qui ont structur&#233; en profondeur la lecture du moment en question : celui qui part de l'article de F. Fukuyama en 1989 sur &#171; La Fin de l'histoire &#187;, et pose l'un des rails perceptifs de la r&#233;ception de ce qui se passe ; et l'autre, qui part de l'article de S. Huntington en 1992, sur le &#171; Choc des civilisations &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La parfaite sym&#233;trie de ces deux &#171; pitches &#187; &#224; la fortune imm&#233;diatement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces deux discours concomitants, loin d'&#234;tre contradictoires et s'excluant mutuellement, sont tout &#224; l'inverse compl&#233;mentaires et se pr&#233;supposent l'un-l'autre, pour constituer ainsi ce que j'appellerais la &lt;i&gt;machine perceptive am&#233;ricaine&lt;/i&gt;, qui d&#233;termine le cadre de perception plan&#233;taris&#233; de l'actualit&#233;, et qui va permettre ensuite le consensus tout aussi plan&#233;taire autour des nouveaux agissements de la puissance am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Mur et le Golfe &#187;, pour reprendre le titre perspicace d'un livre qui ne l'est gu&#232;re, sont les deux &#233;v&#233;nements m&#233;taphysiques de la fin de si&#232;cle, les astres jumeaux qui surd&#233;terminent la port&#233;e historico-conceptuelle de l'un-l'autre. La philosophie donc, celle dite continentale en priorit&#233;, a &#233;t&#233; d&#233;vi&#233;e dans son cours, telle est ici l'hypoth&#232;se, par le choc de ce double &#233;v&#233;nement-l&#224;. D'un c&#244;t&#233; le moment Chute du Mur a influ&#233; sur la recherche &#224; nouveaux frais autour de tout ce que pouvait encore signifier le commun, la communaut&#233;, l'&#234;tre-avec, jusqu'&#224; l'exploration des modalit&#233;s les plus insaisissables de l'&#234;tre du &lt;i&gt;cum&lt;/i&gt;, une fois que le grand nom du communisme n'&#233;tait plus utilisable. Dans la condition de l'&#233;puisement historique et de l'&#233;chec de ce nom et de toute r&#233;alit&#233; qui pouvait lui &#234;tre attach&#233;e, il a fallu se r&#233;approprier, repenser &#224; nouveau frais les conditions m&#234;me de la communaut&#233;, dans la multiplicit&#233; de ses nouveaux attributs : inavouable, d&#233;s&#339;uvr&#233;e, &#224;-venir, sans mythe, sans figure, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, notamment, J.-L. Nancy et J. Ch. Bailly, La comparution (Politique &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'autre versant concomitant, celui de la Guerre du Golfe, la philosophie (souvent la m&#234;me) a r&#233;agi en ramenant &#224; la surface troubl&#233;e de la pens&#233;e, les figur&#233;s de la souverainet&#233; et de l'(&#233;tat d')exception. Si l'exception souveraine est devenue l'un des noms capitaux de la pensabilit&#233; de la politique dans son nouveau d&#233;ploiement &#233;pochal, un des sites d'&#233;mergence en est la Guerre du Golfe. L'un des foyers les plus d&#233;cisifs de la formation de cet &lt;i&gt;opus magnum&lt;/i&gt; de la pens&#233;e contemporaine de la politique, &#224; savoir la pens&#233;e de Giorgio Agamben &#8211; et notamment sa structuration dans le cycle &lt;i&gt;Homo sacer&lt;/i&gt; &#8211; a &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;ment le Signe historique qu'a constitu&#233; l'&#233;v&#233;nement de la Guerre du Golfe : la d&#233;monstration spectaculaire du d&#233;ploiement de la souverainet&#233; exceptionnelle, dans tout son &#233;clat, et pas seulement guerrier, dans toute son &#171; innocence &#187;, son absence de justification et son hyperbolisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une des le&#231;ons les moins &#233;quivoques de la guerre du Golfe est l'entr&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour parler en langage kantien, le site o&#249; se trouve install&#233;e la philosophie en 1990 est celui du double enthousiasme par quoi est transi le nouveau public mondialis&#233; : face &#224; la chute du Mur et face &#224; la Guerre du Golfe &#8211; ou plut&#244;t, la conversion quasi instantan&#233;e, et &#224; jamais &#233;nigmatique, d'un enthousiasme plan&#233;taire dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Des lignes d'inconscient : le d&#233;sert, la peau blanche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le racisme est la jalousie que le nom imp&#233;rial &#233;prouve pour les noms des autres, ceux des nations nomades. &#187; (J.-Fr. Lyotard, &lt;i&gt;Le mur du Pacifique&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La guerre du Golfe pulv&#233;rise, anachronise l'espace europ&#233;en comme espace de paix, comme utopie en cours de r&#233;alisation de la paix perp&#233;tuelle. Elle ram&#232;ne la possibilit&#233; de la guerre comme horizon symbolique acceptable, voire essentiel, voulu &#8211; comme ce qui, &#224; nouveau (et &#224; nouveaux frais) &lt;i&gt;fait monde&lt;/i&gt;. La mondialisation de et par la &#171; d&#233;mocratie &#187;, qui faisait suite &#224; la chute du Mur (Fukuyama et alii), est imm&#233;diatement doubl&#233;e (dans tous les sens du mot) par la mondialisation de et par la guerre. D&#233;sormais, fait monde ce qui est capable de se montrer, de s'exhiber, innocemment et impun&#233;ment, dans tout son obsc&#232;ne souverain. Le d&#233;sert est ainsi le lieu fantasmatique par excellence de l'exp&#233;rimentation de la mondialisation, celle qui s'impose au nom de l'&#201;tat du droit, et o&#249; celui-ci est indiscernable de l'&#201;tat de guerre, voire de l'&#201;tat-pour-la-guerre. Ce qu'avant tout r&#233;alise la Guerre du Golfe, comme un performatif r&#233;ussi, c'est cette identification et l&#233;gitimation mutuelle du droit et de la guerre, chapeaut&#233;s par l'&#201;tat. &#192; partir de l&#224;, tout droit &#233;tatique, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, pourra s'exercer comme guerre, contre tout ce qui tombe, de quelque fa&#231;on que ce soit, hors du champ d&#233;mocratique du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous avons trac&#233; une ligne sur le sable &#187;, c'est par cette image que George Bush a indiqu&#233; l'ultimatum adress&#233; &#224; l'Irak. Dans un essai qui tente d'explorer &#171; l'inconscient am&#233;ricain &#187; impliqu&#233; et mis en branle dans cette guerre, de tracer &#171; certaines cartographies de l'inconscient rh&#233;torique &#187; et les lignes &#171; d'une &lt;i&gt;histoire phantasmique&lt;/i&gt; &#187;, la philosophe am&#233;ricaine Avital Ronell fait un sort particulier &#224; cette line, qui est en m&#234;me temps une &lt;i&gt;dead-line&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avital Ronell, &#171; Tropes d'assaut. Une lecture de Temp&#234;te du d&#233;sert &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tracer une ligne sur le sable, c'est reprendre la main. Le souverain c'est aussi celui qui trace des lignes, aussi loin de chez lui que possible. Et cette ligne dans le sable du d&#233;sert, prend dans la psych&#233; am&#233;ricaine la revanche de l'autre ligne effac&#233;e, celle entre le Nord et le Sud qui a rat&#233; dans la jungle du Vietnam &#8211; et en effa&#231;ant le souvenir de son effacement, tente d'en effacer le traumatisme. Et rend possible, par l&#224;-m&#234;me, et par-del&#224; l'histoire du si&#232;cle, la relance de la guerre coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle d&#233;place aussi, et repousse au loin la sc&#232;ne des op&#233;rations, les lieux de la v&#233;ritable histoire, en rejetant d&#233;j&#224; dans le &#171; pass&#233; antiquaire &#187; la vieille ligne que les Sovi&#233;tiques avaient trac&#233;e et qui venait de s'effacer au c&#339;ur de l'Europe. Se croyant retrouv&#233;, revenu au-devant et au centre de la sc&#232;ne historique, l&#224;-m&#234;me o&#249; il s'&#233;tait constitu&#233; en c&#339;ur sanglant du 20e si&#232;cle, &#224; Berlin, l'espace europ&#233;en se d&#233;couvre aussit&#244;t escamot&#233;, marginalis&#233; &#8211; pire, vassalis&#233;. C'est ce qui rend d'autant plus anachronique (anatopique ?) la comparaison de Saddam Hussein avec Hitler, l'annexion du Kowe&#239;t avec celle des Sud&#232;tes et le refus de la guerre avec &#171; l'esprit de Munich &#187;, m&#234;me quand elle se veut non pas &#171; une identit&#233; d'essence, mais une analogie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les termes d'une tribune (&#171; Une guerre requise &#187;) publi&#233;e par &#171; huit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;surrection d'Hitler au Moyen-Orient est peut-&#234;tre n&#233;cessaire &#224; la psych&#233; guerri&#232;re am&#233;ricaine (outre qu'une tr&#232;s utile, bien qu'&#233;cul&#233;e, op&#233;ration de propagande). Mais, le courant historique passe maintenant ailleurs ; les vieux sables de Normandie, pur d&#233;cor touristique ou cin&#233;matographique, ne tracent plus aucune ligne &#8211; le Mur de l'Atlantique est pur vestige, comme les cath&#233;drales ou les ch&#226;teaux-forts, et dont on a pu entreprendre d'en faire l'arch&#233;ologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le beau et d&#233;sormais classique livre de Paul Virilio, Bunker (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;sormais, le courant passe, par contact direct, de d&#233;sert &#224; d&#233;sert, du Texas au Golfe : &lt;i&gt;How the Middle-East was won !&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but de la guerre et des bombardements, le 18 janvier 1991 : centenaire, au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est de cette communication en circuit ferm&#233; entre d&#233;serts que l'espace europ&#233;en, d&#233;j&#224; dans la post-histoire, se trouve radicalement exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit l&#224; d'une r&#233;-orientation brutale, dans tous les sens du terme, d'une nouvelle distribution des accents, du franchissement d'un seuil d'historicit&#233; par hyst&#233;risation d'une figure. Si l'on adopte la perspective d'une th&#233;orie des noms, comme r&#233;v&#233;lateurs des lignes de force dans l'histoire, comme aimants et orienteurs des d&#233;roulements de celle-ci&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir A. Badiou et J. Cl. Milner, Controverse, Seuil, Paris 2012, o&#249; se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on peut soutenir que la guerre du Golfe est le moment qui fixe l'advenue, la mont&#233;e du nom arabo-islamique comme cat&#233;gorie centrale &#8211; et disput&#233;e &#8211; de l'imaginaire qui remplit le nouvel horizon de la politique mondialis&#233;e ; comme point axial autour duquel tourne le fantasme auto-d&#233;clar&#233; du &#171; Nouvel Ordre Mondial &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ronell note avec pertinence que cette &#171; expression ch&#232;re &#224; Goebbels [&#8230;], (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et par cons&#233;quent, comme &lt;i&gt;l'acteur absolu&lt;/i&gt;, la principale, sinon l'unique source de production d'&#233;v&#233;nements &#224; port&#233;e plan&#233;taire. Source n&#233;gative, mais source tout de m&#234;me. Fait &#233;v&#233;nement, fait actualit&#233;, (nous) concerne (tout) ce qui touche aux agissements, &#224; la consistance de ce nom. L'hypersensibilit&#233; historique envers lui est d&#233;sormais devenu mondiale et vecteur de mondialisation. Du 11 septembre &#224; la guerre en Syrie, des attentats de Paris et des agissements de Daech au r&#233;cent r&#233;tablissement de l'embargo envers l'Iran&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'&#224; la crise de ces jours de mi-juin 2019, dont on peut craindre la pire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la pr&#233;gnance de ce nom (diviseur et divis&#233;, revendiqu&#233; et repouss&#233;), de ce nom capital comme polarit&#233; de l'histoire contemporaine, n'a cess&#233; de s'affirmer, de s'aiguiser si l'on peut dire, sans mauvais jeu de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on le veuille ou non, cela d&#233;finit la zone et les vecteurs des puissants investissements g&#233;o-psychiques qui fixent les n&#339;uds &#233;v&#233;nementiels de l'histoire &#224; venir, qui dessinent les canaux par o&#249; va passer l'&#233;nergie des acteurs, tout en en d&#233;finissant la grammaire et le lexique des identifications. &#192; savoir : que les temps &#224; venir s'annoncent comme ceux de la prise, de l'emprise conflictuelle du plus &lt;i&gt;blanc&lt;/i&gt; et plus &lt;i&gt;extr&#234;me&lt;/i&gt; (si ce n'est extr&#233;miste) Occident &#8211; celui-l&#224; m&#234;me, &#233;vang&#233;lique, protestant et capitaliste qui a si innocemment triomph&#233; des Indiens en s'appropriant le d&#233;sert am&#233;ricain &#8211; l'emprise donc, de cet Occident-l&#224;, dans sa tentative de s'approprier, neutraliser l'h&#233;ritage fantasmatique du d&#233;sert arabique. Il s'agit de couper, de blanchir, de mettre de quelque fa&#231;on sous tutelle, ce qui, de pr&#232;s ou de loin, peut se revendiquer comme se rapportant &#224; ce lieu originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en cela aussi que la sc&#232;ne du Golfe, que la guerre du Golfe comme sc&#232;ne primitive (deux fois primitive : une sc&#232;ne primitive qui vient doubler &#8211; ensevelir et exalter &#224; la fois, &lt;i&gt;convertir&lt;/i&gt; &#8211; une autre sc&#232;ne primitive) est int&#233;ressante : comme d&#233;clencheur et r&#233;v&#233;lateur de cette &lt;i&gt;fatale r&#233;orientation&lt;/i&gt; de la psych&#233; blanche am&#233;ricano-occidentale, qui se sent subitement appel&#233;e &#224; r&#233;gler ses comptes &#224; &#8211; et avec &#8211; le nom arabo-islamique ; qui se sent appel&#233;e &#224; investir les zones d&#233;sertiques au c&#339;ur de son inconscient colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait &#233;poque dans et par la guerre du Golfe, c'est ce devenir absolu de l'Occident en tant qu'Occident, le stade final du d&#233;ploiement de son essence, le r&#232;gne de la technique au sens gr&#233;co-heideggerien &#233;tant la v&#233;ritable effectuation de &lt;i&gt;th&#233;ologique&lt;/i&gt; pour l'Occident&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., J.-L. Nancy, art cit, p. 12.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Occident moderne est aussi un &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt; religieux. En mati&#232;re de religiosit&#233;, il ne r&#233;ussit &#224; produire que de la technique, toujours plus et toujours plus loin. &lt;i&gt;C'est par la technique que l'Occident moderne touche au sacr&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'alliance de Trump avec lesdits &#171; g&#233;ants de la tech &#187;, leur all&#233;geance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est pourquoi aussi le mariage est-il si r&#233;ussi, aux &#201;tats-Unis, entre technophilie et &#233;vang&#233;lisme, entre pr&#234;che et t&#233;l&#233;-achat. Et si GeoBush (selon le nom-valise de Ronell) a en effet pass&#233; la nuit avant le d&#233;clenchement de la guerre en compagnie du t&#233;l&#233;-pr&#233;dicateur Billy Graham, cette sc&#232;ne d&#233;passe l'anecdote et la caricature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce dieu techno-militaire &#8211; et t&#233;l&#233;visuel : ubiquitaire &#8211;, celui qui trace des lignes s&#233;culi&#232;res et d&#233;clenche &#224; volont&#233; des &#171; temp&#234;tes dans le d&#233;sert &#187;, c'est ce techno-dieu-l&#224; qui est cens&#233;, voire destin&#233; &#224; supplanter sur place, &lt;i&gt;at home&lt;/i&gt;, le dieu des arm&#233;es du d&#233;sert arabique, ou celui du mesianisme chiite, celui de l'Islam actif, toujours susceptible de se r&#233;veiller &#8211; pas seulement r&#233;f&#233;rent identifi&#233;, mais &#233;nergie vivante d'identification, point de vue sur le monde, et force agissante de et dans l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce propos, voir et revoir les reportages de Foucault sur la r&#233;volution (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait donc &#233;poque, c'est qu'il se figure l&#224; non pas un conflit de puissances, de ressources, de zones d'influence, de partages de territoires ou de richesses, mais aussi un conflit pulsionnel entre deux inconscients. Ou plut&#244;t, un conflit instanci&#233; sur un certain inconscient : celui de la &lt;i&gt;peau blanche&lt;/i&gt; occidentale, structurellement imp&#233;riale &#8211; et dont l'&#234;tre-Californie est le stade ultime, selon la description axiomatique du Lyotard de l'ann&#233;e 74&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La peau blanche &#232;s femmes de l'Ouest, soit des plus occidentales des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; travers&#233;e et tendue qu'elle est par ses tensions, ses trafics, ses investissements. Il s'agit du conflit de cette peau, dans son devenir plan&#233;taire (1991) avec ce qu'elle se sera sentie requise de consid&#233;rer &#8211; et de vouloir &lt;i&gt;traiter&lt;/i&gt; en cons&#233;quence &#8211; comme sa tache arabo-islamique. L'&#233;poque qui s'ouvre l&#224; est celle du &#171; traitement &#187; imp&#233;rial qui sera r&#233;serv&#233; &#224; cette t&#226;che, et des contre-coups par o&#249; celle-ci viendra trouer par endroits la peau blanche de l'Occident. Nul n'aurait d&#251; le pressentir mieux que le th&#233;oricien post-moderne de &lt;i&gt;l'intraitable&lt;/i&gt;, jadis solidaire de &#171; la guerre des Alg&#233;riens &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orgest Azizaj&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce n'est pas que par la logique du signifiant que Schwarzkopf est l'&#233;quivalant de Schwarzenegger, qui ach&#232;ve en cette ann&#233;e 1991 son triomphe d'icone plan&#233;taire avec &lt;i&gt;Terminator 2&lt;/i&gt;. Mais le signifiant d&#233;j&#224; n'est pas rien. Que ces deux-l&#224; soient si lourdement germaniques aux USA &#8211; et si cin&#233;g&#233;niques &#8211;, l'ann&#233;e m&#234;me de la r&#233;unification de l'Allemagne, en dit long sur le changement d'&#233;poque&#8230; ou sur le retour du refoul&#233; occidental.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Depuis Hiroshima, il n'y a jamais eu autant de mort au m&#232;tre carr&#233; &#187;, selon le t&#233;moignage d'un officier britannique, rapport&#233; par le g&#233;n&#233;ral en retraite Pierre M. Gallois, et cit&#233; par Ren&#233; Dumont, in &lt;i&gt;Cette guerre nous d&#233;shonore&lt;/i&gt;, Seuil, coll. L'Histoire imm&#233;diate, Paris 1992, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'adage durassien, &#171; Tu n'as rien vu &#224;&#8230; &#187; est d'autant plus valable pour cette guerre transmise en direct en mondovision, et o&#249; l'indistinction entre guerre et superproduction hollywoodienne a &#233;t&#233; le leitmotiv imm&#233;diat de tous les commentaires. Ce fut, dans tous les sens du terme, &lt;i&gt;une guerre-&#233;cran(s)&lt;/i&gt;. Voir, J. Baudrillard, &lt;i&gt;La Guerre du Golfe n'as pas eu lieu&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ertan Karde&#351; en a pr&#233;sent&#233; le concept, notamment en r&#233;f&#233;rence &#224; Carl Schmitt, lors de son intervention intitul&#233;e &#171; Les guerres d&#233;sorient&#233;es en tant que probl&#232;me limite de la philosophie politique &#187; au colloque &#171; Orient, orientation, d&#233;sorientation &#187;, &#224; l'Universit&#233; de Galatasaray, septembre 2018&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'arsenal de bombardement utilis&#233; pendant les deux mois de la guerre a &#233;t&#233; trois fois sup&#233;rieur &#224; celui largu&#233; par l'ensemble des Alli&#233;s sur l'Allemagne pendant toute la Seconde Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce clivage intime, ses diff&#233;rents avatars, et notamment l'illustration saillante qu'il trouve dans la double polarit&#233; de nos noms (orientaux) et pr&#233;noms (autochtones, ou occidentaux), voir le texte d'Ervin Hatibi (sic !), &#171; What is Askeri ? &#187;, in O. Azizaj, L. Salza (dir.), &lt;i&gt;Orient, orientation, d&#233;sorientation, r&#233;orientation&lt;/i&gt;, Actes du colloque de l'Universit&#233; Galatasaray, &#233;ditions Mimesis, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ne peut pas le montrer ici, mais une analyse des discours diagnostiquants de ces ann&#233;es-l&#224; montrerait facilement ce partage entre discours qui visent &#224; rendre le pr&#233;sent gouvernable et &#224; cl&#244;turer par avance le nouveau qui arrive, et les autres qui tentent de proposer l'ouverture de quelque chose de nouveau, da garder vive la promesse d'un &#224;-venir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, par exemple, l'identification de la conjoncture des ann&#233;es 80 en philosophie-et-politique par J. Ranci&#232;re, &#171; La surl&#233;gitimation &#187;, in &lt;i&gt;La Tentation de l'Occident, Actes du colloque autour de la guerre du Golfe&lt;/i&gt;, Paris VIII-Vincennes &#224; Saint-Denis, 14 mars 1991, pp. 114-121. L'id&#233;alisme intra-philosophique du &#171; moment &#187;, chez Worms, vise &#224; &#233;vacuer la surcharge mat&#233;rialiste de la &#171; conjoncture &#187;, terme venu d'Althusser. Ajoutons aussi que le constat de la &#171; surl&#233;gitimation &#187;, qui suit chez Ranci&#232;re la &#171; fin des utopies &#187;, r&#233;pond &#224; la &#171; d&#233;l&#233;gitimation &#187; que son coll&#232;gue vincennois Lyotard, avait identifi&#233; comme coextensive de la &#171; fin des grands r&#233;cits &#187; : cf. J.-Fr. Lyotard, &lt;i&gt;La condition postmoderne&lt;/i&gt;, Minuit, Paris, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La parfaite sym&#233;trie de ces deux &#171; pitches &#187; &#224; la fortune imm&#233;diatement plan&#233;taire, n'est pas le moindre des indices qui les montre comme des atomes constitutifs de la m&#234;me &lt;i&gt;machine mythologique&lt;/i&gt;. Sur le fonctionnement de l'&#233;nonc&#233; mythologique, voir les analyses classiques de R. Barthes, &#171; Le mythe aujourd'hui &#187;, in &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, Seuil, Paris, 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, notamment, J.-L. Nancy et J. Ch. Bailly, &lt;i&gt;La comparution (Politique &#224; venir)&lt;/i&gt;, Christian Bourgois &#233;diteur, Paris 1991 ; G. Agamben, &lt;i&gt;La communaut&#233; qui vient&lt;/i&gt;, Seuil &#187;, Paris 1990 ; A. Badiou, &lt;i&gt;D'un d&#233;sastre obscur&#8230; Droit, &#201;tat, politique&lt;/i&gt;, L'Aube, La tour d'Aigues, 1991 ; J. Derrida, &lt;i&gt;Spectres de Marx&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une des le&#231;ons les moins &#233;quivoques de la guerre du Golfe est l'entr&#233;e d&#233;finitive de la souverainet&#233; dans l'image de la police. [&#8230;] Le plus d&#233;terminant ici n'est pas tant la menace contre ceux qui transgressent le droit [&#8230;], que &lt;i&gt;l'explosion de cette violence souveraine&lt;/i&gt; dont t&#233;moignait la proximit&#233; physique entre le consul et le licteur. &#187;, G. Agamben, &#171; La police souveraine &#187; (1991), in &lt;i&gt;Moyens sans fins&lt;/i&gt;, Payot, Paris 1995 (je souligne &#8211; O. A.) On trouve dans ce petit texte d'&#224; peine quatre pages l'essentiel des &#171; mots-cl&#233;s &#187; de l'&#339;uvre &#224; venir d'Agamben. Dans un long article &#233;crit &#224; chaud et soigneusement dat&#233; &#224; chacune de ses &#233;tapes (entre f&#233;vrier et mai 1991), publi&#233; dans &#171; Les Temps modernes &#187;, n&#176; 539, (juin 1991), pp. 1-41 et intitul&#233; &#171; Guerre, droit, souverainet&#233; &#8211; &lt;i&gt;techn&#233;&lt;/i&gt; &#187;, J.-L. Nancy, tout en faisant le m&#234;me constat quant au retour fracassant de la Souverainet&#233; comme absolu, montre &#224; la fois la crise o&#249; cela met la pens&#233;e actuelle et fixe le programme de la pens&#233;e &#224; venir : &#171; Car de cette logique de l'exception &#8211; du &#171; souverain &#187; en tant que &#171; sans droit &#187; &#8211; on voit mal qu'aucune pens&#233;e disponible nous rende un compte satisfaisant.[&#8230;] Je pose seulement qu'entre un sch&#232;me toujours faible et trouble de la &#171; guerre (police) du droit &#187; et un sch&#232;me r&#233;activ&#233; (r&#233;chauff&#233; ?) de la &#171; guerre souveraine &#187; s'&#233;tend un espace vide. [&#8230;] Cet espace est bien un &lt;i&gt;d&#233;sert&lt;/i&gt;. &#187; J. L. Nancy, art. cit., p. 9-10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avital Ronell, &#171; Tropes d'assaut. Une lecture de &lt;i&gt;Temp&#234;te du d&#233;sert &#187;, in Lignes de front&lt;/i&gt;, Stock, Paris 2010, p. 39. Citons, entre autres passages, ceci : &#171; La ligne sur le sable, comme nous allons le voir, n'a pas &#233;t&#233; trac&#233; &#224; travers un corps figuralement indiff&#233;rent. Ce corps a &#233;t&#233; nomm&#233; plus d'une fois comme corps f&#233;minin, corps d'une m&#232;re et corps susceptible d'&#234;tre viol&#233;. [&#8230;]. &#187;, ibid, p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon les termes d'une tribune (&#171; Une guerre requise &#187;) publi&#233;e par &#171; huit intellectuels fran&#231;ais &#187; dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 21 f&#233;vrier 1991. La liste des signataires, dont J.-Fr. Lyotard, redessine les fronti&#232;res de familles de pens&#233;e qui sont encore valables aujourd'hui. S'y remarque notamment l'engagement pro-guerre au nom d'une appartenance ou sensibilit&#233; &#224; la &#171; chose juive &#187;, qui ach&#232;ve de faire passer le r&#233;f&#233;rent juif dans le camp blanc ralli&#233; &#224; la figure &#233;tatique de la politique. Cette &lt;i&gt;compulsion de ralliement&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; analys&#233;e par A. Brossat, &#171; La guerre des diseurs de &#8220;oui&#750; &#187;, in &#171; Critique communiste &#187;, 104-105 (mars 1991), pp. 9-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le beau et d&#233;sormais classique livre de Paul Virilio, &lt;i&gt;Bunker arch&#233;ologie&lt;/i&gt;, &#233;ditions du Centre Pompidou, Paris 1975, r&#233;&#233;dition Galil&#233;e, Paris, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;but de la guerre et des bombardements, le 18 janvier 1991 : centenaire, au jour pr&#232;s, de l'extermination des Sioux et de la soumission d&#233;finitive des Indiens, le 16 janvier 1891, apr&#232;s le massacre de Cherry-Creek. Cf. l'article de J. Raabe, in &lt;i&gt;La tentation de l'Occident&lt;/i&gt;, op. cit., pp. 106-113. Pour un r&#233;cit contemporain des &#233;v&#233;nements, &#224; la tonalit&#233; plus qu'instructive quant &#224; cette &#171; regrettable mais in&#233;vitable &#187; extermination, voir, C. de Varigny, &#171; La fin d'une race &#8211; L'insurrection des Sioux &#187;, in &lt;i&gt;Revue des Deux Mondes&lt;/i&gt;, tome 103 (1891), pp. 912-939. Disponible en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir A. Badiou et J. Cl. Milner, &lt;i&gt;Controverse&lt;/i&gt;, Seuil, Paris 2012, o&#249; se dispute la pr&#233;&#233;minence du nom &#171; juif &#187; ou du nom &#171; prol&#233;taire &#187;, comme v&#233;ritable porteur du r&#233;el historique du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ronell note avec pertinence que cette &#171; expression ch&#232;re &#224; Goebbels [&#8230;], jaillissant hors de ses journaux intimes, a recommenc&#233; &#224; circuler via la syntaxe ventrilocative de George Bush. &#187; A. Ronnell, op. cit., p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jusqu'&#224; la crise de ces jours de mi-juin 2019, dont on peut craindre la pire des issues, et qui se pr&#233;sente comme une r&#233;p&#233;tition de la sc&#232;ne du Golfe avec la trop visible recherche de pr&#233;textes au d&#233;clenchement d'un conflit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., J.-L. Nancy, art cit, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'alliance de Trump avec lesdits &#171; g&#233;ants de la tech &#187;, leur all&#233;geance mutuelle en est la figure contemporaine, toujours plus extr&#234;me, masculine et blanche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce propos, voir et revoir les reportages de Foucault sur la r&#233;volution iranienne, qui gagnent ces jours-ci, bien que personne n'ose les mentionner, une &#233;trange et brulante actualit&#233;. Pour une lecture de ces textes qui, aujourd'hui, sentent le soufre, voir. A. Brossat A. Naze, &lt;i&gt;Interroger l'actualit&#233; avec Michel Foucault. T&#233;heran 1978/Paris 2015&lt;/i&gt;, &#233;ditions Eterotopia, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La peau blanche &#232;s femmes de l'Ouest, soit des plus occidentales des Am&#233;ricaines d'Europe, est l'Ouest absolu. J'appelle aujourd'hui Californie la situation de cette peau. Cette peau contraint tout d&#233;sir qu'elle suscite &#224; se placer en position n&#232;gre, indienne, m&#233;t&#232;que, &#8211; ou prox&#233;n&#232;te. &#187; J.-Fr. Lyotard, &lt;i&gt;Le mur du Pacifique&lt;/i&gt;, Galil&#233;e, Paris 1979, pp. 17-19 (le texte date de juillet 1974). Il est &#224; remarquer que, dans ce texte, qui se place &#171; dans une histoire qui n'est certes plus celle des historiens &#187;, mais &#171; l'espace-temps des pulsions &#187; (p. 73), la figure juive est encore du c&#244;t&#233; des m&#233;t&#232;ques, faisant face &#224; ce qu'il appelle &#171; La C&#233;sare blanche &#187; (p. 35).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plissements temporels du g&#233;nocide : Des nations et des camps</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1552</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1552</guid>
		<dc:date>2026-02-27T11:37:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>


		<dc:subject>a_la_une</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le minuscule montage propos&#233; ci-apr&#232;s r&#233;unit deux textes, &#233;crits &#224; pr&#232;s de trente ans d'intervalle, par le m&#234;me auteur : Alain Brossat, ancien professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8. Le premier est l'Introduction d'un recueil de textes r&#233;dig&#233;s avant et apr&#232;s le 7 octobre 2023, consacr&#233;s &#224; la lutte, la destruction et la r&#233;sistance du peuple palestinien face &#224; la colonisation isra&#233;lienne et au g&#233;nocide qu'elle exerce sur lui. Le second (mais, qui est premier chronologiquement) est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=111" rel="tag"&gt;a_la_une&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_973 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/enfants_kibbutz.jpg' width='478' height='710' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le minuscule montage propos&#233; ci-apr&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte, &#233;crit d'abord en albanais pour marquer la date du 27 janvier, fut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;unit deux textes, &#233;crits &#224; pr&#232;s de trente ans d'intervalle, par le m&#234;me auteur : Alain Brossat, ancien professeur de philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8. Le premier est l'Introduction d'un recueil de textes r&#233;dig&#233;s avant et apr&#232;s le 7 octobre 2023, consacr&#233;s &#224; la lutte, la destruction et la r&#233;sistance du peuple palestinien face &#224; la colonisation isra&#233;lienne et au g&#233;nocide qu'elle exerce sur lui. Le second (mais, qui est premier chronologiquement) est l'introduction d'un ouvrage de philosophie, consacr&#233; &#224; l'impact que &#171; l'&#233;preuve du d&#233;sastre &#187; et la r&#233;alit&#233; des camps du XXe si&#232;cle ont durablement laiss&#233; sur la pens&#233;e philosophique, historique et politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat, Un peuple debout. La Palestine en lutte contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette identit&#233; d'auteur a son importance dans l'assemblage, car la stabilit&#233;, la cons&#233;quence, la continuit&#233; sont parmi les th&#232;mes majeurs des deux textes et en commandent presque la mise en sc&#232;ne. Importe tout autant la r&#233;sistance &#224; la pression alourdie du pr&#233;sent, nourrie par l'immersion &#233;veill&#233;e dans les enchev&#234;trements catastrophiques du pass&#233;. Car l'unit&#233; du sujet qui t&#233;moigne et revendique ici sa stabilit&#233; &#224; travers les rythmes turbulents du temps n'est pas l'unit&#233; de l'Un, d'un esprit dogmatique qui vit, pense et se dit en bloc, mais la fid&#233;lit&#233; &#224; la cassure essentielle que provoque la rencontre, le face &#224; face avec le fait du d&#233;sastre ; c'est la voix qui toujours s'articule au nom de la blessure ind&#233;l&#233;bile que la trace de l'extr&#234;me, sous toutes ses formes, laisse sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me touche dans ces deux textes (je veux dire, ce qui, en eux, touche en moi la sensibilit&#233; &#224; l'&#233;thique de l'&#233;criture), c'est la mani&#232;re par principe non anecdotique du r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne (lorsqu'il figure sous cette forme), la pr&#233;sentation de telle situation du soi au-del&#224; de tout &#233;panchement du souvenir ou r&#233;cit d'aveu, au-del&#224; de toute autobiographie, de toute complaisance envers cet ancien moi, qui souvent, si imp&#233;rieusement nous fait signe d&#232;s que nous prenons de l'&#226;ge &#8211; ce trou noir de l'insidieuse nostalgie o&#249; l'on est nombreux &#224; tomber, &#224; s'aimer, &#224; jouir (m&#234;me publiquement), sans presque s'en apercevoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ainsi, en ces jours de d&#233;but d'ann&#233;e, la sc&#232;ne publique et m&#233;diatique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, cette mani&#232;re est presque diam&#233;tralement oppos&#233;e dans les deux cas : tranchante, intransigeante d&#232;s qu'elle est prononc&#233;e, dans le second texte, le plus ancien (&#171; que ceci soit la seule &#233;vocation&#8230; &#187;), tandis qu'elle structure toute l'intrigue textuelle dans le premier texte (le plus r&#233;cent). Reconstruction abstraite de la situation quasi structurelle du &#171; n&#233;-apr&#232;s &#187;, dans le premier texte (premier dans le temps), du sujet comme radicalement retard&#233;, coup&#233; de l'&#233;v&#233;nement, et qui, pr&#233;cis&#233;ment &#224; partir de ce retard irr&#233;parable, doit articuler son propre type particulier de (non-)savoir et assurer la transmission du message catastrophique de l'&#233;v&#233;nement extr&#234;me, au-del&#224; de tout t&#233;moignage vivant ; reconstruction concr&#232;te d'un &lt;i&gt;mini-roman d'apprentissage&lt;/i&gt; n&#233;gatif dans le second cas, o&#249; les &#233;tapes successives de l'horizon et de l'ignorance juv&#233;nile, des rencontres impromptues qui &#233;veillent et rendent lisible l'ancien signe dormant, du drame subjectif qui se traduit en engagement &#233;thico-politique, &#224; travers la multiplicit&#233; des sc&#232;nes, aboutissent &#224; la maxime du sujet structur&#233; qui, &#171; depuis lors &#187;, n'a jamais l&#226;ch&#233; prise &#171; &#224; ce point de contention &#187;. Un sujet divis&#233;, litt&#233;ralement &#171; d&#233;fectueux &#187;, car c'est pr&#233;cis&#233;ment en tant que d&#233;faillant qu'il peut se tenir &#224; la propre hauteur de sa situation historique, qui n'est que la distribution structur&#233;e de ses propres lacunes. Et la multitude &#171; pittoresque &#187; des aventures de jeunesse et des exp&#233;riences d'apprentissage, ne font en r&#233;alit&#233; que r&#233;affirmer l'in&#233;branlable retour &#224; l'imp&#233;ratif politique : &lt;i&gt;&#233;crire contre le mensonge&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est si peu ax&#233;e sur les &#233;v&#233;nements v&#233;cus qu'elle fr&#244;le l'all&#233;gorie. Ou, plus pr&#233;cis&#233;ment, le r&#233;cit est autant v&#233;cu qu'il est n&#233;cessaire pour ne pas tomber dans la simple fiction all&#233;gorique, o&#249; le poids &#233;thique de la question ne fait que s'estomper. Peut-on faire all&#233;gorie avec les camps, avec le gouffre sans fond du g&#233;nocide ? L'all&#233;gorie n'est pas sans danger face &#224; l'&#233;preuve du d&#233;sastre ; le kitsch n'est jamais loin, voire m&#234;me la naus&#233;e, quand l'arme de l'all&#233;gorie se r&#233;v&#232;le n'&#234;tre souvent qu'une ruse de quelque ruffian qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, utilise la catastrophe comme pr&#233;texte &#8211; toujours pour faire de l'argent, au final, m&#234;me quand cet argent est spirituel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au-del&#224; du cas fameux du &#171; travelling de Kapo &#187;, film de G. Pontecorvo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#233;galement frapp&#233; par le sc&#233;nario spontan&#233;ment psychanalytique des deux sc&#232;nes, de la part d'un auteur dont la &#171; r&#233;sistance &#187; acerbe et m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard de la psychanalyse m'est bien connue. Mais &#171; L'Inoubliable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ainsi que j'avais intitul&#233; l'&#171; Introduction &#187; d'Un peuple debout dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ne pr&#233;sente-t-il pas la structure typique du ph&#233;nom&#232;ne de l'&lt;i&gt;apr&#232;s-coup&lt;/i&gt; de l'inconscient, une d&#233;couverte qui a une fois pour toutes bris&#233; la lin&#233;arit&#233; temporelle du sujet en psychanalyse ? La sc&#232;ne v&#233;cue (mais rest&#233;e non-v&#233;cue) et en partie refoul&#233;e sous la pression de &#171; l'ordre spartiate du jour &#187;, suivie de la rencontre (accidentelle ? &#8211; mais qu'est-ce donc qui a conduit le jeune &#233;tudiant vers le trotskisme et les publications militantes ?) avec une parole de savoir qui r&#233;veille le souvenir (&#171; retour du refoul&#233; &#187;, dans le fran&#231;ais standard de la psychanalyse), en le remplissant de sens : un &lt;i&gt;r&#233;veil&lt;/i&gt; traumatique qui laisse des traces ind&#233;l&#233;biles sur le sujet et devient la source de la loi. Et &#231;a ne manque, qui plus est, ni de ruines, qui ne sont pas romaines, ni d'endormissement profanateur devant le &lt;i&gt;monument&lt;/i&gt; cin&#233;matographique (la &lt;i&gt;Gradiva&lt;/i&gt; de Freud et la V&#233;nus de Masoch, sans oublier le drap de toutes les projections nocturnes&#8230;), le tout baignant dans une atmosph&#232;re &#233;rotique &#224; la lisi&#232;re de l'interdit (&#171; la ligne de d&#233;marcation &#187; avec le Liban).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le second texte (qui est le premier chronologiquement) met en sc&#232;ne une castration typique, o&#249; le sujet est, d&#232;s le d&#233;part, radicalement s&#233;par&#233; de l'Objet de son (non)savoir (&#171; le mur isolant de verre blind&#233; &#187;), un Objet exil&#233; dans un autre lieu, sur un autre plan que l'exp&#233;rience, et qui demeure &#224; jamais l'Ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retard, que Sartre consid&#233;rait comme une structure fondamentale de la conscience, appara&#238;t ainsi comme un &#233;l&#233;ment constitutif de la conscience de la r&#233;alit&#233; du d&#233;sastre, tout en dictant l'urgence d'une vigilance intense &#224; chaque instant. Pr&#233;cis&#233;ment parce que nous risquons toujours d'&#234;tre en retard, d&#233;sax&#233;s par rapport au temps de la catastrophe (mais cette cassure est bien plus radicale chez celui ou celle qui la subit), la plume doit &#234;tre hardiment, et sans compromis, tremp&#233;e sans cesse dans l'encre br&#251;lante de l'actualit&#233;, l&#224; o&#249; l'Aujourd'hui rencontre l'intemporalit&#233; de l'imp&#233;ratif. Ce m&#233;lange d'&#233;poques, de lieux, de sc&#232;nes et de messages, ces cycles de sommeil, d'&#233;veil et de veille, o&#249; un bras tatou&#233; &#224; jamais dans les camps efface aveugl&#233;ment le souvenir de ses semblables en ruines, o&#249; le monde est sens dessus dessous et o&#249;, seulement alors, il devient v&#233;ritablement cr&#233;dible, o&#249; le philosophe, parti &#224; la recherche de camps totalitaires, d'Auschwitz &#224; Spa&#231; et Magadan, &#233;tait en r&#233;alit&#233; hant&#233; par le pr&#233;sent de Banja Luka et se retrouve plong&#233; dans l'enfer de Gaza, cette logique de l'anachronisme est sans doute la logique m&#234;me du conna&#238;tre, comme &#233;veil &#224; la connaissance. A la connaissance de ce qui &lt;i&gt;br&#251;le&lt;/i&gt;. Car, apr&#232;s tout, pour combien de centaines de milliers, voire de millions de personnes, d&#232;s les premiers jours de l'op&#233;ration isra&#233;lienne &#224; Gaza, la premi&#232;re image qui leur est in&#233;vitablement venue &#224; l'esprit, qu'ils l'aient voulu ou non, n'a-t-elle &#233;t&#233; celle du ghetto de Varsovie ? Le po&#232;me de Czes&#322;aw Mi&#322;osz, &lt;i&gt;Campo dei Fiori&lt;/i&gt;, &#233;crit en 1943 &#224; Varsovie, premier montage anachronique m&#234;lant l'immolation de Giordano Bruno &#224; Rome aux flammes du ghetto, deux fum&#233;es qui se l&#232;vent dans la m&#234;me indiff&#233;rence des passants, s'est mis souvent, depuis, &#224; parcourir le monde. L'esprit d&#233;sempar&#233; r&#233;alise alors qu'on peut bien (ou mal) &#234;tre &#224; la fois victime et bourreau, que le d&#233;sastre d'hier n'exon&#232;re pas de la culpabilit&#233; d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en Isra&#235;l, la dystopie &#233;quivalant au carrousel du po&#232;me, qui s'&#233;l&#232;ve avec les jupes des filles endimanch&#233;es au-dessus du mur du ghetto, se nomme Sderot, une colline aux portes de l'enfer, o&#249; des Isra&#233;liens d&#233;s&#339;uvr&#233;s viennent fl&#226;ner entre amis ou en famille, pique-niquer ou simplement passer le temps, une canette &#224; la main ou quelques brochettes, et contempler la mort des Gazaouis. Les autorit&#233;s locales ont m&#234;me mis des jumelles panoramiques &#224; la disposition du public ! La photo embl&#233;matique du gar&#231;on aux mains lev&#233;es dans le ghetto de Varsovie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'image iconique de l'enfant du ghetto ex mains lev&#233;es, voir d&#233;sormais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (prise par un SS, ne l'oublions pas) r&#233;sonne aujourd'hui avec la voix d'Hind Rajab, la fillette de 5 ans &#224; Gaza, enregistr&#233;e pendant de longues minutes au t&#233;l&#233;phone par le centre d'appel de la Croix-Rouge, apr&#232;s le massacre de toute sa famille et alors qu'elle attendait d'&#234;tre &#233;cras&#233;e par un char isra&#233;lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; est anachronique, comme l'&#226;me, et elle prend souvent la forme du vertige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, le Premier ministre albanais, apr&#232;s avoir accept&#233; &#171; avec plaisir et fiert&#233; &#187; de si&#233;ger &#224; l'inf&#226;me Conseil de la Paix mis sur pied par Donald Trump, &#233;tait en visite officielle en Isra&#235;l pour plusieurs jours, visite qui co&#239;ncidait &#233;galement avec le 27 janvier, Journ&#233;e internationale de comm&#233;moration des victimes de la Shoah. Juste apr&#232;s lui, Isra&#235;l r&#233;servait ses honneurs &#224; Milorad Dodik, l'ami de Viktor Orban et dirigeant de la Republika Srpska, n&#233;e il y a exactement 30 ans du g&#233;nocide serbe en Bosnie. Vous avez dit anachronique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Orgest Azizaj&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;Un peuple debout. Les Palestiniens en lutte contre la colonisation isra&#233;lienne&lt;/i&gt;, &#171; Introduction &#187;, L'Harmatan, 2025, p. 7-11.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais lyc&#233;en, en classe de seconde, dans une ville moyenne de province de l'Est de la France. Pendant l'&#233;t&#233;, je fus embarqu&#233; dans une aventure inesp&#233;r&#233;e : aller travailler b&#233;n&#233;volement aux champs dans un kibboutz pendant plusieurs semaines avec des copains de lyc&#233;e et d'autres jeunes Fran&#231;ais. Le kibboutz s'appelait Bar-Am, situ&#233; en Galil&#233;e, &#224; la fronti&#232;re avec le Liban. La situation y &#233;tait alors on ne peut plus calme, un unique soldat veillait, dans mon souvenir, l'arme &#224; la bretelle, sur la ligne de d&#233;marcation entre les deux pays et nous allions y fl&#226;ner au clair de lune avec nos amoureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillions dur &#224; la cueillette des pommes et des p&#234;ches (les p&#234;ches pr&#233;sentant l'inconv&#233;nient majeur d'&#234;tre recouvertes d'un duvet qui, se collant &#224; la peau en transpiration, provoquent de p&#233;nibles d&#233;mangeaisons), mangions au r&#233;fectoire avec les habitants du kibboutz, une nourriture saine et frugale compos&#233;e pour l'essentiel de l&#233;gumes frais, de laitages et de fruits. Sur l'&#233;chiquier politique isra&#233;lien de l'&#233;poque, le kibboutz &#233;tait &#233;tiquet&#233; &#224; gauche &#8211; Mapam, l'aile gauche du mouvement travailliste. Une proportion non n&#233;gligeable des kibboutzniks venaient de France et s'exprimaient avec l'accent de leur r&#233;gion d'origine &#8211; j'ai gard&#233; le souvenir d'un certain Gad (son pr&#233;nom d'adoption h&#233;breu) qui, comme moi, venait de la r&#233;gion lyonnaise. Plusieurs d'entre eux portaient des matricules, rescap&#233;s des camps d'extermination &#8211; des hommes et des femmes jeunes encore, et qui avaient donc d&#251; &#234;tre d&#233;port&#233;s &#224; peine adolescents. Je me rappelle aussi Avram (le nom, pas le visage) qui s'occupait de nous et qui avait grandi en France. Nous dormions sous des marabouts, des tentes militaires, sur des lits de camp et faisions notre toilette dans des douches assez sommaires. C'&#233;tait spartiate, mais nous &#233;tions dans la fleur de l'&#226;ge et, dans l'ensemble, c'&#233;tait la belle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du s&#233;jour, le kibboutz nous a offert une tourn&#233;e en camion &#224; travers tout Isra&#235;l, jusqu'au Negev en passant par J&#233;rusalem &#8211; la ville &#233;tait encore partag&#233;e entre Isra&#235;l et la Jordanie et je me rappelle mon &#233;motion &#224; avoir d&#233;couvert, d'une hauteur, la partie orientale de la ville, de l'autre c&#244;t&#233; de la ligne de s&#233;paration, toute illumin&#233;e. C'&#233;tait la nuit, le ciel &#233;tait constell&#233; d'&#233;toiles, nous &#233;tions loin de tout, loin de nos &#233;tudes et de nos familles, de notre petite ville engonc&#233;e dans ses routines, et tout cela avait un parfum de d&#233;paysement total et de libert&#233; sans bornes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, apr&#232;s le boulot, en fin d'apr&#232;s-midi, nous sommes partis en petite bande pour une exploration, en rase campagne, au-del&#224; des vergers. Au d&#233;tour d'un chemin mal trac&#233;, nous sommes tomb&#233;s sur des ruines. Nous y avons tra&#238;n&#233; un peu, puis, n'y trouvant rien d'extraordinaire, sommes retourn&#233;s au kibboutz o&#249; je me rappelle avoir demand&#233; (je crois bien que c'&#233;tait &#224; ce m&#234;me Avram) ce qu'&#233;tait ce site. &#171; Des ruines anciennes, romaines &#187;, me r&#233;pondit celui-ci un peu &#233;vasivement. Je ne saurais plus dire si, sur le moment, nous avons tiqu&#233; ou pas (pas besoin de se destiner &#224; l'arch&#233;ologie pour remarquer que ces ruines envahies par les ronces et les arbres ne faisaient &lt;i&gt;pas tr&#232;s romain&lt;/i&gt;), mais ce qui est s&#251;r, c'est que nous nous sommes alors content&#233;s de cette explication et sommes pass&#233;s &#224; l'ordre du jour &#8211; nos journ&#233;es et nos soir&#233;es &#233;taient fort occup&#233;es. D&#233;j&#224; passionn&#233; de cin&#233;ma, je n'ai pas oubli&#233; cette s&#233;ance m&#233;morable &#224; l'occasion de laquelle je m'endormis, recru de fatigue, devant &lt;i&gt;Les sept samoura&#239;s&lt;/i&gt;, projet&#233; en plein air et sur un drap blanc &#8211; en version originale sous-titr&#233;e en h&#233;breu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre retour, nous avons r&#233;dig&#233;, &#224; l'intention de l'organisme parascolaire qui avait patronn&#233; notre exp&#233;dition, un rapport enthousiaste dont j'ai retrouv&#233; r&#233;cemment un double sur papier pelure rose, &#224; l'occasion d'un &#233;ni&#232;me d&#233;m&#233;nagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ann&#233;es plus tard, &#233;tudiant en philosophie &#224; l'universit&#233; de Nanterre en &#233;bullition (1969 ?/1970 ?), militant trotskyste en herbe et graphomane pr&#233;coce, j'avais &#233;t&#233; introduit aupr&#232;s des &#201;ditions Fran&#231;ois Maspero. On cherchait, pour un num&#233;ro de Partisans consacr&#233; &#224; la Palestine en cours de pr&#233;paration, des traducteurs et l'on voulut bien me confier celle d'un article d'un historien &#233;tats-unien engag&#233;, Hal Draper, consacr&#233; &#224; la guerre d'ind&#233;pendance de 1948. Le parti adopt&#233; par Draper &#233;tait de ne s'appuyer que sur des sources sionistes pour &#233;tayer sa d&#233;monstration, destin&#233;e &#224; mettre en &#233;vidence les violences et spoliations subies alors par les Palestiniens &#8211; on ne parlait pas encore de la Nakba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est au d&#233;tour de cette laborieuse traduction (mon anglais &#233;tant alors tout &#224; fait scolaire) que la sc&#232;ne pass&#233;e et un peu oubli&#233;e des &#171; ruines romaines &#187; me revint en boomerang : dans un paragraphe de son article, Draper revenait de fa&#231;on circonstanci&#233;e sur la destruction par la Haganah du village arabe de Bir-Am, &#224; proximit&#233; duquel fut ensuite, pr&#233;cisait-il, &#233;tabli le kibboutz de Bar-Am.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite madeleine avait un go&#251;t de sang. Je n'irai pas pr&#233;tendre que cette d&#233;couverte m'a &#171; traumatis&#233; &#187;, boulevers&#233;, je dirai plus sobrement, &#233;tant devenu philosophe tant par inclination que par profession, donc forc&#233;ment spinoziste &#171; quelque part &#187;, qu'elle m'a &lt;i&gt;instruit&lt;/i&gt;. Ma passion, c'est de comprendre, plut&#244;t que pousser des cris d'orfraie et entrer en transe lorsque j'encaisse un coup un peu fort, comme celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis demeur&#233; durant toute ma vie ult&#233;rieure, fid&#232;le &#224; cette d&#233;couverte et &#224; ce qu'elle m'a enseign&#233; sur le pacte d'airain entre le sionisme, dans le processus m&#234;me de sa r&#233;alisation, de son devenir-&#201;tat, et le mensonge, la mauvaise foi. Ici, le mensonge, &#233;nonc&#233; sur un ton badin et dilatoire, prend une tournure terrible, insupportable : c'est qu'il l'est par un survivant des exterminations nazies, un brave type qui s'active dans des conditions qui &#233;taient encore, &#224; l'&#233;poque, plut&#244;t pionni&#232;res, au service d'une petite communaut&#233; progressiste et hospitali&#232;re &#8211; la preuve, cette bande de gamins goy que nous &#233;tions et qui y avait &#233;t&#233; accueillie et bien trait&#233;e &#8211; en &#233;change de son travail, certes, mais &#224; la r&#233;guli&#232;re. Ce n'est donc pas &#224; Avram que j'en ai voulu de m'avoir men&#233; en bateau mais bien &#224; ce qui l'a plac&#233; en condition de le faire, de se faire l'agent du colportage du mensonge fondateur et existentiel sur lequel repose tout entier l'&#201;tat d'Isra&#235;l. C'est bien cela, l'&lt;i&gt;irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#8211; ce qui a, dans ces circonstances, transform&#233; le porteur du matricule que je vois encore tatou&#233; sur son avant-bras, en sherpa du mensonge historique, d'un mensonge qui, aujourd'hui m&#234;me, n'en finit pas d'ensanglanter la Palestine, &#224; Gaza, en Cisjordanie tout particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais cess&#233; d'&#233;crire, lorsque j'aborde les questions se rapportant, de pr&#232;s ou de loin, &#224; ce point de contention, &lt;i&gt;contre ce mensonge&lt;/i&gt;, dans sa version &#233;tatique devenue de plus en plus enrag&#233;e au fil du temps, en tout premier lieu. C'est bien contre le sionisme qu'il nous a fallu, Sylvia Klingberg et moi-m&#234;me, &#233;crire &lt;i&gt;Le Yiddishland r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;, ce tombeau pour la cohorte spectrale des militants juifs r&#233;volutionnaires de toutes ob&#233;diences qui se sont activ&#233;s sans fin dans tous les combats pour l'&#233;mancipation du XXe si&#232;cle. C'est &lt;i&gt;contre ce mensonge&lt;/i&gt; que j'ai &#233;crit L'&#233;preuve du d&#233;sastre (1996), ce qui m'a valu, entre autres, une attaque venimeuse t&#233;l&#233;guid&#233;e par Claude Lanzmann, dans Les Temps Modernes &#8211; la mine antipersonnelle de l'&#171; antis&#233;mitisme &#187; d&#233;j&#224;. C'est contre le sionisme que j'ai traduit des extraits de LTI de Victor Klemperer, et &#224; l'unisson avec son auteur qui, d&#232;s les ann&#233;es 1930, manifestait une clairvoyance sans faille quant &#224; l'avenir de cette funeste illusion-l&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extraits publi&#233;s, comble d'ironie, dans... Les Temps modernes.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que j'ai milit&#233; pour la traduction en fran&#231;ais de cet ouvrage capital&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albin Michel, 1996, traduit de l'allemand par Elisabeth Guillot. J'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est tout aussi bien contre ce mensonge que j'ai eu le plaisir de r&#233;diger il y a peu une pr&#233;face &#224; la r&#233;&#233;dition de l'essai autobiographique de mon regrett&#233; ami Maurice Rajsfus, &lt;i&gt;Quand j'&#233;tais juif&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions du D&#233;tour, 2023.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en oublie assur&#233;ment, et d'aussi d&#233;termin&#233;s, tant je suis demeur&#233; constant sur ce motif &#8211; dans toutes les constructions &#233;tatiques malheureuses dont le XXe si&#232;cle n'a pas &#233;t&#233; avare, parmi tous les m&#233;faits des nationalismes tardifs et autres fantasmagories ethnocratiques, l'&#201;tat d'Isra&#235;l occupe une place de premier plan. Nous en voyons aujourd'hui, une nouvelle fois, le r&#233;sultat. Comme le soulignait Hannah Arendt, &#224; propos des &lt;i&gt;Pentagon Papers&lt;/i&gt; de peu glorieuse m&#233;moire (pour l'administration &#233;tats-unienne), le mensonge, c'est ce qui conduit &#224; la violence grim&#233;e en raison d'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hannah Arendt, Du mensonge &#224; la violence, Points-Seuil, 1972.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Isra&#235;l est devenu, au fil du temps, le foyer d'une violence aveugle et destructrice, une fabrique d'attrition et de &#171; chaos organis&#233; &#187; qui maintient sans fin le peuple palestinien dans la condition d'une population r&#233;siduelle et menace perp&#233;tuellement de mettre le Proche-Orient &#224; feu et &#224; sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes qui suivent, &#233;crits &#224; chaud, pour la plupart, apr&#232;s l'&#233;v&#233;nement du 7 octobre 2023 sont &#224; la fois analytiques et engag&#233;s. Le parti qu'ils adoptent est ouvertement d&#233;clar&#233;. Depuis le 7 octobre, le lointain est devenu le proche, l'ailleurs est ici. La raison pour laquelle la &lt;i&gt;police de la pens&#233;e&lt;/i&gt; s&#233;vit en France avec une vigueur sans pr&#233;c&#233;dent contre ceux et celles qui, sur la question d'Isra&#235;l/Palestine, ne pensent et ne parlent pas dans les clous. Mais, depuis le temps, nous avons appris &#224; regarder le mensonge dans les yeux et &#224; poursuivre notre chemin, &#224; continuer de parler et d'argumenter, sans succomber &#224; l'intimidation. Pour ce qui me concerne, j'ai pass&#233; l'&#226;ge, au diable la censure, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;L'&#233;preuve du d&#233;sastre. Le XXe si&#232;cle et les camps&lt;/i&gt;, &#171; Avant-propos &#187;, Albin Michel, 2021, p. 11-15.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une g&#233;n&#233;ration &#224; peine s&#233;pare les t&#233;moins cl&#233;s de l'univers concentrationnaire et des &#233;preuves totalitaires (David Rousset, Robert Antelme, Jean Am&#233;ry, Primo Levi, Jean Cayrol ou encore Alexandre Soljenitsyne et tant d'autres...) de celui qui s'installe ici dans la fonction de l'auteur, n&#233; au lendemain de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Une g&#233;n&#233;ration, mais quel gouffre ! D'un c&#244;t&#233; ces exis-tences irr&#233;parablement violent&#233;es &#8211; &#224; vingt ans &#8211; par le camp, la torture, la famine, le travail d'esclave, les marches de la mort &#8211; l'&#233;preuve du &lt;i&gt;d&#233;sastre&lt;/i&gt;. De l'autre ces t&#233;moins, vieillissants, d&#233;j&#224;, de la plus longue paix &lt;i&gt;r&#233;gionale&lt;/i&gt; (relative, certes...) qu'ait connue l'Europe depuis le d&#233;but du si&#232;cle : un demi-si&#232;cle sans violence arm&#233;e, sans tyrannie, sans famine ni restrictions &#8211; cinq d&#233;cen-nies d'immunit&#233; d&#233;mocratique, sans catastrophes ni effondrements...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste &#171; existentiel &#187; opposant les exp&#233;riences g&#233;n&#233;rationnel &#8211; les se d&#233;ploie ici jusqu'&#224; la caricature : Jean Am&#233;ry d&#233;crit avec force l'&#233;preuve de celui qui, &#224; peine sorti de l'adolescence, subit la torture et voit s'y perdre &#224; tout jamais sa &#171; confiance dans le monde &#187; : ce ne sont pas seulement ses articulations qui sortent rompues de ce supplice, c'est son rapport aux autres qui s'en trouve &#224; jamais meurtri, voire mutil&#233; ; de m&#234;me Robert Antelme, revenu d'entre les morts de la &lt;i&gt;Todes-marsch&lt;/i&gt;, mais interminablement ent&#233;n&#233;br&#233; et emp&#234;ch&#233; de vivre... Ceux de ma g&#233;n&#233;ration (et ce sera le seul &#171; je &#187; de ce dont le sujet prohibe l'affectation des &#233;tats d'&#226;me) ont fort bien pu traverser ce demi-si&#232;cle sans subir de violence directe plus redoutable qu'une paire de gifles paternelle, voire les effets d'une charge polici&#232;re dans une manifestation de la fin des ann&#233;es 1960. Notre corps, constamment prot&#233;g&#233; par le ti&#232;de liquide amniotique du bain d&#233;mocratique, n'a souvent connu d'agressions, de blessures et de souffrance que celles de maladies b&#233;nignes, d'accidents convena-blement soign&#233;s, de fringales vite apais&#233;es. Nous n'avons pas &#224; craindre, comme les d&#233;tenus des camps, que l'on nous vole jusqu'&#224; l'instant de notre mort ; nous redoutons, simplement, ces mala-dies incurables prometteuses d'agonies lourdes et douloureuses qui frappent autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition radicale entre le temps naufrag&#233; des &lt;i&gt;&#233;preuves&lt;/i&gt; concentrationnaires (une &#171; fin du monde &#187; singuli&#232;re et collective en somme) et la dur&#233;e r&#233;gl&#233;e de notre &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; de la vie res-taur&#233;e d'apr&#232;s la catastrophe s'illustre ainsi &#224; l'infini, dans un foisonnement de signes antith&#233;tiques. Notre g&#233;n&#233;ration n'a rigoureusement rien &#233;prouv&#233; (&#171; v&#233;cu &#187;) directement de la guerre ; nos sens, nos nerfs ne savent ni les sons ni les odeurs d'un bombardement a&#233;rien ou d'un combat de rue, ni l'atmosph&#232;re d'un couvre-feu, ni l'ambiance d'une queue pour le pain, entre deux alertes. Elle n'a pas eu sous les yeux, sans l'entremise d'un &#233;cran, les empilements de morts d&#233;charn&#233;s des camps, mais, tout autant, elle ignore le corps au coin de la rue, h&#226;tivement recouvert d'un journal &#8211; spec-tacle si familier de tant de &#171; paysages &#187; de guerre civile. Elle ne conna&#238;t gu&#232;re les cadavres qu'au cin&#233;ma et &#224; la t&#233;l&#233;vision. Non seulement, lui fut &#233;pargn&#233; le martyre des &#171; appels &#187; sans fin dans les camps, dans le froid glacial, sous le soleil br&#251;lant, mais elle sut &#233;chapper, bien souvent, aux inconv&#233;nients d'un rassemblement dans une cour de caserne : trop jeunes pour la guerre d'Alg&#233;rie, trop agit&#233;s pour le service militaire dans les ann&#233;es 1970. &#201;vacuer un bless&#233;, enterrer un mort, identifier l'explosion d'une grenade ou un tir d'obus, tirer en rafales &#224; l'arme automatique pour se d&#233;gager, enregistrer le bruit &#233;c&#339;urant d'un nerf de b&#339;uf abattu sur un cr&#226;ne, autant de gestes ou de situations qui, pour les v&#233;t&#233;rans de la paix que nous sommes, passent par l'entremise de la &lt;i&gt;repr&#233;sentation&lt;/i&gt; &#8211; la lecture, les images, une conversation avec un ancien combattant ou un d&#233;-port&#233;. Y eut-il jamais g&#233;n&#233;ration, &lt;i&gt;dans l'histoire du monde&lt;/i&gt;, qui se trouva aussi constamment et rigoureusement pr&#233;serv&#233;e des formes de violence extr&#234;me, des agressions directes, des &#233;preuves guerri&#232;res, de la douleur, de la privation et du d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout, &#224; ce titre, s&#233;pare irr&#233;m&#233;diablement notre constitution existentielle, notre subjectivit&#233; d&#233;mocratique de l'identit&#233; naufrag&#233;e de ceux de la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente qui se sont trouv&#233;s plon-g&#233;s au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres totalitaires et concentrationnaires. Nous connaissons - comme ils con-naissent &#8211; cette paroi de verre blind&#233; qui rend leur malheur intime inaccessible &#224; nos efforts de compr&#233;hension comme &#224; notre sollicitude et, inversement, qui les emp&#234;che absolument de parta-ger notre spontan&#233;e &#171; confiance dans le monde &#187;. Mais en m&#234;me temps, et sur un mode para-doxal, les camps, les paroxysmes totalitaires et tour le cort&#232;ge des formes de violence que l'on nomme aujourd'hui &#171; extr&#234;me &#187; nous sont d'une familiarit&#233; absolue, ils sont pour nous une omnipr&#233;sence souvent obs&#233;dante, lancinante. Avec nos corps immunis&#233;s, notre vie quotidienne s&#233;curis&#233;e et comme s&#233;par&#233;e des &#171; horreurs du monde &#187; par un dispositif de protections et d'isolants sans d&#233;faillance, nous pratiquons n&#233;anmoins, sans rel&#226;che, intellectuellement, &#233;motion-nellement, la modalit&#233; extr&#234;me de notre histoire et notre temps. L'exp&#233;rience de !'Extr&#234;me est pour nous un &#171; si pr&#232;s, si loin &#187;, elle consiste pour nous dans une singuli&#232;re et constante intimit&#233; avec ce qui, dans l'exp&#233;rience directe, nous demeure rigoureusement &#233;tranger. Cela est vrai tout au-tant de notre rapport aux exterminations totalitaires du pass&#233; que de notre pr&#233;sence paradoxale aux horreurs et aux d&#233;sastres du pr&#233;sent dont l'&#233;preuve nous demeure &#233;pargn&#233;e. Nous &#171; vivons &#187; plus ou moins intens&#233;ment, dans le souci, l'affliction, la col&#232;re, la perplexit&#233;, la hantise ou l'obsession m&#233;morielle ce dont la constitution catastrophique et criminelle dessine, par contraste, la rare et pr&#233;-cieuse singularit&#233; de notre &#234;tre&#173;en-paix. Nous partageons, mais sur un mode essentiellement ambi-gu, ce qui nous obs&#232;de ou nous d&#233;fait &#8211; mais qui se d&#233;finit &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt;, en sa qualit&#233; de pass&#233; des autres ou de spectacle du malheur d'ailleurs, &lt;i&gt;comme ce qui nous est heureusement &#233;pargn&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien plus : nous subissons aujourd'hui l'injonction toujours plus pressante d'assumer notre charge de &lt;i&gt;passeurs&lt;/i&gt; des &#233;preuves totalitaires et des d&#233;sastres extr&#234;mes du pass&#233;, &#224; l'approche d'un tournant de si&#232;cle (de mill&#233;naire) o&#249; les rangs des rescap&#233;s, des acteurs et des t&#233;moins s'&#233;claircissent. Garantir l'ininterruption du r&#233;cit d'Auschwitz, de la Kolyma, du massacre des Arm&#233;niens, de la vitri-fication d'Hiroshima, telle est la responsabilit&#233; qui incombe d&#233;sormais pour l'essentiel &#224; ceux dont les nerfs demeureraient souvent fort &#233;branl&#233;s s'ils se trouvaient d'aventure directement engag&#233;s dans une rixe ou une &#233;chauffour&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce rapport tr&#232;s particulier aux catastrophes historiques du pr&#233;sent et du pass&#233; r&#233;cent p&#232;se fortement sur nos capacit&#233;s d'intellection et de compr&#233;hension de la modalit&#233; extr&#234;me ou d&#233;sastreuse de notre histoire &#8211; du mode catastrophique de la modernit&#233;. Dans une large mesure, m&#234;me, cette exp&#233;-rience paradoxale d&#233;coupe le champ de la connaissance et l'entendement possibles de ces formes. Le si&#232;ge cons&#173; tant et rigoureux &#233;tabli par le souvenir des &#233;v&#233;nements catastrophiques du pass&#233; et la pr&#233;-sence de la catastrophe autour de notre microcosme pacifi&#233; constituent l'incontournable injonction &#224; nous approprier cette modalit&#233; d&#233;sastreuse et &#224; l'int&#233;grer &#224; notre subjectivit&#233; historique, &lt;i&gt;en d&#233;pit et au rebours des &#233;vidences produites par notre exp&#233;rience directe du monde&lt;/i&gt;. Se forme en nous une sorte d'&lt;i&gt;exp&#233;rience seconde&lt;/i&gt; de la catastrophe et de l'Extr&#234;me : une connaissance intime, imp&#233;rieusement requise par l'actualit&#233; lancinante du d&#233;sastre, mais fragile. Cette exp&#233;rience indirecte est ent&#233;e sur le porte-&#224;-faux de notre pr&#233;sence-absence &#224; Auschwitz, &#224; l'accomplissement concentrationnaire et ex-terminationniste de l'esp&#233;rance communiste, &#224; la continuit&#233; des massacres coloniaux, etc. Nous sommes requis, somm&#233;s, &#171; mobilis&#233;s &#187; pour &#233;tablir une connaissance ordonn&#233;e de l'&#233;l&#233;ment catas-trophique de notre histoire, pour ne pas abandonner le pass&#233; naufrag&#233; &#224; la pure obsession m&#233;morielle (rituelle et comm&#233;morative), pour aller au-del&#224; de la prostration face &#224; des scandales du pr&#233;sent comme le g&#233;nocide rwandais ou l'occupation-extermination indon&#233;sienne au Timor oriental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, nous nous savons rigoureusement astreints &#224; une sorte de r&#232;gle kan-tienne durcie : les d&#233;sastres n'&#233;chappent pas seulement &#224; nos capacit&#233;s cognitives quant &#224; leur &#171; es-sence &#187;, mais ils se constituent activement et r&#233;troactivement comme &#171; &#233;nigmes &#187;, &#171; myst&#232;res &#187;. L'&#233;cart b&#233;ant entre la sommation sans cesse r&#233;activ&#233;e de vouer nos &#233;nergies cognitives et militantes aux d&#233;sastres pr&#233;sents&#173; pass&#233;s et les emp&#234;chements form&#233;s par notre constitutive &lt;i&gt;tranquillit&#233;&lt;/i&gt;, cet &#233;cart est le lieu m&#234;me o&#249; prend racine la fragilit&#233; sp&#233;cifique des &#233;nonc&#233;s et des discours sur la catas-trophe et sur l'Extr&#234;me. La sp&#233;cificit&#233; de la catastrophe (de l'exposition aux formes de violence ex-tr&#234;me) est qu'elle ne peut &#234;tre v&#233;cue et subjectivis&#233;e comme exp&#233;rience, mais seulement endur&#233;e comme &#233;preuve et destruction. C'est en ce sens que s'&#233;tablit une situation particuli&#232;re d'incommunication entre ceux qui ont &lt;i&gt;souffert&lt;/i&gt; (davantage que &#171; connu &#187;) ces &#233;preuves et tous les autres. C'est en ce sens, identiquement, que la &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; de la catastrophe et de !'Extr&#234;me est entrav&#233;e aussi bien du c&#244;t&#233; des victimes imm&#233;diates que du c&#244;t&#233; de ceux qui n'y ont pas &#233;t&#233; directe-ment expos&#233;s : les premi&#232;res n'&#233;chappent pas &#224; la souffrance infinie (sans fin et sans fond) qui s'attache &#224; l'&#233;preuve et se dresse comme un obstacle insurmontable devant la connaissance positive, les seconds demeureront toujours, quelle que soit leur volont&#233; de savoir, &#171; en dehors &#187; de la catas-trophe inconcevable et irrepr&#233;sentable comme &#233;l&#233;ment d'un &#171; v&#233;cu &#187;, inint&#233;grable &#224; la constitution subjective d'un non-rescap&#233;. Telle est la substance inalt&#233;rable du diff&#233;rend qui oppose &lt;i&gt;la douleur interminable&lt;/i&gt; du rescap&#233; &#224; la repr&#233;sentation de l'Extr&#234;me forg&#233;e par le &lt;i&gt;Nachgeborener&lt;/i&gt; (&#171; n&#233; apr&#232;s &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence &#224; l'&#171; objet &#187; (au camp, au massacre, au supplice&lt;/i&gt; prend ici une autre tournure que celle qui, habituellement, constitue le lot de l'historien dont le r&#233;cit du pass&#233; ne recoupe pas l'exp&#233;rience personnelle : le d&#233;ficit de connaissance intime et synth&#233;tique du moment (du lieu, du temps...) qui est son destin courant &#8211; son absence &#224; Austerlitz ou &#224; l'agonie d'un marchand du XVI' si&#232;cle &#8211; est d'une autre esp&#232;ce que ce qui nous s&#233;pare radicalement de ceux qui ont v&#233;cu une s&#233;lection dans un camp nazi, ont &#233;t&#233; tortur&#233;s &#224; l'&#233;lectricit&#233;, ont vu la population de leur village massacr&#233;e par les SS ou par les purificateurs ethniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours sur la catastrophe et sur l'Extr&#234;me se forment donc aujourd'hui dans une topo-graphie mentale o&#249; sont accumul&#233;s les obstacles &#224; leur objectivation rationnelle : une transmission non moins imp&#233;rieusement requise qu'improbable des &#233;preuves concentrationnaires et totalitaires est &#224; l'&#339;uvre &#8211; un passage de t&#233;moin tout aussi &lt;i&gt;d&#233;sesp&#233;r&#233;&lt;/i&gt; entre rescap&#233;s et clercs essentiellement d&#233;finis par leur condition de &#171; n&#233;s apr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte, &#233;crit d'abord en albanais pour marquer la date du 27 janvier, fut publi&#233; &#224; cette date sur le site Peizazhe t&#235; Fjal&#235;s (&lt;a href=&#034;https://peizazhe.com/2026/01/27/shtresime-kohore-te-gjenocidit/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://peizazhe.com/2026/01/27/shtresime-kohore-te-gjenocidit/&lt;/a&gt;), accompagn&#233; de la traduction albanaise des deux textes d'Alain Brossat mentionn&#233;s &#224; la suite, dont il sert aussi de pr&#233;sentation. Il est pens&#233; comme le premier d'une s&#233;rie de tels montages d'&#233;l&#233;ments h&#233;t&#233;rog&#232;nes et de dispositifs d'anachronie, sous le th&#232;me g&#233;n&#233;ral &#171; Des nations et des camps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat, &lt;i&gt;Un peuple debout. La Palestine en lutte contre la colonisation isra&#233;lienne&lt;/i&gt;, &#171; Quelle dr&#244;le d'&#233;poque ! &#187;, L'Harmattan, 2024. La plupart de ces textes ont d'abord &#233;t&#233; publi&#233;s sur ce m&#234;me site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ainsi, en ces jours de d&#233;but d'ann&#233;e, la sc&#232;ne publique et m&#233;diatique albanaise fut encore une fois inond&#233;e par le ph&#233;nom&#232;ne Lea Ypi. Cette chercheuse en &#171; philosophie politique normative &#187; et enseignante &#224; la prestigieuse London School of Economics, apr&#232;s avoir fait carri&#232;re d'universitaire en Occident, revint une premi&#232;re fois en Albanie avec&#8230; un r&#233;cit de son enfance et sa jeunesse au moment de la chute du communisme, autotraduit de l'anglais une fois devenu un ph&#233;nom&#232;ne &#233;ditorial. Ayant ainsi d&#233;couvert ce nouveau talent, elle ne s'arr&#234;ta pas en si bon chemin et revint encore avec un autre &#171; r&#233;cit &#187;, cette fois-ci consacr&#233; &#224; sa grand-m&#232;re, une albanaise, n&#233;e &#224; Thessalonique, et issue de l'aristocratie ottomane etc. Le ph&#233;nom&#232;ne vient d'arriver au (Coll&#232;ge de) France. On attend impatiemment la suite, mais on remarque, tout en attendant, qu'aucun de ses livres &#171; th&#233;oriques &#187; n'existe en albanais. Le public n'en est certainement pas digne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au-del&#224; du cas fameux du &#171; travelling de &lt;i&gt;Kapo&lt;/i&gt; &#187;, film de G. Pontecorvo d&#233;nonc&#233; par Jacques Rivette dans un article des &lt;i&gt;Cahiers du cin&#233;ma&lt;/i&gt;, citons ces lignes sans appel de Jean Cayrol &#224; propos d'un autre auteur a priori &#171; au-dessus de tout soup&#231;on &#187; : &#171; Les camps de concentration retrouvent la faveur des lecteurs &#8212; &#231;a peut donner des week-ends palpitants mieux qu'une s&#233;rie livide ou blafarde. [...] Une bonne intrigue concentrationnaire, un bourreau-maison, quelques squelettes, une l&#233;g&#232;re fum&#233;e de Krema[toire] au-dessus de tout cela, et nous pouvons avoir le prochain best-seller qui fera fr&#233;mir l'Ancien et le Nouveau Monde. &#187; (J. Cayrol, &#171; Litt&#233;rature et t&#233;moignage &#187;, &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;, 21e ann&#233;e, no 4 (avril 1953), p. 575-576. L'&#233;crivain en question est Erich-Maria Remarque, jadis auteur d'un best-seller plan&#233;taire et pacifiste, &lt;i&gt;&#192; l'ouest rien de nouveau&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ainsi que j'avais intitul&#233; l'&#171; Introduction &#187; d'&lt;i&gt;Un peuple debout&lt;/i&gt; dans ma traduction albanaise, le texte n'ayant pas de titre propre dans sa version originale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'image iconique de l'enfant du ghetto ex mains lev&#233;es, voir d&#233;sormais l'&#233;tude indispensable de Fr&#233;d&#233;ric Rousseau, &lt;i&gt;L'enfant juif de Varsovie. Histoire d'une photographie&lt;/i&gt;, Seuil, &#171; L'Univers historique &#187;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Extraits publi&#233;s, comble d'ironie, dans... &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Albin Michel, 1996, traduit de l'allemand par Elisabeth Guillot. J'ai r&#233;dig&#233;, &#224; la demande de l'&#233;diteur, une pr&#233;face au volume dans laquelle je soulignais le caract&#232;re pr&#233;curseur de l'antisionisme d&#233;clar&#233; de l'auteur. La raison pour laquelle, assur&#233;ment, cette pr&#233;face a &#233;t&#233; remplac&#233;e, dans l'&#233;dition de poche ult&#233;rieure, par un texte insipide de l'historien Johann Chapoutot qui s'est r&#233;cemment en reprochant &#224; un collectif de Juifs antisionistes (&#171; Tsedek ! &#187;) d'avoir &#233;voqu&#233; la &#171; r&#233;sistance palestinienne &#187; &#8211; un crime imprescriptible, en effet (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 05/02/2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;ditions du D&#233;tour, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hannah Arendt, &lt;i&gt;Du mensonge &#224; la violence&lt;/i&gt;, Points-Seuil, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ni miel, ni couronne ! Lucr&#232;ce, ou de &#171; la tr&#232;s haute pauvret&#233; &#187; de la langue</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1498</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1498</guid>
		<dc:date>2025-09-16T07:06:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lucr&#232;ce est un auteur qui est essentiellement au carrefour : &#224; la fois fondateur et h&#233;ritier ; &#224; la fois philosophe et po&#232;te ; &#224; la fois grec et latin. Et dans la philosophie m&#234;me, ce n'est pas la pens&#233;e plus simple, la plus facilement exprimable qu'il s'est donn&#233; pour t&#226;che de transcrire, mais celle qui doit dire le divers du monde, qui doit dissoudre les illusions funestes de la superstition, celle qui doit expliquer le visible par ce qui est structurellement invisible, et pourtant le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lucr&#232;ce est un auteur qui est essentiellement au carrefour : &#224; la fois fondateur et h&#233;ritier ; &#224; la fois philosophe et po&#232;te ; &#224; la fois grec et latin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les premiers &#233;l&#233;ments de cette r&#233;flexion ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s dans le cadre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans la philosophie m&#234;me, ce n'est pas la pens&#233;e plus simple, la plus facilement exprimable qu'il s'est donn&#233; pour t&#226;che de transcrire, mais celle qui doit dire le divers du monde, qui doit dissoudre les illusions funestes de la superstition, celle qui doit expliquer le visible par ce qui est structurellement invisible, et pourtant le constitue. Il doit dire l'inou&#239;, dans une autre langue que celle o&#249; cela a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prof&#233;r&#233;, et en plus dans &#171; le carcan de l'hexam&#232;tre &#187; (E. Li&#233;nard) latin, lui-m&#234;me h&#233;rit&#233; de l'hexam&#232;tre grec, et lui-m&#234;me, ici, destin&#233; &#224; &#234;tre d&#233;tourn&#233; de sa fonction premi&#232;re de m&#232;tre &#233;pique, premi&#232;re acclimatation du rythme grec dans la langue latine qui avait &#233;t&#233; op&#233;r&#233;e par Ennius.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lucr&#232;ce se sait et se proclame son h&#233;ritier, ainsi que des po&#233;tes alexandrins, tout en cultivant la sp&#233;cificit&#233; de sa d&#233;marche. Cela se remarque particuli&#232;rement dans le motif r&#233;p&#233;t&#233; de la couronne qui revient au po&#232;te, d'Hom&#232;re jusqu'&#224; Lucr&#232;ce lui-m&#234;me (alors qu'Epicure a plut&#244;t une statut de h&#233;ros lib&#233;rateur), tout en figurant le po&#232;me lui-m&#234;me comme couronne de fleurs choisies avec soin :&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comme il se d&#233;crit au d&#233;but du chant 4 (v. 1-5) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Auia Pieridum peragro loca nullius ante&lt;br class='autobr' /&gt;
trita solo. iuuat integros accedere fontis&lt;br class='autobr' /&gt;
atque haurire, iuuatque nouos decerpere flores&lt;br class='autobr' /&gt;
insignemque meo capiti petere inde coronam&lt;br class='autobr' /&gt;
unde prius nulli uelarint tempora Musae.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je marche et avance dans les champs des Pi&#233;rides, l&#224; o&#249; nul pied (humain) n'a encore foul&#233;. Il est r&#233;jouissant d'acc&#233;der &#224; des sources int&#232;gres, et d'y puiser. Comme il est r&#233;jouissant de cueillir des fleurs nouvelles et d'en faire une couronne insigne pour en ceindre ma t&#234;te, de celles (couronnes) dont jamais auparavant les Muses n'ont embelli aucun front. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clairement Lucr&#232;ce reprend ici un motif classique de l'originalit&#233; du po&#232;te, fier de sa virtuosit&#233;, explorant des territoires inconnus du langage et du rythme, ce qui le rend aim&#233; des Muses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette lign&#233;e des fronts couronn&#233;s des po&#232;tes, il reconna&#238;t une place supr&#234;me &#224; Ennius, le fondateur de la po&#233;sie &#233;pique latine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt;, 1, 117-125&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Ennius ut noster cecinit, qui primus amoeno&lt;br class='autobr' /&gt;
detulit ex Helicone perenni fronde coronam&lt;br class='autobr' /&gt;
per gentis Italas hominum quae clara clueret ;&lt;br class='autobr' /&gt;
etsi praetera tamen esse Acherusia templa&lt;br class='autobr' /&gt;
Ennius aeternis exponit uersibus edens, 120	&lt;br class='autobr' /&gt;
quo neque permane(a)nt animae neque corpora nostra&lt;br class='autobr' /&gt;
sed quaedam simulacra modis pallentia miris ;&lt;br class='autobr' /&gt;
unde sibi exortam semper florentis Homeri&lt;br class='autobr' /&gt;
commemorat speciem lacrimas effundere salsas&lt;br class='autobr' /&gt;
coepisse, et rerum naturam expandere dictis.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme l'a chant&#233; notre Ennius, qui fut le premier &#224; rapporter de l'aimable H&#233;licon la couronne &#233;ternellement fleurie qui r&#233;pandit sa gloire parmi tous les peuples d'Italie. Bien que, par ailleurs, Ennius expose, en les faisant voir dans des vers immortels, l'existence des lieux d'Ach&#233;ron o&#249; ne passent/s&#233;journent ni nos &#226;mes ni nos corps, mais certaines simulacres aux p&#226;leurs &#233;tranges. D'o&#249;, comme il le raconte, lui est apparu le fant&#244;me d'Hom&#232;re &#224; jamais verdoyant, et qui, se mettant &#224; verser des larmes sal&#233;es, lui expos&#233; la (v&#233;ritable) nature des choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait appelle plusieurs commentaires. Tout d'abord, on remarque la place de fondateur (&lt;i&gt;primus&lt;/i&gt;) que Lucr&#232;ce reconna&#238;t &#224; Ennius, &#224; l'unanimit&#233; avec le reste de sa patrie (&lt;i&gt;per gentis Italas hominum&lt;/i&gt;), et plus particuli&#232;rement de fondateur au second degr&#233;, si l'on peut dire : celui qui a r&#233;ussi &#224; transposer avec succ&#232;s une tradition litt&#233;raire n&#233;e et ancr&#233;e ailleurs, dans la langue et culture grecques. Cette secondarit&#233; est l'essence m&#234;me de la culture et des lettres latines, qui se proposent consciemment comme une traduction/imitation/acclimatation des lettres grecques (cf. DUPONT, &lt;i&gt;Histoire litt&#233;raire de Rome, De Romulus &#224; Ovide. Une culture de la traduction&lt;/i&gt; (2022)). Ennius est le premier qui r&#233;ussit la &lt;i&gt;transposition&lt;/i&gt; de l'H&#233;licon en terre, c'est-&#224;-dire en &lt;i&gt;langue&lt;/i&gt;, italique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, l'H&#233;licon convoque par allusion la figure d'H&#233;siode, qui s'&#233;tait pr&#233;sent&#233; comme l'inspir&#233; des Muses de l'H&#233;licon, et qui correspond au projet de Lucr&#232;ce pour avoir transplant&#233; le vers &#233;pique (l'hexam&#232;tre dactylique) dans un po&#232;me didactique, &lt;i&gt;Les travaux et les jours&lt;/i&gt;. Enfin, dans la fin de l'extrait, c'est le prince des po&#232;tes lui-m&#234;me (ou plut&#244;t son fant&#244;me &#8211; on y reviendra) qui, aux dires d'Ennius, appara&#238;t pour l'initier &#224; la connaissance de la &lt;i&gt;natura rerum&lt;/i&gt;, et donc l'adouber dans sa fonction de nouveau fondateur. De m&#234;me que les Muses de l'H&#233;licon pour H&#233;siode, le r&#233;cit d'Ennius dans ses &lt;i&gt;Annales&lt;/i&gt; sur l'apparition d'Hom&#232;re sert de cha&#238;non l&#233;gitimant de la prise de parole po&#233;tique. Une premi&#232;re cha&#238;ne lie donc la couronne po&#233;tique qui passe ainsi de la source hom&#233;rique, &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; H&#233;siode, &#224; Ennius et Lucr&#232;ce et terre italique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il y a, cependant, en &#233;cho avec l'autopr&#233;sentation du po&#232;te couronn&#233; au d&#233;but du chant 4, un autre r&#233;seau de correspondances, qui renvoie &#224; la fois &#224; la po&#233;sie alexandrine, notamment Callimaque, pour l'&#233;vocation de la nouveaut&#233;, des lieux in&#233;dits, des territoires inexplor&#233;s, et de la distinction du po&#232;te et &#224; la fois la &lt;i&gt;Couronne&lt;/i&gt; de M&#233;l&#233;agre, un des recueils de po&#233;sies, organis&#233;s comme un choix de fleurs, et qui composent l'&lt;i&gt;antho&lt;/i&gt;-logie Palatine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici, par exemple ce que dit M&#233;l&#233;agre dans un de ses d&#233;buts :&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#233;l&#233;agre &lt;i&gt;AP&lt;/i&gt; 4,1,1-4. 57-58&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#924;&#959;&#8166;&#963;&#945; &#966;&#943;&#955;&#945;, &#964;&#943;&#957;&#953; &#964;&#940;&#957;&#948;&#949; &#966;&#941;&#961;&#949;&#953;&#962; &#960;&#940;&#947;&#954;&#945;&#961;&#960;&#959;&#957; &#7936;&#959;&#953;&#948;&#8048;&#957;&lt;br class='autobr' /&gt; &#7970; &#964;&#943;&#962; &#8001; &#954;&#945;&#8054; &#964;&#949;&#973;&#958;&#945;&#962; &#8017;&#956;&#957;&#959;&#952;&#949;&#964;&#8118;&#957; &#963;&#964;&#941;&#966;&#945;&#957;&#959;&#957; ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#7940;&#957;&#965;&#963;&#949; &#956;&#8050;&#957; &#924;&#949;&#955;&#941;&#945;&#947;&#961;&#959;&#962;&#183; &#7936;&#961;&#953;&#950;&#940;&#955;&#8179; &#948;&#8050; &#916;&#953;&#959;&#954;&#955;&#949;&#8150;&lt;br class='autobr' /&gt; &#956;&#957;&#945;&#956;&#972;&#963;&#965;&#957;&#959;&#957; &#964;&#945;&#973;&#964;&#945;&#957; &#7952;&#958;&#949;&#960;&#972;&#957;&#951;&#963;&#949; &#967;&#940;&#961;&#953;&#957;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#7936;&#955;&#955;&#8048; &#966;&#943;&#955;&#959;&#953;&#962; &#956;&#8050;&#957; &#7952;&#956;&#959;&#8150;&#963;&#953; &#966;&#941;&#961;&#969; &#967;&#940;&#961;&#953;&#957;&#903; &#7956;&#963;&#964;&#953; &#948;&#8050; &#956;&#973;&#963;&#964;&#945;&#953;&#962;&lt;br class='autobr' /&gt; &#954;&#959;&#953;&#957;&#8056;&#962; &#8001; &#964;&#8182;&#957; &#924;&#959;&#965;&#963;&#941;&#969;&#957; &#7969;&#948;&#965;&#949;&#960;&#8052;&#962; &#963;&#964;&#941;&#966;&#945;&#957;&#959;&#962;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Muse aim&#233;e, &#224; qui apportes-tu donc ce chant rempli de fruits, et qui, puis-je ajouter, a appr&#234;t&#233; cette couronne d'hymneutes ? C'est M&#233;l&#233;agre qui l'a compos&#233;, et c'est pour l'illustre Diocl&#232;s qu'il a fa&#231;onn&#233; avec soin ce gracieux souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; mes amis que j'apporte cette offrande ; mais elle est commune &#224; tous les initi&#233;s, cette couronne des Muses aux doux langage &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans ces vers de M&#233;l&#233;agre plusieurs motifs qu'on retrouve dans les vers de Lucr&#232;ce : le motif de la couronne, celui de la d&#233;dicace du chant &#224; un ami et/ou illustre protecteur ; celui des initi&#233;s (&lt;i&gt;&#956;&#973;&#963;&#964;&#945;&#953;&#962;&lt;/i&gt;) aux secrets que les Muses sont seules &#224; livrer, sources rares et pures o&#249; le po&#232;te &#233;tanche sa soif de connaissances auquel n'a pas acc&#232;s le vulgaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouve le m&#234;me r&#233;seau de correspondances : couronne, fleurs, sources pures, ruisseaux discrets contre grands fleuves qui charrient toutes sortes de salet&#233;s, sentiers inexplor&#233;s, etc., dans les po&#232;mes de Callimaque, le repr&#233;sentant le plus illustre de la d&#233;licatesse alexandrine, et source majeure d'inspiration des po&#232;tes n&#233;ot&#233;riques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Callimaque &lt;i&gt;epigr&lt;/i&gt;. 28,1-4&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#7952;&#967;&#952;&#945;&#943;&#961;&#969; &#964;&#8056; &#960;&#959;&#943;&#951;&#956;&#945; &#964;&#8056; &#954;&#965;&#954;&#955;&#953;&#954;&#972;&#957;, &#959;&#8016;&#948;&#8050; &#954;&#949;&#955;&#949;&#973;&#952;&#8179;&lt;br class='autobr' /&gt; &#967;&#945;&#943;&#961;&#969;, &#964;&#943;&#962; &#960;&#959;&#955;&#955;&#959;&#8058;&#962; &#8039;&#948;&#949; &#954;&#945;&#8054; &#8039;&#948;&#949; &#966;&#941;&#961;&#949;&#953;&#183;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#956;&#953;&#963;&#941;&#969; &#954;&#945;&#8054; &#960;&#949;&#961;&#943;&#966;&#959;&#953;&#964;&#959;&#957; &#7952;&#961;&#974;&#956;&#949;&#957;&#959;&#957;, &#959;&#8016;&#948;' &#7936;&#960;&#8056; &#954;&#961;&#942;&#957;&#951;&#962;&lt;br class='autobr' /&gt; &#960;&#943;&#957;&#969;&#183; &#963;&#953;&#954;&#967;&#945;&#943;&#957;&#969; &#960;&#940;&#957;&#964;&#945; &#964;&#8048; &#948;&#951;&#956;&#972;&#963;&#953;&#945;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je hais les po&#232;mes qui tournent en rond (sans fin) ; ni je n'ai plaisir aux chemins o&#249; la foule va et vient sans cesse. Je d&#233;teste l'amoureux qui tourne autour, et je ne bois pas &#224; cette source ; je fuis tous ce qui est du commun et vulgaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, rapportant les paroles du Dieu Apollon dans l'hymne qu'il lui consacre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Callimaque &lt;i&gt;hymn&lt;/i&gt;. 2,110-112&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#916;&#951;&#959;&#8150; &#948;' &#959;&#8016;&#954; &#7936;&#960;&#8056; &#960;&#945;&#957;&#964;&#8056;&#962; &#8021;&#948;&#969;&#961; &#966;&#959;&#961;&#941;&#959;&#965;&#963;&#953; &#956;&#941;&#955;&#953;&#963;&#963;&#945;&#953;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#7936;&#955;&#955;' &#7973;&#964;&#953;&#962; &#954;&#945;&#952;&#945;&#961;&#942; &#964;&#949; &#954;&#945;&#8054; &#7936;&#967;&#961;&#940;&#945;&#957;&#964;&#959;&#962; &#7936;&#957;&#941;&#961;&#960;&#949;&#953;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#960;&#943;&#948;&#945;&#954;&#959;&#962; &#7952;&#958; &#7985;&#949;&#961;&#8134;&#962; &#8000;&#955;&#943;&#947;&#951; &#955;&#953;&#946;&#8048;&#962; &#7940;&#954;&#961;&#959;&#957; &#7940;&#969;&#964;&#959;&#957;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas de n'importe quel endroit que les abeilles apportent l'eau &#224; la D&#233;esse, mais vont chercher celle qui coule, pure et sans m&#233;lange, de la source sacr&#233;e printani&#232;re, en un petit ruisseau de supr&#234;me puret&#233; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux images susmentionn&#233;es, ce dernier extrait ajoute celui des abeilles, du butinage qui est une forme nouvelle du choix de meilleurs &#171; sources &#187; et de meilleurs fleurs, pour composer le discours po&#233;tique : &#224; la fois recueil de fleurs, tress&#233; par l'art de l'orf&#232;vre po&#232;te en une couronne charmante, &#224; la fois d&#233;licate coul&#233;e de miel pur, doux discours qui enivre les sens et donne acc&#232;s au savoir des initi&#233;s. On avait d&#233;j&#224; une allusion &#224; ce que Lucr&#232;ce appellera &#224; plusieurs reprises &#171; suavit&#233; &#187; des paroles dans l'extrait de M&#233;l&#233;agre (&#171; au doux langage &#187; : &lt;i&gt;&#7969;&#948;&#965;&#949;&#960;&#8052;&#962;&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que Lucr&#232;ce repr&#233;sente Epicure et son propre rapport &#224; son discours et &#224; sa doctrine : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt; 3, 9-13&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;tu, pater, es rerum inuentor, tu patria nobis&lt;br class='autobr' /&gt;
suppeditas praecepta, tuisque ex, inclute, chartis, 10&lt;br class='autobr' /&gt;
floriferis ut apes in saltibus omnia libant,&lt;br class='autobr' /&gt;
omnia nos itidem depascimur aurea dicta,&lt;br class='autobr' /&gt;
aurea, perpetua semper dignissima uita.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toi, &#244; p&#232;re, tu es le d&#233;couvreur du secret des choses, tu nous dispenses abondamment tes pr&#233;ceptes paternels, et dans tes livres, &#244; h&#233;ros, nous, comme les abeilles qui go&#251;tent tout dans les vallons fleuris, nous faisons notre miel de tes paroles d'or, oui d'or, toujours les plus dignes de la vrai vie &#233;ternelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons, au passage, le sens de s&#233;lection, pr&#233;l&#232;vement du &lt;i&gt;libant&lt;/i&gt;, avec son allusion d'offrande religieuse en arri&#232;re-plan.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous passons sur d'autres analogies et h&#233;ritages o&#249; se place le po&#232;me de Lucr&#232;ce, notamment avec &lt;i&gt;Les Ph&#233;nom&#232;nes&lt;/i&gt; d'Aratos, po&#232;me tr&#232;s connu et qui a eu une tr&#232;s large diffusion dans la culture romaine et que Cic&#233;ron a traduit dans sa jeunesse. Callimaque consid&#233;rait m&#234;me qu'Aratos avait d&#233;pass&#233; H&#233;siode dans le po&#232;me didactique, domaine o&#249; se situe l'entreprise de Lucr&#232;ce. &lt;i&gt;Les Ph&#233;nom&#232;nes&lt;/i&gt; s'ouvre aussi par une hymne &#224; Zeus, de m&#234;me que le &lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt; par l'&lt;i&gt;Hymne &#224; V&#233;nus&lt;/i&gt;, et les deux &lt;i&gt;proemium&lt;/i&gt; entretiennent des rapports complexes d'&#233;chos, dont le cadre de l'&#233;criture hymnique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce r&#233;seau de renvois, reprises, &#233;chos, de &lt;i&gt;topois&lt;/i&gt; po&#233;tiques, Epicure semble faire partie de la chaine d'&#233;quivalence, et Lucr&#232;ce s'inscrire dans des filiations pr&#233;&#233;tablies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais regardons-y de plus pr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous appuyons d'abord sur une article de E. J. Kenney [Kenney (2007)], qui revient sur la lecture et l'interpr&#233;tation des vers d'&#233;loge consacr&#233;s &#224; Ennius, pourtant abondamment comment&#233;s par la tradition critique. S'interrogeant d'abord sur la place de ces vers (&#171; What Ennius is doing here ? The question has not in the whole mutch interested the contributors to the voluminous literature on the Proem to Book I. &#187; p. 308), il en arrive &#224; la conclusion qu'il s'agit bien plut&#244;t d'une critique, d'une &#233;l&#233;gante et peut-&#234;tre m&#234;me affectueuse, mais n&#233;anmoins ferme critique et d&#233;nonciation d'Ennius, plut&#244;t que d'un &#233;loge.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, l'&#233;loge d'Ennius est plac&#233; dans un &#171; paragraphe &#187; o&#249; Lucr&#232;ce exprime la crainte que Memmius aussi, un jour, tombe victime des dires d'un &lt;i&gt;uates&lt;/i&gt; (1. 103), un devin ou proph&#232;te (comme d'ailleurs souvent s'autoproclament les po&#232;tes, on comme on finit par les consid&#233;rer), &lt;i&gt;victus&lt;/i&gt; par ces &lt;i&gt;dictis terriloquis&lt;/i&gt; (104), qui portent des mots de terreur religieuse, qui sont capables de &lt;i&gt;fingere multa somnia&lt;/i&gt; (105-6), qui s&#232;ment &#224; leur tour le trouble dans la vie. C'est de l&#224; que vient la capacit&#233; de terreur des devins, qui trouve appui sur l'ignorance o&#249; l'on est (o&#249; l'on nous fait rester) quant &#224; la v&#233;ritable &lt;i&gt;natura animai&lt;/i&gt; (113) : &#224; sa composition, &#224; son fonctionnement, &#224; sa place et son statut avant la naissance et apr&#232;s la mort, &#224; sa relation avec le corps (vivant et mort). Or, l'explication de cette nature est pr&#233;cis&#233;ment l'un des objets du po&#232;me (chant 3 notamment). Et tandis qu'Ennius, en des vers peut-&#234;tre bien immortels, mais des vers de po&#232;te, de fantaisie, rien de plus, a chant&#233; les p&#233;riples des &#226;mes dans les &lt;i&gt;tenebra Orci&lt;/i&gt; (116) et expos&#233; l'existence des &lt;i&gt;Acherusia templa&lt;/i&gt; (121, d&#233;j&#224; cit&#233;), le livre 4 nous enseigne exactement le contraire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt;, 4, 41-45&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;...ne forte animas Acherunte reamur&lt;br class='autobr' /&gt;
effugere, aut umbras inter uiuos uolitare ;&lt;br class='autobr' /&gt;
neue aliquid nostri post mortem posse relinqui,&lt;br class='autobr' /&gt;
cum corpus simul atque animi natura perempta&lt;br class='autobr' /&gt;
in sua discesum dederint primordia quaeque.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne nous mettons pas &#224; croire que les &#226;mes s'&#233;chappent de l'Ach&#233;ron, ou que des ombres voltigent parmi les vivants ; ni qu'il demeure de nous quelque chose apr&#232;s la mort, alors que le corps, en m&#234;me temps que la nature abolie de l'&#226;me, (mutuellement) s&#233;par&#233;s, auront rejoint leur &#233;l&#233;ments premiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est bien une &#171; exp&#233;rience &#187;, ou plut&#244;t une impression qui peut nous &#233;treindre parfois, en &#233;tat de veille ou bien de sommeil (&lt;i&gt;atque uigilantibus nobis&#8230; atque in somnis&lt;/i&gt;, 4. 37-8), ce n'en est pas moins un ph&#233;nom&#232;ne naturel, qui s'explique (et que la suite expliquera) par la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale des perceptions sensibles et mentales. Cette explication est celle par la th&#233;orie des simulacres, dont la th&#232;se d'existence est &#233;nonc&#233; juste quelques vers au-dessus (&lt;i&gt;esse ea, quae rerum similacra uocamus&lt;/i&gt;, 4. 34).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Simulacre &#187;, ici, traduit le terme grec &lt;i&gt;&#949;&#7988;&#948;&#969;&#955;&#959;&#957;&lt;/i&gt;, qui &#233;tait celui d'Epicure, mais existait d&#233;j&#224; chez D&#233;mocrite. On a donc affaire &#224; une reprise technique, une d&#233;finition exacte d'un terme dans le cadre de l'explication d'un ph&#233;nom&#232;ne dans la th&#233;orie g&#233;n&#233;rale, dont la d&#233;finition/description suit d'ailleurs imm&#233;diatement dans le texte (&lt;i&gt;quae quasi membranae&lt;/i&gt;, 4. 35). Par contre-coup, le m&#234;me terme qui figurait dans les vers sur Ennius, et lui &#233;tait attribu&#233; comme ce qu'il nous &lt;i&gt;exponuit&lt;/i&gt;, appara&#238;t comme un usage &#171; naif &#187;, ou &#171; populaire &#187;, c'est-&#224;-dire non scientifiquement d&#233;fini du terme, une licence de po&#232;te. Mais il appara&#238;t, aussi, comme un usage mythique, et d&#233;nonce ainsi le discours d'Ennius comme &#233;tant la perp&#233;tuation, consciente ou non, du travail encha&#238;nant de la religion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, Ennius, bien que se voulant po&#232;te, n'est lui aussi qu'un &lt;i&gt;uates&lt;/i&gt;, au sens non &#233;logieux du terme, qui &#233;tait vraisemblablement d&#233;j&#224; le sien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kenney (p. 312, n. 56, cite des vers des Annales d'Ennius (206-7) : scipsere (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela est confirm&#233; m&#234;me par la sc&#232;ne de la &#171; visitation &#187; d'Hom&#232;re qu'il raconte, qui n'est plus une sc&#232;ne de rencontre divine, comme celle d'H&#233;siode avec les Muses sur le mont H&#233;licon, mais celle d'une vision en r&#234;ve, une de ces apparitions &lt;i&gt;in sommnis&lt;/i&gt; d'un simulacre qui ne dit pas son nom, qui se trompe sur vrai nom, et dont la l&#233;gitimit&#233; &#171; &#233;pist&#233;mologique &#187; n'est pas plus grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ennuis reste un &lt;i&gt;uates&lt;/i&gt; car il appartient encore, comme les autres, &#224; la sph&#232;re mythique de &lt;i&gt;l'inspiration&lt;/i&gt;, d'o&#249; il esp&#232;re et pr&#233;tend tirer la l&#233;gitimit&#233;, la teneur, voire l'efficacit&#233; de sa parole po&#233;tique. Que ce soit voix d'Apollon (Callimaque), rencontre avec les Muses (H&#233;siode), vision d'Hom&#232;re &#233;ternellement jeune (Ennius), il s'agit toujours de pr&#233;tentions supranaturelles, de la descente encore et toujours de quelque au-del&#224; de la nature, pour transmettre au po&#232;te, qui les enseignera ensuite aux autres, les secrets des choses. Il s'agit donc toujours de religion. C'est-&#224;-dire, dans l'esprit de Lucr&#232;ce, ou dans l'horizon du projet po&#233;tique nouveau, in&#233;dit qu'est le sien, de discours non v&#233;ridique, d'imposture, dans les cas extr&#234;mes, d'assujettissement de l'esprit par l'entretien de l'ignorance. Qui peut aller jusqu'au crime (le sacrifice d'Iphig&#233;nie, qui pr&#233;c&#232;de imm&#233;diatement les &#171; paragraphe &#187; d'Ennius).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le proc&#233;d&#233; de Lucr&#232;ce est tout autre. Et la l&#233;gitimit&#233; qu'il revendique aussi. Le passage consacr&#233; &#224; Epicure est construit en opposition r&#233;gl&#233;e avec la sc&#232;ne classique de l'inspiration po&#233;tique de l'&#233;loge d'Ennius. Lisons ce passage fameux :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt;, 1. 62-79&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Humana ante oculos foede cum uita iaceret&lt;br class='autobr' /&gt;
in terris, oppressa greui sub religione,&lt;br class='autobr' /&gt;
quae caput a caeli regionibus ostendebat&lt;br class='autobr' /&gt;
horribili super aspectum mortalibus instans, 65&lt;br class='autobr' /&gt;
primum Graius homo mortalis tendere contra&lt;br class='autobr' /&gt;
est oculos ausus primusque obsistere contra,&lt;br class='autobr' /&gt;
quem neque fama deum nec fulmina nec minitanti&lt;br class='autobr' /&gt;
murmure compressit caelum, sed eo magis acrem&lt;br class='autobr' /&gt;
inritat animi uirtutem effringere ut arta 70&lt;br class='autobr' /&gt;
naturae primus portarum claustra cupiret.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ergo uiuida uis animi peruicit et extra&lt;br class='autobr' /&gt;
processit longe flammantia moenia mundi&lt;br class='autobr' /&gt;
atque omne immensum &lt;strong&gt;peragrauit mente animoque&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
unde refert nobis uictor quid possit oriri, 75&lt;br class='autobr' /&gt;
quid nequeat, finita potestas denique cuique&lt;br class='autobr' /&gt;
quanam sit ratione atque alte terminus haerens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quare religio, pedibus subiecta, uicissim&lt;br class='autobr' /&gt;
obteritur, nos exaequat uictoria caelo.&lt;/i&gt; 80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors que la vie humaine, indigne, gisait sur terre, &#233;cras&#233;e sous le poids de la religion, qui depuis les r&#233;gions du ciel montrait sa t&#234;te et jetait sur les mortels son regard effrayant, le premier, un Grec, un homme mortel osa lever les yeux contre, le premier aussi lui tint t&#234;te. Et ni l'&#233;clat de la divinit&#233;, ni la foudre, ni le grondement mena&#231;ant du ciel ne le firent reculer ; mais lui aiguis&#232;rent, au contraire, le tranchant de l'esprit, au point de vouloir entreprendre le premier de faire sauter les verrous ferm&#233;s des portes de la nature. La force fougueuse de l'esprit l'emporta donc aussi bien qu'il franchit de loin les murs enflamm&#233;s du monde et parcourut avec sa pens&#233;e et son esprit l'immensit&#233; en tous sens. D'o&#249;, vainqueur, il nous rapporte le savoir de ce qui peut naitre ou non, et la raison pour laquelle chaque &#234;tre a une quantit&#233; finie de puissance ainsi que des bornes fix&#233;es. Ainsi, la religion est terrass&#233;e, foul&#233;e aux pieds &#224; son tour, et cette victoire nous rend les &#233;gaux du ciel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tableau litt&#233;ralement renversant, en ceci qu'il s'agit de la description d'un renversement total de la situation initiale. L&#224; o&#249;, au d&#233;but, la vie humaine g&#238;t aplatie sur la terre, ploie sous le poids de la religion qui s'exerce tr&#232;s verticalement sur elle, depuis les cieux, tenant l'avantage de cette hauteur &#171; n&#233;gative &#187;, vecteur d'effroi, &#224; la fin, c'est cette m&#234;me religion, ou plut&#244;t sa d&#233;pouille qui g&#238;t par terre, sur laquelle se posent les pieds (&lt;i&gt;pedibus&lt;/i&gt;) des mortels, qui, dans la lib&#233;ration ainsi gagn&#233;e, se font les &#233;gaux du ciel, se hissent jusqu'&#224; lui, en en abolissant ainsi la distance ali&#233;nante. Epicure, non nomm&#233; ici, est deux fois &lt;i&gt;primus&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;contra&lt;/i&gt; dans deux vers de suite, ce qui l'autorise &#224; &#234;tre encore &lt;i&gt;primus&lt;/i&gt; &#224; sortir de l'enfermement.&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit que la trajectoire d'Epicure, un simple mortel pourtant, est de la terre au ciel, gr&#226;ce &#224; la force de son esprit. M&#234;me pas, gr&#226;ce au seul geste de se tourner, de lever la t&#234;te et de faire face. C'est l&#224; la trajectoire, d'un seul coup, d'un seul &#233;lan, de la connaissance et de l'&#233;mancipation des ombres (simulacres) de la religion. La vraie connaissance ne s'obtient pas en attendant que l'esprit surnaturel descende pour infuser le n&#244;tre, mais dans la &lt;i&gt;direction inverse&lt;/i&gt; : quand c'est l'esprit de l'homme qui s'&#233;lance &#224; la conqu&#234;te du ciel, bien au-del&#224; des &lt;i&gt;flammantia moenia mundi&lt;/i&gt;. Ennius, m&#234;me couronn&#233; avec les fleurs de l'H&#233;licon, reste dans le mythe dans la trajectoire descendante, comme les autres po&#232;tes. Son monde est alors celui des simulacres, des fables avec simulacres errants dans les r&#233;gions d'Orcus ou d'Acheron. Or, point n'est besoin d'&#234;tre visit&#233; d'un dieu, ou de la &lt;i&gt;species&lt;/i&gt; d'un po&#232;te mort. Il suffit de lire, de prendre connaissance des rouleaux (&lt;i&gt;tuisque ex, inclute, chartis&lt;/i&gt;) du ma&#238;tre. Une activit&#233; on ne peut plus humaine. C'est l&#224; que r&#233;side le miel v&#233;ritable, et il s'agit pour le po&#232;te, apr&#232;s avoir fait son miel de la suavit&#233; de son doux discours, de le dispenser au lecteur, et au destinataire au premier abord.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci commande les exigences de la po&#233;tique propre de Lucr&#232;ce. Son h&#233;ros n'est pas un dieu, sa source de parole n'est pas une Muse, mais un &lt;i&gt;homo mortales&lt;/i&gt;, qui a pens&#233;, a exerc&#233; son &lt;i&gt;animus sagax&lt;/i&gt; et &#233;crit des livres. Pour se mettre &#224; cette hauteur humaine, monstrueusement dure, il lui faut, &#224; Lucr&#232;ce, une &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; po&#233;sie. C'est cet entre-deux qu'il doit tenir, mais sous l'autorit&#233; de la parole du ma&#238;tre. Il doit prendre tous les appr&#234;ts du discours et de la posture des po&#232;tes, mais pour les &lt;i&gt;d&#233;serter&lt;/i&gt;, mieux, les convertir, les faire passer, avec armes et bagages du c&#244;t&#233; du discours de savoir, du discours vrai et lib&#233;rateur. Et lib&#233;rateur parce que vrai (il ne s'agit pas de proposer une consolation de plus).&lt;br class='autobr' /&gt;
Un indice fait peut-&#234;tre signe vers cette p&#233;tition de d&#233;sertion du chemin po&#233;tique. C'est le verbe &lt;i&gt;peragro&lt;/i&gt;, celui du premier vers du chant 4, o&#249; le po&#232;te se d&#233;crit, complaisamment on dirait, parcourant des sentiers non battus dans le domaine des Muses. On l'a vu l&#224;, le long d'autres sentiers, pr&#232;s d'autres sources et ruisseaux limpides, butinant d'autres fleurs, en compagnie distante de Callimaque ou d'autres. Mais, dans ce premier &#233;loge d'Epicure, &lt;i&gt;peragro&lt;/i&gt; est justement le verbe qui d&#233;finit, qui &lt;i&gt;donne son statut&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;chapp&#233;e folle et inou&#239;e d'Epicure, en esprit et en pens&#233;e (&lt;i&gt;mente animoque&lt;/i&gt;, 1. 74) dans le grand Dehors de l'outre-monde. C'est la travers&#233;e du territoire aride qui est affaire de pens&#233;e abstraite, et non la d&#233;licate promenade du solitaire &#224; la recherche du m&#232;tre et du rythme. En adoptant le m&#234;me verbe, avec l'exactitude de ses d&#233;signations, Lucr&#232;ce se d&#233;clare compagnon de cette travers&#233;e-l&#224;, explorateur de ce genre de territoire &#8211; nouveau, mais d'une autre nouveaut&#233; que l'originalit&#233; po&#233;tique, un territoire nouveau pour l'esprit humain, la tenue d&#233;claratoire d'une enti&#232;re et radicale connaissabilit&#233; humaine du monde. Du m&#234;me coup, tout le paysage se transforme : les &lt;i&gt;fontes integros&lt;/i&gt; dont l'acc&#232;s procure une jouissance toute nouvelle, les &lt;i&gt;nouos flores&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;insignem coronnam&lt;/i&gt; qui n'a ceint aucun front, ne sont qu'en apparence des emprunts de l'arsenal &#171; professionnel &#187; des po&#232;tes : ils sont maintenant transfigur&#233;s en indications pr&#233;cises de cet &#233;v&#233;nement nouveau de l'esprit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voyons se profiler une &lt;i&gt;m&#233;thode&lt;/i&gt; de nomination d&#233;finitoire de Lucr&#232;ce, celle de la reprise, ou double occurrence terminologique, o&#249; le m&#234;me terme, dans un contexte est utilis&#233; strictement, ce qui en vaut d&#233;finition, et il sert ensuite, ailleurs, &#224; &#233;clairer de son statut les autres contextes o&#249; il se trouve appara&#238;tre, ou &#224; en annoncer, en creux, le caract&#232;re mythique, pr&#233;-philosophique, ou na&#239;vement po&#233;tique. Tout un r&#233;seau &#8211; mais un autre r&#233;seau cette fois-ci, interne au texte m&#234;me de Lucr&#232;ce, et propre &#224; sa po&#233;tique &#8211; se met ainsi en place, o&#249; les m&#234;mes mots jouent au moins sur deux sc&#232;nes, sont et ne sont pas les m&#234;mes, o&#249; ils se d&#233;doublent d'un &#233;tage na&#239;f et d'un &#233;tage d&#233;finitoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lucr&#232;ce, par ailleurs (ou en tout cas le sujet qui dit &#171; je &#187; dans le po&#232;me), ne s'en cache pas. S'il se juge digne d'une couronne qui n'a ceint aucun front auparavant, c'est pour des raisons pr&#233;cises. Et il s'en va les &#233;num&#233;rer :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt;, 4. 6-10&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Primum, quod magnis doceo de rebus, et&lt;/i&gt; artis&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;relligionum animum nodis exsoluere&lt;/i&gt; pergo ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;deinde, quod obscura de re tam lucida pango&lt;br class='autobr' /&gt;
carmina, musaeo contingens cuncta lepore :&lt;br class='autobr' /&gt;
id quoque enim non ab nulla ratione uidetur.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D'abord, parce que j'instruis sur de grandes choses et &lt;i&gt;tiens obstin&#233;ment&lt;/i&gt; &#224; d&#233;lier l'esprit des &lt;i&gt;verrous&lt;/i&gt; serr&#233;s de la religion ; ensuite, parce que je me fais fort de composer un chant aussi lumineux sur une r&#233;alit&#233; obscure, toute entier baign&#233; de l'harmonie des Muses. Chose qui, aussi, me semble avoir sa raison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il encha&#238;ne avec sa fameuse description de la coupe au bords enduits de miel pour mieux faire avaler (aux enfants &#8211; que nous sommes ?) l'absinthe am&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notons, d'abord, dans les vers ci-dessus, le m&#234;me terme, &lt;i&gt;artis&lt;/i&gt;, qui dans 1. 70 d&#233;signait les verrous ferm&#233;s (&lt;i&gt;claustra&lt;/i&gt;) de la nature, qu'Epicure d&#233;sirait faire sauter. Raison pour laquelle nous avons gard&#233; le terme dans la traduction. Ensuite, &lt;i&gt;pergo&lt;/i&gt;, ne peut pas ne pas faire &#233;cho avec le &lt;i&gt;peragro&lt;/i&gt; du premier vers, raison pour laquelle, nous l'avons traduit par &#171; (je) tiens obstin&#233;ment &#187;, pour faire &#233;cho &#224; &lt;i&gt;obstinere contra&lt;/i&gt; du 1. 67, que nous avions traduit par &#171; lui tint t&#234;te &#187;. Nous nous permettons ici une d&#233;marche proche des subtiles remarques &#8211; bien que risqu&#233;es, et faites parfois dans un esprit d&#233;pass&#233; de croyance exag&#233;r&#233;e en la correspondance entre les sons et le sens &#8211; de l'article classique de 1947 Friendl&#228;nder [FREIDLANDER (1941)] sur les relations entre les &#171; patterns of sound &#187; et la th&#233;orie atomiste du langage chez Lucr&#232;ce, ou ce qu'il appelle son &#171; atomologie &#187; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces remarques renforcent l'identification de Lucr&#232;ce (ou du sujet po&#233;tique qui se dit dans le texte) avec la geste d'Epicure. Il s'agit de la m&#234;me activit&#233;, m&#234;me si l'apparat ext&#233;rieur semble &#234;tre diff&#233;rent. Et c'est dans le cadre de cette activit&#233; red&#233;finie, que les mots prennent un autre sens, pr&#233;cis (cf. les fr&#233;quents recours de Lucr&#232;ce &#224; la position d&#233;finitionnelle &lt;i&gt;uocamus&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les p&#226;les simulacres dont Ennius nous expose les errances dans les plaines d'Ach&#233;ron, ne sont pas &lt;i&gt;id quod uocamus simulacrum&lt;/i&gt;. Il faut donc abandonner le langage des po&#232;tes. Ennius &lt;i&gt;comemorat speciem Homeri, naturam rerum expandere dictis&lt;/i&gt; (1. 126). Ici, la proximit&#233;, la comp&#233;tition des deux discours devient extr&#234;me. Mais, dans un geste brusque, Lucr&#232;ce s'en d&#233;tourne r&#233;solument, et op&#232;re une s&#233;rie de renversements sur des termes d&#233;cisifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il commence le &#171; paragraphe &#187; suivant par un &lt;i&gt;quapropter&lt;/i&gt;, qui semble annuler tout le &#171; paragraphe Ennius &#187;, pour reprendre la m&#233;thode d'exploration, des realia, et non pas des fables des po&#232;tes : &lt;i&gt;superis de rebus (&#8230;) solis lunaeque meatus&lt;/i&gt;. Ce qui nous y guidera est la &lt;i&gt;ratione sagaci&lt;/i&gt; (1. 130). Et ce qui est le mieux &#224; m&#234;me de dissiper la terreur o&#249; est enferm&#233; l'esprit, est la fameuse &lt;i&gt;naturae species ratioque&lt;/i&gt; (1. 148). Comment ne pas voir que ce &lt;i&gt;species&lt;/i&gt;-ci est l'exact contraire, la version d&#233;finitoire qui vient r&#233;pondre &#224;, et rendre caduque, d&#233;sormais mythique celle attach&#233; &#224; la vision d'Hom&#232;re au vers 126 ?&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me pour tout le r&#233;seau de la lumi&#232;re et de l'obscurit&#233;. Il y a un premier sens, empirique, na&#239;f, o&#249; la lumi&#232;re c'est l'&#233;clairage et va avec le jour. Mais, pourquoi alors ces &lt;i&gt;Graiourum obscura reperta&lt;/i&gt; ? Il y a un premier moment, o&#249; le &#171; po&#232;te &#187; joue au po&#232;te naturel, et au &#171; po&#232;te latin &#187;, qui souffre de la charge fastidieuse de devoir confronter son don po&#233;tique &#224; d'obscures th&#233;orisations s&#232;ches et absconses de ce peuple th&#233;orique que sont les Grecs. Ces &#171; d&#233;couvertes obscures &#187;, un pur oxymore, &lt;i&gt;difficile inlustrare latinibus uersibus esse&lt;/i&gt; (&#171; il n'est pas ais&#233; de les rev&#234;tir du lustre des vers latins &#187;, 1. 137). Mais nous sentons que les valeurs ici sont invers&#233;es, que le po&#232;te joue en passant subrepticement du sens na&#239;f au sens d&#233;finitionnel des mots les plus admis, les plus usuels. Et c'est par l&#224; qu'il effectue la critique du langage, pr&#233;cis&#233;ment. &lt;i&gt;Noctes uigilare&lt;/i&gt;, nomme un autre couple contradictoire, un signe du monde invers&#233;, qui fait &#233;cho aux &lt;i&gt;obscura reperta&lt;/i&gt;. Et pour clore le paragraphe et toute la section introductive, avant l'expos&#233; de la doctrine (&lt;i&gt;Principium hinc&lt;/i&gt;&#8230;), c'est-&#224;-dire le &#171; discours de la m&#233;thode &#187; de ce nouveau savoir :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt;, 1. 146-149&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Hunc igitur terrorem animi tenebrasque necessest&lt;br class='autobr' /&gt;
non radii solis neque lucida tela diei&lt;br class='autobr' /&gt;
discutiant, sed naturae species ratioque&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Donc (c'est un donc fort, conclusif !) il faut dissiper les t&#233;n&#232;bres et la terreur de l'esprit, non pas par les rayons du soleil, ni par les traits lumineux du jour, mais par la prise en compte et la juste saisie de la nature &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux lumi&#232;res, de m&#234;me qu'il y avait deux miels. La lumi&#232;re (du jour, du soleil) n'est pas la lumi&#232;re (de l'esprit et de la raison), celle que &lt;i&gt;uocamus&lt;/i&gt; lumi&#232;re. L'op&#233;ration de la compl&#232;te transfiguration du langage est en principe m&#233;thodologiquement achev&#233;e. Et un cong&#233; r&#233;solu est donn&#233; &#224; la tribu des po&#232;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans ce cadre, figurant dans cette place, que doit &#234;tre lue et comprise, croyons-nous, la d&#233;claration sur la pauvret&#233; de la langue pr&#233;tendument latine :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt; 1. 139-140&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Multa nouis uerbis presertim cum sit agendum,&lt;br class='autobr' /&gt;
propter egestatem linguae et rerum nouitatem&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et nombreuses sont notamment les mots nouveaux qu'il faut utiliser, parce que la langue est pauvre et les choses nouvelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233; au milieu du tourbillon inversif du sens des mots, dans le plus haut point o&#249; se joue le passage du sens spontan&#233;, naturel, na&#239;f et mythique, &#224; celui d&#233;finitoire au sein de la nouvelle doctrine, ces vers sont &#224; la fois la derni&#232;re concession &#224; la voix naturelle, celle du vieux po&#232;te, de l'ancien moi po&#233;tique, qui n'a pas encore renonc&#233; &#224; vouloir se faire entendre, une citation ironique de ce qui devait &#234;tre un lieu commun parmi les locuteurs et surtout les po&#233;tes de langue latine, et en m&#234;me temps, tel quel, une reprise, une rel&#232;ve, une &lt;i&gt;Aufhebung&lt;/i&gt; de l'&#233;nonc&#233; vers son propre stade d&#233;finitoire, o&#249; la tension passe du niveau &#171; naturel &#187;, empirique, celui entre la pauvret&#233; de toujours de la langue latine et richesse de toujours de la langue grecque, &#224; cet autre niveau, qu'on nommerait sp&#233;culatif, entre langue ancienne, car naturelle et r&#233;alit&#233;s nouvelles, car rationnelles. Or, il ne s'agit pas l&#224; de richesse ou de pauvret&#233;, de &lt;i&gt;copia uerborum&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;egestas linguae&lt;/i&gt;, mais de deux usages diff&#233;rents des mots de la langue et dans la langue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne croyons pas que Lucr&#232;ce se plaint de la pauvret&#233; de sa langue mater ou paternelle face &#224; la grandeur du grec, ni qu'il r&#234;verait d'une langue riche, dominante, puissante, pour pouvoir se montrer digne de ses ma&#238;tres. Cette plainte est trop d&#233;monstrativement mise en sc&#232;ne dans un po&#232;me dont nous avons vu le niveau sp&#233;culatif et l'acuit&#233; de conscience de soi, pour qu'elle puisse &#234;tre r&#233;duite &#224; l'expression d'un complexe culturel, ou de la mauvaise conscience de l'inf&#233;rieur. Tout porte &#224; croire, au contraire, qu'il y a l&#224;, r&#233;solument, et m&#234;me tr&#232;s joyeusement, tous les &#233;l&#233;ments d'un choix, d'une f&#234;te in&#233;dite qu'il se promet &#224; lui-m&#234;me et &#224; son public. C'est parce qu'il est latin, et po&#232;te, c'est &#224; partir de cette double distance, voulue, consciente, que le geste en vaut la peine. Lucr&#232;ce saisit la chance d'une &#171; langue mineure &#187;, pour s'y jeter dans un processus de minoration encore plus intense, d'elle-m&#234;me et de tout ce qu'elle touchera. C'est dans une langue mineure, c'est en y introduisant la tension entre deux &#233;tats de langue dans chaque mot, c'est en faisant de chaque mot une lutte, un &#233;v&#233;nement, et de chaque lettre un atome, qu'on a une chance de dire, et bien dire, la folle &#233;pop&#233;e de l'esprit humain au-del&#224; des murailles flamboyantes du monde. De ceci, la d&#233;composition ironique du terme &lt;i&gt;hom&#233;romerie&lt;/i&gt; d'Anaxagore (1. 830-843) nous semble une parfaite illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Orgest Azizaj&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FREIDLANDER, Paul (1941), &#171; Patterns of Sound and Atomistic Theory &#187;, &lt;i&gt;The American Journal of Philology&lt;/i&gt;, Vol. 62, No. 1, (16-35), repris &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; GALE, Monica (ed.), &lt;i&gt;Lucretius. Oxford Reading in Classical Studies&lt;/i&gt;, Oxford University Press, Oxford, 2007 (351-370).&lt;br class='autobr' /&gt;
STAROBINSKI, Jean (1971), &lt;i&gt;Les Mots sous les mots. Les anagrammes de Ferdinand de Saussure&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, (79-107).&lt;br class='autobr' /&gt;
DALZELL, Alexander (1987), &#171; Language and Atomic Theory un Lucretius &#187;, &lt;i&gt;Hermathena&lt;/i&gt;, Winter, No. 143, (19-28).&lt;br class='autobr' /&gt;
GALE, Monica R. (2001), &#171; Ethymological Wordplay and Poetic Succession in Lucretius &#187;, &lt;i&gt;Classical Philology&lt;/i&gt;, Apr., 2001, Vol. 96, N&#176; 2 (168-172).&lt;br class='autobr' /&gt;
AUVRAY-ASSAYAS, Clara (2003), &#171; Lucr&#232;ce et Cic&#233;ron sur la po&#233;tique de la traduction : note au &lt;i&gt;DRN&lt;/i&gt; I, 116-145 / I, 932-950 &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; Annick Monet (&#233;d.), &lt;i&gt;Le Jardin romain. Epicurisme et po&#233;sie &#224; Rome. M&#233;langes offerts &#224; Mayotte Bollack&lt;/i&gt;, Lille, (165-171).&lt;br class='autobr' /&gt;
DIONIGI, IVANO, (2003), &#171; LUCREZIO OVVERO LA GRAMMATICA DEL COSMO &#187;, &lt;i&gt;IBID.&lt;/i&gt; (227-232)&lt;br class='autobr' /&gt;
SNYDER, Jane M. (2007), &#171; The Significant Name in Lucretius &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; GALE (2007), (371-375).&lt;br class='autobr' /&gt;
REINHARDT, Tobias (2008), &#171; Epicurus and Lucretius on the Origins of Language &#187;, &lt;i&gt;Classical Quarterly&lt;/i&gt;, No. 58. 1, (127-140).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les premiers &#233;l&#233;ments de cette r&#233;flexion ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s dans le cadre d'un s&#233;minaire de Master de Lettres Classiques &#224; Sorbonne Universit&#233;, consacr&#233; &#224; &#171; La langue de Lucr&#232;ce &#187;, par M. Alessandro Garcea, en janvier-juin 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kenney (p. 312, n. 56, cite des vers des &lt;i&gt;Annales&lt;/i&gt; d'Ennius (206-7) : &lt;i&gt;scipsere alii rem / uersibus quos olim Faunei uatesque canebant&lt;/i&gt; (&#171; d'autres ont &#233;crit ces choses dans des vers que chantaient jadis Faunus et des voyants &#187;), dont il suppose le sens certainement non &#233;logieux : &#171; Whatever exactly he meant by the word, it was cleraly not intended as a complimenet. (...)Lucretius is throwing his great predecessor's own polemic in his teeth : &#8216;whatever he says, &lt;i&gt;he was a uates&lt;/i&gt;'. &#187; (c'est l'auteur qui souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autour de Nos d&#233;faites - Conversation</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=928</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=928</guid>
		<dc:date>2020-08-06T20:25:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Adam Pa&#353;ek, Alain Brossat, Alain Naze, C&#233;dric Cagnat, Joachim Dupuis, Orgest Azizaj, Philippe Roy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Que nous reste-t-il de forces pour affronter le chaos du pr&#233;sent ? Nos d&#233;faites dresse un portrait de nos rapports &#224; la politique par un jeu de r&#233;interpr&#233;tation par des lyc&#233;ens, d'extraits issus du cin&#233;ma post-68, associ&#233; &#224; des interviews de ces jeunes acteurs. Comment appr&#233;hendent-ils le monde dans lequel ils grandissent et surtout, auraient-ils envie de le changer, de le d&#233;truire ou d'en construire un nouveau ?&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Que nous reste-t-il de forces pour affronter le chaos du pr&#233;sent ? &lt;i&gt;Nos d&#233;faites&lt;/i&gt; dresse un portrait de nos rapports &#224; la politique par un jeu de r&#233;interpr&#233;tation par des lyc&#233;ens, d'extraits issus du cin&#233;ma post-68, associ&#233; &#224; des interviews de ces jeunes acteurs. Comment appr&#233;hendent-ils le monde dans lequel ils grandissent et surtout, auraient-ils envie de le changer, de le d&#233;truire ou d'en construire un nouveau ?&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/TPth7J2gFxU&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Usages politiques du corps / Political Uses of The Bodies</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=626</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=626</guid>
		<dc:date>2017-11-16T09:29:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'Universit&#233; internationale d'&#233;t&#233; Usages politiques du corps / Political Uses of The Bodies, s'est d&#233;roul&#233;e entre le 25 et 31 ao&#251;t 2014, &#224; Kor&#231;a, dans l'est de l'Albanie, &#224; quelques kilom&#232;tres de la fronti&#232;re gr&#233;co-mac&#233;donienne, un des points les plus &#171; chauds &#187; de celle qu'on commen&#231;ait d'appeler &#171; la route des migrants &#187;, venus du Moyen-Orient vers l'Europe qui les refusait et ressortait &#224; leur encontre le vieil arsenal des barbel&#233;s frontaliers. Elle fut organis&#233;e &#224; l'initiative de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Universit&#233; internationale d'&#233;t&#233; &lt;i&gt;Usages politiques du corps / Political Uses of The Bodies&lt;/i&gt;, s'est d&#233;roul&#233;e entre le 25 et 31 ao&#251;t 2014, &#224; Kor&#231;a, dans l'est de l'Albanie, &#224; quelques kilom&#232;tres de la fronti&#232;re gr&#233;co-mac&#233;donienne, un des points les plus &#171; chauds &#187; de celle qu'on commen&#231;ait d'appeler &#171; la route des migrants &#187;, venus du Moyen-Orient vers l'Europe qui les refusait et ressortait &#224; leur encontre le vieil arsenal des barbel&#233;s frontaliers. Elle fut organis&#233;e &#224; l'initiative de l'association philosophique fran&#231;aise &lt;i&gt;Ici et Ailleurs. Association pour une philosophie nomade&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.ici-et-ailleurs.org&lt;/a&gt;), en collaboration avec l'Universit&#233; Paris 8, Vincennes-Saint-Denis, la National Chiao Tung University de Taiwan, l'Universit&#233; de Porto, la Facult&#233; de Sciences Sociales de l'Universit&#233; de Tirana, l'Institut d'Anthropologie du Centre des Etudes Albanologiques de Tirana, et avec le soutien du Minist&#232;re albanais de la Culture. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'activit&#233; &#224; Kor&#231;a s'inscrivait ainsi dans une longue suite de rencontres similaires organis&#233;es par l'association &lt;i&gt;Ici et Ailleurs&lt;/i&gt;, dans le cadre d'un r&#233;seau informel d'&#233;changes philosophico-politiques, dont les partenaires principaux gravitent autour de l'Universit&#233; Paris 8 (France), celle de Porto (Portugal) et celle Chiao Tung, &#224; Taiwan : consid&#233;r&#233;es comme des formes de rassemblement et d'intervention autour du n&#339;ud d'une probl&#233;matique g&#233;ophilosophique, o&#249; le d&#233;placement des gens et du lieu des travaux, au-del&#224; de tout tourisme acad&#233;mique, ne va pas sans un d&#233;placement conjoint des coordonn&#233;es ordinaires des probl&#232;mes trait&#233;s, le r&#233;seau et l'association en question ont organis&#233; des rencontres de philosophie autour des notions de &#171; &lt;i&gt;stasis&lt;/i&gt;/guerre civile &#187; &#224; Taiwan (2004), le concept des &#171; fronti&#232;res &#187; &#224; Chypre (2005), &#171; le diff&#233;rend culturel &#187; (Chilhac, France 2007), la &#171; Biopolitique et subjectivit&#233; &#187; (Hsinchu, Taiwan 2009), &#171; peuples et populismes &#187; (Tirana, Albanie 2012). Ces rencontres se sont poursuivies, apr&#232;s Kor&#231;a, par un colloque autour de &#171; Critique et autonomie &#187; &#224; l'Universit&#233; de Galatasaray (Turquie 2014), une universit&#233; d'&#233;t&#233; autour de &#171; L'inconscient colonial &#187; (Trentels, France 2016), tandis qu'une prochaine se pr&#233;pare, qui devrait avoir lieu en 2018 en Turquie, autour du sujet &lt;i&gt;Orients/(des)orientations : de la g&#233;ophilosophie&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
*	*	*&lt;br class='autobr' /&gt;
L'argument scientifique de l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; de Kor&#231;a, o&#249; &#233;taient pr&#233;sent&#233;s certains des attendus principaux de l'activit&#233; et quelques-unes des pistes que l'actualit&#233;, selon nous, imposait dans toute leur urgence et acuit&#233; &#224; une pens&#233;e qui refuse de se laisser enfermer dans l'acad&#233;misme de la simple &#233;rudition, argument qui a servi aussi de pr&#233;sentation pour l'appel &#224; contribution, &#233;tait le suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Cette universit&#233; d'&#233;t&#233; vise, &#224; travers la mise en &#233;vidence des dispositifs politiques d'instrumentalisation du corps, &#224; mettre l'accent sur la puissance de r&#233;sistance des corps, leurs usages contre-politiques. Le projet est donc centr&#233; sur l'actif plut&#244;t que sur le r&#233;actif ; sur le projectif plut&#244;t que sur le descriptif. C'est ce recentrement projectif, dont l'analyse est un moyen, qui pourrait orienter l'ensemble des &#233;changes. Ce questionnement se fera dans un sens radicalement pluriculturel, ouvert &#224; des concepts du corps et du soin multiples et diff&#233;renci&#233;s, par la diversit&#233; aussi bien d'origine que d'acculturation des diff&#233;rents intervenants et participants. La dimension comparatiste y sera donc fondamentale. La question spinoziste de ce que peut le corps engagera ainsi &#224; renouveler les probl&#233;matiques &#233;thiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; La question des politiques migratoires en sera un objet commun, avec les processus de discrimination dont elles sont vectrices : les enjeux contemporains du marquage des corps, leur dimension juridique et punitive et, en particulier la biom&#233;trie, devront y &#234;tre abord&#233;s. Les &#233;changes d'informations concernant les donn&#233;es biom&#233;triques entre compagnies d'aviation et gouvernements, mais aussi id&#233;e d'une carte biom&#233;trique des individus pour l'acc&#232;s aux services sociaux, seront analys&#233;s, dans leurs enjeux de pouvoir comme dans la mani&#232;re dont leur rep&#233;rage s'offre &#224; l'intervention critique. Le corps, cible d'abus politiques massifs tels que l'universalit&#233; de la torture dans la diversit&#233; de ses pratiques, est aussi la cible de ce qu'on appelle la &#034;gestion des ressources humaines&#034;, dont la vis&#233;e est d'intervenir au plus secret, depuis les projets d'&#034;&#233;valuation&#034; des enfants afin d'y d&#233;tecter le d&#233;linquant en herbe, jusqu'&#224; la double face de cet usage politique ultime qu'est le suicide au travail. Si ce questionnement ne pr&#233;tend pas faire l'&#233;conomie de la pens&#233;e foucaldienne, il n'en demeure pas moins int&#233;gralement ouvert &#224; des pens&#233;es m&#233;dicales, philosophiques et politiques qui lui &#233;chappent, quels qu'en soient les continents d'origine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Plus g&#233;n&#233;ralement, il conviendra de consid&#233;rer l'immense investissement techno-scientifique du corps (de la di&#233;t&#233;tique et la m&#233;decine &#171; m&#233;liorative &#187; au mixage entre &#233;lectronique et neuronique), qui bouleverse le statut m&#234;me de ce qu'on croyait &#234;tre un &#171; corps &#187; (humain, vivant), jusqu'&#224; pr&#233;tendre en rendre le concept obsol&#232;te. La d&#233;r&#233;gulation y engendre de nouvelles formes de normativit&#233;. Dans cette configuration s'int&#232;grera la question du genre, et les processus de diff&#233;renciation ou de domination qui y sont li&#233;s, par la biologisation du f&#233;minin en particulier. Mais aussi le rapport structurel et subjectivant &#224; la question de la norme, et aux r&#233;gimes de pouvoir qu'elle induit par la racialisation des corps et les modalit&#233;s politiques de sa r&#233;futation. Dans cette perspective critique, les usages esth&#233;tiques du corps permettront d'aborder les usages politiques de l'art. Puissance du corps comme force de r&#233;sistance, et pouvoir sur le corps comme instrument de manipulation, y seront interrog&#233;s. Cette question relie notre statut biologique aux processus linguistiques de subjectivation et d'acculturation, et peut, par l&#224;, donner prise &#224; la l&#233;gitimation des diverses formes de pouvoir autant qu'&#224; la d&#233;nonciation de leurs abus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A ces usages politiques appartiennent &#233;videmment les revendications li&#233;es &#224; la jouissance, &#224; un usage des plaisirs, dont les revendications homosexuelles sont embl&#233;matiques. Par opposition &#224; la mani&#232;re dont ceux-ci deviennent instruments de manipulation &#233;conomique, &#224; travers l'extension de la mass-m&#233;diatisation du sport, ou des r&#233;seaux de prostitution. Enfin, il serait souhaitable d'aborder la question de la place du corps dans l'environnement, des pouvoirs &#233;conomiques qui s'y exercent et des revendications politiques qui en sont le lieu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;br class='autobr' /&gt;
Les textes s&#233;lectionn&#233;s pour la pr&#233;sente publication ne sont naturellement qu'une partie des conf&#233;rences et interventions qui ont eu lieu tout au long des travaux de l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; ; plus encore, ils ne donnent qu'une id&#233;e tr&#232;s partielle des diff&#233;rentes activit&#233;s et des multiples formes d'intervention et de participation pendant les six jours qu'ont dur&#233; les travaux : conf&#233;rences, individuelles ou en groupe, ateliers, performances, projections et s&#233;ances de d&#233;bats ont mobilis&#233; plus d'une soixantaine de participants, venus de plus de dix pays (depuis Taiwan, la Cor&#233;e du Sud ou la Chine, jusqu'&#224; la France, la Turquie, le Portugal ou le Br&#233;sil).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une dimension particuli&#232;rement pr&#233;gnante, et importante pour le bon d&#233;roulement de l'universit&#233; d'&#233;t&#233;, &#233;tait son enracinement dans l'environnement et l'implantation d'une partie des activit&#233;s dans diff&#233;rents points de la ville, ouverts au public local. Ainsi, le psychanalyste et photographe fran&#231;ais Jacques Gayard, qui avait visit&#233; l'Albanie communiste en 1974, dans le cadre de son engagement militant au sein de l'extr&#234;me gauche, a expos&#233; pour la premi&#232;re fois apr&#232;s 40 ans, dans un mus&#233;e du centre-ville, un ensemble de photographies &#8211; prises pour l'essentiel &#171; &#224; l'&#233;cart &#187; des visites officielles, dont une partie &#224; Kor&#231;a m&#234;me. L'exposition, gratuite et ouverte &#224; tous pendant toute la dur&#233;e de notre pr&#233;sence, a &#233;t&#233; l'occasion de d&#233;couverte d'une autre image de la ville pour le public, de rencontres avec l'auteur et d'&#233;changes autour des exp&#233;riences et les v&#233;cus du pass&#233;. De m&#234;me, dans les &#171; s&#233;ances du soir &#187;, les participants multinationaux de l'Universit&#233; d'&#233;t&#233;, chacun &#224; partir de son horizon culturel et politique, &#233;taient invit&#233;s &#224; se confronter &#224; une suite de reprises des probl&#233;matiques historiques et politiques locales, en rapport avec le sujet de la rencontre : une projection du film documentaire &lt;i&gt;Ekuinoks&lt;/i&gt;, suivi d'une longue rencontre-d&#233;bat, dans le Th&#233;&#226;tre de la Ville, avec le r&#233;alisateur Kujtim &#199;ashku, &#233;galement co-fondateur du Comit&#233; albanais de Helsinki pour les droits de l'homme en 1989, et pr&#233;sident de la premi&#232;re &#233;cole de cin&#233;ma dans l'Albanie post-communiste, l'Acad&#233;mie du Film &#171; Marubi &#187; ; une conf&#233;rence-d&#233;bat, de plus de trois heures, avec le publiciste et un des rares intellectuels ind&#233;pendants albanais de r&#233;f&#233;rence, Fatos Lubonja, homme de combat et ancien d&#233;port&#233; dans les camps communistes, autour du th&#232;me de l'engagement politique aujourd'hui ; une rencontre avec les jeunes r&#233;alisateurs Erjona &#199;ami et Elton Baxhaku, qui faisait suite &#224; la projection de leur film documentaire &lt;i&gt;SkaNdal&lt;/i&gt;, retra&#231;ant l'histoire de la formation et des activit&#233;s du mouvement LGBT en Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Last, but not least&lt;/i&gt;, la quotidiennet&#233; fl&#226;neuse dans les rues de cette paisible ville de l'est, un peu oubli&#233;e des nouveaux flux des temps post-communiste &#8211; qui vont plut&#244;t vers l'ouest et la mer &#8211; et dont les habitants restent attach&#233;s &#224; l'ancienne appellation de &#171; petit Paris &#187; (Kor&#231;a a &#233;t&#233; en effet &#171; ville autonome &#187; sous administration fran&#231;aise apr&#232;s les Guerres balkaniques et la Premi&#232;re Guerre Mondiale, et elle accueillait l'unique Lyc&#233;e fran&#231;ais du pays) ; les visites dans la zone industrielle du temps socialiste, &#224; moiti&#233; abandonn&#233;e, et construite en partie avec l'aide chinoise, jusqu'&#224; l'exploration de la cuisine locale, et l'&#233;quilibre difficile qu'il a bien fallu trouver, dans ce coin des Balkans, entre les carnivores enthousiastes des tr&#232;s r&#233;put&#233;es &#171; k&#235;rnacka &#187; (boulettes de viande) et les v&#233;g&#233;tariens, au sens large, nettement minoritaires &#8211; tout ceci donc contribuait aussi &#224; cimenter ce qu'avec les mots de Jacques Ranci&#232;re on pourrait appeler un &#171; partage du sensible &#187; : la production en commun d'une sensibilit&#233; d'h&#233;t&#233;rog&#232;nes, o&#249; se joue &#224; chaque fois le pari de la consistance d'une communaut&#233; de corps pensants. Corps dont l'&#234;tre-pensant s'effectue comme &#234;tre commun radicalement &lt;i&gt;dans-le-monde&lt;/i&gt;, les yeux fix&#233;s, ensemble, dans ses failles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orgest AZIZAJ&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Usages politiques du corps </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=625</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=625</guid>
		<dc:date>2017-11-14T11:35:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/capture-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/capture-2.jpg' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/capture2-2.jpg' width='455' height='753' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_289 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/capture3.jpg' width='244' height='755' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_290 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/capture4.jpg' width='500' height='636' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Carnet de bord de l'atelier du 06 f&#233;vrier 2016</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=547</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=547</guid>
		<dc:date>2016-06-11T06:53:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Vendredi 05 f&#233;vrier (hors bord) &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qui vient de Paris, l'atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne se d&#233;roulant les samedis au g&#238;te de Fertans, &#224; une trentaine ( ?) de km de Besan&#231;on, commence bien avant la pr&#233;sentation des interventions, et m&#234;me bien avant l'arriv&#233;e au g&#238;te. Psychiquement et administrativement, quelques semaines avant pour r&#233;server le week-end et poser &#233;ventuellement des jours de cong&#233;s, puis, strat&#233;giquement, quelques jours avant pour r&#233;server un covoiturage &#171; prometteur &#187; sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 05 f&#233;vrier (hors bord)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui vient de Paris, l'atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne se d&#233;roulant les samedis au g&#238;te de Fertans, &#224; une trentaine ( ?) de km de Besan&#231;on, commence bien avant la pr&#233;sentation des interventions, et m&#234;me bien avant l'arriv&#233;e au g&#238;te. Psychiquement et administrativement, quelques semaines avant pour r&#233;server le week-end et poser &#233;ventuellement des jours de cong&#233;s, puis, strat&#233;giquement, quelques jours avant pour r&#233;server un covoiturage &#171; prometteur &#187; sur Blablacar : choix des horaires, lieux de d&#233;part et d'arriv&#233;e, prix, et surtout, choix du conducteur/trice C'est ainsi que, apr&#232;s avoir pos&#233; les enfants &#224; l'&#233;cole, je me retrouve ce vendredi matin &#224; 9h30 &#224; Antony (RER B), pour &#234;tre embarqu&#233; sur le petit camion d'un bisontin qui rentre pour le week-end, et o&#249; je devrai, immanquablement, r&#233;pondre aux questions sur ce que je vais faire dans ces coins-l&#224; : petit moment de propagande pour la cause pl&#233;b&#233;ienne, devant l'ignorance syst&#233;matique des conducteurs (et la mienne) sur les coordonn&#233;es g&#233;ographiques de Fertans. Doutant de moi-m&#234;me, je me mets &#224; bafouiller : &#171; Flagey, peut-&#234;tre ? Maison- mus&#233;e de Courbet ? Non, toujours pas ? &#187; Bon. La cachette pl&#233;b&#233;ienne semble vraiment efficace, de quoi d&#233;courager les meilleures volont&#233;s : nous ne risquons pas d'&#234;tre envahis par les foules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrive vers 15h en centre ville de Besan&#231;on, o&#249;, apr&#232;s un d&#233;jeuner en terrasse (parisien oblige), litt&#233;ralement &#171; &#224; l'ombre des jeunes filles en fleur &#187;, je suis bient&#244;t rejoint par Estelle et Philippe, embarqu&#233; dans leur voiture, et c'est parti pour la partie logistique de l'organisation de l'atelier (mes vell&#233;it&#233;s de touriste sont repouss&#233;es pour une autre fois &#8211; dimanche peut-&#234;tre, avant le d&#233;part ?). Pour eux aussi, le pr&#233;-atelier vient de commencer, toute une suite de courses et de calculs dont je me rends concr&#232;tement compte, apr&#232;s en avoir profit&#233; depuis deux ans comme allant de soi : supermarch&#233; &#224; la sortie de la ville, choix des charcuteries, fromages, pains, alcools (plus une bouteille de Coca pour en combattre les effets), ap&#233;ros, supputant les envies, besoins et capacit&#233;s des uns et des autres, essayant d'harmoniser tout cela avec les plats command&#233;s au traiteur. Passage &#224; la cr&#233;merie de campagne pour les fromages de la r&#233;gion, puis &#224; la biscuiterie attenante pour le plein de grignotage ap&#233;ro aux multiples gouts (parisien et bon p&#232;re de famille, pour une fois que j'en ai les moyens, j'en profite pour ramener des produits locaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e au g&#238;te vers 18h, o&#249; nous ne serons pas nombreux pour la nuit : Estelle, Philippe R, et Orgest, qui sont rejoints quelques minutes apr&#232;s par J&#233;r&#244;me et Albane pour un d&#238;ner au coin du feu. Il y a eu, cette fois-ci, quelques d&#233;sistements de derni&#232;re minute : je serai le seul parisien, ce qui, dit positivement, confirme l'autonomie et l'ancrage local (si je peux me permettre le pl&#233;onasme) de l'activit&#233;. Perte aussi, par rapport au pr&#233;c&#233;dent&lt;br class='autobr' /&gt;
atelier, de l'&#233;ph&#233;m&#232;re pr&#233;sence non-humaine (pas seulement dans le sujet des interventions) : le monde canin, non content d'avoir d&#233;sert&#233; nos lieux, semble avoir complot&#233; pour nous d&#233;baucher des participants solides. A cela, deux hypoth&#232;ses : soit, malgr&#233; l'&#233;pisode cynique dont nous nous pr&#233;tendons, pour partie au moins, les h&#233;ritiers, il y aurait une incompatibilit&#233; profonde entre l'univers des canid&#233;s et la cause pl&#233;b&#233;ienne ; soit une fracture essentielle s&#233;parant et opposant pl&#233;b&#233;iens et patriciens traverse le monde canin lui-m&#234;me (&lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; alors des ravages caus&#233;s par cette fracture ? &lt;i&gt;quid&lt;/i&gt; des solidarit&#233;s intra- et inter-esp&#232;ces ?). Je pencherai personnellement pour la deuxi&#232;me hypoth&#232;se, en all&#233;guant, pour commencer, la puissance qui se d&#233;gage par exemple du r&#233;cent et impressionnant film hongrois &lt;i&gt;White God (Feh&#233;r isten&lt;/i&gt;, Korn&#233;l Mundruczo, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepartie, la nourriture et les alcools seront des plus divers : vin rouge fran&#231;ais, vin blanc du Jura, blanc portugais, raki albanais, cacha&#231;a br&#233;silien et j'en oublie certainement ; de m&#234;me pour les confitures du petit-d&#233;jeuner, jusqu'aux p&#226;t&#233;s de pigeons et de lapins de sa ferme, pr&#233;par&#233;s et apport&#233;s par Philippe B. Une partie de ces breuvages sont test&#233;s en petit comit&#233; le premier soir, ce qui pousse les discussions pr&#232;s du feu jusqu'&#224; deux heures. Nous semblons avoir bien appareill&#233; ; tout est pr&#234;t pour les travaux du lendemain. Fin de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Samedi 06 f&#233;vrier (&#224; bord, au large)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cinq pionniers de la veille sont rejoints au cours ou vers la fin du petit-d&#233;jeuner par St&#233;phane, Romuald et Aurore, et plus tard, au cours de l'atelier du matin par Philippe B, qui habite un village voisin. St&#233;phane, graphiste, apporte avec lui des projets de flyers pour Philom&#232;ne, destin&#233;s &#224; &#234;tre distribu&#233;s et plac&#233;s dans divers lieux publics, pr&#233;sentant l'association et les ateliers : ce sont des petites languettes de carton brillant, ressemblant &#224; des marques-pages et qui jouent sur les contrastes de quelques couleurs vives et gaies pour attirer le regard. A l'int&#233;rieur du rond des deux &#171; o &#187; de &#171; voyons &#187;, un &#339;il &#224; chaque fois, en clair-obscur, comme pour &#233;voquer une chouette (dont le &#171; y &#187; serait le bec).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quelques pr&#233;paratifs (installation d'un &#233;cran de projection et des hauts parleurs), le premier atelier commence un peu apr&#232;s 10h, assur&#233; par Aurore Despr&#233;s. Plac&#233; sous le signe du texte axial de Foucault, dans son interview avec Ranci&#232;re pour la revue &lt;i&gt;Les R&#233;voltes Logiques&lt;/i&gt; intitul&#233;e &#171; Pouvoirs et strat&#233;gies &#187; (n&#176; 4, hiver 1977 : &#171; la pl&#232;be sans doute n'existe pas, il y a de la pl&#232;be... une &#233;nergie, une &lt;i&gt;&#233;chapp&#233;e&lt;/i&gt;, un mouvement centrifuge &#187;, etc...), l'atelier est consacr&#233; &#224; l'exploration des diff&#233;rentes figures possibles des (im)postures (Philippe R.) pl&#233;b&#233;iennes, ou du corps pl&#233;b&#233;ien dans la danse. (Albane nous informe &#224; ce propos que l'enti&#232;ret&#233; des num&#233;ros des &lt;i&gt;R&#233;voltes logiques &lt;/i&gt; est d&#233;sormais accessible en ligne). De la d&#233;finition liminaire de Foucault, Aurore retient principalement la notion d'&#233;chapp&#233;e, avec ses corollaires (contre-coup, &#233;nergie inverse) et essaie de chercher avec nous, sur un corpus de figures de danse allant du 16&#232;me au 20&#232;me si&#232;cle, des formes et lieux o&#249; cette &#233;chapp&#233;e arrive &#224; la danse, et nous sommes invit&#233;s &#224; r&#233;fl&#233;chir par nous-m&#234;mes, avant tout mise en contexte des extraits montr&#233;s, ce&lt;br class='autobr' /&gt;
qui pourrait valoir l&#224; de figuration d'un corps pl&#233;b&#233;ien. La question &#233;tant : Y a-t-il de la pl&#232;be dans ce(s) corps l&#224;, de notre point de vue aujourd'hui ? (question qui sera un peu la ritournelle, prof&#233;r&#233;e ou silencieuse de cette matin&#233;e). Le passage par l'histoire de la danse (tant dans ses dimensions politico-anthropologiques, que dans ses dimensions stylistiques) s'av&#232;re particuli&#232;rement propice &#224; une enqu&#234;te sur les surgissements de la pl&#232;be dans les corps. Toute une r&#233;pression des corps et de la danse est &#224; l'&#339;uvre, en Occident, du V&#232;me au XV&#232;me si&#232;cle ; le ballet de cour, sorte d'&#233;criture des corps sous le regard du souverain, rev&#234;t pendant toute la monarchie une valeur et significations politiques centrales : en 1661, le premier acte politique de Louis XIV sera de fonder l'Acad&#233;mie Royale de danse, r&#233;glementant ainsi &#224; travers elle l'ensemble de sa pratique. Dans ces chor&#233;graphies, qui sont soumises &#224; une orthographie, la figure du saut, de l'impact &#8212; qui en est proscrite &#8212; nous para&#238;t comme le moment pl&#233;b&#233;ien. Autrement appel&#233;es &#171; phantasmata &#187;, les sauts sont des moments de d&#233;sordre dans le flux de l'ordre et d&#233;signent la pr&#233;sence diabolique, le trac&#233; de la possession (impressionnante g&#233;n&#233;ralisation de ces figures dans &lt;i&gt;Le sacre du printemps &lt;/i&gt; de Nijinski-Stravinski -1913, o&#249; frappe la similitude avec les photos des hyst&#233;riques de la Salp&#234;tri&#232;re). On se dit, avec Philippe, qu'il faudrait se saisir de cette notion de saut, et essayer de le faire jouer dans d'autres contextes : chez Kierkegaard, chez Nietzsche, Montaigne, ailleurs : faire sauter la philosophie, ou quelque chose en elle, est-ce la rendre pl&#233;b&#233;ienne ? D'autres figures viennent s'agr&#233;ger autour de ce mod&#232;le de d&#233;sordre : les ballets burlesques des nobles, avec d&#233;guisements, androgynie, monde renvers&#233;, la coupure de la ligne des hanches, qui courbe le corps en deux chez Nijinski, l'&#233;mancipation du dos et de l'arri&#232;re, qui rompt la soumission aux regard du souverain, etc. Nous continuons ainsi sans interruption ni pause jusqu'&#224; 13h, &#224; travers des extraits de vid&#233;os d'Isadora Duncan, Valeska Gert, Yvonne Rainer, le voguing (extrait du documentaire Paris is Burning),etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Liste des documents travers&#233;s :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;&#65532;1. Extrait vid&#233;o &#171; Basse-danse 15e si&#232;cle &#187;, Cie Ris et Danceries, Francine&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;Lancelot, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;2. Texte &lt;i&gt;Ballet des Polonais&lt;/i&gt;, Jean Dorat in &lt;i&gt;Magnificentissimi spectaculi&lt;/i&gt;, 1573.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;3. Dessins et textes de divers Ballets Burlesques &#187;, d&#233;but du 17e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;4. Extrait vid&#233;o &lt;i&gt;Le sacre du printemps&lt;/i&gt; (1913), reconstitution de Archer &amp;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;Hodson, The Joffrey Ballet, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;5. Vid&#233;o sur l'&#171; &#201;tude r&#233;volutionnaire &#187; d'Isadora Duncan (interpr&#233;t&#233; par Boris &#65532;Charmatz, Elisabeth Schwarz).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;6. Photographies prises &#224; Hellerau et &#224; Monte V&#233;rita (sauts et danse dans&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;l'icosa&#232;dre de Rudolf Laban), d&#233;but du 20&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;7. Film &lt;i&gt;La danse de la sorci&#232;re&lt;/i&gt; de Mary Wigman, 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Film &lt;i&gt;La mort&lt;/i&gt; de Valeska Gert, 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;9. Vid&#233;o sur Valeska Gert, &lt;i&gt;Number one vid&#233;o&lt;/i&gt; de Pierre Pouget, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;10. Film &lt;i&gt;Trio A&lt;/i&gt; d'Yvonne Rainer, 1966 + Texte No Manifesto d'Yvonne Rainer, &#65532;1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;11. Sur le &lt;i&gt;Contact Improvisation&lt;/i&gt;, petit documentaire + Video &#171; Fall after Newton &#187;, &#65532;interviews de Steve Paxton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#65532;12. Extrait &lt;i&gt;Fire Flies, Francesca Baltimore&lt;/i&gt; de Fr&#233;d&#233;ric Nauczyciel, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ap&#233;ro et le d&#233;jeuner suivent, avec la suite des discussions, qui se mettent &#224; r&#244;der aussi autour de la justesse de l'euthanasie, et par la pr&#233;sence de Philippe B, activiste local de la libre-pens&#233;e et facteur d'arc, elles tournent aussi autour de religion, la la&#239;cit&#233; et l'art du Tir &#224; l'arc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me atelier, celui d'Albane, suit le repas et commence &#224; 15h30, avec le caf&#233;. Il s'agit cette fois de l'effort d'identification des figures pl&#233;b&#233;iennes dans le droit international et de voir comment, le droit, nie, par paliers successifs, l'&#233;mergence et la constitution durable de telles figures. Dans le cadre de ce droit d'Etats qu'est le droit international, la question sera de voir si et &#224; quelle mesure les &#171; peuples colonis&#233;s &#187; et les &#171; peuples autochtones &#187; (colonis&#233;s historiquement mais pas juridiquement) constituent des figures pl&#233;b&#233;iennes. Une suite de gestes de ces peuples : pose d'armes, s&#233;cession unilat&#233;rale, recours aux organisations internationales, revendication d'une singularit&#233; peuvent se voir, dans le cadre du droit international comme des contre- conduites. Ils produisent ainsi des &#171; gestes d'&#233;mancipation &#187; mais qui n'ont pas &#233;t&#233; des &#171; gestes &#233;mancipateurs &#187;. Albane rep&#232;re une &#171; assignation &#224; r&#233;sidence juridique &#187; impos&#233;e par les cat&#233;gories o&#249; la r&#233;flexion juridique enferme ces &#233;mergences : enfermement normatif, passage oblig&#233;/forc&#233; du peuple &#224; l'Etat (seule forme de souverainet&#233; reconnue), assignation aux fronti&#232;res issues de la colonisation ou &#224; l'int&#233;rieur de d&#233;finitions issues des Occidentaux (pour les peuples autochtones). Albane en conclut qu'il y a exclusion essentielle entre le geste pl&#233;b&#233;ien et la forme-droit, et qu'on peut avancer qu' &#171; il n'existe pas de juridicit&#233; pl&#233;b&#233;ienne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion qui suit et fuse de toutes parts tourne autour de cette question de l'effet d&#233;politisant du droit, de sa fiction monarchique et coloniale dans son essence de permettre d'assurer ici, par des mots, une prise sur des corps et des choses l&#224;-bas (dans l'espace et le temps). Effet qui est renforc&#233; par l'enseignement du droit, de plus en plus enferm&#233; (selon les t&#233;moignages d'Albane et J&#233;r&#244;me) en pur enseignement des r&#232;gles du droit, sans questionnement social ou mise en contexte. Une formation qui s'approche plus du formatage. Dans cette situation, une question &#233;thique et politique se pose concr&#232;tement pour l'enseignant-chercheur en droit : quel pourrait &#234;tre son geste pl&#233;b&#233;ien ? C'est l'objet de la deuxi&#232;me partie de l'expos&#233; d'Albane, &#224; partir de 18h10, autour d'un projet &#233;ditorial consistant &#224; essayer de r&#233;&#233;diter &lt;i&gt;un manuel d'Introduction &#224; l'&#233;tude du droit&lt;/i&gt;, des ann&#233;es 1950, bien plus pluridisciplinaire, philosophique et prenant &#224; bras le corps les implications politiques du droit, et disparu aujourd'hui. (Au sujet de l'intervention d'Albane voir r&#233;sum&#233; en document joint)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurore est oblig&#233;e de nous quitter pour rejoindre sa fille qui s'appr&#234;te &#224; partir pour un long voyage &#224; l'&#233;tranger. Nous passons &#224; table pour le d&#238;ner, o&#249; Philippe B nous a apport&#233; les p&#226;t&#233;s de lapin et pigeons de sa ferme. Nous lui faisons gouter du raki albanais fait maison en &#233;change et promettons de passer prendre le caf&#233; chez lui le lendemain si notre temps le permet. Les cubis se suivent, la petite famille de Romuald vient nous saluer, je me retrouve &#224; discuter du d&#233;sir avec Philippe R. au coin du feu, essayant de garder coute que coute la notion, fictive, du manque, et de soutenir que ce n'est pas incompatible avec la conception deleuzienne. Bient&#244;t 4h, et avant de nous retirer, nous commen&#231;ons &#224; regretter peut-&#234;tre d'avoir promis une visite &#224; la ferme de Philippe B. le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dimanche 7 f&#233;vrier (d&#233;-bordements)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les regrets &#233;taient finalement sans objet. Le petit-d&#233;jeuner est joyeux et, bien que passablement dans les brumes de la veille, nous r&#233;ussissons &#224; faire le m&#233;nage n&#233;cessaire pour remettre le g&#238;te en &#233;tat, et apr&#232;s confirmation de l'invitation, Estelle, Philippe et moi-m&#234;me nous rendons dans la partie enneig&#233;e, chez Philippe B. Ce qui &#233;tait parti comme une &#171; prise de caf&#233; &#187; se transforme, gr&#226;ce &#224; son hospitalit&#233; et celle de sa femme en un repas chaleureux, o&#249; l'on mange des p&#226;tes au bourguignon, et l'on boit du whisky &#233;cossais de la marque JURA (sic !), le reste de notre cubi de rouge, du blanc de Jura, et pour finir un d&#233;licieux alcool de poire fait maison, histoire de le jumeler avec le raki de mon p&#232;re. Ne perdant pas de vue notre objectif, on recrute pour le prochain atelier (tous les deux ont promis de venir), on parle de Deleuze et de Howard Zinn, tout en s'initiant aux fondamentaux du tir &#224; l'arc et de sa fabrication manuelle (passionnant !), on se fait raconter l'histoire de la rencontre de nos h&#244;tes, pendant que moi, j'essaie de r&#233;gler les derniers d&#233;tails du covoiturage avec Lolita, qui vient de Suisse et fait route vers Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contrainte nous oblige &#224; les quitter (nouveaux regrets), et nous faisons route vers Besan&#231;on, o&#249; je fus pris en charge par les m&#234;mes Philippe et Estelle il y a deux jours. Ils me d&#233;posent &#224; la gare, lieu du rendez-vous. Nous faisons en attendant des supputations sur ma conductrice au nom si prometteur, et je r&#233;it&#232;re ma promesse d'envoyer pour de vrai le carnet de bord. L'arriv&#233;e de la voiture d&#233;passe cependant toutes nos attentes. La divine Lolita n'est pas une, mais trois jeunes femmes blondes, qui s'av&#232;rent faire partie de l'&#233;quipe f&#233;minin fran&#231;ais de &#171; flor-ball &#187; (hockey sur parquet), de retour d'une comp&#233;tition en Suisse. L&#224;, c'est Philippe qui regrette ! Assign&#233; au r&#244;le de coq, je me glisse nonchalamment dans la voiture, promettant cette fois-ci de le tenir au courant de la suite (autre carnet de bord !). Or, &#224; peine &#224; la sortie de la ville, voici le classique coup de la panne : on se met sur le bas-c&#244;t&#233;, on se fait chercher par la d&#233;panneuse et on appelle l'assurance, qui a l'air emb&#234;t&#233;e : il n'y a plus de trains pour Paris, ils essaient de nous trouver un taxi jusqu'&#224; Dijon et une location de voiture apr&#232;s, mais un dimanche soir ce n'est pas facile. Sinon, ils nous proposent &lt;i&gt;une nuit d'h&#244;tel &lt;/i&gt; pour nous quatre, avec TGV le lendemain matin... ! J'&#233;teins mon t&#233;l&#233;phone : Philippe n'en saura pas plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commenc&#233; le matin du vendredi, le week-end pl&#233;b&#233;ien a du mal &#224; vouloir finir.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#65532;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Photos prises par Martin Parr en Albanie en 1990</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=400</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=400</guid>
		<dc:date>2014-04-17T07:56:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Orgest Azizaj</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voici une s&#233;rie de photos prises par Martin Parr en Albanie en 1990, c'est &#224; dire dans les derniers mois avant les troubles et la chute du r&#233;gime. N'h&#233;sitez pas &#224; cliquer sur les images pour les voir agrandies. Parr s'&#233;tait rendu en Albanie en se faisant passer pour un simple touriste, profitant de ce que l'Albanie, ayant besoin de devises, ouvrait timidement ses portes &#224; de maigres groupes de touristes occidentaux. Il y a eu une expo de ces photos il y a deux ou trois ans &#224; la Galerie (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici une s&#233;rie de photos prises par Martin Parr en Albanie en 1990, c'est &#224; dire dans les derniers mois avant les troubles et la chute du r&#233;gime. N'h&#233;sitez pas &#224; cliquer sur les images pour les voir agrandies. Parr s'&#233;tait rendu en Albanie en se faisant passer pour un simple touriste, profitant de ce que l'Albanie, ayant besoin de devises, ouvrait timidement ses portes &#224; de maigres groupes de touristes occidentaux. Il y a eu une expo de ces photos il y a deux ou trois ans &#224; la Galerie Nationale d'Art &#224; Tirana, accompagn&#233;e d'une autre s&#233;rie de photos, beaucoup plus tardives, sur le tourisme occidental et ses ravages. On commen&#231;ait la visite par les images tristes de l'Albanie communiste, mais, quand on y revenait, apr&#232;s avoir fini le parcours entier, et vu l'obsc&#233;nit&#233; de l'industrie touristique, elles avaient paradoxalement un fort effet reposant, et quelque peu nostalgique, m&#234;me pour qui n'avait pas connu cette r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;&#034;&gt;https://www.magnumphotos.com/Catalogue/Martin-Parr/1990/ALBANIA-1990-NN162524.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
