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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Recension du livre de Joachim Daniel Dupuis : AUTOPSIE D'UN MORT-VIVANT George A. Romero et les zombies</title>
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		<dc:creator>Roman Dominguez Jim&#233;nez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le livre de Joachim Dupuis n'est pas un livre sur le cin&#233;ma de Romero, ni encore un livre sur les zombies en tant qu'une des m&#233;taphores les plus puissantes de l'&#233;tat d'esprit de nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, c'est plut&#244;t la carte ou la feuille de route d'une d&#233;rive de notre civilisation. Or, cette d&#233;rive passerait par le cin&#233;ma non pas parce que celui-ci est une technique neutre et apte &#224; montrer de mani&#232;re audiovisuelle ce qui nous arrive, ce que nous subissons dans nos soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Joachim Dupuis n'est pas un livre sur le cin&#233;ma de Romero, ni encore un livre sur les zombies en tant qu'une des m&#233;taphores les plus puissantes de l'&#233;tat d'esprit de nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, c'est plut&#244;t la carte ou la feuille de route d'une d&#233;rive de notre civilisation. Or, cette d&#233;rive passerait par le cin&#233;ma non pas parce que celui-ci est une technique neutre et apte &#224; montrer de mani&#232;re audiovisuelle ce qui nous arrive, ce que nous subissons dans nos soci&#233;t&#233;s de contr&#244;le, pour parler comme Deleuze (et comme Foucault), mais parce que le cin&#233;ma serait aussi, comme le montre Dupuis, une technique de pouvoir. D&#232;s lors la filiation technique du cin&#233;ma ne se limiterait pas &#224; la photographie et &#224; la chronophotographie, ni encore au panorama et au kal&#233;idoscope circulaire. Techniquement, ou mieux dit &lt;i&gt;technico-politiquement&lt;/i&gt;, le cin&#233;ma serait d'une certaine mani&#232;re h&#233;ritier du panoptique. Mais dans le cin&#233;ma nous n'avons plus un &#339;il central qui surveille en surplombant les conduites des individus, c'est l'&#339;il qui se trouve d&#233;sormais sous la mainmise d'un dispositif qui investit le regard de masses : &lt;i&gt;&#171; il s'agit de maintenir les regards de personnages dans la direction d'un autre regard qui les domine&#8230; [le cin&#233;ma] donne la possibilit&#233; au spectateur de vivre l'&#233;tat hypnotique mais aussi de le voir s'effectuer &#187;&lt;/i&gt;. &#192; sa mani&#232;re Benjamin avait aussi rep&#233;r&#233;, dans&lt;i&gt; L'&#338;uvre d'art &#224; l'&#233;poque de sa reproductibilit&#233; technique&lt;/i&gt;, ce trait qui pour Dupuis va fonder le trait vampirique du cin&#233;ma : &#224; la place du com&#233;dien de th&#233;&#226;tre, pour Benjamin, l'interpr&#232;te du cin&#233;ma ne pourra jamais atteindre une communion &#171; aur&#233;atique &#187; avec son public. Il sera toujours soumis &#224; l'autorit&#233; d'un public absent par le biais du d&#233;calage temporaire entre la prise de vue, la s&#233;lection mise en &#339;uvre par des experts (monteur, r&#233;alisateur producteur) et le visionnage en salle. Cette sorte de mainmise de l'interpr&#232;te par une masse qui exerce son pouvoir en absence sera nomm&#233;e par Benjamin &lt;i&gt;Kultus des Publikums&lt;/i&gt;. De son c&#244;t&#233;, le public sera enchant&#233;, hypnotis&#233;, par le &#171; faux rayonnement &#187;, &#171; charme faisand&#233; &#187;, (&lt;i&gt;Faulingen Schimmer&lt;/i&gt;, ce qui pourrait &#234;tre traduit litt&#233;ralement par &#171; lueur pourrie &#187;) de la vedette, qui finit par instituer un &lt;i&gt;Starkultus&lt;/i&gt; mise en &#339;uvre par l'industrie (1). Alors, la condition du cin&#233;ma classique sera celle d'un culte perverti &#224; deux faces : d'un c&#244;t&#233; l'hypnose subie par l'interpr&#232;te soumis au test cin&#233;matographique, et de l'autre l'hypnose exerc&#233;e par l'industrie sur les masses par le biais d'idoles de pacotille. Pour Benjamin la r&#233;demption de ce culte ne peut venir que lorsque les masses s'approprient ce dispositif par-del&#224; &#233;videmment des n&#233;cessit&#233;s de l'industrie capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt; Or, la nouveaut&#233; de l'approche de Dupuis ne vient pas certainement de la caract&#233;risation du cin&#233;ma comme dispositif hypnotique de masse, ni encore de la distinction qu'il fait entre l'usage familier de l'hypnose par la psychanalyse et l'usage de masse du cin&#233;ma, mais du d&#233;passement de ce cadre inaugural par un vampirisme de second degr&#233;. En ce sens Dupuis va plus loin que Jean-Louis Scheffer et Bellour : le cin&#233;ma ne nous coupe plus du monde (&lt;i&gt;L'Homme ordinaire du cin&#233;ma)&lt;/i&gt; ; il n'est plus un dispositif d'hypnose, du magn&#233;tisme animal &lt;i&gt;(Le corps du cin&#233;ma&lt;/i&gt;). Pour Dupuis donc, le cin&#233;ma aurait subi une mutation vers un &lt;i&gt;dispositif de commotion&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire, aujourd'hui le cin&#233;ma n'aurait plus d'int&#233;r&#234;t &#224; nous &#171; faire r&#234;ver &#187;, &#224; nous faire comprendre la vie comme un r&#234;ve (ou un film), ni &#224; nous tenir dans un &#233;tat catatonique dont l'expression &#224; l'&#233;cran seraient les zombies cin&#233;matographiques de premi&#232;re g&#233;n&#233;ration, les automates de &lt;i&gt;M&#233;tropolis&lt;/i&gt;, mais en nous maintenir en &#233;tat d'&#233;veil constant. Ce n'est certainement pas la conscience qui se d&#233;voile dans cet &#233;veil. Bien au contraire, nous ne r&#234;vons plus mais nous ne finissons pas non plus de nous r&#233;veiller. C'est que le &#171; geste-fant&#244;me &#187;, port&#233; par des coups mutilants (dont la s&#233;quence de la douche de &lt;i&gt;Psycho&lt;/i&gt; est le signe), et qui nous force &#224; un actuel intermittent, s'est substitu&#233; &#224; l'ancien geste-vampire, qui nous plongeait dans le virtuel. Dupuis prolonge donc la th&#232;se de Jonathan Crary &lt;i&gt;(24/7, le capitalisme &#224; l'assaut du sommeil&lt;/i&gt;) : si le capitalisme contemporain ne nous laisse pas dormir, l'&#233;tat de corr&#233;latif de l'audiovisuel est celui du stroboscope (le cin&#233;ma, mais aussi les smartphones, les tablettes, dont le mode op&#233;ratoire est celui d'un alarme discontinue de r&#233;veil).&lt;br class='autobr' /&gt; Mais le cin&#233;ma n'est pas arriv&#233; &#224; son stade de stroboscope par des raisons ext&#233;rieures, voire id&#233;ologiques ou sociales, c'est plut&#244;t son essoufflement (vers les ann&#233;es 70) en tant que dispositif d'hypnose qui l'a pouss&#233; &#224; rattraper dans les derni&#232;res ann&#233;es ce que Romero annon&#231;ait depuis &lt;i&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/i&gt;. Il se trouve que ce qu'on appelle en Occident &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt; est une catastrophe. Les zombies de Romero ne sont pas l'image ou la m&#233;taphore d'autrui qui hante la bonne conscience des d&#233;mocraties (migrants, malades, subalternes), mais un sympt&#244;me qui vient du dedans et qu'on n'arrive pas &#224; saisir : la mort-vivantitude, qui est le signe ou le pouls de cette catastrophe. La &lt;i&gt;mort-vivantitude &lt;/i&gt; est le d&#233;bris du capitalisme, l'&#233;tat de nos soci&#233;t&#233;s vampiris&#233;es. Le zombie, mort-vivant contemporain, c'est ce qui reste partout o&#249; le corps utopique de la d&#233;mocratie (consum&#233;risme, pouvoir, progr&#232;s, souverainet&#233;, finance) se pose en grandeur. Les zombies de Romero, ce ne sont pas tant des personnages, une foule qui vient du dehors pour nous d&#233;chirer, mais un affect multitudinaire qui descelle l'utopie pour nous faire entrer dans une h&#233;t&#233;rotopie sans nom, dans un espace sans figure, une &lt;i&gt;Kh&#244;ra&lt;/i&gt; qui abrite, qui constitue le vivant de nos soci&#233;t&#233;s contemporaines : le nouveau somnambule (mi-r&#233;veill&#233;, mi-endormi).&lt;br class='autobr' /&gt; Ce mi-somnambulisme doit beaucoup &#224; Romero : Benjamin observait que les masses de spectateurs du cin&#233;ma avaient une perception distraite et tactile en opposition &#224; la perception contemplative de l'individu qui regardait l'art avant &#171; l'&#233;poque m&#233;canis&#233;e &#187;. La masse absorbait l'audiovisuel dans une sorte de fl&#226;nerie collective et fantasmagorique. C'est Romero le premier qui rompe avec cette image. Ses films annoncent l'affect des masses des utilisateurs d'aujourd'hui, qui ne songent plus, qui ne sont plus ensorcel&#233;s, mais qui sont toujours r&#233;actives : non pas tant au sens de &#171; forces r&#233;actives &#187; en opposition aux &#171; forces actives &#187; d'apr&#232;s la lecture que Deleuze fait de Nietzsche, mais au sens d'&#234;tre pr&#234;tes &#224; r&#233;agir aux r&#233;flexes, comme dans les &#171; &lt;i&gt;likes&lt;/i&gt; &#187; de Facebook. Les masses du cin&#233;ma en tant que dispositif d'hypnose, absorbaient l'audiovisuel pour se plonger dans les r&#234;ves des mondes fantastiques et s&#233;ducteurs, tandis que les masses du dispositif de commotion n'arrivent plus &#224; se plonger dans la r&#234;verie, elles sont &#233;tourdies et ne finissent jamais de bien se r&#233;veiller. Cela implique un tout autre stade du tactile. Tactile pour Benjamin voulait dire absorption, digestion des images jusqu'&#224; faire un corps collectif d'images. Tactile depuis Romero veut dire plut&#244;t mutilation intermittente du corps en sommeil, le corps ne fait que r&#233;agir, il est contraint &#224; r&#233;agir le plus rapidement aux impulses. Cela explique pourquoi l'industrie du cin&#233;ma de nos jours ne cesse de s'inspirer des zombies de Romero : il faut donner aux utilisateurs un visage qui soit encore capable de nous attirer dans ce champ de ruines qui est le corps collectif r&#233;actif, il faut normaliser la figure du zombie, la rendre acceptable.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais Dupuis nous a bien averti tout au long de son texte, le zombie fait horreur partout o&#249; il se plante, il est un pl&#233;b&#233;ien (au sens d'Alain Brossat). Le zombie n'est pas l'autrui qu'on trouverait dans le visage de Levinas, mais l'inapprivoisable sans visage, l'ingouvernable comme affect et comme espace d&#233;saffect&#233;, descell&#233; de la d&#233;mocratie. Benjamin pensait que la r&#233;demption des masses ne pourrait venir qu'en profanant technico-politiquement le double culte impos&#233; par l'industrie capitaliste. Apr&#232;s avoir lu le texte de Dupuis nous pouvons penser (si le stroboscope nous le permet encore) que la lib&#233;ration ne peut venir que par une appropriation non normalisatrice du devenir-zombie. Si, comme Dupuis le signale, le zombie rom&#233;rien, en tant qu'h&#233;t&#233;rotopie perverse, informe, descellante, n'est pas une singularit&#233; de pouvoir, nous pouvons conclure (pour le moment) que la lib&#233;ration (dans l'audiovisuel et ailleurs) ne peut venir que par des gestes zombies. La politique &#224; venir (celle qui n'a rien &#224; voir avec les formes &#233;tatiques ni encore celles de l'industrie) sera rom&#233;rienne ou ne sera pas. Et ce sera pour nous autres, les non-r&#233;concili&#233;s, nous autres, les zombies.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lettre sur le m&#233;tissage mexicain. </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=478</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roman Dominguez Jim&#233;nez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; Jean-Louis D&#233;otte sur son texte &#171; Mexique : le d&#233;fi esth&#233;tique de la disparition forc&#233;e &#187; (Appareil No. 14) &lt;br class='autobr' /&gt;
Rom&#225;n Dom&#237;nguez Jim&#233;nez Ma&#238;tre de conf&#233;rences (profesor asistente) &#224; l'Institut d'esth&#233;tique de la Pontificia Universidad Cat&#243;lica de Chile, docteur en philosophie, universit&#233; Paris 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Note de l'auteur : Cette lettre vient vient d'&#234;tre publi&#233; dans le num&#233;ro 14 de la revue Appareil. On le republie ici avec des toutes petites modifications et avec le seul ajout de la note 6 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; Jean-Louis D&#233;otte sur son texte &#171; Mexique : le d&#233;fi esth&#233;tique de la disparition forc&#233;e &#187; (&lt;i&gt;Appareil No. 14)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rom&#225;n Dom&#237;nguez Jim&#233;nez&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma&#238;tre de conf&#233;rences (profesor asistente) &#224; l'Institut d'esth&#233;tique de la Pontificia Universidad Cat&#243;lica de Chile, docteur en philosophie, universit&#233; Paris 8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de l'auteur : Cette lettre vient vient d'&#234;tre publi&#233; dans le num&#233;ro 14 de la revue &lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt;. On le republie ici avec des toutes petites modifications et avec le seul ajout de la note 6 en bas de page.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sum&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est une version adapt&#233;e et modifi&#233;e pour le public d'un message &#233;lectronique que j'ai adress&#233; d&#233;but d&#233;cembre 2014 &#224; Jean-Louis D&#233;otte lors de la lecture de son texte pour le num&#233;ro 14 d'&lt;i&gt;Appareil&lt;/i&gt;, et suite &#224; l'&#233;change &#233;pistolaire que l'on a eu lors de sa visite au Mexique en octobre dernier pour un cycle de conf&#233;rences &#224; Mexico. Le ton initial de cet &#233;crit donc, est celui d'une lettre d'un chercheur mexicain qui habite au Chili adress&#233;e &#224; son professeur, coll&#232;gue et ami fran&#231;ais, concernant notamment la question du m&#233;tissage &#224; la lumi&#232;re de l'enl&#232;vement et disparition forc&#233;e, pr&#232;s de la ville d'Iguala, dans l'&#201;tat de Guerrero, Sud du Mexique, de quarante-trois &#233;tudiants de l'&#201;cole normale rurale d'Ayotzinapa, la nuit du 26 septembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; avec quelques coll&#232;gues de la r&#233;ception de &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt; au Mexique, &#233;tant donn&#233; que moi, je n'&#233;tais pas sur place au moment de sa sortie. Ce que l'on peut dire, c'est que le monde litt&#233;raire chez moi (m&#234;me s'il est important en Am&#233;rique latine) n'a pas une grande influence sur la mani&#232;re dont les gens voient les disparitions de femmes &#224; Juarez. Certes, dans le gotha litt&#233;raire, le roman a eu un grand succ&#232;s, mais il n'a pas contribu&#233; &#224; rendre visibles les victimes pour la population mexicaine. C'est dans les milieux litt&#233;raires et universitaires qu'appara&#238;t un rapport entre &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt; et Juarez. Bien qu'au Mexique les choses se passent (comme presque partout ailleurs) &#224; la t&#233;l&#233; ou maintenant via les r&#233;seaux sociaux, on peut dire que c'est plut&#244;t &#224; partir du travail des journalistes que la question des mortes de Juarez a &#233;t&#233; connue du grand public mexicain. Concernant les &#339;uvres ayant abord&#233; ce sujet, on peut penser au roman du journaliste Sergio Gonzalez, &lt;i&gt;Huesos en el desierto&lt;/i&gt; (2002, en traduction fran&#231;aise : &lt;i&gt;Des os dans le d&#233;sert&lt;/i&gt;, Albi, &#201;ditions du Passage du Nord Ouest, 2007), roman qui est par ailleurs l'une des inspirations de Bola&#241;o pour &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt;, ou encore au documentaire &lt;i&gt;Se&#241;orita extraviada&lt;/i&gt; (2001) de Lourdes Portillo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tous cas, j'ai quelques r&#233;ticences &#224; lire &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt; en connexion avec les disparitions : j'ai lu&lt;i&gt; Les d&#233;tectives sauvages&lt;/i&gt; avec effort et cela ne m'a pas touch&#233; du tout. Je trouve la prose de Bola&#241;o tr&#232;s affect&#233;e, voire artificielle. Cela est d&#251; peut-&#234;tre au fait qu'il parle des r&#233;alit&#233;s que je connais sous un autre angle et je ne peux m'emp&#234;cher de comparer la ville de Mexico que je connais &#224; la ville que Bola&#241;o montre (je parle toujours des &lt;i&gt;D&#233;tectives sauvages&lt;/i&gt;). La ville que je connais est presque aussi litt&#233;raire que celle de Bola&#241;o, mais beaucoup plus sordide (et paradoxalement plus sobre aussi). Au contraire de la ville des &lt;i&gt;D&#233;tectives&lt;/i&gt;, dans ma ville, les &#233;v&#233;nements, m&#234;me litt&#233;raires, ne se passent pas dans les quartiers c&#233;l&#232;bres comme Roma ou Del Valle, mais dans les quartiers populaires : Guerrero ou Agr&#237;cola Oriental ; et surtout dans la banlieue, dans ces &#171; zones &#187; presque anomiques, tout pr&#232;s du pr&#233;individuel simondonien : Neza ou Ecatepec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, suite au conseil d'un ami, Hector Grada, sp&#233;cialiste en litt&#233;rature, j'ai lu quelques recensions sur &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt; et je les trouve un peu floues : par exemple celle de Sonja Stanfield, d'apr&#232;s laquelle, &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt; de Bola&#241;o exprimerait la &#171; banalit&#233; du mal &#187; mise en &#339;uvre au Mexique (1). Je pense que la chose est plus complexe. &#192; mon avis, ce qui s'est pass&#233; &#224; Juarez n'est pas une d&#233;marche du type &#171; Eichmann &#187;, mais c'est une affaire de cynisme et de racisme (comme tu le montres dans ton texte). En tous cas, ce ne sera que quand les choses se calmeront un peu et que mon c&#339;ur se sentira lib&#233;r&#233; de la rage que je pourrai lire en tranquillit&#233; &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt;. Ce qui ne veut pas dire que je d&#233;conseille sa lecture, il s'agit de ma situation personnelle !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le passage de ton texte dans lequel tu parles du m&#233;tissage me para&#238;t plus important : en effet, le m&#233;tissage serait une fantasmagorie surtout nourrie par l'&#201;tat mexicain. Il rel&#232;ve du mythe de la restauration de la grandeur pr&#233;hispanique dans le Mexique ind&#233;pendant, apr&#232;s l'interr&#232;gne faisand&#233; de la p&#233;riode coloniale espagnole. Pourtant, ce mythe aurait une variation en ce qui concerne l'histoire de l'art. Il y aurait une certaine continuit&#233; esth&#233;tique, une sorte de noce paisible entre les trois grandes p&#233;riodes : la pr&#233;hispanique, la colonisation espagnole et le Mexique ind&#233;pendant. Du moins, c'est ce que laisse penser la grande exposition &lt;i&gt;Mexique splendeurs de trente si&#232;cles (M&#233;xico, esplendores de treinta siglos),&lt;/i&gt; pr&#233;sent&#233;e au Mexique et au MoMa au d&#233;but des ann&#233;es 1990. &#192; mes yeux, c'est le suppos&#233; d'une hybridation esth&#233;tique r&#233;ussie qui a fascin&#233; autant des auteurs comme Artaud, qui voyait dans le Mexique le salut de l'Occident (car pour Artaud il y aurait dans le Mexique contemporain des traits de la civilisation joyeuse et cruelle des peuples pr&#233;hispaniques) ou encore Eisenstein, qui aurait voulu constituer une sorte de tableau dialectique de l'histoire mexicaine dans &lt;i&gt;Que viva Mexico !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que l'on pense l'histoire du Mexique comme une continuit&#233; avec des sursauts ou comme une restauration dialectique, la p&#233;riode du Mexique ind&#233;pendant comporterait la synth&#232;se harmonique entre les h&#233;ritages espagnol et indien. C'est Octavio Paz qui a bien vu (dans &lt;i&gt;Postdata&lt;/i&gt;, 1969, qui est un appendice au &lt;i&gt;Labyrinthe de la solitude&lt;/i&gt;, de 1950) des signes qui mettent en question la fantasmagorie du m&#233;tissage telle qu'elle est promue par l'&#201;tat. De telle sorte que le Mus&#233;e d'Anthropologie &#224; Chapultepec serait moins un hommage &#224; l'h&#233;ritage indien qu'un miroir du r&#233;gime mexicain, se voulant h&#233;ritier des azt&#232;ques. Je cite Paz :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi avons-nous cherch&#233; dans les ruines pr&#233;hispaniques l'arch&#233;type du Mexique ? Et pourquoi cet arch&#233;type devrait-il &#234;tre azt&#232;que et non pas maya ou zapot&#232;que ou tarasque ou otomi ? Ma r&#233;ponse &#224; ces questions ne plaira pas &#224; beaucoup de gens : les vrais h&#233;ritiers des assassins du monde pr&#233;hispanique ne sont pas les espagnols p&#233;ninsulaires, mais nous, les mexicains qui parlons castillan, que nous soyons criollos (2), m&#233;tis ou indiens. De telle sorte que le mus&#233;e exprime un sentiment de culpabilit&#233; qui, par le biais d'une op&#233;ration de transfert et d&#233;charge d&#233;crite par la psychanalyse, transforme la culpabilit&#233; en glorification de la victime.(3)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique en partie pourquoi Paz (f&#233;roce critique du muralisme par ailleurs) n'est pas bien aim&#233; au Mexique, et cela malgr&#233; son Nobel de litt&#233;rature. L'autre raison de la m&#233;fiance de nombreux Mexicains envers Paz s'explique plus facilement : dans la derni&#232;re p&#233;riode de sa vie, il s'est beaucoup rapproch&#233; du r&#233;gime d'&#201;tat (notamment du Parti r&#233;volutionnaire institutionnel, PRI) et du g&#233;ant m&#233;diatique &lt;i&gt;Televisa&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire de certains intellectuels et de la doctrine &#171; officielle &#187; du m&#233;tissage, Paz ne croyait pas &#224; une continuit&#233; harmonieuse, non plus qu'&#224; une restauration mythique de l'Empire azt&#232;que4. Encore moins &#224; un m&#233;tissage absolument r&#233;ussi (par rapport aux autres peuples d'Am&#233;rique latine). Pour Paz (&lt;i&gt;Labyrinthe de la solitude)&lt;/i&gt;, nous, les Mexicains, sommes (mythiquement) &lt;i&gt;hijos de la chingada &lt;/i&gt; (enfants de la &lt;i&gt;chingada&lt;/i&gt;). Au Mexique, ceci est la phrase la plus insultante qu'on puisse lancer &#224; quelqu'un. La &#171; &lt;i&gt;chingada&lt;/i&gt; &#187; n'est pas une &#171; pute &#187;, mais une femme (indienne) viol&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Chingar&lt;/i&gt; &#187; est, dans son sens primordial, violer quelqu'un, ouvrir les jambes de quelqu'un pour le p&#233;n&#233;trer sans consentement. C'est pour cela qu'on dit &lt;i&gt;chinga tu madre&lt;/i&gt; (&#171; nique ta m&#232;re &#187;). Un enfant de la &lt;i&gt;chingada&lt;/i&gt; est pire qu'un pl&#233;b&#233;ien : il est un b&#226;tard sans h&#233;ritage et dont le p&#232;re est absent. De telle sorte que les noms mexicains, &#171; Dom&#237;nguez &#187; par exemple, sont pour la plupart des noms roturiers : tr&#232;s souvent les cur&#233;s baptisaient les enfants de la &lt;i&gt;chingada&lt;/i&gt; avec le nom du patron, ma&#238;tre ou seigneur du fief ou du territoire. Au Mexique donc, et au contraire des autres latitudes, nous ne sommes pas des &#171; fils de pute &#187;. En tant que m&#233;tis, nous sommes enfants de la &lt;i&gt;chingada&lt;/i&gt; parce que nous sommes des enfants du viol par les Espagnols des femmes indiennes (je parle d'un point de vue mythique, voire fantasmagorique, bien s&#251;r, il y a des Mexicains qui peuvent se r&#233;clamer d'un h&#233;ritage pr&#233;cis : espagnol, juif &#8211; et cryptojuif &#8211;, italien, fran&#231;ais, allemand, voire libanais, comme Slim, l'un des hommes les plus riches du monde ou comme Salma Hayek), mais ce n'est pas le cas pour la plupart d'entre nous, les m&#233;tis, qui au contraire des &#171; vrais &#187; Indiens, ne connaissons pas avec pr&#233;cision notre origine ethnique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, dans d'autres parties d'Am&#233;rique latine il n'y a pas eu de m&#233;tissage si fort entre Europ&#233;ens et Indiens, parce que ceux-ci ont &#233;t&#233; massacr&#233;s au pr&#233;alable ou an&#233;antis par des maladies port&#233;es par les Europ&#233;ens (Argentine, Br&#233;sil, voire Cuba o&#249;, face &#224; la disparition des Indiens, les Espagnols ont &#171; import&#233; &#187; des Africains). C'est le cas encore pour certaines parties du Mexique : l&#224; o&#249; les Indiens n'&#233;taient pas &#171; civilis&#233;s &#187; comme chez les Azt&#232;ques, mais plut&#244;t nomades comme les Apaches, les Yaquis, les Tarahumaras, etc. il n'y a pas eu de m&#233;lange g&#233;n&#233;ralis&#233; (5). C'est pour &#231;a qu'on dit qu'au Nord du Mexique, les gens sont plus &#171; blancs &#187; qu'au Sud du Mexique et &#224; Mexico, tandis que dans ce m&#234;me endroit (le Nord) les Indiens, bien qu'il n'y ait pas eu de &#171; r&#233;serves &#187; telles qu'on les trouve aux &#201;tats-Unis, rest&#232;rent confin&#233;s dans des endroits isol&#233;s, voire dans la montagne, comme les Tarahumaras, si chers &#224; Artaud. Par contre, dans le Sud (Oaxaca, Puebla, Michoacan), et notamment gr&#226;ce &#224; l'intervention de certains ordres eccl&#233;siastiques (dont les dominicains au Oaxaca), s'est d&#233;velopp&#233;e une hybridation entre des pratiques autochtones, des adaptions du catholicisme et du gouvernement colonial qui ont eu pour r&#233;sultat un certain m&#233;tissage r&#233;ussi. Ce n'est pas le cas du Chiapas qui, dans la p&#233;riode coloniale, d&#233;pendait du Royaume du Guatemala, o&#249; la division entre des &lt;i&gt;criollos&lt;/i&gt;, m&#233;tis, et Indiens &#233;tait (jusqu'&#224; aujourd'hui) plus forte, comme au P&#233;rou ou en Bolivie. Cela expliquerait peut-&#234;tre pourquoi la r&#233;bellion zapatiste a eu lieu au Chiapas et non pas au Oaxaca. Il est vrai par contre que partout au Mexique il y a eu un m&#233;tissage culturel (comme partout) dont l'expression la plus marquante est &#224; mon avis la cuisine mexicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, toutes ces diff&#233;rences r&#233;gionales n'emp&#234;chent pas que nous, la plupart des Mexicains, nous nous consid&#233;rons comme des m&#233;tis et que nous nous sentons tr&#232;s fiers de notre h&#233;ritage indien. Mais il s'agit d'un m&#233;tissage assez probl&#233;matique au fond. En g&#233;n&#233;ral, nous c&#233;l&#233;brons l'Indien comme anc&#234;tre, nous l'ignorons dans la rue. Certes, cela a commenc&#233; &#224; changer &#224; partir de 1992 (Ve centenaire de la &#171; d&#233;couverte &#187; de l'Am&#233;rique et du massacre des Indiens) et avec le zapatisme au Chiapas. En tout cas, Paz souligne (pr&#233;face &#224; &lt;i&gt;Quetzalcoatl et Guadalupe&lt;/i&gt; de Jacques Lafaye) que le Mexique moderne s'est construit sur l'oubli de la colonisation espagnole, qui reste m&#234;me aujourd'hui une p&#233;riode obscure, une sorte d'interr&#232;gne entre l'empire azt&#232;que et le Mexique d'aujourd'hui. Par comparaison, au Chili on trouve des rues et des monuments d&#233;di&#233;s aux conquistadors, et Pedro de Valdivia est consid&#233;r&#233; comme le fondateur du Chili. Au Mexique en revanche, Cort&#232;s est l'incarnation du mal : aucune rue ou monument important ne portent son nom. &#192; Santiago il y a une rue &#171; Hernan Cort&#232;s &#187; et une statue de Pedro de Valdivia sur la place principale ; au Mexique une statue de Cort&#232;s pourrait provoquer des &#233;meutes ! Et pourtant, c'est la p&#233;riode coloniale qui a construit le Mexique : le culte de la Vierge de Guadalupe est aux yeux de Paz l'invention collective la plus importante des Mexicains. Et on pourrait aller jusqu'&#224; dire que le culte de la Vierge de Guadalupe est le m&#233;tissage mexicain en acte. Mais s'il est possible de dire qu'ici on trouve une d&#233;marche r&#233;ussie de m&#233;tissage, on peut dire aussi que la &lt;i&gt;chingada&lt;/i&gt; est l'envers chtonien, le tr&#233;fonds plus que dionysiaque, b&#226;tard de la m&#232;re apollinienne qui est la Guadalupe. Bref, il n'y a pas de Mexique avant les Espagnols : il y avait des empires et des peuples qui se faisaient la guerre entre eux, bien qu'ils eussent une civilisation commune : &#171; civilisation du ma&#239;s &#187;, etc. Nous les Mexicains, nous ne sommes pas les enfants des azt&#232;ques, mais des peuples qui se sont alli&#233;s aux Espagnols contre les azt&#232;ques, et des caciques qui ont surv&#233;cu au massacre, dirig&#233; et qui ont pactis&#233; pas mal avec les Espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, je crois que la diff&#233;rence principale entre le Mexique et d'autres parties de l'Am&#233;rique latine est le rapport que nous avons au m&#233;tissage. Le Chili, l'Argentine se sont construits comme des r&#233;pliques europ&#233;ennes : Buenos Aires est une ville construite en partie &#224; l'image de Paris. Ce n'est pas le cas &#224; Mexico : m&#234;me Maximilien s'est vu en h&#233;ritier des Azt&#232;ques (comme le montrent ses blasons avec l'aigle azt&#232;que (6)). Certes, il a voulu construire une ville europ&#233;enne (&lt;i&gt;Paseo de la Reforma&lt;/i&gt;) mais avec l'ajout d'&#233;l&#233;ments indiens (l'Empire de Maximilien a &#233;t&#233; le seul gouvernement &#224; avoir &#233;crit des lois en langue indienne, dont le nahuatl). Au niveau mythique, ou de la fantasmagorie, cela cr&#233;e un probl&#232;me : au contraire des &#233;lites d'autres pays de la r&#233;gion (sauf peut-&#234;tre celles du P&#233;rou avec l'Empire des Incas), les Mexicains (m&#234;me s'ils sont de &#171; race &#187; europ&#233;enne) se sentent fiers et h&#233;ritiers de la culture pr&#233;hispanique et de la diversit&#233; culturelle actuelle. Ce qui n'emp&#234;che qu'&#224; la fin, le pouvoir se constitue comme une sorte de conquistador-roi azt&#232;que, implacable contre la population si cela est n&#233;cessaire (Tlatelolco en 1968, 2014 &#224; Iguala, pour le dire vite). L&#224;, je suis tout &#224; fait d'accord avec l'approche que tu fais du retour du pr&#233;individuel : c'est l&#224; o&#249; se joue la sensibilit&#233; politique. Avant la disparition des 43 &#233;tudiants &#224; Ayotzinapa, les milliers de morts et de disparus restaient dans une invisibilit&#233; &#233;c&#339;urante. Or, par &lt;i&gt;invisibilit&#233;&lt;/i&gt; je ne veux pas dire qu'on ne savait pas ce qui arrivait (100 000 morts, 20 000 disparus). Les medias mexicains rapportaient toujours les disparitions, la d&#233;couverte des fosses communes, les ex&#233;cutions par les narcotrafiquants, la d&#233;couverte macabre de corps sans t&#234;te, les vid&#233;os mises en ligne par les narcos eux-m&#234;mes se vantant de tuer de sang-froid leurs ennemis. Pendant la p&#233;riode sombre de Calder&#243;n (2006-2012), qui sera toujours vu au Mexique comme un inf&#226;me g&#233;nocidaire, il y a eu des mobilisations. Mais une grande partie de la population restait en marge des &#233;v&#233;nements, comme si cela arrivait ailleurs. Tandis qu'en dehors du Mexique, et en partie gr&#226;ce &#224; des op&#233;rations m&#233;diatiques men&#233;es par des groupes proches du gouvernement, la chose ne donnait pas lieu &#224; un grand d&#233;bat public. Il s'agissait &#224; mon avis d'une d&#233;marche de propagande &#224; l'envers : il ne fallait pas trop en parler, il fallait dire qu'il s'agissait d'une lutte contre le crime et non d'une v&#233;ritable guerre contre la population men&#233;e par l'&#201;tat. Au lieu de demander le respect des droits de l'homme, Sarkozy et Hollande, par exemple, ont choisi de s'en tenir au feuilleton Florence Cassez, alors que des dizaines d'&#234;tres humains (innocents ou pas, Mexicains ou pas, comme les migrants d'Am&#233;rique centrale trouv&#233;s dans une fosse commune au Tamaulipas) &#233;taient ex&#233;cut&#233;s de mani&#232;re ill&#233;gale et honteuse. Deux jours apr&#232;s l'enl&#232;vement des &#233;tudiants d'Ayotzinapa, je me disais encore que personne n'agissait. L'invisibilit&#233; n'&#233;tait pas du tout une invisibilit&#233; absolue, mais un manque honteux de r&#233;action face &#224; ce qu'on a vu et qu'on ne voulait pas voir, comme une sorte de lettre vol&#233;e que tout le monde avait vue, mais que personne ne voulait trouver. Mon espoir est de penser que quelque chose vient de changer : la disparition des 43 a rendu visible les horreurs de ces derni&#232;res ann&#233;es. En 2012 j'ai fini la pr&#233;sentation de ma th&#232;se avec ces mots (voir le texte complet dans Appareil : &lt;a href=&#034;http://appareil.revues.org/1497&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://appareil.revues.org/1497&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On nous reprochera peut-&#234;tre non sans raison, que l'image d'une philosophie politique par le cin&#233;ma ne peut &#234;tre qu'une politique de salon vou&#233;e &#224; des colloques et &#224; des s&#233;minaires. Ce reproche devient plus poignant dans la mesure o&#249; nous sommes Mexicains et qu'en tant que chercheurs mexicains nous avons affaire avec la violence d'une guerre qui n'a rien &#224; voir avec de belles images. &#192; cela nous r&#233;pondons donc que nos ma&#238;tres, au Mexique et au Nord du Mexique, ont construit de toutes pi&#232;ces ce mauvais western qu'est &#171; la guerre contre les barons de la drogue &#187;, guerre o&#249; 50 000 morts restent dans le hors-champ. Certainement ce western criminel ne pourra-t-il &#234;tre conjur&#233;, d&#233;sactiv&#233;, que par des moyens qui concernent ce qui serait une appropriation massive du montage. Car d&#233;sormais il ne suffit pas seulement d'occuper la rue, mais d'occuper litt&#233;ralement, r&#233;ellement le montage. Occuper le montage dans le contexte mexicain veut dire occuper, terrasser, mettre en miettes, par le biais du montage, tout l'appareil m&#233;diatique et communicationnel au service duquel nos gouvernants sont soumis depuis longtemps. Nous croyons que ce n'est que par cette occupation massive qu'un jour peut-&#234;tre nous pourrons dire : Free at last ! Libres enfin ! &#161;Libres al fin !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre cette appropriation du montage a-t-elle commenc&#233; &#224; se faire dans les r&#233;seaux sociaux, o&#249; la plupart des mexicains se r&#233;voltent par le biais de photos, de vid&#233;os et de textes contre les m&#233;dias (dont &lt;i&gt;Televisa&lt;/i&gt;) et contre cet &#201;tat criminel. Je ne parle pas d'une r&#233;volution au sens classique, de la seule prise du pouvoir, mais de la qu&#234;te d'un nouveau mode de partage qui passe par un nouveau statut du diff&#233;rend cosm&#233;tique, qui serait une autre fa&#231;on de prendre le pouvoir, non pas politique, mais techno-esth&#233;tico-politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, et en marge de cet &#233;crit, je voudrais remercier Jean-Louis D&#233;otte pour avoir visit&#233; mon pays. J'ai toujours pens&#233; que le Mexique pourrait apporter beaucoup d'&#233;l&#233;ments &#224; sa r&#233;flexion esth&#233;tico-politique. Je suis s&#251;r que le Mexique ne l'a pas laiss&#233; indiff&#233;rent et que lui et Martine D&#233;otte ont pu remarquer qu'il s'agit d'un pays tr&#232;s profond : dans la violence et dans son histoire, et que dans cet endroit se jouent des choses qui nous concernent peut-&#234;tre &#224; tous, pour le pr&#233;sent et pour l'avenir. Merci donc &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Sonja Stanfield, &#171; Cuatro im&#225;genes del mal en &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt; de Roberto Bola&#241;o &#187;, &lt;i&gt;revue Fuentes human&#237;sticas&lt;/i&gt;, A&#241;o 24, n&#176; 44 (primer semestre, 2012), &#171; La justicia en las humanidades &#187;, Mexico, Universidad Aut&#243;noma Metropolitana Azcapotzalco, p. 69-82. Soulignons que ce texte a pourtant le m&#233;rite de poser le probl&#232;me de la violence et du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Le terme espagnol &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; ne doit pas &#234;tre compris comme &lt;i&gt;cr&#233;ole&lt;/i&gt; au sens o&#249; on l'utilise aujourd'hui en fran&#231;ais, comme culture hybride, notamment aux Antilles. Dans l'usage mexicain et d'autres parties de l'Am&#233;rique latine, &lt;i&gt;Criollo&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;criollos&lt;/i&gt; veut dire &#171; gens de race espagnole n&#233;s en Am&#233;rique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &lt;i&gt;Octavio&lt;/i&gt; Paz, &#171; Postdata &#187;, &lt;i&gt;El laberinto de la Soledad, Postdata, Vuelta al Laberinto de la Soledad&lt;/i&gt;, Mexico, FCE, 1994 (Premi&#232;re &#233;dition de ce recueil : Mexico, FCE, 1981), p. 316-317. Traduction par mes soins. Le passage en question appartient &#224; une section qui, d'une mani&#232;re assez significative, s'appelle &lt;i&gt;Cr&#237;tica de la piramide &lt;/i&gt; (Critique de la pyramide).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 En fait, des historiens et des arch&#233;ologues ont montr&#233; que la p&#233;riode azt&#232;que &#233;tait une p&#233;riode de d&#233;cadence du plateau central du Mexique par rapport &#224; la grandeur tolt&#232;que quelques si&#232;cles auparavant : les Azt&#232;ques &#233;tant un peuple nomade venu du Nord assez r&#233;cemment, une sorte de Romains m&#233;soam&#233;ricains par rapport aux &#171; &#201;trusques &#187; (Tolt&#232;ques) et aux &#171; Grecs &#187; (Mayas). Comme les Romains, les Azt&#232;ques auraient adopt&#233; les mythes (dont celui de Quetzalcoatl) des peuples cultiv&#233;s comme les Tolt&#232;ques ou encore du peuple au nom inconnu qui a b&#226;ti Teotihuacan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Par exemple, Geronimo, le c&#233;l&#232;bre chef des Apaches, s'est battu contre l'arm&#233;e mexicaine avant de diriger la r&#233;sistance de son peuple contre les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 On peut r&#233;torquer que le blason mexicain n'est pas le seul parmi ceux des R&#233;publiques am&#233;ricaines qui porte des &#233;l&#233;ments autochtones : le Guatemala avec son &lt;i&gt;quetzal&lt;/i&gt;, les pays andins avec leurs condors (Bolivie, &#201;quateur, Bolivie, Chili) et lamas (P&#233;rou), le huemul (Chili). Reste que l'aigle du blason et des armoiries mexicains d&#233;vore un serpent sur un cactus (&lt;i&gt;nopal&lt;/i&gt;) : il renvoie au signe que le Dieu Huitzilopchtli envoya aux azt&#232;ques alors nomades pour fonder leur ville. La l&#233;gende raconte que les azt&#232;ques ont trouv&#233; l'aigle d&#233;vorant une serpent sur un cactus dans un &#238;lot du Lac de Texcoco (bien que des &#233;rudits contemporains aient montr&#233; qu'il n'est pas fait mention du serpent dans les codex qui ont surv&#233;cu jusqu'&#224; nos jours). Les azt&#232;ques ont par la suite fond&#233; leur ville en l'appelant Mexico-Tenochtitlan (devenue apr&#232;s la ville de Mexico avec les espagnols) et eux-m&#234;mes sont devenus &lt;i&gt;mexicas&lt;/i&gt;. On voit bien que le blason, les armoiries mexicains ne renvoient pas seulement &#224; un &#233;l&#233;ment de distinction nationale, mais directement au mythe de la fondation de Tenochtitlan et par l&#224;, ils renvoient aussi &#224; une continuit&#233; mythique entre l'Empire azt&#232;que et sa capitale Tenochtitlan avec l'&#201;tat mexicain contemporain et Mexico. Cela est &#224; mes yeux r&#233;sum&#233; par la phrase du &lt;i&gt;M&#233;morial de Colhuacan&lt;/i&gt;, de l'historien azt&#232;que Chimalpahin Cuauhtlehuanitzin (je traduis de l'espagnol, mais l'original est en nahuatl) : &#171; Aussi longtemps que le monde existera, la renomm&#233;e et la gloire de Mexico-Tenochtitlan ne s'effaceront jamais &#187; (Domingo Chimalp&#225;hin Cuauhtlehuanitzin, L&lt;i&gt;as ocho relaciones y el memorial de Colhuac&#225;n&lt;/i&gt;, Trad. et pal&#233;ographie du nahuatl &#224; l'espagnol par Rafael Tena. Mexico, CONACULTA, coll. &#171; Cien de M&#233;xico &#187;, 1998, p. 161).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mots-cl&#233;s&lt;/strong&gt; : m&#233;tissage, disparitions forc&#233;es, Mexique, Ayotzinapa&lt;br class='autobr' /&gt;
Key words : melting-pot, kidnapping, Mexico, Ayotzinapa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bola&#241;o, Roberto, &lt;i&gt;Los detectives salvajes&lt;/i&gt;, Barcelona, Anagrama, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bola&#241;o, Roberto, &lt;i&gt;2666&lt;/i&gt;, Barcelona, Anagrama, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chimalp&#225;hin Cuauhtlehuanitzin, Domingo, &lt;i&gt;Las ocho relaciones y el memorial de Colhuac&#225;n&lt;/i&gt;, Trad. et pal&#233;ographie du nahuatl &#224; l'espagnol par Rafael Tena. Mexico, CONACULTA, coll. &#171; Cien de M&#233;xico &#187;, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gonzalez Rodr&#237;guez, Sergio, &lt;i&gt;Huesos en el desierto&lt;/i&gt;, Barcelona, Anagrama, 2002.{}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lafaye, Jacques, &lt;i&gt;Quetzalc&#243;atl et Guadalupe. La formation de la conscience nationale au Mexique&lt;/i&gt;, pr&#233;face d'Octavio Paz, Paris, Gallimard, &#171; Biblioth&#232;que des Histoires &#187;, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paz, Octavio, El laberinto de la Soledad, Postdata, Vuelta al Laberinto de la Soledad, Mexico, FCE, 1994 (Premi&#232;re &#233;dition de ce recueil : Mexico, FCE, 1981).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanfield, Sonja , &#171; Cuatro im&#225;genes del mal en 2666 de Roberto Bola&#241;o &#187;, revue&lt;i&gt; Fuentes human&#237;sticas&lt;/i&gt;, A&#241;o 24, n&#176; 44 (primer semestre, 2012), &#171; La justicia en las humanidades &#187;, Mexico, Universidad Aut&#243;noma Metropolitana Azcapotzalco, p. 69-82.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Artaud, Antonin, &#171; La culture &#233;ternelle du Mexique &#187;, &#171; Le Mexique et la civilisation &#187;,&lt;i&gt; &#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, VIII, Paris, Gallimard, 1971.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Les Tarahumaras&lt;/i&gt;, Gallimard Folio (Essais), 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;xico : E&lt;i&gt;splendores de treinta siglos&lt;/i&gt; [Catalogue d'exposition], New York, Metropolitan Museum of Art, 1991 / Mexico, Consejo Nacional para la Cultura y las Artes, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Films cit&#233;s &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eisenstein, Sergue&#239; Mikha&#239;lovitch, &lt;i&gt;Que Viva Mexico ! (&#1044;&#1072; &#1079;&#1076;&#1088;&#1072;&#1074;&#1089;&#1090;&#1074;&#1091;&#1077;&#1090; &#1052;&#1077;&#1082;&#1089;&#1080;&#1082;&#1072; !)&lt;/i&gt;, URSS, 1932 (inachev&#233;, montage de Grigori Aleksandrov, URSS 1979).&lt;br class='autobr' /&gt;
Portillo, Lourdes, &lt;i&gt;Se&#241;orita extraviada&lt;/i&gt;, Mexique, 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur une certaine fonction politique du cin&#233;ma latino-am&#233;ricain </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=469</link>
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		<dc:date>2015-01-13T07:17:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roman Dominguez Jim&#233;nez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;trange cas du regard poignant dans El compadre Mendoza de Fernando de Fuentes : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://appareil.revues.org/2126&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;trange cas du regard poignant dans El compadre Mendoza de Fernando de Fuentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://appareil.revues.org/2126&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://appareil.revues.org/2126&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lettre sur le m&#233;tissage mexicain. R&#233;ponse &#224; Jean-Louis D&#233;otte </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=468</link>
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		<dc:creator>Roman Dominguez Jim&#233;nez</dc:creator>



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&lt;p&gt;sur son texte &#171; Mexique : le d&#233;fi esth&#233;tique de la disparition forc&#233;e &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://appareil.revues.org/2116&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;sur son texte &#171; Mexique : le d&#233;fi esth&#233;tique de la disparition forc&#233;e &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://appareil.revues.org/2116&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://appareil.revues.org/2116&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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