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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Pour faire suite &#224; &#034;Qui ne dit mot consent&#034;</title>
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		<dc:date>2018-03-28T20:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat, Alain Naze, Nathalie Fajal</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nathalie Fajal &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux remarques apr&#232;s lecture de &#034;Qui ne dit mot consent&#034; : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 - Effectivement, la question de la sexualit&#233; entre un majeur et un mineur a &#233;t&#233; saisie par le droit depuis longtemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sum&#233;, un adulte ayant une relation sexuelle avec un adolescent de moins de 15 ans peut &#234;tre puni pour agression sexuelle si ce dernier n'est pas consentant, pour atteinte sexuelle dans le cas contraire. Le discernement du mineur est donc le crit&#232;re retenu p&#233;nalement pour qualifier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nathalie Fajal &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques apr&#232;s lecture de &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/qui-ne-dit-mot-consent&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Qui ne dit mot consent&#034;&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Effectivement, la question de la sexualit&#233; entre un majeur et un mineur a &#233;t&#233; saisie par le droit depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, un adulte ayant une relation sexuelle avec un adolescent de moins de 15 ans peut &#234;tre puni pour agression sexuelle si ce dernier n'est pas consentant, pour atteinte sexuelle dans le cas contraire. Le discernement du mineur est donc le crit&#232;re retenu p&#233;nalement pour qualifier juridiquement la situation (agression ou atteinte sexuelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mineur a plus de 15 ans, le l&#233;gislateur ne dit mot sauf si l'adulte est susceptible d'exercer un ascendant sur l'adolescent (enseignant, &#233;ducateur, juge, etc.), dans ce cas, la distinction pr&#233;c&#233;dente s'applique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc clair que la r&#233;forme actuelle qui fixe l'&#226;ge d'une sexualit&#233; possible &#224; 15 ans, concerne en r&#233;alit&#233; les relations non encore r&#233;glement&#233;es, c'est-&#224;-dire &lt;strong&gt;la sexualit&#233; entre mineurs de moins de 15 ans&lt;/strong&gt;. Il est &#233;tonnant que les protestations pour refuser cette intrusion violente ne soient pas plus nombreuses et notamment du c&#244;t&#233; des adolescents. La port&#233;e de cette r&#233;forme est-elle vraiment mesur&#233;e ? Le flou volontairement entretenu par le gouvernement quant au champ d'application de cette majorit&#233; sexuelle explique sans doute le silence des plus jeunes (et des autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 - Par contre, il me semble qu'il est peu pertinent d'analyser la politique gouvernementale eu &#233;gard &#224; la prostitution (en France ou en Su&#232;de) avec la m&#234;me grille Foucaldienne pour l'&#233;crire vite. On est tr&#232;s loin, dans la majorit&#233; des cas, dans l'exercice r&#233;el de cette activit&#233; professionnelle, &#171; d'aventures sexuelles en marge &#187; pour reprendre l'une des expressions du texte propos&#233;. &lt;strong&gt;La prostitution est une profession et non une sexualit&#233; priv&#233;e capt&#233;e par un dispositif gouvernemental, la sexualit&#233; des prostitu&#233;es est ailleurs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, dans bien des cas, la prostitu&#233;e est contrainte malgr&#233; elle et ce n'est pas infamant de le constater. Les &#233;tudes sociologiques un peu s&#233;rieuses sur les prostitutions f&#233;minines mettent en &#233;vidence des r&#233;gularit&#233;s sociales que tout le monde conna&#238;t. Pas besoin d'avoir recours &#224; l'&#233;tat de sid&#233;ration pour affirmer que tr&#232;s souvent, son consentement n'est pas libre. La r&#233;f&#233;rence contemporaine aux &#171; neurosciences &#187;, peut se comprendre alors par le fait que les constantes sociologiques existantes sur la prostitution d&#233;rangent les uns et les autres pour des raisons diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous explique effectivement, dans les rapports &#171; savants &#187; contemporains, que la prostitu&#233;e n'est pas libre du fait de violences sexuelles subies dans l'enfance, qui ont eu pour effet de cr&#233;er un &#233;tat c&#233;r&#233;bral de sid&#233;ration. Cette explication est plus acceptable que la veille rengaine des d&#233;terminismes sociaux (la vilaine expression), g&#233;n&#233;rateurs de libre arbitre plus ou moins libre. On ne veut plus voir les pesanteurs sociales, le &#171; on &#187; rassemble des intellectuels (M. Iacub &#233;tant une repr&#233;sentante de cette mouvance acharn&#233;e), les hommes/les femmes politiques et &#233;videmment certains groupes sociaux (encore une vilaine expression) dominants. Tous ensemble brandissent le consentement pour justifier des situations injustifiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la prostitu&#233;e est tr&#232;s souvent contrainte (avec prox&#233;n&#232;te ou non, ce n'est pas la question), l'explication doit &#234;tre cherch&#233;e du c&#244;t&#233; des in&#233;galit&#233;s sociales et non du c&#244;t&#233; des neurosciences. Encore une fois, devoir se taper, au petit matin, une demi-douzaine de routiers tr&#232;s peu soucieux du d&#233;sir/plaisir de cette &#171; partenaire &#187; qui se trouve l&#224;, au bon moment, sur l'autoroute des deux mers, ce n'est pas une aventure priv&#233;e que le pouvoir voudrait regarder de pr&#232;s. Il s'agit d'une activit&#233; professionnelle qui s'exerce dans des conditions souvent tr&#232;s pr&#233;caires. Les belles de jour sont peu nombreuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de dire que tous les choix de vie ne sont pas de v&#233;ritables choix n'est pas en soi une position qui signe une compassion, une victimisation ou une n&#233;gation du sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faudrait pas oublier non plus que le recours au consentement est l'argument juridique lib&#233;ral par excellence. La Cour Europ&#233;enne des droits de l'homme l'invoque tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement pour d&#233;bouter toutes les demandes de certaines associations f&#233;ministes qui visent, selon le cas, &#224; abolir, interdire, r&#233;glementer, peu importe, cette profession. Le consentement de la dame, selon les juges, n'est pas vici&#233; par le dol, l'erreur, la violence. Circulez, l'affaire est r&#233;gl&#233;e. Le consentement est souvent l'arme de ceux qui veulent masquer des rapports de domination.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour finir, la revendication dite f&#233;ministe &#171; de pouvoir disposer librement de son corps &#187; &#233;voqu&#233;e dans le texte, n'a pas pour signification d'un point de vue historique, &#171; prostitu&#233;e si je veux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Alain Naze&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le premier point : &lt;strong&gt;La prostitution est une profession et non une sexualit&#233; priv&#233;e capt&#233;e par un dispositif gouvernemental, la sexualit&#233; des prostitu&#233;es est ailleurs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de nier que la prostitution puisse &#234;tre une profession - elle l'est m&#234;me le plus souvent, c'est ind&#233;niable -, mais elle ne l'est pas n&#233;cessairement : on peut s'y livrer occasionnellement, et ce, pour des raisons diverses (soit parfois &#224; titre de compl&#233;ment de revenu, et alors on reste dans le cadre d'une profession, mais aussi - m&#234;me marginalement, cela existe et ne doit donc pas &#234;tre exclu d'une discussion sur la prostitution - parfois comme exp&#233;rience sexuelle, o&#249; la dimension de jeu n'est certes pas du c&#244;t&#233; du client).&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, le &#171; dispositif gouvernemental &#187; concernant la prostitution, s'il se contentait d'intervenir sur cette activit&#233; comme profession, &#233;tablirait par exemple des r&#232;gles permettant de distinguer entre prostitution et traite des &#234;tre humains, fixerait l'&#226;ge minimal pour l'exercice de cette profession, etc. Or c'est bien autre chose qu'il fait : il consid&#232;re que l'&#233;change marchand de services sexuels ne peut &#234;tre librement consenti. A partir de l&#224;, c'est bien la subjectivit&#233; des prostitu&#233;(e)s qui est mise en avant, et l'id&#233;e qu'il(elle)s puissent choisir de faire commerce de leurs relations sexuelles est d'embl&#233;e &#233;cart&#233;e. En cela, l'&#201;tat intervient bien sur la sexualit&#233; priv&#233;e, &#224; travers l'id&#233;e de ce que, au moins, elle ne pourrait pas &#234;tre - et son point de vue est moral (mais va s'appuyer sur tout un dispositif li&#233; &#224; la victimologie, concernant les traumatismes pr&#233; et post prostitution - alors que les effets n&#233;fastes d'autres professions sur qui les exerce n'aboutit pas &#224; l'interdiction d'une profession).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le second point (qui se s&#233;pare en plusieurs arguments, mais qu'on peut r&#233;sumer comme contestation d'un consentement libre &#224; la prostitution) : &lt;strong&gt;Pas besoin d'avoir recours &#224; l'&#233;tat de sid&#233;ration pour affirmer que tr&#232;s souvent, son consentement n'est pas libre&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne faisons pas jouer un r&#244;le central &#224; la notion de &#171; consentement &#187;, pour des raisons que nous &#233;voquons, et qui touchent &#224; la logique n&#233;o-lib&#233;rale elle-m&#234;me. Quand on l'utilise, c'est pour montrer l'&#233;ventuelle incons&#233;quence d'une reconnaissance de personnes comme &#224; la fois responsables (les mineurs poursuivis par la justice, les prostitu&#233;es, m&#234;me occasionnelles, auxquelles on retire la garde de leur enfant, etc.) et irresponsables (un enfant n&#233;cessairement contraint lorsqu'il entretient une relation avec un adulte, une prostitu&#233;e, n&#233;cessairement contrainte &#224; une activit&#233; qu'elle ne saurait avoir choisie). &lt;br class='autobr' /&gt;
Quant aux d&#233;terminismes sociologiques, on ne conteste pas l'&#233;vidence, &#224; savoir que l'&#233;crasante majorit&#233; des prostitu&#233;(e)s provient de milieux pauvres. Nous ne sommes pas du tout sur la ligne de Iacub consistant &#224; en faire une forme d'art, ou quasiment. Mais l'objection demeure : la sociologie des caissi&#232;res de grands magasins est-elle si diff&#233;rente ? Il entre forc&#233;ment une part de contrainte dans nos choix, notamment de profession, mais aucune autre profession que la prostitution n'est soumise &#224; ce jugement, ce qui tend bien &#224; indiquer que l'objectif n'est pas de prot&#233;ger les plus faibles socialement, sans quoi la boxe serait interdite depuis longtemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du coup, je ne crois pas que ce soit seulement pour &#233;carter la voie sociologique d'explication qu'on a recours aux neurosciences. C'est une autre fa&#231;on de mettre en avant un exceptionnalisme de la prostitution (on ne se demande pas si les caissi&#232;res ont &#233;t&#233; traumatis&#233;es dans leur enfance), aboutissant &#224; les chosifier de fa&#231;on paradoxale (victimes inconscientes de la force des traumatismes subis, elles croient choisir la prostitution, quand ce sont ces traumatismes qui les condamnaient &#224; &#171; vendre leur corps &#187; - expression impropre, mais courante). &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, oui, bien d'accord avec toi : aucune po&#233;sie dans cette douzaine de routiers au petit matin, mais je ne crois pas que ce soit la p&#233;nibilit&#233; de cette profession que le l&#233;gislateur ait en vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Concernant le 3&#232;me point :&lt;strong&gt;Le fait de dire que tous les choix de vie ne sont pas de v&#233;ritables choix n'est pas en soi une position qui signe une compassion, une victimisation ou une n&#233;gation du sujet&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien d'accord pour dire qu'un choix contraint ne fait pas de qui effectue ce choix tout relatif une victime, et seulement une victime, mais allons m&#234;me plus loin : la plupart de nos choix sont des choix contraints. Et la question surgit de nouveau : en quoi la prostitution repr&#233;senterait-elle, parmi les choix contraints, celui qui le serait de mani&#232;re hyperbolique ? Bien des transsexuel(le)s, disent qu'il(elle)s ont d&#251; se prostituer pour pouvoir payer l'intervention leur permettant de changer de sexe (avant que l'id&#233;e m&#234;me d'un remboursement ait pu &#233;merger). Dans ce cas, oui, ce choix est contraint, mais r&#233;sulte malgr&#233; tout d'un calcul : il est vital pour moi de changer de sexe, or la prostitution est le moyen de rendre cela possible, donc je d&#233;cide de me prostituer (avec l'id&#233;e que l'essentiel est de se rendre la vie possible, et non pas de camper sur une position morale). H&#233;l&#232;ne Hazera, en particulier, en t&#233;moigne tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Concernant enfin le dernier point : &lt;strong&gt;Le recours au consentement est l'argument juridique lib&#233;ral par excellence. La Cour Europ&#233;enne des droits de l'homme l'invoque tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement pour d&#233;bouter toutes les demandes de certaines associations f&#233;ministes qui visent, selon le cas, &#224; abolir, interdire, r&#233;glementer, peu importe, cette profession&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r, j'en ai parl&#233; dans une r&#233;ponse pr&#233;c&#233;dente, le consentement est une notion &#224; manier avec pr&#233;caution. Mais si l'on entend, &#224; travers cette notion juridique, l'indice d'une non-soumission &#224; un abus de pouvoir, alors, dans ce cas, c'est au moins ce qui permet de distinguer entre prostitution et traite des &#234;tre humains. Sans cela, je ne vois pas bien o&#249; passe la fronti&#232;re, et c'est m&#234;me sur cette ambigu&#239;t&#233; que jouent certaines associations abolitionnistes, notamment le NID.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Alain Brossat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que l'on peut s'accorder sur le fait que la prostitution doive &#234;tre abord&#233;e en premier lieu sous un angle sociologique, consistant &#224; la consid&#233;rer comme une activit&#233; sociale et &#233;conomique plut&#244;t que comme un art de vivre. Mais en m&#234;me temps, il faudra bien admettre que toute approche de ce ph&#233;nom&#232;ne comme social avant tout est n&#233;cessairement normative, constamment infiltr&#233;e par des consid&#233;rations morales lorsqu'on le qualifiera comme &#171; fl&#233;au social &#187; par exemple en bien selon que l'on consid&#233;rera les prostitu&#233;es comme se rendant coupables d'un certain nombre d'infractions ou vecteurs de risques sanitaires ou bien, au contraire, comme victimes de trafics, d'organisations criminelle, de syst&#232;mes de traite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut sans cesse revenir &#224; une approche sociologique de la prostitution afin d'&#233;viter de s'&#233;garer dans ce genre de glose &#233;clectique qui confond tout, libertinage et abattage sexuel, la sexualit&#233; comme terrain d'aventure individuelle et la soumission au client, la libert&#233; dans l'usage de son corps et la r&#233;alit&#233; de la pratique r&#233;elle de l'immense majorit&#233; de ceux et celles qui se font prestataires de services sexuels tarif&#233;s. Une approche en premier lieu sociologique de la prostitution doit constamment faire valoir ses droits et ses raisons contre ces approches ornementales et ultra-lib&#233;rales qui ne cessent d'obscurcir la question. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, dans l'immense majorit&#233; des cas, &#171; la prostitu&#233;e &#187; ou, aussi bien, &#171; le prostitu&#233; &#187; n'est pas un sujet individuel qui a fait le choix de ce mode de vie et d'acquisition de revenus, c'est un sujet social pr&#233;caris&#233; et subalternis&#233; qui se trouve pris dans les mailles d'un syst&#232;me d'exploitation sexuel des plus draconiens. Qu'il suffise de remarquer que le &#171; travail sexuel &#187;, &#224; supposer qu'une telle notion fasse sens, est l'un de ceux qui ne s'associent &#224; aucun droit reconnu, &#224; rigoureusement parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette approche de la prostitution comme ph&#233;nom&#232;ne social, &#224; laquelle on doit sans cesse revenir, ne suffit pas &#224; fonder une position, notamment politique, &#224; son endroit. A partir de ces pr&#233;misses g&#233;n&#233;rales, certaines administrations, certains gouvernements sont port&#233;s, comme nous le rappelons dans notre texte, &#224; criminaliser et culpabiliser la/le prostitu&#233;-e et d'autres &#224; la/le consid&#233;rer comme une victime et une personne ayant subi des traumatismes. Il existe toute une sociologie polici&#232;re qui met l'accent sur la lutte contre les r&#233;seaux de la traite consid&#233;r&#233;s &#224; l'&#233;gal de ceux de la drogue ou autres fl&#233;aux globaux, et une autre dont l'horizon est la bienveillance, la prise en charge et la protection des victimes, des prostitu&#233;-es &#8211; ce n'est pas pour rien qu'une des principales associations qui, en France, aborde la question sous cet angle s'intitule Le Nid... Que ce soit le traitement humanitaire qui l'emporte ou le traitement policier (multiplication des amendes &#8211; ou pire), ce qui caract&#233;rise la prostitution en tant que domaine d'activit&#233; souterraine ou &#233;tablie dans une zone grise, dans un pays comme le n&#244;tre, c'est sa radicale d&#233;liaison d'avec le droit &#8211; exercer comme prostitu&#233;-e, c'est une activit&#233;, pas un m&#233;tier, et cela ne fait pas des personnes qui y sont &#233;tablies des travailleuses/travailleurs comme les autres, pouvant se pr&#233;valoir d'un certain nombre de droits. Ou alors, cela les rapproche de la n&#233;buleuse toujours plus vaste du travail informel dans laquelle les donneurs d'emploi imposent leurs conditions. Aussi bien, l&#224; o&#249; la prostitution prosp&#232;re dans un cadre l&#233;gal (Eros Centers en Allemagne ou en Espagne), il est bien peu probable que cette l&#233;galit&#233; contribue &#224; faire des prostitu&#233;es des &#171; travailleuses &#187; comme les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui contribue &#224; miner nos d&#233;bats sur ces questions est que nous les conduisons en recourant &#224; des notions fragiles, mal assur&#233;es. Par exemple, la notion d'esclavage sexuel n'est pas une tournure rh&#233;torique destin&#233;e &#224; dramatiser la question, elle fait &#233;cho &#224; l'intuition largement partag&#233;e selon laquelle vendre des services sexuels, ce n'est pas la m&#234;me chose que vendre sa force de travail dans les conditions les plus d&#233;favorable &#8211; le paradigme de la caissi&#232;re de supermarch&#233;, donc. C'est ici que les choses se compliquent, car il faut, pour argumenter sur ce point, faire recours &#224; des notions comme la honte, la dignit&#233;, le respect de soi, l'intimit&#233;... qui ne sont pas tr&#232;s faciles &#224; &#171; mettre en sociologie &#187;. L'id&#233;e courante selon laquelle la prostitution entendue comme vente de services sexuels d&#233;grade celui/celle qui s'y livre, comme ne la/le d&#233;grade aucun autre emploi subalterne peut faire l'objet d'une discussion, mais dont les fondements seront toujours fragiles &#8211; on y tombe ais&#233;ment dans une phras&#233;ologie un peu flottante o&#249; il est question de ce qui constitue une atteinte &#224; l'humanit&#233; de l'&#234;tre humain, etc. - et pourquoi la sexualit&#233; plut&#244;t que les maladies professionnelles ou l'&#233;puisement au travail du porteur de briques ou du fellah ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun/e fait irruption dans cette discussion, moins avec ses pr&#233;jug&#233;s, qu'avec ses petites blessures intimes, son pass&#233;, son v&#233;cu, comme on dit, ses inclinations et ses phobies, tout ce qui contamine l'argumentation d&#232;s lors que le d&#233;bat se prolonge au del&#224; ce ce que je nommais plus haut comme la reconnaissance du fait social massif comme pr&#233;-condition de toute discussion sur cet objet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait peut-&#234;tre se risquer &#224; dire que prostitution est un mot valise et qu'il en existe des formes infiniment vari&#233;es, comme il exista, dans le cours de l'histoire et la diversit&#233; des formations sociales et culturelles, une multitude de formes d'esclavage. Proposition tentante et qui s'argumente ais&#233;ment, mais dont le danger politique saute aux yeux : celui d'une relativisation du ph&#233;nom&#232;ne envisag&#233; comme &#171; pathologie sociale &#187; &#8211; expression elle-m&#234;me infiniment discutable.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce qui pourrait nous porter &#224; &#233;noncer qu'il existe des formes de prostitution tr&#232;s diverses, c'est par exemple ce ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s singulier que constitue la prostitution chinoise &#224; Belleville, avec ses &#171; lignes de fuite &#187; insolites &#8211; la qu&#234;te par des femmes issues d'une r&#233;gion du nord de la Chine de retrait&#233;s fran&#231;ais esseul&#233;s et d'arrangements matrimoniaux susceptibles de leur permettre de r&#233;gulariser leur situation, de changer d'activit&#233;, etc. On voit prosp&#233;rer autour de cette prostitution tr&#232;s localis&#233;e toute une pragmatique froide qui tranche avec les images r&#233;pulsives de l'abattage sexuel sur les parkings autoroutiers ou dans les n&#233;o-bordels, l&#224; o&#249; la loi le permet. Mais pour autant, cela ne suffit pas &#224; faire de la prostitution &#171; un m&#233;tier comme les autres &#187;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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