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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Il &#233;tait une fois (une seule)...</title>
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		<dc:date>2019-05-24T11:12:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tatiana Bondartchouk</dc:creator>



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&lt;p&gt;(en ce temps et ce pays-l&#224;, les noms et les pr&#233;noms des gens s'usaient, comme leurs v&#234;tements, leurs chaussures, leurs brosses &#224; dents... Alors, il fallait en changer... Plus facile &#224; dire qu'&#224; faire) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le directeur &#233;tait &#224; bout. La ride qui s'&#233;tirait d'Est en Ouest sur toute la largeur de son front l'indiquait suffisamment. Foukal, commen&#231;a-t-il d'une voix qui tremblait d'&#233;nervement, Foukal, si ce n'est pas la vingti&#232;me fois que je vous le dis, alors c'est la vingt-et-uni&#232;me ! Foukal, votre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;(en ce temps et ce pays-l&#224;, les noms et les pr&#233;noms des gens s'usaient, comme leurs v&#234;tements, leurs chaussures, leurs brosses &#224; dents... Alors, il fallait en changer... Plus facile &#224; dire qu'&#224; faire)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur &#233;tait &#224; bout. La ride qui s'&#233;tirait d'Est en Ouest sur toute la largeur de son front l'indiquait suffisamment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Foukal, commen&#231;a-t-il d'une voix qui tremblait d'&#233;nervement, Foukal, si ce n'est pas la vingti&#232;me fois que je vous le dis, alors c'est la vingt-et-uni&#232;me ! Foukal, votre nom, il ne vaut plus rien, us&#233; jusqu'&#224; la corde, en loques, bon pour la poubelle ! Faut en changer, et fissa ! Depuis le temps que &#231;a tra&#238;ne, cette histoire ! Et pendant que vous y serez, virez-moi le pr&#233;nom, hein, tant qu'&#224; faire &#8211; &#231;a peut pas faire de mal ! Martial Foukal, non mais je vous le demande, vous aviez la t&#234;te o&#249;, le jour o&#249; vous &#234;tes all&#233; p&#234;cher &#231;a ! Vous ne vous rendez pas compte du tort que vous faites &#224; la maison, &#224; recevoir les gros clients, avec cette rime grotesque qui s'affiche sur la porte de votre bureau... Je les entends d'ici, &#224; peine sortis, qui s'esclaffent en se mettant de grandes claques dans le dos &#8211; &#171; un Martial Foukal, des Martiaux Foucaux, des Marsupiaux-Foucault...wouafwouafwouaf... ! &#187;... Tout &#231;a juste parce que Monsieur a la flemme de passer au bureau de l'&#233;tat-civil pour y d&#233;poser son nouveau nom ! Moi, je vais vous dire : les noms, c'est comme les voitures &#8211; on en change tous les deux ans et tout le monde est content. A quoi &#231;a sert de garder un vieux nom qui part en morceaux, qui fait rire (ou pleurer) tout le monde tellement il est devenu minable et tocard, qui fait honte &#224; tous ceux qui vous approchent ? Tous les deux ans, je vous dis, un vrai bain de jouvence ! Le mieux, c'est encore de faire les deux en m&#234;me temps : moi, c'&#233;tait tout juste il y a un an : je suis pass&#233; au moteur hybride et j'ai pris un nom cor&#233;en, eh bien, croyez-moi, &#231;a m'a donn&#233; un sacr&#233; coup de fouet ! Depuis que je m'appelle Moon Jong-on, je me sens pousser des ailes (sans parler de la voiture avec laquelle je fais de belles &#233;conomies d'essence...). Un nom, vous sentez tout de suite s'il vous va ou pas... Il y a dans les dix ou quinze ans, j'ai voulu essayer quelque chose qui plonge bien profond dans nos racines jud&#233;o-chretiennes, quelque chose de vrai, d'authentique, quoi, Shmuel Ben Zion, si je me rappelle bien &#8211; une catastrophe ! Des cauchemars toutes les nuits, les sir&#232;nes, le cr&#233;pitement des mitrailleuses, les &#171; Allahou Akhbar ! &#187;, les &#171; Palestine ! Palestine ! &#187; qui me r&#233;veillaient au milieu de la nuit ! &#199;a n'a pas &#233;t&#233; long avant que je revienne &#224; quelque chose qui fleure bon le fromage de ch&#232;vre et la bouse de vache &#8211; Gilles Vigouroux, tiens, celui-l&#224;, j'avais fini par m'y attacher, pour une fois, je l'ai fait durer jusque dans les trois ans, &#224; la fin il &#233;tait pr&#234;t &#224; tomber en lambeaux... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instruit par l'exp&#233;rience, je savais &#224; quoi m'en tenir : une fois lanc&#233; sur le sujet, le directeur ne me l&#226;cherait pas avant une bonne demi-heure. Je m'armai donc de patience, me demandant comment, cette fois encore, je parviendrais &#224; repousser l'ultimatum. C'est que les choses &#233;taient infiniment pires que tout ce que le directeur pouvait imaginer &#8211; qu'un inlassable d&#233;ploiement de ruses, d'excuses fallacieuses, de subterfuges emprunt&#233;s &#224; &lt;i&gt;L'art de la guerre&lt;/i&gt; de Sun-Tze, m'ait permis d'atteindre l'&#226;ge avanc&#233; de vingt-huit ans (cette sc&#232;ne se situe, pr&#233;cis&#233;ment, le jour de mon anniversaire) tout en conservant le nom que j'h&#233;ritais de mon p&#232;re et le pr&#233;nom que m'avaient attribu&#233; mes parents... !&lt;br class='autobr' /&gt;
Dieu sait (voire...) s'il m'avait fallu en improviser, des parades, des atermoiements, des d&#233;tours pour ne pas d&#233;vier de ma ligne de conduite ! C'&#233;tait, au fil du temps, devenu comme une id&#233;e fixe, une mission secr&#232;te que je m'&#233;tais assign&#233;e, un objectif glorieux entre tous &#8211; quand bien m&#234;me j'en ignorais tout &#224; fait les motifs. Apr&#232;s tout, en effet, pourquoi ne pas me plier &#224; l'usage, la norme, faire comme tout le monde, et changer de nom au fil des saisons au rythme de l'obsolescence programm&#233;e qui &#233;tait la condition m&#234;me de chacun d'entre eux, inexorable ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus le temps passait, bien s&#251;r, et plus il m'&#233;tait difficile de dissimuler l'usure de mon patronyme, tout comme de celle de mon &lt;i&gt;given name&lt;/i&gt; (comme il est dit sur les fiches de d&#233;barquement, dans les a&#233;roports internationaux). Je passais des heures &#224; tenter de donner le change en les maquillant, les rafra&#238;chissant, redessinant les lettres qui s'&#233;caillaient sur la porte de mon bureau et, carr&#233;ment, s'effa&#231;aient, sur mes documents d'identit&#233; et mes cartes de visite. Quand il me fallait me pr&#233;senter, que ce soit dans l'exercice de ma profession ou &#224; l'occasion de rencontres amicales, je m'effor&#231;ais de d'&#233;noncer mon nom et mon pr&#233;nom d'une seule traite et avec un allant destin&#233;s &#224; leur donner l'&#233;clat du neuf, je simulais une crise d'&#233;ternuement, une quinte de toux providentielle... Pauvres stratag&#232;mes qui ne trompaient gu&#232;re mes interlocuteurs et leur faisait, le plus souvent, froncer les sourcils d'un air perplexe &#8211; voire carr&#233;ment r&#233;probateur. Je les entendais distinctement se demander &lt;i&gt;in petto&lt;/i&gt; : mais &#224; quoi bon, diable, s'accrocher &#224; un &#233;tat-civil si visiblement en ruines, ne dirait-on pas un gamin refusant de se s&#233;parer de son jouet f&#233;tiche r&#233;duit en pi&#232;ces et morceaux ?!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus mon id&#233;e fixe m'exposait &#224; tous les dangers (les rares obstin&#233;s qui faisaient du refus de changer de nom &lt;i&gt;un acte de foi&lt;/i&gt; et un geste de d&#233;fi adress&#233; &#224; l'autorit&#233; &#233;taient frapp&#233;s de proscription &#224; vie et exp&#233;di&#233;s aux &lt;i&gt;Iles lointaines&lt;/i&gt;), moins j'en percevais les ressorts effectifs &#8211; apr&#232;s tout, mes parents m'avaient toujours trait&#233; avec la plus grande distraction et une sorte d'indiff&#233;rence teint&#233;e de vague hostilit&#233;, ne faisant pas myst&#232;re de leur pr&#233;f&#233;rence pour mon fr&#232;re, a&#238;n&#233;, le fayot, le conformiste, qui, contrairement &#224; moi, avait poursuivi sans faiblir un parcours d'excellence dans les &#233;tablissements scolaires de la &lt;i&gt;Capitale lib&#233;r&#233;e&lt;/i&gt;. Il m'avait fallu me r&#233;soudre, &#224; leur mort, &#224; quitter l'appartement familial, c&#233;dant la place &#224; mon fr&#232;re et sa jeune &#233;pouse pour m'installer dans un quartier p&#233;riph&#233;rique o&#249; avaient pouss&#233; en peu d'ann&#233;es des barres de b&#233;ton r&#233;solument hostiles au genre humain. Tout aurait donc pu ou d&#251; m'inciter &#224; me plier de bonne gr&#226;ce, &#224; d&#233;faut d'enthousiasme, au r&#232;glement impos&#233; par le constat irr&#233;cusablement (scientifiquement) &#233;tabli par les Grands Erudits (tel &#233;tant le titre qu'ils s'&#233;taient arrog&#233;) qui r&#233;gentaient nos fragiles existences. Apr&#232;s tout, le directeur n'avait-il pas mille fois raison &#8211; Martial Foukal, n'&#233;tait-ce pas, &#224; y regarder d'un peu pr&#232;s, une forme de maladie plut&#244;t qu'un &#233;tat-civil ? Alors &#224; quoi bon cette obstination, cet ent&#234;tement, cet attachement sans fondement &#224; cette &#233;pave, cette ruine qui me servaient de nom ? Quel obscur d&#233;sir de sacrifice peut-il bien se trouver ici &#224; l'&#339;uvre, qui suffise &#224; ce que je d&#233;sire m'exposer ainsi, par pur esprit de bravade, &#224; finir mes jours sur les terres d&#233;sol&#233;es des &lt;i&gt;Iles lointaines&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le malheureux Foukal en &#233;tat &#224; ce point dans sa r&#233;flexion (sa perplexit&#233;) inspir&#233;es par les ressorts obscurs de sa r&#233;tivit&#233; &#224; adopter un patronyme plus avantageux lorsque deux agents de la &lt;i&gt;Police des noms&lt;/i&gt;, alert&#233;e par le directeur, devenu r&#233;solument allergique au &lt;i&gt;bartlebysme&lt;/i&gt; de son employ&#233;, vinrent l'arr&#234;ter. Les choses se pass&#232;rent alors &#224; peu pr&#232;s, mot pour mot, comme dans le dernier chapitre de &lt;i&gt;Le Proc&#232;s&lt;/i&gt; de Kafka, alors je ne r&#233;p&#232;te pas, on n'a pas que &#231;a &#224; faire &#8211; ni vous ni moi. La seule variante, pas n&#233;gligeable, convenons-en, c'est que Foukal, donc, plut&#244;t qu'&#233;gorg&#233;, se retrouva encha&#238;n&#233; sur une gal&#232;re en partance, lui dit-on, pour les &lt;i&gt;Iles lointaines&lt;/i&gt;, et condamn&#233; &#224; y ramer jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive &#8211; ceci pour la bonne et simple raison que les &lt;i&gt;Iles lointaines&lt;/i&gt; n'ont jamais exist&#233;, pure fiction du pouvoir, &lt;i&gt;ad usum populi&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un dernier point. Cette fable parle de la r&#233;tivit&#233; sans objet, qui est &#224; elle-m&#234;me son pur objet, et dont le fondement est ce que l'autre Foucault, le vrai, appelle l'inversion de l'&#233;nerg&#233;tique du pouvoir. Elle ne parle pas de la symbolique de la filiation et autres niaiseries que nous abandonnons volontiers &#224; Pierre Legendre et sa bl&#234;me s&#233;quelle. Si Foukal ne veut pas changer de nom, c'est qu'il ne souffre pas qu'on lui dicte ses conduites, il ne veut pas qu'on l'emmerde avec des directives &#224; la con. Il est r&#233;tif-n&#233;, comme d'autres ne supportent pas l'odeur du gigot de mouton. C'est clair ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tatiana Bondartchouk&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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