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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>La philosophie postcoloniale dans le roman Terxhuman d'Idlir Azizi</title>
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		<dc:date>2018-12-08T23:20:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Adem Ferizaj </dc:creator>



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&lt;p&gt;En puisant dans la pens&#233;e postcoloniale, auparavant absente de la litt&#233;rature albanaise, Idlir Azizi, avec son roman Terxhuman, publi&#233; en 2010, a cr&#233;&#233; un nouveau genre. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'insurrection de 1997 en Albanie et la guerre de lib&#233;ration du Kosovo sont les seuls &#233;v&#233;nements de l'espace albanais &#224; avoir fait simultan&#233;ment la une de trois grands journaux occidentaux dans les ann&#233;es 1990, &#224; savoir le New York Times, Le Monde et le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Cela n'est que peu surprenant, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;En puisant dans la pens&#233;e postcoloniale, auparavant absente de la litt&#233;rature albanaise, Idlir Azizi, avec son roman Terxhuman, publi&#233; en 2010, a cr&#233;&#233; un nouveau genre.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection de 1997 en Albanie et la guerre de lib&#233;ration du Kosovo sont les seuls &#233;v&#233;nements de l'espace albanais &#224; avoir fait simultan&#233;ment la une de trois grands journaux occidentaux dans les ann&#233;es 1990, &#224; savoir le &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/i&gt;. Cela n'est que peu surprenant, l'int&#233;r&#234;t des journalistes occidentaux pour cette r&#233;gion &#233;tant intimement li&#233; aux politiques susceptibles de menacer la &#171; stabilit&#233; g&#233;opolitique &#187; de l'Europe. Et lorsque les r&#233;dactions occidentales se d&#233;cident &#224; &#233;crire sur l'espace albanais, une nouvelle figure leur devient indispensable : celle du &#171; natif &#187;, charg&#233; d'organiser les r&#233;unions et rendez-vous, fournir les informations cruciales sur le sujet trait&#233; et traduire les entretiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profession de ce natif est souvent appel&#233;e &#171; fixeur &#187; en albanais. Le mot &#171; terxhuman &#187; est, lui, rarement utilis&#233;. Ce dernier est cependant le titre du roman de 2010 d'Idlir Azizi, pas encore traduit en Fran&#231;ais, et qui prend cette profession pour point de d&#233;part afin d'aborder, d'un c&#244;t&#233;, l'arrogance occidentale envers les Albanais et, de l'autre, fournir une analyse sans pr&#233;c&#233;dent de la soci&#233;t&#233; albanaise. L'originalit&#233; de cette analyse se trouve dans la d&#233;construction des discours dominants albanais fond&#233;s essentiellement sur des concepts eurocentriques et auto-humiliants. De cette mani&#232;re, le livre offre une interpr&#233;tation alternative et postcoloniale de la r&#233;alit&#233; albanaise, jusqu'alors absente sous cette forme, de la litt&#233;rature albanaise contemporaine. Azizi ouvre ainsi avec &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt; un nouveau genre litt&#233;raire albanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; tant que l'Albanie se positionne &#224; la fois &#224; l'est et &#224; l'ouest [&#8230;] &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce roman, le natif travaille pour un journaliste anglais de football, employ&#233; par le &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; de Londres. Dans les premi&#232;res phrases du livre, le &#171; terxhuman &#187; pr&#233;cise qu'il &#171; [touchera] un bon salaire &#224; cette occasion, c'est-&#224;-dire en comparaison avec ce que l'on gagne normalement en albanie &#187;. Ainsi, la mis&#232;re &#233;conomique pousse les non-occidentaux &#224; accepter de tr&#232;s faibles salaires, certes &#171; d&#233;cents &#187; pour un natif, mais ridiculement inf&#233;rieurs aux standards occidentaux. En outre, le journaliste exploite le non-occidental en volant sa propri&#233;t&#233; intellectuelle. Car le &#171; terxhuman &#187; est en fait la pierre angulaire des recherches de terrain, &#233;tape cruciale du processus d'enqu&#234;te au cours de laquelle le journaliste d&#233;pend enti&#232;rement de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une continuit&#233; historique : le &#171; terxhuman &#187;, malgr&#233; son r&#244;le, a &#233;t&#233; une figure m&#233;pris&#233;e par le voyageur occidental et ce depuis les d&#233;buts du colonialisme europ&#233;en. Le chercheur &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/roman_0048-8593_1996_num_26_92_4275&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sarga Moussa&lt;/a&gt;, cit&#233; dans le roman d'Azizi, soutient par ailleurs qu'il existe un lien &#233;l&#233;mentaire entre le travail du &#171; terxhuman &#187; et la &#171; diffusion de la pens&#233;e coloniale euro-occidentale &#187; dominant &#233;galement les discours politiques et culturels albanais. Le lecteur de &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt; d'Azizi apprend &#233;galement que Gjergj Qiriazi, employ&#233; par l'empire austro-hongrois, fut l'un des plus importants &#171; terxhumans &#187; albanais du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mani&#232;re dont le journaliste traite le natif et inversement, on peut observer qui dispose du pouvoir, qui est le puissant. Cette relation peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une m&#233;taphore de l'absence de capacit&#233; politique d'agir des Albanais vis-&#224;-vis de l'Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; [&#8230;] ni est, ni ouest [&#8230;] &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; terxhuman &#187;, le premier protagoniste du livre, ne parle presque jamais pendant le roman. Il est une figure passive. Il &#233;coute, traduit et fait ici et l&#224; quelques observations. Mais le &#171; fixeur &#187; exprime ses critiques &#224; l'&#233;gard du journaliste sous forme de remarques qu'il ne formule en r&#233;alit&#233; jamais. Elles restent enferm&#233;es dans le monde de ses pens&#233;es. Les critiques formul&#233;es sont d'ailleurs souvent insignifiantes, telles que la participation maladroite et d&#233;cal&#233;e du journaliste du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; aux ovations des supporteurs de la s&#233;lection albanaise alors qu'elle vient de gagner un match contre la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste anglais, deuxi&#232;me protagoniste du &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt; d'Aziz, est une figure active. Il monopolise le discours. En termes de contenu, la contribution de l'occidental ressemble &#224; une introduction aux sciences postcoloniales. Sur le rapport des Albanais avec l'Occident, il explique : &#171; En ce qui concerne l'Albanie, je ne suis tomb&#233; que sur des descriptions n&#233;gatives, pour dire la v&#233;rit&#233;. Je me demande pourquoi les Albanais se r&#233;f&#232;rent souvent &#224; des opinions occidentales suppos&#233;ment positives &#224; leur sujet et par rapport &#224; l'Albanie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journaliste est donc bien conscient du risque de &#171; tomber dans une situation ethno-touristique &#187;. Pour cette raison, il enseigne au &#171; terxhuman &#187; les sciences postcoloniales, mais il le fait en exploitant &#233;conomiquement et intellectuellement un sujet colonis&#233;, &#224; savoir le &#171; terxhuman &#187;. Par cons&#233;quent, ses propos sont en contradiction flagrante avec ses actes. Le journaliste du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; poursuit ce comportement contradictoire en cherchant des histoires &#171; exotiques &#187; sur l'Albanie, qui ne font que reproduire les st&#233;r&#233;otypes occidentaux de l'Albanais. Ainsi, m&#234;me s'il pr&#233;tend agir dans la lign&#233;e de principes postcoloniaux &#233;mancipateurs, le journaliste reste lui-m&#234;me un agent (n&#233;o)colonial tombant dans les pi&#232;ges qu'il a pourtant identifi&#233;s en th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un aspect plus abstrait, avec la figure du journaliste du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt;, Idlir Azizi rend tangible un ph&#233;nom&#232;ne pathologique de l'h&#233;g&#233;monie mondiale : l'intellectuel occidental lib&#233;ral de gauche, incarnant le &#171; progr&#232;s &#187; euro-atlantique et incapable de percevoir la continuit&#233; de ses actes avec ceux de ses pr&#233;d&#233;cesseurs coloniaux. Ses critiques des injustices mondiales perdent brusquement leur sens face &#224; la r&#233;alit&#233; de ses actions. L'auteur manie ainsi avec subtilit&#233; ce d&#233;calage pour d&#233;voiler ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; [&#8230;] &#224; la fois oriental en esprit, mais aussi occidental en d&#233;sir [&#8230;] &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me protagoniste est le professeur &#171; autoproclam&#233; corrompu &#187;, licenci&#233; de son poste &#224; l'universit&#233; de Tirana en raison de rumeurs qui le pr&#233;sentent comme islamiste. Le professeur, aussi appel&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Hadji&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;hadji&lt;/a&gt; &#187; dans le roman, reste un personnage inoubliable apr&#232;s la lecture de &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt;. Cette figure repr&#233;sente un discours alternatif, mais censur&#233; dans les espaces albanais. Le professeur d&#233;pouille le discours dominant albanais de son cadrage &#233;pist&#233;mologiquement occidental, c'est-&#224;-dire de l'arrogance occidentale vis-&#224;-vis des Albanais, et pr&#233;sente une analyse originale des probl&#232;mes culturels et politiques en Albanie. D'une certaine mani&#232;re, le professeur illustre la th&#233;orie postcoloniale de l'anglais avec l'exemple de l'Albanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le journaliste interroge le professeur, avec l'aide indispensable du &#171; terxhuman &#187;, le professeur s'adresse davantage au &#171; terxhuman &#187; qu'au journaliste. En effet, le journaliste est indiff&#233;rent au professeur. La raison est simple : ce que le professeur a &#224; dire ne peut &#234;tre utilis&#233; pour des articles &#171; exotiques &#187; sur l'Albanie. En m&#234;me temps, pour tous ceux qui souhaitent comprendre plus profond&#233;ment l'Albanie actuelle, les mots du professeur seront la partie la plus enrichissante de &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt;. Voici, une liste courte et non exhaustive des probl&#232;mes abord&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur, ou le hadji, parle de &#171; notre communisme d&#233;nu&#233; de sens et catholiquement ath&#233;e &#187; et &#171; du nouvel homo albanicus t&#233;l&#233;vis&#233;, postcommuniste et cryptiquement capitaliste &#187;. Ses d&#233;nominations sont plus tangibles que les termes couramment utilis&#233;s pour caract&#233;riser les p&#233;riodes politiques albanaises r&#233;centes, souvent r&#233;sum&#233;es dans les milieux universitaires &#224; l'expression de &#171; transformation politique et &#233;conomique de l'albanie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; [&#8230;] europ&#233;ens dans les d&#233;clarations, musulmans dans la majorit&#233; [&#8230;] &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience &#224; travers laquelle nous emm&#232;ne le professeur rend d'autant plus tangible et sensible le contenu de la critique. La litt&#233;rature apporte ici une force dans l'explication bien plus puissante que celle de la d&#233;monstration par le travail de recherche acad&#233;mique et donne du poids &#224; son discours. Par exemple, la lutte des classes du communisme albanais est caract&#233;ris&#233;e comme &#171; une invention constante, d&#233;nu&#233;e de sens, car les classes elles-m&#234;mes n'existaient pas [&#8230;] en Albanie, comme elles n'y existent pas plus aujourd'hui, car l'Albanie est un pays [sans-classes et d&#233;class&#233;] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Albanie d'aujourd'hui est d&#233;crite comme une soci&#233;t&#233; qui n'est &#171; pas ouverte mais [une soci&#233;t&#233; qui a en revanche ouvert ses jambes] &#187;. Il pointe ici le r&#244;le cl&#233; que les organisations non-gouvernementales (ONG) jouent dans l'espace albanais, notamment par les fonds qui constituent presque toujours la base de toute entreprise politique, &#233;conomique ou artistique dans la r&#233;gion. Dans cette cat&#233;gorie figurent aussi les politiciens et intellectuels albanais, cr&#233;ateurs du discours eurocentrique au niveau &#233;pist&#233;mique, que le professeur appelle les descendants &#171; du communisme micro-bourgeois albanais &#187;, pour qui le probl&#232;me principal se r&#233;sume &#224; gagner un salaire &#171; [afin que les enfants aient suffisamment &#224; manger] &#187;. Pour cette raison, ils ont tous d&#233;politis&#233; leur travail politique en acceptant tout ce que demande l'h&#233;g&#233;monie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur donne une autre interpr&#233;tation &#224; la &#171; fausse &#187; traduction de l'adage de William Shakespeare par Fan Noli &#8211; &#171; to be, or not to be &#187; en &#171; vivre ou pas vivre &#187;, au sens o&#249; la vie non-occidentale n'est pas un vivre mais un survivre. Prenant l'exemple du cancer, on pourrait dire qu'en cas de diagnostic de cette maladie, l'occidental a de r&#233;elles chances de survie, gr&#226;ce au syst&#232;me de sant&#233; fonctionnel, tandis que l'absence d'un tel syst&#232;me entra&#238;ne une peine de mort imm&#233;diate pour le non-occidental en cas de diagnostic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; [&#8230;] capitaliste comme individu, et ex-communiste en tant que soci&#233;t&#233; [&#8230;] &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; hadji &#187;, ou le professeur, d&#233;construit le mythe de la d&#233;mocratie en tant que syst&#232;me gouvernemental universel en expliquant que &#171; en substance, nous sommes une population qui maintient la cause d'honneur [&#8230;] mais les d&#233;mocraties chr&#233;tiennes reposent sur la confiance et le service &#187;. Il utilise cette base th&#233;orique pour expliquer la &#171; corruption &#187; diff&#233;remment :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La particularit&#233; de la corruption albanaise, ou la corruption qui accompagne la particularit&#233; albanaise, est qu'elle se situe toujours au niveau familial [&#8230;], [le c&#244;t&#233; institutionnel reste &#224; l'&#233;cart du fil rouge que constitue l'honneur et n'englobe en fait pas la relation qui se noue dans la corruption avec l'institution], &#224; l'inverse de ce qui se joue dans la culture chr&#233;tienne authentique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on accepte le d&#233;roulement du professeur, les critiques par rapport &#224; la &#171; corruption &#187; et au &#171; crime organis&#233; &#187;, omnipr&#233;sentes dans les discours de l'Union Europ&#233;enne, des ambassades occidentales et des ONGs semblent suspicieuses, peu constructives. Elles fonctionnent davantage comme des outils de domination ayant pour objectif de justifier le statu quo, reproduisant en l'occurrence la mis&#232;re sociale dans les espaces albanais, ce qui constitue en pratique la continuit&#233; la plus significative de l'histoire albanaise moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'originalit&#233; et l'innovation dans le contenu du roman ne sont pas les seules raisons pour lesquelles le &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt; d'Azizi ouvre un nouveau genre dans la litt&#233;rature albanaise. Un autre &#233;l&#233;ment majeur se joue au niveau linguistique. Tout au long de &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt;, Idlir Azizi travaille la langue albanaise d'une mani&#232;re absolument novatrice en enfreignant un certain nombre de r&#232;gles &#233;l&#233;mentaires de l'albanais. Tous les noms sont par exemple &#233;crits en lettres minuscules. De plus, les mots fr&#233;quemment utilis&#233;s dans la langue parl&#233;e sont &#233;crits selon l'albanais vernaculaire (courant, parl&#233;) et non l'albanais standard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ces pays &#224; l'esprit oriental, comme l'est l'Albanie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En violant ainsi les r&#232;gles grammaticales, Azizi r&#233;alise deux choses compatibles avec les principes postcoloniaux. Premi&#232;rement, il montre que la langue n'est pas une tour d'ivoire, mais qu'elle &#233;volue avec le temps, surtout chez les couches sociales populaires. Ainsi, la langue a int&#233;gr&#233; au fil du temps (et int&#233;grera) de nouveaux &#233;l&#233;ments qui l'ont influenc&#233;e &#224; long terme. Deuxi&#232;mement, l'&#233;crivain se distingue de l'&#233;lite intellectuelle albanaise, la fantoche, de l'h&#233;g&#233;monie occidentale, qui n'a jusqu'&#224; pr&#233;sent pris aucune mesure &#224; cet &#233;gard et consid&#232;re le langage populaire comme un &#233;l&#233;ment du &#171; sous-d&#233;veloppement &#187; albanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt;, Idlir Azizi brise &#233;galement les conventions de l'activit&#233; artistique qui participent g&#233;n&#233;ralement &#224; la reproduction du discours dominant &#8211; dans le cas albanais un discours auto-humiliant. Il faut souligner que pour cr&#233;er un discours alternatif et en faire un usage artistique, le travail &#224; mener est maintes fois sup&#233;rieur &#224; celui d'un artiste se contentant de reformuler les conceptions dominantes du monde sans les questionner, avant de les recracher &#224; l'aide d'&#339;uvres artistiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, le discours postcolonial de la r&#233;alit&#233; albanaise n'a &#233;t&#233; produit que par des travaux scientifiques que les &#233;lites albanaises dominantes continuent &#224; ignorer. Trois exemples majeurs sont &#224; noter. Behar Sadriu a publi&#233; &lt;a href=&#034;https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/00905992.2017.1292498&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un article scientifique&lt;/a&gt; en 2016 dans lequel il avance que la guerre en Syrie est utilis&#233;e par les &#233;lites politiques albanaises pour promouvoir l'id&#233;e que les Albanais sont de &#8216;bons' musulmans europ&#233;ens. Piro Rexhepi, lui, analyse par un prisme postcolonial les soci&#233;t&#233;s les plus marginalis&#233;es des Balkans : bosniaques, albanaises, roms. Une concr&#233;tisation marquante de son travail est le film documentaire r&#233;alis&#233; avec Ajkuna Tafa en 2017 &#171; &lt;a href=&#034;https://queerasia.com/qaff18-skopje-sarajevo-and-salonika-a-post-ottoman-trilogy/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Skopje, Sarajevo et Salonique &#8211; Une trilogie post-ottomane&lt;/a&gt; &#187;. Enfin, Enis Sulstarova a publi&#233; en 2006 son livre &#171; &lt;a href=&#034;http://ajp.globic.us/archives/2006/pula_ajp21.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La fuite de l'Est : l'orientalisme albanais de Naim [Frash&#235;ri] &#224; Kadare&lt;/a&gt; &#187;, une &#339;uvre monumentale de la pens&#233;e albanaise postcoloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus grand m&#233;rite du roman &lt;i&gt;Terxhuman&lt;/i&gt; d'Azizi est de contribuer &#224; cette pens&#233;e critique au moyen de la litt&#233;rature, tout en l'inscrivant subtilement dans le domaine de l'art. En outre, Idlir Azizi a v&#233;ritablement cr&#233;&#233; un nouveau vocabulaire ainsi qu'un univers tant s&#233;mantique que symbolique, illustr&#233; par l'expression &#171; ces pays &#224; l'esprit oriental, comme l'est l'Albanie &#187;, et qui permettra de propager davantage, selon d'autres formes et d'autres moyens, le postcolonialisme albanais.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Version originale du texte publi&#233;e dans la revue culturelle albanaise &lt;a href=&#034;https://peizazhe.com/2018/11/19/temat-postkoloniale-tek-terxhumani-i-idlir-azizit/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Peizazhe t&#235; fjal&#235;s&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; le 19 novembre 2018. Traduit de l'albanais en fran&#231;ais par l'auteur lui-m&#234;me. Tous droits r&#233;serv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re publication de la version fran&#231;aise &lt;a href=&#034;http://hajde.fr/2018/12/05/roman-terxhuman-idlir-azizi/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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