<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=270&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Refuser comme Rosemonde</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=829</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=829</guid>
		<dc:date>2019-07-14T10:37:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Paul Aym&#233;</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il y a trop de gens dont la libert&#233; d'&#234;tre un peu dans leur peau est syst&#233;matiquement refus&#233;e. dans La Salamandre, A. Tanner, 1971 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je n'&#233;tais pas du pays. Je pensais que j'&#233;tais une parisienne de Paris, du 16e arrondissement. Je pensais que je n'&#233;tais pas le personage &#187; dit Bulle Ogier, lorsqu'elle vient pr&#233;senter en compagnie de Renato Berta la version restaur&#233;e de La Salamandre d'Alain Tanner, dans la plus grande salle du Reflet M&#233;dicis le mercredi 8 mai 2019. Elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il y a trop de gens dont la libert&#233; d'&#234;tre un peu dans leur peau est syst&#233;matiquement refus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;dans &lt;i&gt;La Salamandre&lt;/i&gt;, A. Tanner, 1971&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'&#233;tais pas du pays. Je pensais que j'&#233;tais une parisienne de Paris, du 16e arrondissement. Je pensais que je n'&#233;tais pas le personage&lt;/i&gt; &#187; dit Bulle Ogier, lorsqu'elle vient pr&#233;senter en compagnie de Renato Berta la version restaur&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Restauration &#224; l'initiative de Memoriav, association qui conserve, valorise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de &lt;i&gt;La Salamandre&lt;/i&gt; d'Alain Tanner, dans la plus grande salle du Reflet M&#233;dicis le mercredi 8 mai 2019. Elle a donc, dans un premier temps, refus&#233; de jouer le personnage de Rosemonde, jeune femme accus&#233;e d'avoir tir&#233; sur son oncle qu'un journaliste et un &#233;crivain-ma&#231;on sollicitent pour qu'elle leur raconte son histoire et sa version des faits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pass&#233;es ces quelques phrases, Bulle Ogier laisse la parole au joyeux Renato Berta, qui, d'anecdotes en anecdotes, aborde la pellicule qui &#233;tait &#171; gal&#232;re &#187;, l'esth&#233;tique du film dict&#233;e par les conditions dans lesquelles il est tourn&#233;, &#171; cette grande libert&#233; dans un cadre &lt;i&gt;limit&#233;&lt;/i&gt; m&#234;me si le mot ne convient pas &#187;, ajoute-t-il. Au bout d'un moment, un vieux spectateur m&#233;content s'agace : &#171; Il faudrait laisser parler Bulle Ogier tout de m&#234;me ! &#187;. Mais Bulle Ogier ne parle pas beaucoup. Elle ne brille pas, refuse. Elle hausse parfois les sourcils, &#224; contretemps. A ce moment-l&#224;, nous n'avons pas vu, ou revu, le film de Tanner. Nous ne mesurons pas encore &#224; quel point Rosemonde est d&#233;j&#224; l&#224;, chez celle qui n'&#233;tait pas le personnage, qui croyait ne pas l'&#234;tre, d&#233;daignant ceux qui l'entourent, choisissant dans le secret de son indiff&#233;rence ceux qu'elle m&#233;prise, ceux dont elle se moque, ceux &#224; qui elle se voue. Un des personnages du film dira que &#171; Rosemonde se pr&#233;parait &#224; &#234;tre damn&#233;e &#187;. C'est bien la sensation que l'on a en regardant Bulle Ogier, qui comme son personnage et sans l'ombre d'une posture, sans exag&#233;ration ni sophistication, semble prot&#233;g&#233;e par un cadenas sans serrure, un alphabet rare, une peau courageuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'on lui demande comment &#233;tait le tournage avec Tanner, l'actrice a ces phrases implacables &#8211; et myst&#233;rieuses : &#171; Alain &#233;tait quelqu'un de tr&#232;s doux, tr&#232;s ferme, &#231;a s'est tr&#232;s bien pass&#233;. Sinon le film n'existerait pas &#187;. Puis apr&#232;s que Berta ait &#233;voqu&#233; la &#171; disponibilit&#233; rare &#187; de Bulle Ogier, dont la pr&#233;sence ne signifie pas pour autant qu'il y a quelque chose &#224; en tirer, en tout cas pas un fil, pas un d&#233;tail, pas une anecdote, l'actrice cl&#244;t la discussion et dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; C'est tr&#232;s difficile de parler de soi. Je vais regarder le film avec vous, pour voir la copie restaur&#233;e de Renato Berta &#187; &#8211; et la voici qui s'installe dans la salle, pr&#234;te &#224; se revoir en cette Rosemonde que d'abord elle refusa, Rosemonde qui trouve aussi difficile de parler d'elle, puisqu'elle en parle &#224; Pierre et Paul (respectivement Jean-Luc Bideau et Jacques Denis) avec des mensonges, des avances, des soupirs, des blagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long du film, la m&#233;lancolie de Rosemonde la rend impr&#233;visible, nonchalante et hargneuse, provoque tant&#244;t un tendre d&#233;calage, tant&#244;t une franche incompatibilit&#233; ou une indiff&#233;rence brutale. Ce n'est pas pour attirer l'attention. C'est davantage une mani&#232;re vive de tourner le dos, de rire des sources taries, de ridiculiser l'ambition, de braver l'ennui, tout cela par inconstance, brusquerie, muflerie. &#171; Les autres, elles restent. Moi je ne reste jamais. &#187; dit Rosemonde. Le film donne forme &#224; cette contestation particuli&#232;re avec les moyens qu'il a, les moyens esth&#233;tiques et tr&#232;s concrets : bricolant, flairant, osant, par la musique, mais aussi par un montage qui laisse de l'air l&#224; o&#249; l'humour n'a pas d&#233;j&#224; rythm&#233; le pas, par une photographie tr&#232;s pr&#233;cise d&#233;vou&#233;e &#224; sa com&#232;te insolente (comme lorsque Rosemonde ne se trouve pas bien pour la s&#233;ance photo d&#233;sir&#233;e par Pierre : elle part se maquiller, revient, et le cadre serrant ce visage illisible donne le sentiment que la pellicule m&#234;me tombe sous son charme, visage qui s'est maquill&#233; mais qui ne s'aime pas davantage et vient paradoxalement se cacher dans la lumi&#232;re ; cette s&#233;quence vibrante est autant une exposition qu'un refus de plus, et prouve s'il le faut que &lt;i&gt;La Salamandre&lt;/i&gt; est un tr&#232;s grand film, &#171; doux &#187; et &#171; ferme &#187;, sur le refus et sur bien d'autres choses).&lt;br class='autobr' /&gt;
A un moment de la projection, un vertige a lieu. Dans le film, Rosemonde dit &#171; je me trouve vieille &#187;. L'actrice a alors 31 ans. Son visage jeune qui &#171; se trouve &#187; vieux semble parler au visage de l'actrice qui a pr&#232;s de 80 ans. Ce fut comme si cette d&#233;sormais belle et vraie vieillesse, &#233;clair&#233;e par la moue d'un de ses &#233;tats ant&#233;rieurs et capricieux, constituait un photogramme &#233;gar&#233; du film, un retour vers le futur, une simultan&#233;it&#233; qui laissa &#233;chapper pendant quelques secondes la vision d'une vie par deux de ses p&#244;les ; et gr&#226;ce &#224; la consistance du pr&#233;sent qui les touchait comme la lumi&#232;re d'une torche &#233;clairant un gouffre en l&#232;che les deux parois, dans la p&#233;nombre de la salle, certains spectateurs ont bien d&#251; prendre conscience qu'un &#233;ventuel &#233;change de r&#244;les avait eu lieu : Pas impossible que ce soit plut&#244;t Rosemonde qui ait suivi la voie impertinente de Bulle Ogier, puisque toutes deux n'en font qu'&#224; leur t&#234;te, sans se soucier ni du lendemain ni des obligations, comme la salamandre ne craint pas le feu. Car si flammes ont eu lieu, elles n'ont rien ab&#238;m&#233; de l'immense puissance de cette actrice, qui n'est ni belle ni laide, ni jeune ni vieille. Un unique ma&#238;tre para&#238;t l'avoir apprivois&#233;e et endurcie, exigeant chaque jour d'&#234;tre dans une peau, quelle qu'elle soit : le temps, qui dans le film et en dehors, a jou&#233; ce double tour &#224; Rosemonde / Bulle (et nous ne saurons pas laquelle des deux fut le possible de l'autre) de l'animer et de la rendre muette, de la rendre sage et indisciplin&#233;e, sexuelle et froide, entour&#233;e et tr&#232;s seule, vivante et grave, charnelle et fantomatique, &#233;tourdissante et ingrate, petite fille soucieuse et femme n'ayant besoin de personne, de la faire appartenir &#224; la lie aussi bien qu'&#224; la noblesse, et d'&#234;tre possiblement, lors de tous ces &#233;tats, autant une sorte d'exemplarit&#233; qu'une figure r&#233;fractaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s enthousiastes &#224; la suite de cette projection, de la restauration, de la pr&#233;sence de Bulle Ogier &amp; de Renato Berta, de la fin transcendante de ce film si libre, les spectateurs du quartier latin se retrouv&#232;rent &#224; applaudir &#224; tout rompre ; un peu plus et c'&#233;tait Rosemonde, tra&#238;nant sur l'&#233;cran comme une gamine radieuse lov&#233;e dans ce dernier regard qui s'&#233;ternise sur elle, que l'on applaudissait. Mais, en r&#233;alit&#233;, qui applaudirait l'insaisissable et provocatrice Rosemonde, qui, sans gravit&#233; et d'un sourire, vient de perdre son emploi et n'en a rien &#224; foutre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissent ces admirateurs continuer d'applaudir &#224; la sortie du film, quand ils croiseront dans les rues de Paris et de sa banlieue les Rosemonde d'aujourd'hui, garces pour les uns, cingl&#233;es pour les autres, ou bien seulement des jeunes femmes m&#234;me pas aimables, qui ne veulent pas plus travailler &#224; MacDo que Rosemonde ne voulait continuer &#224; faire des saucissons, qui ne veulent pas plus chausser les pieds fatigu&#233;s des bourgeois que Rosemonde ne voulait le faire, n'&#233;tant pas plus d'accord qu'elle pour faire tourner cette soci&#233;t&#233; dans laquelle &#171; la marchandise impose ses lois &#224; la foule qui part &#224; l'assaut des magasins &#187; (comme le dit Rosemonde &#224; la fin du film), ces p&#233;p&#233;es malpolies qui ne se pr&#233;occupent pas d'entendre une actrice parler pendant la pr&#233;sentation d'un de ses films, trop occup&#233;es &#224; vivre leur vie loin des adorateurs et des donneurs de le&#231;ons, vivre leur vie sans z&#232;le ni ambition, sans fid&#233;lit&#233; ni minutie, sans h&#233;ritage ni allocations, sans crainte ni programme sinon celui de &lt;i&gt;ne pas rester&lt;/i&gt; l&#224; o&#249; elles n'ont pas envie. Puissent-ils, sinon les admirer, sinon les applaudir, au moins ne pas &#171; les emmerder &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je voudrais que les gens arr&#234;tent de m'emmerder &#187;, Rosemonde dans La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; quand elles les enverront promener, avec le m&#234;me d&#233;dain et la m&#234;me irr&#233;v&#233;rence que leur fascinante marraine, chez qui, par une exception miraculeuse ou diabolique, l'&#233;nigme et l'ind&#233;pendance ont d&#233;cid&#233; de rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Aym&#233;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;560&#034; height=&#034;315&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/iYnde0RJSR8&#034; frameborder=&#034;0&#034; allow=&#034;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Restauration &#224; l'initiative de Memoriav, association qui conserve, valorise et diffuse le patrimoine audiovisuel suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Je voudrais que les gens arr&#234;tent de m'emmerder &#187;, Rosemonde dans &lt;i&gt;La Salamandre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
