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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Derrida disait : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;</title>
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		<dc:date>2023-10-16T18:36:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Briault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Premi&#232;re publication : 2014. Ill. peinture de Thierry Briault] &lt;br class='autobr' /&gt; Derrida disait &#224; propos d'Isra&#235;l, nous &#233;tions &#224; l'&#233;poque de Sharon, il le disait &#224; ses proches, ses amis et certains de ses disciples : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;. Propos lapidaire, certes, mais : jurons que Derrida aujourd'hui aurait d&#233;velopp&#233; son accusation lui le militant anti-apartheid, lui qui a v&#233;cu la guerre d'Alg&#233;rie. Je ne dois pas &#234;tre le seul &#224; avoir entendu le fond de sa pens&#233;e sur la politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Premi&#232;re publication&lt;/i&gt; : 2014. &lt;i&gt;Ill.&lt;/i&gt; peinture de Thierry Briault]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrida disait &#224; propos d'Isra&#235;l, nous &#233;tions &#224; l'&#233;poque de Sharon, il le disait &#224; ses proches, ses amis et certains de ses disciples : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Propos lapidaire, certes, mais : jurons que Derrida aujourd'hui aurait d&#233;velopp&#233; son accusation lui le militant anti-apartheid, lui qui a v&#233;cu la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dois pas &#234;tre le seul &#224; avoir entendu le fond de sa pens&#233;e sur la politique d'Isra&#235;l. Le massacre de Sabra et Chatila, qui avait provoqu&#233; les r&#233;actions v&#233;h&#233;mentes de Jean Genet, ne l'avait pas laiss&#233; non plus sans voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derrida disait donc : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Formule qui renferme tout ce que l'on peut dire de responsable sur Isra&#235;l aujourd'hui, et sa politique de colonisation des territoires occup&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut encore ajouter ceci de la part de Derrida pour bien pr&#233;ciser les choses sur l'antis&#233;mitisme dont on accuse souvent ceux qui d&#233;noncent la politique isra&#233;lienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'un &#233;change &#233;pistolaire avec Claude Lanzmann :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ne crois pas que ma vigilance critique soit unilat&#233;rale. Elle est aussi vive &#224; l'endroit de l'antis&#233;mitisme ou d'un certain anti-isra&#233;lisme, aussi vive &#224; l'&#233;gard d'une certaine politique de tels pays du Moyen-Orient et m&#234;me de l'Autorit&#233; palestinienne [...], sans parler bien entendu du &#034;terrorisme&#034;. Mais je crois de ma responsabilit&#233; de le manifester davantage du c&#244;t&#233; auquel, par &#034;situation&#034;, je suis cens&#233; appartenir : le &#034;citoyen fran&#231;ais&#034; que je suis manifestera publiquement une plus grande attention critique &#224; l'endroit de la politique fran&#231;aise qu'&#224; l'&#233;gard d'une autre, &#224; l'autre bout du monde. Le &#034;juif&#034;, m&#234;me s'il est aussi critique &#224; l'&#233;gard des politiques des ennemis d'Isra&#235;l, tiendra plus &#224; faire savoir son inqui&#233;tude devant une politique isra&#233;lienne qui met en danger le salut et l'image de ceux qu'elle est cens&#233; repr&#233;senter.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A entendre certains &#034;on devrait se sentir coupable ou pr&#233;sum&#233; coupable d&#232;s lors qu'on murmure la moindre r&#233;serve au sujet de la politique isra&#233;lienne, [...] voire d'une certaine alliance entre telle politique am&#233;ricaine et une certaine politique isra&#233;lienne&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Coupable au moins sous quatre chefs : anti-isra&#233;lisme, antisionisme, antis&#233;mitisme, jud&#233;ophobie (concept r&#233;cemment mis &#224; la mode, tu le sais, et sur lequel il y aurait beaucoup &#224; dire) - sans parler de l'anti-am&#233;ricanisme comme on dit primaire...&lt;br class='autobr' /&gt;
Eh bien, non, non, non et non ! Quatre fois non. C'est exactement pour cela que je voudrais te dire, et c'est pour cela que je t'ai &#233;crit[...]. S'il y a des proc&#233;d&#233;s d'intimidations totalitaires, ils sont l&#224;, justement, dans cette tentative de faire taire toute analyse critique des politiques et isra&#233;lienne et am&#233;ricaine.[...] Je veux pouvoir me livrer &#224; cette analyse critique, la compliquer ici, la nuancer l&#224;, la radicaliser parfois, sans la moindre jud&#233;ophobie, sans le moindre anti-am&#233;ricanisme, et , dois-je l'avouer, sans le moindre antis&#233;mitisme.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A une &#233;poque o&#249; la pens&#233;e de Derrida se r&#233;duirait pour certains si j'ose dire &#224; la d&#233;fense des animaux ou &#224; une pens&#233;e de l'animalit&#233;, une cause importante bien s&#251;r, mais souvent au d&#233;triment du Derrida d&#233;nonciateur du &#034;poker menteur&#034; selon son expression : FMI, OMC, Banque mondiale, OCDE, le Derrida politique &#224; l'encontre de l'ordre du monde m&#233;rite de retrouver le chemin de l'actualit&#233; et de tout ce qui vient : puisque le &#034;ce qui arrive&#034; est une des sortes de d&#233;finitions de la d&#233;construction qu'il s'est risqu&#233; &#224; donner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui vient est un horizon peut-&#234;tre obscurci dans le fameux horizon sans horizon d'attente d'une ouverture et d'une force faiblement messianique susceptible de surgir comme &#233;v&#233;nement politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fois-ci, &#034;ce qui vient&#034; autant que ce &#034;qui arrive&#034;, c'est peut-&#234;tre l'&#233;v&#233;nement de l'obscurcissement possible de la pens&#233;e, de la politique et du rapport &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car je n'ai, pour ma part, jamais &#233;t&#233; tr&#232;s convaincu par ces semblants de d&#233;finitions de la d&#233;construction souvent marqu&#233;es si l'on peut dire par l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;construction &#233;crivait Derrida &#034;c'est ce q&#8206;ui arrive dans le monde&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;construction bien s&#251;r ne se d&#233;cide pas. Il y va de l'&#233;v&#233;nementialit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, le &#034;&#231;a se d&#233;construit&#034; est fondamental, &#034;on&#034; ne d&#233;cide pas la d&#233;construction, Derrida lors de la soir&#233;e de l'Od&#233;on avec nos portraits, avait repris l'un des intervenants qui parlait d'une d&#233;construction qu'il faut faire, et en disant &#034;je&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part je tique encore sur le &#034;ce qui arrive&#034;, et en particulier dans le monde, comme si l'&#233;v&#233;nement dans le monde ou ailleurs devait toujours &#234;tre li&#233; &#224; ce qu'on appelle la d&#233;construction. Ce qui arrive et fait &#233;v&#233;nement caract&#233;rise, sp&#233;cifie si l'on peut dire quelque chose comme la d&#233;construction, mais aussi ce qui est en d&#233;construction comporte un &#233;l&#233;ment qui n'est pas encore d&#233;construit, ce qui arrive n'est pas toujours ce qui arrive par et avec cet &#034;en d&#233;construction&#034;. Sans m&#234;me suppos&#233; un pr&#234;t &#224; d&#233;construire, une m&#233;taphysique disponible, un sens commun qui se laisserait d&#233;construire apparemment, avec l'assurance encore &#233;trange du &#231;a se d&#233;construit, et du d&#233;construit lui-m&#234;me, on peut faire l'exp&#233;rience que ce qui arrive, arrive aussi autrement qu'en d&#233;construction. En un mot je voulais dire que (tout) ce qui arrive, et donc l'&#233;v&#233;nement, ne &#034;rel&#232;ve&#034; pas toujours de la d&#233;construction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#034;ce qui arrive&#034; sera, &#233;tait, a toujours &#233;t&#233; encore - une kitschd&#233;construction. Ce que j'appelle ainsi, d'un autre appel.&lt;br class='autobr' /&gt;
La kitschd&#233;construction visait d'abord le clich&#233; d'une imagerie cubiste ou dada&#239;ste, voire l'urinoir de Duchamp comme n&#233;cessairement &#034;d&#233;constructif&#034;. J'avais essay&#233; de cerner un style d&#233;constructif en peinture comme en architecture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le frelat&#233;, mieux : l'h&#233;r&#233;sie et la camelote int&#233;resse si l'on peut dire la d&#233;construction, c'est le c&#244;t&#233; vulgaire et vulgaris&#233; de la d&#233;construction, tout ce qui se range sous le sens commun et qui produit aussi des effets d&#233;constructifs. Le sens commun populaire et kitsch agit &#224; sa fa&#231;on sur le geste de la d&#233;construction, et y concourt &#224; sa fa&#231;on : il s'y pr&#234;te d'abord, il semble s'offrir &#224; elle et la responsabilit&#233; impossible du sens qui se donne ainsi tr&#232;s vite, qui se partage, le sens commun d&#233;crit une communaut&#233;, une communau/ologie difficilement contr&#244;lable, une contagion m&#233;taphysique qui est peut-&#234;tre rendue n&#233;cessaire depuis toujours. Il n'y a pas de concept non m&#233;taphysique. Mais y a-t-il une d&#233;construction non inspir&#233;e par la m&#233;taphysique ? n'est-ce pas toujours elle qui est en d&#233;construction ? Le non d&#233;construit est aussi ce qui arrive, et il est aussi d&#233;constructif, comme sens commun pr&#233;suppos&#233; ou non. Et la d&#233;construction comme sens commun, sens partag&#233;, est aussi ce qu'il faut interroger, il y va de sa forme de donation. Son &#233;vidence &#034;propre&#034; obligerait toujours &#224; se demander si elle a lieu, la d&#233;construction, en sommes-nous si s&#251;r ? A cause du &#034;frelat&#233;&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida semblait persuad&#233; &#224; la fin de sa vie, menac&#233; par la maladie, qu'au lendemain m&#234;me de sa mort, tout ce qu'il avait &#233;crit et pens&#233; sombrerait dans l'oubli, brutalement, du jour au lendemain. Et qu'ainsi il n'en resterait rien. D'un seul coup.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'en n'a rien &#233;t&#233;, bien s&#251;r, mais en sommes-nous si s&#251;r ? Peut-&#234;tre qu'un tel naufrage a eu lieu, ou se montre soudain, maintenant, dix ans apr&#232;s sa disparition. C'est au contraire la multiplicit&#233; des h&#233;ritages suppos&#233;s et des commentaires incessants qui contribueraient peut-&#234;tre &#224; la disparition de la pens&#233;e de Derrida.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida - une disparition &#224; venir ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la question du fascisme comme ligne de fuite &#034;plastique&#034; ou en &#034;plasticit&#233;&#034;, une ligne de vie qui tourne mal, qui devient ligne de mort selon Deleuze, n'est pas si &#233;loign&#233;e du mythe nazi que nous avions trouv&#233; proprement incroyable, chez Philippe Lacoue-labarthe et Jean-Luc Nancy, &#224; savoir un fa&#231;onnage du peuple, une &#034;fiction&#034; politique, un peuple comme &#339;uvre d'art. Vous imaginez la surprise pour le moins du peintre que je suis en d&#233;couvrant ces pens&#233;es de la &#034;plastique&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La ligne de fuite devenue ligne de mort, le fascisme c'est ce qui veut la mort de l'autre, selon Deleuze, est donc une thanatographie plastique, une plastique thanatographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car pour revenir aux d&#233;finitions improbables de la d&#233;construction, celle de la jud&#233;it&#233; pour Derrida devenait encore plus difficile : c'est le rapport &#224; l'&#224;-venir, disait-il aussi. &#034;Etre juif c'est &#234;tre ouvert &#224; l'avenir&#034;. Etrange sp&#233;cificit&#233;. L'hyperbole derridienne rejoint peut-&#234;tre l'hubris ici aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se disait enfin, selon une condensation dont il a souvent eu le secret : &#034;Je suis le dernier des juifs&#034;. Je crois que c'est dans cette tension &#224; laquelle il nous invitait entre le &#034;dernier&#034;, le moins juif de tous, le moins recommandable, le dernier des derniers, le moins fid&#232;le en somme, et aussi avec l'id&#233;e qu'il &#233;tait le dernier juif, le seul, l'unique, le plus fid&#232;le, celui qui dit d'un m&#234;me mouvement peut-&#234;tre : je suis en tant que juif, le dernier, inconditionnellement ouvert &#224; l'avenir et donc je vous le dis : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Thierry Briault&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Que peindre et pourquoi ? Du &#171; Groupe de Puteaux &#187; au &#171; style d&#233;constructiviste &#187;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1165</link>
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		<dc:date>2023-04-17T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Briault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je ne m'int&#233;resse qu'aux formes visuelles en peinture. Je me souviens de ma vision d'avant. Adolescent bien dou&#233; pour la peinture, ayant un niveau d'autodidacte. Aussi loin que je me souvienne j'ai toujours dessin&#233;, &#224; la maternelle on ne faisait que cela, coloriage et peinture, sinon des collages de tissus en feutre, des assemblages de tesselles de mosa&#239;que, c'&#233;tait uniquement les Beaux-arts. A l'&#233;cole primaire j'&#233;tais le meilleur pour dessiner les Batman ou les Mickey. A onze ans je voulais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/aWDQWMW3E80&#034; title=&#034;YouTube video player&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'int&#233;resse qu'aux formes visuelles en peinture. Je me souviens de ma vision d'avant. Adolescent bien dou&#233; pour la peinture, ayant un niveau d'autodidacte. Aussi loin que je me souvienne j'ai toujours dessin&#233;, &#224; la maternelle on ne faisait que cela, coloriage et peinture, sinon des collages de tissus en feutre, des assemblages de tesselles de mosa&#239;que, c'&#233;tait uniquement les Beaux-arts. A l'&#233;cole primaire j'&#233;tais le meilleur pour dessiner les Batman ou les Mickey. A onze ans je voulais faire de la bande dessin&#233;e, j'en faisais. Je ne jurais que par Moebus -Girault en dessin, ou le dessinateur de Rahan, avec les magazines illustr&#233;s Pif et Pilote. John Buscema aussi, le dessinateur de Surfer d'argent, avec les premiers Marvel en France. j'ai d&#233;couvert par la suite &#224; travers Surfer d'argent que j'aimais d&#233;j&#224; Michel Ange et les nus hell&#233;nistiques sans le savoir, ces corps muscl&#233;s contorsionn&#233;s en mouvement et s'envolant. Je dessinais donc des planches. Le professeur de dessin en 6&#232;me m'accusait de ne pas en &#234;tre l'auteur. En 5&#232;me un autre professeur fut plus encourageant en me voyant dessiner des hippies. Je me suis mis au lavis, &#224; la peinture &#224; l'encre de Chine et r&#233;alisais des portraits de mes proches et amis d'un premier jet sans gomme ni crayon. Puis insensiblement j'ai abord&#233; la peinture &#224; l'huile &#224; treize ans. J'&#233;tais plut&#244;t surr&#233;aliste, voire dada&#239;ste. Un surveillant de classe, &#233;tudiant, me fit d&#233;couvrir la revue Chronique d'Art vivant, revue de r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#233;poque en mati&#232;re d'art contemporain, j'ai r&#233;cup&#233;r&#233; de nombreux exemplaires qui &#233;taient donn&#233;s &#224; la Galerie Maeght, maison &#233;ditrice, &#224; la fin de la publication. J'&#233;tais donc un amateur d'art contemporain, j'en viens en r&#233;alit&#233;. A quinze ans. Mes parents m'emmenaient visiter la jeune biennale de Paris, on traversait des installations. J'&#233;tais acquis &#224; un art d'id&#233;e, de critique, d'ouverture int&#233;grale &#224; la vie et au monde. Mon savoir-faire de peintre comme on dit en arts plastiques me conduisait vers un r&#233;alisme d'id&#233;e, j'en cherchais avant de peindre. J'admirais Ingres mais aussi les performances et je voulais peindre l'intime, j'ai expos&#233; des peintures et des dessins hyperr&#233;alisants, avec de &#171; bonnes id&#233;es &#187; , un tableau &#224; la mani&#232;re de Rembrandt &#233;clairant les organes g&#233;nitaux ou le clair obscur focalis&#233; sur les pieds uniquement. Il se trouve que je suis originaire de la ville de Puteaux, ville que j'ai connue sans les tours de la D&#233;fense, et sans avoir eu le temps de voir les ateliers des fr&#232;res Duchamp et de Kupka disparus sous l'esplanade de la D&#233;fense, le nouveau quartier d'affaire.Tout un symbole. Mes parents comme beaucoup de put&#233;oliens ignoraient l'existence de la Section d'or, ou Groupe de Puteaux qui organisait les expositions cubistes, mes parents ne s'int&#233;ressaient pas &#224; vraiment l'art mais se laissaient influencer, tout en d&#233;jeunant parfois au restaurant de Camille Renault le collectionneur et marchand du Groupe de Puteaux o&#249; se trouvaient expos&#233;es des peintures, sans bien comprendre. J'eus l'occasion d'exposer au salon de Puteaux un tableau intitul&#233; &#171; Saturation de l'art &#187; &#233;crit en caract&#232;re romain sur la toile, avec un autoportrait et une palette coll&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sentais malgr&#233; l'avis de tous, que quelque chose m'&#233;tait &#233;tranger en peinture. On me croyait pourtant enti&#232;rement form&#233;, n'ayant plus rien &#224; apprendre. Un jour j'entendais parler d'un certain &#233;quilibre &#224; constater dans un tableau de Picasso que j'aimais comme tout ce qui pouvait s'appr&#233;cier s&#233;mantiquement ou litt&#233;rairement, j'aimais d&#233;j&#224; l'art conceptuel, Support-surface. Du haut de mes quinze ans. Mais l'&#233;quilibre d'une composition, je ne la sentais pas avec pr&#233;cision. Je commen&#231;ais &#224; deviner qu'un monde cach&#233; se tenait derri&#232;re les apparences. Un monde d'harmonie visuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Duchamp d'ailleurs le savait qui n'aimait pas non plus cette fa&#231;on de divulguer le savoir &#233;sot&#233;rique de la peinture comme l'on fait les cubistes et beaucoup de modernes. Non pas un monde invisible en soi, le contraire de la querelle des images byzantines, mais un monde visible derri&#232;re du visible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et donc un jour, quelqu'un m'a ouvert les yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Pradez peintre d'origine belge qui enseignait au cours municipal de Puteaux et dernier repr&#233;sentant de cette &#233;cole de Pureaux m'aura donc initi&#233;. Pradez a repris la g&#233;om&#233;trisation absolue d'un Jacques Villon, fr&#232;re de Marcel Duchamp, allias Gaston Duchamp et organisateur des expositions cubistes rue La Bo&#233;tie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par sa formation je peux dire que la peinture m'est apparue de fa&#231;on enti&#232;rement nouvelle comme un monde d'harmonie entre les &#233;l&#233;ments picturaux avec des r&#232;gles plastiques que je n'ai retrouv&#233;es nulle part &#233;nonc&#233;es d'une fa&#231;on aussi exhaustive et profonde, au point que je ne voulus pas entrer aux Beaux-arts de Paris. Ren&#233; Pradez m'a encourag&#233; &#224; passer le concours d'entr&#233;e. L'acad&#233;mie moderne y r&#233;gnait. La dictature de l'aplat, comme je l'appelle, nous enjoignait &#224; rester sur le plan du tableau, &#224; la surface du tableau, &#224; rompre avec l'illusion de l'espace &#224; trois dimensions, &#224; ne jurer que par l'espace plan. L'abstrait dominait aussi. Les enseignants avaient mal v&#233;cu l'acad&#233;mie classique, ant&#233;rieure. Je fis de belles rencontres, et les &#233;tudiants dans ce lieu apportaient leurs propres exp&#233;riences, certains ayant aussi re&#231;u une formation ailleurs. J'ai particip&#233; &#224; la copie d'un Christ roman monumental &#224; l'atelier de fresque en ex&#233;cutant la t&#234;te, il s'y trouve encore. J'y fis la rencontre de ma regrett&#233;e compagne Monique Stobienia. Mari&#233;s &#171; a fresco &#187; dira Derrida plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cisons que ces r&#232;gles plastiques enseign&#233;s par Ren&#233; Pradez, sont applicables &#224; toute l'histoire de l'art, art africain ou asiatique, antique ou m&#233;di&#233;val. J'ai pr&#234;ch&#233; la bonne parole et invit&#233; une bonne dizaine d'&#233;l&#232;ves des Beaux-arts &#224; poursuivre leur formation avec Pradez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pour la plastique pure que j'ai nomm&#233;e ainsi au cours de mes jeunes ann&#233;es, puisque la r&#233;v&#233;lation ph&#233;nom&#233;nologique, husserlienne et heidegg&#233;rienne correspondait aussi &#224; ces ann&#233;es d'apprentissage avant les Beaux-arts ou en parall&#232;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;poch&#233; husserlienne doit aussi beaucoup &#224; la suspension du regard moderne en peinture, nous le savons par certains &#233;crits de Husserl et son successeur, Roman Ingarden, fondateur de l'esth&#233;tique ph&#233;nom&#233;nologique s'est employ&#233; &#224; d&#233;finir ce regard abstrait qui n'est pas non plus l'apanage des peintres non figuratifs mais d&#233;signe le mode d'appr&#233;ciation pictural en g&#233;n&#233;ral, le regard abstrait de tous peintres dignes de ce nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma peinture personnelle, un propos a surgi progressivement dans mon atelier de Puteaux en cherchant des structures g&#233;om&#233;triques sur des t&#234;tes et des corps de fa&#231;on gestuelle. Ce qui venait en excroissance commen&#231;ait &#224; me captiver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r une analyse de la Plastikwollen qui prolongerait le Kunstwollen de Riegl est &#224; interroger sur un mode psychanalytique : d'o&#249; viendraient les pulsions du peintre pur, chez moi et chez d'autres ? De m&#234;me la puret&#233; de l'art ou le jugement de go&#251;t pur qui nous a valu une belle pol&#233;mique entre Bourdieu et Derrida. J'y ai r&#233;pondu ailleurs au moins dans les s&#233;minaires de Ren&#233; Sch&#233;rer, en particulier celui que j'ai anim&#233; avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon propos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos plastique de cette peinture est la &#171; saillance &#187; ou la saillie des premiers plans devant les figures. Une occupation de l'espace devant les personnages ou figures humaines qui se fait en g&#233;n&#233;ral par des &#233;l&#233;ments volants. Mais les premiers plans appartiennent &#224; la figure et non &#224; l'espace. Ils prennent la forme de greffe, d'excroissance, d'&#233;manation et d'&#233;dicule, de tache, de trace, d'&#233;clat, de plan, de trait, satellis&#233;s ou en suspension, &#233;manant du p&#244;le figuratif, parfois projet&#233;s vers le corps ou la t&#234;te. Ce fatras et cette accumulation, ce rayonnement et cette surcharge n'appartiennent donc pas &#224; l'espace au sens o&#249; il constituerait un environnement ind&#233;pendant, o&#249; les objets se tiendraient dans un vis-&#224;-vis &#233;gal avec les t&#234;tes ou les corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
La subjectivit&#233; ou la centration de la composition est totale : m&#234;me lorsque les &#233;l&#233;ments semblent de passage, retenus un instant sur les visages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit ni d'un milieu ni d'un environnement puisque l'appropriation appara&#238;t encore une fois totale. Pas de surimpression non plus : elle constituerait une erreur de vision et de fabrication. Si les &#233;l&#233;ments et les placages (selon une premi&#232;re impression) ou formes rapport&#233;es sont parfois diaphanes, la transparence est ici un proc&#233;d&#233; occasionnel de mise au point effectu&#233;e dans telle ou telle toile, une mani&#232;re ou une modalit&#233; dans l'expression et le traitement du propos plastique qui est le n&#244;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi il faut ajouter une floculation des formes, une exfoliation de ce qui constitue l'enveloppe du corps figuratif. La surface conna&#238;t des effets de min&#233;ralisation et de superposition des plans qui rendent incertain le niveau ou la place exacte o&#249; se situe la surface du volume. Car le travail sp&#233;cifique sur la forme est ici le produit d'une sorte d'appel d'air (allant parfois jusqu'&#224; l'implosion ou l'explosion) cr&#233;&#233; par les premiers plans devant les figures. D'o&#249; les trou&#233;es, les excroissances et les percements de toutes sortes pratiqu&#233;s dans le volume et mises en relation avec les trou&#233;es prot&#233;iformes de l'espace lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impasse des peintres ou la Porte aux peintres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Walter Benjamin sans les passages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe &#224; Paris, au croisement des rues &#201;tienne Marcel et Saint-Denis, une impasse d&#233;nomm&#233;e Impasse des peintres. C'est peut-&#234;tre la n&#244;tre. Mais d&#233;couvrir la rue des colonnes, pr&#232;s de la Chauss&#233;e d'Antin, ou le magnifique lyc&#233;e Condorcet chef-d'&#339;uvre n&#233;oclassique lui aussi, manquerait-elle encore de perspective, ou d'ouverture en supposant la seule d&#233;lectation, en pr&#233;conisant la simple lecture des formes, en adoptant l'unique attitude de l'artiste peintre, du sculpteur. Voir la ville ainsi, et l'art en g&#233;n&#233;ral, nous condamnerait-il n&#233;cessairement &#224; parcourir une voie sans issue ? L'apor&#233;tique du regard pictural n'est-il pas au contraire une forme de salut, un peu schopenhau&#233;rien, une mort &#224; Venise heureuse ? Elle est le contraire de l'approche benjaminienne de l'art, faite de fl&#226;neries bien connues, au sein de ces fameux passages parisiens notamment. Le Passage du Caire qui aurait inspir&#233; Walter Benjamin, s'ouvre d'ailleurs sur la rue Saint-Denis. Et non loin de la si myst&#233;rieuse et amusante Impasse des peintres. Ainsi je ne croiserai jamais Walter Benjamin, en peinture, ni en architecture. Pourquoi donc ? Parce que sa conception de &#171; l'espace d'images &#187; par exemple (Bildraum), privil&#233;giant le cin&#233;ma et l'architecture, sur le mode du divertissement, afin de susciter le sentiment collectif r&#233;volutionnaire, et sans la concentration sur l'&#339;uvre, sans la contemplation qui fait le passionn&#233; de peinture et d'architecture, sans cette attitude d&#233;sormais d&#233;pass&#233;e selon Benjamin, sans le regard formel de la peinture pure, cette th&#232;se et celle de la perte de l'aura nous a &#233;loign&#233; de lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ceux dont la fl&#226;nerie est la condition d'un parcours po&#233;tique de la ville, l'impasse des peintres est notre carcan dogmatique. Pour les peintres, tous les passages, toute la sph&#232;re du capitalisme litt&#233;raire de l'art est une impasse d&#233;multipli&#233;e, infiniment parall&#232;le &#224; notre monde de r&#233;tiniens que nous sommes tous nous autres artistes de la plastique pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective Nevsky de Gogol, on s'en souvient, s'ouvre sur deux jeunes hommes, dont l'un est peintre. Observant longuement le spectacle, ils avisent &#224; la fin deux jolies femmes, et d&#233;cident de les aborder aussit&#244;t, chacun de leur c&#244;t&#233;. Ce r&#233;cit rejoint les passages parisiens de Walter Benjamin qui &#233;voque aussi la m&#234;me figure : la rencontre , mais la femme que le peintre a choisi et dont il s'est d&#233;j&#224; &#233;pris, se r&#233;v&#232;le &#234;tre une prostitu&#233;e. Le po&#232;me de Baudelaire &#034;Le d&#233;sir de peindre&#034;, &#233;voquant une passante fugitive, prostitu&#233;e ou non, telle est aussi le po&#232;me de la peinture pour un Baudelaire. Et dans la nouvelle de Gogol, la &#171; femme id&#233;ale &#187; aux yeux du peintre, qu'il croit voir dans cette grande beaut&#233; d&#233;chue, conduira l'artiste au suicide.1&lt;br class='autobr' /&gt;
La prostitu&#233;e est pourtant l'amie de Van Gogh et de Lautrec, nous le savons.&lt;br class='autobr' /&gt;
La jeune fille chez Deleuze rev&#234;t encore un autre sens, nous l'avons abord&#233;e, comme le r&#234;ve dangereux d'un autre sur soi. Mais le figural, l'haptique et le diagramme chez lui, nous s&#233;duisent moins que le signe asignifiant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; jeune fille &#187; est encore Nadja, v&#233;ritable all&#233;gorie de la &#171; plasticienne &#187; et de l'art contemporain.2&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe une figure de la litt&#233;rature &#233;rotique, dans un livre admir&#233; de Sade, Th&#233;r&#232;se philosophe, une certaine Bois-Laurier qui se disait &#224; la fois catin et vierge : d&#233;fiant la logique de l'hymen derridien, du ni dedans, ni dehors, elle &#233;tait munie d'une membrane r&#233;sistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un floril&#232;ge de &#171; plastophanies &#187;, donc, car nous entendons sous ce mot de plastophanie la r&#233;v&#233;lation de la plastique pure dans le concept, ou &#233;lev&#233;e au concept, bien qu'il y ait des plastophanies internes &#224; l'&#339;uvre picturale, et non seulement dans les &#233;crits d'artistes, ou chez les &#233;crivains qui furent en contact avec les peintres. C'est aussi l'histoire d'un emprunt de notre concept de &#171; plast&#232;me &#187; par un philosophe m&#233;diatique (BHL &#224; son exposition &#224; la Fondation Maeght).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte &#171; La plastique pure &#187; reprend les d&#233;finitions de la plastique qui nous importent et confronte cette notion au concept de vie qui lui est souvent oppos&#233;. C'est souvent au nom de la &#171; vie &#187; que l'on a organis&#233; la sortie de la peinture, sortie qui la cong&#233;die, dans le passage labyrinthique de l'art contemporain, justifiant la &#171; sortie &#187; de la peinture elle-m&#234;me, comme on dit de quelqu'un d'exc&#233;d&#233; qu'il fait une &#171; sortie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond ces textes, ces communications et conf&#233;rences, explorent la plastique pure comme si elle repr&#233;sentait une v&#233;ritable question de &#171; virginit&#233; &#187; : la jeune fille, un peu folle sans doute, en affichant aux yeux de certains un simple protectionnisme, d&#233;finit un espace de peinture pure, &#224; la fois moderne et inscrite dans l'histoire de l'art, moderne et classique, au sens cette fois du sch&#233;ma moderno-classique invoqu&#233; par Alain Badiou et qui manque terriblement aujourd'hui pour sortir du sch&#233;ma issu du romantisme allemand o&#249; nous nous trouvons encore, celui qui domine la situation et a engendr&#233; en grande partie l'art contemporain, g&#233;n&#233;alogie romantique alli&#233;e &#224; une autre g&#233;n&#233;alogie : &#224; la culture populaire des f&#234;tes foraines d'autrefois, aux cabinets de curiosit&#233;, aux cabarets, au groupe des Incoh&#233;rents, etc., et qui se sera mu&#233;e en une sorte de dandysme g&#233;n&#233;ralis&#233;. Son ennemi &#224; elle la plastique, est donc aussi la litt&#233;rature.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en somme, si j'ose dire, les &#171; p&#233;riplast&#233;ticiennes &#187; ou l'Impasse des peintres. Dans le double g&#233;nitif ici : impasse r&#233;serv&#233;e aux peintres, c'est-&#224;-dire impos&#233;e, ou impasse dans laquelle la peinture-peinture se fourvoierait, si on nous suivait. Dans tous les plis de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soit : la commerelle.3 La peinture y trace une ligne de clivage, une coupure continu&#233;e. Alors que le peintre de l'art pour l'art y dispara&#238;t litt&#233;ralement dans son tableau, comme l'imagine notre philosophe-po&#232;te, toujours un peu assassin en pareille circonstance.&lt;br class='autobr' /&gt;
La peinture-peinture pratiquera cette coupure pure parmi toutes les &#171; images &#187; benjaminiennes, image dialectique, espace d'images, etc., en s'appuyant sur l'&#339;uvre d'art autonome, sur la &#171; Dingform &#187; qu'Adorno lui opposait.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art contemporain ou ce qui se nomme ainsi serait l'art de ne pas voir la peinture. L'objectivation esth&#233;tis&#233;e des diff&#233;rentes mani&#232;res de ne pas voir la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
A nous de reconstituer une autre image dialectique, picturale, plastique, une autre constellation, ou configuration faite de ces &#339;uvres picturales &#171; &#224; l'arr&#234;t &#187; pour nous rencontrer depuis toujours, aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut d&#233;saffilier &#171; l'art contemporain &#187;, de la peinture, et le prendre pour ce qu'il est : un art compl&#232;tement diff&#233;rent, aussi diff&#233;rent que le cin&#233;ma ou la litt&#233;rature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous reste &#224; citer Benjamin sur le registre de la &#171; plastique &#187; justement, une th&#233;orie qui donne droit &#224; ce qui sera appel&#233; du nom d'attitude, art d'attitude, ou attitude comme forme, tout en l'interdisant aussi d'une certaine fa&#231;on. Il se peut qu'elle plaise au philosophe, ou au professeur d'art contemporain, tr&#232;s f&#233;ru d'art conceptuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Selon Walter Benjamin le po&#233;matique ou noyau po&#233;tique (das Gedichtete) &#171; est l'unit&#233; synth&#233;tique de deux ordres, celui de l'esprit et celui de l'intuition sensible. Cette unit&#233; re&#231;oit son cachet sp&#233;cifique comme forme interne de telle cr&#233;ation particuli&#232;re &#187;. &#171; Deux po&#232;mes de Friedrich H&#246;lderlin &#187;.4&lt;br class='autobr' /&gt;
Le po&#233;matique serait donc une sorte de synth&#232;se d'un niveau no&#233;tique et d'un niveau thymique entendue comme survenance d'une forme interne (Gehalt), autrement dit une teneur, un contenu comme substance. Qui est le sentiment imm&#233;diat de la vie. Selon Benjamin cette Gehalt, cette forme interne rel&#232;ve d'une t&#226;che. La t&#226;che du po&#232;me est &#224; entendre comme pr&#233;supposition des relations qui y sont en jeux. Autrement dit comme exposition. Par l&#224; le pur contenu po&#233;tique cesserait d'&#234;tre un concept limite. Une plastique temporelle relie l'art et la vie. Si nous nous projetons &#224; la fin du texte de Benjamin, il nous livre la seconde partie du raisonnement 5 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La forme interne (Gehalt) n'existe que si elle prend figure (Gestalt). Et c'est cette relation d'exposition qui &#224; la lettre d&#233;termine le po&#233;matique quand la forme interne comme contenu acc&#232;de au statut de forme externe comme figure. &#187; C'est ce que Benjamin nomme la configuration (Gestaltung) : &#171; Le travail de configuration, le principe plastique interne est port&#233; &#224; une telle intensit&#233; que la fatalit&#233; de la forme morte frappe le dieu, que &#8211; pour parler en image &#8211; la plastique a pass&#233; du dedans au dehors et que le dieu d&#233;sormais s'est enti&#232;rement objectiv&#233;. La forme temporelle, mise en mouvement, surgit du dedans au dehors. L'&#234;tre c&#233;leste est apport&#233;. C'est ici une tr&#232;s haute expression de l'identit&#233; : le dieu grec est enti&#232;rement livr&#233; &#224; son propre principe, &#224; la figure. Le supr&#234;me m&#233;fait est nomm&#233; : l'hubris qui n'est enti&#232;rement accessible qu'au dieu, le transforme en figure morte. Se donner forme &#224; soi-m&#234;me, c'est l&#224; l'hubris. &#187; La plastique comme sentiment imm&#233;diat de la vie et pur noyau po&#233;tique d&#233;passant par sa teneur l'opposition mati&#232;re forme, cette plastique voulant se donner forme &#224; elle-m&#234;me est l'hubris du dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension de la plastique interne dans le temps qu'il faudrait mettre en &#233;vidence est donc la t&#226;che du po&#232;me : &#171; Il s'agit de cette structure plastique de la pens&#233;e dans son intensit&#233; dont la conscience plong&#233;e en contemplation constitue le fondement ultime. La m&#234;me relation d'identit&#233; qui conduit ici en un sens intensif, &#224; la plastique temporelle de la figure, conduit n&#233;cessairement, en un sens extensif, &#224; une forme infinie, &#224; une plastique pour ainsi dire mise en cercueil, dans laquelle la figure se confond avec l'absence de figure. &#187; La plastique illimit&#233;e est absence de figure, sa mise en cercueil, (zu einer gleichsam eingesargten Plastik) l'image est forte ; nous trouvons l&#224; une sorte d'origine po&#233;tique du processus de d&#233;-d&#233;finition de l'art, si ce n'est celle de la n&#233;gation des beaux-arts. &#171; La mat&#233;rialisation de la figure dans l'id&#233;e signifie en m&#234;me temps son expansion infinie, toujours plus illimit&#233;e, l'union des figures dans la figure absolue, en quoi se transforme les dieux. &#187; L'id&#233;e y devient dominante comme monde pur de la plastique temporelle dans la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce commentaire de la po&#233;sie de H&#246;lderlin appara&#238;t le concept fondamental de la configuration (Gestaltung) comme ce qui fait prendre figure, comme ce qui fait prendre forme et qui fait alors adh&#233;rer l'objet &#224; la mesure de l'identit&#233; et au mod&#232;le du mythe.&lt;br class='autobr' /&gt; &#171; L'&#233;tude du noyau po&#233;tique ne conduit pas au mythe, cependant, elle conduit seulement aux liaisons mythiques que l'&#339;uvre d'art fa&#231;onne en une figure unique, ni mythologique, ni mythique &#187;, en construisant le po&#232;me, et que le vrai secret du ma&#238;tre artiste selon un mot de Schiller repris par Benjamin consiste donc &#224; d&#233;truire la mati&#232;re par la forme, mais nous savons qu'il s'agit &#224; la fois de la vie comme r&#233;alit&#233; fondamentale non mise en doute et de l'extinction de l'essence plastique h&#233;ro&#239;que dans la beaut&#233; ind&#233;termin&#233;e de la nature, c'est-&#224;-dire la mort, selon H&#246;lderlin. Mais le po&#232;te dit bien : &#171; Sur le vrai ne va mettre ton pied comme sur un tapis. &#187; Le tapis est une image des plus plastiques aussi. Car la premi&#232;re beaut&#233; ind&#233;finie d&#233;sagr&#232;ge la figure du po&#232;te et bient&#244;t le dieu au lieu de lui donner forme. La mise en cercueil de la plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le po&#232;me se fait &#171; plastique &#187;, l'anti-peinture se tient toujours l&#224;. Par o&#249; la &#171; plasticit&#233; &#187; au sens du fa&#231;onnage, ne correspond nullement &#224; la r&#233;alit&#233; plastique, telle que nous la d&#233;fendons ici, et dans le premier volume de notre philosophie de la plastique pure. La forme interne, telle la sculpture de soi de Plotin, hante la sculpture de plastique pure comme le mauvais spectre litt&#233;raire et s&#233;mantique qui attend l'occasion de sa sortie performative. Mais l'&#233;clatement simultan&#233; de cette figure et du mythe correspondant, est plut&#244;t le r&#233;sultat du mouvement de la forme pure toujours d&#233;j&#224; ind&#233;pendante selon nous. L'hubris de l'art conceptuel que ce texte de Walter Benjamin nous permet aussi de penser, voire le mythe de l'art contemporain venant de la forme interne suppos&#233;e, est pr&#233;cis&#233;ment cette dialectique de la non plastique. Car la teneur, le contenu (Gehalt) est le salaire, le traitement (Gehalt) du po&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour Benjamin, c'est le nom qui configure r&#233;ellement la forme. &#187; Nom-forme.6 Il voulut en privil&#233;giant le nom, rompre avec l'ancienne opposition du dessin et de la couleur. Primat du &#171; litt&#232;me &#187;, comme nous le d&#233;signons. Nous y reviendrons.&lt;br class='autobr' /&gt;
O&#249; l'on retrouve maintenant la rencontre et aussi la circulation dans la ville en guise de forme plastique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Or cet apr&#232;s-midi, dont je veux parler ; j'&#233;tais assis &#224; l'int&#233;rieur du caf&#233; des Deux-Magots &#224; Saint Germain-des-Pr&#233;s o&#249; j'attendais, je ne sais qui. Alors, tout d'un coup, avec une violence irr&#233;sistible, s'est impos&#233;e &#224; moi l'id&#233;e d'un graphique qui sch&#233;matiserait ma vie [...] &#187;7&lt;br class='autobr' /&gt;
On oublie ou on ignore souvent que le caf&#233; des Deux-Magots a emprunt&#233; son nom &#224; une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qui nous parle d'une jeune fille, d'un coffre, et nous raconte l'histoire de deux pr&#233;tendants chinois trait&#233;s ainsi comme deux magots, deux figurines chinoises, par la m&#234;me fille et son p&#232;re lettr&#233;, et aussi par les deux aubergistes install&#233;s en Chine, aventuriers occidentaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le petit bossu n'a pas vu la casse de la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois la conception benjaminienne de l'art ne repose-t-elle pas tout enti&#232;re dans cette vision, cet apologue qui suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit de repr&#233;senter l'histoire comme un processus dans lequel l'homme, faisant en m&#234;me temps fonction de gestionnaire de la nature muette, porte plainte au sujet de la Cr&#233;ation et de la non-venue du Messie promis. Cependant la cour d&#233;cide d'entendre des t&#233;moins du futur ; comparaissent alors le po&#232;te qui le sent, le sculpteur qui le voit, le musicien qui l'entend et le philosophe qui le sait. Toutefois leurs t&#233;moignages ne concordent pas, bien que tous t&#233;moignent de la future venue du Messie. La cour n'ose pas avouer son ind&#233;cision. C'est pourquoi de nouvelles plaintes arrivent sans cesse, de m&#234;me que de nouveaux t&#233;moins. Il y a la torture et le martyre. Les bans des jur&#233;s sont occup&#233;s par les vivants, qui &#233;coutent avec la m&#234;me m&#233;fiance le plaignant et les t&#233;moins. Les jur&#233;s transmettent leurs places, par succession, &#224; leur fils. Finalement s'&#233;veille en eux la peur d'&#234;tre chass&#233;s de leurs bancs. A la fin tous les jur&#233;s s'enfuient, seuls restent le plaignant et les t&#233;moins. &#187; Toute la pens&#233;e de Benjamin serait contenue l&#224; en germe aux yeux de Bruno Tackel.8 Mais le sculpteur cens&#233; voir la venue du Messie ne garde sans doute pas davantage la porte ouverte que chaque nouvelle g&#233;n&#233;ration charg&#233;e selon Benjamin d'une faible force de changement. De m&#234;me que la th&#233;orie de l'histoire n'a peut-&#234;tre pas besoin selon nous, du Messie, ou d'un messianisme sans messie, d'une messianicit&#233; comme le pense Derrida, ouverture sans horizon d'attente, de m&#234;me le sculpteur ne voit pas le Messie, il n'en est pas le t&#233;moin. Il voit autre chose. L'Ouverture suffit peut-&#234;tre, l'Offenbarkeit heideggerienne, nous en avons parl&#233; ailleurs9, et sans la circularit&#233; apparente entre l'Offenbarkeit, et l'Offenbarung, soit entre la r&#233;v&#233;lation historiquement situ&#233;e et la r&#233;v&#233;labilit&#233;, la possibilit&#233; d'une r&#233;v&#233;lation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous artistes du r&#234;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fichu plastique du r&#234;ve benjaminien selon Derrida (&#171; Fichus &#187;, Discours de Francfort 2001).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est en r&#233;alit&#233; une autre fable, une autre readymadisation, celle de l'Am&#233;rique, qu'&#233;voque Adorno &#224; propos du r&#234;ve qui laisse une tache, une f&#233;lure, les r&#234;ves les plus beaux ont comme une f&#233;lure par la diff&#233;rence avec la r&#233;alit&#233;. &#171; Une telle exp&#233;rience est fix&#233;e de fa&#231;on in&#233;galable dans la description du th&#233;&#226;tre de verdure d'Oklahoma dans L'Am&#233;rique, de Kafka &#187;. Derrida cite ce passage des Minima Moralia et souligne qu'Adorno fut hant&#233; par le th&#233;&#226;tre d'Oklahoma surtout si l'on se reporte &#224; ses recherches exp&#233;rimentales aux Etats-Unis, &#224; ses travaux sur le jazz, lorsqu'il analyse un certain devenir marchandise de la culture annon&#231;ant une mutation structurelle du capital, du march&#233; cyberespace. Le r&#234;ve de Walter Benjamin est pr&#233;sent&#233; ainsi, il s'agit d'une pens&#233;e du fichu, de changer en fichu une po&#233;sie, de sous-entendre &#171; je suis le fichu &#187; et d'imaginer des images sur un drap, et le passage &#224; la lettre d, nouvelle signature de d.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le long r&#233;cit qui suit remet en sc&#232;ne (c'est ma propre s&#233;lection interpr&#233;tative) un &#171; vieux chapeau de paille &#187;, un &#171; panama &#187; que Benjamin avait h&#233;rit&#233; de son p&#232;re et qui portait, dans son r&#234;ve, une large fente sur sa partie sup&#233;rieure, avec des &#171; traces de couleur rouge &#187; sur les bords de la fente, puis des femmes dont l'une s'occupe de graphologie et tient dans sa main quelque chose que Benjamin avait &#233;crit. Celui-ci s'approche et, dit-il, &#171; ce que je vis &#233;tait une &#233;toffe couverte d'images et dont les seuls &#233;l&#233;ments graphiques que je pus distinguer &#233;taient les parties sup&#233;rieures de la lettre d dont les longueurs effil&#233;es d&#233;celaient une aspiration extr&#234;me vers la spiritualit&#233;. Cette partie de la lettre &#233;tait au surplus munie d'une petite voile &#224; bordure bleue et la voile se gonflait sur le dessin comme si elle se trouvait sous la brise. C'&#233;tait la seule chose que je pus &#171; lire &#187; (&#8230;). La conversation tourna un moment autour de cette &#233;criture.(&#8230;) A un moment donn&#233; je disais textuellement ceci : &#171; Il s'agissait de changer en fichu une po&#233;sie &#187;. (Es handelte sich darum, aus einem Gedicht ein Halstuch zu machen). (&#8230;)Il y avait parmi les femmes une, tr&#232;s belle, qui &#233;tait couch&#233;e dans un lit. En entendant mon explication elle eut un mouvement bref comme un &#233;clair. Elle &#233;carta un tout petit bout de la couverture qui l'abritait dans son lit.(&#8230;) Et ce ne fut pas pour me faire voir son corps, mais le dessin de son drap de lit qui devrait offrir une imagerie analogue &#224; celle que j'avais d&#251; &#171; &#233;crire &#187;, il y a bien des ann&#233;es, pour en faire cadeau &#224; Dausse.(&#8230;) Apr&#232;s avoir fait ce r&#234;ve, je ne pouvais pas me rendormir pendant des heures. C'&#233;tait de bonheur. Et c'est pour te faire partager ces heures que je t'&#233;cris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#234;ve-t-on toujours dans son lit ? &#187;, demandai-je en commen&#231;ant. De son camp de travailleurs volontaires, Benjamin &#233;crit donc &#224; Gretel Adorno qu'il lui &#233;tait arriv&#233; de r&#234;ver, dans son lit &#224; lui, d'une femme &#171; couch&#233;e dans un lit &#187;, une femme &#171; tr&#232;s belle &#187; exhibant pour lui le &#171; dessin de son drap de lit &#187;. Ce dessin portait, telle une signature, ou un paraphe, sa propre graphie &#224; lui, Benjamin. On peut toujours sp&#233;culer sur le d que Benjamin d&#233;couvre sur le fichu. C'est peut-&#234;tre l'initiale du docteur Dause, qui l'avait nagu&#232;re soign&#233; de son paludisme et qui, dans le r&#234;ve, avait donn&#233; &#224; l'une de ces femmes quelque chose que Benjamin dit avoir &#233;crit. Benjamin met entre guillemets dans sa lettre les mots &#171; lire &#187; et &#171; &#233;crire &#187;. Mais le d peut &#234;tre aussi, entre autres hypoth&#232;ses, entre autres initiales, comme la premi&#232;re lettre de Detif. Benjamin signait parfois famili&#232;rement ses lettres &#171; Detlef &#187;. Ce fut aussi le pr&#233;nom qu'il utilisa dans certains de ses pseudonymes, comme Detlev Holz, surnom politique dont il signa par exemple, alors &#233;migr&#233; en Suisse, en 1936, un livre aussi &#233;pistolaire, Deutsche Menschen. Il signait toujours ainsi ses lettres &#224; Gretel Adorno, et pr&#233;cisait parfois &#171; Dein alters Detlef &#187;. A la fois lue et &#233;crite par Benjamin, la lettre d figurerait alors l'initiale de sa propre &#233;criture, comme si Detief se donnait &#224; sous-entendre : &#171; Je suis le fichu &#187;, voire, du camp de travailleurs volontaires, moins d'un an avant son suicide, et comme tout mortel qui dit moi, dans sa langue de r&#234;ve : &#171; Moi, d, je suis fichu. &#187; Moins d'un an avant son suicide, quelques mois avant de remercier Adorno de lui avoir souhait&#233;, de New York, son dernier anniversaire, qui fut aussi, comme le mien, un 15 juillet, Benjamin aurait r&#234;v&#233;, le sachant sans le savoir, quelque hi&#233;roglyphe po&#233;tique et pr&#233;monitoire : &#171; Moi, d, je suis dor&#233;navant ce qui s'appelle fichu. &#187; Or le signataire le sait, il le dit &#224; Gretel, tout cela ne peut se dire, &#233;crire et lire, cela ne peut se signer ainsi, en r&#234;ve, et d&#233;chiffrer, qu'en fran&#231;ais : &#171; La phrase que j'ai distinctement prononc&#233; &lt;sic&gt; vers la fin de ce r&#234;ve se trouvait &#234;tre en fran&#231;ais. Raison double de te faire ce r&#233;cit dans la m&#234;me langue. Aucune traduction, au sens conventionnel du mot, n'en rendra jamais compte, un compte communicable de fa&#231;on transparente. En fran&#231;ais, la m&#234;me personne peut-&#234;tre, sans contradiction et au m&#234;me instant, &#224; la fois &#171; fichue &#187;, &#171; bien fichue &#187; et &#171; mal fichue &#171; . Et pourtant, dans le respect des idiomes, un certain passage didactique est possible, il est m&#234;me appel&#233;, requis, universellement d&#233;sirable &#224; partir de l'intraduisible. Par exemple, dans une universit&#233; ou dans une &#233;glise un jour de prix. Surtout si l'on n'exclut pas qu'en ce coup de d&#233;s le r&#234;ve ait aussi jou&#233;, Werner Hamacher me le souffle, le pr&#233;nom de la premi&#232;re femme de Walter mais encore celui de sa s&#339;ur alors tr&#232;s malade : Dora, en grec la peau &#233;corch&#233;e, griff&#233;e ou travaill&#233;e. &#187;10 Ce r&#234;ve rejoint ceux de Descartes, en ce qu'il combine des images, des &#233;critures et la voyance. Un chapeau de paille fendu et couvert de traces de couleur (on dirait du Beuys et non un Van Gogh), une femme tenant une &#233;toffe couverte d'images et la lettre d que l'on peut lire (c'est du Shwob, Lilith et Uccello), le drap couvert d'images sous lequel se tient une tr&#232;s belle femme, &#171; je suis d, dor&#233;navant fichu &#187;, parole pr&#233;monitoire de Benjamin, lire et &#233;crire la peinture, l'image ne se peut qu'en r&#234;ve, ou en litt&#233;rature, ajouterons-nous, l'indiscernabilit&#233; litt&#232;matique du r&#233;gime d'identification de l'art readymade qui veut inclure la peinture, l'installation borg&#233;sienne du th&#233;&#226;tre d'Oklahoma, performance kafkaienne ou borg&#233;sienne ou shwobienne, mais certainement pas adornienne, lui qui condamnait l'anti-art, l'art non autonomme, la perte du caract&#232;re artistique de l'art et l'industrie culturelle. Celui qui signe je suis foutu est un autre M.D. qui signerait l'impossible, le possible impossible comme dirait Adorno et Derrida, ce que le r&#234;ve litt&#233;raire nous donne &#224; penser, cette possibilit&#233; de l'impossible, r&#233;unissant la mystique et l'Aufkl&#228;rung, le rationalisme &#233;mancipateur de Benjamin, c'est d'&#233;tablir une &#233;quation, ou voir le fichu pictural et le fichu litt&#233;raire se pensant l'un l'autre comme impossible, la peinture est fichue par la citation d'objets ready-mades, la litt&#233;rature est fichue par la peinture de plastique pure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/1-2.jpg' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/2-2.jpg' width='500' height='473' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il existe un peintre qui semble cantonner toute sa recherche artistique &#224; l'int&#233;rieur des limites du cubisme, c'est Jacques Villon dont le geste s'appuie, on le sait, sur une certaine science de la division des surfaces et de la r&#233;partition des couleurs &#224; partir du cercle chromatique. Pythagoricien peut-&#234;tre au lieu de platonicien, Jacques Villon n'en demeure pas moins un ma&#238;tre de l'impraticable mati&#232;re intelligible, unissant le mat&#233;rialisme d'une &#339;uvre &#233;labor&#233;e selon les n&#233;cessit&#233;s des lois plastiques clairement &#233;nonc&#233;es et revendiqu&#233;es dans plusieurs textes, avec la dialectique de l'Id&#233;e qui le guide et vers laquelle il tend, son registre formel &#233;labor&#233; sur fond de plastique pure g&#233;om&#233;trisante incluant les qualit&#233;s de l'impressionnisme, couleur, lumi&#232;re et modulation, &#224; l'int&#233;rieur des plans, libert&#233; et ind&#233;pendance de la ligne, et int&#233;gration de certains accidents de mati&#232;re, vibration calcul&#233;e de la touche, reprise de ses peintures au moyen de l'encre, trait &#224; la plume, de la part du graveur qu'il est &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Impasse des Peintres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une ruelle qui longeait ext&#233;rieurement l'enceinte de l'ancienne Porte Saint-Denis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nom de &#171; Peintres &#187; serait d&#251; au ma&#238;tre-peintre Guyon-Ledoux autoris&#233; &#224; construire sa maison contre le mur de la ville qui avait &#233;t&#233; d&#233;moli. Ou encore le nom de cette Impasse viendrait d'un certain Gilles Lepeintre et d'autres peintres qui y auraient r&#233;sid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me porte Saint-Denis, &#233;galement appel&#233;e porte aux Peintres du d&#233;but du XIII&#232;me si&#232;cle, se trouvait juste au nord du croisement entre la rue Saint-Denis &#224; la rue Etienne-Marcel, et l'Impasse des Peintres marque l'emplacement du chemin de ronde ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Porte aux Peintres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Portes aux Peintres. &#8220;Efface tes traces&#8221;. Benjamin l'&#233;crit apr&#232;s Brecht, &#8220;Efface tes traces&#8221;, ce po&#232;me &#224; l'attention des prol&#233;taires dans la ville. &#8220;Efface tes traces&#8221; &#233;crit Benjamin &#224; la fin d'&#8221;Exp&#233;rience et pauvret&#233;&#8221;17. Le promeneur du peuple doit effacer ses traces, on l'enjoint, il n'existe pas, il doit aussi changer cette signature. Et pour Benjamin, c'est sa connaissance de Paris dont le fl&#226;neur doit se d&#233;lester. Mais les traces de la plastique sont souvent bien plus effac&#233;es, &#224; la fois non per&#231;ue, c'est-&#224;-dire occult&#233;e par le sens, ou l'image ; et d&#233;truite effectivement dans la ville ou la nature jusqu'&#224; l'oubli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or Benjamin sur la peinture fait mieux : il substitue le mot &#224; la peinture. Son petit essai sur la peinture, le signe et la tache, la tache de couleur, interroge le signe absolu et la tache absolue. Le signe absolue se distingue du signe graphique, ou plut&#244;t des lignes g&#233;om&#233;triques, des lignes d'&#233;criture et des lignes graphiques : car la ligne du signe absolu est &#8220;magique en tant que telle&#8221; affirme-t-il d&#232;s le premier paragraphe de son texte, ses premi&#232;res lignes, magique en tant que telle parce qu'ind&#233;pendante de ce qu'elle repr&#233;sente, c'est donc un bon point de d&#233;part selon notre optique. La tache color&#233;e recouvre le fond, le dessin au contraire joue avec le fond. Zeichen, &#8220;signe&#8221; en allemand, renvoie &#224; zeichnen, &#8220;dessiner&#8221; alors que la tache, qui se dit Mal, renvoie &#224; Malerei &#8220;peinture&#8221;. Si la ligne graphique est d&#233;termin&#233;e par son opposition avec le fond nous dit encore Benjamin, c'est d'une importance m&#233;taphysique, ce n'est pas seulement une signification purement visuelle &#224; ses yeux mais aussi une signification m&#233;taphysique. Le mythe ou l'origine du signe absolu que Benjamin renonce &#224; conna&#238;tre en raison de sa complexit&#233; comme sph&#232;re ant&#233;rieure au signe, se distingue radicalement de la tache absolue, une opposition qu'il voit comme &#233;tant d'une &#8220;importance immense sur le plan m&#233;taphysique&#8221;. L'origine de l'opposition &#224; rechercher indique d&#233;j&#224; que le signe a un attachement, une relation spatiale &#224; la personne, alors que la tache pr&#233;sente une relation plus temporelle, moins personnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qu'est-ce que le signe absolu ? C'est par exemple le signe de Ca&#239;n, le signe que Dieu mit sur Ca&#239;n pour le prot&#233;ger de la vengeance des hommes. Ou le signe sur la porte des juifs pour les prot&#233;ger d'une des dix plaie d'Egypte, ou encore le signe trac&#233; sur les amphores o&#249; prirent place les bandits d'Ali Baba et les 40 voleurs. Le signe absolu a donc une valeur spatiale et personnelle. Ces exemples du signe graphique, dessin&#233;, ne manquera pas de surprendre dans une &#233;tude sur la peinture, tant le s&#233;mantisme, l'expressivisme s&#233;mantique semble pr&#233;dominant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'essence mythique de la tache, il appara&#238;t une diff&#233;rence majeure en ce que le signe absolu se trouve apport&#233; de l'ext&#233;rieur, et marque des objets inanim&#233;s, des b&#226;timents, des arbres, alors que la tache provient des &#234;trtes vivants, elles appara&#238;t sur eux comme la l&#232;pre et les taches de vin. De ce point de vue, il n'y a aucune diff&#233;rence entre la tache et la tache absolue. L'hyper s&#233;mantisme, l'hyper s&#233;miose des &#233;l&#233;ments graphiques et picturaux dans cette analyse benjaminienne atteint son premier paroxysme. La tache est toujours absolue, nous dit Benjamin, c'est-&#224;-dire absolument s&#233;mantique, parce qu'elle est aussi souvent associ&#233;e &#224; la faute, rougissement, ou &#224; l'innocence, les stigmates du Christ. La magie temporelle entre la faute et son expiation vient de cette dimension de la tache, et le lien entre le pass&#233; et le futur, une r&#233;sitance du pr&#233;sent supprim&#233;e, et le signe prodigieux de la tache que Dieu seul peut accomplir ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#233;tudier la sph&#232;re de la tache en g&#233;n&#233;ral, la peinture et des exemples tir&#233;es de la peinture vont &#234;tre ainsi mis &#224; contribution. Proc&#233;dant &#224; l'analyse de la peinture, benjamin affirme que l'image peinte n'a pas de fond, la tache n'a pas de rapport avec le fond. Une couleur est toujours dans son m&#233;dium de tache, elle ne se m&#233;lange jamais avec une autre tache, ce qui fait que la distinction entre couche profonde ou superficielle n'a pas de sens. Benjamin r&#233;duit la tache &#224; la couche color&#233;e, &#224; son pouvoir couvrant et non &#224; sa fonction constructive ou plastique qui la relie &#224; d'autres taches, pour se m&#234;ler entre elle sans se fondre automatiquement. Mais pour lui, le m&#233;dium de la tache est le m&#233;dium de la peinture. Il apporte ainsi une d&#233;finition mat&#233;rielle de la peinture bien utile pour la fin des beaux-arts. Le m&#233;dium dela peinture devenu tache au sens &#233;troit nous dit Benjamin ne conna&#238;t aucune disticnction avec le fond, ni aucun signe graphique. La d&#233;finition mat&#233;rielle de la peinture, sa consistante p&#226;teuse et couvrante, &#233;tal&#233;e sur un support est le medium de la peinture tout court. Un Matisse qui ne distingue nullement le dessin et la peinture, en ce que le dessin est de la peinture avec des moyens r&#233;duits, selon lui. Il invite &#224; penser en peintre et &#224; se dire que la distinction entre le signe graphique pur, ou signe tout court, et la tache, dispara&#238;t compl&#232;tement.&lt;br class='autobr' /&gt; La tache n'est qu'un &#233;l&#233;ment pictural de la fonction mat&#233;rielle de la peinture. Elle ne vaut que comme plan, facette, consistance grasse ou maigre, couvrante ou transparente, jouant avec le fond, et les fonds du tableau : on appelle faire ses fonds en peinture justement la mani&#232;re de remplir la surface, de la nourrir avec la p&#226;te, et les tons choisis, comme une base qui sert d'accord, un accord de base, pour le travail. Et ce travail est parfois &#224; reprendre, le fond peut s'appauvrir par contraste avec une forme, une figure trop riche en mati&#232;re, ou &#234;tre au contraire surcharg&#233;, il faut alors parfois la gratter ou l'effacer, la poncer.&lt;br class='autobr' /&gt;
A entendre Walter Benjamin, la ligne est tellement &#233;trang&#232;re &#224; la nature de la peinture que le peintre peut tr&#232;s bien s'&#233;tonner d'une composition &#224; la Rapha&#235;l, c'est-&#224;-dire d'une surface divis&#233;e par les lignes invisibles que la peinture a remplie. Seule la compr&#233;hension de la peinture comme essentiellement identifiable &#224; la tache au sens &#233;troit permet de la saisir et m&#234;me de nommer cet art. Sans la tache, la peinture n'aurait pas de nom. Car la tache &#233;tant nomm&#233;e dans le tableau, c'est elle que le spectateur va identifier comme des configurations d'hommes, d'animaux, d'arbres, et gr&#226;ce &#224; elle, la tache n'existerait ainsi comme tache, seulement dans l'art de peindre. Toutefois la tache une fois nomm&#233;e pose le probl&#232;me de la peinture selon Benjamin, &#224; savoir qu'elle n'est plus seulement une tache mais &#8220;se trouve rapport&#233;e &#224; quelque chose d'autre qu'elle-m&#234;me&#8221;. Et cette relation qui transcende la tache, produite par la composition, par la ligne du signe graphique, est d'une puissance sup&#233;rieure dans le m&#233;dium de la tache. Elle ne la dissout pas, cette puissance garde la diff&#233;rence entre la tache et la ligne, ne dissout pas la tache dans un graphisme, mais elle trouve n&#233;anmoins sa place dans la tache, elle lui est incommensurable, sans lui &#234;tre hostile. Elle lui est m&#234;me apparent&#233;e, pr&#233;cise Benjamin.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Cette puissance est le mot, qui &#8211; invisible en tant que tel, se manifestant seulement dans la composition &#8211; s'&#233;tablit lui-m&#234;me dans le m&#233;dium de la langue picturale.&#8221;18 Tout est dit. Mais non, il y a mieux que ce primat du verbe, ce logocentrisme lettriste hyperlitt&#233;raire que l'on veut voir nich&#233; au sein de la mati&#232;re picturale elle-m&#234;me, apr&#232;s son appauvrissement extr&#234;me &#224; l'&#233;l&#233;ment de la tache, sans aucune fonction plastique. Car Benjamin enfonce le clou : &#8220;Mais une peinture qui ne comporterait pas cette pr&#233;tention cesserait d'&#234;tre une peinture, et basculerait dans le m&#233;dium de la tache en g&#233;n&#233;ral qui est au-del&#224; de toute repr&#233;sentation.&#8221; Au fond, Benjamin pr&#234;te au mot, &#224; la valeur ou vertu nominative, le pouvoir du jugement. L'&#233;volution de la peinture selon notre auteur est marqu&#233;e par une relation entre la composition, la tache et le nom. Ainsi le lieu m&#233;taphysique selon lui de toute cette affaire se situe dans les diff&#233;rentes sortes de taches et de mots, la connaissance du rapport entre le mot et la peinture par la composition, c'est-&#224;-dire la nomination, est pour lui d&#233;terminante. Evidemment pour C&#233;zanne ou Matisse, la composition &#233;tant encore de l'ordre de l'oeil, du r&#233;tinien, aucune force de nomination ne trouve &#224; s'y exercer. Il faut &#234;tre tr&#232;s loin de la peinture pour penser le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois une citation tir&#233;e de sa chronique artistique sur les &#171; Peintures chinoises &#224; la Biblioth&#232;que nationale &#187; nous r&#233;concilierait avec Benjamin : &#171; Ces peintres sont des lettr&#233;s &#187;, dit M. Dubosc. Il ajoute : &#171; Leur peinture est cependant &#224; l'oppos&#233; de toute litt&#233;rature. &#187;19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;APPEL, APEL, APELLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La coupure d'Apelle, d'Ap(l), voil&#224; ce qu'il faudrait d&#233;sormais penser. L'expression nous vient de Giorgio Agamben qui, &#224; l'int&#233;rieur de son s&#233;minaire sur Paul, interpr&#232;te l'histoire de Pline. Cette histoire rapporte la rivalit&#233; entre les peintres Protog&#232;ne et Apelle : celui-ci voulant rendre visite &#224; Protog&#232;ne, et le trouvant absent, laissa sur une toile vierge la trace de son passage en dessinant une ligne extr&#234;mement fine. Protog&#232;ne de retour dans son atelier reconnut la signature d'Apelle et tra&#231;a une ligne plus fine &#224; l'int&#233;rieur de la premi&#232;re. Le d&#233;fi d'artiste s'acheva par une derni&#232;re prouesse de signature, Apelle redessinant une ligne encore plus fine. Le tableau, tel une &#339;uvre minimaliste, restera tel quel, et figurera dans les collections imp&#233;riales, expos&#233; &#224; l'admiration de tous : &#8220;J'ai entendu dire qu'il avait br&#251;l&#233; dans le premier incendie de la Maison de C&#233;sar sur le Palatin ; j'avais eu l'occasion de le voir : sa vaste surface ne contenait que des lignes &#224; peine perceptibles, aussi paraissait-il absolument vide &#224; c&#244;t&#233; des autres chefs d'&#339;uvre et s'attirait-il davantage par l&#224; m&#234;me et les regards et la c&#233;l&#233;brit&#233;.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour un peu on se surprendrait &#224; admirer l'Antrios, le tableau d&#233;constructif ridiculis&#233; par Yasmina Reza. Ou le tableau virtuel de Thierry de Duve, la toile vierge que personne ne pouvait peindre, ni m&#234;me concevoir, et qui bien s&#251;r marque &#233;galement le point culminant de la d&#233;construction picturale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Appeler cette performance graphique l&#233;gendaire, coupure d'Appel, comme l'a fait Walter Benjamin, et se voir traduit par coupure d'Apollon, voil&#224; qui ne pouvait pas nous laisser indiff&#233;rent. Notre coupure plastique, reformul&#233;e ailleurs en coupure althuss&#233;rienne s&#233;parant la plastique pure et la litt&#233;rature, le plast&#232;me et le litt&#232;me, la plastique pure et le capitalisme litt&#233;raire ou l'image-capital de Guy Debord, la plastique pure et la plasticit&#233; de Catherine Malabou.&lt;br class='autobr' /&gt;
Erreur de traduction : (nach dem apoll(i)nischen Schnitt), &#8220;comme une ligne divis&#233;e selon la coupure d'Apollon&#8221;, cette phrase n'aurait aucun sens, ni dans la mythologie grecque ni ailleurs nous dit Agamben.20 D'abord il est &#233;tonnant de supposer qu'il y a coupure ou division dans ce jeu de lignes gigognes. Pline n'utilise pas les termes de division ou de coupure mais insiste sur la performance plastique et artisanale des trac&#233;s lin&#233;aires de plus en plus fins, simples exercices de virtuosit&#233;, mais aussi travail de signature dans l'excellence. Enfin, ce que ne dit pas la l&#233;gende, nos artistes grecs ont d&#251; s'ing&#233;nier &#224; cr&#233;er des rythmes plastiques, des rapports lin&#233;aires, voir des accords de couleur d'une ligne sur l'autre, illustrant le mot du grand peintre am&#233;ricain Mark Tobey : &#8220;le probl&#232;me majeur de la peinture, se trouve, pour moi, dans le rythme et la forme plastique.&#8221;Aller trouver cela chez Simon Hanta&#239;, Henri Michaux et autres Cy Twombly. Il faut penser Mark Tobey contre Antrios, Mark Tobey contre Thierry de Duve, Mark Tobey contre Simon Twombly. La coupure plastique partage le champ plastique et l'on peut, v&#233;ritablement, employer cette belle expression de coupure d'Apelle, et ne pas h&#233;siter &#224; reprendre pour notre compte l'erreur de lecture qui en fit une coupure d'Apollon. C'est une coupure d'Apollon. Mais Giorgio Agamben qui s'appuie d'abord sur les textes, r&#233;interpr&#232;te cette coupure d'Apelle comme une division de la ligne, c'est-&#224;-dire rien de moins qu'une circoncision, l'aphorisme messianique en tant qu'il divise la division elle-m&#234;me entre les juifs et les non-juifs. Car les juifs comme les non-juifs sont eux-m&#234;mes divis&#233;s chacun de leur c&#244;t&#233; : juifs en tant que juifs selon le souffle et non selon la chair = non non-juifs. Les non-juifs selon la chair et non-juifs selon le souffle deviennent aussi des non non-juifs. Mais pour rester avec les Grecs, et l'universalisme de Paul, le peintre grec Apelle restera d&#233;finitivement non-juif selon la plastique, non seulement selon la chair, mais aussi selon le texte. On conna&#238;t l'autre fable de Pline le concernant : alors qu'Alexandre se risqua &#224; parler de peinture, il fit rire les broyeurs de couleurs de l'atelier d'Apelle. Plastophanie n&#233;gative et militante comme celle de Picasso &#224; propos d'Apollinaire (il ne conna&#238;t rien &#224; la peinture) ou Degas (cher Val&#233;ry, vous n'y avez rien compris).&lt;br class='autobr' /&gt; Cette histoire colossale du d&#233;fi entre les artistes, cette histoire situ&#233;e dans l'Ile de Rhodes nous obligera, une fois de plus, &#224; &#234;tre compl&#232;tement indiff&#233;rent au sens dans la peinture, et donc indiff&#233;rent &#224; la coupure entre la chair et le souffle rebaptis&#233;e par Agamben via Benjamin, coupure d'Apelle. Notre coupure d'Apelle-Apollon s&#233;pare l'esth&#233;tique du livre, de l'&#233;criture, et l'esth&#233;tique de la plastique, de la forme visuelle qui &#171; per&#231;oit sa propre division au-del&#224; d'elle-m&#234;me &#187; : la phrase de Benjamin qui ne voulait plus rien dire, mais qui reste une plastophanie involontaire absolue : &#171; comme une ligne divis&#233;e selon la coupure d'Apollon, per&#231;oit sa propre division au-del&#224; d'elle-m&#234;me. &#187; La coupure plastique per&#231;oit sa division, son auto immunit&#233;, celle qui d&#233;truirait le sens aux yeux de certains, car il cro&#238;t, c'est leur croyance absolue, qu'un art qui s'autoproclamerait art de l'absence de sens au b&#233;n&#233;fice d'une visualit&#233; pure, un art qui ne c&#232;de ni au figural ni au sens peut-&#234;tre de l'appel de l'&#234;tre (nous y reviendrons un jour), est un art relevant du formalisme le plus mortif&#232;re. La plastique pure se nourrit de la vie comme tout le monde, mais la vie n'est pas son objet. Le r&#233;cit, la fable, le po&#232;me l'indiff&#232;rent. Comme dirait Hegel, l&#224; o&#249; est la rose, l&#224; il faut danser. L&#224; o&#249; est Rhodes, l&#224; est le salut. L&#224; o&#249; est le colossal plastique, l&#224; est le salut, l&#224; o&#249; il faut sauter, faire sauter plastiquement ce qui se tient au-del&#224; de la division plastique. Hegel qui d&#233;non&#231;ait la cire molle de la pens&#233;e sans concept et sans effectivit&#233; : pour nous c'est la &#171; plasticit&#233; &#187; en tant qu'elle s'oppose toujours &#224; la plastique pure. La plastique pure saute par-dessus son temps, par-dessus le rocher de Rhodes, et se d&#233;fend toujours contre la philosophie qui peint son gris sur du gris, cette peinture philosophique qui semble d'autant plus marqu&#233;e par une forme de la vie qui a vieilli, qu'elle s'int&#233;resse avant tout en art &#224; la forme de la vie au d&#233;triment de la forme plastique. (Par o&#249; la &#8220;vie philosophique&#8221; et la &#8220;vie litt&#233;raire&#8221; paraissent bien grises pour le peintre).&lt;br class='autobr' /&gt; Cette division de la division paulinienne telle qu'interpr&#233;t&#233;e par Agamben serait une coupure d'Apelle messianique qui ne parvient jamais &#224; un universel. S'opposant en cela de son propre aveu &#224; Badiou, et rendant impossible l'universalisme plastique que nous pr&#233;conisons. Le reste qui fait la division, transformant le juif en non-juif, semble incompatible avec notre universalisme paulinien au sens de Badiou, universalisme de plastique pure o&#249; le Grec n'appara&#238;t que comme grec, o&#249; la philosophie et la plastique pure sont grecques. La philosophie parle grec et la plastique aussi. La gratuit&#233; de la plastique pure sans reste rel&#232;ve d'une autre pens&#233;e de l'appel : appel coup&#233; comme une coupure d'appel (sourd &#224; l'appel de l'&#234;tre, de l'&#233;criture, du son) appel coupant, s&#233;par&#233;, s&#233;parant. La ligne dans la ligne, la coupure de ligne, dessin dans le dessin, entaille ainsi l'incision, &#233;vite la tarte &#224; la cr&#232;me de la modernit&#233; acad&#233;mique du non identitaire, de l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne facile, et autre &#8220;informe&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt; L'appel de la plastique pure, sans doute plus proche quant &#224; sa fondation philosophique d'une pragmatique transcendantale digne de Karl Otto Apel, de sa s&#233;miotique transcendantale, mais notre s&#233;miotique plastique s'appuiera sur l'hypo-iconicit&#233; de Peirce, une r&#233;alit&#233; visuelle pr&#233;-s&#233;miotique, ant&#233;-signifiante. Cet appel issu du principe plastique est un Apel qui recourt &#224; la coupure d'Apelle : Apel appelle Apelle. Apelle appelle Apel, l'appel appelle Apel-Apelle etc. L'appel de plastique pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Passagio Adorno&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait encore loisible d'emprunter cette rue, &#224; Syracuse. Un chemin, une rue, un passage Adorno. Qui affirme la Dingform contre l'&#339;uvre d'art benjaminienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passagio Adorno. Sur l'&#238;le d'Ortygie. Et le long de la fontaine d'Ar&#233;thuse. Adorno nous fera mieux voir le Temple d'Ath&#233;na baroquis&#233;, &#224; Syracuse, non loin, au centre de l'&#238;le, synth&#232;se &#233;tonnante d'une salle &#224; colonnes doriques d'&#233;poque grec, reli&#233;es par des murs, et d'une fa&#231;ade &#224; deux niveaux de colonnes jumel&#233;es faisant ressaut, o&#249; chaque niveau &#224; la trav&#233;e centrale se trouve couronn&#233; d'un fronton ouvert sur sa base et &#224; sa pointe, pr&#233;sente ainsi un beau renfoncement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entkunstung comme Entplastikung&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#234;vant &#224; l'art contemporain. Nous-dit-on encore. Le r&#234;ve d'une chose.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On verra que le monde nourrit depuis longtemps le r&#234;ve d'une chose dont il lui suffit maintenant de prendre conscience pour la poss&#233;der r&#233;ellement&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'art n'est pas politique. Il y a un point de capiton entre la politique et l'art selon Badiou mais non une identit&#233; commune. Sur ce point Ren&#233; Sch&#233;rer et Alain Badiou pensent de m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une certaine esth&#233;tisation de la d&#233;sesth&#233;tisation du monde, li&#233; &#224; ce que nous appelons le dadaocapitalisme, un art &#224; l'&#233;tat liquide : une utopie capitaliste qui se veut une utopie artistique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cisons les termes de la d&#233;sesth&#233;tisation avec Philippe Lacoue Labarthe c'est-&#224;-dire sur l'Entkunstung, la perte du caract&#232;re artistique de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Adorno &#8212; je me permets de r&#233;sumer ainsi sa th&#232;se, pour commencer &#8212; y d&#233;nie au jazz le droit &#224; l'existence artistique. Il ne dit pas, ou pas tout uniment : le jazz n'est pas un art, encore que ce soit la le&#231;on la plus commun&#233;ment r&#233;pandue et celle que, par exemple, retient imm&#233;diatement le critique Joachim-Ernst Berendt (auquel Adorno se sentira oblig&#233; de r&#233;pondre quelques mois plus tard [1]). Il dit, et je cite l&#224; sa phrase conclusive : &#171; Le jazz est la fausse liquidation de l'art : au lieu de se r&#233;aliser, l'utopie dispara&#238;t de l'image. &#187; Ce qui est, je crois, d'une port&#233;e un peu diff&#233;rente. &#187;21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lacoue-Labarthe propose le mot d&#233;sartification de l'art plut&#244;t que d&#233;sesth&#233;tisation dans la traduction de Jimenez qui ne signifie pas la m&#234;me chose. Le pr&#233;fixe allemand &#171; ent &#187; dans Entkunstung se rend bien par le pr&#233;fixe &#171; d&#233; &#187; en fran&#231;ais, selon Lacoue Labarthe.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'utopie de la soci&#233;t&#233; r&#233;concili&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Entkunstung (d&#233;sartification, d&#233;sart) d&#233;signe, dans son acception premi&#232;re chez Adorno, la d&#233;composition ou l'effondrement de l'art, sa dissolution dans ce que la Kunstkritik appelle &#171; l'industrie culturelle &#187;. Pour autant, mais c'est extr&#234;mement fragile, que l'art puisse se saisir dans son concept comme &#171; autonome &#187;, c'est-&#224;-dire affranchi de la tutelle &#171; magique &#187; ou religieuse (ce qui ne veut pas dire m&#233;taphysique), ce qui advient h&#233;ro&#239;quement avec la modernit&#233;, la d&#233;sartification est le processus, sous les conditions du Capital et de la soci&#233;t&#233; administr&#233;e, d'h&#233;t&#233;ronomisation de l'art. Si l'on veut, d'un mot : son devenir-marchandise. Avec sa cons&#233;quence in&#233;luctablement &#233;thique et politique : la ruine de l'utopie &#233;mancipatrice ou lib&#233;ratrice dont il &#233;tait porteur depuis quelque deux si&#232;cles &#8212; la destruction de sa force de protestation, l'extinction de son &#233;nergie spirituelle, l'oubli de sa vocation messianique. La d&#233;sartification est la fin d'une promesse, d'autant plus grave qu'elle est inaper&#231;ue : une sorte de trahison machin&#233;e &#224; l'insu de ceux qui trahissent. &#187; Lacoue Labarthe ne pouvait en imputer la cause &#224; la disparition de l'invention de forme et &#224; l'oubli de la plastique, r&#233;servant une partie de sa conception de la plastique &#224; la Bildung allemande, une fiction politique, un fingere, un modelage, &#224; l'origine de toute politique mortif&#232;re du fa&#231;onnage des peuples selon un autre paradigme &#171; plastique &#187; justement, avec beaucoup des guillemets. Rien de moins que le mythe nazi selon lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peuple de la plastique nous manque. Il n' y a pas de peuple ready made.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Porte aux peintres &#224; Paris devenu Impasse des peintres : D&#233;couvrir la rue des colonnes, pr&#232;s de la Chauss&#233;e d'Antin, ou le magnifique lyc&#233;e Condorcet chef-d'&#339;uvre n&#233;oclassique lui aussi, manquerait de perspective, ou d'ouverture en supposant la seule d&#233;lectation, en pr&#233;conisant la simple lecture des formes, en adoptant l'unique attitude de l'artiste peintre, du sculpteur. Voir la ville ainsi, et l'art en g&#233;n&#233;ral, nous condamnerait-il n&#233;cessairement &#224; parcourir une voie sans issue ? L'apor&#233;tique du regard pictural n'est-il pas au contraire une forme de salut, un peu schopenhaurien, une mort &#224; Venise heureuse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rue Gauguet &#224; Paris, &#224; Montparnasse, rue o&#249; se trouvait l'atelier de Nicolas de Stael : une impasse. Pr&#232;s de la villa Seurat, autre impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le &#171; n&#233;o-dada&#239;sme &#187; dont le terme, d'abord propos&#233; par Duchamp, a justement fait l'objet d'un refus g&#233;n&#233;ral par tous les tenants du Pop art, ce n&#233;o-dada&#239;sme, voil&#224; ce qu'il faut tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment entendre, car il ne faudrait pas non plus oublier que Duchamp a d&#233;savou&#233; tous ces courants artistiques lanc&#233;s dans les ann&#233;es 1960 et qui se r&#233;clamaient pourtant de lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n&#233;o-dada qui se nomme maintenant nouveau r&#233;alisme, pop art, assemblage etc. est une distraction &#224; bon march&#233; qui vit de ce que dada a fait. Lorsque j'ai d&#233;couvert les ready-made, j'esp&#233;rais d&#233;courager le carnaval d'esth&#233;tisme. Mais les n&#233;o-dada&#239;stes utilisent les ready-made pour leur d&#233;couvrir une valeur esth&#233;tique. Je leur ai jet&#233; le porte-bouteilles et l'urinoir &#224; la t&#234;te comme une provocation et voil&#224; qu'ils en admirent la beaut&#233; esth&#233;tique. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; n&#233;o-dada &#224; bon march&#233; &#187;, qui r&#232;gne en concentrant maintenant tous les pouvoirs, en jouant d&#233;sormais au social &#224; la fa&#231;on dont le social est arbor&#233; dans tous les noms des partis de droite ou d'extr&#234;me-droite du Br&#233;sil, ce n&#233;o-dada que nous avons baptis&#233; du nom de dadaocapitalisme, peut d'autant plus facilement &#234;tre d&#233;nonc&#233; par Duchamp que celui-ci avait les id&#233;es claires en mati&#232;re d'art. Malgr&#233; la cr&#233;ature Frankenstein de l'anti-peinture qu'il a cr&#233;&#233;e et qui lui a &#233;chapp&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles peuvent s'&#233;noncer en un certain nombres de th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 Th&#232;ses de Duchamp sur l'art contemporain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Il savait que &#034;le cubisme [&#233;tait] un mouvement de peinture ... exclusivement. C'&#233;tait plastique en tout cas. Toujours&#034;. &#034;Tandis que le surr&#233;alisme est un mouvement qui englobe toute sorte d'activit&#233;s n'ayant pas grand chose &#224; voir avec la peinture, ou les arts plastiques&#034;. (Entretien Georges Charbonnier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - &#171; Ce n&#233;o-dada qui se nomme maintenant nouveau r&#233;alisme, pop art, assemblage etc. est une distraction &#224; bon march&#233; qui vit de ce que dada a fait. Lorsque j'ai d&#233;couvert les ready-made, j'esp&#233;rais d&#233;courager le carnaval d'esth&#233;tisme. Mais les n&#233;o-dada&#239;stes utilisent les ready-made pour leur d&#233;couvrir une valeur esth&#233;tique. Je leur ai jet&#233; le porte-bouteilles et l'urinoir &#224; la t&#234;te comme une provocation et voil&#224; qu'ils en admirent la beaut&#233; esth&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - &#171; Vous prenez une bo&#238;te de soupe Campbell's et vous la r&#233;p&#233;tez cinquante fois, c'est que l'image r&#233;tinienne ne vous int&#233;resse pas. Ce qui vous int&#233;resse, c'est le concept qui veut mettre cinquante bo&#238;tes de soupe Campbell's sur une toile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 - &#171; Le Verre en fin de compte n'est pas fait pour &#234;tre regard&#233; (avec des yeux &#034;esth&#233;tiques&#034;) ; il devait &#234;tre accompagn&#233; d'un texte de &#171; litt&#233;rature &#187; aussi amorphe que possible qui ne prit jamais forme ; et les deux &#233;l&#233;ments, verre pour les yeux et texte pour l'oreille et l'entendement, devaient se compl&#233;ter, et surtout s'emp&#234;cher l'un l'autre de prendre une forme &#171; esth&#233;tico-plastique &#187; ou litt&#233;raire. &#187; (lettre &#224; Jean Suquet)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- &#171; Les happenings ont introduit en art un &#233;l&#233;ment que personne n'y avait mis : c'est l'ennui. Faire une chose pour que les gens s'ennuient en la regardant, je n'y avais jamais pens&#233; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 - Duchamp trouva &#171; emmerdatoire &#187; une manifestation de BMPT (nom du groupe form&#233; par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 &#8211; Dada : un nihilisme plut&#244;t litt&#233;raire et anti-pictural : &#171; Dada fut la pointe extr&#234;me de la protestation contre l'aspect physique de la peinture. C'&#233;tait une attitude m&#233;taphysique. Il &#233;tait intimement et consciemment m&#234;l&#233; &#224; la &#171; litt&#233;rature &#187;. C'&#233;tait une esp&#232;ce de nihilisme pour lequel j'&#233;prouve encore une grande sympathie. C'&#233;tait un moyen de sortir d'un &#233;tat d'esprit &#8211; d'&#233;viter d'&#234;tre influenc&#233; par son milieu imm&#233;diat, ou par le pass&#233; : de s'&#233;loigner des clich&#233;s &#8211; de s'affranchir. La force de vacuit&#233; de Dada fut tr&#232;s salutaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duchamp explique comment l'affect po&#233;tique ou ce que nous d&#233;nommerons ainsi esth&#233;tise tout ce qu'on veut : on s'habitue &#224; n'importe quel objet, il suffit de vivre &#224; c&#244;t&#233; de quelque chose vous lui trouverez des qualit&#233;s esth&#233;tiques. On finit par aimer n'importe quoi, selon lui. (Entretien Philippe Collin). Ici esth&#233;tique et po&#233;tique convergent = le collectionneur surr&#233;aliste selon Benjamin &#171; le kitsch onirique &#187;. Ou habitus et imagination li&#233;s. On s'habitue &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La combinatoire des Nouveaux r&#233;alistes et du pop consiste &#224; associer dans un recyclage du r&#233;el les formes toutes faites et &#224; les &#171; po&#233;tiser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a le danger d'en faire trop, parce que n'importe quoi, vous savez, aussi laid que ce soit, aussi indiff&#233;rent que ce soit, deviendra beau et joli apr&#232;s quarante ans, vous pouvez &#234;tre tranquille&#8230;Alors, c'est tr&#232;s inqui&#233;tant pour l'id&#233;e m&#234;me du ready-made. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Collin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Est-ce que vous n'&#234;tes pas arriv&#233;, depuis l'&#233;poque o&#249; vous avez fait vos premiers ready-made, &#224; cet attachement esth&#233;tique que vous craignez, ou est-ce qu'ils sont rest&#233;s parfaitement indiff&#233;rents pour vous ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour moi, oui ! A moi, oui ! Mais enfin, je comprends tr&#232;s bien que les gens cherchent souvent un c&#244;t&#233; agr&#233;able, et ils le trouvent par habitude. Si vous regardez une chose vingt fois, cent fois, vous commencez &#224; vous habituer, &#224; l'aimer ou &#224; la d&#233;tester, m&#234;me. &#199;a ne reste jamais tout &#224; fait indiff&#233;rent. Donc c'est un probl&#232;me difficile. Surtout, pour moi, ils ne m'int&#233;ressent pas du tout &#224; regarder, comprenez-vous. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Collin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais comment doit &#234;tre regard&#233; un ready-made ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il ne doit pas &#234;tre regard&#233;, au fond. Il est l&#224;, simplement. On prend notion par les yeux qu'il existe. Mais on ne le contemple pas comme on contemple un tableau. L'id&#233;e de contemplation dispara&#238;t compl&#232;tement. Simplement prendre note que c'est un porte-bouteilles, ou que c'&#233;tait un porte-bouteilles qui a chang&#233; de destination. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux, voire trois &#171; kantismes &#187; anti-plastiques&lt;br class='autobr' /&gt;
Thierry De Duve : (Duchamp avec Kant) la maxime : &#171; Fais n'importe quoi &#187;, nominalisme assum&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cl&#233;ment Greenberg : ou la critique r&#233;tinienne auto-r&#233;flexive de la peinture r&#233;duite &#224; son m&#233;dium et au pauvre vieil aplat. M&#234;me si Greenberg s'est un peu amend&#233; &#224; la fin de sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le risque d'un jugement de go&#251;t kantien arbitraire en philosophie, par association libre qui ne s'arrime pas &#224; la beaut&#233; libre : &#171; Pense n'importe quoi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la peinture n'est ni &#171; medium &#187; ni &#171; tableau &#187;. Elle est un immense champ d'exp&#233;rimentation visuel, sans doute le plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art contemporain a toujours exist&#233;. Si l'on consid&#232;re la ph&#233;nom&#233;nologie de Roman Ingarden (et son epoch&#232; picturale) comme la plus appropri&#233;e des ph&#233;nom&#233;nologies et si l'on pense que Nicolas de Stael se reconnaissait en Descartes&#8230; : l'art contemporain est le mauvais g&#233;nie de la peinture, du cogito pictural. L'art contemporain est donc un art autre dont les modes d'appr&#233;ciation non plastiques se sont objectiv&#233;es. Il faut le d&#233;saffilier de la peinture et de la sculpture. Il est l'esth&#233;tisation de tout ce qui reste ext&#233;rieur &#224; la peinture, et de tout ce qui n'int&#233;resse pas le peintre (le non plastique bien d&#233;limit&#233; par Duchamp que nous avons vu plus haut par opposition &#224; &#171; l'esth&#233;tico-plastique &#187; que Duchamp voulait pourtant abolir).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne croyez pas que les &#233;nonc&#233;s de Duchamp ici tr&#232;s s&#233;v&#232;res &#224; l'&#233;gard des artistes et des courants qui se sont souvent r&#233;clam&#233;s de lui et qu'il a donc refus&#233; de cautionner, tels Hamilton ou Kaprow, soient le simple effet an&#233;miant ici d'un simple cum grano salis. Certains l'ont pr&#233;tendu.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens je suis &#224; la fois le plus anti-duchampien sur le plan des r&#233;alisations esth&#233;tiques et le plus duchampien sur le plan th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman Ingarden&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut en effet dire que tout tableau figuratif qu'il contient un certain tableau &#171; abstrait &#187; qui embrasse tout ce qui dans ce tableau ressortit &#224; la visibilit&#233; pure ; un tableau abstrait &#187; au sens o&#249;, pour &#234;tre purement saisi, il demande au spectateur qu'il fasse &#171; abstraction &#187; des th&#232;mes historiques et litt&#233;raires, comme des objets figur&#233;s, de leur condition physique, et, le cas &#233;ch&#233;ant, de leur condition psychique. Lorsque l' &#171; abstraction &#187; en ce sens-l&#224;, tout ce qui n'est pas purement d'ordre &#171; picturale &#187;, dans le tableau est mis entre parenth&#232;ses. Ce qui reste du tableau concret apr&#232;s une telle abstraction, c'est simplement un &#233;tat de moments purement qualitatifs et visuels, &#233;tat qui constitue le fondement de certaines qualit&#233;s picturales dot&#233;es de valeur esth&#233;tique, et celui de la valeur esth&#233;tique fond&#233;e sur ces qualit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peintres qui ont cr&#233;&#233; la peinture &#171; abstraite &#187; sont d'avis que les vrais peintres veulent toujours peindre des tableaux &#171; abstraits &#187; en ce sens-l&#224; [&#8230;] &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roman Ingarden, Sur la peinture abstraite, Hermann, 2013, pp. 80-81.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/3-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/3-2.jpg' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Thierry Briault&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roman Ingarden, &lt;i&gt;Sur la peinture abstraite&lt;/i&gt;, Hermann, 2013, pp. 80-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; peint la Gr&#232;ce, suivi de &#034;Hospitalit&#233; et utopie&#034;, par Ren&#233; Sch&#233;rer</title>
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		<dc:date>2022-11-22T01:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; Sch&#233;rer , Thierry Briault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lorsque Ren&#233; entreprend de s'attaquer &#224; l'antique, comme on disait autrefois dans les &#233;coles d'art, ce n'est pas pour y r&#233;aliser des &#233;tudes patiemment ex&#233;cut&#233;es sur un mod&#232;le acad&#233;mique ou dans un esprit didactique. Son approche est tout autre ici avec ses carnets de voyage en Gr&#232;ce [Reproduits ci-dessous (note d'I&amp;A)], aimablement confi&#233;s par Constantin Irodotou. Ren&#233; Sch&#233;rer pratique l'aquarelle et le dessin depuis toujours. On ne peut manquer de le voir sortir un carnet lors de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque Ren&#233; entreprend de s'attaquer &#224; l'antique, comme on disait autrefois dans les &#233;coles d'art, ce n'est pas pour y r&#233;aliser des &#233;tudes patiemment ex&#233;cut&#233;es sur un mod&#232;le acad&#233;mique ou dans un esprit didactique. Son approche est tout autre ici avec ses carnets de voyage en Gr&#232;ce &lt;i&gt;[Reproduits ci-dessous (note d'I&amp;A)]&lt;/i&gt;, aimablement confi&#233;s par Constantin Irodotou. Ren&#233; Sch&#233;rer pratique l'aquarelle et le dessin depuis toujours. On ne peut manquer de le voir sortir un carnet lors de ses d&#233;placements, pour croquer telle silhouette ou tel paysage avec pinceau ou crayon. Il n'a jamais voulu prendre un cours de dessin ou de peinture, sa pratique se veut totalement spontan&#233;e. Expressionnisme ? Na&#239;vet&#233; fauve assum&#233;e ? Nous le connaissons aussi grand d&#233;fenseur d'une vision expressive de la vie, fond&#233;e sur des positionnements anarchistes, ceux de Fourrier notamment ou les th&#233;ories deleuziennes r&#233;interpr&#233;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan stylistique n&#233;anmoins, on fera un rapprochement avec telles aquarelles de Van Dongen destin&#233;es &#224; l'illustration de la Recherche du temps perdu qu'il ne semblait pas conna&#238;tre. Des taches color&#233;es, une figuration l&#233;g&#232;re et frissonnante plus ou moins soulign&#233;e d'un trait nerveux, d'une ligne de contour plus incisive. Moi qui ai pass&#233; six mois sur le fragment des Panath&#233;n&#233;es du Louvre, je mesure &#233;videmment, puisque ces aquarelles faites en Gr&#232;ce s'attaquent &#224; Phidias, aux Cariatides, au Moscophore, aux Kouro&#239;, la diff&#233;rence de sa d&#233;marche. J'ai pu r&#233;aliser aussi des croquis devant les marbres d'Elgin au British Museum pendant quinze jours en dessinant de fa&#231;on plus libre, avec la gomme et en revenant longuement avec les crayons par des accidents de traits et des lignes entrem&#234;l&#233;s, le but &#233;tait tout autre. Je cherchais &#224; comprendre les rapports plastiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233;, et nous l'avions vu pr&#233;cis&#233;ment avec le d&#233;bat que nous avons men&#233; au sein de son s&#233;minaire et ici avec le texte reproduit qu'il m'avait laiss&#233; justement sur sa conception de la peinture, ne s'int&#233;resse pas &#224; la forme pour elle-m&#234;me. Il pr&#233;f&#232;re la force, l'&#233;lan et l'&#233;cart en rapport avec la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les aquarelles de son voyage en Gr&#232;ce repr&#233;sentent de cette mani&#232;re un point d'acm&#233; autour de la tension qui se produit entre un art d'&#233;tude et un art d'expression. Entre une envie de capter les lumi&#232;res et les couleurs sur le motif sans pr&#233;alable, faisant confiance en sa pulsion du moment, et la statuaire antique, le paysage grec, un monde visuel tout de construction et de mesures savantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas un peintre gestuel non plus &#224; la fa&#231;on de Rembrandt, dont les lavis sont des quintessences de construction, fait en quelques coups de pinceau d'une justesse tr&#232;s &#233;vocatrice et saisissante, et Rembrandt le fait en parall&#232;le avec ses c&#233;l&#232;bres peintures bross&#233;es de mani&#232;re large et emp&#226;t&#233;e qui accumulent les rapports plastiques par les accidents de mati&#232;re, et les glacis sombres sur les &#233;paisseurs . Ren&#233; n'est pas un r&#233;tinien. Il n'aime pas la notion. Il n'est pas non plus un technicien. Peintre gestuel pour l'expressivit&#233;, cultivant une sensibilit&#233; primesauti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un artiste ne peut s'emp&#234;cher de parler de lui-m&#234;me en commentant l'&#339;uvre d'un autre artiste, on voudra bien pardonner ce travers habituel qui n'est pas sans apporter n&#233;anmoins un &#233;clairage sur l'&#339;uvre en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait me reprocher de ne voir que des abstractions harmonieuses et les peindre l&#224; o&#249; elles apparaissent, tableau ou monde ext&#233;rieur, figuratifs ou non. Ren&#233; lui, ne sympathise pas de cette mani&#232;re et sur le m&#234;me plan, m&#234;me s'il est bien tourn&#233; vers les autres et le monde avec son regard hospitalier. Je me rappellerai toujours de sa r&#233;action face au portrait de Gongora peint par V&#233;lasquez. Il lui trouvait un air rev&#234;che, fort peu sympathique. Il n'appr&#233;ciait pas en g&#233;n&#233;ral la froideur et la distance v&#233;lasqu&#233;zienne, sa neutralit&#233;. Lors de l'exposition Vermeer r&#233;cente au Louvre, il m'invitait &#224; regarder les filles et les jeunes gens qui se trouvaient &#224; c&#244;t&#233; des tableaux, &#224; sortir du cadre, &#224; penser au &#171; parergon &#187;. Il &#171; swannise &#187; un peu. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise &#224; l'exposition de Hans Hartung, de voir les photos r&#233;alis&#233;s par l'artiste abstraits dont il ignorait l'existence et, comble du comble, d'y d&#233;couvrir le portrait de son fr&#232;re Eric Rohmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert un de mes homonymes anciens, sur le Net, Maurice Briault, un pr&#234;tre missionnaire, africaniste, aquarelliste et peintre, qui s'est fait conna&#238;tre par ses voyages dans les colonies fran&#231;aises, il est l' auteur de nombreux livres sur l'Afrique abondamment illustr&#233;es par ses soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A vrai dire je ne sais comment Ren&#233; a per&#231;u la lumi&#232;re de la Gr&#232;ce. Lors de mon unique voyage dans ce pays, je me souviens sur l'Acropole notamment, en observant les gens &#233;voluer au milieu des statues et des temples, je percevais en r&#233;alit&#233; un monde presque en cama&#239;eux, la couleur ne comptant pas, et les figures vivantes de ces visiteurs m'apparaissaient toutes extr&#234;mement cisel&#233;es par un effet &#233;trange de la lumi&#232;re qui devaient toujours r&#233;gner ainsi en Gr&#232;ce ou en Attique, du moins l'&#233;t&#233;, les gens comme les &#339;uvres et le paysage, tout me semblait dessin&#233; d'une ligne incisive, soulignant et marquant toutes les formes sans exception et d'une pl&#233;nitude sculpturale. La Gr&#232;ce pays des formes cisel&#233;es, en bronze, en marbre, en v&#233;g&#233;tal ou en chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sent bien, la Gr&#232;ce de Ren&#233; t&#233;moigne d'une vision plus color&#233;e, et lors de ces nombreux d&#233;placements en France ou &#224; l'&#233;tranger, comme ici avec ces carnets de voyage hell&#232;nes, c'est la m&#234;me fra&#238;cheur de ton, la m&#234;me touche enlev&#233;e, les m&#234;mes teintes transparentes et vives qui se r&#233;v&#232;lent ainsi &#224; nous et nous attendent. Non sans humour. La caricature surgit parfois. Par ses traits. C'est pourquoi il pr&#233;f&#232;re Goya &#224; V&#233;lasquez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les carnets sont souvent annot&#233;s, tranche de vie en plus d'&#234;tre expressivit&#233;. Il y a de la narrativit&#233; dans ces dessins, si on les suit. Chez lui, il en faisait d&#233;filer, ou ceux-ci d&#233;filaient tout seuls sur son &#233;cran, un logiciel nous surprenait et il r&#233;agissait encore, nous invitant &#224; les voir en nous prenant presque &#224; t&#233;moin, entre existence et image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais ce qu'il pense de Raoul Dufy, autre fauve avec Van Dongen auquel on pourrait le rapprocher. Ce ne serait plus La F&#233;e &#233;lectricit&#233;, mais la f&#233;e rencontre, la f&#233;e passionn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, l'actualit&#233; des expositions nous y invite avec Munch, Ren&#233; appr&#233;cie tout particuli&#232;rement &lt;i&gt;Le Cri&lt;/i&gt;. Avec l'autrichien Egon Schiele, ce sont deux peintres qui avaient sa pr&#233;f&#233;rence, deux peintres expressionnistes l&#224; encore et souvent consid&#233;r&#233;s comme des artistes pr&#233;curseurs. On voit ce qui attire notre ami, le puissant tropisme que ces &#339;uvres exercent sur sa sensibilit&#233;, la fra&#238;cheur intense et immens&#233;ment expressive du &lt;i&gt;Cri&lt;/i&gt;, et les corps jeunes et d&#233;gingand&#233;s de Schiele, lignes de contours bris&#233;es d'un c&#244;t&#233;, lignes ondulantes gagnant tout l'espace chez l'autre. Modernit&#233; et spontan&#233;it&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui dira toute la valeur et l'importance de ces carnets ? Pensons aux lavis et aquarelles de Barthes qui soutiennent une pens&#233;e du neutre et du gris. Sch&#233;rer et Barthes partagent la m&#234;me admiration pour Cy Twombli. Gardons ces mots, aussi terribles parfois que n&#233;cessaires souvent : modernit&#233; et spontan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Briault&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*************************************************************&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Le D&#233;partement de Philosophie de l'Universit&#233; d'Ath&#232;nes a organis&#233; le 18 octobre 2013, &#224; l'initiative de Gerasimos Kakoliris, en coop&#233;ration avec l'Institut Fran&#231;ais de Gr&#232;ce, une journ&#233;e philosophique consacr&#233;e au philosophe fran&#231;ais Ren&#233; Sch&#233;rer, intitul&#233;e &#171; Offrir l'hospitalit&#233; &#224; Ren&#233; Sch&#233;rer / Ren&#233; Sch&#233;rer sur l'hospitalit&#233; &#187;, avec la participation de : &#8226; Ren&#233; Sch&#233;rer, Professeur &#233;m&#233;rite en Philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8 Vincennes-&#224;-Saint-Denis. Titre de conf&#233;rence : Hospitalit&#233; et Utopie. &#8226; Anne Sauvagnargues, Professeure en Philosophie de l'Universit&#233; Paris Ouest Nanterre La D&#233;fense. Titre de conf&#233;rence : Les devenirs-enfants de Ren&#233; Sch&#233;rer. &#8226; Eftichios Bitsakis, Professeur &#233;m&#233;rite en Philosopie &#224; l'Universit&#233; d'Ioannina. Titre de conf&#233;rence : Ren&#233; Sch&#233;rer, Vers une utopie r&#233;elle. &#8226; Gerasimos Kakoliris, MCF en Philosophie &#224; l'Universit&#233; d'Ath&#232;nes. Titre de conf&#233;rence : Ren&#233; Sch&#233;rer et Jacques Derrida sur l'hospitalit&#233;. &#8226; Mod&#233;rateur : Constantin Irodotou, doctorant, &#224; l'&#233;poque, de l'Universit&#233; de Paris 8 Vincennes-&#224;-Saint-Denis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette occasion, Ren&#233; Sch&#233;rer a visit&#233; la ville d'Ath&#232;nes et le P&#233;loponn&#232;se, accompagn&#233; par Gerasimos Kakoliris, Anne Sauvagnargues et Constantin Irodotou, et y a consacr&#233; tout un carnet de croquis restant in&#233;dit (&lt;strong&gt;visible &#224; la suite du texte ci-dessous&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Constantin Irodotou&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*************************************************************&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Hospitalit&#233; et utopie&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux mots, deux id&#233;es qui, dans notre langage et dans notre pens&#233;e jouent ensemble, tourbillonnent, se renvoient la balle. Il vaut mieux &#8211; ce n'est pas une subtilit&#233; &#8211; supprimer le et, remplacer par une virgule. Ce qui donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hospitalit&#233;, utopie ou deux points : utopie ! c'est &#224; dire balivernes, irr&#233;alisme. Mais aussi et vu d'une tout autre mani&#232;re : hospitalit&#233;, utopie, ou notre utopie ! qui prend alors une allure affirmative, exaltante : si nous avons &#224; former une utopie pour le temps pr&#233;sent, c'est &#224; rien d'autre qu'&#224; l'hospitalit&#233;, offerte &#224; tous, que nous pensons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ai &#224; dire tourne autour de ces deux formulations, de ces deux id&#233;es simples, pour ne pas dire simplistes. Il est toujours utopique de proposer l'hospitalit&#233; sans restriction &#224; tous ceux qui la demande ; Mais c'est vraiment une utopie qui en vaut la peine, la plus g&#233;n&#233;reuse peut-&#234;tre, et, qui sait, la plus r&#233;aliste finalement pour un monde qui a qui va avoir besoin, s'il ne veut pas mourir, de plus, toujours plus d'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment y voir clair dans tout cela, comment s'orienter ? C'est la notion m&#234;me d'utopie qui est en question, qui peut signifier le pire : l'illusion, le vide des mots, et le meilleur : l'id&#233;e directrice, le but &#224; atteindre. Utopie p&#233;jorante et utopie exaltante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie est donc chose double ; et, de plus, &#233;voquer l'utopie est n&#233;cessairement devoir se r&#233;f&#233;rer, non &#224; une, avec l'article d&#233;fini, mais &#224; toutes les utopies qui ont revendiqu&#233; ouvertement ce nom, qui se sont recommand&#233;es de ce titre, &#224; &lt;i&gt;des utopies&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire &#224; des &#233;crits, des r&#233;cits qui existent, pullulent dans toute la litt&#233;rature moderne et contemporaine, &#233;clairants, instructifs, proposant, imaginant d'autres mondes, d'autres vies possibles que celle de l'actualit&#233; dite &#171; r&#233;elle &#187;, explorant des &lt;i&gt;possibles lat&#233;raux&lt;/i&gt; ( Raymond Ruyer) ou, si l'on veut &#8211; car le seul &#171; possible &#187; au sens strict est justement ce qui est advenu, le &#171; r&#233;el &#187; &#8211; des &lt;i&gt;impossibles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie, c'est l'impossible d'une soci&#233;t&#233;, mais un impossible exigible, d'une certaine mani&#232;re m&#234;me, n&#233;cessaire, appel&#233; par les injustices et les contradictions de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#233;thode-l&#224; que je choisis pour montrer comment ces utopies se sont comport&#233;es avec l'hospitalit&#233;, l'ont trait&#233;e &#8211; ou bien maltrait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;che qui serait hors de proportion avec le temps qui m'est imparti si je voulais l'&#233;puiser, mais pour laquelle je proc&#232;derai par survols et bonds, raccourcis, allant aux grandes lignes, axes ou id&#233;es directrices, n'h&#233;sitant pas &#224; simplifier, voire &#224; &#234;tre simpliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pour couper court, exposant d'embl&#233;e toute ma th&#232;se, je prendrai pour axe un paradoxe. C'est que l'utopie, politique et sociale, a &#233;t&#233; traditionnellement g&#234;n&#233;e par l'hospitalit&#233;, n'a pas fait bon m&#233;nage avec elle, bien qu'elle ait, par ailleurs, avec celle-ci une &lt;i&gt;affinit&#233;&lt;/i&gt; certaine. Et qu'il a fallu attendre une conversion ou une mutation essentielle pour que l'hospitalit&#233; avec ses probl&#232;mes, au premier chef, le probl&#232;me de &lt;i&gt;l'&#233;tranger&lt;/i&gt;, passe au premier plan de l'utopie, l'organise, en devienne le pivot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le probl&#232;me ne s'&#233;noncera plus : comment &lt;i&gt; rendre possible l'admission de l'&#233;tranger dans la soci&#233;t&#233; la meilleure&lt;/i&gt;, mais : &lt;i&gt;comment penser une soci&#233;t&#233; meilleure autour de l'&#233;tranger, de l'admission de l'&#233;tranger&lt;/i&gt;. Penser autour de l'autre, de la priorit&#233; de l'autre, et non du repliement, de la cl&#244;ture sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera une grande mutation, certes. A toute &#233;poque, ce sont des utopies &#8211; sinon &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; utopies &#8211; qui ont formul&#233;, condens&#233;, illustr&#233; les grandes id&#233;es directrices de leur temps, les &#171; th&#232;mes de leur temps &#187;. A commencer par la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon, en passant par l'&lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt; proprement dite (&#233;ponyme) de Thomas More, jusqu'&#224; celle de Charles Fourier, l'&lt;i&gt;Harmonie universelle&lt;/i&gt;. Trois utopies, trois jalons, trois condens&#233;s critiques de leur &#233;poque : la cit&#233; antique et la fondation de l'ordre &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; ; l'Europe &lt;i&gt;capitaliste et la question sociale&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;L'imp&#233;rialisme contemporain et la mondialisation&lt;/i&gt;. (Car, Fourier, bien qu'&#233;crit au d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, c'est bien cela : une utopie &#224; l'&#233;chelle du globe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces utopies concernent ces th&#232;mes, dans la cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale du &#171; politique &#187; ; mais il faut compter aussi avec de multiples utopies qui traitent plus volontiers des m&#339;urs, comme celle de Cyrano, ou de R&#233;tif, avec les questions des sexes, des femmes, du mariage ; Fourier se pla&#231;ant encore sur ce point en position exceptionnelle et pr&#233;dominante, en introduisant dans ce qui apparaissait comme relevant seulement de l'ordre politique, &lt;i&gt;les passions&lt;/i&gt;, l'ordre du &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est-il, dans cette ligne, cette lanc&#233;e, particuli&#232;rement int&#233;ressant pour ne pas dire &lt;i&gt;prescrit&lt;/i&gt;, d'aller rechercher comment &#171; l'utopie &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; les &#187; utopies ont trait&#233; de l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;sume en reprenant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine, comme partout, un recours &#224; l'histoire de ce qui est, &#224; la fois une id&#233;e, une notion et un &#171; genre &#187; : un genre litt&#233;raire et philosophique, pourra &#234;tre &#233;clairant. Des utopies existent, ont &#233;t&#233; &#233;crites, depuis celle qui a donn&#233; le nom, l'&lt;i&gt;Utopia&lt;/i&gt; de Thomas More, et m&#234;me avant, d&#232;s l'antiquit&#233;, avant la lettre, pour ainsi dire ; je ne vais pas me lancer dans leur &#233;num&#233;ration, mais plut&#244;t, en les survolant, d&#233;gager quelques grandes lignes, quelques orientations principales. Et j'en vois d'abord 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	une certaine affinit&#233; entre l'utopie et l'hospitalit&#233;. Le fait que d&#232;s l'antiquit&#233;, l'hospitalit&#233; appara&#238;t dans un environnement, un contexte souvent, pas toujours, mais souvent utopique. C'est le cas de l'Odyss&#233;e : la splendide hospitalit&#233; de l'&#238;le de Sch&#233;rie, celle des Ph&#233;aciens ; et, plus pr&#233;cis&#233;ment le fait que les auteurs d'utopies les ont fait appara&#238;tre dans des situations exigeant l'hospitalit&#233;. Je m'explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'utopie, et cela est particuli&#232;rement net et exemplaire chez Thomas More, est d&#233;couverte par des voyageurs, des gens qui sont en visite, en quelque sorte, et qui doivent &#234;tre re&#231;us, et arrivent en amis, non en ennemis pour revenir conter l'organisation sociale sup&#233;rieure qu'ils ont d&#233;couverte et en faire l'&#233;loge. D'une certaine mani&#232;re, l'utopie s'est greff&#233;e sur une hospitalit&#233; premi&#232;re, elle, non utopique au sens d'invent&#233;e, d'imagin&#233;e, mais bien r&#233;elle ; et il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que c'est une certaine forme d'hospitalit&#233;, d'accueil, qui a encadr&#233;, rendu possible, induit, dans les temps modernes, pour ne parler que d'eux, la pens&#233;e utopique. Une &lt;i&gt;hospitalit&#233; du seuil&lt;/i&gt;, de l'acc&#232;s, liminaire, mais indispensable comme condition premi&#232;re de la pens&#233;e qui a invent&#233;, &#224; partir des soci&#233;t&#233; recevantes, l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. C'est le &lt;i&gt;Nouveau monde&lt;/i&gt; d'abord qui a &#233;t&#233; la source de l'imaginaire utopique : les soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaines, oc&#233;aniennes sur lesquelles se greffent des id&#233;es emprunt&#233;es &#224; la cit&#233; id&#233;ale platonicienne. Ce qui est clair chez More, ou dans la &lt;i&gt;Cit&#233; du soleil&lt;/i&gt; de Campanella ; utopies rendues possibles par l'acc&#232;s &#224; de plus larges horizons de la terre, &#224; d'autres peuples et formes de vie, &#224; ce qu'on a aper&#231;u, que Montaigne a le mieux exprim&#233;, comme un d&#233;centrement du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire du monde m&#233;diterran&#233;en. Et, d&#232;s ce moment, l'utopie appara&#238;t comme en jonction tr&#232;s pr&#233;cise avec l'histoire contemporaine dont elle &#233;pouse le mouvement : les grandes exp&#233;ditions maritimes, et, tout &#224; la fois, en contradiction, en opposition &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; avec elle. Et ce, doublement, puisque, dans son r&#233;cit, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale ou meilleure, l'utopie est un mode indirect de critique politique des injustices ou des incoh&#233;rences sociales ; et que, d'un autre c&#244;t&#233;, elle repose sur un mode inverse d'acc&#232;s au monde nouveau que celui que l'histoire r&#233;elle a adopt&#233; : non la violence destructrice, ou le d&#233;ni de l'alt&#233;rit&#233;, mais &lt;i&gt;l'accueil hospitalier&lt;/i&gt;, la compr&#233;hension, la comparaison &#233;tablie &#224; l'avantage de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est le premier point de mon expos&#233; : une affinit&#233; intime entre l'utopie, j'entends la cr&#233;ation utopique, telle qu'elle a apparu dans l'histoire, et l'hospitalit&#233;, un sens de l'hospitalit&#233;, qu'il s'agisse de la r&#233;ception des h&#244;tes voyageurs, ou de l'acceptation par eux des institutions &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Mais il y a un second point, un second aspect. C'est que l'utopie, une fois qu'elle s'&#233;crit, se d&#233;veloppe comme description d'une cit&#233; parfaite, meilleure en tout cas, n'a qu'un souci : se garantir de l'&#233;tranger, prendre contre lui des pr&#233;cautions. Cela est une constante depuis Thomas More jusqu'aux toutes derni&#232;res utopies contemporaines du 19&#232;me si&#232;cle ( car il y en a eu beaucoup dans cette tradition) ; et l'on peut, pour simplifier, en voir le mod&#232;le dans &lt;i&gt;Les lois&lt;/i&gt; de Platon qui, sans &#234;tre une utopie au m&#234;me titre que &lt;i&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; jouent tout de m&#234;me effectivement ce r&#244;le pour les utopies modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, surtout pour ce que j'ai &#224; soutenir ici, c'est que l'on voit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; des mesures de grandes prudence ou de d&#233;fiance envers l'&#233;tranger, avec toutefois la pr&#233;servation d'un principe d'hospitalit&#233; qui est gard&#233; dans l'utopie de l'Etat ou de la Cit&#233;, mais ne fait pas partie int&#233;grante d'elle-m&#234;me. Il est divin, d'un autre ordre. La cit&#233;, au contraire, va se construire sur une utopie interne, rationalisation de l'int&#233;rieur, et jalouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au fond, l'utopie suit un peu le m&#234;me chemin que la pens&#233;e politique au l8&#232;me si&#232;cle, telle qu'elle appara&#238;t tout au moins chez Rousseau, telle qu'elle se prolonge dans le nationalisme jacobin. Elle va prendre un chemin qui l'&#233;loigne du &lt;i&gt;cosmopolitisme, au nom du patriotisme, de l'int&#233;r&#234;t national&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et il appara&#238;t l&#224; une contradiction, une tension ou un conflit au sein de la pens&#233;e utopique : elle vise &#224; une soci&#233;t&#233; id&#233;ale, mais la r&#233;serve pour un petit nombre, elle pressent que la cit&#233; ne peut pas ne pas s'ouvrir &#224; l'&#233;tranger sans parvenir &#224; l'int&#233;grer. Et cela, d'ailleurs, vaut aussi pour l'antiquit&#233;, pour Platon, dont Andr&#233; Joly a remarquablement d&#233;crit la position ambigu&#235; qui fait que, admettant philosophiquement , exigeant la participation &lt;i&gt;ontologique&lt;/i&gt; du m&#234;me &#224; l'autre, il ne peut la faire passer &lt;i&gt;dans le politique&lt;/i&gt;, la transposer de l'&lt;i&gt;Etre&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;Cit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mettrai cela au centre, comme entrave et impasse de la pens&#233;e utopique de cette tradition, et que l'on rep&#232;re fort bien dans les utopies &#233;tatiques contemporaines, &#171; transcendantes &#187; (en langage de Deleuze)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une seconde orientation, ou, pour ainsi dire, deux sources de l'Utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tait platonicienne, mettait un point final au voyage, pr&#233;f&#233;rait le s&#233;jour et la cl&#244;ture &#224; l'errance et &#224; l'expansion. La seconde suit une route qui aussi a &#233;t&#233; trac&#233;e d&#232;s l'antiquit&#233; : celle , non de la cit&#233;, mais du cosmopolitisme, de l'&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; d'Alexandre, et aussi de l'Empire romain, du &lt;i&gt;citoyen du monde&lt;/i&gt;. Elle trace avec l'autre une ligne entrecrois&#233;e, chevauchante, parfois confondue . Dans toute l'histoire de l'utopie, on ne la voit se d&#233;gager nettement qu'&#224; la fin du l8&#232;me si&#232;cle avec Kant, avec son id&#233;e fondamentale d'un &#171; droit cosmopolitique &#187; command&#233; par le principe d'une &lt;i&gt;hospitalit&#233; universelle&lt;/i&gt; ; mais avec des restrictions et limitations h&#233;rit&#233;es de la vision &#233;tatique nationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout avec l'utopie de Fourier qui propose une alliance unique de la &#171; r&#233;volution mol&#233;culaire &#187; dans le sens que lui a donn&#233; Felix Guattari, avec un principe d'hospitalit&#233; non r&#233;duit au droit de visite, mais d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est sur cette base, je crois qu'une alliance de l'utopie et de l'hospitalit&#233; doit &#234;tre pens&#233;e : &lt;i&gt;l'hospitalit&#233; est notre utopie&lt;/i&gt;, c'est dire que nous ne pouvons formuler actuellement de proposition utopique qui n'int&#232;gre pas l' hospitalit&#233; : pas d'utopie jalouse, r&#233;serv&#233;e, pas de soci&#233;t&#233; id&#233;ale possible qui ne soit pas d'abord orient&#233;e vers l'&#233;tranger et son accueil ; mais &#233;galement, il est assur&#233; que toute hospitalit&#233; pens&#233;e en ce sens, &#233;tant utopique, nous contraint &#224; r&#233;viser notre conception p&#233;jorative de l'utopie en l'int&#233;grant &#224; la possibilit&#233; de penser. Moins &#224; titre de conceptualisation que de po&#233;tisation du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;tisation, c'est-&#224;-dire devant &#233;chapper toujours au froid langage politique et juridique. Je reprendrai en terminant les paroles admirables d'Edmond Jab&#232;s : &#171; En de&#231;&#224; de la responsabilit&#233;, il y a la solidarit&#233; ; par-del&#224;, il y a l'hospitalit&#233; &#187; ; et aussi, r&#233;pondant &#224; la pesanteur, &#224; l'ali&#233;nation du r&#233;el et connotant la dimension utopique : &#171; l'hospitalit&#233; all&#232;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ren&#233; Sch&#233;rer&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/3_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/3_1_.jpg' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/3.jpg' width='500' height='368' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/4.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/4.jpg' width='500' height='362' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/5.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/5.jpg' width='500' height='672' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/6.jpg' width='500' height='664' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/7.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/7.jpg' width='500' height='690' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/8.jpg' width='500' height='675' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9.jpg' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10_1_.jpg' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10.jpg' width='500' height='361' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11_1_.jpg' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11.jpg' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12_1_.jpg' width='500' height='763' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12.jpg' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13_1_.jpg' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.jpg' width='500' height='652' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14_1_.jpg' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14.jpg' width='500' height='390' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15_1_.jpg' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15.jpg' width='500' height='358' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/16.jpg' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17_1_.jpg' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17.jpg' width='500' height='653' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18_1_.jpg' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18.jpg' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19_1_.jpg' width='500' height='303' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19.jpg' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20_1_.jpg' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_674 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20.jpg' width='500' height='673' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21_1_.jpg' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_676 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21.jpg' width='500' height='676' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/22.jpg' width='500' height='699' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_678 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23_1_.jpg' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_679 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23.jpg' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24_1_.jpg' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24.jpg' width='500' height='657' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25_1_.jpg' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25.jpg' width='500' height='660' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26_1_.jpg' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26.jpg' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27_1_.jpg' width='500' height='320' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27.jpg' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28_1_.jpg' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28.jpg' width='500' height='352' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29_1_.jpg' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29.jpg' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30_1_.jpg' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30.jpg' width='500' height='695' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31_1_.jpg' width='500' height='1250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31.jpg' width='500' height='701' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32_1_.jpg' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32.jpg' width='500' height='684' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33_1_.jpg' width='500' height='756' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33.jpg' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34_1_.jpg' width='500' height='781' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34.jpg' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35_1_.jpg' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35.jpg' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_706 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/36.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/36.jpg' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/37.jpg' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/38.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/38.jpg' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_709 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/39.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/39.jpg' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/41.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/41.jpg' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/42.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/42.jpg' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/43.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/43.jpg' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/44.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/44.jpg' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/45.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/45.jpg' width='500' height='640' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/46.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/46.jpg' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/47.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/47.jpg' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/48.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/48.jpg' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/50.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/50.jpg' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/51.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/51.jpg' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0564.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0564.jpg' width='500' height='771' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/52.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/52.jpg' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/53.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/53.jpg' width='500' height='685' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0560.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0560.jpg' width='500' height='649' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la peinture &#224; la peinture, dialogue avec Ren&#233; Sch&#233;rer</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1131</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1131</guid>
		<dc:date>2022-11-18T19:04:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; Sch&#233;rer , Thierry Briault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Note d'Ici&amp;Ailleurs : Le 25 novembre prochain, le philosophe Ren&#233; Sch&#233;rer aura cent ans. A cette occasion, nous livrons au public quelques in&#233;dits de cette figure intellectuelle d&#233;cisive du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent et du n&#244;tre, ainsi que des textes que nous ont adress&#233;s certains de ses amis en vue de lui rendre hommage. On en trouvera les premiers &#233;chantillons ICI et ICI. Les publications se poursuivront jusqu'&#224; la date anniversaire qui sera marqu&#233;e par la mise en ligne d'une surprise de taille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Note d'Ici&amp;Ailleurs &lt;/i&gt; : Le 25 novembre prochain, le philosophe Ren&#233; Sch&#233;rer aura cent ans. A cette occasion, nous livrons au public quelques in&#233;dits de cette figure intellectuelle d&#233;cisive du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent et du n&#244;tre, ainsi que des textes que nous ont adress&#233;s certains de ses amis en vue de lui rendre hommage. On en trouvera les premiers &#233;chantillons &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/portraits-philosophiques/article/entretien-avec-rene-scherer-1111&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/portraits-philosophiques/article/hospitalite-et-utopie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;. Les publications se poursuivront jusqu'&#224; la date anniversaire qui sera marqu&#233;e par la mise en ligne d'une surprise de taille ! Rendez-vous est pris.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la peinture &#224; la peinture, dialogue avec Ren&#233; Sch&#233;rer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous reproduisons un texte in&#233;dit, une amorce de dialogue avec Ren&#233; sur la peinture. Il m'avait confi&#233; ces pages et je les r&#233;servais pour un ouvrage futur &lt;i&gt;L'absolu pictural, Plastique pure et sens commun&lt;/i&gt;. Texte qui trouvera sa place &#224; la suite de mon autre dialogue avec Jacques Ranci&#232;re, d&#233;j&#224; consultable en ligne sur le sens commun et la plastique pure.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une joie et un plaisir sans m&#233;lange d'&#233;changer au cours des nombreuses s&#233;ances du s&#233;minaire de Ren&#233; nos vues multiples sur l'art. Ce s&#233;minaire a d'ailleurs &#233;volu&#233; de mani&#232;re particuli&#232;re dans ces ann&#233;es-l&#224; d'un questionnement sur &#171; La vie &#187; &#224; une r&#233;flexion sur &#171; L'art et la vie &#187;, jusqu'&#224; un art point&#233; avec tous ses n&#339;uds : &#171; Mort des Beaux-arts &#187; selon un mot de Fran&#231;ois Ch&#226;telet, ou encore &#171; Le Hareng saure &#187;, &#171; L'art comme un combat &#187;, jusqu'&#224; ma reprise du s&#233;minaire la derni&#232;re ann&#233;e. J'ai anim&#233; ce s&#233;minaire avec lui sans toutefois choisir les titres ni les invit&#233;s en g&#233;n&#233;ral sinon quelques-uns, en plaidant la cause de la peinture pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce texte de Ren&#233;, auquel je r&#233;pondrais point par point comme il se doit, les questions &#233;voqu&#233;es r&#233;sument tr&#232;s bien la teneur de nos &#233;changes, d'autres d&#233;veloppements sont accessibles en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que cet article et la r&#233;sonance de nos propos sauront lui apporter ici le m&#234;me plaisir qu'&#224; moi, &#224; ce cher philosophe tout en sympathie et philia que je salue et embrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la peinture, en g&#233;n&#233;ral ou/et en particulier&lt;br class='autobr' /&gt;
par Ren&#233; Sch&#233;rer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je supposerai donc, cher Thierry, de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle et l&#233;gitime que, menant bon an mal an et par vents et mar&#233;es, la conduite d'un s&#233;minaire consacr&#233; aux beaux-arts, d&#233;plorant leur d&#233;rive actuelle, voir leur mot, que tu m'aies interrog&#233; sur ma conception de la peinture et demand&#233; de la pr&#233;ciser, par rapport &#224; la tienne. Celle que, pour ta part, tu exposes pr&#233;cis&#233;ment et largement dans ce v&#233;ritable &#171; Trait&#233; &#187; qu'est La philosophie de la plastique pure. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui me concerne, je ne serai pas tr&#232;s long, car je me sens totalement incapable de formuler des d&#233;monstrations suivies et ce sont plut&#244;t des remarques que je te propose.&lt;br class='autobr' /&gt;
En gros, d'abord, je suis tout &#224; fait d'accord avec toi pour d&#233;plorer la situation contemporaine paradoxale qui nous fait assister, &#224; la fois, &#224; une quasi disparition des &#339;uvres de peinture proprement dite et &#224; une extension illimit&#233;e et extravagante du mot (discipline, cat&#233;gorie ou concept, comme on voudra l'appeler) de &#171; peinture &#187;. Cela a commenc&#233; par des collages, puis l'intrusion d'objets, puis &#171; l'installation &#187; qui, c'est le cas de le dire sans jeu de mot, install&#233;e ou implant&#233;e dans l'exposition publique et dans l'enseignement, jusqu'&#224; &#233;liminer crayon, pinceau, couleurs, instruments et mati&#232;res traditionnelles de la peinture et de son apprentissage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce que tu d&#233;plores &#224; tr&#232;s juste titre, ce que tu condamnes avec une fermet&#233; que je suis tout dispos&#233; &#224; approuver, c'est cet envahissement ; que tu vas m&#234;me &#8211; mais l&#224;, comme je ne suis nullement sp&#233;cialiste ni professeur en arts plastiques, je ne saurais me prononcer, tout en acceptant ton avis- que tu vas jusqu'&#224; qualifier de &#171; dictature &#187; dans les &#233;tablissements publics, jusqu'&#224; notre fac. De Paris VIII o&#249; l'installation semble unilat&#233;ralement dominer, r&#233;gner en ma&#238;tre (en ma&#238;tresse, je ne sais quel mot on utilise aujourd'hui).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; un premier point d'accord qui, de mon c&#244;t&#233;, m'a fait accueillir ta collaboration, sans r&#233;serve. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans l'id&#233;e de restituer &#224; &#171; la peinture &#187; une place authentique et de plein droit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seconde id&#233;e est que l'on ne saurait parler de &#171; la peinture &#187; tout &#224; fait en g&#233;n&#233;ral et que l'art ne conna&#238;t que des &#339;uvres singuli&#232;res, des individus, des &#233;coles ou des peintres. Donc, qu'il faut se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#339;uvres existant ou ayant exist&#233; dans le pass&#233;. Ce qui nous a mis &#224; la recherche d'exemples dans l'histoire r&#233;cente ou plus lointaine. Sur ce point encore, je crois que nous pouvons nous accorder. L'existence et la fr&#233;quentation de nombreuses expositions consacr&#233;es aux auteurs du pass&#233; montre qu'en d&#233;pit d'un engouement officiel pour l'installation, le public ne cesse d'aimer, de d&#233;sirer &#171; la peinture &#187;. Il y a, en elle, un attrait irr&#233;sistible qu'en l'absence av&#233;r&#233; de nouvelles &#339;uvres (ou de leur raret&#233;) elle est loin d'avoir disparu. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce cas, &#171; mort des beaux-arts ? &#187; qui est le titre de notre s&#233;minaire, justifie son point d'interrogation. Non, et celui-ci m&#234;me t&#233;moigne d'une vitalit&#233; r&#233;elle. Le &#171; d&#233;sir de peinture &#187; si l'on peut dire, est certain. Et m&#233;rite d'&#234;tre oppos&#233; &#224; cette &#171; volont&#233; d'art &#187; contemporaine, ce &#171; Kunstwollen &#187; pour user de la formule classique de A. Riegl, qui, porterait plut&#244;t vers cette universelle installation que je viens de mentionner. D&#233;sir de peinture r&#233;el, installation intentionnelle. Il y a l&#224; une opposition, sinon une antinomie qui m&#233;rite d'&#234;tre relev&#233;e et interrog&#233;e. Nous ne l'avons pas fait exactement dans le cours du s&#233;minaire, mais elle lui est, je crois, sous-jacente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a, sans aucun doute des r&#233;ponses, mais elles me paraissent si diverses que je repousse sans cesse l'&#233;ventualit&#233; de les interroger. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourtant ici que je vais greffer (pure circonstance, je ne veux pas dire que ce soit une liaison n&#233;cessaire) ce qui nous diff&#233;rencie, ou peut-&#234;tre nous oppose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me point : La substitution, &#244; combien redoutable et n&#233;faste, appara&#238;t pour toi avec Duchamp. C'est ta plateforme, ton pivot, ton point de rupture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi &#8211; et il y a eu cette ann&#233;e, opportun&#233;ment, une exposition mettant en mesure de juger de la question- si Duchamp, avec le Grand verre, La mari&#233;e mise a nu, la &#171; fontaine &#187; surtout, est ouvertement en position de rupture, il y a, toutefois, dans son &#339;uvre, une sorte de continuit&#233; qui, dans l'art contemporain de la peinture elle-m&#234;me, indiquait d&#233;j&#224; une perspective, ouvrait une voie. Celle qui la portait, avec le cubisme, le futurisme, voire le surr&#233;alisme, &#224; une recherche du mouvement, du temps, de la &#171; quatri&#232;me dimension &#187; ... et que marque bien ce remarquable &#171; nu descendant l'escalier &#187; que je prends, pour ma part, comme un moment de transition, de passage, de transformation de notre champ du visible ou d'ouverture de notre vision contemporaine vers de nouvelles possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#338;uvre essentielle, donc, appartenant encore &#224; la peinture tout en la transgressant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que ces possibilit&#233;s, d&#233;j&#224; pr&#233;sentes avec C&#233;zanne, le cubisme ou Delaunay (que j'associe &#224; ce toute tendance, ce qui est, cela va de soi, &#224; pr&#233;ciser) restent dans le champ de la peinture en elle-m&#234;me ; celle que, pour ta part, du range dans la cat&#233;gorie de la peinture, ou mieux, de la &#171; plastique pure &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en viens donc au quatri&#232;me point de friction, ou dissension, malentente ou diff&#233;rend (peu importent les mots, momentan&#233;ment du moins). C'est la place &#224; r&#233;server &#224; cette sp&#233;cificit&#233;, singularit&#233;, &#171; puret&#233; &#187; que tu accordes &#224; la peinture ou &#171; plastique &#187; Et, en ce cas, au contraire, je parais faire preuve d'une distinction toute verbale, d'une subtilit&#233; mal venue, lorsque je te querelle sur les mots &#171; plastique &#187; et ceux form&#233;s &#224; partir de lui : plast&#232;me, plastophanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais parce qu'il ne s'agit pas, &#224; mon sens, seulement d'une affaire de mots, mais de chose. La &#171; chose &#187; en question dans la peinture. Celle dans laquelle, pour reprendre l'expression de C&#233;zanne, il faut entrer, celle qui poss&#232;de une &#171; v&#233;rit&#233; &#187; qu'il doit livrer au spectateur. Sur ce point encore, je crois que nous avons une entente et une m&#233;sentente. Je suis pleinement en sympathie avec les pages de C&#233;zanne que tu cites, avec les auteurs que tu &#233;voques &#224; sa suite. Mais sans penser qu'il puisse &#234;tre possible de sp&#233;cifier, de d&#233;tacher une composante, un &#233;l&#233;ment, un &#171; ingr&#233;dient &#187;, un mot comme &#171; plast&#232;me &#187; qui donnerait sa qualification de &#171; peinture &#187; &#224; ce dont il s'agit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, il est possible de dire &#171; cela est de la peinture &#187;, &#171; cela n'en est pas &#187; ; et en consid&#233;rant qu'il y a, dans ce domaine, une relativit&#233; historique. Telle chose est ou n'est pas du &#171; domaine pictural &#187; &#224; tel ou tel moment. Ce qui serait vrai aussi pour un autre art, comme en musique (sans exclusive, d'ailleurs). Mais il ne me para&#238;t pas possible, ni m&#234;me sens&#233; de d&#233;finir l'agent constituant. Sinon un ensemble qu'on pourra nomme, d'un moment un peu passe-partout &#171; agencement &#187; ou &#171; composition &#187; ; parce qu'il se trouve &#8211; et l&#224; je rencontre Kant et m'en tient &#224; lui, &#171; sans concept &#187;, sans &#171; jugement d&#233;terminant &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le point o&#249; l'esth&#233;tique rencontre l'art ou l'art l'esth&#233;tique et o&#249; ils se d&#233;finissent r&#233;ciproquement. C'est le point o&#249;, ce qui importe, ce sont moins les d&#233;limitations que les d&#233;bordement de limites ; moins les normes que les transgressions ; moins les lignes que les traits &#171; vecteurs de pulsion &#187; comme le dit Hubert Damisch ; ou encore Van Gogh, avec sa m&#233;tamorphose de la vision des choses qu'a si bien not&#233; Artaud dans un texte qui, pour moi est ind&#233;passable, car, pr&#233;cis&#233;ment il n'indique, chez Van Gogh, aucun ingr&#233;dient discernable, aucun &#171; plast&#232;me &#187;, si ce n'est un rapport aux choses et &#224; la vie. Ou, pour employer un mot de Rilke, un &#171; ouvert &#187; qui est aussi ouvrant, qui ouvre (ce qu'on discernerait de m&#234;me chez Klee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'arr&#234;te, ne voulant pas -ou ne pouvant- pousser plus loin pour aujourd'hui. Et ce sont, je le veux bien, encore des nuances. Mais parce qu'elles portent, si je peux m'exprimer ainsi-, sur des notions dont le propre est l'ambigu&#239;t&#233;, la nuanciation, le diff&#233;rence (ici vaudrait la distinction op&#233;r&#233;e par Deleuze entre un t ou un c mis &#224; diff&#233;renciation ; mais, n'ayant pas &#224; l'esprit en quoi elle consiste, je la mentionne seulement, quitte &#224; la v&#233;rifier). &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, s'ouvre cet imperceptible et essentiel &#224; la fois, domaine du &#171; go&#251;t &#187; en art comme en &#171; beau naturel &#187;, &#224; la fois un tout et un rien. On est toujours sur ce seuil, &#224; basculer d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre. Mais o&#249; serait le point d'&#233;quilibre ? L&#224; est la question.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai fini pour l'instant mais suis tout dispos&#233; &#224; &#233;crire autre chose, car j'ai conscience des insuffisances &#233;normes qu'il y a l&#224;-dedans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon seul souci &#233;tait d'offrir une base de d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivons donc de fa&#231;on cursive et d'un ton &#171; ambiant et hach&#233; &#187; selon l'expression de Fourier. Hach&#233;, oui, et ambiant, car il s'agit d'abord de rappeler en vitesse mes r&#233;f&#233;rences essentielles dans ce domaine qui sont assez restreintes, parce qu'elles vont essentiellement &#224; ceux que j'ai connus et avec qui je me confronte, en le disant ou non : Deleuze et Lyotard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, pour faire bref, d'une formule, je me trouve en osmose avec Deleuze lorsqu'il parle des formes visibles et des forces secr&#232;tes qu'il s'agit de faire venir en surface ; assez pr&#232;s de Lyotard et de l'infini ou de l'illimit&#233; non repr&#233;sentable qu'il faut &#233;galement &#171; faire venir &#187; ou &#233;voquer. Du moins, tel que je le comprends. Ainsi que de ce dernier, Lyotard, quand il s'interroge sur &#171; que peindre ? &#187; formule effectivement capitale, cl&#233;, pivotale, encore, en langage fouri&#233;riste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car cette interrogation n'a surgi que r&#233;cemment et n'est devenue lancinante qu'aujourd'hui. Mais je suis loin d'entrer (au sens tout &#224; faire simple de compr&#233;hension) dans les questionnements complexes de Lyotard autour de Monory ou Buren qu'entre parenth&#232;se je n'aime pas beaucoup. Je pr&#233;f&#233;rerais, &#224; la rigueur, Fromanger dont j'ai vu r&#233;cemment l'exposition en relevant une formule que je ferais mienne plus volontiers : peindre n'importe quoi, tout peindre, tout s'offrant en pr&#233;texte et objet de peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui, aussi bien, restituerait ses droits &#224; une peinture figurale et repr&#233;sentative (et, sur ce plan, je ne fais gu&#232;re de r&#233;partition stricte adh&#233;rant &#224; la figure et rejetant la repr&#233;sentation, comme me para&#238;t l'admettre, si je ne me trompe, Deleuze). Car on peut passer de l'un &#224; l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce domaine, d'ailleurs, les termes que j'utiliserais volontiers, ou, sinon les concepts, du moins les cat&#233;gories (qu'on me pardonne d'&#234;tre vague, je vais pr&#233;ciser) ne sont pas sp&#233;cifiques de la peinture. Ils concernent aussi la connaissance, la vie. Ce sont les th&#232;mes, les formes, les figures, les expressions ; rejetant seulement les significations au sens strict.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense, d'ailleurs, &#234;tre, sur ce point au moins, en accord avec ta pens&#233;e, puisque tu rejettes, pour la peinture, la signification et le sens. Mais je suis moins strict, certainement et pense qu'il peut y avoir signification, m&#234;me selon l'usage courant, profane, en peinture ; &#224; condition que celle-ci ne soit pas &#171; platement signifiante &#187;, mais concerne, selon le mot de Raymond Ruyer, l'expressivit&#233; des choses. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut trouver en cela une sorte de d&#233;finition de la peinture et m&#234;me de l'art en g&#233;n&#233;ral qui est de d&#233;gager, en toute chose, son expressivit&#233;. Ce que signifierait le &#171; on peut tout peindre &#187; &#233;crit plus haut. Qu'est-ce que peindre : c'est rendre visible cette expressivit&#233; ; s'en emparer, la rendre manifeste. Je pr&#233;ciserais encore qu'il ne s'agit pas de donner &#224; une chose une expressivit&#233;, mais de d&#233;gager la sienne propre. Etant donn&#233; qu'il y a une sorte d'objectivit&#233; de l'expressivit&#233;, ou un complexe subjectif et objectif &#224; la fois qui se trouve dans la peinture et sp&#233;cialement dans la couleur, son mat&#233;riau ; ainsi que dans la forme, les formes, figures, etc., qu'elle compose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-l&#224;, la peinture est, &#224; la fois, v&#233;rit&#233; du monde et cr&#233;ation de mondes et peut pr&#233;tendre, aussi bien, &#224; rendre le r&#233;el qu'&#224; r&#233;aliser de l'imaginaire. Car ils se renvoient l'un &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le saisit fort bien chez Klee qui est, &#224; la fois, tout r&#233;el, tout imaginaire et toute expressivit&#233;. A la base, au principe, je pense, de son &lt;i&gt;Credo cr&#233;ateur&lt;/i&gt;, de son enseignement. Comme on le trouve dans &lt;i&gt;Le spirituel dans l'art&lt;/i&gt; de Kandinsky, avec sa n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont mes r&#233;f&#233;rences, mes bases, et je ne suis jamais all&#233; plus loin, bien que l'on puisse agr&#233;menter, perfectionner, d&#233;tailler autour ; mais mon Credo reste dans cette orientation o&#249; se r&#233;sument, pour les principes, l'art moderne et contemporain.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, croyant &#224; l'expressivit&#233;, je pense ( et cela se trouve d&#232;s Vinci) que la peinture est &#171; chose spirituelle &#187; ou &#171; mentale &#187; ; tout en &#233;tant, &#233;videmment mat&#233;rielle et technique aussi. Mais qu'il est difficile, voire impossible, d&#233;licat au moins, de pouvoir d&#233;gager, identifier un &#233;l&#233;ment, un &#171; plast&#232;me &#187;, selon ton mot, qui d&#233;finirait la peinture. De m&#234;me qu'il est difficile et d&#233;licat aussi de parler de puret&#233; en la mati&#232;re. Pas plus qu'il n'y a de po&#233;sie pure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Je reviens &#224; ce propos sur l'exclusive, la proscription que j'avais sembl&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'y a de peinture pure. &lt;br class='autobr' /&gt;
En elles, tout est expressivit&#233; et vie, renvoie &#224; une vie &#171; non organique &#187; comme a dit Deleuze dans des analyses auxquelles je donne enti&#232;rement mon assentiment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne reviens pas l&#224;-dessus. Ce que je veux simplement noter ici et pour conclure ce petit interm&#232;de, c'est qu'il ne me semble y avoir d'exigences technique dans ce domaine que pour la partie de la peinture qui est proprement imitative. Ou, si l'on veut, photographique, comme l'a &#233;t&#233; l'invention de la perspective, en son temps. L&#224;, oui, on avait besoin de technique. Et, chez Vasari, on voit que tous les peintres &#233;taient bien des hommes de m&#233;tier, des apprentis ou ma&#238;tres artisans. Au m&#234;me plan que les architectes, les orf&#232;vres, les sculpteurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, &#224; mon avis l'&#233;l&#233;ment esth&#233;tique (si tant est que ce soit un &#233;l&#233;ment ; disons l'ingr&#233;dient) je le r&#233;affirme, ne peut &#234;tre de cet ordre. Si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; la classification kantienne, il faudrait dire qu'il rel&#232;ve, non de la &#171; beaut&#233; adh&#233;rente &#187;, mais de la &#171; beaut&#233; vague &#187; dont il est difficile de donner la d&#233;termination, et finalement la seule valable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lis, par hasard l'ayant sous les yeux, chez un homme particuli&#232;rement fin, ami de Picasso, Jean Cassou, l'id&#233;e que ce qui est, en ce domaine, essentiel, est &#171; le trait &#187;, mot extr&#234;mement vague, qui peut appartenir aussi bien au langage de la litt&#233;rature qu'&#224; celui de l'art plastique ; &#224; la culture en g&#233;n&#233;ral, ou &#224; la physionomie en particulier, lorsqu'il s'agit de la figure humaine. Trouver la physionomie, l'exprimer, c'est l&#224; le probl&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'arr&#234;te sur une remarque de Boulez, cette fois qui note, dans sa confrontation musicale avec Klee en terminant, que tout pourrait se r&#233;sumer dans ce petit tableau qui est L'&lt;i&gt;&#233;clair physionomique&lt;/i&gt; ou &#171; &#233;clair traversant un visage &#187; une aquarelle &#171; transfigurante &#187; au sens propre ; et qu'il appr&#233;cie comme le symbole de la pens&#233;e et de l'imagination de Klee. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimerais en faire le m&#234;me usage, comme trait final momentan&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#224; suivre, sans doute)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/rene_scherer_portrait_2016.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/rene_scherer_portrait_2016.jpg' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et j'aborde la troisi&#232;me partie, de cet entretien, puisqu'il faut bien, pour avoir une tenue, qu'il en ait trois, avant de laisser la parole ou la plume &#224; Alexandre dont j'aimerais avoir l'avis extr&#234;mement pr&#233;cieux. Puisqu'il s'agit, ici, d'une sorte de litige, de diff&#233;rent sur le sens de la peinture et ses limites. Moi -car je ne parle que pour moi, et encore de mon point de vue momentan&#233;, l'affirmant du c&#244;t&#233; d'un sens -entendu comme expression, non comme signification pr&#233;cise-et d'un illimit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sens en ferait une sorte de langage, mais tr&#232;s libre, comme l'entend Boulez en rapport avec Klee ; ou encore Pasolini pour le cin&#233;ma dont il fait &#171; la langue &#233;crite de la r&#233;alit&#233; &#187;, sans qu'il soit &#224; chercher un r&#233;alisme pictural ni &#224; le privil&#233;gier. La r&#233;alit&#233;, c'est l'&#339;uvre du peintre, et dans l'imaginaire. Ainsi en est-il de Klee, dont les anges sont bien r&#233;els, ou de C&#233;zanne, avec une montagne Sainte Victoire qu'il prend pour interlocutrice, &#224; laquelle il s'adresse en quelque sorte pour la faire entrer dans la toile. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce dialogue-l&#224; -pour une peinture qui n'a pas abandonn&#233; le figural- qui importe ; ou, pour une peinture d&#233;lib&#233;r&#233;ment abstraite, celui avec les productions de la n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure de Kandinsky, mais qui, je le r&#233;p&#232;te, d&#233;borde tout &#171; plast&#232;me &#187; identifiable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au moins tel que je le pense et l'interpr&#232;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#234;tre plus simple et plus clair : la peinture a un sens qu'elle vise ( ici, je me r&#233;f&#232;re &#224; la &#171; vis&#233;e &#187;, &lt;i&gt;meinen&lt;/i&gt; ph&#233;nom&#233;nologique). Dans la peinture figurative, on peut dire qu'elle vise l'objet par l'interm&#233;diaire de cette &#171; signification &#187;. L&#224; o&#249; elle a abandonn&#233; la figuration, et je pense d'une fa&#231;on universelle aujourd'hui -la photographie lui ayant, depuis plus de 150 ans, substitu&#233; ses propres images-, et alors qu'il n'y a plus de r&#233;f&#233;rence &#224; l'objet, le sens vis&#233; n'est plus une signification, mais, je le r&#233;p&#232;te, une expression. L'expressivit&#233; de Ruyer et celle des &#171; expressionnistes &#187; qui sont plus une tendance universelle qu'une &#233;cole proprement dite, bien qu'ils se soient concr&#233;tis&#233;s en &#233;coles, dont la &lt;i&gt;Br&#252;cke&lt;/i&gt; est la plus c&#233;l&#232;bre, mais d'autres aussi, jusqu'&#224; ; pr&#233;cis&#233;ment, celle de l'abstraction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Veuille m'excuser d'en parler, puisque tu connais tout cela infiniment mieux que moi. L&#224; o&#249; je voulais en venir, c'est &#224; cette id&#233;e que l'&#339;uvre peinte se pr&#233;sente de plus en plus explicitement -elle l'&#233;tait d&#233;j&#224; avant, mais de mani&#232;re voil&#233;e- comme une monade leibnizienne, centre d'expression de l'univers en son entier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela para&#238;trait un peu amphigourique et ridicule m&#234;me, si je ne pr&#233;cisais que cette expression doit &#234;tre entendue, tout simplement, comme son &#171; mode d'&#233;criture &#187; ou son style, sa mani&#232;re d'attaque et d'utilisation d'une r&#233;alit&#233; dont font partie aussi les instruments, les mat&#233;riaux, bref, un ensemble qui est toujours en situation de d&#233;bordement &#224; l'&#233;gard de la d&#233;termination trop pr&#233;cise d'un &#171; plast&#232;me &#187; quelconque. Oui, j'y reviens sans cesse, il y a d&#233;bordement, transgression des limites dans toute &#339;uvre contemporaine, mais (d&#233;j&#224;) moderne. Illimitation ; mais pas n&#233;cessairement non-sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
A ce point, ce sur quoi j'appuie ma pens&#233;e est &lt;i&gt;Sens et non-sens&lt;/i&gt; de Merleau-Ponty qui, avec &lt;i&gt;L'&#339;il et l'esprit&lt;/i&gt; est &#233;galement une de mes r&#233;f&#233;rences. Et, toujours &#224; propos de C&#233;zanne, il me semble avoir apport&#233; des interpr&#233;tations, des id&#233;es ind&#233;passables ; en ce qui concerne, essentiellement ce &#171; visible &#187; qu'il s'agit de cr&#233;er ; id&#233;e, on le sait, pr&#233;sente, pour leur part, chez Van Gogh et chez Klee.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, r&#233;p&#233;tant toujours la m&#234;me chose, je risque de fatiguer et je pr&#233;f&#232;re me tourner alors vers deux id&#233;es qui sont plus sp&#233;cifiquement miennes ou, si elles sont emprunt&#233;es, d'une interpr&#233;tation plus originale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Originale d&#233;j&#224; parce qu'il va s'agir de Fourier et qu'il est peu courant, pour ne pas dire plus, de le voir citer en philosophie et en esth&#233;tique. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la premi&#232;re, c'est que la peinture, comme tous les arts, appartient pleinement aux &#171; passions sensuelles &#187; En l'occurrence &#171; le visuisme &#187; dont elle est le prolongement, le d&#233;veloppement, ou mieux, selon son mot, la &#171; composition &#187;. L'art de la peinture est du &#171; visuisme compos&#233; &#187;. Le mot est int&#233;ressant et m&#233;rite d'&#234;tre conserv&#233;, parce qu'il s'oppose &#224; deux autres que l'on pourrait s'attendre &#224; trouver aussi : celui de &#171; sublim&#233; &#187;, celui d' &#171; organis&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sublim&#233; nous fait penser &#224; la psychanalyse, &#224; Freud, &#224; &#171; l'enfance de l'art &#187; et, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la psychanalyse de Vinci ou de Michel Ange, si ce n'est au livre de Sarah Kofman. Mais, si sublimation signifie &#171; d&#233;sexualisation &#187;, pour Fourier, pas plus que dans la peinture ou dans les arts du visuisme, il n'y a perte d'une autre passion quelconque ( et celle-ci serait du &#171; tact-rut &#187;) dans l'art, id&#233;e exprim&#233;e aussi par Adorno, dans &lt;i&gt;Minima moralia&lt;/i&gt;, je crois. L'activit&#233; cr&#233;atrice fait jouer les passions, elle n'en &#233;dulcore aucune. &lt;br class='autobr' /&gt;
On en arrive &#224; &#171; compos&#233; &#187;, composition qui est la convocation de l'ensemble des autres passions sous l'&#233;gide d'une &#171; composite &#187; qui se trouve, sans doute, dans la liste des passions d&#233;j&#224; existantes, mais non ou mal exerc&#233;e en civilisation. Elle est &#171; engrenante &#187; et ne trouvera son plein exercice que dans l'&#233;tat soci&#233;taire. C'est donc l&#224; que l'art, que tous les arts trouveront leur essor, sans aucun effet castrateur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne d&#233;veloppe pas cela ; j'en ai parl&#233; dans un petit article faisant partie d'un des &lt;i&gt;M&#233;langes&lt;/i&gt; offerts &#224; Ronald Creagh ; il y est fait, en particulier, mention d'un tableau explicitement consacr&#233; &#224; cet aspect fouri&#233;riste de la peinture, qui se trouve au Mus&#233;e du quai d'Orsay. J'y renvoie. L'autre notion &#224; laquelle s'oppose compos&#233; est organis&#233;. C'est &#224; &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt; de Deleuze et Guattari, cette fois, que le mot fait penser ; lorsqu'ils opposent un plan hi&#233;rarchis&#233; d'organisation et un plan de composition non dirig&#233;, non hi&#233;rarchis&#233; qui est celui de l'art et auquel je me range. J'y vois justement cette beaut&#233; vague kantienne cit&#233;e plus haut, de laquelle me paraissent relever les productions modernes et contemporaines, leurs variations et leurs d&#233;rives. &lt;br class='autobr' /&gt;
En bref, il y a toujours composition exigible, car le tableau doit &#234;tre imp&#233;rativement chose qui &#171; tienne &#187;, mais sans r&#233;glementation fixe, ou r&#233;gie dominatrice. Une distinction, une nuance que l'on jugera sans doute trop vague, arbitraire, mais qui fait partie de ces d&#233;bordements si inh&#233;rents, consubstantiels &#224; toute cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, car il le faut bien, j'ai annonc&#233; deux points sur lesquels j'apporte, avec Fourier, un aper&#231;u un peu incongru. Le premier &#233;tait ce &#171; visuisme compos&#233; &#187; de la peinture :&lt;br class='autobr' /&gt;
le second va dans le sens du d&#233;passement des limites, du d&#233;bordement que, dans le langage esth&#233;tique et mus&#233;ographique contemporain je traduis par : tendance ou aspiration &#224; l'&#339;uvre d'art total (&lt;i&gt;der Hang zum Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; titre de l'exposition organis&#233;e en 1983, &#224; Zurich par Harald Szeemann) qui met en &#233;vidence la pr&#233;sence, la persistance dans l'art contemporain d'une id&#233;e esth&#233;tique du romantisme allemand, unissant les beaux-arts, po&#233;sie, peinture, architecture et sculpture, danse, musique dans un m&#234;me d&#233;bordement des fronti&#232;res et des cat&#233;gories ; puisque mouvement, espace et temps en forment le milieu ou le cadre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a clairement, chez Fourier, l'id&#233;e d'un tel art total, la preuve en &#233;tant la place de choix, &#224; la fois h&#233;doniste, culturelle et &#233;ducative consacr&#233;e &#224; l'Op&#233;ra dans la nouvelle soci&#233;t&#233; harmonis&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'insiste pas, ce qui me ferait passer &#224; un autre plan d'&#233;tude et &#171; d&#233;border &#187; cette fois dans le mauvais sens du &#171; hors sujet &#187; mon propos, mon projet actuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il me suffise d'indiquer cette direction qui, en elle-m&#234;me va dans le sens d'une id&#233;e esth&#233;tique. Qui fait partie de ces id&#233;es qui, selon l'expression si suggestive de Kant &#171; donnent &#224; penser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il s'agissait d'&#233;lever une sorte de contre-but&#233;e &#224; ce que nous venons de lire, j'aurais pu proc&#233;der &#224; l'&#233;tablissement d'un texte d&#233;j&#224; r&#233;dig&#233; et le placer en contrepoint, il r&#233;sume le sens pr&#233;cis que j'entendais sous le nom de plastique pure, texte dont Ren&#233; avait pris connaissance d&#232;s le d&#233;but de nos &#233;changes en 2013 lors d'une communication sur la plastique pure, car il n'y a jamais attach&#233; une tr&#232;s grande importance, la question lui semblant toujours d&#233;j&#224; mineure &#224; ses yeux. D&#232;s maintenant il m'aurait fallu installer une sorte de texte contre texte avant de reprendre l'argumentaire pr&#233;cis de Ren&#233;. Sachant que certains points expos&#233;s par lui y trouveraient d&#233;j&#224; leurs r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord les points d'accord, je reprends l'ordre de son expos&#233; qui commence pas ces points d'entente.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'extension g&#233;n&#233;ralis&#233;e du terme &#171; peinture &#187; &#224; ce qui en serait le contraire et bien souvent le plus &#233;loign&#233; jusqu'aux installations et performances, comme l'extension &#224; un tout autre, artistiquement parlant (arts de l'action, du jeu, du d&#233;cor conceptuel, en fait arts et pratiques en g&#233;n&#233;ral import&#233;s des autres arts, et c'est l&#224; le hic). Mais je le d&#233;plore surtout &#224; propos du terme &#171; plastique &#187; dont l'usage sous la reprise des &#171; arts plastiques &#187; favorise la man&#339;uvre et le tour de passe-passe d'une esth&#233;tisation du monde elle-m&#234;me conjointe &#224; la d&#233;sesth&#233;tisation des arts plastiques (les anciens beaux-arts peinture et sculpture). Ce que ne souhaitait pas Duchamp. Il tenait &#224; conserver une extr&#234;me raret&#233; aux ready-mades et s'&#233;vertuera &#224; d&#233;savouer tous les courants des ann&#233;es 60 qui se sont pourtant r&#233;clam&#233;s de lui, du Pop art &#224; l'art conceptuel, ce que l'on sait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons. Pour &#233;viter de parler de la peinture en g&#233;n&#233;ral, effleurant pourtant la question du terme g&#233;n&#233;rique d'art, qui qualifie l'art contemporain, la peinture devenant un art particulier et non l'art de l'Art, tu proposes de se r&#233;f&#233;rer &#224; l'histoire de la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois pour moi &#171; la peinture en g&#233;n&#233;ral &#187; serait l'autre nom de la plastique pure, le champ sp&#233;cifique d'un art depuis 30000 ans et qui se compose de plusieurs &#171; invariants plastiques &#187; comme le pensait Andr&#233; Lhote et beaucoup d'artistes modernes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes d'accord pour nous placer dans ce champ historique des &#339;uvre de peintures mat&#233;riellement d&#233;finies et pas n&#233;cessairement d'ailleurs comme &#171; m&#233;dium &#187;. Et constater malgr&#233; tout, malgr&#233; la situation, l'attrait universel de cet art montrant l'existence sinon la permanence de ce que tu appelles un d&#233;sir d'art pour la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; ma grande surprise tu opposes &#233;trangement ce &#171; d&#233;sir de peinture &#187; &#224; la &#171; volont&#233; d'art &#187; actuelle, le &#171; Kunstwollen &#187; de Alo&#239;s Riegl qui conduirait pr&#233;cis&#233;ment aux installations selon toi. Le Kunstwollen serait &#224; l'origine de cette propension vers l'installation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Une interpr&#233;tation rare que je ne t'avais jamais entendu formul&#233;e ainsi. D'autant qu'il est convenu souvent dans les d&#233;bats acad&#233;miques que Riegl appartient comme d'autres th&#233;oriciens de l'art germaniques tel W&#246;lfflin, &#224; la tendance formelle de l'esth&#233;tique parmi les historiens avant que Panovsky ne r&#233;oriente les &#233;tudes vers un primat iconologue devenue int&#233;gralement s&#233;mantique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tu sais que je pousse la th&#232;se de Riegl d&#233;fendant une facult&#233; autonome de l'art jusqu'&#224; envisager de parler plus nettement et plus radicalement d'une v&#233;ritable Plastikwollen, afin aussi de commencer &#224; pallier &#224; toutes m&#233;sinterpr&#233;tations &#171; plastiques &#187; de l'art. Riegl s'appuyait en particulier sur l'apparition d'un go&#251;t prononc&#233; pour l'ornementation, tr&#232;s t&#244;t dans l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant tu laisses ce que tu as pos&#233; avec force, cette contradiction entre d&#233;sir de peinture et universel installation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pourrai enfoncer le clou et reformuler la contradiction en : plastique pure et art conceptuel. Mieux : citer un mantra pour moi qui vient justement de ce Duchamp que je v&#233;n&#232;re plut&#244;t ici et qui oppose le cubisme exclusivement pictural et toujours plastique, au surr&#233;alisme, un mouvement qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec la peinture. Nous y reviendrons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la notion de &#171; plastique &#187; repr&#233;sente justement ce qui est en question entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition &#171; Duchamp, la peinture m&#234;me &#187; que tu as appr&#233;ci&#233;e, &#233;tablit une continuit&#233; entre les &#339;uvres peintes et le geste iconoclaste et surtout la fondation de l'art conceptuel, exposition due &#224; C&#233;cile Debray, grande sp&#233;cialiste du groupe de Puteaux, la Section d'or, auquel elle avait consacr&#233; une exposition auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me donne l'occasion de compl&#233;ter mon corps d'argumentation, car j'ai retrouv&#233; des &#233;l&#233;ments historiques majeurs sur les conflits initiaux entre Dada et le cubisme, cubisme dont le groupe de Puteaux organisait les expositions au salon de la Section d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir clair, il faut se souvenir et bien garder &#224; l'esprit cette sc&#232;ne stup&#233;fiante qui eut lieu en 1920 au caf&#233; de la Closerie des Lilas &#224; Paris, lieu de r&#233;union de la Section d'or. Celle-ci porteuse du mouvement cubiste avant-guerre, comprenait en son sein les dada&#239;stes parisiens qu'elle exposait dans son salon. Or devant leur avant-gardisme d&#233;cha&#238;n&#233;, &#171; l'attitude provocatrice de Dada anti-art &#187;, on dut mettre aux voies la question de savoir si la Section d'or se pronon&#231;ait pour ou contre la peinture. Les dada&#239;stes (Picabia, Tsara, Breton, Duchamp &#233;tait absent) qui r&#233;clamaient le vote, se prononc&#232;rent contre la peinture. Dada fut bien s&#251;r mis en minorit&#233;. Dans un chahut indescriptible, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de la Section d'or finit par exclure Dada. La deuxi&#232;me tentative dans les ann&#233;es 60 fut couronn&#233;e de succ&#232;s. On assiste depuis lors &#224; une tentative d'affiliation picturale de l'art contemporain, multipliant les gestes de confusion int&#233;ress&#233;e. &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233; en peinture&lt;/i&gt; de Derrida, devait s'appeler &#171; Le droit &#224; la peinture &#187;, initialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce droit &#224; la peinture que je qualifierai de droit &#224; la plastique pourrait participer &#224; la culture woke si celle-ci pr&#233;cis&#233;ment n'&#233;tait devenue qu'un dada&#239;sme &#233;thique en art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux te suivre lorsque tu dissocies C&#233;zanne et le rapport plastique qu'il affirme. C'est son mot. C'est ce que j'appelle le plast&#232;me. Braque lui-m&#234;me ne dira rien d'autres en rappelant que la seule chose qui le touche en peinture c'est le rapport. Et je suppose que tu ne feras pas tien, et tu n'es pas le seul, ce mot de C&#233;zanne adress&#233; &#224; Emile Bernard : Ne tombez jamais dans la philosophie, en peinture . Idem pour la litt&#233;rature. Car l'opposition se tient l&#224; justement : entre plast&#232;me et litt&#232;me. Celui-ci d&#233;signe dans mon vocabulaire l'objet de la litt&#233;rature, art verbal, narratif, vitaliste, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; quatri&#232;me point de friction &#187; comme tu l'appelles, la sp&#233;cificit&#233; picturale que tu nies, et la puret&#233; plastique se trouve l&#224;. Je me r&#233;f&#232;re d'ailleurs au discours de la modernit&#233; picturale, surtout fran&#231;aise. Mais aussi au fondateur de l'esth&#233;tique ph&#233;nom&#233;nologique, j'en ai longuement parl&#233; au s&#233;minaire, Roman Ingarden qui insiste sur la dimension toujours abstraite de toute peinture digne de ce nom, la diff&#233;rence entre peinture abstraite et peinture figurative n'&#233;tant pas pertinente. La r&#233;side la &#171; puret&#233; &#187; visuelle et structurelle de cet art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Kant, via Derrida, nous aura aussi conduit &#224; la question du jugement de go&#251;t que tu gardes en le privil&#233;giant d'abord sous la seule forme du jugement r&#233;flexif, sans le recours au &lt;i&gt;sensus communis&lt;/i&gt; et alors qu'un jugement de go&#251;t d&#233;terminant n'est pas exclu d'ailleurs chez certain n&#233;o-kantiens comme Herbart, il faudrait s'y plonger. Mais le Kant que je revendique est celui de la coupure pure de la beaut&#233; non adh&#233;rente, avec Derrida aussi bien et contrairement &#224; la vulgate. Le sans de la coupure pure, essentiel entre le d&#233;sir de peinture et l'universelle installation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous dis que ce qui importe, c'est moins les normes que les transgressions, oui, encore faut-il conna&#238;tre les r&#232;gles pour les transgresser. Les &#171; pulsions d&#233;bordantes &#187; n'int&#233;ressent m&#234;me pas Freud en art qui a dit cette chose qui vaut des rayonnages de philosophies contemporaines, ou plut&#244;t les rend obsol&#232;te depuis toujours : &#171; Ils (les artistes), ne s'int&#233;ressent pas &#224; la signification, ils ne s'int&#233;ressent qu'&#224; l'accord des contours, au couleur, ce sont des tenants du principe de plaisir &#187;. Justement cit&#233; pour la premi&#232;re fois par Hubert Damisch. J'ai soumis l'&#233;nonc&#233; &#224; Lyotard lors de l'entretien pour la revue Philosophie, philosophie, sans succ&#232;s. Il y a vu toujours la m&#234;me position sublimante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le figural de Lyotard rel&#232;ve pr&#233;cis&#233;ment d'une dimension sans objet, le scanning de ce niveau des processus primaires surgissant au niveau du processus secondaire des repr&#233;sentations, ne dit rien de la pulsion investissant la visualit&#233; pure, bien au contraire. Il est de part en part s&#233;mantique. Le chaos n'est pas fondateur, il est un stade, une menace salutaire dans le processus pictural. Artaud aura aussi jou&#233; sur les deux tableaux : d&#233;sir de peinture et universelle installation. Rien que peintre Van Gogh, rien que peintre dans les limites de la peinture,, se pla&#238;t-il &#224; rappeler, mais aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le merveilleux est que ce peintre qui n'est rien que peintre est aussi de tous les peintres-n&#233;s celui qui fait le plus oublier que nous ayons &#224; faire &#224; de la peinture, &#224; de la peinture pour repr&#233;senter le motif qu'il a distingu&#233;,et qui fait venir devant nous, en avant de la toile fixe, l'&#233;nigme pure, la pure &#233;nigme de la fleur tortur&#233;e, du paysage sabr&#233;, labour&#233; et press&#233; de tous les c&#244;t&#233;s par son pinceau en &#233;bri&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je vous fais gr&#226;ce du &#171; Thibet &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Peintre, rien que peintre, Van Gogh, il a pris les moyens de la pure peinture et il ne les a pas d&#233;pass&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je veux dire qu'il n'est pas all&#233; pour peindre au-del&#224; de se servir des moyens que la peinture lui offrait. [Voil&#224; la pure peinture, ce sont bien les seuls moyens mat&#233;riels, les mat&#233;riaux et le pouvoir expressif qu'il rec&#232;le pour cr&#233;er du sens que le po&#232;te s'empresse de d&#233;crire !] &lt;br class='autobr' /&gt;
Un ciel orageux, une plaine blanche de craie, des toiles, des pinceaux, ses cheveux rouges, des tubes, sa main jaune, son chevalet, mais tous les lamas rassembl&#233;s du Thibet peuvent secouer sous leurs jupes l'apocalypse qu'ils auront pr&#233;par&#233;e [...]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Van Gogh nous fait aussi l'&#233;conomie de tout le th&#233;&#226;tre &#233;lisab&#233;thain, de tout le romantisme fantastique et noir, ajoute-t-il encore. Avec notre cher Artaud, Van Gogh devient le suicid&#233; des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous as fait d&#233;couvrir un auteur rare Raymond Ruyer auquel tu te r&#233;f&#232;res fortement, car en effet la position esth&#233;tique et philosophique que tu soutiens est non seulement vitaliste mais je dirai d'ordre &#171; expressiviste &#187;. Expressivisme qui se r&#233;v&#232;le souvent une source de recouvrement s&#233;mantique de la forme. A quoi j'ai oppos&#233; l' expression selon Matisse. Dans un article publi&#233; en Allemagne, il d&#233;finit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment l'espace o&#249; la notion d'expression trouve son sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'expression, pour moi, ne r&#233;side pas dans les passions qui brillent sur un visage humain ou qui se manifestent par un mouvement violent. L'arrangement entier de mon tableau est expressif ; la place occup&#233;e par les personnages, les espaces vides autour d'eux, les proportions, tout a sa part &#187;. (&lt;i&gt;Notes d'un peintre&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc en r&#233;alit&#233; l'agencement de ses d&#233;coupes de plans, de ses surfaces, et des figures imbriqu&#233;es en arabesque qui font l'objet d'une expression, qui sont l'expression.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce que je poursuis par-dessus tout, c'est l'expression. Quelquefois, on m'a conc&#233;d&#233; une certaine science, tout en d&#233;clarant que mon ambition &#233;tait born&#233;e et n'allait pas au-del&#224; de la satisfaction d'ordre purement visuel que peut procurer la vue d'un tableau. Mais la pens&#233;e d'un peintre ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e en dehors de ses moyens, car elle ne vaut qu'autant qu'elle est servie par des moyens qui doivent &#234;tre d'autant plus complets (et, par complets, je n'entends pas compliqu&#233;s) que sa pens&#233;e est plus profonde. Je ne puis pas distinguer entre le sentiment que j'ai de la vie et la fa&#231;on dont je le traduis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reprend : &#171; L'expression, pour moi, ne r&#233;side pas dans la passion qui &#233;clatera sur un visage ou qui s'affirmera par un mouvement violent. Elle est dans toute la disposition de mon tableau : la place qu'occupent les corps, les vides qui sont autour d'eux, les proportions, tout cela y a sa part. La composition est l'art d'arranger de mani&#232;re d&#233;corative les divers &#233;l&#233;ments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments dans un tableau, chaque partie sera visible et viendra jouer le r&#244;le qui lui revient, principal ou secondaire. Tout ce qui n'a pas d'utilit&#233; dans le tableau est, par l&#224; m&#234;me, nuisible. Une &#339;uvre comporte une harmonie d'ensemble . tout d&#233;tail superflu prendrait dans l'esprit du spectateur, la place d'un autre d&#233;tail essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi au m&#234;me moment, avec l'exposition des peintres d'avant-garde fran&#231;ais en Allemagne, Matisse signait son manifeste de pure peinture, et ce, avant m&#234;me la naissance de l'expressionnisme allemand qui se r&#233;v&#232;le en ce sens, sur le plan strictement pictural, une simple variation du fauvisme en plus dramatis&#233;, et un fauvisme tr&#232;s empreint de romantisme et de s&#233;mantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture est un fait visuel qui s'exprime comme tel. Malraux repris le mot de Braque : &#171; le fait pictural &#187;. Lyotard s'en servit, mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kandinsky, Klee me paraissent loin de la nettet&#233; th&#233;orique &#233;minemment picturale issue de ce rationalisme moderne des peintres fran&#231;ais que je n'ai cess&#233; de d&#233;fendre au s&#233;minaire. L'&#233;l&#233;mentarisme r&#232;gne chez eux au contraire, ainsi que le symbolisme. Sur les trois n&#233;cessit&#233;s int&#233;rieures de Kandinsky, une seule concerne la n&#233;cessit&#233; du tableau. Il a le m&#233;rite de distinguer les plans de ces trois n&#233;cessit&#233;s, pictural, psychologique et sociologique. Mais les &#233;l&#233;ments picturaux sont associ&#233;s &#224; des figures g&#233;om&#233;triques sur un mode symbolique et non plastique. Carr&#233;-rouge-terre, rond-jaune-soleil, etc. Klee d&#233;veloppe une &#233;trange narratologie des &#233;l&#233;ments, par exemple la ligne ondulante est un chemin, une colline emprunt&#233;e par un petit train. L'&#233;quilibre d'une composition doit &#234;tre ressentie en se tenant sur un pied. Organicisme : une planche anatomique du bras pour illustrer le poids et la force des &#233;l&#233;ments qui parcourent et composent un tableau. Ou encore le poids des valeurs d'ombre pr&#233;sent&#233; &#224; travers un &#233;chiquier et l'in&#233;vitable fl&#232;che cens&#233;e exprimer l'orientation du mouvement que l'on retrouve souvent dans nombre de ses tableaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expressivisme d'origine leibnizienne et deleuzienne chez toi ne rencontre jamais en effet un quelconque plast&#232;me. Car il y va d'un art d'attitude avec Szeemann et Fourier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un Szeemann que tu es all&#233; rencontrer personnellement. Szeemann en inaugurant sa c&#233;l&#232;bre exposition &#171; Quand les attitudes deviennent forme &#187;, ne disait-il pas : &#171; Nous nous situons contre Picasso et avec Duchamp &#187;. Duchamp aurait appr&#233;ci&#233;. Lui qui voulut trop tard se d&#233;marquer de ses avant-gardes n&#233;odada&#239;stes, que n'a-t-on fait en son nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toi qui veut r&#233;concilier tout le monde sur le mod&#232;le de l'harmonie fouri&#233;riste des passions, tu nieras les oppositions fondamentales entre les formes d'art, les mouvements et les &#233;coles. Oppositions essentielles &#224; l'histoire de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au reste le visuisme de Fourier me para&#238;t correspondre davantage &#224; la logique du champ plastique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/portrait_scherer_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/portrait_scherer_2022.jpg' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout cela donnerait lieu au fameux &#171; &lt;i&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je distinguerai pour ma part trois notions d'&#339;uvre d'art totale : 1. Celle des Beaux-arts o&#249; sont r&#233;unies peinture, sculpture et architecture. Comme la cath&#233;drale gothique ou le groupe de Stijl, ou encore &#224; a chapelle M&#233;dicis de Michel Ange qui avait pr&#233;vu des fresques. Ou m&#234;me avec la seule peinture : les Nymph&#233;as de l'Orangerie. 2. L'art total du monde du spectacle, puisqu'aussi bien l'expression allemande de &lt;i&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; et sa th&#233;orisation la plus connue nous vient de Wagner. La peinture et les arts plastiques n'y jouent qu'un r&#244;le d'accompagnement. Bien s&#251;r il y a les Ballets russe avec le d&#233;cor de Picasso. Mais est-ce si important picturalement ? Tout repose sur la danse. Encore une fois costume et d&#233;cor accompagnent et sont au service de l'int&#233;r&#234;t musical, th&#233;&#226;tral ou chor&#233;graphique. Rien de grave. Les arts ne d&#233;fendent pas le m&#234;me int&#233;r&#234;t. Le cin&#233;ma qui veut rassembler ne saurait non plus r&#233;unir les arts visuels sinon &#224; son seul b&#233;n&#233;fice, sinon en pr&#233;tendant &#234;tre la peinture du XX&#232;me si&#232;cle &#224; lui seul, ce que l'on voit avec la vid&#233;o justement. Enfin 3. L'art de l'installation. Nous y voil&#224;. Sans limite sinon le lieu des institutions qu'il occupe avant tout. Occupant aussi les monuments historiques. Sans limite sinon le lieu des grandes surfaces, un de ses mod&#232;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
[La notion d'art total de l'art contemporain a pu &#234;tre incrimin&#233;e et accus&#233;e d&#8216;&#234;tre un totalitarisme. Je n'irais pas jusque-l&#224; mais je parle de &#171; totalitt&#233;raire &#187; pour ma part, je l'ai dit souvent au s&#233;minaire.]&lt;br class='autobr' /&gt;
Harald Szeemann a bien entrepris une restauration de dada en r&#233;activant son essence litt&#233;raire, la premi&#232;re exposition qu'il a organis&#233; concernait les po&#232;tes-peintres et les peintres-po&#232;tes. Apr&#232;s l'exposition sur les attitudes comme forme, il con&#231;ut en collaboration avec Jean Clair une exposition sur les Machines c&#233;libataires entendues pr&#233;cis&#233;ment comme des machineries litt&#233;raires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Duchamp n'avait-il pas dit que Dada, auquel il garde une certaine tendresse, se d&#233;finit comme une sorte de nihilisme, et d'essence litt&#233;raire. Il rejette d'autant plus le n&#233;odada&#239;sme qui utilise &#224; peu de frais ce que Dada a fait selon lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n&#233;o-dada qui se nomme maintenant nouveau r&#233;alisme, pop art, assemblage etc. est une distraction &#224; bon march&#233; qui vit de ce que dada a fait. Lorsque j'ai d&#233;couvert les ready-made, j'esp&#233;rais d&#233;courager le carnaval d'esth&#233;tisme. Mais les n&#233;o-dada&#239;stes utilisent les ready-made pour leur d&#233;couvrir une valeur esth&#233;tique. Je leur ai jet&#233; le porte-bouteilles et l'urinoir &#224; la t&#234;te comme une provocation et voil&#224; qu'ils en admirent la beaut&#233; esth&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 Th&#232;ses de Duchamp sur l'art contemporain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Il savait que &#034;le cubisme [&#233;tait] un mouvement de peinture ... exclusivement. C'&#233;tait plastique en tout cas. Toujours&#034;. &#034;Tandis que le surr&#233;alisme est un mouvement qui englobe toute sorte d'activit&#233;s n'ayant pas grand-chose &#224; voir avec la peinture, ou les arts plastiques&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 - &#171; Ce n&#233;o-dada qui se nomme maintenant nouveau r&#233;alisme, pop art, assemblage etc. est une distraction &#224; bon march&#233; qui vit de ce que dada a fait. Lorsque j'ai d&#233;couvert les ready-made, j'esp&#233;rais d&#233;courager le carnaval d'esth&#233;tisme. Mais les n&#233;o-dada&#239;stes utilisent les ready-made pour leur d&#233;couvrir une valeur esth&#233;tique. Je leur ai jet&#233; le porte-bouteilles et l'urinoir &#224; la t&#234;te comme une provocation et voil&#224; qu'ils en admirent la beaut&#233; esth&#233;tique. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
3 - &#171; Vous prenez une bo&#238;te de soupe Campbell's et vous la r&#233;p&#233;tez cinquante fois, c'est que l'image r&#233;tinienne ne vous int&#233;resse pas. Ce qui vous int&#233;resse, c'est le concept qui veut mettre cinquante bo&#238;tes de soupe Campbell's sur une toile. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
4 - &#171; Le Verre en fin de compte n'est pas fait pour &#234;tre regard&#233; (avec des yeux &#034;esth&#233;tiques&#034;) ; il devait &#234;tre accompagn&#233; d'un texte de &#034;litt&#233;rature&#034; aussi amorphe que possible qui ne prit jamais forme ; et les deux &#233;l&#233;ments, verre pour les yeux et texte pour l'oreille et l'entendement, devaient se compl&#233;ter, et surtout s'emp&#234;cher l'un l'autre de prendre une forme esth&#233;tico-plastique ou litt&#233;raire. &#187; (lettre &#224; Jean Suquet)&lt;br class='autobr' /&gt;
5- &#171; Les happenings ont introduit en art un &#233;l&#233;ment que personne n'y avait mis : c'est l'ennui. Faire une chose pour que les gens s'ennuient en la regardant, je n'y avais jamais pens&#233; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
6 - Duchamp trouva &#171; emmerdatoire &#187; une manifestation de BMPT (nom du groupe form&#233; par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni)&lt;br class='autobr' /&gt;
7 &#8211; Dada : un nihilisme plut&#244;t litt&#233;raire et anti-pictural : &#171; Dada fut la pointe extr&#234;me de la protestation contre l'aspect physique de la peinture. C'&#233;tait une attitude m&#233;taphysique. Il &#233;tait intimement et consciemment m&#234;l&#233; &#224; la &#171; litt&#233;rature &#187;. C'&#233;tait une esp&#232;ce de nihilisme pour lequel j'&#233;prouve encore une grande sympathie. C'&#233;tait un moyen de sortir d'un &#233;tat d'esprit &#8211; d'&#233;viter d'&#234;tre influenc&#233; par son milieu imm&#233;diat, ou par le pass&#233; : de s'&#233;loigner des clich&#233;s &#8211; de s'affranchir. La force de vacuit&#233; de Dada fut tr&#232;s salutaire &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Duchamp explique comment l'affect po&#233;tique ou ce que nous d&#233;nommerons ainsi esth&#233;tise tout ce qu'on veut : on s'habitue &#224; n'importe quel objet, il suffit de vivre &#224; c&#244;t&#233; de quelque chose vous lui trouverez des qualit&#233;s esth&#233;tiques. On finit par aimer n'importe quoi, selon lui. (Entretien Philippe Collin). Ici esth&#233;tique et po&#233;tique convergent = le collectionneur surr&#233;aliste selon Benjamin &#171; le kitsch onirique &#187;. Ou habitus et imagination li&#233;s. On s'habitue &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La combinatoire des Nouveaux r&#233;alistes et du pop consiste &#224; associer dans un recyclage du r&#233;el les formes toutes faites et &#224; les &#171; po&#233;tiser &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il y a le danger d'en faire trop, parce que n'importe quoi, vous savez, aussi laid que ce soit, aussi indiff&#233;rent que ce soit, deviendra beau et joli apr&#232;s quarante ans, vous pouvez &#234;tre tranquille&#8230;Alors, c'est tr&#232;s inqui&#233;tant pour l'id&#233;e m&#234;me du ready-made. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Collin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Est-ce que vous n'&#234;tes pas arriv&#233;, depuis l'&#233;poque o&#249; vous avez fait vos premiers ready-made, &#224; cet attachement esth&#233;tique que vous craignez, ou est-ce qu'ils sont rest&#233;s parfaitement indiff&#233;rents pour vous ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour moi, oui ! A moi, oui ! Mais enfin, je comprends tr&#232;s bien que les gens cherchent souvent un c&#244;t&#233; agr&#233;able, et ils le trouvent par habitude. Si vous regardez une chose vingt fois, cent fois, vous commencez &#224; vous habituer, &#224; l'aimer ou &#224; la d&#233;tester, m&#234;me. &#199;a ne reste jamais tout &#224; fait indiff&#233;rent. Donc c'est un probl&#232;me difficile. Surtout, pour moi, ils ne m'int&#233;ressent pas du tout &#224; regarder, comprenez-vous. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Collin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais comment doit &#234;tre regard&#233; un ready-made ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il ne doit pas &#234;tre regard&#233;, au fond. Il est l&#224;, simplement. On prend notion par les yeux qu'il existe. Mais on ne le contemple pas comme on contemple un tableau. L'id&#233;e de contemplation dispara&#238;t compl&#232;tement. Simplement prendre note que c'est un porte-bouteilles, ou que c'&#233;tait un porte-bouteilles qui a chang&#233; de destination. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons donc distinguer deux, voire trois &#171; kantismes &#187; anti-plastiques&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Thierry De Duve : (Duchamp avec Kant) la maxime : &#171; Fais n'importe quoi &#187;, nominalisme assum&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Cl&#233;ment Greenberg : ou la critique r&#233;tinienne auto-r&#233;flexive de la peinture r&#233;duite &#224; son m&#233;dium et au pauvre vieil aplat. M&#234;me si Greenberg s'est un peu amend&#233; &#224; la fin de sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Le risque d'un jugement de go&#251;t kantien arbitraire en philosophie, par association libre qui ne s'arrime pas &#224; la beaut&#233; libre : &#171; Pense n'importe quoi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi nous opposons notre kantisme de plastique pure. O&#249; le jugement de go&#251;t devient un jugement de connaissance, celui du plast&#232;me &#224; ressentir en commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la peinture n'est ni &#171; medium &#187; ni &#171; tableau &#187;. Elle est un immense champ d'exp&#233;rimentation visuel, sans doute le plus vaste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art contemporain a toujours exist&#233;. Si l'on consid&#232;re la ph&#233;nom&#233;nologie de Roman Ingarden (et son epoch&#232; picturale) comme la plus appropri&#233;e et si l'on pense que Nicolas de Stael se reconnaissait en Descartes&#8230; : l'art contemporain est le mauvais g&#233;nie de la peinture, du cogito pictural. L'art contemporain est donc un art autre dont les modes d'appr&#233;ciation non plastiques se sont objectiv&#233;es. Il faut le d&#233;saffilier de la peinture et de la sculpture. Il est l'esth&#233;tisation de tout ce qui reste ext&#233;rieur &#224; la peinture, et de tout ce qui n'int&#233;resse pas le peintre (le non plastique bien d&#233;limit&#233; par Duchamp que nous avons vu plus haut par opposition &#224; &#171; l'esth&#233;tico-plastique &#187; que Duchamp voulait abolir).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette critique spectacliste, critique interne au Spectacle selon Guy Debord, est bien le principal ressort de l'art contemporain. Et cela fait image selon lui : &#171; Le spectacle est le capital a un tel degr&#233; de concentration qu'il devient image &#187;. Ou dispositif po&#233;tique en lieu et place de la peinture. Litt&#233;rature visuelle, po&#233;sie objectiv&#233;e et complice. Performatif d'objet. Capitalisme litt&#233;raire enfin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pourquoi je me d&#233;signe comme le plus antiduchampien sur le plan artistique et le plus duchampien sur le plan th&#233;orique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous revenons &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie picturale, je le r&#233;p&#232;te, ce sera celle de Roman Ingarden et non celle de Merleau Ponty qui privil&#233;gie les racines de l'Etre, hors sol &#224; mes yeux et que tu juges ind&#233;passable. Il parle de C&#233;zanne mais en tombant dans la philosophie, y construisant son chiasme notamment, et sa notion de corps, ignorant le corps de la peinture, sa substance r&#233;tinienne, optique. Ingarden parle peinture. Y donnant ainsi droit &#224; une v&#233;ritable &#233;poch&#232; picturale. J'ai lu et comment&#233; cela au s&#233;minaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On peut en effet dire que tout tableau figuratif qu'il contient un certain tableau &#171; abstrait &#187; qui embrasse tout ce qui dans ce tableau ressortit &#224; la visibilit&#233; pure ; un tableau abstrait &#187; au sens o&#249;, pour &#234;tre purement saisi, il demande au spectateur qu'il fasse &#171; abstraction &#187; des th&#232;mes historiques et litt&#233;raires, comme des objets figur&#233;s, de leur condition physique, et, le cas &#233;ch&#233;ant, de leur condition psychique. Lorsque l' &#171; abstraction &#187; en ce sens-l&#224;, tout ce qui n'est pas purement d'ordre &#171; picturale &#187;, dans le tableau est mis entre parenth&#232;ses. Ce qui reste du tableau concret apr&#232;s une telle abstraction, c'est simplement un &#233;tat de moments purement qualitatifs et visuels, &#233;tat qui constitue le fondement de certaines qualit&#233;s picturales dot&#233;es de valeur esth&#233;tique, et celui de la valeur esth&#233;tique fond&#233;e sur ces qualit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peintres qui ont cr&#233;&#233; la peinture &#171; abstraite &#187; sont d'avis que les vrais peintres veulent toujours peindre des tableaux &#171; abstraits &#187; en ce sens-l&#224; [&#8230;] &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roman Ingarden, Sur la peinture abstraite, Hermann, 2013, pp. 80-81.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant ma conception de la plastique pure ne s'appuie pas sur une philosophie particuli&#232;re m&#234;me si je recours volontiers au corpus derridien dans la mesure o&#249; il me para&#238;t d'abord le plus sophistiqu&#233; et le plus puissant en philosophie contemporaine. Par exemple pour traiter de la question du &#171; trait &#187; qui l'a passionn&#233;e et auquel tu as recours dans une caract&#233;ristique des passions compos&#233;es, mais justement afin de revoir cet effet du &#171; tr &#187; (tracer, traiter, tracter , et tout le &#171; tirer &#187;) dans &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233; en peinture&lt;/i&gt; si le dessin est la peinture avec des moyens limit&#233;s comme le pense Matisse. Et donc si le dessin s&#233;pare la litt&#233;rature et la peinture, au sein m&#234;me du graphein grecque (&#233;crire et dessiner). Pratiquer une distinction des champs plastiques et litt&#233;raires comme C&#233;zanne qui incriminait la &#171; peinture litt&#233;raire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte en contrepoint maintenant que nous avions annonc&#233; au tout d&#233;but de ma r&#233;ponse. Tr&#232;s bref, expos&#233; sous formes de &#171; sentences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 th&#232;ses sur la plastique pure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La plastique pure est un art essentiellement pictural et sculptural qui vise &#224; la cr&#233;ation de formes par la combinaison des rapports plastiques entre les valeurs d'ombre et de lumi&#232;re, la construction des plans, du volume et de l'espace, les accords de tons color&#233;s, la profondeur ou l'extension de l'espace, la richesse ou la consistance de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La plastique pure est donc un art de rapports entre les &#233;l&#233;ments qui composent le champ visuel. Mais il n'est pas l'apanage d'un art abstrait. Toute peinture o&#249; prime la question des rapports de construction visuelle est abstrait. En ce sens, la peinture dite figurative n'est pas la moins abstraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dans l'expression &#171; la plastique pure &#187;, le mot &#171; plastique &#187; n'insiste pas tant sur le &#171; plassein &#187; de son &#233;tymologie grecque, c'est-&#224;-dire le &#171; modelage &#187; et son pouvoir de transformation, que sur la combinaison sensible visuelle : la mati&#232;re &#171; formelle &#187; elle-m&#234;me, en vue de l'&#233;tablissement de rapports justes. La &#171; plastique &#187; est dite &#171; pure &#187; pour cette raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'art de plastique pure a toujours exist&#233;. Simplement il a d&#251; composer avec les forces sociales, mat&#233;rielles et id&#233;ologiques de chaque &#233;poque historique. Son occultation est inscrite autant &#224; l'int&#233;rieur du processus de la s&#233;miose que dans le &#171; sens &#187; en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L'art de plastique pure est un universel qui conserve la v&#233;rit&#233; de son existence &#224; l'&#233;gard des autres arts qui tendent &#224; le recouvrir comme la litt&#233;rature. Le recouvrement et la n&#233;gation anti-plastique remontent tr&#232;s loin dans l'histoire (cf. th&#232;se 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La litt&#233;rature combin&#233;e au capitalisme a pu produire le dadaocapitalisme, et mis en p&#233;ril pour la premi&#232;re fois la peinture et la sculpture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. L'art de plastique pure est fondamentalement ath&#233;e. Il poss&#232;de une r&#233;serve de rationalit&#233; et d'universalit&#233; qui manque encore &#224; la crois&#233;e de l'anthropologie religieuse, de la psychanalyse et de la philosophie. Il n'y a pas d'art religieux pour la raison &#233;voqu&#233;e &#224; la th&#232;se 3. Et aussi parce que le d&#233;sir et le plaisir du rapport plastique visuel conserve son autonomie et sa sp&#233;cificit&#233; par-del&#224; les croyances et les valeurs sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. L'art de plastique pure a vu passer diff&#233;rentes classes sociales h&#233;g&#233;moniques, les aristocrates et les pr&#234;tres, jusqu'&#224; la bourgeoisie d'affaire contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La peinture et la sculpture cr&#233;ent des registres formels ou des configurations plastiques qui rayonnent jusqu'&#224; faire &#233;poque ou s&#233;quence. Par exemple il existe un art gestualo-atmosph&#233;rique, un art de la touche et de l'espace atmosph&#233;rique, depuis les peintres v&#233;nitiens jusqu'&#224; Giacometti en passant par les impressionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le registre plastique souvent cr&#233;&#233; par un artiste singulier se remarque notamment par l'influence qu'il a exerc&#233;e sur ses contemporains et sur les g&#233;n&#233;rations futures. Ce registre produit aussi une nouvelle forme visuelle &#224; l'origine de son pouvoir expressif. Cette forme novatrice reste dans la logique visuelle des rapports entre les &#233;l&#233;ments plastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10bis. L'art contemporain organise aussi l'oubli de la cr&#233;ation de formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les derniers registres formels sont ceux de Giacometti et de Bacon. La cr&#233;ation de formes par la plastique pure a pr&#233;valu de la grotte Chauvet jusqu'aux portraits de Giacometti et de Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques th&#232;ses essentielles sur la plastique pure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La plastique pure est donc &#224; la fois un objet (le plast&#232;me ou rapport plastique), un champ perceptif autonome (celui des rapports plastiques), et une facult&#233; perceptive sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La discipline th&#233;orique qui se rapporte &#224; la plastique pure peut &#234;tre d&#233;sign&#233;e sous le nom de plast&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le d&#233;sir de plastique pure est centr&#233; sur les rapports visuels d&#233;nomm&#233;s plast&#232;mes. Les plast&#232;mes procurent un plaisir propre, sp&#233;cifique &#224; un art singulier (Aristote, &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La th&#233;orie de la plastique pure pose ainsi en principe la nette distinction entre une peinture d'image et une peinture de forme. Elle marque la diff&#233;rence entre Picasso et Dali, Matisse et Magritte, Giacometti et Warhol, C&#233;zanne et Chirico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La peinture, sa substance et son champ d'exercice, s'organise en cinq fonctions de plastique pure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fonction formelle autour de la forme centr&#233;e, l'ampleur et la solidit&#233; constructive quelle que soit la forme, ondul&#233;e ou compacte ; et 1a fonction formelle de composition agen&#231;ant l'&#233;quilibre des masses et des plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction lumineuse centr&#233;e sur la souplesse des passages d'ombre et de lumi&#232;re quels que soient les contrastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction color&#233;e recherchant l'accord des tons, l'intensit&#233; ou la profondeur du ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction spatiale creusant la profondeur de l'espace ou la force lat&#233;rale des aplats et de la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction mat&#233;rielle exprimant la richesse et la consistance de la mati&#232;re quels que soient la liquidit&#233; ou l'emp&#226;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Tout ce qui n'est pas plastique pure, comme le dada&#239;sme et l'art contemporain d'installation, est une d&#233;rive du mode d'appr&#233;ciation po&#233;tico-litt&#233;raire en art auquel il faut donner le nom de totalitt&#233;raire, la cl&#244;ture litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Dans l'art contemporain tous les arts ont empi&#233;t&#233; sur la peinture, jusqu'&#224; sa disparition ou en laissant quelques peintres alibis sans propos plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La plastique d&#233;termine un comportement &#233;thique, et un mode d'appr&#233;ciation sp&#233;cifique diff&#233;rent des autres arts qui ont le leur. Le comportement &#233;thique qui en d&#233;coule, sorte d'habitus, rejette le genre dominant du m&#233;lange des arts (dadaocapitalisme et totalitt&#233;raire), l'anti-art contemporain sans anti-art contemporain, l'art conceptuel parodiant l'entreprise, et la critique anti-artistique des institutions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. L'art de plastique pure, &#224; la fois &#233;thos et perception sp&#233;cifique, s'efforce de mettre entre parenth&#232;se le capitalisme litt&#233;raire dominant du pouvoir en art et r&#233;prouve aussi l'art des bonnes causes qui en constitue le motif politique et &#233;thique. L'art des bonnes causes sans plastique existe au moins depuis les Incoh&#233;rents, groupe d'&#233;crivains faussement dessinateurs qui s'est constitu&#233; pour venir en aide aux victimes d'une explosion de gaz &#224; Paris, par la vente de leurs dessins dont ils reconnaissaient volontiers la m&#233;diocrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la plastique pure n'est pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plastique pure n'est pas la &#171; plasticit&#233; &#187; au sens d'une m&#233;tamorphose des formes et des forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est l'exact contraire de tout ce qui s'enseigne sous le nom d' &#171; arts plastiques &#187; aujourd'hui : dada&#239;sme, art conceptuel, performance, installations, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas la bonne forme de la Gestalttheorie, ou psychologie de la forme. La forme pr&#233;gnante chez un Rudolf Arnheim qui applique la Gestalttheorie &#224; l'art, est toujours associ&#233;e &#224; l'expression s&#233;mantique d'une forme : un homme courb&#233; et un saule pleureur sont donn&#233;s par lui en exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas la plastique pure anti-figurative de Mondrian, m&#234;me si elle y participe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas vraiment la visualit&#233; pure de Riegl lorsqu'elle d&#233;bouche sur des valeurs haptiques et tactiles privil&#233;gi&#233;es : l'haptique annon&#231;ant une premi&#232;re d&#233;rive vers l'aplat comme crit&#232;re exclusif que l'on retrouvera chez Greenberg.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas la forme issue du mouvement des yeux et des d&#233;placements du spectateur, selon Hildebrandt.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure ne serait qu'une des trois n&#233;cessit&#233;s int&#233;rieures que Kandinsky recouvre n&#233;anmoins toujours par ses connotations tr&#232;s synesth&#233;siques et symboliques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'est pas non plus la narratologie que Paul Klee d&#233;veloppe pour expliquer les &#233;l&#233;ments plastiques, ou encore le processus de formation qu'il met &#224; la place de la forme. (La po&#239;&#233;tique n'explique pas la plastique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est ni un sch&#233;ma de composition par module ni un calcul &#233;sot&#233;rique par le nombre d'or.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique diff&#232;re avant tout du mode d'appr&#233;ciation litt&#233;raire de l'art, aujourd'hui envahissant dans les arts plastiques, en grande partie &#224; l'origine de l'art contemporain, et que nous appelons ici le totalitt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plastique pure recouvre en grande partie les invariants plastiques expos&#233;s par Andr&#233; Lhote, nonobstant son privil&#232;ge indu r&#233;serv&#233; &#224; l'espace-plan, ce qui change beaucoup de chose il nous fallait remodeler la th&#233;orie des &#233;l&#233;ments, sous un principe de fonctionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vocabulaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plast&#232;me : nom servant &#224; d&#233;signer un rapport plastique soumis aux fonctions de plastique pure&lt;br class='autobr' /&gt;
Plasticide : toute id&#233;e, pens&#233;e, texte et &#339;uvre produisant des effets destructeurs sur la plastique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plastophanie : r&#233;v&#233;lation de la plastique pure dans le concept. Propos &#233;crit d'un peintre ; ou premier contenu d'une &#339;uvre plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peintres exp&#233;rimentent dans le r&#233;tinien, sans adopter l'auto-r&#233;flexivit&#233; kantienne. Car exp&#233;rimenter le champ de la plastique, ce n'est donc pas se poser la question des conditions de possibilit&#233; de la peinture, ni non plus je crois, exp&#233;rimenter le domaine de la po&#233;sie des objets tout fait, combin&#233;s ou non.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mis en perspective les th&#232;ses de Duchamp : d&#233;part entre la plastique et la litt&#233;rature (cubisme/surr&#233;alisme) ; le pop et Buren sont qualifi&#233;s de conceptuels par lui. Les ready made ne se regardent pas : ils rompent, comme le grand Verre, avec &#034;l'esth&#233;tico-plastique&#034; selon son expression. Dada &#233;tait nihiliste, anti-pictural et litt&#233;raire (dixit Duchamp). Donc ce n'est pas l'&#233;puisement suppos&#233; du r&#233;tinien qui a d&#233;bouch&#233; sur le minimal, le pop et l'art conceptuel. Le contemporain est le &#034;malin g&#233;nie&#034; de la peinture au sens cart&#233;sien et au sens de la ph&#233;nom&#233;nologie picturale de Roman Ingarden. Il a toujours exist&#233;, il s'est objectiv&#233; en un art distinct. Avec bien souvent, h&#233;las, l'oubli de la cr&#233;ation de formes au sens r&#233;tinien (30000 d'art). Voil&#224;, pour r&#233;sumer &#224; la hache ma conception.&lt;br class='autobr' /&gt;
En posant cette quelle diff&#233;rence, l'art conceptuel revendiqu&#233; par les artistes est le point de d&#233;part de l'art contemporain. Kosuth disait que Magritte n'&#233;tait pas un peintre mais un grand artiste. J'ai vu le fameux carr&#233; blanc sur fond blanc &#224; la Fondation Vuitton : carr&#233; gris-rose sur fond gris-bleu ! Agr&#233;able et assez beau, et non sans une certaine force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permettrai pour finir une remarque au sujet de l'installation universelle que nous d&#233;plorons tous deux, si nous nous reportons &#224; l'installation grecque sur laquelle insiste Vinciane Pirenne-Delforge de fa&#231;on &#224; renouveler notre id&#233;e de &#171; statue de culte &#187;. Ce sera une mani&#232;re d'&#233;voquer l'autre plastique pure premi&#232;re, la sculpture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fonder un culte se dit &#171; &lt;i&gt;hidruein&lt;/i&gt;, &#171; installer, fonder, &#233;tablir &#187;. La proc&#233;dure vaut tant pour les temples et les autels que pour les statues. Ce sont ces derni&#232;res qui nous int&#233;ressent ici &#187;. Chacun, aussi modeste soit-il peut installer un Dieu, une expression le dit, on la trouve notamment dans les com&#233;dies d'Aristophane.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; chaque fois, l'expression utilis&#233;e est concr&#232;te : la divinit&#233; sera &#171; install&#233;e par des marmites &#187; (&lt;i&gt;chutrais hidruein&lt;/i&gt;). Les scholies aux textes explicitent ce qui devait &#234;tre &#233;vident pour les spectateurs de ces com&#233;dies : on pouvait installer un dieu en faisant bouillir des c&#233;r&#233;ales dans des marmites ou en choisissant une offrande plus co&#251;teuse. D'o&#249; l'expression compl&#233;mentaire : &#171; Installer par un b&#339;uf, par une ch&#232;vre ou par du menu b&#233;tail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#171; installation par des marmites &#187; est une pratique dont ces gloses attestent le caract&#232;re modeste et rapide, d'une part, mais aussi l'&#233;quivalence structurelle avec une immolation animale. L'op&#233;ration s'inscrit ainsi dans le registre sacrificiel. Or, sacrifier &#224; un dieu est, par excellence, la mani&#232;re d'entrer en contact avec lui, tout en l'honorant comme il se doit. D&#232;s lors, la communication est un objectif fondamental dans la proc&#233;dure d'installation du dieu parmi les hommes. L'objectif du rituel est d'int&#233;grer le dieu &#224; la cit&#233; ou au groupe, de cr&#233;er les conditions de la manifestation de sa divinit&#233;, de sa bienveillance au c&#339;ur m&#234;me de l'espace de vie de ceux qui l'honorent. La statue &#8211; comme l'autel, lui aussi &#171; install&#233; &#187; &#8211; devient alors le lieu privil&#233;gi&#233; de cette manifestation du divin et le sacrifice en est l'instrument. La proc&#233;dure d'installation ouvre la voie de la communication en cr&#233;ant les conditions privil&#233;gi&#233;es de l'interaction &#224; venir entre hommes et dieux. Le rituel active la bienveillance divine et la statue devient un &#171; objet de culte &#187;. Toutefois, aucun terme grec n'est habilit&#233; &#224; saisir une fois pour toutes l'objet ainsi fond&#233;, install&#233;. D'o&#249; l'impossibilit&#233; de retrouver la &#171; statue de culte &#187; dans le lexique grec &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une statue de type &#233;piphanique et une statue install&#233;e sont toutes deux des lieux privil&#233;gi&#233;s de la manifestation du divin pour la communaut&#233; qui est d&#233;positaire des traditions li&#233;es &#224; la premi&#232;re et pour celle qui est &#224; l'initiative du processus de fondation de la seconde. Une des anecdotes sur le Zeus de Phidias, &#233;voqu&#233;e en ouverture, est significative &#224; cet &#233;gard. En effet, le colosse chrys&#233;l&#233;phantin n'est pas, en soi, une statue &#171; &#233;piphanique &#187;. C'est une &#339;uvre d'art de la p&#233;riode classique, c'est-&#224;-dire une &#339;uvre &#171; moderne &#187;, m&#234;me pour Pausanias qui l'admire pr&#232;s de sept si&#232;cles apr&#232;s sa mise en place. Mais l'&#233;clair qui s'abat au pied de la statue en r&#233;ponse &#224; la recherche d'approbation de Phidias est de l'ordre de l'&#233;piphanie divine. Et &#8211; qui sait ? &#8211; peut-&#234;tre l'hydrie qui marquait le sol o&#249; le dieu s'&#233;tait pr&#233;tendument manifest&#233; avait-elle fait partie du rituel &#171; d'installation &#187; de la statue dans son sanctuaire, &#224; Olympie, &#224; la fin du Ve si&#232;cle avant notre &#232;re. Rituel d'installation et tradition &#233;piphanique en seraient venus &#224; se m&#234;ler ensuite, jusqu'&#224; ce qu'un visiteur curieux en recueille le t&#233;moignage sous les Antonins &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vinciane Pirenne-Delforge, &#171; Des dieux parmi les hommes : l'installation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'harmonie universelle, on ne confondra pas les objets du don et du sacrifice, chaudron, animal, et la statue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; cher Ren&#233;, comme une nouvelle fin de s&#233;minaire, une fin de s&#233;ance, avec ici nos controverses que tu as toujours su rendre aimables et courtoises et que j'ai toujours trouv&#233; f&#233;condes. S&#233;minaire infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permettrais de conclure par une nouvelle citation, celle d'un auteur qui a &#233;t&#233; ton ma&#238;tre, Ignace Meyerson, dont les propos sur l'art abondent dans mon sens, tu le savais, et c'est toi-m&#234;me qui nous en a offert le cadeau au s&#233;minaire, geste hautement repr&#233;sentatif de ta mani&#232;re de faire avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; XIII. On ne parlera pas de la peinture informelle. D&#232;s lors qu'une surface peinte n'a ni formes, ni ordre interne, ni organisation, ni hi&#233;rarchie, ce n'est pas un tableau. [ je nuancerais bien s&#251;r, car l'informel, Wolls, Pollock par exemple organisent, ma&#238;trisent apr&#232;s coup tous les accidents en surveillant du regard, leur jugement plastique d&#233;clenche les reprises et interventions sur les coulures et d&#233;goulinures et en font des tableaux compos&#233;s et rythm&#233;s] &#8212; De m&#234;me, incorporer &#224; une surface peinte un balai, un moulin &#224; caf&#233; ou une trompette d'enfant n'est pas y faire entrer des formes. Si un objet photographiquement imit&#233; ne peut pas &#234;tre un objet plastique, un objet mat&#233;riel le peut moins encore. Bien s&#251;r, les Cubistes chacun le sait, ont incorpor&#233; dans leurs peintures, &#224; leurs collages des fragments de journaux, des cartes &#224; jouer, des cartes de visite, etc. ; mais &#239;l s'est agi dans tous ces cas de fragments destin&#233;s &#224; ajouter des effets de valeur ou de mati&#232;re, fragments au reste strictement subordonn&#233;s &#224; l'architecture de la composition. Et puis, la peinture est un art de la surface, et tout l'effort des peintres depuis toujours a &#233;t&#233; de vaincre les difficult&#233;s que donnait cette limitation &#224; deux dimensions &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ignace Meyerson, &#171; Remarques sur les formes en peinture &#187;, 1964, in Forme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et encore : &#171; On a &#233;crit &#224; propos du Compotier de C&#233;zanne que chacune de ses pommes &#233;tait &#224; sa place et que cette place lui appartenait depuis le commencement des choses. On pourrait le dire &#224; propos de chaque forme, de chaque tache color&#233;e, de chaque ligne d'un bon tableau. Un bon tableau est un monde clos, r&#233;gi par des lois internes, lois plastiques. Il y a certes de la g&#233;om&#233;trie et de l'optique derri&#232;re cette plastique, mais on peut faire beaucoup de choses dans les marges de cette g&#233;om&#233;trie et de cette optique. Et, fort heureusement, un tableau ne se d&#233;duit pas. Sa n&#233;cessit&#233; est d'autre sorte. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p 41-42.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parle peinture, et m&#234;me plastique, sans aucune g&#234;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Illustrations&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;peintures de Thierry Briault&lt;/strong&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Je reviens &#224; ce propos sur l'exclusive, la proscription que j'avais sembl&#233; prononcer et d&#233;fendre en ce qui concerne le mot &#034;plastique&#034; relativement &#224; la peinture. Par &#233;tourderie et/ou ignorance, m'&#233;tant mal inform&#233; sur ce qu'en avaient &#233;crit Delaunay et tant d'autres, et m&#234;me, avant lui, Delacroix, voire Baudelaire qui avait pourtant &#233;t&#233; le premier &#224; jeter l'anath&#232;me sur le mot (&#034;La plastique, cet affreux mot me donne la chair de poule&#034;, voir &#034; l'&#233;cole pa&#239;enne&#034; dans Curiosit&#233;s esth&#233;tiques).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mal inform&#233; et &#233;tourdi, car je n'avais pas pris garde au sens originel et pr&#233;dominant : c'est qu'il y a plastique, c'est-&#224;-dire cr&#233;ation de formes par le mat&#233;riau de la peinture m&#234;me, la couleur, ou la lumi&#232;re. C'est d'elle (d'elles) que proc&#232;dent les formes et qu'ainsi les arts visuels dans leur ensemble peuvent l&#233;gitimement &#234;tre nomm&#233;s &#034; arts plastiques&#034;. Quelles que soient les r&#233;ticences que l'on peut soulever &#224; l'&#233;gard du mot, de sa r&#233;sonance, du vague de ses connotations&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roman Ingarden, &lt;i&gt;Sur la peinture abstraite&lt;/i&gt;, Hermann, 2013, pp. 80-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vinciane Pirenne-Delforge, &#171; Des dieux parmi les hommes : l'installation des &#171; statues de culte &#187; en Gr&#232;ce ancienne &#187; &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/techne.3228&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/techne.3228&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ignace Meyerson, &#171; Remarques sur les formes en peinture &#187;, 1964, in &lt;i&gt;Forme, couleur, mouvement dans les arts plastiques&lt;/i&gt;, La Porte Etroite/Ecrits dur l'art, 1953-1974, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p 41-42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le corps de la d&#233;construction et les fascismes &#224; venir</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=430</link>
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		<dc:date>2014-09-07T06:33:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thierry Briault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il s'agirait de penser une th&#233;orie du &#171; corps plastique &#187; chez Derrida, &#224; la fois comme un corps politique, un corps explosif de la guerre ou du terrorisme, comme une &#339;uvre artistique, et comme image du philosophe, de son geste, de ses auto-portraits ainsi que de la dynamique politique d'un habitus derridien interpr&#233;t&#233; l&#224; aussi comme une sorte de corps politique. R&#233;alit&#233; d'un art, d'un concept, r&#233;alit&#233; d'un philosophe. Mais aussi &#171; une substance &#187;, ou un corps social et politique, une &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agirait de penser une th&#233;orie du &#171; corps plastique &#187; chez Derrida, &#224; la fois comme un corps politique, un corps explosif de la guerre ou du terrorisme, comme une &#339;uvre artistique, et comme image du philosophe, de son geste, de ses auto-portraits ainsi que de la dynamique politique d'un habitus derridien interpr&#233;t&#233; l&#224; aussi comme une sorte de corps politique. R&#233;alit&#233; d'un art, d'un concept, r&#233;alit&#233; d'un philosophe. Mais aussi &#171; une substance &#187;, ou un corps social et politique, une &#171; substance &#187; faite d&#233;construction. Et repenser le corps artistique de la plastique pure face &#224; la plasticit&#233; du corps politique comme nazisme aux yeux de Philippe lacoue-labarthe et de Jean-Luc Nancy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, d&#233;constructive, esth&#233;tique et picturale, on abordera les micro-fascismes &#233;voqu&#233;s par Deleuze et Foucault, promis selon eux &#224; un bel avenir. Mais aussi les lucioles qui disparaissent, et la soci&#233;t&#233; de consommation, tandem de Pasolini pour qui le fascisme triompherait l&#224;. Les lucioles sont aussi en enfer pour Dante ce sont parfois de mauvaises conseill&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le derridien s'il en est que nous voulions interroger d'abord sur la question de la plastique est Philippe Lacoue-Labarthe. Sa th&#232;se sur la plastique est la suivante : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le politique (la Cit&#233;) rel&#232;ve d'une plastique, formation et information, fiction au sens strict. C'est un motif profond, issu des textes politicop&#233;dagogiques de Platon (La R&#233;publique avant tout) et qui ressurgit sous le couvert des concepts de &lt;i&gt;Gestaltung&lt;/i&gt; (figuration, installation figurale) ou &lt;i&gt;Bildung&lt;/i&gt;, dont la polys&#233;mie est r&#233;v&#233;latrice (mise en forme, composition, organisation, &#233;ducation, culture, etc.). Que le politique rel&#232;ve ainsi d'une plastique ne signifie en aucune mani&#232;re que la polis est une formation artificielle ou conventionnelle, mais bien que le politique rel&#232;ve de la techn&#232; au sens le plus haut du terme... &#187;1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre techn&#232; plastik&#232; s'en trouverait remise en jeu. En effet, si l'on pense la peinture comme plastique ou comme le monde des rapports plastiques, on rencontre la conception du mythe nazi que Lacoue-Labarthe pr&#233;sente ainsi : la politique depuis les grecs est pens&#233;e comme une oeuvre d'art, et il s'agit pour les nazis de reproduire le peuple dans une sorte d'auto-plasticit&#233; taut&#233;gorique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'en est-il de la plastique dans les arts plastiques au regard du politique, au regard du fascisme et de la d&#233;mocratie ? et au regard de l'imitatio, de la technique, et de la mim&#232;sis dans le mythe politique ? de la plastique pure des arts plastiques et de l'onto-typologie que Lacoue-Labarthe a r&#233;v&#233;l&#233; : question d'une plastique pure naturelle (le sublime de plastique pure) et de sa mim&#233;tologie originaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur l'onto-typologie, th&#232;se ma&#238;tresse de Lacoue-Labarthe reli&#233;e &#224; la question de la politique comme fiction plastique, nous avons ce passage : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si quelque chose pr&#233;existe, ce n'est pas m&#234;me comme le croit Platon, une substance, sous les esp&#232;ces d'une pure mall&#233;abilit&#233; ou d'une pure plasticit&#233; que le mod&#232;le viendrait frapper de son &#8220;type&#8221; ou auquel il imprimerait sfigure. Une telle substance est en r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; un sujet, et ce n'est pas &#224; partir d'une &#233;id&#233;tique qu'on peut esp&#233;rer penser le proc&#232;s mim&#233;tique, si l'eidos -ou plus largement le figural - est le pr&#233;suppos&#233; m&#234;me de l'identique. Et c'est du reste parce que, de Platon &#224; Nietzsche et Wagner, puis J&#252;nger - et m&#234;me Heidegger, le lecteur de Trakl en tout cas, qui pourtant nous l'a appris - , une telle &#233;id&#233;tique sous-tend la mim&#233;tologie, dans la forme de ce que j'ai cru pouvoir appeler onto-typologie, que toute une tradition (elle culmine avec le nazisme) aura pens&#233; que le politique rel&#232;ve du fictionnement des &#234;tres et des communaut&#233;s. &#187;2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si notre plastique pure est aussi une politique notamment par rapport aux forces de r&#233;ification qui d&#233;finissent n&#233;gativement l'espace de r&#233;sistance artistique, l' &#8220;artisticit&#233;&#8221; selon Adorno , qui est fond&#233;e sur le travail sp&#233;cifique du mat&#233;riau, et qui n'est pas un formaliste du m&#233;dium, mais un formalisme de la logique plastique, cette conception de la plastique pure rencontre cet &#233;difice &#233;rig&#233; par Lacoue-Labarthe. Est-ce qu'il y a pour autant incompatibilit&#233; entre cette plast&#233;matique ou th&#233;orie des rapports plastiques en peinture, et la d&#233;nonciation d'une plastique entendue comme mythe politique, comme &#8220;mythation&#8221; de l'Occident, enfin comme nazisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le nietzsch&#233;en de la &#8220;force plastique&#8221; comme force figurative ou force fictionnante qui doit se faire selon Nietzsche &#224; coups de marteau, cette &#8220;force plastique est la facult&#233; de cro&#238;tre soi-m&#234;me et de s'accomplir soi-m&#234;me&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie est ainsi pens&#233;e sur le mod&#232;le de l'art, comme capacit&#233; artistique, puissance au sens ontologique, nous dit Lacoue-Labarthe. Et si la vie plastique rejoint comme mod&#232;le mim&#233;tique de l'art celui du mythe politique de l'auto-formation du peuple autochtone, qui doit se purifier, on aura compris que notre sublime de plastique pure, notre mim&#233;tologie originaire de plastique pure &#233;chappe sans coup f&#233;rir &#224; ce type d'objection, mythique, citationnelle et enfin politique. La plastique pure n'imite jamais que les rapports plastiques, la force plastique ici, qu'elle soit vie et capacit&#233; fictionnante, ne produit que des rapports plastiques, ce que nous appelons des plast&#232;mes, et n'engendre que des exigences d'un discours sp&#233;cifiquement pictural - c'est-&#224;-dire non po&#233;tique -,d'un discours attentif &#224; sa plastophanie ou r&#233;v&#233;lation discursive de sa v&#233;rit&#233;. La plastique pure est politique en tant qu'elle d&#233;fend socialement et contre d'autres arts, la pratique, l'ethos et l'habitus de son effectuation, et ceci comme dit Mondrian, le plus consciemment possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; corps de la d&#233;construction &#187; vient d'abord des portraits de Derrida, mais c'est une notion plus g&#233;n&#233;rale. Derrida y r&#233;pondit d'abord ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors ce qui m'a surpris &#224; un moment donn&#233;, quand j'ai entendu &#171; corps all&#233;goris&#233; de la personne physique de Derrida &#187;, je me suis dit : &#171; Eh, eh, et s'il y avait dans mon corps, dans mon habitus physique, dans ma voix, mes gestes, ma mani&#232;re de poser mon regard etc., quelque chose qui dise autrement (&lt;i&gt;allegoria&lt;/i&gt;, all&#233;gorie c'est ce qui parle autrement par la voix de l'autre), qui dise autrement par la voix de l'autre, qui dise autrement ce qu'on appelle d&#233;construction et qui la dise peut-&#234;tre mieux &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; corps de la d&#233;construction &#187; et les fascismes &#224; venir : Pasolini pense qu'il y a le fascisme-fasciste et le fascisme-d&#233;mocrate chr&#233;tien h&#233;ritier du pr&#233;c&#233;dent. La th&#233;orie des lucioles fait de la soci&#233;t&#233; de consommation un fascisme r&#233;ussi. Serait-ce un fascisme anglo-saxon ? Les lucioles qui symbolisent une culture engloutie et une forme de r&#233;sistance, disparaissent dans la campagne romaine comme sous les gros projecteurs de la soci&#233;t&#233; contemporaine, sous l'emprise des grands m&#233;dias &#224; la lumi&#232;re &#233;blouissante. Mais en art c'est autre chose. Avec une th&#233;orie pasolinienne repise par Didi-Huberman, c'est tout diff&#233;rent. Que les lucioles servent l'expression du milieu le plus autoris&#233; du biggest artistique marchand nous am&#232;nerait plut&#244;t &#224; abandonner au fond cette th&#233;orie. Les &#034;lucioles&#034; ne d&#233;signent-elles pas les mauvais conseillers dans l'Enfer de Dante ? Le dadaocapitalisme luciole ? La vid&#233;o des &#233;migrants clandestin de Sangatte dans la nuit de Calais ? Je ne le crois pas, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait certes penser le minuscule, le point infinit&#233;simale de la luciole, un &#171; point &#187; de r&#233;sistance, incertain. Et donc &#233;voquer les sc&#232;nes miniatures, les plans o&#249; le micro s'exprime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a le fascisme selon Deleuze, par exemple. Micro-fascisme infini. Diss&#233;min&#233; ? Chacun est susceptible d'accomplir des petits gestes d'exclusion, de rejet, et d'interdiction violente. Ceux-ci se sont perp&#233;tr&#233;s r&#233;guli&#232;rement autour de nous depuis des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont de petits corps, parfois ambivalents. Le micro-fascisme est en chacun de nous disait Deleuze, il est ce qui hante nos esprits, nos conduites et nos vies quotidiennes, il nous fait aimer le pouvoir, d&#233;sirer cette chose m&#234;me qui nous domine et nous exploite. Mais c'est une terrible th&#233;orie de la vie quotidienne qui nous attend, une communaulogie inqui&#232;te, une communologie performative comme j'appelle ma th&#233;orie du sens commun : &#171; pragmatique d&#233;constructive &#187;. La diss&#233;mination et le contagieux touchent ces attitudes, guident le d&#233;sir vers le meilleur et parfois le pire, la plasticit&#233; mortif&#232;re. Si l'&#233;chec, dans la th&#233;orie des actes de langage, est une condition de possibilit&#233; du performatif m&#234;me, selon Derrida, la condition du pire &#224; venir deviendrait presque la condition de possibilit&#233; de tout &#233;v&#233;nement. Encore un effort pour d&#233;finir une &#171; vie non-fasciste &#187; comme l'a fait Foucault &#224; partir de Deleuze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps de la d&#233;construction est aussi &#224; entendre &#224; la fois comme &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; geste et &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; geste de Derrida, entre mes portraits peints de Derrida et le &#171; corps &#187; de Derrida, homme et pens&#233;e : r&#233;sistance et d&#233;sistance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Substance d'une peinture pure. Mati&#232;re aristot&#233;licienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser &#224; l'avenir le si difficile &#171; fascisme philosophique &#187; : Platon peut-&#234;tre, ou Heidegger ? Et le fascisme des disciples, certains &#171; derridiens &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours une menace lov&#233;e dans la chance. Mais aussi une Chose de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Philosophes du Pentagone et inscription des philosophes sur la liste des gens &#224; &#233;liminer. Le philosophe comme terroriste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pentagon preparing for mass civil breakdown Social science is being militarised to develop 'operational tools' to target peaceful activists and protest movements (article du Guardian du 12 juin 2014).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser les fascismes religieux, les int&#233;grismes en Isra&#235;l, ou dans l'Islam.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le fera gr&#226;ce &#224; Derrida aujourd'hui, avec son geste dans la question isra&#233;lienne, et au risque d'un avenir et d'une saturation de l'avenir, par appropriation de l'ouvert ou de l'ouverture m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derrida disait , il m'a dit un jour : &#171; Isra&#234;l est le dernier Etat colonial &#187;&lt;/strong&gt;. Propos lapidaire, certes, mais : jurons que Derrida aujourd'hui aurait d&#233;velopp&#233; son accusation lui le militant anti-apartheid, lui qui a v&#233;cu la guerre d'Alg&#233;rie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne dois pas &#234;tre le seul &#224; avoir entendu le fond de sa pens&#233;e sur la politique d'Isra&#235;l. Le massacre de Sabra et Chatila, qui avait provoqu&#233; les r&#233;actions v&#233;h&#233;mentes de Jean Genet, ne l'avait pas laiss&#233; non plus sans voix. &lt;br class='autobr' /&gt; Derrida disait donc : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&#8232;Formule qui renferme tout ce que l'on peut dire de responsable sur Isra&#235;l aujourd'hui, et sa politique de colonisation des territoires occup&#233;s. On peut encore ajouter ceci de la part de Derrida pour bien pr&#233;ciser les choses sur l'antis&#233;mitisme dont on accuse souvent ceux qui d&#233;noncent la politique isra&#233;lienne.&#8232;Lors d'un &#233;change &#233;pistolaire avec Claude Lanzmann :&#8232;&#034;Ne crois pas que ma vigilance critique soit unilat&#233;rale. Elle est aussi vive &#224; l'endroit de l'antis&#233;mitisme ou d'un certain anti-isra&#233;lisme, aussi vive &#224; l'&#233;gard d'une certaine politique de tels pays du Moyen-Orient et m&#234;me de l'Autorit&#233; palestinienne [...], sans parler bien entendu du &#034;terrorisme&#034;. Mais je crois de ma responsabilit&#233; de le manifester davantage du c&#244;t&#233; auquel, par &#034;situation&#034;, je suis cens&#233; appartenir : le &#034;citoyen fran&#231;ais&#034; que je suis manifestera publiquement une plus grande attention critique &#224; l'endroit de la politique fran&#231;aise qu'&#224; l'&#233;gard d'une autre, &#224; l'autre bout du monde. Le &#034;juif&#034;, m&#234;me s'il est aussi critique &#224; l'&#233;gard des politiques des ennemis d'Isra&#235;l, tiendra plus &#224; faire savoir son inqui&#233;tude devant une politique isra&#233;lienne qui met en danger le salut et l'image de ceux qu'elle est cens&#233; repr&#233;senter.&#034;&#8232;A entendre certains &#034;on devrait se sentir coupable ou pr&#233;sum&#233; coupable d&#232;s lors qu'on murmure la moindre r&#233;serve au sujet de la politique isra&#233;lienne, [...] voire d'une certaine alliance entre telle politique am&#233;ricaine et une certaine politique isra&#233;lienne&#034;.&#8232;&#034;Coupable au moins sous quatre chefs : anti-isra&#233;lisme, antisionisme, antis&#233;mitisme, jud&#233;ophobie (concept r&#233;cemment mis &#224; la mode, tu le sais, et sur lequel il y aurait beaucoup &#224; dire) - sans parler de l'anti-am&#233;ricanisme comme on dit primaire...&#8232;Eh bien, non, non, non et non ! Quatre fois non. C'est exactement pour cela que je voudrais te dire, et c'est pour cela que je t'ai &#233;crit[...]. S'il y a des proc&#233;d&#233;s d'intimidations totalitaires, ils sont l&#224;, justement, dans cette tentative de faire taire toute analyse critique des politiques et isra&#233;lienne et am&#233;ricaine.[...] Je veux pouvoir me livrer &#224; cette analyse critique, la compliquer ici, la nuancer l&#224;, la radicaliser parfois, sans la moindre jud&#233;ophobie, sans le moindre anti-am&#233;ricanisme, et , dois-je l'avouer, sans le moindre antis&#233;mitisme.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
A une &#233;poque o&#249; la pens&#233;e de Derrida se r&#233;duirait pour certains si j'ose dire &#224; la d&#233;fense des animaux ou &#224; une pens&#233;e de l'animalit&#233;, une cause importante bien s&#251;r, mais souvent au d&#233;triment du Derrida d&#233;nonciateur du &#034;poker menteur&#034; selon son expression : FMI, OMC, Banque mondiale, OCDE, le Derrida politique &#224; l'encontre de l'ordre du monde m&#233;rite de retrouver le chemin de l'actualit&#233; et de tout ce qui vient : puisque le &#034;ce qui arrive&#034; est une des sortes de d&#233;finitions de la d&#233;construction qu'il s'est risqu&#233; &#224; donner.&#8232;Ce qui vient est un horizon peut-&#234;tre obscurci dans le fameux horizon sans horizon d'attente d'une ouverture et d'une force faiblement messianique susceptible de surgir comme &#233;v&#233;nement politique.&#8232;Cette fois-ci, &#034;ce qui vient&#034; autant que ce &#034;qui arrive&#034;, c'est peut-&#234;tre l'&#233;v&#233;nement de l'obscurcissement possible de la pens&#233;e, de la politique et du rapport &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car je n'ai, pour ma part, jamais &#233;t&#233; tr&#232;s convaincu par ces semblants de d&#233;finitions de la d&#233;construction souvent marqu&#233;es si l'on peut dire par l'avenir.&#8232;La d&#233;construction &#233;crivait Derrida &#034;c'est ce q&#8206;ui arrive dans le monde&#034;. La d&#233;construction bien s&#251;r ne se d&#233;cide pas. Il y va de l'&#233;v&#233;nementialit&#233;.&#8232;Oui, le &#034;&#231;a se d&#233;construit&#034; est fondamental, &#034;on&#034; ne d&#233;cide pas la d&#233;construction, Derrida lors de la soir&#233;e de l'Od&#233;on avec nos portraits, avait repris l'un des intervenants qui parlait d'une d&#233;construction qu'il faut faire, et en disant &#034;je&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ma part je tique encore sur le &#034;ce qui arrive&#034;, et en particulier dans le monde, comme si l'&#233;v&#233;nement dans le monde ou ailleurs devait toujours &#234;tre li&#233; &#224; ce qu'on appelle la d&#233;construction. Ce qui arrive et fait &#233;v&#233;nement caract&#233;rise, sp&#233;cifie si l'on peut dire quelque chose comme la d&#233;construction, mais aussi ce qui est en d&#233;construction comporte un &#233;l&#233;ment qui n'est pas encore d&#233;construit, ce qui arrive n'est pas toujours ce qui arrive par et avec cet &#034;en d&#233;construction&#034;. Sans m&#234;me suppos&#233; un pr&#234;t &#224; d&#233;construire, une m&#233;taphysique disponible, un sens commun qui se laisserait d&#233;construire apparemment, avec l'assurance encore &#233;trange du &#231;a se d&#233;construit, et du d&#233;construit lui-m&#234;me, on peut faire l'exp&#233;rience que ce qui arrive, arrive aussi autrement qu'en d&#233;construction. En un mot je voulais dire que (tout) ce qui arrive, et donc l'&#233;v&#233;nement, ne &#034;rel&#232;ve&#034; pas toujours de la d&#233;construction.&#8232;Le &#034;ce qui arrive&#034; sera, &#233;tait, a toujours &#233;t&#233; encore - une kitschd&#233;construction. Ce que j'appelle ainsi, d'un autre appel.&#8232;La kitschd&#233;construction visait d'abord le clich&#233; d'une imagerie cubiste ou dada&#239;ste, voire l'urinoir de Duchamp comme n&#233;cessairement &#034;d&#233;constructif&#034;. J'avais essay&#233; de cerner un style d&#233;constructif en peinture comme en architecture. Mais le frelat&#233;, mieux : l'h&#233;r&#233;sie et la camelote int&#233;resse si l'on peut dire la d&#233;construction, c'est le c&#244;t&#233; vulgaire et vulgaris&#233; de la d&#233;construction, tout ce qui se range sous le sens commun et qui produit aussi des effets d&#233;constructifs. Le sens commun populaire et kitsch agit &#224; sa fa&#231;on sur le geste de la d&#233;construction, et y concourt &#224; sa fa&#231;on : il s'y pr&#234;te d'abord, il semble s'offrir &#224; elle et la responsabilit&#233; impossible du sens qui se donne ainsi tr&#232;s vite, qui se partage, le sens commun d&#233;crit une communaut&#233;, une communau/ologie difficilement contr&#244;lable, une contagion m&#233;taphysique qui est peut-&#234;tre rendue n&#233;cessaire depuis toujours. Il n'y a pas de concept non m&#233;taphysique. Mais y a t-il une d&#233;construction non inspir&#233;e par la m&#233;taphysique ? n'est-ce pas toujours elle qui est en d&#233;construction ? Le non d&#233;construit est aussi ce qui arrive, et il est aussi d&#233;constructif, comme sens commun pr&#233;suppos&#233; ou non. Et la d&#233;construction comme sens commun, sens partag&#233;, est aussi ce qu'il faut interroger, il y va de sa forme de donation. Son &#233;vidence &#034;propre&#034; obligerait toujours &#224; se demander si elle a lieu, la d&#233;construction, en sommes-nous si s&#251;r ? A cause du &#034;frelat&#233;&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida semblait persuad&#233; &#224; la fin de sa vie, menac&#233; par la maladie, qu'au lendemain m&#234;me de sa mort, tout ce qu'il avait &#233;crit et pens&#233; sombrerait dans l'oubli, brutalement, du jour au lendemain. Et qu'ainsi il n'en resterait rien. D'un seul coup. Il n'en n'a rien &#233;t&#233;, bien s&#251;r, mais en sommes-nous si s&#251;r ? Peut-&#234;tre qu'un tel naufrage a eu lieu, ou se montre soudain, maintenant, dix ans apr&#232;s sa disparition. C'est au contraire la multiplicit&#233; des h&#233;ritages suppos&#233;s et des commentaires incessants qui contribueraient peut-&#234;tre &#224; la disparition de la pens&#233;e de Derrida.&#8232;Derrida -une disparition &#224; venir ?&#8232;Et la question du fascisme comme ligne de fuite &#034;plastique&#034; ou en &#034;plasticit&#233;&#034;, une ligne de vie qui tourne mal, qui devient ligne de mort selon Deleuze, n'est pas si &#233;loign&#233;e du mythe nazi que nous avions trouv&#233; proprement incroyable, chez Philippe Lacoue-labarthe et Jean-Luc Nancy, &#224; savoir nous l'avons vu, un fa&#231;onnage du peuple, une &#034;fiction&#034; politique, un peuple comme &#339;uvre d'art. Vous imaginez la surprise pour le moins du peintre que je suis en d&#233;couvrant ces pens&#233;es de la &#034;plastique&#034;.&#8232;La ligne de fuite devenue ligne de mort, le fascisme c'est ce qui veut la mort de l'autre, selon Deleuze, est donc une thanatographie plastique, une plastique thanatographique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car pour revenir aux d&#233;finitions improbables de la d&#233;construction, celle de la jud&#233;it&#233; pour Derrida devenait encore plus difficile : c'est le rapport &#224; l'&#224;-venir, disait-il aussi. &#034;Etre juif c'est &#234;tre ouvert &#224; l'avenir&#034;. Etrange sp&#233;cificit&#233;. L'hyperbole derridienne rejoint peut-&#234;tre l'hubris ici aussi.&#8232;Il se disait enfin, selon une condensation dont il a souvent eu le secret : &#034;Je suis le dernier des juifs&#034;. Je crois que c'est dans cette tension &#224; laquelle il nous invitait entre le &#034;dernier&#034;, le moins juif de tous, le moins recommandable, le dernier des derniers, le moins fid&#232;le en somme, et aussi avec l'id&#233;e qu'il &#233;tait le dernier juif, le seul, l'unique, le plus fid&#232;le, celui qui dit d'un m&#234;me mouvement peut-&#234;tre : je suis en tant que juif, le dernier, inconditionnellement ouvert &#224; l'avenir et donc je vous le dis : &#034;Isra&#235;l est le dernier Etat colonial&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra penser le &#171; terrorisme &#187; selon Derrida, comme un corps possiblement &#171; plastique &#187;, corps explosif. En art et en politique. Derrida disait au mus&#233;e du Moma, &#224; propos d'Artaud : &#171; Il faut faire sauter tous les mus&#233;es d'art plastique &#187;. Lesquels ? Les mus&#233;es duchampiens ? Artaud n'y suffirait sans doute pas, bien au contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le dernier Derrida soutenant l'alter-mondialisation anti-n&#233;olib&#233;rale, s'accompagnait aussi d'un marxisme derridien souvent n&#233;glig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que notre plastique pure est difficilement compatible avec une plasticit&#233; du corps politique qui d&#233;finirait le nazisme pour Lacoue-Labarthe et Nancy.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour Deleuze la ligne de fuite n'est pas non plus une &#171; plasticit&#233; &#187; du corps politique. Toutefois il y a bien une sorte de &#171; plasticit&#233; &#187; de la &#171; ligne &#187; de fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#224; l'avenir s'essayer &#224; penser ce Deleuze l&#224; , on se permettra ainsi une longue citation : &#171; Qu'est-ce qui se passe ? Alors, je dis, sous les formes exasp&#233;r&#233;es, c'est comme &#231;a si vous voulez, si j'essaye de donner un contenu concret, v&#233;cu, vivant, &#224; la notion de fascisme. J'ai essay&#233; de dire plusieurs fois &#224; quel point pour moi, le fascisme et le totalitarisme, c'&#233;tait pas du tout la m&#234;me chose. C'est que le fascisme, &#231;a para&#238;t un peu mystique ce que je dis, mais il me semble que &#231;a l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme, c'est typiquement un processus de fuite, une ligne de fuite, qui tourne alors imm&#233;diatement en ligne mortuaire, mort des autres et mort de soi-m&#234;me. Je veux dire, qu'est-ce que &#231;a veut dire ? Tous les fascistes l'ont toujours dit. Le fascisme implique fondamentalement, contrairement au totalitarisme, l'id&#233;e d'un mouvement perp&#233;tuel sans objet ni but. Mouvement perp&#233;tuel sans objet ni but, d'une certaine mani&#232;re, c'est, on peut dire, c'est &#231;a un processus. En effet, le processus, c'est un mouvement qui n'a ni objet ni but. Qui n'a qu'un seul objet : son propre accomplissement, c'est-&#224;-dire l'&#233;mission des flux qui lui correspondent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, voil&#224; qu'il y a fascisme lorsque ce mouvement sans but et sans objet, devient mouvement de la pure destruction. &#201;tant entendu quoi ? &#201;tant entendu qu' on fera mourir les autres, et que sa propre mort couronnera celle des autres. Je veux dire quand je dis &#231;a para&#238;t tout &#224; fait mystique, ce que je dis l&#224; sur le fascisme, en fait les analyses concr&#232;tes, il me semble, le confirment tr&#232;s fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire un des meilleurs livres sur le fascisme, que j'ai d&#233;j&#224; cit&#233;, qui est celui d'Arendt, qui est une longue analyse, m&#234;me des institutions fascistes, montre assez que le fascisme ne peut vivre que par une id&#233;e d'une esp&#232;ce de mouvement qui se reproduit sans cesse et qui s'acc&#233;l&#232;re. Au point que dans l'histoire du fascisme, plus la guerre risque d'&#234;tre perdue pour les fascistes, plus se fait l'exasp&#233;ration et l'acc&#233;l&#233;ration de la guerre, jusqu'au fameux dernier t&#233;l&#233;gramme d'Hitler, qui ordonne la destruction de l'habitat et la destruction du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commencera par la mort des autres, mais il est entendu que viendra l'heure de notre propre mort. Et &#231;a les discours de Goebbels d&#232;s le d&#233;but le disaient, on peut toujours dire propagande, mais ce qui m'int&#233;resse c'est pourquoi la propagande &#233;tait orient&#233;e dans en sens d&#232;s le d&#233;but. C'est compl&#232;tement diff&#233;rent d'un r&#233;gime totalitaire &#224; cet &#233;gard. Et une des raisons pour lesquelles, il me semble, une des raisons, l&#224;, historique importante, c'est pourquoi est-ce qu'encore une fois, les Am&#233;ricains, et m&#234;me l'Europe, a pas fait une alliance avec le fascisme. Et bien on pouvait leur faire confiance, c'est pas la moralit&#233; ni le soucis de la libert&#233; qui les a entra&#238;n&#233;. Donc pourquoi ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'allier &#224; la Russie, et au r&#233;gime stalinien ? dont on peut dire tout ce qu'on veut, et c'est un r&#233;gime que l'on peut appeler totalitaire, mais c'est pas un r&#233;gime de type fasciste et c'est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est &#233;videmment que le fascisme n'existe que par cette exasp&#233;ration du mouvement, et que cette exasp&#233;ration du mouvement ne pouvait pas donner de garanties suffisantes, enfin ... Et la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du fascisme au niveau des gouvernements et au niveau des &#201;tats qui ont fait l'alliance pendant la Guerre, c'est il me semble. Si vous voulez, c'est l&#224; o&#249; il y a toujours un fascisme potentiel l&#224; lorsqu'une ligne de fuite tourne en ligne de mort. Alors presque, c'est pour &#231;a que vous comprenez, la distinction que je ferais entre schizophr&#233;nie comme processus et schizophr&#232;ne comme entit&#233; clinique, c'est que la schizophr&#233;nie comme processus c'est : l'ensemble de ces trac&#233;s de lignes de fuites. Mais la production de l'entit&#233; clinique, c'est lorsque pr&#233;cis&#233;ment quelque chose ne peut pas &#234;tre tenu sur les lignes de fuites. Quelque chose est trop dur, quelque chose est trop dur pour moi. Et &#224; ce moment-l&#224; &#231;a va tourner en ligne, &lt;br class='autobr' /&gt; soit en ligne d'abolition &lt;br class='autobr' /&gt; soit en ligne de mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plasticit&#233; thanatographique ? Le corps de la d&#233;construction, comme le corps de la plastique pure, donnerait &#224; penser encore autrement, sans aucunement n&#233;gliger la schzophr&#233;nie, mais sans ignorer non plus une vie soumise peut-&#234;tre pareillement &#224; un art contemporain entendu aussi comme biopouvoir esth&#233;tis&#233;, voire un flux et un art devenu mouvement exasp&#233;r&#233;, un art liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 7 septembre 2014)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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