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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Ce qu'il disait six ans avant sur l'Orient, l'Occident et son pays &#8211; Mishima Yukio et les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964</title>
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		<dc:date>2018-10-03T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Satoshi Ukai</dc:creator>



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&lt;p&gt;Entre les Jeux Olympiques et le th&#232;me, ou le pr&#233;suppos&#233;, de notre rencontre, c'est-&#224;-dire la repr&#233;sentation bipolaire du monde entre Orient et Occident, on risque de ne pas voir de lien imm&#233;diat - d'autant que de nos jours, le sport est consid&#233;r&#233; comme quelque chose cens&#233; d&#233;passer les fronti&#232;res politiques et culturelles, comme si c'&#233;tait un langage universel en quelque sorte. Mais on a tendance &#224; oublier, en tout cas &#224; sous-estimer, le fait que les Jeux Olympiques modernes ont &#233;t&#233; associ&#233;s, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Entre les Jeux Olympiques et le th&#232;me, ou le pr&#233;suppos&#233;, de notre rencontre, c'est-&#224;-dire la repr&#233;sentation bipolaire du monde entre Orient et Occident, on risque de ne pas voir de lien imm&#233;diat - d'autant que de nos jours, le sport est consid&#233;r&#233; comme quelque chose cens&#233; d&#233;passer les fronti&#232;res politiques et culturelles, comme si c'&#233;tait un langage universel en quelque sorte. Mais on a tendance &#224; oublier, en tout cas &#224; sous-estimer, le fait que les Jeux Olympiques modernes ont &#233;t&#233; associ&#233;s, en 1896, &#224; la renaissance d'une f&#234;te religieuse de la Gr&#232;ce antique. Pierre de Coubertin, son instigateur, &#233;tait le fils d'une famille aristocratique fran&#231;aise de la seconde moiti&#233; du 19&#232;me si&#232;cle. Quelle que soit l'originalit&#233; de sa philosophie sur l'&#233;ducation, il partageait amplement des pr&#233;jug&#233;s de son temps, aussi bien sur la sup&#233;riorit&#233; de la civilisation europ&#233;enne qui se consid&#233;rait comme l'h&#233;riti&#232;re spirituelle du &#171; miracle grec &#187;, que sur l'id&#233;e selon laquelle l'humanit&#233; de l'homme avait &#233;t&#233; d&#233;couverte par les Grecs avec l'invention de la politique, de la technologie et de la science. &lt;br class='autobr' /&gt; Si Coubertin s'est heurt&#233; &#224; une forte r&#233;sistance dans son propre pays, d&#232;s qu'il s'est appliqu&#233; &#224; r&#233;aliser son r&#234;ve, c'est que pour les Fran&#231;ais de l'&#233;poque, le sport - dont l'&#233;tymologie renvoie pourtant &#224; un mot de l'ancien fran&#231;ais &#171; disporter &#187; qui signifie &#171; distraire &#187; - renvoyait trop &#224; la culture britannique, qui accordait de l'importance &#224; l'&#233;ducation physique dans son programme de formation de l'&#233;lite nationale. Les Anglais vantaient leurs performances militaires comme le fruit de la tradition des &#171; public schools &#187; - et Wellington aurait dit : &#171; C'est sur les terrains de sport d'Eton que Napol&#233;on a perdu la bataille de Waterloo &#187;. L'ambition de Coubertin consistait &#224; introduire et &#224; enraciner, contre la r&#233;action anglophobe de la haute soci&#233;t&#233;, une culture du sport dans une France d&#233;sorient&#233;e apr&#232;s la d&#233;faite de la guerre franco-prussienne. Il estimait n&#233;cessaire, comme le disait Ernest Renan, une r&#233;forme intellectuelle et morale de la nation gravement divis&#233;e entre classes sociales au lendemain de la Commune de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt; Le sport &#233;tait une religion pour le fondateur des Jeux Olympiques modernes - id&#233;e respectueusement conserv&#233;e et transmise jusqu'&#224; nos jours par le Comit&#233; International Olympique. Dans un discours radiodiffus&#233; tenu en 1935 &#224; Berlin, Coubertin a affirm&#233; que &#171; la premi&#232;re caract&#233;ristique essentielle de l'olympisme moderne est d'&#234;tre une religion. En ciselant son corps par l'exercice comme le faisait un sculpteur d'une statue, l'athl&#232;te antique &#8216;honorait les dieux'. En faisant de m&#234;me, l'athl&#232;te moderne exalte sa patrie, sa race, son drapeau. &#187; A partir de l&#224;, rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'il ait &#233;t&#233; fascin&#233;, l'ann&#233;e suivante, par la mise en sc&#232;ne de l'esth&#233;tique nazie, laquelle a su masquer la nature de son r&#233;gime, faisant d'une f&#234;te apparemment universelle de la jeunesse sportive un paravent pour tromper le regard du monde. &lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e coubertinienne du sport est fonci&#232;rement &#233;litiste dans la mesure o&#249; la croyance de l'in&#233;galit&#233; naturelle en fait partie int&#233;grante. Coubertin poursuit son discours berlinois en soutenant que, pour lui, &#171; la seconde caract&#233;ristique de l'olympisme est le fait d'&#234;tre une aristocratie, une &#233;lite ; mais, bien entendu, pr&#233;cise-t-il, une aristocratie d'origine totalement &#233;galitaire puisqu'elle n'est d&#233;termin&#233; que par la sup&#233;riorit&#233; corporelle de l'individu et par ses possibilit&#233;s musculaires multipli&#233;es jusqu'&#224; un certain degr&#233; par sa volont&#233; d'entra&#238;nement. Tous les jeunes hommes ne sont pas d&#233;sign&#233;s pour devenir des athl&#232;tes. Plus tard, on pourra sans doute arriver par une meilleure hygi&#232;ne, priv&#233;e comme publique, et par des mesures intelligentes visant au perfectionnement de la race, &#224; accro&#238;tre grandement le nombre de ceux susceptibles de recevoir une forte &#233;ducation sportive. &#187; Cette citation prouve on-ne-peut-mieux le lien ind&#233;fectible entre olympisme et eug&#233;nisme, un moteur id&#233;ologique de tous les courants racistes et fascistes durant la premi&#232;re moiti&#233; du si&#232;cle dernier et qui ont culmin&#233;s avec la barbarie nazie &#8211; de bonnes raisons pour que les Jeux de Berlin, en 1936, restent consid&#233;r&#233;s par le CIO comme l'exemple le plus r&#233;ussi de l'histoire du mouvement olympique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'est pas faux, cependant, de consid&#233;rer que Pierre de Coubertin &#233;tait aussi et &#224; sa mani&#232;re, un pacifiste. Mais de quelle paix s'agissait-il pour lui qui souhaitait voir la France redevenir une puissance militaire, &#224; c&#244;t&#233; de l'Angleterre et de l'Allemagne, en produisant un maximum de soldats robustes, disciplin&#233;s et d&#233;vou&#233;s &#224; la nation gr&#226;ce &#224; une nouvelle &#233;ducation sportive ? Il faut aussi rappeler que l'entente internationale telle qu'il l'a pr&#233;conis&#233;e au moment de la fondation du Comit&#233; Olympique devait rester purement europ&#233;enne. Comment pouvait-il en &#234;tre autrement &#233;tant donn&#233; que la renaissance d'une f&#234;te de la Gr&#232;ce antique ne pouvait se produire, selon Pierre de Coubertin, nulle part ailleurs que dans la Gr&#232;ce moderne, un royaume &#224; l'&#233;poque, ennemie de l'Empire ottoman. Le fameux symbole des cinq anneaux qui repr&#233;sentaient, comme on le sait, les cinq continents, ne renvoyait &#224; l'&#233;poque qu'&#224; un monde domin&#233; par quelques empires coloniaux occidentaux. &lt;br class='autobr' /&gt; Il serait temps de pr&#233;ciser des raisons pour lesquelles j'ai choisi ce th&#232;me pour cette rencontre &#224; laquelle mon ami Alain Brossat a eu la gentillesse de m'inviter. Pourquoi les Jeux Olympiques et l'Orient ? D'abord parce que la Turquie n'est pas n'importe quel pays d'Orient dans l'histoire de l'olympisme moderne. Il n'est pas exclu que l'id&#233;e de cr&#233;er une organisation internationale sportive pour la paix universelle, &#224; l'instar de la tr&#234;ve religieuse de l'Antiquit&#233; grecque et m&#233;diterran&#233;enne, au del&#224; de la na&#239;vet&#233; politique de son fondateur, ait &#233;t&#233; dirig&#233;e d&#232;s le d&#233;but, et &#224; un certain niveau, contre la Sublime Porte. D'ailleurs, moins d'un apr&#232;s les premiers Jeux Olympiques modernes, la Gr&#232;ce entrait en guerre contre la Turquie, ceci dans l'euphorie d'un sentiment d'union national suscit&#233; par le succ&#232;s des Jeux Olympiques et croyant na&#239;vement que toutes les puissances occidentales allaient soutenir leur pays. &lt;br class='autobr' /&gt; La seconde raison de mon choix peut para&#238;tre de prime abord personnel : actuellement, je suis engag&#233; dans un mouvement contre la tenue des prochains Jeux Olympiques en 2020 &#224; Tokyo. Je suis persuad&#233; qu'il s'agit d'une grande op&#233;ration de diversion, mont&#233;e conjointement par le gouvernement japonais et la municipalit&#233; de Tokyo pour masquer la r&#233;alit&#233; des d&#233;g&#226;ts irr&#233;m&#233;diables dans la centrale nucl&#233;aire de Fukushima, caus&#233;s par un violent s&#233;isme en mars 2011. Nos amis turcs ici pr&#233;sents doivent savoir comment Tokyo a obtenu le soutien du Comit&#233; Olympique au terme d'une &#226;pre concurrence avec Istanbul. Le premier ministre Abe Shinzo n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; d&#233;clarer, en anglais, lors d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du CIO, &#224; Buenos Aires, le 13 septembre 2013 : &#171; Some may have concerns about Fukushima. Let me assure you, the situation is under control. It has never done and will never do any damage to Tokyo &#187;. Comment la situation &#224; Fukushima peut-elle &#234;tre &#171; sous contr&#244;le &#187; alors que, aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas o&#249; se trouve le combustible fondu ? Un physicien nucl&#233;aire, Koide Hiroaki, affirme que les cons&#233;quences des accidents ne seront toujours pas ma&#238;tris&#233;es dans cent ans. Cette d&#233;claration de Abe est un mensonge monumental, mondialement connu, que seuls les Japonais ont tendance &#224; oublier &#233;tant donn&#233; que chaque jour, Abe ment comme il respire. &lt;br class='autobr' /&gt; Moins connus, les propos d'Inose Naoki, maire de Tokyo au moment de la candidature, lesquels enfreignent ouvertement l'esprit officiel de la Charte des Jeux Olympiques qui pr&#244;ne le respect mutuel des pays membres. Dans sa volont&#233; de d&#233;nigrer la candidature d'Istanbul, il a invoqu&#233; l'instabilit&#233; permanente des pays musulmans. Cela, au moment m&#234;me o&#249; dans les rues de Tokyo, des dizaines de milliers de personnes manifestaient pour demander au gouvernement le d&#233;mant&#232;lement imm&#233;diat de toutes les centrales nucl&#233;aires. &lt;br class='autobr' /&gt; Finalement, notre lutte n'a pas &#233;t&#233; jug&#233;e suffisamment mena&#231;ante pour compromettre le bon fonctionnement des Jeux Olympiques &#224; venir. En revanche, des citoyens d'Istanbul, par leur contestation du projet municipal d'un r&#233;am&#233;nagement brutal et sans la moindre concertation de la place Taksim, ont r&#233;ussi &#224; emp&#234;cher le fl&#233;au olympique d'envahir leur ville. Je les en f&#233;licite, mais reste &#224; savoir ce qui a motiv&#233; le Comit&#233; International Olympique en privil&#233;giant Tokyo, au d&#233;triment d'Istanbul. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes presque certains qu'il y a eu des pots-de-vin. La complicit&#233; avec le lobby nucl&#233;aire international n'est pas exclue. Mais on peut aussi se demander, au-del&#224; de ces raisons, disons circonstancielles, s'il n'y avait pas une aversion implicite envers un pays aux relations historiques difficiles avec le pays berceau de l'olympisme. Par ailleurs, l'islam n'est-il pas aussi un h&#233;ritier de l'Antiquit&#233; grecque ? Et l'Empire ottomane, h&#233;ritier de l'Empire byzantin ? N'y a-t-il pas sur son territoire de nombreux vestiges li&#233;s &#224; la m&#233;moire de l'athl&#233;tisme antique ? Un Orient si proche de l'Occident ne peut &#234;tre facilement int&#233;gr&#233; dans la logique des Jeux Olympiques modernes par le biais desquels l'Occident a voulu faire croire au reste du monde que c'est lui qui &#233;tait et qui reste l'unique et l&#233;gitime descendant de la civilisation hell&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais on peut se demander inversement, si son caract&#232;re pr&#233;tendument universel reste d'essence occidentale, comment se fait-il que l'olympisme s&#233;duit des pays d'Orient comme le Japon et la Turquie ? Autrement dit, quel int&#233;r&#234;t diff&#233;rent de celui des pays occidentaux pourrait-il y avoir pour ces pays &#224; accueillir des Jeux Olympiques ? Que veulent-ils prouver, &#224; eux-m&#234;mes et aux yeux du monde, avec le succ&#232;s de ce spectacle colossal ? Une forme de m&#233;galomanie intervient vraisemblablement dans leur candidature, ces deux pays aspirant &#224; gu&#233;rir de blessures narcissiques nationales gr&#226;ce &#224; cette entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un parfait exemple de ce type de sympt&#244;me appara&#238;t dans un article de l'&#233;crivain japonais, Mishima Yukio, publi&#233; dans un quotidien au lendemain de l'ouverture des 18&#232;me Jeux Olympiques qui se sont d&#233;roul&#233;s en 1964 &#224; Tokyo. Il s'intitule &#171; le Feu reliant l'Orient &#224; l'Occident &#187;. A cette date, Mishima avait 39 ans. Pour ses romans comme le &lt;i&gt;Pavillon d'or ou la Confession du masque&lt;/i&gt;, traduits dans plusieurs langues, il &#233;tait d&#233;j&#224; mondialement connu. Il &#233;tait donc tout &#224; fait compr&#233;hensible qu'on lui ait confi&#233; la t&#226;che de r&#233;fl&#233;chir sur la signification de cet &#233;v&#233;nement tant pour le peuple japonais que pour le monde entier. &lt;br class='autobr' /&gt; Mishima se donnera la mort, c'est bien connu, le 25 octobre 1970, soit six ans apr&#232;s son article enthousiaste sur les Jeux Olympiques. Apr&#232;s avoir envahi l'Ecole militaire du quartier g&#233;n&#233;ral du minist&#232;re de la D&#233;fense, pris en otage le g&#233;n&#233;ral commandant en chef, il a tenu sur le balcon un discours virulent demandant aux 800 soldats pr&#233;sents sur place de prendre le pouvoir pour modifier la constitution et r&#233;instaurer l'ancien r&#233;gime, avec &#224; sa t&#234;te l'Empereur, consid&#233;r&#233; comme un dieu vivant. Face au refus des soldats, Mishima s'est retir&#233;, s'est &#233;ventr&#233; et s'est fait d&#233;capiter selon le rituel traditionnel du &lt;i&gt;seppuku&lt;/i&gt;. Cet &#233;v&#233;nement sanglant a profond&#233;ment &#233;branl&#233; la soci&#233;t&#233; japonaise, par la radicalit&#233; d'une id&#233;e politique exprim&#233;e en acte par l'intellectuel le plus en vue de l'&#233;poque, mais aussi par le caract&#232;re ind&#233;niablement th&#233;&#226;tral de son suicide, en public, sous forme de tentative de coup d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y aurait beaucoup &#224; dire sur les liens entre sa litt&#233;rature et son geste final. Son culte du corps pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me, son go&#251;t tardif pour le sport, la musculation exhibitionniste &#224; laquelle il s'est adonn&#233;, son homosexualit&#233;, tout cela forme un n&#339;ud inextricable avec un ultranationalisme manifest&#233; durant la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1960, &#224; un rythme de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;. Il est par cons&#233;quent n&#233;cessaire de s'interroger sur l'impact des Jeux Olympiques de Tokyo sur sa pens&#233;e, et de porter plus d'attention sur ses &#233;crits rapportant l'&#233;v&#233;nement, dont je me limiterai ici au premier d'une s&#233;rie. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour rendre compte de son &#233;motion, lors d'une pompeuse c&#233;r&#233;monie soigneusement orchestr&#233;e pour l'ouverture des Jeux, Mishima d&#233;bute son article en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si je reconnais volontiers que les opposants ne manquent pas de raisons, le sentiment que j'ai eu en assistant aujourd'hui &#224; l'ouverture des Jeux Olympique sous un ciel sans nuage se r&#233;sume honn&#234;tement &#224; ceci : &#8216;Malgr&#233; tout, nous avons bien fait de r&#233;aliser &#231;a, sinon les Japonais tomberaient malades.' &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce qui signifie qu'&#224; l'&#233;poque, comme aujourd'hui, des contestations anti-olympiques existaient, m&#234;me si celles de 1964 n'ont laiss&#233; aucune trace dans la m&#233;moire collective de la soci&#233;t&#233; japonaise. Le fait que Mishima ait commenc&#233; par l'&#233;voquer r&#233;v&#232;le aussi qu'il n'&#233;tait pas tout &#224; fait s&#251;r, avant la c&#233;r&#233;monie d'ouverture, du bien-fond&#233; de l'accueil par le Japon de cette f&#234;te en provenance de l'Occident. On comprend bien que, pour lui, ce n'&#233;tait pas une mince affaire de concilier l'esprit des Jeux Olympiques avec l'orgueil national de son pays, qui avait la pr&#233;tention, &#224; peine vingt ans plut&#244;t, de repr&#233;senter tout l'Orient face &#224; la domination occidentale &#224; travers le monde. &lt;br class='autobr' /&gt; Par contre, on comprend moins bien de quelle &#171; maladie &#187; Mishima s'inqui&#232;te pour ses compatriotes, lui dont on conna&#238;t les efforts excentriques et d&#233;sesp&#233;r&#233;s pour acc&#233;der &#224; une &#171; sant&#233; &#187; introuvable. Comment a-t-il pu croire, lors d'un instant, comme par miracle, &#224; une certaine vertu th&#233;rapeutique de l'olympisme ? Il poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Apr&#232;s des ann&#233;es d'angoisse et de tension o&#249; ils restaient, les Japonais ont &#233;t&#233; enfin bien d&#233;livr&#233;s de leur hantise quand ils ont d&#233;couvert un temps magnifique &#224; la place de la pluie qui a dur&#233; jusqu'&#224; hier, signe, &#224; n'en pas douter, que le Ciel a exauc&#233; leurs v&#339;ux pieux. Quand j'ai vu, &#224; la fin de la c&#233;r&#233;monie, l'envol&#233;e de huit mille colombes qui ont assombri le ciel au-dessus du grand stade, leur plumage brillant, leur vol ample, j'ai eu le sentiment que les Japonais &#233;taient enfin gu&#233;ris de quelque chose, leur id&#233;e fixe concernant les Jeux Olympique ainsi lib&#233;r&#233;e, partie. Il est vrai qu'une colombe, une seule, a refus&#233; de s'envoler, restant obstin&#233;ment sur le terrain vert. Admettons qu'elle &#233;tait parfaitement dans son droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est clair qu'&#224; la vue de cette colombe r&#233;calcitrante, insoumise, r&#233;sistante et solitaire, Mishima a projet&#233; la posture des contestataires, avec qui il demeurait implicitement en dialogue. &lt;br class='autobr' /&gt; Pour comprendre ces lignes, il faut rappeler que le Japon a d&#251; renoncer aux Jeux Olympiques pr&#233;vus en 1940 &#224; Tokyo, sans attendre l'invasion de la Pologne par les troupes allemandes, en raison de difficult&#233;s financi&#232;re li&#233;es &#224; sa propre guerre en Chine. Il a donc &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; qu'apr&#232;s Berlin, les Jeux Olympiques devaient se tenir &#224; Tokyo. On sait aujourd'hui que le Japon a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'intercession d'Hitler, aupr&#232;s de Mussolini, afin de favoriser Tokyo face &#224; Rome dans le choix du CIO &#8211; un niveau de connivence avec les pays de l'Axe, dans ces ann&#233;es-l&#224;, absolument hallucinant. &lt;br class='autobr' /&gt; Du point de vue de Mishima, cette histoire du renoncement est une m&#233;tonymie de toute la trag&#233;die nationale qui s'en est suivie pour le peuple japonais. La tenue des Jeux Olympiques, dans le contexte de l'apr&#232;s-guerre, a pour fonction de mettre fin au travail de deuil collectif. D'o&#249; provient, me semble-t-il, le caract&#232;re quasiment maniaque de cette joie. L'&#233;crivain va plus loin en ce sens quand il pr&#233;tend d&#233;couvrir une affinit&#233; originaire entre la culture japonaise et l'olympisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, d&#233;clare-t-il, les Japonais sont assez tol&#233;rants en ce qui concerne les religions. Ce qui ne les emp&#234;che pas de s&#233;lectionner avec un sens religieux subtil parmi les f&#234;tes &#233;trang&#232;res, celles qu'ils ont accueillies de fa&#231;on enthousiaste, que ce soient No&#235;l ou les Jeux Olympiques, restant d'origine plus ou moins pa&#239;enne. Depuis que Koizumi Yakumo a appel&#233; les Japonais &#171; Grecs d'Orient &#187;, les Jeux Olympiques &#233;taient pr&#233;destin&#233;s &#224; &#234;tre accueillis un jour par les Japonais. Selon Fustel de Coulanges, la Flamme olympique en Gr&#232;ce antique est originairement le feu du foyer des P&#233;nates. Il soutient que la naissance d'une religion du &#171; feu sacr&#233; &#187; remonte &#224; un temps imm&#233;morial o&#249; il n'y avait pas encore de distinction entre Grecs, Italiens et Indiens, c'est-&#224;-dire avant m&#234;me le partage du monde entre Orient et Occident. On peut donc consid&#233;rer que le feu que M. Sakai apport&#233; sur l'autel du stade de Tokyo est enfin parvenu &#224; relier l'Occident &#224; l'Orient (et alors, il n'est plus besoin de rappeler que le passage du flambeau est une c&#233;r&#233;monie invent&#233;e par les nazis). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Voici une d&#233;n&#233;gation vertigineuse, &#224; la fois cantonn&#233;e et soulign&#233;e entre parenth&#232;ses, de la part d'un auteur qui &#233;crira, quatre ans plus tard, une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre intitul&#233;e &lt;i&gt;Hitler mon ami&lt;/i&gt;. Avant d'analyser la logique sous-jacente de cette d&#233;n&#233;gation, rappelons que Koizumi Yakumo est le nom japonais que s'est donn&#233; un journaliste anglais d'origine grecque, Lafcadio Hearn, qui s'est install&#233; au Japon en 1890 apr&#232;s un p&#233;riple qui l'a conduit en Irlande, en France, aux Etats-Unis et dans les &#238;les cara&#239;bes. Ce cosmopolite contemporain de Pierre de Coubertin a beaucoup contribu&#233; &#224; collecter des contes et des l&#233;gendes du Japon ancien et &#224; les faire conna&#238;tre &#224; l'Occident. Quant &#224; Fustel de Coulanges, son livre majeur, &lt;i&gt;La Cit&#233; antique&lt;/i&gt;, venait d'&#234;tre traduit et avait rencontr&#233; un accueil chaleureux dans les milieux de la litt&#233;rature compar&#233;e. Dans ce livre dont l'original a &#233;t&#233; publi&#233; en 1864, l'historien fran&#231;ais insiste sur l'importance du symbolisme du feu dans la civilisation indo-europ&#233;enne. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est vrai qu'une forme de culte du feu est tr&#232;s r&#233;pandue dans des croyances populaires de l'archipel de l'Orient extr&#234;me, o&#249; chaque famille, quand elle accueille chez elle des anc&#234;tres cens&#233;s revenir au milieu du mois d'ao&#251;t, allume, &#224; leur arriv&#233;e et d&#233;part, un feu &#224; la porte. Cette f&#234;te des morts, qui a pris cette forme dans un syncr&#233;tisme avec le bouddhisme, est appel&#233;e par un mot d'origine sanscrite, &#171; bon &#187;&#65288;&#30406;&#65289;. Certains intellectuels de droite, dont Mishima &#233;tait proche, ont rapproch&#233; cette tradition de la &#171; religion du feu &#187; dont parle Coulanges pour souligner une distinction entre la culture japonaise et ses voisins de l'Asie de l'est.&lt;br class='autobr' /&gt; Or, il y a un mot que Mishima a pris le soin de taire dans sa r&#233;f&#233;rence &#224; Coulanges. Ce dernier &#233;crit que &#171; la religion du feu sacr&#233; date de l'&#233;poque lointaine et obscure o&#249; il n'y avait encore ni Grecs, ni Italiens, ni Hindous, &lt;i&gt;et o&#249; il n'y avait que des Aryas&lt;/i&gt; &#187;. Or, Mishima ne pouvait pas prononcer ce mot, son intention &#233;tant de minimiser la paternit&#233; nazie de la c&#233;r&#233;monie du passage du flambeau. &lt;br class='autobr' /&gt; D'ailleurs, ici, l'occultation n'est pas simple, mais double, car Carl Diem, dans son invention de cette c&#233;r&#233;monie, ne s'est pas inspir&#233; de cette religion du feu indo-europ&#233;enne, mais du mythe de Prom&#233;th&#233;e, qui est grecque. Loin de remonter au-del&#224; de la s&#233;paration de l'Orient et de l'Occident, ce mythe d&#233;crit une certaine occidentalisation du monde. Les coureurs participant &#224; cette c&#233;r&#233;monie sont donc consid&#233;r&#233;s comme autant d'avatars de ce dieu philanthrope qui a vol&#233; le feu &#224; Zeus ou &#224; l'Olympie pour l'apporter aux hommes, &#224; qui aucune capacit&#233; pour leur survie n'a pas &#233;t&#233; distribu&#233;e &#224; cause de la faute d'Epim&#233;th&#233;e, son fr&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; Sans pouvoir engager une enqu&#234;te sur l'implication tr&#232;s complexe de ce mythe, en me r&#233;f&#233;rant aux &#233;tudes de Jean-Pierre Vernant sur la grande question de la &lt;i&gt;metis&lt;/i&gt; comme &#224; d'autres travaux plus r&#233;cents, je me bornerais &#224; relever l'interpr&#233;tation que Hegel expose dans &lt;i&gt;Esth&#233;tiques&lt;/i&gt;. Le dernier repr&#233;sentant de la race des anciens dieux, Prom&#233;th&#233;e selon lui, a apport&#233; le feu &#224; l'humanit&#233; uniquement comme un moyen technique. &#171; Ce n'est pas la morale et le droit, dit Hegel, que Prom&#233;th&#233;e a enseign&#233; aux hommes, mais seulement la ruse leur permettant de se rendre ma&#238;tre des choses de la nature et d'en faire des moyens de satisfactions humaines. Le feu et l'art de s'en servir, de m&#234;me que l'art du tissage, n'ont rien de moral en soi, mais sont seulement au service de l'&#233;go&#239;sme et de l'utilit&#233; priv&#233;e, sans aucun rapport avec le c&#244;t&#233; universel de l'existence humaine et avec la vie publique. &#187; (tome II, p. 192, tr. S. Jank&#233;l&#233;vitch)&lt;br class='autobr' /&gt; Qu'on approuve ou non cette interpr&#233;tation qui s'inspire essentiellement du &lt;i&gt;Protagoras&lt;/i&gt; de Platon, s'agissant de l'inscription de ce mythe ressuscit&#233; au 20e si&#232;cle dans la mythologie nationale-socialiste allemande, nous ne pouvons que souligner l'accent mis par Hegel sur l'aspect technique, voire technologique, au d&#233;triment de la morale. Le premier passage du flambeau s'acheminait de la Gr&#232;ce en Allemagne en passant par la Bulgarie, la Hongrie et l'Autriche, et les Allemands en ont profit&#233; pour faire secr&#232;tement une enqu&#234;te topographique de ces pays afin de pr&#233;parer une invasion d&#233;j&#224; programm&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; Quand elle a surv&#233;cu &#224; la d&#233;faite allemande, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, la c&#233;r&#233;monie du passage du flambeau s'est appropri&#233;e les id&#233;aux politiques et moraux que Hegel avait reni&#233; au mythe originaire. Elle repr&#233;sente ainsi la transmission, de l'origine grecque au monde entier, non seulement de la ruse technique, mais aussi d'une culture humaniste, d&#233;mocratique et pacifiste, que la F&#234;te internationale de la jeunesse sportive est d&#233;sormais cens&#233;e symboliser.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais &#224; travers cette transformation du mythe, se maintient le primat de la technique. Et l'ombre d'une guerre technologique pesait lourd sur les Jeux Olympique en 1964. Mishima nomme le dernier coureur charg&#233; du passage du flambeau. Il s'appelle Sakai Yoshinori. Cet athl&#232;te qui n'avait pas &#233;t&#233; qualifi&#233;, mais il se trouve qu'il &#233;tait n&#233; le 6 ao&#251;t 1945 &#224; Hiroshima, d'o&#249; le fait d'avoir &#233;t&#233; choisi. Des intellectuels am&#233;ricains ont d'ailleurs protest&#233; contre cette d&#233;cision croyant y voir une volont&#233; politique de nuire &#224; l'alliance nippo-am&#233;ricaine. C'est dans ce contexte, et par rapport &#224; cette pol&#233;mique, qui &#233;tait de taille, que Mishima a voulu exposer son propre point de vue.&lt;br class='autobr' /&gt; En feignant d'ignorer le lien entre le passage du flambeau et le mythe de Prom&#233;th&#233;e, en faisant pr&#233;valoir la religion du feu sacr&#233; dans cette c&#233;r&#233;monie, il est clair que Mishima pr&#233;sente cette sc&#232;ne, incarn&#233;e par un athl&#232;te japonais de 19 ans, comme une purification de la flamme atomique. En cela, loin d'&#234;tre un signe d'hostilit&#233; &#224; l'&#233;gard des Am&#233;ricains, ce geste servirait &#224; r&#233;concilier les deux peuples. Et au-del&#224; de leur r&#233;conciliation, &#224; r&#233;aliser symboliquement la r&#233;unification de l'Orient et de l'Occident. &lt;br class='autobr' /&gt; Mais Mishima ne dit pas que le Japon avait pour destin d'accueillir les Jeux Olympiques pour accomplir une telle mission. Bien au contraire, &#224; l'en croire, c'&#233;taient les Jeux Olympiques qui &#171; &#233;taient pr&#233;destin&#233;s &#224; &#234;tre accueillis un jour par les Japonais &#187;. C'est seulement par ce renversement dernier que les Japonais, selon Mishima, &#233;chapperaient au risque de &#171; tomber malades &#187;. Ainsi, l'humanit&#233; recouvre son unit&#233; &#224; travers la gu&#233;rison de la nation japonaise. Voil&#224; le comble d'un nationalisme m&#233;galomane qui fr&#244;le la folie. &lt;br class='autobr' /&gt; Reste &#224; savoir si cette folie est propre &#224; Mishima, sinon &#224; son peuple, ou bien s'inscrit, d&#232;s le d&#233;part, au c&#339;ur m&#234;me du mouvement olympique. Ce petit texte de Mishima montre bien que sa sympathie pour le national-socialisme n'&#233;tait pas simplement esth&#233;tique dans la mesure o&#249; il y sugg&#232;re en creux l'appartenance du Japon &#224; la civilisation aryenne, sinon par son sang, au moins par sa tradition religieuse originaire. Nous avons &#233;galement vu que l'&#233;merveillement de Pierre de Coubertin devant les Jeux Olympiques de Berlin &#233;tait loin d'&#234;tre une d&#233;viation, mais correspondait &#224; son id&#233;al originel. &lt;br class='autobr' /&gt; On vient de d&#233;cider que le prochain passage du flambeau sur le sol japonais d&#233;butera &#224; Fukushima le 26 mars 2020 &#8211; &#224; croire, ce qui m&#233;rite r&#233;flexion, que les Jeux Olympiques de Tokyo, en 1964 comme en 2020, restent li&#233;s &#224; des catastrophes nucl&#233;aires. Tous ces efforts compulsifs pour prouver, &#224; soi-m&#234;me comme aux autres, la capacit&#233; de ma&#238;triser le feu atomique, conduisent les organisateurs &#224; faire appel &#224; une supercherie qui consiste &#224; fabriquer une image de la ma&#238;trise. La lumi&#232;re aveuglante d'un spectacle sportif gigantesque ne pourra cependant masquer longtemps l'impuissance fonci&#232;re de l'homme, qui r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans la n&#233;cessit&#233; pour lui de contr&#244;ler la nature comme la technique, &#224; commencer par son propre corps. &lt;br class='autobr' /&gt; L'id&#233;e du progr&#232;s infini que r&#233;sume la devise olympique, &lt;i&gt;citius, altius, fortius&lt;/i&gt;, (plus vite, plus haut, plus fort), dans une complicit&#233; capitalistique entre l'Occident et un certain Orient, se propage encore &#224; travers le monde par le biais d'exploits sportifs qu'elle finance et organise - exploits qui dans certaines disciplines, soit dit en passant, et en guise de mot de la fin, laissent songeur quant &#224; la capacit&#233;, y compris d'athl&#232;tes surentrain&#233;s, d'humainement et sans sacrifier leur &#171; sant&#233; &#187; de r&#233;aliser. Autrement dit, une vaste supercherie parmi tant d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le 3 septembre, 2018&lt;br class='autobr' /&gt;
Galatasaray University &lt;br class='autobr' /&gt;
Istanbul, Turquie &lt;br class='autobr' /&gt; Ukai Satoshi&lt;br class='autobr' /&gt; Hitotsubashi University &lt;br class='autobr' /&gt; Tokyo, Japon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Satoshi Ukai&lt;/strong&gt; est critique et philosophe, enseigne litt&#233;rature et philosophie d'expression fran&#231;aise &#224; l'Universti&#233; de Hitotsubashi, &#224; Tokyo, Japon. Il publie notamment : &#171; Les conditions postcoloniales racont&#233;es aux petits Japonais &#187; (&lt;i&gt;D&#233;dale&lt;/i&gt; , nos 5&amp;6 , 1997) ; &#171; L'orient de l'aveugle &#187; (&lt;i&gt;Cahier de l'Herne&lt;/i&gt; 83, 2004) ; &#171; L'avenir nomm&#233; Okinawa &#187; (&lt;i&gt;Vacarme&lt;/i&gt;, n.33, 2005) ; &#171; De &#171; monstreux &#8220;comme si&#8220; &#187; - Pour une histoire du mensonge en politique au Japon &#187; (&lt;i&gt;Lignes&lt;/i&gt;, n&#176;47,2015), &#171; Les fins de la famille &#187;, (&lt;i&gt;Rue Descartes&lt;/i&gt;, 2016/2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Satoshi Ukai&lt;/strong&gt; is a Professor of French Literature and Postcolonial Studies at Hitotsubashi University in Japan. Among his recent books, Beyond Sovereignty (2008) is a collection of political essays. Recent publications in English are &#8220;The Future of an Affect : About the Historicity of Shame&#8221;(2001), &#8220;The Road to Hell Is Paved with Good Intentions &#8211; For a &#8216;Critique of Terrorism ' to Come&#8221;, the &#8220;Reflections beyond the Flag : Why Is the Hinomaru Flag &#8216;Auspicious/Foolish' ?&#8221;(2005), and &#8220;Fine Risks, or the Spirit of a Pacifism and its Destiny&#8221; (2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;(Extrait de &#171; Le Feu reliant l'Orient &#224; l'Occident &#187; de Mishima Yukio, publi&#233; dans le Journal Mainichi, le 11 octobre 1964)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si je reconnais volontiers que les opposants ne manquent pas de raisons, le sentiment que j'ai eu en assistant aujourd'hui &#224; l'ouverture des Jeux Olympique sous un ciel sans nuages se r&#233;sume honn&#234;tement &#224; ceci : &#171; Malgr&#233; tout, nous avons bien fait de r&#233;aliser &#231;a, sinon les Japonais tomberaient malades. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apr&#232;s des ann&#233;es d'angoisse et de tension o&#249; ils restaient, les Japonais ont &#233;t&#233; enfin bien d&#233;livr&#233;s de leur hantise quand ils ont d&#233;couvert un temps magnifique &#224; la place de la pluie qui a dur&#233; jusqu'&#224; hier, signe, &#224; n'en pas douter, que le Ciel a exauc&#233; leurs v&#339;ux pieux. Quand j'ai vu &#224; la fin de la c&#233;r&#233;monie l'envol&#233;e de huit mille colombes qui ont assombri le ciel au-dessus du grand stade, leur plumage brillant, leur vol ample, j'ai eu le sentiment que les Japonais &#233;taient enfin gu&#233;ris de quelque chose, leur id&#233;e fixe concernant les Jeux Olympique &#233;tant ainsi lib&#233;r&#233;e, partie. Il est vrai qu'il y a une colombe, une seule, qui refusait de s'en voler, restant obstin&#233;ment sur le terrain vert. Admettons qu'elle est parfaitement dans son droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les Japonais sont assez tol&#233;rants en ce qui concerne les religions. Ce qui ne les emp&#234;che pas de s&#233;lectionner avec un sens religieux subtil parmi les f&#234;tes &#233;trang&#232;res, celles qu'ils ont accueillies de fa&#231;on enthousiaste, que ce soient la No&#235;l ou les Jeux Olympiques, restant d'origine plus ou moins pa&#239;enne. Depuis que Koizumi Yakumo a appel&#233; les Japonais &#171; Grecs d'Orient &#187;, les Jeux Olympiques &#233;taient pr&#233;destin&#233;s &#224; &#234;tre accueillis un jour par les Japonais. Selon Fustel de Coulanges, le Flamme olympique en Gr&#232;ce antique est originairement le feu du foyer des P&#233;nates. Il soutient que la naissance d'une religion du &#171; feu sacr&#233; &#187; remonte &#224; un temps imm&#233;morial o&#249; il n'y avait pas encore de distinction entre Grecs, Italiens et Indiens, c'est-&#224;-dire avant m&#234;me le partage du monde entre Orient et Occident. On peut donc consid&#233;rer que le feu que M.Sakai a mis sur l'autel du stade de Tokyo est enfin parvenu &#224; relier l'Occident &#224; l'Orient (et alors, il n'est plus besoin de rappeler que le passage du flambeau est une c&#233;r&#233;monie invent&#233;e par les nazies). &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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