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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>D'une printani&#232;re &#171; insurgence &#187;</title>
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		<dc:creator>Freddy GOMEZ</dc:creator>



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&lt;p&gt;http://acontretemps.org/ &lt;br class='autobr' /&gt;
Sit&#244;t pass&#233;, l'&#233;v&#233;nement n'a de devenir que dans sa rem&#233;moration critique. En sachant qu'il y a des critiques qui liquident au nom de v&#233;rit&#233;s intangibles, elles-m&#234;mes jamais remises en question, et des critiques qui sauvent ce qui m&#233;rite de l'&#234;tre de l'&#233;v&#233;nement. Cet &#233;trange printemps des convergences rat&#233;es ne fait pas exception. Il nous occupa en tout cas assez pour m&#233;riter l'examen, seul capable de donner une suite &#224; nos raisons d'en avoir &#233;t&#233;. &#192; notre place, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://acontretemps.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://acontretemps.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t pass&#233;, l'&#233;v&#233;nement n'a de devenir que dans sa rem&#233;moration critique. En sachant qu'il y a des critiques qui liquident au nom de v&#233;rit&#233;s intangibles, elles-m&#234;mes jamais remises en question, et des critiques qui sauvent ce qui m&#233;rite de l'&#234;tre de l'&#233;v&#233;nement. Cet &#233;trange printemps des convergences rat&#233;es ne fait pas exception. Il nous occupa en tout cas assez pour m&#233;riter l'examen, seul capable de donner une suite &#224; nos raisons d'en avoir &#233;t&#233;. &#192; notre place, modeste, mais partout o&#249; sourdaient des col&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bataille du rail et voie de garage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'on se tromperait sans doute &#224; chercher ici ou l&#224; les causes d'un &#233;chec qui s'inscrit dans le moment m&#234;me o&#249; les instances cheminotes adopt&#232;rent cette absurde strat&#233;gie d'une gr&#232;ve &#224; &#233;pisodes, perl&#233;e d'incoh&#233;rence. Il est de peu d'int&#233;r&#234;t d'entrer ici dans les raisons qui motiv&#232;rent ce choix. Elles tiennent pour l'essentiel &#224; cette id&#233;e, elle aussi absurde, que la mobilisation se d&#233;cr&#232;te et s'organise sans lui laisser la moindre chance de se nourrir elle-m&#234;me de ses propres impulsions et pratiques collectives. Il n'est bien s&#251;r pas dit qu'une gr&#232;ve active, directe et reconductible e&#251;t donn&#233; d'autres r&#233;sultats que ceux que l'on conna&#238;t, mais il est certain que celle choisie ne pouvait mener que sur une voie de garage. D&#233;motivante, contournable, d&#233;mobilisante, individualisante, elle restera un cas d'&#233;cole de l'ineptie bureaucratique. Tant qu'on en a la capacit&#233;, on ne bloque qu'en bloquant, et sans tr&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque assista &#224; une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale ouverte de gr&#233;vistes, surtout aux premiers jours du conflit, sait que la m&#233;thode fut imm&#233;diatement contest&#233;e, mais sans volont&#233; assum&#233;e ni capacit&#233; r&#233;elle de d&#233;bordement des instances. Le fait m&#233;rite d'&#234;tre not&#233; parce qu'il situe, au c&#339;ur m&#234;me du dispositif de blocage cheminot, l'une des caract&#233;ristiques de ce printemps apparemment offensif : son attrait certain, mais souvent fantasmatique, pour la perspective d'un d&#233;passement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du &#171; gauchisme &#187;, et ce quelle que soit la version qu'on en retienne ou les embl&#232;mes qu'il affectionne, les &#171; bases &#187; seront toujours plus radicales que leurs directions. C'est l&#224; son c&#244;t&#233; essentialiste, mais aussi sa raison d'&#234;tre. On y verra surtout le fondement d'une erreur r&#233;currente d'analyse, la &#171; base &#187; n'existant comme &#171; base &#187; que quand, par une dynamique propre et des pratiques de sortie du cadre impos&#233;, elle parvient &#224; se passer organiquement de ses directions, &#224; se parler sans interm&#233;diaires, de soi &#224; soi, entre &#233;gaux, &#224; agir comme sujet d'une lutte qu'elle seule peut mener. Une &#171; base &#187; qui, convenons-en, a disparu comme telle de l'histoire r&#233;cente des luttes sociales. Il faut en effet remonter au milieu des ann&#233;es 1980 pour trouver les derniers &#233;chos d'une s&#233;cession de ce type dans la floraison de &#171; coordinations &#187; &#8211; de cheminots, d'infirmi&#232;res, de postiers &#8211;, con&#231;ues comme associations temporaires refusant de se laisser d&#233;poss&#233;der par les bureaucraties syndicales de la construction de situations ouvrant, &#224; la base, sur de r&#233;elles convergences dans les luttes. Ces &#171; coordinations &#187; furent sans doute le dernier feu d'un mode d'action qui puisait, dans ce qu'il eut de meilleur, &#224; &#171; l'esprit &#187; de mai 68 et, au-del&#224;, &#224; l'ancienne tradition de l'autonomie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, beaucoup d'eau a coul&#233; sous le pont des d&#233;faites, et la m&#233;moire m&#234;me de ces &#171; coordinations &#187; s'y est noy&#233;e. Comme toute m&#233;moire qui ne se cultive pas. Cette &#233;vanescence de la m&#233;moire historique demeure sans doute l'une des clefs pour comprendre pourquoi les r&#233;voltes de notre temps sont orphelines. L'&#233;cho de leur pass&#233;, m&#234;me proche, ne porte plus, ce qui ne retire rien &#224; la l&#233;gitimit&#233; des nouvelles, mais explique leur d&#233;concertante aptitude &#224; finir dans l'impasse o&#249;, priv&#233;es d'histoire, leur courte imagination les pousse. Et ce fut encore une fois le cas. Il n'y eut, chez les cheminots en lutte, aucune capacit&#233; r&#233;elle &#224; sortir du cadre impos&#233;. On le contesta, pour s&#251;r, mais sans chercher &#224; en imposer un autre, horizontal, d&#233;cisionnel et souverain. Entendons-nous bien : il y eut des volont&#233;s d' &#171; insurgence &#187;, une sorte de &#171; cort&#232;ge de t&#234;te &#187; de la r&#233;sistance cheminote qui, parfois, fit masse, notamment dans les actions de rue, mais il n'y eut pas s&#233;cession. Parce qu'il n'y eut pas volont&#233; de coordination autonome, cr&#233;ation d'une communaut&#233; dot&#233;e d'intelligence strat&#233;gique et, par l&#224;-m&#234;me, capable, dans la lutte, de faire que convergent, sur d'autres rivages que celui de la seule th&#233;&#226;tralit&#233;, les nombreuses col&#232;res orphelines qui cherchaient &#224; faire bloc sans y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre &#233;tait-ce trop attendre des cheminots ? C'est possible, mais leur centralit&#233; dans le dispositif de blocage &#8211; non pas des flux, mais de l'&#233;conomie &#8211; leur conf&#233;rait &lt;i&gt;encore&lt;/i&gt; une force pour peser, de mani&#232;re &lt;i&gt;encore&lt;/i&gt; d&#233;cisive, sur le retrait d'une loi dont le v&#233;ritable objectif, ils l'ont d'ailleurs vite compris, &#233;tait de les ramener au sort peu enviable du commun et, par effet induit, de les nier comme cat&#233;gorie sociale faisant &lt;i&gt;encore&lt;/i&gt; sujet collectif. L'objectif du pouvoir &#233;tait aussi clair que la &#171; strat&#233;gie &#187; bureaucratique de r&#233;sistance &#233;tait floue. En rechignant, les plus d&#233;termin&#233;s des gr&#233;vistes s'y sont ralli&#233;s, sans y croire pour beaucoup d'entre d'eux, par cette sorte d'atavisme que favorise la culture petitement syndicale, celle qui pr&#233;f&#233;rera toujours la &#171; masse &#187; man&#339;uvrable &#224; la &#171; communaut&#233; &#187; auto-institu&#233;e. Cette communaut&#233; &#8211; consciente de sa force, s&#251;re de son combat, transversale dans ses intentions et capable de d&#233;cider elle-m&#234;me de sa lutte &#8211; n'est pas venue. D&#232;s lors, la partie ne pouvait se conclure que par une d&#233;route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fant&#244;me hagard de mai 68&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on perd le sens de l'histoire, plus la perception du r&#233;el historique devient illusoire. Ce n'est qu'un combat, poursuivons le d&#233;but, disions-nous d&#233;j&#224; aux heures de l'enchantement lyrique. Comme si le rouleau compresseur de l'&#233;chec n'avait pas d'effet sur le principe-esp&#233;rance. Comme si les d&#233;buts n'avaient pas de fin. Comme s'ils pouvaient se reprendre au gr&#233; de nos imaginaires insurg&#233;s. C'&#233;tait tout ignorer, bien s&#251;r, de la radicale d&#233;faite de juin 68, celle qui, un demi-si&#232;cle plus tard, a produit les cons&#233;quences que nous savons. Car l'autre monde est bien venu, mais &#224; l'exact contraire de nos aspirations. Le mouvement infini du capital y a puis&#233; autant de puissance inspirante que la postmodernit&#233; &#171; culturelle &#187;, devenue le principal terreau id&#233;ologique du n&#233;o-lib&#233;ralisme sans limites que nous subissons. R&#233;v&#233;latrice est, sur ce point, l'intention &#233;ph&#233;m&#232;re du jeune et fringant pr&#233;sident du &#171; nouveau monde &#187;, homme de son temps et du spectacle int&#233;gr&#233;, d'avoir pens&#233; c&#233;l&#233;brer, dit-on, ce grand d&#233;tournement de sens en accordant &#224; ce mai 68 de toutes les extravagances la place, fondatrice, qu'il m&#233;ritait, &#224; ses yeux, dans l'histoire des &#171; cinquante ignominieuses &#187; qui l'ont suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fant&#244;me hagard de l'&#233;v&#233;nement plana de m&#234;me sur les &#233;tranges cort&#232;ges de ce printemps &#171; insurgent &#187;. Il attisa l'imaginaire graphomane des tagueurs et des tr&#232;s minoritaires occupants des facs. On y entendit, ici et l&#224;, qu'il s'agissait de &#171; faire mieux qu'en 68 &#187; quand il e&#251;t &#233;t&#233; sans doute plus judicieux de pr&#233;tendre faire autrement communaut&#233; de r&#233;sistance imaginative &#8211; ce qui d'ailleurs exista aussi, en gestation et hors r&#233;f&#233;rentiel, au cours de ces journ&#233;es. Le hasard calendaire fit, c'est vrai, jonction entre le &#171; comm&#233;moratif &#187; et la r&#233;alit&#233; d'un mouvement qui se chercha, sans se trouver vraiment, dans une forme d'expression collective pour beaucoup h&#233;rit&#233;e du pass&#233;, mais charriant quelques &#233;clats de nouveaut&#233; sur lesquelles nous reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il reste de plus vivant de mai 68, c'est sa part d'improbable et, avec elle, l'id&#233;e, consolante en ces temps de doute, que tout pourrait vaciller du &#171; nouveau monde &#187; dans une coagulation spontan&#233;e des col&#232;res. On peut bien s&#251;r contester tout ou partie de cette hypoth&#232;se tant ces col&#232;res sont aujourd'hui &#233;clat&#233;es, contradictoires, rentr&#233;es. Elles mac&#232;rent, pour beaucoup, dans le chaudron d'un monde si massivement d&#233;construit que son n&#233;gatif lui-m&#234;me finit par alimenter le ressentiment, la fausse conscience et l'aspiration &#224; un ordre nouveau. Mais l'on ne peut nier que les rages existent, qu'elles ont point&#233; en ce printemps, venant essentiellement d'un salariat humili&#233;, peu corporatiste (il n'y a plus rien &#224; d&#233;fendre), diffus, cherchant sa voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants, en revanche, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; des lyc&#233;ens &#171; parcoursupis&#233;s &#187;, c'est peu dire que la mobilisation fut faible ; elle n'agita que quelques bataillons &#233;gar&#233;s plus ou moins obstin&#233;s &#224; occuper ou &#224; bloquer leurs facs avec la conviction mim&#233;tique de faire mouvement. Ce qui, au vu de leurs faibles forces, semblait pour le moins pr&#233;somptueux. L&#224; o&#249;, pour un temps, la &lt;i&gt;performance&lt;/i&gt; fut couronn&#233;e de succ&#232;s, l'esprit de mai 68 y souffla dans ses prolongements postmodernes, diff&#233;rencialistes, particularistes au point d'y noyer le &#171; tous ensemble &#187; du moment dans la perspective r&#233;gressive de la s&#233;paration que cultivent &#224; loisir des post-gauchistes culturalistes suffisamment d&#233;construits pour confondre le projet &#233;mancipateur avec leurs d&#233;lires, de non-mixit&#233; &#171; raciale &#187; par exemple. Ce fut notamment le cas &#224; Tolbiac et &#224; l'EHESS, dans une indiff&#233;rence quasi-g&#233;n&#233;rale, il est vrai, mais plut&#244;t tol&#233;rante. Comme si, sur le march&#233; de la post-contestation &#233;tudiante, tout &#233;tait par avance admissible : le d&#233;sert de la critique et la critique du d&#233;sert. &#192; condition que le tout &#8211; th&#232;se et antith&#232;se &#8211; se colore d'une vague radicalit&#233; dans l'entre-soi de l'outrance. L'indiff&#233;renci&#233; de l'exc&#232;s est probablement un signe des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les deux faces du visible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin reprit de la pens&#233;e th&#233;ologique l'id&#233;e que le visible n'est pas tout. Et corollairement que, derri&#232;re les apparences d'un r&#233;el objectivement rep&#233;rable, il fallait chercher le fil qui, &#233;chappant &#224; l'entendement de la sourde expertise, ondule comme &#171; suppl&#233;ance &#187; &#233;mancipatrice du &#171; principe m&#234;me de l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut de cela dans ce printemps in&#233;dit : une &#233;trange ondulation des esprits entre anciens r&#233;flexes et nouvelles s&#233;cessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord un bonheur d'&#234;tre ensemble&#8230; Il y en avait, par exemple, dans la vaste salle d'une historique bourse du travail parisienne surpeupl&#233;e, un soir d'avril, &#224; l'heure o&#249; le besoin de gr&#232;ve et le besoin d'agir faisait cause commune. Un bonheur indicible tant il est devenu rare. Un bonheur qui d&#233;bordait d'indiscipline. Au point que les orateurs de service, d&#233;poss&#233;d&#233;s &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; de leurs &#171; insoumissions &#187; particuli&#232;res et de leur pr&#233;s&#233;ance, en furent passablement surpris. Car, dans l'attente d'un possible, cet &#234;tre-ensemble bouleversait le tout-hi&#233;rarchique de la prise de parole s&#233;par&#233;e. C'&#233;tait sa nature m&#234;me, sa fonction. Et tout remonta, ce soir-l&#224;, des humiliations minuscules de la survie diminu&#233;e. Les mots fusaient, faisant terreau de leur mis&#232;re : ceux, bouleversants, d'une soignante d'un EHPAD en lutte ; ceux d'un cheminot en col&#232;re port&#233; &#224; croire qu'aucune m&#233;thode ne vaut l'action directe ; ceux d'une caissi&#232;re &#233;puis&#233;e d'une enseigne de la grande distribution en gr&#232;ve ; ceux d'un postier hors statut racontant son existence de gal&#232;re. Bien d'autres&#8230; Des mots rem&#226;ch&#233;s dans la solitude des petits matins de chagrin et soudains crach&#233;s, comme balles tra&#231;antes, dans l'espace conquis d'un partage. Des mots en cascade qui disent la souffrance au travail, un travail dont les conditions sont devenues si d&#233;testables que tout le monde a fini par le d&#233;tester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut ignorer, de m&#234;me, que la forme, pour le coup spontan&#233;e, qu'ont prise les d&#233;sertions massives des cort&#232;ges traditionnels dit sans doute beaucoup du refus d&#233;sormais tr&#232;s partag&#233; des s&#233;parations. Par la multitude parfois impressionnante qui les formait, les cort&#232;ges de t&#234;te de ce printemps ont &#233;t&#233; le signe d'une sorte de connexion d'imaginaires entre deux formes de s&#233;cession &#8211; l'une v&#233;cue et th&#233;oris&#233;e comme potentiellement &#171; insurrectionniste &#187;, l'autre per&#231;ue comme alternative aux d&#233;fil&#233;s des impuissances &#8211;, le tout balisant un espace d'horizontalit&#233; en action agit&#233; de passions parfois contraires, mais occasionnellement coagul&#233;es. Pour le coup, jamais les &#171; casseurs &#187; n'ont &#233;t&#233; en si nombreuse compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bonheur d'&#234;tre ensemble, mais aussi d'abolir les appartenances closes et les identit&#233;s fixes, y compris l&#224;, dans ces cort&#232;ges de t&#234;te, c'est ce qui fit le visible r&#233;fractaire de cette &#171; insurgence &#187; printani&#232;re et donna &#224; la rue des allures r&#233;solument in&#233;dites. Comme si, deux ans apr&#232;s 2016, un pas avait &#233;t&#233; franchi dans le d&#233;litement inexorable des formes traditionnelles et d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vaines de manifester. Tout observateur avis&#233; pouvait percevoir sans trop d'effort cette &#233;tranget&#233;. &#192; condition d'observer, c'est-&#224;-dire d'aller au-del&#224; des apparences codifiables et exploitables : un &#171; black-bloc &#187; reste un &#171; black-bloc &#187;, autrement dit ce qu'on y voit, mais le fait qu'il soit rel&#233;gu&#233;, un 1er mai, en queue d'un cort&#232;ge de t&#234;te de pr&#232;s de 15 000 manifestants rel&#232;ve d'une aveuglante nouveaut&#233; dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle fait sens, sens giratoire m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chemins des m&#233;tamorphoses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de stabilit&#233; possible des anciennes formes de r&#233;sistance traditionnelles &#8211; cr&#233;ation d'un rapport de forces, n&#233;gociation, compromis &#8211; quand tout concourt, de partout et par tous moyens, &#224; leur effondrement. Le r&#233;formisme est mort d&#232;s l'instant o&#249; la r&#233;forme est devenue contre-r&#233;forme, c'est-&#224;-dire destruction programm&#233;e de toute aspiration (r&#233;formiste) &#224; la survie augment&#233;e. Ce qui demeure du vieux mouvement ouvrier un tant soit peu organis&#233; (syndicalement), n'a plus les moyens, seul, de d&#233;fendre ses derniers acquis. Il les perdra donc un &#224; un s'il ne sait pas se r&#233;inventer sur d'autres bases. En reprenant les choses depuis le d&#233;but, en faisant en sorte que convergent d'&#233;vidence &#8211; dans l'imaginaire d'abord, dans le r&#233;el des luttes enfin &#8211; des coalitions concr&#232;tes, coordonn&#233;es entre elles, fond&#233;es sur un commun partag&#233;, structur&#233;es horizontalement et r&#233;solument garantes de l'autonomie de d&#233;cision de ses membres. Il faut, &#224; l'int&#233;rieur ou en dehors des syndicats tels qu'ils sont devenus, des minorit&#233;s r&#233;ellement agissantes d&#233;termin&#233;es &#224; remettre la marge au centre, aspirant &#224; faire nouvelle communaut&#233; de r&#233;sistance sur le terrain de la question sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective parall&#232;le, une lutte prolong&#233;e du type de celle de Notre-Dame-des-Landes, poss&#232;de &#224; l'&#233;vidence, par les pratiques qu'elle d&#233;veloppe et les &#233;nergies qu'elle lib&#232;re, un double caract&#232;re d'exemplarit&#233; et d'universalit&#233;. Pour le pouvoir, l'abandon du projet d'a&#233;roport n'&#233;tait politiquement assumable qu'&#224; la condition de parvenir, &#171; en m&#234;me temps &#187;, &#224; s&#233;parer une partie des zadistes, les plus pragmatiques disons, de leur r&#234;ve communautaire des origines. On savoura la victoire &#8211; qui en est une, et indiscutable &#8211; et on passa aux choses s&#233;rieuses : fallait-il, ou non, c&#233;der &#224; cette tentative d'institutionnalisation, somme toute classique, en abandonnant en chemin partie de ceux qui l'avaient, &#224; leur mani&#232;re, balis&#233; d'esp&#233;rance et de douce folie ? La discussion fut confuse, mais l'alternative pointait : il y avait, pensait-on, des choses &#224; n&#233;gocier. C'est l&#224; un moment historiquement identifiable, et toujours recommenc&#233; : celui qui signe invariablement le passage de l'utopie &#224; la topie, qui est &#224; la fois renoncement et pr&#233;sence au pr&#233;sent et &#224; ses limites. Ce temps a certes sem&#233; la division, mais sans rompre tout &#224; fait les solidarit&#233;s internes. Pour acc&#233;l&#233;rer le processus de d&#233;litement, le pouvoir, non sans risque, lan&#231;a l'offensive polici&#232;re majeure de ce printemps des &#171; insurgences &#187;. Elle eut pour premier effet de renouer les ardeurs offensives. Et puis vint le temps &#8211; politique &#8211; de l'acceptation du cadre impos&#233; par l'&#201;tat. On ne portera pas de jugement : l'histoire, qu'on a d&#233;sapprise, est pleine de ruses de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque &#233;poque charrie ses tics, ses manies et ses mythologies. Avec toujours le m&#234;me effet sublimant. Les id&#233;es fixes ne sont d'aucun secours devant le r&#233;el, par nature mouvant. Pour ce qui concerne la n&#244;tre, l'extr&#233;misme &#8211; qui n'est pas la radicalit&#233; mais son masque &#8211; l'a suffisamment prouv&#233;, et depuis longtemps. Sans autre cause que la sienne propre, il n'est, sans doute, qu'une nouvelle forme, caricaturale, de l'avant-gardisme. S'&#233;vertuant &#224; pr&#233;f&#233;rer le simulacre &#224; la perspective, il passe toujours &#224; c&#244;t&#233; de l'inattendu du &#171; maintenant &#187; pour n'y voir que ce qu'il veut y voir : un acquiescement &#224; ses th&#232;ses et au rituel de ses vanit&#233;s. N'existant que comme spectacle, l'extr&#233;misme vit de sa manie de l'appel sans suite, du coup d'&#233;clat sans base et de la rh&#233;torique de l'&#233;meute. Et c'est ainsi que, comme spectacle, il se perp&#233;tue, au risque de se perdre dans le labyrinthe de ses propres limites, qui sont celles du spectaculaire pr&#233;cis&#233;ment. On admettra, cela dit, que les &#171; insurrectionnistes &#187; de ce printemps se sont faits plut&#244;t discrets. Surpris de se voir si largement rejoints, et parfois d&#233;bord&#233;s, par une multitude plut&#244;t bienveillante &#224; leur &#233;gard, ils go&#251;t&#232;rent ces moments de fraternisation &#233;pisodique, ce qui est &#233;videmment compr&#233;hensible. L'erreur, pour eux, serait de penser, comme les l&#233;ninistes d'antan, que les masses ont fini par rejoindre l'avant-garde. Ce faisant, ils seraient encore en avance sur les experts m&#233;diatiques, mais toujours &#224; c&#244;t&#233; de la plaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confus&#233;ment, parfois massivement, ont &#233;merg&#233; de cette printani&#232;re &#171; insurgence &#187;, des s&#233;cessions, des sorties de route, des d&#233;sertions, des refus d'ob&#233;issance, une m&#233;fiance des anciennes formes admises de la contestation sociale : l'ouverture d'une perspective cavali&#232;re, en somme, avec un d&#233;placement des imaginaires vers l'ailleurs, l'inattendu, le non-balis&#233;, le contourn&#233;. On pourrait y voir un d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir quelques chances de r&#233;sister, ensemble, au processus g&#233;n&#233;ralis&#233; de d&#233;gradation programm&#233;e des derni&#232;res formes de vie acceptables, pour en r&#233;inventer de nouvelles, d&#233;sirables, les modes d'association &#224; venir devront forc&#233;ment d&#233;passer tous les cadres r&#233;f&#233;rentiels des anciennes appartenances id&#233;ologiques, strat&#233;giques et identitaires fixes en se situant clairement dans une pratique de s&#233;cession r&#233;invent&#233;e, pens&#233;e, capable de redonner &#171; sens au sens commun &#187; (Arendt), ouverte &#224; toutes les exp&#233;rimentations. Il n'est d&#233;sormais de critique sociale effective que celle capable de renouer historiquement avec l'id&#233;e originelle et bafou&#233;e du communisme : faire communaut&#233; libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://acontretemps.org/spip.php?article666&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://acontretemps.org/spip.php?article666&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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