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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Gilets jaunes : &#171; une R&#233;publique du genre humain &#187;</title>
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		<dc:date>2019-05-26T07:25:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jacques Wajnsztejn</dc:creator>



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&lt;p&gt;Temps critiques, f&#233;vrier 2019 Intervention le 16 mars 2019 &#224; Fertans (Doubs) dans le cadre de l'Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne consacr&#233; aux Gilets jaunes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Gilets jaunes : &#171; une R&#233;publique du genre humain &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
UN CARACT&#200;RE D'&#201;V&#201;NEMENT Alors que le pouvoir en place et l'&#201;tat attendent toujours plus ou moins une petite r&#233;volte paysanne encadr&#233;e par la FNSEA, un mouvement de cheminots ou d'enseignants encadr&#233;s par les syndicats de salari&#233;s qui savent ne pas d&#233;passer la ligne jaune ou m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2019 &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Intervention le 16 mars 2019 &#224; Fertans (Doubs) dans le cadre de l'Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne consacr&#233; aux Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gilets jaunes : &#171; une R&#233;publique du genre humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anacharsis Cloots (1793).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN CARACT&#200;RE D'&#201;V&#201;NEMENT&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que le pouvoir en place et l'&#201;tat attendent toujours plus ou moins une petite r&#233;volte paysanne encadr&#233;e par la FNSEA, un mouvement de cheminots ou d'enseignants encadr&#233;s par les syndicats de salari&#233;s qui savent ne pas d&#233;passer la ligne jaune ou m&#234;me un mouvement lyc&#233;en ou une r&#233;volte des banlieues qu'ils savent plus difficile &#224; contr&#244;ler, c'est du c&#244;t&#233; d'une population majoritairement rendue invisible qu'est venue la surprise en des temps qui sont ceux o&#249; les diff&#233;rentes forces de pouvoir cherchent &#224; faire une place aux &#171; minorit&#233;s visibles &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#233;nement, au sens fort, c'est ce qui marque une rupture avec ce qui est attendu, que ce soit du point de vue de sa composante (ce n'est pas une classe ni m&#234;me une cat&#233;gorie ou une corporation), de ses objectifs (ils peuvent &#234;tre aussi bien globaux que para&#238;tre d&#233;risoires aux personnes ext&#233;rieures) de son organisation (les m&#233;diations habituelles, syndicales ou politiques sont ignor&#233;es, l'attaque contre l'&#201;tat est frontale) ou encore de ses moyens de lutte (action directe, occupation et blocages de lieux inhabituels comme les ronds-points, manifestations urbaines non d&#233;clar&#233;es, d&#233;termination &#224; la mobilit&#233; non entrav&#233;e dans les centres-villes au cours des manifestations).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;v&#233;nement, c'est aussi ce qui marque une rupture entre l'avant et l'apr&#232;s. L'avant parce que pas grand-chose ne le laissait pr&#233;sager (les Gilets jaunes sont une caricature de majorit&#233; silencieuse pour le pouvoir) et l'apr&#232;s parce que rien ne pr&#233;figure ce qui va suivre le soul&#232;vement. Par rapport &#224; la simple &#233;meute, il perdure (trois mois maintenant), c'est en cela qu'il fait &#233;v&#233;nement, mais la dynamique qui l'anime pendant ce temps n'est pas gage de transcendance ou de d&#233;passement. Pour prendre un exemple, il y a des points communs entre l'&#233;v&#233;nement Mai-68 et l'&#233;v&#233;nement Gilets jaunes parce que dans les deux cas il y a bouleversement des comportements pratiques dans un d&#233;roulement qui n'est pas lin&#233;aire et qui peut tr&#232;s bien conna&#238;tre son acm&#233; au d&#233;but, au milieu ou &#224; la fin du mouvement qui fait &#233;v&#233;nement. Dans tous les cas, il fait qu'on ne peut faire de la question : &#171; Quelle perspective ? &#187; ou &#171; Comme cela va-t-il finir ? &#187; la question essentielle. L'&#233;v&#233;nement se suffit &#224; lui-m&#234;me et ne pr&#233;juge pas de son devenir et des risques encourus, de ses d&#233;rives, de son r&#233;sultat (Mai-68 n'est pas r&#233;ductible &#224; Grenelle, le mouvement des fourches au parti Cinq &#233;toiles, les Gilets jaunes au RIC, etc.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est dans sa nature d'&#233;v&#233;nement de se poser les questions dans des termes nouveaux d'o&#249; son allure &#171; sauvage &#187;, de groupe en fusion, sa d&#233;sinvolture par rapport &#224; toutes les r&#232;gles sociales de bien-s&#233;ance envers les diff&#233;rents pouvoirs, qu'ils soient politiques, &#233;conomiques ou m&#233;diatiques et &#233;videmment par rapport aux forces de l'ordre une fois qu'il en a compris la fonction r&#233;pressive &#224; son encontre en tant que corps particulier de l'&#201;tat (cf. &lt;i&gt;infra&lt;/i&gt;). Le choix entre respect de la l&#233;galit&#233; ou passage &#224; l'ill&#233;galit&#233; n'est alors plus pour lui un principe d&#233;fini &#224; l'avance, comme dans l'action syndicale et politique, mais un sujet &#224; traiter de fa&#231;on pragmatique, au coup par coup et si passage &#224; l'acte il y a il est assum&#233; sans crier au loup ! Ainsi des milliers de gardes &#224; vue signifi&#233;es aux Gilets jaunes, sans autre forme de proc&#232;s, ne le pousse pas &#224; se poser de fa&#231;on essentiellement victimaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE COMPOSITION SOCIALE DIVERSE&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement ne se laisse pas saisir ais&#233;ment. Dans un premier temps sociologues, politiques et m&#233;dias ont entonn&#233; l'antienne des classes moyennes, celles qui se sentiraient d&#233;class&#233;es, qui jugeraient payer trop d'imp&#244;t, &#224; la fois parce les pauvres n'en paieraient pas et parce que les puissants y &#233;chappent aussi par &#233;vasion fiscale. Et puis devant le peu de r&#233;alit&#233; de la chose, les commentateurs sont pass&#233;s &#224; la notion de &#171; classe moyenne inf&#233;rieure &#187;, regroupant par l&#224; un vaste magma qui serait compos&#233; des 50 % de m&#233;nages qui ne se situent pas dans les 25 % les plus riches ou les 25 % les plus pauvres. Le peu de s&#233;rieux de ces tentatives a conduit ensuite &#224; privil&#233;gier finalement la notion de &#171; classes populaires &#187; qui permettrait de mieux rendre compte de ce que ressentent les protagonistes (&#171; Nous sommes le peuple &#187;) sans donner l'air de c&#233;der &#224; une lecture populiste du mouvement. Un analyste qui se pr&#233;tend g&#233;ographe (C. Guilluy) s'est m&#234;me saisi de ce dernier qualificatif pour d&#233;signer un ensemble surd&#233;termin&#233; par la division spatiale du territoire entre centre et p&#233;riph&#233;rie, oublieux du fait que les &#171; classes populaires &#187; peuplent aussi les HLM des banlieues des grandes m&#233;tropoles. Quant aux marxistes orthodoxes, ils ont camp&#233; sur leur lutte de classe &#233;ternelle, la plupart pour refuser un mouvement au mieux interclassiste au pire petit-bourgeois et r&#233;actionnaire comme si les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires du pass&#233; avaient &#233;t&#233; mis en jeu par des classes &#171; pures &#187; (Canuts lyonnais m&#234;lant salari&#233;s et artisans, paysans anarchistes ukrainiens de 1917 et d'Andalousie de 1936 c&#244;toyant les conseils ouvriers). Pour rester au plus pr&#232;s de notre &#233;poque, dans les ann&#233;es 1960-70, en France et en Italie c'est justement le mixage entre souvenirs des r&#233;voltes paysannes de l'Ouest de la France ou du Mezzogiorno italien qui a produit cette insoumission &#224; l'usine et la mise &#224; feu et &#224; sang d'une usine de la dimension de FIAT par les jeunes ouvriers insoumis &#224; la discipline d'usine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l&#224;, avec les Gilets jaunes, au niveau de &#171; l'impuret&#233; &#187;, on est servi : 33 % se disent employ&#233;s, 14 % ouvriers, 10 % artisans, commer&#231;ants ou auto-entrepreneurs, 10 % professions interm&#233;diaires, 25 % inactifs ou retrait&#233;s. Mais c'est quand on leur demande, dans des sondages et enqu&#234;tes, qu'ils r&#233;pondent en ce sens, car l'une des caract&#233;ristiques premi&#232;res du mouvement est de ne jamais aborder une discussion par le biais du travail concret effectu&#233;, mais par celui des conditions de vie. C'est d'ailleurs comme cela qu'il constitue son unit&#233;. Celle d'une commune condition de vie, difficile ou pr&#233;caire. Par rapport &#224; ces analyses en termes de classes nous pensons justement que la caract&#233;ristique du mouve-ment des GJ est d'&#234;tre aclassiste, parce que ni l'analyse sociologique ou statistique en termes de cat&#233;gories socioprofessionnelles ni l'analyse marxiste en termes de bourgeoisie et prol&#233;tariat ne sont pertinentes. Il n'y a plus de classes antagonistes au sens de Marx parce que les &#233;l&#233;ments objectifs (le nombre d'ouvriers et son enfermement dans les forteresses ouvri&#232;res et ses quartiers), comme subjectifs (la conscience de classe et de l'antagonisme capital/travail) se sont &#233;vanouies avec les restructurations et ce que nous avons appel&#233; la &#171; r&#233;volution du capital &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il y a donc bien encore lutte, ce n'est plus d'une lutte de classes dont il s'agit et qui avait sa ou ses th&#233;ories, ses perspectives inscrites de longue date et sur lesquelles se jouaient diverses partitions, mais avec les m&#234;mes instruments. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une lutte sans classe donc, au sens d'absence d'un sujet historique, m&#234;me de rechange (l'&#233;tudiant, l'immigr&#233;, le sans-papiers) plut&#244;t qu'une lutte de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#8230;QUI DOIT TROUVER SES PROPRES R&#201;F&#201;RENCES&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Que le mouvement des GJ ne se rattache pas au fil rouge historique des luttes de classes ne signifie pas qu'il est dans un pur pr&#233;sentisme parce qu'il serait &#171; mouvementiste &#187; avant tout. En effet, il a tendance &#224; ressusciter les grandes r&#233;voltes populaires du pass&#233; contre l'imp&#244;t et les taxes (cf. les Cahiers de dol&#233;ances de 1788-89). Paradoxalement, c'est l'affaiblissement des &#201;tats-nations (&#171; &#224; la fran&#231;aise &#187;) cens&#233;s assurer l'&#233;galit&#233; des conditions (Tocqueville et les r&#233;volutions am&#233;ricaine et fran&#231;aise) et la fin des privil&#232;ges, qui, dans sa crise, produit &#224; nouveau des in&#233;galit&#233;s sociales et de nouveaux privil&#232;ges (relations sociales, proc&#233;dures de cooptation et client&#233;lisme sous la forme du lobbysme, se substituent au r&#233;gime m&#233;ritocratique). Ainsi, de la m&#234;me fa&#231;on que sous l'Ancien R&#233;gime des charges &#233;taient achet&#233;es aujourd'hui elles redeviennent h&#233;r&#233;ditaires de fait si ce n'est de droit. C'est donc une remise en cause du pacte social en g&#233;n&#233;ral auquel on aboutit et finalement autour de ce qui symbolise son financement, condition d'une reproduction plus ou moins satisfaisante du rapport social : l'imp&#244;t. Que la goutte d'eau qui fait d&#233;border le vase soit fiscale n'est pas innocent dans un pays dont les pouvoirs publics refusent une r&#233;forme fiscale jug&#233;e pourtant n&#233;cessaire par tous, mais consid&#233;r&#233;e comme une v&#233;ritable usine &#224; gaz. La grogne vis-&#224;-vis de l'imp&#244;t d&#233;j&#224; fort pr&#233;sente ne pouvait donc pas rester lettre morte &#224; partir du moment o&#249; des mesures aussi provocatrices que la suppression de l'ISF sur la fortune et la hausse des carburants pour les m&#233;nages &#233;taient prises sans justification l&#233;gitime. Crispation contre l'imp&#244;t en g&#233;n&#233;ral donc (c'est &#231;a qui a fait parler en termes de mouvement de classes moyennes ou poujadisme &#224; l'origine), mais r&#233;volte contre la sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise en mati&#232;re de fiscalit&#233; qui fait que l'imp&#244;t sur le revenu progressif rapporte peu en France et que c'est par les taxes et la CSG non progressives que l'&#201;tat engrange la majorit&#233; de ses recettes, taxes qui gr&#232;vent proportionnellement beaucoup plus les budgets modestes que les autres vu la structure des d&#233;-penses dans les budgets de ces m&#233;nages (le poids relatif des &#171; d&#233;penses contraintes &#187; y est plus fort).&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution fran&#231;aise, la Marseillaise comme chant r&#233;volutionnaire des citoyens, les cahiers de dol&#233;ances, les mont&#233;es &#224; Paris sur les lieux de pouvoir, le rappel au droit &#224; l'insurrection de l'article 35 de la Constitution de l'an III, le RIC qui rappelle le droit de p&#233;tition de 1791, l'appel &#224; une Constituante, voil&#224; donc aujourd'hui les r&#233;f&#233;rences que le mouvement se r&#233;approprie, m&#234;me s'il a parfois du mal &#224; en saisir la dimension d'universalit&#233; dans toute son ampleur, universelle justement et donc non nationale, sa dimension citoyenne au sens de 1789-94, c'est-&#224;-dire r&#233;volutionnaire et non pas citoyenniste qui elle r&#233;pond &#224; l'appel de responsabilit&#233; que l'&#201;tat adresse &#224; ses sujets quand il leur de-mande en fait d'ob&#233;ir &#224; ses r&#232;gles (cf. l'instruction civique).&lt;br class='autobr' /&gt;
Trouver ses propres r&#233;f&#233;rences et ses propres supports, c'est cela qui est difficile, car les regroupements de ronds-points ne sont pas des conseils ouvriers, l'assembl&#233;e de Commercy n'est pas l'assembl&#233;e ouvri&#232;re autonome de l'Alfa-Romeo de 1973, le RIC n'est pas le programme d'un parti communiste prol&#233;tarien.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, le mouvement na&#238;t et se d&#233;veloppe dans le proc&#232;s de circulation plus que de production et pose la question de la reproduction des rapports sociaux d'ensemble (d'o&#249; son rapport conflictuel imm&#233;diat &#224; l'&#201;tat) plut&#244;t que celle de la production et du rapport au patronat. Cela s'explique, entre autres, par la baisse de centralit&#233; du travail productif dans le proc&#232;s de valorisation du capital avec l'inessentialisation de la force de travail qui en r&#233;sulte et la tendance &#224; la substitution capital/travail dans le proc&#232;s de production. Il en d&#233;coule, au niveau de la structure m&#234;me du capital une importance accrue du proc&#232;s de circulation et une tendance &#224; la totalisation du proc&#232;s production/circulation qui rend l'action de blocage des flux au moins aussi importante que la forme historique que constituait le blocage de la production par la gr&#232;ve et l'occupation des usines. Or, cela ne mobilise pas forc&#233;ment les m&#234;mes protagonistes (retrait&#233;s, ch&#244;meurs femmes au foyer, &#233;tudiants, auto-entrepreneurs) et les GJ ont su se glisser dans cette configuration pour porter leur action l&#224; o&#249; &#231;a fait mal sans pourtant enclencher un processus de gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, ces changements ent&#233;rinent l'id&#233;e que tout se jouerait au niveau de l'hyper-capitalisme du sommet et ses repr&#233;sentants visibles : &#201;tat, GAFAM, banques, Commission europ&#233;enne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN MOUVEMENT D'INSUBORDINATION&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
De la revendication particuli&#232;re (la lutte contre les taxes) &#224; une r&#233;volte contre l'injustice fiscale puis, plus g&#233;n&#233;ralement contre l'injustice sociale avec des revendications de plus en plus proches de celles des salari&#233;s (augmentation des salaires et du SMIC, halte &#224; la pr&#233;carit&#233;, retour de l'ISF, fin de la CSG), le particulier tend vers l'universel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement n'est pas m&#251; par une critique des conditions de travail et du travail, mais par une r&#233;f&#233;rence aux conditions de vie. Il est certain qu'auparavant, dans les luttes ouvri&#232;res, les conditions de vie jouaient leur r&#244;le, mais &#233;taient comme incluses dans les conditions de travail, car c'est la professionnalit&#233; qui d&#233;terminait le reste (la fiert&#233; d'&#234;tre mineur ou docker et non pas la vie de mis&#232;re qui leur &#233;tait attenante). Alors qu'aujourd'hui, cette professionnalit&#233; a &#233;t&#233; en grande partie d&#233;truite et elle n'est plus qu'une composante (avec les conditions de travail) des conditions de vie plus g&#233;n&#233;rales. D'ailleurs les GJ ne se pr&#233;sentent gu&#232;re par leur profession d'origine. C'est aussi cette caract&#233;ristique qui fait l'unit&#233; au-del&#224; des diff&#233;rentes conditions. En effet, pr&#233;alablement, c'est le collectif de travail qui faisait l'unit&#233; et l'id&#233;e d'une classe particuli&#232;re dans son opposition &#224; la classe dominante ; or aujourd'hui, cette unit&#233; n'est plus donn&#233;e directement par le capital qui a d'abord corporatis&#233; les segments de la force de travail salari&#233;, puis atomis&#233; cette force de travail qui ne trouve plus gu&#232;re son unit&#233; qu'id&#233;ologiquement dans les grandes messes syndicales. L'unit&#233;, si unit&#233; il peut y avoir ici ne peut donc qu'&#234;tre reconstruite sur la base des conditions de vie, ce &#224; quoi les Gilets jaunes se sont attach&#233;s. &#171; Tous Gilets jaunes &#187; en repr&#233;sente la formule la plus ad&#233;quate et r&#233;currente qui dit la fa&#231;on de faire des Gilets jaunes : l'id&#233;ologie et le politique ne sont pas les filtres qui guident le mouvement, malgr&#233; tous les risques que cela comporte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus concr&#232;tement et &#224; l'origine, ces conditions de vie sont marqu&#233;es par les d&#233;penses contraintes qui absorbent une part grandissante du budget des m&#233;nages pauvres ou modestes d'o&#249; l'accent mis sur les prix et les taxes jug&#233;es abusives, le pouvoir d'achat, le &#171; reste &#224; vivre &#187; au 15 du mois et le &#171; pou-voir vivre &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces prix sont per&#231;us comme un arbitraire de l'&#201;tat qui fixe des prix administr&#233;s ou des grands monopoles/oligopoles qui fixent des prix mondiaux. Tous ces prix apparaissent arbitraires car sans rapport avec une &#171; valeur &#187; quelconque. Une chose facile &#224; constater m&#234;me pour des personnes peu vers&#233;es vers l'analyse &#233;conomique quand on voit le peu de rapport entre les variations de prix du baril de p&#233;trole et celles du prix &#224; la pompe &#224; essence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette mesure et &#224; l'oppos&#233; de ce que l'on entend souvent, la conscience du mouvement des GJ n'est pas forc&#233;ment moins avanc&#233;e que celle des ouvriers ou salari&#233;s s'attaquant &#224; des patrons pr&#233;cis. Les premiers s'attaquent directement &#224; l'hyper-capitalisme, via l'&#201;tat, alors que les seconds en restent encore &#224; une conception de la domination reposant sur les m&#233;canismes de l'exploitation. De cela peut na&#238;tre l'illusion qu'il n'y a que peu de puissants (les fameux 1 %) et une immense majorit&#233; de domin&#233;s (les 99 %) ce qui occulte compl&#232;tement la complexit&#233; de la hi&#233;rarchisation sociale des rapports sociaux capitalistes. Une des faiblesses du mouvement des GJ, mais d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans des mouvements cens&#233;ment plus conscientis&#233;s comme les &#171; Occupy Wall Street &#187;. Or, la plupart des Gilets jaunes n'ont que trois mois au compteur !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement des Gilets jaunes n'est pas &#171; social &#187; au sens des mouvements sociaux traditionnels, mais il a une nature sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas non plus directement politique, mais il a une &#226;me politique parce qu'il d&#233;construit imm&#233;diatement l'&#233;vidence d'une soumission naturelle au pouvoir de la part des domin&#233;s par rapport aux dominants. C'est dans ce soul&#232;vement qu'il produit sa propre violence, violence de d&#233;termination plus que violence effective parce qu'il ne veut pas de cadre et surtout, plus concr&#232;tement, qu'il d&#233;-borde les cadres de la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine. Le refus de d&#233;clarer les manifestations et leur parcours, les occupations de ronds-points et de plateforme sont les signes concrets de ce passage en force par l'action qui d&#233;limite un nouveau rapport de force. L&#224; aussi nouvelle pratique par rapport aux mouvements sociaux habituels encadr&#233;s : ce n'est pas le mouvement qui s'adapte &#224; un rapport de force &#233;tabli qu'il prend en compte en phase statique, c'est lui qui produit le rapport de force &#171; qui fait mouvement &#187;. Son refus de n&#233;gocier et sa critique de toute repr&#233;sentation, y compris en son sein, place alors la barre tr&#232;s haut et rempli de d&#233;sarroi les diff&#233;rentes formes de pouvoir en place (gouvernements, m&#233;dias, partis et syndicats), d'o&#249; la violence de la r&#233;pression par les forces de l'ordre et la virulence du discours anti-mouvement dans les m&#233;dias s&#233;rieux et la &#171; p&#233;dagogie &#187; par les images de la part des t&#233;l&#233;s poubelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais tout cela ne doit pas occulter le fait que, malgr&#233; ses r&#233;f&#233;rences r&#233;currentes &#224; la d&#233;mocratie, le mouvement s'affirme bien plus comme un mouvement d'action directe que comme un mouvement pour la d&#233;mocratie directe, m&#234;me s'il n'y a pas forc&#233;ment de contradiction entre les deux tendances. L'auto-organisation du mouvement, tant que les ronds-points en ont &#233;t&#233; l'axe majeur, est rest&#233;e une auto-organisation de proximit&#233; sans formalisme, loin, par exemple, de l'assembl&#233;isme de Commercy qui, avec le RIC comme revendication unitaire apparaissent plut&#244;t comme des recettes pour une porte de sortie par le haut d'un mouvement n&#233; par le bas, qu'une v&#233;ritable perspective de d&#233;veloppement et d'approfondissement du mouvement..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE COMMUNAUT&#201; DE LUTTE&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour passer du virtuel des r&#233;seaux sociaux au r&#233;el du terrain de lutte, les GJ ont d&#251; construire leur propre corps collectif &#224; partir, pourtant, de l'&#233;clatement produit par l'atomisation sociale et g&#233;ographique. C'est de l&#224; que se sont d&#233;gag&#233;es des subjectivit&#233;s elles aussi collectives au-del&#224; des fragmentations objectives du corps social dans son entier. La communaut&#233; du travail, comme &#224; Lip, qui s'&#233;rigeait en communaut&#233; de lutte n'est plus possible et s'y substitue la communaut&#233; de lutte directe-ment comme seule communaut&#233; imm&#233;diate, mais en tant qu'elle n'existe que par la lutte (sinon, retour &#224; l'atomisation et en cons&#233;quence &#224; l'individualisme). Une communaut&#233; de lutte dont la perspective est universaliste (celle de la perspective d'une communaut&#233; humaine qu'anticipait d&#233;j&#224; Anacharsis Cloots, r&#233;volutionnaire allemand de la R&#233;volution fran&#231;aise en en appelant en 1794, juste avant d'&#234;tre guillotin&#233;, &#224; une &#171; R&#233;publique du genre humain &#187;), au sens o&#249; elle n'est pas exclusive (&#171; Tous gilets jaunes &#187;), m&#234;me si elle peut parfois &#234;tre tent&#233;e de se r&#233;f&#233;rer &#224; une communaut&#233; nationale des gens d'en bas (elle bute sur l'ambigu&#239;t&#233; et la polys&#233;mie de la r&#233;f&#233;rence citoyenne). Ce corps antagonique se fait peuple, mais celui-ci n'est pas essentialis&#233;, m&#234;me si, l&#224; encore, la r&#233;f&#233;rence &#224; la communaut&#233; nationale et &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ne sont pas v&#233;ritablement &#171; pens&#233;es &#187; et questionn&#233;es). Corps antagonique qui s'oppose aux diff&#233;rents corps de l'&#201;tat et &#224; celui qui, tout &#224; coup, lui est apparu comme son auxiliaire, &#224; savoir le corps des forces de l'ordre, accus&#233;, d&#232;s l'acte III de &#171; collaboration &#187; avec l'&#201;tat. Il n'y a donc pas, &#224; proprement parler, de demande par rapport &#224; l'&#201;tat, comme par exemple dans le cas des luttes dans la fonction publique, parce que l'&#201;tat appara&#238;t ici comme l'ennemi&#8230; sans que soit produite une claire critique de l'&#201;tat en tant que pouvoir, que ce soit &#224; la fa&#231;on anarchiste ou &#224; la fa&#231;on am&#233;ricaine conservatrice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &#171; Tous ensemble &#187; que l'on entend crier comme en 1995, n'est donc pas une demande de restauration de l'&#201;tat-providence de la p&#233;riode des Trente glorieuses, mais un &#171; &#8220;Tous ensemble&#8221; contre ce monde &#187; qui peut effectivement s'ouvrir &#224; toutes les probl&#233;matiques autour de la question du climat et de l'&#233;cologie, des &#171; grands travaux &#187;, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette communaut&#233; de lutte est communaut&#233; de pratiques collectives proche de celle des ZAD avec l'exp&#233;rience des cabanes de ronds-points. C'est fort, mais limit&#233; car le mouvement n'a pas de pens&#233;e de l'&#233;mancipation &#224; port&#233;e de main. C'est la solidarit&#233; (fraternit&#233;) pr&#233;sente sur ses lieux d'action et les d&#233;sirs d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; qui l'animent. La tension individu/communaut&#233; s'y d&#233;voile. Point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lire aussi :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226;	&lt;i&gt;L'envie de R&#233;volution fran&#231;aise des Gilets jaunes&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment #5 au num&#233;ro 19 de &lt;i&gt;Temps cri-tiques&lt;/i&gt;, f&#233;vrier 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&lt;i&gt;Ce qui dure dans la lutte des Gilets jaunes=, suppl&#233;ment #4 au num&#233;ro 19 de &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, janvier 2019.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&lt;i&gt;Une tenue jaune qui fait communaut&#233;&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment #3 au num&#233;ro 19 de &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&lt;i&gt;Sur cette r&#233;volte en g&#233;n&#233;ral et sur celle des Gilets jaunes en particulier&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment #2 au num&#233;ro 19 de &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2018.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226;	&lt;i&gt;Sur le mouvement des Gilets jaunes&lt;/i&gt;, suppl&#233;ment au num&#233;ro 19 de &lt;i&gt;Temps critiques&lt;/i&gt;, novembre 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Anacharsis Cloots (1793).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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