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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Le ch&#232;que en bois</title>
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		<dc:date>2018-09-19T14:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luigi Ridampello</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pour Mich&#232;le Chadeisson &lt;br class='autobr' /&gt;
En cette apr&#232;s-midi caniculaire de la fin du mois d'ao&#251;t, les affaires reprenaient doucement &#224; la librairie Triture. Ceci, bien s&#251;r, dans l'attente du tsunami saisonnier connu sous le nom g&#233;n&#233;rique de &#171; romans de la rentr&#233;e &#187;. Assoupie derri&#232;re sa caisse, la libraire, Mlle Chevassus, fut tir&#233;e de sa torpeur par le tintinnabulement de la clochette plac&#233;e au-dessus de la porte. Levant la t&#234;te, elle aper&#231;ut la silhouette d&#233;gingand&#233;e du Professeur Amato. &#171; Ah, te voil&#224;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour Mich&#232;le Chadeisson&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En cette apr&#232;s-midi caniculaire de la fin du mois d'ao&#251;t, les affaires reprenaient doucement &#224; la librairie Triture. Ceci, bien s&#251;r, dans l'attente du tsunami saisonnier connu sous le nom g&#233;n&#233;rique de &#171; romans de la rentr&#233;e &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Assoupie derri&#232;re sa caisse, la libraire, Mlle Chevassus, fut tir&#233;e de sa torpeur par le tintinnabulement de la clochette plac&#233;e au-dessus de la porte. Levant la t&#234;te, elle aper&#231;ut la silhouette d&#233;gingand&#233;e du Professeur Amato. &#171; Ah, te voil&#224;, toi, mon salaud ! &#187;, ne put-elle se retenir de souffler entre ses dents, comme si elle engueulait son chat coupable d'avoir piss&#233; sur le canap&#233; du salon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d&#233;j&#224; le vieil homme s'avan&#231;ait vers elle, les bras tendus en avant, pr&#234;t &#224; lui administrer sur les joues les deux bises sonores dont il avait pris la d&#233;plorable habitude de la gratifier... Et tandis qu'il l'accablait de ses habituelles flatteries et compliments &#224; l'ancienne, relatifs &#224; son suppos&#233; bronzage et autres signes manifestes de grande forme post-vacanci&#232;re, Mlle Chevassus se tenait roide, un sourire polaire suspendu aux m&#226;choires, &#224; l'aff&#251;t de l'instant o&#249;, les effusions du gaga retombant, elle pourrait enfin en placer une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Professeur, attaqua-t-elle d'une voix h&#233;sitante, tandis que le retrait&#233; fouillait les poches de sa veste Adolphe Lafont en qu&#234;te d'un de ses mouchoirs &#224; carreaux vintage (le bougre avait toujours ador&#233; se d&#233;guiser en ouvrier), Professeur, poursuit-elle d'une voix raffermie, vous m'avez jou&#233; un joli tour de cochon, la derni&#232;re fois que vous &#234;tes pass&#233; ! Vous avez r&#233;gl&#233; avec un ch&#232;que en bois, vrai de vrai ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, joignant le geste &#224; la parole, elle retira (le pass&#233; simple du verbe extraire n'existe pas, &#224; mon grand regret) du tiroir-caisse l'objet du d&#233;lit, barr&#233; sur toute sa longueur du coup de tampon infamant : &#171; Rejet&#233; ! &#187;. Et d'ajouter, pour bien enfoncer le clou : &#171; Il y en avait quand m&#234;me pour 750 euros et 17 centimes ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une expression d'indicible et douloureuse surprise se peignit sur le visage du bouffon - &#171; Un ch&#232;que en bois ? &#187;, articula-t-il d'une voix alt&#233;r&#233;e, &#171; un ch&#232;que en bois, ma ch&#232;re Odette ?! , comment pouvez-vous dire une chose pareille ? &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Eh oui, un ch&#232;que en bois, et des plus massifs encore, reprit la libraire, sentant monter en elle une furieuse envie de gifler le vieux fou &#8211; et comment voudriez-vous que je m'y retrouve &#224; la fin du mois avec des clients comme vous ? Quelle &#233;poque, non mais quelle &#233;poque !, si l'on ne peut m&#234;me plus se fier aux universitaires, o&#249; va-t-on, je vous le demande, o&#249; va-t-on ?! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voix de Mlle Chevassus &#233;tait mont&#233;e, tout au long de cette tirade, pr&#234;te &#224; se briser, sur les derniers mots, dans les aigus. Tandis qu'elle sortait de ses gonds, le vieillard la fixant attentivement, d'un regard quasiment professionnel, comme ferait un praticien d'un malade plong&#233; en pleine crise... Puis, ayant laiss&#233; s'installer un bref silence, il pronon&#231;a alors distinctement : &#171; Voyons, Odette, vous savez bien que ce n'est pas moi, que cela ne &lt;i&gt;peut pas&lt;/i&gt; &#234;tre moi... Puis, d'un ton presque d&#233;tach&#233; : &#171; Un imposteur, probablement, un double obscur qui usurpe mes titres, mon nom, ma signature... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment &#231;a, pas vous !, suffoqua la libraire, hors de ses gonds. Vous me prenez pour une bille ? &#187; Et, lui brandissant de nouveau le ch&#232;que sour le nez, elle entreprit d'&#233;num&#233;rer les mentions qui s'y affichaient noir sur blanc : &#171; Amato Pierre-Andr&#233;, 82 avenue Secr&#233;tan, 75019-Paris c'est pas vous ? Compte num&#233;ro 182 817 22 F, c'est pas vous ? Cr&#233;dit Lyonnais, c'est pas vous ? Et cette signature emberlificot&#233;e, l&#224;, en bas &#224; droite, et que je reconna&#238;trais entre mille, c'est pas la v&#244;tre ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'arr&#234;ta haletante, tandis que le professeur, impassible, la contemplait d'un regard toujours plus apitoy&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ne vous emballez donc pas comme &#231;a, Ma ch&#232;re Odette, reprit-il d'un ton conciliant, ce ne peut &#234;tre qu'un malentendu, un d&#233;solant imbroglio... Voyons... Auriez-vous par hasard conserv&#233; une trace, une liste des titres correspondant &#224; cet achat, cette facture, ce regrettable d&#233;bit ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Rien de plus simple, trancha la libraire, se mettant aussit&#244;t &#224; tapoter furieusement sur le clavier de son ordinateur... Tiens, voil&#224; : le 20 mai 2018 &#224; 17h34 exactement - je vois : Michel Onfray, &lt;i&gt;D&#233;cadence&lt;/i&gt;, Michel Houellebecq, &lt;i&gt;Soumission&lt;/i&gt;, Fran&#231;ois Hollande, &lt;i&gt;Les le&#231;ons du pouvoir&lt;/i&gt;, Christine Angot, &lt;i&gt;Un amour impossible&lt;/i&gt;, Jacques Attali, &lt;i&gt;Devenir soi&lt;/i&gt;, Renaud Camus, &lt;i&gt;Le grand remplacement&lt;/i&gt;, Luc Ferry, &lt;i&gt;7 fa&#231;ons d'&#234;tre heureux&lt;/i&gt;... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que la liste s'allongeait et que la voix de la libraire s'alt&#233;rait, le visage du vieux philosophe se d&#233;ridait, s'&#233;clairait, jusqu'&#224; s'illuminer comme un arbre de No&#235;l. Puis, explosant d'un rire tonitruant qui fit sursauter le seul client pr&#233;sent dans la librairie (un jeune pr&#234;tre en civil plong&#233; dans la lecture d'&lt;i&gt;Autochtone imaginaire&lt;/i&gt;, un essai roboratif dont la librairie Triture avait s'&#233;tait assur&#233;e l'exclusivit&#233; de la diffusion), le professeur lan&#231;a d'une voix triomphante :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Eh bien, qu'est-ce que je vous disais, ch&#232;re amie ? Vous me connaissez, vieux et fid&#232;le client de votre &#233;tablissement que je suis, depuis si longtemps, vous n'ignorez rien de mes go&#251;ts, mes engagements, mes lectures... Et comment pourriez-vous, en cons&#233;quence, m'imaginer dilapidant ma maigre retraite &#224; acheter un seul de ces grimoires &#233;chou&#233;s sur les t&#234;tes de gondole de cette perp&#233;tuelle mar&#233;e noire qu'est l'&#233;dition contemporaine ? Comment pourriez-vous simplement me &lt;i&gt;concevoir&lt;/i&gt; (dit-il, d&#233;tachant soigneusement les syllabes) lisant, feuilletant seulement, ouvrant m&#234;me l'un seul de ces sous-produits de la d&#233;composition acc&#233;l&#233;r&#233;e du &lt;i&gt;Kapital&lt;/i&gt; (il pronon&#231;ait d&#233;lib&#233;r&#233;ment le mot &#224; l'allemande, en qu&#234;te d'un effet de dramatisation) ! Vous me voyez, moi, qui ai, des ann&#233;es durant, crois&#233; dans les couloirs de mon universit&#233; et Deleuze et Foucault, et Lyotard, ferraill&#233; fermement mais respectueusement avec Ranci&#232;re et Badiou, re&#231;u r&#233;guli&#232;rement les derniers titres d'Agamben avec d'amicales d&#233;dicaces, moi qui ai complot&#233; avec Bensa&#239;d et publi&#233; Edward Said avec Eric Hazan, vous me voyez lire un quart de ligne de l'Onfray et acheter de l'Hollandouille ?! Me passionner pour les d&#233;glutissements de la bonne femme Angot ?! &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le visage congestionn&#233; par l'indignation, l'&#233;m&#233;rite reprit son souffle. &#171; Mais ce ch&#232;que, tout de m&#234;me, se risqua &#224; lancer &#224; mi-voix la libraire, ce ch&#232;que, c'est quand m&#234;me bien vous qui l'avez sign&#233;, ce n'est pas moi qui l'ai fabriqu&#233;... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mademoiselle Odette, r&#233;pliqua, superbe et p&#233;remptoire, Amato, vous vous perdez dans les d&#233;tails, l'accessoire : vous savez parfaitement ce que je lis et ce que je ne lis pas, ce que je ne lirai jamais &#8211; ce ne peut donc &#234;tre moi qui ai plac&#233; mon argent sur ce tas d'immondices. Le reste ne m'int&#233;resse pas... &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, se redressant, il esquissa un mouvement de repli vers la sortie. Puis, se ravisant, il se pencha par-dessus le comptoir pour lancer d'un ton l&#233;ger : &#171; Et le dernier Sch&#233;rer, au fait, sa nouvelle &#233;dition des &lt;i&gt;R&#234;veries du promeneur solitaire&lt;/i&gt; chez Eterotopia, au fait, vous l'avez re&#231;ue ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, sans attendre la r&#233;ponse, il pivota sur ses talons et se dirigea d'un pas all&#232;gre vers la sortie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais enfin le ch&#232;que, le ch&#232;que tout de m&#234;me... &#187;, lan&#231;a derri&#232;re lui Odette, d'une voix mourante, tandis que la porte se refermait sur l'auteur de &lt;i&gt;Philosophie du paso-doble et guerre des sexes&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ann&#233;es plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La devanture de la boutique o&#249; se tenait nagu&#232;re la librairie Triture a bien chang&#233; ! Son nom s'affiche d&#233;sormais en lettres incandescentes que dessinent de minces tubes de n&#233;on - &#171; Chat ! Chat ! Chat ! &#187;, les rayons color&#233;s en sont couverts d'accessoires destin&#233;s aux animaux domestiques, des cravates pour f&#233;lins et canins domestiques, la sp&#233;cialit&#233; de la maison, Mademoiselle Chevassus, habill&#233;e d'une salopette vert p&#233;tant, tr&#244;ne, tout sourire, derri&#232;re le comptoir repeint en rose bonbon acidul&#233; autour duquel se pressent enfants du quartier et m&#233;m&#232;res &#224; matous. Les affaires prosp&#232;rent, tous les ans, Odette s'offre un voyage &#224; l'autre bout du monde dont elle tient volontiers la chronique aupr&#232;s de ses fid&#232;les clients, elle ne dit plus &#171; Singapour &#187; mais tout simplement &#171; Singa &#187;, elle leur montre ses photos de chats d'Istanbul et de Taipei - elle est &lt;i&gt;heu-reuse&lt;/i&gt; ! Elle songe parfois, avec un brin d'incr&#233;dulit&#233;, aux ann&#233;es de gal&#232;re o&#249; elle s'acharnait &#224; vendre des bouquins &#224; des attard&#233;s de la lecture, ceci &#224; l'heure o&#249; le num&#233;rique triomphe sur toute la ligne &#8211; et bien souvent malhonn&#234;tes, qui plus est (&lt;i&gt;&#233;tait&lt;/i&gt;, gr&#226;ce &#224; Dieu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non mais quelle id&#233;e, aussi... ?!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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