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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>D&#233;coloniser les esprits, une acculturation n&#233;cessaire au devenir postcolonial des autochtones de France </title>
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		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte vient clore un &#171; triptyque kanak &#187; dont les deux autres volets peuvent &#234;tre lus ici et l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour croire un seul instant &#224; la plus petite possibilit&#233; de d&#233;colonisation, il faudrait que soient r&#233;unies au moins deux conditions, lesquelles ne pourront advenir dans la configuration n&#233;ocoloniale qui r&#233;git la Nouvelle-Cal&#233;donie aujourd'hui. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec du projet de codification de la coutume associ&#233; au projet actuel visant &#224; &#233;tablir un &#171; corpus de droit coutumier &#187; t&#233;moignent d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce texte vient clore un &#171; triptyque kanak &#187; dont les deux autres volets peuvent &#234;tre lus &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/revue-casus-belli/article/c-caledonie-nouvelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/kanaky&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour croire un seul instant &#224; la plus petite possibilit&#233; de d&#233;colonisation, il faudrait que soient r&#233;unies &lt;i&gt;au moins&lt;/i&gt; deux conditions, lesquelles ne pourront advenir dans la configuration n&#233;ocoloniale qui r&#233;git la Nouvelle-Cal&#233;donie aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec du projet de codification de la coutume associ&#233; au projet actuel visant &#224; &#233;tablir un &#171; corpus de droit coutumier &#187; t&#233;moignent d'un malentendu qui n'est pas pr&#232;s de cesser car il supposerait, d'une part, une d&#233;colonisation de l'esprit des juristes fran&#231;ais et, d'autre part, une acculturation f&#233;roce susceptible de les sensibiliser aux arcanes d'une civilisation trois fois mill&#233;naire. Aussi averti qu'il puisse &#234;tre des usages en vigueur dans les communaut&#233;s kanak, la conception de la norme que se fait un magistrat form&#233; sur les bancs d'une facult&#233; de droit fran&#231;aise est sans commune mesure avec ce que les kanak vivent et entendent par coutume. Pour un juriste digne de ce nom, la norme &#8211; qu'elle soit l&#233;gale ou coutumi&#232;re &#8211; pr&#233;existe &#224; la situation conflictuelle. C'est pourquoi la d&#233;cision cens&#233;e mettre fin au diff&#233;rend est consid&#233;r&#233;e comme l'application d'une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#224; un cas particulier. Et dans la mesure o&#249;, dans l'&#233;conomie logique du syllogisme judiciaire, la norme est cens&#233;e pr&#233;exister au conflit, il appara&#238;t n&#233;cessaire d'en fixer pr&#233;alablement le contenu par &#233;crit. H&#233;rit&#233;e des th&#233;ologiens et canonistes du Moyen &#194;ge, cette conception id&#233;aliste de la norme est aux antipodes de la r&#233;alit&#233; coutumi&#232;re qui organise la r&#233;gulation des conflits dans les communaut&#233;s kanak. &lt;br class='autobr' /&gt; Quelle correspondance peut-on en effet &#233;tablir entre une conception id&#233;aliste de la norme cens&#233;e &#234;tre &#233;tablie par Dieu, le Roi ou la Nation (on notera la noblesse hautaine de la majuscule), et destin&#233;e &#224; s'appliquer de mani&#232;re imp&#233;rative, d'une part, et la dynamique collaborative inh&#233;rente au d&#233;veloppement du processus coutumier, d'autre part. La coutume est d'abord et avant tout &#233;change de gestes et de paroles. Les kanak ne parlent-ils pas pr&#233;cis&#233;ment de &#171; faire la coutume &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-del&#224; les rites particuliers qui pr&#233;sident aux gestes coutumiers, la participation d'un justiciable engag&#233; dans un &#233;change de paroles avec son ou ses juges est une r&#233;alit&#233; trop &#233;trang&#232;re aux repr&#233;sentations et pratiques judiciaires fran&#231;aises. Habitu&#233; &#224; appliquer des normes pr&#233;alablement d&#233;cid&#233;es, vot&#233;es puis am&#233;nag&#233;es par d'autres que lui, le juge fran&#231;ais est d'abord &#171; bouche de la loi &#187;, pour reprendre ici la c&#233;l&#232;bre formule de Montesquieu. S'il retrouve une marge de man&#339;uvre &#224; l'audience, c'est pour dire le droit (&lt;i&gt;juris dictio&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire tenter de subsumer les faits de l'esp&#232;ce sous la norme pr&#233;existante. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'audience porte au demeurant tr&#232;s mal son nom car elle place le justiciable dans une position contrainte et passive ; elle lui commande le plus souvent de collaborer en se taisant pour laisser parler un autre que lui ou en faisant valoir son &#171; droit au silence &#187;, derni&#232;re conqu&#234;te proc&#233;durale dont se glorifie la patrie des droits de l'homme. Comme l'&#233;crit un magistrat sur son blog, &#171; la personne inqui&#233;t&#233;e a donc le droit d'&#234;tre passive tout au long de la proc&#233;dure p&#233;nale. Et ce droit &#224; la passivit&#233; comprend in&#233;luctablement le droit de se taire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Confront&#233;s aux pratiques aujourd'hui en vigueur sur le territoire fran&#231;ais, Usbek et Rica n'auraient pas manqu&#233; d'&#234;tre horrifi&#233;s. Mais personne ne s'est encore risqu&#233; &#224; &#233;crire les &lt;i&gt;Lettres kanak&lt;/i&gt;. Sans doute la pr&#233;sence d'assesseurs coutumiers, familiers des usages kanak, permet-elle de lib&#233;rer la parole lors des audiences civiles coutumi&#232;res. Mais au p&#233;nal, la loi du silence retrouve sa raison d'&#234;tre r&#233;pressive. Dans un pays o&#249; la parole est au c&#339;ur de la coutume, ce ph&#233;nom&#232;ne laisse le justiciable kanak sans voix, except&#233;es les voies de recours.&lt;br class='autobr' /&gt; Savourant pourtant ces derni&#232;res conqu&#234;tes de la civilisation occidentale, les castrats du jour aiguisent leur voix pour critiquer des pratiques qu'ils jugent &#234;tre d'un autre &#226;ge : l'astiquage leur fait horreur car il &#233;voque le souvenir r&#233;el ou fantasm&#233; de ces temps barbares o&#249; la douleur physique imposait sa loi. Ils sont en revanche con-vaincus de l'humanit&#233; de leurs usages r&#233;pressifs car tous ceux qui ont (mal) lu &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; savent bien qu'on a cess&#233; depuis plusieurs si&#232;cles d'&#233;carteler les criminels en place publique. Ils ont d'ailleurs (mal) lu Foucault, mais ils ferait bien de lire Deleuze qui &#233;crivait que &#171; face aux formes prochaines de contr&#244;les incessants en milieu ouvert, il se peut que les plus durs enfermements nous paraissent appartenir &#224; un pass&#233; d&#233;licieux et bienveillant &#187; (&lt;i&gt;Pourparlers&lt;/i&gt;, 1990, p. 240). Ils ne craignent m&#234;me plus de comparer des r&#233;alit&#233;s incommensurables car, en leur for int&#233;rieur, ils pr&#233;f&#232;rent &#233;videmment la prison &#224; l'astiquage pratiqu&#233; dans le cadre d'une coutume de pardon.&lt;br class='autobr' /&gt;
On les soup&#231;onnerait m&#234;me de vouloir se livrer &#224; des exercices de correspondance permettant d'&#233;tablir la moindre r&#233;pression &#224; l'encontre les kanaks en Nouvelle-Cal&#233;donie (au regard de la lumineuse d&#233;monstration &#224; venir, les rabat-joie sont pri&#233;s de tenir pour anecdotique la surrepr&#233;sentation des kanak dans les prisons n&#233;o-cal&#233;donniennes) : si un abus sexuel sur mineure vaut 3 ans de prison en Nouvelle-Cal&#233;donie, il faut admettre que, compar&#233;e aux 4 ans et demi de prison ferme dont vient d'h&#233;riter un autochtone marseillais pour avoir d&#233;rob&#233; leurs mobiles &#224; 3 jeunes victimes (Mediapart, &lt;i&gt;Surprise en plein d&#233;rapage, la justice censure France Culture&lt;/i&gt;, 16 mars 2017), cette peine est moins s&#233;v&#232;re. L'abus sexuel sur mineur est donc puni moins fermement en Nouvelle-Cal&#233;donie que le vol de t&#233;l&#233;phones portables en France. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la bonne heure ! La diff&#233;rence ne s'explique que par le d&#233;calage horaire&#8230; Vivement que, tout &#224; la joie de son &lt;i&gt;destin commun&lt;/i&gt;, la Nouvelle-Cal&#233;donie se mette enfin &#224; l'heure fran&#231;aise !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Kanaky</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=645</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le cynisme politique n'a pas de bornes : alors qu'ont &#233;t&#233; constat&#233;es des fraudes aux inscriptions dans les commissions administratives sp&#233;ciales charg&#233;es de l'&#233;tablissement et de la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la question des inscriptions irr&#233;guli&#232;res - reconnues par l'&#201;tat fran&#231;ais lui-m&#234;me - a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, en f&#233;vrier 2016, comme &#171; politiquement close &#187; par le 14e comit&#233; des signataires du gouvernement de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Aussi, depuis mars 2016, une mission d'observation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=22" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cynisme politique n'a pas de bornes : alors qu'ont &#233;t&#233; constat&#233;es des fraudes aux inscriptions dans les commissions administratives sp&#233;ciales charg&#233;es de l'&#233;tablissement et de la r&#233;vision des listes &#233;lectorales, la question des inscriptions irr&#233;guli&#232;res - reconnues par l'&#201;tat fran&#231;ais lui-m&#234;me - a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, en f&#233;vrier 2016, comme &#171; politiquement close &#187; par le &lt;a href=&#034;https://gouv.nc/actualites/07-02-2016/les-conclusions-du-comite-des-signataires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;14e comit&#233; des signataires du gouvernement de la Nouvelle-Cal&#233;donie&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, depuis mars 2016, une mission d'observation mandat&#233;e par les Nations unies a-t-elle &#233;t&#233; charg&#233;e de jeter un &#339;il sur les pratiques de r&#233;vision des listes &#233;lectorales qui permettront aux n&#233;o-cal&#233;doniens de se prononcer par r&#233;f&#233;rendum sur leur autod&#233;termination (ne parlons surtout pas d'ind&#233;pendance) &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 octobre 2017, et alors que plus de 23000 kanaks n'&#233;taient inscrits sur aucune liste &#233;lectorale, certains acteurs du jeu politique n&#233;o-cal&#233;donien plaidaient devant la commission de d&#233;colonisation de l'ONU pour que le r&#233;f&#233;rendum &#224; venir soit &#171; sinc&#232;re et incontestable &#187;. Au m&#234;me moment, une synchronicit&#233; &#233;tonnante pr&#233;sidait &#224; la d&#233;signation d'un ancien premier ministre fran&#231;ais &#224; la pr&#233;sidence de la mission d'information parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Cal&#233;donie. Chacun en appr&#233;ciera le beau sourire, au centre de la photo, &lt;a href=&#034;https://gouv.nc/actualites/07-02-2016/les-conclusions-du-comite-des-signataires ou l&#224; https://gouv.nc/actualites/10-11-2016/un-comite-des-signataires-dans-la-continuite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant de signes continus et manifestes de la vitalit&#233; n&#233;ocoloniale d'une r&#233;publique fran&#231;aise qui, n'ayant plus gu&#232;re l'occasion de maintenir son empire territorial par la force comme le fait aujourd'hui l'Espagne &#224; l'encontre de la Catalogne, use des pratiques douteuses, pour ne pas dire mafieuses, qui ont fait la gloire de la fran&#231;afrique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut certes avoir un peu de m&#233;moire pour se rappeler qu'au moment m&#234;me o&#249; les kanak avaient souhait&#233; associer &#224; leur destin toutes les &#171; victimes de l'histoire &#187; (descendants de bagnards et de communards, mineurs asiatiques soumis au r&#233;gime de l'indig&#233;nat, immigr&#233;s du pacifique, etc.), le premier ministre fran&#231;ais, Pierre Mesmer, affichait ouvertement sa volont&#233; de submerger les kanak par le nombre en surfant sur le boom &#233;conomique du nickel pour accompagner une nouvelle vague de peuplement de la Nouvelle-Cal&#233;donie : &#171; La pr&#233;sence fran&#231;aise en Cal&#233;donie ne peut &#234;tre menac&#233;e, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste des populations autochtones, appuy&#233;es par quelques alli&#233;s &#233;ventuels dans d'autres communaut&#233;s ethniques venant du Pacifique. &#192; court et moyen terme, l'immigration massive de citoyens fran&#231;ais m&#233;tropolitains ou originaires des d&#233;partements d'outre-mer devrait permettre d'&#233;viter ce danger, en maintenant ou en am&#233;liorant le rapport num&#233;rique des communaut&#233;s. &#192; long terme la revendication nationaliste autochtone ne sera &#233;vit&#233;e que si les communaut&#233;s non originaires du Pacifique repr&#233;sentent une masse d&#233;mographique majoritaire &#187;. No comment ! Fran&#231;afrique a toujours rim&#233; avec France &#224; fric.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas parce que la Cal&#233;donie (nouvelle) est loin de nous qu'il faut oublier le geste d'Eloi Machoro brisant, en 1984, l'urne &#233;lectorale du statut Lemoine et recouvrir d'un silence complice les pratiques de l'&#233;tat n&#233;ocolonial fran&#231;ais qui souillent chaque jour une d&#233;mocratie morte avant d'&#234;tre n&#233;e, en France comme &#224; l'&#233;tranger. Comme si le r&#234;ve de la Kanaky, r&#233;publique ind&#233;pendante imagin&#233;e dans les ann&#233;es 80 par des ind&#233;pendantistes, &#233;tait destin&#233; &#224; rejoindre le cimeti&#232;re des utopies forg&#233;es au feu des exp&#233;riences r&#233;volutionnaires pour &#234;tre ensuite sacrifi&#233;es sur l'autel des int&#233;r&#234;ts de la &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/revue-casus-belli/article/c-caledonie-nouvelle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;puissance (n&#233;o)coloniale fran&#231;aise&#8230;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>C - Cal&#233;donie (nouvelle) / Colonialisme (n&#233;o)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=632</link>
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		<dc:date>2017-12-10T11:31:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Ferrand</dc:creator>


		<dc:subject>n&#233;ocolonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>colonialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Revue Casus Belli</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Est-ce la perspective prochaine d'une consultation de la population n&#233;o-cal&#233;donienne au sujet de sa possible accession &#224; la &#171; pleine souverainet&#233; &#187; qui explique l'abondante litt&#233;rature aujourd'hui consacr&#233;e &#224; cette terre &#171; d&#233;couverte &#187; par James Cook et qu'il baptisa Nouvelle-Cal&#233;donie en souvenir d'une autre &#238;le qui fut jadis pr&#233;serv&#233;e de la &#171; civilisation &#187; romaine par le mur d'Adrien ? Toujours est-il que cette terre d'Outre-mer nous rappelle quel fort incommodant &#171; caillou &#187; elle forme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=56" rel="directory"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=67" rel="tag"&gt;n&#233;ocolonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=74" rel="tag"&gt;colonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=mot&amp;id_mot=96" rel="tag"&gt;Revue Casus Belli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_299 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/casus-belli-nst-1l-7.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/casus-belli-nst-1l-7.png' width='300' height='856' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la perspective prochaine d'une consultation de la population n&#233;o-cal&#233;donienne au sujet de sa possible accession &#224; la &#171; pleine souverainet&#233; &#187; qui explique l'abondante litt&#233;rature aujourd'hui consacr&#233;e &#224; cette terre &#171; d&#233;couverte &#187; par James Cook et qu'il baptisa Nouvelle-Cal&#233;donie en souvenir d'une autre &#238;le qui fut jadis pr&#233;serv&#233;e de la &#171; civilisation &#187; romaine par le mur d'Adrien ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Toujours est-il que cette terre d'Outre-mer nous rappelle quel fort incommodant &#171; caillou &#187; elle forme dans la botte coloniale de la France. Appel&#233;e &#224; s'affranchir de cette derni&#232;re, un r&#233;f&#233;rendum &#171; d'autod&#233;termination &#187; doit avoir lieu &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018. Aux termes de l'accord de Noum&#233;a (5 mai 1998), &#171; la consultation portera sur le transfert &#224; la Nouvelle-Cal&#233;donie des comp&#233;tences r&#233;galiennes, l'acc&#232;s &#224; un statut international de pleine responsabilit&#233; et l'organisation de la citoyennet&#233; en nationalit&#233; (&#8230;) L'&#201;tat reconna&#238;t la vocation de la Nouvelle-Cal&#233;donie &#224; b&#233;n&#233;ficier, &#224; la fin de cette p&#233;riode, d'une compl&#232;te &#233;mancipation &#187;. L'euph&#233;misation, inh&#233;rente &#224; cet exercice de style diplomatique, permet d'&#233;carter un mot d'ordre que l'&#233;tat fran&#231;ais cherche &#224; bannir de l'espace public : IND&#201;PENDANCE. Que la Cal&#233;donie nouvelle puisse le (re)devenir, voil&#224; assur&#233;ment ce dont l'&#233;tat fran&#231;ais ne veut pas. C'est pourquoi il &#339;uvre, en coulisse, &#224; ce que le corps &#233;lectoral appel&#233; &#224; se prononcer &#224; la fin de l'ann&#233;e 2018 soit favorable au maintien du &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/kanaky&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;statu quo&lt;/i&gt; (n&#233;o)colonial&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-del&#224; le pis-aller d&#233;mocratique qu'est le r&#233;f&#233;rendum, &#171; la neutralit&#233; active &#187; de Hollande et la volont&#233; affirm&#233;e par Macron que la Nouvelle-Cal&#233;donie reste une &#171; terre de France &#187; confirment qu'en de&#231;&#224; des Pyr&#233;n&#233;es l'ind&#233;pendance n'est plus de saison (Au-del&#224; des Pyr&#233;n&#233;es, elle est en revanche d'une br&#251;lante actualit&#233;). La p&#233;riode dite &#171; des &#233;v&#233;nements &#187; (1984-1988) avait certes pouss&#233; l'&#233;tat fran&#231;ais &#224; c&#233;der du terrain (accords de Matignon-Oudinot, 1988) en pr&#233;voyant un &#171; r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination &#187; pour 1998. Mais la reconnaissance des &#171; ombres de la colonisation &#187; et de &#171; l'identit&#233; kanak &#187; d'une part, la volont&#233; affich&#233;e de &#171; fonder une nouvelle souverainet&#233; partag&#233;e dans un destin commun &#187; et de faire de la &#171; d&#233;colonisation un moyen de refonder un lien durable entre les communaut&#233;s qui vivent aujourd'hui en Nouvelle-Cal&#233;donie &#187; (Pr&#233;ambule de l'accord de Noum&#233;a) d'autre part, auront eu raison de ces premi&#232;res intentions. Si la port&#233;e symbolique de l'accord de Noum&#233;a est ind&#233;niable, la reconnaissance de la culture kanak est un chiffon de papier agit&#233; pour d&#233;samorcer les revendications ind&#233;pendantistes que beaucoup craignent de voir &#224; nouveau coloniser l'espace public. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle assignation culturelle et identitaire est le cheval de Troie d'une politique imp&#233;rialiste n&#233;o-coloniale qui trouve dans le droit un instrument d'autant plus efficace qu'il est diffus. Derri&#232;re la s&#233;mantique omnipr&#233;sente et aujourd'hui convenue de la &#171; d&#233;colonisation &#187;, concepts juridiques et pratiques judiciaires colonisent encore les corps de ceux qui &#339;uvrent &#224; la fabrication du &#171; destin commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;colonisation, vue de l'esprit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ici faire &#233;tat de la situation politique, &#233;conomique, sociale ou &#233;ducative pour t&#233;moigner d'une r&#233;alit&#233; sensible : la &#171; d&#233;colonisation progressive &#187; n'a pas eu lieu. Les oracles de Matignon et de Noum&#233;a avaient pourtant parl&#233; ; les scribes patent&#233;s avaient jet&#233; ici et l&#224; quelque barbouille &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; porteuse de sens : &#171; transfert de comp&#233;tences &#187; ; &#171; citoyennet&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne &#187; ; &#171; identit&#233; kanak &#187; ; &#171; destin commun &#187;. La d&#233;colonisation &#233;tait cens&#233;e accompagner la marche vers une ind&#233;pendance qu'un r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination devait consacrer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sans doute les revendications exprim&#233;es dans les ann&#233;es 80 (acc&#232;s au pouvoir politique, redistribution fonci&#232;re, d&#233;veloppement &#233;conomique, promotion de la culture kanak) ont-elles rencontr&#233; un certain &#233;cho, mais contrairement &#224; l'ind&#233;pendance conquise par les anciennes colonies d'exploitation, il est impossible d'envisager un processus &#233;quivalent pour une colonie de peuplement telle que la Nouvelle-Cal&#233;donie. Le d&#233;veloppement historique d'une colonie de peuplement tend en effet &#224; neutraliser et s&#233;gr&#233;ger, puis &#224; incorporer ou &#224; an&#233;antir l'alt&#233;rit&#233; autochtone. Demandez donc aux aborig&#232;nes (3 % de la population australienne) ou aux maoris (15 % des N&#233;o-Z&#233;landais), ce qu'ils pensent de l'ind&#233;pendance ? Elle ne fait tout simplement plus partie de leur ordre des possibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette r&#233;alit&#233; statistique n'est certes pas comparable avec la Nouvelle-Cal&#233;donie, qui se distingue par son exceptionnelle vigueur d&#233;mographique : en 1921, la population kanak ne comptait plus que 27 000 individus, soit 80 % de moins que lorsque le &#171; caillou &#187; avait &#233;t&#233; &#171; d&#233;couvert &#187; en 1774. Avec les 105 000 personnes se d&#233;clarant kanak lors du recensement de 2014, cette communaut&#233; a donc &#233;tonnamment r&#233;sist&#233; puisqu'elle repr&#233;sente encore pr&#232;s de 40 % de la population totale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Occultant le processus &#224; l'&#339;uvre dans les colonies de peuplement, d'aucuns pr&#233;tendront m&#234;me que les kanaks ont reconquis leur place dans la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne en for&#231;ant l'&#233;tat fran&#231;ais &#224; reconna&#238;tre leur identit&#233;, identit&#233; dont personne ne sait d'ailleurs vraiment ce qu'elle est, et surtout pas si elle est &lt;i&gt;pr&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;post&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;n&#233;o&lt;/i&gt;coloniale. On sait en revanche que la reconnaissance solennelle d'une identit&#233; sp&#233;cifique, sp&#233;cialement lorsqu'elle passe par la cons&#233;cration officielle des coutumes autochtones, ne diff&#232;re gu&#232;re de la reconnaissance tout aussi officielle d'un statut particulier octroy&#233; aux indig&#232;nes par le colonisateur. Comme on a justement pu l'&#233;crire &#224; ce sujet, &#171; cette reconnaissance institutionnelle n'est en rien la marque d'un moment postcolonial en rupture avec les p&#233;riodes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. Historiquement en effet la prise en compte officielle des &#171; coutumes indig&#232;nes &#187; constitue un trait caract&#233;ristique des empires coloniaux, bien plus qu'un attribut des processus de d&#233;colonisation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. Demmer et B. Tr&#233;pied, La coutume kanak dans l'Etat. Perspectives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle n'est donc par cons&#233;quent qu'un des aspects de la politique n&#233;o-coloniale aujourd'hui &#224; l'&#339;uvre en Nouvelle-Cal&#233;donie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque cette reconnaissance se fait avec les mots du droit, nul besoin de mobiliser la critique marxiste de leur formalisme pour &#234;tre en droit de se demander si les accords de Matignon et de Noum&#233;a ne furent pas les actes fondateurs d'une forme originale de n&#233;ocolonialisme, dans la mesure pr&#233;cis&#233;ment o&#249; les structures &#233;conomiques et sociales perp&#233;tuent, &#224; des degr&#233;s divers, l'exclusion des kanak ? Il n'est en effet plus question de (r&#233;)inventer un &#171; droit n&#233;o-cal&#233;donien &#187; ent&#233; sur les sp&#233;cificit&#233;s d'une &#171; culture et d'une identit&#233; kanak &#187; (dont le leader ind&#233;pendantiste J.-M. Tjibaou disait qu'elle &#233;tait, non pas derri&#232;re mais &#171; devant nous &#187;), mais de consacrer l'existence d'un droit civil pr&#233;tendument coutumier afin de consacrer la &#171; souverainet&#233; interne &#187; du peuple kanak. Le caract&#232;re abscons de ces &#233;nonc&#233;s offre l'opportunit&#233; de d&#233;placer le d&#233;bat sur le terrain juridique, et de laisser ainsi en suspens la question politique de l'ind&#233;pendance. Mais ceux pour qui les mots ont encore un sens ne manqueront pas de remarquer que le &#171; droit &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; &#187; de la Nouvelle-Cal&#233;donie est le droit fran&#231;ais. De l&#224; &#224; sugg&#233;rer que le &#171; destin &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; &#187;, auquel chacun est cens&#233; concourir, est un destin fran&#231;ais&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui en douteraient encore seraient bien avis&#233;s d'observer comment les formes de r&#233;gulation judiciaire aujourd'hui &#224; l'&#339;uvre contribuent &#224; la (re)conversion (n&#233;o)coloniale de la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;colonisation du droit, slogan n&#233;ocolonial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une vingtaine d'ann&#233;es, une poign&#233;e de magistrats et de professeurs de droit ont entrepris de mettre fin &#224; la colonisation juridique fond&#233;e, d'apr&#232;s eux, sur un jugement de valeur et le d&#233;ni de la civilisation kanak. Louable dans ses intentions, ce projet de &#171; d&#233;colonisation du droit &#187; (i.e. fran&#231;ais) a consist&#233; &#224; fa&#231;onner un &#233;crin institutionnel susceptible d'accueillir les diverses manifestations de la coutume kanak.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la rendre visible, certains avaient d'abord nourri le projet de former un recueil de droit coutumier pour l'aire circonscrite de paic&#238;-cam&#251;k&#238; (Province nord). L'objectif &#233;tait d'&#233;tablir un &#171; droit kanak &#187; qui puisse &#234;tre mobilis&#233; dans le cadre des tribunaux civils coutumiers g&#233;n&#233;ralement compos&#233;s d'un magistrat fran&#231;ais et d'assesseurs kanak. Charg&#233; du contentieux civil, ces juridictions ont en effet vocation &#224; r&#233;gler les diff&#233;rends opposants les justiciables de statut coutumier qui ne souhaitent pas se voir appliquer le droit &#171; commun &#187; (i.e. fran&#231;ais). Mise &#224; la port&#233;e des magistrats, la coutume aurait alors gagn&#233; en autorit&#233; dans la mesure o&#249; les premiers auraient pu en avoir une connaissance plus pr&#233;cise et &#171; rendre des d&#233;cisions conformes &#224; celle-ci &#187;. Le magistrat ayant ainsi reconnu la sp&#233;cificit&#233; du &#171; droit coutumier &#187;, le justiciable aurait par suite d'autant mieux accept&#233; l'autorit&#233; de la d&#233;cision rendue que des assesseurs kanak sont associ&#233;s au processus d&#233;cisionnel. En observateurs avertis des usages en vigueur, les instigateurs n'ignoraient pas que lorsque les paroles &#233;chang&#233;es aboutissent &#224; un accord (que celui-ci soit plus ou moins contraint par les formes judiciaires h&#233;rit&#233;es du colonisateur), celui-ci serait ex&#233;cut&#233; plus surement que par le recours &#224; la force publique attach&#233;e aux d&#233;cisions de justice. En Nouvelle-Cal&#233;donie, la honte sociale polic&#233;e attach&#233;e au non-respect de la parole donn&#233;e est en effet bien plus efficace que la force polici&#232;re de l'ordre public fran&#231;ais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la r&#233;daction de la coutume de Paic&#238;-Cam&#251;k&#238; fut un &#233;chec, elle n'a cependant pas stopp&#233; les vell&#233;it&#233;s de ceux qui demeurent toujours convaincus, &#224; l'instar du &#224; l'instar du magistrat Eric Rau qui avait entrepris en pleine p&#233;riode coloniale de rationaliser les coutumes &#171; canaques &#187; (sic), que le d&#233;veloppement progressif d'une &#171; coutume judiciaire &#187; et le projet corr&#233;latif d'en op&#233;rer la synth&#232;se afin de constituer un &#171; corpus de droit coutumier kanak &#187; sont des progr&#232;s n&#233;cessaires. Ces bonnes intentions interpellent car elles produisent une s&#233;rie d'antinomies qui t&#233;moignent de la persistance du legs colonial et des dynamiques n&#233;o-coloniales &#224; l'&#339;uvre dans la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne contemporaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par observer que la reconnaissance officielle de la coutume kanak s'est op&#233;r&#233;e dans le cadre national et immuable de la r&#233;publique fran&#231;aise. Si cette reconnaissance a pu entra&#238;ner la cr&#233;ation d'institutions nouvelles (Conseils et S&#233;nat coutumiers), elle s'est adoss&#233;e &#224; des institutions h&#233;rit&#233;es de la p&#233;riode coloniale (tribus, districts, chefs coutumiers, etc., qui incr&#233;mentent les structures administratives fran&#231;aises). Plut&#244;t que de placer cette &#233;volution r&#233;cente sous l'&#233;gide incantatoire du progr&#232;s, peut-&#234;tre vaudrait-il mieux la replacer dans la dynamique historique de promotion par l'&#201;tat fran&#231;ais d'une politique de la diff&#233;rence. Inaugur&#233;e &#224; l'&#233;poque coloniale, poursuivie apr&#232;s la fin de l'indig&#233;nat, elle se nourrit aujourd'hui de la juridicisation accrue des actes les plus courants de la vie civile. Elle op&#232;re ainsi de mani&#232;re diffuse dans le corps de la soci&#233;t&#233; n&#233;o-cal&#233;donienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face au projet d'&#233;criture de la coutume et des justifications progressistes qui l'accompagnent, certains ont tir&#233;, non sans vacarme, la sonnette d'alarme. Outre la justification opportune de donner ainsi corps aux accords de Noum&#233;a en prenant en compte l'identit&#233; kanak, ce projet est soutenu par une id&#233;ologie &lt;i&gt;droits de l'hommiste&lt;/i&gt; b&#234;te, aveugle et ignorante. Celle-ci s'appuie, notamment, sur les in&#233;galit&#233;s entre les sexes en Nouvelle-Cal&#233;donie, et contribue ainsi &#8211; l&#224; est sa b&#234;tise &#8211; &#224; opposer l'Occident, suppos&#233; &#233;galitaire &#8211; l&#224; est son aveuglement &#8211;, aux valeurs patriarcales r&#233;gissant les m&#339;urs kanak. Ce faisant elle participe &#224; la naturalisation d'&#233;l&#233;ments patriarcaux qu'elle croit &#8211; l&#224; est son ignorance &#8211; ancr&#233;e dans le fond traditionnel de la culture kanak. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pourtant pas n&#233;cessaire d'&#234;tre grand clerc pour remarquer que les in&#233;galit&#233;s entre les sexes t&#233;moignent moins de la r&#233;alit&#233; des coutumes ancestrales kanak que de la redoutable efficacit&#233; du processus colonial de &#171; civilisation des indig&#232;nes &#187;. Est-il vraiment utile de rappeler comment les missionnaires fran&#231;ais ont d'abord assign&#233; &#224; r&#233;sidence, puis impos&#233; la couture &#224; des femmes r&#233;put&#233;es jusqu'alors &#234;tre de redoutables b&#251;cherons ? Est-il vraiment n&#233;cessaire de pr&#233;ciser comment ils sont parvenus &#224; imposer les codes du mariage monogame et indissoluble &#224; une soci&#233;t&#233; dans laquelle une simple dispute pouvait d&#233;faire les unions, unions appel&#233;es &#224; se recomposer avec une simplicit&#233; que jalouserait plus d'un autochtone fran&#231;ais qui, pour se s&#233;parer d'une &#233;pouse avec laquelle il ne s'entend plus, doit mobiliser &#224; grands frais un bataillon de juristes et d'officiers publics (avocats, magistrats et notaires) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les mots m&#234;mes avec lequel ces apprentis codificateurs entendent &#171; &#233;crire &#187; la coutume sont d&#233;j&#224; pleins d'un sens n&#233;ocolonial qui a pour premier effet d'indiquer au &lt;i&gt;quidam&lt;/i&gt; que si la &#171; civilisation coloniale &#187; n'a pas pu promouvoir l'&#233;galit&#233; entre les sexes, c'est pour la raison essentielle, trop &#233;vidente pour &#234;tre signal&#233;e, que cette &#171; civilisation chr&#233;tienne &#187; fut, et demeure, profond&#233;ment in&#233;galitaire. Est-ce vraiment un hasard si le f&#233;minisme a pris corps en Occident ? Plut&#244;t que de reconna&#238;tre la part de l'h&#233;ritage colonial, cette id&#233;ologie b&#234;te, aveugle et ignorante pr&#233;f&#232;re se livrer &#224; une instrumentalisation raciste et classiste du f&#233;minisme qui enferme les communaut&#233;s kanak dans un statut d'arri&#233;ration pr&#233;moderne et perp&#233;tue ainsi la domination masculine. Elle reconduit ainsi le geste colonial par lequel les missionnaires avaient jadis, au nom du combat contre la polygynie et la r&#233;pudiation, encourag&#233; les formes du pouvoir patriarcal (enfermement de l'&#233;pouse au sein du foyer, interdiction du divorce, pouvoir discr&#233;tionnaire de l'&#233;poux sur sa conjointe, etc.) et &#233;touff&#233; certains modes d'expression qui offraient aux femmes une libert&#233; (notamment sexuelle) que jalouseraient les plus f&#233;ministes de nos contemporain.e.s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le renforcement des hi&#233;rarchies de genre est un exemple, et non le moindre, des impens&#233;s qui accompagnent la codification de la coutume par quelques progressistes bien intentionn&#233;s, un autre ph&#233;nom&#232;ne m&#233;rite qu'on s'y arr&#234;te. Que les coutumes soient brandies par quelques magistrats et assesseurs pour imposer une d&#233;cision laisse le justiciable kanak pour le moins circonspect. Lui qui a toujours &#171; fait la coutume &#187; se voit ainsi signifi&#233; par un magistrat au teint blafard qu'il est ignorant de sa propre culture. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; significative dans le jugement des affaires civiles, cette violence est plus grande encore en mati&#232;re p&#233;nale, car les solutions impos&#233;es tournent syst&#233;matiquement au d&#233;savantage du justiciable kanak. Un exemple, certes exceptionnel, permettra d'en saisir les ressorts. Abus&#233;e par son ancien ami, une jeune fille s'en &#233;tait plainte. L'agresseur ayant reconnu les faits, l'une et l'autre avaient subi un ch&#226;timent (cinq coups de baguette sur le dos) dans le cadre d'un arrangement coutumier entre les deux familles. Apr&#232;s que l'oncle de la jeune fille a appliqu&#233;, sur la demande du p&#232;re du jeune homme, l'astiquage sur les deux protagonistes afin de leur signifier qu'ils n'avaient plus &#224; se revoir, celle-ci avait d&#251;, dans le cadre d'une coutume de pardon, quitter son clan. Saisi &#171; concurremment &#187; de l'affaire, le tribunal correctionnel de Lifou avait estim&#233; pour sa part &#171; que les faits sont d'une particuli&#232;re gravit&#233; s'agissant d'une agression sexuelle sur une mineure &#226;g&#233;e de moins de 13 ; que contre toute &#233;quit&#233; c'est jusqu'&#224; pr&#233;sent la victime qui a &#233;t&#233; la plus s&#233;v&#232;rement sanctionn&#233;e puisqu'elle a d&#251; subir un ch&#226;timent coutumier et quitter Lifou ; que pour r&#233;tablir l'&#233;quit&#233; et r&#233;parer ainsi le trouble grave &#224; l'ordre public caus&#233; par l'infraction et le sort fait &#224; la victime, il convient de d&#233;livrer imm&#233;diatement mandat de d&#233;p&#244;t &#224; l'encontre du condamn&#233; &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MP c/Meite, 8 avril 1999.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi, et contrairement au principe &lt;i&gt;ne bis in idem&lt;/i&gt; qui interdit de punir deux fois pour les m&#234;mes faits, le tribunal avait condamn&#233; l'agresseur &#224; une peine de trois ans d'emprisonnement. L'&#233;quit&#233;, l'unit&#233; du droit p&#233;nal, l'ordre public et l'indivisibilit&#233; de la r&#233;publique auront ainsi justifi&#233; ce monument surr&#233;aliste &#233;lev&#233; &#224; la gloire de la justice fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et que le jeune homme ne se plaigne pas : au m&#234;me moment, en un autre lieu du pacifique, quelques descendants des naufrag&#233;s du Bounty qui avaient eu la sottise de maintenir des liens avec la Perfide Albion, auront eu le signifiant honneur, dans une affaire &#233;galement surr&#233;aliste d'atteinte &#224; la bonne morale sexuelle, de construire de leurs propres mains la prison dans laquelle un parterre de juges perruqu&#233;s &#233;galement blafards d&#233;cideront de les enfermer&#8230; avec la b&#233;n&#233;diction id&#233;ologique des d&#233;fenseurs des droits humains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Assier-Andrieu, &#171; Le cr&#233;puscule des cultures. L'affaire Pitcairn et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le plus grand secret des r&#233;formateurs est d'avancer en crabe, de mani&#232;re &#224; ne jamais perdre de vue l'horizon du progr&#232;s. De la sorte, ils ne le quittent jamais des yeux, en parlent &#224; tout bout de champ et ne l'atteignent jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un juriste un peu plus averti que les autres, peut-&#234;tre parce que trop ouvertement familier de l'anthropologie, tirait en peu de mots la le&#231;on de sa participation &#224; la codification du &#171; droit coutumier &#187; zande : &#171; Une chose m'appara&#238;t certaine, pr&#232;s de trente ans plus tard, au terme de ce p&#233;riple acad&#233;mique. En pensant &#224; un &#034;coutumier&#034; susceptible de guider les praticiens dans l'administration du droit zande, je contribuais, sans le savoir, &#224; la conspiration des juristes contre le peuple, de la science juridique contre la spontan&#233;it&#233; populaire. La coutume, zande telle qu'elle repose dans le linceul de papier que lui tisse mon &lt;i&gt;Coutumier, jurisprudence et manuel du droit zande&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre, j'aime &#224; le croire, aussi belle et &#233;mouvante que le Dormeur du Val. Mais plus jamais le rythme obs&#233;dant du tam-tam et le sautillement all&#232;gre du likembe ne la feront ondoyer dans sa lente formulation du droit zande. Quant &#224; moi, revenu plein d'usage et raison, vivre entre les juristes le reste de mon &#226;ge, je sais que s'il &#233;tait &#224; refaire, je ne referais pas ce chemin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Vanderlinden, &#171; Le juriste et la coutume : un couple impossible ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Difficile dans de telles conditions de croire un seul instant &#224; la plus petite possibilit&#233; de d&#233;colonisation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. Demmer et B. Tr&#233;pied, &lt;i&gt;La coutume kanak dans l'Etat. Perspectives coloniales et postcoloniales sur la Nouvelle-Cal&#233;donie&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2017, p. 13-14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;MP c/Meite, 8 avril 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Assier-Andrieu, &#171; Le cr&#233;puscule des cultures. L'affaire Pitcairn et l'id&#233;ologie des droits humains &#187;, &lt;i&gt;Droit et soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, 2012/3, p. 763-787.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Vanderlinden, &#171; Le juriste et la coutume : un couple impossible ? &#187;, Bruxelles, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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