<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=211&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Massacres du 8 mai 1945 en Alg&#233;rie : 80&#232;me anniversaire et indispensable reconnaissance - suivi de &#171; I have a Dream &#187;, la France reconnait les crimes coloniaux qu'elle a commis </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1445</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1445</guid>
		<dc:date>2025-05-08T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Le Cour Grandmaison</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; la veille du 80&#232;me anniversaire des massacres de S&#233;tif, Guelma et Kherrata, une telle reconnaissance s'impose d'autant plus qu'on ne peut laisser les extr&#234;mes-droites et les droites de gouvernement radicalis&#233;es poursuivre inlassablement et sans opposition v&#233;ritable leur campagne politique et culturelle destin&#233;e &#224; r&#233;habiliter le criminel pass&#233; colonial de la France. Un texte de Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est en 1945 que mon humanitarisme fut confront&#233; pour la premi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; la veille du 80&#232;me anniversaire des massacres de S&#233;tif, Guelma et Kherrata, une telle reconnaissance s'impose d'autant plus qu'on ne peut laisser les extr&#234;mes-droites et les droites de gouvernement radicalis&#233;es poursuivre inlassablement et sans opposition v&#233;ritable leur campagne politique et culturelle destin&#233;e &#224; r&#233;habiliter le criminel pass&#233; colonial de la France. Un texte de Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est en 1945 que mon humanitarisme fut confront&#233; pour la premi&#232;re fois au plus atroce des spectacles. J'avais vingt ans. Le choc que je ressentis devant l'impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l'ai jamais oubli&#233;. L&#224; se cimente mon nationalisme. &#187;&lt;/i&gt; Kateb Yacine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce ne sont pas les informations qui nous font d&#233;faut. Ce qui nous manque, c'est le courage de comprendre ce que nous savons et d'en tirer les cons&#233;quences. &#187;&lt;/i&gt; Sven Lindqvist&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelques semaines, le 8 mai 2025, les plus hautes autorit&#233;s de l'Etat et de tr&#232;s nombreux &#233;lu-e-s de la R&#233;publique vont comm&#233;morer le 80&#232;me anniversaire de la victoire des Alli&#233;s contre l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans la plupart des cas, et notamment du c&#244;t&#233; des extr&#234;mes-droites, des droites de gouvernement radicalis&#233;es comme &#224; l'Elys&#233;e sans oublier, h&#233;las, certains maires et parlementaires appartenant aux formations politiques qui composent le Nouveau front populaire, les massacres commis par la France en Alg&#233;rie seront tus alors qu'ils d&#233;butent le jour m&#234;me et qu'ils ont fait pr&#232;s de 30 000 victimes. Certain-e-s les ignorent, ce qui t&#233;moigne du caract&#232;re toujours scandaleusement partiel des programmes &#233;labor&#233;s pour les coll&#232;ges, les lyc&#233;es et les universit&#233;s. D'autres euph&#233;misent ces massacres en prenant soin de ne pas mettre en cause la France, le gouvernement provisoire de la R&#233;publique et ceux qui pr&#233;sident alors aux destin&#233;es du pays : le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, le gouvernement, les ministres communistes &#8211; Charles Tillon et Fran&#231;ois Billoux - auxquels s'ajoutent plusieurs ministres socialistes. La pr&#233;servation des mythologies nationales, partisanes et personnelles est &#224; ce prix. D'autres enfin, de Marine Le Pen aux R&#233;publicains, vantent les suppos&#233;s &#171; aspects positifs &#187; de la colonisation, traitent les faits, pourtant &#233;tablis depuis longtemps par les chercheurs et les historien-ne-s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., notamment, Y. Benot, Massacres coloniaux. 1944-1950 : la IVe R&#233;publique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, en chien crev&#233;s, et se livrent &#224; un obsc&#232;ne r&#233;visionniste ou n&#233;gationnisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour du &#171; refoul&#233; &#187; colonial ? Une certaine doxa, qui se veut et qui se croit critique, le r&#233;p&#232;te &#224; l'envi alors que ce concept, emprunt&#233; &#224; Sigmund Freud, est raval&#233; au rang d'&#171; outil d&#233;coratif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel de Certeau, L'Ecriture de l'histoire, Paris, Gallimard (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; d&#233;pourvu de toute capacit&#233; &#224; favoriser la connaissance et &#224; expliquer la situation pr&#233;sente. &#171; &lt;i&gt;Assum&#233; colonial&lt;/i&gt; &#187; bien plut&#244;t qui est inscrit dans la loi sc&#233;l&#233;rate, jamais abrog&#233;e, du 23 f&#233;vrier 2005 vot&#233;e par les droites de l'&#233;poque d&#233;j&#224; soucieuses de la progression du Front national qu'elles pr&#233;tendent combattre en lui empruntant des &#233;l&#233;ments politiques et rh&#233;toriques majeurs. A preuve, l'article premier de cette loi qui est ainsi r&#233;dig&#233; : &#171; &lt;i&gt;La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont particip&#233; &#224; l'&#339;uvre accomplie par la France dans les anciens d&#233;partements fran&#231;ais d'Alg&#233;rie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires plac&#233;s ant&#233;rieurement sous la souverainet&#233; fran&#231;aise.&lt;/i&gt; &#187; (Soulign&#233; par nous.) Immarcessibles beaut&#233;s de la langue de Moli&#232;re gr&#226;ce auxquelles les guerres de conqu&#234;te, les massacres, les d&#233;portations des populations civiles, la torture, les viols et les disparitions forc&#233;es sont sublim&#233;s en &#171; &#339;uvre &#187; et en d&#233;licate &#171; pr&#233;sence. &#187; L'implicite &#233;tant que ces derni&#232;res furent &#233;videmment positives ce pourquoi le &#171; l&#233;gislateur &#187;, comme disent les juristes, n'a pas estim&#233; n&#233;cessaire de recourir &#224; cet adjectif jug&#233; redondant. Un mot suffit pour exprimer des conceptions apolog&#233;tiques et mensong&#232;res de la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment au roman imp&#233;rial-r&#233;publicain &#233;labor&#233; par Jules Ferry, ses nombreux soutiens et une majorit&#233; de savants et d''universitaires convertis aux &#171; glorieuses aventures ultra-marines &#187;, cette &#171; pr&#233;sence &#187; est suppos&#233;e avoir apport&#233; &#171; aux races inf&#233;rieures &#187; d'hier et &#224; &#171; l'homme africain-qui-n'est-pas-assez-rentr&#233;-dans-l'histoire &#187;, &lt;i&gt;dixit&lt;/i&gt; Nicolas Sarkozy-pr&#233;sident (Discours de Dakar, du 26 juillet 2007&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., sous la dir. de Adame Ba Konar&#233;, Petit pr&#233;cis de remise &#224; niveau sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), les splendeurs bien connues de la civilisation fran&#231;aise. Ancienne et persistante, cette r&#233;habilitation de l'histoire coloniale se nourrit de la glorification toujours plus revendiqu&#233;e, envahissante et agressive de cette p&#233;riode r&#233;put&#233;e faste o&#249; l'Hexagone r&#233;gnait sur tous les continents. A cela s'ajoutent les honneurs toujours scandaleusement accord&#233;s &#224; certains officiers sup&#233;rieurs qui ont pourtant commis des crimes de guerre voire m&#234;me de crimes contre l'humanit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 24 octobre 2024, une statue de Marcel Bigeard a ainsi &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e dans un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons donc quelques faits en insistant sur ceci : il ne s'agit pas &lt;i&gt;d'opinions&lt;/i&gt;, contrairement aux affirmations p&#233;remptoires de ceux qui, confront&#233;s aux premiers, les ravalent au rang d'appr&#233;ciations subjectives nourries par la col&#232;re ou l'indignation pour mieux nier ou minorer ces r&#233;alit&#233;s, et disqualifier ceux qui les ont &#233;tablies gr&#226;ce &#224; de multiples recherches. 8 mai 1945 &#224; S&#233;tif. Des milliers de manifestants &#171; indig&#232;nes &#187; se regroupent dans la rue principale du centre europ&#233;en de cette ville o&#249;, pour des raisons s&#233;curitaires et de prestige, s&#233;vit une s&#233;gr&#233;gation raciale et spatiale commune &#224; de nombreuses autres agglom&#233;rations d'Alg&#233;rie et de l'empire. A 9h25, Sa&#226;l Bouzid, jeune scout alg&#233;rien est assassin&#233; par un policier fran&#231;ais. De quoi est-il coupable ? D'avoir os&#233; participer &#224; ce rassemblement pacifique en portant le drapeau de l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante pour exiger, avec beaucoup d'autres &#171; Arabes &#187;, la lib&#233;ration du leader nationaliste Messali Hadj, alors d&#233;port&#233; &#224; Brazzaville et plac&#233; en r&#233;sidence surveill&#233;e, et d&#233;fendre le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Celui-l&#224; m&#234;me qui est d&#233;battu &#224; la Conf&#233;rence de San-Francisco (25 avril-26 juin 1945) &#224; laquelle participe le repr&#233;sentant de la France, Georges Bidault, d&#233;sign&#233; par le g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Admirable principe, assur&#233;ment, puisqu'il est inscrit dans l'article premier de la Charte des Nations unies adopt&#233;e &#224; l'issue de cette conf&#233;rence, mais ni l'un, ni l'autre ne s'applique dans les territoires de l'empire o&#249; s'impose toujours un relativisme politique et juridique catastrophique parce que ruineux des droits et libert&#233;s fondamentaux des colonis&#233;-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les jours qui suivent la sanglante r&#233;pression de la manifestation pr&#233;cit&#233;e, des &#233;meutes &#233;clatent ; une centaine d'Europ&#233;ens sont tu&#233;s. Pour r&#233;tablir l'ordre colonial et terroriser les &#171; Arabes &#187;, les forces arm&#233;es fran&#231;aises et de nombreuses milices compos&#233;es de civils multiplient les &#171; op&#233;rations &#187;. Elles ont dur&#233; plusieurs semaines. Bilan de ce qui doit &#234;tre d&#233;sormais qualifi&#233; de massacre : entre 20 000 et 30 000 victimes, arr&#234;t&#233;es, tortur&#233;es et ex&#233;cut&#233;es sommairement. &#171; Agir vite et puissamment pour juguler le mouvement &#187; ; tels sont, le 15 mai 1945, les ordres du g&#233;n&#233;ral Raymond Duval qui commande les troupes dans cette r&#233;gion. Elles les ont appliqu&#233;s &#224; la lettre car la France est alors &lt;i&gt;pr&#234;te &#224; tout&lt;/i&gt; pour d&#233;fendre l'empire jug&#233; indispensable &#224; son statut de grande puissance europ&#233;enne et mondiale. En raison des caract&#233;ristiques raciales et religieuses &#8211; celles-ci sont li&#233;es &#224; l'Islam &#8211; qui leur sont imput&#233;es, les &#171; indig&#232;nes &#187; alg&#233;riens sont per&#231;us comme des barbares qui font peser des menaces existentielles sur la stabilit&#233; de l'ordre colonial. Pour le r&#233;tablir, il est donc l&#233;gitime de recourir &#224; des violences extr&#234;mes. Ainsi fut fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les massacres de S&#233;tif, Guelma et Kherrata, ne sont pas des coups de tonnerre dans un ciel serein. Au contraire, il s'agit de l'une des premi&#232;res applications particuli&#232;rement meurtri&#232;res de la doctrine n&#233;o-imp&#233;riale &#233;labor&#233;e par de Gaulle puis approuv&#233;e les participants &#224; la conf&#233;rence de Brazzaville (30 janvier 1944-8 f&#233;vrier 1944) organis&#233;e par le Comit&#233; fran&#231;ais de la Lib&#233;ration nationale (CFLN). En ouverture des travaux, apr&#232;s avoir salu&#233; &#171; l'immortel g&#233;nie &#187; de la France toute d&#233;sign&#233;e pour &#233;lever les &#171; hommes vers les sommets de dignit&#233; et de fraternit&#233; &#187;, le g&#233;n&#233;ral ajoute : &#171; entre la m&#233;tropole et l'Empire, &lt;i&gt;le lien [est] d&#233;finitif&lt;/i&gt;. (&#8230;) Il appartient &#224; la nation fran&#231;aise &lt;i&gt;et il n'appartient qu'&#224; elle, de proc&#233;der, le moment venu, aux r&#233;formes imp&#233;riales de structure qu'elle d&#233;cidera dans sa souverainet&#233;&lt;/i&gt;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours du g&#233;n&#233;ral de Gaulle le 30 janvier 1944. (Soulign&#233; par nous.)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Quelques jours plus tard, conform&#233;ment &#224; ces orientations, la d&#233;claration finale de la conf&#233;rence rejette &#171; toute possibilit&#233; d'&#233;volution hors du bloc fran&#231;ais et toute constitution, m&#234;me lointaine, de self-government. &#187; Lumineux ! Comme l'&#233;crivait le romancier Tomasi Di Lampedusa dans &lt;i&gt;Le Gu&#233;pard&lt;/i&gt;, &#171; il faut que tout change pour que rien ne change. &#187; Des transformations, certes, mais pour restaurer au plus vite la domination de l'Hexagone sur ses colonies dans un contexte boulevers&#233; par la Seconde Guerre mondiale. Des ind&#233;pendances, il n'est donc pas question et le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes est d'abord et avant tout &lt;i&gt;le droit des peuples blancs &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; doubl&#233; du droit qu'ils continuent de s'octroyer &#224; disposer des peuples dits &#171; exotiques &#187; toujours jug&#233;s incapables de se diriger librement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et pour combattre celles et ceux qui osent s'&#233;lever contre ces orientations, la France redevenue r&#233;publicaine est impitoyable. A preuve ce qui a &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; en Alg&#233;rie &#224; partir du 8 mai 1945 avec l'approbation de l'ensemble des forces politiques, SFIO et Parti communiste compris. Trois jours plus tard, son organe officiel, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, d&#233;nonce les &#171; &#233;l&#233;ments troubles d'inspiration hitl&#233;rienne [qui] se sont livr&#233;s &#224; S&#233;tif &#224; une agression arm&#233;e contre la population qui f&#234;tait &#187; la victoire contre l'Allemagne nazie. Ignobles mensonge politique et th&#233;orie complotiste forg&#233;s &#224; dessein qui t&#233;moignent des pratiques staliniennes de la direction de cette organisation. Le 31 du m&#234;me mois, alors que les massacres se poursuivent et qu'ils ont d&#233;j&#224; fait d'innombrables victimes, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; r&#233;cidive, salue l'arrestation de &#171; Ferrat Abbas &#187; et condamne de nouveau les membres du &#171; Comit&#233; des Amis du Manifeste &#187;, cette &#171; association pseudo-nationale, dont les membres ont particip&#233; aux tragiques incidents de S&#233;tif.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par A. Ruscio, Les Communistes et l'Alg&#233;rie. Des origines &#224; la guerre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Par un renversement rh&#233;torique des plus classiques, celles et ceux qui subissent la domination et l'exploitation coloniales impos&#233;es par la France depuis 1830, et qui se sont dress&#233;s afin d'y mettre un terme en s'affirmant comme des sujets politiques individuels et collectifs, sont criminalis&#233;s et rendus responsables de ce qu'il s'est pass&#233;. Autre fa&#231;on de disqualifier leurs luttes anti-imp&#233;rialiste et d&#233;mocratique, et de l&#233;gitimer une fois de plus l'action des forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu des responsabilit&#233;s politiques et militaires d&#233;sormais mises au jour, des ordres donn&#233;s et de ce qu'il s'est pass&#233;, les massacres pr&#233;cit&#233;s doivent &#234;tre, &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt;, qualifi&#233;s de crimes d'Etat puisque ce sont bien les autorit&#233;s fran&#231;aises, en Alg&#233;rie comme en m&#233;tropole, qui sont tout &#224; la fois responsables et coupables. Plus pr&#233;cis&#233;ment encore, ils sont aussi des crimes contre l'humanit&#233; conform&#233;ment &#224; l'article 212-1 du Code p&#233;nal qui vise notamment les &#171; atteintes volontaires &#224; la vie &#187;, &#171; la torture &#187;, &#171; la disparition forc&#233;e &#187;, &#171; la pers&#233;cution de tout groupe ou de toute collectivit&#233; identifiable &lt;i&gt;pour des motifs d'ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, commis en &#171; &lt;i&gt;ex&#233;cution d'un plan concert&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Autant d'actes et d'&#233;l&#233;ments essentiels qui sont bien pr&#233;sents dans les &#233;v&#233;nements qui nous int&#233;ressent ce pourquoi il est parfaitement l&#233;gitime de les qualifier de la sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des d&#233;partements fran&#231;ais d'Alg&#233;rie, il s'agit aussi de signifier &#224; l'ensemble des colonis&#233;-e-s qu'aucune contestation significative ne sera tol&#233;r&#233;e. Contrairement &#224; des chronologies sommaires et aux opinions de responsables politiques souvent oublieux, ignares ou pleutres, les massacres commis dans ce territoire ne sont pas l'&#233;pilogue sanglant de la politique ultra-marine hexagonale mais le prologue d'exactions, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanit&#233; perp&#233;tr&#233;s jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1960. En attestent ceux de Haiphong (23-27 novembre 1946) : 6000 morts, de Madagascar (mars 1947-mars 1948) : pr&#232;s de 89 000 morts, la r&#233;pression des manifestations &#224; Sfax en Tunisie (5 ao&#251;t 1947), 29 morts, la guerre d'Indochine (d&#233;cembre 1946-juillet 1954) 400 000 victimes &#171; indig&#232;nes &#187; et, cinq mois plus tard, le d&#233;but du conflit alg&#233;rien qui s'ach&#232;ve le 18 mars 1962 apr&#232;s avoir fait entre 300 000 et 500 000 morts parmi les &#171; Arabes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons aussi le massacre des tirailleurs s&#233;n&#233;galais au camp de Thiaroye, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Entre 1945 et 1964, l'Hexagone a donc &#233;t&#233; presque constamment engag&#233; dans des op&#233;rations et des conflits militaires d'ampleur qui se sont sold&#233;s par pr&#232;s d'un million de morts. Chiffre sup&#233;rieur au nombre de Fran&#231;ais &#8211; militaires, r&#233;sistant-e-s, civils &#8211; qui ont &#233;t&#233; tu&#233;s au cours de la Seconde Guerre mondiale (environ 600 000). Telles sont les r&#233;alit&#233;s que nombre de responsables politiques osent, aujourd'hui encore, nommer &#171; l'&#339;uvre &#187; de la France avec le soutien de philo-id&#233;ologues et de quelques historiens qui, pr&#233;f&#233;rant la d&#233;fense des mythologies nationales &#224; la volont&#233; de savoir, sont les fid&#232;les ventriloques de la doxa imp&#233;riale-r&#233;publicaine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Actuellement &#187;, regrette Alain Finkielkraut, &#171; on n'enseigne plus que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relativement &#224; la reconnaissance claire, pr&#233;cise et circonstanci&#233;e des massacres du 8 mai 1945, ni Fran&#231;ois Hollande pr&#233;sident, ni Emmanuel Macron ne se sont engag&#233;s dans cette voie alors que le second, au cours d'un voyage en Alg&#233;rie en tant que candidat &#224; la magistrature supr&#234;me (f&#233;vrier 2017), avait d&#233;clar&#233; : &#171; la colonisation &#233;tait un crime contre l'humanit&#233;. &#187; Une fois &#224; l'Elys&#233;e, le pr&#233;tendu &#171; Jupiter-ma&#238;tre-des-horloges &#187; s'est bien gard&#233; de r&#233;it&#233;rer de tels propos. En ces mati&#232;res comme en plusieurs autres, malgr&#233; quelques &#171; petits pas &#187; encens&#233;s par sa majorit&#233; d'hier et des historiens-conseillers qui pensent avoir l'oreille de ce pr&#233;sident, l'opportunisme et la pusillanimit&#233; l'ont emport&#233; : il faut bien m&#233;nager ses alli&#233;s politiques. Rappelons donc &#224; Emmanuel Macron, comme &#224; ceux qui sont convaincus que la France, en raison de ses glorieuses traditions pr&#233;tendues, est toujours aux avant-postes du progr&#232;s, quelques d&#233;cisions importantes prises par des Etats &#233;trangers. Contrairement &#224; cette image d'Epinal entretenue par beaucoup, c'est l'inverse qui est vrai car Marianne n'est pas, sur ces sujets notamment, une vaillante combattante de la libert&#233;, de l'&#233;galit&#233; et de la fraternit&#233; mais une mar&#226;tre inique, percluse de pr&#233;jug&#233;s et d'immobilisme indignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs ann&#233;es d&#233;j&#224;, d'anciennes puissances coloniales ont reconnu les crimes perp&#233;tr&#233;s hier dans leurs possessions. C'est le cas de l'Allemagne, pour le g&#233;nocide (1904) des tribus Hereros et Namas commis dans les territoires du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie), de la Grande-Bretagne, pour les crimes de masse qui ont frapp&#233; les Mau-Mau au Kenya dans les ann&#233;es 1950, de la Nouvelle-Z&#233;lande, de l'Australie, du Canada et des Etats-Unis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L-G. Tin, De l'esclavage aux r&#233;parations. Les textes cl&#233;s d'hier et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; l'endroit des populations autochtones massacr&#233;es, d&#233;port&#233;es et spoli&#233;es. Et la tr&#232;s glorieuse France ? Au mieux, la veulerie et le conservatisme des &#233;lites politiques de ce pays perdurent, au pire une partie d'entre elles vantent les &#171; bienfaits &#187; suppos&#233;s de la colonisation. Aux terribles violences physiques autrefois inflig&#233;es aux colonis&#233;-e-s, tous ces responsables irresponsables ajoutent la violence symbolique du silence, voire du m&#233;pris qu'ils opposent aux h&#233;ritier-e-s de l'immigration coloniale et post-coloniale qui, avec d'autres, luttent depuis des ann&#233;es pour la reconnaissance de cette histoire, laquelle affecte toujours leur existence, parfois au plus intime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de pouvoir juger les auteurs des actes que l'on sait, par manque de courage politique hier, parce qu'ils ne sont sans doute plus de ce monde aujourd'hui, reconna&#238;tre, c'est rendre une justice symbolique qui sp&#233;cifie les responsabilit&#233;s, y compris &#233;tatiques, nomme les coupables, qualifie les crimes qu'ils ont commis, r&#233;habilite les victimes, en leur accordant la consid&#233;ration individuelle et collective qui leur est due&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suite &#224; la Conf&#233;rence mondiale contre &#171; le racisme, la discrimination (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et rappelle ce pourquoi elles ont lutt&#233;. Si victimes elles furent, assur&#233;ment, c'est, entre autres, parce qu'elles se sont dress&#233;es contre le &#171; talon de fer &#187; de la colonisation pour d&#233;fendre leurs droits fondamentaux et le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. &#192; la veille du 80&#232;me anniversaire des massacres de S&#233;tif, Guelma et Kherrata, une telle reconnaissance s'impose d'autant plus qu'on ne peut laisser les extr&#234;mes-droites et les droites de gouvernement radicalis&#233;es poursuivre inlassablement et sans opposition v&#233;ritable leur campagne politique et culturelle destin&#233;e &#224; r&#233;habiliter le criminel pass&#233; colonial de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/pour-la-reconnaissance-des-massacres-du-8-mai-45-en-algerie/blog/080425/massacres-du-8-mai-1945-en-algerie-80eme-anniversai&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; I have a Dream &#187;, la France reconnait les crimes coloniaux qu'elle a commis&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le 8 mai 20.., la Pr&#233;sidente de la R&#233;publique fran&#231;aise reconnait officiellement les crimes commis en Alg&#233;rie, &#224; l'occasion des comm&#233;morations du 8 mai 1945. Une allocution, fictionnelle, r&#233;dig&#233;e par Olivier Le Cour Grandmaison.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;8 mai 202&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sidence de la R&#233;publique fran&#231;aise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allocution de Madame la Pr&#233;sidente de la R&#233;publique &#224; l'occasion des comm&#233;morations du 8 mai 1945&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mes chers compatriotes, &#224; l'occasion des comm&#233;morations du 8 mai 1945 destin&#233;es, suite aux h&#233;ro&#239;ques combats des forces alli&#233;es, des Fran&#231;ais et des Fran&#231;aises engag&#233;es, au p&#233;ril de leur vie et de leur libert&#233;, contre le r&#233;gime de Vichy, et engag&#233;s, bien s&#251;r aussi, contre la barbarie nazie, ces comm&#233;morations, disais-je, sont destin&#233;es, chacun le sait, &#224; c&#233;l&#233;brer la fin de la Seconde Guerre mondiale et le r&#233;tablissement de la paix en Europe. Certes, mais d'autres &#233;v&#233;nements doivent aussi retenir notre attention. Non pour se substituer, si peu que ce soit aux premiers, mais pour mettre au jour des v&#233;rit&#233;s trop longtemps occult&#233;es d'abord, euph&#233;mis&#233;es ensuite alors qu'elles sont depuis longtemps &#233;tablies par de nombreux historien&#183;ne&#183;s et sp&#233;cialistes de l'Alg&#233;rie coloniale. Ceux-l&#224; m&#234;mes qui, gr&#226;ce &#224; leur obstination et en d&#233;pit des difficult&#233;s rencontr&#233;es pour acc&#233;der &#224; certaines archives, j'y reviendrai, ont reconstitu&#233; la chronologie pr&#233;cise des massacres perp&#233;tr&#233;s &#224; partir du 8 mai 1945 &#224; S&#233;tif, Guelma et Kherrata, notamment, par les forces arm&#233;es et les milices coloniales, exhum&#233; les responsabilit&#233;s du gouverneur g&#233;n&#233;ral de l'Alg&#233;rie, Yves Chataigneau, celles du gouvernement provisoire de la R&#233;publique fran&#231;aise et de son chef, le g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Ce faisant, ils ont aussi &#233;tabli le bilan effroyable des victimes alg&#233;riennes qui s'&#233;l&#232;ve &#224; 30 000 voire peut-&#234;tre &#224; 35 000 victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ceux qui tirent argument de ces impr&#233;cisions pour minorer l'ampleur de ce qu'il s'est pass&#233; ou pour soutenir que nos connaissances demeurent par trop lacunaires, il faut rappeler avec force que c'est le propre des crimes d'Etat que de cr&#233;er une situation o&#249; l'identification et le recensement pr&#233;cis des victimes demeurent &#224; jamais impossible. Corps calcin&#233;s, enterr&#233;s dans des fosses communes tenues secr&#232;tes, ou encore jet&#233;s du haut de falaises sans omettre les &#171; oublis &#187; volontaires d'enregistrement des d&#233;c&#232;s &#224; l'&#233;tat civil ; tels sont quelques-uns des moyens mobilis&#233;s pour effacer autant que possible les traces du crime dans les jours et les semaines qui suivent sa commission. De l&#224; cette situation, si terriblement douloureuse pour les descendants qui n'ont, dans certains cas, jamais pu accorder une s&#233;pulture &#224; leurs proches. Et pour celles et ceux qui entendent &#339;uvrer pour la connaissance et la v&#233;rit&#233;, des difficult&#233;s significatives. Peu importent les diff&#233;rences des chiffres mentionn&#233;es &#224; l'instant ; elles ne changent rien &#224; la nature des actes commis. &lt;i&gt;A minima&lt;/i&gt;, ils sont des crimes d'Etat puisque ce sont bien les pouvoirs publics fran&#231;ais qui portent la responsabilit&#233; ultime des m&#233;thodes employ&#233;es pour r&#233;tablir, quoi qu'il en co&#251;te aux &#171; indig&#232;nes &#187; comme on disait alors, l'ordre colonial. &lt;i&gt;A maxima&lt;/i&gt;, ils doivent &#234;tre qualifi&#233;s de crimes contre l'humanit&#233;, conform&#233;ment &#224; la d&#233;finition qui en est donn&#233;e &#224; l'article 212-1 de notre Code p&#233;nal puisque les Alg&#233;riens ont &#233;t&#233; tortur&#233;s, ex&#233;cut&#233;s sommairement et victimes de disparitions forc&#233;es pour des motifs politiques, ethniques et religieux, et ce en &#171; vertu d'un plan concert&#233;. &#187; Des personnalit&#233;s diverses, des juristes, des avocats et des politistes l'affirment depuis longtemps ; force est d'admettre aujourd'hui que leur seul tort est d'avoir eu raison trop t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet 1995, par la voix forte et courageuse du pr&#233;sident Jacques Chirac, notre pays s'est honor&#233; en reconnaissant la responsabilit&#233; de la France dans l'arrestation et la d&#233;portation de nombreux Juifs fran&#231;ais et &#233;trangers vou&#233;s &#224; l'extermination dans les camps de la mort &#233;rig&#233;s par le r&#233;gime totalitaire nazi. En ce 8 mai 202&#8230;, bien que les actes perp&#233;tr&#233;s en Alg&#233;rie soient d'une autre nature, il est temps de reconna&#238;tre que l'Etat fran&#231;ais et ses forces arm&#233;es ont commis le crime pr&#233;cit&#233;. A l'adresse de toutes celles et de tous ceux qui, hier, ont souffert dans leur chair en raison de l'ordre colonial, discriminatoire et raciste qui leur &#233;tait impos&#233; par la m&#233;tropole, et de ses terribles m&#233;thodes militaires et r&#233;pressives, &#224; leurs descendants qui vivent aujourd'hui dans de nombreux pays ind&#233;pendants, et en France, nous disons avec solennit&#233;, gravit&#233; et tristesse : &#171; Oui, d'Alger &#224; Brazzaville en passant par Dakar sans oublier Sa&#239;gon, Tananarive, Yaound&#233; et Noum&#233;a, notamment, &lt;i&gt;la colonisation fut un crime contre votre humanit&#233; et un crime contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En devenant imp&#233;riale et en participant &#224; la &#171; course &#224; l'Afrique &#187;, au lendemain de la conf&#233;rence de Berlin en 1885, la R&#233;publique n'a cess&#233; de violer ses principes. Les multiples op&#233;rations arm&#233;es conduites contre des peuples libres et des Etats ind&#233;pendants en t&#233;moignent, sinistrement. Elles &#233;taient pourtant proscrites par l'article V du pr&#233;ambule de la constitution de la Seconde R&#233;publique (4 novembre 1848) qui est ainsi r&#233;dig&#233; : la R&#233;publique fran&#231;aise &#171; respecte les nationalit&#233;s &#233;trang&#232;res (&#8230;), elle n'entreprend &lt;i&gt;aucune guerre dans des vues de conqu&#234;te, et n'emploie jamais ses forces contre la libert&#233; d'aucun peuple&lt;/i&gt;. &#187; Admirable article qui permet d'exhumer des conceptions pr&#233;cieuses mais trop souvent oubli&#233;es pour ne pas dire occult&#233;es. S'il ne fut, h&#233;las, jamais appliqu&#233;, cet article nous oblige pour le pr&#233;sent comme pour l'avenir. Mieux, en quelques mots, il dit de fa&#231;on remarquable ce qui aurait d&#251; &#234;tre tout en nous permettant de juger les actes commis par la Troisi&#232;me, la Quatri&#232;me et la Cinqui&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les colonis&#233;-e-s, elles ont constamment bafou&#233; les principes du c&#233;l&#232;bre triptyque r&#233;publicain : &#171; Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233; &#187;. Les libert&#233;s individuelles et collectives furent r&#233;duites &#224; n&#233;ant, l'&#233;galit&#233; foul&#233;e au pied par l'Etat et le droit colonial qui reposaient sur des repr&#233;sentations hi&#233;rarchis&#233;es du genre humain. Et par voie de cons&#233;quence, ces derni&#232;res ont substitu&#233; &#224; la fraternit&#233;, le m&#233;pris et la haine racistes avec leur cort&#232;ge de discriminations et d'humiliations quotidiennes, d'insultes et de violences symboliques incessantes. Ainsi appr&#233;hend&#233; et stigmatis&#233;, l'autre n'&#233;tait plus un fr&#232;re, un semblable, un &#233;gal en droit et en dignit&#233; mais un &#171; indig&#232;ne &#187; r&#233;put&#233; inf&#233;rieur, violent et dangereux pour la stabilit&#233; de l'ordre colonial et la s&#233;curit&#233; des biens et des personnes. De l&#224;, ces sanglantes r&#233;pressions, ces tueries et, parfois, ces guerres totales men&#233;es contre ceux qui luttaient pour la libert&#233; et le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. N'oublions pas les populations civiles massacr&#233;es et les terribles destructions d'oasis, de villages et d'agglom&#233;rations diverses an&#233;anties par les colonnes infernales de Bugeaud, par l'arm&#233;e en 1945 puis apr&#232;s le 1er novembre 1954. De l&#224;, enfin, ce bilan accablant : pr&#232;s d'un million de morts dans les possessions fran&#231;aises entre le 8 mai 1945 et la fin de la derni&#232;re guerre d'Alg&#233;rie, le 19 mars 1962. D'un c&#244;t&#233;, la paix r&#233;tablie, c&#233;l&#233;br&#233;e et pr&#233;serv&#233;e en Europe ; de l'autre, des conflits incessants et particuli&#232;rement meurtriers, et des r&#233;pressions sanglantes. Telles sont les v&#233;rit&#233;s qu'ils nous faut aujourd'hui admettre et proclamer, et qu'il nous faudra r&#233;p&#233;ter dans les ann&#233;es qui viennent afin que nul n'oublie. Lou&#233; par beaucoup, le devoir de m&#233;moire n'est qu'une vaine exigence sans ce devoir pr&#233;alable et majeur : celui de la reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesdames et messieurs, reconna&#238;tre ce qui a &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;, ce n'est pas seulement rendre hommage aux victimes, c'est aussi leur rendre une justice symbolique car celle des hommes, des tribunaux, le jugement des coupables et leur condamnation ne sont &#233;videmment plus possibles puisque ces derniers sont d&#233;c&#233;d&#233;s. Ajoutons, c'est &#233;galement essentiel, qu'agir de la sorte c'est aussi reconna&#238;tre les souffrances familiales, personnelles et intimes de leurs h&#233;ritier-e-s en leur signifiant de fa&#231;on solennelle et publique qu'ils sont des &#233;gaux et que leur histoire singuli&#232;re et si souvent douloureuse aura d&#233;sormais droit de Cit&#233;. Elle aura droit de Cit&#233; car elle sera pr&#233;sente dans les manuels scolaires, enseign&#233;e et inscrite dans l'espace public gr&#226;ce &#224; des plaques comm&#233;moratives, des st&#232;les et des monuments. A ces fins, un mus&#233;e de la colonisation sera aussi construit pour que tous, &#224; tous &#226;ges, puissent apprendre, lire, se documenter et se rappeler ce qui fut commis au nom de la France et de la R&#233;publique dans les territoires de l'empire. De plus, dans les jours qui viennent, je demanderai, au gouvernement d'&#233;laborer, avec les services comp&#233;tents, un projet de loi afin de rendre l'acc&#232;s aux archives aussi libre que possible pour que les chercheurs, bien s&#251;r, mais aussi pour que les citoyen-ne-s et tous ceux qui le souhaitent puissent les consulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-quatre ans apr&#232;s la c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence de Durban et ses suites, nous serons ainsi fid&#232;les aux recommandations formul&#233;es quelques ann&#233;es plus tard. Elles rappellent &#171; que l'esclavage et la traite des esclaves, en particulier la traite transatlantique, l'apartheid, le colonialisme et le g&#233;nocide ne doivent jamais &#234;tre oubli&#233;s. &#187; De plus, les participants se sont f&#233;licit&#233;s alors &#171; des mesures prises pour honorer la m&#233;moire des victimes &#187; et ont salu&#233; les &#171; pays qui (&#8230;) ont exprim&#233; des remords, pr&#233;sent&#233; leurs excuses, cr&#233;&#233; des m&#233;canismes institutionnels tels que les commissions v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation et/ou restitu&#233; des objets culturels. &#187; A ceux &#171; qui n'ont pas encore contribu&#233; &#224; restaurer la dignit&#233; des victimes &#187;, ils ont demand&#233; &#171; de trouver des moyens appropri&#233;s de le faire. &#187; De nombreux Etats nous ont pr&#233;c&#233;d&#233; dans cette voie ; en s'y engageant &#224; son tour, notre pays met enfin un terme &#224; une situation scandaleuse et inique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, pour faire droit aux demandes depuis longtemps formul&#233;es par plusieurs Etats du Maghreb, d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique sub-saharienne, et par des organisations de certains de nos territoires, je pense en particulier &#224; la Kanaky-Nouvelle-Cal&#233;donie, j'ai charg&#233; la ministre de la Culture de proc&#233;der au recensement de l'ensemble des biens, qu'ils soient culturels, artistiques ou religieux pill&#233;s &#224; l'&#233;poque coloniale, transport&#233;s en France et souvent expos&#233;s dans de nombreux mus&#233;es. Au terme de ce travail, dans quelques mois, ils seront donc restitu&#233;s &#224; leurs propri&#233;taires l&#233;gitimes. Plus encore, nous sommes pr&#234;ts &#224; les soutenir financi&#232;rement afin qu'ils puissent les r&#233;unir dans des institutions publiques adapt&#233;es permettant leur conservation et leur exposition dans les meilleures conditions. &lt;i&gt;Reconnaissance, r&#233;parations et restitutions&lt;/i&gt;, tels sont les principes fondamentaux auxquels nous devons &#234;tre d&#233;sormais fid&#232;les, et je veillerai personnellement &#224; ce que le gouvernement, jour apr&#232;s jour, les respecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, mesdames et messieurs, lors des prochaines comm&#233;morations du 8 mai 1945, je demanderai aux pr&#233;fets qu'ils rappellent ce qu'il s'est pass&#233; en Alg&#233;rie et je souhaite que les &#233;lu-e-s de l'ensemble de nos territoires fassent de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la R&#233;publique sociale, &#233;cologique et solidaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/pour-la-reconnaissance-des-massacres-du-8-mai-45-en-algerie/blog/300425/i-have-dream-la-france-reconnait-les-crimes-colonia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Olivier Le Cour Grandmaison&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, universitaire. Dernier ouvrage paru : &lt;i&gt;Racismes d'Etat, Etats racistes. Une br&#232;ve histoire&lt;/i&gt;, &#233;ditions Amsterdam, 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., notamment, Y. Benot, &lt;i&gt;Massacres coloniaux. 1944-1950 : la IVe R&#233;publique et la mise au pas des colonies&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2001, A. Rey-Goldzeiguer, &lt;i&gt;Aux origines de la guerre d'Alg&#233;rie 1940-1945. De Mers-el-K&#233;bir aux massacres du nord-constantinois&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2002 et J-L. Planche, &lt;i&gt;S&#233;tif 1945 : Chronique d'un massacre annonc&#233;&lt;/i&gt;, Perrin, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel de Certeau, &lt;i&gt;L'Ecriture de l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard folio-histoire, 2002, p. 341.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., sous la dir. de Adame Ba Konar&#233;, &lt;i&gt;Petit pr&#233;cis de remise &#224; niveau sur l'histoire africaine &#224; l'usage du pr&#233;sident Sarkozy&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 24 octobre 2024, une statue de Marcel Bigeard a ainsi &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e dans un square de Toul, sa ville natale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours du g&#233;n&#233;ral de Gaulle le 30 janvier 1944. (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par A. Ruscio, &lt;i&gt;Les Communistes et l'Alg&#233;rie. Des origines &#224; la guerre d'ind&#233;pendance, 1920-1962&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2019, p. 125 et 127. Un an plus tard, le Parti communiste soutient le principe de l'Union fran&#231;aise, cette r&#233;forme de l'empire destin&#233;e &#224; reconduire la domination fran&#231;aise outre-mer, qui est incluse dans la constitution de la Quatri&#232;me R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons aussi le massacre des tirailleurs s&#233;n&#233;galais au camp de Thiaroye, (1er-2 d&#233;cembre 1944), environ 70 morts, et la guerre longtemps oubli&#233;e men&#233;e par la France au Cameroun (1955-1964) qui a laiss&#233; derri&#232;re elle plusieurs dizaines de milliers de victimes. Voir Armelle Mabon, &lt;i&gt;Prisonniers de guerre &#171; indig&#232;nes &#187;. Visages oubli&#233;es de la France occup&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2019 et Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, &lt;i&gt;Kamerun ! Une guerre cach&#233;e aux origines de la Fran&#231;afrique&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Actuellement &#187;, regrette Alain Finkielkraut, &#171; on n'enseigne plus que l'entreprise coloniale avait aussi pour but d'&#233;duquer, d'apporter la civilisation aux sauvages. &#187; Entretien au journal isra&#233;lien &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt;, 18 novembre 2005. Conform&#233;ment &#224; la l&#233;gende dor&#233;e forg&#233;e sous la Troisi&#232;me R&#233;publique, son comp&#232;re en apolog&#233;tique et en mensonges par omission ou par ignorance, Pascal Bruckner, oppose le colonialisme britannique, m&#251; par la recherche du profit et fond&#233; sur la s&#233;gr&#233;gation des &#171; indig&#232;nes &#187;, au mod&#232;le fran&#231;ais qui repose sur &#171; la conviction d'apporter, outre-mer, la libert&#233; et la civilisation. &#187; Il pr&#233;cise : c'est l&#224; une &#171; diff&#233;rence fondamentale &#187; entre &#171; l'Empire &#187; conquis et administr&#233; par Londres, et celui de la R&#233;publique. &lt;i&gt;Un racisme imaginaire. Islamophobie et culpabilit&#233;&lt;/i&gt;, Grasset, 2017, p. 32-33. Heureux les graphomanes h&#226;tifs et superficiels qui prennent les trivialit&#233;s qu'ils d&#233;bitent pour d'importantes d&#233;couvertes. Quant &#224; &#171; l'Immortel &#187; acad&#233;micien-historien, Pierre Nora, il &#233;crit : &#171; L'id&#233;e nationale-r&#233;publicaine compote un dernier trait qui la distingue du reste de l'Europe, &lt;i&gt;c'est l'universalisme &#224; la fran&#231;aise qui a pr&#233;sid&#233; &#224; l'aventure coloniale.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Recherches de la France&lt;/i&gt;, Gallimard, 2013, p. 552. (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. L-G. Tin, &lt;i&gt;De l'esclavage aux r&#233;parations. Les textes cl&#233;s d'hier et d'aujourd'hui&lt;/i&gt;, Les Petits Matins, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Suite &#224; la Conf&#233;rence mondiale contre &#171; le racisme, la discrimination raciale, la x&#233;nophobie et l'intol&#233;rance &#187;, qui s'est tenue &#224; Durban en septembre 2001, une autre conf&#233;rence, dite d'examen, a eu lieu &#224; Gen&#232;ve en avril 2009. Aux paragraphes 62 et 63, le document final rappelle &#171; que l'esclavage et la traite des esclaves, en particulier la traite transatlantique, l'apartheid, le colonialisme et le g&#233;nocide ne doivent jamais &#234;tre oubli&#233;s et, &#224; cet &#233;gard, se f&#233;licite des mesures prises pour honorer la m&#233;moire des victimes. Prend note des mesures prises par les pays qui (&#8230;) ont exprim&#233; des remords, pr&#233;sent&#233; leurs excuses, cr&#233;&#233; des m&#233;canismes institutionnels tels que les commissions v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation et/ou restitu&#233; des objets culturels, (&#8230;) et demande &#224; ceux qui n'ont pas encore contribu&#233; &#224; restaurer la dignit&#233; des victimes de trouver des moyens appropri&#233;s de le faire. &#187; Document HR/PUB/09/4 ; site officiel du Haut-commissariat aux droits de l'homme. Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gauches partisanes : somnambulisme politique et &#233;lectoral. Br&#232;ves remarques sur la situation pr&#233;sente (2)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1353</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1353</guid>
		<dc:date>2024-07-17T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Le Cour Grandmaison</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Les camps sont clairement partag&#233;s. Ne nous imaginons surtout pas l'avenir plus rose qu'il ne le sera probablement. Pour nous, les choses vont &#234;tre de plus en plus dures. Le combat deviendra quotidien. [&#8230;] Il est pr&#233;f&#233;rable de crier la v&#233;rit&#233; dans l'incertitude que de raconter des mensonges&#8230; &#187; Klaus Mann, 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le ch&#339;ur des gauches fait entendre des voix dangereusement dissonantes. Le spectacle des n&#233;gociations relatives &#224; la d&#233;signation d'un&#183;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les camps sont clairement partag&#233;s. Ne nous imaginons surtout pas l'avenir plus rose qu'il ne le sera probablement. Pour nous, les choses vont &#234;tre de plus en plus dures. Le combat deviendra quotidien. [&#8230;] Il est pr&#233;f&#233;rable de crier la v&#233;rit&#233; dans l'incertitude que de raconter des mensonges&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Klaus Mann, 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le ch&#339;ur des gauches fait entendre des voix dangereusement dissonantes. Le spectacle des n&#233;gociations relatives &#224; la d&#233;signation d'un&#183;e premier&#183;e ministre, qui exacerbent des int&#233;r&#234;ts boutiquiers que les uns et les autres tentent de faire passer pour la d&#233;fense de nobles de principes, confine au Vaudeville : portes claqu&#233;es, entr&#233;es impr&#233;vues suivies de sorties du m&#234;me tonneau, r&#244;les surjou&#233;s et querelles indignes. Si le ridicule tuait, l'h&#233;catombe aurait sans doute &#233;t&#233; significative. Les dirigeants du Nouveau front populaire avaient l'occasion, en concluant rapidement un accord, de mettre Jupiter le Petit au pied du mur ou, plus exactement, au milieu du champ de ruines dont il est l'auteur. Par leurs fautes, l'op&#233;ration a tourn&#233; au fiasco ou &#224; la mauvaise farce, c'est selon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, les m&#234;mes affirment qu'ils souhaitent poursuivre dans la voie qu'ils ont commenc&#233; de tracer. Au regard de la gravit&#233; de la situation, c'est bien le moins, mais il ne suffit pas de le r&#233;p&#233;ter haut et fort. En ces mati&#232;res comme en beaucoup d'autres, il convient de suivre les sages conseils de Saint-Thomas : ne croire que ce que l'on voit, et juger sur pi&#232;ce. Aussi est-il indispensable de pr&#233;ciser comment et avec qui continuer de b&#226;tir ce qui s'&#233;bauche &#224; peine. Fragile est le Nouveau front populaire qui a vu le jour dans les conditions et pour les raisons que l'on sait, et qui le demeure, parce qu'il n'est, &#224; ce jour, qu'un cartel d'organisations soumis aux consid&#233;rations partisanes de ses divers promoteurs, et aux agendas personnels de certain-e-s, obs&#233;d&#233;s par les pr&#233;sidentielles &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc imp&#233;ratif de lui donner au plus vite de solides fondations pour assurer sa p&#233;rennit&#233; au-del&#224; des orientations pr&#233;sentes et futures qui seront mises en &#339;uvre, et pour r&#233;sister aux al&#233;as d'une conjoncture politique et d'un imbroglio institutionnel sans pr&#233;c&#233;dent sous la Cinqui&#232;me R&#233;publique. Lorsque s'accumulent des situations in&#233;dites, que les vents forcissent dangereusement et que des temp&#234;tes s'annoncent, ces t&#226;ches sont &#233;l&#233;mentaires et urgentes. De l&#224;, cette n&#233;cessit&#233; : cr&#233;er et multiplier les comit&#233;s locaux du Nouveau front populaire pour en faire un v&#233;ritable mouvement correspondant &#224; ce dernier qualificatif et capable d'organiser les citoyen-ne-s qui ont soutenu son programme et ses candidat-e-s. Circonscrites &#224; quelques enjeux significatifs, les lignes qui suivent n'ont pas la pr&#233;tention de r&#233;pondre &#224; l'ensemble des questions programmatiques et pratiques de l'heure, lesquelles appellent d&#233;bats, r&#233;flexions et &#233;laborations collectives (voir &#034;Remarque 2&#034; de cet article). D'autres, c'est certain, apporteront des contributions et des propositions compl&#233;mentaires et utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relativement aux comit&#233;s pr&#233;cit&#233;s, ils seront unitaires, d&#233;mocratiques et &lt;i&gt;inclusifs&lt;/i&gt;, ou ils ne seront pas ; ces caract&#233;ristiques font en effet partie des conditions indispensables &#224; leur existence comme &#224; leur permanence. Aussi est-il n&#233;cessaire de rompre d&#232;s maintenant avec le paternalisme et/ou le fraternalisme des gauches politiques traditionnelles et de nombreuses associations. Plus souvent qu'&#224; leur tour et depuis des lustres, elles traitent les citoyen-ne-s et les militant-e-s, h&#233;ritiers des immigrations coloniales et post-coloniales, en subalternes &#8211; pour rappeler les origines de ces pratiques, d'aucuns diraient en &#171; suppl&#233;tifs &#187; &#8211; destin&#233;s &#224; renforcer ponctuellement les bataillons indispensables aux actions ou aux campagnes engag&#233;es. A preuve, la blancheur persistante et scandaleuse des directions et des &#233;lu-e-s de ces formations, entre autres, lesquels pers&#233;v&#232;rent dans la d&#233;fense de leurs privil&#232;ges et de leurs positions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2009, seuls &#171; 7 parlementaires &#034;issus des minorit&#233;s visibles&#034; &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et les m&#234;mes, qui s'indignent des discriminations li&#233;es au genre, sont indiff&#233;rents &#224; celles qui reposent sur les origines d&#232;s lors qu'il s'agit de leur propre organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A rebours de ces agissements, qui reconduisent des divisions, des discriminations et des d&#233;fiances anciennes, pour le plus grand bonheur du parti de l'Ordre, il faut faire droit &#224; l'existence comme &#224; la pr&#233;sence de nombreux collectifs, comit&#233;s &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; et structures associatives des quartiers populaires. Leurs membres racis&#233;-e-s ou non, fran&#231;ais-e-s ou &#233;tranger-e-s, exil&#233;-e-s- et sans-papier-e-s, peu importe, doivent enfin &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des &lt;i&gt;sujets politiques individuels et collectifs &#224; part enti&#232;re&lt;/i&gt;, comme des &lt;i&gt;&#233;gaux&lt;/i&gt; dont les exp&#233;riences, les connaissances et les savoirs pratiques accumul&#233;s depuis des ann&#233;es, et les revendications sont absolument indispensables aux luttes politiques pr&#233;sentes et &#224; celles qui s'annoncent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf.,&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que des membres du Nouveau front populaire &#8211; Fran&#231;ois Ruffin, notamment, qui &#171; avait football &#187; lors de la manifestation contre l'islamophobie en novembre 2019 &#8211; souhaitent accorder, &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, la priorit&#233; aux &#171; bourgs &#187; sous couvert, parfois, de fid&#233;lit&#233; aux traditions du mouvement ouvrier et avec la b&#233;n&#233;diction de chercheurs qui affirment que &lt;i&gt;la classe&lt;/i&gt; est le seul point d'appui permettant d'engager des mobilisations significatives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf., St&#233;phane Beaud et G&#233;rard Noiriel, Race et sciences sociales. Essai sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, intersectionnaliser revendications et actions est indispensable. Aussi faut-il articuler classe, race, genre et orientation sexuelle. Quelles que soient leurs origines, ces diverses discriminations syst&#233;miques, leur conjonction plus encore dans le cas des personnes racis&#233;es identifi&#233;es comme femmes et musulmanes, affectent gravement la trajectoire scolaire, universitaire, professionnelle et salariale des personnes concern&#233;es. C'est donc l'ensemble de leur existence qui est marqu&#233;e, depuis le d&#233;but, par ces traitements in&#233;gaux et par de scandaleuses disparit&#233;s en mati&#232;re d'acc&#232;s aux services publics, notamment. De telles discriminations racialisent le social et inscrivent durablement le racial dans le social en renfor&#231;ant les d&#233;terminations multiples de ce dernier ce qui contribue &#224; transformer le parcours des individus en un destin auquel il leur est fort difficile d'&#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sence de citoyen-ne-s et de militant-e-s racis&#233;-e-s, dans les comit&#233;s du Nouveau front populaire, doit &#234;tre aussi pens&#233;e comme la garantie que leurs revendications ne seront pas, une fois de plus, invisibilis&#233;es et rel&#233;gu&#233;es au second plan, ou d&#233;l&#233;gu&#233;es &#224; des associations de d&#233;fense des droits humains dans le cadre d'une d&#233;l&#233;t&#232;re division du travail politique qui a depuis longtemps fait la preuve de son inefficacit&#233;. Ajoutons qu'au moment o&#249; le Rassemblement national est au plus haut et que les partis de gouvernement extr&#234;me-droitis&#233;s appliquent les orientations que l'on sait, il est imp&#233;ratif de les combattre tous. Aussi faut-il placer les luttes contre les discriminations, les racismes, l'islamophobie et l'antis&#233;mitisme au plus haut de l'agenda politique, conjointement aux revendications sociales et &#224; la d&#233;fense des services publics. S'engager dans cette premi&#232;re voie doit &#233;galement favoriser la d&#233;colonisation de la R&#233;publique qui honore toujours bourreaux et criminels de l'ex-empire, qui r&#233;prime et tue en Kanaky, et d&#233;porte dans l'Hexagone des militant-e-s ind&#233;pendantistes dans la grande tradition des pratiques coloniales mises en &#339;uvre contre les &#171; indig&#232;nes &#187;. Quant au droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, que les autorit&#233;s fran&#231;aises pr&#233;tendent respecter, il doit bien s&#251;r s'appliquer dans les possessions hexagonales d&#233;finies par l'ONU comme des territoires &#224; d&#233;coloniser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1963, au sein de l'ONU, le Comit&#233; charg&#233; d'&#233;tudier la situation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concluons bri&#232;vement et &#224; titre provisoire : en ce qui concerne les comit&#233;s du Nouveau front populaire, il faut y affirmer un &#171; en m&#234;me temps &#187; radical et d&#233;termin&#233; : favoriser leur &#233;mergence et les soutenir, tout en &#339;uvrant &#224; la construction d'une alternative qui s'av&#232;re chaque jour plus n&#233;cessaire au regard du pass&#233; comme du pr&#233;sent des gauches traditionnelles, de leurs orientations et de leurs pratiques. Pour paraphraser Tina et Ike Turner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je ne crois pas ce que tu dis/parce que je vois ce que tu fais. &#187; Tina et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous ne croyons pas, ou plus, aux promesses de leurs dirigeant-e-s, mille fois formul&#233;es et autant de fois trahies. Depuis longtemps, nous savons ce qu'ils ont fait, ce dont ils sont capables et, comme des millions d'&#233;lecteur-e-s qui ont vot&#233; pour eux, nous voyons la fa&#231;on dont ils continuent de se comporter sans tenir compte ni de la dangerosit&#233; de la conjoncture, ni des aspirations unitaires et des espoirs qu'ils ont suscit&#233;s. Une fois de plus, ils semblent faire la pitoyable d&#233;monstration qu'ils ne savent rien apprendre de leurs &#233;checs politiques r&#233;it&#233;r&#233;s. Inqui&#233;tant somnambulisme, encore et toujours, qui signera leur faillite historique, partisane et personnelle si, par leurs fautes, ils ne parviennent pas &#224; emp&#234;cher la victoire de Marine Le Pen en 2027.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarque 1 : sur un singulier &#171; Front r&#233;publicain &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;tonnant de constater, y compris au sein d'une certaine gauche radicale, l'usage acritique de cette expression et la faiblesse des r&#233;flexions sur les pratiques qu'elle l&#233;gitime. Il en est du &#171; front r&#233;publicain &#187; comme des &#171; valeurs &#187; du m&#234;me type. Tous deux ne sont plus qu'incantations qui mobilisent de grands mots vagues puis&#233;s dans des &#171; bo&#238;te[s] &#224; double fond &#187; semblables &#224; celles des prestidigitateurs dans lesquelles chacun-e- met les &#171; id&#233;es &#187; qu'il d&#233;sire ou qu'il retire &#171; sans que personne le voie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexis de Tocqueville, De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique, Paris, Flammarion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Relativement aux droites extr&#234;mis&#233;es &#8211; aux R&#233;publicains, &#224; ce qu'il en reste du moins, et &#224; la fort mal nomm&#233;e Renaissance, devenue Ensemble pour tenter de masquer le recul spectaculaire de cette formation composite &#8211;, ce &#171; Front &#187; est en r&#233;alit&#233; un &#171; syndicat &#187; que les diff&#233;rentes fractions du parti de l'Ordre ont mis en place pour promouvoir leurs int&#233;r&#234;ts cat&#233;goriels, imm&#233;diats et &#224; plus long terme. Et pour d&#233;fendre aussi leurs &#233;lu-e-s, les positions qu'ils occupent au sein de l'appareil l'Etat et les pr&#233;bendes qui leur permettent d'entretenir leurs diverses machines &#233;lectorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En baptisant &#171; front r&#233;publicain &#187;, ces arrangements sans principe, sans autre principe du moins que la volont&#233; de se maintenir au pouvoir, quoi qu'il en co&#251;te, les m&#234;mes s'auto-instituent comme les d&#233;fenseurs l&#233;gitimes des institutions. Plus encore, ils parviennent ainsi &#224; d&#233;tenir le quasi-monopole de la qualification &#171; r&#233;publicaine &#187; qu'ils accordent ou refusent, selon leurs int&#233;r&#234;ts du moment, &#224; certains partis d'opposition en les incluant ou en les excluant du fameux &#171; arc r&#233;publicain. &#187; Pi&#232;tres archers, en v&#233;rit&#233;, car leur instrument est aussi inconsistant que leur opportunisme est sans frein. Fort de ce label, destin&#233; &#224; faire croire qu'ils sont les dignes protecteurs de la R&#233;publique, ils occultent leurs compromissions toujours plus importantes et graves avec l'extr&#234;me-droite dont ils ont pill&#233; une partie du programme. C'est ainsi que des conceptions et des mesures x&#233;nophobes, racistes, islamophobes et illib&#233;rales, &#224; l'origine d&#233;fendues par le Rassemblement national et des id&#233;ologues cabotant dans les m&#234;mes eaux &#8211; Renaud Camus et le pseudo &#171; Grand remplacement &#187;, par exemple &#8211;, deviennent, gr&#226;ce &#224; cette sinistre et cynique entreprise de recyclage politique, des propositions jug&#233;es indispensables pour sauver la R&#233;publique des p&#233;rils existentiels qui sont r&#233;put&#233;s la menacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort dangereux sont ces alchimistes qui transforment le vil plomb de leur extr&#234;me-droitisation en or suppos&#233;ment r&#233;publicain. Preuve que les diff&#233;rentes composantes du parti de l'Ordre ne combattent pas tant les id&#233;es et les propositions de l'organisation dirig&#233;e par Marine Le Pen que ses candidat-e-s- afin d'assurer l'&#233;lection ou la r&#233;&#233;lection des leurs. Ce n'est ni la premi&#232;re fois dans l'histoire, ni bien s&#251;r la derni&#232;re &#8211; l'avenir risque de nous offrir, h&#233;las, beaucoup d'autres exemples probants &#8211; que de vaillants r&#233;publicains sont pr&#234;ts &#224; fouler au pied les principes et les lois qu'ils affirment ch&#233;rir pour mieux d&#233;fendre la &#171; r&#233;publique bourgeoise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, Les &#233;ditions sociales, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qu'ils adorent par-dessus tout. Et c'est bien s&#251;r au nom de sa pr&#233;servation qu'ils ont viol&#233;, par le pass&#233;, des droits et libert&#233;s fondamentaux, qu'ils les violent aujourd'hui et qu'ils les violeront demain, s'ils le jugent n&#233;cessaire. Dans l'Hexagone comme en Kanaky, par exemple, afin d'y maintenir la domination de leur R&#233;publique coloniale, pr&#234;te &#224; tout pour sauvegarder ses positions g&#233;opolitiques. &#171; Profits, ordre et s&#233;curit&#233; &#187;, ici comprise comme l'assurance qu'on ne saurait porter atteinte si peu que ce soit aux premiers, telle est leur devise et leur religion. Malheur &#224; ceux qui s'avisent de proposer quelques modestes r&#233;formes destin&#233;es &#224; mieux r&#233;partir les fruits du travail et du capital, ils sont aussit&#244;t fustig&#233;s comme d'irresponsables &#171; extr&#233;mistes &#187; puisque l'application de leur programme aurait pour cons&#233;quence de ruiner l'Etat, la croissance et &#171; l'attractivit&#233;-de-notre-beau-pays-et-de-nos-entreprises. &#187; Enfin, accusation supr&#234;me, les m&#234;mes sont r&#233;put&#233;s se placer en dehors de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit &#233;crit en passant, ces involutions anciennes rendent illusoires, pour ne pas dire inqui&#233;tantes, les propositions de certain-e-s qui en appellent aux r&#233;publicains de bonne volont&#233; pour former une improbable coalition contre l'extr&#234;me-droite. D&#233;fendre les principes du triptyque &#171; Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233; &#187; avec Jupiter le Petit, Wauquiez le Minuscule, Philippe-Bleu-Horizons qui, lors des d&#233;bats sur la loi Asile-Immigration, a soutenu des positions plus radicales encore que Darmanin-Cavaignac, sans oublier Larcher-l'Incrust&#233;-du-S&#233;nat, favorable &#224; la suppression du droit du sol &#224; Mayotte comme dans l'Hexagone ? La r&#233;ponse est dans la question. Il y a longtemps d&#233;j&#224; que les uns et les autres sont devenus les &#233;clusiers irresponsables qui ouvrent grand les vantaux d'o&#249; s'&#233;coulent des flots sombres et tumultueux avec les r&#233;sultats que l'on sait : permettre au navire lep&#233;niste de voguer toujours plus vite en embarquant un nombre croissant de passagers et de personnels. Admirable bilan, n'est-ce pas ? Il doit exclure, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, toute coalition des forces qui se disent progressistes avec des repr&#233;sentants du parti de l'Ordre. Autre chose est la question du d&#233;sistement. Il ne consiste pas tant &#224; choisir un &#171; moindre mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Si l'un de mes ennemis m'empoisonne chaque jour avec de faibles doses de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qu'&#224; voter pour l'adversaire qui est conjoncturellement le moins dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Remarque 2 : sur un certain ton pol&#233;mique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci infiniment &#224; toutes celles et &#224; tous ceux qui m'ont envoy&#233; des messages vertement critiques, le plus souvent pol&#233;miques, ou ont fait des commentaires acerbes relatifs &#224; la premi&#232;re partie de cet article et, parfois, s'en sont pris &#224; ma personne. Ces lecteur-e-s confirment nombre d'inqui&#233;tudes. Lorsque les qualificatifs &#171; d'universitaire &#187;, de &#171; dipl&#244;m&#233; &#187; ou &#171; d'intellectuel &#187; deviennent des disqualificatifs et des insultes euph&#233;mis&#233;es, c'est la preuve que la b&#234;tise et l'obscurantisme progressent, y compris dans les rangs de ceux qui se disent progressistes. En usant d'un tel vocabulaire, ils donnent raison &#224; leurs adversaires et &#224; leurs ennemis. Dans la conjoncture pr&#233;sente, cela revient &#224; apporter une irresponsable contribution &#224; la mar&#233;e montante organis&#233;e par ceux qui, ha&#239;ssant les r&#233;flexions et les disciplines insoumises, vantent les m&#233;rites suppos&#233;s du &#171; bon sens &#187;, poursuivent la destruction des sciences humaines et sociales dans les universit&#233;s et ailleurs, et traitent la philosophie en chien crev&#233; au motif que toutes seraient au fondement d'une inadmissible &#171; culture de l'excuse. &#187; Poujadiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le bon sens est comme le chien de garde des &#233;quations petites-bourgeoises (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; hier, le &#171; bon sens &#187; b&#233;n&#233;ficie aujourd'hui d'un inqui&#233;tant consensus puisqu'il est d&#233;sormais lep&#233;niste, &#171; r&#233;publicain &#187;, &#171; jupit&#233;rien &#187; et parfois, h&#233;las, revendiqu&#233; par certaines gauches qui pensent ainsi faire &#171; peuple&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A preuve, le PCF a fait sienne cette antienne en choisissant, &#224; l'occasion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Un sympt&#244;me de plus qui atteste la d&#233;gradation significative de la situation politique et intellectuelle de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, les r&#233;actions pr&#233;cit&#233;es t&#233;moignent de la puissance des doxa et des id&#233;ologies. Elles se reconnaissent, entre autres, &#224; ceci qu'elles apportent &#224; leurs fid&#232;les desservants le doux confort du pr&#234;t-&#224;-penser, des &#233;cholalies, des r&#233;flexes pavloviens qui, &#224; des degr&#233;s divers, sont les uns et les autres en-de&#231;&#224; de toute r&#233;flexion. Leurs fonctions ? Au pire interdire ces r&#233;flexions m&#234;mes, au mieux leur assigner d'&#233;troites fronti&#232;res afin de ne pas porter atteinte &#224; la coh&#233;rence et &#224; l'apparente solidit&#233; de l'&#233;chafaudage discursif et politique &#233;tabli. Dans le monde rendu transparent par les repr&#233;sentations et les croyances de ces fid&#232;les, il n'y a plus, ou presque plus, d'interrogations mais seulement des r&#233;ponses depuis longtemps formul&#233;es et s&#251;res qu'ils convoquent inlassablement en estimant r&#233;soudre ainsi les probl&#232;mes auxquels ils sont confront&#233;s. Est &#224; l'&#339;uvre une &#171; consigne &#187;, implicite et indispensable &#224; la p&#233;rennit&#233; de l'id&#233;ologie d&#233;fendue : &#171; NE PAS PENSER &#187; afin de contraindre cette pseudo-pens&#233;e &#224; suivre &#171; un trac&#233; invariable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Lefort, Un Homme en trop. R&#233;flexions sur &#171; l'Archipel du Goulag &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; qui mobilise les m&#234;mes r&#233;f&#233;rences, les m&#234;mes arguments et les m&#234;mes termes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admirable s&#233;curit&#233; du degr&#233; z&#233;ro de la pens&#233;e et triomphe du sommeil dogmatique &#233;rig&#233;s en mauvaise boussole, laquelle explique les &#233;garements de bien des gauches qui, ayant perdu le Nord, sont parfois compl&#232;tement &#224; l'Ouest. Pour celles-l&#224; comme pour leurs dirigeant-e-s, il faut, non des esprits libres, mais de fid&#232;les chiens de garde ob&#233;issant au doigt, &#224; l'&#339;il et &#224; la laisse. Telles sont les conditions qui permettent alors de faire appel &#224; ces &#171; vertueux intellectuels &#187; charg&#233;s de suivre la baguette &#171; d'imperturbables chef d'orchestre capables de battre la mesure de la &lt;i&gt;lenteur&lt;/i&gt; d'esprit, pour que les fid&#232;les de la croyance totale demeurent r&#233;unis et continuent &#224; danser leur danse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, Paris, Gallimard folio, 1995, &#171; Livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;i&gt;In fine&lt;/i&gt;, ce sont bien les fonctions des divers &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt;, mis en place par certaines de ces gauches, qu'ils se nomment fondation ou institut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, la virulence des r&#233;actions pr&#233;cit&#233;es qui sont autant de m&#233;canismes de d&#233;fense destin&#233;s &#224; &#233;carter toute interrogation et r&#233;flexion susceptibles de nuire aux doxa institu&#233;es, au mol &#233;dredon des certitudes &#233;tablies comme aux int&#233;r&#234;ts des bureaucraties partisanes et de leurs chef-fe-s. De l&#224;, enfin, et c'est beaucoup plus grave au plan politique et pratique, ces d&#233;calages, souvent des gouffres en v&#233;rit&#233;, entre les nombreuses connaissances accumul&#233;es par les sciences sociales et humaines, par la philosophie et par de nombreux rapports d'institutions pr&#233;cieuses &#8211; le D&#233;fenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), par exemple &#8211; et les programmes b&#226;tis &#224; la h&#226;te dans les petits c&#233;nacles des forces de gauche. Penser &#224; nouveaux frais la situation pr&#233;sente, et les t&#226;ches indispensables pour tenter d'emp&#234;cher l'av&#232;nement du pire, exige de rompre au plus vite avec ces habitudes d&#233;l&#233;t&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les questions &#233;conomiques et sociales, notamment, &#171; seul le travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ces conservatismes habill&#233;s des oripeaux du progressisme et de l'expertise des professionnel-le-s de la vie publique en mettant en place les m&#233;canismes d&#233;mocratiques qui favoriseront l'&#233;mergence d'une sorte d'intellectuel collectif capable d'&#233;laborer, avec les premier-e-s concern&#233;-e-s &#233;videmment aussi, des analyses audacieuses et nouvelles, et d'apporter des r&#233;ponses de m&#234;me nature. Placer ainsi &#171; l'imagination au pouvoir &#187; en instituant enfin &#171; la politique comme puissance d'invention collective, invention de noms qui brisent les identifications sociales donn&#233;es ; inventions d'actions qui font sauter les m&#233;diations normales d&#233;finissant l'ordre consensuel ; transformation des espaces, de leurs usages et de leur fonction symbolique&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, &#171; Interpr&#233;ter l'&#233;v&#233;nement. &#187; in Les Trente inglorieuses. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'adresse des dirigeant-e-s du Nouveau front populaire, qui disent vouloir &#171; Tout changer &#187; &#8211; tel &#233;tait le slogan adopt&#233; &#224; l'occasion des l&#233;gislatives &#8211;, appliquez imm&#233;diatement cette revendication &#224; vos pratiques et &#224; vos modes de fonctionnement, et faites droit, enfin, &#224; de v&#233;ritables d&#233;lib&#233;rations communes et inclusives. Ni guides supr&#234;mes auto-proclam&#233;s, ni ma&#238;tres-penseurs, qui se muent trop souvent en ma&#238;tres-censeurs. Vive &#171; les r&#233;volutions citoyennes &#187;, comme l'affirmaient certain-e-s sans jamais mettre en &#339;uvre cette promesse raval&#233;e, par leur faute, au rang d'incantation sans cons&#233;quence ni lendemain. Compte tenu de l'urgence de la situation, il est imp&#233;ratif de passer de la th&#233;orie &#224; la pratique sans attendre l'autorisation des chef-fe-s petits et grands du Nouveau front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Olivier Le Cour Grandmaison&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, universitaire. Dernier ouvrage paru : &lt;i&gt;Racismes d'Etat, Etats racistes. Une br&#232;ve histoire&lt;/i&gt;, &#233;ditions Amsterdam, 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2009, seuls &#171; 7 parlementaires &#034;issus des minorit&#233;s visibles&#034; &#187; si&#233;geaient &#224; l'Assembl&#233;e nationale, soit 0,8%. Patrick Simon et Ang&#233;line Escafr&#233;-Dubet, &#171; Repr&#233;senter la diversit&#233; en politique : une reformulation de la dialectique de la diff&#233;rence et de l'&#233;galit&#233; par la doxa r&#233;publicaine &#187;, &lt;i&gt;Raisons pr&#233;sentes&lt;/i&gt;, 2009/3, n&#176;35, p. 127. En 2022, on comptait 32 d&#233;put&#233;-e-s de la &#171; diversit&#233; &#187;, selon l'expression consacr&#233;e, sur les 577 que compte le Palais-Bourbon, ce qui repr&#233;sente 5,5% des effectifs. Sublime progression !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., &lt;a href=&#034;https://www.politis.fr/articles/2024/07/tribune-pas-de-nouveau-front-populaire-sans-les-quartiers-populaires/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.politis.fr/articles/2024/07/tribune-pas-de-nouveau-front-populaire-sans-les-quartiers-populaires/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf., St&#233;phane Beaud et G&#233;rard Noiriel, Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d'une cat&#233;gorie, Marseille, Agone, 2021. Et sur la critique des critiques de l'intersectionnalit&#233;, voir Sarah Mazouz et El&#233;onore L&#233;pinard, Pour l'intersectionnalit&#233;, Paris, Anamosa, 2021 ; Michelle Zancarini-Fournel, &#171; Les erreurs d'un livre &#187;, En attendant Nadeau, 25 f&#233;vrier 2011 (en ligne).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 1963, au sein de l'ONU, le Comit&#233; charg&#233; d'&#233;tudier la situation des territoires non autonomes &#8211; aussi appel&#233; Comit&#233; sp&#233;cial de la d&#233;colonisation &#8211; a approuv&#233; une liste qui comprend la Nouvelle-Cal&#233;donie et la Polyn&#233;sie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Je ne crois pas ce que tu dis/parce que je vois ce que tu fais. &#187; Tina et Ike Turner (1964). Et sur la construction de l'Alternative, voir : &lt;a href=&#034;https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://www.forumalternative.org/&amp;ved=2ahUKEwjVtMml_aaHAxXTdaQEHcydCl0QFnoECBoQAQ&amp;usg=AOvVaw2eueGIdC2dKJd5BMskkSoV&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://www.forumalternative.org/&amp;ved=2ahUKEwjVtMml_aaHAxXTdaQEHcydCl0QFnoECBoQAQ&amp;usg=AOvVaw2eueGIdC2dKJd5BMskkSoV&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexis de Tocqueville, &lt;i&gt;De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1981, t. 2, Premi&#232;re partie, chap. XVI, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, Paris, Les &#233;ditions sociales, 1969, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Si l'un de mes ennemis m'empoisonne chaque jour avec de faibles doses de poison, et qu'un autre veut me tirer un coup de feu par derri&#232;re, j'arracherais d'abord le revolver des mains de mon deuxi&#232;me ennemi, ce qui me donnera la possibilit&#233; d'en finir avec le premier. &#187; L&#233;on Trotsky, &lt;i&gt;Comment vaincre le fascisme&lt;/i&gt;, (1933), Paris, Buchet/Chastel, 1973, p. 74. Certains h&#233;ritiers pr&#233;tendus de ce dirigeant, qui font leur cette devise : &#171; plus r&#233;volutionnaires que nous, tu meurs &#187;, et qui cr&#233;ent leur petite organisation en ajoutant la division &#224; la division, la confusion &#224; la confusion et l'impuissance &#224; l'impuissance, seraient bien inspir&#233;s de relire cet ouvrage et d'en tirer quelques conclusions pour les temps pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le bon sens est comme le chien de garde des &#233;quations petites-bourgeoises : il bouche toutes les issues dialectiques, d&#233;finit un monde homog&#232;ne, o&#249; l'on est chez soi, &#224; l'abri des troubles &#187;, notait Roland Barthes. Plus encore, ajoutait-il, le &#171; bon sens &#187; est &#171; &lt;i&gt;le refus de l'alt&#233;rit&#233;, la n&#233;gation du diff&#233;rent, le bonheur de l'identit&#233; et l'exaltation du semblable&lt;/i&gt;. &#187; &#171; Quelques paroles de M. Poujade. &#187;, &lt;i&gt;Mythologies&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1970, p. 85. (Soulign&#233; par nous.) Voil&#224; qui aide &#224; comprendre son sinistre triomphe pr&#233;sent. Il faut ajouter que le culte du &#171; bon sens &#187; a aussi fait des ravages du c&#244;t&#233; des &#171; guides &#187; r&#233;put&#233;s &#171; supr&#234;mes &#187; et de certains adeptes auto-proclam&#233;s de &#171; l'avant-garde r&#233;volutionnaire &#187; qui estimaient que ce &#171; bon sens &#187; s'incarnait dans le corps musculeux et viril du prol&#233;taire suppos&#233; jouir d'un infaillible &#171; instinct de classe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A preuve, le PCF a fait sienne cette antienne en choisissant, &#224; l'occasion des derni&#232;res &#233;lections europ&#233;ennes, l'inconsistant slogan suivant : &#171; Le Choix du bon sens en France et en Europe. &#187; De m&#234;me Fran&#231;ois Ruffin qui entend d&#233;sormais incarner &#171; une gauche populaire, une gauche de la d&#233;cence et du &lt;i&gt;bon sens&lt;/i&gt;. &#187; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 10 juillet 2024. (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Claude Lefort, &lt;i&gt;Un Homme en trop. R&#233;flexions sur &#171; l'Archipel du Goulag &#187;&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1976, p. 172.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Nietzsche, &lt;i&gt;Le Gai savoir&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard folio, 1995, &#171; Livre Deuxi&#232;me &#187;, 76, p. 104.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur les questions &#233;conomiques et sociales, notamment, &#171; seul le travail collectif permettra de faire des progr&#232;s, ce qui exige la cr&#233;ation d'une v&#233;ritable f&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique de la gauche capable d'organiser la d&#233;lib&#233;ration et de trancher les diff&#233;rends &#187;, affirme Thomas Piketty qui ajoute : &#171; au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, la France insoumise n'a cess&#233; de vouloir imposer son h&#233;g&#233;monie autoritaire &#224; la gauche, &#224; la fa&#231;on du Parti socialiste d'autrefois, en pire, compte tenu du refus de toute proc&#233;dure de vote de la part des dirigeants &#171; insoumis. &#187; &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 13 juillet 2024. A des degr&#233;s divers, cette critique vaut pour les autres formations du Nouveau front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &#171; Interpr&#233;ter l'&#233;v&#233;nement. &#187; in &lt;i&gt;Les Trente inglorieuses. Sc&#232;nes politiques&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique, 2022, p. 139.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gauches partisanes : somnambulisme politique et &#233;lectoral. Br&#232;ves remarques sur la situation pr&#233;sente </title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1347</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1347</guid>
		<dc:date>2024-07-13T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Le Cour Grandmaison</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les dirigeants du NFP font de nouveau l'affligeante d&#233;monstration qu'ils sont incapables de penser ce qui nous arrive. Il est urgent de prendre le temps de la r&#233;flexion et du bilan, pour &#233;laborer de fa&#231;on collective, unitaire, inclusive et d&#233;mocratique des solutions, et nous mobiliser au plus vite pour commencer &#224; lutter contre l'extr&#234;me droite et l'extr&#234;me-droitisation des partis de gouvernement. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Souvent la v&#233;rit&#233; est un cordial amer et fort, aussi beaucoup pr&#233;f&#232;rent de plus mols (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dirigeants du NFP font de nouveau l'affligeante d&#233;monstration qu'ils sont incapables de penser ce qui nous arrive. Il est urgent de prendre le temps de la r&#233;flexion et du bilan, pour &#233;laborer de fa&#231;on collective, unitaire, inclusive et d&#233;mocratique des solutions, et nous mobiliser au plus vite pour commencer &#224; lutter contre l'extr&#234;me droite et l'extr&#234;me-droitisation des partis de gouvernement.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Souvent la v&#233;rit&#233; est un cordial amer et fort, aussi beaucoup pr&#233;f&#232;rent de plus mols r&#233;conforts. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Anonyme du XVIII&#232;me si&#232;cle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu Emmanuel Macron &#233;tait encore gratifi&#233;, par la foultitude de ses partisans et une certaine presse, de multiples qualificatifs louangeurs. Nombreux &#233;taient celles et ceux qui le jugeaient audacieux, r&#233;formateur voire m&#234;me visionnaire. Il &#233;tait le &#171; Mozart de la finance &#187;, &#171; le ma&#238;tre des horloges &#187; et le glorieux &#171; Jupiter &#187; qui r&#233;ussissait l&#224; o&#249; ses pr&#233;d&#233;cesseurs avaient &#233;chou&#233;. A preuve, notamment, les nouvelles lois sur les retraites, sur l'asile et l'immigration sans oublier, soutenaient les m&#234;mes, ses admirables r&#233;ussites en mati&#232;re de &#171; r&#233;armement industriel &#187;, de croissance &#233;conomique et de lutte contre le ch&#244;mage &#224; l'horizon de laquelle devaient se profiler les jours heureux du &#171; plein emploi &#187; et de la r&#233;duction des d&#233;ficits publics. La dissolution de l'Assembl&#233;e nationale, d&#233;cid&#233;e dans les conditions que l'on sait, et ses cons&#233;quences l'ont bruyamment jet&#233; hors de l'Olympe o&#249; beaucoup l'avaient plac&#233; pour le servir et satisfaire leurs ambitions. En quelques jours, il est devenu Jupiter le Petit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le d&#233;dain n'&#244;te rien &#224; la col&#232;re ; il sera hideux, et il restera ridicule. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et le mauvais g&#233;nie, aveugl&#233; par l'inflation incontr&#244;l&#233;e de son ego et par les &#171; cloportes &#187; qui lui ont souffl&#233; cette d&#233;cision insens&#233;e, &lt;i&gt;dixit&lt;/i&gt; Bruno Le Maire, fort marri &#224; la perspective de devoir, sans doute, quitter son fief de Bercy. En flattant le locataire de l'Elys&#233;e, ses conseillers auraient r&#233;ussi &#224; le convaincre qu'il allait, gr&#226;ce &#224; ce geste qualifi&#233;, excusez du peu, de gaullien, &#233;crire une glorieuse page d'Histoire. Et la grenouille s'enfla si bien, qu'&#224; la fin elle se rangea &#224; l'avis de ses flagorneurs professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; macronisme &#187;, cette construction singuli&#232;re, fort peu originale en v&#233;rit&#233;, faite d'opportunisme sans bornes au service d'un n&#233;o-lib&#233;ralisme toujours plus destructeur des conquis sociaux, toujours plus autoritaire pour parvenir &#224; ses fins et, ce faisant, toujours plus attentatoire aux droits et libert&#233;s d&#233;mocratiques, a subi un revers majeur. N'oublions pas l'obsc&#232;ne d&#233;magogie x&#233;nophobe et islamophobe, catastrophique pour les premier-e-s concern&#233;es, faite loi contre &#171; le s&#233;paratisme &#187; (24 ao&#251;t 2021) et loi &#171; immigration, int&#233;gration, asile &#187; (26 janvier 2024), mal nomm&#233;es lois &#171; Darmanin. &#187; En effet, ce tr&#232;s liberticide ministre de l'Int&#233;rieur, le plus dangereux, sans doute, depuis la fin de la guerre d'Alg&#233;rie, qui a combattu avec constance tous les mouvements sociaux et de contestation, et dissous un nombre record d'associations, n'a fait qu'appliquer les orientations d&#233;cid&#233;es &#224; l'Elys&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la d&#233;gradation constante des libert&#233;s publiques en France depuis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi &#224; ce Cavaignac contemporain que l'on doit la r&#233;pression particuli&#232;rement brutale des r&#233;voltes des quartiers populaires de l'&#233;t&#233; 2023, suite au meurtre de Nahel Merzouk par un policier, et des accusations abracadabrantesques. Entre autres celle &#171; d'&#233;co-terrorisme &#187; prononc&#233;e &#224; l'encontre des Soul&#232;vements de la Terre pour justifier la proc&#233;dure engag&#233;e contre ce mouvement. Relativement au pr&#233;tendu &#171; th&#233;oricien &#187; du &#171; macronisme &#187;, qui a commis un livre intitul&#233; &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt; (2016) pour faire croire qu'il &#233;tait l'incarnation audacieuse de la disruption et de la modernisation triomphantes, il est d&#233;sormais d&#233;laiss&#233; par beaucoup de ses anciens courtisans. Hier, ils l'encensaient et se pressaient autour de lui, aujourd'hui, ils s'en &#233;loignent ou le tiennent &#224; distance pour &#233;viter d'&#234;tre engloutis &#224; leur tour sous les ruines provoqu&#233;es par l'initiative de celui qui fut leur ma&#238;tre. Et pour l&#233;gitimer ces reniements, ils forgent dans la pr&#233;cipitation d'importantes divergences alors que tous appartiennent depuis longtemps, parfois depuis toujours, au m&#234;me parti de l'Ordre. Ils continuent d'ailleurs de soutenir ce dernier avec acharnement en r&#233;habilitant, comme les R&#233;publicains et l'extr&#234;me-droite, un tr&#232;s improbable &#171; p&#233;ril rouge &#187;, &#171; vert &#187; et &#171; wokiste &#187;, qualifi&#233; &#171; d'islamo-gauchisme &#187;. Baroque fant&#244;me qu'ils ont invent&#233; pour effrayer financiers, industriels, bourgeois-es, petits-bourgeois, &#233;pargnants et d&#233;class&#233;-e-s divers, et obtenir ainsi leurs suffrages. Quant aux cris d'orfraie, pouss&#233;s au nom de la d&#233;fense pr&#233;tendue des &#171; valeurs r&#233;publicaines &#187; par divers ministres ou ex-ministres, &#233;lus et responsables de la minorit&#233; pr&#233;sidentielle, ils sont ceux d'hommes et de femmes qui observent avec angoisse le tombeau ouvert dans lequel leur carri&#232;re et leurs ambitions politiques pourraient &#234;tre pr&#233;cipit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation aurait fait les d&#233;lices du sage et sagace Machiavel qui, &#224; la diff&#233;rence des Diafoirus de l'Elys&#233;e, s'y connait en pr&#233;cieux conseils. Il sait cette v&#233;rit&#233; ancienne mais visiblement ignor&#233;e de Jupiter-le-Petit et de ses courtisans : lorsque le &#171; peuple maigre &#187;, depuis longtemps maltrait&#233;, insult&#233; et m&#233;pris&#233; par le prince, l'abandonne, les grands ne tardent pas &#224; faire d&#233;fection pour &#233;chapper &#224; l'opprobre voire &#224; la haine de ceux d'en bas et d&#233;fendre ainsi leur pouvoir et leurs int&#233;r&#234;ts. Ajoutons &#224; ce fameux dicton : &#171; C'est au pied du mur que l'on voit le ma&#231;on &#187;, cet autre qui est plus ad&#233;quat &#224; la situation pr&#233;sente : &#171; C'est dans les d&#233;combres que l'on d&#233;couvre parfois le cadavre politique de celui qui se prenait pour un g&#233;nial ma&#231;on. &#187; Nous y sommes. Le fier b&#226;tisseur qui, avec l'aide de son jeune et ambitieux premier ministre, devait conduire une France apais&#233;e, unie et d&#233;barrass&#233;e du spectre de l'extr&#234;me-droite vers les riches eaux de la modernit&#233; &#233;conomique, technologique et r&#233;publicaine, n'est presque plus. D&#233;sormais priv&#233; de son ancienne majorit&#233; relative et de l'essentiel de son autorit&#233;, confront&#233; &#224; une tripartition sans pr&#233;c&#233;dent du champ politique comme de l'Assembl&#233;e nationale, Jupiter le Petit ne se maintient que gr&#226;ce au corset institutionnel de la Cinqui&#232;me R&#233;publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux gauches parlementaires, la d&#233;cision du pr&#233;sident leur a permis de faire oublier leur ni&#232;me d&#233;faite, subie &#224; l'occasion des &#233;lections europ&#233;ennes, dans les vapeurs joyeuses et prometteuses de l'unit&#233; enfin retrouv&#233;e. De l&#224; ce Nouveau front populaire constitu&#233; pour combattre au mieux le parti pr&#233;sidentiel et les progr&#232;s toujours sinistrement spectaculaires du Rassemblement national. Cela confirme qu'aux &#171; &#233;poques de crise &#187;, les contemporains, qui &#171; semblent occuper (&#8230;) &#224; cr&#233;er quelque chose (&#8230;) de nouveau, &#233;voquent craintivement les esprits du pass&#233;, qu'ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d'ordre et leurs costumes pour appara&#238;tre sur la nouvelle sc&#232;ne de l'histoire sous ce d&#233;guisement respectable et avec ce langage emprunt&#233; &#187;. &#171; Farce[s] &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, (1852), Paris, Les Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crivait Karl Marx de ces r&#233;p&#233;titions auxquelles il a consacr&#233; des pages rest&#233;es c&#233;l&#232;bres, mais farces on ne peut plus s&#233;rieuses et parfois tragiques, n'en d&#233;plaise &#224; l'auteur du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;. Les exemples qu'il mobilise en t&#233;moignent, de m&#234;me celui qui nous occupe. En s'inspirant du Front populaire, passablement mythologis&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, entre autres, D. Gu&#233;rin, Front Populaire, r&#233;volution manqu&#233;e ? (1963), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et singuli&#232;rement amput&#233;, pour ne pas inqui&#233;ter citoyen-ne-s et adversaires politiques, de la puissante gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et des innombrables occupations d'usines qui ont jou&#233; un r&#244;le essentiel pour arracher les conqu&#234;tes sociales que l'on sait, les uns et les autres cherchaient &#224; puiser dans ces &#233;v&#233;nements une &#233;nergie nouvelle susceptible de les aider &#224; combattre avec succ&#232;s leur ennemis du moment : Jordan Bardella et Marine Le Pen. Nul doute, aussi, en se drapant dans les m&#233;morables succ&#232;s de mai et de juin 1936, ils entendaient masquer leurs anciennes faiblesses pass&#233;es et pr&#233;sentes, et conjurer les menaces &#233;lectorales et politiques qui s'accumulaient. Mieux vaut tard que jamais, assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ignoraient-ils, ces responsables, qui ont fait preuve d'une irresponsabilit&#233; coupable, qu'en se pr&#233;sentant &#224; la votation europ&#233;enne guid&#233;s par des consid&#233;rations boutiqui&#232;res et comptables, et par la volont&#233; de g&#233;rer solitairement leur maigre capital politique, m&#233;diatique et personnel, ils courraient au-devant d'une d&#233;faite annonc&#233;e et, plus grave encore, qu'ils contribuaient &#224; paver la voie de ceux qu'ils combattaient ? Stup&#233;fiant aveuglement redoubl&#233; alors par la surench&#232;re des pol&#233;miques employ&#233;es par les uns et les autres pour se distinguer &#224; tout prix en portant &#224; l'encontre de leurs alli&#233;s d'hier, qui sont ceux d'aujourd'hui, de terribles accusations. De l&#224;, les outrances rh&#233;toriques de beaucoup et les propos indignes de quelques-uns qui ont apport&#233; leur soutien d&#233;magogique et obsc&#232;ne au scandaleux proc&#232;s en antis&#233;mitisme intent&#233; par l'extr&#234;me-droite et les diff&#233;rentes composantes du parti de l'Ordre &#224; l'encontre de la France insoumise. Enfin, plusieurs d'entre eux ont par&#233; leur sectarisme mortif&#232;re, leur irr&#233;pressible pulsion h&#233;g&#233;monique et leur pr&#233;tention &#224; incarner seul un improbable &#171; bloc populaire &#187; ou progressiste des atours avantageux de l'unit&#233; et de la fid&#233;lit&#233; &#224; leurs engagements ant&#233;rieurs. Pourtant, il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand clerc pour savoir que ces divergences, exacerb&#233;es &#224; dessein pour les besoins de leur mauvaise cause, allaient d&#233;courager le &#171; peuple de gauche &#187; et n&#233;cessairement profiter au Rassemblement national. Peu importait alors &#224; ces somnambules politiques ; ils participaient aux &#233;lections europ&#233;ennes &lt;i&gt;non pour tenter de gagner ensemble mais pour se compter&lt;/i&gt;, maintenir leur position au sein des gauches et/ou r&#233;&#233;quilibrer les rapports de force en leur faveur afin de pr&#233;parer les municipales et, bien s&#251;r, les pr&#233;sidentielles pour lesquelles certain-e-s ont d&#233;j&#224; organis&#233; &#233;curie, d&#238;ners discrets et r&#233;seaux divers pour mieux se pousser du col.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Triomphe r&#233;it&#233;r&#233;, d&#233;risoire et dangereux de la lutte des places, des appareils et des &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt;, enivr&#233;s par l'exercice du pouvoir et plus encore par celui que les uns et les autres convoitent ; l'ensemble a pr&#233;cipit&#233; leur &#233;chec collectif et parfois le d&#233;clin de certains. Telles sont les origines de la frayeur &#233;prouv&#233;e par ces gauches. C'est elle qui les a pouss&#233;es, pour sauver leur formation respective, leurs &#233;lu-e-s et leur dirigeant-e-s, &#224; cr&#233;er un Nouveau front populaire d'abord motiv&#233; par la volont&#233; d'&#233;chapper &#224; un naufrage plus terrible encore pour leur existence et leur avenir politiques. Apr&#232;s le brouhaha des anath&#232;mes st&#233;riles, qui a favoris&#233; divisions, incompr&#233;hension et d&#233;sesp&#233;rance, la ferveur de l'unit&#233; et de l'espoir recouvr&#233;s ? Partiellement car sit&#244;t l'accord conclu, alors que la victoire semblait tr&#232;s improbable et que le spectre du Rassemblement national obscurcissait toujours l'horizon, les ambitions personnelles ont repris le dessus. De l&#224;, ces stup&#233;fiantes et ind&#233;centes disputes pour savoir qui serait le prochain Premier ministre de la France. Irresponsable somnambulisme politique encore et toujours de celles et ceux qui, tout en affirmant &#234;tre les h&#233;rauts des classes populaires, d&#233;fendent plus souvent qu'&#224; leur tour leur propre position pour s'&#233;tonner ensuite du discr&#233;dit qui collectivement les frappe et des succ&#232;s de leur ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la m&#233;morable soir&#233;e du 7 juillet 2024, et maintenant plus encore, la machine &#224; produire des analyses convenues, suppos&#233;es rendre compte de la situation et de celle des gauches repr&#233;sent&#233;es &#224; l'Assembl&#233;e nationale, tourne &#224; plein r&#233;gime. Elle fournit &#224; leurs responsables et aux divers ventriloques qui les suivent des &#233;l&#233;ments de langage propres &#224; minorer d'une part la progression de l'extr&#234;me-droite, la r&#233;sistance significative des diff&#233;rentes fractions du parti de l'Ordre et la gravit&#233; de la conjoncture, et &#224; majorer d'autre part leur propre r&#233;ussite qualifi&#233;e de victoire. Inesp&#233;r&#233;e victoire &#224; la Pyrrhus en v&#233;rit&#233; car les heures s'&#233;gr&#232;nent toujours rapidement et le cr&#233;puscule du soir continue de s'assombrir. La surprise provoqu&#233;e par la dissolution secr&#232;tement pr&#233;par&#233;e, la bri&#232;vet&#233; de la campagne &#233;lectorale et le r&#244;le des m&#233;dias, notamment, ne peuvent expliquer les raisons pour lesquelles les citoyen-ne-s fran&#231;ais ont, en 2017, livr&#233; le pays au jeune banquier que l'on sait, r&#233;cidiv&#233; cinq ans apr&#232;s en privant une fois encore &#171; l'Insoumis en chef &#187; d'un second tour. Celui-l&#224; m&#234;me qu'il n'est jamais parvenu &#224; atteindre m&#234;me s'il a r&#233;ussi &#224; sublimer la succession de ses honorables d&#233;faites en victoires prometteuses pour continuer &#224; s'imposer comme le candidat &#171; naturel &#187; de la gauche. Puissance de la rh&#233;torique et de la d&#233;n&#233;gation qu'elle soutient, et du &#171; machin &#187; gazeux que Jean-Luc M&#233;lenchon dirige d'une main de fer en le purgeant r&#233;guli&#232;rement de celles et ceux qui contestent sa ligne. Autant de facteurs essentiels qui aident &#224; comprendre la r&#233;it&#233;ration des &#233;checs subis par ce dirigeant qui pers&#233;v&#232;re dans l'application de ses orientations sectaires et dans la mise en &#339;uvre de ses m&#233;thodes autoritaires. Il est vraiment singulier d'avoir &#224; rappeler cette loi pourtant simple, confirm&#233;e par les infortunes de celui qui pr&#233;side aux destin&#233;es de la France insoumise : la r&#233;p&#233;tition des m&#234;mes erreurs conduit invariablement aux m&#234;mes revers et ces revers peuvent se muer en catastrophe lorsque le vainqueur est un ennemi politique r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, n'en d&#233;plaisent aux ent&#234;t&#233;-e-s du Nouveau front populaire, enivr&#233;s par le nombre de d&#233;put&#233;-e-s obtenu et par la perspective irr&#233;aliste de former un gouvernement stable et capable d'appliquer le programme pour lequel ils ont &#233;t&#233; &#233;lus, les faits et les chiffres sont t&#234;tus. Deux ans apr&#232;s la r&#233;&#233;lection d'Emmanuel Macron en 2022, au second tour des l&#233;gislatives, le 7 juillet 2024, les Fran&#231;ais-e-s, selon l'expression consacr&#233;e, ont accord&#233; la majorit&#233; de leur suffrage au Rassemblement national et &#224; ses alli&#233;s &#8211; 10 126 823 voix &#8211; aux R&#233;publicains extr&#234;me-droitis&#233;s et adeptes, pour beaucoup d'entre eux, de la pseudo-th&#233;orie du &#171; Grand remplacement &#187; &#8211; 1 689 753 voix &#8211; et &#224; la minorit&#233; pr&#233;sidentielle &#8211; 6 974 499 voix &#8211; ; tous ayant repris &#224; leur compte nombre de th&#232;mes, d'&#233;l&#233;ments de langage et de propositions depuis longtemps d&#233;fendues par Marine Le Pen. En attestent les lois pr&#233;cit&#233;es et, plus sinistrement encore, le projet, radical et tr&#232;s inqui&#233;tant, de remise en cause du droit du sol &#224; Mayotte, salu&#233; par le RN et les R&#233;publicains favorables &#224; l'extension de cette r&#233;forme &#224; la m&#233;tropole. Outre la progression continue de l'organisation pr&#233;sid&#233;e par Jordan Bardella &#8211; entre 2017 et 2024, le nombre de ses d&#233;put&#233;-e-s est pass&#233; de 8 &#224; 143 ce qui est sans pr&#233;c&#233;dent sous la Cinqui&#232;me R&#233;publique &#8211;, les diverses fractions du parti de l'Ordre, qui sont d'accord sur l'essentiel, ont ainsi obtenu les voix de 8 664 252 Fran&#231;ais-e-s. Nonobstant les &#233;lecteur-e-s qui ont vot&#233; pour leurs candidats afin de faire barrage &#224; ceux du RN, l'&#233;crasante majorit&#233; d'entre eux se sont donc prononc&#233;s pour des formations qui ont d&#233;fendu et d&#233;fendent toujours des orientations x&#233;nophobes, islamophobes, racistes et gravement attentatoires aux libert&#233;s d&#233;mocratiques. Quant au Nouveau front populaire, il n'obtient que 7 065 667 voix &#8211; soit 25, 9% des suffrages exprim&#233;s &#8211; ce qui le situe en seconde position, tr&#232;s loin derri&#232;re le Rassemblement national &#8211; 37, 12% des suffrages exprim&#233;s, et juste devant la formation pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments ne sont pas des &lt;i&gt;opinions&lt;/i&gt; d&#233;termin&#233;es par un pessimisme de mauvais aloi, ou par une subjectivit&#233; qu'affolerait la situation pr&#233;sente, mais des &lt;i&gt;r&#233;alit&#233;s objectiv&#233;es&lt;/i&gt; par les r&#233;sultats officiels que l'on sait. De l&#224; quelques cons&#233;quences importantes. Elles permettent de prendre la plus juste mesure de la conjoncture, de l'extr&#234;me-droitisation des diff&#233;rentes composantes du parti de l'Ordre, laquelle progresse du m&#234;me pas que les avanc&#233;es du Rassemblement national, et d'exhumer les terribles dangers qui subsistent. Bien que r&#233;unies, les principales formations des gauches ne repr&#233;sentent, h&#233;las, &lt;i&gt;qu'un quart des citoyens&lt;/i&gt; ce qui rend l'ultimatum, adress&#233; au chef de l'Etat pour former un gouvernement, inconsistant. Tableau toujours partiel, pour ne pas dire partial, de la situation. Il est donc imp&#233;ratif de le compl&#233;ter. En effet, &#224; ces faiblesses politiques, anciennes et toujours actuelles, s'ajoutent celles des organisations syndicales de salari&#233;-e-s, d'&#233;tudiant-e-s, et de lyc&#233;en-ne-s, et celles d'associations et de collectifs divers, tous divis&#233;s et fragiles, et fragiles parce que divis&#233;s. L'ensemble dit l'immensit&#233; de la route &#224; parcourir pour parvenir &#224; inverser des rapports de force d&#233;grad&#233;s depuis des ann&#233;es. Aux uns et aux autres, rappelons aussi cette v&#233;rit&#233; factuelle, qu'ils refusent trop souvent d'admettre au motif qu'on ne saurait d&#233;mobiliser militant-e-s et citoyen-ne-s ; soit la version contemporaine et bien connue, qui a servi toutes les causes m&#234;mes les pires, de : &#171; il ne faut pas d&#233;courager Billancourt &#187; ; Jean-Paul Sartre &lt;i&gt;dixit&lt;/i&gt; dans les ann&#233;es cinquante lorsqu'il cheminait avec le Parti communiste. En d&#233;pit de mobilisations parfois tr&#232;s importantes, souvent soutenues par l'opinion publique comme on dit, &lt;i&gt;aucun mouvement de contestation&lt;/i&gt;, apr&#232;s les manifestations unitaires contre le Contrat premi&#232;re embauche (CPE) du printemps 2006, n'a r&#233;ussi &#224; faire reculer durablement un gouvernement de droite ou de gauche d&#233;sireux d'imposer ses r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales. Cela vaut &#233;galement pour les &#171; Gilets jaunes &#187;. Pas de victoire sociale, &lt;i&gt;nationale et significative depuis dix-huit ans&lt;/i&gt; m&#234;me si des r&#233;sistances locales ont r&#233;ussi &#224; faire c&#233;der &#233;lus municipaux et/ou r&#233;gionaux, et diff&#233;rents patrons petits ou grands. Un tel bilan doit &#234;tre imp&#233;rativement int&#233;gr&#233; &#224; celui d'aujourd'hui pour avoir une connaissance aussi juste et pr&#233;cise des temps qui sont les n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pers&#233;v&#233;rant dans le recours &#224; des analyses et &#224; des arguments superficiels et h&#226;tifs, cent fois r&#233;p&#233;t&#233;s et entendus, les dirigeants du Nouveau front populaire font de nouveau l'affligeante d&#233;monstration qu'ils sont incapables de penser &lt;i&gt;ces &#233;v&#233;nements&lt;/i&gt;, leurs origines lointaines, les singularit&#233;s de la s&#233;quence sociale et politique pr&#233;sente, et les mouvements souterrains, lents d'abord, acc&#233;l&#233;r&#233;s ensuite, qui ont permis au Rassemblement national d'accumuler patiemment victoires culturelles, politiques, m&#233;diatiques et &#233;lectorales pour s'imposer aujourd'hui comme la premi&#232;re force partisane du pays. Celle-l&#224; m&#234;me qui, &#224; chaque nouvelle &#233;lection, se banalise et se nationalise toujours plus. Pis encore, fort de ses succ&#232;s locaux puis hexagonaux, aux l&#233;gislatives de 2022 puis de 2024, entre autres, elle b&#233;n&#233;ficie d'une notabilisation significative, essentielle au plan politique et symbolique, d'une partie de son personnel qui peut d&#233;sormais se targuer de vivre et de parler en expert gr&#226;ce aux responsabilit&#233;s importantes qu'il a exerc&#233; &#224; l'Assembl&#233;e et qu'il exercera, sans doute, dans les prochaines semaines. Situation exceptionnelle donc que les directions des gauches banalisent en ravalant les diff&#233;rentes et spectaculaires involutions pr&#233;cit&#233;es au rang d'accidents &#233;lectoraux favoris&#233;s par l'agr&#233;gation malheureuse d'&#233;l&#233;ments circonstanciels auxquels la &#171; victoire &#187; du Nouveau front populaire aurait enfin mis un terme. Somnambulisme politique toujours aveugle au temps long et aux &lt;i&gt;bouleversements structurels du champ partisan&lt;/i&gt; qui sont intervenus au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es. Bouleversements et processus de d&#233;composition et de recomposition partielle qui ont vu s'effondrer deux partis de gouvernement : le Parti socialiste et la d&#233;funte UMP remplac&#233;e par des R&#233;publicains moribonds cependant que le parti de la minorit&#233; pr&#233;sidentielle demeure un agr&#233;gat composite et de circonstance susceptible de voler en &#233;clat lorsque Jupiter le Petit se rapprochera du terme de son second mandat. Les communistes, quant &#224; eux, poursuivent leur descente aux enfers et EELV demeurent fragiles et faibles ; leurs pi&#232;tres r&#233;sultats aux derni&#232;res &#233;lections europ&#233;ennes en t&#233;moignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs autres questions majeures demeurent pendantes et les r&#233;ponses apport&#233;es seront d&#233;terminantes pour la suite des &#233;v&#233;nements : soit le renforcement rapide du Nouveau front populaire, soit la victoire de la candidate du Rassemblement national lors des pr&#233;sidentielles de 2027 ; telle est, aujourd'hui, l'alternative la plus probable. Reste donc &#224; expliquer comment cette organisation a r&#233;ussi, au fil des ans, &#224; devenir, pour 37% des citoyen-ne-s de ce pays le parti des salari&#233;-e-s, du pouvoir d'achat, d'une fraction significative de la jeunesse, de la d&#233;fense des services publics et, inversion maligne plus improbable et plus terrible encore, le parti pr&#233;tendument philos&#233;mite que soutiennent d&#233;sormais de c&#233;l&#232;bres personnalit&#233;s juives et Amichai Chikli, ministre isra&#233;lien charg&#233; des Relations avec la diaspora et de la lutte contre l'antis&#233;mitisme. Le 1er juillet 2024, entre les deux tours des l&#233;gislatives, ce membre du Likoud, partisan du nettoyage ethnique de la bande de Gaza et de la colonisation de l'enclave, a d&#233;clar&#233; : il &#171; serait bon pour Isra&#235;l &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Le Monde, 10 juillet 2024.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que Marine Le Pen soit un jour &#233;lue pr&#233;sidente de la R&#233;publique. Reste &#224; expliquer, aussi, comment et pourquoi les forces de gauche, les organisations syndicales et les associations antiracistes de d&#233;fense des droits humains ont &#233;t&#233; incapables d'endiguer la progression continue du RN ? R&#233;pondre &#224; ces interrogations diverses fait partie des urgences de l'heure mais elles placent toutes celles et tous ceux qui entendent poursuivre la r&#233;sistance, pour tenter de la transformer en une offensive enfin victorieuse, devant une difficult&#233; majeure : il nous faut &#224; la fois prendre le temps de la r&#233;flexion et du bilan, pour &#233;laborer de fa&#231;on collective, unitaire, inclusive et d&#233;mocratique des solutions, et nous mobiliser au plus vite pour commencer &#224; lutter contre l'extr&#234;me-droite et l'extr&#234;me-droitisation des partis de gouvernement. Dirigeant-e-s du Nouveau front populaire, vos responsabilit&#233;s sont &#224; la hauteur des espoirs que vous avez suscit&#233;s : immenses. Attelez-vous d&#232;s maintenant &#224; ces t&#226;ches sans quoi, l'Histoire, dont vous vous r&#233;clamez, vous jugera et sa sentence sera terrible si vous &#233;chouez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Olivier Le Cour Grandmaison&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;, universitaire, dernier ouvrage paru : &lt;i&gt;Racismes d'Etat, Etats racistes. Une br&#232;ve histoire&lt;/i&gt;, &#233;ditions Amsterdam, 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le d&#233;dain n'&#244;te rien &#224; la col&#232;re ; il sera hideux, et il restera ridicule. Voil&#224; tout. L'histoire rit et foudroie &#187;, &#233;crivait Victor Hugo de Napol&#233;on III. Et l'auteur des &lt;i&gt;Mis&#233;rables&lt;/i&gt; ajoute : &#171; L'historien ne pourra que le mener &#224; la post&#233;rit&#233; par l'oreille. &#187; Toute ressemblance avec l'actuel chef de l'Etat serait &#233;videmment fortuite. &lt;i&gt;Napol&#233;on le Petit&lt;/i&gt;&#184; Le M&#233;jean, Actes Sud, 2007, p. 370.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la d&#233;gradation constante des libert&#233;s publiques en France depuis l'&#233;lection de Nicolas Sarkozy &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, cf., Fr. Sureau, &lt;i&gt;Sans la libert&#233;&lt;/i&gt;, Gallimard tracts, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &lt;i&gt;Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte&lt;/i&gt;, (1852), Paris, Les Editions sociales, 1968, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, entre autres, D. Gu&#233;rin, &lt;i&gt;Front Populaire, r&#233;volution manqu&#233;e ?&lt;/i&gt; (1963), Marseille, Agone, 2013 et &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/olivier-le-cour-grandmaison/blog/140316/front-populaire-et-mythologie-politique-l-oubli-des-colonises&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/olivier-le-cour-grandmaison/blog/140316/front-populaire-et-mythologie-politique-l-oubli-des-colonises&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 10 juillet 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Origines et mutations de la x&#233;nophobie d'&#201;tat : sur le cas fran&#231;ais</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1182</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1182</guid>
		<dc:date>2023-06-28T21:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Le Cour Grandmaison</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Accueil &#187; : un beau vocable, assur&#233;ment... Aujourd'hui galvaud&#233; parce que presque toujours employ&#233; en &#233;tant mis au service d'orientations publiques qui, contrairement aux affirmations de leurs promoteurs, sont fond&#233;es sur l'inhospitalit&#233; car elles sont destin&#233;es &#224; trier, &#224; refouler et &#224; d&#233;courager les &#233;tranger-e-s vis&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
La mythologie nationale-r&#233;publicaine et l'exceptionnalisme cocardier reposent, entre autres, sur cette croyance : la R&#233;volution et la D&#233;claration des droits de l'homme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Accueil &#187; : un beau vocable, assur&#233;ment... Aujourd'hui galvaud&#233; parce que presque toujours employ&#233; en &#233;tant mis au service d'orientations publiques qui, contrairement aux affirmations de leurs promoteurs, sont fond&#233;es sur l'inhospitalit&#233; car elles sont destin&#233;es &#224; trier, &#224; refouler et &#224; d&#233;courager les &#233;tranger-e-s vis&#233;s.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mythologie nationale-r&#233;publicaine et l'exceptionnalisme cocardier reposent, entre autres, sur cette croyance : la R&#233;volution et la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen du 24 juin 1793 ayant &#233;tabli &#8211; art. 120 &#8211; : &#171; le peuple fran&#231;ais (&#8230;) donne l'asile aux &#233;trangers bannis de leur patrie pour la cause de la libert&#233; &#187;, l'Hexagone serait ainsi devenu une douce terre d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conventionnels ont pos&#233; le principe ; au-del&#224; de diff&#233;rences certaines, leurs successeurs auraient poursuivi dans cette voie en faisant de ce pays l'expression &#171; d'une fraternit&#233; vivante &#187;. Si Jules Michelet, l'auteur de ces lignes, accorde une importance particuli&#232;re &#224; la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, il pr&#233;cise que cette tradition remarquable &#224; des origines plus prestigieuses encore. Selon lui, elles se trouvent dans la Rome antique et le christianisme ce qui explique la pr&#233;cocit&#233; des coutumes lib&#233;rales du pays. De &#171; Charlemagne &#187; &#224; &#171; Saint-Louis &#187;, &#171; de Louis XIV &#224; Napol&#233;on &#187;, la &#171; France de l'humanit&#233; &#187; a toujours &#233;t&#233; &#171; l'asile du monde &#187; o&#249; les hommes viennent se &#171; r&#233;fugier &#187; en avouant &#171; tacitement que c'est ici la patrie de l'universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Michelet, Le Peuple, (1846), Paris, GF-Flammarion, 1992, p. 229 et p. 228.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#233;crit-il en conclusion Admirable g&#233;n&#233;alogie, assur&#233;ment, ou comment un historien c&#233;l&#232;bre se fait mythologue de la grande nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1950, le fondateur de la science politique fran&#231;aise, Andr&#233; Siegfried, qui tout au long de sa brillante carri&#232;re a sond&#233; avec obstination l'&#226;me de nombreux peuples, leste cette antienne de consid&#233;rations politico-psychologiques. On d&#233;couvre ainsi que, fid&#232;le &#224; l'histoire de son pays, le &#171; Fran&#231;ais &#187; est un &#234;tre d'exception toujours pr&#234;t &#224; &#171; se faire le champion des droits de l'homme &#187; car, &#171; sans effort &#187;, il respecte l'autre &#171; quelle que soit sa classe, sa race &#187; et &#171; sa couleur. &#187; De l&#224; cette situation qui confirme la position exceptionnelle de la France : &#171; quand la personne humaine est menac&#233;e, quand les droits de l'individu, quand la libert&#233; de penser sont en p&#233;ril, c'est &#187; toujours vers elle &#171; qu'on se tourne.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Siegfried, L'Ame des peuples, Paris, Hachette, 1950, p. 76. Professeur &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile d'illustrer ces propositions g&#233;n&#233;rales par des exemples. Depuis longtemps &#233;tablis par de nombreux historiens, ces constats sont d&#233;sormais d'&#233;vidence et leur formulation &#224; dessein synth&#233;tique suffit pour leur conf&#233;rer le statut de v&#233;rit&#233; incontestable : l'Hexagone est le pays de la fraternit&#233;. Comme souvent, l'&#233;cholalie doxique a ceci de pr&#233;cieux qu'elle dispense ses adeptes de mobiliser des &#233;l&#233;ments factuels et pr&#233;cis &#224; l'appui de leurs assertions. La r&#233;p&#233;tition, ici renforc&#233;e par le prestige acad&#233;mique de son auteur, confirme la r&#233;alit&#233; de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ces opinions sont d'autant plus r&#233;pandues que les responsables politiques de tout bord n'ont de cesse de les r&#233;p&#233;ter pour accr&#233;diter la th&#232;se selon laquelle, en d&#233;pit d'une fermet&#233; jug&#233;e indispensable &#224; la d&#233;fense de l'ordre public, ils savent aussi faire preuve d'humanit&#233;. Gr&#226;ce &#224; eux, la France demeure ainsi une contr&#233;e accueillante. Des essayistes paresseux et press&#233;s, qui ignorent l'histoire des immigrations et des r&#233;fugi&#233;s, d&#233;bitent avec assurance les m&#234;mes lieux communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence des Etats-Unis qui, en proie &#224; la x&#233;nophobie et au racisme, &#233;rigent des murs pour emp&#234;cher les migrants d'Am&#233;rique latine d'acc&#233;der &#224; leur territoire, s&#233;parent les enfants des parents et soumettent les uns et les autres &#224; des pratiques indignes d'une grande d&#233;mocratie, l'Hexagone est fid&#232;le &#224; son &#171; art de vivre &#187; caract&#233;ris&#233; par &#171; la tol&#233;rance &#187;, &#171; la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Bruckner, Un Coupable presque parfait. La construction du bouc &#233;missaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et l'accueil qu'il accorde aux &#233;trangers, soutient le graphomane-id&#233;ologue Pascal Bruckner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accueil : un beau vocable, assur&#233;ment, aujourd'hui galvaud&#233; parce que presque toujours employ&#233; en &#233;tant mis au service d'orientations publiques qui, contrairement aux affirmations de leurs promoteurs, sont fond&#233;es sur l'inhospitalit&#233; car elles sont destin&#233;es &#224; trier, &#224; refouler et &#224; d&#233;courager les &#233;tranger-e-s vis&#233;s. Emond&#233; de sa fraternit&#233; ou plut&#244;t de son adelphit&#233; attach&#233;e &#224; sa signification initiale, le mot accueil est devenu un &#233;l&#233;ment de langage, qui n'engage &#224; rien, car sa fonction n'est plus de d&#233;signer de fa&#231;on ad&#233;quate la r&#233;alit&#233; mais de l'occulter ou de l'euph&#233;miser en faisant croire qu'elle est conforme &#224; ce qu'il sugg&#232;re. Politique est cette op&#233;ration de corruption du langage qui s'apparente &#224; de la propagande destin&#233;e &#224; travailler l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que R. Barthes a analys&#233;, en 1957, une &#171; grammaire africaine &#187;, entendue comme l'ensemble des vocables et des syntagmes mobilis&#233;s par le pouvoir pour &#233;voquer les &#171; &#233;v&#233;nements d'Alg&#233;rie &#187;, il existe aujourd'hui une grammaire et un vocabulaire officiels propres &#224; la politique mise en &#339;uvre &#224; l'encontre des immigr&#233;-e s et des demandeurs d'asile. Dans les deux cas, ce langage est &#171; charg&#233; (&#8230;) de donner &#224; un r&#233;el cynique &#187; et &#224; des consid&#233;rations opportunistes, &#171; la caution d'une morale noble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Barthes, &#171; Grammaire africaine. &#187; in Mythologies, op. cit., p. 137.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; pr&#233;tendument conforme aux valeurs r&#233;publicaines. Contre ces d&#233;voiements terminologiques, qui sont l'expression publique de d&#233;voiements id&#233;ologiques, il est indispensable de r&#233;tablir le sens des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique est ce dessein qui est aussi un acte de r&#233;sistance &#224; l'air du temps et &#224; l'alt&#233;ration du vocabulaire. Pour modeste qu'il soit, cet acte permet de rappeler ceci : l'accueil, indissociable de l'hospitalit&#233; dont il est la manifestation premi&#232;re, suppose d'accorder des &#233;gards et des regards, des attentions donc &#224; ceux qui se pr&#233;sentent. Gr&#226;ce &#224; ces civilit&#233;s et &#224; quelques paroles &#233;chang&#233;es, ils sont reconnus comme des semblables et, &lt;i&gt;bienvenus&lt;/i&gt;, ils deviennent ainsi les h&#244;tes de leurs h&#244;tes puisque ce mot d&#233;signe &#224; la fois celui qui est accueilli et celui qui accueille. De plus, l'&#233;tymologie en atteste, &lt;i&gt;hostire&lt;/i&gt; signifie aussi &#233;galiser, et tous s'appr&#233;hendent comme des &#233;gaux unis par les liens qui viennent d'&#234;tre &#233;tablis ; les uns b&#233;n&#233;ficiant de l'hospitalit&#233; accord&#233;e, les autres l'offrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ethique est cette hospitalit&#233; pratiqu&#233;e par celles et ceux qui aident les &#171; sans-papiers &#187; et les migrants, et prennent soin d'eux. Elle est aussi politique : secourir, loger et nourrir ces &#233;trangers, les soutenir dans le d&#233;dale des d&#233;marches multiples qui leur sont impos&#233;es &#224; dessein et exiger leur r&#233;gularisation, c'est se dresser contre les repr&#233;sentations dominantes, les orientations de l'Etat et les pouvoirs exorbitants de nombreuses administrations. Dans le champ politique et juridique, l'accueil exige d'assurer aux immigr&#233;s et aux demandeurs d'asile des conditions d'existence humaines et dignes, et de faire droit &#224; leurs requ&#234;tes diverses. C'est &#224; cette aune qu'il faut appr&#233;cier l'histoire des r&#233;fugi&#233;-e-s et la situation qui est aujourd'hui la leur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ancienne est cette histoire. M&#234;me si elle ne d&#233;bute pas le 12 novembre 1938, cette date n'en est pas moins un tournant majeur. Pour la premi&#232;re fois dans l'Hexagone, un d&#233;cret-loi du gouvernement Daladier, &#233;labor&#233; par les services du ministre de l'Int&#233;rieur, Albert Sarraut, qui fut gouverneur g&#233;n&#233;ral de l'Indochine et plusieurs fois ministre des Colonies, &#233;tend l'internement administratif aux &#233;trangers apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; appliqu&#233; aux &#171; indig&#232;nes &#187; des possessions fran&#231;aises. Bien plac&#233; pour savoir ce qu'il en est de la l&#233;gislation coloniale, ce responsable politique invoque, classiquement les imp&#233;ratifs de la &#171; s&#233;curit&#233; nationale &#187; et de la &#171; protection de l'ordre public &#187; pour justifier le recours &#224; cette mesure administrative que la majorit&#233; des juristes sait &#234;tre d'exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, il est possible de placer les &#233;trangers, qualifi&#233;s &#171; d'ind&#233;sirables &#187; et alors qu'ils n'ont viol&#233; aucune disposition, dans des camps nomm&#233;s &#171; centres sp&#233;cialis&#233;s &#187;. V&#233;ritable &#171; loi des suspects&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Peschanski, La France des camps. L'internement 1938-1946, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, note l'historien D. Peschanski, puisque les causes de l'internement ne sont pas li&#233;es &#224; la commission d'un d&#233;lit ou d'un crime mais &#224; la seule condition d'&#233;tranger dont la dangerosit&#233; est index&#233;e sur le nombre et/ou sur des opinions politiques, r&#233;elles ou imput&#233;es. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, et plus encore &#224; la suite de la crise de 1929, beaucoup de sp&#233;cialistes, comme Georges Mauco, et de responsables estiment que l'immigration, souvent d&#233;crite comme une invasion, est la source de maux multiples et graves qui nuisent &#171; &#224; la raison, &#224; l'esprit de finesse, &#224; la prudence et au sens de la mesure qui caract&#233;risent le Fran&#231;ais&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Mauco, Les Etrangers en France. Leur r&#244;le dans les activit&#233;s &#233;conomiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Il fallait donc agir ; c'est maintenant chose faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939, les premi&#232;res victimes de l'internement administratif sont les 450 000 r&#233;publicains de l'Etat espagnol qui, fuyant les troupes du g&#233;n&#233;ral Franco, ont gagn&#233; l'Hexagone o&#249; ils sont presque aussit&#244;t regroup&#233;s dans les camps de Saint-Cyprien, d'Argel&#232;s et de Gurs, notamment. Entre f&#233;vrier et juillet 1939, 15 000 d'entre eux meurent &#224; cause de conditions sanitaires et alimentaires d&#233;plorables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. J. Bartoli, L. Garcia, G. Bartoli, La Retirada : exode et exil des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour diverses raisons, li&#233;es entre autres &#224; la situation catastrophique de ces camps largement improvis&#233;s, plus de 300 000 de ces r&#233;fugi&#233;s regagnent leur pays d'origine et plusieurs dizaines de milliers d&#233;cident, compte tenu des traitements auxquels ils ont &#233;t&#233; soumis en France, de poursuivre leur p&#233;riple vers le Mexique, la R&#233;publique dominicaine et le Chili. Autant d'&#233;v&#233;nements o&#249; s'affirme non une politique d'accueil mais &lt;i&gt;une x&#233;nophobie &#233;litaire devenue politique publique et x&#233;nophobie d'Etat&lt;/i&gt;. En 1940, puis au cours de la Seconde Guerre mondiale, le r&#233;gime de Vichy a maintenu, utilis&#233; et parfois durci les dispositions adopt&#233;es sous la Troisi&#232;me R&#233;publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Weil, Qu'est-ce qu'un Fran&#231;ais ? Histoire de la nationalit&#233; fran&#231;aise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit mais la Lib&#233;ration, le r&#233;tablissement des institutions r&#233;publicaines et le pr&#233;ambule de la constitution du 27 octobre 1946 ont permis de rompre avec ces politiques et de r&#233;affirmer ce principe : &#171; tout homme pers&#233;cut&#233; en raison de son action en faveur de la libert&#233; a droit d'asile sur les territoires de la R&#233;publique. &#187; Fort de ce texte et d'exemples c&#233;l&#232;bres : l'accueil des r&#233;fugi&#233;s chiliens apr&#232;s le coup d'Etat de Pinochet le 11 septembre 1973, des Argentins pour des raisons identiques : l'instauration de la dictature par le g&#233;n&#233;ral Videla le 24 mars 1976&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. N. Prognon, &#171; R&#233;alit&#233;s sociologiques et politiques des exil&#233;s chiliens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et enfin l'accueil des &#171; boat people &#187;, des Vietnamiens et des Cambodgiens principalement en 1979, mythologues et gouvernants soutiennent que ce sont l&#224; autant de preuves de la fid&#233;lit&#233; de la France &#224; ses glorieuses traditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est rien ; il s'agit d'exceptions qui confirment la r&#232;gle d'une inhospitalit&#233; d'Etat momentan&#233;ment suspendue en raison d'une conjoncture internationale et nationale particuli&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;128 000 &#171; boat people &#187; sont reconnus de fa&#231;on quasi automatique par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; preuve, cette &#8220;g&#233;n&#233;rosit&#233;&#8221; publique fut limit&#233;e &#224; des cat&#233;gories sp&#233;cifiques de r&#233;fugi&#233;s puisqu'elle s'est conjointe avec le rejet massif des demandes d'asile d&#233;pos&#233;es par des ressortissants africains qui sont d&#233;bout&#233;s &#224; 95%&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Valluy, Rejet des exil&#233;s. Le grand retournement de l'asile, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble r&#233;v&#232;le l'existence d'un double standard politique et juridique qui conduit &#224; l'application d'orientations lib&#233;rales et quelquefois soucieuses de l'accueil pour les &#8220;bons&#8221; r&#233;fugi&#233;s et les &#8220;bons&#8221; &#233;trangers &#8211; les Europ&#233;ens principalement &#8211; sur fond &#171; d'arri&#232;re-pens&#233;e nataliste &#187;, cependant que des mesures restrictives sont appliqu&#233;es &#224; l'encontre des Noirs et des Maghr&#233;bins. Eux subissent &#171; s&#233;gr&#233;gation et rejet, dans la plus pure tradition du racisme colonial&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Guattari, &#171; Non &#224; la France de l'Apartheid. &#187; in Les Ann&#233;es d'Hiver (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#233;crit F&#233;lix Guattari en 1981 qui souligne ainsi certaines continuit&#233;s entre le traitement impos&#233; moins de vingt ans plus t&#244;t aux &#171; Fran&#231;ais musulmans d'Alg&#233;rie &#187; et aux Africains, et celui dont sont toujours victimes les jeunes fran&#231;ais et les &#233;trangers issus des anciens territoires de l'empire. Arbitraire administratif et policier, violences des forces de l'ordre, discriminations, stigmatisation et expulsions sont leur lot quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; le confirme. Pour la premi&#232;re fois depuis sa cr&#233;ation par une directive de l'Union europ&#233;enne du 20 juillet 2001, la protection temporaire a &#233;t&#233; appliqu&#233;e aux r&#233;fugi&#233;s ukrainiens. Elabor&#233;e dans les ann&#233;es qui ont suivi la guerre en Yougoslavie, cette directive &#233;tablit une &#171; proc&#233;dure exceptionnelle &#187; destin&#233;e &#224; faire face &#224; un &#171; afflux massif, actuel ou imminent de personnes d&#233;plac&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;et les articles R 581-1 &#224; R 581-19 du Code de l'entr&#233;e et du s&#233;jour des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; en leur accordant une protection et de nombreuses pr&#233;rogatives. Droit au s&#233;jour, qui se concr&#233;tise par la d&#233;livrance imm&#233;diate d'un document attestant la situation r&#233;guli&#232;re de son titulaire, droit &#224; l'allocation de demandeur d'asile, au travail, &#224; l'h&#233;bergement, &#224; un accompagnement social, &#224; la scolarit&#233; pour les enfants et &#224; une formation linguistique, telles sont les pr&#233;rogatives principales accord&#233;es aux personnes concern&#233;es. L'ensemble d&#233;roge &#224; la proc&#233;dure normale de l'asile qui est beaucoup plus longue et complexe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En France, les demandes d'asile sont d'abord examin&#233;es par l'OFPRA. En cas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 3 mars 2022, le conseil des ministres de l'UE se prononce, &#224; l'unanimit&#233;, en faveur de l'application de la directive pr&#233;cit&#233;e aux Ukrainiens qui fuient leur pays en raison du conflit d&#233;clench&#233; par la Russie. Trois millions d'entre eux b&#233;n&#233;ficient ainsi de la protection temporaire. En France, le gouvernement et le ministre de l'Int&#233;rieur, qui appliquent des dispositions toujours plus dures &#224; l'endroit des immigr&#233;s et des demandeurs d'asile originaires de pays non-europ&#233;ens, ont fait de l'accueil des r&#233;fugi&#233;s ukrainiens un devoir national. De m&#234;me les R&#233;publicains et plusieurs dirigeants des extr&#234;mes-droites : M. Le Pen et N. Dupont-Aignan. De l&#224; un consensus aussi remarquable qu'exceptionnel, et une mobilisation sans pr&#233;c&#233;dent des pouvoirs publics, des pr&#233;fets, des maires et de la SNCF qui a d&#233;cid&#233; d'accorder &#224; celles et ceux qui jouissent de la protection temporaire la gratuit&#233; des voyages afin que le pays soit &#171; au rendez-vous de sa tradition humaniste du droit d'asile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France-Info TV, 4 mars 2022. Distinguant les r&#233;fugi&#233;s europ&#233;ens des autres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, a aussi d&#233;clar&#233; Val&#233;rie P&#233;cresse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Triomphe de la France terre d'accueil ? Nouvelle exception qui confirme la r&#232;gle, acm&#233; de la double pens&#233;e, de l'ethnocentrisme et du privil&#232;ge europ&#233;en ; tous assum&#233;s sans fard par de nombreux responsables qui justifient leur position en vantant la proximit&#233; civilisationnelle des Ukrainiens et leurs capacit&#233;s d'int&#233;gration pour mieux alt&#233;riser, de fa&#231;on implicite ou explicite, les migrants et les demandeurs d'asile venus des &#171; Sud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, en raison de la mobilisation d&#233;magogique et obsc&#232;ne de quelques faits divers, ils sont pr&#233;sent&#233;s comme la source de troubles majeurs &#224; l'ordre public ce qui l&#233;gitime l'inhospitalit&#233; et la x&#233;nophobie d'Etat dont ils sont victimes et entretient une politique sp&#233;culant ouvertement sur la peur. Pendant que les &#233;lites politiques de tout bord vantent la solidarit&#233; nationale accord&#233;e aux Ukrainiens, la traque des &#171; clandestins &#187;, leur pr&#233;carisation et le d&#233;mant&#232;lement des campements de fortune continuent. Le ni&#232;me projet de r&#233;forme relatif &#224; l'immigration et aux demandeurs d'asile, souhait&#233; par Emmanuel Macron, soutenu par Elisabeth Borne et pr&#233;par&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur, doit &#234;tre analys&#233; comme l'aggravation et la radicalisation de cette politique destin&#233;e, entre autres, &#224; satisfaire les R&#233;publicains et des fractions de l'&#233;lectorat courtis&#233;es par les uns et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indiff&#233;rence toujours et plus terrible encore &#224; l'endroit des 25 000 morts et disparus en M&#233;diterran&#233;e lors de ces derni&#232;res ann&#233;es, selon les chiffres communiqu&#233;s par le HCR. Il faut y ajouter entre 7000 et 12000 victimes de naufrages au cours de la travers&#233;e entre l'archipel des Comores et le d&#233;partement fran&#231;ais de Mayotte.. Terribles politiques publiques des Etats de l'Union europ&#233;enne. Quant &#224; la France, elle n'occupe que la 11&#232;me position pour le nombre de r&#233;fugi&#233;s statutaires r&#233;sident sur son territoire. En effet, le taux de protection synth&#233;tique, r&#233;unissant l'ensemble des d&#233;cisions positives prises par l'OFPRA et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), est de 39%&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pourcentage &#233;tabli par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur suite aux &#233;l&#233;ments (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; alors que la moyenne europ&#233;enne s'&#233;l&#232;ve &#224; 51,9% pour l'ann&#233;e 2021.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, la mobilisation de moyens mat&#233;riels, financiers et humains cons&#233;quents, et des aides de l'Etat aux personnes logeant des Ukrainiens, de l'autre, la x&#233;nophobie, le n&#233;o-racisme culturaliste et diff&#233;rentialiste, et l'islamophobie tracent, au c&#339;ur du genre humain, des fronti&#232;res juridiques, administratives et polici&#232;res qui favorisent des pratiques arbitraires et s&#233;parent les Europ&#233;ens, dignes d'&#234;tre prot&#233;g&#233;s, des &#233;trangers &#171; ind&#233;sirables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il s'est pass&#233;, il y a treize ans le confirme. Alors que 6,6 millions de Syriens fuyaient leur pays d'origine pour &#233;chapper aux pers&#233;cutions politiques, &#224; la torture, aux disparitions forc&#233;es, aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanit&#233; commis par le r&#233;gime de Bachar al-Assad, nulle protection temporaire ne leur a &#233;t&#233; accord&#233;e. La moiti&#233; de ces exil&#233;s r&#233;side en Turquie, pays qui compte le plus grand nombre de r&#233;fugi&#233;s au monde, et 1,5 million sont install&#233;s au Liban ce qui repr&#233;sente 30% de la population totale. Selon le bilan &#233;tabli par le Haut-Commissariat aux R&#233;fugi&#233;s (HCR) de l'Onu, 90% d'entre eux vivent dans une extr&#234;me pauvret&#233; et sont priv&#233;s de l'acc&#232;s aux services essentiels tels que l'eau, la sant&#233; et le logement. Enfin, rappelons que les quatre premiers pays &#224; accueillir des r&#233;fugi&#233;s se trouvent dans les &#171; Sud &#187; et 86% des personnes ayant fui leur contr&#233;e d'origine vivent dans des Etats dits en voie de d&#233;veloppement alors que la proportion de r&#233;fugi&#233;s au sein de l'Union europ&#233;enne n'est que de 0,6%&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre la Turquie, d&#233;j&#224; cit&#233;e, cela concerne par ordre d&#233;croissant, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinistre triomphe d'un &#171; pseudo-humanisme &#187; qui, sauf exception, se limite au Vieux continent, rapetisse &#171; les droits de l'homme &#187; pour en proposer une version &#171; &#233;troite, parcellaire, partielle et partiale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. C&#233;saire, Discours sur le colonialisme, Paris, Pr&#233;sence Africaine, 1994, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ecrites par Aim&#233; C&#233;saire en 1955, ces lignes sont toujours d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier Le Cour Grandmaison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Michelet, &lt;i&gt;Le Peuple&lt;/i&gt;, (1846), Paris, GF-Flammarion, 1992, p. 229 et p. 228.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Siegfried, &lt;i&gt;L'Ame des peuples&lt;/i&gt;, Paris, Hachette, 1950, p. 76. Professeur &#224; l'Ecole libre des sciences politiques avant 1945, Siegfried (1875-1959) est aussi membre du Coll&#232;ge de France et de l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques. Elu &#224; l'Acad&#233;mie fran&#231;aise en 1944, il devient pr&#233;sident de la Fondation nationale des sciences politiques un an plus tard, de l'association fran&#231;aise de science politique (1949) et du comit&#233; de r&#233;daction de la &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de science politique&lt;/i&gt; (1951). Exceptionnalisme hexagonal et mythologie encore sous la plume assur&#233;e de O. Mannoni qui &#233;crit : &#171; La France est indiscutablement un des pays les moins racistes au monde. &#187; &lt;i&gt;Psychologie de la colonisation&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1950, p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Bruckner, &lt;i&gt;Un Coupable presque parfait. La construction du bouc &#233;missaire blanc&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 2020 ; p. 225 et 304. Il adresse donc cet appel aux &#171; Am&#233;ricains (&#8230;) qui ne supportent plus l'atmosph&#232;re carc&#233;rale de leur pays &#187; : qu'ils viennent en France, ils pourront y &#171; respirer l'air de la libert&#233; &#187;. Cela n'emp&#234;che nullement le m&#234;me, &#224; l'instar des extr&#234;mes-droites et des R&#233;publicains, d'estimer qu'il &#171; faudra un jour aborder sans tabou la question du regroupement familial et du droit du sol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Barthes, &#171; Grammaire africaine. &#187; &lt;i&gt;in Mythologies, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Peschanski, &lt;i&gt;La France des camps. L'internement 1938-1946&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2002, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Mauco, &lt;i&gt;Les Etrangers en France. Leur r&#244;le dans les activit&#233;s &#233;conomiques&lt;/i&gt;, Paris, A. Colin, 1932, p. 558. Suite &#224; la publication de ce livre, Mauco (1899-1988) est nomm&#233; secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; fran&#231;ais de la population, trois ans plus tard, secr&#233;taire de l'Union internationale pour l'&#233;tude scientifique des probl&#232;mes de population. De janvier &#224; mars 1938, il est membre du cabinet de Ph. Serre, sous-secr&#233;taire d'Etat charg&#233; des services de l'immigration et des &#233;trangers. En d&#233;pit de sa collaboration, jusqu'en 1943, &#224; la revue x&#233;nophobe, raciste et antis&#233;mite &lt;i&gt;L'Ethnie fran&#231;aise&lt;/i&gt;, Mauco poursuit brillamment sa carri&#232;re. De la Lib&#233;ration &#224; 1970, il est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Haut Comit&#233; consultatif de la population et de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. J. Bartoli, L. Garcia, G. Bartoli, &lt;i&gt;La Retirada : exode et exil des r&#233;publicains d'Espagne&lt;/i&gt;, Le M&#233;jan, Actes Sud, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Weil, &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un Fran&#231;ais ? Histoire de la nationalit&#233; fran&#231;aise depuis la R&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 2002, p. 87 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. N. Prognon, &#171; R&#233;alit&#233;s sociologiques et politiques des exil&#233;s chiliens en France. &#187; in &lt;i&gt;Hommes &amp; Migrations&lt;/i&gt;, n&#176;1305, 2014/1, pp. 25-31 et M. Franco, &#171; Les Argentins et la France des ann&#233;es 1970. Droits de l'homme et solidarit&#233;. &#187; in &lt;i&gt;Hommes &amp; Migrations&lt;/i&gt;, n&#176;1270, novembre-d&#233;cembre 2007, pp. 20-31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;128 000 &#171; boat people &#187; sont reconnus de fa&#231;on quasi automatique par l'OFPRA, &#233;crit K. Meslin, qui pr&#233;cise : ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; &#171; d'un accueil d'exception accompagn&#233; de discours emphatiques &#187; tenus par de nombreux responsables politiques. &#171; Accueil des boat people : une mobilisation politique atypique. &#187; in &lt;i&gt;Plein Droit&lt;/i&gt;, n&#176; 70, octobre 2006, p. 38. Cf., de la m&#234;me autrice, &lt;i&gt;R&#233;fugi&#233;s du M&#233;kong. Cambodgiens, Laotiens et Vietnamiens en France&lt;/i&gt;, Bordeaux, Editions du D&#233;tour, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Valluy, &lt;i&gt;Rejet des exil&#233;s. Le grand retournement de l'asile&lt;/i&gt;, Bellecombe-en-Bauges, Le Croquant, 2009, p. 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;F. Guattari, &#171; Non &#224; la France de l'Apartheid. &#187; in &lt;i&gt;Les Ann&#233;es d'Hiver 1980-1985&lt;/i&gt;, Paris, Les Prairies ordinaires, 2009, p. 285.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32001L0055&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A32001L0055&lt;/a&gt; et les articles R 581-1 &#224; R 581-19 du Code de l'entr&#233;e et du s&#233;jour des &#233;trangers et du droit d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En France, les demandes d'asile sont d'abord examin&#233;es par l'OFPRA. En cas de rejet, les requ&#233;rant-e-s peuvent saisir la Cour nationale du droit d'asile qui statut de nouveau. L'ensemble de la proc&#233;dure peut durer des mois voire des ann&#233;es dans certains cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;France-Info TV, 4 mars 2022. Distinguant les r&#233;fugi&#233;s europ&#233;ens des autres, suspect&#233;s d'abuser des proc&#233;dures existantes, V. Pr&#233;cresse propose que les seconds fassent leur demande d'asile &#171; &#224; la fronti&#232;re &#187; et dans &#171; les ambassades &#187; de France des pays d'origine. A la question, faut-il accueillir les Ukrainiens ? M. Le Pen r&#233;pond : &#171; bien s&#251;r &#187; cependant que le maire Rassemblement national de Perpignan, L. Alliot, d&#233;clare : &#171; patriotes de tous les pays, unissez-vous. Il y a une dimension de fraternit&#233; avec des gens qui se battent pour sauver leur pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pourcentage &#233;tabli par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur suite aux &#233;l&#233;ments chiffr&#233;s et statistiques communiqu&#233;s par l'OFPRA et la CNDA. En 2021, 120 685 demandes d'asile ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es en France. Eu &#233;gard &#224; la population totale, le ratio est de 0, 18%.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Outre la Turquie, d&#233;j&#224; cit&#233;e, cela concerne par ordre d&#233;croissant, la Colombie, l'Ouganda et le Pakistan. Sources : HCR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. C&#233;saire, &lt;i&gt;Discours sur le colonialisme&lt;/i&gt;, Paris, Pr&#233;sence Africaine, 1994, p. 12-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Massacres du 17 octobre 1961 : De la connaissance &#224; la reconnaissance ? Br&#232;ves remarques</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1037</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1037</guid>
		<dc:date>2021-10-16T10:25:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Le Cour Grandmaison</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Soixante ans apr&#232;s les massacres du 17 octobre 1961, il est a priori singulier d'avoir &#224; en rappeler les causes et les cons&#233;quences, les responsables et les diverses raisons qui ont longtemps favoris&#233; l'occultation et l'oubli de ce crime d'Etat. Une telle situation &#233;claire d'un jour singulier la fa&#231;on dont ce dernier a tout d'abord &#233;t&#233; oblit&#233;r&#233; par le d&#233;ni et le mensonge imm&#233;diatement forg&#233; par les pouvoirs publics pour r&#233;pondre aux accusations d&#233;vastatrices formul&#233;es par certains (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soixante ans apr&#232;s les massacres du 17 octobre 1961, il est &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; singulier d'avoir &#224; en rappeler les causes et les cons&#233;quences, les responsables et les diverses raisons qui ont longtemps favoris&#233; l'occultation et l'oubli de ce crime d'Etat. Une telle situation &#233;claire d'un jour singulier la fa&#231;on dont ce dernier a tout d'abord &#233;t&#233; oblit&#233;r&#233; par le d&#233;ni et le mensonge imm&#233;diatement forg&#233; par les pouvoirs publics pour r&#233;pondre aux accusations d&#233;vastatrices formul&#233;es par certains contemporains, puis minimis&#233; ensuite par diverses strat&#233;gies discursives caract&#233;ris&#233;es par l'euph&#233;misation et la pusillanimit&#233; des autorit&#233;s fran&#231;aises et des principales formations politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assez classique situation, en v&#233;rit&#233;, lorsque l'Etat commet ce type de crimes o&#249; se conjoignent des dispositions et des pratiques racistes, et des &#171; m&#233;thodes de terreur de masse &#187; ; toutes violant de fa&#231;on radicale les principes d&#233;mocratiques dont cet Etat se r&#233;clame. D'abord &#171; instaur&#233;es &#224; Alger par le g&#233;n&#233;ral Massu et les colonels Godard et Trinquier &#187;, ces m&#233;thodes &#171; ont &#233;t&#233; transplant&#233;es &#224; Paris &#187; par &#171; les tortionnaires de M. Papon. &#187; &#171; La Seine &#187; en t&#233;moigne, puisqu'elle &#171; charrie des noy&#233;s qui &#233;voquent les noy&#233;s de la baie d'Alger, les &#8220;crevettes du colonel Bigeard&#8221;. &#187; Quant aux rafles r&#233;alis&#233;es par les forces de l'ordre et au &#171; Palais des sports &#187;, o&#249; des milliers de manifestants ont &#233;t&#233; retenus dans des conditions atroces et tu&#233;s parfois &#224; &#171; coups de crosse &#187;, ils rappellent le &#171; &#8220;Vel d'hiv&#8221; de 1942. Les Alg&#233;riens ont &#233;t&#233; traqu&#233;s comme des b&#234;tes, et la chasse au faci&#232;s a remplac&#233; la recherche de la circoncision. &#187; De m&#234;me au Parc des Expositions o&#249; les interpell&#233;s ont &#233;t&#233; &#8220;accueillis&#8221; par les policiers &#224; &#171; coups de matraque &#187; et &#171; de nerf de b&#339;uf &#187;, puis longtemps laiss&#233;s sans soin ni nourriture. Identifi&#233;s comme des &#171; meneurs &#187;, parce qu'ils ont cherch&#233; &#224; &#171; faire des discours &#187;, certains ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s sommairement, reconnaissent des fonctionnaires de police.&lt;br class='autobr' /&gt;
Analyses et jugements r&#233;trospectifs que gr&#232;vent une indigne indignation, des approximations, des termes excessifs et une comparaison que certains jugeront scandaleuse ? Nullement. Ces diff&#233;rentes citations sont extraites du num&#233;ro de &lt;i&gt;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;&lt;/i&gt; paru au mois de novembre 1961. Assez br&#232;ve, &#8211; huit pages &#8211;, cette publication n'en est pas moins un document toujours exceptionnel par la diversit&#233;, la densit&#233; et la pr&#233;cision des informations qu'elle contient. On y apprend beaucoup sur ces massacres, sur les connaissances qu'en avaient celles et ceux qui ont particip&#233; d'une fa&#231;on ou d'une autre &#224; la r&#233;daction des contributions r&#233;unies, et sur les analyses qu'ils ont &#233;labor&#233;es pour rendre compte de ce qu'ils savaient &#234;tre des &#233;v&#233;nements particuli&#232;rement meurtriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la suite de t&#233;moignages nombreux, d&#233;taill&#233;s et circonstanci&#233;s, et d'articles tr&#232;s document&#233;s sur ce qu'il s'est pass&#233; en divers lieux de la capitale, on d&#233;couvre aussi dans ce num&#233;ro des &#171; Remarques finales &#187; r&#233;dig&#233;es par l'historien Pierre Vidal-Naquet. Membre du comit&#233; de r&#233;daction, il constate que si les violences commises par la police en ce mois d'octobre ne sont pas nouvelles, elles se caract&#233;risent n&#233;anmoins par leur &#171; ampleur &#187;. Aussi n'h&#233;site-t-il pas &#224; les qualifier de &#171; massacre &#187; en rappelant que depuis &#171; l'&#233;t&#233; 1961 &#187;, il &#171; est &#224; peu pr&#232;s certains que plusieurs centaines d'Alg&#233;riens ont disparu dans la r&#233;gion parisienne. &#187; De son c&#244;t&#233;, la revue &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt;, saisie pour avoir publi&#233; un article mettant en cause les &#171; proc&#233;d&#233;s de M. Papon &#187;, note : &#171; Pogrom : le mot, jusqu'ici, ne se traduisait pas en fran&#231;ais. Par la gr&#226;ce du pr&#233;fet Papon, sous la Cinqui&#232;me R&#233;publique, cette lacune est combl&#233;e : n&#233;e &#224; Alger, la &#8220;ratonnade&#8221; s'installe &#187; dans la capitale. Intitul&#233; &#171; La Bataille de Paris &#187;, le m&#234;me article d&#233;nonce les &#171; raids de harkis &#187;, le &#171; lynchage organis&#233; &#187; des Alg&#233;riens et, le 17 octobre, les &#171; flics &#187; l&#226;ch&#233;s comme des &#171; chiens pour la cur&#233;e &#187; par &#171; le pr&#233;fet qui ordonne, le ministre qui autorise &#187; et le &#171; gouvernement qui couvre l'ignoble d&#233;cha&#238;ne- ment du racisme.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;, n&#176; 13, novembre 61, p.1 et 7. L'article des Temps modernes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce racisme que stigmatise aussi l'&#171; Appel au peuple fran&#231;ais &#187; r&#233;dig&#233; par la F&#233;d&#233;ration de France du FLN, en date du 18 octobre. A preuve, le &#171; couvre-feu sp&#233;cial &#187; impos&#233; depuis le 5 octobre aux seuls Alg&#233;riens par Maurice Papon, qui &#171; se pr&#233;pare &#224; une nouvelle bataille d'Alger &#187;, les &#171; ratissages monstres &#187; et &#171; l'effusion du sang&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Appel au peuple fran&#231;ais &#187;, Front de Lib&#233;ration Nationale. F&#233;d&#233;ration de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; des manifestants. Enfin, pour souligner plus encore le caract&#232;re scandaleux des massacres, Paul Thibaud note : &#171; sur les manifestations, sur le caract&#232;re massif, sur le calme, la dignit&#233;, la &#8220;non-violence&#8221; des participants, on a tout dit. &#187; Point de vue minoritaire et partisan ? Il n'en est rien. Pour beaucoup, c'est une &#233;vidence &#233;tay&#233;e sur des faits observ&#233;s par de nombreux journalistes travaillant pour des quotidiens tr&#232;s divers. En attestent les lignes suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; De &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;France-Soir&lt;/i&gt;, &#187; tous le &#171; confirment : les manifestants &#233;taient disciplin&#233;s, pacifiques, ils se laissaient arr&#234;ter sans r&#233;sistance ; (&#8230;) aucune arme ne fut trouv&#233;e sur les Alg&#233;riens.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;, op. cit. , p.7.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Relativement au mensonge d'Etat tr&#232;s vite &#233;labor&#233; par les autorit&#233;s publiques, n'oublions pas la tr&#232;s docile majorit&#233; du conseil municipal de Paris. Elle apporte une contribution remarquable et significative &#224; cette op&#233;ration en votant &#171; une motion de f&#233;licitations &#224; la police. &#187; Soutenir et absoudre les forces de l'ordre, et participer ainsi &#224; la n&#233;gation des crimes commis pour mieux d&#233;fendre Maurice Papon, le pouvoir en place et les moyens mis en &#339;uvre pour combattre les nationalistes alg&#233;riens et les nombreux &#171; immigr&#233;-e-s &#187; qui ont manifest&#233;, tels sont les objectifs de ce texte. Il est &#233;galement une fin de non-recevoir adress&#233;e &#224; celles et ceux qui exigent que toute la lumi&#232;re soit faite. Rappelons aussi la suggestion et les propos de l'un des membres de ce conseil municipal, Alex Moscovitch&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Membre des Forces Fran&#231;aises Libres, pendant la Seconde Guerre mondiale, A. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui se d&#233;clare favorable au &#171; rembarquement de tous les Alg&#233;riens. &#187; Apr&#232;s les rafles, les ex&#233;cutions sommaires et les noyades, les expulsions collectives doivent permettre de poursuivre la lutte contre les militants du FLN et ceux qui les soutiennent. Le 27 octobre, alors que Claude Bourdet, directeur de &lt;i&gt;France Observateur&lt;/i&gt;, demande aux &#233;lus de la capitale la mise en place d'une commission d'enqu&#234;te, le m&#234;me fait cette r&#233;ponse publique : &#171; Quant au probl&#232;me de couler les bateaux, ce n'est pas du ressort du conseil municipal. &#187; Voil&#224; qui en dit long sur l'&#233;tat d'esprit pogromiste de certains et sur l'impunit&#233; remarquable dont ils jouissent dans le champ politique puisque l'auteur de cette r&#233;partie a tranquillement poursuivi sa carri&#232;re dans l'institution parisienne comme au sein de son organisation, l'Union pour la nouvelle R&#233;publique (UNR) fond&#233;e en octobre 1958 pour soutenir l'action du g&#233;n&#233;ral de Gaulle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Longuement cit&#233;s &#224; dessein pour ne pas laisser croire qu'il s'agit de textes mineurs r&#233;dig&#233;s par des auteurs marginaux et obscurs, les diff&#233;rents articles mentionn&#233;s permettent d'&#233;tablir ceci : en d&#233;pit de la censure, des intimidations et des menaces, les contemporains, qui souhaitaient s'informer sur les agissements des fonctionnaires de police, le r&#244;le de Maurice Papon et l'ampleur des violences extr&#234;mes employ&#233;es avant, pendant et parfois apr&#232;s les rassemblements du 17 octobre 1961, ont r&#233;ussi &#224; obtenir des informations nombreuses et fiables leur permettant de brosser un tableau d&#233;j&#224; fort pr&#233;cis de la situation. Gr&#226;ce &#224; des &#171; t&#233;moignages &#187;, des &#171; dossiers &#187; et des &#171; photos, atroces et accablants &#187;, ils ont pris la mesure du &#171; terrorisme policier &#187; &#224; l'&#339;uvre &#8211; l'expression est de Pierre Vidal-Naquet &#8211; et de ses cons&#233;quences catastrophiques pour les Alg&#233;riens. Aussi, apr&#232;s avoir v&#233;rifi&#233;s nombre de faits port&#233;s &#224; leur connaissance, n'ont-ils pas h&#233;sit&#233; &#224; les qualifier de &#171; crime &#187; et de &#171; massacre &#187;, et souhait&#233;, en vain, que leurs auteurs, le pr&#233;fet et le ministre de l'Int&#233;rieur, Roger Frey, soient jug&#233;s. Le premier par une &#171; cour d'assises &#187;, le second par la &#171; haute cour.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;, op. cit. , p.1.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
A cela s'ajoutent d'autres t&#233;moignages, multiples, pr&#233;cis et circonstanci&#233;s rassembl&#233;s par Paulette P&#233;ju dans ses ouvrages publi&#233;s la m&#234;me ann&#233;e gr&#226;ce au courage et &#224; l'engagement de Fran&#231;ois Maspero. &lt;i&gt;Les Harkis &#224; Paris&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ratonnades &#224; Paris&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. P&#233;ju, Les Harkis &#224; Paris et Ratonnades &#224; Paris, Fran&#231;ois Maspero, 1961, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; permettent d'&#233;tablir eux aussi que la torture fut commun&#233;ment pratiqu&#233;e &#224; l'encontre des &#171; Fran&#231;ais Musulmans d'Alg&#233;rie &#187; arr&#234;t&#233;s et suspect&#233;s d'appartenir au FLN. De m&#234;me le recours aux ex&#233;cutions sommaires et aux disparitions forc&#233;es. Pratiques et crimes racistes, assur&#233;ment, car &#224; l'&#233;poque, &#171; l'Alg&#233;rien &#187;, qu'il r&#233;side dans l'Hexagone ou de l'autre c&#244;t&#233; de la M&#233;diterran&#233;e, est plus que jamais le &#171; raton &#187; ou le &#171; bicot &#187; jug&#233; particuli&#232;rement mena&#231;ant puisqu'il est d&#233;sormais r&#233;put&#233; &#171; terroriste &#187; et incarner ce faisant une menace existentielle pour l'int&#233;grit&#233; et la stabilit&#233; du pays. &#171; Felouze &#187; donc, disent avec m&#233;pris les militaires, notamment, ce qui justifie &#224; leurs yeux, comme &#224; ceux de nombreux contemporains d'alors, les traitements et les dispositions d'exception que l'on sait. Crime et racisme d'Etat aussi eu &#233;gard aux diff&#233;rents responsables sous l'autorit&#233; desquels ce crime fut commis et au fonctionnement particulier des institutions de la Cinqui&#232;me R&#233;publique en de telles circonstances. Crime contre l'humanit&#233; enfin, pr&#233;cise l'avocate et regrett&#233;e Nicole Dreyfus, puisque les actes perp&#233;tr&#233;s dans la capitale en ce mois d'octobre 1961 ont &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s puis mis en &#339;uvre par la pr&#233;fecture de police avec l'aval du gouvernement. Conform&#233;ment &#224; la lettre et &#224; l'esprit de l'article 212-1 du Code p&#233;nal, qui d&#233;finit ce type de crime, il s'agit bien d'un plan concert&#233; ex&#233;cut&#233; pour des motifs politiques et raciaux &#224; l'encontre de civils, victimes de tortures, d'ex&#233;cutions sommaires et de disparitions forc&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rappelons que gr&#226;ce &#224; l'obstination du magistrat Louis Joinet, une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour celles et ceux que nous avons cit&#233;s, il ne fait aucun doute que Maurice Papon a &#233;t&#233;, au cours de cette p&#233;riode, constamment couvert et qu'il a conduit sa &#171; bataille de Paris &#187; avec le soutien du gouvernement puisque sa mission n'&#233;tait pas seulement de &#171; tenir la capitale &#187;. Au-del&#224; de cet objectif majeur, il s'agissait aussi de &#171; frapper fort et juste &#187; pour &#171; &#233;branle[r] s&#233;rieusement l'organisation rebelle &#187; et &#171; la d&#233;manteler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; M. Roger Frey s'affirme d&#233;cid&#233; &#224; &#8220;appliquer une v&#233;ritable politique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; peu &#224; peu, affirmait le ministre de l'Int&#233;rieur, Roger Frey, le vendredi 13 octobre 1961 lors d'un d&#233;bat &#224; l'Assembl&#233;e nationale. De l&#224; le recours, &#224; Paris et dans la r&#233;gion parisienne consid&#233;r&#233;s comme un second front essentiel, aux m&#233;thodes de la guerre contre-r&#233;volutionnaire d&#233;velopp&#233;es et mises en &#339;uvre en Alg&#233;rie par des officiers sup&#233;rieurs bien connus. Sur un point important, le confirme &#233;galement une note du 5 septembre 1961 sign&#233;e par Maurice Papon puis adress&#233;e au directeur du service de coordination des affaires alg&#233;riennes et au directeur de la police municipale. On y d&#233;couvre un ordre formul&#233; d'autant plus explicitement que cette note devait rester confidentielle. &#171; Les membres des groupes de choc [du FLN], est-il &#233;crit, surpris en flagrant crime devront &#234;tre abattus sur place par les forces de l'ordre.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport sur les archives de la Pr&#233;fecture de police relatives &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Lumineux et terrible, assur&#233;ment. En ces circonstances donc, pas de prisonniers. Conseiller d'Etat, charg&#233; par Jean-Pierre Chev&#232;nement d'un rapport publi&#233; en 1998 sur les archives de la Pr&#233;fecture de police et les &#8220;&#233;v&#233;nements&#8221; du 17 octobre 1961, Dieudonn&#233; Mandelkern, qui reproduit cette note, ne fait aucun commentaire sur son caract&#232;re pour le moins exorbitant et contraire aux dispositions en vigueur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour les r&#233;dacteurs de &lt;i&gt;V&#233;rit&#233;-Libert&#233;&lt;/i&gt; et des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt;, entre autres, l'importation en m&#233;tropole des techniques de la guerre conduite en Alg&#233;rie est d'&#233;vidence en raison des nombreux &#233;l&#233;ments factuels en leur possession. Tous soulignent &#224; plusieurs reprises que, des deux c&#244;t&#233;s de la M&#233;diterran&#233;e, des moyens non conventionnels, constitutifs d'un terrorisme d'Etat, ont &#233;t&#233; employ&#233;s pour briser le FLN, atteindre ses militants et les Alg&#233;riens qui, d'une fa&#231;on ou d'une autre, soutenaient l'organisation nationaliste. Dans ce contexte marqu&#233; par une extr&#234;me violence politique, verbale et physique, et par la stigmatisation des Fran&#231;ais-e-s qui, en m&#233;tropole et parfois au p&#233;ril de leur libert&#233;, militaient pour l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, s'opposaient &#224; la guerre et au r&#233;cit officiel des pouvoirs publics relay&#233; par une Radiodiffusion-t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise (RTF) aux ordres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En octobre 1961, le secr&#233;taire d'Etat charg&#233; de l'Information est Christian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'ensemble t&#233;moigne d'une remarquable &#171; volont&#233; de savoir &#187; que soutient le &#171; courage de la v&#233;rit&#233; &#187; (Michel Foucault).&lt;br class='autobr' /&gt;
Recherch&#233;e avec obstination, cette v&#233;rit&#233; fut rapport&#233;e puis analys&#233;e sans fard dans diverses publications et ouvrages importants rapidement publi&#233;s. A l'adresse de certains, qui pr&#233;tendent d&#233;tenir aujourd'hui le monopole de la scientificit&#233; en raison de leur neutralit&#233; politique suppos&#233;e, ajoutons que ces engagements militants ne s'opposaient ni &#224; cette volont&#233;, ni &#224; ce courage sans lequel la premi&#232;re n'aurait pu pers&#233;v&#233;rer. Mieux, l'une et l'autre, comme &#171; l'&#233;thique de la conviction &#187; et la fid&#233;lit&#233; &#224; un certain nombre de principes, d&#233;mocratiques notamment, ont &#233;t&#233; au fondement de cette qu&#234;te. &#171; Volont&#233; de savoir &#187;, assur&#233;ment, et volont&#233; de faire savoir, autant que faire se peut, compte tenu des circonstances et de la censure. De cela t&#233;moigne aussi l'inscription, r&#233;alis&#233;e &#224; la peinture sur le muret d'un quai de Seine &#224; proximit&#233; de la Pr&#233;fecture de police par Jean-Michel Mension&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Michel Mension, Le Temps Gage, Paris, Agn&#232;s Vi&#233;not Editions, 2001.&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (Alexis Violet) et Jean-Marie Binoche : &#171; Ici on noie les Alg&#233;riens &#187;, destin&#233;e &#224; informer les Parisiens des m&#233;thodes employ&#233;es par les forces de l'ordre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soixante ans apr&#232;s, plusieurs livres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'ouvrage pionnier de Jean-Luc Einaudi, La Bataille de Paris : 17 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont consid&#233;rablement enrichi notre connaissance des massacres d'octobre 1961 et confirm&#233; l'essentiel des faits mis au jour par les personnes mobilis&#233;es alors. En attestent, par exemple, l'ampleur des arrestations estim&#233;es par certain-e-s historien-ne-s et une publication officielle &#8211; plus de 14000 soit presque une personne sur deux, selon le rapport de Dieudonn&#233; Mandelkern publi&#233; en janvier 1998. Le terme de rafles employ&#233; &#224; l'&#233;poque est donc parfaitement ad&#233;quat. Confirmation aussi du nombre des morts, plusieurs centaines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce qui concerne le nombre de victimes, on peut lire, dans le num&#233;ro (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela n'emp&#234;che nullement des contemporains, des responsables politiques de gauche, un pr&#233;sident de la R&#233;publique, Fran&#231;ois Hollande, certains historiens et conseillers, et historiens devenus conseillers de plusieurs chefs d'Etat, d'user encore de formules controuv&#233;es pour ne pas employer les termes pr&#233;cit&#233;s de &#171; massacres &#187;, de &#171; crime &#187; et de &#171; terreur d'Etat &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous pensent, sans doute, et cherchent &#224; faire croire en tout cas qu'ils sont amis de la mod&#233;ration et de l'objectivit&#233; lors m&#234;me qu'ils se plient &#224; la doxa m&#233;morielle aujourd'hui dominante et qu'ils infirment les analyses de ceux &#8211; Pierre Vidal-Naquet en particulier &#8211; dont ils pr&#233;tendent s'inspirer. Les r&#233;f&#233;rences appuy&#233;es &#224; cet historien ne sont que parades acad&#233;miques trompeuses car les premi&#232;res n'engagent &#224; rien. Fid&#233;lit&#233;s superficielles, reniements essentiels. Au courage de certain-e-s hier a succ&#233;d&#233; ce que souvent les m&#234;mes nomment d&#233;sormais prudence ; elle n'est que le masque politiquement pr&#233;sentable de leur commune couardise et, parfois, de leur trahison de la parole donn&#233;e ou de publications pass&#233;es. Obnubil&#233;s par la gestion de leur capital &#233;lectoral et/ou social, et parfois fort soucieux de ne pas compromettre leurs entr&#233;es en haut lieu, ils se plient &#224; l'opinion publique et plus encore &#224; aux desiderata des majorit&#233;s et des pr&#233;sidents en place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au tr&#232;s consensuel &#171; devoir de m&#233;moire &#187;, que tous d&#233;fendent, il est depuis longtemps au service du renoncement puisqu'il permet d'&#233;viter de se prononcer de fa&#231;on pr&#233;cise sur la qualification juridique et politique des faits. Comm&#233;morer &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; pour se soustraire &#224; une reconnaissance pleine et enti&#232;re, telle est la position de cette cohorte h&#233;t&#233;roclite, pusillanime et cauteleuse qui r&#233;unit des amoureux pr&#233;tendus de Clio, de nombreux repr&#233;sentants de diverses gauches politiques et de l'actuelle majorit&#233; pr&#233;sidentielle. Classique tactique politique qui consiste &#224; accorder un peu pour ne rien conc&#233;der sur le fond. De cela t&#233;moignent les c&#233;r&#233;monies officielles, entre autres, organis&#233;es chaque ann&#233;e par la Mairie de Paris au Pont Saint-Michel, et les discours convenus des personnalit&#233;s pr&#233;sentes. A grand renfort de formules rebattues et de mots fourre-tout : &#171; trag&#233;die, drame, pages sombres de notre histoire, etc&#8230;, &#187; toutes prennent garde &#224; ne pas mettre en cause l'Etat et la R&#233;publique devenus criminels. Puissance de la mythologie nationale-r&#233;publicaine et du conformisme veule qu'elle favorise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Relativement &#224; l'extr&#234;me-droite et &#224; la droite de gouvernement, toutes pers&#233;v&#232;rent dans la d&#233;n&#233;gation ; nul ne saurait s'en &#233;tonner. Sinistrement fid&#232;les &#224; leur mythologie partisane et nationale, elles entretiennent toujours les repr&#233;sentations convenues forg&#233;es sous la Troisi&#232;me R&#233;publique selon lesquelles la colonisation fran&#231;aise n'aurait eu d'autres fins que d'apporter la civilisation aux peuples et aux &#171; races &#187; qui jusque-l&#224; en ignoraient les bienfaits. A preuve, le vote de la loi 23 f&#233;vrier 2005&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Conf&#232;re l'article premier de cette loi qui est ainsi r&#233;dig&#233; : &#171; La Nation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au m&#233;pris des principes d&#233;mocratiques &#233;l&#233;mentaires, qui devraient interdire toute incursion des autorit&#233;s publiques dans l'&#233;criture de l'histoire afin d'en fixer le sens, cette l&#233;gislation officialise une interpr&#233;tation apolog&#233;tique de &#171; l'aventure coloniale &#187;, en Alg&#233;rie notamment. Double exception, en v&#233;rit&#233;, puisque la France est &#233;galement la seule ancienne puissance coloniale &#224; s'&#234;tre engag&#233;e dans cette voie par la &#171; gr&#226;ce &#187; d'une majorit&#233; revancharde et toujours plus complaisante &#224; l'endroit du Front national hier et de son successeur aujourd'hui. &lt;i&gt;De facto&lt;/i&gt;, sur ces sujets, notamment, l'une et l'autre d&#233;fendent d&#233;sormais des positions similaires avec la caution d'un ch&#339;ur nombreux et bruyant o&#249; se retrouvent d'importantes personnalit&#233;s de la droite gouvernementale, quelques acad&#233;miciens comme Max Gallo, des historiens, des philo-id&#233;ologues, et des bateleurs m&#233;diatiques influents et vocif&#233;rants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. M. Gallo, FIER d'&#234;tre Fran&#231;ais, Paris, Fayard, 2006. Auteur de Pour en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; aussi, leur critique syst&#233;matique de toute reconnaissance. A chaque fois que cette question surgit dans l'actualit&#233; politique, tous s'y opposent en mobilisant des arguments d&#233;magogiques et trompeurs destin&#233;s &#224; vanter ce qu'ils osent encore nommer &#171; l'&#339;uvre &#187; et la &#171; grandeur &#187; de la France, et les &#171; aspects positifs &#187; de la colonisation. Banale mais efficace &#233;cholalie. Au mieux, elle prosp&#232;re sur l'euph&#233;misation des faits, au pire sur leur d&#233;n&#233;gation pour mieux courtiser l'&#233;lectorat que l'extr&#234;me-droite et la droite se disputent toujours plus &#226;prement. S'y ajoutent la d&#233;nonciation pavlovienne d'une pr&#233;tendue &#171; repentance &#187;, forg&#233;e pour les besoins de leur mauvaise cause, la critique du &#171; communautarisme &#187;, dont sont accus&#233;s les premiers concern&#233;s qui militent pour la reconnaissance des massacres du 17 octobre 1961, et la stigmatisation de la &#171; surench&#232;re victimaire &#187; imput&#233;e aux m&#234;mes. Eu &#233;gard aux comm&#233;morations qui s'annoncent en 2021 comme en 2022, lors du soixanti&#232;me anniversaire de la fin de la guerre d'Alg&#233;rie, nul doute que les repr&#233;sentant-e-s de ces organisations vont, dans un contexte politique particuli&#232;rement important en raison de la proximit&#233; des &#233;lections pr&#233;sidentielles, donner de la voix et s'opposer plus que jamais &#224; tout changement.&lt;br class='autobr' /&gt;
De son c&#244;t&#233;, le parti socialiste et Fran&#231;ois Hollande, &#233;lu chef de l'Etat en 2012, s'en tiennent &#224; une formule tr&#232;s en-de&#231;&#224; des termes requis pour nommer de fa&#231;on pr&#233;cise ce qui a &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233; en ce mois d'octobre 1961. En atteste ce communiqu&#233; de l'Elys&#233;e du 17 octobre 2012. Apr&#232;s avoir qualifi&#233; les &#233;v&#233;nements de &#171; sanglante r&#233;pression &#187;, il est pr&#233;cis&#233; que &#171; la R&#233;publique &#187; les &#171; reconna&#238;t avec lucidit&#233; &#187;. Bricolage politique et r&#233;dactionnel, et tour de passe- passe rh&#233;torique &#233;labor&#233;s par des communicants soucieux, comme leur ma&#238;tre, de m&#233;nager les droites parlementaires tout en feignant de satisfaire celles et ceux qui, depuis fort longtemps, sont mobilis&#233;s pour exiger la reconnaissance claire et pr&#233;cise de ces massacres. S'y ajoute une formule remarquablement contradictoire. En effet, la &#171; lucidit&#233; &#187;, revendiqu&#233;e de fa&#231;on abusive pour faire croire &#224; une d&#233;cision courageuse conforme aux promesses &#233;lectorales faites ant&#233;rieurement, aurait d&#251; conduire &#224; identifier les auteurs : Maurice Papon, et, au-del&#224; de ce fonctionnaire, l'Etat qui est &#224; la fois responsable et coupable de ces faits. Ceux-l&#224; m&#234;mes qui &#233;chappent toujours &#224; la seule qualification ad&#233;quate : celle de crime.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois encore, ce communiqu&#233; &#233;lys&#233;en t&#233;moigne de tergiversations et d'une couardise politico-langagi&#232;res par&#233;es des atours de la raison et de la mod&#233;ration. Et b&#233;n&#233;fice ultime de ces circonvolutions discursives destin&#233;es &#224; pr&#233;server aussi le mythe d'une R&#233;publique immacul&#233;e parce que toujours fid&#232;le &#224; ses principes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 13 juin 2000, le socialiste Jean-Jacques Queyranne, alors secr&#233;taire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : pr&#233;senter implicitement les h&#233;ritiers de l'immigration coloniale et postcoloniale qui continuent de manifester, et ceux qui soutiennent leurs revendications, comme des &#171; radicaux &#187; irresponsables &#224; l'origine d'une &#171; guerre des m&#233;moires &#187; susceptible de porter gravement atteinte &#224; l'unit&#233; nationale. Pour plusieurs autres organisations des gauches politiques, syndicales et associatives, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, la question de la reconnaissance des massacres du 17 octobre 1961 est rarement mise &#224; l'agenda politique national et, trop souvent h&#233;las, ces organisations se mobilisent fort peu pour faire progresser le dossier, selon l'expression consacr&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que fera l'actuel pr&#233;sident, Emmanuel Macron, qui, plus souvent qu'&#224; son tour, a flatt&#233; et continue de flatter les &#233;lecteurs du centre, de droite voire d'extr&#234;me-droite en tressant hier les louanges de Philippe de Villiers, qui pr&#233;side aux destin&#233;es du barnum pseudo-historique du Puy-du-Fou, puis en mobilisant son oblig&#233;, le tr&#232;s r&#233;actionnaire et tr&#232;s opportuniste ministre de l'Int&#233;rieur ? Difficile de le pr&#233;dire quand bien m&#234;me un &#171; geste fort &#187; est attendu aux dires de certains qui pr&#233;tendent avoir l'oreille du chef de l'Etat. Soit. Mais en d&#233;pit de cette formule commun&#233;ment employ&#233;e, l'exp&#233;rience prouve trop souvent que les actes effectivement r&#233;alis&#233;s ne sont &#171; forts &#187; que dans la rh&#233;torique officielle des communicants au service du pouvoir et des b&#233;ni-oui-oui de la majorit&#233; en place.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois mobilis&#233;s depuis plus de trente ans, les h&#233;ritiers de l'immigration coloniale et postcoloniale, certains partis politiques, syndicats et associations exigent que les crimes d'Etat du 17 octobre 1961 soient enfin reconnus, les archives relatives &#224; ces derniers ouvertes au plus grand nombre et un v&#233;ritable lieu de m&#233;moire &#233;rig&#233; dans la capitale afin que nul n'ignore les torts insignes subis par celles et ceux qui, au p&#233;ril de leur vie et de leur libert&#233;, ont courageusement manifest&#233; pour d&#233;fendre le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes. Monsieur le pr&#233;sident, vous pr&#233;tendez incarner une politique &#171; disruptive &#187;, prouvez-le ! Faites droit &#224; ces revendications et mettez fin &#224; soixante ans de discriminations m&#233;morielles et comm&#233;morielles inacceptables, et de tergiversations indignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O. Le Cour Grandmaison&lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Derniers ouvrages parus : &lt;i&gt;&#171; Ennemis mortels &#187;. Repr&#233;sentations de l'islam et politiques musulmanes en France &#224; l'&#233;poque coloniale&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2019 et, avec O. Slaouti, (dir.), &lt;i&gt;Racismes de France&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;&lt;/i&gt;, n&#176; 13, novembre 61, p.1 et 7. L'article des &lt;i&gt;Temps modernes&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; reproduit dans ce m&#234;me num&#233;ro. Il comprend &#233;galement une d&#233;claration tr&#232;s importante d'un &#171; groupe de policiers r&#233;publicains &#187; communiqu&#233;e &#171; &#224; l'ensemble de la presse parisienne. &#187; En d&#233;pit d'inexactitudes manifestes relev&#233;es par la r&#233;daction de &lt;i&gt;V&#233;rit&#233;-Libert&#233;&lt;/i&gt;, celle-ci a n&#233;anmoins estim&#233; n&#233;cessaire de publier cette d&#233;claration qui documente et d&#233;nonce des violences, des tortures, des ex&#233;cutions sommaires et des disparitions forc&#233;es commises par les forces de l'ordre, et corrobor&#233;es par d'autres sources dignes de foi. Avec Robert Barrat, Jacques Panijel et Pierre Vidal-Naquet, Paul Thibaud fait partie du comit&#233; de r&#233;daction de &lt;i&gt;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;&lt;/i&gt;. Un an avant, le 6 septembre 1960, ce m&#234;me journal a publi&#233; le Manifeste des 121 sur &#171; le droit &#224; l'insoumission dans la guerre d'Alg&#233;rie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Appel au peuple fran&#231;ais &#187;, Front de Lib&#233;ration Nationale. F&#233;d&#233;ration de France, p.1. (Archives personnelles.) Reproduit avec d'autres documents importants &#8211; dont des extraits du num&#233;ro pr&#233;cit&#233; de &lt;i&gt;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;&lt;/i&gt; &#8211; in O. Le Cour Grandmaison (dir.), &lt;i&gt;Le 17 octobre 1961. Un crime d'Etat &#224; Paris&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 2001, p.208 et suiv.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; , p.7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Membre des Forces Fran&#231;aises Libres, pendant la Seconde Guerre mondiale, A. Moscovitch (1911-1998) fut notamment conseiller municipal &#224; Paris de 1947 &#224; 1966. Entre 1958 et 1959, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Union pour la nouvelle R&#233;publique (UNR) n'est autre que Roger Frey qui fut, par la suite, ministre de l'Information puis ministre de l'Int&#233;rieur (1961-1967) au moment des massacres du 17 octobre. Il termine sa carri&#232;re comme pr&#233;sident du Conseil constitutionnel (1974-1983).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;V&#233;rit&#233;. Libert&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; , p.1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. P&#233;ju, &lt;i&gt;Les Harkis &#224; Paris&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Ratonnades &#224; Paris&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Maspero, 1961, r&#233;&#233;dit&#233;s en octobre 2000 aux &#233;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons que gr&#226;ce &#224; l'obstination du magistrat Louis Joinet, une convention internationale, ratifi&#233;e par la France puis entr&#233;e en vigueur le 23 d&#233;cembre 2010, fait de la disparition forc&#233;e un crime contre l'humanit&#233;. Trois ans plus tard, le code p&#233;nal reprend cette qualification &#8211; art. 211-1- et d&#233;finit ladite disparition dans l'article 221-12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; M. Roger Frey s'affirme d&#233;cid&#233; &#224; &#8220;appliquer une v&#233;ritable politique de d&#233;fense de l'ordre public&#8221;. &#187;, par Andr&#233; Ballet, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16 octobre 1961. Cette citation est reprise par la F&#233;d&#233;ration de France du FLN, dans sa &#171; D&#233;claration sur la r&#233;pression et les mesures polici&#232;res dans la r&#233;gion parisienne &#187; en date du 17 octobre 1961. (Archives personnelles.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Rapport sur les archives de la Pr&#233;fecture de police relatives &#224; la manifestation organis&#233;e par le FLN le 17 octobre 1961&lt;/i&gt;, Paris, Minist&#232;re de l'int&#233;rieur (La documentation fran&#231;aise), 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En octobre 1961, le secr&#233;taire d'Etat charg&#233; de l'Information est Christian de la Mal&#232;ne qui occupe cette fonction sous l'autorit&#233; du Premier ministre Michel Debr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Michel Mension, &lt;i&gt;Le Temps Gage&lt;/i&gt;, Paris, Agn&#232;s Vi&#233;not Editions, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'ouvrage pionnier de Jean-Luc Einaudi, &lt;i&gt;La Bataille de Paris : 17 octobre 1961&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 1991 puis &lt;i&gt;Octobre 1961 : un massacre &#224; Paris&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2001 et notamment Linda Amiri, &lt;i&gt;La Bataille de France : la guerre d'Alg&#233;rie en m&#233;tropole&lt;/i&gt;, Paris, R. Laffont, 2004, Jim House Neil MacMaster, &lt;i&gt;Paris 1961 : les Alg&#233;riens, la terreur d'Etat et la m&#233;moire&lt;/i&gt;, Paris, Tallandier, 2008 et Fabrice Riceputi, &lt;i&gt;Ici on noya des Alg&#233;riens&lt;/i&gt;, Paris, Le Passager clandestin, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce qui concerne le nombre de victimes, on peut lire, dans le num&#233;ro pr&#233;cit&#233; de &lt;i&gt;V&#233;rit&#233;- Libert&#233;&lt;/i&gt;, le passage suivant : &#171; Les services de l'inspection g&#233;n&#233;rale de la police estiment &#224; cent quarante le nombre de morts &#224; la suite de la manifestation du 17 octobre. &#187; &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; , p.7. (Soulign&#233; par nous.) La version officielle, pr&#233;sent&#233;e par le ministre de l'Int&#233;rieur au S&#233;nat le 31 octobre 1961, est : 6 morts et cent trente-six bless&#233;s. Quant &#224; D. Mandelkern, il s'en tient dans son rapport &#224; quelques dizaines. De m&#234;me, l'historien Jean-Paul Brunet, &lt;i&gt;Police contre FLN. Le drame d'octobre 1961&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1999. Comme le rappelle P. Vidal-Naquet, ce livre repose sur la consultation exclusive des archives de police, de la Justice et de l'Assistance publique. &#171; Aucun t&#233;moin alg&#233;rien n'a &#233;t&#233; interrog&#233;. &#187; Curieuse m&#233;thode, pour le moins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Conf&#232;re l'article premier de cette loi qui est ainsi r&#233;dig&#233; : &#171; La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont particip&#233; &#224; l'&#339;uvre accomplie par la France dans les anciens d&#233;partements fran&#231;ais d'Alg&#233;rie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires plac&#233;s ant&#233;rieurement sous la souverainet&#233; fran&#231;aise. &#187; Rappelons que ce texte l&#233;gislatif n'a jamais &#233;t&#233; abrog&#233; et qu'il fait donc toujours partie du droit positif fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. M. Gallo, &lt;i&gt;FIER d'&#234;tre Fran&#231;ais&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2006. Auteur de &lt;i&gt;Pour en finir avec la repentance coloniale&lt;/i&gt; (2006), l'historien Daniel Lefeuvre condamne tous ceux qui disent qu'en Alg&#233;rie &#171; la France s'est mal conduite. &#187; &lt;i&gt;R&#233;forme&lt;/i&gt;, n&#176; 3194, 12-18 octobre 2006. Le 18 novembre 2005, Alain Finkielkraut d&#233;clare au journal isra&#233;lien &lt;i&gt;Haaretz&lt;/i&gt; : &#171; Actuellement on enseigne l'histoire coloniale comme une histoire uniquement n&#233;gative. On n'enseigne plus que l'entreprise coloniale avait &lt;i&gt;aussi pour but d'&#233;duquer, d'apporter la civilisation aux sauvages&lt;/i&gt;. On n'en parle que comme une &lt;i&gt;tentative&lt;/i&gt; d'exploitation, de domination, de pillage. &#187; (Soulign&#233; par nous.) Depuis, il a &#233;t&#233; rejoint dans ce combat pour le moins douteux par le chroniqueur Eric Zemmour qui a publiquement d&#233;fendu le g&#233;n&#233;ral Bugeaud et les massacres perp&#233;tr&#233;s par l'Arm&#233;e d'Afrique qu'il commandait lors de la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie dans les ann&#233;es 1840. Deux fois condamn&#233; pour propos racistes et incitation &#224; la haine raciale, E. Zemmour affirmait, le 23 octobre 2019 sur la cha&#238;ne CNews : &#171; Quand le g&#233;n&#233;ral Bugeaud arrive en Alg&#233;rie, il commence &#224; massacrer les musulmans, et m&#234;me certains juifs. Eh bien moi, je suis aujourd'hui du c&#244;t&#233; du g&#233;n&#233;ral Bugeaud. C'est &#231;a &#234;tre Fran&#231;ais ! &#187; Quelques semaines plus tard, r&#233;agissant &#224; cette p&#233;roraison, le Conseil sup&#233;rieur de l'audiovisuel a estim&#233; qu'elle pouvait &#234;tre per&#231;ue comme la &#171; l&#233;gitimation de violences commises par le pass&#233; &#224; l'encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation &#224; la haine ou &#224; la violence &#224; l'&#233;gard de cette m&#234;me cat&#233;gorie. &#187; D&#233;licate formulation. Soyons plus pr&#233;cis : cette saillie obsc&#232;ne rel&#232;ve de l'apologie de crimes de guerre et de crimes contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le 13 juin 2000, le socialiste Jean-Jacques Queyranne, alors secr&#233;taire d'Etat &#224; l'Outre-mer dans le gouvernement de Lionel Jospin, r&#233;pondait ainsi &#224; la s&#233;natrice D. Bidard-Reydet, qui venait de l'interpeller sur les massacres d'octobre 1961 : &#171; un travail important de recherche a &#233;t&#233; effectu&#233; ; il a permis de progresser dans la r&#233;v&#233;lation de la v&#233;rit&#233;. &#187; Apr&#232;s avoir cit&#233; les rapports Mandelkern et G&#233;ronimi, le m&#234;me conclut par cette affirmation p&#233;remptoire conforme &#224; la doxa r&#233;publicaine adopt&#233;e par le Parti socialiste : &#171; En revanche, il n'est pas juste de demander &#224; la R&#233;publique de reconna&#238;tre dans ces &#233;v&#233;nements la responsabilit&#233; d'un crime qu'elle aurait perp&#233;tr&#233;. Cela reviendrait &#224; admettre que la r&#233;publique a voulu les trag&#233;dies qui ont accompagn&#233; ces manifestations. Ce serait absurde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hygi&#232;ne et biopolitique coloniales dans l'empire fran&#231;ais</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=575</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=575</guid>
		<dc:date>2016-11-21T09:59:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Le Cour Grandmaison</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1888. Dans un rapport, command&#233; par le Comit&#233; d'organisation du VI&#232;me congr&#232;s international d'hygi&#232;ne et de d&#233;mographie, Georges Treille, sp&#233;cialiste de pathologie exotique, &#233;crit : &#171; L'Europe est toujours le foyer de puissante lumi&#232;re et de noble civilisation dont les rayons ont fait &#233;clore les jeunes soci&#233;t&#233;s du Nouveau-Monde. (&#8230;) Mais le peuplement d&#233;j&#224; avanc&#233; des hautes latitudes porte maintenant ce courant &#224; d&#233;vier vers l'&#233;quateur. (&#8230;) L'Afrique attire sur ses rivages (&#8230;) des colons en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=51" rel="directory"&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; 2016&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1888. Dans un rapport, command&#233; par le Comit&#233; d'organisation du VI&#232;me congr&#232;s international d'hygi&#232;ne et de d&#233;mographie, Georges Treille, sp&#233;cialiste de pathologie exotique, &#233;crit : &#171; L'Europe est toujours le foyer de puissante lumi&#232;re et de noble civilisation dont les rayons ont fait &#233;clore les jeunes soci&#233;t&#233;s du Nouveau-Monde. (&#8230;) Mais le peuplement d&#233;j&#224; avanc&#233; des hautes latitudes porte maintenant ce courant &#224; d&#233;vier vers l'&#233;quateur. (&#8230;) L'Afrique attire sur ses rivages (&#8230;) des colons en qu&#234;te d'&#233;tablissements. &#187; Aussi &#171; la science internationale &#187; doit-elle &#171; faire tous ses efforts pour (&#8230;) am&#233;liorer la condition des colons, pour &#233;dicter et codifier en quelque sorte les lois de l'hygi&#232;ne de l'acclimatation. &#187; Dans &#171; certaines localit&#233;s de la zone intertropicale, l'histoire de la colonisation n'est, en effet, qu'une longue chronologie de d&#233;sastres lamentables : des milliers et des milliers d'hommes y ont succomb&#233; tour &#224; tour, tristes victimes de l'ignorance des lois de l'hygi&#232;ne, et du choix peu judicieux des &#233;tablissements &#187;, affirme ce praticien. &#171; Si nous avions &#224; formuler la synth&#232;se des pr&#233;occupations morales de l'&#233;migrant aux pays chauds, ajoute-t-il, nous dirions : que l'Europ&#233;en ne perde pas de vue &#187; les &#171; n&#233;cessit&#233;s hygi&#233;niques auxquelles il doit ob&#233;ir &#8211; sous peine de mort - dans le choix du lieu de son &#233;tablissement, dans la construction de sa maison, dans ses habitudes de vie ! (1) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Trois ans apr&#232;s la conf&#233;rence de Berlin, achev&#233;e en f&#233;vrier 1885, au cours de laquelle les puissances europ&#233;ennes se sont accord&#233;es sur le partage du continent africain, l'ouvrage du Dr Treille doit &#234;tre lu comme une mise en garde adress&#233;e aux responsables politiques. Avec enthousiasme, ils vantent cette ru&#233;e vers l'Afrique qu'ils pensent susceptible de r&#233;soudre maints probl&#232;mes nationaux et internationaux. Aux Fran&#231;ais, la colonisation apportera &#171; la prosp&#233;rit&#233; publique &#187;, et &#224; la soci&#233;t&#233; cette &#171; paix sociale &#187; dont elle a tant besoin pour surmonter les traumatismes de la Commune de Paris. Clore enfin l'&#232;re des R&#233;volutions et des guerres civiles qui, par trois fois au XIX&#232;me si&#232;cle, ont ensanglant&#233; le pays, &#339;uvrer &#224; son rel&#232;vement sur le Vieux Continent et dans le monde, apr&#232;s l'humiliante d&#233;faite devant les arm&#233;es prussiennes en 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine, telles sont les pr&#233;occupations des r&#233;publicains, laisse entendre Jules Ferry. En s'emparant de cette &#171; vaste &#187; Afrique &#171; noir[e] &#187;, les partisans de l'empire colonial ne r&#233;solvent pas seulement les graves probl&#232;mes de l'heure, ils &#233;pargnent aux g&#233;n&#233;rations futures de nouveaux &#171; cataclysme[s]2 &#187; et leur assurent un avenir stable, et florissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'histoire des colonies &#187; : &#171; d'immenses sacrifices d'hommes et d'argent &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans s&#233;parent la publication de ces textes de nature diff&#233;rente. Ils traitent pourtant des sujets voisins, parfois identiques, abord&#233;s de points de vue distincts qui nous font d&#233;couvrir des r&#233;alit&#233;s coloniales contrast&#233;es. Celui de G. Treille est extrait d'un trait&#233; de m&#233;decine consacr&#233; &#224; l'acclimatation des Europ&#233;ens dans les pays chauds. Si les probl&#232;mes soulev&#233;s par cette derni&#232;re ne sont pas nouveaux, ils se posent d&#233;sormais avec une urgence in&#233;dite en raison de cette course vers l'Afrique. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, les m&#233;decins savent la dangerosit&#233; des contr&#233;es tropicales pour les expatri&#233;s. Aux chronologies glorieuses des responsables politiques, les praticiens opposent une histoire diff&#233;rente, document&#233;e et critique o&#249; se d&#233;couvrent &#171; d'immenses sacrifices d'hommes et d'argent &#187; que &#171; des notions plus justes auraient permis (3) &#187; d'&#233;viter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sombre tableau. Il doit &#234;tre compl&#233;t&#233; par d'autres &#233;l&#233;ments relatifs &#224; la situation des militaires qui combattent outre-mer. Transport&#233;s dans des navires inadapt&#233;s au climat des tropiques puis entass&#233;s dans des casernes &#171; peu hygi&#233;niquement comprises &#187;, qui sont de terribles &#171; foyers d'infection &#187;, soumis &#224; des pratiques contraires au &#171; bon sens (4) &#187; &#8211; marches en rangs serr&#233;s avec de lourds paquetages -, mal &#233;quip&#233;s et mal v&#234;tus, les soldats meurent en masse de &#171; privations atroces. &#187; Les statistiques confirment le retard persistant des autorit&#233;s m&#233;tropolitaines sur leurs homologues britanniques. Outre-mer, la mortalit&#233; des militaires fran&#231;ais s'&#233;l&#232;ve &#224; 74&#8240; contre 18,8&#8240; parmi les forces du Royaume-Uni engag&#233;es aux Antilles et 15,18&#8240; en Inde, constate le Dr Gustave Reynaud. Quant &#224; la &#171; morbidit&#233; &#187;, elle &#171; n'est jamais moindre de 50% &#187;, lorsque les campagnes sont de courtes dur&#233;es, elle atteint &#171; 96% &#187; quand celles-ci se prolongent, observe Navarre (5). Enfin, l'absence de politique sanitaire efficace, dans les colonies comme en m&#233;tropole, a parfois compromis le bon d&#233;roulement d'op&#233;rations militaires pourtant jug&#233;es essentielles par le gouvernement. Au printemps 1881, alors que ce dernier pr&#233;pare l'exp&#233;dition de Tunisie, et que deux divisions sont sur le pied de guerre, l'une &#224; Marseille, l'autre &#224; Toulon, les &#171; soldats &#187;, rassembl&#233;s dans des casernements insalubres, ont attrap&#233; &#171; les germes de la fi&#232;vre typho&#239;de. &#187; Bilan : 5000 malades et 844 d&#233;c&#232;s (6) ! Au tournant du XIX&#232;me, comme dans les premi&#232;res ann&#233;es du XX&#232;me si&#232;cle, la plupart des contr&#233;es exotiques demeurent des &#171; terres de mort (7) &#187; qui engloutissent civils et militaires, et des gouffres budg&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hygi&#232;ne tropicale : une science pratique au service de l'empire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mettre un terme &#224; cette situation, de nombreux praticiens exigent d'&#234;tre associ&#233;s aux pouvoirs publics, et d'y jouir de pouvoirs d'&#233;laboration et d'injonction indispensables &#224; la r&#233;ussite de leurs missions et de la colonisation. Aussi est-il n&#233;cessaire de r&#233;former les structures de l'Etat colonial et m&#233;tropolitain qui doivent accorder aux m&#233;decins des fonctions et des pr&#233;rogatives nouvelles. Gr&#226;ce &#224; elles, ils pourront planifier l'arriv&#233;e des r&#233;giments et des Europ&#233;ens, organiser leur installation dans des casernes et des quartiers enfin salubres, et soumettre les uns et les autres aux prescriptions de l'hygi&#232;ne tropicale. Pour y parvenir, il faut agir aussi sur les mentalit&#233;s et les pratiques des hommes qui exercent le pouvoir afin qu'ils fassent droit &#224; celui, l&#233;gitime et indispensable, des m&#233;decins. Enfin, gr&#226;ce &#224; des services sp&#233;cialis&#233;s dans la pr&#233;vention des maladies, la surveillance des eaux et des denr&#233;es alimentaires, l'Etat colonial, devenu hygi&#233;niste, pourra &#171; faire vivre &#187; les &#171; &#233;migr&#233;s et leurs familles (8) &#187; en leur assurant une s&#233;curit&#233; sanitaire optimale, indispensable au d&#233;veloppement des r&#233;gions tropicales de l'empire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Motiv&#233;e par l'extr&#234;me dangerosit&#233; des tropiques et des &#171; indig&#232;nes &#187;, porteurs de maladies transmissibles souvent incurables, la somme des prescriptions &#233;labor&#233;es par les hygi&#233;nistes d&#233;termine un v&#233;ritable &lt;i&gt;mode de vie colonial &lt;/i&gt; qui embrasse tous les comportements ; intimes, priv&#233;s ou publics. Rien n'&#233;chappe &#224; la vigilance des praticiens qui sont hant&#233;s par le moindre d&#233;tail dans lequel ils d&#233;c&#232;lent une menace imm&#233;diate ou potentielle qu'il faut conjurer par des pr&#233;cautions multiples. Elles forment un r&#233;seau dense o&#249; le respect de chacune d'elle est indispensable &#224; l'efficacit&#233; de l'ensemble ; la moindre d&#233;faillance &#233;tant susceptible de provoquer un trouble qui, b&#233;nin &#224; ses d&#233;buts, peut devenir une affection chronique et grave. Pire, si la maladie est contagieuse et qu'elle s'&#233;tend avec rapidit&#233;, la collectivit&#233; toute enti&#232;re risque d'&#234;tre expos&#233;e &#224; un p&#233;ril &#233;pid&#233;mique difficile voire impossible &#224; contenir. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224; cette attention sourcilleuse des m&#233;decins qui se traduit par une prolif&#233;ration de conseils, souvent imp&#233;ratifs. Ils portent sur la sexualit&#233; entre Europ&#233;ens et la sexualit&#233; interraciale, jug&#233;e plus n&#233;faste encore en raison de ses cons&#233;quences morales et physiques d&#233;sastreuses, de la corruption des m&#339;urs dont elle est tout &#224; la fois l'expression et la cause, et des maladies v&#233;n&#233;riennes qu'elle favorise. Episodiques ou r&#233;guli&#232;res, ces relations, tarif&#233;es lorsque les Blancs fr&#233;quentent des prostitu&#233;es, gratuites quand ils vivent avec des femmes &#171; indig&#232;nes &#187;, doivent &#234;tre proscrites d&#233;sormais (9). Dans ce dernier cas, il ne s'agit pas seulement de lutter contre la propagation de la syphilis tropicale mais d'emp&#234;cher la multiplication des m&#233;tis. Ces &#234;tres singuliers concentrent sur leur personne les d&#233;fauts des deux races dont ils sont issus, et ils deviennent, &#224; cause de cela, des &#171; d&#233;class&#233;s &#187; dangereux pour l'ordre moral, social et politique des colonies. Confusion nuisible des sangs. Au principe de ces condamnations : une m&#234;me mixophobie que les travaux des anthropologues, des m&#233;decins et des sp&#233;cialistes de psychologie ethnique ont scientifiquement fond&#233;e, et que la litt&#233;rature exotique illustre par des romans o&#249; ces amours coupables pr&#233;cipitent la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'homme blanc. &#171; Indig&#233;nisation &#187;, tel est le terme forg&#233; par les sp&#233;cialistes pour d&#233;signer ce mal singulier int&#233;gr&#233; au tableau nosologique des colonies. L'indig&#233;nisation hante les contemporains parce que sa progression ravale l'Europ&#233;en au plus bas en le privant des qualit&#233;s multiples qui faisaient de lui un individu sup&#233;rieur. Au-del&#224; de sa personne, c'est la race &#224; laquelle il appartient qui est menac&#233;e, et la colonisation compromise par ses agissements irresponsables. Les relations sexuelles interraciales deviennent ainsi un probl&#232;me politique, dans les territoires d'outre-mer comme en m&#233;tropole o&#249; elles sont &#233;galement r&#233;prouv&#233;es. Combattre, l&#224;-bas et ici, les &#171; m&#233;lange[s] qui ab&#226;tardi[ssen]t notre sang qui a inscrit Verdun sur les registres de l'Histoire &#187;, tels sont les devoirs des Fran&#231;ais, affirme le Dr Jaur&#233;guiberry en vantant le comportement des Anglais qui se gardent de &#171; tout contact indig&#232;ne. (10) &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Politisation remarquable de la sexualit&#233;, des questions matrimoniales et familiales, qui subvertit les fronti&#232;res de l'intime et des affaires publiques. Mixophobie d'Etat aussi qui fonde les orientations des autorit&#233;s quand bien m&#234;me les premi&#232;res demeurent incitatives. Les r&#232;gles sociales et les opinions morales dominantes en outre-mer comblent pour partie ces limites ; ceux qui se compromettent durablement avec des femmes &#171; indig&#232;nes &#187; sont mis au ban de la communaut&#233; blanche, de m&#234;me leurs enfants m&#233;tis. Hygi&#232;ne raciale, enfin, destin&#233;e &#224; pr&#233;server les qualit&#233;s des Europ&#233;ens &#224; qui m&#233;decins, experts des possessions fran&#231;aises et quelques hauts fonctionnaires des colonies, comme le g&#233;n&#233;ral Lyautey, recommandent de pratiquer une endogamie jug&#233;e indispensable parce que salvatrice (11). Les maux &#224; pr&#233;venir &#233;tant innombrables, ils doivent &#234;tre partout traqu&#233;s, y compris en des domaines qui semblent anodins aux hommes sans exp&#233;rience. Aussi faut-il organiser la journ&#233;e de travail avec minutie pour que, du matin jusqu'au soir, fonctionnaires et colons &#233;chappent aux effets pernicieux du climat tropical. Les v&#234;tements et les coiffes font &#233;galement l'objet de recommandations pr&#233;cises que civils et soldats se doivent de respecter sous peine de ruiner leur sant&#233;. Tissus l&#233;gers, de coton ou de lin, coupes larges, destin&#233;es &#224; favoriser l'&#233;vaporation de la sueur et la circulation de l'air n&#233;cessaires &#224; la pr&#233;vention des coups de chaleur, couleurs blanches ou claires, qui r&#233;fl&#233;chissent les rayonnements solaires, et casque colonial pour prot&#233;ger la t&#234;te. Avant de devenir l'un des symboles de la domination coloniale, ce casque fut d'abord exig&#233; par la faible r&#233;sistance physique du Blanc au soleil. &lt;br class='autobr' /&gt;
En outre-mer, plus encore qu'en m&#233;tropole, sans doute, l'hygi&#233;nisme est indissociable d'un moralisme en raison des particularit&#233;s de la situation coloniale : une minorit&#233; de Blancs qui, pour dominer de fa&#231;on p&#233;renne une majorit&#233; &#171; d'indig&#232;nes &#187;, doit entretenir constamment ses pouvoirs. Deux principes cardinaux fondent ce moralisme auquel m&#233;decins et sp&#233;cialistes ont accord&#233; beaucoup d'attention. Le premier est particulier : d&#233;fendre son prestige en toute circonstance afin de pr&#233;server la hi&#233;rarchie raciale propre aux possessions exotiques et de s'imposer plus s&#251;rement aux populations locales. G&#233;n&#233;ral, le second est aussi d'une extr&#234;me importance individuelle, sociale et politique : &lt;i&gt;&#171; rester Europ&#233;en jusqu'au bout, ne pas sacrifier (&#8230;) aux m&#339;urs des indig&#232;nes &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit le Dr Bonain pour mettre en garde ses contemporains contre la dangerosit&#233; de ces derniers. Et pour mieux &#171; persuader &#187; ses lecteurs, il ajoute : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul moyen&lt;/i&gt; de mener &#224; bien l'&#339;uvre dont chacun d'entre nous peut revendiquer sa part. (12) &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;forme des pratiques collectives des Fran&#231;ais, qui continuent d'observer les habitudes de la m&#232;re-patrie alors qu'elles sont contraires aux prescriptions n&#233;cessaires pour lutter contre la morbidit&#233; et la mortalit&#233; sp&#233;cifiques aux colonies, exige de corriger maints comportements. Ce processus, nous le nommons &lt;i&gt;hygi&#232;nisation de la vie quotidienne&lt;/i&gt;. Pr&#233;cision essentielle, cette hygi&#232;nisation doit &#234;tre pens&#233;e comme une &lt;i&gt;aspiration &#224;&lt;/i&gt; ; une sorte d'id&#233;al r&#233;gulateur vers lequel il est n&#233;cessaire de tendre toujours en sachant que celui-ci restera &#224; jamais hors d'atteinte. En effet, relativement aux mani&#232;res d'&#234;tre, d'agir et de faire, les praticiens disposent de simples pouvoirs de persuasion, rarement de pouvoirs d'injonction. Longue entreprise &#233;ducative et disciplinaire qui requiert une mobilisation obstin&#233;e : celle des m&#233;decins et des autorit&#233;s publiques sans lesquelles elle resterait partielle et inefficace, et une attention de tous les instants, celle des hommes et des femmes vis&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, il faut compl&#233;ter cette hygi&#233;nisation-moralisation par des op&#233;rations con&#231;ues sur de toutes autres &#233;chelles humaines et g&#233;ographiques. Au-del&#224; des individus, il est indispensable d'atteindre l'ensemble de la population europ&#233;enne des colonies et les milieux divers dans lesquels elle vit. C'est &#224; ce prix que les m&#233;decins et l'Etat colonial, dont l'intervention est plus que jamais requise, pourront lui assurer une s&#233;curit&#233; sanitaire optimale. A la fin du XIX&#232;me, la plupart des contr&#233;es exotiques demeurent des espaces anomiques et presque vierges, jug&#233;s tels en tout cas, o&#249; sols, eaux, animaux, insectes et &#171; indig&#232;nes &#187; sont les vecteurs de maladies nombreuses qui prosp&#232;rent d'autant plus que la nature reste sauvage, et pour cela dangereuse. Gr&#226;ce aux savoirs et aux techniques des Europ&#233;ens, les contr&#233;es tropicales de l'empire deviendront progressivement des &lt;i&gt;territoires&lt;/i&gt; salubres, conform&#233;ment aux conseils des praticiens. Processus multiples, l&#224; encore, et li&#233;s entre eux. Leurs diff&#233;rents moments peuvent &#234;tre ainsi expos&#233;s : hygi&#232;nisation des espaces &#171; sans ma&#238;tres (13) &#187;, qui permet leur transformation en territoires d&#233;sormais soumis &#224; l'Etat colonial et aux lois de l'hygi&#232;ne urbaine et publique, et colonisation enfin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, les pouvoirs publics sont tenus d'agir de fa&#231;on pr&#233;ventive en choisissant des lieux favorables &#224; l'installation des Europ&#233;ens : r&#233;gions l&#233;g&#232;rement &#233;lev&#233;es, par exemple, o&#249; ces derniers pourront jouir d'un climat plus sain que sur les c&#244;tes ou dans les plaines alluvionnaires connues pour leur insalubrit&#233;. Lorsque la topographie des colonies rend cela impossible, de grands travaux seront entrepris afin de drainer les terrains, de canaliser les &#171; rivi&#232;res &#187; et de supprimer &#171; les eaux stagnantes. &#187; Autant d'op&#233;rations indispensables pour &#233;liminer les miasmes qui s'y d&#233;veloppent, et sont la cause de &#171; nombreux fl&#233;aux &#233;pid&#233;miques (14) &#187;, et pour d&#233;truire les moustiques qui exposent les hommes du Vieux Continent au paludisme. Cette premi&#232;re &#233;tape achev&#233;e, des villes et/ou des quartiers seront alors b&#226;tis, et les Europ&#233;ens pourront y r&#233;sider sans craindre pour leur sant&#233; et la p&#233;rennit&#233; de leurs activit&#233;s. Pas de colonisation sans hygi&#233;nisation publique et urbaine pr&#233;alable, et pas d'hygi&#233;nisation sans un renforcement des autorit&#233;s coloniales qui doivent se doter de services sp&#233;cialis&#233;s et appliquer une politique ambitieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mettant &#171; &#224; contribution &#187; l'anthropologie, la climatologie, la g&#233;ographie m&#233;dicale, la &#171; chimie &#187;, la &#171; bact&#233;riologie &#187;, la &#171; parasitologie &#187;, les statistiques, la psychologie individuelle et ethnique, auxquelles s'ajoutent les comp&#233;tences indispensables des &#171; pharmaciens, des architectes &#187;, des urbanistes et des &#171; ing&#233;nieurs &#187;, tous devant &#171; collaborer &#224; la d&#233;fense de la sant&#233; publique &#187;, les m&#233;decins font de l'hygi&#232;ne une &#171; science pratique &#187; qui peut &#234;tre qualifi&#233;e de &lt;i&gt;totale&lt;/i&gt;. Totale, elle l'est aussi en raison de ses finalit&#233;s puisqu'il s'agit d'&#233;tendre ses prescriptions &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; coloniale con&#231;ue comme un corps physique, sexuel, &#233;conomique, social, urbain et politique. Chaque partie de ce vaste organisme, indispensable &#224; sa vie comme &#224; son d&#233;veloppement &#8211; hommes, femmes, voies de circulation, maisons, cimeti&#232;res, quartiers d'habitation et zones vou&#233;es aux activit&#233;s commerciales et industrielles &#8211;, doit ob&#233;ir aux lois de l'hygi&#232;ne afin de &#171; procurer &#187; au second &#171; le maximum de rendement. &#187; En m&#233;tropole, pour &#171; r&#233;pondre aux sacrifices consentis par ceux qui nous ont donn&#233; la victoire en faisant l'holocauste de leur vie &#187; au cours la &#171; Grande guerre &#187;, cette politique permettra &#171; de &#171; cr&#233;er une France forte et respect&#233;e &#187;, et &#171; une race (&#8230;) &#233;nergique (15) &#187;, affirme le Dr Chassevant en 1920. De m&#234;me dans les territoires de l'empire o&#249; les praticiens se font conseillers sexuels, di&#233;t&#233;ticiens, sp&#233;cialistes des v&#234;tements, urbanistes, architectes militaires, pour les casernes, et civils, pour les h&#244;pitaux. Les m&#233;decins sont aussi concepteurs des habitations coloniales dont ils d&#233;terminent l'organisation et les d&#233;pendances pr&#233;vues pour les domestiques &#171; indig&#232;nes &#187; qu'il faut &#233;loigner de la demeure principale pour des raisons prophylactiques et de prestige. Ainsi pens&#233;e, la maison devient un dispositif hygi&#233;nique essentiel qui est int&#233;gr&#233; &#224; l'ensemble de la cha&#238;ne sanitaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;dig&#233;s par des sp&#233;cialistes des pathologies exotiques, les ouvrages savants et de vulgarisation r&#233;v&#232;lent l'&#233;tendue et la pr&#233;cision remarquables de leurs prescriptions et de leurs ambitions. Tous t&#233;moignent de la volont&#233; de ces hommes d'&#233;riger un pouvoir m&#233;dical puissant sans lequel ces derni&#232;res demeureraient vaines. Afin de nommer au mieux ce pouvoir, nous le dirons &lt;i&gt;tentaculaire&lt;/i&gt; ou potentiellement tel. Pr&#233;cisons, qu'il ne s'agit pas de qualifier la situation cr&#233;&#233;e par les m&#233;decins mais de d&#233;finir le mouvement qui les anime et les objectifs qu'ils se sont fix&#233;s ; leur r&#233;alisation pouvant varier au gr&#233; des circonstances, des territoires et des empires coloniaux. Parfois les sp&#233;cialistes ont r&#233;ussi &#224; faire pr&#233;valoir leurs recommandations ; c'est souvent le cas dans les domaines de l'urbanisme colonial, de l'habillement et de la division raciale du travail. Dans d'autres, ils ont &#233;chou&#233;, en tout ou partie, sans jamais renoncer &#224; promouvoir une &#233;ducation &#171; hygi&#233;nique &#187; qui est &#171; une n&#233;cessit&#233; sociale (16) &#187; &#224; laquelle ma&#238;tres des &#233;coles, officiers et entrepreneurs doivent imp&#233;rativement participer, soit pour pallier l'inaction des pouvoirs publics, soit parce qu'il est impossible de r&#233;glementer les conduites des Fran&#231;ais expatri&#233;s. Et les &#171; indig&#232;nes &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S&#233;gr&#233;gation, s&#233;curit&#233; sanitaire et exploitation coloniale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appartenant &#224; des &#171; races &#187; inf&#233;rieures et dangereuses, les autochtones doivent &#234;tre physiquement s&#233;par&#233;s des Blancs afin de limiter leurs relations avec eux aux seules n&#233;cessit&#233;s du travail. Ces imp&#233;ratifs hygi&#233;nistes s'enrichissent de consid&#233;rations li&#233;es &#224; la d&#233;fense de l'ordre public colonial, et de motifs &#233;dilitaires, de confort et de prestige. Tous l&#233;gitiment l'application d'une s&#233;gr&#233;gation urbaine d&#233;fendue par la majorit&#233; des praticiens puis appliqu&#233;es, selon des modalit&#233;s variables, dans la plupart des cit&#233;s d'outre-mer jug&#233;es importantes par les pouvoirs publics. En 1905, &#224; l'initiative de la section m&#233;dicale du Congr&#232;s colonial fran&#231;ais, les participants adoptent le v&#339;u suivant : &#171; qu'&lt;i&gt;une s&#233;paration compl&#232;te&lt;/i&gt; &#187; soit &#171; &#233;tabli[e] entre les villages indig&#232;nes et les villages habit&#233;s par les blancs et, dans les limites d'une m&#234;me agglom&#233;ration, que les habitations des uns et des autres soient &#233;tablies dans des quartiers diff&#233;rents. (17) &#187; Trente ans plus tard, ce v&#339;u est un principe recteur de la politique urbaine conduite par les gouverneurs g&#233;n&#233;raux de nombreuses possessions o&#249; Europ&#233;ens et autochtones r&#233;sident souvent dans des zones ou des villes distinctes. L&#224;, les premiers b&#233;n&#233;ficient de standards sanitaires modernes qui leur permettent de vivre et de bien vivre, pour les plus riches d'entre eux, dans des secteurs &#171; civilis&#233;s &#187; o&#249; l'architecture, les immeubles, les maisons, les boulevards, les rues, les jardins sont conformes aux r&#232;gles de l'hygi&#232;ne publique. Les seconds sont cantonn&#233;s dans leurs quartiers traditionnels et parfois expuls&#233;s dans des faubourgs excentr&#233;s, ou cr&#233;&#233;s &#224; l'occasion afin de purifier, sur le plan sanitaire, racial et social, tout ou partie de la ville. Les m&#233;decins et les services sp&#233;cialis&#233;s, qui ont quelquefois con&#231;u ces regroupements &#171; indig&#232;nes &#187; - c'est le cas &#224; Dakar pour combattre l'&#233;pid&#233;mie de peste en 1914 -, les nomment &#171; villages de s&#233;gr&#233;gation. (18) &#187; L'usage de ce terme s'inscrit dans un contexte o&#249; les multiples pratiques s&#233;gr&#233;gatives ne sont pas occult&#233;es mais lou&#233;es. Pens&#233;es comme des solutions novatrices, elles permettent de lutter efficacement contre ces dangereux foyers d'infection que sont les quartiers &#171; indig&#232;nes. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les villes et les quartiers sont ainsi blanchis par les autorit&#233;s qui y construisent &#233;galement des b&#226;timents officiels, des tribunaux, des banques et des &#233;glises. Autant de lieux de pouvoir temporel, financier et spirituel destin&#233;s &#224; inscrire la &#171; pr&#233;sence fran&#231;aise &#187; dans la pierre et l'espace, conform&#233;ment &#224; la doctrine de Lyautey qui accorde &#224; leur &#233;dification &#171; la plus grande importance &#187; parce qu'ils sont les symboles de &lt;i&gt;&#171; l'occupation d&#233;finitive. (19) &#187;&lt;/i&gt; Politisation notable de l'urbanisme et de l'architecture que de nombreux responsables et sp&#233;cialistes con&#231;oivent comme la poursuite de &#171; l'&#339;uvre &#187; coloniale par d'autres moyens. Villes, villages et maisons coloniaux, donc. Tous reposent sur des principes hygi&#233;nistes et racistes qui s&#233;parent, distinguent et hi&#233;rarchisent en contribuant &#224; renforcer la domination coloniale. De m&#234;me dans les h&#244;pitaux puisque des &#233;tablissements diff&#233;rents, ou des pavillons distincts, accueillent patients europ&#233;ens et &#171; indig&#232;nes &#187; afin de mieux combattre les maladies contagieuses des seconds, et de &#171; sauvegarder &#187; la &#171; supr&#233;matie (20) &#187; des premiers, &#233;crit le Dr Gustave Reynaud en 1903. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si dans les ann&#233;es 1920, beaucoup d'Europ&#233;ens vivent enfin dans des agglom&#233;rations et des demeures assainies, s'ils sont &#171; trait[&#233;s] &#187; quand ils souffrent d'affections diverses, il n'en est pas de m&#234;me des autochtones. Formant une &#171; masse d'ex&#233;cution &#187; importante et souvent diss&#233;min&#233;e sur de vastes territoires d&#233;pourvus d'h&#244;pitaux et de praticiens en nombre suffisant, ils doivent &#234;tre &#171; surtout encadr[&#233;s] &#187;, &#233;crit le Dr Lasnet qui pr&#233;cise : &#171; il ne s'agit pas de soigner tous les malades. (21) &#187; Relativement aux &#171; indig&#232;nes &#187;, la r&#232;gle peut &#234;tre ainsi d&#233;finie : des mesures de pr&#233;vention pour r&#233;duire les risques d'&#233;pid&#233;mie, et quelques soins dispens&#233;s de fa&#231;on &#233;pisodique pour parer au plus urgent et assurer &#224; cette main-&#339;uvre une condition compatible avec les activit&#233;s laborieuses qui lui sont impos&#233;es par les pouvoirs publics et les Europ&#233;ens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces in&#233;galit&#233;s sont d'autant plus l&#233;gitimes que les r&#232;gles de l'hygi&#232;ne &#233;tablissent ceci : sous les tropiques, l'agriculture, l'exploitation des for&#234;ts, la construction des routes, des chemins de fer, des villes et des maisons sont interdites aux hommes du Vieux Continent sous peine de maladies et de d&#233;c&#232;s pr&#233;matur&#233;s. Les militaires fran&#231;ais sont aussi concern&#233;s puisqu'ils doivent &#234;tre dispens&#233;s des corv&#233;es les plus &#233;prouvantes. Une formule r&#233;sume cette division raciale du travail d&#233;fendue par les m&#233;decins puis appliqu&#233;e par les autorit&#233;s civiles et militaires des possessions tropicales : l'Europ&#233;en &lt;i&gt;&#171; doit se borner &#224; diriger et &#224; surveiller les travaux faits par les indig&#232;nes : il est l'instrument sup&#233;rieur et perfectionn&#233; de la colonisation. (22) &#187;&lt;/i&gt; M&#233;decine et hygi&#232;ne coloniales ? Oui, mais pour des raisons qui ne concernent pas seulement leurs objets. Les sp&#233;cialistes de ces sciences pratiques partagent, avec la majorit&#233; de leurs contemporains, une conception hi&#233;rarchis&#233;e du genre humain qu'ils renforcent par leurs ouvrages et leurs prescriptions m&#234;mes. Dans les territoires de la &#171; zone torride &#187;, l'emploi des aptitudes diff&#233;rentes des races est n&#233;cessaire pour pr&#233;server la sant&#233; et la pr&#233;&#233;minence de l'homme blanc. Inf&#233;rieur &#224; l'autochtone sur le plan physique, en raison de sa moindre r&#233;sistance au climat et &#224; certaines maladies, il est &#233;videmment sup&#233;rieur &#224; lui sur le plan intellectuel. Indispensable, cette organisation particuli&#232;re du travail l'est aussi au succ&#232;s de l'entreprise coloniale puisque l'Europ&#233;en est le seul &#224; savoir commander &#171; l'indig&#232;ne &#187; pens&#233; comme un &#234;tre incapable de mettre en valeur la contr&#233;e o&#249; il vit. Le pass&#233; de l'Afrique et de l'Oc&#233;anie et la stagnation multis&#233;culaire de ces deux continents le prouvent. Si en Extr&#234;me-Orient, &#171; l'Annamite &#187; appartient &#224; une &#171; race &#187; et une civilisation plus &#233;lev&#233;es, ses capacit&#233;s d'invention et d'initiative sont faibles (23). Ces d&#233;fauts majeurs exigent la pr&#233;sence du Blanc qui, gr&#226;ce ses qualit&#233;s, &#224; ses connaissances scientifiques et techniques, sait se rendre ma&#238;tre et possesseur de la nature. L'extraordinaire d&#233;veloppement de l'Europe en t&#233;moigne, son expansion et sa domination imp&#233;riale le confirment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O. Le Cour Grandmaison,&lt;/strong&gt; universit&#233; d'Evry-Val-d'Essonne, France. Dernier ouvrage paru : &lt;i&gt;L'Empire des hygi&#233;nistes&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. G. Treille, &lt;i&gt;De l'acclimatation des Europ&#233;ens dans les pays chauds&lt;/i&gt;, Paris, O. Doin, 1888, p. 5-11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. J. Ferry, &#171; Pr&#233;face &#187; &#224; &lt;i&gt;Le Tonkin et la m&#232;re-patrie&lt;/i&gt;, Paris, V. Havard, 1890, 12&#232;me &#233;dition, p. 37. Le 18 mai 1879, dans un discours c&#233;l&#232;bre, Victor Hugo d&#233;clarait : &#171; Allez ! (&#8230;) emparez-vous de cette terre. Prenez-l&#224;. A qui ? A personne. (&#8230;) Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du m&#234;me coup, r&#233;solvez vos questions sociales, changez vos prol&#233;taires en propri&#233;taires(&#8230;). Faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, colonisez, multipliez&#8230; &#187; V. Hugo, &#171; Discours sur l'Afrique &#187; in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes. Politique&lt;/i&gt;, Paris, R. Laffont, 2008, p. 1012.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dr P-J. Navarre, &lt;i&gt;Manuel d'hygi&#232;ne coloniale. Guide de l'Europ&#233;en dans les pays chauds&lt;/i&gt;, Paris, O. Doin, 1895, p. 414. M&#233;decin et professeur d'hygi&#232;ne coloniale, Navarre (1849-1922) a publi&#233; de nombreux ouvrages consacr&#233;s aux maladies tropicales ; son &lt;i&gt;Manuel&lt;/i&gt; est alors un classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. . Cit&#233; par P-J. Navarre, &lt;i&gt;Manuel d'hygi&#232;ne coloniale&#8230;, op. cit&lt;/i&gt;. , p. 424. Idem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dr P. Reille, &#171; La mortalit&#233; dans l'arm&#233;e. &#187; &lt;i&gt;Annales d'hygi&#232;ne publique et de m&#233;decine l&#233;gale&lt;/i&gt;, 1903, s&#233;rie 3, n&#176;49, p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Dr A. Bonain,&lt;i&gt; L'Europ&#233;en sous les tropiques. Causeries d'hygi&#232;ne coloniale pratique,&lt;/i&gt; Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1907, p. 6. Bonain est m&#233;decin des troupes coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. G. Treille, &lt;i&gt;De l'acclimatation des Europ&#233;ens dans les pays chauds, op. cit. &lt;/i&gt; , p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi. Cf. A. L. Stoler, &lt;i&gt;La chair de l'empire. Savoirs intimes et pouvoirs raciaux en r&#233;gime colonial&lt;/i&gt;, trad. de S. Roux, Paris, La D&#233;couverte, 2013 et Ch. Taraud, &lt;i&gt;La prostitution coloniale. Alg&#233;rie, Tunisie, Maroc&lt;/i&gt;, 1830-1962, Paris, Payot, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Fr. Jaur&#233;guiberry, &lt;i&gt;Les Blancs en pays chauds. D&#233;ch&#233;ance physique et morale,&lt;/i&gt; Paris, Maloine&amp;fils, 1924, p. 60 et 51.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 . &#171; Depuis plus d'un si&#232;cle que nous occupons l'Alg&#233;rie, on ne signale presque pas de mariages mixtes, ni d'amiti&#233;s franco-musulmanes &#187;, observe Albert Camus dans les ann&#233;es 1940. &lt;i&gt;Le Premier Homme &lt;/i&gt; in &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, La Pl&#233;iade &#187;, 2008, t. IV (1944-1948), p. 863. Si dans les autres colonies, la situation peut &#234;tre diff&#233;rente, la condamnation des unions interraciales est en g&#233;n&#233;ral la norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. A. Bonain, &lt;i&gt;L'Europ&#233;en sous les tropiques&#8230;, &lt;/i&gt; (1907), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; , chap. XVI : &#171; Hygi&#232;ne morale &#187;, p. 291. (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. S. Lindqvist, &lt;i&gt;Terra nullius&lt;/i&gt;, trad. de H. Hervieu, Paris, Les Ar&#232;nes, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 . P-J. Navarre, &lt;i&gt;Manuel d'hygi&#232;ne coloniale&lt;/i&gt;, op. cit. , p. 453&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. A. Chassevant. &#171; L'hygi&#232;ne collaboratrice de la victoire et de la reconstitution nationale. Son r&#244;le en Alg&#233;rie. &#187; in &lt;i&gt;Annales d'hygi&#232;ne publique et de m&#233;decine l&#233;gale, op. cit.&lt;/i&gt; , p. 331.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. &lt;i&gt;Idem&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. &lt;i&gt;Congr&#232;s colonial fran&#231;ais de 1905&lt;/i&gt;, Paris, 1905, p. 304. (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. MM. Collomb, Huot et Lecomte, &#171; Notes sur l'&#233;pid&#233;mie de peste au S&#233;n&#233;gal en 1914. &#187; &lt;i&gt;Annales de m&#233;decine et de pharmacie coloniales&lt;/i&gt;, 1921, n&#176;19, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Cit&#233; par le g&#233;n&#233;ral Andr&#233;-Lucien Vacher. &#171; Lyautey urbaniste. &#187; in &lt;i&gt;L'urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux&lt;/i&gt;, Paris, Les Editions d'urbanisme, 1932, t. 1, p. 112. (Soulign&#233; par nous.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Dr G. Reynaud, &lt;i&gt;Hygi&#232;ne des &#233;tablissements coloniaux&lt;/i&gt;, Paris, Bailli&#232;re, 1903, p. 338.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Dr Lasnet, &#171; La situation sanitaire aux Colonies. &#187; (1929), Acad&#233;mie des sciences coloniales, &lt;i&gt;Compte rendu des s&#233;ances, op. cit.&lt;/i&gt; , p. 494.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Dr G. Reynaud, &lt;i&gt;Hygi&#232;ne des colons&lt;/i&gt;, Paris, J-B. Baill&#232;re, 1903, p.360.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. &#171; M&#233;diocre est l'esprit d'invention de l'Annamite : m&#233;diocre est &#187; aussi &#171; son industrie &#187;, affirme Paul Giran dans un ouvrage soutenu par le Minist&#232;re des Colonies et le gouvernement g&#233;n&#233;ral de l'Indochine. &lt;i&gt;Psychologie du peuple annamite. Le caract&#232;re national. L'&#233;volution historique, intellectuelle, sociale et politique&lt;/i&gt;, Paris, E. Leroux, 1904. p. 118. Auteur de plusieurs ouvrages de psychologie ethnique et de sociologie coloniale, Giran fut administrateur des services civils en Indochine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
