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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>&#201;MERGENCE DES EQUIPEMENTS COLLECTIFS. &#201;tat d'avancement des travaux</title>
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		<dc:date>2018-11-21T02:27:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel Foucault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Michel Foucault et le CERFI : un &#233;trange &#171; in&#233;dit &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
par Philippe Chevallier &lt;br class='autobr' /&gt;
En faisant l'inventaire des archives de son d&#233;funt coll&#232;gue du d&#233;partement de philosophie de Paris 8 Kyril Ryjik, Alain Brossat est tomb&#233; sur un tapuscrit ron&#233;otyp&#233; intitul&#233; &#171; &#201;mergence des &#233;quipements collectifs. &#201;tat d'avancement des travaux &#187;, avec la mention manuscrite laconique &#171; Foucault, juillet 1974 &#187;. Ce texte n'est pas dans les Dits et &#201;crits, puisqu'il n'a de toute &#233;vidence jamais &#233;t&#233; publi&#233;. Il ne se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;Michel Foucault et le CERFI : un &#233;trange &#171; in&#233;dit &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;par Philippe Chevallier&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En faisant l'inventaire des archives de son d&#233;funt coll&#232;gue du d&#233;partement de philosophie de Paris 8 Kyril Ryjik, Alain Brossat est tomb&#233; sur un tapuscrit ron&#233;otyp&#233; intitul&#233; &#171; &#201;mergence des &#233;quipements collectifs. &#201;tat d'avancement des travaux &#187;, avec la mention manuscrite laconique &#171; Foucault, juillet 1974 &#187;. Ce texte n'est pas dans les &lt;i&gt;Dits et &#201;crits&lt;/i&gt;, puisqu'il n'a de toute &#233;vidence jamais &#233;t&#233; publi&#233;. Il ne se trouve pas non plus &#8211; sous r&#233;serve d'inventaire exhaustif &#8211; dans les archives Foucault d&#233;pos&#233;es &#224; la BnF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tapuscrit se pr&#233;sente comme l'&#233;bauche, corrig&#233;e et annot&#233;e &#224; la main &#8211; probablement d'une m&#234;me main, mais sans certitude &#8211;, d'un rapport interm&#233;diaire dont le destinataire est le commanditaire d'une recherche contractuelle. &#192; la lecture du texte, dont les r&#233;f&#233;rences pittoresques ne trompent pas longtemps, une &#233;vidence s'impose : le texte est bien de Foucault, &#224; tel point qu'on a l'impression par moment de lire un r&#233;sum&#233; de passages de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; qui para&#238;tra sept mois plus tard (f&#233;vrier 1975). C&#244;t&#233; r&#233;f&#233;rences bibliographiques, les notes de bas de pages se suivent et se ressemblent : les &lt;i&gt;Moyens de rendre les h&#244;pitaux utiles&lt;/i&gt; de 1787 &#8211; cit&#233;s d&#232;s &lt;i&gt;Naissance de la clinique&lt;/i&gt; &#8211;, l'&lt;i&gt;Instruction m&#233;thodique pour l'&#233;cole paroissiale&lt;/i&gt; de 1669, les &lt;i&gt;R&#232;glements pour les &#233;coles de la ville de Lyon&lt;/i&gt; de 1716, le &lt;i&gt;Registre des d&#233;lib&#233;rations de l'H&#244;tel-Dieu&lt;/i&gt; de 1620, Camille de Rochemonteix, Jean-Baptiste de La Salle : tous se retrouveront cit&#233;s dans les chapitres &#171; Les corps dociles &#187; et &#171; Les moyens du bon dressement &#187; de la troisi&#232;me partie de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;. La chose est cocasse : la partie de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; d&#233;di&#233;e &#224; la naissance du contr&#244;le individuel aurait-elle eu pour premi&#232;re forme un rapport administratif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons trouv&#233;, dans les documents de cette &#233;poque publi&#233;s ou accessibles en ligne, qu'une unique mention du titre &#171; &#201;mergence des &#233;quipements collectifs &#187;. Un document de la Maison des sciences de l'homme, boulevard Raspail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; m.s.h. informations &#187;, p. 5 : &#171; organismes de financement de la recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, indique en effet que le Centre d'&#233;tudes, de recherches et de formation institutionnelles (CERFI) de F&#233;lix Guattari, &#233;tait titulaire depuis juin 1973 d'un contrat sous ce titre pass&#233; par le service des affaires &#233;conomiques et internationales (SAEI) du Minist&#232;re de l'&#233;quipement. Le nom attach&#233; au contrat &#233;tait alors Gilles Deleuze pour le CERFI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le l&#233;ger &#233;cart entre les intitul&#233;s, cette recherche semble bien ne faire qu'une avec &#171; G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements collectifs &#187;, travail collectif dirig&#233; par Foucault dans le cadre d'un contrat engageant le CERFI, la D&#233;l&#233;gation g&#233;n&#233;rale &#224; la recherche scientifique et technique (DGRST) et le SAEI&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;SAEI et DGRST sont indiff&#233;remment cit&#233;s dans les mentions officielles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce travail se composait d'une premi&#232;re partie d&#233;di&#233;e &#224; l'&#233;cole primaire et d'une seconde aux &#233;quipements sanitaires (avec elle-m&#234;me trois volets : l'institution hospitali&#232;re au XVIIIe si&#232;cle, les &#233;quipements psychiatriques au XIXe et l'histoire de la psychiatrie de secteur)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux parties d'une m&#234;me recherche sont clairement mentionn&#233;es dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Constat savoureux : les services gouvernementaux ne jou&#232;rent pas un mince r&#244;le dans les r&#233;flexions sur la naissance de la soci&#233;t&#233; disciplinaire. D'une partie de cette recherche, il sera rendu compte dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Les machines &#224; gu&#233;rir&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Aux origines de l'h&#244;pital moderne&lt;/i&gt; (Paris, Institut de l'environnement, 1976)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(note corrig&#233;e le 9.02.2019) Ce livre reprend plusieurs r&#233;sultats de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent texte serait donc le projet de rapport trimestriel r&#233;dig&#233; par Foucault pour cette recherche contractuelle du CERFI. Rien de surprenant &#224; cela : depuis 1972, Foucault est proche du collectif de Guattari, participe &#224; des r&#233;unions dans ses locaux, lui apporte son soutien amical voire sa caution intellectuelle. Le num&#233;ro de d&#233;cembre 1973 de la revue du collectif &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;, lequel porte pr&#233;cis&#233;ment sur &#171; Les &#201;quipements du pouvoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G&#233;n&#233;alogie du capital, t. 1 : &#171; Les &#233;quipements du pouvoir &#187;, Recherches, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, contient deux entretiens auxquels participa le philosophe : &#171; Premi&#232;res discussions, premiers balbutiements : la ville est-elle une force productive ou d'antiproduction ? &#187; (Dits et &#201;crits, n&#176;129), avec Guattari et l'&#233;conomiste Fran&#231;ois Fourquet ; et &#171; Arrach&#233;s par d'&#233;nergiques interventions &#224; notre euphorique s&#233;jour dans l'histoire, nous mettons laborieusement en chantier des &#034;cat&#233;gories logiques&#034; &#187; (Dits et &#201;crits, n&#176;130), avec Deleuze et Guattari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu de cet in&#233;dit pourra d&#233;cevoir : l'&#171; &#233;tat d'avancement des travaux &#187; r&#233;dig&#233; par Foucault pour le CERFI semble d'abord &#234;tre l'&#233;tat d'avancement&#8230; de sa propre r&#233;daction de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt;, livre qui sera achev&#233; le mois suivant, en ao&#251;t 1974. En premi&#232;re hypoth&#232;se, Foucault ne serait ici qu'un pr&#234;te-nom afin d'aider de jeunes chercheurs du CERFI soumis aux al&#233;as de la recherche contractuelle qui &#233;tait alors le seul cadre de financement du collectif. Tel &#233;tait aussi le r&#244;le de Deleuze et de Foucault : d&#233;crocher pour des chercheurs pr&#233;caires les contrats n&#233;cessaires, quitte &#224; recycler des travaux personnels et &#171; rapporter &#187; ensuite au financeur ce qu'il fallait quand il le fallait. En seconde hypoth&#232;se, il faudrait supposer que la r&#233;daction de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; fut d'inspiration plus collective qu'il n'y para&#238;t ; il conviendrait alors de lib&#233;rer le livre de sa fonction-auteur pour y retrouver l'effervescence d'un groupe, la transversalit&#233; de ses pratiques, la fluidit&#233; de ses concepts. L'une des publications du CERFI sur la pr&#233;sente recherche comprend d'ailleurs un chapitre entier consacr&#233; &#224; certains des th&#232;mes pr&#233;sent&#233;s par Foucault dans son rapport de juillet 1974&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la surveillance et l'&#233;criture m&#233;dicale en contexte hospitalier : cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de ce texte est d'abord de nous rappeler un fait m&#233;connu de notre histoire intellectuelle : la place du CERFI dans les travaux de Foucault des ann&#233;es 1972-1975. Guattari et le CERFI ne sont pas mentionn&#233;s dans la biographie classique de Didier &#201;ribon (Michel Foucault, Flammarion, 1989, 2011) et Bernard Harcourt n'en dit mot dans son &#233;dition de &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; dans la Biblioth&#232;que de la Pl&#233;iade (&#338;uvres, t. 2, Gallimard, 2015). Dans l'histoire comme on la raconte, la gen&#232;se du grand livre sur la prison suit toujours une ligne droite et strictement foucaldienne qui longerait d'un c&#244;t&#233; un champ th&#233;orique (les cours au Coll&#232;ge de France de 1971-1972 &#224; 1973-1974) et de l'autre un champ militant (le GIP), d&#233;veloppement suppos&#233; homog&#232;ne qui ne dit mot d'autres collectifs de recherche, d'autres traditions de pens&#233;e et surtout d'autres interlocuteurs : architectes, &#233;conomistes, sociologues, urbanistes. &#192; l'exception d'un article de Daniel Defert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Defert, &#171; H&#233;t&#233;rotopie : tribulation d'un concept entre Venise, Berlin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et des travaux r&#233;cents de Stuart Elden&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stuart Elden, Foucault's Last Decade, Cambridge, Polity Press, 2016 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, rarement &lt;i&gt;Surveiller et punir&lt;/i&gt; est mis en regard d'une r&#233;flexion sur les villes, les territoires et les &#171; &#233;quipements du capital &#187;. Esp&#233;rons que cette publication rouvre le dossier Foucault-Deleuze-Guattari et suscite de nouvelles recherches, aussi libres et collectives que celles des ann&#233;es libidinales du CERFI. Il ne s'agit pas tant, ici, d'exhumer un in&#233;dit qui aurait les contours d'une perle rare voire d'un &lt;i&gt;unica&lt;/i&gt; &#8211; il n'est assur&#233;ment ni l'un ni l'autre &#8211;, que de susciter un travail collectif autour de quelques mots-cl&#233;s : &#171; espace &#187;, &#171; territoire &#187;, &#171; architecture &#187;, &#171; &#233;quipements &#187;, &#171; institution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;dition en ligne a &#233;t&#233; rendue possible gr&#226;ce au travail m&#233;ticuleux de C&#233;dric Cagnat, Orgest Azizaj, Sandrine Amy et Alain Brossat, pour l'association &#171; Ici et Ailleurs &#187;. Ils ont veill&#233; &#224; rester le plus proche possible du tapuscrit en ne corrigeant que quelques erreurs de ponctuation et d'orthographe &#233;videntes (en particulier sur deux noms propres). Les r&#233;f&#233;rences bibliographiques ont &#233;t&#233; &#224; la fois homog&#233;n&#233;is&#233;es dans leur forme et laiss&#233;es &#224; leur contenu approximatif ou lacunaire. Les soulignages, d'origine incertaine, ne sont en revanche pas repris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous remercions chaleureusement Henri-Paul Fruchaud, neveu de Michel Foucault, d'avoir donn&#233; son accord pour cette publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re mise en ligne : 28 octobre 2018)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La publication de l'in&#233;dit &#8220;Michel Foucault et le CERFI&#8221; a suscit&#233; un long et int&#233;ressant commentaire de Stuart Elden, professeur &#224; l'universit&#233; de Warwick, que nous vous invitons &#224; consulter sur &lt;a href=&#034;https://progressivegeographies.com/2018/11/01/emergence-des-equipment-collectifs-a-previously-unpublished-1974-essay-by-foucault-published-online-with-introduction-by-philippe-chevallier/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;son site&lt;/a&gt;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_429 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/doc151018-15102018131400-0001.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/doc151018-15102018131400-0001.jpg' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;MERGENCE DES EQUIPEMENTS COLLECTIFS&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tat d'avancement des travaux&lt;/strong&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le travail du dernier trimestre a &#233;t&#233; consacr&#233; &#224; l'&#233;tude d'un point qui &#233;tait indiqu&#233; dans le rapport pr&#233;c&#233;dent : les syst&#232;mes documentaires dans un certain nombre d'institutions comme l'&#233;cole, l'arm&#233;e, l'h&#244;pital et ceci, au cours du XVIIe et XVIIIe si&#232;cles. Cet ensemble a &#233;t&#233; choisi pour un certain nombre de raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
1 &#8211; On voit le transfert de grands proc&#233;d&#233;s d'enregistrement fiscal, &#233;conomique et judiciaire &#224; un domaine nouveau, celui des individus et de leur conduite.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 &#8211; On voit se former &#224; travers ces institutions et ces proc&#233;dures un type de pouvoir absolument sp&#233;cifique dont les contr&#244;les politiques ou religieux de l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente n'avaient pas donn&#233; d'exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 &#8211; Se constituent par l&#224; des m&#233;canismes de contr&#244;le fins et d&#233;taill&#233;s qui ont permis la formation et le cumul de tout un savoir sur les individus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de discipline sans une archive t&#233;nue, minutieuse, au ras des corps et des jours, sans des proc&#233;dures documentaires qui permettent d'int&#233;grer des donn&#233;es minuscules, sans des circuits qui les centralisent et les distribuent. Les disciplines qui placent les individus dans un champ de surveillance les situent &#233;galement dans un r&#233;seau d'&#233;criture ; elles les engagent dans toute une &#233;paisseur de documents qui les capte et les fixe. Les institutions disciplinaires ont &#233;t&#233; tr&#232;s t&#244;t des lieux d'enregistrement intense et de cumul documentaires. Comme toute administration, sans doute, comme l'appareil judiciaire ou fiscal, mais avec des probl&#232;mes sp&#233;cifiques et des techniques qui leur appartiennent en propre. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est qu'il s'agit d'&#233;tablir pour chaque individu une identit&#233; caract&#233;ristique, reconnaissable, contraignante, inamovible ; de se donner sur eux singuli&#232;rement mais sur leur multiplicit&#233;, une prise qui soit moins abstraite que des documents fiscaux, des registres de bapt&#234;mes ou des actes judiciaires. Il faut faire entrer les corps, les attitudes, les comportements, les conduites, dans un syst&#232;me de rep&#233;rage et de classement ; probl&#232;me donc de taxinomie ; non point tellement pour faire appara&#238;tre des esp&#232;ces que pour reconna&#238;tre les traits singuliers d'un individu, ce qui le rend &#224; la fois irrempla&#231;able et utilisable. Au lieu de le sp&#233;cifier, comme n'importe quel &#234;tre naturel qu'on a &#224; reconna&#238;tre, l'identifier comme un individu sur lequel on a &#224; exercer un pouvoir. Ce probl&#232;me de l'identification, c'&#233;tait celui de l'arm&#233;e o&#249; il fallait retrouver les d&#233;serteurs, &#233;viter les enr&#244;lements &#224; r&#233;p&#233;titions, corriger les &#233;tats fictifs pr&#233;sent&#233;s par les officiers, conna&#238;tre les services et la valeur de chacun, &#233;tablir avec certitude le bilan des disparus et des morts. C'&#233;tait le probl&#232;me des h&#244;pitaux o&#249; il fallait reconna&#238;tre les malades, chasser les simulateurs, suivre l'&#233;volution des maladies, v&#233;rifier l'efficacit&#233; des m&#233;dicaments, rep&#233;rer les cas analogues et les d&#233;buts d'&#233;pid&#233;mies. &#171; Il &#233;tait impossible qu'un m&#233;decin, de quelque m&#233;moire sup&#233;rieure qu'il soit dou&#233;, administre les tableaux d'un plus grand nombre de malades (2 ou 30), s'il n'a devant les yeux un cahier, une feuille de journal de visite qui lui indique l'&#233;tat de chaque malade et la suite de son traitement [&#8230;] Quelquefois, ce n'est plus le malade qu'il a vu la veille, il est mort, on l'a chang&#233; de lit sans l'en avertir ; souvent le malade n'a point eu ses rem&#232;des, il en a refus&#233;s ou en a pris d'autres que ceux ordonn&#233;s [&#8230;] D'autres fois, les malades trompent le m&#233;decin par ignorance ou par malice ; en plus s'ajoute &#034;la malheureuse pratique&#034; de coucher deux ou plusieurs malades ensemble &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du Laurens, Moyens de rendre les h&#244;pitaux utiles (1787), p. 81-82.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait le probl&#232;me des &#233;tablissements d'enseignement o&#249; on avait &#224; caract&#233;riser l'aptitude de chacun, situer son niveau et ses capacit&#233;s, indiquer l'utilisation &#233;ventuelle qu'on peut en faire : le &#171; registre sert, pour y avoir recours en temps et lieu, pour conna&#238;tre les m&#339;urs des enfants, leur avancement dans la pi&#233;t&#233;, au cat&#233;chisme, aux lettres selon le temps de l'&#201;cole, leur esprit et jugement qu'il trouvera marqu&#233; depuis sa r&#233;ception. Item, il servira pour reconna&#238;tre les causes tant de la sortie de ceux qui auront &#233;t&#233; chass&#233;s pour leur indocilit&#233; et mauvais exemple que de ceux qui seront sortis ou pour aller demeurer ailleurs, ou pour quitter cette &#233;cole sans raison, ni sans dire adieu pour aller &#224; une autre. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M.I.D.B., Instruction m&#233;thodique pour l'&#233;cole paroissiale (1669), p. 64.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Bref, il fallait &#233;tablir une &#233;criture r&#233;glementaire, toute une documentation individualisante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, commence &#224; s'&#233;laborer un code physique, celui du &#171; signalement &#187;. Apr&#232;s les grandes lev&#233;es d'hommes rendues n&#233;cessaires par la guerre de Trente ans, on a exig&#233; que chaque compagnie porte sur ses r&#244;les le nom, le surnom, le lieu de naissance et les marques particuli&#232;res de chaque soldat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Corvisier.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au XVIIIe si&#232;cle, cette notation des &#171; marques &#187; commence &#224; devenir un signalement canonique selon la taille, la corpulence, la forme du visage, la couleur des cheveux et un peu plus tard semble-t-il, celle des yeux. Description tr&#232;s sch&#233;matique, mais qui est importante par la grille g&#233;n&#233;rale qu'elle substitue aux descriptions &#171; impressionnistes &#187; qu'on trouve facilement &#224; la m&#234;me &#233;poque dans les archives judiciaires ; une certaine perception, canonique et administrative, du corps est en train de se d&#233;velopper, qui servira, par la suite, de base de d&#233;part &#224; l'anthropologie physique du XIXe si&#232;cle. Se forme &#233;galement le &#171; code des sympt&#244;mes &#187; : lorsque la pratique hospitali&#232;re a amen&#233; la rotation des m&#233;decins au lit des malades, lorsqu'elle a rendu possible, et souhaitable, la comparaison des cas de salle &#224; salle, d'h&#244;pital en h&#244;pital, et finalement dans la seconde moiti&#233; du si&#232;cle, de r&#233;gions &#224; r&#233;gions, il a bien fallu trouver un syst&#232;me pour quadriller r&#233;guli&#232;rement les ph&#233;nom&#232;nes pathologiques : la communication, le cumul et la confrontation des exp&#233;riences en d&#233;pendaient. De l&#224;, trois processus qui ont marqu&#233; l'&#233;volution du discours m&#233;dical au XVIIIe si&#232;cle : l'habitude de plus en plus marqu&#233;e de constituer des observations &#233;crites, et surtout &#233;crites au jour le jour ; une pratique de la description pr&#233;cise, proche des ph&#233;nom&#232;nes visibles, de moins en moins engag&#233;s dans la th&#233;orie explicative, de plus en plus vou&#233;e &#224; l'analyse perceptive finale ; enfin, une homog&#233;n&#233;isation du vocabulaire, permettant de quadriller et de g&#233;n&#233;raliser ces contenus de perceptions. L'approximation croissante du regard m&#233;dical, l'importance &#224; rapporter, pour une part au moins, &#224; cette n&#233;cessit&#233; du codage et &#224; la discipline qui la portait avec soi. &lt;br class='autobr' /&gt;
De l&#224;, deux traits en apparence contradictoires de la m&#233;decine dans la seconde moiti&#233; du XVIIe si&#232;cle : d'une part, affirmation de la valeur scientifique d'un empirisme radical qui n'aurait pour texte que des relev&#233;s d'observation, recours donc &#224; une rigoureuse modestie clinique, et d'autre part, recours fr&#233;quent au mod&#232;le botanique pour classer les maladies, des esp&#232;ces &#224; la fois stables, naturelles, reconnaissables &#224; un certain nombre de traits canoniques qu'on peut d&#233;chiffrer parmi leurs sympt&#244;mes, comme les caract&#232;res linn&#233;ens des plantes ; ce recours au mod&#232;le botanique pour le diagnostic des maladies ne r&#233;pond pas au seul souci de ma&#238;triser conceptuellement les d&#233;sordres morbides de la nature ; c'&#233;tait aussi l'&#233;mergence d'une m&#233;decine en voie de se constituer un syst&#232;me documentaire que l'h&#244;pital aurait rendu &#224; la fois possible et indispensable : trouver un langage commun, normaliser la perception du corps, constituer un champ collectif d'exp&#233;rience. L'image de la maladie plante &#233;tait peut-&#234;tre un principe de pseudo intelligibilit&#233; ; c'&#233;tait aussi une prescription pour un langage.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un &#171; code &#187; des performances ou des capacit&#233;s s'est &#233;labor&#233; dans l'enseignement des coll&#232;ges et des &#233;coles techniques. Au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle, dans un coll&#232;ge comme celui de La Fl&#232;che, les professeurs portaient sur chaque &#233;l&#232;ve une appr&#233;ciation qualitative simple (bon, mauvais, m&#233;diocre), selon quelques rubriques (ing&#233;nium, fr&#233;quentia, mores, eruditio), et ces appr&#233;ciations, confidentielles, ne pouvaient &#234;tre connues que des seuls ma&#238;tres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Rochemonteix.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : on est encore dans un rapport p&#233;dagogique ferm&#233; sur lui-m&#234;me. Quatre ou cinq axes principaux de transformation au cours du XVIIIe si&#232;cle : efforts pour instaurer des cat&#233;gories g&#233;n&#233;rales permettant de caract&#233;riser l'ensemble d'une population scolaire (les &#233;l&#232;ves des 12 &#233;coles militaires devraient tous &#234;tre class&#233;s selon 4 rubriques : aptitudes et dispositions ; aptitudes sans disposition ; disposition sans aptitude, enfin ni aptitude ni disposition) ; tentative pour quantifier la valeur des &#233;l&#232;ves (&#224; l'&#233;cole des Ponts et Chauss&#233;es, le r&#232;glement de 1775 &#233;tablit un syst&#232;me de degr&#233;s : chaque &#233;l&#232;ve en re&#231;oit un nombre proportionnel au niveau de ses &#233;tudes ant&#233;rieures, ses performances dans les diff&#233;rentes mati&#232;res enseign&#233;es, au travail pratique qu'il a fait sur les chantiers, &#224; son assiduit&#233; g&#233;n&#233;rale)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'enseignement des sciences au XVIIIe si&#232;cle, p. 360-362.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; importance croissante accord&#233;e au classement ordinal des &#233;l&#232;ves les uns par rapport aux autres, comme m&#233;thode pour qualifier chacun ; articulation de ces proc&#233;dures de classement sur des &#233;preuves r&#233;guli&#232;res, communes, canoniques, qui donnent un caract&#232;re public et administratif &#224; la qualification ainsi obtenue : &#224; l'&#201;cole des Ponts et Chauss&#233;es, il existe &#224; partir de 1775, 16 concours par an, 3 de math&#233;matiques, 3 d'architecture, une de coupe de pierre, 3 de dessin, 1 de style, 2 d'&#233;criture, une de lev&#233; de plan, un de nivellement et un de toise des b&#226;timents. Et c'est d'apr&#232;s le rang obtenu &#224; ces concours que les &#233;l&#232;ves &#233;taient admis &#224; passer dans la classe sup&#233;rieure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la m&#234;me fa&#231;on, il avait &#233;t&#233; pr&#233;vu que l'entr&#233;e &#224; l'&#201;cole militaire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; codage des conduites &#187; est rest&#233;, pour les cat&#233;gories qu'il met en jeu, assez rudimentaire. Mais les proc&#233;dures utilis&#233;es, les m&#233;thodes d'homog&#233;n&#233;isation des donn&#233;es deviennent plus strictes. En 1669, Batincour recommande que les enfants charg&#233;s de visiter les familles des &#233;l&#232;ves absents ou trop indisciplin&#233;s posent aux parents une s&#233;rie de questions : s'il est ob&#233;issant, s'il querelle ses fr&#232;res et s&#339;urs, s'il sort sans demander cong&#233;, s'il est gourmand ou menteur, et avant tout &#171; s'il prie dieu, soir et matin, tr&#232;s d&#233;votement &#187;. Au d&#233;but du XVIIIe si&#232;cle, Demia propose de donner &#224; chaque visiteur un catalogue, divis&#233; en colonnes et en lignes : &#224; chaque ligne, le nom de l'&#233;l&#232;ve visit&#233;, et chaque colonne correspondant &#224; une question pr&#233;cise (1&#176; si l'enfant prie Dieu ; 2&#176; s'il s'est absent&#233; de l'&#233;cole par sa faute ; 3&#176; s'il est ob&#233;issant ; 4&#176; Paresseux ; 5&#176; Gourmand ; 6&#176; Libertin ; 7&#176; Jureur ; 8&#176; Menteur ; 9&#176; m&#233;chant avec ses fr&#232;res et s&#339;urs ; 10&#176; &#171; s'il fr&#233;quente de m&#233;chantes compagnies surtout d'un sexe diff&#233;rent &#187; ; 11&#176; &#171; s'il dit des paroles sales &#187;). Il suffira alors au visiteur de marquer d'un trait ou d'un point les r&#233;ponses positives ou n&#233;gatives qu'il aura obtenues&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;cf. Demia, R&#232;glements pour les &#233;coles de la ville de Lyon (1716), p. 39-40.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Formalisation embryonnaire &#224; partir de cat&#233;gories traditionnelles, uniformisation de vieilles pratiques, r&#233;gularisation administrative de certaines formes de contr&#244;le et de qualification ; il est vrai que tout ce &#171; codage &#187; ne porte pas avec soi des nouveaut&#233;s bien imm&#233;diates. Et pourtant un processus important s'y dessine : le corps, les aptitudes, les capacit&#233;s, les conduites individuelles commencent &#224; entrer dans les proc&#233;dures scripturales r&#233;gl&#233;es qui sont tout ensemble des formes de documentation et des instruments de pouvoir. Pour que ce codage assure une prise sur les individus qui soit permanente, il faut toute une technique de transcription, de centralisation, de circulation et de diffusion des documents. Dans la pratique judiciaire, la marque &#233;tait une sorte d'&#233;criture somatique, de prise directe sur l'individu par le moyen d'une empreinte corporelle ; par elle, le souverain frappait un individu de son signe, et se donnait le moyen de le reconna&#238;tre. La discipline fabrique des instruments de contr&#244;le beaucoup plus subtils. On peut dire qu'avec elle, quoique de mani&#232;re tr&#232;s fruste commence la technique du &#171; dossier &#187; individuel. Non plus le dossier d'une &#171; affaire &#187;, d'une transaction ou d'un crime, mais celui de l'individu lui-m&#234;me. Cet &#233;l&#233;ment mobile, retransmis, r&#233;percut&#233;, r&#233;sum&#233;, constitue comme la version administrative de la marque, une version subtile, maniable, d'une utilit&#233; beaucoup plus grande, puisque tout en gardant sa r&#233;f&#233;rence pr&#233;cise &#224; un individu singulier, elle s'en d&#233;tache et qu'elle est mise &#224; la disposition des instances qui contr&#244;lent. D'un corps r&#233;el, toujours susceptible de fuir, de dispara&#238;tre, de se cacher, de repara&#238;tre, de changer d'identit&#233;, la pratique documentaire tire une ombre sch&#233;matique et contraignante : y sont marqu&#233;s les traits utiles d'un individu, de mani&#232;re qu'ils puissent servir &#224; la fois de r&#232;gles d'emploi possible, de sch&#233;mas pour un rep&#233;rage, d'&#233;l&#233;ments int&#233;grables &#224; des donn&#233;es futures ou plus g&#233;n&#233;rales. Form&#233;e &#224; partir de l'individu, mais d&#233;tach&#233;e de lui, circulant autour de lui, l'investissant d'en haut, une certaine &#171; identit&#233; documentaire &#187; se constitue : elle se donne comme description de l'individu, mais elle fonctionne aussi comme instrument pour le contr&#244;ler et l'utiliser, et comme prescription &#224; laquelle il ne doit pas &#233;chapper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce support qui est &#224; la fois d'observation et de pouvoir, se d&#233;finit ce qu'est un individu, non pas son statut ou sa naissance mais ce qu'il vaut, ce qu'on peut en tirer, comment il se classe par rapport aux autres. Le dossier, c'est le support d'une identit&#233; disciplinaire qui est pr&#233;lev&#233;e sur l'individu, qui lui est impos&#233;e en retour comme une vente (description et qualification) et qui sert de r&#232;gle pour son utilisation &#233;ventuelle. Le Conseil de l'&#201;cole Militaire tenait, puisqu'il s'agissait de &#171; former au Roi des sujets capables de le servir utilement &#187;, &#224; ce que les &#233;l&#232;ves aient tous un dossier ouvert en permanence pour permettre une &#171; connaissance exacte et d&#233;taill&#233;e des bonnes et mauvaises qualit&#233;s personnelles de chacun d'eux &#187; : il a donc &#233;t&#233; enjoint aux capitaines et lieutenants de chaque compagnie de former de concert un &#233;tat des &#233;l&#232;ves de leur compagnie dans lequel ils d&#233;tailleront leur jugement ou observation sur chacun d'eux et la classe dans laquelle ils jugent qu'ils doivent &#234;tre plac&#233;s, doivent en former un aussi les professeurs adjoints et ma&#238;tres, pour les &#233;l&#232;ves de leur classe relativement &#224; leur application et &#224; leur progr&#232;s ; les officiers de l'&#201;cole Militaire en dresseront un &#233;galement pour les exercices militaires et autres t&#226;ches confi&#233;es &#224; leurs soins. Tous ces &#233;tats devant &#234;tre r&#233;unis au d&#233;but de chaque mois pour qu'on puisse notifier &#224; partir de l&#224; le classement des &#233;l&#232;ves. Cette documentation individualisante suppose, non seulement pour &#234;tre &#233;tablie mais pour fonctionner dans l'institution disciplinaire, tout un syst&#232;me mat&#233;riel d'enregistrement, de transcriptions, de circulation de pi&#232;ces, de constitutions d'une archive globale, tout un m&#233;canisme de centralisation et de totalisation de ce savoir avec ses effets sp&#233;cifiques de contr&#244;le. L'identit&#233; que d&#233;terminent les appareils disciplinaires est contraignante dans la mesure o&#249; elle se forme et se fixe dans des processus de centralisation. Une &#233;tude d&#233;taill&#233;e des techniques des &#233;critures disciplinaires demande sans doute l'analyse de divers proc&#233;d&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celle d'abord de &#171; documents d'accompagnement &#187; qui sont li&#233;s &#224; l'individu et constituent les indicateurs de son identit&#233; : ainsi, ce &#171; petit morceau de papier &#187; sur lequel traditionnellement on marquait dans les h&#244;pitaux le nom et le surnom des malades, et qu'on leur attachait au bras avec &#171; un morceau de ficelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moire ins&#233;r&#233; dans la D&#233;lib&#233;ration du Bureau de l'H&#244;tel-Dieu de Paris&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (1620). ; ainsi les feuilles d'identification fix&#233;es au lit des malades, ou encore ce syst&#232;me des deux cartes qui est de r&#232;gle &#224; l'hospice Saint Sulpice : &#171; la premi&#232;re portant son nom, la deuxi&#232;me indiquant le jour de son entr&#233;e ; une de ces cartes est attach&#233;e au pied du lit du malade, l'autre est attach&#233;e &#224; ses habits, et quand la maladie est termin&#233;e par la gu&#233;rison ou par la mort, ces deux cartes sont distribu&#233;es l'une &#224; la sup&#233;rieure, l'autre au m&#233;decin qui ach&#232;vent sur leur registre la notice relative &#224; ce malade en constatant sa gu&#233;rison ou sa mort &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journal de m&#233;decine, de chirurgie et de pharmacie (1785).&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait citer &#233;galement l'exemple de ces &#171; cong&#233;s &#187; ou de ces &#171; cartouches &#187; que certains ouvriers devaient, comme les soldats, porter avec eux dans leurs d&#233;placements et qui se g&#233;n&#233;ralisent &#224; la fin du si&#232;cle sous la forme du &#171; livret &#187; obligatoire : tous les ouvriers doivent l'avoir sur eux jusqu'au moment de l'embauche o&#249; ils le d&#233;posent entre les mains du ma&#238;tre et pour t&#233;moigner de leurs emplois ant&#233;rieurs, de leurs d&#233;placements et souvent de l'opinion de leurs employeurs pr&#233;c&#233;dents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est au XIXe si&#232;cle qu'il fut interdit aux ma&#238;tres de porter sur le livret (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi le corps a son double &#233;crit qui le suit comme son ombre ; il a l&#224; au poignet, &#224; son lit ou dans son v&#234;tement ce petit &#233;l&#233;ment documentaire, qui joue le r&#244;le d'indicateur individuel ; c'est par lui que ce corps, mort ou vif, d&#233;tach&#233; un instant d'une multiplicit&#233; confuse, devient, pour tout contr&#244;le possible, individualisable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait aussi &#233;tudier les modes de retranscription et de circulation des documents. Chaque constitution disciplinaire a son type de r&#233;seaux, ses voies de communication, et une distribution particuli&#232;re des points o&#249; se cumule le savoir pour se diffuser &#224; nouveau comme information ou d&#233;cision. Dans des institutions aussi restreintes que les &#233;coles &#233;l&#233;mentaires, ce r&#233;seau est relativement simple et bref : il enserre les individus au niveau de leur comportement le plus quotidien : les &#233;l&#232;ves qui sont absents, qui ne savent pas leurs le&#231;ons ou qui se montrent immodestes sont aussit&#244;t &#171; not&#233;s &#187; ou &#171; marqu&#233;s &#187; sur le catalogue de bons ou mauvais points. Ces catalogues sont soumis au ma&#238;tre qui &#224; partir d'eux tient &#224; jour une s&#233;rie de registres ; dans la r&#233;union du bureau des &#233;coles, il aura &#224; donner un catalogue ou m&#233;moire, 1&#176; des &#233;coliers qui auront &#233;t&#233; plus sages et qui auront plus profit&#233; depuis le pr&#233;c&#233;dent bureau, des plus pauvres ; 2&#176; de ceux qui auront &#233;t&#233; absents fr&#233;quemment sans permission, et surtout au jour du cat&#233;chisme ; 3&#176; de ceux qui ayant &#233;t&#233; suffisamment instruits peuvent &#234;tre cong&#233;di&#233;s ; 4&#176; de ceux qui ayant fait quelque faute notable m&#233;ritent d'&#234;tre corrig&#233;s en plein bureau. Enfin, le ma&#238;tre &#171; remettra au secr&#233;taire son registre de noms, surnoms, &#226;ge, profession des nouveaux venus depuis le dernier bureau &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Demia.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Dans les &#233;coles techniques et surtout dans les institutions militaires, les circuits documentaires sont beaucoup plus longs, puisqu'il s'agit de mesurer &#224; l'&#233;chelle de la nation les effets de ce nouveau type de formation, de v&#233;rifier le bon usage des mentions qui ont &#233;t&#233; attribu&#233;es, et de d&#233;cider, pour chaque &#233;l&#232;ve, de l'affectation la meilleure. Lorsqu'on cr&#233;e douze &#233;coles militaires en province, on nomme un inspecteur qui doit circuler entre chacune d'elles ; il a pour t&#226;che de r&#233;diger pour les soumettre au ministre, des livrets sur tous les &#233;tablissements visit&#233;s, d'en d&#233;crire le fonctionnement et d'en juger la tenue. Il doit aussi faire des rapports sur chaque &#233;l&#232;ve en particulier, indiquer sa valeur pour les diff&#233;rentes mati&#232;res &#233;tudi&#233;es (&#171; objets classiques &#187;, math&#233;matiques, langues vivantes, &#233;critures, exercices militaires), d&#233;finir sa conduite et son caract&#232;re ; enfin, il doit suivre la carri&#232;re des pensionnaires sortis de l'&#233;cole, indiquer leurs emplois, dans quels corps ils ont &#233;t&#233; recrut&#233;s et s'ils sont encore au service du Roi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C. De Monbey, Les Institutions d'&#233;ducation militaire.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout autour des individus, les dispositifs disciplinaires tissent une trame d'&#233;criture de plus en plus &#233;paisse et &#233;tendue : elle permet &#224; la fois l'exercice d'un pouvoir qui est inform&#233; en permanence jusqu'au grain t&#233;nu des existences et des conduites et la formation d'un savoir r&#233;gl&#233;, cod&#233;, qui a sur les individus des effets imm&#233;diats de contrainte.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; quoi s'ajoutent les moyens pour int&#233;grer ces donn&#233;es individuelles dans des figures d'ensemble. Les institutions disciplinaires ont d&#233;velopp&#233; une s&#233;rie de proc&#233;d&#233;s qui ont pour fonction de constituer des champs de comparaison et appr&#233;ciation diff&#233;rentielles, tout en maintenant les singularit&#233;s identifiables, et de produire l'apparition des effets globaux, des ph&#233;nom&#232;nes de groupes et de populations. L'archive disciplinaire est &#224; la fois centralisatrice et totalisante, sur un mode et avec des techniques qui sont sans aucun doute modul&#233;es sur celle des grandes administrations, mais qui sont d&#233;plac&#233;es et transform&#233;es pour pouvoir s'ajuster au contr&#244;le fin des individus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Exemple : les grands registres collectifs de notation, utilis&#233;s par les Fr&#232;res des &#201;coles Chr&#233;tiennes. Il regroupe l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur tous les enfants inscrits ; sous le nom de chaque &#233;l&#232;ve sont port&#233;s la date de son entr&#233;e, et son niveau &#224; cette p&#233;riode, ceci afin de &#171; voir plus facilement depuis quel temps il fr&#233;quente l'&#233;cole et quels progr&#232;s il a fait &#187; ; ensuite pour chaque mati&#232;re enseign&#233;e, un chiffre marque le stade atteint &#224; la rentr&#233;e scolaire de l'ann&#233;e en cours, puis le niveau auquel successivement il s'est situ&#233; chaque mois, les bonnes et mauvaises notes obtenues aux compositions g&#233;n&#233;rales ; une colonne enfin est r&#233;serv&#233;e aux observations particuli&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-B. de La Salle, Conduite des &#233;coles Chr&#233;tiennes (&#233;d. 1728), p. 147-149.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De sorte qu'il est possible, &#224; l'examen de ce grand registre, de saisir &#224; la fois le niveau actuel d'un individu, son &#233;volution r&#233;cente, le rythme de ses progr&#232;s depuis le d&#233;but de sa scolarisation, le niveau g&#233;n&#233;ral des &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole, la vitesse moyenne des acquisitions, donc l'efficacit&#233; de la p&#233;dagogie de chaque ma&#238;tre, la qualit&#233; d'une &#233;cole compar&#233;e &#224; celle des autres. Et parmi les enfants, les cas exceptionnels de retard ou de rapidit&#233; : c'est &#224; travers des proc&#233;d&#233;s de ce genre qu'ont pu se constituer des contr&#244;les globaux de la population scolaire, une &#233;laboration concert&#233;e des m&#233;thodes p&#233;dagogiques, le rep&#233;rage des ph&#233;nom&#232;nes moyens ou d&#233;viants, et des sch&#233;mas de scolarisation d'autant plus contraignants qu'ils se justifieront par la connaissance de l'&#233;volution &#171; naturelle &#187; ou &#171; normale &#187; de l'enfant. La grande fabrication d'archives &#224; laquelle ont donn&#233; lieu les dispositifs disciplinaires a permis aussi bien l'observation des traits d'individualit&#233; que l'analyse de variables collectives. Se dessine un champ d'objets d&#233;finis par la double polarit&#233; individus-population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette histoire de la documentation disciplinaire, les h&#244;pitaux, &#224; coup s&#251;r, occupent une place privil&#233;gi&#233;e. De la fin du XVIIe si&#232;cle au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, s'est op&#233;r&#233; un immense bouleversement de la documentation m&#233;dicale : pour l'essentiel, il a tourn&#233; autour de la formation d'une archive hospitali&#232;re qui &#233;tait en m&#234;me temps de l'ordre du contr&#244;le administratif et de l'ordre du d&#233;chiffrement pathologique. En une centaine d'ann&#233;es, une &#233;criture m&#233;dicale est constitu&#233;e, dot&#233;e de supports nombreux mais coordonn&#233;e ; elle a quadrill&#233; selon des grilles entrecrois&#233;es les observations et les pratiques ; elle a constitu&#233; pour l'investissement scientifique, &#233;conomique, politique, de la maladie, un code nouveau qui fixe, au tournant du XVIIIe si&#232;cle, une des conditions de possibilit&#233; de la nouvelle m&#233;decine, celle de Bichat et des cliniciens. &#192; la veille de la R&#233;volution, l'&#233;quipement et la r&#232;glementation scripturaires d'un h&#244;pital comportait en moyenne les &#233;l&#233;ments suivants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple les r&#232;glements de l'h&#244;pital g&#233;n&#233;ral et du grand H&#244;tel Dieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s qu'un malade est admis, apr&#232;s une premi&#232;re visite par le chirurgien de garde, on l'inscrit sur le journal d'entr&#233;e, et on lui met autour du poignet un billet contenant la date de l'entr&#233;e, le num&#233;ro, le nom et le surnom du patient ; on lui donne aussi un autre billet, sign&#233; du chirurgien et qu'il doit pr&#233;senter &#224; l'infirmerie, o&#249; il est aussit&#244;t conduit. De l'infirmerie, ce bulletin est envoy&#233; le lendemain au service de la porte pour qu'on v&#233;rifie s'il est bien conforme au journal des entr&#233;es de la veille. Tous les jours, le service doit communiquer au contr&#244;leur &#233;conomique &#171; le mouvement exact de tous les individus existants dans la maison &#187; ; tous les jours aussi un aum&#244;nier prend la liste des entrants &#171; pour [la] recopier sur un journal tenu dans la sacristie &#187;. Dans chacune des salles, il y a deux cahiers, tous deux destin&#233;s &#171; &#224; inscrire les m&#233;dicaments, les pansements et les r&#233;gimes prescrits aux malades &#187; ; l'un des deux est tenu par l'&#233;l&#232;ve-chirurgien qui doit prendre en note les d&#233;cisions du m&#233;decin ; l'autre est la transcription du premier ; il contient toutes les prescriptions ant&#233;rieures et il est pendant la visite entre les mains du m&#233;decin, qui peut ainsi suivre l'&#233;volution de la maladie et de la cure. Ces cahiers ont six colonnes : dans la premi&#232;re, le num&#233;ro du lit ; dans la seconde, le nom du malade ; puis les rem&#232;des ordonn&#233;s ; les aliments du matin et du soir ; enfin les saign&#233;es, les pansements et les applications externes, les renvois des malades, les changements de salles et les morts. Le m&#233;decin signe ses cahiers &#224; la fin de chaque visite. Mais au cours de ces m&#234;mes visites, deux autres documents sont encore &#233;tablis : l'infirmier ou l'infirmi&#232;re en chef note sur un carton le r&#233;gime prescrit pour chaque malade et le place &#224; la t&#234;te du lit ; un &#233;l&#232;ve-apothicaire ou une s&#339;ur de la pharmacie &#233;crit sur un cahier les indications concernant les m&#233;dicaments ordonn&#233;s ; &#224; la fin de la visite, ce cahier est confront&#233; avec celui tenu par le chirurgien &#171; &#224; l'effet d'&#233;viter des erreurs &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la visite, l'&#233;l&#232;ve-chirurgien porte successivement &#171; dans chaque infirmerie de son d&#233;partement, le relev&#233; des d&#233;cisions d'aliments prescrits, et formera la demande des uns et des autres s&#233;par&#233;ment par des bulletins de lui sign&#233;s &#187; ; il porte aussi le relev&#233; &#171; des saign&#233;es et autres applications qui auront &#233;t&#233; ordonn&#233;es dans chaque salle, pour les prises en temps indiqu&#233;s &#187;. Voil&#224; pour ce qui constitue l'&#233;criture imm&#233;diate de la m&#233;decine hospitali&#232;re, la documentation qui s'&#233;tablit au jour le jour au plus pr&#232;s du malade et des soins qu'on lui donne. Mais il y a aussi les proc&#233;d&#233;s d'int&#233;gration de ces donn&#233;es premi&#232;res, tout un syst&#232;me d'enregistrement qui permet les quantifications et les comparaisons. Tous les mois, les m&#233;decins doivent se &#171; r&#233;unir pour confronter leurs exp&#233;riences, rapporter les faits essentiels de leur service au cours des semaines &#233;coul&#233;es &#187;, et &#171; r&#233;diger par &#233;crit leurs observations qui seront remises au bureau de l'Assembl&#233;e &#187;. Pour pouvoir cumuler les donn&#233;es particuli&#232;res &#224; chaque h&#244;pital, mesurer les ph&#233;nom&#232;nes pathologiques d'une population, assurer une surveillance m&#233;dicale d'ensemble, le Conseil des hospices de Paris, en 1801, imposa l'usage de huit types de documents dont il donna le proc&#233;d&#233; pr&#233;cis : registres int&#233;rieurs des salles, registres du bureau d'entr&#233;e, feuilles &#224; adresser chaque semaine au bureau central des h&#244;pitaux, feuilles des malades sortis, feuilles des malades d&#233;c&#233;d&#233;s, registres des admissions faites par le bureau central d'admission, registres tenus par le bureau central de chaque h&#244;pital, registre indiquant le mouvement de population des h&#244;pitaux et hospices civils de Paris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[R&#233;f&#233;rence absente.]&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'h&#244;pital disciplin&#233;, l'h&#244;pital qui n'est plus un &#171; mouroir &#187; mais un appareil &#224; observer, &#224; compter, &#224; mesurer, &#224; gu&#233;rir, &#224; exp&#233;rimenter, &#224; enseigner aussi, produit sans cesse, tout au long de son activit&#233; un immense tissu documentaire qui fait corps avec son fonctionnement quotidien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la pratique m&#233;dicale [se] retrouve dans une vaste proc&#233;dure d'enregistrement, qui porte la constitution dans le savoir m&#233;dical de deux p&#244;les documentaires, l'un clinique et rigoureusement individuel, l'autre collectif, et qui fait appara&#238;tre des ph&#233;nom&#232;nes contr&#244;lables au niveau des populations ; une m&#233;decine clinique et une pathologie statistique deviennent en m&#234;me temps possibles &#224; partir de ces proc&#233;d&#233;s scripturaires. Du fait m&#234;me, se dessine une grande inversion du rapport entre &#233;criture et savoir semblable &#224; la &#171; d&#233;textualisation &#187; qui avait d&#233;j&#224; accompagn&#233; la fondation des sciences de la nature ; l'&#233;criture-texte qu'il faut conna&#238;tre, citer, commenter, l'&#233;criture-&#339;uvre du ma&#238;tre qui d&#233;tient le savoir est sinon remplac&#233;e du moins largement relay&#233;e par l'&#233;criture-notation, l'&#233;criture-enregistrement qui permet la formation, le cumul et la v&#233;rification incessante du savoir. Bient&#244;t l'h&#244;pital, grand appareil documentaire va constituer le soubassement technique pour la refonte scientifique de la m&#233;decine. Et ce changement, dans l'ordre de la connaissance, il &#233;tait pressenti d&#233;j&#224;, par des m&#233;decins qui n'&#233;taient point capable d'en pr&#233;voir l'ampleur scientifique mais qui d&#233;chiffraient la possibilit&#233; dans la r&#233;organisation administrative de l'h&#244;pital et dans l'am&#233;nagement de ces techniques documentaires. &#201;coutons du Laurens en 1765 vanter un certain syst&#232;me de &#171; feuilles &#187; qu'il avait invent&#233; : &#171; c'est dans la vive douleur que je ressens de voir p&#233;rir tant de gens utiles qu'il serait ais&#233; de gu&#233;rir et sur la consid&#233;ration de l'inutilit&#233; de tous mes efforts pour le bien que j'ai enfin con&#231;u l'heureux projet de mes feuilles [&#8230;] Je puis vous assurer qu'il n'y a que ce moyen de rendre les h&#244;pitaux utiles, d'y porter le plus ordre et la plus grande exactitude. Le m&#233;decin rend &#224; la v&#233;rit&#233; compte de sa conduite, mais que craint-il d&#232;s qu'il a les lumi&#232;res qu'on a droit d'exiger de lui ? On ne le suppose point infaillible [&#8230;] N'est-il pas d'ailleurs amplement d&#233;dommag&#233; par la satisfaction qu'il ressent de s'assurer mieux de l'&#233;tat de ses malades, en se rendant leurs d&#233;clarations toujours pr&#233;sentes, en se procurant un moyen de justification contre des ennemis ou des ignorants, en s'&#233;clairant sur son art, en &#233;clairant les autres ? N'a-t-il pas le plaisir flatteur de servir dans un coin du monde toute l'humanit&#233; enti&#232;re, de donner des le&#231;ons utiles, d'en recevoir, de porter la m&#233;decine &#224; la plus grande perfection possible ? Par la comparaison des journaux &#224; laquelle il concourt par ces feuilles, les h&#244;pitaux remplaceront ces temples si sacr&#233;s de l'antiquit&#233;, et les m&#233;decins comme les ministres des Dieux en renouvelleront les oracles. J'entrevois toute la r&#233;pugnance que quelques m&#233;decins qui m&#233;ritent peu ce titre apporteront &#224; cet &#233;tablissement ; accoutum&#233;s &#224; jouir d'une r&#233;putation plus souvent subjugu&#233;e que m&#233;rit&#233;e, &#224; entendre d&#233;corer leurs routines du beau nom d'exp&#233;rience, &#224; voir m&#234;me leurs usages erron&#233;s fix&#233;s par l'habitude, ils craindront que ces feuilles, en faisant tomber le masque, ne montrent que l'homme et dissipent le m&#233;decin ; mais le bien g&#233;n&#233;ral, le droit de l'humanit&#233;, ceux de la science&#8230; ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de du Laurens &#224; Poissonnier, 5 novembre 1765 ; cf. du Laurens, Moyens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faudrait peut-&#234;tre rapprocher deux processus qui sont, en gros, contemporains et apparemment inverses : une alphab&#233;tisation qui, au XVIIIe si&#232;cle, multiplie le nombre de ceux qui sont capable d'&#233;crire, et la formation de dispositifs qui prennent les individus dans des proc&#233;dures incessantes d'enregistrement. On enseigne &#224; &#233;crire, mais on investit par l'&#233;criture. On fabrique &#224; l'&#233;cole des sujets susceptibles de ma&#238;triser une pratique ; et on utilise cette pratique pour organiser des syst&#232;mes de soumission. Double r&#244;le, donc, de cette extension de l'&#233;criture : croissance des capacit&#233;s d'un c&#244;t&#233;, alourdissement des contr&#244;les de l'autre. Entre ces deux processus pourtant, il n'y a pas de relations inverses, mais lien et appui : la multiplicit&#233; des instances de contr&#244;le accentue le besoin, d&#233;j&#224; grand par ailleurs, en individus alphab&#233;tis&#233;s. Et inversement le clivage introduit par la scolarisation est largement utilis&#233; dans toutes les institutions de disciplines : du moment qu'on sait &#233;crire, on peut &#234;tre autoris&#233; &#224; surveiller, &#224; appr&#233;cier, &#224; noter, &#224; donner des ordres ; le maniement de l'&#233;criture qualifie ; il marque un seuil hi&#233;rarchique. Tr&#232;s t&#244;t, on avait demand&#233; que les bas officiers de l'Arm&#233;e soient toujours choisis parmi les soldats qui savaient &#233;crire, pouvaient tenir les registres et faire de brefs rapports&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Praissac, dans les Discours Militaires insiste d&#233;j&#224; sur le fait que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les premi&#232;res esquisses d'enseignement mutuel qu'on trouve chez Batancour ou Demia articulent l'aptitude &#224; &#233;crire et l'exercice d'un pouvoir subordonn&#233; : ceux qui sont capables de tenir ces cahiers, et de porter des notes sur la conduite des autres, re&#231;oivent, de ce fait, le droit de les contr&#244;ler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[R&#233;f&#233;rence manquante.]&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas s&#251;r qu'aux ateliers de charit&#233; des ann&#233;es 1789-90 o&#249; l'&#233;criture se voit requise des moindres surveillants, l'&#233;criture hi&#233;rarchise et confie du pouvoir. Mais, &#224; cela, s'ajoute tout ce r&#233;seau documentaire qui, parti de la base, converge en se centralisant, vers les r&#233;gions les plus hautes de la pyramide hi&#233;rarchique ; les techniques d'enregistrement et de transcriptions r&#233;servent le savoir &#224; ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir ; elles permettent un pr&#233;l&#232;vement du savoir sur les individus soumis, qui deviennent objets, champs d'analyse, &#233;l&#233;ments &#224; observer, &#224; d&#233;crire, &#224; coder dans un syst&#232;me d'information ; et elles permettent d'autre part un perp&#233;tuel renforcement du pouvoir puisque, cumulant autour de soi les archives utiles, les ministres qui d&#233;cident peuvent alors faire fonctionner les individus disciplin&#233;s comme des automates : la perfection de leur ob&#233;issance, les mesures du savoir qui se constitue sur eux et au-dessus d'eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le disait Schauenbourg : &#171; les chefs de bataillon se persuaderont que le soldat ne peut man&#339;uvrer que s'il est conduit, attendu qu'il est [&#8230;] enti&#232;rement livr&#233; aux connaissances et &#224; l'activit&#233; des officiers qui le commandent. &#187; L'objectivation des uns par ces proc&#233;dures documentaires fait fonctionner le pouvoir des autres ; ou inversement, le &#171; plus-de-savoir &#187; que d&#233;tiennent ceux-ci et qui les qualifie, garantit l'assujettissement des premiers. L'&#233;criture disciplinaire joue ce r&#244;le d'&#233;changeur ; elle est, dans les dissym&#233;tries qu'elle introduit, au principe d'un processus entrecrois&#233; d'objectivation et d'assujettissement : un sur-pouvoir et un sur-savoir qui se convertissent perp&#233;tuellement l'un dans l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on peut dire que l'utilisation de l'&#233;criture dans les dispositifs de discipline a donn&#233; lieu, au cours du XVIIIe si&#232;cle, &#224; un ph&#233;nom&#232;ne important : l'objectivation documentaire de l'individu. On dira qu'il n'&#233;tait pas besoin d'attendre si longtemps, que les administrations fiscale ou judiciaire avaient depuis longtemps assur&#233; cette objectivation. Mais le propre des techniques disciplinaires, c'est de s'&#234;tre donn&#233; les moyens de prendre en charge par des proc&#233;d&#233;s d'&#233;criture les individus non point comme sujets de droit, titulaires de biens, auteurs d'infractions, d&#233;tenteurs de privil&#232;ges ou de richesses, mais comme porteurs de caract&#232;res intrins&#232;ques, de virtualit&#233;s ou d'aptitudes, de force ou de maladies, d'habilit&#233;, de savoir-faire. La discipline fait appara&#238;tre &#224; la fois comme objet pour une connaissance et comme cible pour un contr&#244;le l'individu qualifi&#233;, et qualifi&#233; non point par sa naissance ou son statut mais par ce qu'on peut en faire, par ses diff&#233;rences utiles, par les s&#233;ries o&#249; on peut l'int&#233;grer et le faire fonctionner. La proc&#233;dure d'identification permanente &#224; laquelle l'&#233;criture disciplinaire le soumet se distingue du recensement administratif ou de comptabilit&#233; &#233;conomique effective sur une population : elle est diff&#233;rente aussi de ces classifications par esp&#232;ce que les naturalistes op&#232;rent sur les &#234;tres vivants ; elle &#233;pingle chacun &#224; sa propre identit&#233; caract&#233;ris&#233;e, et elle fait de cette singularit&#233;, en l'int&#233;grant &#224; un appareil documentaire, une donn&#233;e qu'on peut d&#233;crire et une prise &#224; laquelle l'individu lui-m&#234;me ne peut &#233;chapper. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette entr&#233;e de l'individu quotidien et qualifi&#233; dans une pratique m&#233;ticuleuse de l'&#233;criture et dans un syst&#232;me r&#233;gl&#233; d'archives, porte avec elle deux transformations. L'une concerne l'analyse des &#171; cas &#187; et le r&#244;le qu'y joue l'&#233;criture. Dans la pratique chr&#233;tienne du &#171; cas de conscience &#187;, seuls faisaient partie de l'archive &#233;crite les r&#232;gles de r&#233;solution, les textes de r&#233;f&#233;rence, les sch&#233;mas id&#233;aux, et les exemples circonstanci&#233;s pouvant servir de mod&#232;le : m&#234;me s'il avait une r&#233;f&#233;rence singuli&#232;re dans la r&#233;alit&#233;, le &#171; cas &#187; qu'on transcrivait &#233;tait une grille d'analyse pour des applications futures ; l'affaire elle-m&#234;me, avec ses protagonistes et ses p&#233;rip&#233;ties restait de l'ordre oral. Les disciplines en revanche ont commenc&#233; &#224; b&#226;tir toute une archive qui prend en compte les individus soigneusement identifi&#233;s, observ&#233;s au jour le jour et d&#233;crits dans leur r&#233;alit&#233; singuli&#232;re, ou plut&#244;t dans ce qui est retenu pour tel par un certain nombre de codes. Les cas laiss&#233;s par les directeurs de conscience peuvent bien parfois &#234;tre d'une extr&#234;me raret&#233;, il ne s'agit jamais que d'une quasi-singularit&#233;, qui vient d'une complication de l'hypoth&#232;se, du nombre des circonstances qu'on ajoute, de la multiplicit&#233; des principes contradictoires qu'on peut mettre en jeu : les cas de conscience enregistr&#233;s ne sont pas des observations de p&#233;nitents, mais des r&#232;gles de conduite pour le directeur. La pratique disciplinaire, telle qu'elle s'organise au XVIIIe si&#232;cle, am&#233;nage la possibilit&#233; d'un enregistrement et d'une description tels que c'est l'individu lui-m&#234;me qui forme &#171; cas &#187; avec sa vie, son pass&#233;, sa conduite. Alors que dans la direction de conscience, le &#171; cas &#187; est un sch&#233;ma qui peut &#233;ventuellement &#234;tre investi dans des individus, dans les m&#233;canismes disciplinaires, tout individu est virtuellement un &#171; cas &#187; susceptible d'&#234;tre d&#233;crit et analys&#233;. Les recueils de la casuistique sont de l'ordre de la jurisprudence, l'enregistrement disciplinaire, m&#234;me sous sa forme tr&#232;s fruste, porte avec soi la possibilit&#233; d'une &#171; clinique &#187;, m&#233;dicale, psychiatrique, psychologique, p&#233;dagogique, des individus.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette inversion &#233;pist&#233;mologique du &#171; cas &#187; est li&#233;e une autre transformation, plus politique celle-ci. Pendant longtemps l'individualit&#233; quelconque &#8211; celle d'en bas et de tout le monde &#8211; est demeur&#233;e au-dessous du seuil de description. &#202;tre regard&#233;, observ&#233;, racont&#233; dans le d&#233;tail, suivi au jour le jour par une &#233;criture ininterrompue &#233;tait un privil&#232;ge. La chronique d'un homme, le r&#233;cit de sa vie, son historiographie r&#233;dig&#233;e au fil de son existence faisaient partie des rituels de sa puissance. Or les proc&#233;d&#233;s disciplinaires retournent ce rapport, abaissent le seuil de l'individualit&#233; descriptible et font de cette description un moyen de contr&#244;le et une m&#233;thode de domination. Non plus monument pour une m&#233;moire future, mais document pour une utilisation &#233;ventuelle. Et cette descriptibilit&#233; nouvelle est d'autant plus marqu&#233;e, que l'encadrement disciplinaire est strict : l'enfant, le malade, le fou, le condamn&#233; deviendront de plus en plus facilement &#224; partir du XVIIIe si&#232;cle et selon une pente qui est celle des m&#233;canismes de discipline, l'objet de descriptions individuelles et de r&#233;cits biographiques. Cette mise en &#233;criture des existences r&#233;elles n'est plus une proc&#233;dure d'h&#233;ro&#239;sation : elle fonctionne comme proc&#233;dure d'objectivation et d'assujettissement. La vie soigneusement collationn&#233;e des malades mentaux ou autres d&#233;linquants, rel&#232;ve, comme la chronique des rois, de l'&#233;pop&#233;e des grands bandits populaires, d'une certaine fonction politique de l'&#233;criture, mais dans une toute autre technique du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec les proc&#233;d&#233;s d'enregistrement que le XVIIIe si&#232;cle a utilis&#233;s, on est au tout d&#233;but d'un processus ; une pratique encore tr&#232;s rudimentaire de la documentation individualisante est en train de se nouer. De l&#224; d&#233;rivera en quelques d&#233;cennies, toute une technique de la description, de la biographie, de l'anamn&#232;se de l'observation quotidienne, de l'interrogatoire, du r&#233;cit provoqu&#233;. Cette technique utilis&#233;e tr&#232;s t&#244;t par la psychiatrie et la criminologie a &#233;t&#233;, dans l'histoire des sciences humaines, plus importante que le compas de Fechner ou le r&#233;flexe psychogalvanique, cela va de soi. Plus important aussi que la notion de r&#233;gression ou la pratique de l'hypnose. Il ne faut pas en tout cas inverser l'ordre des choses. On a pu, &#224; partir d'un certain moment, rechercher dans le pass&#233; des hommes ou dans la totalit&#233; de leur vie de quoi excuser leur crime ou comprendre leur folie. Aux questions s&#232;ches des instances judiciaires ou administratives : qui es-tu ? quels sont tes droits ? tes biens ou tes crimes ?, tout un lot de curiosit&#233;s nouvelles est venu s'ajouter : quelle sorte d'homme es-tu ? quel a &#233;t&#233; ton pass&#233; ? ta famille, ton entourage ? Comment as-tu v&#233;cu, quels &#233;v&#233;nements ? mais ce n'est point parce qu'on avait d'abord admis par postulat ou hypoth&#232;se th&#233;orique, qu'on y trouverait un principe d'intelligibilit&#233;. C'est avant tout parce qu'une technique d'observation, d'enregistrement et de contr&#244;le avait fait de l'existence des hommes, ou du moins de certains traits perceptibles &#224; travers les m&#233;canismes disciplinaires, un domaine pour une connaissance possible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; m.s.h. informations &#187;, p. 5 : &#171; organismes de financement de la recherche &#187;, consult&#233; le 20 octobre 2018. URL : &lt;a href=&#034;http://nabu.fmsh.fr/file/misc/images-FR075FMSH_000000038/FMSH_PB1063_2D2_000.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://nabu.fmsh.fr/file/misc/images-FR075FMSH_000000038/FMSH_PB1063_2D2_000.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;SAEI et DGRST sont indiff&#233;remment cit&#233;s dans les mentions officielles accompagnant les publications de ce travail collectif, toujours en r&#233;f&#233;rence au m&#234;me march&#233; n&#176; 73-01-503. Dans un article d&#233;di&#233; &#224; la collaboration de Foucault avec le CERFI, Liane Moz&#232;re indique bien que le philosophe &#233;tait &#171; garant du troisi&#232;me contrat de recherche d'importance [du CERFI] sur la &lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements collectifs&lt;/i&gt; pour le compte du Minist&#232;re de l'&#201;quipement &#187; (Liane Moz&#232;re, &#171; Foucault et le CERFI : instantan&#233;s et actualit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Le Portique&lt;/i&gt; [En ligne], 13-14 | 2004, mis en ligne le 15 juin 2007, consult&#233; le 13 octobre 2018. URL : &lt;a href=&#034;http://journals.openedition.org/leportique/642&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://journals.openedition.org/leportique/642&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces deux parties d'une m&#234;me recherche sont clairement mentionn&#233;es dans les deux publications du CERFI qui en rendent compte : Anne Querrien, &lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements collectifs, Les &#233;quipements de normalisation, L'&#233;cole primaire&lt;/i&gt;, Paris, CERFI, Impr. Cop&#233;dith, 1975 ; Michel Foucault (dir.), &lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements de normalisation, Les &#233;quipements sanitaires&lt;/i&gt;, Paris, CERFI, Impr. Cop&#233;dith, 1976. Semble en revanche appartenir &#224; une autre recherche, m&#234;me si elle est publi&#233;e sous le m&#234;me intitul&#233; &#171; G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements collectifs &#187; : Fran&#231;ois Fourquet, &lt;i&gt;Histoire des services collectifs dans la comptabilit&#233; nationale&lt;/i&gt;, Paris, CERFI, Impr. Cop&#233;dith, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(note corrig&#233;e le 9.02.2019) Ce livre reprend plusieurs r&#233;sultats de la recherche publi&#233;s dans Michel Foucault (dir.), &lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements de normalisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, en particulier l'introduction de Foucault, mais il leur adjoint les r&#233;sultats d'une autre recherche, dirig&#233;e par l'architecte-urbaniste Bruno Fortier : &#171; La politique de l'espace parisien &#224; la fin de l'Ancien R&#233;gime &#187;, issue d'un contrat Comit&#233; de la recherche et du d&#233;veloppement en architecture (CORDA)/DGRST. Selon Daniel Defert, Fortier, alors responsable du CORDA, cr&#233;&#233; en janvier 1973, participa au s&#233;minaire de Foucault au Coll&#232;ge de France pour l'ann&#233;e 1973-1974, lequel portait, entre autre, sur &#171; l'histoire de l'institution et de l'architecture hospitali&#232;res au XVIIIe si&#232;cle &#187; (&lt;i&gt;Dits et &#201;crits&lt;/i&gt;, n&#176; 143 ; Daniel Defert, &#171; H&#233;t&#233;rotopie : tribulation d'un concept entre Venise, Berlin et Los Angeles &#187;, dans Michel Foucault, &lt;i&gt;Le corps utopique, les h&#233;t&#233;rotopies&lt;/i&gt;, Paris, Nouvelles &#233;ditions lignes, 2009, p. 49). La r&#233;&#233;dition des &lt;i&gt;Machines &#224; gu&#233;rir&lt;/i&gt; en 1979 (Bruxelles, Pierre Mardaga) apporte plusieurs modifications au livre de 1976.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie du capital&lt;/i&gt;, t. 1 : &#171; Les &#233;quipements du pouvoir &#187;, &lt;i&gt;Recherches&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la surveillance et l'&#233;criture m&#233;dicale en contexte hospitalier : cf. Michel Foucault (dir.), &lt;i&gt;G&#233;n&#233;alogie des &#233;quipements de normalisation, op. cit.&lt;/i&gt;, chapitre 2 : &#171; Le fonctionnement de l'h&#244;pital &#187;, p. 25-39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Defert, &#171; H&#233;t&#233;rotopie : tribulation d'un concept entre Venise, Berlin et Los Angeles &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stuart Elden, &lt;i&gt;Foucault's Last Decade&lt;/i&gt;, Cambridge, Polity Press, 2016 ; &lt;i&gt;Foucault : The Birth of Power&lt;/i&gt;, Cambridge, Polity Press, 2017. Quelques pistes int&#233;ressantes &#233;galement dans Taga Shigeru, &#171; Foucault et Guattari au croisement de la th&#233;orie du micro-pouvoir et de la psychoth&#233;rapie institutionnelle &#187;, dans Herv&#233; Oulc'hen (dir.), &lt;i&gt;Usages de Foucault&lt;/i&gt;, Paris, Presses Universitaires de France, 2014, p. 99-107 (nous remercions Philippe Arti&#232;res de nous avoir indiqu&#233; cette r&#233;f&#233;rence).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Du Laurens, &lt;i&gt;Moyens de rendre les h&#244;pitaux utiles&lt;/i&gt; (1787), p. 81-82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M.I.D.B., &lt;i&gt;Instruction m&#233;thodique pour l'&#233;cole paroissiale&lt;/i&gt; (1669), p. 64.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Corvisier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Rochemonteix.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'enseignement des sciences au XVIIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, p. 360-362.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, il avait &#233;t&#233; pr&#233;vu que l'entr&#233;e &#224; l'&#201;cole militaire de Paris serait accord&#233;e aux &#233;l&#232;ves des &#233;coles militaires de province, d'apr&#232;s leur rang &#224; un concours commun, ouvert en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;cf. Demia, &lt;i&gt;R&#232;glements pour les &#233;coles de la ville de Lyon&lt;/i&gt; (1716), p. 39-40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moire ins&#233;r&#233; dans la D&#233;lib&#233;ration du Bureau de l'H&#244;tel-Dieu de Paris&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Journal de m&#233;decine, de chirurgie et de pharmacie&lt;/i&gt; (1785).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est au XIXe si&#232;cle qu'il fut interdit aux ma&#238;tres de porter sur le livret de leurs ouvriers leurs appr&#233;ciations personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Demia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C. De Monbey, &lt;i&gt;Les Institutions d'&#233;ducation militaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-B. de La Salle, &lt;i&gt;Conduite des &#233;coles Chr&#233;tiennes&lt;/i&gt; (&#233;d. 1728), p. 147-149.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple les r&#232;glements de l'h&#244;pital g&#233;n&#233;ral et du grand H&#244;tel Dieu de Lyon (1786), p. 29-34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[R&#233;f&#233;rence absente.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de du Laurens &#224; Poissonnier, 5 novembre 1765 ; cf. du Laurens, &lt;i&gt;Moyens de rendre les h&#244;pitaux utiles&lt;/i&gt;, p. 91-94.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Praissac, dans les &lt;i&gt;Discours Militaires&lt;/i&gt; insiste d&#233;j&#224; sur le fait que le sergent doit savoir lire, &#233;crire, compter. Sur l'&#233;ducation des soldats et des officiers au XVIIIe si&#232;cle, cf. entre autres Beausobre : &lt;i&gt;Commentaires sur les d&#233;fenses des places&lt;/i&gt; (1757), t. 2, p. 298.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;[R&#233;f&#233;rence manquante.]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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