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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Vers l'art total illimit&#233;, &#171; fouri&#233;riste &#187; : &#171; L'illusion cr&#233;&#233;e &#187;, ou les charmes paradoxaux de la vie collective</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1490</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Morgan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Image 1 : Feux d'artifice. En domaine public : Wikimedia Commons. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Lorsqu'un immense feu d'artifice est dispos&#233;, et la foule rassembl&#233;e pour le voir, &#224; quoi tient le commencement du spectacle ? &#192; une &#233;tincelle, qui enflammera successivement toutes les pi&#232;ces, en les supposant li&#233;es par des veines inflammables. &#187; (Fourier 2001, 22). &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui et/ou quoi met &#171; l'&#233;tincelle &#187; pour ce &#171; brillant coup de th&#233;&#226;tre &#187; chez Fourier ? Faut -il que quelqu'un et/ou quelque chose soit &#171; en mesure de le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt; Image 1 : Feux d'artifice. En domaine public : Wikimedia Commons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Lorsqu'un immense feu d'artifice est dispos&#233;, et la foule rassembl&#233;e pour le voir, &#224; quoi tient le commencement du spectacle ? &#192; une &#233;tincelle, qui enflammera successivement toutes les pi&#232;ces, en les supposant li&#233;es par des veines inflammables. &#187; (Fourier 2001, 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre composite de cet article combine deux Sch&#233;rers avec un Hocquenghem (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et/ou quoi met &#171; l'&#233;tincelle &#187; pour ce &#171; brillant coup de th&#233;&#226;tre &#187; chez Fourier ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au risque de divulg&#226;cher la suite, mais pour d&#232;s maintenant permettre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Faut -il que quelqu'un et/ou quelque chose soit &#171; en mesure de le fabriquer &#187; ? (Fourier 2001, 22)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut bien s&#251;r &#234;tre plusieurs &#224; le fabriquer, pas forc&#233;ment un.e seul.e ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Fourier se pr&#233;sente comme celui qui a trouv&#233; &#171; le secret de la destin&#233;e de notre univers &#187;, mais il a fait l'exp&#233;rience que le divulguer aux autres n'allait pas de soi, la transmission passait mal (ibid)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir mon article sur Proudhon et la transmission des id&#233;es, d&#233;crites comme &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre-Joseph Proudhon n'&#233;tait pas convaincu que Fourier ait v&#233;ritablement trouv&#233; la cl&#233; du &#171; secret &#187; car il avait n&#233;glig&#233; la complexit&#233; des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; l'accomplissement de la t&#226;che projet&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici je cours le risque de prendre cette r&#233;f&#233;rence au &#171; secret &#187; trop &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans &lt;i&gt;De la justice dans la r&#233;volution et dans l'&#233;glise&lt;/i&gt;, il &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est plus ici cet attrait passionnel qui devait, selon Fourier, jaillir, comme un feu d'artifice, du milieu de &lt;i&gt;s&#233;ries de groupes contrast&#233;s&lt;/i&gt;, des intrigues de le &lt;i&gt;cabaliste&lt;/i&gt; et des &#233;volutions de la &lt;i&gt;papillonne&lt;/i&gt;&#8230; (Proudhon 1990, t. iii, 1062)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;anmoins, malgr&#233; sa critique, notons &#224; quel point Proudhon partage le m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Proudhon, Fourier n&#233;gligeait certains aspects fondamentaux de l'activit&#233; humaine et de l'engagement de l'humanit&#233; pour une cause. Il y a toute une panoplie de facteurs socio-politiques cruciaux &#224; prendre en compte, non compatibles selon lui avec la fr&#233;n&#233;sie enthousiasm&#233;e du monde fouri&#233;riste. Essentiel pour le d&#233;clenchement d'une adh&#233;sion &#224; l'action est l'appel aux &#171; amorces &#187; suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;[la] volupt&#233; intime, &#224; laquelle le recueillement de la solitude n'est pas moins favorable que les excitations de l'atelier , et qui r&#233;sulte, pour l'homme de travail, du plein exercice de ses facult&#233;s : force du corps, adresse des mains, prestesse de l'esprit, puissance de l'id&#233;e, orgueil de l'&#226;me par le sentiment de la difficult&#233; vaincue, de la nature asservie, de la science acquise, de l'ind&#233;pendance assur&#233;e ; communion avec le genre humain par le souvenir des anciennes luttes, la solidarit&#233; de l'&#339;uvre et la participation &#233;gale du bien-&#234;tre (Proudhon 1990, t. iii 1062).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du &#171; ralliement &#187;, il en faut vu l'&#233;tat d&#233;plorable du monde, Proudhon est tout &#224; fait d'accord avec Fourier sur le principe. N&#233;anmoins, Fourier se risque &#224; &#233;craser le d&#233;licat sens de soi-m&#234;me, intime, parfois solitaire - pas individualiste, voire &#233;go&#239;ste - qu'il serait pourtant pr&#233;cieux de conserver et de respecter. Il faut certes urgemment reconfigurer la nature et les conditions du travail, mais son c&#244;t&#233; souvent p&#233;nible, stressant et fatigant n'est pas toujours d&#233;pourvu de valeur et de sens. Le d&#233;fi des probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre peut &#234;tre une source de satisfaction. Le temps que cela demande est certes frustrant si l'on a &#224; faire par ailleurs, mais cette dur&#233;e m&#234;me peut aussi &#234;tre la preuve d'un travail m&#233;ticuleux. Le temps n&#233;cessaire pour bien accomplir la t&#226;che peut &#234;tre la trace d'un long apprentissage pour acqu&#233;rir les complexes dext&#233;rit&#233;s requises. Le sens de bien faire les choses rel&#232;ve d'une connaissance pass&#233;e de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, le fruit des exp&#233;riences vari&#233;es de personnes maintenant mortes. Toutes ces nuances, souvent mitig&#233;es, ambivalentes ou contradictoires, ne semblent compter pour rien chez Fourier. Mais Proudhon a-t-il eu raison de critiquer ainsi Fourier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comparer les critiques de Proudhon avec certaines remarques de William Morris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour quelques &#233;valuations de la pens&#233;e de Fourier, plut&#244;t positives mais non (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lui aussi valorisait les subtilit&#233;s, non sans leurs ambigu&#239;t&#233;s, qu'implique le travail &#171; utile &#187;, c'est-&#224;-dire d&#233;j&#224; &#171; attrayant &#187; : &#171; espoir du repos, espoir du r&#233;sultat produit, espoir du plaisir accompagnant le travail ; &#224; quoi s'ajoute l'espoir de recueillir une pleine mesure de ces bienfaits&#8230; &#187; (Morris 1985, 68). Si l'on esp&#232;re quelque chose, on risque d'&#234;tre d&#233;&#231;u. Mais esp&#233;rer est un acte politique, comme a bien insist&#233; Ernst Bloch ; il faut apprendre l'espoir, dans les deux sens du terme (&lt;i&gt;teaching&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;learning&lt;/i&gt;). Mais l'espoir est de nature fragile et vuln&#233;rable ; parfois il peut aussi &#234;tre trompeur (Bloch 1985, 1-2). &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, dans &lt;i&gt;Justice&lt;/i&gt;..., Proudhon critique &#171; l'espoir de la r&#233;surrection &#187;, outil de l'&#233;glise r&#233;pressive, qui parasite la mort et profite de notre angoisse face &#224; notre finitude. Cette croyance est le signe d'une ali&#233;nation sociale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que la vie collective se dissout, que la vie individuelle perd de sa pl&#233;nitude, on voit s'accroitre l'angoisse de la mort. Il semble que les &#226;mes d&#233;sol&#233;es, autrefois si calmes, si vivantes dans la mort, crient sous son aiguillon. Le grand Pan est mort ; les &#226;mes sont dans la consternation, elles remplissent l'air de leurs g&#233;missements (Proudhon 1988 t.ii 883).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la perspective d'une r&#233;surrection, notre vie mortelle est vid&#233;e de sens pour ce monde-ci : &#171; Avec le Christianisme, le monde parut comme une fantasmagorie &#187; (Proudhon ibid 894). Le mythe de la r&#233;surrection est comparable aux &lt;i&gt;panem et circenses&lt;/i&gt; &#233;pingl&#233;s par La Bo&#233;tie. Alors que les &#171; all&#232;chements &#187; superficiels - tels &#171; [l]es th&#233;&#226;tres, les jeux et, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les b&#234;tes &#233;tranges, les m&#233;dailles, les tableaux et autres telles drogueries&#8230; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proudhon nous dresse sa liste de distractions n&#233;fastes : &#171; &#8230; les jeux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - nous encouragent &#224; nous disperser dans l'imm&#233;diat, la promesse d'une vie post&#233;rieure nous soulage que rien n'est vraiment perdu, tout est &#233;ventuellement r&#233;cup&#233;rable &#224; un niveau sup&#233;rieur (&#224; quelles conditions !) &#8230; (La Bo&#233;tie 2010, 62)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En &#233;crivant ces lignes, je consulte rapidement mon @orange. Je sais que je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les deux cas de figure, il y a fuite et d&#233;ni de la mort. Elle n'est pas v&#233;cue. Elle ne fait pas partie int&#233;grale de ce qu'est d'&#234;tre un vivant. Pour Proudhon, la vrai &#171; f&#234;te &#187;, celle qui est &#171; un chant d'amour, un perp&#233;tuel enthousiasme, un hymne sans fin au bonheur &#187;, ne peut avoir lieu que si l'humain reconna&#238;t qu'il &#171; est toujours dans la mort &#187;. &#202;tre &#171; dans la mort &#187; veut dire &#171; dans la vie et dans l'amour &#187; (Proudhon 1988-90 t. ii, 913). Dans une soci&#233;t&#233; qui couve l'illusion de sa r&#233;surrection ailleurs, &#171; ses cit&#233;s, ses palais, ses th&#233;&#226;tres &#187; sont &#171; des cimeti&#232;res &#187; car la finitude - si difficile &#224; saisir, si douloureuse &#224; accepter - n'est pas affront&#233;e comme sujet incontournable (ibid 894). Si la mort n'est pas repr&#233;sent&#233;e, il n'y a pas de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_930 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/f2.jpg' width='401' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 2 : Pieter Claesz &#171; Vanitus &#187; 1630. &#169;Mauritshuis, The Hague.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maigre immortalit&#233; noire et dor&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Consolatrice affectueusement laur&#233;e,&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui de la mort fait un sein maternel,&lt;br class='autobr' /&gt;
Le beau mensonge et la pieuse ruse !&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui ne conna&#238;t, et qui ne les refuse,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce cr&#226;ne vide et &lt;i&gt;ce rire &#233;ternel !&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Paul Val&#233;ry &#171; Le cimeti&#232;re marin &#187; (&lt;i&gt;c'est moi qui souligne&lt;/i&gt;), une citation utilis&#233;e par Sch&#233;rer comme &#233;pigraphe dans &#171; L'immortalit&#233; dans les astres &#187; (2011)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sch&#233;rer souligne l'importance de l'humour pour Fourier : &#171; Non ! c'est bien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre l'une de ces &#171; &#226;mes d&#233;sol&#233;es [qui] crient sous l'aiguillon de l'angoisse &#187; et tentent de duper la mort avec l'illusion de la r&#233;surrection, l'&#226;me qui est pr&#234;te pour la vraie &#171; f&#234;te &#187; est &#171; tranquille &#187; car elle est &#171; toujours dans la mort &#187; (Proudhon 1988, t. ii 883 913).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon semble reprocher &#224; Fourier une certaine superficialit&#233; qui simplifie, qui tourne m&#234;me le dos &#224; des sentiments plus profonds, complexes, ambigus, contradictoires et sombres. De premier abord, dans son monde harmonieux, il n'y aurait ni la place, ni le temps pour les pens&#233;es sombres qui plombent le moral et pour les cauchemars qui embarquent la personne dans un monde effrayant. On y dormirait &#224; peine et on bougerait sans cesse, &#171; avec &#171; empressement &#187; (Fourier 1998, 288 ; 2002,193). ; la vie serait &#171; un perp&#233;tuel ravissement &#187; (Proudhon cit&#233; par Debout dans Fourier 1998,22). Le tout pourrait m&#234;me &#234;tre un peu trop (contraignant et d&#233;sagr&#233;able) pour qui a besoin, de temps en temps, de prendre un peu de recul pour se sentir bien. Pourtant Ren&#233; Sch&#233;rer affirme que &#171; toute la vie et l'&#339;uvre de Fourier sont plac&#233;es sous le signe du g&#233;nie m&#233;lancolique &#187;, ce qui sugg&#232;re une lecture plus pensive, plus pos&#233;e de Fourier (Sch&#233;rer 1989, 93)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le chapitre &#171; Pourquoi les hommes de g&#233;nie sont m&#233;lancoliques ? &#187; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a bien une place pour la m&#233;lancolie &#171; r&#234;veuse et fertile &#187; consid&#233;r&#233;e comme une passion &#171; omnigyne &#187;, en Harmonie (Hocquenghem &amp; Fourier 2013, 257). Les maniaques, les misanthropes, les m&#233;lancoliques, et s&#251;rement aussi les &#171; fous &#187;, les rousp&#233;teurs et les &#171; refuseurs obstin&#233;s &#187; sont, selon Sch&#233;rer, des &#171; caract&#232;res sublimes, car ils sont des lueurs dans l'obscurit&#233;, des exemples d'un unit&#233;isme diffract&#233; &#187; (Sch&#233;rer 1989, 93)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi : &#171; La misanthropie, passion brillante mais diffract&#233;e, qui donne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;lancolie et, en g&#233;n&#233;ral, nos &#171; sensibilit&#233;s tourment&#233;es &#187; sont souvent associ&#233;es avec le baroque au sens large (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 182)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Melencolia &#187; de D&#252;rer (1514) est une gravure &#171; baroque &#187; (Benjamin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans sa pr&#233;face, Sch&#233;rer r&#233;v&#232;le que les sources inspirantes pour la compr&#233;hension de l'envergure du baroque (le baroquisme) dans &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt; &#233;taient le &lt;i&gt;Trauerspiel&lt;/i&gt; de Benjamin et &lt;i&gt;Du baroque&lt;/i&gt; D'Ors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son &#171; Avertissement &#187; de l'&#233;dition de 2013 de L'&#226;me atomique, Sch&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce dernier livre, bien remarquable par sa richesse d'id&#233;es et la fra&#238;cheur du langage, &#233;tait dans l'air du temps. En 1967, Guy Debord remarquait que l'art baroque avait acquis une importance &#171; parfois excessive &#187; dans la discussion esth&#233;tique contemporaine, en raison de &#171; la prise de conscience de l'impossibilit&#233; d'un classicisme artistique &#187; visant une perfection immobile, &#171; fixe et statique &#187; (D'Ors 1968, 10). L'investissement dans le baroque signale un choix engag&#233; pour &#171; la vie contre l'&#233;ternit&#233; &#187; (citation de D'Ors par Debord (1992, 183)). Debord d&#233;veloppe son analyse du baroque ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre et la f&#234;te, la f&#234;te th&#233;&#226;trale, sont les moments dominants de la r&#233;alisation baroque, dans laquelle toute expression artistique particuli&#232;re ne prend son sens que par sa r&#233;f&#233;rence au d&#233;cor d'un lieu construit, &#224; une construction qui doit &#234;tre pour elle-m&#234;me le centre d'unification ; et ce centre est le &lt;i&gt;passage&lt;/i&gt;, qui est inscrit comme un &#233;quilibre menac&#233; dans le d&#233;sordre dynamique du tout (Debord 1992, 183).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Susan Sontag (1980, 116) nous apprend que le successeur de la sc&#232;ne baroque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a un centre, un moment o&#249; tout concourt, se rejoint, il n'est qu'un &#171; passage &#187; car &#171; le baroque est l'art d'un monde qui a perdu son centre &#187; (ibid 182). Cette &#171; perte &#187; n'est pas forc&#233;ment n&#233;gative (mais il y a potentiellement des risques graves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand l'&#233;quilibre est menac&#233; par un d&#233;sordre, le baroque peut d&#233;g&#233;n&#233;rer en &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; elle peut permettre la plong&#233;e passionn&#233;e &lt;i&gt;vers&lt;/i&gt; un nouveau monde plus dynamique, o&#249; se trouvent &#171; [p]artout des &#8216;ici', des centres de prolif&#233;rations &#187; (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 104).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'emploi du mot &lt;i&gt;vers&lt;/i&gt; est crucial. Ce n'est pas pour rien que Marcuse tient aussi &#224; l'utiliser dans le titre de son &lt;i&gt;Vers la Lib&#233;ration : Au-del&#224; de l'Homme unidimensionnel&lt;/i&gt; (1969). Ce livre plaide pour un passage de Marx &#224; Fourier, qu'il pr&#233;sente comme &#171; le passage du r&#233;alisme au surr&#233;alisme &#187; (Marcuse 1969, 47). Comme Marx, Fourier voyait clairement les maux de la &#171; civilisation &#187; - il &#233;tait son ennemi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le po&#232;me &#171; C.F. &#187; de Hans Magnus Enzenberger in H&#228;ni, S ; M&#252;ller, A. ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - mais en plus de la critique sociale, son imagination foisonnait d'images &#171; d'un monde nouveau et de nouveaux modes de vie &#187;, d'&#171; une nouvelle sensibilit&#233; &#187; (ibid 60 ; 63). Mais comme toute pens&#233;e utopique digne du nom, il n'y avait pas de plan fixe ou de mod&#232;le pr&#233;&#233;tabli &#224; simplement ex&#233;cuter pour r&#233;aliser &#171; le projet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis Thomas More (1516), on sait que l'utopie est un non-lieu (o&#973;- topie) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On parlerait plut&#244;t d'une &#171; projection &#187;, se souvenant que &#171; le phalanst&#232;re se propage par explosion &#187; (Benjamin 1982, 164). Ainsi on reconna&#238;trait que &#171; les forces, bien que ma&#238;tris&#233;es et intentionnellement guid&#233;es, restent impr&#233;visiblement explosives et mena&#231;antes dans l'instant de l'&#233;clatement et de la dispersion &#187;, tout comme les feux d'artifice (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 288)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi la r&#233;f&#233;rence &#224; Adorno qui &#171; a fait du feu d'artifice, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est avec ces propos qu'on trouve une r&#233;ponse &#224; la premi&#232;re question pos&#233;e dans cet article, &#224; savoir : qui et/ou quoi met &#171; l'&#233;tincelle &#187; au &#171; brillant coup de th&#233;&#226;tre &#187; fouri&#233;riste ? On peut postuler que, m&#234;me s'il y a un actant, ou plusieurs, pour allumer la m&#232;che, il reste toujours une part d'inconnu. Il peut aussi y avoir des miracles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nouveau, voir le po&#232;me &#171; C.F. &#187; de Hans Magnus Enzensberger (op cit 129) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a toujours des tendances qui &#171; d&#233;passent &#187; [&lt;i&gt;overshoot&lt;/i&gt;] tout calcul et qui frayent un chemin &#171; vers des possibilit&#233;s r&#233;elles &#187; (Marcuse 1968, 17). Ceci implique que &#171; l'&#339;uvre d'art totale n'existe pas &#187; dit Harald Szeemann (Szeemann in H&#228;ni et al 1983, 16 ; paraphras&#233; par Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 308), qui explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir rendre compte du tout, r&#233;v&#233;ler le lien [&lt;i&gt;Zusammmenhang&lt;/i&gt;] avec l'univers ou r&#233;aliser un monde ferm&#233; n'est qu'une tendance [&lt;i&gt;Hang&lt;/i&gt;], un engagement [&lt;i&gt;ein Bekenntnis&lt;/i&gt;], une obsession, un distillat de l'art et des v&#339;ux de r&#233;demption (ibid &lt;i&gt;ma traduction&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les traducteurs fran&#231;ais des &#233;crits de Heiner Goebbels remarquent que : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une projection utopique comme celle propos&#233;e par Fourier cherche, parmi une multiplicit&#233; de formes, les fa&#231;ons d'avancer &#171; vers l'art &lt;i&gt;total illimit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, notion paradoxale (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 307-309). Ce n'est pas l'arriv&#233;e qui importe (elle n'est ni possible, ni souhaitable), c'est le passage &lt;i&gt;vers&lt;/i&gt;. On n'oubliera pas ce qu'Oscar Wilde nous a si bien dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une carte du monde o&#249; l'Utopie ne serait pas marqu&#233;e, ne vaudrait pas la peine d'&#234;tre regard&#233;e, car il y manquerait le pays o&#249; l'Humanit&#233; atterrit chaque jour. Et quand l'Humanit&#233; y a d&#233;barqu&#233;, elle regarde au loin, elle aper&#231;oit une terre plus belle, et elle remet la voile (Wilde 1906)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la qu&#234;te d'un monde meilleur, on ne peut pas &#234;tre satisfait, ou, pour ajouter une injonction morale, &lt;i&gt;on ne devrait pas&lt;/i&gt; l'&#234;tre. &lt;i&gt;On ne devrait pas&lt;/i&gt; se contenter de ce qu'il y a d&#233;j&#224;, il y a ailleurs toujours des causes &#224; d&#233;fendre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Derrida soutenait avec insistance que la d&#233;mocratie est toujours &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/f3.jpg' width='422' height='276' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Image 3 : William Blake &#171; I want, I want &#187; [Je veux, je veux &#187; ] (1793 ?) en domaine public &lt;i&gt;Wikimedia Commons&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravure capte bien la &lt;i&gt;Sehnsucht nach&lt;/i&gt; [le d&#233;sir (intense) vers] caract&#233;ristique du baroquisme (et ainsi du Romantisme utopique de Blake et de Fourier)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sch&#233;rer nous rappelle que les contemporains de Fourier &#233;taient Hegel, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans la nature m&#234;me de la &lt;i&gt;Sehnsucht nach&lt;/i&gt; qu'il y ait de la douleur et de la peine. Apr&#232;s tout, c'est un pro-longement, un &#233;tirement d'une partie du moi (appelons-la &#171; &#226;me &#187;) hors du corps et de l'esprit vers un objet qui est peut-&#234;tre inaccessible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Digitales W&#246;rterbuch der deutschen Sprache (DWDS) donne l'&#233;tymologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Malgr&#233; le risque d'une grande ext&#233;nuation par suite de l'&#233;clatement d'un moi qui se maintient dans sa fiction d'&#234;tre compact et int&#233;gral, la marge de man&#339;uvre [&lt;i&gt;der Spielraum&lt;/i&gt;] qui s'ouvre dans cet exercice permet des exp&#233;riences cr&#233;atrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir sur les critiques de Proudhon concernant le risque d'un embrigadement trop enthousiasmant qui &#233;toufferait les subtilit&#233;s complexes de l'existence humaine, nous avons pu sugg&#233;rer qu'il y aurait une place, et m&#234;me un r&#244;le, pour les humeurs comme la m&#233;lancolie dans l'&#339;uvre baroque de Fourier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut noter que l'individu d&#233;crit par Proudhon n'est pas aussi &#171; int&#233;gral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On vient de reconna&#238;tre l'apport de la douleur et de la peine dans le &#171; brillant coup de th&#233;&#226;tre &#187; de Fourier, ce th&#233;&#226;tre que personne, m&#234;me pas un &#171; Wagner &#187;, ne serait &#171; en mesure de fabriquer &#187;. Personne ne pourrait anticiper compl&#232;tement l'ampleur de cette &#339;uvre participative et &#233;volutive (Fourier 2001, 22 &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La controverse concernant Wagner et la nature de son GKW (totalitaire ou pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Gardons cet espoir comme principe politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; la mort ? Vous en avez peur ? De quoi exactement ? Fourier pressent que nous craignons de mal manger dans la vie future. Il nous rassure, la table sera bien mise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elle y sera servie avec une tout autre splendeur qu'en ce monde. Il en sera de m&#234;me de tous les plaisirs, amour ou autres (Fourier 2001, 223).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il est dr&#244;le !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'humour peut &#234;tre &#171; une arme suppl&#233;mentaire &#187; pour aborder les difficult&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le clown est un m&#233;lancolique. Comme D'Ors l'&#233;crivait : le comique est &#171; celui qui se tourmente soi-m&#234;me &#187; (D'Ors 1968, 126). Le monde devrait devenir tout autre. &#199;a ne va pas du tout comme &#231;a&#8230; Que dire en plus que ce que Hans Magnus Enzenberger propose dans son po&#232;me &#171; C.F. &#187; en adoptant la voix du visionnaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aber &lt;i&gt;w&#228;re es nicht zu w&#252;nschen&lt;/i&gt;, fragt er, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;da&#946; ich recht h&#228;tte gegen alle andern&lt;/i&gt; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
[Mais &lt;i&gt;ne serait-il pas pr&#233;f&#233;rable&lt;/i&gt;, demande-t-il, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;que j'aie raison contre les autres&lt;/i&gt; ?]&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Bibliographie :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1982) &lt;i&gt;Das Passagen-Werk&lt;/i&gt; Bd. I Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bloch, E. (1985) &lt;i&gt;Das Prinzip Hoffnung&lt;/i&gt; Bd. I, Frankfurt am Main : Suhrkamp. &lt;br class='autobr' /&gt;
Breton, A. (1961) &lt;i&gt;Ode &#224; Charles Fourier&lt;/i&gt;, comment&#233; par J. Gaulmier, Paris : Librairie C. Klincksieck. &lt;br class='autobr' /&gt;
Breton, A. (1969) &lt;i&gt;Les pas perdus&lt;/i&gt; premi&#232;re &#233;dition 1924, Paris : Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Debord, G. (1992) &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt;, premi&#232;re &#233;dition 1967, Paris : Gallimard Folio.&lt;br class='autobr' /&gt;
Debord, G. (1996) &lt;i&gt;Potlatch (1954-1957)&lt;/i&gt; Gallimard Folio.&lt;br class='autobr' /&gt;
Debord, G. (2006) &#8220;Pour une construction des situations&#8221; dans &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt; &#233;d. J-L. Ran&#231;on, Paris : Quarto Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida, J. (1991) &lt;i&gt;L'autre cap suivi de La d&#233;mocratie ajourn&#233;e&lt;/i&gt; Paris : Les &#233;ditions du minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Derrida, J. (1997) &lt;i&gt;Cosmopolites de tous les pays, encore un effort&lt;/i&gt; Paris : Galil&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'Ors, E. (1968) &lt;i&gt;Du baroque&lt;/i&gt;, premi&#232;re &#233;dition 1935, Gallimard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fourier, C. (2001) &lt;i&gt;Th&#233;orie de l'unit&#233; universelle&lt;/i&gt; t. i Dijon : Presses du r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fourier, C. (1998) &lt;i&gt;Th&#233;orie des quatre mouvements suivi du Nouveau monde amoureux&lt;/i&gt; intro. S. Debout, Dijon : Presses du r&#233;el.&lt;br class='autobr' /&gt;
Goebbels, H. (2024) &lt;i&gt;Contre l'&#339;uvre d'art totale : &#917;crits 1984-2024&lt;/i&gt; trad. A. Barri&#232;re &amp; I. Kranabetter, Paris : Philharmonie de Paris Editions. &lt;br class='autobr' /&gt;
H&#228;ni, S ; M&#252;ller, A. ; Stooss, T. ;Szeemann, H. &#233;d. (1983) &lt;i&gt;Der Hang zum Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; catalogue d'exposition, Frankfurt am Main : Sauerl&#228;nder, &lt;br class='autobr' /&gt;
Hocquenghem, G. &amp; Sch&#233;rer, R. (2013) &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt; Paris : Editions du Sandre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Bo&#233;tie, E. (2010) &lt;i&gt;De la servitude volontaire&lt;/i&gt; pr&#233;sent&#233; par M. Benasayag, Le Pr&#233; St. Gervais : Le passager clandestin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcuse, H. (1968) &lt;i&gt;L'homme unidimensionnel&lt;/i&gt; trad. M. Wittig, Paris Les &#233;ditions du minuit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcuse, H. (1969) &lt;i&gt;Vers la Lib&#233;ration : Au-del&#224; de L'homme unidimensionnel&lt;/i&gt; trad. J-B. Grasset, Paris : Editions du minuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
More, T. Utopia (2020) &lt;i&gt;Utopia&lt;/i&gt; trad. et ed. D. Baker-Smith, Penguin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Morgan, D (2001) &#171; Are you working enthusiastically ? Fourier, Proudhon and the Serial Organisation of the Workplace &#187; dans &lt;i&gt;Parallax&lt;/i&gt; num&#233;ro sur &#171; Enthusiasm &#187; ed. F. Ventrella, 59 avril- juin 2100, 36-48. &lt;br class='autobr' /&gt;
Morgan, D. (2010) &#171; Saint-Simon, Fourier, Proudhon : &#171; Utopian &#187; French Socialism &#187; dans &lt;i&gt;The Origins of Continental Philosophy&lt;/i&gt; t.i 265-304 &#233;d. T. Nenon, Durham : Acumen.&lt;br class='autobr' /&gt;
Morgan, D. (2015) &#171; La transmission dans le temps de l'Id&#233;e : &#8216; ce m&#233;t&#233;ore [lanc&#233;] sur les masses &#233;lectris&#233;es' &#187; dans &lt;i&gt;Revue d'&#233;tudes proudhoniennes&lt;/i&gt; (REP) 1, 2015, 64-71.&lt;br class='autobr' /&gt;
Morris, W. (1985) &#171; Travail utile ou peine perdu ? &#187; dans &lt;i&gt;Contre l'art d'&#233;lite&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233; par J. Gatt&#233;gno, trad. et postface J-P. Richard, Paris : Hermann. &lt;br class='autobr' /&gt;
Morris, W. (1993) &lt;i&gt;News from Nowhere and Other Writings&lt;/i&gt; London : Penguin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Proudhon, P-J (1988-90) &lt;i&gt;De la justice dans la r&#233;volution et dans l'&#233;glise&lt;/i&gt; en 4 tomes, Paris : Fayard.&lt;br class='autobr' /&gt;
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Sch&#233;rer, R. (1993) &lt;i&gt;Zeus hospitalier : Eloge de l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt; Paris : La table ronde&lt;br class='autobr' /&gt;
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Wilde, O. (1906) &#171; L'&#194;me humaine sous le r&#233;gime socialiste &#187; disponible en ligne &lt;i&gt;Bibiloth&#232;que anarchiste&lt;/i&gt;, https :fr.anarchistlibraries.net/library/oscar-wilde-l-ame-humaine-sous-le-regime-socialiste &lt;br class='autobr' /&gt;
Zola, E. (2001) &lt;i&gt;Comment on meurt&lt;/i&gt; Paris : Editions du sonneur.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Bio :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Diane Morgan&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; est ma&#238;tre de conf&#233;rences &#224; l'universit&#233; de Leeds, R.U. Ses publications r&#233;centes incluent : &#171; &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/ecrire/?exec=article_edit&amp;new=oui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8216;Vous aimez cette image' ? : Le refus du package &#8216;Albanie'&lt;/a&gt; &#187; (2025) et &#171; &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/esthetique-et-critique/article/je-me-suis-faite-toute-petite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Je me suis faite toute petite, c'est la poup&#233;e qui parle&lt;/a&gt; &#187; (2025) pour &lt;i&gt;Ici et ailleurs : Association pour une philosophie nomade&lt;/i&gt; (disponible en ligne). Elle est en train de terminer deux livres : &lt;i&gt;Kant, Cosmopolitics and Globality et Visions of Alternative Futures in Early French Socialism : Saint-Simon, Fourier, and Proudhon&lt;/i&gt;, les deux pour Palgrave Macmillan Press.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le titre composite de cet article combine deux Sch&#233;rers avec un Hocquenghem (2001, 118 et 2013, 307) et un D'Ors (1968, 54, 82, 125, 135).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au risque de divulg&#226;cher la suite, mais pour d&#232;s maintenant permettre de mieux s'orienter, derri&#232;re cette question attend (patiemment pour le moment, j'esp&#232;re) la probl&#233;matique de ladite &#171; &#339;uvre d'art totale &#187;. Ceci est la traduction conventionnelle, mais inad&#233;quate, du &lt;i&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt;, inad&#233;quate si elle &#233;voque automatiquement l'embrigadement totalitaire. On y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut bien s&#251;r &#234;tre plusieurs &#224; le fabriquer, pas forc&#233;ment un.e seul.e ; il peut y avoir plusieurs &#171; choses &#187; aussi. Je note qu'une &#233;tincelle est une tout petite chose, comme &#171; une aiguille de m&#233;tal &#187;. Fourier (1998, 123) disait que &#171; il suffit quelquefois des plus petits moyens pour op&#233;rer les plus grandes choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir mon article sur Proudhon et la transmission des id&#233;es, d&#233;crites comme &#171; ce m&#233;t&#233;ore [lanc&#233;] sur les masses &#233;lectris&#233;es &#187; (Morgan 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici je cours le risque de prendre cette r&#233;f&#233;rence au &#171; secret &#187; trop &#224; la l&#233;g&#232;re. Pour en sentir la riche gravit&#233;, voir Breton (1969, 86, ; aussi cit&#233; par Gaulmier in Breton 1961, 147) : &#171; Nous ne peinons aujourd'hui que pour retrouver les secrets perdus &#187;. Le secret est li&#233; au merveilleux. Voir vraiment et m&#234;me sentir qu'une balle &lt;i&gt;roule&lt;/i&gt;, qu'elle est &lt;i&gt;ronde&lt;/i&gt; - l'exemple est de Breton - nous remet en contact &#171; avec la &lt;i&gt;vertu&lt;/i&gt; de cet objet, au sens ancien de ce mot &#187; Breton (1969, 85). C'est une red&#233;couverte d'un monde enchant&#233;. On dit souvent que &#171; les arts &#187; nous font &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; ce que nous avons pris l'habitude de simplement regarder, nous font &lt;i&gt;&#233;couter&lt;/i&gt; attentivement ce que sinon nous n'entendons que vaguement. Les arts contribuent au &#171; d&#233;sencro&#251;tement int&#233;gral des m&#339;urs &#187; et ainsi luttent contre &#171; l'ennemi principal de l'homme &#187;, &#171; le fatalisme &#187;, qui veut que nous acceptions le monde comme un &#171; donn&#233; en tant quel tel &#187; auquel il faudrait se conformer &#224; tout prix (Breton cit&#233; par Gaulmier dans Breton 1961, 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N&#233;anmoins, malgr&#233; sa critique, notons &#224; quel point Proudhon partage le m&#234;me vocabulaire, et la m&#234;me vision que Fourier. Il &#233;crit que, dans un monde plus juste : &#171; l'existence est pleine ; c'est une f&#234;te, un chant d'amour, un perp&#233;tuel enthousiasme, un hymne sans fin &#187; (Proudhon 1988, t. ii, 913). Pour plus sur l'enthousiasme chez Fourier et Proudhon, voir Morgan (2011). Pour plus sur les affinit&#233;s et les diff&#233;rences entre Saint-Simon, Fourier et Proudhon, voir Morgan (2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour quelques &#233;valuations de la pens&#233;e de Fourier, plut&#244;t positives mais non sans r&#233;serves, voir Morris (1993, 98 ; 122 ; 322).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Proudhon nous dresse sa liste de distractions n&#233;fastes : &#171; &#8230; les jeux, danses, escrimes, gymnases, divertissements, et autres balan&#231;oires que la pauvre Humanit&#233; a invent&#233;es afin de se remettre, par un l&#233;ger exercice du corps et de l'&#226;me, de la fatigue et de l'ineptie que la servitude du labeur lui cause &#187; (Proudhon 1990 t. iii 1062-3). Par contraste, Fourier pense que &#171; les grotesques, funambules, sauteurs etc. &#187; ont &#233;t&#233; &#171; disgraci&#233;s &#187; par ceux qui pensent avoir du go&#251;t (et qui ont le pouvoir) parce qu'ils &#171; plaisent au peuple &#187;. Dans l'harmonie, ils auraient pleinement leur place, ils seraient totalement valoris&#233;s et personne ne dirait qu'ils sont des outils de manipulation ou des signes d'ali&#233;nation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En &#233;crivant ces lignes, je consulte rapidement mon @orange. Je sais que je ne devrais pas le faire. &#171; Ils &#187; - qui ? - m'affichent &#171; Mode rentr&#233;e 2025 : 4 jupes longues ultra tendance sur lesquelles miser les yeux ferm&#233;s &#187;. Ils ne me connaissent pas. Cela ne m'int&#233;resse pas ! Mais dans la foul&#233;e appara&#238;t : &#171; Comment perdre du ventre &#224; la m&#233;nopause : 4 exercices faciles et efficaces les yeux ferm&#233;s &#187;. C'est &#224; devenir parano. Ils me connaissent ! De telles &#171; distractions &#187;, qui encouragent des pr&#233;occupations en fin de compte si peu importantes, voire ridicules, sont bien symptomatiques d'un monde d&#233;cadent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sch&#233;rer souligne l'importance de l'humour pour Fourier : &#171; Non ! c'est bien &#224; l'immortalit&#233; qu'il s'agit de penser, mais de fa&#231;on l&#233;g&#232;re, peu s&#233;rieuse, dans une &#171; d&#233;confite gigantale du s&#233;rieux &#187; (Bertina), nous laissant aller aux s&#233;ductions &#233;th&#233;r&#233;es d'un voyage interplan&#233;taire &#187; (Sch&#233;rer 2001, 119). En &#233;vacuant la &#171; grande frayeur de la mort &#187;, on peut se concentrer sur le sujet plus pr&#233;cis et socio-politiquement plus important de &#171; comment on meurt &#187; (Sch&#233;rer ibid 120 ; Zola 2001). Il y a notamment ceux qui, dans ce monde d&#233;r&#233;gl&#233;, meurent dans des circonstances injustes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans le chapitre &#171; Pourquoi &lt;i&gt;les hommes&lt;/i&gt; de g&#233;nie sont m&#233;lancoliques ? &#187; de &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt;, Fourier figure aux c&#244;t&#233;s de Baudelaire, Nietzsche, Kierkegaard, Kant, Benjamin et&#8230; Hitler (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 65-79 &lt;i&gt;c'est moi qui surligne&lt;/i&gt;). Les femmes doivent-elles toujours incarner &lt;i&gt;das Ewig-Weibliche&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;l'&#233;ternel f&#233;minin&lt;/i&gt; de Goethe] pour les hommes ? (D'Ors 1968, 25-27). Heureusement, on en conna&#238;t au moins quelques-unes qui souffrent de la bile noire, par exemple : Kirsten Dunst dans le film &#171; Melancholia &#187; de Lars von Trier (2011) ; Fran&#231;oise Sagan &lt;i&gt;Bonjour Tristesse&lt;/i&gt; (1954) ; Jean Rhys &lt;i&gt;Sleep it off Lady&lt;/i&gt; (1976), et on peut aussi compter sur Sylvia Plath.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi : &#171; La misanthropie, passion brillante mais diffract&#233;e, qui donne des esquisses d'harmonie &#187; (Fourier cit&#233; par Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer (2013, 257)). Pour les &#171; Obstinate Refusers &#187; et les &#171; Grumblers &#187;, voir Morris (1993, 173-175 &amp; 194-198). Le botaniste chez Wells est aussi tr&#232;s critique de beaucoup de changements dans l'utopie moderne (1998). Pour les &#171; fous &#187;, voir D'Ors (1968, 18 ; 54-56 ; 61-2) qui imagine des enfants &#233;duqu&#233;s par ceux-ci - quel monde merveilleux cela ferait ! - et qui aborde le sujet de leur maltraitance barbare dans la &#171; civilisation &#187; actuelle. L'utopie ne serait pas une &lt;i&gt;Gleichschaltung&lt;/i&gt; du peuple ; il y aurait une pluralit&#233; de caract&#232;res &#171; bizarres &#187;, certains plus faciles, positifs et joyeux que d'autres. Pour l'importance de la &#171; bizarrerie &#187;, Sch&#233;rer (1989, 95 ; 2011, 22) &amp; Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer (2013, 26ff).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La Melencolia &#187; de D&#252;rer (1514) est une gravure &#171; baroque &#187; (Benjamin 1985, 193 ; Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013 64- 79). Le baroque est antinomique ; il pla&#238;t mais aussi il nous plonge &#171; dans l'inqui&#233;tude d'un sens perp&#233;tuellement diff&#233;r&#233;, d'une angoisse devant sa fuite &#187; (Hocquenghem et Sch&#233;rer 2013, 189).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son &#171; Avertissement &#187; de l'&#233;dition de 2013 de &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt;, Sch&#233;rer explique que Hocquenghem et lui ont donn&#233; des cours &#224; Paris 8 (1982-83) sur le texte de Benjamin avant la parution de sa traduction fran&#231;aise en 1985. Le livre de D'Ors a &#233;t&#233; initialement publi&#233; en 1935, mais r&#233;&#233;dit&#233; en 1968 avec maintes belles illustrations. Dans sa qu&#234;te d'une &#171; baroquisation &#187; qui &#171; s'&#233;tende &#224; toutes nos vies &#187;, D'Ors avance que le constat de la circulation sanguine par William Harvey en 1628 &#233;tait une d&#233;couverte &#171; baroque &#187; (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 184 ; D'Ors 1968, 10, 87, 99, 116). Parall&#232;lement &#224; Harvey, il int&#232;gre aussi son contemporain Kepler, une r&#233;f&#233;rence importante pour Fourier. D'Ors &#233;crit : &#171; Lorsque, dans son souci de soumettre l'univers tout entier aux lois lucides d'un syst&#232;me, Kepler d&#233;nonce la trop &#233;troite conception des Anciens, selon laquelle les astres se meuvent dans un champ circulaire et propose cet autre sch&#233;ma o&#249; le module est une courbe plus complexe - l'ellipse, l'ellipse et ses deux foyers - n'est-t-il pas un train de styliser l'Astronomie, et d'une autre mani&#232;re non pas classique, mais r&#233;solument baroque ? &#187; D'Ors continue en associant Harvey et Kepler &#171; aux artistes&#8230; [qui] semblent vouloir d&#233;jouer les exigences de la loi de pesanteur par l'accumulation des formes qui volent &#187; (ibid). Pour une &#233;bauche de &#171; liste &#187; d'esp&#232;ces possibles pour le genre &#171; Barocchus &#187;, voir D'Ors (1968, 137) et Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer (2013, 185).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Susan Sontag (1980, 116) nous apprend que le successeur de la sc&#232;ne baroque est la ville surr&#233;aliste, et nous ajoutons ici situationniste. Les Situationnistes voulaient &#171; construire des situations &#187; et pour cela il fallait &#171; une nouvelle architecture&#8230; baroque : &#224; la fois contre la pr&#233;sentation harmonieuse des formes et contre le genre &#8216;maximum de confort pour tous' &#187; (Debord 2006, 109). Hocquenghem et Sch&#233;rer ne se d&#233;clarent pas convaincus par l'analyse de la soci&#233;t&#233; de Debord : &#171; Vivons-nous vraiment un monde &#171; spectacliste &#187;, suivant l'expression de Guy Debord, dans &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; de Spectacle&lt;/i&gt; ?... on est plut&#244;t frapp&#233;, si l'on est sinc&#232;re, par la r&#233;serve, le quant-&#224;-soi du spectaculaire&#8230; Au fond, &lt;i&gt;nous n'avons pas trop de spectacles, nous en manquerions plut&#244;t&lt;/i&gt; &#187; (Hocquenghem et Sch&#233;rer 2013, 118-199 &lt;i&gt;c'est moi qui souligne&lt;/i&gt;). Cette position explique ce qui motive l'appel &#171; fouri&#233;riste &#187; aux politiques, en conclusion de &lt;i&gt;L'&#226;me atomique&lt;/i&gt; : &#171; &#8230;ne soyez pas timides, franchissez le pas et &lt;i&gt;donnez-nous&lt;/i&gt; le spectacle des passions qui vous animent &#187; (Hocquenghem et Sch&#233;rer (2013, 337 &lt;i&gt;c'est moi qui souligne&lt;/i&gt;). Ici on peut noter que ce ne sont pas ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir qui orchestrent le spectacle pour le peuple, c'est ce dernier qui le commande !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Quand l'&#233;quilibre est menac&#233; par un d&#233;sordre, le baroque peut d&#233;g&#233;n&#233;rer en &#171; coups de poing &#187; ; le &lt;i&gt;Wildermann&lt;/i&gt; baroque, identifi&#233; par D'Ors en 1911 &#224; Berlin, peut devenir l'Hitler qu'il &#233;voque en 1935 (D'Ors 1968, 17 &amp; 211-212).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le po&#232;me &#171; C.F. &#187; de Hans Magnus Enzenberger in H&#228;ni, S ; M&#252;ller, A. ; Stooss, T. ;Szeemann, H. &#233;d. (1983, 128) : &#171; Aber t&#228;uscht euch nicht : er ist kein &#171; Kritiker der Gesellschaft &#187;,/ er ist ihr Feind &#187;. William Morris appr&#233;ciait Fourier et comme lui &#233;tait en col&#232;re contre l'exploitation, les in&#233;galit&#233;s et les d&#233;rives de notre &#171; civilisation &#187;. Jeremy Deller nous montre la puissance de cette col&#232;re dans son installation &#171; We sit starving amidst our gold &#187; pr&#233;sent&#233;e dans le Pavillon britannique de la Biennale de Venise (2013). Sch&#233;rer nous signale que &#171; il ne s'agit pas du tout pour lui [Fourier] d'une harmonie pr&#233;&#233;tablie. Celle-ci doit &#234;tre conquise ; il y une responsabilit&#233; humaine &#224; travailler, d&#232;s ce monde- ci, &#224; l'&#233;tat soci&#233;taire &#187; (Sch&#233;rer 2011 , 122).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Depuis Thomas More (1516), on sait que l'utopie est un non-lieu (o&#973;- topie) et un bon lieu souhaitable (eu-topie). Il ne s'agit pas de prendre le 2&#232;me Livre du texte de More comme le projet &#224; r&#233;aliser, mais d'appr&#233;cier que ce qu'il montre est &#224; la fois un miroir grossissant des maux repr&#233;sent&#233;s dans le 1er Livre dans le monde r&#233;el, et une riche r&#233;serve d'inventions alternatives, parfois farfelues, pour stimuler le d&#233;bat et susciter des changements radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi la r&#233;f&#233;rence &#224; Adorno qui &#171; a fait du feu d'artifice, le paradigme de l'art et de sa r&#233;sistance &#224; l'absorption culturelle dans le sens &#187; (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 288).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De nouveau, voir le po&#232;me &#171; C.F. &#187; de Hans Magnus Enzensberger (op cit 129) : &#8230;und &lt;i&gt;pl&#246;tzlich&lt;/i&gt; setzt sich/ die paradiesische Maschinerie, setzen sich Springferen, Nocken,/ Zahnr&#228;der, Schneckeng&#228;nge und Pleuel der leidenschaftliche Harmonie/ &lt;i&gt;ganz von selber, wunderbar, ohne Zwang in Bewegung&lt;/i&gt; &#187;. Effectivement, la machinerie combinatoire du &#8216;syst&#232;me' fouri&#233;riste peut-elle se mettre soudainement toute seule en marche, qui sait ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les traducteurs fran&#231;ais des &#233;crits de Heiner Goebbels remarquent que : &#171; &#8230;la traduction traditionnelle du terme &lt;i&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; [l'&#339;uvre d'art totale] a l'avantage de le lier &#224; l'id&#233;e de totalitarisme telle que l'exprime Heiner Goebbels, mais &#233;tymologiquement&#8230; on peut le comprendre comme une &#8216;&#339;uvre d'art commune', qui rassemble et unifie &#187;. Il est question ici de Wagner qui &#171; a &#339;uvr&#233; &#224; [la fusion des arts] pour le bonheur de l'humanit&#233; future &#187; mais qui exigeait en retour que &#171; chaque individu [&#8230;] s'an&#233;antisse dans la r&#233;alisation de leur objectif commun &#187; &#187; (Goebbels 2024, 187).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Derrida soutenait avec insistance que la d&#233;mocratie est toujours &#171; &#224; venir &#187; (Derrida 1991). Il faut toujours rester vigilant, critique, et toujours souhaiter plus de justice et de bonheur pour toutes vies humaines et non-humaines. De m&#234;me, il faut cultiver et d&#233;fendre l'aspect exorbitant, inconditionnel du principe de l'hospitalit&#233; (Sch&#233;rer 1993 ; Derrida 1997). C'est pour cette raison que Sch&#233;rer consid&#232;re que l'esth&#233;tique de Fourier qui aspirait au bonheur pour tous.tes est celle du sublime, non du beau (Sch&#233;rer 1989, 90).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sch&#233;rer nous rappelle que les contemporains de Fourier &#233;taient Hegel, Schelling, Novalis, Schlegel, Tieck, et donc aussi H&#246;lderlin et Blake (Sch&#233;rer 1989 85-7). Cette mise en contexte historique de l'&#339;uvre de Fourier lui permet (avec Hocquenghem) de pr&#233;senter l'&#339;uvre de Fourier comme un rassemblement de fragments, de prises de vue, d'esquisses, tout comme &lt;i&gt;L'Encyclop&#233;die&lt;/i&gt; de Novalis et &#171; La Cath&#233;drale du socialisme &#187; de Feininger (Hocquenghem &amp; Sch&#233;rer 2013, 307-309).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;Digitales W&#246;rterbuch der deutschen Sprache&lt;/i&gt; (DWDS) donne l'&#233;tymologie suivante pour &lt;i&gt;Sehnsucht&lt;/i&gt; : &#8216;innig, &lt;i&gt;schmerzlich&lt;/i&gt; nach etw. oder jmdm. &lt;i&gt;verlangen&lt;/i&gt;'. Pour la &lt;i&gt;Sehnsucht&lt;/i&gt; comme caract&#233;ristique du baroque avec sa &#171; tendresse oc&#233;anique &#187; et &#171; atmosph&#233;rique &#187;, voir D'Ors (1968, 103 ; 193).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut noter que l'individu d&#233;crit par Proudhon n'est pas aussi &#171; int&#233;gral &#187; qu'on peut le penser d'embl&#233;e : il reconnait tout &#224; fait que &#171; [l'individu] a besoin d'autrui, il a besoin du tout pour s'accomplir &#187; (Sch&#233;rer 2011, 114). C'est pour cela qu'il &#233;voque les souvenirs, les traditions et les pratiques transmises &#224; travers le temps (Proudhon &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; 1990, t. iii 1062).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La controverse concernant Wagner et la nature de son &lt;i&gt;GKW&lt;/i&gt; (totalitaire ou pas ?) m&#233;rite une analyse plus s&#233;rieuse. Je note que dans &lt;i&gt;Oper und Drama&lt;/i&gt;, Wagner affirme que chaque art &#171; cherche une r&#233;alisation unitaire &#187; [&lt;i&gt;ringt nach einheitlicher Gestaltung&lt;/i&gt;] qu'il ne peut qu'approcher. Il persistera n&#233;cessairement &#171; un d&#233;calage &#187; [&lt;i&gt;eine notwendige Spaltung&lt;/i&gt;] entre la forme d'expression et l'intention &#187; (Wagner 1956, 163 &lt;i&gt;ma traduction&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'humour peut &#234;tre &#171; une arme suppl&#233;mentaire &#187; pour aborder les difficult&#233;s et les probl&#232;mes, voir Sch&#233;rer (2011, 199), aussi ma note de page n&#176;10 ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Je me suis faite toute petite, c'est la poup&#233;e qui parle &#187;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1464</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1464</guid>
		<dc:date>2025-06-24T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Morgan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Image 1 : Georges Brassens (Wikimedia Commons) &lt;br class='autobr' /&gt;
La chanson &#171; Je me suis fait tout petit &#187; est couramment pr&#233;sent&#233;e sous un angle biographique : Georges Brassens parle de son amour pour la femme de sa vie, Joha Heyman (dit P&#252;ppchen). Certes, tout cela est tr&#232;s beau et touchant, mais quand m&#234;me, les paroles peuvent heurter la sensibilit&#233; au moment du : &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'suis fait tout petit devant une poup&#233;e Qui ferme les yeux quand on la couche Je m'suis fait tout petit devant une poup&#233;e Qui fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 1 : Georges Brassens (Wikimedia Commons)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La chanson &#171; Je me suis fait tout petit &#187; est couramment pr&#233;sent&#233;e sous un angle biographique : Georges Brassens parle de son amour pour la femme de sa vie, Joha Heyman (dit P&#252;ppchen)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La vie de cet article a commenc&#233; en 2023 lors de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, tout cela est tr&#232;s beau et touchant, mais quand m&#234;me, les paroles peuvent heurter la sensibilit&#233; au moment du :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'suis fait tout petit devant une poup&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Qui ferme les yeux quand on la couche&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'suis fait tout petit devant une poup&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Qui fait &#034;Maman&#034; quand on la touche&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_911 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d2-2.jpg' width='413' height='365' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 2 : La poup&#233;e &#171; Tiny Tears &#187;. Elle boit, pleure et elle fait pipi. La publicit&#233; annonce que &#171; votre petite fille aimera jouer avec cette poup&#233;e&#8230; qui, comme tous les b&#233;b&#233;s, a besoin de sa &#171; maman &#187; pour lui donner un biberon, l'aider &#224; se mettre sur le pot, lui changer sa couche et la consoler quand elle pleure de vraies larmes&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re sc&#232;ne du film Barbie (dir. Greta Gerwig, 2023) montre des filles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, les propos de Brassens peuvent d&#233;plaire. La femme, cette femme, est repr&#233;sent&#233;e &#224; la fois comme un objet que l'homme peut &#171; coucher &#187;, qui pudiquement ferme ses yeux comme une poup&#233;e-b&#233;b&#233; bien sage et aussi comme un objet de d&#233;sir quelque peu capricieux, car sa seule forme de &#171; r&#233;sistance &#187; en tant que personne semble, &#224; premi&#232;re vue du moins, n'&#234;tre que ces faux appels &#224; l'aide &#224; sa &#171; maman &#187;, faux parce qu'ils font partie de l'&#233;conomie &#233;rotique du couple h&#233;t&#233;rosexuel. Elle est compl&#232;tement dans le jeu. Pourtant il y a un autre aspect de la chanson : c'est la servitude volontaire de l'homme, en parall&#232;le de celle de la femme. Il est, lui aussi, transform&#233; en jouet [&lt;i&gt;plaything&lt;/i&gt;] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais jamais &#244;t&#233; mon chapeau&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant personne&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant je rampe et je fais le beau&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand ell'me sonne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;sentation de la &#171; servitude volontaire &#187;, qui en effet revisite le discours de La Bo&#233;tie d'une fa&#231;on provocatrice, peut nous int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma r&#233;flexion pr&#233;alable autour de cette th&#233;matique, je me suis inspir&#233;e des analyses du petit livre d'Alain Brossat, &lt;i&gt;Les serviteurs sont fatigu&#233;s (et les ma&#238;tres aussi)&lt;/i&gt;, o&#249; il est question du &#171; pl&#233;b&#233;ien, entendu comme &lt;i&gt;le serviteur&lt;/i&gt; r&#233;tif, ingouvernable, insoumis, r&#233;volt&#233;, [qui] est le conducteur de cet autre r&#233;cit de la guerre des esp&#232;ces ininterrompue, r&#233;cit &lt;i&gt;mineur&lt;/i&gt; qui se poursuit aux marges de la sc&#232;ne politique (historique) investie par la confrontation entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat &#187; (Brossat 2013, p. 13). Brossat souligne comment les serviteurs, chez Mirbeau, Diderot, Beaumarchais ou Swift, trouvent des truchements pour &#233;viter d'&#234;tre de simples automates humains, d&#233;consid&#233;r&#233;s et exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'appuyant sur ses propos et voulant les inscrire dans la th&#233;matique du &#171; devenir minoritaire &#187;, j'aimerais avancer la proposition suivante : dans un autre monde, dans un monde meilleur, nous deviendrions tous et toutes des serviteurs, et tout le monde pr&#234;terait sciemment aux autres, le cas &#233;ch&#233;ant, ce que Claude-Henri Saint-Simon appelait de &#171; la consid&#233;ration &#187;. Comme il le dit dans les &lt;i&gt;Lettres d'un habitant de Gen&#232;ve &#224; ses contemporains&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous donnez volontairement une portion de domination sur vous, aux hommes qui font des choses que vous jugez vous &#234;tre utiles (Saint-Simon 2012, 119)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e est reprise par Pierre-Joseph Proudhon dans Qu'est-ce que la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenons-nous que les Saint-Simoniens, &#224; M&#233;nilmontant, portaient des habits boutonn&#233;s dans le dos afin d'obliger chaque personne &#224; &#234;tre d&#233;pendant des autres, ou pour le dire autrement et plus positivement : pour encourager la formation d'une communaut&#233; de l'entr'aide&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir aussi le roman utopique de Bellamy, Looking Backwards (1888), o&#249; &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; pour que tout le monde se rend&#238;t compte &#224; quel point nous sommes r&#233;ellement entrem&#234;l&#233;s les un(e)s aux autres, &#171; nous &#187; les humain(e)s &#8211; et, au nom d'un devenir minoritaire non-hi&#233;rarchis&#233;, plus horizontal, j'inclurais dans ce &#171; nous &#187; les vies non-humaines, celles des &#171; animaux &#187;, des plantes et aussi des &#171; choses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons aux &#339;uvres de Donna Haraway, notamment &#224; Vivre avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d3-2.jpg' width='392' height='567' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 3. Les Saint-Simoniens &#224; M&#233;nilmontant&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Retournons &#224; la chanson de Brassens, &#224; son sc&#233;nario bien h&#233;t&#233;rosexuel et peut-&#234;tre sans grande importance, mais qui manifeste une lacune flagrante : la chose, la poup&#233;e en tant que telle, n'existe pas vraiment ; elle figure uniquement comme m&#233;taphore de La Femme, ou comme petit nom d'une femme en particulier. Ce qui explique mon titre : &#171; Je me suis faite tout petite, c'est la poup&#233;e qui parle &#187;. J'aimerais bien entendre la voix de la poup&#233;e, ou prendre le parti de la poup&#233;e comme Francis Ponge l'avait fait pour d'autres choses (ou comme l'a propos&#233; plus r&#233;cemment Bruno Latour sous la forme d'un &#171; parlement des choses &#187; qui reconnait la nature vari&#233;e des actants de ce monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ponge proposait &#8220;un voyage dans l'&#233;paisseur des choses&#8221; ; il voulait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma peut &#234;tre un bon m&#233;dium pour appr&#233;cier les choses car il nous oblige &#224; les voir diff&#233;remment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans L'Art des choses, Laurence Bertrand Dorl&#233;ac pr&#233;tend que les &#339;uvres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il d&#233;familiarise le regard qu'on porte sur ces choses qu'on ne voit plus &#224; cause de notre propension habituelle &#224; mettre les choses &#171; &#224; leur place &#187; en fonction de nos besoins. Cette capacit&#233; de rendre les choses &#171; &#233;tranges &#187;, de leur accorder une pr&#233;sence qui &#233;chappe &#224; notre vision coutumi&#232;re, a &#233;t&#233; bien cern&#233;e par Jean Epstein dans &#171; Le cin&#233;matographie vu de l'Etna &#187; (de 1926). Il y &#233;crivait :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des plus grandes puissances du cin&#233;ma est son animisme. &lt;i&gt;A l'&#233;cran il n'y a pas de nature morte. Les objets ont des attitudes&lt;/i&gt;. Les arbres gesticulent. Les montagnes, ainsi que cet Etna, signifient, chaque accessoire devient un personnage. Les d&#233;cors se morcellent et chacune de leurs fractions prend une expression particuli&#232;re. &lt;i&gt;Un panth&#233;isme &#233;tonnant rena&#238;t au monde et le remplit &#224; craquer&lt;/i&gt; (Epstein, 1926, 13) &lt;i&gt;c'est moi qui souligne&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Si, donc pr&#234;ter attention aux vies des &#171; choses &#187; est d&#233;j&#224; le propre du cin&#233;ma comme m&#233;dium, dans &lt;i&gt;Sans soleil&lt;/i&gt; de Chris Marker (1983), ceci est abord&#233; comme th&#233;matique explicite. Vers le d&#233;but du film, il y a une belle sc&#232;ne, o&#249; l'on voit des Japonais &#171; normaux &#187; (ceux qui ne prennent pas l'avion pour rentrer &#224; Tokyo) qui somnolent sur les bancs tr&#232;s peu confortables du ferry. La narratrice, qui cite les lettres d'un certain Sandor Krasna, parle de la &#171; fragilit&#233; de ses instants suspendus &#187;, o&#249; il ne se passe pas grand-chose, mais qui pourtant laissent peut-&#234;tre &#233;merger d'autant plus des souvenirs que ce sont des souvenirs de rien en particulier. Ce sont ces moments &#171; vides &#187; qui donnent la sensation vraie, et m&#234;me intense, du temps qui s'&#233;coule plus ou moins lentement, et c'est pour cette m&#234;me raison qu'ils sont paradoxalement si sp&#233;ciaux, si pr&#233;cieux : parce qu'ils t&#233;moignent de la banalit&#233; de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;tymologie du mot &#171; banalit&#233; &#187; est bien instructive. Elle d&#233;signe &#224; l'origine : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;le droit du seigneur de contraindre tous les habitants de sa seigneurie &#224; utiliser, moyennant une redevance en argent, l'&#233;quipement technique (four, moulin, pressoir, etc.) qu'il a r&#233;alis&#233; &#224; ses frais sur son domaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le temps, le mot a chang&#233; de sens pour signifier maintenant ce qui est commun &#224; tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En anglais, selon l'Oxford English Dictionary, &#171; banality &#187; veut dire : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La banalit&#233; est ce qui nous met sur le m&#234;me plan, qui nous r&#233;duit au m&#234;me niveau basique de la vie. L'&#233;loge de la banalit&#233; dans &lt;i&gt;Sans soleil&lt;/i&gt; est enrichi par une r&#233;flexion sur &#171; la poignance des choses &#187;, des petites choses, des choses mineures, de rien de tout. &#171; Il s'agit d'une expression apparemment emprunt&#233;e &#224; L&#233;vi-Strauss &#8211; et l'essai-film de Marker est bien une aventure ethnographique. Il va &#224; la recherche des cultures qui semblent garder, malgr&#233; leur modernit&#233;, malgr&#233; l'Histoire, leurs contradictions si complexes. Avec tous leurs probl&#232;mes et toutes leurs injustices sociales, ces cultures &#8211; diff&#233;rentes de la &#171; n&#244;tre &#187; (&#224; d&#233;finir&#8230;) &#8211; semblent garder quand m&#234;me les traces d'une autre fa&#231;on de vivre avec les choses. On le voit, par exemple, dans le cas &#171; des gens verticaux &#187; de Guin&#233;e-Bissau qui, bafouant les conventions cin&#233;matographiques de l'Occident, regardent directement le cam&#233;ra ; mais surtout, peut-&#234;tre, lorsqu'on rencontre &#171; les Japonais &#187; qui ont des temples pour les chats (o&#249; on peut d&#233;poser le nom d'un chat perdu pour qu'il ne soit pas oubli&#233; au moment de sa mort, faisant ainsi &#171; une r&#233;paration &#224; l'endroit de l'accroc au tissu du temps &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A comparer avec Benjamin &#171; Sur le concept de l'histoire &#187;, th&#232;se XIV : &#171; il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) ; lorsqu'on voit que &#171; les Japonais &#187; ont aussi des rituels pour les poup&#233;es cass&#233;es ; qu'ils peuvent prier pour les lettres non-envoy&#233;es ; qu'ils c&#233;l&#232;brent la fin de la f&#234;te de la fin d'ann&#233;e avec une f&#234;te qui rend hommage aux d&#233;corations et aux papiers d'emballage : c'est le rituel du Dondoyaki, du 15 au 18 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_913 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d4-2.jpg' width='330' height='465' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 4. Le culte japonais des chats-poup&#233;es, de &#171; Sans soleil &#187; Chris Marker 1983&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans cette culture-l&#224;, aussi capitaliste soit-elle, tout ce qui est perdu, us&#233;, cass&#233; n'est pas simplement oubli&#233;, jet&#233;, d&#233;truit et remplac&#233;. C'est peut-&#234;tre une forme de reconnaissance de ce que Jane Bennett, dans son livre &lt;i&gt;Vibrant Matter : A Political Ecology of Things&lt;/i&gt;, appelle &#171; la puissance des choses &#187; (&lt;i&gt;Thingpower&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_914 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d5-2.jpg' width='310' height='436' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 5 : Le&lt;/i&gt; kintsugi &lt;i&gt;(&#37329;&#32153;&#12366;), &#171; jointure en or &#187;. Cette pratique japonaise rend visible la r&#233;paration d'un objet, ne cache pas l'endommagement subi, mais plut&#244;t le transforme en une beaut&#233; bien d&#233;licate. Une fragilit&#233; devient une force distinctive.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette attention aux choses, aux d&#233;tails t&#233;nus de la vie - &#171; les choses qui font battre le c&#339;ur &#187;, m&#234;me celles qui &#171; ne valent pas la peine de faire &#187; (je me r&#233;f&#232;re &#224; la liste de la dame d'honneur de la princesse Shonagon mentionn&#233;e dans le film), va de pair avec une forte sensibilit&#233; pour la mutabilit&#233; des formes mat&#233;rielles. Il est dit que pour &#171; les Japonais &#187; : &#171; La cloison qui [les] s&#233;pare de la mort ne [leur] appara&#238;t pas aussi &#233;paisse qu'en Occident &#187;. M&#234;me les jeunes, qui ont toute une vie devant eux, se montrent curieux de la fugacit&#233; de la vie des formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L''autre grand sujet de &lt;i&gt;Sans soleil&lt;/i&gt;, li&#233; au premier, est l'Histoire, la machine qui produit un grand r&#233;cit, qui avance inexorablement &#171; en bouchant la m&#233;moire comme on bouche les oreilles &#187; et dont le vrai visage est l'horreur, comme en t&#233;moigne Kurtz dans &lt;i&gt;Au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt; de Conrad (et Brandon dans &lt;i&gt;Apocalypse Now&lt;/i&gt; de Coppola, qui apparait dans le film de Marker).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d6-2.jpg' width='310' height='618' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 6. Une sc&#232;ne d'&lt;/i&gt;Apocalypse Now &lt;i&gt;incluse dans&lt;/i&gt; Sans Soleil.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En effet, l'Histoire peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme &#171; une seule et unique catastrophe &#187; (Benjamin 2000, p. 434). Comment ne pas &#234;tre m&#233;dus&#233; par l'accumulation de ruines ? par tous les bons projets d&#233;voy&#233;s ? par toutes les bonnes occasions manqu&#233;es ? En se r&#233;f&#233;rant &#224; nouveau aux th&#232;ses &#171; Sur le concept d'histoire &#187; de Benjamin, on verra dans &#171; &lt;i&gt;Sans soleil&lt;/i&gt; une source de r&#233;sistance dans la narration : le film est comme un chroniqueur &#171; qui rapporte les &#233;v&#233;nements, sans distinguer entre les grands et les petits, [et ainsi] fait droit &#224; cette v&#233;rit&#233; : que rien de ce qui n'eut jamais lieu n'est perdu pour l'histoire &#187; (Benjamin Th&#232;se iii, 2000, p. 429).&lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sonance avec ce propos de Benjamin, &lt;i&gt;Sans soleil&lt;/i&gt; conclut avec l'&#233;loge :&lt;br class='autobr' /&gt;
...de ceux qui s'obstinent &#224; dessiner des profils sur les murs de prison, &#224; suivre les contours de ce qui n'est pas, n'est plus, pas encore, de ceux qui composent leur liste des choses qui font battre le c&#339;ur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une politique minoritaire serait ouverte aux &#171; caprices [les plus bizarres] &#187; des choses lib&#233;r&#233;es de leur enfermement dans un syst&#232;me de marchandisation (Marx, 1976, p. 68). On prendrait soin d'elles, on les traiterait avec consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bibliographie&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin, W. &#171; Goethes Wahlverwandtschaften &#187;, dans &lt;i&gt;Gesammelte Schriften&lt;/i&gt; Bd. I.i (Suhrkamp, 2013).&lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin, W. &#171; Sur le concept d'histoire &#187;, dans &lt;i&gt;&#338;uvres III&lt;/i&gt; (Gallimard, Folio, 2000). &lt;br class='autobr' /&gt;
Bellamy, E., &lt;i&gt;Looking Backwards&lt;/i&gt; (Penguin, 2000).&lt;br class='autobr' /&gt;
Bennett, J. &lt;i&gt;Vibrant Matter : An Ecology of Things&lt;/i&gt; (Duke U.P., 2010).&lt;br class='autobr' /&gt;
Brossat, A. &lt;i&gt;Les serviteurs sont fatigu&#233;s (les ma&#238;tres aussi)&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2013).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dorl&#233;ac, L. B. (dir.) &lt;i&gt;Les choses : Une histoire de la nature morte&lt;/i&gt; (Mus&#233;e du Louvre, 2022).&lt;br class='autobr' /&gt;
Epstein, J. &lt;i&gt;Le cin&#233;matographique vu de l'Etna&lt;/i&gt; (1926).&lt;br class='autobr' /&gt;
Kant, I. &lt;i&gt;M&#233;taphysique des m&#339;urs I&lt;/i&gt; (Flammarion, 1994).&lt;br class='autobr' /&gt;
La Bo&#233;tie, E. &lt;i&gt;De la servitude volontaire&lt;/i&gt; (Le passager clandestin, 2010).&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx, K. &lt;i&gt;Le capital I&lt;/i&gt;, trad. J. Roy (Editions sociales, 1976).&lt;br class='autobr' /&gt;
Morton, T. &lt;i&gt;Hyperobjects : Philosophy and Ecology after the End of the World&lt;/i&gt; (University of Minnesota, 2013).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ponge, F., &lt;i&gt;Le parti pris des choses&lt;/i&gt;, avec dossier par E. Fr&#233;mond, (Gallimard, Folio, 2009).&lt;br class='autobr' /&gt;
Proudhon, P-J., &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt; (Le livre de poche, 2009).&lt;br class='autobr' /&gt;
Saint-Simon, H. &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes I&lt;/i&gt; (PUF, 2012).&lt;br class='autobr' /&gt;
Sch&#233;rer, R. &lt;i&gt;Zeus hospitalier : Eloge de l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt; (Editions de la Table ronde, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Diane Morgan&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies,&lt;br class='autobr' /&gt;
University of Leeds R.U.&lt;br class='autobr' /&gt;
findlm@leeds.ac.uk&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La vie de cet article a commenc&#233; en 2023 lors de l'universit&#233; d'&#233;t&#233; d'Ici-et-ailleurs qui avait comme th&#232;me &lt;i&gt;&#202;tre (devenir) minoritaire&lt;/i&gt; et qui a eu lieu &#224; Silcuzin (Haute-Loire).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La premi&#232;re sc&#232;ne du film &lt;i&gt;Barbie&lt;/i&gt; (dir. Greta Gerwig, 2023) montre des filles &#171; pr&#233;historiques &#187; qui jouent &#224; la maman avec des poup&#233;es. Lorsque la statuesque Barbie appara&#238;t, elles commencent &#224; casser les jouets et &#224; s'affranchir de leur r&#244;le maternel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'id&#233;e est reprise par Pierre-Joseph Proudhon dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que la propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt; : &#171; S'il n'ob&#233;it plus parce que le roi commande mais parce que le roi prouve, on peut affirmer que d&#233;sormais il ne reconna&#238;t plus aucune autorit&#233;, et qu'il s'est fait lui-m&#234;me son propre roi &#187; (Proudhon 2009, 425). Bien s&#251;r, le point de d&#233;part pour Proudhon est que les &#171; rois, ministres, magistrats et peuples &#187;, dans la plupart des cas, &#171; ne m&#233;ritent aucune consid&#233;ration &#187; (&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt; p. 426). Une variante de cette proposition de servitude r&#233;ciproque peut &#234;tre trouv&#233;e dans &lt;i&gt;La m&#233;taphysique des m&#339;urs&lt;/i&gt; de Kant : &#171; La communaut&#233; sexuelle (&lt;i&gt;commercium sexuale&lt;/i&gt;) est l'utilisation r&#233;ciproque qu'un &#234;tre humain fait des organes et des facult&#233;s sexuels d'un autre &#234;tre humain (&lt;i&gt;usus membrorum et facultatum sexualium alterius&lt;/i&gt;)&#8230; &#187; (Kant 1994, &#167;24). Ce passage a &#233;pouvant&#233; Benjamin, qui n'y voyait qu'&#171; un exemple d'un st&#233;r&#233;otype rigoriste ou une curiosit&#233; de sa tardive p&#233;riode s&#233;nile &#187; (Benjamin 2003, p. 127). Par contre, quelqu'un comme Ren&#233; Sch&#233;rer (1922-2023), qui avait de l'humour et appr&#233;ciait la &#171; perversit&#233; &#187;, aurait sans doute eu la capacit&#233; de voir la chose autrement, ayant d&#233;tect&#233; l'espace de jeu [&lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt;] que l'arrangement kantien met &#224; la disposition des &#171; commer&#231;ants &#187; consentants. En outre, on peut aussi noter qu'&#224; plusieurs reprises, Sch&#233;rer a fait le rapprochement entre Kant et l'anarchisme de Proudhon, p. ex. dans &lt;i&gt;Zeus hospitalier&lt;/i&gt; (1993, p. 63).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir aussi le roman utopique de Bellamy, &lt;i&gt;Looking Backwards&lt;/i&gt; (1888), o&#249; &#234;tre un serviteur est loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme quelque chose de d&#233;gradant. Au contraire, servir quelqu'un est une action hautement estim&#233;e pour sa pr&#233;cieuse et utile valeur sociale (chapitre XIV, p. 124). Un des imp&#233;ratifs cat&#233;goriques de l'utopie de Bellamy est qu'on n'accepte pas de la part des autres de services qu'on ne ferait pas soi-m&#234;me. Dans son monde meilleur, domine un sentiment partag&#233; d'appartenir &#224; l'&#8221;humanit&#233;&#8221;, par cons&#233;quent personne n'est consid&#233;r&#233; comme inf&#233;rieur, comme &#8220;d'une autre sorte&#8221; (p. 125) ; toutes les formes de travail dans ce monde utopique ont une valeur sociale, sont utiles, m&#233;ritent d'&#234;tre reconnues comme des occupations dignes. Ainsi, &#234;tre serveur dans un restaurant est juste &#8220;une des occupations diverses&#8221; que chaque homme (&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;) effectue pendant son &#8220;service industriel&#8221;. (La question du genre pose &#233;videmment probl&#232;me chez Bellamy, o&#249; l'occupation des femmes semble r&#233;duite, pour essentiel, &#224; s'occuper des courses&#8230;) La soci&#233;t&#233; est &#8220;un vaste partenariat industriel&#8221; bas&#233; sur &#8220;la complexe d&#233;pendance mutuelle&#8221; ; l'id&#233;e m&#234;me de &#8220;l'autosuffisance&#8221; est consid&#233;r&#233;e comme un non-sens (p. 110). Cela ne saurait exister.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous renvoyons aux &#339;uvres de Donna Haraway, notamment &#224; &lt;i&gt;Vivre avec le trouble&lt;/i&gt; (2020), pour une analyse de notre complicit&#233; indissociable avec les diverses formes de vies d&#233;j&#224; existantes ou encore potentielles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ponge proposait &#8220;un voyage dans l'&#233;paisseur des choses&#8221; ; il voulait &#8220;r&#233;nove[r] le monde des objets&#8221; et &#8220;refaire le monde&#8221; (Ponge 2009, pp. 112, 116, 123). Dans le sillage de Latour, Jane Bennett, dans son livre &lt;i&gt;Vibrant Matter&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;La mati&#232;re vibrante&lt;/i&gt;], nous invite &#224; penser la puissance des choses, de la mati&#232;re, en d&#233;passant l'opposition traditionnelle entre le vivant anim&#233;, actif, et la mati&#232;re passive et inerte. Elle soutient qu'une telle attention pr&#234;t&#233;e &#224; la capacit&#233; active des objets et des choses permettrait de refonder l'environnementalisme sur de meilleures bases, puisque moins anthropocentrique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;L'Art des choses&lt;/i&gt;, Laurence Bertrand Dorl&#233;ac pr&#233;tend que les &#339;uvres d'art en g&#233;n&#233;ral n'ont pas seulement toujours su que &#171; la nature n'est pas morte &#187;, mais ont souvent pris au s&#233;rieux la vie de ce qu'on consid&#233;rait comme des objets inertes. Elle sugg&#232;re que les &#339;uvres d'art ont un r&#244;le important &#224; jouer face aux &#171; d&#233;fis &#233;cologiques et la robotisation du monde &#187; (Dorl&#233;ac [dir.] 2022, p. 19).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En anglais, selon l'&lt;i&gt;Oxford English Dictionary&lt;/i&gt;, &#171; banality &#187; veut dire : &#171; open to the use of all the community ; commonplace, common, trite ; trivial, petty, banal ; en allemand le &lt;i&gt;D&#252;den&lt;/i&gt; donne la d&#233;finition suivante : &#171; gemeinn&#252;tzig, allen geh&#246;rig, simpel, trivial, allt&#228;glich, gew&#246;hnlich &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A comparer avec Benjamin &#171; Sur le concept de l'histoire &#187;, th&#232;se XIV : &#171; il faut tisser dans la trame du pr&#233;sent, les fils de la tradition qui ont &#233;t&#233; perdus pendant des si&#232;cles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Vous aimez cette image ? &#187; : Le refus du package &#171; Albanie &#187;</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1461</link>
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		<dc:date>2025-06-18T18:41:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Morgan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Image 1 : Dh&#235;rmi, une plage... &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que j'ai re&#231;u le message matinal de Microsoft Windows en ouvrant mon ordinateur &#171; vous aimez cette image ? &#187; et qu'en cliquant, j'ai vu que c'&#233;tait Dh&#235;rmi qui m'&#233;tait propos&#233; pour embellir ma journ&#233;e de travail, j'ai craint le pire. J'ai tout de suite &#233;crit &#224; mes amis albanais, Orgest et Eriola, pour partager la mauvaise nouvelle. C'&#233;tait le mercredi 5 f&#233;vrier 2020. Ah Dh&#235;rmi que j'avais visit&#233; pour la premi&#232;re fois en 1991, quand il n'y avait gu&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 1 : Dh&#235;rmi, une plage...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que j'ai re&#231;u le message matinal de Microsoft Windows en ouvrant mon ordinateur &#171; vous aimez cette image ? &#187; et qu'en cliquant, j'ai vu que c'&#233;tait Dh&#235;rmi qui m'&#233;tait propos&#233; pour embellir ma journ&#233;e de travail, j'ai craint le pire. J'ai tout de suite &#233;crit &#224; mes amis albanais, Orgest et Eriola, pour partager la mauvaise nouvelle. C'&#233;tait le mercredi 5 f&#233;vrier 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah Dh&#235;rmi que j'avais visit&#233; pour la premi&#232;re fois en 1991, quand il n'y avait gu&#232;re qu'un b&#226;timent sur la plage (il me semble que c'&#233;tait un h&#244;tel abandonn&#233; de style moderniste-socialiste) et en haut sinon, perch&#233; dans les montagnes, il y avait le petit village et quelques italiens qui planaient gracieusement en parapente autour de la vall&#233;e. C'&#233;tait paradisiaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela implique &#171; vous aimez cette image ? &#187;. En cliquant, on d&#233;couvre le nom du lieu et on peut acc&#233;der &#224; quelques informations le concernant si l'on veut en savoir plus. Nous sommes sollicit&#233;s de r&#233;pondre, soit &#171; celle-ci me pla&#238;t &#187;, ce qui m&#232;ne &#224; la pr&#233;sentation &#171; d'images semblables &#187;, soit &#171; je n'aime pas &#187;, ce qui produit la proposition &#171; d'une autre image &#187;. En r&#233;agissant ainsi &#224; la question &#171; vous aimez cette image ? &#187;, que sommes-nous en train de faire ? A quoi, &#224; qui r&#233;pondons-nous ? A quoi sert l'image choisie, qui l'a choisie pour nous, et comment ? Ce qui est s&#251;r, c'est que le &#171; vous aimez cette image &#187; est un passage oblig&#233; avant d'entrer ses identifiants, de retrouver son propre fond d'&#233;cran (personnalis&#233;) et, esp&#232;re-t-on, ses fichiers. Ce qui n'est pas toujours gagn&#233; d'avance, du moins pour moi dont le disque dur est chaotique&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi Dh&#235;rmi a-t-il &#233;t&#233; choisi pour le 5 f&#233;vrier 2020, c'est-&#224;-dire le jour o&#249; Donald Trump &#233;tait acquitt&#233; par le S&#233;nat lors de son premier proc&#232;s de destitution et o&#249; le vol 2193 de Pegasus Airlines s'&#233;crasait, tuant 3 personnes et en blessant 179 autres ?&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici, je m'inspire du livre de Patrik Ourednik Europeana : Une br&#232;ve histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Il n'y eut que 41 jours entre le 5 f&#233;vrier 2020 et le premier confinement qui commen&#231;ait le 16 mars, l'ann&#233;e 2020 &#233;tant bissextile (soit 29 jours en ce mois de f&#233;vrier-l&#224;), confinement qui dura jusqu'au 11 mai, mais ceci on ne pouvait le pressentir encore&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose est s&#251;re, ce jour-l&#224;, j'appr&#233;hendais pour Dh&#235;rmi et pour toute l'Albanie : je voyais &#171; l'image &#187; de Microsoft Windows comme le signe que le pays &#233;tait bien menac&#233; par, s'il n'&#233;tait pas encore d&#233;j&#224; sous l'emprise de, la marchandisation, ; que l'image propos&#233;e &#233;tait l&#224; pour exciter un app&#233;tit mondialis&#233; de s'y rendre afin de profiter de ses merveilles naturelles et culturelles, avec le support d'une toute nouvelle infrastructure qui risquait de d&#233;truire ces m&#234;mes merveilles. L'image offerte annonce un appauvrissement de l'ancien lieu, rendu conforme aux attentes touristiques, banalis&#233;, standardis&#233;, homog&#233;n&#233;is&#233;, polic&#233;. &#171; Pas de surprise ! &#187; vous allez me dire. Effectivement, il suffit de comparer mon premier guide touristique - le seul que j'avais pu trouver &#224; l'&#233;poque - pour l'Albanie, le Guide Arthaud (1990), avec le Guide Bradt, qui a &#233;t&#233; publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 2004 et qui en &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; sa 6e &#233;dition en 2018. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Guide Arthaud de 1990 d&#233;crit Dh&#235;rmi ainsi : &lt;br class='autobr' /&gt;
On laisse &#224; gauche le hameau d'Illiaz auquel on se rend par un escalier accessible aux animaux et, apr&#232;s 8 km d'une route assez sauvage, on arrive &#224; Dh&#235;rmi&#8230; La ville de Dh&#235;rmi jouit d'un panorama imposant, dans une nature remarquable, au pied m&#234;me du Cika (2050 m) et est souvent consid&#233;r&#233;e comme &#171; la perle du littoral &#187;. Comme plusieurs localit&#233;s du Bregdeti, Dh&#235;rmi est coup&#233;e en deux par un torrent qui s'y est creus&#233; un lit aux versants abrupts. On y a aujourd'hui d&#233;vi&#233; un cours d'eau qui alimente une petite centrale locale et irrigue les coteaux plant&#233;s d'agrumes et d'oliviers. Dh&#235;rmi conserve aussi les plus vieilles &#233;glises du littoral : l'&#233;glise Notre-Dame, en haut du bourg, poss&#232;de de tr&#232;s belles fresques qui, en plus de leur beaut&#233; formelle, constituent un t&#233;moignage exceptionnel de l'ancien habillement populaire de la r&#233;gion ; non loin, l'&#233;glise Saint-Michel s'&#233;l&#232;ve au milieu de vieilles maisons de pierre ; plus bas enfin, Dh&#235;rmi poss&#232;de encore deux autres &#233;glises, Saint-Mitri et Sainte-Marie (Durand-Monti 1990, 170).&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel contraste avec le guide plus r&#233;cent, le Guide Bradt ! Dh&#235;rmi (r&#233;duit &#224; &#171; Dh&#235;rmi (plage) &#187; dans l'index) y figure ainsi : un paysage sublime de la Riviera du Nord avec ses montagnes et la mer bleue profonde ; on signale aussi la route qui traverse &#171; les jolis villages de Vunoi et Dh&#235;rmi &#187;, mais les yeux du voyageur sont clairement riv&#233;s sur la plage qui est &#171; bien agr&#233;able avec son sable fin et propre, la mer bleue et transparente &#187; ; le voyageur est rassur&#233; qu'il y ait de nombreux logements disponibles et que &#171; la vie nocturne [y soit] vivante en &#233;t&#233; &#187; (Gloyer 2018, 259). Il est cependant not&#233; qu'il n'y a pas de transport public pour descendre sur la plage et qu'il faut y aller soit &#224; pied, soit en autostop. Pas commode ! Mais cela a peut-&#234;tre d&#233;j&#224; chang&#233; depuis 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la r&#233;ponse &#224; la question &#171; vous aimez cette image ? &#187; devrait clairement &#234;tre &#171; non ! &#187;. Mais ce non, qui se veut le refus du principe m&#234;me de ces images de Microsoft Windows et de tout ce qui se cache derri&#232;re, se traduirait forc&#233;ment, comme on l'a d&#233;j&#224; vu, par l'offre par Microsoft de nous fournir d'autres images plus &#224; notre go&#251;t. Comment alors enregistrer son d&#233;saccord absolu avec la r&#233;duction d'un lieu, d'une r&#233;gion et m&#234;me de tout un pays &#224; une plage ? Une plage touristique en plein &#233;t&#233; n'a pas d'histoire et &#224; peine une culture locale. Les gens qui y habitent et y travaillent pendant la p&#233;riode d'exception que sont les vacances sont des figurants dans un sc&#233;nario plein de jouissance, de d&#233;tente et /ou d'exc&#232;s, tr&#232;s &#233;loign&#233; d'une r&#233;alit&#233; quotidienne, c'est le sens m&#234;me de la plage touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme acte de r&#233;sistance &#224; cette fixation d'identit&#233; dans une image st&#233;r&#233;otyp&#233;e et homog&#232;ne, pour contribuer &#224; la d&#233;fense des identit&#233;s albanaises, multiples, complexes et riches, j'aimerais explorer une autre version d'image, celle &#233;bauch&#233;e par Humphrey Jennings&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec ce geste, je r&#233;ponds &#224; l'appel aux contributions pour l'universit&#233; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jennings (1907-1950) fut r&#233;alisateur britannique de films documentaires (il faisait partie de l'&#233;cole de Grierson), peintre surr&#233;aliste, po&#232;te et essayiste, l'un des trois fondateurs de Mass Observation (un projet sociologique de documentation de la vie quotidienne, gr&#226;ce &#224; un r&#233;seau de correspondants qui &#233;coutaient et transcrivaient les conversations des gens ordinaires, et notaient leurs propres impressions et m&#234;mes leurs r&#234;ves autour d'une date pr&#233;cise, dans le but de complexifier la version officielle de l'histoire)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Mellor d&#233;crit le projet de Mass Observation de la fa&#231;on suivante : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jennings est aussi connu pour son ambitieux projet &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt;, une &#339;uvre inachev&#233;e et inachevable, publi&#233;e apr&#232;s sa mort (1985), qui ressemble &#233;trangement au &lt;i&gt;Passagenwerk&lt;/i&gt; de Benjamin car il s'agit aussi d'une compilation de citations avec quelques commentaires, que Jennings nommait &#171; images &#187;. Avec &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt;, Jennings voulait pr&#233;senter &#171; l'histoire imaginative de la r&#233;volution industrielle &#187; et ainsi explorer les potentielles poches de r&#233;sistance au moteur inlassable et infernal du pr&#233;tendu progr&#232;s industriel, qui broie les ouvriers physiquement et mentalement, d'o&#249; le titre &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt; - un n&#233;ologisme, invent&#233; par John Milton dans &lt;i&gt;Le paradis perdu&lt;/i&gt; (1667), qui veut dire &#171; tout d&#233;mon &#187; (Jennings 2012, xiii, 3-5).&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme son contemporain Benjamin, Jennings voulait rompre avec les notions mythiques de l'histoire, qu'elles soient lin&#233;aires ou catastrophistes, qui pr&#233;d&#233;terminent les actions humaines, les enchainant dans un discours de cause et effet ; en r&#233;action &#224; un tel fatalisme, il voulait enqu&#234;ter sur &#171; &lt;i&gt;ce qu'aurait pu &#234;tre&lt;/i&gt; la place de l'imagination dans la fabrication du monde moderne &#187; [&lt;i&gt;what may have been&lt;/i&gt; the place of the imagination in the making of the modern world] (Jennings 2012, xviii). Le &#171; ce qu'aurait pu &#234;tre &#187; ouvre une br&#232;che dans le pass&#233; en identifiant un potentiel non encore lib&#233;r&#233; et projette ainsi la possibilit&#233; d'un autre &#224;-venir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Activant un autre sens du mot &#171; pandaemonium &#187;, le projet devient alors celui d'exploser l'infernal r&#233;gime dominant en semant le d&#233;sordre par la cr&#233;ation d'&#171; images &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Pandaemonium, au lieu d'une voix dominante qui pr&#233;tend nous donner un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jennings donne la d&#233;finition suivante de ses &#171; images &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont des citations d'&#233;crits de la p&#233;riode, des passages qui d&#233;crivent certains moments, &#233;v&#233;nements, affrontements [&lt;i&gt;clashes&lt;/i&gt;], id&#233;es entre 1660-1886 qui, soit dans l'&#233;criture, soit dans la nature de la mati&#232;re m&#234;me, ou les deux &#224; la fois, ont une qualit&#233; r&#233;volutionnaire, symbolique et &#233;clairante. Je veux dire qu'elles contiennent en petit tout un monde - ce sont des n&#339;uds dans un grand filet d'espace et de temps enchev&#234;tr&#233;s, des moments o&#249; la situation de l'humanit&#233; est claire - m&#234;me si &#231;a ne dure que le temps du flash du photographe ou de l'&#233;clair. Et tout comme l'histoire conventionnelle [usual] ne consiste pas en images isol&#233;es, en occurrences, chaque image est situ&#233;e en un lieu particulier dans un film en tournage (Jennings 2012, xiii, &lt;i&gt;ma traduction&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Jennings ne pr&#233;tend pas que ses &#171; images &#187; disent une v&#233;rit&#233; - elles sont trop vari&#233;es et contradictoires pour aspirer &#224; ce statut ; par contre, elles repr&#233;sentent l'exp&#233;rience humaine. Elles sont &#171; la trace des &#233;v&#233;nements mentaux [...] des &#233;v&#233;nements du c&#339;ur &#187; (Jennings 2012, xiii). Ce sont des faits (ceux de l'historien) qui ont &#233;t&#233; travaill&#233;s par les &#233;motions et l'esprit de quelqu'un en particulier, l'obligeant &#224; &#233;crire. Ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit devient ainsi &#171; un tableau color&#233; &#187; (Jennings 2012, xiii)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La coloration de l'histoire est une pr&#233;occupation majeure de Jennings. Je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jennings explique que ses images, &#233;parses, ont quelque chose en commun, qui n'est ni politique, ni &#233;conomique, ni social. Elles repr&#233;sentent toutes des moments de l'histoire de la r&#233;volution industrielle, quand les affrontements et les conflits se r&#233;v&#233;laient avec une extr&#234;me clart&#233;, et elles figurent ainsi comme symboles de tout le processus (historique), sinon inexprimable et insaisissable. Ce sont, dit-il, ce que les po&#232;tes ont nomm&#233; des Illuminations, des moments de vision (Jennings 2012, xiv).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;sonance avec les id&#233;es de Benjamin est frappante. Pour &#171; l'illumination (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Jennings nous avertit que ses images ne sont pas de textes qui illustrent par exemple &#171; les histoires &#233;conomiques &#187;, mais plut&#244;t des fragments, des restes qui nous donnent un sens, voire une vision forc&#233;ment po&#233;tique, de la complexit&#233; des interactions qui constituent la substance historique (Jennings 2012, xiv-xv).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_906 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d2.jpg' width='500' height='421' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 2 : Humphrey Jennings par Lee Miller 1942.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Jennings oppose ce qu'il appelle ces &#171; moyens de vision &#187; aux &#171; moyens de production &#187;. Les &#171; moyens de vision &#187;, c'est &#171; la mati&#232;re, (les impressions sensorielles) transform&#233;e et recr&#233;&#233;e [&lt;i&gt;reborn&lt;/i&gt;] par l'imagination : &lt;i&gt;convertie en image&lt;/i&gt; &#187;. Les moyens de production, c'est &#171; la mati&#232;re... transform&#233;e et recr&#233;&#233;e [&lt;i&gt;reborn&lt;/i&gt;] par le travail &#187; (Jennings 2012, xvii). Pour nous donner une id&#233;e de comment la mati&#232;re organique, humaine et non-humaine, est intriqu&#233;e avec la m&#233;canique comme &#171; moyen de production &#187;, Jennings s'appuie sur un passage de &lt;i&gt;Das Kapital&lt;/i&gt;. Marx y cite &lt;i&gt;La philosophie de la manufacture&lt;/i&gt; (1835) de Dr Andrew Ure, &#171; le Pindar de la fabrique &#187; (Jennings 2012, xvii-xviii)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fressoz et al (2025, 144) pour une r&#233;f&#233;rence &#224; Ure : &#171; Dans les &#233;crits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, dans &#171; son apoth&#233;ose de la grande industrie &#187; (Marx 1976, 255 &amp; 626 note de page 25), Ure &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
l'usine est id&#233;alement un vaste automate compos&#233; de nombreux organes m&#233;caniques et intellectuels qui op&#232;rent de concert et sans interruption, pour produire un m&#234;me objet, tous ces organes &#233;tant subordonn&#233;s &#224; une force motrice qui se meut d'elle-m&#234;me (Jennings 2012, xvii-xviii).&lt;br class='autobr' /&gt;
On comprend que les moyens de vision (po&#233;tique) qui cr&#233;ent des &#171; images &#187; r&#233;sultent d'une capacit&#233; &#224; r&#233;sister &#224; l'ali&#233;nation abrutissante, par le monde capitaliste, du travail (mais aussi du temps dit libre, du loisir), qui oblige le corps social &#224; se conformer. Les &#171; moyens de vision &#187; ont des affinit&#233;s avec le &#171; principe d'esp&#233;rance &#187; d'Ernst Bloch et une forte ressemblance avec l'id&#233;e des &#171; images de souhait &#187; [&lt;i&gt;Wunschbilder&lt;/i&gt;] qu'il partage avec Walter Benjamin (Bloch 1976) ; ces &#171; images &#187; expriment une aspiration : &#171; je veux , je veux &#187; (comme dans la gravure du po&#232;te visionnaire William Blake) ; non content du suppos&#233;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_907 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d3.jpg' width='463' height='324' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 3 : William Blake &#171; Je veux, je veux &#187; 1793.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; avec lequel &#8216;il faut faire', le producteur de ces images d'un monde autre les charge d'une force critique, et m&#234;me potentiellement r&#233;volutionnaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les &#171; images de souhait &#187;, voir E. Bloch (1974, 63-64) : ces images (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi qu'elles deviennent l'expression de ce qui &lt;i&gt;pourrait&lt;/i&gt; &#234;tre, de ce qui n'est &lt;i&gt;pas encore&lt;/i&gt;, ou m&#234;me &#171; de ce qui &lt;i&gt;aurait pu&lt;/i&gt; &#234;tre &#187;. Pour citer l'essai de Benjamin sur la photographie, ces &#171; images &#187;, qui ne sont pas forc&#233;ment visuelles, introduisent &#171; la minuscule &#233;tincelle de hasard &#187; [&#171; &lt;i&gt;das winzige F&#252;nkchen Zufall&lt;/i&gt; &#187;] qui interrompt l'in&#233;vitabilit&#233; que le futur ne sera que la cons&#233;quence de ce qui est d&#233;j&#224; et de ce qui a &#233;t&#233; (Benjamin 1988, 232 ; 2022, 86)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A noter que les images de Jennings, quoiqu'elles ne soient souvent pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais suivre le pas de Humphrey Jennings et commencer &#224; alimenter un &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt; comparable pour l'Albanie. C'est un projet forc&#233;ment incomplet, non achev&#233;, inconclusif, tout comme le sien (et celui de Benjamin dans &lt;i&gt;Passagenwerk&lt;/i&gt;). Jennings voulait reconfigurer la culture britannique, la mettre en opposition &#224; la mise au pas [&lt;i&gt;Gleichschaltung&lt;/i&gt;] de la soci&#233;t&#233; qui risquait de rendre silencieuse la vision po&#233;tique d'un autre possible (Mellor dans M-L. Jennings op cit 1982, 63 aussi cit&#233; by K Robins &amp; F Webster 1987, 37). La qu&#234;te sans fin de Jennings, interrompue pr&#233;cocement par sa chute d'un rocher sur l'&#238;le de Poros, est d&#233;crite comme &#171; anim&#233;e par un esprit constamment innovateur, nomade et transgressif &#187; [&lt;i&gt;animated by a constantly innovative nomadic and transgressive spirit&lt;/i&gt;] (K. Robins &amp; F. Webster 1987, 37). M'inspirant de sa mission, je souhaite voyager &#224; la poursuite d'un m&#234;me esprit, que j'appellerais &#171; albanais &#187;. C'est une Albanie impr&#233;visible, qui se fait sentir dans des endroits improbables. Ce Pandaemonium albanais, je le composerais &#224; ma mani&#232;re avec les ressources h&#233;t&#233;roclites et idiosyncratiques qui sont &#224; ma disposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Image &#187; 1.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois ma premi&#232;re introduction &#224; l'Albanie &#224; George Orwell. Dans son roman &lt;i&gt;Un peu d'air frais&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Coming Up For Air&lt;/i&gt;] (1939), au travers d'un personnage tr&#232;s ordinaire qui s'appelle George Bowling, Orwell d&#233;nonce la tendance fascisante du monde moderne. Il y a d'abord la menace r&#233;elle du nazisme, mais la mobilisation totale qu'est la modernit&#233; m&#234;me est aussi ressentie par lui comme une agression permanente&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'essai de Ernst J&#252;nger &#171; La mobilisation totale &#187; (1931) reste pertinente (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;pigramme du roman est : &#171; il est mort mais il s'obstine &#187;. Bowling n'est pas en phase avec son &#233;poque, il survit tout juste. Il soup&#231;onne que le fait qu'il est un peu gros l'aide ; les gens ne le prennent pas au s&#233;rieux, ils l'appellent &#171; bouboule &#187; (Orwell 1979, 20 ; 2024, 30). Bowling survit malgr&#233; l'&#233;tat de si&#232;ge qui transforme la moindre exp&#233;rience en cauchemar. Prenons l'exemple d'un fast-food de type am&#233;ricain o&#249; il souhaite se restaurer. : &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout luit, tout brille, &#231;a fait a&#233;rodynamique. Des glaces et de l'&#233;mail et du chrom&#233; partout o&#249; vous jetez les yeux. Tout pour le d&#233;cor, rien pour le ventre. Pas de vraie nourriture. Juste une liste de simili-machins avec des noms am&#233;ricains - des denr&#233;es fantomatiques sans aucun go&#251;t dont l'existence m&#234;me vous para&#238;t plus que douteuse. Tout &#231;a tir&#233; d'un carton ou d'une bo&#238;te de conserve, puis&#233; dans un frigidaire, giclant d'un robinet ou sortant d'un tube d'aluminium. Aucun confort, aucune intimit&#233;. Des tabourets haut perch&#233;s pour s'asseoir, un &#233;troit rebord pour poser l'assiette, des glaces tout autour. Tout dans l'ambiance, jusqu'au bruit de la radio, tend &#224; vous convaincre que la nourriture est sans importance, que ce qui compte, c'est le poli, le luisant, l'a&#233;rodynamique. Tout est a&#233;rodynamique aujourd'hui, y compris la balle qu'Hitler tient en r&#233;serve pour toi (Orwell 1979, 25-6 ; 2024, 35-6).&lt;br class='autobr' /&gt;
Les saucisses qu'il commande sont de l'&lt;i&gt;Ersatz&lt;/i&gt;, tout est fabriqu&#233;, en Allemagne soup&#231;onne-t-il, avec quelque chose d'autre : &#171; ils font des saucisses avec du poisson et le poisson avec quelque chose d'autre &#187;, dit-il (Orwell 1979, 27 ; 2024, 37). Les saucisses sont symptomatiques &#171; d'un monde o&#249; tout ce qui est fait est brillant et facile, truqu&#233; et rationalis&#233;, et tout fabriqu&#233; avec quelque chose d'autre &#187;. C'est un monde asphyxiant et pourri au c&#339;ur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai en t&#234;te les remarques de Dubuffet, &#224; propos de &#171; l'asphyxiante culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;toutes les radios jouant le m&#234;me air, plus de v&#233;g&#233;tation nulle part, un monde b&#233;tonn&#233;&#8230;Quand vous touchez du doigt la r&#233;alit&#233; et mordez dans quelque chose de solide, une saucisse par exemple, voil&#224; ce que vous trouvez - du poisson pourri dans une peau de caoutchouc. De la salet&#233; qui vous explose comme une bombe dans la bouche &#187; (Orwell 1979, 27 ; 2024, 37).&lt;br class='autobr' /&gt;
Assi&#233;g&#233;, Bowling appr&#233;hende l'avenir &#8211; il croit entendre d&#233;j&#224; &#171; les sir&#232;nes mugir et les haut-parleurs hurler&#8230; [il voit] les affiches et les queues de ravitaillement, l'huile de ricin et les matraques et les mitrailleuses qui cr&#233;pitent aux fen&#234;tres des chambres &#187;. Il a &#171; l'impression d'&#234;tre le seul individu &#233;veill&#233; dans une ville de somnambules &#187; (Orwell 1979, 28 ; 2024, 39). Un coup d'&#339;il jet&#233; au journal confirme les &#233;tranget&#233;s du monde actuel :&lt;br class='autobr' /&gt;
Rien de bien nouveau. En Espagne et l&#224;-bas en Chine, ils &#233;taient en train de se massacrer comme d'habitude, on avait trouv&#233; les jambes d'une femme dans une salle d'attente d'une gare de chemin de fer, et l'on se demandait si le mariage du roi Zog n'allait pas &#234;tre remis en question (Orwell 1979, 12 ; 2024, 19)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La l&#233;g&#232;ret&#233; affich&#233;e par Bowling s'agissant de la guerre civile en Espagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard dans la journ&#233;e, il raconte que :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#232;s de Charing Cross, les vendeurs de journaux braillaient les manchettes des derni&#232;res &#233;ditions des journaux du soir. &#171; Les jambes. D&#233;claration d'un chirurgien c&#233;l&#232;bre. &#187; Puis une affichette d'un de ces journaux attira mon attention : &#171; Ajournement du mariage du King Zog &#187; (Orwell 1979, 30 ; 2024, 40)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Orwell &#233;voque bien et avec humour le monde de l'information, qui peut &#234;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#171; le bon gros &#187; banlieusard londonien, George Bowling, le King Zog d'Albanie fonctionne comme la Madeleine de Proust. Ayant vu son nom &#224; plusieurs reprises ce jour-l&#224; par une myst&#233;rieuse constellation de sensations - &#171; les bruits de la circulation ou l'odeur du crottin du cheval ou... &#187; - il ne sait pas ce qui a d&#233;clench&#233; l'image po&#233;tique - &#171; des souvenirs s'&#233;veillaient en [lui] &#187;, le transportant dans son pass&#233;, vers 1900 (Orwell 1979, 30 ; 2024, 40). Il est de nouveau le petit gar&#231;on fascin&#233;, ensorcel&#233; par les rituels liturgiques du dimanche.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_908 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d4.jpg' width='335' height='388' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 4 : Le mariage de King Zog et de la comtesse G&#233;raldine Apponyi de Nagy-Appony le 27 avril 1938.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il explique : &lt;br class='autobr' /&gt;
Moi j'attendais avidement le passage du psaume o&#249; il est question de S&#233;hon, roi des Amorrh&#233;ens et d'Og, roi de Basan (&#224; qui le roi Zog m'avait fait repenser, justement). Shooter entonnait : &#171; S&#233;hon, roi des Amorrh&#233;ens &#187;, puis pendant peut-&#234;tre une demi-seconde on pouvait entendre le ch&#339;ur des fid&#232;les chanter le &#171; et &#187;, alors aussit&#244;t c'&#233;tait la basse tonitruante de Wetherall - &#171; Og, roi de Basan &#187; - submergeant l'assembl&#233;e, tel un raz-de-mar&#233;e. Je voudrais pouvoir vous faire entendre le formidable grondement souterrain, semblable &#224; celui de tonneaux qu'on charrie &#224; toute force, qu'&#233;mettait Wetherall pour &#233;voquer le roi Og. Plus tard, quand je sus l'orthographe des deux noms, je me formai l'image de S&#233;hon et Og en colossales statues d'Egypte, image emprunt&#233;e &#224; une encyclop&#233;die populaire. S&#233;hon et Og m'apparaissaient en rois g&#233;ants, des rois de trente pieds de haut assis face &#224; face sur leurs tr&#244;nes, les mains sur les genoux, un sourire myst&#233;rieux &#233;clairant leurs traits&#8230; (Orwell 1979, 32 ; 2024, 43).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'image associ&#233;e &#224; King Zog le renvoie dans son monde de jeunesse &#224; Binfield-le Bas, un petit bourg paisible avec sa place du march&#233;, o&#249; il se sentait chez lui, en s&#233;curit&#233;, o&#249; tout &#233;tait &#224; sa place. Ce monde qui lui &#233;tait &#171; fugitivement revenu en m&#233;moire en voyant le nom du roi Zog sur une affichette &#187; est si diff&#233;rent du monde inqui&#233;tant qui l'entoure, un monde gravement marqu&#233; par une premi&#232;re guerre mondiale et, gouvern&#233; par &#171; les hommes m&#233;canis&#233;s, qui pensent en slogans et parlent par balles &#187;, de nouveau en train de se mobiliser pour la deuxi&#232;me d&#233;b&#226;cle. (Orwell 1979, 33 &amp; 160 ; 2024, 44 &amp; 188). Le monde de Binfield-le-Bas &#171; a-t-il disparu &#224; jamais ? &#187;, se demande-t-il. Il n'en est pas s&#251;r. Mais sa survie serait souhaitable car &#171; il y faisait bon vivre &#187; (Orwell 1979, 34 ; 2024, 45). Bowling fait une fugue. Il s'&#233;chappe de son &#233;touffante vie de famille et d'un monde auquel il n'appartient pas et part &#224; la recherche des lieux de son enfance. H&#233;las, pour divulg&#226;cher la fin, il est bien d&#233;&#231;u. Sa conclusion est que les lieux d'enfance n'existent pas. &#171; Refaire surface, respirer un air d'enfance. Mais il n'y a plus d'air. Le d&#233;p&#244;t d'ordures o&#249; nous voici gagne jusqu'&#224; la stratosph&#232;re &#187; (Orwell 1979, 216 ; 2024, 252).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Image &#187; 2.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; (Nagel 1984), le dictateur Enver Hoxha raconte ceci :&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant les &#233;v&#233;nements qui amen&#232;rent la scission [c-&#224;-d la rupture avec l'URSS en 1961], nous re&#231;&#251;mes en visite les camarades Marcel Cachin et Gaston Monmousseau, deux &#233;minents v&#233;t&#233;rans du communisme. Tout notre Parti et notre peuple les accueillirent avec joie et affection. J'eus avec eux des entretiens tr&#232;s francs et cordiaux ; ils visit&#232;rent notre pays, m'en parl&#232;rent avec beaucoup de sympathie et &#233;crivirent dans &#171; l'Humanit&#233; &#187; une foule de bonnes choses au sujet de notre Parti et de notre peuple. Monmousseau publia d'ailleurs un livre tr&#232;s attachant sur notre pays [c'est le livre &lt;i&gt;Le p&#232;re Tomori ou l'Albanie selon Jean B&#233;cot&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1957, qu'il mentionne]. Autour du feu, il me parla de sa visite &#224; Kor&#231;e et de sa participation aux vendanges avec les coop&#233;rateurs de la r&#233;gion. Au cours de la conversation, je demandai &#224; l'auteur de &#171; Jean B&#233;cot &#187;, qui &#233;tait originaire de Champagne :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Camarade Monmousseau, que pensez-vous de notre vin ? &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il me r&#233;pondit sur un ton &lt;i&gt;pince-sans-rire&lt;/i&gt; : &#171; C'est du vinaigre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je partis d'un grand rire et lui dis :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Vous avez raison mais donnez-nous quelques conseils &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et Monmousseau me parla de vins pendant toute une heure, ce qui me fut d'un grand profit. J'&#233;coutai avec admiration ce vieillard aux pommettes rougeoyantes et aux yeux p&#233;tillants comme le vin de son pays natal (Hoxha 1984, 426-7).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Le p&#232;re Tomori de Monmousseau (1957, 74 &amp; 76) pour la m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gaston Monmousseau (1883-1960) &#233;tait issu d'une famille de petits paysans en Indre-et Loire (et non de Champagne). Il &#233;tait devenu cheminot, anarcho-syndicaliste, mais rejoignit ensuite le PCF et fut &#233;lu d&#233;put&#233; de Noisy-le Sec en 1926 ; apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, il devint secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT et dirigeant au PC. Dans &lt;i&gt;Le Maitron : Dictionnaire biographique : mouvement ouvrier, mouvement social&lt;/i&gt; (2008/2024), Georges Rebeill &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses &lt;i&gt;Souvenirs de militant&lt;/i&gt; publi&#233;s en 1956, Gaston Monmousseau &#233;voqua les difficult&#233;s de sa conversion intellectuelle qui le fit passer d'un camp &#224; l'autre : &#171; L'adh&#233;sion au Parti communiste ne transforme pas l'homme en vingt-quatre heures. Il faut beaucoup de temps pour se d&#233;barrasser des vieilles id&#233;ologies, pour transformer sa mani&#232;re de penser et d'agir. Au parti, au comit&#233; central, au Bureau politique, j'avais la passion de devenir un vrai communiste... Le combat des id&#233;es entre le parti qui se formait et moi a &#233;t&#233; une lutte continuelle. Je d&#233;fendais mes id&#233;es ; j'&#233;tais battu &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;rement. Je ne m'en porte que mieux. Au feu de la critique et de l'autocritique, par la v&#233;rification de la th&#233;orie dans la pratique, je me suis d&#233;velopp&#233; autant que j'ai pu, autant qu'on le pouvait dans la g&#233;n&#233;ration que je repr&#233;sente. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Rebeill commente ainsi : &lt;br class='autobr' /&gt;
Conversion &#224; contre-c&#339;ur, peut-&#234;tre plus subie que choisie, douloureuse en tout cas. Devenu la cible privil&#233;gi&#233;e de ses anciens camarades anarchistes, Monmousseau &#233;voquait &#171; un combat tr&#232;s dur, le plus dur de tous. Je m'en allais pour d&#233;jeuner de la Grange-aux-Belles &#224; l'impasse Chausson ; ils &#233;taient l&#224; en rang comme des soldats. Ils m'attendaient. Et quand je passais, lan&#231;aient le mot d'ordre : &#171; Garde &#224; vous, v'l&#224; le g&#233;n&#233;ral ! &#187;, puis ils m'insultaient et me crachaient &#224; la figure. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_909 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d5.jpg' width='414' height='554' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 5 : Impasse Chausson o&#249; les anarcho-syndicalistes crachaient &#224; la figure de Monmousseau en criant &#171; Garde &#224; vous, v'l&#224; le g&#233;n&#233;ral ! &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Le p&#232;re Tomori ou l'Albanie selon Jean Br&#233;cot&lt;/i&gt;, si appr&#233;ci&#233; par Hoxha, Monmousseau fait l'&#233;loge de ce qu'il comprend comme le remplacement d'un pouvoir f&#233;odal par un pouvoir populaire (Monmousseau 1957, iv)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Monmousseau &#233;crit avec une insolence &#233;nergique. Anticipant le reproche de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il consid&#232;re que l'avenir s'annonce bien pour le peuple. Avec ses plaines, l'Albanie est :&lt;br class='autobr' /&gt;
un v&#233;ritable grenier d'abondance, ses montagnes rec&#232;lent des richesses incalculables, [et plus tard il ajoute que son sous-sol est riche en p&#233;trole, en cuivre, en lignite, en chrome, en bitumen, en minerai de fer, &#8230; en sel, en gypse, etc (155)], tout un petit peuple est &#224; pied d'&#339;uvre pour en faire l'un des plus prosp&#232;res et des plus beaux de cette partie du monde (Monmousseau 1957, 120).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A propos du p&#233;trole, voir Hoxha (1984, 500) et aussi Monmousseau (1957, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et s'adressant &#224; ses lecteurs fran&#231;ais, il s'exclame : &#171; Voyez, ils prennent de l'avance sur nous : ils ont chass&#233; leur vermine &#187; (Monmousseau 1957, 121). Pour Monmousseau, l'Albanie r&#233;v&#232;le les d&#233;faillances du monde capitaliste :&lt;br class='autobr' /&gt;
La paup&#233;risation des masses travailleuses, face &#224; l'enrichissement constant d'une classe privil&#233;gi&#233;e, est un fait et ce fait est celui du r&#233;gime capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'av&#232;nement de la R&#233;publique Populaire albanaise a liquid&#233; le parasitisme (Monmousseau 1957, 141).&lt;br class='autobr' /&gt;
Son voyage en Albanie l'inspire pour raconter les pratiques de sa r&#233;gion natale, une culture dont il &#233;tait fier, certainement &#224; d&#233;fendre contre le moule capitaliste qui risque de l'homog&#233;n&#233;iser : &lt;br class='autobr' /&gt;
Juch&#233; sur un promontoire en avancement sur les eaux du lac, les cheveux au vent et la pipe au bec, je causais de nos fritures des bords du Cher et de la Loire, j'en causais depuis un moment lorsque les p&#234;cheurs nous pr&#233;sent&#232;rent la leur : des truites sur un plat de papier journal, grill&#233;es au feu de brindilles - comme voil&#224; plusieurs si&#232;cles et comme cela se fait toujours dans le village coll&#233; non loin du lac, au flanc du montagne&#8230;Si vous &#234;tes moul&#233;s par 150 ann&#233;es de civilisation bourgeoise, d&#233;moulez-vous pour aller d&#233;jeuner au bord du lac Presba, quant &#224; moi Jean Br&#233;cot, je sais me transporter plus d'un si&#232;cle en arri&#232;re pour voir ce qu'il faut voir (Monmousseau 1957, 73).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Monmousseau, le voyage en Albanie fait voir des choses essentielles de la vie que l'&#339;il blas&#233; de l'Ouest ne voit plus, trop habitu&#233; comme il est &#171; au progr&#232;s qui, d&#232;s que r&#233;alis&#233; &#224; une vaste &#233;chelle, en appelle un nouveau &#187; (Monmousseau 1957, ii)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans son livre, qui m&#233;rite bien d'&#234;tre lu, Monmousseau d&#233;masque le mythe du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans les ann&#233;es 50 en Albanie, &#171; un poteau de sapin qui porte la lumi&#232;re&#8230;c'est bien quelque chose, quelque chose comme une r&#233;volution dans la vie d'un foyer &#187; (Monmousseau op cit) . L'&#339;il blas&#233; ne voit &#171; qu'un poteau qui n'a d'autre originalit&#233; que de faire s'arr&#234;ter les chiens, lesquels ne manquent jamais d'y lever les pattes &#187; (Monmousseau op cit).&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Monmousseau, le peuple albanais a un avenir glorieux devant lui : le &#171; grand essor de l'&#233;conomie nationale et du bien-&#234;tre &#187; qui s'annonce gr&#226;ce &#224; l'entraide entre &#233;tats socialistes, chose impossible dans un syst&#232;me capitaliste :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne peut y avoir entre Etats capitalistes d'entraide qui soit d&#233;sint&#233;ress&#233;e et ayant pour but de favoriser le d&#233;veloppement de la prosp&#233;rit&#233; nationale du plus faible et de le placer ainsi en position de concurrent (Monmousseau 1957, 128).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ses M&#233;moires Hoxha montre bien comment &#171; l'entraide &#187; entre pays (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quatre ans apr&#232;s la publication de son livre, les relations entre l'Albanie et l'URSS furent rompues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8220;Image&#8221; 3.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La une de &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; le 14 mars 1997 : &#8220;Albanie, suicide d'une nation. SOS &#224; la communaut&#233; internationale&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On y lisait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toutes les grandes villes du &#8220;pays des aigles&#8221; sont aujourd'hui en proie au chaos jusqu'&#224; la capitale Tirana, o&#249; la rue appartient aux bandes arm&#233;es apr&#232;s le pillage des entrep&#244;ts et des armureries. Dans un &#233;tat o&#249; personne ne contr&#244;le la situation, le pr&#233;sident Berisha, dont les rebelles du Sud demandent la d&#233;mission, et le nouveau gouvernement de &#8220;r&#233;conciliation nationale&#8221; ont lanc&#233; hier un appel conjoint &#224; une intervention militaire europ&#233;enne. Sans succ&#232;s pour l'instant &#187;. Et dans son &#233;ditorial, Jacques Amalric parle &#8220;des aigles fous&#8221; ; &#8220;l'Albanie explose&#8221; ; &#8220;l'anarchie la plus totale&#8221; r&#232;gne sur le pays. Tout en reconnaissant que &#8220;l'escroquerie des pyramides financi&#232;res&#8221; a contribu&#233; &#224; la situation, Amalric juge que &#171; cette &lt;i&gt;furia&lt;/i&gt; n'a rien de politique, elle a en revanche quelque chose de suicidaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une autre interpr&#233;tation de ces &#233;v&#233;nements, plus nuanc&#233;e, moins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il pr&#233;sente le dilemme europ&#233;en face &#224; ce peuple de fous : soit l'Europe lui souhaite une bonne gu&#233;rison en esp&#233;rant qu'il s'apaisera de lui-m&#234;me, soit elle :&lt;br class='autobr' /&gt;
...ose imaginer une solution originale &#224; un probl&#232;me qui se pose pour la premi&#232;re fois sur le continent et qui menace sa s&#233;curit&#233;, une solution qui allierait les id&#233;es d'assistance &#224; peuple en danger, de retour &#224; un ordre civil et de mise provisoire sous tutelle (Amalric 1997).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sacr&#233; peuple albanais, qui se met en danger (et nous autres aussi), &#224; mettre sous tutelle ! On retrouve ici une vision r&#233;pandue des Balkans, tr&#232;s symptomatique de l'id&#233;ologie de l'ouest. Elle est bien saisie par Renata Salecl dans son analyse du film de Milcho Manchevski &#8220;Before the Rain&#8221; &lt;i&gt;Pred do&#382;dot&lt;/i&gt; (1994)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salecl in Copjec (1996, 158-161).&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Salecl identifie les forces de s&#233;duction du r&#233;cit de ce film pour les spectateurs &#233;duqu&#233;s de l'Ouest : la violence qui surgit entre les communaut&#233;s mac&#233;doniennes et albanaises y est pr&#233;sent&#233;e comme de l'irrationalisme pur, le r&#233;sultat d'un instinct qui explose soudainement avec une force terrible ; la violence est virale, intemporelle, irr&#233;sistible, incompr&#233;hensible. Le message qui s'ensuit ? : on ne peut pas comprendre les gens de l&#224;-bas ; il y a quelque chose chez eux, en lien avec leurs passions primordiales et leur haine primitive, qui nous &#233;chappe&#8230;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pr&#233;d&#233;termination id&#233;ologique de plusieurs peuples dans un cercle vicieux &#233;ternel est une sorte d'identifiant qui peut bien aller de pair avec le &#8216;packaging' analys&#233; au d&#233;but de cette intervention. Le &#171; vous aimez cette image ? &#187; (Dherm&#235; plage) encourage le consommateur oisif &#224; y aller pour continuer le boulot ; pas besoin de s'informer avant par respect pour les cultures sur place, ou parce qu'on est curieux des diff&#233;rences ; on ne se donne pas la peine de capter les &#171; images &#187; multiples qui &#8216;colorient' l'endroit, d'&#233;couter les voix du pass&#233; qui exprimaient leurs int&#233;r&#234;ts divers et parfois disput&#233;s ; on ne r&#233;fl&#233;chit pas autour des situations extr&#234;mement vari&#233;es qui font et d&#233;font et refont un peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De nouveau, je fais ici &#233;cho &#224; l'appel aux contributions pour L'universit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui compte : la plage. &#199;a suffit.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_910 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/d6.jpg' width='352' height='530' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Image 6 : En gros, bienvenue &#224; la plage (peut-&#234;tre en Albanie, ou ailleurs, peu importe) !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Main points summarised in English.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
The article starts with an anecdote : Every time I open my computer, Microsoft Windows asks me &#171; Do you like this image ? &#187; One day, back in 2020, the image proposed to me was Dhermi, (reduced to a beach). I reflect on how Dhermi was when I first went there, back in 1991, i.e ; pre-tourist days.&lt;br class='autobr' /&gt;
The point I want to make is that the place has been commodified by consumer capitalism ; frozen into a fixed and dehistoricised image of &#171; beach-life &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
As a way of resisting this homogenisation of Dhermi, and by extension Albania itself, I then offer a difference way of appreciating and understanding &#171; images &#187;, the one proposed by Humphrey Jennings (1907-1950 British surrealist painter, poet, film-maker, essayist). Jennings had a project that bears an uncanny resemblance to Benjamin's contemporaneous &lt;i&gt;Arcades Project.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Jennings introduces his project &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt; as follows :&lt;br class='autobr' /&gt;
These are quotations from writings of the period in question, passages describing certain moments, events, clashes, ideas occurring between 1660 and 1886 which either in the writing or in the nature of the matter itself or both have a revolutionary and symbolic and illuminatory quality. I mean that they contain in little a whole world- they are the knots in a great net of tangled time and space- the moments at which the situation of humanity is clear- even if only for the flash time of the photographer or the lightning. And just as the usual history does not consist of isolated images, but each is in a particular place in an unrolling film (Jennings 2012, xiii).&lt;br class='autobr' /&gt;
The citations are called &#8220;images&#8221; by Jennings, a term which- to cite Charles Madge - refers to something which is &#8220;not only verbal, or visual or emotional, although it is all these&#8221; whose &#8220;magic potency&#8221; emanates from &#8220;the combination of many effects, each utterly insensible alone, into one sum of fine effect&#8221; (he cites the physicist Michael Faraday 1850) (dans M-J Jennings &#233;d. 1982, 47). For Jennings, what these &#8220;images&#8221; have in common is their political and social heterogeneity : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;they are all moments in the history of the Industrial Revolution at which clashes and conflicts suddenly show themselves with extra clearness, and which through that clearness can stand as symbols for the whole inexpressible uncapturable process. They are what later poets have called Illuminations, &#8220;Moments of Vision&#8221;&#8230; (Jennings 2012, xiv).&lt;br class='autobr' /&gt;
Like Benjamin, Jennings wants to break with the mythical notions of history as either linear progress or as unmitigated catastrophe (both these notions of history and its making are deterministic as they enchain human agents into disempowering cause-and-effect explanations of the world). Instead his approach to historical time and change is far more speculative and contingent. He wants to enquire into &#8220;&lt;i&gt;what may have been the place of imagination&lt;/i&gt; in the making of the modern world&#8221; (Jennings 2012, xvii). &lt;br class='autobr' /&gt;
Loosely adopting Jennings's &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt; as my methodology, I then try to capture three &#8220;images&#8221; relating to Albania. &lt;br class='autobr' /&gt;
The first one is taken from George Orwell's novel &lt;i&gt;Coming Up for Air&lt;/i&gt; (1939) where Albania's King Zog makes a bizarre appearance on several occasions. Orwell's anti-hero, George Bowling is out of place in the modern world. For him the &#8220;progress&#8221; is modernity is a form of fascism. Zog plays the same part as Proust's madeleine ; his name evokes a bundle of childhood sensations and memories that not only conjure up a past that was different from the onslaught of the fully mobilized capitalist world, but also initially holds out the promise of a remnant of the past that still remains intact, that is not yet completely commercialised and ruined. Alas this turns out not to be the case&#8230; It is intriguing to see King Zog's marriage recurring as a refrain in the novel due to the newspaper headlines of the time. Orwell gives us a good analysis of the modern world of information (also examined by Benjamin) and how it impacts on experience.&lt;br class='autobr' /&gt;
My second &#8220;image&#8221; starts off with Enver Hoxhas's &lt;i&gt;Memoires&lt;/i&gt;. Hoxha mentions the visit of Gaston Monmousseau (Secretary General of the T.U CGT and member of French Communist Party) in 1957. Monmousseau own account of his visit is called &lt;i&gt;Father Tomori&lt;/i&gt;. The &#8220;constellation&#8221; between these two texts gives us an inkling of how Albania figured for French communists, how Hoxha positioned himself as regards the Ostbloc, as well as how he as an Albanian was perceived by the Kremlin. In this &#8220;image&#8221; Albania is represented not only a &#8220;utopian&#8221; destination but also as country struggling to constitute itself, facing many forms of adversity. We can nevertheless get a creeping sense of the repressive nature of the regime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The third &#171; image &#187; derives from the 1997 uprising and evokes the newspaper coverage (in the newspaper &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;) of the event. The nation is presented as committing suicide (a notion that for me is associated with analyses of the Nazi state as in Lacoue-Labarthe and J-L Nancy's &#171; The Nazi Myth &#187; (1991). Here we encounter the stereotypical trope of &#171; the Balkans &#187; as a territory full of maniacs, whose very DNA is programmed for eternally cyclical acts of irrational violence. My conclusion is that this &#171; image &#187;, far from deterring mass tourism, instead paves the way for it. The commodification of a place relies on it being fixed as an image. In turn this impoverished form of image fosters consumers' lack of curiosity for historical complexity and lack of respect for the multiple, contradictory facets of people's past, present and future lives. As such the quest- to refer back to Jennings's own project- to detect &#171; &lt;i&gt;what what may have been the place of imagination&lt;/i&gt; in the making of modern [Albania] is precluded right from the start.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Bibliographie :&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Abrahams, F. C. (2015) &lt;i&gt;Modern Albania : From Dictatorship to Democracy in Europe&lt;/i&gt; N.Y. : New York University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amalric, J. (1997) &#8220;Albanie, suicide d'une nation. SOS &#224; la communaut&#233; internationale &#187; dans Lib&#233;ration LE 14/03/1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1983) &#171; Paris, capitale du XIXe si&#232;cle &#187; dans &lt;i&gt;Essais 2 (1935-1940)&lt;/i&gt; trad. M. De Gandillac Paris, Deno&#235;l/ Gonthier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1988) &lt;i&gt;Angelus Novus : Ausgew&#228;hlte Schriften&lt;/i&gt; t. ii, Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1991) &#171; Sur le concept d'histoire &#187; in &lt;i&gt;&#201;crits fran&#231;ais&lt;/i&gt; Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (2022) &#171; Petite histoire de la photographie &#187;, &#171; Le Conteur &#187; et &#171; Le surr&#233;alisme. Le dernier instantan&#233; de l'intelligentsia europ&#233;enne &#187; dans &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt; trad. C. C.Skalli et al, Paris : Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bloch, E. (1976) &lt;i&gt;Le Principe Esp&#233;rance&lt;/i&gt; t.1-3 trad. F. Wuilmart, Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Byron, G.G. (1970) &lt;i&gt;Poetical Works&lt;/i&gt; &#233;d. F. Page, Oxford : O.U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cohen, M. (1995) &lt;i&gt;Profane Illumination : Walter Benjamin and the Paris of Surrealist Revolution&lt;/i&gt; Berkeley : University of California Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combe, S. &amp; Ditchev, I. &#233;d. (1998) &lt;i&gt;Albanie Utopie : Huit Clos dans les Balkans&lt;/i&gt; Paris : &#201;ditions Autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dubuffet, J. (1986) &lt;i&gt;Asphyxiante culture&lt;/i&gt; Paris : Les &#233;ditions du minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durand-Monti, J. (1990) &lt;i&gt;Albanie&lt;/i&gt;, Paris : Guide Arthaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferraris, M &lt;i&gt;Mobilisation totale&lt;/i&gt; tradl M. Orcel, Paris : Puf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fressoz, J-B, Jarrige, F. Le Roux, T. Marache, C. Vincent, J. (2025) &lt;i&gt;La nature en revolution : Une historie environnementale de la France, 1780-1870&lt;/i&gt; (t. I), Paris : La decouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gloyer, G. (2018) &lt;i&gt;Albania&lt;/i&gt;, Bucks. U.K. : Bradt Guides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoxha, E. &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; (1984) Gen&#232;ve, Les Presse de Nagel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jackson, K. ed. (1993) &lt;i&gt;The Humphrey Jennings Reader&lt;/i&gt; Manchester : Carcanet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jennings, H. (2012) &lt;i&gt;Pandaemonium 1660-1886 : The Coming of the Machine As Seen By Contemporary Observers&lt;/i&gt; ed. M-L Jennings and C. Madge, intro. F. Cottrell Boyce, London : Icon Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jennings, M-L ed. (1982) &lt;i&gt;Humphrey Jennings ; Film-Maker, Painter, Poet&lt;/i&gt; London : B.F.I.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K. (1976) &lt;i&gt;Le capital&lt;/i&gt; t. I, trad. J. Roy, Paris : &#201;ditions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monmousseau, G. (1957) &lt;i&gt;Le p&#232;re Tomori ou l'Albanie selon Jean Br&#233;cot&lt;/i&gt; Paris : Les &#233;diteurs fran&#231;ais r&#233;unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;More, T. &lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt; (2020) &#233;d. De G. Navaud, trad. J. Le Blond, Paris : Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orwell, G (1979) &lt;i&gt;Coming Up for Air&lt;/i&gt; Harmondsworth :Penguin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Orwell, G. (2024) &lt;i&gt;Un peu d'air frais&lt;/i&gt; trad. R. Pr&#234;tre, Paris : Les Belles Lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ourednik, P. (2019) &lt;i&gt;Une br&#232;ve histoire de XXe si&#232;cle&lt;/i&gt; Paris, Allia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebeill, G.(2008/2024) &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://maitron.fr/monmousseau-gaston-leon-rene-pseudonyme-brecot-jean/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://maitron.fr/monmousseau-gaston-leon-rene-pseudonyme-brecot-jean/&lt;/a&gt;, notice MONMOUSSEAU Gaston, L&#233;on, Ren&#233;. Pseudonyme : BR&#201;COT Jean par Georges Ribeill&lt;/i&gt;, version mise en ligne le 30 juin 2008, derni&#232;re modification le 7 octobre 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robins, K. &amp; Webster, F. (1987) &#8220;Science, Poetry and Utopia : Humphrey Jennings' &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt;&#8221; dans &lt;i&gt;Science as Culture&lt;/i&gt; London : Free Association Books.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salecl, R. (1996) &#171; See No Evil, Speak No Evil : Hate Speech and Human Rights &#187; dans J. Copjec &#233;d. &lt;i&gt;Radical Evil&lt;/i&gt; London : Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Diane Morgan&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies,&lt;br class='autobr' /&gt;
University of Leeds, R.U&lt;br class='autobr' /&gt;
findlm@leeds.ac.uk&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici, je m'inspire du livre de Patrik Ourednik &lt;i&gt;Europeana : Une br&#232;ve histoire du XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. Ce livre nous incite &#224; nous questionner sur notre fa&#231;on de repr&#233;senter, comprendre et vivre les &#233;v&#233;nements historiques. Sa fa&#231;on un peu d&#233;sinvolte de raconter le pass&#233; appara&#238;t dans l'extrait suivant : &#171; Au vingti&#232;me si&#232;cle, l'homme s'est d&#233;tourn&#233; de la religion traditionnelle parce que descendant du singe, il pouvait dor&#233;navant voyager en train et t&#233;l&#233;phoner &#224; distance et s'immerger en sous-marin et s'&#233;clairer &#224; l'&#233;lectricit&#233;, et les gens allaient de moins en moins &#224; la messe et au culte et certains disaient que Dieu n'existe pas et que l'Eglise maintient le peuple dans l'ignorance et les t&#233;n&#232;bres et qu'il fallait &#234;tre positiviste. Le positivisme &#233;tait une doctrine... &#187; (Ourednik 2019,14). C'est comme si ce r&#233;cit historique a &#233;t&#233; &#233;crit par quelqu'un de na&#239;f (ou par l'IA !...), mais l'effet peut aussi ressembler &#224; celui que vise l'historien mat&#233;rialiste selon Benjamin, &#171; tenu de brosser &#224; contresens le poil trop luisant de l'histoire &#187; (Benjamin 1991, 438). L'approche peut aussi nous faire penser &#224; &lt;i&gt;Trains &#233;troitement surveill&#233;s&lt;/i&gt; de Bohumil Hrabal (1964, adapt&#233; en film par Menzel 1966). Tout comme Hrabal, Ourednik ne raconte pas l'histoire officielle des vainqueurs, vue d'en haut, mais l'histoire re&#231;ue d'en-bas par ceux qui la subissent, et qui aussi fa&#231;onnent leurs vies &#224; leur propre mani&#232;re en faisant avec.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec ce geste, je r&#233;ponds &#224; l'appel aux contributions pour l'universit&#233; de printemps d'&lt;i&gt;Ici-et-ailleurs&lt;/i&gt; en Albanie (21-26.04.25) qui avait comme th&#232;me : &#171; Fronti&#232;res des identit&#233;s infractions aux identit&#233;s &#187;. L'Albanie a &#233;t&#233; present&#233;e comme &#171; ... un topos pl&#233;b&#233;ien de cohabitation et de croisement, du diff&#233;rent et des pluralit&#233;s, de p&#233;riph&#233;ries peupl&#233;es de fuites et d'ill&#233;galit&#233;s, d'autonomie et de r&#233;sistance face aux puissances imp&#233;riales... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Mellor d&#233;crit le projet de Mass Observation de la fa&#231;on suivante : &#171; En coordonnant les r&#233;sultats des questionnaires sur les r&#234;ves rem&#233;mor&#233;s, les habitudes, les pr&#233;judices, les v&#339;ux et les songes, les organisateurs de l'Observation des Masses ont esp&#233;r&#233; - clairement suivant un mod&#232;le freudien - examiner un discours collectif et analyser et diagnostiquer une soci&#233;t&#233; dont les voies de communication semblaient pathologiquement bloqu&#233;es &#187; [&#8220;By coordinating the results of questionnaires about recollected dreams, habits, prejudices, wishes and daydreams, the leaders of Mass Observation hoped - clearly on a Freudian model - to examine a collective discourse and to analyse and diagnose a society whose channels of communication seemed pathologically blocked&#8221;] (Mellor dans M-L Jennings ed. 1982 68).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt;, au lieu d'une voix dominante qui pr&#233;tend nous donner un compte rendu exhaustif de la r&#233;volution industrielle, nous sont pr&#233;sent&#233;s, avec des bribes d'expressions, des points de vue h&#233;t&#233;rog&#232;nes et parfois contradictoires. Mellor (&lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; in M-L Jennings 1982, 71) d&#233;finit &lt;i&gt;Pandaemonium&lt;/i&gt; comme &#171; un palimpseste de voix aux couches multiples &#187; [&#8220;a many-layered palimpsest of voices&#8221;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La coloration de l'histoire est une pr&#233;occupation majeure de Jennings. Je recommande son beau po&#232;me &#8220;Pendant que je regarde&#8221; [As I look] : &#171; Pendant que je regarde le paysage de toits enfum&#233; &#224; travers la fen&#234;tre.../ Pendant que je regarde la brume et laisse ma vision plonger.../ Je per&#231;ois dans le tableau gris toutes les couleurs qui &#233;taient une fois l&#224;... &#187; [&#8220;As I look out of the window on the roofscape of smoke&#8230;/ As I look into the mist and let my vision dive&#8230;/ I perceive in the grey picture all the colours that were once there&#8230;&#8221;. Jennings continue en &#171; colorant &#187; l'attristant paysage industriel, d'apparence si anonyme et inhumain, avec les id&#233;es, les passions, les espoirs et les regrets des ouvriers qui l'ont construit et l'ont fait fonctionn&#233; ; il creuse derri&#232;re la fa&#231;ade grise pour lib&#233;rer &#171; les voeux non-exprim&#233;s, les mots non-dits &#187; des individus humains qui l'ont v&#233;cu et en conclut que : &#171; Chaque couleur singuli&#232;re y est encore rien n'est perdu &#187; [&#171; Every single colour is still there nothing lost &#187;] (Jackson &#233;d. 1993, 300).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;sonance avec les id&#233;es de Benjamin est frappante. Pour &#171; l'illumination profane, une inspiration mat&#233;rialiste, anthropologique &#187;, voir Benjamin &#171; Le surr&#233;alisme &#187; (Payot 2022, 206, aussi 207, 224) et Cohen (1995). Pour plus sur &#171; l'illumination &#187; chez Jennings, voir par ex. Mellor dans M-L Jennings &#233;d. (1982, 67).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Fressoz et al (2025, 144) pour une r&#233;f&#233;rence &#224; Ure : &#171; Dans les &#233;crits du chimiste anglais Andrew Ure, rapidement traduits en France au d&#233;but des ann&#233;es 1830, les m&#233;tiers m&#233;caniques mus par la vapeur sont con&#231;us comme des quasi-personnes, des &#171; hommes d'acier &#187; dot&#233;s d'un &#233;lan vital &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les &#171; images de souhait &#187;, voir E. Bloch (1974, 63-64) : ces images annoncent que &#171; c'est ainsi que cela devrait &#234;tre &#187; ; certes &#171; les souhaits ne font rien, [... mais] ils d&#233;peignent une image de ce qui devrait &#234;tre fait et la conservent fid&#232;lement &#187; cit&#233; par Abensour (1999, 89). Voir aussi &#171; Paris capitale du XIX si&#232;cle &#187; (version 1935) : &#171; les images de souhait &#187; sont le signe que &#171; le collectif cherche tout ensemble &#224; supprimer et &#224; transfigurer l'inach&#232;vement du produit social aussi bien que l'absence d'un ordre social dans la production &#187; (Benjamin 1983, 39).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A noter que les images de Jennings, quoiqu'elles ne soient souvent pas visuelles, cependant donnent &#224; voir et sont &#171; color&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'essai de Ernst J&#252;nger &#171; La mobilisation totale &#187; (1931) reste pertinente sur ce sujet. Voir aussi Ferraris (2015) pour une analyse des nouvelles formes de mobilisation instaur&#233;es par les ARMI (Appareils de &lt;i&gt;r&#233;gistration&lt;/i&gt; et de mobilisation d'intentionnalit&#233;), tels que le t&#233;l&#233;phone portable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai en t&#234;te les remarques de Dubuffet, &#224; propos de &#171; l'asphyxiante culture &#187; : &#171; L'endoctrinement est maintenant &#224; un tel degr&#233; qu'il est extr&#234;mement rare de rencontrer une personne avouant qu'elle porte peu de consid&#233;ration &#224; une trag&#233;die de Racine ou &#224; un tableau de Rapha&#235;l &#187; (Dubuffet, 1986, 7).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La l&#233;g&#232;ret&#233; affich&#233;e par Bowling s'agissant de la guerre civile en Espagne est bien s&#251;r ironique de la part d'Orwell. Il est en effet parti en Espagne d&#232;s le 23 d&#233;cembre 1936 pour combattre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Orwell &#233;voque bien et avec humour le monde de l'information, qui peut &#234;tre si d&#233;routant avec ses faits si divers, que Benjamin a aussi d&#233;crit par ex. dans &#8220;Le conteur&#8221;. Pour Benjamin, le journalisme va de pair avec un appauvrissement de l'exp&#233;rience : &#171; l'exp&#233;rience a subi une chute de valeur &#187; (Benjamin 2022, 12). &#171; Chaque matin, on nous informe des derniers &#233;v&#233;nements survenus &#224; la surface du globe. Et pourtant nous sommes pauvres en histoires remarquables. Cela tient &#224; ce qu'aucun fait ne nous parvient plus qu'il n'ait &#233;t&#233; truff&#233; d'explications. En d'autres termes : bient&#244;t, plus rien de ce qui se produira ne servira le r&#233;cit, bient&#244;t, tout sera au profit de l'information&#8230; &#187; (ibid 22).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Le p&#232;re Tomori&lt;/i&gt; de Monmousseau (1957, 74 &amp; 76) pour la m&#234;me anecdote, mais sans que Hoxha soit mentionn&#233;. Hoxha et Monmousseau partageaient la m&#234;me admiration pour Staline. Rebeill nous informe que dans &lt;i&gt;La Musette de J. Brecot&lt;/i&gt; (1950, 60), Monmousseau &#233;crivait : &#171; le plus humain parmi les humains des hommes, Staline &#187; Et voir Hoxha (1984, 317-318), o&#249; Hoxha exprime ouvertement sa d&#233;testation de Krouchtchev, il &#233;tait &#171; gras comme un porc &#187; et il a &#171; mis une croix sur Staline &#187; (Hoxha 1984, 407, 412).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Monmousseau &#233;crit avec une insolence &#233;nergique. Anticipant le reproche de manque d'objectivit&#233; dans &lt;i&gt;Le p&#232;re Tomori&lt;/i&gt; - c'&#233;tait en effet la critique port&#233;e contre son livre sur la Chine mao&#239;ste, &lt;i&gt;La Chine selon Jean Br&#233;cot&lt;/i&gt; (1956) - il &#233;crit : &#171; Mais comme on ne peut contenter tout le monde et son p&#232;re, c'est pour vous, lecteurs et lectrices qui r&#234;vez de meilleurs lendemains, vieillards qui m'&#233;coutez, enfants qui souriez, c'est pour vous d'abord que j'ai tent&#233; de traduire ce que j'ai vu et senti en appelant un chat un chat et les anciens ma&#238;tres des salauds &#187; (Monmousseau 1957, iv).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A propos du p&#233;trole, voir Hoxha (1984, 500) et aussi Monmousseau (1957, 155). Khrouchtchev voulait que l'Albanie devienne &#171; un jardin fleuri &#187; ; il a conseill&#233; Hoxha d'oublier le p&#233;trole, comme une cause perdue. Le principal des experts p&#233;troliers sovi&#233;tiques, &#171; sans aucun doute bien &#8216;pr&#233;par&#233;' par l'ambassade sovi&#233;tique &#224; Tirana &#187;, ajoute Hoxha, lui a fait, &#171; sous les yeux &#187; des Albanais, &#171; un compte rendu extr&#234;mement pessimiste de la question, affirmant qu'il n'y avait pas de p&#233;trole en Albanie &#187;. Au lieu de rechercher du p&#233;trole, il conseillait aux Albanais de planter des orangers, des citronniers et du laurier. Par ailleurs Khrouchtchev montrait son total d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les travaux arch&#233;ologiques des Albanais. En visitant le parc national de Butrint - inscrit sur la Liste du patrimoine national des monuments prot&#233;g&#233;s depuis 1948 - il a dit : Pourquoi d&#233;pensez-vous vos forces et vos fonds &#224; de pareilles choses mortes ! Laissez-les Hell&#232;nes et les Romains tranquilles dans leur antiquit&#233; ! &#187;. Pour Hoxha, cette remarque est celle d&#171; un parfait ignorant &#187; qui ne s'int&#233;resse ni &#224; l'histoire, ni aux choses culturelles, mais uniquement &#224; la &#171; rentabilit&#233; &#187; (Hoxha 1984, 500-502).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans son livre, qui m&#233;rite bien d'&#234;tre lu, Monmousseau d&#233;masque le mythe du &#171; progr&#232;s &#187; capitaliste. Ce progr&#232;s ne s'adresse pas &#224; tout le monde : &#171; La paup&#233;risation des masses travailleuses face &#224; l'enrichissement constant d'une classe privil&#233;gi&#233;e est un fait et ce fait est celui du r&#233;gime capitaliste (Monmousseau 1957, 141). &lt;i&gt;Le p&#232;re Tomori&lt;/i&gt; - le titre fait r&#233;f&#233;rence &#224; la montagne &#171; dont la t&#234;te &#233;mergeait &#224; l'horizon comme symbole du socialisme &#187; (Monmousseau 1957, 65) - devrait &#234;tre pris autant comme une critique du capitalisme, que comme un &#233;loge de l'Albanie sous le r&#233;gime d'Hoxha. On pourrait m&#234;me dire que l'Albanie figure comme une &#171; utopie &#187;, c-&#224;-d - suivant la d&#233;finition donn&#233;e par Thomas More qui inventa le n&#233;ologisme en 1516 &#8211; comme un endroit qui est situ&#233; nulle part ( o&#8016;-&#964;&#972;&#960;&#959;&#962; ) mais qui reste quand m&#234;me une destination bonne et d&#233;sirable (eu- &#964;&#972;&#960;&#959;&#962; ), qui donne &#224; penser et &#224; esp&#233;rer (More 2020, 269). Ce serait un endroit o&#249; les minorit&#233;s nationales, dont les nomades, sont respect&#233;es, o&#249; l'on appr&#233;cie vivement et fraternellement la diversit&#233; culturelle (Monsousseau 1957, 106 &amp; 112 &amp; 124). C'est aussi un lieu &#171; qui sent la vie, la nature et la belle humeur pour nous qui ne sommes pas des princes et cassons la cro&#251;te comme tout le monde, assis sur un tabouret &#187; (Monmousseau 1957, 25-6). Monmousseau a bien v&#233;cu des aspects &#171; utopiques &#187; en Albanie dans les ann&#233;es 50, mais il n'est pas compl&#232;tement na&#239;f : il y avait bien du chemin &#224; faire. Un de ses chapitres s'appelle &#171; Paris ne s'est pas fait en un jour &#187;, tout en soulignant que Paris aussi est loin d'&#234;tre une &#171; utopie &#187;. On retient aussi sa confiance dans &#171; le peuple indomptable &#187; (Monmousseau, 1957, 120). Pour l'Albanie comme &#171; utopie &#187;, voir Combe &amp; Ditchev (1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ses &lt;i&gt;M&#233;moires&lt;/i&gt; Hoxha montre bien comment &#171; l'entraide &#187; entre pays socialistes faisait l'objet de beaucoup de n&#233;gociations ; souvent tr&#232;s tendues. L'&#171; entraide &#187; a &#233;t&#233; sous forme d'un pr&#234;t et en demandant un renouvellement la r&#233;ponse a &#233;t&#233; parfois du genre : &#171; il ne faut pas allonger ses jambes au-del&#224; de sa couverture &#187; (Hoxha 1984, 499). En utilisant cet adage en 1959 lors de sa visite en Albanie, Khrouchtchev avertit et menace m&#234;me Hoxha, et ajoute une insulte : &#171; Ou bien peut-&#234;tre vous dites-vous que puisque vous nous avez offert un bon d&#233;jeuner, c'est le moment de nous faire de nouvelles demandes. Si nous l'avions su, nous aurions emport&#233; &#224; manger avec nous&#034;. Hoxha, bless&#233; dans sa fiert&#233; albanaise, d&#233;fend les traditions de son peuple. Il r&#233;plique : &#171; Les Albanais, lui dis-je, ont le plus respect pour leurs h&#244;tes ; qu'ils soient dans l'aisance ou non, ils n'&#233;pargnent rien pour leurs amis. Et quand ils les accueillent chez eux, ils leur font tous les honneurs, ils leur passent m&#234;me certains &#233;carts &#187; (Hoxha 1984, 499). Ah la fameuse hospitalit&#233; albanaise d&#233;j&#224; lou&#233;e par Lord Byron 1813 ! : en parlant de la tribu albanaise, les Suliotes, Byron &#233;crivait : &#171; the Suliotes stretched their welcome hand&#8230; and fill'd the bowl, and trimm'd the cheerful lamp,/ And spread their fare ; though homely all they had/ Such conduct bears Philanthropy's rare stamp/ To rest the weary and to soothe the sad&#8230; &#187; dans &#8220;Childe Harold's Pilgrimage&#8221; LXVIII (Byron 1970).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une autre interpr&#233;tation de ces &#233;v&#233;nements, plus nuanc&#233;e, moins impr&#233;gn&#233;e par des pr&#233;jug&#233;s sur &#8220;les Balkans&#8221;, voir Abrahams (2015, 219) : &#171; Au fond, la crise &#233;tait une r&#233;volte par des gans qui se sentaient dup&#233;s, politiquement et &#233;conomiquement. Le syst&#232;me de pyramides financi&#232;res a produit l'&#233;tincelle mais l'arrogance des gouvernants de l'Albanie a pr&#233;par&#233; le pays &#224; l'explosion. Pendant cinq ans, Berisha a monopolis&#233; le pouvoir. Confront&#233; aux protestations, il les a r&#233;prim&#233;s, il a promu ses affid&#233;s et assur&#233; ainsi sa r&#233;&#233;lection. Il a exploit&#233; les diff&#233;rences entre le Nord et le Sud &#224; des fins politiques, attisant les tensions tout en se pr&#233;sentant comme garant de la paix. Il a fabriqu&#233; un feu tout en tentant de le contr&#244;ler &#187;. [At its core the crisis was a revolt by people who felt economically and politically duped. The pyramid schemes provided the spark, but the arrogance of Albanian's rulers had primed the country to ignite. For five years Berisha had monopolised power. When faced with protest, he clamped down, promoted loyalists, and pushed through his re-election. He exploited differences between North and South for political gain, stoking tension and then presenting himself as a guarantor of peace. He built a fire he tried to control &#187;]. La r&#233;volte des Albanais &#233;tait : une &#171; expression de d&#233;sespoir &#187;, &#171; de l'espoir perdu &#187;, &#171; un cri primaire &#187;, &#171; un rel&#226;chement d'&#233;nergie qui criait la col&#232;re, la trahison et l'impuissance. Le jaillissement des balles &#233;tait de la testost&#233;rone rel&#226;ch&#233;e pour dire &#8220;J'existe&#8221; &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Salecl in Copjec (1996, 158-161).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De nouveau, je fais ici &#233;cho &#224; l'appel aux contributions pour L'universit&#233; de Printemps en Albanie 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#8220;L'animalit&#233;, un analogon de l'humanit&#233;&#8221;, ou si Kant avait eu un chien</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=740</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=740</guid>
		<dc:date>2018-11-11T17:21:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Morgan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re phrase de la premi&#232;re section du premier livre de l'Anthropologie, l'humain se construit sur le dos de l'animal assujetti : Poss&#233;der le Je dans sa repr&#233;sentation : ce pouvoir &#233;l&#232;ve l'homme infiniment au-dessus de tous les autres &#234;tres vivant sur la terre. (Da&#946; der Mensch in seiner Vorstellung das Ich haben kann, erhebt ihn unendlich &#252;ber alle andere auf Erden lebende Wesen). L'animal est d&#233;poss&#233;d&#233; d'un &#171; Je &#187; ; il n'est personne ; il est inconscient des changements qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re phrase de la premi&#232;re section du premier livre de l'&lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, l'humain se construit sur le dos de l'animal assujetti :&lt;br class='autobr' /&gt;
Poss&#233;der le Je dans sa repr&#233;sentation : ce pouvoir &#233;l&#232;ve l'homme infiniment au-dessus de tous les autres &#234;tres vivant sur la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&lt;i&gt;Da&#946; der Mensch in seiner Vorstellung das Ich haben kann, erhebt ihn unendlich &#252;ber alle andere auf Erden lebende Wesen&lt;/i&gt;).&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;I. Kant Anthropologie in pragmatischer Hinsicht AK VII 7, 127 ; trad. et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
L'animal est d&#233;poss&#233;d&#233; d'un &#171; Je &#187; ; il n'est personne ; il est inconscient des changements qui peuvent lui arriver&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'analyse de J. Derrida, L'animal que donc je suis, Paris, Galil&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rel&#233;gu&#233; au rang de choses dont les humains peuvent disposer &#171; &#224; leur guise &#187; [&lt;i&gt;mit denen man nach Belieben schalten und walten kann&lt;/i&gt;], l'animal ne semble pas vraiment avoir sa place en tant que tel dans un d&#233;bat kantien centr&#233; sur l'anthropologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;APP AK VII, 127 ; trad. Foucault op cit p.89. Je rappelle que pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Conditionn&#233; par sa propre bestialit&#233;, il ne sert que de faire valoir &#224; la dignit&#233; de l'homme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici, il n'y a rien d'&#233;tonnant ; c'est bien la raison pour laquelle Elizabeth (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, il peut y avoir une autre lecture de l'animalit&#233; dans l'&#339;uvre de Kant. Cette autre lecture est non seulement possible, mais &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; - ce sera mon argument - si l'on veut saisir les enjeux cosmopolitiques ouverts par le projet de Kant &lt;i&gt;qu'est&lt;/i&gt; l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Christophe Bailly pr&#233;sente le monde animal comme &#8220;la conjugaison active (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'on suit le propos de Philonenko, &#224; savoir : &#171; la nature humaine [pour Kant] n'est pas essentiellement un &lt;i&gt;pass&#233;&lt;/i&gt; qui doit &#234;tre d&#233;-pass&#233; ; c'est surtout un &lt;i&gt;avenir&lt;/i&gt; qu'il faut atteindre &#187;, il n'existerait pas de loi naturelle qui s'opposerait &#224; une ouverture plus bienveillante &#224; d'autres esp&#232;ces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Philonenko Th&#233;orie et pratique dans la pens&#233;e morale et politique de Kant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mieux anticiper les cons&#233;quences de nos actes, prendre en compte comment &#171; une violation du droit [et il faudrait ici ajouter une discussion de &lt;i&gt;qui&lt;/i&gt; d&#233;tient &lt;i&gt;quels&lt;/i&gt; droits] en un seul lieu &#187; peut &#234;tre &#171; ressentie partout ailleurs &#187;, ceci est &#224; l'ordre du jour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII, 360 trad. Fr. J. Gibelin Paris, Vrin, p.33.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour &#234;tre &#224; la hauteur de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique, relu dans une optique &#233;cologique, il faudrait se concevoir comme une part d'un tout, ce qui n&#233;cessiterait un engagement responsable de notre c&#244;t&#233;. Ainsi le disait Kant &#224; sa fa&#231;on :&lt;br class='autobr' /&gt;
Demande-toi toi-m&#234;me si l'action que tu projettes, si elle devait se produire selon une loi de la nature dont tu ferais toi-m&#234;me partie, tu pourrais vraiment la reconna&#238;tre comme possible pour ta volont&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CRP AK V, 69 ; trad. fr. J-P Fussler Garnier Flammarion 2003, p. 177&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaucoup d&#233;pend de cette volont&#233;. Trop souvent l'&#233;tat actuel des choses &#233;touffe tout projet visant un avenir meilleur ; &#171; la nature humaine &#187; figure comme une forme fig&#233;e, incapable de se r&#233;inventer. Il faut bien de l'imagination, de l'&#233;nergie, et m&#234;me du courage pour vouloir du mieux. C'est beaucoup plus facile de ne pas esp&#233;rer, de ne pas croire en une possibilit&#233; de produire quelque chose de diff&#233;rent, et de continuer &#224; vivre en &#171; appliquant [des] proc&#233;d&#233;s habituels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII, 374 ; trad. fr. p62. Kant parle souvent de l'importance de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Face &#224; notre inertie, Kant nous enjoint de nous aventurer au-del&#224; d'un pr&#233;suppos&#233; &lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; ; &#224; explorer &lt;i&gt;ce qu'on peut faire&lt;/i&gt; de l'homme, &#224; activer son potentiel. C'est la raison pour laquelle le projet cosmopolitique nous oriente vers un avenir qui s'ouvre sur d'autres conceptions de vie : c'est le &#171; foyer au sein duquel se d&#233;velopperaient toutes les dispositions originelles de l'esp&#232;ce humaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IHU, AK VIII, 28. trad. fr. par L. Ferry, Paris, Gallimard, p.31.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour garder en vue ce projet, il faut adopter un &#171; point de vue plus &#233;lev&#233; de l'observation anthropologique &#187;, ne pas restreindre ce qui nous est possible par ce que nous faisons d&#233;j&#224;, ou par ce que nous avons toujours fait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII, 374, trad. Fr. Gibelin p. 62.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est m&#234;me le &#171; nous &#187; qui doit &#234;tre interrog&#233;, sa nature et ses relations avec autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien la capacit&#233; humaine &#224; se comporter diff&#233;remment qui est mise en avant dans les &lt;i&gt;Le&#231;ons d'&#233;thique&lt;/i&gt;. Bien que Kant ne soit pas pr&#234;t &#224; accorder des droits aux animaux, il nous impose des devoirs envers eux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eine Vorlesung &#252;ber Ethik ed. G. Gerhardt, Frankfurt am Main, Fischer 1990, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou plus exactement, il sugg&#232;re que nous devions &#224; nous m&#234;me des devoirs envers eux. C'est au nom de cette humanit&#233; &#224; venir que nous devrions traiter les animaux avec plus de consid&#233;ration, et m&#234;me d'amour ; de ne pas leur faire du mal quand nous pouvons l'&#233;viter ; de reconna&#238;tre tout ce qu'ils font pour nous, m&#234;me s'il s'agit souvent d'un travail forc&#233;. Nous ab&#238;mons &#171; l'affabilit&#233; et l'humanit&#233; en nous &#187; en tuant notre chien parce qu'il ne nous est plus utile ou serviable. La &#171; cloche de l'ingratitude &#187; [&lt;i&gt;die Glocke der Undankbarkeit&lt;/i&gt;], que le vieil &#226;ne abandonn&#233; par son ma&#238;tre fait sonner par hasard, nous avertit de notre manque de finesse, nous rappelle que nous nous comportons d'une mani&#232;re indigne de notre potentiel &#224; faire mieux . Elle signale &#224; juste titre qu'il y a grief, m&#234;me si la b&#234;te ne peut l'exprimer elle-m&#234;me et en tout cas n'a pas le droit de le faire. La cloche nous communique que, pour se situer cosmopolitiquement, il faut repenser nos liens avec le monde et questionner notre position de pouvoir. Il nous reste &#224; faire le travail que Kant n'a pas poursuivi et prendre au s&#233;rieux sa proposition que les animaux sont des &#171; analogon[s] de l'humanit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le&#231;ons d'&#233;thique &#187;, AK XXVII, 459.&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La reconnaissance du rapport que ces correspondances nous offrent, et c'est une vraie chance, peut contribuer &#224; la mise en forme de la vision kantienne d'un monde meilleur, plus juste, plus beau et potentiellement plus paisible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'emploie le terme &#171; correspondances &#187; par r&#233;f&#233;rence au po&#232;me de Baudelaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &#8220;Projet de paix perp&#233;tuelle&#8221;, Kant reconnait clairement comment la guerre, cette source ambivalente de &#8220;progr&#232;s&#8221;, a de tous temps pes&#233; sur le dos des animaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Derrida souligne comment pour Kant &#171; [la] socialisation de la culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il d&#233;crit en d&#233;tail comment, afin d'&#234;tre utilis&#233;s comme &#8220;instruments de guerre&#8221;, les chevaux et les &#233;l&#233;phants sont apprivois&#233;s et domestiqu&#233;s ; il aurait pu y ajouter les chiens, les pigeons et aussi nous rappeler ces fermes ambulantes, peupl&#233;es de vaches, moutons, cochons, qui suivaient les arm&#233;es pour fournir viande et lait aux troupes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exposition &#171; Animaux et guerres &#187; au mus&#233;e de l'Arm&#233;e &#224; Paris (qui a eu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Kant reconnait bien que la civilisation humaine s'est construite en inventant, entre autres, des techniques pour exploiter les animaux comme des &#8220;ressources naturelles&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII, 363 trad. fr. p. 39&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les humains les ont transform&#233;s en mati&#232;re pour la nourriture et l'habillement, moyens de transport et, dans le cas de la graisse des baleines et des phoques, source d'&#233;nergie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII 363 trad. fr. ibid&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parlant du chasseur, Kant souligne un mode de vie plus primitif que celui de la vie agricole, car enti&#232;rement d&#233;pendant de l'instrumentalisation d'autres esp&#232;ces. Il remarque que &#8220;[p]armi tous les genres de vie, celui du chasseur est sans nul doute le plus contraire &#224; la condition civilis&#233;e&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII 363-4 ibid p. 40. M&#234;me si l'on est pour le v&#233;g&#233;tarisme, il faut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par contre, l'agriculture, qui n&#233;cessite une vie plus s&#233;dentaire, du travail plus soigneux et soutenu dans le temps, a fait prolif&#233;rer les &#233;changes commerciaux et aussi a promu des rapports plus paisibles entre les gens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut revisiter cette analyse de Kant en tenant compte de ce que nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, Kant signale que parfois nous ne travaillons pas seulement &lt;i&gt;contre&lt;/i&gt;, mais aussi &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; ce qu'on appelle &#8220;la nature&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe bien des raisons de se m&#233;fier du terme &#171; nature &#187;. Catherine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme si nos besoins avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; pris en compte par elle. Il s'agit de l'apparente &#8220;pr&#233;voyance de la nature&#8221; [&lt;i&gt;die Vorsehung der Natur&lt;/i&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII, 362. On n'oubliera pas que cette &#171; pr&#233;voyance &#187; est &#8216;un ajout (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'aptitude des chameaux &#224; traverser le terrain hostile du d&#233;sert est &#224; mettre en parall&#232;le avec l'ing&#233;niosit&#233; humaine d&#233;ploy&#233;e pour la construction de bateaux qui traverseront les mers : les chameaux sont en effet &#8220;les vaisseaux du d&#233;sert&#8221; [&lt;i&gt;das Kamel, das Schiff der W&#252;ste&lt;/i&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PPP AK VIII, 358, trad.fr. P. 30. Voir mon article &#8220;&#8221;The Camel (The Ship of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils font partie des processus d'&lt;i&gt;hospitalisation&lt;/i&gt; de la plan&#232;te, ils nous accompagnent dans l'histoire et &#233;voluent avec nous. Comme le dit Eric Baratay dans &lt;i&gt;Le point de vue animal : une autre version de l'histoire&lt;/i&gt; : &lt;br class='autobr' /&gt;
Les animaux vivent dans les conditions impos&#233;es par les hommes, en allant de la contrainte brutale &#224; la sollicitation amicale, mais ils r&#233;agissent, avec des diff&#233;rences selon les b&#234;tes ou les situations et avec des &#233;volutions, et leurs attitudes rejaillissent sur celles des hommes, les modifient, dans un jeu continu d'interactions. Montrer les conditions subies et les r&#244;les jou&#233;s permet d'atteindre une r&#233;alit&#233; plus complexe ; et lorsqu'on accepte l'&#233;largissement de l'histoire et le d&#233;centrage du regard, cette r&#233;alit&#233; est finalement facile &#224; trouver, &#224; observer, &#224; &#233;crire. Le versant animal compl&#232;te et enrichit le versant humain, mais il a aussi son autonomie et son int&#233;r&#234;t propre aiguis&#233; par l'int&#233;r&#234;t toujours plus fort pour les animaux et les inqui&#233;tudes croissantes sur l'avenir de la biodiversit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Baratay, Le point de vue animal : une autre version de l'histoire, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kant lui aussi r&#233;clame une autre version de l'histoire qui se dissocie des r&#233;cits conventionnels et qui produirait une autre optique sur les &#233;v&#233;nements, plus englobante, mais il ne va pas pour autant jusqu'&#224; l'inclusion explicite du point de vue de l'animal et &#224; l'interaction sensible avec l'animal. Il dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
La nature a ses ph&#233;nom&#232;nes mais l'&#234;tre humain a aussi ses ph&#233;nom&#232;nes. Personne n'a encore &#233;crit une histoire du monde qui f&#251;t aussi une histoire de l'humanit&#233;, et pas seulement une histoire des &#233;tats et leurs changements (qui compte pour beaucoup mais qui n'est en fin de compte qu'une petite partie d'un tout). Toutes les histoires des guerres se ressemblent : elles ne contiennent qu'un descriptif de batailles. Mais &lt;i&gt;dans le long terme&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;im gantzen genommen&lt;/i&gt;], qu'une bataille soit gagn&#233;e ou non ne change pas grand-chose. C'est la raison pour laquelle plus d'attention devrait &#234;tre pr&#234;t&#233;e aux humains. Hume nous en a donn&#233; la preuve avec son &lt;i&gt;Histoire d'Angleterre&lt;/i&gt;. Observer l'humain et ses comportements et regrouper ses ph&#233;nom&#232;nes suivant des r&#232;gles, c'est le but de l'anthropologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AK XXV, 472 (selon la transcription de Friedl&#228;nder Winter 1775/6).&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de s'investir vraiment dans &#8220;le long terme&#8221;, Kant devrait, pour citer le document sur l'approche &#233;co-syst&#233;mique de la COP 5 (de l'an 2000), tenir compte &#171; des &#233;chelles temporelles et des d&#233;calages variables qui caract&#233;risent les processus &#233;cologiques &#187;, et ainsi respecter plus les diverses vies qui forment le monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourtant, Elizabeth de Fontenay, dans Le silence des b&#234;tes (Villeneuve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce faisant, il entrerait forc&#233;ment en conflit, selon ce m&#234;me document, avec &#171; la tendance humaine &#224; privil&#233;gier les avantages &#224; court terme et &#224; pr&#233;f&#233;rer le profit imm&#233;diat aux avantages futurs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le rapport de la &#8220;Convention sur la diversit&#233; biologique&#8221; de la COP 5 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce d&#233;centrement des int&#233;r&#234;ts purement anthropocentriques ne devrait pas lui poser probl&#232;me, car Kant a toujours &#233;t&#233; tr&#232;s critique envers les gratifications trop faciles et en d&#233;finitive illusoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'en tant que Kantiens, nous devrions s&#233;parer le moralement bon de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De plus, il vient de dire que l'anthropologie pragmatique vise &#224; conna&#238;tre le monde et que ce monde consiste en &#8220;la quintessence de tous les rapports dans lesquels l'humain peut entrer et o&#249; il peut exercer sa compr&#233;hension et son adresse&#8221; [&lt;i&gt;Durch die Welt wird hier verstanden der Inbegriff aller Verh&#228;ltnisse, in die der Mensch kommen kann, wo er seine Einsichten und Geschicklichkeiten aus&#252;ben kann&lt;/i&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AK XXV:I, transcription de Friedl&#228;nder.&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il devrait ainsi &#234;tre oblig&#233; d'entrer plus dans la complexit&#233; synerg&#233;tique du rapport humain/animal qui n'est pas seulement &#8220;double&#8221; [&lt;i&gt;zwiefach&lt;/i&gt;], c'est-&#224;-dire &#8220;le monde comme objet de nos sens internes&#8221; (l'humain) et &#8220;le monde comme objet de nos sens externes&#8221; (la nature)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;APP AK XXV : I, 469. Le texte originel : &#171; Die Welt als ein Gegenstand des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi - et j'ajoute- souvent &#8220;contradictoire&#8221; [&lt;i&gt;zwiesp&#228;ltig&lt;/i&gt;]. Kant nous en donne un exemple dans la &lt;i&gt;Critique de la raison pratique&lt;/i&gt; en parlant d'exp&#233;riences sur les animaux, plus pr&#233;cis&#233;ment sur les insectes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vu comment les insectes sont si d&#233;consid&#233;r&#233;s par nous - ils provoquent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me si les avanc&#233;es scientifiques sont souvent faites en s'emparant de sp&#233;cimens d'autres esp&#232;ces, et en les torturant, il se peut cependant qu'une petite br&#232;che s'ouvre parfois dans les rapports instrumentalisants avec d'autres formes vivantes. Kant raconte l'anecdote suivante :&lt;br class='autobr' /&gt;
Un naturaliste finit bien par aimer des objets qui au d&#233;part heurtent ses sens, quand il d&#233;couvre la merveilleuse finalit&#233; de leur organisation et qu'ainsi sa raison se r&#233;jouit &#224; la contempler, et Leibniz, apr&#232;s avoir attentivement examin&#233; un insecte au microscope, le posait &#224; nouveau pr&#233;cautionneusement sur sa feuille, parce qu'il trouvait qu'il s'&#233;tait instruit &#224; le regarder et qu'il en avait re&#231;u pour ainsi dire un bienfait&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CRP, AK V, 160 trad. fr. op cit. p. 292. Cet &#233;pisode est aussi &#233;voqu&#233; dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;volution dans la mentalit&#233; du naturaliste gr&#226;ce &#224; sa rencontre avec un autre &#234;tre vivant ne suffit pas pour apporter une vraie (pure) &#8220;valeur morale&#8221; &#224; ses actes, car son &#8220;amour&#8221; pour l'insecte en question est trop inform&#233; par sa propre gratification : il &#8220;aime&#8221; &#8220;ce dont la consid&#233;ration [lui] permet de sentir l'&#233;largissement de l'usage de [ses] facult&#233;s de conna&#238;tre&#8221;. N&#233;anmoins, cette fa&#231;on de penser &#171; selon les lois morales &#187; acquiert &#171; une forme de beaut&#233; que l'on admire, mais que l'on ne recherche pas encore pour autant &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CRP ibid.&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet la beaut&#233; qui peut nous pr&#233;parer &#8220;&#224; aimer quelque chose, m&#234;me la nature, d'une fa&#231;on d&#233;sint&#233;ress&#233;e&#8221; (et le sublime &#224; &#8220;l'estimer hautement&#8221;, avec plus de respect) [&lt;i&gt;Die Sch&#246;ne bereitet uns vor, etwas, selbst die Natur, ohne Interesse zu lieben ; das Erhabene, es, selbst wider unser sinnliches Interesse, hochzusch&#228;tzen&lt;/i&gt;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CFJ &#167;34, AK V, 267. La qualification un peu gratuite de &#171; m&#234;me la nature &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le soin (ou ce qu'on tend &#224; appeler aujourd'hui le care) d'un Leibniz n'est pas encore &#224; la hauteur du jugement esth&#233;tique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;finition du care fournit par Tronto (avec Fisher) est la suivante : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il peut lui pr&#233;parer le chemin. Du m&#234;me ordre est le soin qu'on peut prendre avec les animaux de compagnie. Comme un exemple &#8220;[du] pouvoir du mental d'&#234;tre ma&#238;tre de ses sentiments maladifs par sa seule r&#233;solution&#8221;, Kant cite le cas d'un &#8220;homme &#226;g&#233;&#8221; qui parvenait &#224; &#8220;exciter ses forces&#8221; et &#224; rajeunir ainsi sa vie en s'occupant de ses oiseaux :&lt;br class='autobr' /&gt;
[Il] trouvait dans le nourrissage et le soin de ses oiseaux chanteurs amplement de quoi occuper son temps, entre son propre nourrissage et le sommeil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CF A.K. VII, 102-3. Ce n'est pas par hasard que Kant &#233;voque des oiseaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kant consid&#232;re que les petites pr&#233;occupations de ce monsieur ordinaire apportent autant de bienfaits &#224; la long&#233;vit&#233; que celles d'un grand philosophe qui, lui, stimule ses forces vitales avec des id&#233;es profondes. Le fait de donner &#224; manger &#224; l'autre, comme &#224; soi-m&#234;me, met en pratique le sens m&#234;me du compagnonnage, &lt;i&gt;com panis&lt;/i&gt; (&#171; avec pain &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'offre de l'hospitalit&#233; &#224; autrui est souvent accompagn&#233;e par un repas. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans cette sc&#232;ne, la main n'est pas seulement cette disposition [&lt;i&gt;die Anlage&lt;/i&gt;], dite &#8220;technique&#8221;, qui pour Kant distingue l'humain &#8220;de fa&#231;on frappante de tous les autres &#234;tres naturels&#8221; en le rendant apte &#224; manier les choses tangibles [&lt;i&gt;die Handhabung der Sachen&lt;/i&gt;] aussi bien qu'intellectuelles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;APP A.K. VII, 322. Voir &#171; La main de Heidegger &#187; de Derrida dans Psych&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Loin d'&#234;tre un outil de ma&#238;trise, la preuve de la sup&#233;riorit&#233; de l'esp&#232;ce humaine, la main contribue ici &#224; la formation de ce que Donna Haraway appelle &#8220;un devenir mondain&#8221; (&#8220;&lt;i&gt;becoming worldy&lt;/i&gt;&#8221;), qui se veut &#234;tre une autre forme de mondialisation que celle qui domine la soci&#233;t&#233; de la consommation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Haraway When Species Meet Minneapolis, University of Minnesota Press 2007 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour Haraway, ce &#171; devenir mondain &#187; est intimement impliqu&#233; dans le quotidien : il &#8220;se d&#233;bat avec l'ordinaire, plut&#244;t que de g&#233;n&#233;raliser &#224; partir de l'ordinaire&#8221; [&lt;i&gt;we learn to be worldly from grappling with, rather than generalising from, the ordinary&lt;/i&gt;&#8221;]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haraway ibid p.3. Bruno Latour (op cit p.49), qui mentionne Haraway, d&#233;finit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les petites pr&#233;hensions attentionn&#233;es de la vie de tous les jours peuvent constituer &#8220;des vari&#233;t&#233;s impr&#233;visibles du &#8220;nous&#8221; [&lt;i&gt;unpredictable kinds of &#8220;we&#8221;&lt;/i&gt;] ; de ces rencontres entre &#8220;esp&#232;ces de compagnie&#8221; &#233;mergent des &#8220;n&#339;uds inter-sp&#233;ciaux&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haraway ibid p.5.&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici Haraway rejoint Stengers, parmi d'autres. Ainsi, Lolive et Soubeyran d&#233;finissent la r&#233;flexion cosmopolitique comme la volont&#233; de :&lt;br class='autobr' /&gt;
Repenser les mondes communs comme un cosmos pour tenter d'int&#233;grer l'&#233;tranger, d'absorber l'h&#233;t&#233;rog&#232;ne dans un nouvel ordre du monde qui demeure juste et lui restitue sa beaut&#233;. Les cosmopolitiques explorent de nouvelles conditions de possibilit&#233; de la politique, mais c'est une politique m&#233;connaissable puisqu'elle est b&#226;tie autour de l'&#233;tranget&#233; (humaine et non humaine)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;mergence des cosmopolitiques sous la direction de J. Lolive et O. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut revoir ce que Kant appelait &#8220;les ph&#233;nom&#232;nes&#8221;, en les rencontrant vraiment. Cette re-vision donnerait le sens m&#234;me de l'acte de respect, de &lt;i&gt;respecere&lt;/i&gt;. Pour citer Haraway :&lt;br class='autobr' /&gt;
Tenir en regard, r&#233;pondre, se regarder r&#233;ciproquement, remarquer, pr&#234;ter attention &#224;, avoir un regard courtois, estimer : tout cela fait partie des salutations polies et contribue au polis, quand et o&#249; les esp&#232;ces se rencontrent (&lt;i&gt;ma traduction&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haraway op cit p19.&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un total manque de ce respect envers l'animal domestique appara&#238;t dans &#8220;Qu'est-ce que les Lumi&#232;res ?&#8221;. L'animal figure ici pour nourrir une analogie avec le sort des femmes dans le monde dit civilis&#233;. Kant &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir rendu bien sot leur b&#233;tail (&lt;i&gt;Hausvieh&lt;/i&gt;) et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles cr&#233;atures n'aient pas la permission d'oser faire le moindre pas hors du parc o&#249; ils les ont enferm&#233;s, ils leur montrent les dangers qui les menace, si elles [les femmes] osaient s'aventurer seules au dehors&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AK VIII, 37. Je reprends la traduction utilis&#233;e par Ren&#233; Sch&#233;rer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La &#8220;connaissance relationnelle&#8221; entre &#8220;deux choses dissimilaires&#8221; qu'une analogie rend possible est ici sous-exploit&#233;e par Kant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici je donne la d&#233;finition qu'on trouve dans Prol&#233;gom&#232;nes &#224; toute (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans son livre &lt;i&gt;Hospitalit&#233;s&lt;/i&gt;, Ren&#233; Sch&#233;rer &#233;largit l'analyse pour nous, tout en appuyant sur la situation pr&#233;cise des animaux domestiqu&#233;s. Il &#233;crit : &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on transpose [ce passage de Kant] &#224; la situation pr&#233;sente, tous les mots portent. Celui de b&#233;tail, car c'est bien d'animaux qu'il s'agit, parqu&#233;s dans des pi&#232;ces &#233;touffantes, puantes, l'impossibilit&#233; de faire un pas &#8220;hors du parc&#8221;, le &#8220;rendu bien sot&#8221; correspondant &#224; la d&#233;gradation humiliante de l'individu&#8230; Et surtout ces mots portent, &#224; la fois, sur ceux qui subissent la d&#233;shumanisation, justifiant la mani&#232;re dont on les traite, et sur le si stupide b&#233;tail de la population autochtone, entretenus dans l'id&#233;e du danger de l'immigration et de la politique d'endiguement des flux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Sch&#233;rer Hospitalit&#233;s Paris, Anthropos 2004, p. 125-6. Berger corrobore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sch&#233;rer attire bien notre attention sur les m&#233;canismes de &#8220;d&#233;gradation&#8221; que certains animaux et certains humains peuvent avoir en commun. Il faut bien reconna&#238;tre les effets nocifs engendr&#233;s par la subjugation de l'animal, par sa rel&#233;gation &#224; une position inf&#233;rieure. Kant en donne une d&#233;monstration flagrante dans son &#8220;Compte rendu de l'ouvrage de Herder : &lt;i&gt;Id&#233;e en vue d'une philosophie de l'histoire de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Ayant pr&#233;sent&#233; ce qui doit &#234;tre compris comme une hi&#233;rarchie des f&#233;licit&#233;s &#224; attendre de la vie - celle d'un animal, puis celle d'un enfant, celle d'un jeune homme, et enfin celle d'un homme - Kant s'adresse &#224; Herder :&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opinion de notre auteur serait-elle celle-ci ? Que si les heureux habitants de Tahiti n'avaient jamais re&#231;u la visite de nations plus polic&#233;es et se trouvaient destin&#233;s &#224; vivre dans leur tranquille indolence encore des milliers de si&#232;cles, on tiendrait une r&#233;ponse &#224; la question : &lt;i&gt;&#224; quoi bon l'existence de ces gens&lt;/i&gt; et est-ce qu'il ne vaudrait pas autant avoir peupl&#233; ces &#238;les de &lt;i&gt;moutons&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;veaux&lt;/i&gt; heureux que d'hommes heureux dans leur pure satisfaction physique ? (&lt;i&gt;c'est moi qui souligne&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Meint der Herr Verfasser wohl, dass, wenn die gl&#252;cklichen Einwohner von Otaheite, niemals von gesittetern Nationen besucht, ihrer ruhigen Indolenz auch Tausende von Jahrhunderte durch zu leben bestimmt w&#228;ren, man eine befriedigende Antwort auf die Frage geben k&#246;nnte, warum sie denn gar existieren, und ob es nicht eben so gut gewesen w&#228;re, dass diese Insel mit gl&#252;cklichen Schafen und Rindern, als mit im blossen Genusse gl&#252;cklichen Menschen besetzt gewesen w&#228;re&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;IHU AK VIII, 65 trad. fr de S. Piobetta Garnier Flammarion 1990 p120.&#034; id=&#034;nh4-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'abaissement de l'animal fraye le chemin pour celui des Tahitiens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour comment l'abaissement de l'animal a des cons&#233;quences sur le traitement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Apparemment les vies des moutons et des vaches ne valent pas grande chose, et de m&#234;me, si les Tahitiens &#233;taient rest&#233;s attach&#233;s &#224; leur niveau de f&#233;licit&#233; naturelle, leurs vies n'auraient compt&#233; pour rien. Par voie de cons&#233;quence, la colonisation figure comme une intervention salvatrice, en les obligeant &#224; se &#8220;civiliser&#8221;. Sans elle, on aurait pu se demander, dit Kant : &#8220;&#224; quoi bon l'existence de ces gens ?&#8230; &lt;i&gt;warum sie denn ganz existieren&lt;/i&gt; ?&#8221;. Il est difficile de voir dans ce passage une c&#233;l&#233;bration de la diff&#233;rence culturelle, entre humains, sans parler m&#234;me de celle entre les humains et les animaux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233; que Kant laisse transpara&#238;tre une reconnaissance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que l'esclavage, corollaire de la colonisation, soit condamn&#233; par Kant &#224; partir des ann&#233;es 1790&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je pense ici &#224; la condamnation de l'esclavage sur les &#238;les de sucre dans PPP (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais son abolition est nullement envisag&#233;e pour l'animal. En parlant de &#8220;la luxure d&#233;nu&#233;e de toute spiritualit&#233;&#8221; dans &#8220;Conjectures sur les d&#233;buts de l'histoire humaine&#8221; comme &#8220;l'esclavage le plus abject, jointe &#224; tout le cort&#232;ge de perversit&#233;s de l'&#233;tat barbare&#8221;, Kant &#233;crit : &lt;br class='autobr' /&gt;
[Le luxe] d&#233;tourna in&#233;vitablement le genre humain des voies qui lui &#233;taient trac&#233;es par la nature, pour d&#233;velopper ses dispositions au Bien ; et par l&#224; il se rendit indigne m&#234;me de son existence, qui est celle d'une race destin&#233;e &#224; dominer la terre et non pas &#224; jouir de fa&#231;on animale et &#224; vivre servilement comme des esclaves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A.K VIII, 120.&#034; id=&#034;nh4-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La condamnation d'un certain type d'esclavage repose sur le dos des animaux assujettis ; la logique de la division entre l'humain et ce qu'on appelle &#8220;l'animal&#8221; le m&#232;ne &#224; pr&#233;senter son embrigadement, son emprisonnement, sa servitude, comme volontaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour une reconnaissance du fait que les animaux ne sont pas consentants, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un autre rapport &#224; l'animal doit bien nous &#234;tre possible ; il est m&#234;me peut-&#234;tre n&#233;cessaire pour vraiment explorer ce que l'humain &#171; fait ou peut et doit faire de lui-m&#234;me &#187;, s'il s'agit bien l&#224; de l'objet de l'&lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt; de Kant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;APP A.K. VII 119 trad. de Foucault p83.&#034; id=&#034;nh4-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault souligne que le monde de l'Anthropologie de Kant ne consiste pas en &#8220;l'opposition de l'homme et de la nature&#8221;. Il &#233;crit que :&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che de se diriger vers une &lt;i&gt;Weltkenntnis&lt;/i&gt; est tout enti&#232;re confi&#233;e &#224; une &lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt; qui ne rencontre plus la nature que sous la forme d&#233;j&#224; habitable de la Terre (&lt;i&gt;Erde&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Introduction &#187; de Foucault p. 20.&#034; id=&#034;nh4-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A contrario d'un point de vue d&#233;terminant qui fixerait l'humain dans une propre identit&#233;, la vis&#233;e anthropologique comprise ainsi serait la vision d'une &#8220;cit&#233; &#224; b&#226;tir&#8221; plut&#244;t &#8220;qu'[un] cosmos d&#233;j&#224; donn&#233;&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faudrait donc revisiter les derni&#232;res lignes de l'&#339;uvre qui envisage :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;l'organisation progressive des citoyens de la terre dans et vers l'esp&#232;ce en tant que syst&#232;me dont le lien est cosmopolitique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;APP A.K VII, 333 ; ibid p.262.&#034; id=&#034;nh4-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#8230;die Erreichung des Zwecks [kann]&#8230;nur durch fortschreitende Organisation der Erdb&#252;rger in und zu der Gattung als einem System, d.i kosmopolitisch verbunden ist, erwartet warden&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid ; ibid.&#034; id=&#034;nh4-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'avenir, et aussi pour l'avenir, les animaux devront pouvoir compter comme citoyens, et pour &#234;tre v&#233;ritablement cosmopolitique, le &#8220;syst&#232;me&#8221; devra embrasser plus que l'esp&#232;ce humaine. Dans l'entretemps, on devrait au moins reconsid&#233;rer le &lt;i&gt;Haustier&lt;/i&gt;, l'animal domestiqu&#233;/ domestique, cet analogue de la femme de bonne soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kant semble d&#233;sapprouver le fait que la femme &#171; dans l'&#233;tat de sauvagerie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa situation peut aussi pr&#233;senter, pour citer encore Foucault, &#171; un r&#233;seau o&#249; ni le droit ni la morale ne sont jamais donn&#233;s &#224; l'&#233;tat pur mais o&#249; leur entrecroisement offre &#224; l'action humaine - et il faut ajouter &#8220;&#224; l'action animale &#8221; - son espace de jeu (&lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt;), sa latitude concr&#232;te &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Foucault op cit p. 27. Voir aussi ibid p.34 &#171; l'homme, dans l'Anthropologie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, si Kant avait eu un chien, il aurait non seulement b&#233;n&#233;fici&#233; d'une bonne garde contre &#8220;les sentiments maladifs provenant de pens&#233;es intempestives&#8221; en se promenant avec lui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CF AK. VII p97. Cette proposition n'est pas mineure, &#233;tant donn&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais il aurait aussi pu approfondir ses r&#233;flexions sur les possibles &#8220;espaces de jeu&#8221; inter-esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diane Morgan,&lt;br class='autobr' /&gt;
School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies,&lt;br class='autobr' /&gt;
University of Leeds,&lt;br class='autobr' /&gt;
Angleterre, R.U.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;I. Kant &lt;i&gt;Anthropologie in pragmatischer Hinsicht&lt;/i&gt; AK VII 7, 127 ; trad. et introduction de M. Foucault &lt;i&gt;Anthropologie du point de vue pragmatique&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 2008, p.89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'analyse de J. Derrida, &lt;i&gt;L'animal que donc je suis&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2006, p.132 : &#171; C'est parce qu'il ne serait capable de cette autot&#233;lie autod&#233;ictique ou autor&#233;f&#233;rence que, priv&#233; du &#171; Je &#187;, l'animal serait &#224; la fois sans &#171; je pense &#187;, sans entendement et sans raison, sans r&#233;ponse et sans responsabilit&#233; &#187;. Ce geste kantien de d&#233;nigrement envers l'animal se r&#233;p&#232;te, &#224; peu d'exceptions pr&#232;s (notamment Nietzsche), &#224; travers toute l'histoire de la philosophie. Pour une id&#233;e de comment cette violence &#233;pist&#233;mologique peut avoir des effets terrifiants sur l'animal, voir M. Horkheimer et Th. Adorno &lt;i&gt;La dialectique de la raison&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard 2015, p.375 : &#171; l'animal r&#233;pond &#224; son nom et n'a pas de moi, &lt;i&gt;il est referm&#233; sur lui-m&#234;me et cependant expos&#233; &#224; l'ext&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt;, une contrainte succ&#232;de &#224; l'autre, aucune id&#233;e ne la transcende &#187; (c'est moi qui souligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;APP AK VII, 127 ; trad. Foucault op cit p.89. Je rappelle que pour Heidegger, c'est justement l'&#171; en tant que tel &#187; qui manque &#224; ce qu'on appelle - avec paresse, mais aussi avec violence, linguistique, psychologique, sociologique et souvent physique - &#171; l'animal &#187;. Voir par exemple Heidegger : &lt;i&gt;Les concepts fondamentaux de la m&#233;taphysique&lt;/i&gt; &#167;47a : le rocher comme rocher [&lt;i&gt;die Felsplatte als Felsplatte&lt;/i&gt;] n'est pas accessible [&lt;i&gt;zug&#228;nglich&lt;/i&gt;] au l&#233;zard. Voir aussi Derrida &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; pp. 218-9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici, il n'y a rien d'&#233;tonnant ; c'est bien la raison pour laquelle Elizabeth Costello, dans le r&#233;cit de Coetzee &lt;i&gt;The Lives of Animals&lt;/i&gt;, pr&#233;f&#232;re les po&#232;tes aux philosophes. Au moins ces premiers sont sensibles aux &#8220;autres fa&#231;ons d'&#234;tre-dans-le-monde&#8221; (J.M.Coetzee &lt;i&gt;The Lives of Animals&lt;/i&gt; Princeton, New Jersey, Princeton U.P.,1999 p.51). Par contraste, les philosophes sont en g&#233;n&#233;ral trop born&#233;s par leur investissement dans notre &#8220;raison&#8221;, qui n'est qu'un seul aspect de la vie de l'esprit, pour s'aventurer vers une rencontre avec d'autres formes de vie. Au sujet de cette m&#234;me fameuse &#171; raison &#187;, on peut se demander, non seulement si elle appartient uniquement &#224; l'esp&#232;ce humaine, mais aussi si sa possession nous donne v&#233;ritablement les cl&#233;s de l'univers. Peut-&#234;tre ne vaut-elle pas tant que &#231;a. Si elle est une invention de l'&#8220;animal malin&#8221; [&lt;i&gt;kluges Tier&lt;/i&gt;] qu'est l'humain, ceci n'exclut pas pour autant que d'autres esp&#232;ces puissent se consid&#233;rer eux-m&#234;mes aussi f&#251;t&#233;s que nous pour se d&#233;brouiller dans la vie (Nietzsche &#8220;Uber Wahrheit und L&#252;ge im aussermoralischen Sinne&#8221; in KSA Bd. I dtv/de Gruyter1988 ; 875 23, &#224; comparer par ex. avec l'anecdote concernant les poux dans HGN AK I 353). C'est bien l'intuition de Costello et, pensait-elle, initialement aussi celle de Kant. Elle se d&#233;clare en fin de compte d&#233;&#231;ue par lui. Elle consid&#232;re que finalement le courage intellectuel lui faisait d&#233;faut quand il s'agissait de prendre en compte la validit&#233; des points de vue d'autres esp&#232;ces sur le monde, et par cons&#233;quence d'accepter la relativit&#233; de la n&#244;tre. Notre &#8220;raison&#8221; ne devrait pas nous accorder un sentiment de sup&#233;riorit&#233; &#224; l'&#233;gard d'autrui (Coetzee &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p.25).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Christophe Bailly pr&#233;sente le monde animal comme &#8220;la conjugaison active du divers&#8221; et propose qu'elle &#8220;devrait avoir valeur de test, si tant est que la politique consiste dans la mise &#224; l'&#233;preuve de la capacit&#233; &#224; installer dans le vivant des formes d'association susceptibles de tendre des liens et de fournir des seuils&#8221; (J- C Bailly &lt;i&gt;Le parti pris des animaux&lt;/i&gt;, Paris, Christian Bourgeois, 2013, p.8-9). La &#8220;cosmopolitique&#8221; pourrait &#234;tre justement consid&#233;r&#233;e comme l'&#8220;installation&#8221; ainsi d&#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Philonenko &lt;i&gt;Th&#233;orie et pratique dans la pens&#233;e morale et politique de Kant et de Fichte en 1793&lt;/i&gt; Paris, Vrin, 1968, p. 40. Pour que cette r&#233;f&#233;rence &#224; une &#171; ouverture &#187; envers les autres formes vivantes ne reste pas d&#233;pourvue de sens, un geste bien-pensant mais vide de contenu, il faudrait creuser plus le sujet. Une ouverture de quoi exactement, envers qui, de quelle mani&#232;re, selon quels crit&#232;res et sous quelle forme ? Il nous serait n&#233;cessaire de prendre en compte la Huiti&#232;me &#171; El&#233;gie de Duino &#187; de Rilke (&#171; A pleins regards, la cr&#233;ature/ voit dans l'Ouvert&#8230; &#187;) et la fameuse r&#233;plique de Heidegger dans &lt;i&gt;Parmenides, Gesamtausgabe&lt;/i&gt; Bd.54 p. 225-240, mais aussi &lt;i&gt;Les concepts fondamentaux de la m&#233;taphysik&lt;/i&gt; par ex. p.309, o&#249; il nie la possibilit&#233; d'exister &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; un animal, m&#234;me d'&#234;tre &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; eux : &#171; &lt;i&gt;Dieses Mitsein ist aber auch kein Mitexistieren, sofern ein Hund nicht existiert, sondern nur lebt. Dieses Mitsein mit den Tieren ist so, dass wir die Tiere in unserer Welt sich bewegen lassen&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Die Grundbegriffe der Metaphysik Gesamtausgabe&lt;/i&gt; Bd. 29/30. p.308). Pour Heidegger, les &#171; rencontres &#187; entre les esp&#232;ces, telles que c&#233;l&#233;br&#233;es par Haraway (voir ci-dessous), n'entrent pas en jeu. Je dirais qu'en cons&#233;quence, ce n'est pas seul l'animal qui est &#171; pauvre en monde &#187; (&lt;i&gt;weltarm&lt;/i&gt;), mais nous aussi. A la place du sentiment heureux de partager quelque chose, m&#234;me ind&#233;fini, avec un &#234;tre &#224; la fois tr&#232;s diff&#233;rent et semblant pourtant avoir quelque chose en commun avec nous, on sent une sorte de malaise : &#171; Le chien mange avec nous &#8211; non, il ne mange pas. Et oui, avec nous ! Un aller-avec, un &#233;tat de d&#233;placement &#8211; et pourtant pas &#187; (&#171; [&lt;i&gt;Der Hund] i&#946;t mit uns- nein er i&#946;t nicht. Und doch mit uns ! Ein Mitgehen, eine Versetztheit- und doch nicht&lt;/i&gt; &#187;). C'est comme si, au lieu d'appr&#233;cier le d&#233;paysement et d'int&#233;grer l'ambigu&#239;t&#233; de la relation animal-humain, le fait par exemple qu'elle peut nous faire sortir de nos histoires psychologiques humaines, trop humaines, Heidegger se sent g&#234;n&#233; par le fait qu'il ne peut pas la cat&#233;goriser. A voir aussi G. Agamben &lt;i&gt;L'ouvert : de l'homme et de l'animal&lt;/i&gt; (Paris, Rivage, 2016) et E. L. Santner &lt;i&gt;On Creaturely Life Chicago, University of Chicago Press&lt;/i&gt; 2006). Voir plus bas l'exemple du vieux monsieur avec son oiseau qui indique un Kant potentiellement plus sensible qu'un Heidegger au rapport humain - animal domestique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII, 360 trad. Fr. J. Gibelin Paris, Vrin, p.33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CRP AK V, 69 ; trad. fr. J-P Fussler Garnier Flammarion 2003, p. 177&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII, 374 ; trad. fr. p62. Kant parle souvent de l'importance de l'espoir : &#171; Cette esp&#233;rance en des temps meilleurs, sans laquelle un d&#233;sir s&#233;rieux de faire quelque chose d'utile au bien g&#233;n&#233;ral n'aurait jamais chauff&#233; le c&#339;ur humain... &#187; (T&amp;P p.54). Derri&#232;re chaque invention, il y a la volont&#233; d'esp&#233;rer quelque chose de nouveau. Sans elle, nous n'aurions jamais eu de &#171; voyage[s] a&#233;rien[s] en a&#233;rostats &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p.55). M&#234;me si ind&#233;niablement les avions nous am&#232;nent aujourd'hui des soucis &#233;cologiques, nous serions pass&#233;s &#224; c&#244;t&#233; de beaucoup d'exp&#233;riences en ne les inventant pas. Notre conception du globe - si importante pour une mobilisation concert&#233;e contre le changement climatique - d&#233;pend pour une grande part &#171; des vues d'en haut &#187; (voir le catalogue de l'exposition du m&#234;me nom qui a eu lieu au Centre Pompidou Metz sous la direction d'Angela Lampe 2013). La fa&#231;on dont divers points de vue informe la pens&#233;e cosmopolitique de Kant est le sujet de mon livre &lt;i&gt;Kant, Cosmopolitics and Globality&lt;/i&gt; (&#224; para&#238;tre en 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;IHU, AK VIII, 28. trad. fr. par L. Ferry, Paris, Gallimard, p.31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII, 374, trad. Fr. Gibelin p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Eine Vorlesung &#252;ber Ethik&lt;/i&gt; ed. G. Gerhardt, Frankfurt am Main, Fischer 1990, p256. Selon Kant, nous pouvons bien nous demander pourquoi les animaux existent, alors que cette m&#234;me question ne se pr&#233;sente pas s'agissant des humains (&#224; l'exception des Tahitiens dans leur condition naturelle originelle - cette remarque choquante de Kant sera discut&#233;e plus tard). Les humains ne sont pas r&#233;ductibles &#224; de purs moyens ; en revanche, l'animal ne trouve sa raison d'&#234;tre qu'au travers de son utilit&#233;. Heureusement, l'apport esth&#233;tique, avec sa &#171; finalit&#233; sans fin &#187; (&lt;i&gt;Zweckm&#228;ssigkeit ohne Zweck&lt;/i&gt;), nous sort de cette fa&#231;on de penser instrumentalisante et nous rend capable d'appr&#233;cier, et m&#234;me d'aimer, les cr&#233;atures, les fleurs, les arbres, les pierres &#171; sans int&#233;r&#234;t &#187;&#8230; Nous risquions sinon de n'avoir que du m&#233;pris pour le monde naturel. L'avantage de la proposition de Kant que les animaux n'ont pas de droits, mais que nous avons des devoirs envers eux (car ce sont des devoirs indirects envers nous-m&#234;me, c'est-&#224;-dire l'ensemble nomm&#233; &#171; l'humanit&#233; &#187; auquel nous devrions aspirer), est qu'elle nous &#233;vite la discussion autour de qui devrait, voire &#171; m&#233;rite &#187;, d'avoir des droits. Cette discussion n'est non seulement sans fin, mais est aussi forc&#233;ment injuste : les primates seraient probablement accord&#233;s une protection, mais c'est mal parti pour les rats ou les cafards (m&#234;me s'ils souffrent). Jeremy Bentham, qui nous a dit &#034;[l]a question n'est pas : &#034;Peuvent-ils raisonner ?&#034;, ni &#034;Peuvent-ils parler ?&#034;, mais &#034;Peuvent-ils souffrir ?&#034; a aussi annonc&#233; un jour o&#249; &#8220;tout ce qui respire sera prot&#233;g&#233;&#034; : &#8220;The time will come when humanity will extend its mantle over everything which breathes&#8221; (Bentham &lt;i&gt;Introduction to the Principles of Morals and Legislation&lt;/i&gt;). Ainsi il nous sollicite &#224; &#233;largir notre conception des droits au-del&#224; m&#234;me du domaine des animaux ; les plantes &#171; respirent &#187;. L'air m&#234;me, respire-t-il ? (Bentham &lt;i&gt;Introduction to the Principles of Morals and Legislation&lt;/i&gt;). Pour la r&#233;ticence de Derrida sur la question des droits d'animaux, voir &lt;i&gt;L'animal que donc je suis&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p. 122-3) ; aussi les discussions entre B. Cyrulnik, E de Fontenay et P. Singer dans &lt;i&gt;Les animaux aussi ont des droits&lt;/i&gt;, entretiens r&#233;alis&#233;s par K. L. Matignon avec D. Rosane, Paris, Editions du seuil 2013. A noter que Kant sort &#233;corn&#233; de ce d&#233;bat : &#171; ... la tradition kantienne de base semble perdurer encore &#224; ce jour en Europe continentale, les animaux ne comptent pas, on continue de mettre l'emphase sur la dignit&#233; humaine, sur la sp&#233;cificit&#233; humaine, sur le respect pour les humains et, bien &#233;videmment, l'accent sur la diff&#233;rence entre l'Homme et le reste du monde vivant &#187; (Singer dans ibid p24). Mais il est int&#233;ressant de noter que, comme Elizabeth Costello, Peter Singer exprime sa d&#233;ception envers Kant : &#171; Kant n'aurait pas d&#251; se prononcer ainsi sur les animaux &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;). De Kant, on aurait pu attendre mieux : sa position sur la question animale n'est pas &#224; la hauteur de sa pens&#233;e (de m&#234;me sur l'ethnicit&#233;. Voir R. Bernasconi &#171; Kant's Third Thoughts on Race &#187; in &lt;i&gt;Reading Kant's Geography&lt;/i&gt; sous la direction de S. Elden &amp; E. Mendieta , N.Y. : S.U.N.Y 2011)).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le&#231;ons d'&#233;thique &#187;, AK XXVII, 459.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'emploie le terme &#171; correspondances &#187; par r&#233;f&#233;rence au po&#232;me de Baudelaire du m&#234;me nom : &#171; La nature est un temple o&#249; de vivant piliers/ Laissent parfois sortir de confuses paroles/ L'homme y passe &#224; travers des for&#234;ts de symboles/ Qui l'observent avec des regards familiers &#187;. Le d&#233;fi pour un philosophe sera peut-&#234;tre d'appr&#233;cier que &#171; les paroles &#187; de la nature restent &#171; confuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Derrida souligne comment pour Kant &#171; [la] socialisation de la culture humaine va de pair &#187; avec une certaine conqu&#234;te de l'animal, avec son &#171; affaiblissement &#187; [&lt;i&gt;Schw&#228;chung&lt;/i&gt;], &#171; avec la domestication de la b&#234;te apprivois&#233;e &#187;. Derrida y ajoute que la production du &#171; b&#233;tail &#187; est m&#234;me inh&#233;rente &#224; &#171; [la] constitution politique, [au] politique &#187; (Derrida &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p. 134, Kant APP, AK VII 327). C'est pour cela qu'une cosmopolitique devrait surmonter ce rapport de force pour &#233;tablir d'autres fa&#231;ons, plus paisibles et plus positives, de coexister dans ce monde. Pour certains, il reste peu d'espoir que cela soit encore possible. Pour eux, cette guerre contre les b&#234;tes sauvages a &#233;t&#233; achev&#233;e il y a longtemps et nous, les humains, l'avons d&#233;finitivement gagn&#233;e. Comme le dit de nouveau Costello (Coetzee &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; 25) : &#171; Aujourd'hui, ces cr&#233;atures-l&#224; n'ont plus de pouvoir sur nous. Aux animaux ne restent que leur silence pour nous confronter &#187;. Il y a presque quarante ans, John Berger annon&#231;ait d&#233;j&#224; que &#171; [c]es derniers si&#232;cles, les animaux ont progressivement disparu&#8230; nous vivons sans eux &#187;. R&#233;duits au statut d'objet et de marchandises, les animaux ne peuvent plus servir de &#171; m&#233;diateurs entre l'homme et ses origines &#187;. Nos anciens liens avec eux sont coup&#233;s, peut-&#234;tre pour toujours, et &#171; la solitude de l'homme en tant qu'esp&#232;ce &#187; en est le r&#233;sultat (J. Berger &#171; Pourquoi regarder les animaux ? &#187; dans &lt;i&gt;Au regard au regard&lt;/i&gt;, Paris, L'Arche, 1980, p.10-11). Il nous reste &#224; voir si, malgr&#233; ses id&#233;es arr&#234;t&#233;es sur l'animalit&#233;, Kant poss&#233;derait quand m&#234;me quelques ressources &#224; nous proposer pour r&#233;inventer ce lien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exposition &#171; Animaux et guerres &#187; au mus&#233;e de l'Arm&#233;e &#224; Paris (qui a eu lieu du 2/08/2017 au 9/10/2017) a bien attir&#233; l'attention sur les diff&#233;rentes fa&#231;ons dont les animaux sont embrigad&#233;s dans les zones militaires. Les commissaires signalaient que les animaux &#171; sont &#224; la fois acteurs des guerres, compagnons des combattants, mais aussi source de mati&#232;res multiples, leur chair est nourriture, leur peau, dent, os, etc., composent, en grande partie, la tenue, l'armement et l'&#233;quipement du soldat. Les scientifiques et les inventeurs s'en inspirent pour concevoir du mat&#233;riel militaire &#187;. En outre les animaux sont aussi utilis&#233;s comme symbole &#171; pour se prot&#233;ger, pour effrayer, pour se moquer d'un adversaire, ou encore pour nommer une op&#233;ration ou un engin &#8230; &#187;. Au sujet des fermes ambulantes, ils expliquaient que l'&#233;chelle du d&#233;placement d'animaux vivants d&#233;pendait &#171; des moyens de conservation des denr&#233;es alimentaire propre &#224; chaque &#233;poque&#8230; &#187;. Ainsi &#171; [pendant] longtemps l'animal-nourriture est emport&#233; vivant. Les vaches, ch&#232;vres, brebis, chamelles fournissent du lait et &#233;ventuellement des petits avant d'&#234;tre consomm&#233;es, cependant que les poules, les canes produisent des &#339;ufs. Ce cort&#232;ge ralentit consid&#233;rablement les d&#233;placements des troupes qu'il rend en outre plus visible. Il impose &#233;galement des efforts pour nourrir et soigner les animaux&#8230; &#187;. En effet, il fallait bien toute une population - issue du monde agricole mais aussi militaire - qui sache comment s'occuper des animaux, qui ait m&#234;me des attaches affectives avec eux, bien qu'ils soient le plus souvent vou&#233;s &#224; la mort. Pour une analyse de ce &#171; dualisme &#187;, voir Berger &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p.11 : &#171; Le paysan s'attache &#224; son cochon et &#233;prouve de la joie &#224; saler son porc. Ce qui est significatif, et si difficile &#224; saisir pour l'&#233;tranger citadin, c'est que les deux propositions de cette phrase soient coordonn&#233;es par un &#171; et &#187; non par un &#171; mais &#187;. Plus tard nous retournerons sur d'autres rencontres humain-animal chez Kant, elles aussi &#171; dualistes &#187; ou ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII, 363 trad. fr. p. 39&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII 363 trad. fr. &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII 363-4 &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p. 40. M&#234;me si l'on est pour le v&#233;g&#233;tarisme, il faut se garder de louer trop pr&#233;cocement ce propos potentiellement anti-carnivore de Kant : ailleurs sa critique de la vie du chasseur sugg&#232;re une tournure raciste. Dans &#8220;Sur l'emploi des principes t&#233;l&#233;ologiques dans la philosophie&#8221;, il semble enti&#232;rement soutenir l'opinion de Matthias Sprengel, qui consid&#233;rait que les &#8220;n&#232;gres&#8221; ne devraient pas &#234;tre lib&#233;r&#233;s de l'esclavage car livres &#224; eux-m&#234;mes, ils risqueraient de tomber dans l'oisivet&#233;. Manquants les ressources n&#233;cessaires &#224; se mobiliser eux-m&#234;mes, ils choisiraient la voie la plus facile, celle qui est la mieux adapt&#233;e &#224; leur disposition paresseuse : &#8220;&#8230;[Sprengel] ne conna&#238;t pas d'exemple o&#249; l'un d'eux exerce un emploi qu'on puisse &#224; proprement parler nommer &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;&#8230;ils se font revendeurs, h&#244;teliers mis&#233;rables, domestiques en livret, p&#234;cheurs et chasseurs &#224; l'occasion, des nomads [&lt;i&gt;Umtreiber&lt;/i&gt;] en un mot&#8221; dans &lt;i&gt;Opuscules sur l'histoire&lt;/i&gt; trad.S. Piobetta, Flammarion : 1990 p186 OHPT A.K. VIII. 174). Comme R. Bernasconi (op cit 307) fait bien remarquer, l'ajout par Kant &#224; ce r&#233;sum&#233; de la position de Strengel est &#8220;gratuit et inqui&#233;tant&#8221; &#224; savoir : &#8220;Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne exactement se retrouve parmi nous, avec les Tziganes&#8221;. Ici il semble bien que Kant parle &#224; sa propre voix, exprimant clairement et sans g&#234;ne ses pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut revisiter cette analyse de Kant en tenant compte de ce que nous savons maintenant des effets nocifs d'un certain type d'agriculture. L'agriculture intensive avec ses OGM devrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une sorte de guerre men&#233;e &#224; la fois contre l'environnement, contre d'autres esp&#232;ces et contre la paysannerie et tout ce qu'elle repr&#233;sente comme mode de vie. Voir Marie-Monique Robin &lt;i&gt;Le monde selon Monsanto&lt;/i&gt; (Editions la D&#233;couverte 2009) et John Berger &amp; John Mohr &lt;i&gt;Une autre fa&#231;on de raconter&lt;/i&gt; (Fran&#231;ois Maspero 1981).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il existe bien des raisons de se m&#233;fier du terme &#171; nature &#187;. Catherine Halpern le d&#233;crit comme &#171; un concept pi&#232;ge qui brouille tout, tant&#244;t descriptif, tant&#244;t normatif, englobant parfois l'humain, parfois pas &#187; (Lib&#233;ration 3-4/10/2015 article intitul&#233; &#171; Terre cuite : Le cri d'alarme de Bruno Latour, philosophe iconoclaste &#187;). Voir aussi Latour &lt;i&gt;Face &#224; Gaia&lt;/i&gt; (La d&#233;couverte 2015, surtout chapitre 1 &#171; Sur l'instabilit&#233; de la (notion de) nature &#187;). &#171; La nature &#187; engendre tout de suite une opposition &#224; &#171; la culture &#187;, mais tout en restant elle-m&#234;me bien ambigu&#235; : elle figure non seulement comme un arri&#232;re-plan immuable et rassurant, mais aussi comme mati&#232;re vuln&#233;rable et &#224; prot&#233;ger. Vivant maintenant dans l'&#232;re anthropoc&#232;ne, nous devons r&#233;viser notre conception de la terre et nos anciennes cat&#233;gories ne nous suffisent plus. On ne peut plus dissocier l'histoire naturelle de celle des humains. Sous l'effet de nos actions, la terre &#171; s'&#233;meut &#187; : elle est &#171; une enveloppe active, locale, limit&#233;e, sensible, fragile, tremblant et ais&#233;ment irrit&#233;e &#187;. Elle est ni constante, ni passive (Latour ibid p.81 ; voir aussi &lt;i&gt;The Anthropocene and the Global Environmental Crisis : Rethinking Modernity in a New Epoch&lt;/i&gt;, ed. C. Hamilton, C. Bonneuil &amp; F. Gemenne (Routledge/ Taylor &amp; Francis 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII, 362. On n'oubliera pas que cette &#171; pr&#233;voyance &#187; est &#8216;un ajout possible et n&#233;cessaire', qu'on &#171; [&lt;i&gt;kann und muss&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;nur hindenken&lt;/i&gt; &#187;, et pas une vraie source des actions que nous pouvons r&#233;ellement constater dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PPP AK VIII, 358, trad.fr. P. 30. Voir mon article &#8220;&#8221;The Camel (The Ship of the Desert)&#8221; : &#8220;Fluid Geography&#8221;, &#8220;Globality&#8221;, Cosmopolitics in the Work of Immanuel Kant&#8221; dans &lt;i&gt;The Epistemology of Utopia&lt;/i&gt; sous la direction de J. Bastos da Silva Cambridge, R.U. : Cambridge Scholars Publishers 2013, pp. 120-139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Baratay, &lt;i&gt;Le point de vue animal : une autre version de l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions du seuil 2012, p.43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AK XXV, 472 (selon la transcription de Friedl&#228;nder Winter 1775/6).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pourtant, Elizabeth de Fontenay, dans &lt;i&gt;Le silence des b&#234;tes&lt;/i&gt; (Villeneuve d'Ascq, Fayard, 2015 p.718), en d&#233;gageant la position kantienne vis-&#224;-vis de l'animal, nous laisse peu d'espoir qu'un respect de ce genre puisse jamais &#233;merger de sa philosophie : &#8220;seul l'homme, en vertu de la dignit&#233; attach&#233;e &#224; la raison, m&#233;rite le respect, ce qui veut dire qu'il y a quelque chose en lui qu'on ne peut pas &#233;valuer, appr&#233;cier quantitativement. Respecter un animal n'a donc aucun sens dans la philosophie pratique de Kant &#8221;. Tout en restant bien conscients de cette position dure et tranchante de Kant, qui semblent nous d&#233;tacher d&#233;finitivement de l'animal et des autres formes naturelles, nous pourrions nous consoler avec certains textes g&#233;ographiques de Kant dans lesquels affleurent une sensibilit&#233;, et m&#234;me une admiration, pour le monde naturel comme &#8220;un faisceau de processus dynamiques et [&#8230;] une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements qui inter-r&#233;agissent d'une fa&#231;on complexe&#8221; (voir D. Morgan, &#8220;&#8221; La terre est une sph&#232;re&#8221; : la &#8220;globalit&#233;&#8221; et les sciences de la terre chez Kant&#8221; dans &lt;i&gt;Kant et les sciences : un dialogue avec la pluralit&#233; des savoirs&lt;/i&gt; ed. S. Grapotte, M. Lequan, M. Ruffing, Paris, Vrin 2011, p.200).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le rapport de la &#8220;Convention sur la diversit&#233; biologique&#8221; de la COP 5 qui a eu lieu &#224; Nairobi 2000. Concernant la conscience de Kant de notre responsabilit&#233; envers les g&#233;n&#233;rations futures, voir &#8220;Th&#233;orie et pratique&#8221; : &#8220;&#8230;le devoir inn&#233; en tout membre de la suite [ou &#171; la s&#233;rie &#187;] des g&#233;n&#233;rations [&lt;i&gt;in jedem Gliede der Reihe der Zeugungen&lt;/i&gt;] - j'en fais partie en tant qu'homme en g&#233;n&#233;ral, sans pourtant avoir la constitution morale requise aussi bonne que je devrais et que par suite aussi, je pourrais l'avoir- devoir de faire en sorte que la post&#233;rit&#233; ne cesse de s'am&#233;liorer (chose dont il faut par cons&#233;quent admettre la possibilit&#233;) et qu'ainsi ce devoir se transmettra r&#233;guli&#232;rement d'un membre &#224; l'autre des g&#233;n&#233;rations [&lt;i&gt;da&#946; so diese Pflicht von einem Gliede der Zeugungen zum andern sich rechtm&#228;&#946;ig vererben k&#246;nne&lt;/i&gt; &#187;]. Au lieu de traduire &#8220;&lt;i&gt;Reihe&lt;/i&gt;&#8221; par &#8220;suite&#8221; comme Guillermit, je pr&#233;f&#233;rerais employer &#8220;la s&#233;rie&#8221;, afin de faire le lien avec Proudhon pour qui c'&#233;tait &#224; la fois un concept et une pratique importante, comme le t&#233;moigne cette citation tir&#233;e de &lt;i&gt;De la cr&#233;ation de l'ordre dans l'humanit&#233;&lt;/i&gt; (Antony, Editions Tops/Trinquier 2000, t. II, p.17) : &#8220;Rien ne se produit dans la nature, ne se d&#233;veloppe que par s&#233;ries. La s&#233;rie est la condition supr&#234;me de la vie, de la dur&#233;e, de la beaut&#233;, comme la science et de la raison. Toute manifestation de la substance et de la force, qui ne renferme pas en elle-m&#234;me sa loi propre, le mode de s&#233;riation qui la fait &#234;tre ce qu'elle est, est une manifestation anormale, subversive ou transitoire&#8221;. Proudhon consid&#233;rait Kant comme un grand penseur de &#8220;la loi s&#233;rielle&#8221; (ibid, t. I,p.145). Voir mon article &#8220;&lt;i&gt;Globus terraqueus&lt;/i&gt; : Cosmopolitan Law and &#8220;Fluid Geography&#8221; in the Utopian Thinking of Immanuel and Pierre-Joseph Proudhon&#8221; dans &lt;i&gt;Law and the Utopian Imagination&lt;/i&gt; ed. A. Sarat, L. Douglas &amp; M. Umphrey (Stanford : Stanford U.P. 2014, pp.126-154).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien qu'en tant que Kantiens, nous devrions s&#233;parer le moralement bon de la recherche du bonheur (CRP AK V, 59ff ; trad. fr. J-P. Fussler, Paris, Gallimard Flammarion, 2003, p.165ff), on reconnait maintenant que notre bien-&#234;tre (&lt;i&gt;Wohl&lt;/i&gt;), et m&#234;me notre survie, d&#233;pendent dans le long terme de l'adoption d'une mode de vie plus rigoureusement &#8220;&#233;thique&#8221;, moins anthropocentrique, moins individualiste, plus soucieux de son impact sur tout ce qui nous entoure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AK XXV:I, transcription de Friedl&#228;nder.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;APP AK XXV : I, 469. Le texte originel : &#171; &lt;i&gt;Die Welt als ein Gegenstand des &#228;u&#946;eren Sinnes ist Natur, die Welt als ein Gegenstand inneren Sinnes ist der Mensch. Also kann der Mensch in&lt;/i&gt; zwiefache &lt;i&gt;Verh&#228;ltnis kommen in die Verh&#228;ltnisse, wo er die Kenntnisse der Natur, und in die Verh&#228;ltnisse, wo er die Kenntnisse des Menschen n&#246;tig hat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vu comment les insectes sont si d&#233;consid&#233;r&#233;s par nous - ils provoquent souvent notre d&#233;go&#251;t, on les tue sans &#233;tat d'&#226;me, et on n'est jamais tent&#233; de leur faire des c&#226;lins comme on souhaite le faire avec beaucoup d'esp&#232;ces &#224; fourrure - il est peut-&#234;tre important de nous rappeler que ce sont aussi que des &#171; animaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CRP, AK V, 160 trad. fr. op cit. p. 292. Cet &#233;pisode est aussi &#233;voqu&#233; dans &lt;i&gt;Le&#231;ons d'&#233;thique&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt;). Voir aussi de Fontenay (op cit 2015, 716-8) sur ce passage. Elle remarque que le Kant qui &#171; s'&#233;merveille de [la] pr&#233;venance [de Leibniz] &#187;, n'en justifie pas moins les exp&#233;riences sur d'autres esp&#232;ces si celles-ci servent &#171; la fin qu'est l'homme &#187;. N&#233;anmoins, elle reconnait bien que, dans la troisi&#232;me Critique, il y a le &#171; jaillissement d'un vitalisme et d'une t&#233;l&#233;ologie &#233;clair&#233;s &#187; qui forc&#233;ment l'am&#232;ne &#224; refuser que les autres &#234;tres vivants soient consid&#233;r&#233;s comme des simples machines. Ceci dit, il n'en reste pas moins que &#171; sur le plan des pratiques, l'animal reste riv&#233; au statut d'instrument fourni &#224; l'homme par la nature et la R&#233;v&#233;lation &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; 729). Tenant compte des propos de Fontenay, je voudrais bousculer la pens&#233;e de Kant afin de la repositionner face &#224; ce qu'on appelle (avec peu de rigueur), &#171; l'animal &#187;, et ainsi &#234;tre plus en accord avec le potentiel de sa pens&#233;e cosmopolitique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CRP ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CFJ &#167;34, AK V, 267. La qualification un peu gratuite de &#171; m&#234;me la nature &#187; (&#8220;&lt;i&gt;selbst der Natur&lt;/i&gt;&#8221;) de la part de Kant nous rappelle qu'il lui aurait fallu un travail profond sur ses pr&#233;jug&#233;s) pour s'ouvrir plus vers la diversit&#233; du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La d&#233;finition du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; fournit par Tronto (avec Fisher) est la suivante : &#171; Une activit&#233; caract&#233;ristique de l'esp&#232;ce humaine qui inclut tout ce que nous faisons en vue de maintenir, de continuer ou de r&#233;parer notre &#171; monde &#187;, de telle sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible. Ce monde inclut nos corps, nos individualit&#233;s (&lt;i&gt;selves&lt;/i&gt;) et notre environnement, que nous cherchons &#224; tisser ensemble dans un maillage complexe qui soutient la vie &#187; (Tronto dans &lt;i&gt;Qu'est-ce que le care ?&lt;/i&gt; ed. P. Molinier, S.Laugier et P. Paperman, Paris, Payot 2012, p.37). Vu que le &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; est consid&#233;r&#233; comme &#171; une activit&#233; caract&#233;ristique de l'esp&#232;ce humaine &#187;, il faudrait se demander si pour Tronto, le &#171; nous &#187; en question reste strictement humain, ou si le &#171; maillage complexe &#187; inclut d'autres esp&#232;ces. Pour une appr&#233;ciation explicite du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt; dans le monde animal, voir Kant &lt;i&gt;Le&#231;ons d'&#233;thique&lt;/i&gt; p.257. Kant maintient qu'en observant comment ils s'occupent si bien de leurs petits, nos pr&#233;jug&#233;s envers les loups sont renvers&#233;s et qu'on ne peut continuer &#224; &#234;tre cruels envers eux. Le livre de Tronto propose d'&#233;largir les fronti&#232;res morales au-del&#224; de ce qu'elle identifie comme les crit&#232;res universalisants de Kant, qui n&#233;cessitent &#171; des acteurs moraux d&#233;sengag&#233;s et d&#233;sint&#233;ress&#233;s &#187;. Cette d&#233;marche de Tronto se poursuit au nom d'une moralit&#233; qui est plus li&#233;e aux situations politiques et sociales, et dont le champ d'action favorise une proximit&#233; plus &#233;troite avec l'autre et o&#249; les &#233;motions et les sentiments ont leur r&#244;le &#224; jouer (J. Tronto &lt;i&gt;Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care&lt;/i&gt;, N.Y., Routledge 1993, pp. 8-9 p.26ff). Elle d&#233;clare en effet que &#171; la notion kantienne de la vie &#233;thique a d&#233;termin&#233; les fronti&#232;res &#187; qui sont l'objet principal de sa critique. Il n'est donc pas sans int&#233;r&#234;t de trouver la reconnaissance par Kant d'un certain care, et d'un care pratiqu&#233; dans un monde qui n'est pas limit&#233; aux humains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CF A.K. VII, 102-3. Ce n'est pas par hasard que Kant &#233;voque des oiseaux chanteurs, qui semblent tenir une place particuli&#232;re dans ses pens&#233;es et, qui sait, peut-&#234;tre dans son c&#339;ur. Dans l'&lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, il note qu'ils apprennent &#224; chanter &#224; leurs petits et &#171; introduisent&#8230;une certaine diversit&#233; dans leurs ramages &#187; selon l&#224; o&#249; ils vivent (AK VII, 323 ; trad. fr. de Renaut p. 311). Ils se rapprochent ainsi de l'humain : ils doivent s'&#233;duquer et poss&#232;dent une culture. Voir aussi &#171; Refl&#233;xions sur l'&#233;ducation &#187; AK IX 443, trad. Fr de Philonenko, Vrin 2004, pp.97-8 : &#171; L'homme a besoin de soins et de la culture. La culture comprend la discipline et l'instruction [&lt;i&gt;Wartung und Bildung&lt;/i&gt;]. Aucun animal autant qu'on le sache, n'a besoin de cette d&#233;marche. Car aucun animal n'apprend quelque chose de ceux qui sont plus avanc&#233;s en &#226;ge, &lt;i&gt;exception faite des oiseaux qui apprennent leur chant&lt;/i&gt;... &#187; et la suite. Voir la note de Philonenko o&#249; il remarque que Kant s'&#233;carte sensiblement de Rousseau en postulant que les animaux en g&#233;n&#233;ral n'acqui&#232;rent rien de leur entourage. Il est aussi &#224; noter que le trucage du chant d'oiseau est ce qui provoque son d&#233;go&#251;t outr&#233; dans CFJ &#167;22 &amp; &#167;42. Ceci dit, malgr&#233; leur sp&#233;cificit&#233; pour Kant, je vais prendre les oiseaux comme exemple des animaux de compagnie en g&#233;n&#233;ral. On peut bien observer qu'il y a un glissement dans mon analyse entre &#171; l'animal domestiqu&#233; &#187; et &#171; l'animal domestique/ de compagnie &#187;. Ce manque de distinction est peut-&#234;tre productif ; il provoque une r&#233;flexion sur par exemple la fronti&#232;re suppos&#233;e entre un animal qui a sa place dans la maison, et celui qui doit rester &#224; l'ext&#233;rieur ; entre celui qui entre dans la vie intime des humains, et celui avec lequel on est cens&#233; avoir moins de liens affectifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'offre de l'hospitalit&#233; &#224; autrui est souvent accompagn&#233;e par un repas. Manger ensemble signale que nous sommes en s&#233;curit&#233;, que nous pouvons faire confiance &#224; l'autre (au moins le temps de rester &#224; table&#8230;). Voir APP VII, 279.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;APP A.K. VII, 322. Voir &#171; La main de Heidegger &#187; de Derrida dans &lt;i&gt;Psych&#233;&lt;/i&gt; (Paris, Galil&#233;e 1987) pour une analyse de la fa&#231;on dont la priorisation de la main humaine renforce la th&#232;se de Heidegger que l'animal est pauvre en monde [&lt;i&gt;weltarm&lt;/i&gt;] : &#171; l'animal n'a pas de main, [&#8230;] une main ne peut jamais surgir &#224; partir d'une patte ou des griffes, mais seulement de la parole&#8230; &#187; (&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p.434). Pr&#233;senter l'utilisation de la main humaine comme fa&#231;on de nous rapprocher de l'animal, plut&#244;t que de nous s&#233;parer d'eux comme esp&#232;ce sup&#233;rieure, serait alors une d&#233;marche importante &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Haraway &lt;i&gt;When Species Meet&lt;/i&gt; Minneapolis, University of Minnesota Press 2007 p.3. Pour beaucoup de ceux qui se sont pench&#233;s sur la question de l'animal, c'est le monde capitaliste qui a chosifi&#233; notre rapport avec eux. Voir de nouveau Berger &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p.35 : &#171; La perte historique dont t&#233;moignent les zoos [o&#249; il n'y a pas d'&#233;change avec l'animal en captivit&#233;] est d&#233;sormais irr&#233;parable dans un monde r&#233;gi par la seule &#233;conomie de march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haraway &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p.3. Bruno Latour (&lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p.49), qui mentionne Haraway, d&#233;finit &#171; faire monde &#187; comme &#171; ce qui ouvre &#224; la multiplicit&#233; des &lt;i&gt;existants&lt;/i&gt; d'une part et, d'autre part, &#224; la &lt;i&gt;multiplicit&#233;&lt;/i&gt; des fa&#231;ons qu'ils ont d'exister &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haraway &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p.5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'&#233;mergence des cosmopolitiques&lt;/i&gt; sous la direction de J. Lolive et O. Soubeyran, La d&#233;couverte Paris 2007, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Haraway op cit p19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AK VIII, 37. Je reprends la traduction utilis&#233;e par Ren&#233; Sch&#233;rer &lt;i&gt;Hospitalit&#233;s&lt;/i&gt; p.125. Voir la note 46 ci-dessous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici je donne la d&#233;finition qu'on trouve dans &lt;i&gt;Prol&#233;gom&#232;nes &#224; toute m&#233;taphysique future qui pourra se pr&#233;senter comme une science&lt;/i&gt; AK IV, 357.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Sch&#233;rer &lt;i&gt;Hospitalit&#233;s&lt;/i&gt; Paris, Anthropos 2004, p. 125-6. Berger corrobore les propos de Sch&#233;rer dans &lt;i&gt;Dans l'entre-temps : R&#233;fl&#233;xions sur le fascisme &#233;conomique&lt;/i&gt; Barcelone, Indig&#232;ne &#233;ditions 2009 p.12 : &#8220;La prison est &#224; pr&#233;sent aussi vaste que la plan&#232;te. Les zones qui lui sont allou&#233;es sont variables. Et peuvent &#234;tre appel&#233;es chantiers, camps de r&#233;fugi&#233;s, galeries marchandes, p&#233;riph&#233;ries urbaines, ghettos, immeubles de bureau, bidonville, banlieues&#8230;&#8221;. Dans les &#233;crits de Berger, on passe des animaux, aux migrants et aux paysans, &#224; l'art. Lier tous ses &#233;l&#233;ments constitue un acte politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;IHU AK VIII, 65 trad. fr de S. Piobetta Garnier Flammarion 1990 p120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour comment l'abaissement de l'animal a des cons&#233;quences sur le traitement de certains humains, je renvoie au d&#233;bat controvers&#233; autour du parall&#232;le entre les abattoirs et les camps de concentration nazis. Voir par ex. Coetzee op cit, C. Patterson &lt;i&gt;Eternal Treblinka : Our Treatment of Animals and the Holocaust&lt;/i&gt; (N.Y. Lantern Books 2002) ; A. Pick &lt;i&gt;Creaturely Poetics&lt;/i&gt; (N.Y. Columbia U.P. 2011, p.6-7, 30-35). Voir aussi Derrida &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p44-48.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai d&#233;j&#224; sugg&#233;r&#233; que Kant laisse transpara&#238;tre une reconnaissance &#233;ventuelle de la multiculture des oiseaux chanteurs. Voir ci-dessus note 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je pense ici &#224; la condamnation de l'esclavage sur les &#238;les de sucre dans PPP AK VIII, 359 trad. Fr. Gibelin p. 32-3, mais quand m&#234;me sa position reste ambig&#252;e : dans les &#171; Vorarbeiten &#187; au &#171; Projet de paix perp&#233;tuelle &#187;, Kant critique la traite des esclaves en tant que pr&#233;judice port&#233; &#224; l'hospitalit&#233; qu'on doit envers le peuple noir ; &#171; &lt;i&gt;an sich&lt;/i&gt; &#187; elle est une mauvaise affaire. Cependant ce qui compte encore plus pour lui, c'est l'effet nocif qu'elle a sur l'Europe et son commerce A.K XXIII.174. Ce point n'est pas abord&#233; par P. Kleingold dans son article &#171; Kant's Second Thoughts on Race &#187; dans &lt;i&gt;The Philosophical Quarterly&lt;/i&gt; tome 57, num&#233;ro 229, Octobre 2007, p.587. Par contre Bernasconi nous oblige de regarder ces propos en face (&lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p.302-3). Il consid&#232;re que Kant aurait pu se prononcer plus clairement pour la cause abolitionniste s'il avait vraiment souhait&#233; le faire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A.K VIII, 120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour une reconnaissance du fait que les animaux ne sont pas consentants, voir &#171; Th&#233;orie et pratique &#187; TP AK VII, 293 trad. fr. p. 34 : &#171; [aucun homme] ne peut, par aucun acte juridique (ni le sien ni celui d'un autre), cesser d'&#234;tre son propre ma&#238;tre et passer dans la classe des animaux domestiques, qu'on emploie &#224; tous usages, comme on veut, et qu'on maintient en cet &#233;tat &lt;i&gt;sans leur consentement&lt;/i&gt;, aussi longtemps qu'on veut, sous r&#233;serve qu'on ne les mutile ni ne les mette &#224; mort&#8230; &#187; (&lt;i&gt;c'est moi qui souligne&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;APP A.K. VII 119 trad. de Foucault p83.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Introduction &#187; de Foucault p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;APP A.K VII, 333 ; ibid p.262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Kant semble d&#233;sapprouver le fait que la femme &#171; dans l'&#233;tat de sauvagerie naturelle&#8230; n'est qu'un animal domestique &#187; et appr&#233;cier jusqu'&#224; un certain degr&#233; ses diverses ruses pour se frayer un chemin dans le soci&#233;t&#233; (APP AK VII 304ff trad. fr. p.238ff). Le pas suivant serait de ne pas accepter le statut &#171; d'animal domestique &#187; comme une donn&#233;e d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Foucault &lt;i&gt;op cit&lt;/i&gt; p. 27. Voir aussi &lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt; p.34 &#171; l'homme, dans l'&lt;i&gt;Anthropologie&lt;/i&gt;, n'est ni &lt;i&gt;homo natura&lt;/i&gt;, ni sujet pur de libert&#233; ; il est pris dans les synth&#232;ses d&#233;j&#224; op&#233;r&#233;es de sa liaison avec le monde &#187;. C'est la &#171; synth&#232;se &#187; humaine-animale que j'ai commenc&#233; &#224; explorer dans cet article ; elle n'est pas d&#233;velopp&#233;e explicitement dans l'&#339;uvre de Foucault. Clare Palmer nous donne un bon outil d'interpr&#233;tation des ressources chez Foucault, pour repenser l'opposition binaire entre l'humain (la raison) et l'animal (la folie), dans son &#171; Madness and Animality in Michel Foucault's &lt;i&gt;Madness and Civilisation&lt;/i&gt; &#187; de Clare Palmer dans &lt;i&gt;Animal Philosophy&lt;/i&gt; sous la direction de P. Atterton &amp; M.Calarco (Continuum Londres/ NewYork 2004, pp. 72-84).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;CF AK. VII p97. Cette proposition n'est pas mineure, &#233;tant donn&#233;e l'importance que Kant attachait &#224; ses promenades habituelles. Les errances d'un chien auraient pu d&#233;r&#233;gler ses p&#233;r&#233;grinations, obligeant ainsi les citoyens de K&#246;nigsberg, ne pouvant plus compter sur sa parfaite pr&#233;visibilit&#233;, &#224; s'&#233;quiper de montres. Voir De Quincey &#171; The Last Days of Immanuel Kant &#187; [Les derniers jours d'Emmanuel Kant] dans &lt;i&gt;The English Mail Coach and other Essays&lt;/i&gt; (London, Dent &amp; Dutton p.173) : &#171; .. Kant walked out for exercise, but on this occasion he never took any companion&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; Je monte, je valide &#187; : les machines nous parlent et parlent &#224; notre place. Faut-il s'orienter autrement ? I get on board and validate my ticket</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=447</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=447</guid>
		<dc:date>2014-10-30T18:06:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Diane Morgan</dc:creator>



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&lt;p&gt;Diane Morgan, School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies, University of Leeds, U.K. findlm@leeds.ac.uk/ DianeMorgan1@orange.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous trouverez la version anglaise &#224; la fin de cet article. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moins en r&#233;gion parisienne, les autobus de la RATP nous parlent et parlent &#224; notre place. Ils nous disent &#171; je monte, je valide &#187; ; de cette fa&#231;on ils nous rappellent qu'il nous faut un titre de transport en cours de validit&#233; pour profiter du transport public. Je sais d&#233;j&#224; que quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=42" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; : &#034;Les usages politiques du corps&#034; en Albanie aout 2014&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Diane Morgan, School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies, University of Leeds, U.K. &lt;br class='autobr' /&gt;
findlm@leeds.ac.uk/ DianeMorgan1@orange.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous trouverez la &lt;strong&gt;version anglaise &lt;/strong&gt; &#224; la fin de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins en r&#233;gion parisienne, les autobus de la RATP nous parlent et parlent &#224; notre place. Ils nous disent &#171; je monte, je valide &#187; ; de cette fa&#231;on ils nous rappellent qu'il nous faut un titre de transport en cours de validit&#233; pour profiter du transport public. Je sais d&#233;j&#224; que quand mon corps monte dans un autobus, je suis oblig&#233;e d'acheter ou d'avoir achet&#233; sa place. C'est la moindre des choses, si je veux tirer tous les avantages que me propose un r&#233;seau de v&#233;hicules motoris&#233;es subventionn&#233; par la municipalit&#233; et l'Etat. J'accepte cette condition et souhaite bien qu'il y ait toujours un syst&#232;me de transport en commun. Cependant je reste un peu d&#233;rang&#233;e par cette interpellation&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au Club Med Gym, je paie aussi le prix pour mon corps. Peut-&#234;tre pas pour mon corps actuel, mais pour le corps que je pense vouloir et devoir avoir ! Mais j'assume cette d&#233;cision. L&#224; aussi, les machines parlent. Les tapis roulants, les douches, les s&#232;che-cheveux annoncent, (chacun poss&#232;de sa propre voix) : &#171; je suis en maintenance &#187;. Ces pannes sont un peu emb&#234;tantes car je paie tr&#232;s cher pour me servir de ces choses. Cependant, le fait qu'elles ne&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L300xH180/Diane-c0d55.jpg?1773011539' width='300' height='180' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Image 2 : Les machines du CMG.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dissimulent pas leur d&#233;faillance mais me la communiquent en toute franchise, probablement me r&#233;concilie avec mon choix de consommation. Je reste fid&#232;le &#224; &#171; mon club &#187; et ainsi continue d'adh&#233;rer &#224; ses propos, tels que : &#171; J'ai les yeux de ma m&#232;re, pour le reste c'est Club Med Gym &#187; ; ou &#171; CMG : Un corps sain dans un esprit club &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois p&#233;niblement post-body pump, -body sculpt, -abdo-fessiers, ma carcasse &#233;merge du sous-sol du club de gym et se met raidement en marche vers la libre et lumineuse rue publique o&#249; je dois retirer de l'argent d'un distributeur qui m'annonce, peut-&#234;tre fi&#232;rement, &#171; je suis un distributeur multifonctionnel &#187;. Je suis ravie pour lui mais je ne sais pas vraiment ce qu'il veut dire et pourquoi il m'adresse ainsi la parole alors qu'il me faut simplement des sous pour faire les courses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis pour l'interaction, pour un &#233;change agr&#233;able entre concitoyens (aussi bien qu'avec les autres qui ne d&#233;tiennent pas les droits de s'identifier ainsi) et pour les dispositifs qui mettent en &#339;uvre les rapports pr&#233;sum&#233;s contractuels entre nous en agen&#231;ant nos corps individuels ensemble. Mais je suis pour &#171; tout cela &#187; en tant que personne autonome qui a int&#233;gr&#233; des principes de comportement pour- si ce n'est &#8216;par'- elle-m&#234;me au nom de l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique (probablement &#224; venir). Par cons&#233;quent, je ne devrais pas me voir ainsi adress&#233;e la parole comme &#224; quelqu'un d'immature et d'irresponsable, qui n'est pas capable d'op&#233;rer en tant que bonne citoyenne toute seule sans qu'un autobus me souffle mes devoirs en faisant semblant d'&#234;tre moi-m&#234;me. Je ne devrais pas non plus &#234;tre pr&#233;sent&#233;e comme une animiste superstitieuse qui croit que la technologie poss&#232;de un esprit et peut r&#233;ellement s'exprimer, m&#234;me si je constate r&#233;guli&#232;rement qu'elle est plus performante et plus puissante que moi. Je dois aussi avouer que je suis un &#234;tre d&#233;j&#224; fatigu&#233; par cette sollicitation constante d'&#233;crans et des panneaux. En gros, j'&#233;prouve le besoin d'espace, d'un espace autre, un espace de jeu (&lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt;) pour m'orienter selon une id&#233;e plus expansive et m&#234;me plus joyeuse (moins format&#233;e, moins pr&#233;-enregistr&#233;e, plus spontan&#233;e, plus vivante) de la citoyennet&#233; (1). O&#249; la chercher ? Comment l'inventer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous interrogeons sur la question des usages politiques du corps. Mais que serait-ce exactement qu'un usage non-politique du corps ? Existe-t-il vraiment ? L'endroit pr&#233;cis o&#249; notre corps &#233;merge dans ce monde, et l&#224; o&#249; il cesse d'avoir une vie, sont situ&#233;s dans un contexte qui est en fin de compte politique, souvent inextricablement li&#233; &#224; la production, la distribution, l'&#233;change et la consommation de biens et de services, c'est-&#224;-dire &#224; l'&#233;conomie. J'aurais plus ou moins de chance d'avoir une vie &#233;panouie. L'argent peut jouer un r&#244;le l&#224;-dedans, m&#234;me si, comme le montre bien Zola dans &#171; Comment on meurt &#187;, l'argent est loin de garantir le bonheur d'&#234;tre aim&#233; et entour&#233; par ses proches jusqu'&#224; la fin de ses jours ; mais ceci dit, une vie sans argent peut avoir aussi son c&#244;t&#233; p&#233;nible, et m&#234;me injuste ! Ainsi, la vie et la mort d'un corps peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme faisant partie du &#171; politique &#187;. De m&#234;me, les situations dans lesquelles nous-m&#234;mes pla&#231;ons nos corps, volontairement ou pas, les lieux de travail dans lesquels ils s'exercent, sont politis&#233;s. Les lieux de sociabilit&#233; aussi, o&#249; nos corps peuvent s'exprimer plus librement et se d&#233;tendre, ne sont pas non plus sans r&#233;percussions politiques, ne serait-ce que par la diff&#233;rence entre le champ des possibilit&#233;s qui m'est offert compar&#233; &#224; celui des autres. Tout peut devenir une question politique, et tout peut-&#234;tre devrait toujours le devenir. Ou peut-&#234;tre pas&#8230; Ne faudrait-il pas garder un &#171; reste &#187;, un r&#233;sidu corporel, qui y &#233;chappe, au nom m&#234;me d'une politique plus &#171; utopique &#187;, moins contrainte par les conventions et les compromis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Walter Benjamin, l'avenir r&#233;volutionnaire allait de pair avec la construction d'un corps collectif dont l'espace (&lt;i&gt;Leibraum&lt;/i&gt;) s'interp&#233;n&#233;trerait avec celui de l'image (&lt;i&gt;Bildraum&lt;/i&gt;). Dans son essai sur le surr&#233;alisme, il affirmait que la technologie est en train d'organiser une nouvelle &lt;i&gt;physis&lt;/i&gt; pour &#171; la collectivit&#233; &#187;. Cette nouvelle humanit&#233; (&lt;i&gt;Menschheit&lt;/i&gt;) romprait avec la configuration &#171; classique &#187; du sujet (voire l'essai sur Kraus), laissant ainsi derri&#232;re elle des auteurs aussi radicaux que Hebel, Nietzsche, B&#252;chner et Rimbaud dont la mat&#233;rialisme demeure &#171; m&#233;taphysique &#187;, pas encore compl&#232;tement &#171; anthropologique &#187; (Benjamin 1991a, 309-310, 335 ; 2005a, 217 ; 2005b 448). Selon lui, on ne pourrait franchir le seuil qui s&#233;pare ces deux &#171; mat&#233;rialismes &#187; sans une rupture avec ces auteurs [&lt;i&gt;es geht nicht bruchlos &#252;berzuf&#252;hren&lt;/i&gt;]. Ceux-ci ne peuvent pas nous accompagner jusqu'au bout car il y a chez eux quelque chose qui &#171; reste &#187; [&lt;i&gt;&#171; es bleibt ein Rest &#187;&lt;/i&gt;], qui ne devrait pas. Pour anticiper mon argument, je d&#233;voile tout de suite que pour moi ce &#171; reste &#187; est notre rapport au corps (en tant que &lt;i&gt;K&#246;rper&lt;/i&gt;), ce qui, parmi bien d'autres choses, r&#233;siste &#224; notre assimilation totale dans le corps collectif (&lt;i&gt;der kollektiver Leib&lt;/i&gt;), &#224; cette assimilation que pr&#233;conisait par Benjamin dans le passage suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est uniquement lorsque dans la technologie l'espace du corps et de l'image s'interp&#233;n&#232;trent si profond&#233;ment que toute tension r&#233;volutionnaire devient de l'innervation corporelle collective, et toute innervation corporelle du collectif devient une d&#233;charge r&#233;volutionnaire, que la r&#233;alit&#233; s'est d&#233;pass&#233;e elle-m&#234;me au degr&#233; exig&#233; par &#171; Le manifeste communiste &#187; (ibid 2005a, 217-8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erst wenn| [in der Technologie] sich &lt;i&gt;Leib und Bildraum&lt;/i&gt; so tief durchdringen, dass alle revolution&#228;re Spannung &lt;i&gt;leibliche&lt;/i&gt; kollektive Innervation, alle &lt;i&gt;leiblichen&lt;/i&gt; Innervationen des Kollektivs revolution&#228;re Entladung werden, hat die Wirklichkeit so sehr sich selbst &#252;bertroffen, wie &#171; Das kommunistische Manifest &#187; es fordert (ibid 310).&lt;br class='autobr' /&gt;
[N.B je note qu'ici nous nous adressons au &#171; Leib &#187; et pas au &#171; K&#246;rper &#187;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve cette analyse de Benjamin tr&#232;s probl&#233;matique. D'ailleurs je consid&#232;re que souvent on ne r&#233;-actualise pas assez ses id&#233;es. Dans la soci&#233;t&#233; d'aujourd'hui, avec l'emprise des espaces-images (&lt;i&gt;Bildr&#228;ume&lt;/i&gt;) sur nos corps et nos esprits, une telle affirmation de la part de Benjamin risque de nous faire tomber dans le m&#234;me engouement immature pour les nouvelles technologies, contre lequel il voulait justement nous pr&#233;munir (2). Une immersion trop profonde dans &#171; la seconde nature &#187; &#233;voqu&#233;e en premier par Luk&#225;cs, c'est-&#224;-dire ce monde certes invent&#233; par nous mais qu'on ne ma&#238;trise plus depuis longtemps, &#233;limine toute possibilit&#233; de distance critique (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b, 62). Benjamin semblerait nous pousser &#224; nous rapprocher de plus en plus de cette technologie, d'abolir toute distance qui nous s&#233;pare d'elle : selon lui il faut &#171; rendre les choses &#171; plus proches &#187; de soi &#187; ; il annonce que &#171; le besoin s'impose [aux masses, &#224; nous ?] de poss&#233;der l'objet d'aussi pr&#232;s que possible, dans son image, ou plut&#244;t dans son reflet, dans sa reproduction&#8230; &#187; (Benjamin 1989, 2002, 105)***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de consommation nous pousse elle aussi &#224; avoir tout &#224; port&#233;e de main, de jouir de la tactilit&#233; de ses appareils si interactifs, cens&#233;s nous mettre en contact avec tout le monde, partout et n'importe quand (3) Il suffit que le t&#233;l&#233;phone &#171; vibre &#187; dans une poche pour qu'on agisse, ou plut&#244;t r&#233;agisse, le plus souvent sans d&#233;lai, avec l'ob&#233;issance ali&#233;nante qu'&#233;voquait par Luk&#225;cs il y a pr&#232;s d'un si&#232;cle. Pour employer ses propres termes, c'est avec une &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; quasi &#171; fataliste &#187; (&#171; eine &lt;i&gt;fatalistische Notwendigkeit&lt;/i&gt; &#187;) que nous agen&#231;ons nos corps et nos esprits dans la cadence de ces machines ; un tel automatisme rel&#232;ve bien du r&#233;gime f&#233;tichiste, si bien d&#233;crit par Luk&#225;cs, dans lequel le sujet &#171; agissant &#187; est transform&#233; &#171; en simple organe visant la saisie des r&#233;sultats possibles &#187; (&lt;i&gt;ein blosser Auffassungsorgan)&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'un syst&#232;me qui fournit les donn&#233;es &#224; traiter (Luk&#225;cs 1985, 265-6 ; 1983, 128-130 ; 2007, 163-5). Un tel syst&#232;me s'anime - et nous stimule &#224; bouger nous aussi, car nous sommes d&#233;j&#224; impliqu&#233; l&#224;-dedans - en incitant &#171; le mouvement des choses sous le contr&#244;le desquelles [nous nous trouvons] au lieu de les contr&#244;ler &#187;, pour citer Marx (Marx 1976, 71 ; 1979, 167-8 ; 2005, 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sc&#233;nario, nos &#171; actions &#187; deviennent pr&#233;visibles, puisque jusqu'&#224; un certain point elles sont programm&#233;es d'avance, et par cons&#233;quence nous risquons de nous fermer aux &#233;ventualit&#233;s non calculables. D'o&#249; l'importance signal&#233;e par Alain Brossat, - du moins pour ce que j'imagine car, h&#233;las, j'ai manqu&#233; son expos&#233; et la discussion qui s'ensuivit &#8211; l'importance de ce qui tombe sur nous, et nous fait tomber, c'est-&#224;-dire ce qui nous emp&#234;che d'aller jusqu'au bout de nos &#171; projets &#187;, de nos &#171; objectifs &#187; ; l'importance de ce qui entrave notre &#171; performativit&#233; &#187;, mettant en &#233;chec nos vis&#233;es vers un futur qu'on pense vouloir bien &#171; g&#233;rer &#187;. Paradoxalement, l'illusion de g&#233;rer les risques engendre un danger particuli&#232;rement aigu, celui de se trouver expos&#233; &#224; ce qui advient, quand cela advient, et d'&#234;tre ainsi d'autant plus frapp&#233; par ce qui advient. On se ferme contre un avenir qui n'existe pas encore et de fait on ne pourrait jamais le conna&#238;tre compl&#232;tement d'avance. On n'est pas pr&#234;t, et de toute fa&#231;on on ne pourrait jamais s'y pr&#233;parer totalement. Ce sont souvent des choses li&#233;es &#224; l'&#171; amour et de la mort &#187; qui se pointent d'une fa&#231;on si inattendue, alors qu'elles font partie de la vie, apr&#232;s tout. Ces &#171; choses &#187; - le corps, les sentiments, les pens&#233;es de l'individu dans ses rapports avec ses autres- sont bien mentionn&#233;es en passant par Benjamin, dans une variante de &#171; L'&#339;uvre d'art &#224; l'&#232;re de sa reproductibilit&#233; technique &#187;. Il les &#233;voque en terme d'une autre &#171; volont&#233; utopique &#187; qui r&#233;clame que ces grandes questions concernant la vie [&lt;i&gt;die Lebensfragen&lt;/i&gt;] de l'individu, je dirais ici en tant que corps (&lt;i&gt;K&#246;rper&lt;/i&gt;), soit &#233;ventuellement incorpor&#233;es dans le projet r&#233;volutionnaire pour le corps collectif (&lt;i&gt;kollektiver Leib&lt;/i&gt;) (Benjamin 1989, 665-6 ; 2002, 134-5). Mais &#231;a aurait &#233;t&#233; quand, ce moment-l&#224; ? &#199;a aurait pu &#234;tre quand exactement ? Et aujourd'hui, o&#249; sommes-nous par rapport &#224; tout cela ? Quelle qualit&#233; de rapport entre ces deux corps vivons-nous aujourd'hui suite &#224; notre &#171; r&#233;volution technologique &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin soutenait que l'image-espace cin&#233;matographique nous offrait un terrain d'entra&#238;nement pour nous hisser &#224; la hauteur du monde moderne (ibid 365 &amp; 111). Pour lui, cette technologie avait le potentiel de bouleverser le vieil ordre social et d'en construire un autre, plus &#233;galitaire et donc plus riche de sens. Rien de cela n'est plus aussi s&#251;r aujourd'hui, dirais-je. [Ceci dit, je suis pr&#234;te &#224; retirer une grande partie de ce que je viens de dire quand je vois un bon film, et notamment un bon documentaire, comme ceux que nous avons visionn&#233; ensemble les soirs pr&#233;c&#233;dents. Mais Kujtim &#199;ashku aussi parlait avec l'ambivalence du pouvoir de l'image, je me permets alors d'avancer dans mon argument avec la b&#233;n&#233;diction de ce cin&#233;aste]. Li&#233;s par les images-espaces, nous ne nous mouvons plus &#171; librement &#187; car nous ne reconnaissons pas la &#171; contingence intelligible &#187; qui les anime, (&lt;i&gt;intelligible Zuf&#228;lligkeit&lt;/i&gt;), pour citer de nouveau Luk&#225;cs (op cit). Ceci risque de nous emp&#234;cher de voir que le monde pourrait &#234;tre organis&#233; autrement avec d'autres choses, ou peut-&#234;tre avec moins de choses comme certains le pr&#233;conisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du 20&#232; si&#232;cle, Luk&#225;cs d&#233;crivait une vie moderne qui s'&#233;tait &#171; d&#233;pourvue de sens &#187;, (&lt;i&gt;nicht mehr sinnf&#228;llig)&lt;/i&gt;, puisque elle s'&#233;tait &#233;loign&#233;e de nos sens (&lt;i&gt;sinnesfremden&lt;/i&gt;). Notre incapacit&#233; quelque part &#224; nous connecter au monde, alors qu'on n'arr&#234;te pas de tenter de nous convaincre que nous pouvons l'&#234;tre partout et n'importe quand- il suffit de nous abonner en bien choisissant notre serveur- fait que, m&#234;me, ou surtout, en tant que nomade num&#233;ris&#233;, nous manquons &#171; d'espace de jeu &#187; (&lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt;) (4) . Comment s'orienter autrement ? Que faire avec le reste- s'il en reste- qui n'a pas &#233;t&#233; assimil&#233; dans la coalescence entre &lt;i&gt;image-espace &lt;/i&gt; et &lt;i&gt;corps-espace&lt;/i&gt; encens&#233;e par Benjamin, mais qui nous est peut-&#234;tre maintenant vendu par les multinationaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens &#224; mon point de d&#233;part : ces autobus et autres machines qui nous parlent avec leurs &#233;crans. Mais ces machines ne font que nous donner une repr&#233;sentation sensible d'une id&#233;e &#224; laquelle nous adh&#233;rons de toute fa&#231;on, celle de la solidarit&#233; collective avec un syst&#232;me municipal de transport, ou un club, ou une soci&#233;t&#233; (m&#234;me si c'est la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale, &#171; ma banque &#187;). O&#249; est le mal ?... Il est bien des choses &#224; dire. Une d'elles serait que ce sont des machines qui nous fournissent cette image, que nous ne la produisons pas par nous-m&#234;mes. Il s'agit d'une &#171; seconde nature &#187;, qui ne se confond pas avec &#171; l'autre nature &#187; que d&#233;crit Kant dans&lt;i&gt; La Critique du Jugement&lt;/i&gt;, une production de notre propre imagination (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b, 62). Je vous rappelle ce passage &#167;49 o&#249; Kant &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imagination (comme capacit&#233; de connaissance productive) est tr&#232;s puissante dans la cr&#233;ation de, pour ainsi dire, une autre nature avec la mati&#232;re qu'elle, la nature r&#233;elle, lui donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Die Einbildungskraft (als produktives Erkenntnisverm&#246;gen) ist n&#228;mlich sehr m&#228;chtig in Schaffung gleichsam einer anderen Natur, aus dem Stoffe, den ihr die wirkliche gibt (Kant 1986, 246 ; 1988, 176).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs voulait attirer l'attention sur l'&#233;cart qu'il voyait exister entre les structures, constructions, formes, les &#171; &lt;i&gt;Gebilde&lt;/i&gt; &#187;, qui composent la sc&#232;ne (&lt;i&gt;Schauplatz&lt;/i&gt;) et la base (&lt;i&gt;Substrat&lt;/i&gt;) de nos vies psychiques et physiques, et les n&#233;cessit&#233;s trans-individuelles et existentielles (&lt;i&gt;die &#252;berpers&#246;nlichen, seinsollenden Notwendigkeiten&lt;/i&gt;) (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b, 62). Il faut bien des images pour pouvoir nous orienter dans ce monde. Kant lui-aussi parlait des &#171; repr&#233;sentations figuratives &#187; &#171; &lt;i&gt;bildliche Vorstellungen &lt;/i&gt; &#187; qui doivent s'associer y compris aux id&#233;es les plus abstraites, les plus &#233;loign&#233;es de nos sens. Ce sont les &#171; repr&#233;sentations figuratives &#187; qui introduisent du &#171; sens &#187; et de la &#171; signifiance &#187; (&lt;i&gt;Sinn und Bedeutung&lt;/i&gt;) dans nos id&#233;es et nous aident &#224; nous orienter dans notre monde (Kant 1988, 267 ; 2001, 7). Les &#171; repr&#233;sentations figuratives &#187;, qui nous accompagnent partout et que nous devons produire et reproduire sans cesse, sont n&#233;cessaires pour nous situer dans ce monde comme personne, dot&#233;e d'un esprit et un corps. Kant explique que le sens originaire de l'&#171; orientation &#187; est g&#233;ographique : elle signifie s'appuyer sur une direction donn&#233;e pour trouver les autres (ibid 269, 8). Cette capacit&#233; est inn&#233;e, mais elle devient une habitude dans sa pratique. Nous nous identifions tout le temps comme positionn&#233; par rapport &#224; un contexte bien plus large. On se trouve d&#233;j&#224; plac&#233; dans une r&#233;gion (&lt;i&gt;eine Weltgebend&lt;/i&gt;) ayant pr&#233;alablement divis&#233; l'horizon en quatre directions &#8211;le nord, le sud, l'ouest, l'est- par rapport &#224; ce qu'on appelle conventionnellement &#171; le lever du soleil &#187; (&lt;i&gt;den Aufgang&lt;/i&gt;) (ibid). A partir de l&#224;, on s'oriente, on se retrouve, on s'avance, on s'aventure. Mais ce sens de l'orientation n'est pas purement visuel : elle ne d&#233;pend pas uniquement de la vision du soleil ou, en son absence, de la lune et des &#233;toiles- car il faut noter que dans le K&#246;nigsberg de Kant les rues &#233;taient sombre la nuit et que l'on pouvait voir la vo&#251;te c&#233;leste . S'il ne se fiait qu'&#224; l'optique, qu'&#224; ce qu'il voyait, m&#234;me un astronome se perdrait dans l'espace, dit Kant. En sus du sens de la vision, il nous faut le sentiment (&lt;i&gt;das Gef&#252;hl)&lt;/i&gt; d'une diff&#233;rence entre nos deux c&#244;t&#233;s, le gauche et le droit. Cette distinction est ressentie en moi en tant que sujet. C'est un simple sentiment (&lt;i&gt;ein blosses Gef&#252;hl&lt;/i&gt;), ne relevant pas d'une intuition ext&#233;rieure ; il n'y a pas de diff&#233;rence perceptible (c'est-&#224;-dire visible) entre ces deux c&#244;t&#233;s (7). M&#234;me &#233;quip&#233;e de cette distinction comme outil pour r&#233;partir l'espace, je peux encore m'&#233;garer si la position habituelle des choses autour de ce corps ainsi diff&#233;renci&#233; est d&#233;rang&#233;e. Nous distinguons, sans l'appui stable d'une &#8216;vraie diff&#233;rence' ancr&#233;e biologiquement alors que les choses de ce monde sont dispos&#233;es autour de ce corps ainsi structur&#233; (Foucault 2009,17). Notre position de &#171; sujet &#187; n'est pas in&#233;branlable, il n'est pas de raison d'&#234;tre pr&#233;somptueux. Mais malgr&#233; tout, on fait des choses. On construit notre monde sans cesser, avec plus en moins de conscience. On s'oriente, plus ou moins bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de l'orientation, comme approche comparative dont la pratique nous m&#232;ne, s'applique aussi bien &#224; l'orientation intellectuelle. Pour bien s'exercer, la raison a besoin de directions, de constructions, de bases, de limites. Ou plus exactement, la raison en ressent le besoin. Ou plus pr&#233;cis&#233;ment encore, Kant se reprend : &#233;tant donn&#233; que la raison ne sent pas, il vaut mieux dire que la raison, percevant son manque d'appui, produit, &#224; travers sa pulsion de connaissance, &#171; le sentiment de besoin &#187; de ces aides, de ces outils, de ces boussoles intellectuelles, afin de se guider. (&lt;i&gt;Die Vernunft f&#252;hlt nicht ; sie sieht ihren Mangel ein, und wirkt durch den Erkenntnistrieb das Gef&#252;hl des Bed&#252;rfnisses&lt;/i&gt;) (Kant 1988, 274-5 ; 2001, 12-3). La pierre de touche de ce sujet qui s'aventure dans l'obscurit&#233;, recherchant en t&#226;tonnant les choses qui pourront lui servir de points de rep&#232;res dans le monde, cette pierre de touche est de penser pour soi-m&#234;me, librement : &lt;i&gt;selbst denken&lt;/i&gt; (ibid 280-3 ; 16-8). Mais comment le faire ? Comment s'engager dans les appareillages soci&#233;taires qui s'adresseraient &#224; nous en tant que citoyen &#171; autonome &#187; ? Comment &#171; monter et valider &#187; tout en gardant sa majorite, &#171; seine &lt;i&gt;M&#252;ndigkeit&lt;/i&gt; (Kant 1997b 53 ; 1994, 54) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant nous propose plusieurs astuces pour devenir un &#171; libre penseur &#187;. D'abord on ne devrait pas juger de fa&#231;on d&#233;terminante quand on ne sait pas de quoi on parle- de cette fa&#231;on l'ignorance ne devient pas une source d'erreur. Cette proposition est raisonnable, mais, il est vrai, est rarement respect&#233;e ! Ceci dit quand il faut passer &#224; l'acte sans attendre la pleine connaissance de cause, il faut bien assumer la situation et trancher en employant des m&#233;thodes strat&#233;giques pour se guider. Par exemple, pour concevoir ce qui est limit&#233;, il nous faut une notion de ce que ne l'est pas. C'est &#224; cette condition qu'on donne une place &#224; quelque chose comme un Dieu, &#224; celui qui peut &#234;tre &#224; l'origine des choses ; il nous faut quelque chose comme &#171; lui &#187;. Par contre, peupler notre monde avec d'autres pures cr&#233;atures spirituelles, comme les f&#233;es ou les anges, ne nous est pas utile. Ces &#171; repr&#233;sentations visuelles &#187; (&lt;i&gt;bildliche Vorstellungen&lt;/i&gt; &#187; ail&#233;es peuvent m&#234;me nous distraire et nous &#233;garer (Kant 1988, 272 ; 2001, 10-1). Mais surtout, pour penser librement, il faut r&#233;sister &#224; toute compulsion ou emprise (&lt;i&gt;Zwang&lt;/i&gt;) sur notre pens&#233;e ; ne pas accepter que quelqu'un s'arroge le droit de parler &#224; notre place qui fait qu'on se retrouve sous la garde de quelqu'un ; n'accepter que les lois que nous nous sommes donn&#233;es ou que nous nous serions donn&#233;es nous-m&#234;mes (ibid 280 &amp; 16). Mais il faut bien des lois et des limites. Une pens&#233;e compl&#232;tement d&#233;cha&#238;n&#233;e est un peu folle. Notre acheminement vers l'&#233;claircissement doit &#233;viter le pi&#232;ge de devenir allum&#233; d'enthousiasme, pensant &#234;tre en possession de choses acquises, mais qui ne sont bas&#233;es que sur des croyances transmises de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, devenues &#171; des faits &#187; gr&#226;ce &#224; des &#171; documents intrusifs &#187; non v&#233;rifi&#233;s, accept&#233;s avec une servitude volontaire sans qu'elle soit reconnue comme telle. On se trompe si l'on croit que &lt;i&gt;l'Aufkl&#228;rung&lt;/i&gt; d&#233;pend de la quantit&#233; d' &#171; informations &#187; qu'on &#171; a &#187;. Acqu&#233;rir des informations n'est pas la connaissance. Trop d'informations peuvent aussi nous &#233;garer. S'&#233;clairer implique forc&#233;ment un exercice d'auto-limitation, un savoir-dire &#171; non, &#231;a suffit, ce n'est pas pour moi &#187;- ou plut&#244;t &#171; ce n'est pas pour moi car cette action, cette pens&#233;e, ne pouvait pas devenir, ou ne devrait jamais devenir, un principe universel &#187; pour les autres non plus. Se servir de sa propre raison n&#233;cessite que l'on se demande, chaque fois qu'on est cens&#233; prendre quelque chose sur nous, &#224; notre compte, si, &#224; partir de la raison pourquoi on l'accepte, ou &#224; partir de la r&#232;gle qui peut d&#233;couler de ce quelque chose qu'on va peut-&#234;tre accepter, il est possible d'en faire un principe g&#233;n&#233;ral de son usage de raison :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sich seiner eigenen Vernunft bedienen will nichts weiter sagen als, als bei allem dem, was man annehmen soll, sich selbst fragen : ob man es wohl tunlich finde, den Grund, warum man etwas annimmt, oder auch die Regel, die aus dem, was man annimmt, folgt, zum allgemeinen Grundsatze seines Vernunftgebrauchs zu machen (ibid 283).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Kant, si je monte, c'est parce que j'ai d&#233;j&#224; &#8216;valid&#233;' en mesure de ma capacit&#233; (on n'a pas besoin de me faire la le&#231;on, j'ai eu de l'&#233;ducation et continue &#224; m'instruire). Il faut surtout ne pas parler &#224; ma place de cette mani&#232;re. Je ne suis pas compl&#232;tement &#233;go&#239;ste, je pense aux autres. Je suis bien oblig&#233;e. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour ces raisons que je r&#233;siste &#224; toute mobilisation g&#233;n&#233;rale que je ne pourrais pas &#171; situer &#187; selon mon &#171; propre &#187; sens de l'orientation. Ce &#171; sens &#187;, tout en &#233;tant un &#171; bien &#187;, je ne le poss&#232;derais jamais enti&#232;rement, il fait partie d'un processus continuel de r&#233;ajustement &#224; ce pour quoi on attache de la valeur, ou, pour dire les choses autrement, il fait partie d'un projet de r&#233;&#233;valuation de ce qu'on veut, et de ce qu'on ne veut pas, incorporer. Cette r&#233;&#233;valuation est bien n&#233;cessaire. Mais elle pourrait &#234;tre aussi bien int&#233;ressante et m&#234;me amusante (menant &#224; la cr&#233;ation d'un &lt;i&gt;Spielraum&lt;/i&gt; collectif), si on faisait un peu ensemble, et pas compl&#232;tement &#224; titre individuel/individualiste. Mais dans quel(s) corps ? : &lt;i&gt;Leib, K&#246;rper ou Leib/K&#246;rper ?&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
1 Pour &#171; Spielraum &#187; voir Benjamin (1989, 377 ; 2002, 117). Voir aussi Kant (1986, 130 &amp; 134 ; 1988, 88, 91 &#167;21 &amp; 23) and Schiller (1982, 60-1, 94-109).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Je pense bien s&#251;r ici, &#224; la d&#233;finition du fascisme de Benjamin, c'est-&#224;-dire &#171; l'esth&#233;tisation de la politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Je note aussi l'appauvrissement de notre sens haptique qui est r&#233;duit &#224; une pouss&#233;e, parfois fr&#233;n&#233;tique quand il n'y a pas de r&#233;ponse, de ces &#233;crans &#171; tactiles &#187;. Voir aussi &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt; &#167;19 &#171; Nicht anklopfen &#187; d'Adorno pour son analyse de comment nos gestes deviennent de plus en plus barbares, non-raffin&#233;s, d&#251; &#224; cette technologie &#171; smarte &#187;, trop &#171; smarte &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Ici, en parlant du &#171; monde &#187;, je pense au d&#233;fi cosmopolitique propos&#233; par Kant de penser le monde &#171; comme un tout &#187;. Cette id&#233;e a une utilit&#233; &#171; utopique &#187; en tant que &lt;i&gt;focus imaginarius &lt;/i&gt; (see Kant 1983, 533-4 B672-7 ; Morgan 2013, 120-9 ; 2014, 126-154). Comme Kant le dit, &#171; le monde entier &#187; (&lt;i&gt;das Weltganze&lt;/i&gt;), duquel nous faisons partie, n'est pas une destination que nous ne pourrions jamais atteindre en tant que telle. N&#233;anmoins nous devrions agir d'une fa&#231;on responsable envers &#171; elle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Comparez cette analyse avec le reproche de Benjamin vis-&#224;-vis de Kant, que ce dernier r&#233;duirait notre exp&#233;rience du cosmos &#224; l'optique ; par exemple &#171; Au plan&#233;tarium &#187; dans Sens unique (Benjamin 1991b, 147 ; 2004, 486) : &#171; &#8230;[dieser Erfahrung des Kosmos] dem Einzelnen als Schw&#228;rmerei in sch&#246;nen Sternenn&#228;chten anheimzustellen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Au-dessus des t&#234;tes citadines d'aujourd'hui, il n'y a apparemment plus de vo&#251;te c&#233;leste. La pollution atmosph&#233;rique (en y incluant l'&#233;clairage public) a &#233;teint notre ciel. Dans son projet photographique intitul&#233; &#171; Villes &#233;teintes &#187;, Thierry Cohen part &#224; la recherche de cette perspective manquante. Se calant sur une m&#234;me latitude, il la rep&#232;re dans les endroits peu habit&#233;s, par exemple dans le d&#233;sert, pour la transposer de nouveau au-dessus de nos horizons urbanis&#233;s. Ainsi, il nous rappelle ce que nous avons perdu, ou plut&#244;t il nous montre ce qui est toujours l&#224; mais que nous ne pouvons plus voir depuis nos grandes villes actuelles. On sait &#224; quel point &#171; le ciel &#233;toil&#233; &#187; &#233;tait pour Kant une partie constitutive de ce que nous sommes, et devrions devenir. Sa &#171; perte &#187; et son &#233;ventuelle r&#233;cup&#233;ration sont ainsi d'une grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Ici je simplifie : l'analyse par Kant de la territorialisation du corps est ailleurs bien plus compliqu&#233;e. Voir par exemple, son &#171; &#171; Von dem ersten Grunde des Unterschiedes der Gegenden im Raume &#187; [Du Fondement de la diff&#233;rence des r&#233;gions dans l'espace] (1768) in Kant 1977, 993-1002, aussi Morgan 2000, 41-3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 En ce qui concerne la distinction &#8220;Leib&#8221;/ &#8220;K&#337;rper&#8221;, il faudrait analyser &#8220;Schemata zum psychophysischen Problem&#8221; de Benjamin (1991c).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adorno, T ; W (1991) &lt;i&gt;Minima Moralia&lt;/i&gt; Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (1991a) &#8220;Der Surrealismus : Das letzte Momentaufnahme der europ&#228;ischen Intelligenz&#8221; and &#8220;Karl Krauss&#8221; in &lt;i&gt;Gesammelte Schriften : Aufs&#228;tze, Essays, Vortr&#228;ge&lt;/i&gt; Bd II,I Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (1991b) &#8220;Einbahnsstrasse&#8221; in &lt;i&gt;Gesammelte Schriften : Kleine Prosa, Baudelaire-Ubertragungen&lt;/i&gt; Bd IV,i Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1991c) &#8220;Schemata zum psychophysischen Problem&#8221; in &lt;i&gt;Fragmente Autobiographische&lt;/i&gt; Schriften Bd VI Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (1989) &#8220;Das Kunstwerk im Zeitalter seiner technischen Reproduzierbarkeit&#8221; &amp; &#8220;Im &#252;brigen bricht in den Revolutionen&#8230;&#8221; I &lt;i&gt;Nachtr&#228;ge&lt;/i&gt; Gesammelte Schriften Bd. VII, I &amp; ii, hrsg. R Tiedemann &amp; H. Schweppenh&#228;user, Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (2002) &#8220;The Work of Art in the Age of Its Technological Reproducibility&#8221; 2nd version &amp; &#8220;A Different Utopian Will&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings &lt;/i&gt; Vol III ed. H. Eiland &amp; M. Jennings Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (2004) &#8220;One-Way Street&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings&lt;/i&gt; Vol I ed. M &lt;br class='autobr' /&gt;
Bullock &amp; M. Jennings Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W (2005a) &#8220;Surrealism : The Last Snapshot of the European Intelligentsia&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings&lt;/i&gt; Vol II, i, ed.M. Jennings, H. Eiland &amp; &lt;br class='autobr' /&gt;
G.Smith, Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin, W. (2005b) &#8220;Karl Krauss&#8221; in &lt;i&gt;Selected Writings&lt;/i&gt; Vol II, ii ed. M. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jennings, H. Eiland &amp; G.Smith Belknap Harvard University Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Foucault, M. (2009) &lt;i&gt;Le corps utopique, les heterotopies&lt;/i&gt; postface D. Delfert, Nouvelles &#233;ditions Lignes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1977a)&#8221;Von dem ersten Grunde des Unterschiedes der Gegenden im Raume&#8221; in &lt;i&gt;Vorkritische Schriften bis &lt;/i&gt; 1768 Werkausgabe Bd II ed. W.Weischedel Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1977b) &#8220;Beantwortung der Frage:was ist Aufkl&#228;rung ?&#8221; in &lt;i&gt;Schriften zur Anthropologie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Geschichtsphilosophie, Politik und P&#228;dagogik&lt;/i&gt; I in Werkausgabe Bd XI ed. W.Weischedel Frankfurt am Main : Suhrkamp&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I (1988) &#8220;Was hei&#946;t : sich im Denken orientieren ?&#8221; in &lt;i&gt;Schriften zur Metaphysik und Logik &lt;/i&gt; I Werkausgabe Bd V ed. W.Weischedel Frankfurt am Main : Suhrkamp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1994) &#8220;An Answer to the Question : &#8220;What is Enlightenment ?&#8221; in &lt;i&gt;Political Writings&lt;/i&gt; ed. H Reiss, trans. H.Nisbet, Cambridge::Cambridge U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I (2001) &#8220;What does it mean to orient oneself in thinking ?&#8221; in &lt;i&gt;the Religion and Rational Theology&lt;/i&gt; vol. of the Cambridge Edition of the Works of Immanuel Kant, trans. A. Wood &amp; G. d Giovanni, Cambridge : Cambridge U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1988) &lt;i&gt;Critique of Judgement&lt;/i&gt; trans.J. Meredith, Oxford : Oxford U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kant, I. (1986) &lt;i&gt;Kritik der Urteilskraft&lt;/i&gt; Stuttgart : Reclam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1971a) &lt;i&gt;Die Theorie des Romans&lt;/i&gt; Darmstadt : Sammlung Luchterhand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1971b) &lt;i&gt;The Theory of the Novel&lt;/i&gt; trans. A Bostock, London : Merlin Press.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1985) &#8220;Die Verdinglichung und das Bewusstsein des Proletariats&#8221;in &lt;i&gt;Uber die Vernunft in der Kultur : Ausgew&#228;hlten Schriften &lt;/i&gt; 1909-1969 Leipzig : Reclam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (1983) &#8220;Reification and the Consciousnes of the Proletariat&#8221; in &lt;i&gt;History and Class Consciousness&lt;/i&gt; trans R Livingstone, London : Merlin Press&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luk&#225;cs, G. (2007) &#8220;La reification et la conscience du proletariat&#8221; in &lt;i&gt;Histoire et conscience de classe &lt;/i&gt; trad. K Axelos &amp; J Bois Paris : Les &#233;ditions de minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K (1976) &lt;i&gt;Le capital&lt;/i&gt; t.1 trad. J Roy, Paris Editions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K. (1979) &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; Vol I trans. B Fowkes, Harmondsworth : Penguin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, K. (2005) &lt;i&gt;Das Kapital&lt;/i&gt; in Werke Bd XXIII Berlin : Karl Diez Verlag.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2000) : &lt;i&gt;Kant Trouble : The Obscurities of the Enlightened &lt;/i&gt; (Taylor &amp; Francis/Routledge)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2011) : &#8220;Spielraum et Greifbarkeit : un acheminement vers une architecture utopique&#8221; in &lt;i&gt;&#8220;Spielraum&#8221; : Walter Benjamin et l'architecture&lt;/i&gt; ed. L. Andreotti (Les &#233;ditions de la Villette)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D (2013) &#8220;&#8221;The Camel (the ship of the desert)&#8221; : &#8220;Fluid geography&#8221;, &#8220;Globality&#8221;, Cosmopolitics in the Work of Kant&#8221; in &lt;i&gt;The Epistemology of Utopia&lt;/i&gt; ed. J Bastos da Silva, Newcastle upon Tyne : Cambridge Scholars Publishing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2014) &#8220;&lt;i&gt;Globus terraqueus :&lt;/i&gt; Cosmopolitan Law and &#8220;Fluid Geography&#8221; in the Utopian Thinking of Immanuel Kant and Pierre- Joseph Proudhon&#8221; in Law and the Utopian Imagination in the &#8220;Amherst Series in Law, Jurisprudence and Social Theory&#8221;, ed. A. Sarat, L. Douglas &amp; M. Umphrey, Stanford : Stanford U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morgan, D. (2015) &#171; Kant and &#171; Fluid Geography &#187; : The Art of Landing on the Planet &#187; in &lt;i&gt;Con Textos Kantianos online &lt;i&gt;forthcoming&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schiller, F (1982)&lt;i&gt; On the Aesthetic Education of Man &lt;/i&gt; bilingual edition, intro. &amp; trans. E. Wilkinson &amp; L. Willoughby, Oxford : Clarendon Press, O.U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola, E. (2009) &lt;i&gt;Comment on meurt&lt;/i&gt; (Paris : Les &#233;ditions du Sonneur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; I get on board and validate my ticket&#8221; : The machines are speaking to us and speaking in our place&#8230; Should we orientate ourselves differently ?)&lt;br class='autobr' /&gt;
English translation of : &#171; Je monte, je valide &#187; : les machines nous parlent et parlent &#224; notre place. Faut-il s'orienter autrement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diane Morgan, School of Fine Art, History of Art &amp; Cultural Studies, University of Leeds, U.K. &lt;br class='autobr' /&gt;
findlm@leeds.ac.uk/ DianeMorgan1@orange.fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Image 1 : The buses of the Paris region : &#8220;Je monte, je valide&#8221; (I get on board and validate my ticket&#8221;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the Paris region the buses speak to you and speak for you. They tell you that when you embark them, you have to get your ticket stamped, or swipe it, or show it : &#8220;je monte, je valide&#8221;. In this way they remind you that you need to have a valid ticket if you want to use the public transport system. All fair and good. I know that when my body gets onto a bus, I need to buy it, or have bought it, a place. It is the least I can do if I want to benefit from all the advantages that a transport system, subsidized by the council and The State, offers. I accept this condition and sincerely hope that there will always be a public transport system. However, I confess to being a bit disconcerted by this interpellation&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
At my &#8220;Club Med&#8221; gym I also pay the price for my body. Well maybe not so much for my actual body but rather for the body I think I want to, or should, have. But I do accept the responsibility for this decision. There too the machines speak. The exercise machines, the showers, the hairdryers, announce (each speaking in its &#8220;own voice&#8221;) : &#8220;I am being serviced&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Images 2 : The machines at CMG : &#8220;I am being serviced&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
These breakdowns are annoying as I do pay a lot for the privilege of using this equipment. However, the fact that they do not try to hide their failure, but instead voluntarily communicate, indeed even freely expose, their weaknesses to me probably reconciles me, the discerning customer, with my initial choice of gym. I remain faithful to &#8220;my club&#8221; and therefore implicitly continue to support their &#8220;ethos&#8221; as exemplified by their logos : &#8220;I have my mother's eyes, the rest is thanks to Club Med Gym&#8221; or &#8220;CMG : a healthy body in the mind of a club&#8221;&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Having painfully got through the &#8220;body pump&#8221;, &#8220;body sculpture&#8221;, &#8220;tummy, bum and thighs&#8221; classes, I stiffly emerge from the underground universe into the blinding daylight of the public thoroughfare. I need money and the ATM I turn to announces to me, seemingly with pride : &#8220;I am a multifunctional apparatus&#8221;. I am probably pleased for it but confess to being not really sure why I am being given this information, and what I am supposed to do about it. All I want is a bit of cash to do the shopping&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
I am all for interaction, for a pleasant exchange between citizens (and also with those others do not enjoy the privilege of this status). I am therefore prepared to stand by those organizational forms that bring us together into a contractual body as consenting individuals and groups. However, I am for such systems as an autonomous person who has integrated behavioural principles for- if not by- herself in the name of a democratic society (probably yet to-come). I therefore cannot allow myself to be considered as an immature and irresponsible person who is not capable of operating in this world without being first prompted by a &#8220;talking&#8221; bus pretending to be me. I should also not be presented as someone who is so backwardly superstitious that they really believe that technology possesses a spirit and can therefore express itself. However, I do have to acknowledge that I often find that technology is far more dynamic, powerful and effective than me. I do admit that I am a mere finite creature, one who is already tired by the constant visual and audio solicitation of all those screens and signs&#8230; The long and short of it is that I feel the need for more space, for a different sort of spatiality within which to orientate myself, one that feels more expansive, more joyful ; an alternative playspace (Spielraum) that thrives on a less formatted, less corporate, more spontaneous, more lively sense of citizenship . Where should I look for it ? How can I invent it ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Over these past few days together in Kor&#231;a, we've been chewing over the question of the &#8220;political uses of the body&#8221;. But what exactly would a non-political use of the body be ? Does it really exist ? The precise place where our body comes into this world, and where it leaves it without a life, are situated in a context that is, when it comes to it, political. It is also often indissociably tied in with the production, the distribution, the exchange and the consumption of goods and services, i.e. with economic considerations. One's chances of having a good life are variable and money could be a deciding factor in this, even if, as Zola clearly shows in &#8220;How one dies&#8221; (&#8220;Comment on meurt&#8221;), money is far from being a guarantee for the happiness of being surrounded by friends and benevolent family until one's dying day. However having said that, a life without money can also be downright miserable, and even unjust (Zola 2009) ! It is precisely here that the life and death of a body can be considered to be part of politics. Also the situations into which we place our bodies, voluntarily or not, e.g. the workplaces in which they are exercised, are politicized. Even the social places, where our bodies can express themselves more freely, and even relax themselves, are not devoid of political signification. The political in this context might mean the field of possibilities that I have on offer, compared to that of others. Everything can become political, and maybe always should become so. Or maybe not&#8230;Should we not hold back a residue (un reste), a corporeal remainder, in the very name of a politics that is more &#8220;utopian&#8221;, less constrained by conventions and compromises ?&lt;br class='autobr' /&gt;
For Walter Benjamin, the revolutionary future went hand-in-hand with the construction of a &#171; collective body &#187; whose space (Leibraum) was interpenetrated with that of the image (Bildraum). In his essay on surrealism, he affirms that technology is in the process of organising a new physis for &#8220;the collectivity &#187;. As he says in his essay on Kraus, this new humanism (Menschheit) was to break with the &#171; classical &#187; configuration of the subject. It would thereby leave behind it even authors as radical as Hebel, Nietzsche, B&#252;chner and Rimbaud whose materialism is still &#171; metaphysical &#187;, not yet entirely &#171; anthropological &#187; (Benjamin 1991, 309-310, 335 ; 2005a, 217 ; 2005b 448 ). According to Benjamin, one cannot cross the threshold between these two &#171; materialisms &#187; without leaving the former behind us [es geht nicht bruchlos &#252;berzuf&#252;hren]. These authors cannot accompany us right to the end. With them there is something that &#8220;remains&#8221; : &#171; es bleibt ein Rest &#187;, that shouldn't be there. To anticipate my argument I volunteer right now that for me this &#171; remainder &#187; is our relation to our body (as a K&#246;rper, or rather as a configuration of K&#246;rper/Leib ). It is that which amongst other things, resists our complete assimilation into the collective body (der kollektiver Leib). It is this assimilation that Benjamin advocates in the following passage :&lt;br class='autobr' /&gt;
Only when in technology body and image space so interpenetrate that all revolutionary tension becomes bodily collective innervation, and all the bodily innervations of the collective become revolutionary discharge, has reality transcended itself to the extent demanded by the Communist Manifesto (ibid 2005a, 217-218).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erst wenn [in der Technologie] sich Leib und Bildraum so tief durchdringen, da&#946; alle revolution&#228;re Spannung leibliche kollektive Innervation, alle leiblichen Innervationen des Kollektivs revolution&#228;re Entladung werden, hat die Wirklichkeit so sehr sich selbst &#252;bertroffen, wie &#171; Das kommunistische Manifest &#187; es fordert (ibid 310).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I find Benjamin's analysis very problematical. To be frank, I consider that his ideas are often not analysed critically enough, in the light of our contemporary situation. We are thereby actually doing him a disservice. In today's society with the predominance of image-spaces (Bildr&#228;ume) on our bodies and minds, Benjamin's proposition, if accepted uncritically, runs the risk of making us fall into the same immature infatuation for new technologies that he wanted to warn us against. A total immersion into this &#171; second nature &#187; would eliminate all possibility of critical distance . It was Luk&#225;cs who first evoked this &#8220;second nature&#8221; in 1920. He pointed out that, even if it is a world that was initially invented by us, we no longer completely master it (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b 62). Benjamin seems to push us to get closer and closer to this technology, to abolish all distance that separates us from it. If &#8220;we&#8221; are the &#8220;masses&#8221;, he appears to announce that we want to &#8220;bring things closer to us&#8221;. He suggests that &#8220;the need imposes itself to possess the object as close as possible, in its image, or rather in its reflection, in its reproduction&#8230;&#8221; (Benjamin 2002, 105).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consumer society also pushes us have everything at hand's reach. It entices us to take pleasure in the tactility of its interactive apparatuses which insistently promise us easy communication with everybody, wherever they are, and whenever we like, and like it we should It suffices that the mobile &#8220;vibrates&#8221; in a pocket for us to act, or rather react, often immediately, with the same alienating obedience described by Luk&#225;cs almost one century ago now. To use his words from the 1922 &#8220;Reification&#8221; essay, it is with a quasi- &#8220;fatalistic necessity&#8221; (&#171; eine fatalistische Notwendigkeit &#187;) that we synchronise our bodies and minds with the speed of these machines. Such automatism certainly evokes the fetishistic regime so well described by Luk&#225;cs, in which the &#8220;acting&#8221; subject is transformed &#8220;into a [mere] receptive organ ready to pounce on opportunities already created by the system of laws&#8221; [ein blosses Auffasungsorgan von erkannten Gesetzm&#228;ssigkeitschancen]&#8221; (Luk&#225;cs 1985, 265-266 ; 1983, 128-130 ; 2007, 163-5). Such a system animates itself and, as we are implicated in it, thereby stimulates us too, by inciting &#8220;the movement of things under whose control we find ourselves, instead of controlling them&#8221; (Marx 1976, 71 ; 1979, 167-8 ; 2005, 89).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this scenario our &#171; actions &#187; become predictable as they are up to point already preprogrammed. We thereby run the risk of closing ourselves to non-calculable eventualities. Hence the importance for Alain Brossat I imagine, for, alas, I missed his actual presentation (&#8220;Le philosophe renvers&#233;&#8221;) and the ensuing discussion, of what befalls us, what trips us up, i.e. what prevents us from &#171; following through &#187; on our &#171; projects &#187;, what thwarts the fulfilment of our &#171; objectives &#187;, what puts a check to our &#171; high performance &#187;, ruining our aims to &#171; manage &#187; the future. The illusion of &#8220;risk management&#8221; paradoxically creates the danger of us finding ourselves even more affected by what happens to us. We find ourselves exposed to The Event if, or when, it comes. Ineffectively armed against what is unforeseen, we close ourselves to a future that doesn't yet exist, that we therefore can't possibly pre-empt and maybe shouldn't try to. We aren't ready for &#8220;It&#8221;, and in any case could never have been really prepared in advance. The incalculable eventualities that can befall us are often things to do with &#171; love and death &#187;. They make themselves felt so unexpectedly, even if they are part and parcel of life itself. These &#8220;things&#8221;- the body in all its states, the feelings, the thoughts of the individual in his/her relations with his/her others- are mentioned in passing by Benjamin, in a variant of &#8220;The Work of Art in the Age of its Technological Reproducibility&#8221;. He evokes them in terms of another &#8220;utopian will&#8221; that emerges from these major life issues [die Lebensfragen] of the individual as, I'd say, a body [K&#246;rper]. They demand that they too be one day incorporated as such into the revolutionary project for the collective body (kollektiver Leib) (Benjamin 1989, 665-6 ; 2002, 134-5). But when would that moment be ? When could it have been ? And what about today ? Where do we stand in relation to all that now ? What quality of relation between these two bodies do we live today thanks to our &#171; technological revolution &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin advocated that the cinematographic &#171; imagespace &#187; offered us a training-ground for making us fit for the struggles facing us in modern life (ibid 365 &amp; 111). For him this technology had the potential to overturn the old social order and to construct another one, more egalitarian and therefore richer. Nothing is less certain nowadays, I'd say. [That said I'm prepared to retract some of what I've just said when I see good films, especially documentaries like those we've seen together over these past few days. However Kujtim &#199;ashku himself spoke with ambivalence of the power of the image, I therefore permit myself to advance in my argument with his benediction as a filmmaker&#8230;]. Bound by these image-spaces, we can no longer &#171; move freely &#187;, Luk&#225;cs again, as we do not recognise the &#171; intelligible contingency &#187; (intelligible Zuf&#228;lligkeit), that animates them (Luk&#225;cs op cit). This runs the risk of preventing us from seeing that the world could be organised differently, with other things, and maybe for some, with less things. &lt;br class='autobr' /&gt;
At the beginning of the twentieth century, Luk&#225;cs had already described a modern life that had become &#171; senseless &#187; (nicht mehr sinnf&#228;llig) as it had estranged itself from our senses (sinnesfremden). Somehow even (more ?) now we remain unsatisfactorily connected with The World, whilst being increasingly told that we can be in touch, anytime, anywhere . It suffices to choose the right server. This commercialization of our world means that even- or especially- as a digitalised nomad, we lack playspace (Spielraum). How can we orientate ourselves differently ? What should we do with the &#8220;remainder&#8221;- if any remains&#8230;- of what has not been assimilated into the coalescence between the image-space and the body-space that was in principle welcomed by Benjamin, but which is now surely sold to us by capitalist multinationals ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I return to my point of departure : those talking buses and all those other machines whose screens speak to us. But surely all they are doing is giving us an image of the idea to which we adhere in any case, that of collective solidarity with a municipal transport system, with a club or a society (albeit it a bank, la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale !) ? What's the big problem ? Well one of the problems lies precisely in the fact that it is they who produce these images and not us. It is the &#8220;second nature&#8221; as described by Luk&#225;cs and not the &#8220;other nature&#8221; described by Kant in the Critique of Judgement, that is a production of our own imagination (Luk&#225;cs 1971a, 53 ; 1971b 62). I remind you of this passage &#167;49 where Kant writes :&lt;br class='autobr' /&gt;
The imagination (as a productive faculty of cognition) is a powerful agent for creating, as it were, another nature out the material supplied to it by actual nature &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Einbildungskraft (als produktives Erkenntnisverm&#246;gen) ist n&#228;mlich sehr m&#228;chtig in Schaffung gleichsam einer anderen Natur, aus dem Stoffe, den ihr die wirkliche gibt (Kant 1986, 246 ; 1988, 176).&lt;br class='autobr' /&gt;
Luk&#225;cs wanted to attract our attention to the gaps that he saw existing between the structures, constructions, forms [&#171; die Gebilde &#187;] (which compose the stage [Schauplatz]), and the basis [Substrat] of our psychical and physical lives, and transindividual and existential necessities [die &#252;berpers&#246;nlichen, seinsollenden Notwendigkeiten] (Luk&#225;cs 1971a 53 ; 1971b 62). We do definitely need images in order to orientate ourselves in this world. Kant also spoke of those &#171; figurative representations &#187; &#171; bildliche Vorstellungen &#187; that must be associated even with the most abstract of our ideas, with those furthest from our senses. It is these &#171; figurative representations &#187; that introduce &#171; sense/ meaning &#187; and &#171; signification &#187; [Sinn und Bedeutung] into our ideas and thereby help us to orientate ourselves in this world (Kant 1988, 267 ; 2001, 7). These &#8220;figurative representations&#8221; accompany us everywhere and we have to produce, and reproduce, them incessantly as they are necessary for us to be able to situate ourselves as a person, endowed with a body and a mind, in our world. Kant explains that the original meaning of &#8220;orientation&#8221; is geographical : it means to use one direction to find the others (ibid 269 ; 8). This capacity is inherent, but it becomes a habit through use. We are always identifying our position in relation to a wider context. We find ourselves already placed within a region [eine Weltgebend] having previously divided the horizon into four directions- north, south, east, west- in relation to, what we conventionally call, &#8220;the rise of sun&#8221; [den Aufgang] (ibid). Starting from where we thus find ourselves, we head off, orientating ourselves as we go. But this sense of orientation is not just visual (ibid) : it does not solely depend on the view of the sun, or, in its absence, of the moon and stars (for in Kant's K&#246;nigsberg the streets were still sufficiently dark for one to see the celestial skies) . Even an astronomer, if he just puts his bets on the optical, on what he sees, would be lost in outer space, says Kant. In addition to vision, we need the feeling [das Gef&#252;hl] of a difference between our two sides, the right and the left. This distinction is felt in me as a subject. It is simply a feeling [ein blosses Gef&#252;hl], inasmuch as it does not derive from an outer intuition ; there is no perceptible (i.e. visible) difference between these two sides . Even when equipped with this distinction as a tool with which to carve up space, I can still get lost if the usual position of things around this differentiated body of mine is disturbed in any way. We distinguish in this way without the stable support of a &#8216;real difference', anchored biologically, whilst depending on how the things in this world are distributed around this (partially &#8220;phantasmatic&#8221;) body . Our position as &#171; subject &#187; is thereby far from being invincible ; we have no reason to be presumptuous. But nevertheless, despite what might look like adverse circumstances, we do get some things done. We construct our world incessantly, more or less with conscience. We oriente ourselves, more or less well. &lt;br class='autobr' /&gt; Kant's notion of orientation, as a comparative approach whose practice leads us on, applies just as well to intellectual orientation. In order to exercise itself well, reason needs directions, constructions, bases, limits. Or rather, reason feels the need for them. Or better still, Kant reiterates : given that reason does not feel, it would be best to say that reason perceives its lack of support and therefore its drive for knowledge produces the &#8220;feeling of a need&#8221; for these aids, these tools, these intellectual compasses in order to guide itself (Die Vernunft f&#252;hlt nicht ; sie sieht ihren Mangel ein, und wirkt durch den Erkenntnistrieb das Gef&#252;hl des Bed&#252;rfnisses) (Kant 1988, 274-275 ; 2001, 12-13). The touchstone for this subject who ventures into the darkness, groping the things around it so as to have a way through this world, is to think freely for oneself (selbst denken) (ibid 280-283 ; 16-8). But how is one supposed to do that ? How should we engage with those social apparatuses who probably do speak some of our own language about being an autonomous citizen ? How are we to &#8220;get on board and validate&#8221; (monter et valider) as consenting adults, i.e. whilst holding onto our &#8220;maturity&#8221; [M&#252;ndigkeit] (Kant : 1997b 53 ; 1994, 54) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Kant proposes several tips for becoming a &#8220;free thinker&#8221;. He firstly suggests that we should always try not to judge in a determinate way when we don't know what we are talking about, that way ignorance will not become a source of error. This might strike us as an eminently reasonable suggestion, but it isn't often adhered to ! This said, when we need to act, even when we don't know the whole situation, we should do whilst taking full responsibility for our decisions. We must go in there, into the situation or problematic, using strategic methods to guide us. For example, in order to conceive what is limited, we need a notion of what is not ; it is under these conditions that we give a place to someone like God, to someone who could be the origin of things. However, as for angels and fairies, we are best without them. Such winged &#171; visual representations &#187; [bildliche Vorstellungen &#187;] can even become sources of distraction which lead us astray (Kant 1988 272 ; 2001, 10-11). But the most important point for thinking freely is to resist all constraint [Zwang] on our thoughts (ibid 280 &amp; 16). We should not allow someone just to speak for us, to have custody over us. We should not accept laws that we have not in some way concurred with, or could have agreed to. We do however need limits and laws. Thoughts let loose can drive us mad. Our pathway to enlightenment must avoid the trap of enthusiasm, into which we fall when we get all excited, thinking that we possess the truth when we are only holding onto things of no substance. We must beware of just believing things that have been handed down from generation to generation without having reflected critically about their status or value for ourselves (and for others). We deceive ourselves if we believe that enlightenment [Aufkl&#228;rung] depends on the quantity of &#8220;information&#8221; that we &#8220;have&#8221;. Amassing information is not knowing. Too much information can mean that we lose our way. To enlighten oneself necessarily implies an exercise in self limitation, a knowing when to say &#8220;no, that's not for me&#8221; &#8211; or rather, &#8220;that's not for me because it- this action, this thought- is not for others either, it could not become, or shouldn't even become a universal principle&#8221;. To use one's own reason necessitates that one ask oneself each time that one is supposed to take something on board :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;whether one could find it feasible to make the ground or the rule on which one assumes it into a universal principle for the use of reason (ibid 18).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230;ob man es wohl tunlich finde, den Grund, warum man etwas annimmt, oder auch die Regel, die aus dem, was man annimmt, folgt, zum allgemeinen Grundsatze seines Vernunftgebrauchs zu machen (ibid 283).&lt;br class='autobr' /&gt;
For Kant, if I get on board, it is because I've already &#8216;validated' as best I can. One doesn't need to preach to me. I've been educated too and I continue to learn for myself. One certainly shouldn't put words in my mouth. I am not completely egotistical. I do think of others, I downright have to. It is precisely for these reasons that I resist all forms of total mobilization that I cannot quite situate according to my &#8220;own&#8221; sense of orientation. This &#8220;sense&#8221;, whilst it is &#8220;mine&#8221;, is not really something I possess as such. It is part of an ongoing process of adjustment to what one holds dear. In other words, it is part of a project to reassess what we want, and do not want, to take on board. Such a reassessment is important. It could also be interesting, even amusing. It could create a collective Spielraum if we did it, at least to some extent, together, and not just as individual/ individualists. But with what body/bodies ? : Leib, K&#246;rper or Leib/K&#246;rper ? &lt;br class='autobr' /&gt;
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