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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Nos temporalit&#233;s peuvent-elles se rencontrer ?</title>
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		<dc:date>2018-07-29T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Estelle Chauvey, Romuald Gloriod</dc:creator>



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&lt;p&gt;Nous sommes infirmiers dipl&#244;m&#233;s d'&#233;tat, et tous deux avons choisi de travailler en psychiatrie &#224; la sortie de nos &#233;tudes (un seul dipl&#244;me commun psy/soins g&#233;n&#233;raux depuis 1992). Quand il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire une journ&#233;e sur la psychiatrie, on s'est dit &#171; allez on se lance &#187;, beaucoup stress&#233;s mais en m&#234;me temps l'id&#233;e en t&#234;te que c'&#233;tait important de le faire, qu'on avait des choses &#224; dire. Et aussi il ne faut pas le cacher, que depuis le temps que nous participons aux week-ends de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes infirmiers dipl&#244;m&#233;s d'&#233;tat, et tous deux avons choisi de travailler en psychiatrie &#224; la sortie de nos &#233;tudes (un seul dipl&#244;me commun psy/soins g&#233;n&#233;raux depuis 1992). Quand il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire une journ&#233;e sur la psychiatrie, on s'est dit &#171; allez on se lance &#187;, beaucoup stress&#233;s mais en m&#234;me temps l'id&#233;e en t&#234;te que c'&#233;tait important de le faire, qu'on avait des choses &#224; dire. Et aussi il ne faut pas le cacher, que depuis le temps que nous participons aux week-ends de philosophie pl&#233;b&#233;ienne, ne pas faire d'intervention, vu le th&#232;me, nous vaudrait certainement quelques vannes pendant un bon moment&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous travaillons dans un foyer dit de post-cure &lt;i&gt;le Colombier&lt;/i&gt;, foyer cr&#233;&#233; dans les ann&#233;es 80 pour r&#233;pondre aux crit&#232;res de la sectorisation. Il s'agissait au d&#233;part d'instaurer, devant la maladie mentale, une attitude globale r&#233;unissant pr&#233;vention, cure, postcure et continuit&#233; des soins dans la communaut&#233;, &#233;vitant le plus possible l'hospitalisation au long cours, avec une politique active de r&#233;insertion. La premi&#232;re exp&#233;rience, anim&#233;e par Ph. Paumelle, d&#233;buta d&#232;s 1954 dans le XIII&#232;me arrondissement de Paris. La circulaire du 15 mars 1960 en d&#233;finit les bases. Une approche horizontale des soins publics &#233;tait pr&#233;conis&#233;e, avec secteurs g&#233;ographiques homog&#232;nes, &#233;quipes pluridisciplinaires m&#233;dicosociales identiques et &#233;quipements permettant des prises en charge intracommunautaires diversifi&#233;es (h&#244;pital de jour, de nuit, dispensaire d'hygi&#232;ne mentale-CMP, etc.). La sectorisation n'est entr&#233;e dans les faits qu'&#224; partir de 1972, essentiellement par des circulaires, puis l&#233;galis&#233;e par la loi du 25 juillet 1985 (art.8).&lt;br class='autobr' /&gt; Nous accueillons principalement des personnes souffrant de troubles dits psychotiques, en hospitalisation compl&#232;te, en h&#244;pital de jour, de nuit, en visite, en fonction des besoins de chacun. Nous intervenons principalement au foyer, mais aussi parfois &#224; leur domicile, aupr&#232;s de partenaires, voire de leur employeur&#8230;&#224; noter que toutes les personnes en soin au foyer le sont avec leur accord. Notre pratique, nos r&#233;flexions sont inspir&#233;es de la psychoth&#233;rapie institutionnelle, importance donc de la dynamique de groupe, de l'analyse institutionnelle et de la relation soignant-soign&#233; (la psychoth&#233;rapie institutionnelle se basant sur l'ali&#233;nation sociale et l'ali&#233;nation psychopathologique). En vue de cette intervention, la question du temps nous est vite apparue essentielle. Nous nous sommes alors appuy&#233;s sur cette analyse d'Elie Pouillaude dans son livre intitul&#233; &lt;i&gt;L'ali&#233;nation. Psychose et psychoth&#233;rapie institutionnelle&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Seul le temps peut permettre de lier une relation [&#8230;] th&#233;rapeutique avec le patient, chose &#233;videmment impossible &#224; mettre en place dans une logique hospitali&#232;re du &#171; tourniquet &#187; [&#8230;]. Cette logique gestionnaire [&#8230;] remplace actuellement la rencontre th&#233;rapeutique bas&#233;e sur la relation [&#8230;] par le savoir pr&#233;&#233;tabli [&#8230;] qui pense pouvoir soigner en se passant de la d&#233;couverte de cet Autre porteur de sympt&#244;mes, certes objectivables, mais dont le sens est de r&#233;pondre &#224; la subjectivit&#233; d'une construction psychique et historique. Face &#224; cette politique fond&#233;e sur la d&#233;subjectivation de l'homme, il est clair que continuer de travailler dans l'int&#233;r&#234;t des patients et particuli&#232;rement des patients psychotiques, r&#233;clame [&#8230;] de se d&#233;gager de la temporalit&#233; lib&#233;rale et des logiques &#233;conomiques et gestionnaires qui entendent r&#233;gler le soin psychique. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons donc tenter de d&#233;plier cette analyse &#224; partir des r&#233;flexions issues de notre pratique quotidienne. Dans un premier temps nous allons d&#233;finir ce que sont les 3 temporalit&#233;s auxquelles nous sommes confront&#233;es, celle de l'&#233;tablissement, celle du soignant et celle de la personne soufrant de troubles psychotiques pour dans un second temps voir comment elles inter-agissent les unes entre les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant tout, nous souhaitons &#233;claircir notre positionnement afin de pr&#233;ciser depuis quelle place nous parlons aujourd'hui, positionnement expos&#233; &#224; l'aide de diagrammes, clin d'&#339;il &#224; la pens&#233;e diagrammatique de Gilles Ch&#226;telet.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_415 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/estelleromuald.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/estelleromuald.png' width='488' height='1108' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous entendons par &#034;&#233;tablissement&#034; ce qui est dans un rapport direct avec l'Etat, l'administratif et l'administration, la hi&#233;rarchie, le statut du salari&#233;, le d&#233;veloppement du soin r&#233;git par les contraintes &#233;conomiques et par &#034;institution&#034; les processus permettant de traiter les ali&#233;nations psychotiques. Le premier diagramme correspondrait au pouvoir disciplinaire de l'&#233;tablissement qui ferait de nous son interm&#233;diaire pour exercer ce pouvoir sur les patients, nous ne nous retrouvons pas dans ce diagramme et pr&#233;f&#233;rons le second o&#249;, tout comme le patient, nous subissons le pouvoir de l'&#233;tablissement, tout en ayant bien conscience que nous en faisons tout de m&#234;me parti et que nous sommes amen&#233;s &#224; la reconduire parfois aussi. Dans le premier diagramme le patient est exclu de l'institution alors que dans le second il en fait parti. C'est &#224; Tosquelles que l'on doit la distinction entre &#233;tablissement et institution, je cite Elie Pouillaude &#171; Nous pourrions dire, d'une mani&#232;re subversive, qu'une d&#233;finition correcte de l'institution pourrait &#234;tre la suivante : une institution &#231;a n'existe pas. Ce qui existe r&#233;ellement c'est l'&#233;tablissement et, &#224; partir de lui, des processus d'institutionnalisation. L'institution est ce vers quoi il faut tendre&#8230; La fonction de l'institution est d'&#234;tre un syst&#232;me de m&#233;diation permettant l'&#233;change inter-humain &#224; plusieurs niveaux, elle permet de faire revivre le rapport bris&#233; entre le sujet schizophr&#232;ne et le milieu humain l'entourant &#187;. C'est ce que nous tentons de faire au quotidien dans notre pratique, tentant au maximum de gommer les gestes d'autorit&#233;s inf&#233;od&#233;s &#224; nos statuts respectifs afin de laisser le maximum de place &#224; la rencontre avec l'Autre, &#224; la cr&#233;ation d'espaces du dire, de se saisir de la parole et des processus inconscients qui y &#233;mergent&#8230; ce que F&#233;lix Guattari a appel&#233; le concept de transversalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I/ Les diff&#233;rentes temporalit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;L'&#233;tablissement&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le lib&#233;ralisme, la pr&#233;tention de certains individus &#224; d&#233;tenir la v&#233;rit&#233; sur le Bien &#233;tant la cause fondamentale qui porte les hommes &#224; s'affronter violemment (anthropologie d&#233;sabus&#233;e : la guerre de tous contre tous... Hobbes 1588-1679) alors les membres d'une soci&#233;t&#233; ne peuvent vivre en paix les uns avec les autres que si un Pouvoir philosophiquement neutre se charge d'organiser leur coexistence (c'est-&#224;-dire un pouvoir qui s'abstient d'imposer aux individus telle ou telle conception de la vie bonne). Il s'agit alors de mettre en place une administration purement technique des choses en &#233;laborant des moyens pratiques pour r&#233;duire au maximum les risques de chocs et de collisions entre les membres d'une soci&#233;t&#233; per&#231;us comme des particules &#233;l&#233;mentaires en mouvement perp&#233;tuel. Pour les lib&#233;raux l'Etat le plus juste, c'est-&#224;-dire celui qui ne pense pas, qui est sans id&#233;es ni valeurs, ne doit m&#234;me plus se comprendre comme un &#171; gouvernement des hommes &#187; et exige bien moins des convictions politiques que des comp&#233;tences d' &#171; expert &#187; (experts HAS). C'est ainsi que la pens&#233;e politique et administrative a emprunt&#233;e dans les ann&#233;es 1980 au management d'entreprise la notion de &#171; gouvernance &#187; en lieu et place de celui de &#171; gouvernement &#187; (apparu dans les ann&#233;es 1970 ce terme d&#233;signe un mode de gestion des firmes fond&#233; sur une articulation entre le pouvoir des actionnaires et celui de la direction ; il pose la question du type d'acteurs impliqu&#233;s dans la prise de d&#233;cision et de leur mode d'interaction). Dans le champ politique et administratif la gouvernance renvoie aux interactions entre l'Etat, le corps politique et la soci&#233;t&#233;, et donc aussi aux syst&#232;mes de lobbyisme et de coalitions d'acteurs publics et priv&#233;s mais aussi &#224; la gestion comme outil principal de d&#233;cision et d'efficience. La bonne gouvernance est li&#233;e &#224; la logique dite du &#171; New Public Management &#187; (Nouvelle Gestion Publique). Cette logique repose sur une vision minimaliste du r&#244;le de l'Etat selon laquelle celui-ci-doit revenir &#224; son &#171; c&#339;ur de m&#233;tier &#187; : les &#171; fonctions r&#233;galiennes &#187; (c'est-&#224;-dire : le maintien de l'ordre, la justice, la d&#233;fense du territoire ; en d'autres termes les domaines o&#249; la force/violence est mobilis&#233;e). Pour cela il doit d&#233;centraliser sur d'autres acteurs les fonctions consid&#233;r&#233;es comme non strat&#233;giques [la sant&#233; en fait donc partie]. Cette doctrine de gouvernement (la nouvelle gestion publique) nie &#8212; ou en tous cas minimise &#8212; toute diff&#233;rence de nature entre gestion publique et gestion priv&#233;e. En cons&#233;quence les pouvoirs publics doivent &#171; moins se pr&#233;occuper de ramer que de tenir le gouvernail &#187; et s'affairent &#224; partager les r&#244;les entre :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le niveau du pilotage de l'action publique (le pouvoir politique qui prend les d&#233;cisions strat&#233;giques en fixant les priorit&#233;s collectives et leurs objectifs -les missions- et les ressources financi&#232;res &#224; allouer), &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le niveau d'ex&#233;cution d&#233;l&#233;gu&#233; par lui &#224; des entit&#233;s autonomes (le pouvoir de l'administration ou du gestionnaire qui prend librement les d&#233;cisions op&#233;rationnelles pour atteindre les objectifs- les H deviennent des ETS priv&#233;s &#224; but non lucratif assurant des missions de service public). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci afin d'am&#233;liorer l'efficience c'est-&#224;-dire l'atteinte des objectifs avec le moins de moyens possible. (cf. efforts d'efficience)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ce faire, il convient :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de d&#233;centraliser l'Etat, gr&#226;ce &#224; la cr&#233;ation d'agences publiques sous contrat avec lui dans lesquelles les employ&#233;s des agences cessent d'&#234;tre des fonctionnaires statutaires (ARS) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de mettre en place des m&#233;thodes de d&#233;cision et de gestion reposant sur une &#171; approche de march&#233; &#187; (cens&#233;e &#234;tre plus efficace que les approches de programmation ou la planification) et sur des techniques d'am&#233;lioration continue telles que l'assurance qualit&#233;, la recherche du z&#233;ro d&#233;faut (accr&#233;ditation) ; des proc&#233;dures contractuelles ou semi-contractuelles (fixation d'objectifs, CPOM&#8230;) &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les ETS publics sont mis en concurrences entre eux ou avec des ETS priv&#233;s ou associatifs pour la fourniture des services ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les usagers du service public deviennent des clients qui payent un service (par leurs imp&#244;ts ou leurs cotisations sociales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le soignant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillons avec le singulier, qui est la place de tout un chacun mais qui n'est jamais la m&#234;me qu'un autre. Il est donc essentiel de savoir depuis quelle place nous parlons mais aussi &#224; quelle place se situe l'autre. Dans notre rapport &#224; nous-m&#234;mes et aux autres, il faudra se demander &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que je fous l&#224;&lt;/i&gt; &#187;. Jean Oury disait &#171; &#8230;chacun de nous est la r&#233;sultante active d'un faisceau d'appartenances variables, appartenances &#224; sa propre &#8216;histoire' mais aussi &#224; un nombre ind&#233;termin&#233; de groupes, de sous-groupes, d'inter-groupes. C'est &#224; partir de ces sortes de qualit&#233;s intensives des &#8216;coefficients d'appartenance' qu'on peut avoir acc&#232;s, ne serait-ce qu'un instant, &#224; &#8216;ce qui se passe'. Et ce qui se passe ne peut se maintenir que par notre pr&#233;sence concr&#232;te, laquelle surd&#233;termine les fa&#231;ons d'&#234;tre de tout un chacun&#8230; &#187; Questionnement donc permanent et vigilance, sur nos positionnements, nos d&#233;sirs, nos perceptions, nos habitudes, nos savoirs, ce que l'on nous a transmis (questionnement permanent puisque cela &#233;volue avec le temps)&#8230;nous devons interroger sans cesse nos postures et impostures. Il faut aussi prendre en compte le terrain o&#249; nous sommes, le contexte social et les objectifs impos&#233;s par l'&#233;tablissement. Se d&#233;faire des m&#233;canismes d'identification v&#233;hicul&#233;s par l'&#233;tablissement, de mani&#232;re collective (nous y reviendrons plus tard) mais aussi de mani&#232;re individuelle, se d&#233;faire de ce que Bourdieu appelle &#171; la violence symbolique &#187;, violence qui int&#233;riorise en chacun des discours dominants et des structures de production de ceux-ci. La question du &#171; qu'est-ce que je fous l&#224; &#187; interroge donc le croisement d'un cheminement personnel, subjectif avec celui collectif d'une institution. Et surtout, connaissance et reconnaissance de la singularit&#233; de chaque malade, on se doit d'avoir un certain bagage th&#233;orique ainsi qu'une connaissance r&#233;elle de la personne, de ses difficult&#233;s, de son ressenti, de son histoire pour l'accueillir de fa&#231;on p&#233;renne. Il faut accepter la Rencontre, se laisser prendre &#224; revers, comme disait Jean Oury faire que chaque rencontre soit comme si elle &#233;tait la premi&#232;re. Nous pouvons suivre ici, Christiane Vollaire dans son ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Pour une philosophie de terrain&lt;/i&gt; &#171; Le travail engage donc une double probl&#233;matique, li&#233;e &#224; deux exigences diff&#233;renci&#233;es : celle de la distance et celle de la rationalit&#233;. Dans la mesure m&#234;me o&#249; sont vis&#233;es des formes de solidarit&#233;, la distance s'av&#232;re n&#233;cessaire, &#224; la fois par rapport aux personnes et par rapport aux situations, supposant un triple refus : refus de l'objectivation qui r&#233;duit le partenaire &#224; un simple objet de travail ; refus antagoniste de l'identification, qui ferait entrer dans un d&#233;sir fusionnel de r&#233;duction de l'autre &#224; ses propres donn&#233;es et d'indiff&#233;renciation du partenaire ; refus de la projection, qui imputerait &#224; l'autre ses propres attendus et qu'on trouve aussi bien sous la forme de la fascination exotique que sous celle de l'&#233;motion compassionnelle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est int&#233;ressant de penser notre positionnement, notre dynamique &#224; partir des lignes Deleuziennes. Gilles Deleuze part du principe qu'individus ou groupe, nous sommes faits de lignes de nature tr&#232;s diverses, la premi&#232;re est segmentaire, &#224; segmentarit&#233; dure (la famille-la profession ; le travail-les vacances ; l'&#233;cole-le travail-la retraite&#8230; ) toutes sortes de segments bien d&#233;termin&#233;s, dans toutes sortes de direction, qui nous d&#233;coupent en tout sens, des paquets de lignes segmentaris&#233;s. En m&#234;me temps nous avons des lignes de segmentarit&#233; beaucoup plus souples, non pas qu'elles soient plus intimes ou personnelles, car elles traversent les soci&#233;t&#233;s, les groupes autant que les individus. Elles tracent de petites modifications, elles font des d&#233;tours, elles esquissent des chutes, des &#233;lans&#8230;sur cette seconde sorte de ligne se passent des devenirs, des micro-devenirs. La troisi&#232;me ligne, elle, est celle qui nous emporte &#224; travers nos segments mais aussi nos seuils, vers une destination inconnue, pas pr&#233;existante, c'est la ligne de gravit&#233;, la ligne de fuite. Les trois lignes sont immanentes, prises les unes dans les autres, schizo-analyse, diagrammatisme, cartographie&#8230;ont pour objet l'&#233;tude de ces lignes dans des groupes ou des individus. (Gilles Deleuze-Claire Parnet &lt;i&gt;Dialogues&lt;/i&gt;) En tant qu'individus, nous sommes donc constitu&#233;s des trois lignes d&#233;crites par Deleuze et nous voyons bien comment elles nous traversent dans notre profession. La ligne dure de par le statut dans lequel nous sommes et toutes les injonctions en d&#233;coulant, la ligne souple sur laquelle sans cesse nous nous appuyons pour digresser de la ligne dure et donc penser le soin autrement que de la fa&#231;on o&#249; l'on voudrait nous l'imposer. Et enfin la ligne de fuite, ligne de nos d&#233;sirs, de notre cr&#233;ativit&#233; qui nous permet de sortir r&#233;ellement des sentiers battus, de se d&#233;territorialiser en embarquant avec nous les malades ou tout simplement de nous laisser embarquer par eux et mieux les comprendre. Ces moments d'envol&#233;e, avons-nous envie de dire, font que la rencontre avec l'Autre devient possible, &#224; condition bien s&#251;r d'accepter de se laisser embarquer. Nous reverrons plus tard l'int&#233;r&#234;t de ces lignes pour nous aider &#224; penser le positionnement de certains malades et comment en fonction de cela nous pouvons donc les accompagner au quotidien. On peut d'ores et d&#233;j&#224; voir que l'&#233;tablissement, lui, se situe sur le premier type de lignes, dures et segmentaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre temporalit&#233; est aussi celle de la pens&#233;e. La pens&#233;e n'est pas une 4&#232;me temporalit&#233; qui viendrait s'ajouter aux 3 d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;es, elle fait partie de la n&#244;tre, elle est de notre quotidien. Ces questionnements, ces r&#233;flexions que nous exposons l&#224; ne sont pas uniquement le fait de cette intervention, ils sont une assise &#224; notre pratique individuelle et collective. De plus notre temporalit&#233; a la sp&#233;cificit&#233; d'&#234;tre relativement souple, elle doit &#224; la fois comprendre et trouver des marches de man&#339;uvre &#224; celle de l'&#233;tablissement mais elle doit aussi pouvoir s'adapter &#224; la temporalit&#233; des patients, se caler parfois sur le rythme de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le patient&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la schizophr&#233;nie, le sentiment continu d'exister est souvent bris&#233; (notion winnicotienne), la permanence du sujet est perturb&#233;e, d'o&#249; une difficult&#233; voire une incapacit&#233; &#224; se situer dans l'espace-temps. Les moments v&#233;cus ne s'inscrivent pas comme tels, ils filent tout comme le temps qui devient ind&#233;fini, soit fragment&#233;, trou&#233; soit donnant l'impression d'une immensit&#233; oc&#233;anique, ce qui est souvent angoissant puisque cela s'accompagne du sentiment m&#234;me de perte de l'int&#233;grit&#233; du Moi. Pour tenter de penser ce qui pose probl&#232;me on peut reprendre la notion de sujet transcendantal chez Kant, principe unifiant qui permet de lier nos pens&#233;es, qui unifie le divers de l'exp&#233;rience interne c'est-&#224;-dire la temporalit&#233; v&#233;cue et les affects, mais aussi de l'exp&#233;rience externe, nous entendons par l&#224; ce qui vient des sens et qui s'intuitionne dans l'espace. Les connexions entre les diff&#233;rents moments de la vie sont perturb&#233;es comme si l'activit&#233; de synth&#232;se du sujet transcendantal op&#233;rait moins. De m&#234;me il n'y a pas ou peu de lien entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur de soi et entre les diff&#233;rentes parties de soi, pas de point moteur unique dans la schizophr&#233;nie, il y en a plusieurs, c'est la multiplicit&#233; des points de gravit&#233; existentiels, ce qui renvoie &#224; la dissociation. Cela fait &#233;cho avec le texte de Kleist &#171; le th&#233;&#226;tre de marionnettes &#187; o&#249; il explique qu'un bon marionnettiste met en rapport son &#226;me avec le centre de gravit&#233; de la marionnette, ceci n'&#233;tant qu'un id&#233;al bien s&#251;r pour un homme. Cela a toutefois le m&#233;rite de montrer que la centration du sujet (dont le sujet transcendantal est la cause) n'est pas sans rapport avec la centration des conduites. Or dans le cas des personnes souffrant de schizophr&#233;nie, cette centration pose probl&#232;me, les centres sont multiples d'o&#249; une dispersion des conduites et des pens&#233;es, si bien que l'agir est perturb&#233;. Dans ces conditions on comprend qu'il n'y ait pas une seule ligne de temps unifi&#233; par laquelle ils puissent se repr&#233;senter, se rep&#233;rer et donc s'organiser (d'o&#249; la difficult&#233; &#224; rencontrer la ligne dure sociale).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; J'&#233;tais au foyer mais une fois que je suis chez moi qu'en est-il du foyer ?&#8230; suis-je le m&#234;me au foyer, chez moi ou ailleurs ?... et si je vais quelque part ne vais-je pas y laisser une partie de moi-m&#234;me ? &#187;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Albert, qui lors de son premier entretien au foyer me parlait de ses &#233;tudes, le faisait comme s'il les avait termin&#233;es il y quelques mois alors qu'en fait cela remontait &#224; huit ans. Huit ann&#233;es qu'il n'a pu int&#233;grer, huit ann&#233;es comme effac&#233;es, hors du temps, dans lesquelles il ne peut s'inscrire. De la m&#234;me fa&#231;on, au foyer depuis sept mois il nous dit n'avoir pris que quelques affaires de chez lui car il ne savait pas combien de temps il allait rester l&#224;, ne ressentant pas le temps qui passe il ne peut alors aller chercher chez lui ce qui lui manque. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Phil&#233;as en perp&#233;tuel questionnement sur lui, son lien avec les autres, sa place en tant qu'homme, p&#232;re, fils&#8230;tentatives d'orientation subjective. Il se sent perdu dans un temps sans rep&#232;res, qui lui &#233;chappe o&#249; il ne peut mettre en acte ses questionnements, ce qui parfois le fait souffrir d'autant qu'il en a conscience. Et en m&#234;me temps aime &#234;tre ainsi, se pla&#238;t dans ce temps de la pens&#233;e, un temps flottant, ne comprenant pas pourquoi les autres (sa famille notamment) attendent de lui d'&#234;tre comme eux, dans un temps du faire.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Francine, qui ne peut faire de lien entre diff&#233;rents moments v&#233;cus. Elle ne peut en tirer d'exp&#233;rience, comme si toute situation (pourtant quasi voire totalement similaire &#224; d'autres) &#233;tait nouvelle &#224; chaque fois, se sentant d&#233;sempar&#233;e face &#224; elle. Tout est toujours &#224; recommencer.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une heure n'est pas toujours une heure, Anne elle, peut aller travailler &#224; huit heures trente le matin mais pas &#224; sept heures trente. Cette heure de d&#233;calage, qui dans son esprit en devient deux voire trois, prend donc une toute autre dimension pour elle, insurmontable, qui la met en &#233;chec. Sa temporalit&#233; ne correspond plus &#224; celle qui lui est ext&#233;rieure.&lt;br class='autobr' /&gt; - Virginie elle s'est comme arr&#234;t&#233;e &#224; son adolescence, elle ne se reconna&#238;t pas lorsqu'elle se regarde dans le miroir, elle ne peut pas reconna&#238;tre ses traits que le temps change comme &#233;tant les siens. Le d&#233;lire vient alors donner un sens autre &#224; ces changements du temps qui passe, vu qu'on lui a vol&#233; ses organes son visage se masculinise&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sylvestre persuad&#233;, de par son d&#233;lire, qu'il est promis &#224; un grand avenir, en outre qu'il sera riche et influent, d&#233;pense son argent et fait des plans comme s'il l'&#233;tait d&#233;j&#224; actuellement. Son futur devient son pr&#233;sent.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hermann qui plong&#233; parfois dans des vides temporels se sent mort &#171; ce matin j'&#233;tais mort pendant une demi-heure, &#231;a fait bizarre quand m&#234;me &#187;. Nous retrouvons bien l&#224; la notion de temporalit&#233; fragment&#233;e associ&#233;e &#224; la perte de l'int&#233;grit&#233; du Moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une question persiste, la temporalit&#233; psychotique est elle dynamique ou statique ? G&#233;n&#233;ralement cette temporalit&#233; est d&#233;crite comme une r&#233;alit&#233; statique, enlis&#233;e, immuable, et que, comme d&#233;j&#224; &#233;nonc&#233;, par sa fragmentarit&#233; elle est hors de toute forme de continuit&#233; et d'articulation des structures temporelles m&#234;me. Cependant Franca Madioni (et nous la rejoignons sur ce point) dans son livre &lt;i&gt;Le temps et la psychose&lt;/i&gt; d&#233;crit, elle, une temporalit&#233; qui se veut dynamique, nous citons : &#171; C'est en se plongeant dans le mouvement de construction du Moi psychotique que nous pouvons avoir acc&#232;s &#224; l'exp&#233;rience temporelle et &#224; sa dynamique interne. La temporalit&#233; est consid&#233;r&#233;e comme l'exp&#233;rience de la fronti&#232;re du Moi. A travers un travail de mise en commun des v&#233;cus temporels, la temporalit&#233; se d&#233;finit dans ses articulations &#187;. A partir de l'&#233;tude du cas d'une de ces patientes et d'un apport th&#233;orique psychanalytique et philosophique, elle va nous montrer comment dans le monde fragment&#233; d'Ir&#232;ne, la continuit&#233; peut s'&#233;tablir. Comment les formes de la temporalit&#233; sont modifiables et que la psychoth&#233;rapie est un outil (souvent le seul pr&#233;cise-t-elle) pour que les fragments du Moi trouvent un sens temporel qui les unifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II/ Interactions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Etablissement/soignant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formation minimale, perte des savoirs, perte de la transmission de lign&#233;es d'exp&#233;riences &#233;volutives (diagnostic qu'avait d&#233;j&#224; port&#233; le philosophe Walter Benjamin, mais qui plus que jamais est d'actualit&#233;). Les d&#233;cideurs sont devenus incapables de penser en se pla&#231;ant dans une temporalit&#233; qui embrasse celle de l'exp&#233;rience en &#233;quipe et encore moins interg&#233;n&#233;rationnelle. L'autonomie n'est plus admise, &#233;tant entendu par autonomie la capacit&#233; &#224; s'organiser, questionner son travail, &#224; exp&#233;rimenter des pratiques. Etre autonome est avoir un rapport actif &#224; soi. On brise une autonomie en la rendant plus d&#233;pendante, on rajoute des connexions, on intervient dans son rapport &#224; soi. Tel est le cas avec la mise en place de protocoles, de syst&#232;mes de cotations chronophages... Pas de place aux temps morts, on doit &#234;tre occup&#233; en permanence sinon c'est que l'on ne travaille pas, on n'est pas rentable. On doit rendre des comptes sur ce que l'on fait, la priorit&#233; est l&#224;, ne pas penser ni avoir du temps pour cr&#233;er un lien avec les malades. Une autre fa&#231;on de ne plus rendre vivable cette autonomie est en coupant ses connexions vitales, ainsi on cloisonne les personnes au sein m&#234;me de leur &#233;quipe, chacun sa journ&#233;e de 7 heures, on se croise &#224; peine, pour la rel&#232;ve il y a les transmissions informatis&#233;es d&#233;shumanis&#233;es. Pas le temps pour tout &#233;crire sur un ordinateur, on se retrouve donc avec des &#8216;va bien' &#8216;agit&#233; ce matin' &#8216;a bien dormi' &#8216;ras'&#8230;oui effectivement rien &#224; signaler d'int&#233;ressant. Et la r&#233;flexion entre professionnels, les longs &#233;changes o&#249; chacun peut amener ce qu'il sait de telle ou telle personne, ses impressions, son ressenti, bref tout ce qui fait que l'on est coh&#233;rent et que l'on arrive &#224; faire avancer les malades dans leurs difficult&#233;s. Ce cloisonnement bien &#233;videmment se retrouve aussi entre les diff&#233;rentes unit&#233;s de l'h&#244;pital qu'elles soient intra ou extra-hospitali&#232;res. Par exemple il y a encore quelques ann&#233;es si nous jugions qu'un patient du foyer n&#233;cessitait d'&#234;tre &#224; nouveau hospitalis&#233; en intra, il nous suffisait d'appeler directement l'unit&#233; concern&#233;e et de voir avec eux si bien s&#251;r ils avaient de la place. Maintenant hors de question, on ne fait plus confiance en notre jugement, il faut passer par les urgences psychiatriques o&#249; un m&#233;decin prendra en charge la dite personne (qu'il ne conna&#238;t g&#233;n&#233;ralement pas) et reverra avec un m&#233;decin responsable sur l'h&#244;pital. Quelle perte de temps et d'&#233;nergie pour tous !.En ad&#233;quation avec la psychoth&#233;rapie institutionnelle, les soignants doivent prendre conscience de la pathoplastie du lieu de soin, c'est-&#224;-dire des effets pathog&#232;nes du milieu soignant sur le patient et l'aggravation des sympt&#244;mes qui en r&#233;sulte. En prendre conscience pour le traiter autant que possible, traiter le lieu de soin pour pouvoir y soigner le patient. Il s'agira aussi d'appr&#233;hender une forme d'analyse institutionnelle, analyser les cloisonnements, les rapports de force, de la hi&#233;rarchie, de la structuration du groupe soignant, des divers sympt&#244;mes qui apparaissent dans le quotidien de la vie institutionnelle, en somme une analyse des d&#233;terminismes sociaux qui induisent qu'on fait ce que l'on fait. Cette analyse est &#224; la fois dans un rapport interne, celle de l'ali&#233;nation sociale de l'&#233;tablissement (ali&#233;nation sociale locale) et dans un rapport externe celle des rapports qu'entretien l'&#233;tablissement avec l'Etat et qui se retrouvent dans son quotidien (ali&#233;nation sociale globale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traiter les malades en clients (en consommateurs) avertis et libres de leur choix sert &#224; transformer la m&#233;decine en une affaire, le m&#233;decin en un &#171; ing&#233;nieur producteur de soins &#187; et l'h&#244;pital en une entreprise (= la m&#233;decine industrielle, JM Cl&#233;ment) ; &#199;a sert &#224; instaurer un syst&#232;me de relation marchande puisque le March&#233; repr&#233;sente le m&#233;canisme magique qui va unir quotidiennement &#171; des millions d'individus sans qu'ils aient besoin de s'aimer, ni m&#234;me de se parler &#187; (Milton Friedman)&lt;br class='autobr' /&gt;
La vision entrepreneuriale a des effets pervers anti-humaniste et d&#233;shumanisant : si le travail des soignants ne vaut que ce qu'il est pay&#233; alors ils sont en droits de beaucoup moins s'investir (et il n'y a plus lieu de c&#233;l&#233;brer les valeurs publiques, le d&#233;vouement, l'altruisme) ; les personnels se sentant interchangeables sont en souffrance (Grimaldi).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans ce monde marchand l'Autre sera compris comme un sujet utilisable plut&#244;t que comme le partenaire possible d'une rencontre.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pour la coexistence pacifique des uns et des autres le lib&#233;ralisme &#233;tablit le cadre purement technique d'un &lt;i&gt;modus vivendi&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; la privatisation des convictions morales. Il ne demande &#224; aucune des parties en pr&#233;sence de voir dans l'autre qui accepte de d&#233;poser les armes, un &#234;tre int&#233;ressant par lui-m&#234;me ; il s'agit seulement qu'elles s'accommodent de leur existence ; d&#232;s lors cette tol&#233;rance lib&#233;rale ne d&#233;signe dans les faits que la mani&#232;re minimale de coexister avec ses contemporains une fois que les liens affectifs ont &#233;t&#233; bris&#233;s.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La tol&#233;rance lib&#233;rale &#233;vacue donc ce qu'est v&#233;ritablement la tol&#233;rance c'est &#224; dire un travail long et complexe que chacun doit op&#233;rer sur lui-m&#234;me pour se d&#233;faire de son &#233;go&#239;sme et apprendre &#224; regarder le monde avec les yeux d'autrui. Ce m&#233;lange d'ouverture, de respect, de bienveillance, d'empathie constitue le degr&#233; le plus &#233;lev&#233; de tout perfectionnement moral et les conditions de notre humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
FROMM &#171; la grande popularit&#233; dont la psychologie jouit dans la culture occidentale, tout en constituant un t&#233;moignage irr&#233;cusable de l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; la connaissance de l'homme, trahit par ailleurs le manque fondamental d'amour qui caract&#233;rise aujourd'hui les relations humaines &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous tentons parfois de participer aux formations propos&#233;es par l'&#233;tablissement (Education th&#233;rapeutique, Rem&#233;diation cognitive&#8230;) afin de voir quel langage, quelle langue est utilis&#233;e par les technocrates, voir si nous pouvons nous inscrire dans de tels discours, et surtout voir comment nous pouvons d&#233;voyer ces cadres pour que notre pratique soit reconnue. Mais non, nous ne le pouvons pas, nous ne parlons pas la m&#234;me langue, notre vision du soin en est bien trop &#233;loign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Etablissement/patient&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe pas un minimum de solidarit&#233; collective effectivement partag&#233;e et qui n'exige de ses membres que le respect de leur indiff&#233;rence r&#233;ciproque n'est plus une v&#233;ritable soci&#233;t&#233; ; la maxime &#171; vivre et laisser vivre &#187; s'y transforme en &#171; vivre et laisser mourir &#187;. (cf. les psychotiques dans les rues)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la configuration lib&#233;rale du monde la notion m&#234;me de limite devient philosophiquement impensable. Car pour en l&#233;gitimer le principe il faudrait s'appuyer sur des valeurs morales c'est-&#224;-dire selon l'id&#233;ologie lib&#233;rale sur des montages normatifs arbitraires de nature &#224; dresser &#224; nouveau les hommes les uns contre les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
A. Pour s'affranchir des limites les forts cherchent &#224; accumuler de la puissance. Or cette accumulation de puissance ne peut se faire qu'en r&#233;duisant le soutien aux faibles dont font partie bien entendu les personnes souffrant de troubles psychiatriques !&lt;br class='autobr' /&gt;
(ex.1 de preuve de faiblesse : aucun des 130 psychiatres &#8211; &#171; le ghota de la psychiatrie fran&#231;aise &#187; selon Mass&#233; pr&#233;sents &#224; la conf&#233;rence de presse &#224; Antony en 2008 ne prend la parole pour contredire les propos du pr&#233;sident de la R&#233;publique de l'&#233;poque qui assimile pb psy &#224; dangerosit&#233; et oriente la psy vers le s&#233;curitaire). &lt;br class='autobr' /&gt;
(ex.2 les &#171; r&#233;formes &#187; qu'impose le minist&#232;re de la sant&#233; sans tenir compte des rapports qu'il a command&#233;s &#224; ces m&#234;mes psychiatres).&lt;br class='autobr' /&gt;
La conception n&#233;o-lib&#233;rale de la soci&#233;t&#233; entra&#238;ne donc des logiques qui sont tout &#224; fait en accord avec celles que pr&#233;conisait Alexis Carrel (m&#233;decin, eug&#233;niste) : il ne peut y avoir de place pour tous dans une soci&#233;t&#233;, il vaut mieux favoriser les forts que soutenir les faibles ; qui vont alors vivre dans des conditions indignes ; la dignit&#233; &#233;tant le respect que m&#233;rite il s'ensuit que &#171; les faibles ne m&#233;ritent pas le respect &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
(exemple &#171; c'est pas le club med ou c'est pas l'h&#244;tel ici &#187;, &#171; je sais que c'est beaucoup demander mais j'aimerais juste qu'on me prenne par la main &#187;)&lt;br class='autobr' /&gt;
B. La soci&#233;t&#233; lib&#233;rale se trouve contrainte, sous l'effet de sa propre logique (pas de limites), de &#171; r&#233;volutionner constamment l'ensemble des rapports sociaux &#187; et c'est la raison pour laquelle &#224; l'&#233;poque moderne, bourgeoise, &#171; le but final n'est rien et le mouvement est tout &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors que la mobilit&#233; perp&#233;tuelle des individus devient l'imp&#233;ratif anthropologique premier d'une soci&#233;t&#233; (Bauman, &lt;i&gt;La vie liquide&lt;/i&gt;) c'est par cons&#233;quent la possibilit&#233; m&#234;me de nouer des liens solides et durables qui dispara&#238;t puisque le temps est l'&#233;l&#233;ment premier dans lequel peuvent se construire des relations humaines v&#233;ritables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit de cr&#233;er des dispositifs de circulation orient&#233;s vers la fluidification de la circulation des personnes qui ne respectent plus le rythme propre &#224; chacun. Dur&#233;e d'hospitalisation courte, il faut laisser de la place aux autres m&#234;me si l'on n'est pas pr&#234;t &#224; sortir (exemple de Vivien qui est sorti trop t&#244;t pour laisser sa place &#224; un ami qui &#233;tait le suivant sur liste d'attente, ou de Camille sur laquelle l'unit&#233; o&#249; elle &#233;tait lui mettait la pression pour venir plus rapidement au Colombier en lui disant qu'il y avait 20 personnes sur liste d'attente qui attendaient de prendre sa place). Notion &#171; de patient qui embolise un lit &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; On parle de &#171; manque de places en aval &#187;, de par notamment la fermeture de lits et le manque de place en structure m&#233;dico-sociale. On parle aussi de &#171; parcours patient &#187;, de &#171; patient traceur &#187; (et autres dispositifs qui concr&#232;tement conduisent &#224; une forme de s&#233;dentarit&#233; du fait de l'interdiction de faire quoi que ce soit au sein de l'h&#244;pital de l'ordre des gestes de la vie quotidienne : faire son lit, poser la table&#8230;, gestes dont les personnes sont d&#233;poss&#233;d&#233;es et qu'elles auront du mal &#224; refaire en rentrant chez elles).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour optimiser le d&#233;bit il faut : &lt;br class='autobr' /&gt;
1. D&#233;terminer le degr&#233; de viscosit&#233; de chaque patient (la viscosit&#233; &#233;tant l'ensemble des ph&#233;nom&#232;nes de r&#233;sistance &#224; l'&#233;coulement). Exemple de l'Admission : 2 param&#232;tres permettent de &#171; mesurer &#187; la viscosit&#233; : la Dur&#233;e de l'hospitalisation et la fr&#233;quence des hospitalisations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Viscosit&#233; faible : suivi CMP&lt;br class='autobr' /&gt;
Viscosit&#233; moyenne : suivi CMP+CATTP ou Foyer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Viscosit&#233; forte : Les projets de sortie de la personne ne peuvent pas se concr&#233;tiser malgr&#233; un &#233;tat psychique stabilis&#233; (ex. de J&#233;r&#233;my) ou les sympt&#244;mes sont invalidants (ex. de Julien) et cette personne &#171; embolise &#187; alors un lit. Elle va alors &#224; Epidaure ou dans une structure m&#233;dico-sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Epidaure : &#171; certains n'y ont plus leur place &#187; = viscosit&#233; importante. Ils sont alors orient&#233;s aux Rosiers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rosiers jusqu'&#224; l'EHPAD. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le m&#233;dico-social est consid&#233;r&#233; comme son d&#233;versoir par le sanitaire &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Jouer sur la taille du dispositif et sur la diff&#233;rence de pression aux extr&#233;mit&#233;s (beaucoup de demandes d'admission : ex. des listes d'attente d'hospitalisation, aupr&#232;s des psychologues, de la fr&#233;quence des RDV m&#233;dicaux -2 mois- donc grosse pression et peu de places &#224; la sortie donc grosse r&#233;sistance DONC faible d&#233;bit).&lt;br class='autobr' /&gt;
(exemple du transfert des Gentianes vers le m&#233;dico-social)&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Jouer sur les propri&#233;t&#233;s de surface du dispositif comme sa rugosit&#233; par exemple. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; qu'intervient la notion de temps : par l'instauration de &#171; techniques &#187; de PEC qui soient limit&#233;es dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Patient/soignant&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point &#224; &#233;voquer dans cette relation serait l'accueil, tenir un point &#233;thique d'accueil de la psychose, quoi qu'il en soit, que l'autre sente qu'il y a l&#224; une attention, que son existence compte et qu'il est pris au s&#233;rieux. Tenir la relation dans le temps, du d&#233;but &#224; la fin de la prise en soin. D&#232;s la premi&#232;re rencontre nous essayons de le mettre en place, pas de fa&#231;on pr&#233;-&#233;tablie d'accueillir la personne, chaque premi&#232;re visite au foyer est personnalis&#233;e, adapt&#233;e &#224; chacun et la venue au foyer se fait en respectant le rythme propre &#224; chacun. C'est essentiel pour qu'une accroche puisse se faire, se mettre dans le temps de chaque malade pour lui permettre ensuite de prendre place dans le n&#244;tre et &#234;tre moins d&#233;sorient&#233;. Tenir cet accueil dans le temps (et pas uniquement au moment de l'admission), servir d'ancrage &#224; la personne soign&#233;e, c'est le cas de Sylvie qui durant de nombreuses ann&#233;es a fait des allers et retours r&#233;guliers entre le foyer en hospitalisation compl&#232;te et son appartement, &#224; chaque crise d'angoisse elle avait besoin de venir et v&#233;rifier surtout que notre accueil serait toujours inconditionnel, &#224; force de pouvoir le v&#233;rifier (elle a m&#234;me dormi une fois sur une banquette vu que l'on avait plus de lit de libre) elle n'est plus du tout hospitalis&#233;e depuis six ans, faisant face &#224; ses angoisses, pouvant les mettre &#224; distance. Elle a int&#233;gr&#233; la notion d'anticipation temporelle gr&#226;ce &#224; la reproduction du m&#234;me, arrivant jusqu'&#224; se dire que sa crise va avoir une fin, elle n'est plus perdue dans un temps incertain.&lt;br class='autobr' /&gt; Accueil du singulier mais aussi du pluriel, cr&#233;er des rencontres avec nous mais aussi entre eux, travail commun autour d'une ambiance propice &#224; cela, du vivre ensemble. On s'appuie sur les actes du quotidien (repas, m&#233;nage&#8230;) et sur des moments de collectivit&#233;, convivialit&#233; (discussions de groupe, balades, activit&#233; th&#233;&#226;tre&#8230;). Ne pas faire de l'animation juste pour de l'occupationnel, il faut avoir le souci qu'il puisse s'y passer quelque chose, qu'il y ait une dimension th&#233;rapeutique et transf&#233;rentielle, je cite E.Pouillaude &#171; cette dimension prend figure d'une d&#233;sali&#233;nation sociale par la r&#233;appropriation d'une possibilit&#233; d'initiative et par la mise en place de relations qui ne soient pas d&#233;pendantes des structures sociales ali&#233;natoires pr&#233;&#233;tablies &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le dialogue, le soignant devient le point de rassemblement de l'autre de son histoire, il en est comme le garant. L&#224; est donc l'int&#233;r&#234;t de pouvoir rester sur le m&#234;me poste pendant plusieurs ann&#233;es et donc de suivre des personnes dans le temps. La relation a le temps de se construire, on chemine ensemble et on peut devenir les d&#233;positaires de leur histoire. Nombres de patients se sentent plus &#224; l'aise avec les soignants qui ont &#233;t&#233; pr&#233;sents tout au long de leur parcours, c'est le cas d'El&#233;onore qui lorsqu'elle est tr&#232;s mal ne veut parler qu'&#224; V&#233;ronique, seule infirmi&#232;re &#224; avoir &#233;t&#233; l&#224; pendant son hospitalisation au foyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est parfois difficile de se d&#233;tacher du temps impos&#233; par l'&#233;tablissement, il nous fait parfois passer &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre ou tout du moins ne pas &#234;tre &#224; l'&#233;coute de l'autre. Une fois prise par les cotations je n'ai pas pris le temps n&#233;cessaire pour aider Patrick au repas (les repas sont faits le soir par les patients &#224; tour de r&#244;le avec notre aide et nous nous le faisons le week-end avec leur aide). Moment important pour lui car il a toujours envie de bien-faire surtout par souci des autres, au final j'ai quasi fait &#224; sa place pour ne pas &#234;tre en retard ce qu'il m'a fait remarquer et je m'en suis excus&#233;e. La relation &#233;tant de qualit&#233; entre nous, il ne m'en a pas tenu rigueur. Il est important pour nous d'&#234;tres vigilants &#224; ces moments o&#249; l'on ne peut respecter le rythme, la temporalit&#233; li&#233;e &#224; la psychose, car des rat&#233;s r&#233;p&#233;titifs emp&#234;chent la cr&#233;ation du lien. Parfois l'accroche ne se fait pas pour d'autres raisons, les patients peuvent ne pas adh&#233;rer au soin et utiliser le foyer juste comme porte de sortie &#224; l'h&#244;pital (vu que les hospitalisations sont libres au Colombier, certains acceptent de venir pour sortir de l'h&#244;pital et demande leur sortie rapidement, deux heures apr&#232;s pour Mathilde), d'autres ne nous voient qu'&#224; travers le prisme de l'autorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Effectivement, parfois certains soignants restent sur cette ligne dure de l'&#233;tablissement, ils acceptent sans contestation les structures hi&#233;rarchiques et peuvent m&#234;me les r&#233;clamer en souhaitant que des positions statutaires de chef soient tenues, annulant ainsi une subjectivit&#233; dans la parole et une polyphonie des discours. On pourrait les apparenter aux &#171; &#231;a-va-de-soi &#187; d&#233;crits par Oury qui d&#232;s qu'une rencontre s'amorce ils sont prompts &#224; l'emp&#234;cher par un rappel au r&#232;glement ou &#224; l'ordre &#233;tabli, exemple des soignants qui refusent les accompagnements ext&#233;rieurs, les &#233;changes avec les partenaires sociaux&#8230;dans la psychose &#171; &#231;a-ne-va-pas-de-soi &#187; et gare &#224; ne pas basculer dans le &#171; &#231;a-va-de-soi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains patients peuvent eux aussi &#234;tre sur la ligne dure deleuzienne et nous mettre en difficult&#233;, c'est le cas de Chlo&#233; qui reste fix&#233;e sur des postures non &#233;mancipatrices pour elle, qui l'emp&#234;che d'adh&#233;rer pleinement au soin, d'avoir des rapports constructifs avec les autres. Il est difficile de l'amener &#224; mettre en place des choses qui lui ferait plaisir, o&#249; il y aurait un d&#233;sir qui lui permettrait de se subjectiver &#224; un moment donn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'inverse, Maurice lui a une dynamique de la ligne de fuite. En hospitalisation au foyer, il se sentait trop &#234;tre emmen&#233; sur une ligne dure, en s'adaptant davantage &#224; son rythme (ce qui a &#233;t&#233; facilit&#233; par une prise en charge en ambulatoire), nous l'avons amen&#233; &#224; &#234;tre plut&#244;t sur la ligne souple. Gr&#226;ce &#224; cette souplesse il arrive m&#234;me &#224; faire davantage de choses de l'ordre des contraintes et vit &#224; l'ext&#233;rieur sans se mettre en danger. La rencontre, la vraie met en question quelque chose de l'ordre du r&#233;el qui modifie l'articulation du sujet avec son existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, nous dirons qu'il faut travailler avec la notion du pr&#233;caire, c'est-&#224;-dire homog&#233;n&#233;iser la vie int&#233;rieure du patient et la vie r&#233;elle de l'institution, faire entrer l'institution dans le temps de la psychose. Tout est &#224; reconstruire en permanence, les projets, les groupes, les ateliers&#8230;comme le psychotique est lui-m&#234;me dans une construction toujours recommenc&#233;e. Du bricolage, des bribes temporelles de pr&#233;sence &#224; l'autre et la prise au s&#233;rieux des micro-continuit&#233;s au sein de la discontinuit&#233; du discours psychotique. Appr&#233;hender cette notion du pr&#233;caire c'est permettre au malade de rester en mouvement, de ne pas se chroniciser tout comme nous d'ailleurs, c'est nous permettre de ne pas se d&#233;motiver devant souvent la lourdeur des prises en charge et l'inertie qui en d&#233;coule. Nous pensons l&#224; entre autre &#224; Florent qui sur plus de huit ann&#233;es nous a amen&#233; &#224; sans cesse repenser les projets que nous mettions en place avec lui et avec son adh&#233;sion bien s&#251;r puisque tout &#224; tour ces projets &#233;taient mis en &#233;chec. Mais nous pouvons aussi parler des r&#233;unions du mercredi qui r&#233;unissent patients et &#233;quipe soignante (o&#249; nous parlons entre autre de la vie institutionnelle) et dont nous avons d&#233;j&#224; modifi&#233; le principe afin que chacun continue d'y trouver sa place et un attrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; La p&#233;riode ouverte par la R&#233;volution fran&#231;aise - &#233;crit Fran&#231;is Fukuyama politologue am&#233;ricain qui a &#233;crit &lt;i&gt;La fin de l'histoire et le dernier homme&lt;/i&gt; et cit&#233; par Mich&#233;a - a vu fleurir diverses doctrines qui souhaitaient triompher des limites de la nature humaine en cr&#233;ant un nouveau type d'&#234;tre. L'&#233;chec de ces exp&#233;riences, &#224; la fin du XX&#232;me si&#232;cle, nous a montr&#233; les limites du constructivisme social. Il se pourrait bien que les outils des constructionnistes sociaux du si&#232;cle, depuis la socialisation en bas &#226;ge en passant par la psychanalyse, aient &#233;t&#233; par trop grossiers pour modifier en profondeur le substrat naturel du comportement humain. Le caract&#232;re ouvert des sciences contemporaines de la nature nous permet de supputer que la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d'accomplir ce que les sp&#233;cialistes d'ing&#233;nierie sociale n'ont pas r&#233;ussi &#224; faire. &#187; !!!
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La croissance fougueuse des &#171; nouvelles connaissances &#187; issues des neurosciences par exemple (qui nous apportent des preuves nouvelles de choses qui n'ont rien de nouveau ! = double pens&#233;e) et le vieillissement non moins rapide des &#171; anciennes &#187; (comme la psychoth&#233;rapie institutionnelle) se combinent pour produire de l'ignorance humaine et pour produire un monde o&#249; seul compte le fait de modifier les choses, de les maintenir en mouvement (pour survivre sur une fine couche de glace il faut patiner vite !)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tosquelles &#171; l'homme n'est pas un animal qui vit dans un milieu. Il convertit le milieu en monde et c'est cette re-cr&#233;ation qui lui permet d'&#233;chapper au dilemme existant entre s'adapter ou p&#233;rir. L'homme est d'autant plus homme qu'il est chaque fois moins un &#234;tre de la nature, pour devenir par contre et dialectiquement le produit de son propre artifice. On doit &#224; cette vie artificielle qui constitue un monde ce qu'on appelle parfois l'&#234;tre culturel. Ce monde de culture, c'est le monde dans lequel agit le psychiatre et c'est pourquoi il ne peut pas &#234;tre un zooth&#233;rapeute ou un v&#233;t&#233;rinaire &#187;. Il s'agit donc pour nous de cr&#233;er du commun, des espaces o&#249; la temporalit&#233; des soignants et des malades se rencontrent, o&#249; la relation humaine devienne possible alors qu'elle est/&#233;tait pers&#233;cutante, interdite, destructrice, pour que les personnes qui se trouvent l&#224; ensemble inventent un autre moyen, aussi infime et local soit-il, de r&#233;inventer le monde (au sens donc de Tosquelles), d'ouvrir le champ des possibles pour que de l'impr&#233;vu advienne, pour que la vie vaille la peine d'&#234;tre v&#233;cue &#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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