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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Kierkegaard dans la Pl&#233;iade : Nuit sur Copenhague</title>
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		<dc:date>2018-06-24T19:40:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Chevallier, Vigilius Haufniensis (Jr)</dc:creator>



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&lt;p&gt;On ne lit pas un Pl&#233;iade. Cette v&#233;rit&#233; tir&#233;e de la contemplation interrogative de la biblioth&#232;que des parents et grands-parents o&#249; rien, pas m&#234;me la poussi&#232;re, ne bougeait, est v&#233;rifi&#233;e par les articles que Lib&#233;ration et La Croix viennent de consacrer au coffret S&#248;ren Kierkegaard, &#338;uvres (2 volumes, 2 784 pages) qui vient de para&#238;tre apr&#232;s des ann&#233;es d'attentes, d'incertitudes, de rumeurs. Ces articles parlent de Kierkegaard, pas du Pl&#233;iade et, d'une certaine mani&#232;re, tant mieux. Non, ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne lit pas un Pl&#233;iade. Cette v&#233;rit&#233; tir&#233;e de la contemplation interrogative de la biblioth&#232;que des parents et grands-parents o&#249; rien, pas m&#234;me la poussi&#232;re, ne bougeait, est v&#233;rifi&#233;e par les articles que &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Croix&lt;/i&gt; viennent de consacrer au coffret S&#248;ren Kierkegaard, &lt;i&gt;&#338;uvres&lt;/i&gt; (2 volumes, 2 784 pages) qui vient de para&#238;tre apr&#232;s des ann&#233;es d'attentes, d'incertitudes, de rumeurs. Ces articles parlent de Kierkegaard, pas du Pl&#233;iade et, d'une certaine mani&#232;re, tant mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, ce qui d'un Pl&#233;iade est lu, dans le meilleur des cas, c'est l'introduction, comme on &#233;coute l'ouverture d'une symphonie bien connue par un nouveau chef. Le chef ici est R&#233;gis Boyer, traducteur d'Andersen, sp&#233;cialiste r&#233;put&#233; des sagas islandaises et des vikings, tout &#224; son affaire, donc pour nous parler de Kierkegaard (1813-1855), penseur de l'existence &#233;thique et religieuse. Tel un de ces fiers Rois des mers du Nord, les redoutables &lt;i&gt;s&#230;konungar&lt;/i&gt;, il a choisi d'affronter seul l'oc&#233;an kierkegaardien, sans s'encombrer d'un comit&#233; scientifique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lisons donc l'introduction puisque, comme l'&#233;crit Kierkegaard dans la traduction de Boyer, &#171; Un avant-propos est une ambiance. &#187; Ambiance, donc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rarement on aura pr&#233;sent&#233; avec une telle absence de passion l'&#339;uvre du Danois &#8211; ce qui est une prouesse quand on conna&#238;t sa teneur. En 1964 &#224; l'Unesco, Karl Jaspers, qui avait &#233;t&#233; priv&#233; de sa chaire par les nazis, rendait hommage &#224; cette voix qui &#171; nous faisant pressentir l'exigence la plus haute, suscite en nous la vigilance la plus extr&#234;me &#187;. Nulle trace de telles hauteurs dans cette morne plaine o&#249; l'&#339;uvre est r&#233;duite &#224; une curiosit&#233; litt&#233;raire et psychologique, expos&#233;e d'une prose sans allant, dont le petit trot est constamment ralenti par des &#171; En ce domaine comme en d'autres&#8230; &#187;, &#171; Un mot s'impose &#224; ce propos &#187;, &#171; Ajoutons que &#187;, &#171; On fera observer que&#8230; &#187;, &#171; On peut comprendre aussi&#8230; &#187;, &#171; Il n'en demeure pas moins&#8230; &#187;, que l'on tol&#233;rerait tout juste &#224; l'oral en ouverture des comices agricoles. On regrettera &#233;galement, pour un Pl&#233;iade, ces &#171; Kierkegaard &lt;i&gt;fonctionnait&lt;/i&gt; &#187;, Kierkegaard &#233;tait &#171; &#034;intoxiqu&#233;&#034; de litt&#233;rature &#187;, qu'on laissera volontiers &#224; la presse gratuite. Que les &#233;diteurs Pl&#233;iade soient pay&#233;s en nombre de signes n'explique sans doute pas tout et soul&#232;ve une grave question : R&#233;gis Boyer a-t-il la moindre sympathie, le moindre int&#233;r&#234;t pour son sujet ? Mais sans doute a-t-il appris de Kierkegaard &#224; manier l'ironie. R&#233;gis Boyer, kierkegaardien &lt;i&gt;incognito&lt;/i&gt; : au fond, pourquoi pas ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus embarrassant : scand&#233;e par de tr&#232;s profondes pens&#233;es (&#171; Ce que fut l'homme S&#248;ren Kierkegaard est difficile &#224; saisir &#187; ; &#171; Il y a un myst&#232;re Kierkegaard, disions-nous en commen&#231;ant. Il est &#224; craindre, au terme de ce parcours, que ce myst&#232;re demeure &#187;), de fascinantes d&#233;couvertes (&#171; c'est bien &#224; un homme de lettres que nous avons affaire &#187;, lit-on apr&#232;s vingt-cinq pages), d'audacieux d&#233;fis &#224; la logique (l'&#339;uvre &#171; a co&#239;ncid&#233; avec la fin de l'id&#233;alisme et contribu&#233; &#224; sa dissolution &#187;), et quelques remarques cruciales sur les ponctuateurs modaux danois (&lt;i&gt;da, nok, vel, jo&lt;/i&gt;), qu'il est urgent pour le lecteur de saisir s'il souhaite bien lire le pr&#233;sent Pl&#233;iade, l'introduction surprend par deux grandes absences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout d'abord, la philosophie, r&#233;duite ici &#224; des remarques pour classes terminales, malgr&#233; la pr&#233;sence de quelques syntagmes incompr&#233;hensibles qui miment le labeur du concept (qu'est-ce donc pour un existant que le &#171; spectre de la temporalit&#233; &#187; ? Que peut bien vouloir dire &#171; transposer l'exp&#233;rience vive de son existence personnelle en dialectique de la communication &#187; ou que &#171; le choix du sujet n'est pas une donn&#233;e constitutive du moi &#187; ? Rien de cela n'a de sens). Le reste ne marquera pas l'histoire de la pens&#233;e et R&#233;gis Boyer ne prend pas de risque &#224; conclure solennellement, apr&#232;s avoir &#233;grain&#233; sans ordre ni explication la liste bien connue des lecteurs de Kierkegaard au XXe si&#232;cle, que son &#171; apport &#224; la pens&#233;e contemporaine aura sans doute &#233;t&#233; la priorit&#233; qu'il a donn&#233;e &#224; la subjectivit&#233;, &#224; la d&#233;fense de l'Individu, son invitation &#224; trouver une v&#233;rit&#233; qui fut une v&#233;rit&#233; pour soi-m&#234;me &#187;. &#171; J'ai lu &lt;i&gt;Guerre et Paix&lt;/i&gt; en vingt minutes, &#231;a parle de la Russie &#187; disait Woody Allen. Apr&#232;s trente pages o&#249; l'on s'est beaucoup instruit sur les ponctuateurs modaux et le dos vo&#251;t&#233; de Kierkegaard, le lecteur est assur&#233;ment r&#233;compens&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais cette absence de toute philosophie se double d'une mise &#224; l'&#233;cart syst&#233;matique de celles et ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; R&#233;gis Boyer en traduisant et commentant patiemment l'&#339;uvre depuis cent-cinquante ans. Sur trente pages, son introduction r&#233;ussit la prouesse de faire l'impasse, jusque dans les notes de bas de page, sur l'int&#233;gralit&#233; de la recherche scientifique autour de Kierkegaard en France, qui a modifi&#233; en profondeur notre connaissance du penseur danois. Andr&#233; Clair, Jacques Colette, Vincent Delecroix, Henri-Bernard Vergote, pour ne citer que les plus r&#233;cents, ont &#233;t&#233; pour notre g&#233;n&#233;ration des ma&#238;tres tr&#232;s s&#251;rs. Ils ne se sont pas seulement int&#233;ress&#233;s &#224; Kierkegaard : ils lui ont consacr&#233; leur vie intellectuelle et parfois plus encore. Pour le pr&#233;sent Pl&#233;iade, ils n'existent pas. Pas plus que les immenses chantiers &#233;ditoriaux qui n'auront pas le droit au moindre salut, sinon, cette fois, dans quelques notes : les vingt tomes de l'&#233;dition des &lt;i&gt;&#338;uvres compl&#232;tes&lt;/i&gt; aux &#233;ditions de l'Orante, dans une traduction belle et juste de P.-H. Tisseau, compl&#233;t&#233;e par E.-M. Jacquet-Tisseau, et la traduction en cours des &lt;i&gt;Journaux et Cahiers de notes&lt;/i&gt; supervis&#233;e par Jacques Lafarge chez Fayard (2 volumes d&#233;j&#224; parus : 2007 &amp; 2013). Mentionnons &#233;galement les traductions de Paul Petit, Jacques Privat, Charles Le Blanc, Vincent Delecroix. Avoir une traduction de plus &#233;tait de toute &#233;vidence une n&#233;cessit&#233;. On en manquait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'espace d&#233;gag&#233; par cette double absence, R&#233;gis Boyer peut alors donner libre cours &#224; son obsession habituelle &#8211; rappelons qu'il fut directeur de collection aux &#233;ditions du Porte-Glaive (du nom de l'ordre militaire germanique cr&#233;&#233; pour convertir les pays baltes), maison proche de la Nouvelle Droite : celle des marqueurs culturels ou r&#233;gionalistes qu'il essentialise &#224; sati&#233;t&#233;. &#171; Rage d'absolu, exc&#232;s, radicalisme ne sont pas des postures intellectuelles rares dans les pays scandinaves &#187;, commente mollement l'int&#233;ress&#233;, qui cite, avec un s&#233;rieux imperturbable, le cin&#233;aste danois Dreyer (qui n'aimait pas Kierkegaard, mais peu importe), le su&#233;dois Bergman (qui n'&#233;tait pas du tout en &#171; rage d'absolu &#187;, mais peu importe), et le dramaturge norv&#233;gien Bj&#248;rnson. Ne manquent &#224; cette liste que les Su&#233;dois d'Abba &#8211; &#224; la m&#233;lancolie nordique bien connue : pensons &#224; &lt;i&gt;Gimme ! Gimme ! Gimme !&lt;/i&gt; &#8211;, dont l'apparition n'aurait suscit&#233; aucune surprise dans un tel Gloubi-boulga culturel qui prend ici la place du concept. Quant &#224; &#171; de nombreux Scandinaves &#187;, ils auraient en commun avec Kierkegaard une poignante &#171; r&#233;ticence &#224; se dire &#187;. Il existe sans doute bien peu de champs scientifiques en 2018 o&#249; l'on se permette de telles assertions, &#224; part les guides touristiques auxquels R&#233;gis Boyer contribua en 1987 par un m&#233;morable &lt;i&gt;Nous partons pour la Norv&#232;ge&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partons donc pour le Danemark, m&#234;me si le co&#251;t ici du guide touristique peut sembler prohibitif. Un romantisme certain souffle sur cette introduction comme le vent sur les for&#234;ts du Jutland, mais l'effort d'intelligence de l'&#339;uvre y trouve-t-il son compte ? Citons &#224; nouveau Kierkegaard, dans la traduction neuve de Boyer : &#171; L'avant-propos ne doit traiter de rien, et dans la mesure o&#249; il semble traiter quelque chose et traiter de quelque chose, il faut que ce soit un mouvement apparent et fictif. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Reste alors le choix des textes : si le m&#232;tre-carr&#233; chez Gallimard est cher, et que m&#234;me les classiques connaissent depuis peu une crise du logement, l'absence de deux des plus importantes &#339;uvres de Kierkegaard dans la pr&#233;sente s&#233;lection (le &lt;i&gt;Post-scriptum aux Miettes philosophiques&lt;/i&gt;, sans lequel la publication des &lt;i&gt;Miettes philosophiques&lt;/i&gt; n'a ici aucun sens, et &lt;i&gt;Les &#338;uvres de l'amour&lt;/i&gt;, qui fait l'objet depuis une vingtaine d'ann&#233;es d'une attention renouvel&#233;e dans les &#233;tudes internationales) est difficile &#224; justifier, surtout quand 76 pages sont consacr&#233;es &#224; l'anecdotique quoique charmante collection d'&lt;i&gt;Avant-propos&lt;/i&gt;, ajout&#233;e &#171; parce qu'elle t&#233;moigne du sens de l'humour dont Kierkegaard ne manquait pas &#187;. Au moins, et c'est d&#233;j&#224; cela, Kierkegaard, taiseux qu'il &#233;tait en &#171; bon Scandinave &#187;, savait &#234;tre rigolo. Assur&#233;ment, ce Pl&#233;iade est un &#233;v&#233;nement pour la recherche kierkegaardienne en France, ne serait-ce que par sa fantaisie. La collection dirig&#233;e par R&#233;gis Boyer au Porte-Glaive s'appelait &#171; Lumi&#232;re du Septentrion &#187; ; ici, c'est plut&#244;t Nuit sur Copenhague.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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