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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Une histoire qui commence mal et qui finit bien</title>
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		<dc:date>2019-03-24T11:57:18Z</dc:date>
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		<dc:creator>Sebastian Lo</dc:creator>



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&lt;p&gt;C'est dans l'avion, entre Paris et Taipei (Charles-de-Gaulle et Taoyuan) que la catastrophe tant redout&#233;e s'est produite : &#224; peine avais-je &#244;t&#233; mes bottines pour enfiler les confortables claquettes en tissu offertes par la compagnie Eva Air que les ongles de mes orteils se sont mis &#224; pousser &#224; une vitesse sans cesse acc&#233;l&#233;r&#233;e &#8211; &#224; l'&#339;il nu, pourrais-je ajouter, sans exag&#233;rer. L'avion (un Boeing, mais pas de la s&#233;rie port&#233;e &#224; s'&#233;craser comme des merdes sur des terres inhospitali&#232;res ou dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est dans l'avion, entre Paris et Taipei (Charles-de-Gaulle et Taoyuan) que la catastrophe tant redout&#233;e s'est produite : &#224; peine avais-je &#244;t&#233; mes bottines pour enfiler les confortables claquettes en tissu offertes par la compagnie Eva Air que les ongles de mes orteils se sont mis &#224; pousser &#224; une vitesse sans cesse acc&#233;l&#233;r&#233;e &#8211; &#224; l'&#339;il nu, pourrais-je ajouter, sans exag&#233;rer.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'avion (un Boeing, mais pas de la s&#233;rie port&#233;e &#224; s'&#233;craser comme des merdes sur des terres inhospitali&#232;res ou dans des &#233;tendues aquatiques insondables) n'&#233;tait pas encore &#224; l'aplomb du Bosphore que d&#233;j&#224;, je sentais ces pseudopodes cartilagineux ronger le tissu de mes pantoufles, y adh&#233;rer, s'y enrouler comme les tentacules d'un poulpe, mena&#231;ant, qui sait, d'aller s'insinuer entre les jambes du passager install&#233; sur le si&#232;ge devant moi. A la verticale du Kurdistan iranien, je percevais de plus en plus f&#233;brilement dans mes mollets t&#233;tanis&#233;s une pulsation toujours plus vive, comme si une force inconnue y avait &#233;lu domicile et y exer&#231;ait d&#233;sormais son empire. Je repliais les jambes autant que faire se peut sous mon si&#232;ge, dans l'espoir un peu vain de d&#233;rober au regard des h&#244;tesses circulant dans la trav&#233;e et l'enflure toujours plus d&#233;mesur&#233;e de mes chaussons martyris&#233;s, et ma honte insondable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque le repas fut servi (&lt;i&gt;vegan&lt;/i&gt;, &#224; ma demande, compos&#233; pour l'essentiel de c&#233;r&#233;ales sans saveur et de brocolis d&#233;congel&#233;s), je tentai vainement de m'attaquer &#224; la masse g&#233;latineuse agglutin&#233;e sur mon pied droit &#224; l'aide du couteau en plastique pr&#233;lev&#233; sur le plateau. Celui-ci ne tarda pas &#224; se briser avec un bruit sec et je renon&#231;ai aussit&#244;t &#8211; le passager install&#233; sur le si&#232;ge voisin, intrigu&#233; par mes contorsions, me jetait des regards en biais de plus en plus insistants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le survol du continent indien fut un supplice : tenaill&#233; depuis un moment d&#233;j&#224; par une besoin de plus en plus urgent, je n'osais me lever pour me rendre aux toilettes situ&#233;es &#224; l'arri&#232;re de l'appareil, certain de me trahir, &#224; tra&#238;ner derri&#232;re moi ces sortes de filaments gris&#226;tres qui adh&#233;raient &#224; mes deux pieds et d&#233;bordaient maintenant en masse compacte hors des pantoufles. A la fin, n'y tenant plus, je me soulageai dans la canette de coca qui avait accompagn&#233; mon spartiate repas, m'&#233;tant pr&#233;alablement enroul&#233; dans la couverture pelucheuse trouv&#233;e sur mon si&#232;ge lors de mon arriv&#233;e dans l'avion (autre prestation gracieuse de la compagnie Eva Air, je tiens &#224; le souligner). Nous &#233;tions, &#224; cet instant pr&#233;cis, juste au-dessus d'Abbottabad et j'eus, au-del&#224; de mes propres vicissitudes, comme une pens&#233;e fraternelle pour celui qui y connut la fin exp&#233;ditive que l'on sait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Epuis&#233; par le stress et tous les efforts d&#233;ploy&#233;s en vue de dissimuler aussi longtemps que faire se pourrait mon infortune, je m'endormis alors que nous entamions le survol de l'espace a&#233;rien chinois. Sommeil agit&#233;, r&#234;ves confus. Je me voyais transform&#233; en arbre, solidement enracin&#233; dans le bureau de Zouzi, au secr&#233;tariat du d&#233;partement de philo, &#224; Paris 8, et engag&#233; dans une controverse absurde avec Deleuze &#8211; sur le rhizome. Il me brandissait sous le nez ses doigts crochus au bout desquels tremblaient ses ongles interminables, et qui pendaient sous mes yeux comme des pattes d'araign&#233;es. La sc&#232;ne n'en finissait pas, se r&#233;p&#233;tant sans cesse et avec elle s'imposait la &lt;i&gt;ritournelle&lt;/i&gt; : c'est &#224; ce moment-l&#224; qu'il t'a contamin&#233; &#8211; et voil&#224; le r&#233;sultat, te voil&#224; dans de beaux draps !&lt;br class='autobr' /&gt;
Une formidable apn&#233;e me r&#233;veilla en sursaut &#8211; la cabine &#233;tait encore plong&#233;e dans l'obscurit&#233; et mon voisin dormait &#224; poings ferm&#233;s, mais je pus v&#233;rifier sur l'&#233;cran situ&#233; devant moi que nous approchions de Shangha&#239; &#8211; mes &#233;preuves allaient bient&#244;t toucher &#224; leur fin, pour peu que je trouve une mani&#232;re de m'extraire de l'appareil sans attirer l'attention. Les chaussons avaient proprement vol&#233; en &#233;clat sous la pouss&#233;e &#233;l&#233;mentaire, irr&#233;sistible de mes griffes molles qui, d&#233;sormais, formaient des &#233;normes excroissances compactes prolongeant chacune de mes jambes, telles deux bobines de film qu'on aurait jet&#233;es sur le sol et qui s'y seraient inextricablement entrem&#234;l&#233;es... Il me restait une petite heure pour improviser une solution, dans l'espoir de r&#233;cup&#233;rer mes bagages, franchir les contr&#244;les, sauter (fa&#231;ons de parler, en mon &#233;tat...) dans un taxi et regagner Hsinchu o&#249; il serait toujours temps d'envisager une solution &#224; t&#234;te repos&#233;e...&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait bien s&#251;r inutile de seulement songer &#224; remettre mes chaussures &#8211; d'&#233;l&#233;gantes bottines, comme je l'ai dit, mais assez serr&#233;es. Je r&#233;solus donc de recourir &#224; ce qui m'apparut alors comme le seul exp&#233;dient susceptible de donner le change : vidant de leur contenu les deux sacs &lt;i&gt;duty free&lt;/i&gt; contenant mes achats de d&#233;part (une bouteille de t&#233;quila, une coffret de Monte-Christo, vieille routine), j'y glissai non sans peine les deux pieds, y faisant entrer &#224; la force du poignet mes monstrueuses excroissances, puis attachai aussi solidement que possible les deux paquets au niveau de mes chevilles &#224; l'aide de solides &#233;lastiques pr&#233;lev&#233;s au fond de mon cartable. Je dirais, si l'on me posait une question ici ou l&#224;, que mes pieds ayant enfl&#233; au cours du trajet (ph&#233;nom&#232;ne assez courant sur les vols long courrier), je n'avais pas &#233;t&#233; en mesure de remettre mes chaussures et avais donc d&#251; improviser &#8211; pas tr&#232;s &#233;l&#233;gant, certes, mais que faire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appareil s'&#233;tant pos&#233; en douceur sur la piste &#224; 7 h 37 exactement, tout se d&#233;roula comme sur des roulettes jusqu'&#224; ce que j'atteigne la barri&#232;re de contr&#244;le de la temp&#233;rature du voyageurs &#8211; on ne plaisante pas avec les pand&#233;mies en Asie orientale. Il y avait bien ici et l&#224; quelques passagers dont le regard ensommeill&#233; semblait s'allumer soudain lorsqu'il se posait sur mon accoutrement, mais sans plus &#8211; c'est, aussi bien, qu'on en voit de tous les genres, dans les foules bigarr&#233;es qui se pressent vers la sortie, sur ces vols transcontinentaux... Bref, &#224; peine avais-je atteint le point de contr&#244;le qu'un voyant rouge se mit &#224; clignoter vigoureusement. Aussit&#244;t surgie de sa cage de verre, l'employ&#233;e du service sanitaire m'intima de me ranger sur le c&#244;t&#233;, promptement relay&#233;e par deux de ses coll&#232;gues m&#226;les qui m'entra&#238;n&#232;rent aussit&#244;t dans une petite pi&#232;ce aveugle &#8211; le thermom&#232;tre manuel fut aussi impitoyable que le premier &#8211; 38,7&#176;, pas question d'entrer sur le territoire de la R.O.C. (&lt;i&gt;R&#233;public of China&lt;/i&gt;, &#224; ne pas confondre avec la R&#233;publique &lt;i&gt;populaire&lt;/i&gt; de Chine) dans cet &#233;tat... direction quarantaine, donc, et fissa...&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tombais des nues : comment donc l'&#233;trange affection dont je me trouvais afflig&#233; pouvait-elle s'associer &#224; une pouss&#233;e de fi&#232;vre ? Se pouvait-il qu'il s'agisse d'un mal nouveau de caract&#232;re infectieux &#8211; contagieux ? Une nouvelle maladie du si&#232;cle, de type SIDA, SRAS ? Mon r&#234;ve me revint alors en m&#233;moire &#8211; une contagion &lt;i&gt;deleuzienne&lt;/i&gt;, l'auteur de &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt; comme le porteur originaire du virus destin&#233; &#224; infecter durablement les populations des cinq continents tout au long du XXI&#176; si&#232;cle ! Une catastrophe toute deleuzienne, exer&#231;ant &#224; l'&#233;chelle du globe des ravages in&#233;dits, inconcevables... une pand&#233;mie ongulaire aux cons&#233;quences incalculables &#8211; plus moyen de composer un texto sur un smartphone, de travailler sur une cha&#238;ne de montage, de marcher dans les rues, avec une telle prolif&#233;ration au bout des membres... et la sexualit&#233;, alors &#8211; que d'am&#233;nagements incommodes, mais n&#233;anmoins imp&#233;rieux !&lt;br class='autobr' /&gt;
Emport&#233; par ma fantaisie, j'en oubliais presque ma triste situation &#8211; les deux sbires de l'Agence sanitaire se charg&#232;rent de me ramener &#224; la r&#233;alit&#233; : les voici qui, s'&#233;tant &#233;quip&#233;s de masques hygi&#233;niques qui leur couvrait la moiti&#233; du visage et de gants chirurgicaux, m'empoignent fermement chacun sous un coude et me conduisent le long d'un interminable couloir couleur muraille. Au bout, une porte et une pancarte, avec l'inscription en lettres rouges : &#171; Quarantaine &#187;. L'un d'eux d&#233;tache de sa ceinture un &#233;pais trousseau de cl&#233;s, ferraille longuement dans le verrou, entrouvre, et l'autre, d'une l&#233;g&#232;re pouss&#233;e, me fait entrer. La porte se referme, le verrou claque &#8211; me voici enti&#232;rement &#224; la merci d'une autorit&#233; qui, pour persister &#224; &#234;tre litigieuse par bien des aspects, ne s'en exerce pas moins avec toute la rigueur de ses lois et r&#232;glements...*&lt;br class='autobr' /&gt;
La quarantaine ressemblait &#224; une salle d'embarquement d&#233;saffect&#233;e, abandonn&#233;e. Dans l'obscurit&#233; &#224; peine trou&#233;e par la lumi&#232;re blafarde d'une veilleuse suspendue au plafond, je distinguai quelques minces paillasses dispers&#233;es sur un sol recouvert d'un rev&#234;tement plastique d'une couleur douteuse. Mes yeux s'habituant peu &#224; peu &#224; la p&#233;nombre, je vis, dans un coin, au fond, deux formes immobiles &#8211; l'une apparemment humaine, l'autre ind&#233;termin&#233;e. M'approchant, je d&#233;couvris une jeune femme, accroupie sur ses talons, et qui me d&#233;visageait d'un air apeur&#233; ; pr&#232;s d'elle, roul&#233; en boule, un animal de taille moyenne, le corps recouvert d'&#233;cailles...&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;global English&lt;/i&gt;, cette exp&#233;diente &lt;i&gt;lingua franca&lt;/i&gt; de la mondialisation galopante, m'est, en semblable circonstance, d'un secours assur&#233; &#8211; peu de minutes plus tard, je savais que la jeune personne &#233;tait indon&#233;sienne, soignante de son m&#233;tier, commise aux soins d'un grand vieillard impotent dans un village pr&#232;s de Chiayi (dans la partie tropicale de Ta&#239;wan) et qui, rentr&#233;e chez elle &#224; l'occasion d'un mariage, avait eu la malchance de contracter, au retour, une grosse cr&#232;ve &#8211; &#224; attendre trop longtemps dans les courants d'air glac&#233; de l'air conditionn&#233;, &#224; l'a&#233;roport de Djakarta... 38, 9&#176; &#224; l'arriv&#233;e, on ne passe pas, direction la quarantaine !&lt;br class='autobr' /&gt;
Son compagnon, m'expliqua-t-elle, en outre, &#233;tait un pangolin d&#233;couvert dans le double fond de la valise d'un trafiquant singapourien &#8211; un r&#233;cidiviste promptement exp&#233;di&#233; en prison, ajoute-elle (comment le savait-elle ? &#8211; elle connaissait le tarif, r&#233;pondit-il, sans se d&#233;monter, on lui avait propos&#233; plusieurs fois d'arrondir ses fins de mois en participant &#224; ce genre de trafic, prosp&#232;re entre l'Indon&#233;sie et Ta&#239;wan ou la Chine, elle avait toujours refus&#233; avec horreur. &lt;i&gt;Wild animals are my friends !&lt;/i&gt;Articula-t-elle avec vigueur en faisant claquer sa langue contre son palais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;cailles de pangolin, r&#233;duites en poudre, sont cens&#233;es &#234;tre dot&#233;es de puissantes vertus aphrodisiaques &#8211; la raison pour laquelle elles sont particuli&#232;rement pris&#233;es par la m&#233;decine chinoise (et surtout, ses charlatans), la raison pour laquelle, en Chine, un repr&#233;sentant de cette esp&#232;ce en voie de disparition se n&#233;gocie pour l'&#233;quivalent de plusieurs milliers d'euros. Quoi qu'il en soit, mon compagnon de quarantaine &#233;tait un rescap&#233; : &#224; demi-asphyxi&#233; lors de sa d&#233;couverte par les agents des douanes, il n'avait d&#251; son salut qu'&#224; une &#233;nergique ventilation dispens&#233;e par les services v&#233;t&#233;rinaires de l'a&#233;roport. Et voici donc qu'il se trouvait confin&#233; dans la salle de quarantaine, &#224; attendre qu'un zoo de l'&#238;le se d&#233;clare int&#233;ress&#233; par son adoption... Je le vois fr&#233;mir, s'&#233;brouer &#8211; il se r&#233;veille et fixe sur moi deux grands yeux noirs interrogateurs et, dirait-on, nullement hostiles. J'approche ma main de son dos granuleux, il se laisse caresser avec un &#233;trange feulement sorti des profondeurs de sa gorge. &#171; Good animal ! &#187;, commente l'Indon&#233;sienne avec un hochement de t&#234;te approbateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une grosse vague de fatigue s'abat sur moi. Je m'assieds sur le sol pr&#232;s de mes deux compagnons et, les yeux au plafond, tente de faire le point : la premi&#232;re &#233;vidence qui s'impose est triviale : les &#233;tudiants vont pouvoir m'attendre, le lendemain, pour mon premier cours sur les antinomies de la pens&#233;e fanonienne dans une perspective d&#233;coloniale... selon toute probabilit&#233;, je ne suis pas pr&#232;s de sortir de ce gu&#234;pier, le temps que l'on se penche sur mon affection jusqu'ici orpheline et probablement opportuniste, que l'on me place &#224; l'isolement dans une chambre d' l'h&#244;pital pour toute la dur&#233;e d'examens approfondis, que les hommes de l'art &#233;tudient sur mon cas sous toutes ses coutures, que l'on statue sur le sort &#224; me r&#233;server &#224; l'issue du traitement &#8211; &#224; supposer qu'une telle chose existe, etc. Bon, autant dire que le cours est foutu, et probablement avec lui le (g&#233;n&#233;reux) salaire correspondant et que je destinais d&#233;j&#224; &#224; combler mes arri&#233;r&#233;s de pensions alimentaires... Sale histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(fondu encha&#238;n&#233; &#8211; dix ans plus tard)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait maintenant exactement neuf ans, six mois et trois semaines que nous voici install&#233;s, Mahira (mon ancienne compagne d'infortune &#224; la quarantaine de Taoyuan), Orazio (le pangolin) et moi dans notre cabane de r&#234;ve, au sommet d'une colline dominant la mer, tout au sud de Sumatra. Je vous &#233;pargne les d&#233;tails des tribulations au fil desquels nous sommes parvenus, s&#233;par&#233;ment puis ensemble (ayant jur&#233; de nous retrouver au terme de l'&#233;preuve v&#233;cue en commun et de ne plus nous s&#233;parer), &#224; nous extraire de l'enfer de la quarantaine, puis &#224; quitter l'&#238;le, &#224; r&#233;gulariser la situation d'Orazio et la mienne en Indon&#233;sie puis, gr&#226;ce &#224; ma maigre pension (mais ici &#233;quivalant &#224; un salaire de cadre tr&#232;s sup&#233;rieur) &#224; nous rendre propri&#233;taires de notre &lt;i&gt;home sweet home&lt;/i&gt;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Les jours s'&#233;coulent, identiques ou presque, scand&#233;s par les in&#233;vitables pluies &#233;quatoriales, piment&#233;s, de temps &#224; autre par un ouragan ou un l&#233;ger s&#233;isme... Ma biblioth&#232;que a fini, apr&#232;s bien des tours et des d&#233;tours, par me rejoindre, et je m'astreins &#224; r&#233;diger chaque jour une demi-page de mon &lt;i&gt;magnum opus&lt;/i&gt; consacr&#233; &#224; la notion de rhizome chez Deleuze-Guattari. Orazio gambade joyeusement dans le jardin o&#249; ma compagne cultive patates douces et ignames. Il fraternise avec une mangouste du voisinage &#8211; un compagnonnage bien utile lorsqu'il s'agit d'&#233;loigner les serpents, certains tr&#232;s venimeux, qui hantent la for&#234;t toute proche. Chaque matin, Mahira se met en demeure de tailler mes ongles qui, inexorablement, repoussent nuit apr&#232;s nuit. Elle s'y attache d&#233;sormais avec un art consomm&#233;, amoureusement, pourrais-je dire presque, sans forfanterie, &#233;quip&#233;e d'un couteau &#224; la lame recourb&#233;e, un outil de paysan destin&#233; &#224; couper les herbes s&#232;ches et les pousses de bambou. Au fil des ann&#233;es, ma ma&#238;trise de la langue indon&#233;sienne est devenue &#224; peu pr&#232;s passable, ce qui fait que nous avons pu, enfin, renoncer au p&#233;nible &lt;i&gt;globish&lt;/i&gt; dans lequel stagnait notre affection.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque mon bouquin sur Deleuze sera enfin fini et qu'il para&#238;tra sous couverture blanche ou rouge, nous irons passer un mois en France, depuis le temps qu'elle en r&#234;ve. Je lui pr&#233;senterai le peu d'amis qu'il me reste dans l'Hexagone, lui ferai visiter ma ville natale, Villefranche-sur-Sa&#244;ne, puis nous irons faire un tour dans les collines du Beaujolais, histoire de nous arsouiller un peu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Orazio gardera la cabane avec la mangouste &#8211; nous avons toute confiance en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc bien, s'il fallait tirer la morale de cette histoire, la preuve qui s'administre ici d'une fa&#231;on &#233;clatante : il n'est pas n&#233;cessaire qu'une affaire soit bien engag&#233;e pour qu'elle s'ach&#232;ve dans les meilleures conditions imaginables. Bref, ce n'est pas parce que le sort se m&#234;le de s'acharner sur vous dans le vol BR 83 de la compagnie Eva Air, de Paris &#224; Taipei, le mercredi 13 mars 2019, sans sommation, que vous n'allez pas, au fil de circonstances impr&#233;visibles autant qu'improbables mais pas moins r&#233;elles pour autant, trouver la femme de votre vie avec, en prime et ce qui ne g&#226;te rien, le plus valeureux des animaux de compagnie...&lt;br class='autobr' /&gt;
En cons&#233;quence de quoi, et sans vouloir vous commander, nous vous saurions gr&#233; de cesser de nous &lt;i&gt;emmerder&lt;/i&gt; avec vos j&#233;r&#233;miades, et le r&#233;cit aussi monotone qu'assommant de vos propres &lt;i&gt;emmerdements&lt;/i&gt; ( la r&#233;p&#233;tition est volontaire &#8211; emphatique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Etat souverain &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, la R&#233;publique de Chine souffre d'un d&#233;ficit de reconnaissance internationale, n'entretenant de relations diplomatiques qu'avec quelques petits Etats qu'elle arrose g&#233;n&#233;reusement. Elle ne fait pas partie de l'ONU, ni des principaux organismes internationaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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