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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Sexualit&#233; et pouvoir - Carnet de bord</title>
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		<dc:creator>Estelle Chauvey, Judith Soria</dc:creator>



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&lt;p&gt;D'aucuns ont entendu parler de ce groupe de pseudo-pl&#233;b&#233;iens qui se r&#233;unissait trois fois par an, dans une contr&#233;e lointaine, dans une grande b&#226;tisse appel&#233;e&#171; Le Closet &#187; au c&#339;ur d'un petit village nomm&#233; Fertans. L&#224; s'y d&#233;rouleraient d'obscures conf&#233;rences autour de sujets tendancieux au cours desquelles de multiples intervenants viendraient aiguiser l'app&#233;tit intellectuel des participants, entrecoup&#233;s de bacchanales aiguisant un autre genre d'app&#233;tit. Les honn&#234;tes gens tentent de se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'aucuns ont entendu parler de ce groupe de pseudo-pl&#233;b&#233;iens qui se r&#233;unissait trois fois par an, dans une contr&#233;e lointaine, dans une grande b&#226;tisse appel&#233;e&#171; Le Closet &#187; au c&#339;ur d'un petit village nomm&#233; Fertans. L&#224; s'y d&#233;rouleraient d'obscures conf&#233;rences autour de sujets tendancieux au cours desquelles de multiples intervenants viendraient aiguiser l'app&#233;tit intellectuel des participants, entrecoup&#233;s de bacchanales aiguisant un autre genre d'app&#233;tit. Les honn&#234;tes gens tentent de se rassurer en ne pr&#234;tant nulle foi &#224; ces racontars. Et pourtant, vos serviteuses peuvent t&#233;moigner de la bonne humeur, la joie de se retrouver et de se laisser envo&#251;ter par l'esprit de la pl&#232;be. C'est un de ces week-ends que nous allons vous conter si vous nous pr&#234;tez l'oreille&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait la fin du mois d'octobre et le temps &#233;tait d&#233;j&#224; un peu froid en moyenne montagne lorsque les premi&#232;res voitures arriv&#232;rent sur place. Des beaux et grands parisiens nomm&#233;s Marco, Adam, Orgest, Judith ainsi que de plus petits qu'on appelle &#201;mile et Suzanne prirent possession des lieux. Rapidement arriv&#232;rent d'encore plus grands Bysontins, Philippe et Estelle, accompagn&#233;s d'un plus petit ayant nom F&#233;lix. Ces derniers &#233;taient lest&#233;s de Joachim qu'ils &#233;taient pass&#233;s chercher &#224; la gare. Ces quatre-l&#224; furent accueillis par une danse magique pour le moins envo&#251;tante ex&#233;cut&#233;e par Judith et Adam&#8230;l&#224; vous nous excuserez de ne pouvoir en dire plus&#8230;Apr&#232;s le rangement des vivres et la rapide r&#233;partition des chambr&#233;es, Marco sortit l'&#233;lixir salvateur, une excellente bouteille de Whisky !!! Nous disons salvateur car il est vrai que l'un des premiers rituels de ces pseudo-pl&#233;b&#233;iens consiste &#224; prendre l'ap&#233;ro&#8230; Or ce jour-l&#224; Claude et S&#233;verine charg&#233;s du vin comme &#224; leur habitude allaient, pour des raisons professionnelles (selon la version officielle&#8230;) arriver un peu plus tard. Tr&#232;s rapidement les esprits furent &#233;chauff&#233;s tant par le doux &#233;lixir que par le th&#232;me du week-end qui d&#233;j&#224; faisait bouillonner les esprits et les corps. Claude et S&#233;verine arrivant, nouvelles embrassades, nouveau rangement des vivres, puis tranquillement l'ap&#233;ro fit place au repas. Les &#233;changes fusaient, passionn&#233;s, passionnants, troublants. Lorsque Joachim se vanta de ce que son pr&#233;nom signifiait &#171; Dieu se dresse &#187;, cela en laissa plus d'une songeuse et parut prometteur quant &#224; son intervention du lendemain&#8230;Les douze coups de minuit sonn&#232;rent et trois Grenoblois de noir v&#234;tus, Aude, Mathieu et Johan, sortant tout juste d'un concert nous le firent remarquer. Nous avions bascul&#233; dans le jour d'apr&#232;s&#8230; Soucieux de se reposer en vue de la journ&#233;e du lendemain, nos trois comp&#232;res all&#232;rent se coucher rapidement laissant les autres &#224; leurs vives conversations. Il f&#251;t question ce soir l&#224; de math&#233;matiques (eh oui l'apprenti pl&#233;b&#233;ien a plusieurs cordes &#224; son arc&#8230;), de caresses, de creusade, de trouage, de gratage, de trouitude&#8230; De grandes v&#233;rit&#233;s furent r&#233;v&#233;l&#233;es : ainsi apprit-on qu'&#171; Orgest en intervention pl&#233;ni&#232;re, il n'est pas Socratique &#187; (reste d'un d&#233;bat entre lui et Olivier lors d'un atelier pr&#233;c&#233;dent) ; des menaces furent prof&#233;r&#233;es : &#171; tu aimes les id&#233;es, attention ! tu les vois partout apr&#232;s &#187;. D'Orgest on apprit que &#171; sum (?) en albanais populaire veut dire cul &#187; ce &#224; quoi Philippe r&#233;pondit &#171; &#231;a s'annonce bien ! &#187;. Oui le week-end s'annon&#231;ait bien&#8230; Et ce ne f&#251;t que vers quatre du matin que les derniers r&#233;calcitrants au sommeil d&#233;pos&#232;rent les armes ainsi que quelques phrases griffonn&#233;es sur du sopalin sur la table de l'arri&#232;re cuisine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/carnet_de_bord2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/carnet_de_bord2.jpg' width='500' height='891' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_451 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/carnet_de_bord3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/carnet_de_bord3.jpg' width='500' height='891' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Samedi matin, la maisonn&#233;e e&#251;t bien du mal &#224; s'&#233;veiller, les uns sortaient laborieusement du lit, les autres se trainaient au petit-d&#233;jeuner et y trainaient et d'autres, fort heureusement plus vifs, m&#233;tamorphosaient la cuisine d'entr&#233;e en salle d'intervention. Nos pl&#233;b&#233;iens locaux, Philippe B.(paysan vilain) et Martine (fra&#238;che retrait&#233;e) &#233;tant arriv&#233;s, le caf&#233; et le th&#233; d'accueil consomm&#233;s, tout ce petit monde &#233;tait pr&#234;t &#224; se lancer corps et &#226;mes (car les deux sont n&#233;cessaires &#224; ces &#233;tranges r&#233;unions) dans cette folle journ&#233;e de pens&#233;e philosophique. Place &#233;tait faite aux interventions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Joachim Daniel Dupuis &#171; Le d&#233;sordre des sexualit&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_452 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/carnet_de_bord4.jpg' width='460' height='460' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Joachim (Dieu se dresse toujours) se proposait, dans une intervention intitul&#233;e &#034;D&#233;sordre de la sexualit&#233;&#034;, de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que serait le d&#233;sordre des sexualit&#233;s, &#224; comment le pouvoir s'approprie nos corps et surtout, comment s'affranchir de cette appropriation. Il est parti de deux exemples cin&#233;matographiques, les Amazones de &lt;i&gt;Wonder Woman&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Society&lt;/i&gt;, film de Brian Yuzna sorti en 1989.&lt;br class='autobr' /&gt;
Wonder Woman est une Amazone. Si H&#233;rodote pr&#233;sente les Amazones comme un peuple barbare d'Anatolie, la culture populaire a fait des membres de cette tribu purement f&#233;minine des Grecques. Toujours est-il que ce sont des femmes fortes, des guerri&#232;res tueuses et croqueuses d'hommes. La question de la sexualit&#233; de ces femmes n'est gu&#232;re appr&#233;hend&#233;e, ne serait-ce qu'une sexualit&#233; reproductive. Dans le film &lt;i&gt;Wonder Woman&lt;/i&gt;, elles vivent sous un d&#244;me qui les isole du monde, mais celui-ci fait irruption sur l'&#238;le lorsqu'un avion am&#233;ricain de la seconde guerre mondiale s'&#233;crase sur la plage. C'est apr&#232;s cette perc&#233;e du d&#244;me que Diana devient Wonder Woman et part affronter Had&#232;s, le dieu de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Brian Witney, protagoniste de &lt;i&gt;Society&lt;/i&gt;, est un adolescent, fils de bonne famille, mais mis &#224; part des autres gar&#231;ons de sa classe sociale. Des troubles psychologiques lui provoquent des cauchemars et des hallucinations qui concernent sa famille. Le concept politique du film est r&#233;v&#233;l&#233; dans une sc&#232;ne d'orgie dont Brian est la proie. L'ensemble de la haute soci&#233;t&#233; appara&#238;t sous la forme d'un blob qui se nourrit de Brian et d'autres jeunes personnes de classes populaires. Il appara&#238;t que Brian n'est pas le fils biologique de ses parents et n'a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; par eux que pour nourrir les app&#233;tits sexuels sadiens et anthropophages de cette soci&#233;t&#233;. La sexualit&#233; appara&#238;t alors cliv&#233;e entre domin&#233;s et dominants, entre pl&#233;b&#233;iens et patriciens et la soci&#233;t&#233; capitaliste sous la forme du blob, un amas de cellules qui croit de l'appropriation du corps &#233;trangers de ces pl&#233;b&#233;iens dans lesquels il puise son &#233;nergie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Estelle, devant aller chercher Alain, notre troisi&#232;me larron et intervenant, s'&#233;tait &#233;clips&#233;e durant la seconde partie de l'intervention de Joachim (Dieu se dresse. Encore ??). Le long du trajet direction la gare de Besan&#231;on, elle se laissa aller &#224; ses pens&#233;es, elle se rem&#233;morait les discussions tardives du vendredi soir, elle pensait &#224; ses belles amazones aux seins band&#233;s dont nous avait parl&#233; Joachim (Dieu n'en finit pas de se dresser), &#224; l'organisation du week-end en croisant les doigts pour que le four ne soit pas une fois de plus capricieux, et surtout au plaisir de pouvoir se r&#233;unir tous ainsi &#224; Fertans. Ce f&#251;t le doux sourire d'Alain sur le quai de la gare qui la sortit de ses pens&#233;es, embrassades chaleureuses et joie de se retrouver&#8230;ils &#233;chang&#232;rent sur eux, leurs amours, leurs emplois, l'&#233;trange sabbat en cours au Closet&#8230;si bien qu'ils arriv&#232;rent au g&#238;te en ayant l'impression que les 40 minutes habituelles de route n'en avaient &#233;t&#233; que 10. La porte de la b&#226;tisse pass&#233;e, ils furent envelopp&#233;s par la chaude atmosph&#232;re o&#249; rires, paroles anim&#233;es et tintements de verres se m&#234;laient. Tous ceux qui connaissent Alain lui offrirent un accueil digne d'une sommit&#233;, lui qui faisait son retour tant attendu des &#238;les lointaines. Les conversations reprirent de plus belle et s'ensuivit le repas : le d&#233;licieux couscous maison de S&#233;verine, les fromages locaux apport&#233;s par notre paysan vilain et un g&#226;teau aux amandes vegan tant attendu par notre gourmand Adam. Comme &#224; l'habitude, il fallut se discipliner un peu afin de reprendre le cours du programme sans trop de retard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le d&#233;dale tortueux des langues charg&#233;es &#187; une divagante excit&#233;e de Pim Paoum&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pim Paoum entra en sc&#232;ne, de sa voix chaude et suave il annon&#231;a que pendant longtemps il n'avait pas su par quel bout prendre son intervention. Une entr&#233;e en mati&#232;re d&#233;cid&#233;ment tr&#232;s suggestive. Une entr&#233;e par la langue, une discussion autour du sexe et du pouvoir, comment se parle, s'&#233;nonce le sexe dedans et autour, quelle articulation existe entre eux que ce soit dans le domaine politique ou priv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il nous embarqua dans une aventure digne des romans de Thomas Pinchon, tr&#233;pidante, sinueuse, riche de ses r&#233;f&#233;rences. Musset, en plus int&#233;ressant pr&#233;cisa-t-il, le blog &#171; Le silence qui parle &#187;, le film &#171; Under the skin &#187; de Jonathan Glazer, le livre &#171; Belle et b&#234;te &#187; de Marcela Iacub, Chamayou, Badiou, Deleuze, Pr&#233;ciado&#8230;lui-m&#234;me se laissant embarquer et disant &#224; regret qu'il allait devoir conclure avant d'avoir introduit&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait question de la notion animale du corps que nous habitons, de notre corps r&#233;el &#171; h&#233; oui les hormones &#231;a existe ! &#187;, du consentement, qui d&#233;passait bien ce grand concept &#171; qui ne dit mot consent &#187;. Du n&#233;o-lib&#233;ralisme qui a ing&#233;r&#233;, recrach&#233; le mouvement de mai 68, de ce monde marchand qui s'insinue de plus en plus dans nos vies, comment nous sommes interpell&#233;s dans notre subjectivit&#233;, dans notre langue, notre mot, comment parfois nous nous faisons nous-m&#234;mes le relais de la parole dominante. Y a-t-il encore de la politique, de la cr&#233;ativit&#233;, de la r&#233;sistance dans le sexuel ou n'est-il plus que rapport&#233; &#224; la morale ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Une intervention en mouvement qui nous a d&#233;cha&#238;n&#233;s sans nous encha&#238;ner. Ce que certains ont toutefois pu regretter&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sade malgr&#233; tout ? Une subversion toujours &#224; venir, intempestive &#187; Alain Naze&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_454 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/carnet_de_bord6.jpg' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sexualit&#233;, pouvoir normatif, souverain, r&#233;sistance, subversion, r&#233;versibilit&#233;, subordination, transgressions, lignes de fuites, normes, performances&#8230;ce f&#251;t une intervention riche et dense que nous proposa Alain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec une orientation n&#233;o-sadienne, Foucault, les Queers&#8230; il questionna et d&#233;veloppa le comment jouer avec l'actuel dispositif normatif, comment ne pas c&#233;der &#224; l'illusion que la sexualit&#233; pourrait s'extraire de toute forme de pouvoir. Il s'agissait bien l&#224; de lutter contre une politique de l'interdiction, de cr&#233;er de l'exclusion au sein d'autorisations, de ne pas se laisser normer, domestiquer dans nos vies sexuelles par un pouvoir inclusif. R&#233;sister &#224; la norme actuelle, &#224; l'inclusion sociale qui renvoie &#224; un rapport contractuel des relations, subvertir sans recr&#233;er de nouvelles normes cloisonnantes, destituer en restant bien hors du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt; Il nous amena aussi &#224; interroger le consentement, la r&#233;versibilit&#233; des r&#244;les que ce soit dans les rapports h&#233;t&#233;rosexuels ou homosexuels. Dans toute relation sexuelle le pouvoir n'est pas toujours en place du dominant, il faut savoir sortir des trompe-l'&#339;il, la relation de pouvoir ne peut se r&#233;duire &#224; un simple jeu de r&#244;le, il faut tenir son r&#244;le au s&#233;rieux pour ne pas &#234;tre dans un simulacre de pouvoir. Quel type de plaisir recherche-t-on ? Si l'on prend du plaisir &#224; jouer le r&#244;le du domin&#233;, peut-on r&#233;ellement parler de pouvoir ? Et si la relation de pouvoir n'existait pas dans la relation sexuelle, y aurait-il une perte de l'&#233;rotisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Film surprise &#187; Marco Candore&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la surprise fut dure &#224; garder, tant certains s'&#233;vertuaient &#224; questionner ce pauvre Marco afin de percer le myst&#232;re ! La salle s'assombrit et les premi&#232;res images apparurent sur la toile du vid&#233;oprojecteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme nous comptait une histoire de voyeurisme, entour&#233; d'une petite assistance, qui tout comme nous, se d&#233;lectait de son r&#233;cit. Il &#233;tait question de voyeurs, de toilettes des dames, de d&#233;go&#251;t, de plaisir, de transgression&#8230; bref &#171; une sale histoire &#187;, c'est d'ailleurs ainsi que Jean Eustache a intitul&#233; son diptyque. Comme le fit remarquer Johan, Eustache nous embarque dans une aventure o&#249; nous vivons une inversion des r&#244;les, tout d'abord voyant le voyeur pour ensuite devenir nous-m&#234;mes les voyeurs dans la seconde version. Nous parl&#226;mes du regard du voyeur, du regard qui vole, de l'inversion des corps, du trou, du tourner autour (ce qui ne manqua pas de faire &#233;cho avec les &#233;changes du vendredi soir). On pensa &#224; Laurent de Sutter et sa th&#233;orie du trou, au film de Forbes &#171; Les femmes de Stateford &#187;, &#224; Sade qui dans son &#233;criture convoque l'ou&#239;e dans un premier temps, puis la vue dans un second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de journ&#233;e avait sonn&#233;, il fallut relancer le feu dans la chemin&#233;e et attendre d'&#234;tre envahi par sa douce chaleur. Mais ce f&#251;t d'abord celle du blanc cass et du C&#244;te du Rh&#244;ne qui enveloppa les convives. La table f&#251;t dress&#233;e (&#224; ce qu'on dit, Dieu aussi) et le repas made by Chazal, anim&#233; par les &#233;changes de tous. Les questions suscit&#233;es par les interventions de la journ&#233;e se prolong&#232;rent, chacun parlait de ses projets, de ses engagements divers et vari&#233;s, des liens se tissaient, se consolidaient&#8230; Petit &#224; petit chacune et chacun alla se coucher, ne laissant qu'une poign&#233;e d'irr&#233;ductibles pseudo-pl&#233;b&#233;iens (ils se reconnaitront d'eux-m&#234;mes) qui, une fois n'est pas coutume se laiss&#232;rent aller &#224; pousser la chansonnette jusqu'&#224; l'aurore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, il y e&#251;t l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'association, puis un rapide repas avant de remettre de l'ordre dans le d&#233;sordre et peut-&#234;tre du d&#233;sordre dans l'ordre. Le dernier coup de serpill&#232;re donn&#233;, les derniers bagages charg&#233;s, la derni&#232;re cigarette fum&#233;e&#8230;La porte du Closet se refermait jusqu'&#224; la prochaine fois qui doit avoir lieu dans cent ans (le seize f&#233;vrier MMXIX, oui) laissant partir chacun ivre de souvenirs. Et ne v&#233;curent-ils pas philosophiquement et n'eurent-ils pas tant et tant d'ateliers pl&#233;b&#233;iens&#8230; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Nos temporalit&#233;s peuvent-elles se rencontrer ?</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=706</link>
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		<dc:date>2018-07-29T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Estelle Chauvey, Romuald Gloriod</dc:creator>



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&lt;p&gt;Nous sommes infirmiers dipl&#244;m&#233;s d'&#233;tat, et tous deux avons choisi de travailler en psychiatrie &#224; la sortie de nos &#233;tudes (un seul dipl&#244;me commun psy/soins g&#233;n&#233;raux depuis 1992). Quand il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire une journ&#233;e sur la psychiatrie, on s'est dit &#171; allez on se lance &#187;, beaucoup stress&#233;s mais en m&#234;me temps l'id&#233;e en t&#234;te que c'&#233;tait important de le faire, qu'on avait des choses &#224; dire. Et aussi il ne faut pas le cacher, que depuis le temps que nous participons aux week-ends de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes infirmiers dipl&#244;m&#233;s d'&#233;tat, et tous deux avons choisi de travailler en psychiatrie &#224; la sortie de nos &#233;tudes (un seul dipl&#244;me commun psy/soins g&#233;n&#233;raux depuis 1992). Quand il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire une journ&#233;e sur la psychiatrie, on s'est dit &#171; allez on se lance &#187;, beaucoup stress&#233;s mais en m&#234;me temps l'id&#233;e en t&#234;te que c'&#233;tait important de le faire, qu'on avait des choses &#224; dire. Et aussi il ne faut pas le cacher, que depuis le temps que nous participons aux week-ends de philosophie pl&#233;b&#233;ienne, ne pas faire d'intervention, vu le th&#232;me, nous vaudrait certainement quelques vannes pendant un bon moment&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous travaillons dans un foyer dit de post-cure &lt;i&gt;le Colombier&lt;/i&gt;, foyer cr&#233;&#233; dans les ann&#233;es 80 pour r&#233;pondre aux crit&#232;res de la sectorisation. Il s'agissait au d&#233;part d'instaurer, devant la maladie mentale, une attitude globale r&#233;unissant pr&#233;vention, cure, postcure et continuit&#233; des soins dans la communaut&#233;, &#233;vitant le plus possible l'hospitalisation au long cours, avec une politique active de r&#233;insertion. La premi&#232;re exp&#233;rience, anim&#233;e par Ph. Paumelle, d&#233;buta d&#232;s 1954 dans le XIII&#232;me arrondissement de Paris. La circulaire du 15 mars 1960 en d&#233;finit les bases. Une approche horizontale des soins publics &#233;tait pr&#233;conis&#233;e, avec secteurs g&#233;ographiques homog&#232;nes, &#233;quipes pluridisciplinaires m&#233;dicosociales identiques et &#233;quipements permettant des prises en charge intracommunautaires diversifi&#233;es (h&#244;pital de jour, de nuit, dispensaire d'hygi&#232;ne mentale-CMP, etc.). La sectorisation n'est entr&#233;e dans les faits qu'&#224; partir de 1972, essentiellement par des circulaires, puis l&#233;galis&#233;e par la loi du 25 juillet 1985 (art.8).&lt;br class='autobr' /&gt; Nous accueillons principalement des personnes souffrant de troubles dits psychotiques, en hospitalisation compl&#232;te, en h&#244;pital de jour, de nuit, en visite, en fonction des besoins de chacun. Nous intervenons principalement au foyer, mais aussi parfois &#224; leur domicile, aupr&#232;s de partenaires, voire de leur employeur&#8230;&#224; noter que toutes les personnes en soin au foyer le sont avec leur accord. Notre pratique, nos r&#233;flexions sont inspir&#233;es de la psychoth&#233;rapie institutionnelle, importance donc de la dynamique de groupe, de l'analyse institutionnelle et de la relation soignant-soign&#233; (la psychoth&#233;rapie institutionnelle se basant sur l'ali&#233;nation sociale et l'ali&#233;nation psychopathologique). En vue de cette intervention, la question du temps nous est vite apparue essentielle. Nous nous sommes alors appuy&#233;s sur cette analyse d'Elie Pouillaude dans son livre intitul&#233; &lt;i&gt;L'ali&#233;nation. Psychose et psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Seul le temps peut permettre de lier une relation [&#8230;] th&#233;rapeutique avec le patient, chose &#233;videmment impossible &#224; mettre en place dans une logique hospitali&#232;re du &#171; tourniquet &#187; [&#8230;]. Cette logique gestionnaire [&#8230;] remplace actuellement la rencontre th&#233;rapeutique bas&#233;e sur la relation [&#8230;] par le savoir pr&#233;&#233;tabli [&#8230;] qui pense pouvoir soigner en se passant de la d&#233;couverte de cet Autre porteur de sympt&#244;mes, certes objectivables, mais dont le sens est de r&#233;pondre &#224; la subjectivit&#233; d'une construction psychique et historique. Face &#224; cette politique fond&#233;e sur la d&#233;subjectivation de l'homme, il est clair que continuer de travailler dans l'int&#233;r&#234;t des patients et particuli&#232;rement des patients psychotiques, r&#233;clame [&#8230;] de se d&#233;gager de la temporalit&#233; lib&#233;rale et des logiques &#233;conomiques et gestionnaires qui entendent r&#233;gler le soin psychique. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons donc tenter de d&#233;plier cette analyse &#224; partir des r&#233;flexions issues de notre pratique quotidienne. Dans un premier temps nous allons d&#233;finir ce que sont les 3 temporalit&#233;s auxquelles nous sommes confront&#233;es, celle de l'&#233;tablissement, celle du soignant et celle de la personne soufrant de troubles psychotiques pour dans un second temps voir comment elles inter-agissent les unes entre les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant tout, nous souhaitons &#233;claircir notre positionnement afin de pr&#233;ciser depuis quelle place nous parlons aujourd'hui, positionnement expos&#233; &#224; l'aide de diagrammes, clin d'&#339;il &#224; la pens&#233;e diagrammatique de Gilles Ch&#226;telet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/estelleromuald.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/estelleromuald.png' width='488' height='1108' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous entendons par &#034;&#233;tablissement&#034; ce qui est dans un rapport direct avec l'Etat, l'administratif et l'administration, la hi&#233;rarchie, le statut du salari&#233;, le d&#233;veloppement du soin r&#233;git par les contraintes &#233;conomiques et par &#034;institution&#034; les processus permettant de traiter les ali&#233;nations psychotiques. Le premier diagramme correspondrait au pouvoir disciplinaire de l'&#233;tablissement qui ferait de nous son interm&#233;diaire pour exercer ce pouvoir sur les patients, nous ne nous retrouvons pas dans ce diagramme et pr&#233;f&#233;rons le second o&#249;, tout comme le patient, nous subissons le pouvoir de l'&#233;tablissement, tout en ayant bien conscience que nous en faisons tout de m&#234;me parti et que nous sommes amen&#233;s &#224; la reconduire parfois aussi. Dans le premier diagramme le patient est exclu de l'institution alors que dans le second il en fait parti. C'est &#224; Tosquelles que l'on doit la distinction entre &#233;tablissement et institution, je cite Elie Pouillaude &#171; Nous pourrions dire, d'une mani&#232;re subversive, qu'une d&#233;finition correcte de l'institution pourrait &#234;tre la suivante : une institution &#231;a n'existe pas. Ce qui existe r&#233;ellement c'est l'&#233;tablissement et, &#224; partir de lui, des processus d'institutionnalisation. L'institution est ce vers quoi il faut tendre&#8230; La fonction de l'institution est d'&#234;tre un syst&#232;me de m&#233;diation permettant l'&#233;change inter-humain &#224; plusieurs niveaux, elle permet de faire revivre le rapport bris&#233; entre le sujet schizophr&#232;ne et le milieu humain l'entourant &#187;. C'est ce que nous tentons de faire au quotidien dans notre pratique, tentant au maximum de gommer les gestes d'autorit&#233;s inf&#233;od&#233;s &#224; nos statuts respectifs afin de laisser le maximum de place &#224; la rencontre avec l'Autre, &#224; la cr&#233;ation d'espaces du dire, de se saisir de la parole et des processus inconscients qui y &#233;mergent&#8230; ce que F&#233;lix Guattari a appel&#233; le concept de transversalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I/ Les diff&#233;rentes temporalit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'&#233;tablissement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le lib&#233;ralisme, la pr&#233;tention de certains individus &#224; d&#233;tenir la v&#233;rit&#233; sur le Bien &#233;tant la cause fondamentale qui porte les hommes &#224; s'affronter violemment (anthropologie d&#233;sabus&#233;e : la guerre de tous contre tous... Hobbes 1588-1679) alors les membres d'une soci&#233;t&#233; ne peuvent vivre en paix les uns avec les autres que si un Pouvoir philosophiquement neutre se charge d'organiser leur coexistence (c'est-&#224;-dire un pouvoir qui s'abstient d'imposer aux individus telle ou telle conception de la vie bonne). Il s'agit alors de mettre en place une administration purement technique des choses en &#233;laborant des moyens pratiques pour r&#233;duire au maximum les risques de chocs et de collisions entre les membres d'une soci&#233;t&#233; per&#231;us comme des particules &#233;l&#233;mentaires en mouvement perp&#233;tuel. Pour les lib&#233;raux l'Etat le plus juste, c'est-&#224;-dire celui qui ne pense pas, qui est sans id&#233;es ni valeurs, ne doit m&#234;me plus se comprendre comme un &#171; gouvernement des hommes &#187; et exige bien moins des convictions politiques que des comp&#233;tences d' &#171; expert &#187; (experts HAS). C'est ainsi que la pens&#233;e politique et administrative a emprunt&#233;e dans les ann&#233;es 1980 au management d'entreprise la notion de &#171; gouvernance &#187; en lieu et place de celui de &#171; gouvernement &#187; (apparu dans les ann&#233;es 1970 ce terme d&#233;signe un mode de gestion des firmes fond&#233; sur une articulation entre le pouvoir des actionnaires et celui de la direction ; il pose la question du type d'acteurs impliqu&#233;s dans la prise de d&#233;cision et de leur mode d'interaction). Dans le champ politique et administratif la gouvernance renvoie aux interactions entre l'Etat, le corps politique et la soci&#233;t&#233;, et donc aussi aux syst&#232;mes de lobbyisme et de coalitions d'acteurs publics et priv&#233;s mais aussi &#224; la gestion comme outil principal de d&#233;cision et d'efficience. La bonne gouvernance est li&#233;e &#224; la logique dite du &#171; New Public Management &#187; (Nouvelle Gestion Publique). Cette logique repose sur une vision minimaliste du r&#244;le de l'Etat selon laquelle celui-ci-doit revenir &#224; son &#171; c&#339;ur de m&#233;tier &#187; : les &#171; fonctions r&#233;galiennes &#187; (c'est-&#224;-dire : le maintien de l'ordre, la justice, la d&#233;fense du territoire ; en d'autres termes les domaines o&#249; la force/violence est mobilis&#233;e). Pour cela il doit d&#233;centraliser sur d'autres acteurs les fonctions consid&#233;r&#233;es comme non strat&#233;giques [la sant&#233; en fait donc partie]. Cette doctrine de gouvernement (la nouvelle gestion publique) nie &#8212; ou en tous cas minimise &#8212; toute diff&#233;rence de nature entre gestion publique et gestion priv&#233;e. En cons&#233;quence les pouvoirs publics doivent &#171; moins se pr&#233;occuper de ramer que de tenir le gouvernail &#187; et s'affairent &#224; partager les r&#244;les entre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le niveau du pilotage de l'action publique (le pouvoir politique qui prend les d&#233;cisions strat&#233;giques en fixant les priorit&#233;s collectives et leurs objectifs -les missions- et les ressources financi&#232;res &#224; allouer), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le niveau d'ex&#233;cution d&#233;l&#233;gu&#233; par lui &#224; des entit&#233;s autonomes (le pouvoir de l'administration ou du gestionnaire qui prend librement les d&#233;cisions op&#233;rationnelles pour atteindre les objectifs- les H deviennent des ETS priv&#233;s &#224; but non lucratif assurant des missions de service public). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci afin d'am&#233;liorer l'efficience c'est-&#224;-dire l'atteinte des objectifs avec le moins de moyens possible. (cf. efforts d'efficience)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, il convient :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;centraliser l'Etat, gr&#226;ce &#224; la cr&#233;ation d'agences publiques sous contrat avec lui dans lesquelles les employ&#233;s des agences cessent d'&#234;tre des fonctionnaires statutaires (ARS) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de mettre en place des m&#233;thodes de d&#233;cision et de gestion reposant sur une &#171; approche de march&#233; &#187; (cens&#233;e &#234;tre plus efficace que les approches de programmation ou la planification) et sur des techniques d'am&#233;lioration continue telles que l'assurance qualit&#233;, la recherche du z&#233;ro d&#233;faut (accr&#233;ditation) ; des proc&#233;dures contractuelles ou semi-contractuelles (fixation d'objectifs, CPOM&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les ETS publics sont mis en concurrences entre eux ou avec des ETS priv&#233;s ou associatifs pour la fourniture des services ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les usagers du service public deviennent des clients qui payent un service (par leurs imp&#244;ts ou leurs cotisations sociales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le soignant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillons avec le singulier, qui est la place de tout un chacun mais qui n'est jamais la m&#234;me qu'un autre. Il est donc essentiel de savoir depuis quelle place nous parlons mais aussi &#224; quelle place se situe l'autre. Dans notre rapport &#224; nous-m&#234;mes et aux autres, il faudra se demander &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que je fous l&#224;&lt;/i&gt; &#187;. Jean Oury disait &#171; &#8230;chacun de nous est la r&#233;sultante active d'un faisceau d'appartenances variables, appartenances &#224; sa propre &#8216;histoire' mais aussi &#224; un nombre ind&#233;termin&#233; de groupes, de sous-groupes, d'inter-groupes. C'est &#224; partir de ces sortes de qualit&#233;s intensives des &#8216;coefficients d'appartenance' qu'on peut avoir acc&#232;s, ne serait-ce qu'un instant, &#224; &#8216;ce qui se passe'. Et ce qui se passe ne peut se maintenir que par notre pr&#233;sence concr&#232;te, laquelle surd&#233;termine les fa&#231;ons d'&#234;tre de tout un chacun&#8230; &#187; Questionnement donc permanent et vigilance, sur nos positionnements, nos d&#233;sirs, nos perceptions, nos habitudes, nos savoirs, ce que l'on nous a transmis (questionnement permanent puisque cela &#233;volue avec le temps)&#8230;nous devons interroger sans cesse nos postures et impostures. Il faut aussi prendre en compte le terrain o&#249; nous sommes, le contexte social et les objectifs impos&#233;s par l'&#233;tablissement. Se d&#233;faire des m&#233;canismes d'identification v&#233;hicul&#233;s par l'&#233;tablissement, de mani&#232;re collective (nous y reviendrons plus tard) mais aussi de mani&#232;re individuelle, se d&#233;faire de ce que Bourdieu appelle &#171; la violence symbolique &#187;, violence qui int&#233;riorise en chacun des discours dominants et des structures de production de ceux-ci. La question du &#171; qu'est-ce que je fous l&#224; &#187; interroge donc le croisement d'un cheminement personnel, subjectif avec celui collectif d'une institution. Et surtout, connaissance et reconnaissance de la singularit&#233; de chaque malade, on se doit d'avoir un certain bagage th&#233;orique ainsi qu'une connaissance r&#233;elle de la personne, de ses difficult&#233;s, de son ressenti, de son histoire pour l'accueillir de fa&#231;on p&#233;renne. Il faut accepter la Rencontre, se laisser prendre &#224; revers, comme disait Jean Oury faire que chaque rencontre soit comme si elle &#233;tait la premi&#232;re. Nous pouvons suivre ici, Christiane Vollaire dans son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Pour une philosophie de terrain&lt;/i&gt; &#171; Le travail engage donc une double probl&#233;matique, li&#233;e &#224; deux exigences diff&#233;renci&#233;es : celle de la distance et celle de la rationalit&#233;. Dans la mesure m&#234;me o&#249; sont vis&#233;es des formes de solidarit&#233;, la distance s'av&#232;re n&#233;cessaire, &#224; la fois par rapport aux personnes et par rapport aux situations, supposant un triple refus : refus de l'objectivation qui r&#233;duit le partenaire &#224; un simple objet de travail ; refus antagoniste de l'identification, qui ferait entrer dans un d&#233;sir fusionnel de r&#233;duction de l'autre &#224; ses propres donn&#233;es et d'indiff&#233;renciation du partenaire ; refus de la projection, qui imputerait &#224; l'autre ses propres attendus et qu'on trouve aussi bien sous la forme de la fascination exotique que sous celle de l'&#233;motion compassionnelle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est int&#233;ressant de penser notre positionnement, notre dynamique &#224; partir des lignes Deleuziennes. Gilles Deleuze part du principe qu'individus ou groupe, nous sommes faits de lignes de nature tr&#232;s diverses, la premi&#232;re est segmentaire, &#224; segmentarit&#233; dure (la famille-la profession ; le travail-les vacances ; l'&#233;cole-le travail-la retraite&#8230; ) toutes sortes de segments bien d&#233;termin&#233;s, dans toutes sortes de direction, qui nous d&#233;coupent en tout sens, des paquets de lignes segmentaris&#233;s. En m&#234;me temps nous avons des lignes de segmentarit&#233; beaucoup plus souples, non pas qu'elles soient plus intimes ou personnelles, car elles traversent les soci&#233;t&#233;s, les groupes autant que les individus. Elles tracent de petites modifications, elles font des d&#233;tours, elles esquissent des chutes, des &#233;lans&#8230;sur cette seconde sorte de ligne se passent des devenirs, des micro-devenirs. La troisi&#232;me ligne, elle, est celle qui nous emporte &#224; travers nos segments mais aussi nos seuils, vers une destination inconnue, pas pr&#233;existante, c'est la ligne de gravit&#233;, la ligne de fuite. Les trois lignes sont immanentes, prises les unes dans les autres, schizo-analyse, diagrammatisme, cartographie&#8230;ont pour objet l'&#233;tude de ces lignes dans des groupes ou des individus. (Gilles Deleuze-Claire Parnet &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt;) En tant qu'individus, nous sommes donc constitu&#233;s des trois lignes d&#233;crites par Deleuze et nous voyons bien comment elles nous traversent dans notre profession. La ligne dure de par le statut dans lequel nous sommes et toutes les injonctions en d&#233;coulant, la ligne souple sur laquelle sans cesse nous nous appuyons pour digresser de la ligne dure et donc penser le soin autrement que de la fa&#231;on o&#249; l'on voudrait nous l'imposer. Et enfin la ligne de fuite, ligne de nos d&#233;sirs, de notre cr&#233;ativit&#233; qui nous permet de sortir r&#233;ellement des sentiers battus, de se d&#233;territorialiser en embarquant avec nous les malades ou tout simplement de nous laisser embarquer par eux et mieux les comprendre. Ces moments d'envol&#233;e, avons-nous envie de dire, font que la rencontre avec l'Autre devient possible, &#224; condition bien s&#251;r d'accepter de se laisser embarquer. Nous reverrons plus tard l'int&#233;r&#234;t de ces lignes pour nous aider &#224; penser le positionnement de certains malades et comment en fonction de cela nous pouvons donc les accompagner au quotidien. On peut d'ores et d&#233;j&#224; voir que l'&#233;tablissement, lui, se situe sur le premier type de lignes, dures et segmentaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre temporalit&#233; est aussi celle de la pens&#233;e. La pens&#233;e n'est pas une 4&#232;me temporalit&#233; qui viendrait s'ajouter aux 3 d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;es, elle fait partie de la n&#244;tre, elle est de notre quotidien. Ces questionnements, ces r&#233;flexions que nous exposons l&#224; ne sont pas uniquement le fait de cette intervention, ils sont une assise &#224; notre pratique individuelle et collective. De plus notre temporalit&#233; a la sp&#233;cificit&#233; d'&#234;tre relativement souple, elle doit &#224; la fois comprendre et trouver des marches de man&#339;uvre &#224; celle de l'&#233;tablissement mais elle doit aussi pouvoir s'adapter &#224; la temporalit&#233; des patients, se caler parfois sur le rythme de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le patient&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la schizophr&#233;nie, le sentiment continu d'exister est souvent bris&#233; (notion winnicotienne), la permanence du sujet est perturb&#233;e, d'o&#249; une difficult&#233; voire une incapacit&#233; &#224; se situer dans l'espace-temps. Les moments v&#233;cus ne s'inscrivent pas comme tels, ils filent tout comme le temps qui devient ind&#233;fini, soit fragment&#233;, trou&#233; soit donnant l'impression d'une immensit&#233; oc&#233;anique, ce qui est souvent angoissant puisque cela s'accompagne du sentiment m&#234;me de perte de l'int&#233;grit&#233; du Moi. Pour tenter de penser ce qui pose probl&#232;me on peut reprendre la notion de sujet transcendantal chez Kant, principe unifiant qui permet de lier nos pens&#233;es, qui unifie le divers de l'exp&#233;rience interne c'est-&#224;-dire la temporalit&#233; v&#233;cue et les affects, mais aussi de l'exp&#233;rience externe, nous entendons par l&#224; ce qui vient des sens et qui s'intuitionne dans l'espace. Les connexions entre les diff&#233;rents moments de la vie sont perturb&#233;es comme si l'activit&#233; de synth&#232;se du sujet transcendantal op&#233;rait moins. De m&#234;me il n'y a pas ou peu de lien entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de soi et entre les diff&#233;rentes parties de soi, pas de point moteur unique dans la schizophr&#233;nie, il y en a plusieurs, c'est la multiplicit&#233; des points de gravit&#233; existentiels, ce qui renvoie &#224; la dissociation. Cela fait &#233;cho avec le texte de Kleist &#171; le th&#233;&#226;tre de marionnettes &#187; o&#249; il explique qu'un bon marionnettiste met en rapport son &#226;me avec le centre de gravit&#233; de la marionnette, ceci n'&#233;tant qu'un id&#233;al bien s&#251;r pour un homme. Cela a toutefois le m&#233;rite de montrer que la centration du sujet (dont le sujet transcendantal est la cause) n'est pas sans rapport avec la centration des conduites. Or dans le cas des personnes souffrant de schizophr&#233;nie, cette centration pose probl&#232;me, les centres sont multiples d'o&#249; une dispersion des conduites et des pens&#233;es, si bien que l'agir est perturb&#233;. Dans ces conditions on comprend qu'il n'y ait pas une seule ligne de temps unifi&#233; par laquelle ils puissent se repr&#233;senter, se rep&#233;rer et donc s'organiser (d'o&#249; la difficult&#233; &#224; rencontrer la ligne dure sociale).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'&#233;tais au foyer mais une fois que je suis chez moi qu'en est-il du foyer ?&#8230; suis-je le m&#234;me au foyer, chez moi ou ailleurs ?... et si je vais quelque part ne vais-je pas y laisser une partie de moi-m&#234;me ? &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Albert, qui lors de son premier entretien au foyer me parlait de ses &#233;tudes, le faisait comme s'il les avait termin&#233;es il y quelques mois alors qu'en fait cela remontait &#224; huit ans. Huit ann&#233;es qu'il n'a pu int&#233;grer, huit ann&#233;es comme effac&#233;es, hors du temps, dans lesquelles il ne peut s'inscrire. De la m&#234;me fa&#231;on, au foyer depuis sept mois il nous dit n'avoir pris que quelques affaires de chez lui car il ne savait pas combien de temps il allait rester l&#224;, ne ressentant pas le temps qui passe il ne peut alors aller chercher chez lui ce qui lui manque. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Phil&#233;as en perp&#233;tuel questionnement sur lui, son lien avec les autres, sa place en tant qu'homme, p&#232;re, fils&#8230;tentatives d'orientation subjective. Il se sent perdu dans un temps sans rep&#232;res, qui lui &#233;chappe o&#249; il ne peut mettre en acte ses questionnements, ce qui parfois le fait souffrir d'autant qu'il en a conscience. Et en m&#234;me temps aime &#234;tre ainsi, se pla&#238;t dans ce temps de la pens&#233;e, un temps flottant, ne comprenant pas pourquoi les autres (sa famille notamment) attendent de lui d'&#234;tre comme eux, dans un temps du faire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Francine, qui ne peut faire de lien entre diff&#233;rents moments v&#233;cus. Elle ne peut en tirer d'exp&#233;rience, comme si toute situation (pourtant quasi voire totalement similaire &#224; d'autres) &#233;tait nouvelle &#224; chaque fois, se sentant d&#233;sempar&#233;e face &#224; elle. Tout est toujours &#224; recommencer.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une heure n'est pas toujours une heure, Anne elle, peut aller travailler &#224; huit heures trente le matin mais pas &#224; sept heures trente. Cette heure de d&#233;calage, qui dans son esprit en devient deux voire trois, prend donc une toute autre dimension pour elle, insurmontable, qui la met en &#233;chec. Sa temporalit&#233; ne correspond plus &#224; celle qui lui est ext&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt; - Virginie elle s'est comme arr&#234;t&#233;e &#224; son adolescence, elle ne se reconna&#238;t pas lorsqu'elle se regarde dans le miroir, elle ne peut pas reconna&#238;tre ses traits que le temps change comme &#233;tant les siens. Le d&#233;lire vient alors donner un sens autre &#224; ces changements du temps qui passe, vu qu'on lui a vol&#233; ses organes son visage se masculinise&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sylvestre persuad&#233;, de par son d&#233;lire, qu'il est promis &#224; un grand avenir, en outre qu'il sera riche et influent, d&#233;pense son argent et fait des plans comme s'il l'&#233;tait d&#233;j&#224; actuellement. Son futur devient son pr&#233;sent.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hermann qui plong&#233; parfois dans des vides temporels se sent mort &#171; ce matin j'&#233;tais mort pendant une demi-heure, &#231;a fait bizarre quand m&#234;me &#187;. Nous retrouvons bien l&#224; la notion de temporalit&#233; fragment&#233;e associ&#233;e &#224; la perte de l'int&#233;grit&#233; du Moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une question persiste, la temporalit&#233; psychotique est elle dynamique ou statique ? G&#233;n&#233;ralement cette temporalit&#233; est d&#233;crite comme une r&#233;alit&#233; statique, enlis&#233;e, immuable, et que, comme d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;, par sa fragmentarit&#233; elle est hors de toute forme de continuit&#233; et d'articulation des structures temporelles m&#234;me. Cependant Franca Madioni (et nous la rejoignons sur ce point) dans son livre &lt;i&gt;Le temps et la psychose&lt;/i&gt; d&#233;crit, elle, une temporalit&#233; qui se veut dynamique, nous citons : &#171; C'est en se plongeant dans le mouvement de construction du Moi psychotique que nous pouvons avoir acc&#232;s &#224; l'exp&#233;rience temporelle et &#224; sa dynamique interne. La temporalit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme l'exp&#233;rience de la fronti&#232;re du Moi. A travers un travail de mise en commun des v&#233;cus temporels, la temporalit&#233; se d&#233;finit dans ses articulations &#187;. A partir de l'&#233;tude du cas d'une de ces patientes et d'un apport th&#233;orique psychanalytique et philosophique, elle va nous montrer comment dans le monde fragment&#233; d'Ir&#232;ne, la continuit&#233; peut s'&#233;tablir. Comment les formes de la temporalit&#233; sont modifiables et que la psychoth&#233;rapie est un outil (souvent le seul pr&#233;cise-t-elle) pour que les fragments du Moi trouvent un sens temporel qui les unifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II/ Interactions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Etablissement/soignant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formation minimale, perte des savoirs, perte de la transmission de lign&#233;es d'exp&#233;riences &#233;volutives (diagnostic qu'avait d&#233;j&#224; port&#233; le philosophe Walter Benjamin, mais qui plus que jamais est d'actualit&#233;). Les d&#233;cideurs sont devenus incapables de penser en se pla&#231;ant dans une temporalit&#233; qui embrasse celle de l'exp&#233;rience en &#233;quipe et encore moins interg&#233;n&#233;rationnelle. L'autonomie n'est plus admise, &#233;tant entendu par autonomie la capacit&#233; &#224; s'organiser, questionner son travail, &#224; exp&#233;rimenter des pratiques. Etre autonome est avoir un rapport actif &#224; soi. On brise une autonomie en la rendant plus d&#233;pendante, on rajoute des connexions, on intervient dans son rapport &#224; soi. Tel est le cas avec la mise en place de protocoles, de syst&#232;mes de cotations chronophages... Pas de place aux temps morts, on doit &#234;tre occup&#233; en permanence sinon c'est que l'on ne travaille pas, on n'est pas rentable. On doit rendre des comptes sur ce que l'on fait, la priorit&#233; est l&#224;, ne pas penser ni avoir du temps pour cr&#233;er un lien avec les malades. Une autre fa&#231;on de ne plus rendre vivable cette autonomie est en coupant ses connexions vitales, ainsi on cloisonne les personnes au sein m&#234;me de leur &#233;quipe, chacun sa journ&#233;e de 7 heures, on se croise &#224; peine, pour la rel&#232;ve il y a les transmissions informatis&#233;es d&#233;shumanis&#233;es. Pas le temps pour tout &#233;crire sur un ordinateur, on se retrouve donc avec des &#8216;va bien' &#8216;agit&#233; ce matin' &#8216;a bien dormi' &#8216;ras'&#8230;oui effectivement rien &#224; signaler d'int&#233;ressant. Et la r&#233;flexion entre professionnels, les longs &#233;changes o&#249; chacun peut amener ce qu'il sait de telle ou telle personne, ses impressions, son ressenti, bref tout ce qui fait que l'on est coh&#233;rent et que l'on arrive &#224; faire avancer les malades dans leurs difficult&#233;s. Ce cloisonnement bien &#233;videmment se retrouve aussi entre les diff&#233;rentes unit&#233;s de l'h&#244;pital qu'elles soient intra ou extra-hospitali&#232;res. Par exemple il y a encore quelques ann&#233;es si nous jugions qu'un patient du foyer n&#233;cessitait d'&#234;tre &#224; nouveau hospitalis&#233; en intra, il nous suffisait d'appeler directement l'unit&#233; concern&#233;e et de voir avec eux si bien s&#251;r ils avaient de la place. Maintenant hors de question, on ne fait plus confiance en notre jugement, il faut passer par les urgences psychiatriques o&#249; un m&#233;decin prendra en charge la dite personne (qu'il ne conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement pas) et reverra avec un m&#233;decin responsable sur l'h&#244;pital. Quelle perte de temps et d'&#233;nergie pour tous !.En ad&#233;quation avec la psychoth&#233;rapie institutionnelle, les soignants doivent prendre conscience de la pathoplastie du lieu de soin, c'est-&#224;-dire des effets pathog&#232;nes du milieu soignant sur le patient et l'aggravation des sympt&#244;mes qui en r&#233;sulte. En prendre conscience pour le traiter autant que possible, traiter le lieu de soin pour pouvoir y soigner le patient. Il s'agira aussi d'appr&#233;hender une forme d'analyse institutionnelle, analyser les cloisonnements, les rapports de force, de la hi&#233;rarchie, de la structuration du groupe soignant, des divers sympt&#244;mes qui apparaissent dans le quotidien de la vie institutionnelle, en somme une analyse des d&#233;terminismes sociaux qui induisent qu'on fait ce que l'on fait. Cette analyse est &#224; la fois dans un rapport interne, celle de l'ali&#233;nation sociale de l'&#233;tablissement (ali&#233;nation sociale locale) et dans un rapport externe celle des rapports qu'entretien l'&#233;tablissement avec l'Etat et qui se retrouvent dans son quotidien (ali&#233;nation sociale globale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traiter les malades en clients (en consommateurs) avertis et libres de leur choix sert &#224; transformer la m&#233;decine en une affaire, le m&#233;decin en un &#171; ing&#233;nieur producteur de soins &#187; et l'h&#244;pital en une entreprise (= la m&#233;decine industrielle, JM Cl&#233;ment) ; &#199;a sert &#224; instaurer un syst&#232;me de relation marchande puisque le March&#233; repr&#233;sente le m&#233;canisme magique qui va unir quotidiennement &#171; des millions d'individus sans qu'ils aient besoin de s'aimer, ni m&#234;me de se parler &#187; (Milton Friedman)&lt;br class='autobr' /&gt;
La vision entrepreneuriale a des effets pervers anti-humaniste et d&#233;shumanisant : si le travail des soignants ne vaut que ce qu'il est pay&#233; alors ils sont en droits de beaucoup moins s'investir (et il n'y a plus lieu de c&#233;l&#233;brer les valeurs publiques, le d&#233;vouement, l'altruisme) ; les personnels se sentant interchangeables sont en souffrance (Grimaldi).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans ce monde marchand l'Autre sera compris comme un sujet utilisable plut&#244;t que comme le partenaire possible d'une rencontre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour la coexistence pacifique des uns et des autres le lib&#233;ralisme &#233;tablit le cadre purement technique d'un &lt;i&gt;modus vivendi&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; la privatisation des convictions morales. Il ne demande &#224; aucune des parties en pr&#233;sence de voir dans l'autre qui accepte de d&#233;poser les armes, un &#234;tre int&#233;ressant par lui-m&#234;me ; il s'agit seulement qu'elles s'accommodent de leur existence ; d&#232;s lors cette tol&#233;rance lib&#233;rale ne d&#233;signe dans les faits que la mani&#232;re minimale de coexister avec ses contemporains une fois que les liens affectifs ont &#233;t&#233; bris&#233;s.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La tol&#233;rance lib&#233;rale &#233;vacue donc ce qu'est v&#233;ritablement la tol&#233;rance c'est &#224; dire un travail long et complexe que chacun doit op&#233;rer sur lui-m&#234;me pour se d&#233;faire de son &#233;go&#239;sme et apprendre &#224; regarder le monde avec les yeux d'autrui. Ce m&#233;lange d'ouverture, de respect, de bienveillance, d'empathie constitue le degr&#233; le plus &#233;lev&#233; de tout perfectionnement moral et les conditions de notre humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
FROMM &#171; la grande popularit&#233; dont la psychologie jouit dans la culture occidentale, tout en constituant un t&#233;moignage irr&#233;cusable de l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; la connaissance de l'homme, trahit par ailleurs le manque fondamental d'amour qui caract&#233;rise aujourd'hui les relations humaines &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous tentons parfois de participer aux formations propos&#233;es par l'&#233;tablissement (Education th&#233;rapeutique, Rem&#233;diation cognitive&#8230;) afin de voir quel langage, quelle langue est utilis&#233;e par les technocrates, voir si nous pouvons nous inscrire dans de tels discours, et surtout voir comment nous pouvons d&#233;voyer ces cadres pour que notre pratique soit reconnue. Mais non, nous ne le pouvons pas, nous ne parlons pas la m&#234;me langue, notre vision du soin en est bien trop &#233;loign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Etablissement/patient&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe pas un minimum de solidarit&#233; collective effectivement partag&#233;e et qui n'exige de ses membres que le respect de leur indiff&#233;rence r&#233;ciproque n'est plus une v&#233;ritable soci&#233;t&#233; ; la maxime &#171; vivre et laisser vivre &#187; s'y transforme en &#171; vivre et laisser mourir &#187;. (cf. les psychotiques dans les rues)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la configuration lib&#233;rale du monde la notion m&#234;me de limite devient philosophiquement impensable. Car pour en l&#233;gitimer le principe il faudrait s'appuyer sur des valeurs morales c'est-&#224;-dire selon l'id&#233;ologie lib&#233;rale sur des montages normatifs arbitraires de nature &#224; dresser &#224; nouveau les hommes les uns contre les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. Pour s'affranchir des limites les forts cherchent &#224; accumuler de la puissance. Or cette accumulation de puissance ne peut se faire qu'en r&#233;duisant le soutien aux faibles dont font partie bien entendu les personnes souffrant de troubles psychiatriques !&lt;br class='autobr' /&gt;
(ex.1 de preuve de faiblesse : aucun des 130 psychiatres &#8211; &#171; le ghota de la psychiatrie fran&#231;aise &#187; selon Mass&#233; pr&#233;sents &#224; la conf&#233;rence de presse &#224; Antony en 2008 ne prend la parole pour contredire les propos du pr&#233;sident de la R&#233;publique de l'&#233;poque qui assimile pb psy &#224; dangerosit&#233; et oriente la psy vers le s&#233;curitaire). &lt;br class='autobr' /&gt;
(ex.2 les &#171; r&#233;formes &#187; qu'impose le minist&#232;re de la sant&#233; sans tenir compte des rapports qu'il a command&#233;s &#224; ces m&#234;mes psychiatres).&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception n&#233;o-lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233; entra&#238;ne donc des logiques qui sont tout &#224; fait en accord avec celles que pr&#233;conisait Alexis Carrel (m&#233;decin, eug&#233;niste) : il ne peut y avoir de place pour tous dans une soci&#233;t&#233;, il vaut mieux favoriser les forts que soutenir les faibles ; qui vont alors vivre dans des conditions indignes ; la dignit&#233; &#233;tant le respect que m&#233;rite il s'ensuit que &#171; les faibles ne m&#233;ritent pas le respect &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
(exemple &#171; c'est pas le club med ou c'est pas l'h&#244;tel ici &#187;, &#171; je sais que c'est beaucoup demander mais j'aimerais juste qu'on me prenne par la main &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
B. La soci&#233;t&#233; lib&#233;rale se trouve contrainte, sous l'effet de sa propre logique (pas de limites), de &#171; r&#233;volutionner constamment l'ensemble des rapports sociaux &#187; et c'est la raison pour laquelle &#224; l'&#233;poque moderne, bourgeoise, &#171; le but final n'est rien et le mouvement est tout &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors que la mobilit&#233; perp&#233;tuelle des individus devient l'imp&#233;ratif anthropologique premier d'une soci&#233;t&#233; (Bauman, &lt;i&gt;La vie liquide&lt;/i&gt;) c'est par cons&#233;quent la possibilit&#233; m&#234;me de nouer des liens solides et durables qui dispara&#238;t puisque le temps est l'&#233;l&#233;ment premier dans lequel peuvent se construire des relations humaines v&#233;ritables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de cr&#233;er des dispositifs de circulation orient&#233;s vers la fluidification de la circulation des personnes qui ne respectent plus le rythme propre &#224; chacun. Dur&#233;e d'hospitalisation courte, il faut laisser de la place aux autres m&#234;me si l'on n'est pas pr&#234;t &#224; sortir (exemple de Vivien qui est sorti trop t&#244;t pour laisser sa place &#224; un ami qui &#233;tait le suivant sur liste d'attente, ou de Camille sur laquelle l'unit&#233; o&#249; elle &#233;tait lui mettait la pression pour venir plus rapidement au Colombier en lui disant qu'il y avait 20 personnes sur liste d'attente qui attendaient de prendre sa place). Notion &#171; de patient qui embolise un lit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; On parle de &#171; manque de places en aval &#187;, de par notamment la fermeture de lits et le manque de place en structure m&#233;dico-sociale. On parle aussi de &#171; parcours patient &#187;, de &#171; patient traceur &#187; (et autres dispositifs qui concr&#232;tement conduisent &#224; une forme de s&#233;dentarit&#233; du fait de l'interdiction de faire quoi que ce soit au sein de l'h&#244;pital de l'ordre des gestes de la vie quotidienne : faire son lit, poser la table&#8230;, gestes dont les personnes sont d&#233;poss&#233;d&#233;es et qu'elles auront du mal &#224; refaire en rentrant chez elles).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour optimiser le d&#233;bit il faut : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. D&#233;terminer le degr&#233; de viscosit&#233; de chaque patient (la viscosit&#233; &#233;tant l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sistance &#224; l'&#233;coulement). Exemple de l'Admission : 2 param&#232;tres permettent de &#171; mesurer &#187; la viscosit&#233; : la Dur&#233;e de l'hospitalisation et la fr&#233;quence des hospitalisations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Viscosit&#233; faible : suivi CMP&lt;br class='autobr' /&gt;
Viscosit&#233; moyenne : suivi CMP+CATTP ou Foyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Viscosit&#233; forte : Les projets de sortie de la personne ne peuvent pas se concr&#233;tiser malgr&#233; un &#233;tat psychique stabilis&#233; (ex. de J&#233;r&#233;my) ou les sympt&#244;mes sont invalidants (ex. de Julien) et cette personne &#171; embolise &#187; alors un lit. Elle va alors &#224; Epidaure ou dans une structure m&#233;dico-sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Epidaure : &#171; certains n'y ont plus leur place &#187; = viscosit&#233; importante. Ils sont alors orient&#233;s aux Rosiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rosiers jusqu'&#224; l'EHPAD. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le m&#233;dico-social est consid&#233;r&#233; comme son d&#233;versoir par le sanitaire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Jouer sur la taille du dispositif et sur la diff&#233;rence de pression aux extr&#233;mit&#233;s (beaucoup de demandes d'admission : ex. des listes d'attente d'hospitalisation, aupr&#232;s des psychologues, de la fr&#233;quence des RDV m&#233;dicaux -2 mois- donc grosse pression et peu de places &#224; la sortie donc grosse r&#233;sistance DONC faible d&#233;bit).&lt;br class='autobr' /&gt;
(exemple du transfert des Gentianes vers le m&#233;dico-social)&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Jouer sur les propri&#233;t&#233;s de surface du dispositif comme sa rugosit&#233; par exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; qu'intervient la notion de temps : par l'instauration de &#171; techniques &#187; de PEC qui soient limit&#233;es dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Patient/soignant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point &#224; &#233;voquer dans cette relation serait l'accueil, tenir un point &#233;thique d'accueil de la psychose, quoi qu'il en soit, que l'autre sente qu'il y a l&#224; une attention, que son existence compte et qu'il est pris au s&#233;rieux. Tenir la relation dans le temps, du d&#233;but &#224; la fin de la prise en soin. D&#232;s la premi&#232;re rencontre nous essayons de le mettre en place, pas de fa&#231;on pr&#233;-&#233;tablie d'accueillir la personne, chaque premi&#232;re visite au foyer est personnalis&#233;e, adapt&#233;e &#224; chacun et la venue au foyer se fait en respectant le rythme propre &#224; chacun. C'est essentiel pour qu'une accroche puisse se faire, se mettre dans le temps de chaque malade pour lui permettre ensuite de prendre place dans le n&#244;tre et &#234;tre moins d&#233;sorient&#233;. Tenir cet accueil dans le temps (et pas uniquement au moment de l'admission), servir d'ancrage &#224; la personne soign&#233;e, c'est le cas de Sylvie qui durant de nombreuses ann&#233;es a fait des allers et retours r&#233;guliers entre le foyer en hospitalisation compl&#232;te et son appartement, &#224; chaque crise d'angoisse elle avait besoin de venir et v&#233;rifier surtout que notre accueil serait toujours inconditionnel, &#224; force de pouvoir le v&#233;rifier (elle a m&#234;me dormi une fois sur une banquette vu que l'on avait plus de lit de libre) elle n'est plus du tout hospitalis&#233;e depuis six ans, faisant face &#224; ses angoisses, pouvant les mettre &#224; distance. Elle a int&#233;gr&#233; la notion d'anticipation temporelle gr&#226;ce &#224; la reproduction du m&#234;me, arrivant jusqu'&#224; se dire que sa crise va avoir une fin, elle n'est plus perdue dans un temps incertain.&lt;br class='autobr' /&gt; Accueil du singulier mais aussi du pluriel, cr&#233;er des rencontres avec nous mais aussi entre eux, travail commun autour d'une ambiance propice &#224; cela, du vivre ensemble. On s'appuie sur les actes du quotidien (repas, m&#233;nage&#8230;) et sur des moments de collectivit&#233;, convivialit&#233; (discussions de groupe, balades, activit&#233; th&#233;&#226;tre&#8230;). Ne pas faire de l'animation juste pour de l'occupationnel, il faut avoir le souci qu'il puisse s'y passer quelque chose, qu'il y ait une dimension th&#233;rapeutique et transf&#233;rentielle, je cite E.Pouillaude &#171; cette dimension prend figure d'une d&#233;sali&#233;nation sociale par la r&#233;appropriation d'une possibilit&#233; d'initiative et par la mise en place de relations qui ne soient pas d&#233;pendantes des structures sociales ali&#233;natoires pr&#233;&#233;tablies &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dialogue, le soignant devient le point de rassemblement de l'autre de son histoire, il en est comme le garant. L&#224; est donc l'int&#233;r&#234;t de pouvoir rester sur le m&#234;me poste pendant plusieurs ann&#233;es et donc de suivre des personnes dans le temps. La relation a le temps de se construire, on chemine ensemble et on peut devenir les d&#233;positaires de leur histoire. Nombres de patients se sentent plus &#224; l'aise avec les soignants qui ont &#233;t&#233; pr&#233;sents tout au long de leur parcours, c'est le cas d'El&#233;onore qui lorsqu'elle est tr&#232;s mal ne veut parler qu'&#224; V&#233;ronique, seule infirmi&#232;re &#224; avoir &#233;t&#233; l&#224; pendant son hospitalisation au foyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est parfois difficile de se d&#233;tacher du temps impos&#233; par l'&#233;tablissement, il nous fait parfois passer &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre ou tout du moins ne pas &#234;tre &#224; l'&#233;coute de l'autre. Une fois prise par les cotations je n'ai pas pris le temps n&#233;cessaire pour aider Patrick au repas (les repas sont faits le soir par les patients &#224; tour de r&#244;le avec notre aide et nous nous le faisons le week-end avec leur aide). Moment important pour lui car il a toujours envie de bien-faire surtout par souci des autres, au final j'ai quasi fait &#224; sa place pour ne pas &#234;tre en retard ce qu'il m'a fait remarquer et je m'en suis excus&#233;e. La relation &#233;tant de qualit&#233; entre nous, il ne m'en a pas tenu rigueur. Il est important pour nous d'&#234;tres vigilants &#224; ces moments o&#249; l'on ne peut respecter le rythme, la temporalit&#233; li&#233;e &#224; la psychose, car des rat&#233;s r&#233;p&#233;titifs emp&#234;chent la cr&#233;ation du lien. Parfois l'accroche ne se fait pas pour d'autres raisons, les patients peuvent ne pas adh&#233;rer au soin et utiliser le foyer juste comme porte de sortie &#224; l'h&#244;pital (vu que les hospitalisations sont libres au Colombier, certains acceptent de venir pour sortir de l'h&#244;pital et demande leur sortie rapidement, deux heures apr&#232;s pour Mathilde), d'autres ne nous voient qu'&#224; travers le prisme de l'autorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Effectivement, parfois certains soignants restent sur cette ligne dure de l'&#233;tablissement, ils acceptent sans contestation les structures hi&#233;rarchiques et peuvent m&#234;me les r&#233;clamer en souhaitant que des positions statutaires de chef soient tenues, annulant ainsi une subjectivit&#233; dans la parole et une polyphonie des discours. On pourrait les apparenter aux &#171; &#231;a-va-de-soi &#187; d&#233;crits par Oury qui d&#232;s qu'une rencontre s'amorce ils sont prompts &#224; l'emp&#234;cher par un rappel au r&#232;glement ou &#224; l'ordre &#233;tabli, exemple des soignants qui refusent les accompagnements ext&#233;rieurs, les &#233;changes avec les partenaires sociaux&#8230;dans la psychose &#171; &#231;a-ne-va-pas-de-soi &#187; et gare &#224; ne pas basculer dans le &#171; &#231;a-va-de-soi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains patients peuvent eux aussi &#234;tre sur la ligne dure deleuzienne et nous mettre en difficult&#233;, c'est le cas de Chlo&#233; qui reste fix&#233;e sur des postures non &#233;mancipatrices pour elle, qui l'emp&#234;che d'adh&#233;rer pleinement au soin, d'avoir des rapports constructifs avec les autres. Il est difficile de l'amener &#224; mettre en place des choses qui lui ferait plaisir, o&#249; il y aurait un d&#233;sir qui lui permettrait de se subjectiver &#224; un moment donn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'inverse, Maurice lui a une dynamique de la ligne de fuite. En hospitalisation au foyer, il se sentait trop &#234;tre emmen&#233; sur une ligne dure, en s'adaptant davantage &#224; son rythme (ce qui a &#233;t&#233; facilit&#233; par une prise en charge en ambulatoire), nous l'avons amen&#233; &#224; &#234;tre plut&#244;t sur la ligne souple. Gr&#226;ce &#224; cette souplesse il arrive m&#234;me &#224; faire davantage de choses de l'ordre des contraintes et vit &#224; l'ext&#233;rieur sans se mettre en danger. La rencontre, la vraie met en question quelque chose de l'ordre du r&#233;el qui modifie l'articulation du sujet avec son existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, nous dirons qu'il faut travailler avec la notion du pr&#233;caire, c'est-&#224;-dire homog&#233;n&#233;iser la vie int&#233;rieure du patient et la vie r&#233;elle de l'institution, faire entrer l'institution dans le temps de la psychose. Tout est &#224; reconstruire en permanence, les projets, les groupes, les ateliers&#8230;comme le psychotique est lui-m&#234;me dans une construction toujours recommenc&#233;e. Du bricolage, des bribes temporelles de pr&#233;sence &#224; l'autre et la prise au s&#233;rieux des micro-continuit&#233;s au sein de la discontinuit&#233; du discours psychotique. Appr&#233;hender cette notion du pr&#233;caire c'est permettre au malade de rester en mouvement, de ne pas se chroniciser tout comme nous d'ailleurs, c'est nous permettre de ne pas se d&#233;motiver devant souvent la lourdeur des prises en charge et l'inertie qui en d&#233;coule. Nous pensons l&#224; entre autre &#224; Florent qui sur plus de huit ann&#233;es nous a amen&#233; &#224; sans cesse repenser les projets que nous mettions en place avec lui et avec son adh&#233;sion bien s&#251;r puisque tout &#224; tour ces projets &#233;taient mis en &#233;chec. Mais nous pouvons aussi parler des r&#233;unions du mercredi qui r&#233;unissent patients et &#233;quipe soignante (o&#249; nous parlons entre autre de la vie institutionnelle) et dont nous avons d&#233;j&#224; modifi&#233; le principe afin que chacun continue d'y trouver sa place et un attrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; La p&#233;riode ouverte par la R&#233;volution fran&#231;aise - &#233;crit Fran&#231;is Fukuyama politologue am&#233;ricain qui a &#233;crit &lt;i&gt;La fin de l'histoire et le dernier homme&lt;/i&gt; et cit&#233; par Mich&#233;a - a vu fleurir diverses doctrines qui souhaitaient triompher des limites de la nature humaine en cr&#233;ant un nouveau type d'&#234;tre. L'&#233;chec de ces exp&#233;riences, &#224; la fin du XX&#232;me si&#232;cle, nous a montr&#233; les limites du constructivisme social. Il se pourrait bien que les outils des constructionnistes sociaux du si&#232;cle, depuis la socialisation en bas &#226;ge en passant par la psychanalyse, aient &#233;t&#233; par trop grossiers pour modifier en profondeur le substrat naturel du comportement humain. Le caract&#232;re ouvert des sciences contemporaines de la nature nous permet de supputer que la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d'accomplir ce que les sp&#233;cialistes d'ing&#233;nierie sociale n'ont pas r&#233;ussi &#224; faire. &#187; !!!
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La croissance fougueuse des &#171; nouvelles connaissances &#187; issues des neurosciences par exemple (qui nous apportent des preuves nouvelles de choses qui n'ont rien de nouveau ! = double pens&#233;e) et le vieillissement non moins rapide des &#171; anciennes &#187; (comme la psychoth&#233;rapie institutionnelle) se combinent pour produire de l'ignorance humaine et pour produire un monde o&#249; seul compte le fait de modifier les choses, de les maintenir en mouvement (pour survivre sur une fine couche de glace il faut patiner vite !)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tosquelles &#171; l'homme n'est pas un animal qui vit dans un milieu. Il convertit le milieu en monde et c'est cette re-cr&#233;ation qui lui permet d'&#233;chapper au dilemme existant entre s'adapter ou p&#233;rir. L'homme est d'autant plus homme qu'il est chaque fois moins un &#234;tre de la nature, pour devenir par contre et dialectiquement le produit de son propre artifice. On doit &#224; cette vie artificielle qui constitue un monde ce qu'on appelle parfois l'&#234;tre culturel. Ce monde de culture, c'est le monde dans lequel agit le psychiatre et c'est pourquoi il ne peut pas &#234;tre un zooth&#233;rapeute ou un v&#233;t&#233;rinaire &#187;. Il s'agit donc pour nous de cr&#233;er du commun, des espaces o&#249; la temporalit&#233; des soignants et des malades se rencontrent, o&#249; la relation humaine devienne possible alors qu'elle est/&#233;tait pers&#233;cutante, interdite, destructrice, pour que les personnes qui se trouvent l&#224; ensemble inventent un autre moyen, aussi infime et local soit-il, de r&#233;inventer le monde (au sens donc de Tosquelles), d'ouvrir le champ des possibles pour que de l'impr&#233;vu advienne, pour que la vie vaille la peine d'&#234;tre v&#233;cue &#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Perforation culturelle clandestine</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=598</link>
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		<dc:date>2017-05-26T13:20:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Estelle Chauvey</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les carri&#232;res parisiennes ont toujours &#233;t&#233; le lieu de comm&#233;morations, rassemblements et ce depuis la p&#233;riode gallo-romaine. La protection des carri&#232;res date de Louis XVI, avec la cr&#233;ation en 1777 de l'IGC (Inspection G&#233;n&#233;rale des Carri&#232;res). 1793 les r&#233;volutionnaires ont voulu les reboucher en signe d'opposition au roi. Lieu de messes noires, contrebande&#8230;au XIX&#232;me si&#232;cle. 1944, soul&#232;vement d'insurrection de Paris organis&#233; depuis l'abri des Forces Fran&#231;aises de l'Int&#233;rieur. Durant les ann&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les carri&#232;res parisiennes ont toujours &#233;t&#233; le lieu de comm&#233;morations, rassemblements et ce depuis la p&#233;riode gallo-romaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
La protection des carri&#232;res date de Louis XVI, avec la cr&#233;ation en 1777 de l'IGC (Inspection G&#233;n&#233;rale des Carri&#232;res).&lt;br class='autobr' /&gt;
1793 les r&#233;volutionnaires ont voulu les reboucher en signe d'opposition au roi. Lieu de messes noires, contrebande&#8230;au XIX&#232;me si&#232;cle. 1944, soul&#232;vement d'insurrection de Paris organis&#233; depuis l'abri des Forces Fran&#231;aises de l'Int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant les ann&#233;es 50-60, les catas furent le th&#233;&#226;tre de nombreuses f&#234;tes estudiantines. Interdiction d'y aller depuis l'arr&#234;t&#233; du 2/11/1955 qui prohibe donc la fr&#233;quentation des carri&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Forte expansion dans les ann&#233;es 70 (personnes marginales, pl&#233;b&#233;iens ?), en 1983 une &#233;tude r&#233;alis&#233;e par une sociologue Barbara Glowczewski &#171; la cit&#233; des cataphiles &#187; donnera donc le nom de cataphiles aux personnes se rendant dans les carri&#232;res.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin des ann&#233;es 90 une vague venue d'outre-atlantique va renommer les cataphiles, Urban Explorers soit les Explorateurs Urbains en Fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons donc nous pencher sur ces Urban Explorers (UX), principalement par le biais du livre de Lazar Kunstmann &#171; La Culture en clandestins. L'UX &#187;. Lazar a &#233;t&#233; le porte-parole de la Mexicaine de Perforation en 2004 et des Untergunther de 2006 &#224; 2008, deux branches parmi d'autres de l'UX.&lt;br class='autobr' /&gt;
A noter que selon Kunstmann la g&#233;n&#233;ralisation des termes cataphiles et UX est une erreur. Il diff&#233;rencie les simples visiteurs de friches et les explorateurs urbains. Les premiers qu'il nomme les Raviolis (en lien avec la bo&#238;te de raviolis, composant indispensable du paquetage des campeurs, sp&#233;l&#233;ologues et autres alpinistes) appr&#233;cient les lieux sans pour autant chercher &#224; les utiliser en quoi que ce soit sauf y faire la f&#234;te. Les visites se suffisent &#224; elles-m&#234;mes, ils aiment se balader dans les souterrains : les Bodzaux, Bodzal au singulier pour bottes-sales (ceux qui se rapprocheraient le plus du terme cataphiles) ou sur les toits : les Toubalous (pour tube alu, &#233;l&#233;ment de base des &#233;chafaudages). Les vir&#233;es des Raviolis sont souvent opportunistes, &#224; la faveur d'un acc&#232;s de souterrain ouvert ou d'un &#233;chafaudage sur un b&#226;timent. Le Ravioland est pour lui principalement constitu&#233; d'adolescents masculins issus de la classe moyenne ayant des difficult&#233;s &#224; communiquer avec leur entourage, en bref presque nos geeks actuels. Le Ravioli est &#171; mollement clandestin, une sorte de fonctionnaire en devenir &#187;. Ayant d&#233;fini ce qu'est un visiteur de friches, on peut se poser la question de ce que serait un v&#233;ritable explorateur urbain&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'UX&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine de l'UX (d&#233;but des ann&#233;es 80) se trouve une bande de jeunes coll&#233;giens qui pour certains comme leurs a&#238;n&#233;s sont descendus dans les carri&#232;res. Trop jeunes pour boire, ils ont commenc&#233; &#224; explorer r&#233;ellement ces r&#233;seaux souterrains et &#224; y faire des rep&#233;rages. En parall&#232;le d'autres ont d&#233;but&#233; en s'introduisant dans des mus&#233;es la nuit. N&#233;cessit&#233; f&#251;t pour eux de se regrouper pour continuer d'avancer, d'aller plus loin, avec comme principe &#171; &#224; nous tous on sait tout&#8230;ou du moins plus que chacun dans son coin &#187;. De l&#224; est n&#233;e l'envie de faire de ces lieux, de ces d&#233;laiss&#233;s urbains le th&#233;&#226;tre d'exp&#233;riences nouvelles. Ils entendent par d&#233;laiss&#233;s urbains les parties non-visibles du Patrimoine, ni accessibles au public ni m&#234;me souvent &#224; l'administration qui en a la charge et ce tout ou partie du temps (exemple les monuments la nuit). Au bout de 2 ans, ils avaient presque tous les plans des sous-sols de Paris (acc&#232;s par les sous-sols au minist&#232;re des t&#233;l&#233;communications entre autre).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e de faire na&#238;tre une culture parall&#232;le n'a jamais &#233;t&#233; la motivation initiale. Elle n'est que la cons&#233;quence de l'existence d'une vie urbaine clandestine et ne s'est d&#233;velopp&#233;e que parce qu'il avait un milieu propice &#224; la voir cro&#238;tre &#171; Les envies ne d&#233;coulent que des possibles et non le contraire &#187;. D&#233;veloppement aussi favoris&#233; par la diversit&#233; importante de ses membres (au niveau de leurs aspirations, leurs m&#233;thodes&#8230;) et par leur engagement commun quant au patrimoine, qu'ils consid&#232;rent comme celui de tous et donc pas uniquement des gestionnaires qui en ont la charge. C'est le d&#233;sengagement du plus grand nombre de tous pour notre patrimoine qui n'est pas normal, &#171; le renoncement &#224; conserver ce qui nous d&#233;finit culturellement ne vient que de l'impression de fatalit&#233; qu'il y a &#224; le voir dispara&#238;tre &#187;. Engagement commun aussi sur leur rapport &#224; la m&#233;moire et au politique, ils ne veulent pas se laisser dicter par l'Etat ce qui m&#233;rite ou non d'&#234;tre conserv&#233;, r&#233;activ&#233; dans la m&#233;moire de chacun. On retrouve aussi tout un rapport &#224; l'esth&#233;tique tr&#232;s pr&#233;sent dans leurs diverses actions (tant au niveau des Untergunther que de La Mexicaine de Perforation, j'y reviendrai bri&#232;vement plus tard), on pourrait d'ailleurs presque les renommer les nouveaux guerriers esth&#232;tes underground, en lien avec l'intervention de Jos&#233; Ignacio B&#233;nito Climent &#171; Les nouveaux guerriers technologiques underground : les hackers &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Lazar leur clandestinit&#233; n'est pas le fruit d'une r&#233;flexion philosophique, ce n'est pas l'interdit qui est recherch&#233; mais l'affranchissement de toute notion d'autorisation si souvent fatale aux d&#233;marches novatrices et cr&#233;atives. Organisation de terrain, d'actions concr&#232;tes et r&#233;elles qui rejette tout concept d&#232;s lors qu'il n'a pas d'application imm&#233;diate. Un chantier est viable s'il r&#233;pond aux possibilit&#233;s des membres de l'UX, tant humaines (nombre, investissement requis dans le temps&#8230;) que mat&#233;rielles (pour assurer leurs projets les diverses branches de l'UX ach&#232;tent leur mat&#233;riel &#224; leurs frais, s'entraidant mat&#233;riellement ou humainement entre elles, activit&#233; &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; r&#233;alis&#233;e en plus de leur emploi respectif). Ses r&#232;gles sont apparues au fur et &#224; mesure de leur n&#233;cessit&#233; pratique. Si l'on a vu dans l'intervention de Philippe Roy &#171; Pirates versus limites &#187; que le d&#233;sir des pirates ne passe pas par un rapport aux limites, il n'en est pas de m&#234;me pour celui des urbans explorers, simplement il s'agit des limites qu'ils se posent eux ( leurs trou&#233;es) et non celles &#233;tablies par l'administration, l'Etat ou tout autre tiers ext&#233;rieur. En somme des perforations membraniques autant que des perforations culturelles (Philippe Roy &#171; Trouer la membrane &#187;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Puisqu'ils avaient pris l'option de la clandestinit&#233; toute activit&#233; (notamment sous-terraine) se devait d'&#234;tre invisible aux yeux des autorit&#233;s mais aussi &#224; ceux du ravioland. Par invisible il faut entendre en 1er lieu inaccessible temporairement ou d&#233;finitivement. Les r&#233;seaux souterrains communiquant entre eux chaque site utilis&#233; voit son acc&#232;s camoufl&#233; par divers stratag&#232;mes. A noter qu'au fil de leurs actions ils avaient acquis toutes les cartes des diff&#233;rents concessionnaires des r&#233;seaux souterrains, RATP, EDF, France T&#233;l&#233;com ou IGC ainsi que les cl&#233;s de nombreux b&#226;timents. Leur facilit&#233; &#224; les obtenir &#233;tant en partie expliqu&#233;e par l'incurie administrative. Nombre de monuments ne sont pas surveill&#233;s ou en tout cas de mani&#232;re non efficace (gardien qui dort quand il y en a un, t&#233;l&#233;surveillance HS ou piratable, verrous inexistants ou falsifiables&#8230;), on peut entrer et se balader dans toutes sortes de b&#226;timents publics en toute impunit&#233; sans probl&#232;me. La compartimentation des carri&#232;res mise en place par l'IGC fin des ann&#233;es 80 pour r&#233;duire la fr&#233;quentation raviolique, va alors cr&#233;er des angles morts, espaces inaccessibles pour tous sauf pour l'UX qui va en faire des QG, des espaces de rangement, stockage&#8230;facilitant donc leurs actions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Clandestinit&#233; favoris&#233;e aussi par leurs actions de brouillage, de d&#233;sinformation, de confusion, au niveau de l'administration et du ravioland. Utilisation de pseudonymes, d'un vocabulaire propre &#224; eux donc non-r&#233;cup&#233;rable (ravioli, bodzaux&#8230;mais aussi surface, &#233;tanch&#233;it&#233;, mise &#224; jour&#8230;), de formatage de ce qu'ils appellent &#171; la super antenne d'intoxication &#187;, personne propageant &#224; son insu une fausse mais rassurante image de la situation, d'associations-&#233;cran telle que la SERPAS (Soci&#233;t&#233; d'Etude et de R&#233;habilitation du Patrimoine Arch&#233;ologique Souterrain)&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Travail pro-clandestinit&#233; efficace puisqu'&#224; ce jour les 2 branches de l'UX connues le sont du fait d'une d&#233;nonciation pour la Mexicaine de Perforation, et plus ou moins d'un choix de leur part pour les Untergunter (j'y reviendrai plus tard).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Mexicaine de Perforation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Branche s'occupant d'organiser des manifestations artistiques clandestines dans les d&#233;laiss&#233;s urbains. Projections de films dans des salles pr&#233;existantes ou repr&#233;sentations de th&#233;&#226;tre (au Panth&#233;on notamment) cela la nuit, ou projections de film dans des lieux cr&#233;&#233;s par eux (dans les carri&#232;res), festivals, expos photos&#8230;Manifestations se d&#233;roulant principalement dans le quartier &#171; latino-am&#233;ricain &#187; (16&#232;me, place de Mexico, place du Trocad&#233;ro) c&#339;ur de la ville pour nos &#171; mexicains &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Urbex Movies pour Urban Experiment movies est le festival cin&#233;matographique phare de la Mexicaine, il s'est d&#233;roul&#233; plusieurs &#233;t&#233;s de suite aux Ar&#232;nes Chaillot, v&#233;ritable cin&#233;ma de quartier sous-terrain enti&#232;rement am&#233;nag&#233; par la Mexicaine (avec bar, salons multiples pour discuter apr&#232;s les projections&#8230;) accueillant g&#233;n&#233;ralement 20 spectateurs maximum. Situ&#233; sous le Palais de Chaillot, ses bancs en pierre en arc-de-cercle lui conf&#232;rent son nom d'ar&#232;nes. Le principe &#233;tait de passer en moyenne 2 films (plus si courts et moyens m&#233;trages) regroup&#233;s par intention et non par th&#232;me, qui partageaient le m&#234;me regard sur le tissu urbain, une m&#234;me exp&#233;rience m&#234;me si leur sc&#233;nario, genre ou traitement d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale pouvaient diff&#233;r&#233;s. Films mettant en sc&#232;ne souvent des aspects cach&#233;s de la ville. Les analogies n'&#233;taient pas pr&#233;sent&#233;es au spectateur, &#224; lui de les d&#233;couvrir, ressentir sans concept b&#234;tement pr&#233;-pens&#233;. Exp&#233;rience enrichie par le franchissement de nombreux espaces urbains, ce qui &#233;toffait donc cette vision d&#233;taill&#233;e sur les aspects les moins apparents de la ville. Ar&#232;nes construites en couches superpos&#233;es, de mani&#232;re organique telles les fonctions vitales de la ville avec ses r&#233;seaux, art&#232;res&#8230; (on retrouve bien l&#224;, entre autre, le rapport &#224; l'esth&#233;tique &#233;voqu&#233; plus avant). Le programme du festival &#233;tait placard&#233; dans toute la ville mais dans les recoins donc non accessible &#224; tout le monde, seuls les plus initi&#233;s pouvaient apercevoir le logo de la Mexicaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ao&#251;t 2004, un coup de fil anonyme d&#233;nonce l'occupation des souterrains du palais de Chaillot &#224; la police (BICS, brigade d'intervention en carri&#232;res souterraines). Les m&#233;dias s'emparent alors de l'affaire et devant les inepties racont&#233;es la Mexicaine de Perforation d&#233;cide de sortir de la clandestinit&#233; en choisissant Lazar en tant que porte-parole. &#171; A partir du moment o&#249; un fait est r&#233;v&#233;l&#233; par une source ext&#233;rieure &#224; l'UX et devient connu du public nul n'est besoin de le nier. Au contraire il est pr&#233;f&#233;rable de s'en expliquer face &#224; quiconque nous le demanderait. &#187; Entre temps gr&#226;ce &#224; un des angles morts cr&#233;&#233; par l'IGC, le mat&#233;riel de visionnage avait &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; et la salle vid&#233;e de tout passage de l'UX. Pour information il y eut une question sur la Mexicaine cette ann&#233;e-l&#224; &#224; l'examen de fran&#231;ais de l'universit&#233; de Rio De Janeiro.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 2&#232;me festival de l'&#233;t&#233; organis&#233; &#233;tait &#171; la Sesion Comoda &#187; s&#233;ance confortable en espagnol. Il se d&#233;roulait &#224; la cin&#233;math&#232;que Chaillot la nuit, &#233;galement appel&#233;e cin&#233;math&#232;que Henri Langlois (pionnier de la conservation et de la restauration de films, cr&#233;ateur de la cin&#233;math&#232;que en 1936 avec Georges Franju et Jean Mitry), ce lieu &#233;tait plus qu'un symbole, v&#233;ritable temple du cin&#233;ma. La salle existant d&#233;j&#224;, apport de multiples d&#233;cors pour plonger le spectateur dans l'ambiance des films. Utilisation aussi des r&#233;seaux souterrain pour cr&#233;er un univers ou amplifier celui du film, par exemple passage dans le d&#233;p&#244;t des pl&#226;tres lors de la projection de La Jet&#233;e de Chris Marker, d&#233;p&#244;t ayant servi de d&#233;cor au film. Le spectateur ne quittait jamais le film. Evidemment toute trace de leur passage &#233;tait effac&#233;e au petit matin. Exception parfois de leur programme qu'ils pouvaient laisser parfois histoire de voir si la cin&#233;math&#232;que allait l'utiliser comme id&#233;e de projections, en vain&#8230;les films &#233;taient projet&#233;s mais l'ordre n'&#233;tait pas respect&#233; ce qui changeait le sens du message qui devait passer. Ils continu&#232;rent donc leurs actions de sauvegarde cin&#233;matographique dans l'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les Untergunter&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de la branche restauration de l'UX. Tout comme pour la Mexicaine de Perforation, leur nom est apparu bien apr&#232;s la cr&#233;ation de la branche. Unter-gunter noms donn&#233;s aux deux bergers allemands aboyant sur une bande son pass&#233;e en boucle lorsqu'ils s'absentaient de leur chantier, ce afin de repousser les curieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les membres des UG choisissent un lieu, un objet &#224; restaurer et le font sur 1 an de septembre &#224; septembre. Cela n&#233;cessite donc une r&#233;flexion quand &#224; l'ampleur du travail &#224; effectuer, comp&#233;tences techniques, moyens, temps&#8230;ils peuvent faire appel aussi &#224; des membres ext&#233;rieurs &#224; leur branche, qu'ils soient de l'UX ou non. Une autorisation quelconque de l'administration n'est pas une condition pour agir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est restaur&#233; reste invisible, inaccessible. Paradoxalement si la non-visibilit&#233; les condamne &#224; dispara&#238;tre faute d'entretien, d'attention, c'est &#233;galement ce qui les prot&#232;ge apr&#232;s leur remise en &#233;tat. La pens&#233;e que peut-&#234;tre ces parties aujourd'hui d&#233;laiss&#233;es feraient un jour l'objet de toutes les attentions de la part d'une soci&#233;t&#233; moins superficielle n'anime pas les UG. C'est une d&#233;marche au pr&#233;sent pour la satisfaction imm&#233;diate de voir qu'une infime part du Patrimoine d&#233;laiss&#233; continue &#224; exister gr&#226;ce &#224; leurs actions. Ils ont davantage un rapport au pass&#233;, &#224; sa m&#233;moire qu'au futur. Ils proc&#232;dent &#224; une restauration tant que c'est possible, ils ne veulent absolument pas avoir &#224; tout refaire, ce serait un fac-simil&#233; pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt; Comme expliqu&#233; dans la partie sur l'UX, ils agissent sans autorisation car ils ne l'auraient pas ou trop tard, l'administration ne d&#233;pense pas d'argent pour ce qu'elle ne peut ou ne veut pas montrer. Exemple Du CNAM Conservatoire National des Arts et M&#233;tiers qui a propos&#233; au CMN Centre des Monuments Nationaux de prendre en charge &#224; ses frais l'entretien et la restauration des &#233;l&#233;ments d'horlogerie de tous les monuments nationaux, au bout de nombreuses ann&#233;es il n'avait toujours pas de r&#233;ponse.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a entendu parler des UG suite &#224; la restauration et la remise en &#233;tat de marche de l'horloge du Panth&#233;on. Ils ont commenc&#233; &#224; la restaurer, ce qui &#233;tait l'id&#233;e premi&#232;re et se sont surpris eux-m&#234;mes &#224; pouvoir la faire fonctionner &#224; nouveau. Ils ont alors d&#233;cid&#233; de rencontrer l'administrateur du Panth&#233;on afin que celui-ci assure le remontage de l'horloge n&#233;cessaire &#224; son fonctionnement. En r&#233;ponse l'administration a port&#233; plainte contre eux mais devant le peu de charges recevables ils ont &#233;t&#233; acquitt&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les membres de l'UX ont r&#233;alis&#233; un court-m&#233;trage sur leurs actions &#171; Panth&#233;on User's Guide &#187;, en parall&#232;le &#224; l'&#233;criture du livre de Kunstmann (tous deux sortis en 2009). Vu le climat dans lequel ils ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s (d&#233;couverte des ar&#232;nes Chaillot, proc&#232;s de l'horloge du Panth&#233;on) on peut se poser la question de l'intention r&#233;elle de l'UX sur cette mise en lumi&#232;re&#8230;soucis de v&#233;rit&#233; ou campagne de brouillage&#8230;info ou intox ? A vous de voir&#8230;&#171; rien n'est vrai, tout est permis &#187; (Burroughs, cf intervention de Marco Candore)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La Culture en clandestins. L'UX &#187; Lazar Kunstmann. Editions Hazan 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Panth&#233;on User's Guide &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vimeo.com/51365068&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://vimeo.com/51365068&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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