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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Noy&#233;s dans la M&#233;diterran&#233;e : aux origines de l'indiff&#233;rence europ&#233;enne</title>
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		<dc:date>2018-11-06T08:41:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Fran&#231;ois</dc:creator>



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&lt;p&gt;A propos d'Alessandro Leogrande, Il naufragio. Morte nel Mediterraneo, Milan, Feltrinelli, coll. &#171; Serie Bianca &#187;, 2011 &lt;br class='autobr' /&gt;
Alessandro Leogrande &#233;tait un journaliste et &#233;crivain italien (il a contribu&#233; &#224; des p&#233;riodiques tels que Il manifesto, et a publi&#233; une quinzaine d'ouvrages), form&#233; &#224; la philosophie. Il est d&#233;c&#233;d&#233; pr&#233;matur&#233;ment en 2017, &#224; l'&#226;ge de 40 ans, d'une crise cardiaque. Pourquoi est-il important, aujourd'hui, de lire ou de relire Il naufragio, le livre qu'il a fait para&#238;tre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A propos d'Alessandro Leogrande, &lt;i&gt;Il naufragio. Morte nel Mediterraneo&lt;/i&gt;, Milan, Feltrinelli, coll. &#171; Serie Bianca &#187;, 2011&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alessandro Leogrande &#233;tait un journaliste et &#233;crivain italien (il a contribu&#233; &#224; des p&#233;riodiques tels que &lt;i&gt;Il manifesto&lt;/i&gt;, et a publi&#233; une quinzaine d'ouvrages), form&#233; &#224; la philosophie. Il est d&#233;c&#233;d&#233; pr&#233;matur&#233;ment en 2017, &#224; l'&#226;ge de 40 ans, d'une crise cardiaque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi est-il important, aujourd'hui, de lire ou de relire &lt;i&gt;Il naufragio&lt;/i&gt;, le livre qu'il a fait para&#238;tre en octobre 2011, peut-&#234;tre son texte le plus connu ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre est une &#171; enqu&#234;te-r&#233;cit &#187; au sujet du naufrage du Kater i Rades, patrouilleur r&#233;cup&#233;r&#233; de l'arm&#233;e albanaise qui, parti de Vlora, a sombr&#233; le vendredi saint 28 mars 1997 au large des c&#244;tes italiennes (Brindisi), dans les eaux internationales. 115 personnes, fuyant la guerre civile et les scandales sp&#233;culatifs, &#233;taient &#224; bord, dont de nombreuses femmes et de nombreux enfants. 34 personnes ont surv&#233;cu, 57 sont mortes, 24 ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;es &#171; disparues &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, &#224; 18h57 (Leogrande proc&#232;de d'embl&#233;e au r&#233;cit de l'&#233;v&#233;nement, du point de vue d'un survivant), le navire Kater i Rades est heurt&#233; violemment, une premi&#232;re fois, par la Sibilla, une corvette de la Marine italienne quatre fois plus volumineuse que lui. Il reste &#224; flot. Le second choc, peu de minutes apr&#232;s, lui est fatal : il coule &#224; pic, entra&#238;nant avec lui tous ceux qui ne parviennent pas &#224; se d&#233;gager de la cale, et tous ceux qui ne se sont pas r&#233;solus suffisamment t&#244;t &#224; plonger dans l'eau glac&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'agit-il d'un accident ? Mais alors, comment la Sibilla a-t-elle pu se trouver aussi pr&#232;s du Kater i Rades, au risque de provoquer la collision ? De fait, pendant plusieurs heures, l'embarcation albanaise venait de faire l'objet de man&#339;uvres d'intimidation de la part d'un autre navire de la Marine italienne, la fr&#233;gate Zeffiro.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ordre a-t-il &#233;t&#233; donn&#233; ? Mais si c'est le cas, alors quel &#233;tait son contenu exact ? Le lecteur fait connaissance, dans des t&#233;moignages (notamment de militaires) recueillis par Leogrande, avec des formulations aussi cyniques que &#171; &lt;i&gt;harassment&lt;/i&gt; &#187;, aussi ambigu&#235;s que &#171; se rapprocher presque jusqu'au contact &#187;, aussi brutales que &#171; lancer un c&#226;ble dans les h&#233;lices &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si un ordre a &#233;t&#233; donn&#233;, &#233;tait-il l&#233;gal du point de vue du droit italien, des conventions italo-albanaises alors en vigueur, et du droit international ? Parfois, la l&#233;galit&#233;, comme on s'en aper&#231;oit &#224; suivre certaines &#233;tapes du d&#233;veloppement de Leogrande, se joue &#224; quelques heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Surtout, de qui l'ordre &#233;ventuel &#233;manait-il, puisque la Sibilla d&#233;pendait du Maridipart de Tarente &#8212; commandement en chef du d&#233;partement de la Marine militaire pour la mer ionienne et le canal d'Otrante &#8212;, le Zeffiro du CINCNAV de Rome &#8212; commandement en chef de la flotte &#8212;, et que, pour compliquer encore les choses, la Sibilla pouvait, &#224; certaines conditions, recevoir des ordres du Zeffiro ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne partie du texte de Leogrande consiste dans la reconstitution (rendue difficile par la disparition myst&#233;rieuse de la plupart des bandes enregistr&#233;es) de la cha&#238;ne de commandement, mais aussi de la succession des faits, et par l&#224; m&#234;me dans l'&#233;tablissement, au plus vraisemblable, des responsabilit&#233;s ; cela dans une confrontation, &#224; la fois respectueuse et critique, avec les jugements rendus, en premi&#232;re instance, le 19 mars 2005 &#224; Brindisi, et en appel le 29 juin 2011 &#224; Lecce. Ces deux jugements ont abouti &#224; &#233;tablir la seule culpabilit&#233;, partag&#233;e (et donnant lieu &#224; des peines variables d'un proc&#232;s &#224; l'autre), des capitaines de la Sibilla et du Kater i Rades (&#171; homicide involontaire &#187;), excluant ainsi que des responsabilit&#233;s puissent &#234;tre recherch&#233;es plus haut dans la hi&#233;rarchie de la Marine italienne. Ce que Leogrande consid&#232;re comme insatisfaisant, tout en se reconnaissant, faute de documents demeur&#233;s utilisables, hors de capacit&#233; de pouvoir produire pour sa part une d&#233;monstration infaillible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'auteur ne s'en tient pas du tout &#224; l'aspect judiciaire, pourtant si important, de l'&#233;v&#233;nement. Il en envisage aussi l'aspect politique : Berlusconi, avec ses d&#233;clarations d&#233;magogiques et ses larmes de crocodile, en prend pour son grade ; mais, d'une mani&#232;re peut-&#234;tre plus inqui&#233;tante encore, il faut se rappeler que c'est un gouvernement de centre-gauche qui &#233;tait alors aux affaires. Leogrande en envisage &#233;galement l'aspect g&#233;o-politique : ainsi, comment faire pi&#232;ce &#224; la tentation, qui n'a cess&#233; de se rendre plus insistante de 1997 au moment o&#249; il &#233;crit le livre (2011), des &#201;tats &#224; s'arroger le droit de mener des op&#233;rations de police dans les eaux internationales ? Et un tribunal italien &#233;tait-il vraiment habilit&#233;, comme l'a pourtant confirm&#233; la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme de Strasbourg, consult&#233;e sur le sujet en 2001, &#224; se prononcer sur un diff&#233;rend impliquant l'Italie elle-m&#234;me et un autre &#201;tat ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Leogrande envisage surtout, du drame, l'aspect que l'on pourrait dire &#171; bio-graphique &#187;, si l'on donne &#224; ce terme un double sens : c'est &#224; chaque fois un individu humain, avec ses espoirs propres pour l'avenir, dont l'existence a &#233;t&#233; interrompue, ou boulevers&#233;e, par le naufrage du Kater i Rades ; et, d'autre part, ce qui incombe au narrateur-investigateur de tels faits, c'est de rendre justice &#224; la fois &#224; la singularit&#233; absolue des aspirations port&#233;es, pour son futur, par chacune des personnes, mais aussi au caract&#232;re collectif de la trag&#233;die dont, toutes, elles ont p&#226;ti en commun. Alessandro Leogrande a rencontr&#233; de nombreuses familles, dans cette Albanie des ann&#233;es 2000 o&#249; d&#233;sormais les m&#234;mes &#233;crans plats diffusaient les m&#234;mes clips vid&#233;o, dans les m&#234;mes caf&#233;s pour la jeunesse, que dans l'Occident industrialis&#233; tout entier. Il publie exhaustivement la liste nominative des 57 morts et des 24 &#171; disparus &#187;, avec leur &#226;ge, &#224; la fin de son ouvrage. Et il atteste l'&#233;motion qui s'est empar&#233;e (suggestion pour aujourd'hui !) du public du spectacle &#171; &lt;i&gt;Passaporti&lt;/i&gt; &#187;, mis en sc&#232;ne par Corrado Veneziano dans plusieurs villes d'Italie et d'Albanie, consistant dans la lecture, par quatre actrices, de documents retrouv&#233;s sur les corps des noy&#233;s (feuilles portant des adresses ou des notes, &#233;crites au crayon de papier ou &#224; la plume, soigneusement repli&#233;es dans les passeports). C'est que &#171; chaque m&#232;re qui a perdu un enfant, chaque enfant qui a perdu un p&#232;re, chaque femme qui a perdu un fr&#232;re, chaque homme qui a perdu une s&#339;ur, tous sont, en tant que tels, des victimes absolues du naufrage. &#192; chaque histoire devrait &#234;tre reconnu le droit d'&#234;tre racont&#233;e, rappel&#233;e, restitu&#233;e en entier. [&#8230;] Et moi, qui &#233;cris &#224; leur sujet, j'ai honte de d&#233;couvrir que je n'ai pas la force ou la capacit&#233; de les raconter toutes. Toutefois, bien que conserver la m&#233;moire, renouer les souvenirs, soit un acte individuel, r&#233;clamer justice pour ce qui est arriv&#233; est une prise de conscience collective. Si on ne le faisait pas nombreux, &#224; plusieurs, chaque route deviendrait bient&#244;t aride &#187; (nous traduisons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carcasse du Kater i Rades, dont le transfert en Albanie aurait &#233;t&#233; extraordinairement dispendieux, a finalement &#233;chapp&#233; &#224; la destruction gr&#226;ce &#224; l'initiative de l'association Integra (pr&#233;sid&#233;e par Klodiana &#199;uka) et du maire de la ville d'Otrante, qui ont confi&#233; &#224; l'artiste grec Costas Varotsos, aid&#233; de cinq collaborateurs, le soin d'en faire un monument &#224; la m&#233;moire des victimes. Significativement, le lieu, proche du port de la petite ville, o&#249; ces restes, transfigur&#233;s, ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;s, s'appelle &#171; Piazza dell'umanit&#224; migrante &#187; : Otrante, ville situ&#233;e le plus &#224; l'est de l'Italie, a souffert des guerres entre Ottomans et Chr&#233;tiens au XVe si&#232;cle, avant de constituer, avec l'ensemble du Salento, la derni&#232;re issue possible, en direction de la Palestine, pour de nombreux juifs europ&#233;ens durant la Seconde guerre mondiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; le Kater i Rades sombrait au large de Brindisi, le nombre des morts en M&#233;diterran&#233;e n'atteignait pas encore les 34 361 recens&#233;s, depuis 1993, par le &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; (publication du 20 juin 2018). Au moment, quatorze ans plus tard, o&#249; Leogrande publiait &lt;i&gt;Il naufragio&lt;/i&gt;, le r&#233;gime de Mouammar Kadhafi venait &#224; peine de tomber en Libye, la r&#233;pression sanguinaire des r&#233;volutions arabes n'avait pas encore commenc&#233;, et le nom de Lampedusa (plusieurs fois prononc&#233;) commen&#231;ait tout juste &#224; &#233;veiller les sinistres associations d'id&#233;es qu'il provoque aujourd'hui. Mais Leogrande, qui jusqu'&#224; sa mort n'a plus cess&#233; de suivre et de raconter les drames de la migration et de l'exil, non seulement avait discern&#233;, d&#232;s 2011, la catastrophe humanitaire qui s'annon&#231;ait (et qui continue d'affecter des Albanais, des Afghans, des &#201;rythr&#233;ens, des Irakiens, des Soudanais, des Indiens, des Syriens, des Pakistanais, des Kurdes, beaucoup d'autres encore) ; mais surtout, il avait formul&#233;, clairement, un diagnostic sur les causes de cette catastrophe, telles qu'il pensait les avoir vues &#224; l'&#339;uvre il y a 21 ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec le drame du Kater i Rades, ce qui selon lui se manifestait pour la premi&#232;re fois dans les comportements des &#201;tats europ&#233;ens envers les demandeurs d'asile, c'est un certain type d'&lt;i&gt;indiff&#233;rence&lt;/i&gt; : contenir l'&#171; h&#233;morragie des clandestins &#187;, selon la rh&#233;torique de ceux qui d&#233;sormais (Leogrande n'a pas v&#233;cu jusque-l&#224;) sont seuls au pouvoir en Italie, c'est &#171; accepter le risque que de nombreux naufrages semblables &#224; celui du Kater i Rades se reproduisent &#224; l'identique. Cela veut dire courir le risque d'un massacre, identique au massacre du Vendredi saint. Se le repr&#233;senter, l'imaginer, en forger l'hypoth&#232;se, et &#8212; au m&#234;me moment &#8212; conclure que, tout compte fait, c'est un risque acceptable, d&#232;s lors que ce qui est en jeu, ce sont &#8220;nos&#8221; fronti&#232;res &#187; (nous traduisons). O&#249; l'on voit que cette &#171; indiff&#233;rence europ&#233;enne &#187;, selon l'expression de l'auteur, n'est pas seulement ignorance, ni m&#234;me d&#233;tournement du regard, mais, pire encore : discours pr&#233;tendument rationnel, celui de ceux qui, &#224; grands renforts de statistiques compar&#233;es sur le ch&#244;mage et la d&#233;mographie, entendent montrer que, malgr&#233; les preuves avanc&#233;es par ceux qu'ils qualifient de &#171; belles &#226;mes &#187;, on ne peut plus accueillir personne. Alors m&#234;me que, d&#233;plore par deux fois Leogrande, l'Italie, et l'Europe &#224; travers elle, auraient pu, &#224; ces occasions qui leur &#233;taient donn&#233;es (en 1997, en 2011 et apr&#232;s), &#171; devenir un point de r&#233;f&#233;rence pour l'accroissement de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arnaud Fran&#231;ois&lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur &#224; l'Universit&#233; de Poitiers&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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