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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Recension - &#171; Changer d'histoire &#187;</title>
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		<dc:date>2024-05-18T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>No&#235;l Barbe</dc:creator>



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&lt;p&gt;A propos de Jean-Louis Tornatore, Pas de transition sans transe. Essai d'&#233;cologie politique des savoirs, &#201;ditions Dehors, 2023. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme d'autres, le livre de Jean-Louis Tornatore peut se lire et &#234;tre mis au travail depuis diff&#233;rents lieux ou postures pratiques et intellectuelles. Ici, depuis l'anthropologie et l'anticapitalisme, tels seront mes points d'ancrage ajout&#233;s &#224; celui d'&#234;tre orphelin de r&#233;volution non advenue, il le sera comme une contribution &#224; la constitution ou au r&#233;glage d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos de Jean-Louis Tornatore, &lt;i&gt;Pas de transition sans transe. Essai d'&#233;cologie politique des savoirs&lt;/i&gt;, &#201;ditions Dehors, 2023.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme d'autres, le livre de Jean-Louis Tornatore peut se lire et &#234;tre mis au travail depuis diff&#233;rents lieux ou postures pratiques et intellectuelles. Ici, depuis l'anthropologie et l'anticapitalisme, tels seront mes points d'ancrage ajout&#233;s &#224; celui d'&#234;tre orphelin de r&#233;volution non advenue, il le sera comme une contribution &#224; la constitution ou au r&#233;glage d'une boite ou d'un r&#233;pertoire de gestes tactiques ou strat&#233;giques, de soustractions et de bifurcations, &#224; la hauteur de nos urgences, participant et alimentant une &#233;chapp&#233;e vers &#171; autre chose que le capitalisme &#187; (Lordon cit&#233; p. 20) et tentant l'esquisse d'une &#171; th&#233;orie cosmopolitique &#187; (p. 17) qui nous empuissante pour imposer silence &#224; la &#171; rengaine n&#233;olib&#233;rale &#187; (p. 13). Une b&#233;quille vers l'inconnu, ce sera l&#224;, au risque d'un malentendu peut-&#234;tre, le syst&#232;me de coordonn&#233;es dans lequel nous tenterons de l'installer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'avantage d'une recension &#233;crite disons tardivement est qu'elle peut (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur propose de lire son livre comme &#171; un puzzle pragmatiste &#187; (p. 47), fait de pi&#232;ces qui seraient les chapitres, &#171; courts et moins courts &#187; (p. 47), jouant avec les &#233;critures et leurs rythmes diff&#233;rents. L'assemblage se veut ouvert et pourrait appeler de nouvelles compositions dont la forme varierait en fonction de celles d&#233;j&#224; l&#224; et qui elles-m&#234;mes se verraient affect&#233;es dans la leur par les nouvelles arriv&#233;es. Comme un &#224;-venir pour un programme plus vaste de sp&#233;culation sur &#171; les possibilit&#233;s de changer le monde ou, si l'on veut de changer d'histoire &#187; (p. 17) &#8211; une histoire profane pourrait-on dire, incertaine et strat&#233;gique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour paraphraser Daniel Bensa&#239;d.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211;, un programme dont le nom ou la ritournelle serait &#171; pas de transe sans une &#233;cologie politique des savoirs et inversement &#187; (p. 17). Mais un programme qui rel&#232;ve plus de la proposition d'une ligne de fuite, ou d'un d&#233;-striage, que de la projection temporelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; De ce puzzle, l'auteur propose un ordre de lecture laiss&#233; &#224; l'appr&#233;ciation du lecteur, appelant finalement recompositions, d&#233;montages, et remontages. S'y exercer et succomber &#224; la tentation disciplinaire pourrait ainsi nous conduire &#224; monter ensemble le chapitre portant sur &#171; Les jeux de la transe : &#233;chapp&#233;es anthropologiques &#187;, le premier, et un autre, plus loin, le onzi&#232;me, &#171; Les voix de l'imagination &#187;. D'abord parce que la transe est un ph&#233;nom&#232;ne dont l'anthropologie a fait un objet, lui attribuant parfois une centralit&#233; dans son administration des diff&#233;rences. Aussi &#233;videmment parce que cela fait la mati&#232;re de ces chapitres. On pourrait avoir le sentiment, les pages tourn&#233;es et le livre referm&#233;, d'y trouver quelque chose comme une tentative de mise au point ou de r&#233;glage de ce que serait le rite et la transe sous le rapport de la tradition disciplinaire &#224; laquelle se rapporte l'auteur &#8211; m&#234;me s'il se fait l'impression d'y &#234;tre un intrus parce qu'anthropologue de l'ici et pas de l'ailleurs, vieille histoire de l&#233;gitimit&#233;. Le sentiment du lecteur disciplin&#233; est d'abord de familiarit&#233; et les pages emplies de connaissances : Mircea Eliade et la transe comme technique de l'extase, Claude L&#233;vi-Strauss et sa th&#233;orie du rite pur, encore Roger Bastide et son sch&#233;ma &#233;volutif, Bertrand Hell et la cat&#233;gorie avanc&#233;e de &#171; th&#233;&#226;tre v&#233;cu &#187;, Charles St&#233;pannoff et le chamanisme comme expression d'une facult&#233; inh&#233;rente &#224; la nature humaine, Ernesto de Martino et la crise de la pr&#233;sence au monde&#8230; Mais en rester l&#224; serait se tromper ou faire exercice de c&#233;cit&#233; partielle. Articuler les deux chapitres, exercice singulier mais exp&#233;rience reproductible, c'est se trouver face &#224; l'enjeu politique pos&#233; par l'auteur de la puissance dominatrice de la raison venant domestiquer la force des &#233;tats &#233;motionnels pour d&#233;nier leur statut de forme de pens&#233;e, produisant des absences d'existence &#8211; comme celle des port&#233;es &#233;pist&#233;mologiques et politiques des exp&#233;riences extatiques y compris dans l'exercice de l'anthropologie &#8211;, ou encore r&#233;duisant l'imagination &#224; une seule dimension contemplative. Bref se trouver face &#224; l'organisation d'une perte dans nos exp&#233;riences du monde avec laquelle il va s'agir de composer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; On l'aura compris, la discussion men&#233;e des diff&#233;rentes th&#233;orisations anthropologique du rite et de la transe ne s'inscrit pas dans un pur espace acad&#233;mique qui viendrait faire d&#233;partage de leurs capacit&#233;s d'explication ou de leurs apports respectifs d'intelligibilit&#233;. Plut&#244;t que sous cet horizon, le livre s'&#233;crit &#171; sous la conjoncture &#187;, comme aurait pu dire Louis Althusser, c'est-&#224;-dire &#224; partir d'un moment et d'un probl&#232;me politiques sp&#233;cifiques, depuis l'int&#233;rieur d'une conflictualit&#233; et d'un affrontement, en vue de changer la situation ou bien l'influencer, en tout cas pour y produire un effet et y prendre places politique, th&#233;orique et &#233;pist&#233;mologique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etienne Balibar, Passions du concept. &#201;pist&#233;mologie, th&#233;ologie, politique. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'instruction de ladite conjoncture se fait en &#171; trois ph&#233;nom&#232;nes &#187; (p. 17). Le premier d&#233;sign&#233; sous la cat&#233;gorie disput&#233;e d'anthropoc&#232;ne vient mettre en forme la condition actuelle de l'humanit&#233; et son horizon d'existence, l'incertitude de l'habitabilit&#233; de la Terre, un syst&#232;me de causalit&#233;. On comprendra que l'auteur pr&#233;f&#232;re faire travailler d'autres cat&#233;gories : capitaloc&#232;ne, plantationc&#232;ne, ou encore chtluluc&#232;ne de Donna J. Hararaway. Le d&#233;veloppement de formes de r&#233;sistances qui se concentrent sur le refus d'am&#233;nagements impos&#233;s est le second trait conjoncturel. Elles viennent faire travailler, dans des espaces oppositionnels, la dimension insurgente de la d&#233;mocratie, la question du pluriversalisme comme forme contre-h&#233;g&#233;monique de la globalisation, encore celle de la d&#233;finition de ce qui doit &#234;tre gard&#233; et ce dont on peut se d&#233;tacher. Et se construire avec elles. Puis il y a l'entr&#233;e en sc&#232;ne des &#171; survivants &#187; du colonialisme, les peuples autochtones, alliance de l'insurgeant et du vivant, et avec elle la possibilit&#233; d'une histoire renouvel&#233;e de l'anthropisation comme d'une inspiration pour les Occidentaux qui pourraient y trouver &#233;ventuellement des philosophies qui ouvriraient des voies nouvelles sans c&#233;der &#224; l'hypostase, &#224; la r&#233;ification ou encore &#224; la c&#233;l&#233;bration hors-sol des cosmologies des premiers peuples, sorte d'esth&#233;tisation d'une politique qui alors n'en est pas une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; A revenir sur l'affaiblissement des intensit&#233;s et des surfaces de nos exp&#233;riences du monde, il faudrait sans doute croiser l&#224; avec l'id&#233;e de perte ontologique &#224; l'&#339;uvre chez Agamben et celle de la s&#233;paration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple Giorgio Agamben, L'usage des corps, Paris, Seuil, 2015.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; auxquelles, paradoxe sans doute, l'anthropologie, en tant qu'elle est annex&#233;e par l'acad&#233;misme, ne semble pas devoir &#233;chapper, incapable qu'elle est de faire exp&#233;rience de pens&#233;e avec la densit&#233; des mondes qu'elle explore (p. 15) et mono-&#233;quip&#233;e par l'invention du concept de culture &#8211; manifestation d'un rapport entre discours et pouvoir &#8211; dans la production de l'autre, du point de vue de notre r&#233;alit&#233;, par diff&#233;rentes op&#233;rations de r&#233;ductions et g&#233;n&#233;ralisations, comme un objet sans subjectivit&#233; &#233;mettrice de la v&#233;rit&#233; du monde. La production du silence et de la surdit&#233; pourrions-nous dire, mais ce n'est pas le propre de l'anthropologie. Il nous faut alors monter les chapitres troisi&#232;me, neuvi&#232;me et quatri&#232;me. Et d&#233;jouer les garde-fous que se donne l'acad&#233;misme pour que l'anthropologue ne se voie pas r&#233;put&#233; plong&#233; dans la culture des autres, et qu'il s'aligne sur la neutralit&#233; axiologique et la distance. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut l&#224; penser &#224; un renouage avec l'&#339;uvre de Robert Jaulin, m&#234;me s'il n'est pas cit&#233;, sa critique d'une ethnologie qui traiterait les civilisations comme des objet inertes et, se posant dans une posture d'observation ext&#233;rieure, se risquerait &#224; leur imposer les cat&#233;gories de la soci&#233;t&#233; de l'ethnologue, s'&#233;quipant de proc&#233;dures pseudo-scientifiques qui fonctionnent comme des mythes. Mais aussi, r&#233;fl&#233;chissant sur son &#171; terrain &#187; tchadien et son initiation chez les Sara, &#224; sa lecture de cette derni&#232;re comme tout &#224; la fois un partage d'univers, un espace de communication et d'alliance et un acte politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera au beau texte de Patrick Deshayes dont je m'inspire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On sait le prix pay&#233; par Jaulin dans le d&#233;roulement de sa carri&#232;re pour avoir fait &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; de telles positions.&lt;br class='autobr' /&gt;
La transe serait, pour Jean-Louis Tornatore, le moyen de la rencontre avec les autres, dans un programme de l'anthropologie qui conjuguerait une primaut&#233; du sensible, une amplification de la conscience, une capture o&#249; tout se vaut, une privation volontaire du sens de l'orientation (p. 81). Elle se voit l&#224; comprise comme ce qui autorise une amplification de la perception. Au pr&#233;visible proc&#232;s en proximit&#233; qui emp&#234;cherait de bien voir ou d'une possible culpabilit&#233; de manque de neutralit&#233;, l'auteur oppose le pragmatisme, principalement celui de William James (chap. 4), requ&#233;rant les argumentaires de l'impossible bornage de la science par une question de m&#233;thode, de l'inach&#232;vement du monde qui a besoin d'hypoth&#232;ses et de croyances pour advenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point voir Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, H&#233;g&#233;monie et strat&#233;gie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, de la conscience comme mode de connaitre, enfin l'impossible saisie de la r&#233;alit&#233; en l'absence d'un surgissement de l'exp&#233;rience. C'est l&#224; ouvrir &#224; d'autres usages qui viennent augmenter la r&#233;alit&#233;. Autrement dit l'une de taches de l'anthropologie serait de repeupler autrement le monde, d'instruire des compagnonnages o&#249; s'articulent des diff&#233;rences plut&#244;t qu'elles ne s'additionnent, de faire exp&#233;riences de pens&#233;e avec les &#171; conceptions indig&#232;nes &#187; (p. 128) et la densit&#233; des mondes. Tim Ingold, sur lequel Jean-Louis Tornatore revient &#224; plusieurs reprises, d&#233;finit l'anthropologie comme la pratique de philosopher &lt;i&gt;avec&lt;/i&gt; les gens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tim Ingold, &#171; Le probl&#232;me de la sym&#233;trie ontologique &#187; dans Ph. Descola et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est alors le chapitre &#171; &#201;cologie des savoirs &#187; qui s'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; On l'aura compris, ce serait une erreur de consid&#233;rer la cat&#233;gorie de transe comme une cat&#233;gorie descriptive, plut&#244;t elle pointe l'horizon et les contours d'un probl&#232;me comme celui d'une ambition politique soit la reconfiguration du rapport entre les &#234;tres, la fin conjointe du capitalisme et du colonialisme et pour cela la n&#233;cessit&#233; de faire entrer l'occident en transe, m&#233;taphoriquement et pratiquement, l'engageant dans un entrem&#234;lement du sentir et du penser, le frottant &#224; d'autres r&#233;gimes d'intelligibilit&#233;, &#224; leur hauteur et par alt&#233;ration. Le faire est aussi revenir sur des formes d'&#233;radication et d'invisibilisation de configurations de savoirs produites par l'imposition d'une forme de rationalit&#233; qui s'est construite comme h&#233;g&#233;monique, c'est accorder un droit de parole &#224; leurs efficaces et donner place et &#224;-venir &#224; ce qui a &#233;t&#233; &#233;limin&#233; par les bifurcations de la modernit&#233;. Pas d'insurgence sans r&#233;surgence &#233;crit l'auteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; l'anthropologie, transform&#233;e en un art de la transe qui vient reconfigurer des structures de signification, pourrait &#234;tre une &#171; force de transformation &#187; (p. 37) contribuant &#224; la reconfiguration des relations entre les &#234;tres, contre l'&#201;tat capitaliste et la monoculture des savoirs. L'auteur, au d&#233;but de son texte, proposait cinq d&#233;nouements pour se d&#233;barrasser du monde de l'anthropoc&#232;ne : juridique, politique, temporel, technique, cognitif. Ce livre est une contribution importante &#224; ce dernier et, avec d'autres, une tentative d'interruption de l'ordre brutal de processus v&#233;ridictionnels. Changer d'histoire(s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;No&#235;l Barbe&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Laboratoire d'anthropologie politique (CNRS-EHESS)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'avantage d'une recension &#233;crite disons tardivement est qu'elle peut prendre acte des pr&#233;c&#233;dentes qui parfois ont pu tourner &#224; la le&#231;on de philosophie. Cette remarque ne signifie que celle-ci n'est pas sans aporie ou point aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour paraphraser Daniel Bensa&#239;d.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etienne Balibar, &lt;i&gt;Passions du concept. &#201;pist&#233;mologie, th&#233;ologie, politique. &#201;crits II&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2020, chap.4 : &#171; &lt;i&gt;Esser principe, esser populare&lt;/i&gt; : l'&#233;pist&#233;mologie conflictuelle de Machiavel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple Giorgio Agamben, &lt;i&gt;L'usage des corps&lt;/i&gt;, Paris, Seuil, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera au beau texte de Patrick Deshayes dont je m'inspire largement tout simplement parce que la fa&#231;on dont sont pos&#233;s les enjeux des travaux de Jaulin est d'une grande acuit&#233;. Patrick Deshayes, &#171; Robert Jaulin, un ethnologue engage&#769; &#187;, &lt;i&gt;Journal de la Socie&#769;te&#769; des Ame&#769;ricanistes&lt;/i&gt;, 1, 1998. pp. 289-291.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point voir Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, &lt;i&gt;H&#233;g&#233;monie et strat&#233;gie socialiste. Vers une radicalisation de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Besan&#231;on, Les Solitaires Intempestifs, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tim Ingold, &#171; Le probl&#232;me de la sym&#233;trie ontologique &#187; dans Ph. Descola et T. Ingold, &lt;i&gt;&#202;tre au monde. Quelle exp&#233;rience commune ?&lt;/i&gt;, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2014, pp. 71-75.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Louis Guilloux, La maison du peuple. Pour une guerre des importances et des h&#233;ritages 2</title>
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		<dc:creator>No&#235;l Barbe</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce texte peut &#234;tre lu comme la poursuite d'un pr&#233;c&#233;dent publi&#233; dans Lundi matin durant l'&#233;t&#233; 2019 et s'installant dans la perspective d'une guerre des h&#233;ritages. Le premier entendait rendre visible une expropriation et un geste de reprise en actes par des Gilets Jaunes. Celui-ci peut se comprendre comme l'actualisation d'un autre geste n&#233;cessaire, l'installation des h&#233;ritages dans des espaces de conflictualit&#233; &#8211; internes comme externes &#8211; o&#249; il serait question de d&#233;fection et de soustraction (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte peut &#234;tre lu comme la poursuite d'&lt;a href=&#034;https://lundi.am/Louis-Guilloux-La-maison-du-peuple-Pour-une-guerre-des-importances-et-des&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un pr&#233;c&#233;dent publi&#233; dans&lt;/i&gt; Lundi matin&lt;/a&gt; &lt;i&gt;durant l'&#233;t&#233; 2019 et s'installant dans la perspective d'une guerre des h&#233;ritages. Le premier entendait rendre visible une expropriation et un geste de reprise en actes par des Gilets Jaunes. Celui-ci peut se comprendre comme l'actualisation d'un autre geste n&#233;cessaire, l'installation des h&#233;ritages dans des espaces de conflictualit&#233; &#8211; internes comme externes &#8211; o&#249; il serait question de d&#233;fection et de soustraction &#224; un gouvernement, d'&#233;galit&#233; des intelligences et de politique des corps, d'&#233;chelles d'affrontement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; &#171; Quand j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt; &#8211; j'avais vingt-deux ans &#8211;, c'&#233;tait un acte politique et c'&#233;tait une n&#233;cessit&#233; de poser qui j'&#233;tais, d'o&#249; je venais, et quels &#233;taient les miens. Pour qu'il n'y ait pas de malentendu : et il n'en a pas eu depuis. &#187; Acte politique qui, dans un m&#234;me geste celui de l'&#233;criture, vient poser une subjectivit&#233;, composer un assemblage d'hommes et de femmes singuliers sous la domination d'un m&#234;me ennemi, penser une fracture entre un nous et un eux, et affirmer un tenir position c'est-&#224;-dire la revendication d'une appartenance &#224; l'un des camps en pr&#233;sence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Gabriel P&#233;riot, &#171; Pr&#233;face &#187;, in : A. Brossat, Des peuples et des films. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.1.&lt;/strong&gt; C'est de Louis Guilloux (1899-1980) dont il s'agit &#8211; d&#233;couvert d'abord &#224; travers sa maison et son bureau de Saint-Brieuc par la co&#239;ncidence des rencontres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci &#224; celles-ceux qui ont travaill&#233; ce hasard, ami-e-s briochin-e-s ou non.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; et de son premier roman publi&#233; en 1927. Un &#233;crivain qui tient position et qui, revenant sur la question en juin 1978, fait de la &#171; condition prol&#233;tarienne &#187; une ligne qui court dans tous ses livres et les relie, condition d&#233;finie par l'expulsion ou l'impossibilit&#233; d'un monde commun, soit un rapport social et un geste, la production d'un &#233;cart ou d'un en-dehors, l'assignation &#224; &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; place et une conflictualit&#233;. &#171; Va-t'en, tu n'es pas des n&#244;tres voil&#224; ce que les bourgeois nous disent en permanence, mieux encore aujourd'hui qu'hier. Ils ont eu tr&#232;s peur, mais &#231;&#224; reviendra &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apostrophes, 2 juin 1978.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Tu n'es pas des n&#244;tres&lt;/i&gt;, plut&#244;t que du fortuit, le d&#233;partage rel&#232;ve du structurel et la formule pose une soci&#233;t&#233; qui fonctionne &#224; l'exclusion et au m&#233;pris sans pour autant que Louis Guilloux ne puisse &#234;tre rang&#233; dans la case du paradigme post&#233;rieur de la &#171; reconnaissance &#187; parfaitement compatible avec la continuit&#233; d'un ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.2.&lt;/strong&gt; Des lectures de l'&#339;uvre font &#8211; tentent de faire &#8211; de &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt; un roman purement autobiographique &#8211; l'enfance de l'auteur &#8211;, un texte simplement briochin &#8211; les lieux, l'aventure de la Maison du Peuple de Saint Brieuc&#8211; et un outil documentaire &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; un v&#233;hicule de l'information sur des mondes sociaux et historiques travers&#233;s par l'auteur et aujourd'hui disparus. Par cela l'&#233;crivain se voit embarqu&#233; dans des entreprises de patrimonialisation o&#249; l'affirmation de sa solidarit&#233; avec &#171; le peuple breton &#187; voit ce dernier r&#233;duit &#224; quelques brodeuses de carte postale habill&#233;es de costumes folkloriques. A voir cette place qui lui est assign&#233;e, parall&#232;le peut &#234;tre fait avec ce qu'&#233;crivait Xavier Grall, en 1977, de l'auteur du &lt;i&gt;Cheval d'orgueil&lt;/i&gt; : &#171; un sacristain sonnant l'office des morts en terre armoricaine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier Grall, Le cheval couch&#233;, Paris, Hachette, 1977, p. 51.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Alors, qu'en 1972, Louis Guilloux participe &#224; certaines manifestations des ouvri&#232;res et ouvriers du Joint Fran&#231;ais dont il soutient la gr&#232;ve. Que plus t&#244;t, apr&#232;s la bataille d'Ovedio, il conduira des actions de solidarit&#233; avec des r&#233;fugi&#233;s espagnols, certains stock&#233;s dans une usine d&#233;saffect&#233;e de fond de vall&#233;e humide. &#171; J'&#233;tais responsable pour le Secours rouge dans mon pays. &#187; En 1952, &#224; propos d'un meeting salle Wagram &#224; Paris o&#249; se trouvent nombre de ces r&#233;fugi&#233;s, il &#233;crit se sentir parfaitement des leurs&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Autre peuple qui nous &#233;loigne de la sacristie patrimoniale et de l'ajustement de l'&#339;uvre &#224; l'h&#233;g&#233;monie de l'ordre marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; Penser politiquement l'h&#233;ritage de Guilloux, et particuli&#232;rement &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt;, sous le r&#233;gime de la conflictualit&#233; et du dissensus, serait &#8211; se d&#233;barrassant du besoin d'exposer la v&#233;rit&#233; des corps pour exposer celle du livre pour paraphraser Ranci&#232;re &#8211; de consid&#233;rer le roman comme une hypoth&#232;se sur la nature et l'ordre du monde humain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Pavel, La pens&#233;e du roman, Paris, Gallimard, 2003.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou plus exactement sur les mani&#232;res de ne pas se rendre &#224; cet ordre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#339;uvre se structure en elle-m&#234;me pour former un microcosme ou mieux : une micro-&#233;poque. Car il ne s'agit pas de pr&#233;senter les &#339;uvres litt&#233;raires dans le contexte de leur temps, mais bien de donner &#224; voir dans le temps o&#249; elles sont n&#233;es le temps qui les conna&#238;t &#8211; c'est-&#224;-dire le n&#244;tre. &#187; &#233;crivait Walter Benjamin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin, &#171; Histoire litt&#233;raire et science de la litt&#233;rature &#187;, in : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. H&#233;riter de l'&#339;uvre sous la conjoncture, c'est-&#224;-dire depuis l'int&#233;rieur d'une situation conflictuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etienne Balibar, &#171; Esser principe, esser populare : l'&#233;pist&#233;mologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; serait ici la mettre &#224; l'&#233;preuve d'une actualit&#233; politique caract&#233;ris&#233;e par un lieu d'affrontement et la qualification en actes de la rue, des places ou des ronds-points en des espaces publics oppositionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.1.&lt;/strong&gt; &#171; Apr&#232;s les malheurs du d&#233;but, mes parents vinrent loger dans trois petites mansardes, &#224; l'autre bout de la ville. &#187; [MP, 113]&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ensemble des citations de La Maison du peuple proviennent de l'&#233;dition (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ainsi Louis Guilloux commence-t-il son roman, croisant lieu, topographie et parcours de vie avant, quelques pages plus loin, de donner forme &#224; une ville qu'il configure selon le point de vue de l'un de ses personnages, le p&#232;re. Alors la ville se distribue entre : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le quartier de son enfance, &#171; quartier &#233;loign&#233; de la rue Pommerin &#187; [MP, 115].
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; les &#171; petites rues &#187; autour de la cath&#233;drale, que Guilloux qualifie d'obscures et de tortueuses, ouvertes &#171; comme par violence entre d'anciennes maisons de bois &#187;. Elles forment &#171; le bas quartier de la ville &#187;, un &#171; bas-fond &#187;. &#171; L&#224; vivait une population de petits marchands, de brocanteurs et d'ouvriers &#187; [MP, 115].
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le quartier neuf caract&#233;ris&#233; par des grands magasins, des caf&#233;s et &#171; plus loin la gare &#187;. &#171; Ce quartier neuf &#233;tait comme un quartier &#233;tranger dans la ville, du moins pour mon p&#232;re &#187; [MP, 115].
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin les boulevards cr&#233;&#233;s &#224; la limite de la campagne, peupl&#233;s par les nobles, les fonctionnaires, de petits rentiers qui vivent en silence.&lt;br class='autobr' /&gt;
De cette ville le p&#232;re a une connaissance sensible : le sifflet des locomotives qui permet la pr&#233;vision du temps &#224; venir, le bruit des chaussures des filles de l'usine, les heures qui sonnent &#224; la cath&#233;drale, les pas de ceux qui arrivent alors que, chez lui, il les attend.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il &#233;touffe dans cette ville, le p&#232;re &#171; ne l'aurait quitt&#233;e pour rien au monde &#187; [MP, 116]. C'est la ville des promenades avec son propre p&#232;re et son fr&#232;re, ce sont les lieux dans lesquels s'inscrivent les amiti&#233;s d'adolescence comme la mer et les baignades qu'il y fait avec Andr&#233;, un ami depuis parti. C'est la ville qui permet, par le bain, de r&#233;parer le corps ou son soulagement apr&#232;s une journ&#233;e de travail. &#171; Il ne sentait plus dans les reins cette courbature qui lui venait d'&#234;tre sans cesse pench&#233; sur le veilloir, mais une l&#233;g&#232;ret&#233; qui le faisait chanter. &#187; L'arpentage fonde la familiarit&#233;. &#171; Tous les chemins, il les connaissait, pour ainsi dire pierre par pierre &#187;. Et la ville, la seule qu'il connaisse, est &#171; &#224; sa mesure &#187;. Ce n'est qu'une fois pass&#233; de l'adolescence &#224; l'&#226;ge adulte, qu'il prend &#171; une nouvelle vue des choses &#187; [MP, 116] qui s'incarne physiquement dans un devenir-dur et violent de son regard : &#171; ses yeux bleus n'avaient plus leur regard d'autrefois, mais un regard plus dur, et &#224; certains moments on les sentait d&#233;vor&#233;s de violence&#8230; &#187; [MP, 117]. Quelque chose de nouveau appara&#238;t alors &#224; sa vue le constat de la domination de cette ville par &#171; un clan f&#233;odal &#187; [MP, 117] compos&#233; des commer&#231;ants et des nobles. On y trouve, parmi les plus puissants, armateur, vicomte, grainetier, drapiers ainsi que leur client&#232;le qu'elle soit &#233;conomique mais aussi politique. Ainsi ce clan poss&#232;de-t-il ses hommes politiques, parmi lesquels un s&#233;nateur et le maire qui m&#232;ne la ville &#8211; c'est l'expression de Guilloux [MP, 160] &#8211; depuis quinze ans, &#171; personnage le plus en vue &#187; [MP, 117] qui parfois, lorsqu'il s'agit de garder sa fonction, entend peser sur le futur des uns et des autres ainsi du fils de Louis Lautier, coll&#233;gien &#224; qui il menace de retirer une bourse municipale [MP, 165] dans une tentative de corruption &#233;lectorale, l'achat du vote du p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chacun des fragments de ville est donc caract&#233;ris&#233; par les relations qu'il entretient avec un parcours biographique, et/ou des fonctions et des conditions sociales. Le p&#232;re y est install&#233; dans une place existentielle. De son c&#244;t&#233; la ville l'est comme un &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; au sens de Michel de Certeau soit un ordre stable selon lequel des &#233;l&#233;ments sont distribu&#233;s dans des rapports de coexistence, et o&#249; se trouve exclue la possibilit&#233; d'&#234;tre &#224; la m&#234;me place pour deux choses. &#171; La loi du &#8220;propre&#8221; y r&#232;gne : les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s sont les uns &lt;i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; des autres, chacun situ&#233; en un endroit &#8220;propre&#8221; et distinct qu'il d&#233;finit &#187;. Le &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; est une &#171; configuration instantan&#233;e de positions &#187; &#233;crit-t-il&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel de Certeau, L'invention du quotidien. 1. Arts de faire, Paris, Union (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce cas, elle rel&#232;ve d'une &lt;i&gt;police&lt;/i&gt;, entendue au sens de Jacques Ranci&#232;re soit un ordre qui repose sur une hi&#233;rarchie des places et des fonctions, fond&#233;e ici sur la richesse, le contr&#244;le de l'acc&#232;s au travail, la qualit&#233; nobiliaire, la ma&#238;trise des r&#244;les politiques et l'entretien des rapports de parent&#233; &#8211; les grandes familles sont li&#233;es &#171; de parent&#233; &#187; [MP, 117]. Le &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt; est relation de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.&lt;/strong&gt; Cet encodage de la ville en &lt;i&gt;lieu-police&lt;/i&gt; que Guilloux fait op&#233;rer au personnage du p&#232;re prend place dans une conjoncture sp&#233;cifi&#233;e par l'apparition d'id&#233;es nouvelles chez les ouvriers, aussi d'une personnalit&#233; &#8211; le docteur R&#233;bal &#8211; et de son journal &lt;i&gt;Le Renouveau&lt;/i&gt; dont le titre semble pr&#233;sager d'une rupture &#224; venir. Bref une br&#232;che dans la carte institu&#233;e qui va permettre le passage &#224; un autre encodage et les tentatives de son instauration, la manipulation du lieu, la travers&#233;e du &lt;i&gt;lieu-police&lt;/i&gt; par &lt;i&gt;l'espace-politique&lt;/i&gt;. Par &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; il faut entendre ce que Jacques Ranci&#232;re d&#233;signe comme un processus par lequel une part non compt&#233;e vient faire entendre un tort subi. Pour Michel de Certeau, &#171; [e]st espace l'effet produit par les op&#233;rations qui l'orientent, le circonstancient, le temporalisent et l'am&#232;nent &#224; fonctionner en unit&#233; polyvalente de programmes conflictuels ou de proximit&#233;s contractuelles. A la diff&#233;rence du lieu, il n'a donc ni l'univocit&#233; ni la stabilit&#233; d'un propre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ici donc l'un des processus par lequel le politique tout &#224; la fois s'exprime et se r&#233;alise est une spatialisation, la transformation, par des op&#233;rations et des mouvements, du &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; en &lt;i&gt;espace&lt;/i&gt;. Dans &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt;, l'une de ces op&#233;rations qui op&#232;re une telle transformation est la manifestation, ou plut&#244;t des manifestations de diff&#233;rents ordres. Disons des politiques de la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.1.&lt;/strong&gt; La premi&#232;re de ces manifestations intervient &#224; l'occasion d'un &#233;v&#232;nement dont l'inhabituel est soulign&#233;. &#171; Un soir, en rentrant de son travail, mon p&#232;re annon&#231;a joyeusement : &#171; &#8211; Les boulangers sont en gr&#232;ve [&#8230;] Une gr&#232;ve n'&#233;tait pas chose commune chez nous &#187; [MP, 124 et 125]. Le motif n'en est pas donn&#233; comme si l'importance &#233;tait l'existence m&#234;me de celle-ci, la mise en mouvement dans la br&#232;che ouverte par l'historicit&#233; de la situation, la redite de la singularit&#233; du moment ou encore le surgissement de la politique avec l'accession d'une conscience de soi dans le constat de la domination &#8211; ce qui est l'&#233;tat du p&#232;re devenu adulte et la place que lui donne Louis Guilloux. Dans le roman, cette manifestation est vue et mise en mots depuis la fen&#234;tre de l'appartement o&#249; se trouvent la m&#232;re et les enfants qui n'y prennent pas part alors que le p&#232;re, lui, est parti manifester. Son arriv&#233;e est annonc&#233;e par l'interm&#233;diaire de sons qui signent sa proximit&#233;. &#171; Elle pr&#234;tait l'oreille en nous faisant signe de nous taire. Nous la regardions sans bouger &#187; [MP, 126]. On l'attend. &#171; &#8211; Ils viennent ! Ils viennent ! Ne vous penchez pas&#8230; &#187; [MP, 126]. Jusque-l&#224; le monde sonore dans le roman &#233;tait celui des cloches, &#171; chant triste &#187; [MP, 115] qui sonne dans une ville &#171; grise et sans ouverture &#187; [MP, 115], le vent et le son &#171; rauque &#187; [MP, 115] d'une sir&#232;ne de bateau qu'il peut porter jusqu'&#224; la ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est conduit par la rumeur vient percuter et troubler le paysage sonore habituel, c'est &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; travers&#233; par des cris et de longs coups de sifflet. Ce qu'on y voit c'est le drapeau rouge, dans la foule le p&#232;re n'est pas discernable, il est &#171; avec eux &#187;, pris avec d'autres corps [MP, 115]. Il n'est pas boulanger et c'est un collectif d'un autre ordre qui se dessine : les ouvriers. La foule &#171; bouillonnait &#187; [MP, 115] avant de dispara&#238;tre dans la nuit &#171; aussi brusquement qu'elle &#233;tait arriv&#233;e &#187; [MP, 115], une fois le r&#233;verb&#232;re pass&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce bouillonnement est comme une r&#233;ponse au dialogue entre le p&#232;re et son propre p&#232;re, au d&#233;but du roman, &#224; propos du devenir des ouvriers qui, pour l'un se d&#233;duirait de leur situation pr&#233;sente et s'inscrirait dans une r&#233;p&#233;tition sans fin, &#224; laquelle il faudrait mettre fin pour le fils. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette premi&#232;re manifestation de &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt; peut &#234;tre lue comme la construction simultan&#233;e de l'espace comme public et d'un &#171; nous &#187; contre un &#171; eux &#187; d&#233;j&#224; d&#233;sign&#233; dans le roman comme le clan dominant, situ&#233;e dans un processus mouvant et instable de diff&#233;renciation, de devenir possible et de prise de pouvoir. La prise de rue construit et manifeste un groupe constitu&#233; autour d'une &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; collective, d'un sort pens&#233; comme tel et de buts construits comme communs. En action, il passe et temporairement fait du &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; un &lt;i&gt;espace&lt;/i&gt;. La manifestation, et la constitution du groupe comme tel, viennent r&#233;pondre &#224; la situation de face-&#224;-face individuel que le grand-p&#232;re institue avec Mr Sarir, le bon serviteur face au bon patron.&lt;br class='autobr' /&gt;
La manifestation n'a pas de parcours et aucun des points travers&#233;s n'est nomm&#233;, pas m&#234;me visible par l'&#233;criture. Aussi rien n'y est rejou&#233;, pas de valeur s&#233;mantique du d&#233;fil&#233; au motif d'une succession de lieux symboliques et dont l'articulation ferait sens, pas de toponymes qui viendrait r&#233;actualiser un mythe d&#233;j&#224; l&#224; et &#171; inscrit dans l'ordre des lieux et de leurs noms &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Marin, &#171; Une mise en signification de l'espace social : manifestation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne se dirige pas place de la Bastille, de la Nation ou de la R&#233;publique. Pas de &#8220;grands hommes&#8221; c&#233;l&#233;br&#233;s. Autrement dit cette manifestation n'est pas la mise en espace d'un r&#233;cit comme si celui-ci n'&#233;tait pas &#233;crit ou ne pouvait &#234;tre d&#233;j&#224; l&#224; parce qu'il est encore &#224; inventer et que la &lt;i&gt;praxis&lt;/i&gt; ouvri&#232;re serait en train de l'&#233;crire. D'ordre de la manifestation il n'y en a pas, elle se confond avec le groupe et aucune fonction singuli&#232;re n'en &#233;merge, l'&#233;quipement s&#233;miologique est minimal et labile. Le drapeau rouge, dont l'histoire court de Spartacus &#224; l'histoire internationale du mouvement ouvrier, en passant par la seconde Fronde populaire &#224; Bordeaux, jusqu'&#224; l'histoire internationale du mouvement socialiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On se reportera &#224; Maurice Dommanget, Histoire du drapeau rouge, Marseille, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et un chant, &lt;i&gt;L'internationale&lt;/i&gt; qui, dans son histoire lie Commune de Paris et aussi le mouvement socialiste du d&#233;but du XXe si&#232;cle. &#171; L'expressif est premier par rapport au possessif, les qualit&#233;s expressives, ou mati&#232;res d'expression sont forc&#233;ment appropriatives et constituent un avoir plus profond que l'&#234;tre &#187; &#233;crit Gilles Deleuze renvoyant sur la question de ce primat vital &#224; Gabriel Tarde. Et de poursuivre que ces qualit&#233;s sont &#171; la marque constituante d'un domaine, d'une demeure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, Capitalisme et schizophr&#233;nie 2. Mille (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La manifestation passe trouant l'ordre et un temps lin&#233;aire, comme inaugurant un nouveau langage dans l'espace qu'elle publicise. Appropriation vitale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; du mouvement de l'appara&#238;tre puis de la disparition, la fen&#234;tre referm&#233;e le son parvient encore : &#171; Foule esclave, debout, debout ! &#187;. Comme une r&#233;manence. A l'int&#233;rieur de l'appartement, &#171; fait &#233;trange &#187; [MP, 126] la m&#232;re forme une ronde avec les trois enfants Anne, Louise et le narrateur, acc&#233;l&#233;rant au fur et &#224; mesure danses et paroles comme dans un exc&#232;s dans lequel certains ont voulu juste relever une alt&#233;ration psychologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand les gueux dansent&lt;br class='autobr' /&gt;
Les guenilles, les guenilles&lt;br class='autobr' /&gt;
Les guenilles vont&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand les gueux dansent&lt;br class='autobr' /&gt;
Les guenilles vont au vent&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sont-ils mieux les gens qui sont riches,&lt;br class='autobr' /&gt;
Sont-ils mieux que moi qui n'ai rien&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je tourne et je vire,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vais et je viens&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai pas peur de perdre mon bien. &#187; [MP, 127]&lt;br class='autobr' /&gt;
La figure du gueux est convoqu&#233;e, que l'on peut confronter &#224; celle du prol&#233;taire de l'&lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt;. Si la seconde indique tout &#224; la fois un partage du social &#8211; &#171; Pour que le voleur rende gorge &#187; &#8211;, une volont&#233; d'h&#233;g&#233;monie politique et d'universel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sens de Marx ou d'Hegel, pour lesquels l'universel est pens&#233;e de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; &#171; nous ne sommes rien soyons tout &#187;, &#171; L'internationale sera le genre humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est bien le sens de la critique marxiste aux saint-simoniens ou aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; la premi&#232;re rel&#232;ve de la limite ou de la marge. Le gueux peut &#234;tre une figure extr&#234;me de la pauvret&#233;, la r&#233;duction &#224; la mendicit&#233;. Mais aussi une figure dangereuse qui fait m&#233;tier de la pauvret&#233; et &#171; un rien suffit pour que le pauvre devienne gueux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V&#233;ronique Meyer, &#171; La repr&#233;sentation de la souffrance sociale dans la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il en est la figure active marqu&#233; n&#233;gativement et qui ne rentre pas dans le monde social ni ne revendique une centralit&#233; h&#233;g&#233;monique. Il rel&#232;ve du geste de toute culture qui rejette quelque chose qui devient une limite ou une marge (le pauvre) ou un ext&#233;rieur (le gueux)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault, Histoire de la folie &#224; l'&#226;ge classique, Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quoiqu'il en soit c'est bien, s'agissant de la m&#232;re, &#224; un processus d'individuation collective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilbert Simondon, L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; auquel nous assistons, soit la naissance d'un individu et d'un milieu associ&#233;, ici la communaut&#233; des gueux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme une effraction du domestique apr&#232;s celle de la rue, qui vient le transformer provoquant ce fait &#233;trange de la ronde et de la chanson alors que le chapitre avait commenc&#233; par une sc&#232;ne d'intercession aupr&#232;s d'une surnature. Dans une rem&#233;moration du narrateur, sa m&#232;re lui apprenait &#224; prier &#171; &#8220;pour [les] pauvres malheureux qui sont &#224; la guerre&#8221; &#187; [MP, 125]. Il s'agit de la guerre russo-japonaise. Et il r&#233;citait le &lt;i&gt;Notre P&#232;re&lt;/i&gt; et l'&lt;i&gt;Ave Maria&lt;/i&gt;. Puis avant que la manifestation ne passe sous les fen&#234;tres, expression et exp&#233;rience d'une communaut&#233; ouvri&#232;re en train de se fabriquer, elle racontait, tout en raccommodant une couverture &#8211; du fil de la parole et de la couture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Yvonne Verdier, Fa&#231;ons de dire, fa&#231;ons de faire. La laveuse, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; &#224; ses enfants, des destins familiaux singuliers marqu&#233;s par des tentatives individuelles d'enrichissement qui toutes se terminent par des disparitions ou des &#233;checs. Il y a, avec la manifestation, comme une rupture dans l'histoire familiale et, du c&#244;t&#233; de l'espace domestique sa fr&#233;quentation nouvelle par les camarades du p&#232;re qui se voit oblig&#233; d'abandonner son &#233;choppe qui, jusque-l&#224;, au coin de la place Saint-Jacques constituait, avec P&#233;lo, Le Braz et les autres, un espace de civilit&#233; d&#233;lib&#233;rante et d&#233;mocratique. Avec le d&#233;placement de son atelier, c'est le nouvel appartement que la famille occupe qui d&#233;sormais joue ce r&#244;le et l&#224; que se font &#171; les causeries avec les camarades &#187; [MP, 115].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.2.&lt;/strong&gt; Si la premi&#232;re manifestation met en jeu la formation d'un peuple, la publicisation de l'espace et la question de l'individuation, la seconde c&#233;l&#232;bre l'&#233;galit&#233; de la parole. Elle prend la forme d'un cort&#232;ge, au sens strict &#171; la compagnie que l'on fait &#224; quelque Prince ou personne consid&#233;rable dans quelque pompe ou c&#233;r&#233;monie, avec carrosse, chevaux et autres choses qui lui font honneur &#187; pour Fureti&#232;re. Ou pour Littr&#233; : une &#171; suite de personnes qui en accompagne une autre pour lui faire honneur lors d'une c&#233;r&#233;monie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fureti&#232;re et Littr&#233; sont cit&#233;s par L. Marin, op. cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit d'accompagner Fabert jusqu'au port o&#249; un bateau doit l'emmener. Le p&#232;re explique &#224; la m&#232;re : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211; C'est un professeur de coll&#232;ge, un savant. Il a &#233;t&#233; un des premiers &#224; monter l'Universit&#233; populaire. Mais il a tout l&#226;ch&#233; bien vite quand il a vu ce que c'&#233;tait. C'&#233;tait un petit bonhomme avec des lorgnons et une barbiche. Mais quand il parle ! ... &#187; [MP, 120]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il poursuit d&#233;crivant sa pr&#233;sence lors de la r&#233;union de la fondation de la section socialiste :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211; Si tu l'avais entendu nous expliquer le socialisme&#8230; Je ne sais pas&#8230; Il y avait quelque chose dans ce qu'il disait&#8230; C'&#233;tait tellement cela&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Et le Docteur n'a rien dit ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Si&#8230; Mais&#8230; &#187; [MP, 120]&lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivant en le mettant en comparaison avec le Docteur &#8211; personnage d&#233;sign&#233; l&#224; par un statut social alors que Fabert l'est par son nom propre &#8211; dont les prises de parole provoquent une &#171; g&#232;ne &#187; chez le p&#232;re :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8220;Mais Fabert parle plus droit, peut-&#234;tre. Le Docteur, lui&#8230;&#8221; [&#8230;] Quand Fabert s'est mis &#224; parler, mon p&#232;re s'est senti d&#233;livr&#233; d'une g&#234;ne qui l'avait oppress&#233; toute la soir&#233;e [&#8230;]. &#192; chaque parole de Fabert, mon p&#232;re reconnaissait quelque chose de ses propres pens&#233;es. Son c&#339;ur battait [&#8230;]. C'&#233;tait cela qu'il avait pressenti ou pens&#233; lui-m&#234;me en maniant les savates. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu vois, dit-il &#224; ma m&#232;re, des hommes comme Fabert vous font comprendre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait sorti de l&#224; ivre. &#187; [MP, 120-121]&lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis Fabert est administrativement d&#233;plac&#233; parce &#171; qu'il est d'avec nous &#187; [MP, 128]. Alors que l'emploi de &#171; d'avec &#187; se fait habituellement pour marquer une s&#233;paration &lt;i&gt;d'avec&lt;/i&gt; une entit&#233; avec laquelle le lien &#233;tait celui de l'union, ici c'est cette derni&#232;re qui est soulign&#233;e. &lt;i&gt;&#202;tre d'avec nous&lt;/i&gt; pourrait &#234;tre compris comme une appartenance o&#249; le &lt;i&gt;avec nous&lt;/i&gt; est premier. A la col&#232;re qui oppresse le p&#232;re &#224; cette nouvelle, succ&#232;de un &#171; enthousiasme joyeux &#187; [MP, 129] apr&#232;s qu'il ait rencontr&#233; l'&#233;pouse de Fabert et qu'elle lui a dit : &#171; &#8211; On nous chasse d'ici, nous recommencerons ailleurs&#8230; &#187;. &#171; &#8220;On ne peut obliger Fabert &#224; se taire&#8221; &#187;se dit le p&#232;re [MP, 129]. La parole encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'heure de descendre au port, un rassemblement a lieu devant le domicile de l'expuls&#233;, pour lui faire un &#171; &#8220;pas de conduite&#8221; &#187; [MP, 129-130], certains ayant quitt&#233; leur chantier &#171; sans demander la permission au contrema&#238;tre &#187; et, pour cela risquant licenciement ou retenue sur leur salaire. Des groupes de curieux se forment, les gens se mettent aux fen&#234;tres et ou sur le pas de leur porte. Les valises lui sont arrach&#233;es des mains pour les porter, et Fabert est hiss&#233; sur les &#233;paules des &#171; camarades &#187;. &#171; &#8211; A bas la police &#187; crie-t-on. &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; est chant&#233;e particuli&#232;rement &#171; C'est la lutte&#8230; finale&#8230; &#187; [MP, 130] rappelant la proximit&#233; temporelle d'une &#233;ch&#233;ance. Les protecteurs de l'ordre donc d&#233;nonc&#233;s et un avenir pos&#233; et chant&#233;, une temporalit&#233; de l'imminence qui fait &#233;cho &#224; la conjoncture d&#233;crite au d&#233;but du roman avec la nouveaut&#233; des id&#233;es qui se diffusent parmi les ouvriers, la fondation d'un nouveau journal, la pr&#233;sence du docteur R&#233;bal. Mais aussi &#224; la premi&#232;re manifestation et &#224; la r&#233;currence des mots du p&#232;re sur une proche r&#233;volution et prise de pouvoir. &#171; &#8211; [&#8230;] J'esp&#232;re bien que la r&#233;volution n'est pas loin. &#187; [MP, 119] Des camarades s'agr&#232;gent au cort&#232;ge au fur et &#224; mesure qu'il avance. Le Docteur n'en est pas et attend au port. Dans les paroles de Fabert mont&#233; sur un tonneau, couvertes par les bruits du port, ils discernent qu'il leur recommande de suivre le Docteur et qu'il ne les oubliera pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; non plus, pas de spatialisation s&#233;mantique. L'emplacement du domicile de Fabert n'est pas pr&#233;cis&#233;, seuls sont d&#233;sign&#233;s le port et sa destination. &#171; Il va &#224; Bordeaux pour commencer &#187; [MP, 128], ce qui laisse pr&#233;sager d'autres d&#233;placements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'honneur fait &#224; Fabert il faut voir la c&#233;l&#233;bration d'une forme de parole et la crainte de sa perte. Cette forme ne repose pas sur l'&#233;loquence politique, Fabert n'est pas un bon orateur. Quand il prend la parole, il parle mal ou bien est rendu inaudible par des bruits qui l'entourent. Mais sa prise de parole ne vient pas pr&#244;ner une th&#233;orie qu'il faudrait faire assimiler, comme le Docteur qui &#171; avait l'air de d&#233;montrer les moindres choses &#187; et souvent ponctuait ses phrases d'un &#171; &#8211; Vous comprenez [&#8230;] C'est &#233;vident &#187; [MP, 120]. La parole de Fabert est &#224; hauteur de ceux qui l'&#233;coutent, l'on s'y reconnait et, parce que l'on s'y reconnait, le propos est compr&#233;hensible et produit du commun. Elle fait &#233;cho aux exp&#233;riences de pens&#233;e de ceux qui l'&#233;coutent, les met au jour et les r&#233;habilite. Une forme de parole politique ou de souverainet&#233; politique de la parole oppos&#233;e &#224; celle du Docteur que pourtant Fabert recommande en partant, comme une remise aux mains des p&#233;dagogues, mais quel autre horizon &#224; ce moment-l&#224; de la fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.3.&lt;/strong&gt; La manifestation du premier Mai, la troisi&#232;me, est de l'ordre de la r&#233;actualisation d'un r&#233;cit, et par les instruments employ&#233;s la redite d'un &lt;i&gt;legendum&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 55.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle s'inscrit dans une double temporalit&#233;, cyclique dans son principe puisqu'il s'agit d'une f&#234;te annuelle, mais aussi dans un temps lin&#233;aire, celui de la vie de la m&#232;re puisque mise en relation avec sa sortie de l'h&#244;pital apr&#232;s y avoir &#233;t&#233; soign&#233;e de la typho&#239;de pendant plusieurs semaines. Depuis le lit d'h&#244;pital, la manifestation est inscrite dans le temps d'une attente, plut&#244;t vue comme un spectacle et dans un registre esth&#233;tique et festif : &#171; Une F&#234;te du Travail ! ... Et vous d&#238;tes qu'il y aura un char ? &#187; [MP, 155] dit la m&#232;re. Plus tard dans la description du d&#233;roul&#233; de la manifestation il sera qualifi&#233; de &#171; magnifique &#187; [MP, 157]. Entr&#233;e &#171; &#233;puis&#233;e &#187; [MP, 149], sans force &#224; l'h&#244;pital avant d'en revenir &#224; pied fi&#232;re de &#171; montrer qu'elle se sentait forte &#187; [MP, 155]. La sortie de la maladie, d'un &#233;tat mauvais ou difficile donc, est instruite en conjonction avec celle de l'hiver, l'arriv&#233;e du &#171; beau temps &#187; [MP, 156], le renouveau de la nature, comme l'est la c&#233;l&#233;bration ouvri&#232;re du premier Mai. &#171; [L]e soleil tremblait dans le feuillage des grands arbres &#187; [MP, 156] au lieu de rassemblement de la manifestation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une telle mise en relation, d'une vie nouvelle avec le renouveau de la nature vaut aussi pour l'av&#232;nement esp&#233;r&#233; du socialisme. Comme pour la premi&#232;re manifestation, pour le spectateur le cort&#232;ge s'annonce par le son, le chant entendu qui vient c&#233;l&#233;brer le premier Mai mettant en parall&#232;le fin de l'hiver et fin d'une &#171; souffrance &#187; [MP, 156] assimil&#233;e &#224; la morte saison. Ce rapport au moment de l'ann&#233;e n'est pas le propre de la chanson de &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt;, d'autres du premier Mai le mettent en &#339;uvre. Ici il faut y ajouter, rappelons-le, comme une renaissance de la m&#232;re apr&#232;s avoir &#233;chapp&#233; &#224; la maladie et &#224; la mort, sort qu'a connu sa voisine de lit &#224; l'h&#244;pital. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'autre temps lin&#233;aire dans lequel le premier Mai s'ins&#232;re, &#224; c&#244;t&#233; de celui de la vie maternelle, est bien &#233;videmment celui de son histoire, li&#233;e &#224; celle de la r&#233;sistance ouvri&#232;re. Dans sa dimension internationale, il nait lors d'un des congr&#232;s internationaux socialistes de Paris en 1889. Moins qu'une f&#234;te il est question de manifestation et de l'entretien d'un rapport de force pour faire triompher des revendications ouvri&#232;res, particuli&#232;rement celle de la journ&#233;e de huit heures. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du parcours de cette manifestation du premier Mai, comme de celui de la premi&#232;re, nous connaissons peu de chose sinon que cort&#232;ge s'&#233;branle d'un jardin public. Mais, d'entr&#233;e de jeu une solennit&#233; et une ritualit&#233; sont annonc&#233;es par une similitude avec la procession de la F&#234;te-Dieu &#171; quand la ville est tendue de blanc, qu'il y a des reposoirs, et, aux fen&#234;tres, des banni&#232;res &#187; [MP, 156]. Moment o&#249; l'&#233;glise semble s'&#233;tendre &#224; l'ensemble de l'espace urbain. Aussi, le premier Mai, &#171; [l]a ville enti&#232;re &#233;tait l&#224; &#187; [MP, 156] et il est difficile de se d&#233;placer. Contrairement aux premi&#232;res manifestations, celle-ci est ordonn&#233;e en diff&#233;rentes s&#233;quences comme venant faire r&#233;inscription narrative sur le lieu. &#171; C'&#233;tait comme un jour de F&#234;te-Dieu &#187; [MP, 156] mais c'est un autre r&#233;cit qui est &#224; l'&#339;uvre, une autre syntaxe qui est actualis&#233;e. Au d&#233;but du cort&#232;ge se trouve la musique suivie d'une banni&#232;re rouge frang&#233;e or avec l'inscription &lt;i&gt;Les Enfants du Peuple&lt;/i&gt;. Les enfants, conduits par Le Braz, initiateur d'un Th&#233;&#226;tre du Peuple au sein de la Bourse du travail, en costume d'atelier &#8211; il travaille le bois &#8211; chantent un hymne &#224; la fraternit&#233;. Puis suit le drapeau de la Bourse du travail, &#171; large et flottant doucement &#187; [MP, 156], port&#233; avec fiert&#233; par P&#233;lo, un pl&#226;trier, entour&#233; de ses camarades. Au premier rang, le Docteur. Ils chantent &lt;i&gt;Le Drapeau Rouge&lt;/i&gt;. Puis arrive le char avec les m&#234;mes couleurs que la banni&#232;re des &lt;i&gt;Enfants du peuple&lt;/i&gt;, les roues garnies de feuillage et sur l'avant, lui donnant une dimension h&#233;ro&#239;que, deux forgerons et leur enclume, une jeune fille assise sur un tr&#244;ne v&#234;tue de blanc et tenant un sceptre &#224; la main. &#171; &#8211; Comme c'est beau &#187; [MP, 157] dit la m&#232;re. Le spectacle fait mouche et vient affirmer la dimension mill&#233;nariste de la manifestation, &#171; la promesse d'un salut terrestre et collectif &#187; associ&#233; &#224; &#171; la n&#233;cessit&#233; d'une catastrophe pour atteindre le nouvel univers &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Sironneau, S&#233;cularisation et religions politiques, Paris/La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette seconde manifestation, contrairement &#224; la premi&#232;re, est un groupe organis&#233;, des fonctions apparaissent et produisent une distinction entre les uns et les autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le parcours n'est gu&#232;re plus d&#233;crit que les pr&#233;c&#233;dents &#8211; il doit traverser la ville &#8211; l'intensit&#233; s&#233;mantique gagne de la puissance par son ordonnancement, par les chants qui annoncent la fin d'une condition, mettent en avant fraternit&#233; et pr&#233;paration au combat &#224; venir, qui dressent l'horizon d'un nouvel ordre. Ensuite le point de vue change, ou du moins semble le faire. La m&#232;re et les enfants, malgr&#233; la densit&#233; de la foule, rattrapent les &lt;i&gt;Enfants du peuple&lt;/i&gt; et arrivent &#224; &#171; se glisser dans leurs rangs &#187; [MP, 156]. Ils semblent ne plus appartenir alors &#224; cette foule spectatrice et entonnent avec les enfants un hymne &#224; la &#171; Cit&#233; future &#187;, transform&#233;s au regard du d&#233;but de la manifestation ou par rapport &#224; la premi&#232;re alors vue de haut et de l'ext&#233;rieur. Pour autant cette entr&#233;e dans la manifestation comme son intensification s&#233;mantique inscrivent celle-ci dans des expressions ant&#233;rieures, d&#233;j&#224;-l&#224; et quasi-transcendantales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.2.4.&lt;/strong&gt; Enfin il y d'autres manifestations, l'une s'inscrivant dans le processus &#233;lectoral municipal, o&#249; apr&#232;s une r&#233;union houleuse avec un millier d'ouvriers, des bagarres &#233;clatent dans la salle et dans la rue, &#171; spontan&#233;ment la foule se porta en ville et vint chanter &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; sous les fen&#234;tres de la pr&#233;fecture et de la mairie &#187; [MP, 160]. L'autre, une quinzaine de jours apr&#232;s les &#233;lections, au moment de nommer le maire. Alors le camp &#233;lectoral socialiste se divise, le Docteur revendique le fauteuil de premier magistrat, et conduit une campagne de calomnies contre les ouvriers &#233;lus qui ne veulent pas voter pour lui, les d&#233;non&#231;ant vendus aux lib&#233;raux. Pourtant c'est Marlier, l'un d'entre eux, qui est &#233;lu. Certains compagnons, pourtant, &#171; croyaient &#224; la trahison &#187; [MP, 166] et au moment de son &#233;lection la foule qui emplit la place crie &#171; &#8220;Ven&#8230; en&#8230;dus !&#8221; [&#8230;] &#8220;Ven&#8230; en&#8230;du !...&#8221; &#187; [MP, 166] et applaudit l'ancien maire qui annonce la tenue de prochaines &#233;lections &#224; la raison que tous vont d&#233;missionner.&lt;br class='autobr' /&gt;
La mairie et la pr&#233;fecture qui informent le parcours de cette derni&#232;re manifestation sont des lieux du pouvoir. Il y a peu d'occurrences du mot mairie dans le roman, six exactement. C'est l&#224; que la m&#232;re va voir le propri&#233;taire de la maison o&#249; la famille d&#233;m&#233;nage pour occuper un nouveau logement au premier &#233;tage. C'est l&#224; aussi que le p&#232;re court demander l'ambulance municipale lorsqu'il s'agit d'emmener la m&#232;re &#224; l'h&#244;pital, et c'est devant la mairie, comme devant la pr&#233;fecture que l'on chante &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; durant la campagne &#233;lectorale. De son c&#244;t&#233;, mis &#224; part ce moment, la pr&#233;fecture appara&#238;t deux fois. Depuis le premier des deux appartements occup&#233;s par la famille du narrateur, c'est sur son parc qu'ouvrent les fen&#234;tres de deux des pi&#232;ces. Ensuite la m&#232;re, alors enfant, allait recopier tous les soirs, &#224; la demande de son propre p&#232;re, les d&#233;p&#234;ches journali&#232;res durant la guerre de 1870.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la pr&#233;fecture et la mairie comme points nodaux de ces manifestations, c'est un retour &#224; la configuration &lt;i&gt;lieu-police&lt;/i&gt; qui s'op&#232;re. Et la foule est ressaisie, dans la syntaxe tant de l'ancien maire que du futur, soumise &#224; leurs paroles et les lieux de ces manifestations sont ceux du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.1&lt;/strong&gt; A un moment du roman, apr&#232;s la premi&#232;re manifestation et avant celle du premier Mai, les &#233;lections sont omnipr&#233;sentes et apparaissent comme l'enjeu principal. &#171; [&#8230;] &#224; la Bourse du travail, comme au groupe et partout ailleurs en ville, il n'&#233;tait question que des &#233;lections prochaines &#187; [MP, 148]. Le docteur R&#233;bal n&#233;gocie alors avec les lib&#233;raux et les radicaux. &#171; L'espoir de voir quelques-uns des leurs entrer au conseil les grisait &#187; &#233;crit Guilloux [MP, 148], dessinant l&#224; ce qui semble &#234;tre leur seul horizon d'action. Au final les n&#233;gociations donnent dix places pour les lib&#233;raux, dix pour les radicaux et sept pour les socialistes. Alors ceux-ci se crurent &#171; devenus les ma&#238;tres &#187;, &#171; tout allait changer &#187;. &#171; On allait construire des maisons ouvri&#232;res, ouvrir de nouvelles &#233;coles, &#233;difier une Maison du peuple &#187;. Une grande salle de jeu y serait install&#233;e pour les enfants, on y ferait aussi des conf&#233;rences pour petits et grands. &#171; Tous avaient la fi&#232;vre &#187; [MP, 160]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les places se discutent, essentiellement la question de &#171; prendre la t&#234;te &#187; [MP, 161]. Leur discussion ouvre &#224; celle des principes d'&#233;galit&#233;, &#224; leurs variabilit&#233;s, particuli&#232;rement l'&#233;galit&#233; des intelligences et des capacit&#233;s, alors que la situation conduit &#224; une distribution in&#233;galitaire des fonctions municipales esp&#233;r&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211;Voil&#224; M. le maire ! s'&#233;cria [P&#233;lo] un jour en voyant entrer Louis Lauti&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde rit. Louis Lauti&#233; r&#233;pliqua :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Pourquoi pas, P&#233;lo ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu ferais aussi bien qu'un autre dans le fauteuil de maire, dit le Braz. &#187; [MP, 149]&lt;br class='autobr' /&gt;
Louis Lauti&#233; est pl&#226;trier, et c'est le principe d'&#233;galit&#233; qui est affirm&#233;, de m&#234;me son caract&#232;re premier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant. Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Lauti&#233; redonne corps &#224; ce principe devant l'ancien maire lorsque celui-ci le menace de supprimer la bourse de son fils, bon &#233;l&#232;ve au coll&#232;ge, s'il ne vote pas pour lui. &#171; Mais un bon &#233;l&#232;ve peut aussi faire un bon pl&#226;trier &#187; [MP, 165] est la r&#233;ponse qu'il oppose, refusant l'argent municipal et invoquant le suppl&#233;ment d'une qualit&#233; de droiture&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il y a, dans l'affirmation de cette valeur, quelque chose d'une &#233;conomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tour est diff&#233;rent lorsqu'il s'agit de discuter de Marlier. L'in&#233;gale distribution des capacit&#233;s, promue par &#171; les camarades &#187; eux-m&#234;mes, vient appuyer et justifier une in&#233;gale r&#233;partition des places.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211;Toi, Marlier, disaient les camarades, tu as des capacit&#233;s, de l'instruction. C'est &#224; toi &#224; prendre la t&#234;te, avec le Docteur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marlier r&#233;pondait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Nous ne ferons rien les uns sans les autres.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Marche toujours&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;tait des leurs. On l'avait toujours connu. &#187; [MP, 161]&lt;br class='autobr' /&gt;
Ancien instituteur devenu employ&#233; de commerce Marlier est un clerc. Son p&#232;re &#233;tait forgeron et ils mettent en lui leur confiance et &#224; leurs yeux il a du prestige. Autrement dit il est doublement caract&#233;ris&#233;, par une proximit&#233; de vie et une appartenance commune, et par la diff&#233;rence que constituent capacit&#233;s et instruction. Cela, similitude et sp&#233;cificit&#233;, conduit &#171; les camarades &#187; &#224; lui demander de &#171; prendre la t&#234;te, avec le Docteur &#187; [MP, 161].&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci appara&#238;t comme l'orateur de la campagne du c&#244;t&#233; socialiste. &#171; R&#233;bal parlait, dans le tumulte, et presque toujours il parvenait &#224; se faire entendre. On le portait en triomphe, on se battait pour lui. Ses discours enflammaient les ouvriers &#187; [MP, 161]. Un dispositif de conviction par la parole. Une fois les sept socialistes &#233;lus, le Docteur r&#233;clame la place de maire et entend affirmer son autorit&#233;. Lorsqu'il rencontre, sur la place Nationale, Calvez le typographe : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211; Je suis maire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Calvez secoua la t&#234;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Nous ne voterons pas pour vous.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;bal le savait. Depuis les &#233;lections, il n'avait vu aucun des ouvriers &#233;lus. Il bl&#234;mit.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je suis votre chef.&lt;br class='autobr' /&gt;
Calvez haussa les &#233;paules :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Pas le mien.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est moi qui ai tout fait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seconde fois Calvez secoua la t&#234;te et dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Non.&lt;br class='autobr' /&gt;
La col&#232;re empoigna le Docteur, qui se mit &#224; injurier Calvez et &#224; le menacer, mais Calvez tourna les talons &#187; [MP, 164].&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ainsi se soustrait &#224; son autorit&#233;, soustraction qui appara&#238;t, &#224; lire la suite du roman, comme le point inaugural d'une d&#233;fection et d'une r&#233;tivit&#233; qui viennent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &lt;i&gt;Le Renouveau&lt;/i&gt;, le lendemain des &#233;lections R&#233;bal avait d&#233;clar&#233; : &#171; &#8220;C'est moi qui ai tout fait. Le succ&#232;s &#233;lectoral d'hier est mon succ&#232;s. Le fauteuil de maire me revient&#8221; &#187; [MP, 163]. Plus loin : &#171; &#8220;Je suis intelligent, instruit, actif, &#233;loquent, courageux. J'ai vingt fois les qualit&#233;s dont une seule suffirait &#224; justifier mon droit &#224; conduire ce peuple&#8221; &#187; [MP, 163]. D&#233;j&#224;, avant, dans une r&#233;union de la section socialiste, il avait revendiqu&#233; cette place de pasteur du peuple : &#171; &#8211; [&#8230;] Suivez-moi seulement et nous irons loin &#187; [MP, 124] avait-il dit. Ce &#224; quoi, comme en &#233;cho, quelqu'un avait dit &#171; &#8211; C'est un chef [&#8230;]. Si nous avons confiance en lui, la partie est gagn&#233;e &#187; [MP, 124]. Ce qu'il convient d'identifier comme un racisme de l'intelligence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Bourdieu, &#171; Racisme de l'intelligence &#187;, Le Monde diplomatique, 601, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fait &#233;cho &#224; la d&#233;finition de la condition prol&#233;tarienne pour Guilloux. En 1929, Louis Guilloux &#233;dite avec Daniel Hal&#233;vy, des lettres de Proudhon, dans une collection dirig&#233;e par Jean Gu&#233;henno aux &#233;ditions Bernard Grasset. En exergue deux citations de Proudhon dont la premi&#232;re explicite son rapport aux pauvres : &#171; Puis ce n'est rien pour moi de faire fortune tant qu'il existe des pauvres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre-Joseph Proudhon, Lettres choisies et annot&#233;es par Daniel Hal&#233;vy et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et une premi&#232;re lettre parlant, entre autres choses, d'intelligence &#233;gale &#224; d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'&#233;chec aux &#233;lections municipales il y a comme l'impossibilit&#233;, redoubl&#233;e, de mettre un monde dans un autre et la fin de la possibilit&#233; d'une &#233;mancipation civique. Le processus &#233;lectoral dans lequel le p&#232;re et ses compagnons se sont engag&#233;s conduit le groupe dans un processus d'institutionnalisation des places, des autorit&#233;s et des in&#233;galit&#233;s qu'&lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; ils refusent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.2.&lt;/strong&gt; La question de l'&#233;galit&#233; des intelligences et des capacit&#233;s et sa r&#233;affirmation sont pos&#233;es avant et tout au long du processus &#233;lectoral, particuli&#232;rement par l'un des personnages, Le Braz. D&#233;crit comme un petit homme sec et ardent, il appara&#238;t violent et soupe au lait. Sa pomme d'Adam est &#171; comme une b&#234;te prisonni&#232;re &#187; [MP, 118] et il est toujours enrou&#233;. Comme l'impossibilit&#233; d'une parole audible. Il agite ses mains en parlant, et ces &#171; grosses mains &#187; [MP, 118] &#8211; que l'on peut opposer &#171; aux mains longues et froides &#187; [MP, 123] du Docteur &#8211; en &#171; racontent plus long que des paroles &#187; [MP, 118]. &#171; C'&#233;tait des mains faites pour se confondre avec la varlope. Elles &#233;taient noueuses et carr&#233;es, dures et trop larges pour sa personne. &#187; [MP, 118] Leur expressivit&#233; tout &#224; la fois surpasse celle des mots et les relie, en une sorte de transparence ou de causalit&#233; directe, &#224; une condition inscrite dans le corps et qui les suscite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que tous, lui compris, avaient cru &#224; ce &#171; mouvement fraternel &#187; [MP, 118], il pointe, au nom d'un double argument, le r&#244;le de l'Universit&#233; populaire comme leurre et outil de domestication : la composition du groupe qui la cr&#233;e comprenant le Docteur mais aussi le maire et des membres du clan qui domine la ville, le contenu de conf&#233;rences qui entendent &#233;duquer le peuple. &#171; Et puis ils veulent nous flatter et se servir de nous &#187; [MP, 118]. Fabert avait, de son c&#244;t&#233;, quitt&#233; l'Universit&#233; populaire, dans une continuit&#233; de rupture avec le d&#233;partage des mots entre ceux qui expliquent et ceux &#224; qui il faudrait expliquer. A l'&#233;ducation du peuple, Le Braz oppose la n&#233;cessit&#233; de se &#171; grouper et lutter ensemble &#187; [MP, 119]. Contre les bourgeois, parlant en ouvrant les mains, il affirme &#171; la haine quand m&#234;me&#8230; &#187; [MP, 119].&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le processus &#233;lectoral, il ne croit pas &#224; la victoire, consid&#233;rant que tout le monde va trop vite en besogne en la consid&#233;rant d&#233;j&#224; l&#224; et acquises ses cons&#233;quences. Il redoute un pi&#232;ge &#8211; &#171; ces messieurs sont forts &#187; &#8211; et sans cesse alerte contre le Docteur &#8211; &#171; &#8211; Votre docteur R&#233;bal vous perdra. Mais personne ne l'entendit &#187; [MP, 149]. Mise en garde reprise par l'un des autres ouvriers pr&#233;sent, Mauley, peintre qui n'appara&#238;t qu'une fois dans le roman et qui, dans une conduite des &#233;lections conjointe par Marlier et le Docteur, voit une asym&#233;trie sociale et par cons&#233;quent politique : &#171; &#8211; [&#8230;] le docteur est un bourgeois &#187; [MP, 161]. Apr&#232;s la tentative du Docteur de s'approprier la victoire &#233;lectorale, avec ses mains encore, avec lesquelles il avait toujours l'air de menacer quelqu'un, Le Braz fit un &#171; geste horrible &#187; en disant &#171; &#8211; Des hommes comme &#231;&#224;, il faudrait&#8230; &#187; [MP, 162].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; &#171; Ils sentaient qu'ils &#233;taient battus pour longtemps &#187; [MP, 168]. Apr&#232;s les &#233;lections refaites, le p&#232;re et ses amis se trouvent d&#233;finitivement ou durablement dans le camp des vaincus du champ politicien, Marlier perd son travail et doit quitter la ville. L'ancien maire a repris sa place et &#171; [t]out allait comme autrefois &#187; [MP, 169]. La situation, et la reconfiguration strat&#233;gique qu'ils en op&#232;rent, peuvent se caract&#233;riser en quatre points. Et c'est une autre grammaire de l'action qui appara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'illusion &#8211; pour certains &#8211; bris&#233;e de la victoire vient mettre en cause la lign&#233;e temporelle d'intensification s&#233;mantique de la spatialisation du &lt;i&gt;lieu&lt;/i&gt; et le bien-fond&#233; m&#234;me de celle-ci, dans les inscriptions symboliques suscit&#233;es comme dans son point d'aboutissement r&#234;v&#233;. La premi&#232;re manifestation &#8211; une politique des corps et de la rue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Judith Butler, Rassemblement. Pluralit&#233;, performativit&#233; et politique, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#8211; comme la parole de Fabert &#8211; la question de l'&#233;galit&#233; &#8211; vont s'abimer dans une ressaisie s&#233;mantique, le principe de la repr&#233;sentation et une comp&#233;tition &#233;lectorale. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e d'autonomie, ou de vie non conform&#233;e par un gouvernement, fait son chemin, avec celles d'un d&#233;placement du champ d'affrontement et de l'instauration d'une autre temporalit&#233; que celle dict&#233;e par l'&#233;lectoralisme. &#171; Ne croyons qu'&#224; nous-m&#234;mes&#8230; &#187; [MP, 162]. L'hiver et le printemps pass&#233;s les &#171; camarades &#187; reviennent et l'id&#233;e de Maison du Peuple ressurgit. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211; Nous ne ferons rien que par nous-m&#234;mes. Il nous faut une maison&#8230; une Maison du peuple !... [&#8230;] &#8211; Mais il faut la b&#226;tir nous-m&#234;mes [&#8230;] &#8211; Avec nos bras, camarades, on peut b&#226;tir. En y mettant chacun du sien, on peut trouver un peu d'argent et acheter le terrain. [&#8230;] &#8211; [&#8230;] Pour combattre la bourgeoise, il faut &#234;tre instruit comme elle. C'est par l&#224; que nous commencerons la r&#233;volution&#8230; &#187; [MP, 172]. &lt;br class='autobr' /&gt;
Soit une politique des savoirs. &#171; &#8211; Chez nous, nous serons libres. Nous ne devrons rien &#224; personne. &#187; [MP, 172] Et une op&#233;ration de soustraction. De l'argent est collect&#233; et un terrain achet&#233;. Il y a l&#224; comme une refondation strat&#233;gique, d'abord l'instruction via la Maison du peuple puis une r&#233;volution qui s'ensuivra.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le beau temps revenu, le dimanche, ils commencent les travaux de fondation. Une carri&#232;re est am&#233;nag&#233;e pour plus tard en tirer du sable. L'apr&#232;s &#233;lections municipales est marqu&#233; par un changement de registre de l'action, la parole publique devient moins importante. &#171; On ne peut leur faire comprendre &#187; [MP, 169] dit Le Braz. L'accent est mis sur la propagande &#171; de bouche en bouche &#187;, &#171; la meilleure propagande &#187; [MP, 172], sur les lieux de travail l'atelier ou le chantier &#8211; et ceci importe. Si le beau temps est revenu, il est bien autre chose que celui du premier Mai, qu'une quelconque t&#233;l&#233;ologie ou que le soleil qui vient accompagner le d&#233;part de Fabert dans la mauvaise saison. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'emplacement choisi pour construire la maison se trouve &#224; la limite de la ville qui n'est plus une centralit&#233; dans laquelle il s'agirait d'op&#233;rer des op&#233;rations de spatialisation. L'actualit&#233; est &#224; l'instauration d'un bord o&#249; s'op&#232;rent des gestes de d&#233;partage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Jacques Ranci&#232;re, La pens&#233;e des bords &#187;, Critique, 881, 2020, p. 828-840.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, tout comme elle s'est caract&#233;ris&#233;e par le refus de suivre R&#233;bal dans l'affirmation de sa propre centralit&#233;. Une d&#233;fection en somme.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'action se r&#233;alise dans un faire o&#249; s'organise la coop&#233;ration et s'actualise une force productive collective dont les fruits ne sauraient &#234;tre confisqu&#233;s comme dans le cas du processus &#233;lectoral. On pourrait y voir &#224; l'&#339;uvre la VIe th&#232;se &#8211; relationniste &#8211; sur Feurbach de Marx. Il y a sur le chantier du commun au travail et de la transformation humaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#8211; Pourvu qu'ils ne se d&#233;couragent pas. Qu'ils reviennent ainsi chaque dimanche, et nous serons sauv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ils reviendront, dit mon p&#232;re. Regarde donc un peu comme ils travaillent.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui. [&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
De temps en temps [Bahier] s'arr&#234;tait, regardait les camarades ; sa figure s'&#233;clairait. &#187; [MP, 180]&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un peu la revanche des mains sur les paroles. Et il faut souligner que dans le roman le mot peuple n'est port&#233; &#224; l'oralit&#233;, seul, que par celui qui le trahit, alli&#233; au clan des puissants, le Docteur R&#233;bal. Ailleurs, il ne semble prendre sens qu'articul&#233; &#224; celui de Maison, soit dans la constitution d'un ensemble de relations sociales et la mise en &#339;uvre de modalit&#233;s d'un faire commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette pratique du commun la pr&#233;supposition &#233;galitaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Ranci&#232;re, Le ma&#238;tre ignorant, op. cit.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est mise en &#339;uvre, dans le mouvement, dans le concret venant d&#233;construire l'id&#233;e de son abstraction. Il est fondateur, oppos&#233; &#224; son absence lors du processus &#233;lectoral. Pour chacun il s'agit de &#171; faire sa part comme les autres &#187; [MP, 178], et chacun touche un &#171; bon travail &#187;, petit bout de papier griffonn&#233;. &#171; &#8211; [&#8230;] Quand nous serons riches, on te remboursera de ta peine&#8230; &#187; [MP, 181] ajoute le p&#232;re. Pourtant chacun ne fait pas le m&#234;me travail, ni n'a les m&#234;mes capacit&#233;s. Le narrateur manipule maladroitement la pelle, tandis qu'un autre se r&#233;v&#232;le habile au maniement de la brouette, ou que Bahier r&#233;fl&#233;chit. Pour reprendre les mots de Gilles Deleuze, ici par la politique de l'&#233;galit&#233; &#171; le plus petit devient l'&#233;gal du plus grand d&#232;s qu'il n'est pas s&#233;par&#233; de ce qu'il peut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition, Paris, Presses universitaires de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et qu'il pousse ses limites. Loin ici des injonctions contemporaines o&#249; le commun est parfois synonyme de la fabrication d'un lien social inclusif, il y a ici de l'ennemi et c'est d'un espace public oppositionnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Oskar Negt, L'espace public oppositionnel, Paris, Payot, 2007.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont il est question dans une proposition de bifurcation.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'exp&#233;rience est stopp&#233;e brutalement par l'installation d'une culture de guerre et l'inauguration de ce que certains nommeront &#171; la guerre civile europ&#233;enne &#187;. Le Braz, Bahier, le p&#232;re&#8230; partent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, mais d&#233;j&#224; bien avant, le lecteur ne peut se d&#233;rober &#224; la question de l'&#233;chelle des espaces strat&#233;giques de l'affrontement politique et de leur effectivit&#233;, dans le temps du roman mais aussi dans celui qui est le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#235;l Barbe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Gabriel P&#233;riot, &#171; Pr&#233;face &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : A. Brossat, &lt;i&gt;Des peuples et des films. Cin&#233;matographie(s), philosophie, politique&lt;/i&gt;, Aix-en-Provence, Rouge Profond, 2020, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Merci &#224; celles-ceux qui ont travaill&#233; ce hasard, ami-e-s briochin-e-s ou non.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Apostrophes&lt;/i&gt;, 2 juin 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier Grall, &lt;i&gt;Le cheval couch&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Hachette, 1977, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas Pavel, &lt;i&gt;La pens&#233;e du roman&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin, &#171; Histoire litt&#233;raire et science de la litt&#233;rature &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : W. Benjamin, &lt;i&gt;&#338;uvres II&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 2000, p. 274-283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etienne Balibar, &#171; &lt;i&gt;Esser principe, esser populare&lt;/i&gt; : l'&#233;pist&#233;mologie conflictuelle de Machiavel &#187;, &lt;i&gt;Passions du concept. &#201;pist&#233;mologie, th&#233;ologie et politique. &#201;crits II&lt;/i&gt;, Paris, La D&#233;couverte, 2020, p. 105-125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'ensemble des citations de &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt; proviennent de l'&#233;dition suivante : Louis Guilloux, &lt;i&gt;La Maison du peuple&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : L. Guilloux, &lt;i&gt;D'une Guerre l'autre. Romans, R&#233;cits&lt;/i&gt;, Paris, Quarto Gallimard, 2009, p. 111-182. La r&#233;f&#233;rence dans le texte est abr&#233;g&#233;e en MP, suivi de la pagination.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel de Certeau, &lt;i&gt;L'invention du quotidien. 1. Arts de faire&lt;/i&gt;, Paris, Union G&#233;n&#233;rale d'&#201;ditions, 1980, p. 208-210.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Marin, &#171; Une mise en signification de l'espace social : manifestation, cort&#232;ge, d&#233;fil&#233;, procession &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : L. Marin, &lt;i&gt;De la repr&#233;sentation&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard/Le Seuil, 1994, p 55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On se reportera &#224; Maurice Dommanget, &lt;i&gt;Histoire du drapeau rouge&lt;/i&gt;, Marseille, Le mot et le reste, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze et F&#233;lix Guattari, &lt;i&gt;Capitalisme et schizophr&#233;nie 2. Mille plateaux&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de minuit, 1980, p. 389.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au sens de Marx ou d'Hegel, pour lesquels l'universel est pens&#233;e de l'h&#233;g&#233;monie. On se reportera &#224; &#201;tienne Balibar, &lt;i&gt;Des Universels. Essais et conf&#233;rences&lt;/i&gt;, Paris, Galil&#233;e, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est bien le sens de la critique marxiste aux saint-simoniens ou aux fouri&#233;ristes dans le &lt;i&gt;Manifeste&lt;/i&gt; de 1848. Il ne peut y avoir de postulat d'une harmonie sociale pr&#233;&#233;tablie dans laquelle viendrait se dissoudre la r&#233;alit&#233; de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V&#233;ronique Meyer, &#171; &lt;i&gt;La repr&#233;sentation de la souffrance sociale dans la gravure parisienne (1635-1660)&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;in&lt;/i&gt; : F. Chauvaud (dir.), &lt;i&gt;Histoires de la souffrance sociale : XVIIe-XXe si&#232;cles&lt;/i&gt;, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007. doi :10.4000/books.pur.6684.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Michel Foucault, &lt;i&gt;Histoire de la folie &#224; l'&#226;ge classique&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1972. Sur cette question, on se reportera aussi &#224; E. Balibar, &#171; &lt;i&gt;Esser principe, esser populare&lt;/i&gt; : l'&#233;pist&#233;mologie conflictuelle de Machiavel &#187;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;]. Il n'a rien &#224; perdre : &#171; Je n'ai pas peur de perdre mon bien &#187; chante la m&#232;re. Dans &lt;i&gt;La Maison du Peuple&lt;/i&gt; l'extr&#234;me pauvret&#233; est rejet&#233;e du c&#244;t&#233; d'un ext&#233;rieur et de l'&#233;tranger. Ceux qui s'adressent au Bureau de Bienfaisance sont consid&#233;r&#233;es comme des paresseux et des ivrognes, comme &#233;trangers dans la ville. Et plus que cela, le paup&#233;risme produit comme un en-dehors de l'humanit&#233;, &#171; tomb&#233;s si bas dans la mis&#232;re [&#8230;] ils n'avaient plus rien &#224; perdre dans l'esprit des gens. Ils &#233;taient si d&#233;nu&#233;s que leurs attaches humaines s'&#233;taient rompues d'elles-m&#234;mes &#187; [MP, 139]. &#171; Les ouvriers &#233;taient les plus durs envers ceux qui se laissaient aider ainsi &#187; pr&#233;cise Guilloux, on soulignera le terme &lt;i&gt;laisser&lt;/i&gt;. Il se joue l&#224; un rapport au clerg&#233; qui tient ces &#339;uvres &#8211; &#171; &#8220;la calotte&#8221; &#187; &#8211; mais sans doute aussi une question de fiert&#233;. Karl Polanyi, analysant la r&#233;forme de la loi anglaise sur les pauvres en 1834, et l'abandon cons&#233;cutif de ceux-ci &#224; leur sort, avance la cat&#233;gorie de &#171; pauvres m&#233;ritants &#187;, &#171; trop fiers pour entrer &#224; l'asile (&lt;i&gt;workhouse&lt;/i&gt;), qui &#233;tait devenu le s&#233;jour de la honte &#187;[[Karl Polanyi, &lt;i&gt;La Grande Transformation. Aux origines politiques et &#233;conomiques de notre temps&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1983, p. 119-120.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilbert Simondon, &lt;i&gt;L'individuation &#224; la lumi&#232;re des notions de forme et d'information&lt;/i&gt;, Grenoble, Millon, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Yvonne Verdier, &lt;i&gt;Fa&#231;ons de dire, fa&#231;ons de faire. La laveuse, la couturi&#232;re et la cuisini&#232;re&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fureti&#232;re et Littr&#233; sont cit&#233;s par L. Marin, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Pierre Sironneau, &lt;i&gt;S&#233;cularisation et religions politiques&lt;/i&gt;, Paris/La Haye/New-York, Mouton, 1982, p. 216-217.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant. Cinq le&#231;ons sur l'&#233;mancipation intellectuelle&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 1987, p. 78-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a, dans l'affirmation de cette valeur, quelque chose d'une &#233;conomie morale au sens o&#249; l'entendait Edward P. Thompson soit pratiques et valeurs qui participent &#224; la d&#233;fense des pauvres ou de la foule contre les actions de domination. Voir par exemple Edward P. Thompson, &lt;i&gt;Les usages de la coutume. Traditions et r&#233;sistances populaires en Angleterre, XVIIe-XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Paris, EHESS/Gallimard/Seuil, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Bourdieu, &#171; Racisme de l'intelligence &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, 601, 2004, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre-Joseph Proudhon, &lt;i&gt;Lettres choisies et annot&#233;es par Daniel Hal&#233;vy et Louis Guilloux&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1929, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Judith Butler, &lt;i&gt;Rassemblement. Pluralit&#233;, performativit&#233; et politique&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Jacques Ranci&#232;re, La pens&#233;e des bords &#187;, &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, 881, 2020, p. 828-840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Le ma&#238;tre ignorant&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Deleuze, &lt;i&gt;Diff&#233;rence et r&#233;p&#233;tition&lt;/i&gt;, Paris, Presses universitaires de France, 1968, p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Oskar Negt, &lt;i&gt;L'espace public oppositionnel&lt;/i&gt;, Paris, Payot, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le 25 mars 2030</title>
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		<dc:creator>No&#235;l Barbe</dc:creator>



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&lt;p&gt;Il y a 10 ans, jour pour jour, le sinistre pr&#233;sident, que des Fran&#231;ais avaient &#233;lu, prenait la parole &#224; la t&#233;l&#233;vision. Peut-&#234;tre d'ailleurs que l'expression prendre la parole n'&#233;tait pas la plus adapt&#233;e, il n'y avait pas grand-chose &#224; prendre tant celle-ci s'&#233;tait attach&#233;e &#224; d&#233;politiser &#171; la crise &#187; entre l'appr&#234;t&#233; d'une empathie pour les soignants et le soutien &#224; un caporalisme attribuant &#224; la population la responsabilit&#233; de la propagation de l'&#233;pid&#233;mie. Rien sur les effets produits par des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a 10 ans, jour pour jour, le sinistre pr&#233;sident, que des Fran&#231;ais avaient &#233;lu, prenait la parole &#224; la t&#233;l&#233;vision. Peut-&#234;tre d'ailleurs que l'expression prendre la parole n'&#233;tait pas la plus adapt&#233;e, il n'y avait pas grand-chose &#224; prendre tant celle-ci s'&#233;tait attach&#233;e &#224; d&#233;politiser &#171; la crise &#187; entre l'appr&#234;t&#233; d'une empathie pour les soignants et le soutien &#224; un caporalisme attribuant &#224; la population la responsabilit&#233; de la propagation de l'&#233;pid&#233;mie. Rien sur les effets produits par des dizaines d'ann&#233;es de n&#233;olib&#233;ralisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce soir-l&#224; ou ce jour-l&#224;, je ne sais plus tr&#232;s bien, alors le temps paraissait d&#233;sordonn&#233;, comme si l'&#233;preuve venait contredire l'abstraction horlog&#232;re de l'alliance de l'ordre et du suppos&#233; progr&#232;s comme l'&#233;crivait Bensa&#239;d, celui donc qui occupait l'exercice du pouvoir venait annoncer une op&#233;ration &lt;i&gt;R&#233;silience&lt;/i&gt; soit le transport de malades et l'installation d'&#233;quipements de r&#233;animation dont l'acteur serait l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot inspirait de la sympathie et l'on se disait que comme pour d'autres &#8211; r&#233;volution par exemple &#8211; celui qui avait fait une carri&#232;re fulgurante &#224; la banque Rothschild &#8211; il n'y a pas plus d'antis&#233;mitisme ici que le constat du prix fort pay&#233; &#224; l'&#233;pid&#233;mie par les afro-am&#233;ricains pourrait &#234;tre qualifi&#233; de raciste &#8211; avait encore op&#233;r&#233; une confiscation d'un mot au camp de ceux qui se battent pour l'&#233;mancipation, ou &lt;i&gt;a minima&lt;/i&gt; au lexique de ceux qui entretiennent une bienveillance pour tout ce qui est humain. Il faut dire que le mot dont l'usage a prolif&#233;r&#233;, et les significations avec, avait plut&#244;t fi&#232;re allure et l'on en aurait presque oubli&#233; que sa mise en &#339;uvre devait &#234;tre confi&#233;e &#224; une organisation militaire dont alors je cherchais en vain dans les devises de diff&#233;rentes r&#233;giments qui la composaient, quelques signes d'un attachement &#224; l'&#233;mancipation : &lt;i&gt;Dieu pardonne... Pas nous ; Je rugis comme le tonnerre, je frappe comme la foudre ; Partout je fonce, toujours j'enfonce&lt;/i&gt;. Bon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Employer r&#233;silience c'&#233;tait sans doute pour le &#171; PR &#187; faire science, du moins faire emprunt neuropsychiatrique &#224; celui qu'il avait c&#244;toy&#233; quelques ann&#233;es plus t&#244;t &#224; la Commission pour la lib&#233;ration de la croissance fran&#231;aise dite Commission Attali. Un psychiatre si&#233;geant au chevet de l'&#233;conomie, dans une sous-commission &#171; croissance et mentalit&#233;s &#187; pour identifier l'origine psychosociale des &#171; freins &#224; la croissance &#187;. &#171; Le plaisir d'entreprendre a besoin de stabilit&#233; affective pour se d&#233;velopper &#187; avait d&#233;clar&#233; Boris Cyrulnik au journal &lt;i&gt;Le Temps&lt;/i&gt;. Bref la mobilisation de ressources biom&#233;dicales pour une biopolitique du n&#233;olib&#233;ralisme. Plus tard ce pourfendeur de la th&#233;orie du genre s'&#233;tait vu confier, par le m&#234;me, la pr&#233;sidence d'une Commission des 1000 jours charg&#233; d'&#233;laborer un consensus scientifique sur les recommandations de sant&#233; publique concernant la p&#233;riode des 1000 premiers jours de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot finalement nous leur avions laiss&#233; tant, dans ses effets de nomination, il nous assignait au traumatisme et au r&#244;le de victimes et ne correspondait en rien &#224; l'id&#233;e que nous nous faisions de la &#171; crise &#187;. Ce n'est pas ainsi que nous souhaitions &#234;tre nomm&#233;s, ce n'est pas dans ce syst&#232;me de causalit&#233;s que nous souhaitions &#234;tre inscrits. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et plut&#244;t que du mot r&#233;silience c'est de ceux de r&#233;sistance et d'affrontement dont nous avions besoin, r&#233;sistance au vieil ordre du monde et affrontement &#224; ceux qui en restaient les promoteurs ou les d&#233;fenseurs. Il fallait solder les comptes et il faut dire que nous avons &#233;t&#233; impitoyables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Courbet, les Gilets jaunes, le Pr&#233;sident et le Panth&#233;on</title>
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		<dc:creator>No&#235;l Barbe</dc:creator>



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&lt;p&gt;Pour une guerre des importances et des h&#233;ritages paru dans lundimatin#204, le 16 ao&#251;t 2019 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 10 juin dernier, Emmanuel Macron se rendait &#224; Ornans &#224; l'occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet. Des Gilets jaunes l'y attendaient pour disputer l'h&#233;ritage du c&#233;l&#232;bre peintre et communard : &#171; En cette ann&#233;e de comm&#233;moration nous affirmons que Courbet aurait probablement rev&#234;tu un gilet jaune &#187;. Dans ce brillant article, l'anthropologue No&#235;l Barbe revient sur cette bataille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour une guerre des importances et des h&#233;ritages&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
paru dans lundimatin#204, le 16 ao&#251;t 2019&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le 10 juin dernier, Emmanuel Macron se rendait &#224; Ornans &#224; l'occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet. Des Gilets jaunes l'y attendaient pour disputer l'h&#233;ritage du c&#233;l&#232;bre peintre et communard : &#171; &lt;i&gt;En cette ann&#233;e de comm&#233;moration nous affirmons que Courbet aurait probablement rev&#234;tu un gilet jaune&lt;/i&gt; &#187;. Dans ce brillant article, l'anthropologue No&#235;l Barbe revient sur cette bataille qu'est l'histoire et sur la n&#233;cessit&#233; de ne l'abandonner ni au pouvoir ni &#224; la d&#233;politisation.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mots qui sont une autre convulsion des choses &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ric Vuillard, &lt;i&gt;La guerre des pauvres&lt;/i&gt;, 2019, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
8 juin 2019 - Acte XXX des Gilets jaunes &#224; Besan&#231;on. Ce jour-l&#224;, appel est lanc&#233; &#224; manifester &#224; l'occasion de la venue d'Emmanuel Macron qui vient inaugurer, le lundi suivant, le bicentenaire de la naissance de Gustave Courbet, un 10 juin, au mus&#233;e d'Ornans. C'est dans cette ville que la naissance du peintre, exactement deux cents ans auparavant, fut d&#233;clar&#233;e &#224; l'&#233;tat-civil. Le samedi, r&#233;f&#233;rence est faite &#224; la Commune de Paris et quelques &#171; Courbet il est &#224; qui ? &#187; lanc&#233;s dans la manifestation. Comme la mise en dispute d'un h&#233;ritage.&lt;br class='autobr' /&gt;
De la visite pr&#233;sidentielle il n'y a &lt;i&gt;rien &#224; dire&lt;/i&gt;, que de l'attendu. &lt;i&gt;Rien &#224; dire&lt;/i&gt; ne signifie pas qu'il n'y aurait &lt;i&gt;rien &#224; en dire&lt;/i&gt;. Mais qu'elle est purement de l'ordre de la r&#233;p&#233;tition p&#233;dagogique et empreinte de la moraline r&#233;publicaine qui caract&#233;rise les usages des r&#233;cits constitutifs de l'&#201;tat-Nation. Alors qu'examin&#233; sous le rapport des effets d'intensification qu'il peut produire en mati&#232;re de men&#233;es assertoriques, un autre geste davantage importe, ant&#233;rieur, moins dans le spectacle et qui &#233;chappe au quadrillage de la c&#233;l&#233;bration institu&#233;e du peintre. Quelques semaines auparavant, le 8 mai, des Gilets jaunes de la ville d'Ornans allaient prendre soin de la tombe de Gustave Courbet dans le cimeti&#232;re de la ville :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous &#233;tions tr&#232;s choqu&#233;s de l'&#233;tat de d&#233;labrement de la s&#233;pulture devant laquelle les participants de la marche du 1er mai ont d&#233;fil&#233;. Nous ne pouvions plus ignorer la situation ou passer l&#224; simplement en baissant la t&#234;te, il fallait faire quelque chose et &#233;tions d&#233;cid&#233;s &#224; nous retrousser les manches en donnant de notre temps et de nos moyens [&#8230;] Nous nous sommes retrouv&#233;s le matin et avons donc arrach&#233; les mauvaises herbes et les pissenlits, supprim&#233; les monstrueuses fleurs en plastique pour les remplacer par des plants jaunes. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les citations des Gilets jaunes sont extraites de l'article de Toufik de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Entretenir une tombe, c'est la rendre convenable &lt;i&gt;i.e.&lt;/i&gt; la faire convenir &#224; la grandeur de celui/celle qu'elle recouvre et aux relations que l'on entend entretenir avec elle ou lui. C'est donner de l'importance et de la pr&#233;sence &#224; une vie pass&#233;e. L&#224; le geste autorise &#224; reconnecter diff&#233;remment le mort et &#224; se saisir du pass&#233; pour en faire une force, pas un objet de conservation. Sur la tombe, le rapport est de familiarit&#233; et le peintre pris dans la cause de ceux qui viennent entretenir la s&#233;pulture, &#224; moins que ce ne soit l'inverse :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; En cette ann&#233;e de comm&#233;moration nous affirmons que Courbet aurait probablement rev&#234;tu un gilet jaune &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire n'est pas mince et moins anecdotique qu'il n'y para&#238;t alors que l'on entend d&#233;j&#224; se lamenter ceux qui circonscrivent Courbet &#224; la peinture, et consid&#232;rent que le bon peuple ne conna&#238;t rien en la mati&#232;re et qu'il doit &#233;couter, puis ventriloquer, ceux qui se disent disciplinairement comp&#233;tents sous peine de verser dans une forme de d&#233;linquance intellectuelle venant ab&#238;mer le raffinement chic du trafic entre le visible et l'invisible, entre la chose m&#234;me et le sens... Car il s'agit bien ici, du point de vue de ceux sur qui p&#232;sent des rapports de domination et qui entendent forcer l'acc&#232;s &#224; l'espace politique, de venir dans une conjoncture politique donn&#233;e, dresser le postulat d'une exp&#233;rience commune et redire le lien entre l'art et les questions qui structurent les exp&#233;riences sociales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, face &#224; cette premi&#232;re intensification assertorique, certains, sans doute dans un d&#233;sir de d&#233;l&#233;gitimation du geste et de contestation de son intelligence &#8211; &#224; l'image de l'emploi du mot &#171; connard &#187; par l'inutile philosophe Rapha&#235;l Enthoven et de la comparaison macronienne, caract&#233;risable par son racisme de l'intelligence, entre les capacit&#233;s de &#171; Jojo le Gilet jaune &#187; et d'un ministre &#8211; entendront engager un d&#233;bat sur le diagnostic de d&#233;labrement de la tombe. Mais, rapporter le geste jaune &#224; l'&#233;tat des lieux d'un monument fun&#233;raire, le faire op&#233;rer &#224; l'&#233;gal de celui de peu scrupuleux agents immobiliers ou d'instituteurs de la valeur patrimoniale, ce serait comme r&#233;duire &#224; l'affaire de la colonne Vend&#244;me la participation de Courbet &#224; la Commune de Paris. Dans les deux cas c'est affaire de r&#233;ductionnisme et/ou de r&#233;cup&#233;ration politiques, alors que la proposition en actes des Gilets jaunes, pliant le temps, vient redonner actualit&#233; et port&#233;e politiques &#224; l'ensemble des gestes qui accompagnent l'histoire singuli&#232;re de la tombe, son existence comme sa localisation, et au-del&#224; les relations entre la ville et le peintre, entre le pouvoir et le peintre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde se souviendra que Courbet, exil&#233; en Suisse, est mort &#224; La Tour-de-Peilz, le 31 d&#233;cembre 1877. Une c&#233;r&#233;monie se d&#233;roule quelques jours plus tard, le 3 janvier 1878 &#224; 11h30 ; selon la presse environ 400 personnes y assistent, 600 d'apr&#232;s Cherubino Pata, collaborateur de Gustave. Parmi les discours, celui de Arthur Arnould &#171; au nom de la Commune &#187; &#8211; &#233;lu au Conseil de celle-ci, il est l'auteur de &lt;i&gt;L'&#201;tat et la R&#233;volution&lt;/i&gt; paru en 1877, d'une &lt;i&gt;Histoire populaire et parlementaire de la commune de Paris&lt;/i&gt; en 1878. Le cercueil est ensuite d&#233;pos&#233; &#224; la morgue, en attente de son rapatriement en France. Mais, quelques mois plus tard, le docteur Charles Blondon de Besan&#231;on, surnomm&#233; &#171; le m&#233;decin des prol&#233;tariens &#187;, fianc&#233; de la s&#339;ur de Courbet, vient acheter un terrain dans le cimeti&#232;re suisse. Courbet y sera inhum&#233; le 10 mai 1878. C'est un exil&#233; de la Commune, condamn&#233; &#224; mort, Slomczynski dit Slom, qui dessine la tombe ; Louis Niquet autre communard avait r&#233;alis&#233; un masque mortuaire. Slom, devenu secr&#233;taire et dessinateur de cartes pour &#201;lis&#233;e Reclus &#233;galement exil&#233;, avait fait un dessin de Courbet sur son lit de mort. Courbet est mort &#224; six heures du matin, &#224; 7h55 sa s&#339;ur Juliette adresse un t&#233;l&#233;gramme &#224; Charles Blondon : &#171; Gustave mort. Son d&#233;sir &#234;tre enterr&#233; &#224; La Tour provisoirement. Tous les amis sont de l'avis. Mon p&#232;re et moi d&#233;sirons le ramener. Qu'en pensez-vous ? &#187;. Puis, le m&#234;me jour, une lettre : &#171; Le d&#233;sir de Gustave est d'&#234;tre d&#233;pos&#233; dans la terre de Suisse en attendant si la France tient &#224; lui, oui ou non &#187;. Plus loin : &#171; Notre famille doit &#224; la Suisse de la reconnaissance, elle a donn&#233; &#224; mon fr&#232;re l'hospitalit&#233; dans les jours mauvais, alors que la France manquait de respect au caract&#232;re de l'homme &#187;. La reconnaissance pour l'hospitalit&#233; qui doute de la nation reconnaissante en somme. Le corps de Courbet et la tombe sont rapatri&#233;s en France pour le centenaire de sa naissance, le 29 juin 1919. C'&#233;tait un v&#339;u testamentaire de Juliette que de l'amener &#8211; le ramener &#8211; dans sa &#171; ville natale &#187;. La foule alors est maigre, moindre que sur le c&#233;l&#232;bre tableau &lt;i&gt;L'Enterrement &#224; Ornans&lt;/i&gt; (1849-1850) disent certains, pas de repr&#233;sentants de la municipalit&#233;, le pr&#233;fet est absent de m&#234;me que des responsables d'institutions mus&#233;ales poss&#233;dant des toiles du peintre. Le clerg&#233; local a interdit d'y participer. Pourtant une d&#233;l&#233;gation suisse accompagne le cercueil de plomb et de bois. A la Tour-du-Peilz, une st&#232;le remplace le monument d&#233;plac&#233;, reste un buste sur une fontaine de la ville, d'abord appel&#233; &lt;i&gt;Helv&#233;tia&lt;/i&gt; puis &lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt; &#224; la demande de la municipalit&#233;. Sur un c&#244;t&#233; du socle &lt;i&gt;Hommage &#224; l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Venir entretenir la tombe, c'est rappeler et la saisir dans une histoire dont Courbet, sa famille et &#171; tous les amis &#187; sont les auteurs. C'est une seconde intensification de l'ordre d'un dissensus qui historicise qu'op&#232;rent l&#224; les Gilets jaunes, au moment o&#249; les discours anniversaires du bicentenaire parlent de r&#233;concilier la ville et Courbet &#8211; plut&#244;t Ornans et le peintre, mais au nom de quoi ? Du paysage ? Pour avoir &#233;t&#233; peint ? &#8211;, de la libert&#233; sous le registre d'une cat&#233;gorisation abstraite, de la psychologie du peintre r&#233;ductrice du social, de l'animation territoriale, de la relativisation de la distance entre ce qui pr&#233;side &#224; la c&#233;l&#233;bration bicentenaire et la pens&#233;e du c&#233;l&#233;br&#233; &#8211; alors que sans doute celui-ci plus que d'&#171; &#234;tre surpris &#187; par le rituel social de sa c&#233;l&#233;bration risquerait d'en mourir de rire ou de rage, c'est selon. Comme un pr&#233;texte ou une occasion pour une fantasmagorie appuy&#233;e sur une transsubstantiation du mort et ses rituels. Mais historiciser l'objet fun&#233;raire, c'est revenir sur le traitement local des formes de pr&#233;sence de l'artiste, et en particulier r&#233;introduire la conflictualit&#233; sans laquelle la politique s'abandonne &#224; une pseudoscience de l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous voulions rappeler comment la bourgeoisie bien-pensante ornanaise avait mis au ban le grand peintre pour sa participation &#224; la Commune de Paris. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi du 28 mai 1871 : &#171; [&#8230;] attendu que le Sieur Courbet, faisant partie du gouvernement insurrectionnel, auteur de ces criminels attentats, s'est signal&#233; personnellement comme promoteur de la destruction des monuments nationaux ; attendu que le sentiment public s'est manifest&#233; dans la ville par la mutilation de la statuette du &lt;i&gt;P&#234;cheur&lt;/i&gt;, [le conseil municipal d'Ornans] arr&#234;te que la statuette du &lt;i&gt;P&#234;cheur&lt;/i&gt; de Gustave Courbet , qui avait &#233;t&#233; plac&#233;e sur la fontaine des Iles-Basses, sera enlev&#233;e et rendue &#224; la famille &#187;. Cela est fait deux jours plus tard. En 1880, &#201;mile Gros-Kost raconte dans ses souvenirs que des menuisiers du pays refus&#232;rent de participer &#224; l'enl&#232;vement et qu'il fallut racoler, ce sont ses termes, quelques pauvres diables pour le faire. Quelques temps auparavant une manifestation bonapartiste avait jet&#233; des pierres et des ordures au &lt;i&gt;P&#234;cheur&lt;/i&gt;. Un bras est cass&#233;. &#171; J'aurai &#224; r&#233;gler mon compte avec eux plus tard &#187; &#233;crit Courbet &#224; propos des conseillers municipaux d'Ornans. Ou encore : &#171; je leur avais donn&#233; une statue pour orner une fontaine, ils ont d&#233;truit tout &#231;a. Ce ne sont pas les paysans, ce sont les untels &#187;. Durant la m&#234;me s&#233;quence temporelle, l'atelier d'Ornans a &#233;t&#233; transform&#233; par les Prussiens en corps de garde ; des tableaux, des meubles, des livres, des collections&#8230; ont &#233;t&#233; pill&#233;s. Courbet soup&#231;onne certains de ses compatriotes d'en avoir profit&#233;. A soutenir que Courbet aujourd'hui est l'enfant du pays, on s'expose aux interrogations sur ce qui peut bien constituer ce pays ! Et puis comme l'&#233;crit Theodor W. Adorno, &#171; la n&#233;gation du n&#233;gatif n'est pas le positif, ni la r&#233;conciliation avec un objet lui-m&#234;me non r&#233;concili&#233; &#187;. Autrement dit, suivant l&#224; toujours le philosophe allemand, l'on s'expose &#224; la puissance de la diff&#233;rence comme dehors effectif, que celui-ci prenne le nom de Gustave Courbet ou de Gilet jaune, tout comme paradoxalement &#224; la faible puissance int&#233;gratrice du mot &lt;i&gt;pays&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Au principe du &#171; d&#233;boulonnement &#187; ornanais du &lt;i&gt;P&#234;cheur de chavots&lt;/i&gt;, comme en une sym&#233;trie justificative et vengeresse, celui de la colonne Vend&#244;me. Quasiment un rendu pour un pr&#234;t&#233;&#8230; Ce motif qui perdure, l'accent mis sur cette destruction en tant qu'&#233;v&#233;nement, m&#233;rite que l'on s'y arr&#234;te, utilis&#233; qu'il est tant par les d&#233;tracteurs de Courbet que par les promoteurs de sa r&#233;habilitation institutionnelle et &#233;tatique, de sa r&#233;int&#233;gration dans une histoire nationale par le moyen de sa panth&#233;onisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commen&#231;ons par les premiers, les d&#233;tracteurs. C'est &#224; ce motif donc que Courbet est condamn&#233;, le 2 septembre 1871, &#224; six mois de prison et 500 francs d'amende. Avec l'arriv&#233;e du mar&#233;chal bonapartiste Mac-Mahon au pouvoir et la d&#233;cision prise de reconstruire la Colonne, de nouvelles poursuites sont entam&#233;es. Le peintre est condamn&#233; aux frais de sa reconstruction, il perdra la majeure partie de sa fortune, ses biens et tableaux seront saisis, et c'est pour &#233;chapper &#224; la prison en cas d'absence de paiement qu'il part en Suisse en exil. La fronti&#232;re est franchie, d&#233;finitivement mais il ne le sait pas encore, le 23 juillet 1873 aux Verri&#232;res. Le 26 novembre1877 toutes ses &#339;uvres et ses biens rest&#233;s en France sont mis en vente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.1.&lt;/strong&gt; Pour autant, vouloir contenir la participation de Courbet &#224; la destruction de la colonne Vend&#244;me tout &#224; la fois est faux et confine au ridicule. D'abord il est l'acteur de bien d'autres activit&#233;s politiques. Avant la Commune, en septembre 1870, sous le Gouvernement de d&#233;fense nationale, Courbet devient pr&#233;sident de la Commission des arts nouvellement cr&#233;&#233;e dont la mission est de protection et de surveillance des mus&#233;es et des monuments. &lt;i&gt;Le 29 octobre 1870, il lit au th&#233;&#226;tre de l'Ath&#233;n&#233;e ses lettres A l'arm&#233;e allemande&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Aux artistes allemands&lt;/i&gt;, pointant entre autres choses la possibilit&#233; d'un destin commun sous le signe d'une abolition des fronti&#232;res &#8211; &#171; vous n'avez qu'&#224; y gagner : vous participerez &#224; notre pays en fr&#232;res &#187; &#8211;, d'une similitude de conditions &#8211; &#171; On vous dit besogneux, tant mieux ; en France, la pauvret&#233; est un brevet d'honn&#234;tet&#233; ; les riches seuls ont le moyen de voler ; nous pouvons donc nous entendre &#187; et de conjoncture politique &#8211; un &#171; C&#233;sar prussien &#187; et un &#171; C&#233;sar fran&#231;ais &#187;. Il se pr&#233;sente aux &#233;lections l&#233;gislatives du 8 f&#233;vrier 1871 et aux &#233;lections des repr&#233;sentants des arrondissements de Paris le 26 mars 1871. Sans succ&#232;s s'agissant des deux. Il entre au Conseil de la Commune comme d&#233;l&#233;gu&#233; du VIe arrondissement le 18 avril 1871, apr&#232;s les &#233;lections compl&#233;mentaires du 16 avril 1871. Le 1er mai 1871 il vote contre la constitution d'un Comit&#233; de salut public qu'il qualifie de dictature et signe, avec 22 autres dont certains qu'il retrouvera en Suisse, le manifeste de la minorit&#233;. Gustave Lefran&#231;ais, premier pr&#233;sident des s&#233;ances du conseil de la Commune, aussi membre de la minorit&#233;, r&#233;affirmera alors que la Commune est &#171; l'expression et la force impersonnelle de la r&#233;volution &#187; et qu'instaurer un tel Comit&#233; revient &#224; la restreindre au &#171; r&#244;le de &#8220;petit parlement&#8221; &#187;. Ex&#233;cutif et l&#233;gislatif sont s&#233;par&#233;s. Durant la Commune, Courbet pr&#233;side la F&#233;d&#233;ration des artistes de Paris qui voit le jour le 10 avril 1871, il est &#233;lu par 400 artistes assembl&#233;s dans le grand amphith&#233;&#226;tre de la Facult&#233; de m&#233;decine. Celle-ci engage un travail de red&#233;finition du r&#244;le social de l'artiste et de ses rapports au pouvoir politique : autonomie &#224; l'&#233;gard de tout gouvernement et abandon de toute orientation esth&#233;tique de l'&#201;tat qu'il s'agit d'ailleurs d'abolir en actes, inscription de la pratique de l'art dans une coop&#233;ration sociale. Mais aussi extension du domaine de l'art avec par exemple le d&#233;passement de la s&#233;paration entre beaux-arts et arts d&#233;coratifs. Courbet si&#232;ge aussi &#224; une commission de l'&#233;ducation qui va fermer les &#233;coles confessionnelles, organiser des cr&#232;ches et r&#233;organiser de biblioth&#232;ques. Elle promeut une &#233;ducation qui permettrait d'&#233;chapper &#224; la division du travail, particuli&#232;rement entre travail intellectuel et t&#226;ches manuelles. De quoi faire mentir Platon, Thal&#232;s et la petite servante de Thrace. Marx y reviendra, Gramsci &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.2.&lt;/strong&gt; Cette &#233;chapp&#233;e de l'assignation &#224; des r&#244;les et des t&#226;ches qui en r&#233;sultent, comme du cours ordinaire du temps, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'&#233;prouve Courbet lui-m&#234;me &#8211; seconde raison pour laquelle la r&#233;duction de sa participation &#224; la destruction du monument imp&#233;rial est ridicule &#8211; devenu autre qu'un seul artiste : &#171; Je me l&#232;ve, je d&#233;jeune, et je si&#232;ge et pr&#233;side 12h par jour. Je commence &#224; avoir la t&#234;te comme une pomme cuite. Malgr&#233; tout ce tourment de t&#234;te et de compr&#233;hension d'affaires sociales auxquelles je n'&#233;tais pas habitu&#233;, je suis dans l'enchantement &#187;. Ou encore, avant la Commune, en octobre 1870, dans le prologue de sa brochure &lt;i&gt;Aux Allemands&lt;/i&gt; : &#171; chacun se paye une tranche de ce qu'il ne sait pas faire ; nous sommes en libert&#233; &#187;. Ce qui lui vaudra les railleries de Zola, ce farouche opposant &#224; l'&#233;galit&#233; et partisan d'une r&#233;publique positiviste, qui d&#233;fendra par ailleurs l'entr&#233;e de ses toiles au Louvre, dans une stricte application de la division du travail en somme. &#171; Courbet, le grand Courbet, est de la Commune de Paris ! Il va l&#233;gif&#233;rer ! il a exerc&#233; sa charge de pr&#233;sident des artistes ! et m&#234;me, Dieu me pardonne, on vient de le d&#233;l&#233;guer &#224; la commission de l'instruction publique ! Dans cent ans, les ateliers en riront encore. &#187; La purification de l'art contre la politique de l'artiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; des railleries de Zola, ce que nous dit Courbet de ses journ&#233;es et de leurs objets rel&#232;ve de l'exp&#233;rience v&#233;cue de la Commune, ici celle d'un temps &#224; la fois satur&#233; et tr&#232;s court, d'un temps d'une autre texture et d'un grain diff&#233;rent. L'exp&#233;rience dure 72 jours, mais le temps v&#233;cu fait conscience historique. Cette exp&#233;rience dit la mise &#224; l'&#233;preuve d'autres formes d'existence et d'organisation de l'espace social et politique. Par exemple, un Paris sans police : &#171; Point de police, point de sottise, point d'exaction d'aucune fa&#231;on, point de dispute. Paris va tout seul comme sur des roulettes. Il faudrait pouvoir rester toujours cela. En un mot, c'est un vrai ravissement &#187;. Un Paris qui ne s'inscrit plus dans un espace national dont il serait la capitale : &#171; Paris a renonc&#233; &#224; &#234;tre capitale de la France. La France ne voulait plus que Paris lui envoie des pr&#233;fets. La France doit &#234;tre contente, elle est exauc&#233;e. Mais aussi Paris ne veut plus &#234;tre conduit par la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.3.&lt;/strong&gt; Le traitement de Courbet comme un ennemi ou comme un idiot au motif de sa participation &#224; la Commune, les deux &#224; la fois ou l'un parce que l'autre, d&#233;borde largement les limites chronologiques de l'&#233;v&#232;nement. Troisi&#232;me raison. Ennemi, ses &#339;uvres sont l'objet d'attaques empruntant au lexique anticommunard. L&#224; o&#249; la r&#233;volution est rapport&#233;e &#224; l'obsc&#233;nit&#233; sexuelle et au d&#233;r&#232;glement moral de ceux qui la promeuvent et la produisent, l&#224; o&#249; les communardes sont trait&#233;es de &#171; femelles &#187; et Courbet de &#171; chose &#187; par un Dumas fils c&#233;l&#233;br&#233; par George Sand qui par ailleurs trouvait le peintre laid et inint&#233;ressant, le tableau &lt;i&gt;L'origine du monde&lt;/i&gt;, peint en 1856, est requis &#224; l'appui d'un proc&#232;s en moralit&#233;. Maxime Du Camp associe l'aide &#8211; c'est son terme &#8211; apport&#233;e par Courbet &#224; la destruction de la Colonne et ce &#171; portrait d'une femme difficile &#224; d&#233;crire &#187;. &#171; L'homme qui, pour quelques &#233;cus, peut d&#233;grader son m&#233;tier, est capable de tout &#187; ajoute le futur acad&#233;micien dont certains pensent qu'il doit &#224; son hostilit&#233; &#224; la Commune son &#233;lection dans la savante assembl&#233;e. &lt;i&gt;Les casseurs de pierre&lt;/i&gt;, peints en 1849, seront des points d'appui &#224; la caricature de Courbet en casseur de Colonne. Autant dire que le peintre est r&#233;trospectivement pr&#233;sent&#233; comme d&#233;j&#224; gros du communard. Des tableaux, post&#233;rieurs aux journ&#233;es de 71, en tant qu'ils sont lus comme politiques, lui seront refus&#233;s dans des salons officiels : des &lt;i&gt;Pommes rouges au pied d'un arbre&lt;/i&gt; &#8211; elles sont rouges ! &#8211; au salon de 1872 o&#249; le peintre bonapartiste Ernest Meissonnier, auteur d'un &lt;i&gt;L'Empereur Napol&#233;on III &#224; Solferino (24 juin 1859)&lt;/i&gt;, est &#224; la man&#339;uvre ; &#224; Vienne en 1873, le &lt;i&gt;Portrait du g&#233;n&#233;ral Cluseret&lt;/i&gt;, qui avait &#233;t&#233; d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la guerre de la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres ont minor&#233; l'engagement de Courbet, le d&#233;crivant manipul&#233; et somme toute trop b&#234;te pour &#233;laborer pens&#233;e et posture politiques. Ainsi de Zola, encore lui, le 27 mai 1871 : &#171; Ah ! le pauvre homme ! ce sont ses amis, avec leur pr&#233;tendu art social, qui l'ont jet&#233; dans cette &#233;pouvantable catastrophe &#187;. Henri d'Ideville, &#233;crivain et pr&#233;fet d'Alger aussi, qui trouva &#171; hideuses &#187; les prisonni&#232;res communardes &#8211; les femmes encore &#8211;, &#233;voque des fr&#233;quentations malsaines, et fait d'un Courbet politique un &#171; simple idiot &#187;, tout comme il recommande de faire le tri des intelligences, entre les chefs de la Commune qu'il faut sans aucune piti&#233; fusiller et les &#171; obscurs rebelles, entra&#238;n&#233;s et inconscients &#187; qu'il faut amnistier. &#202;tre b&#234;te ou fusill&#233;, l'alternative est r&#233;duite ! S'agissant de Courbet, le motif perdure, repris par exemple, plus r&#233;cemment en 2002, dans un catalogue d'exposition : &#171; Apr&#232;s la disparition de Proudhon et celle de Max Buchon, Courbet se radicalise et le gouvernement de la D&#233;fense Nationale puis l'aventurisme de la Commune le trouveront pr&#234;t &#224; d&#233;fendre un id&#233;al dont il se sent investi. Il n'a pas senti &#8211; homme libre &#8211; que ces combats n'&#233;taient pas les siens et qu'il en sera la victime offerte parce qu'il n'a pas, comme les litt&#233;rateurs et les pamphl&#233;taires, le langage politique qui convient &#224; ce combat-l&#224; &#187;. Pardonnez-lui, il ne sait pas ce qu'il fait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.4.&lt;/strong&gt; A ces pr&#233;tendues absences ou ruptures d'intelligence et de conscience, il faut opposer la continuit&#233; dans laquelle se poste Courbet, et pour cela le desserrement du bornage temporel biographique qu'il op&#232;re en faisant de la Commune un moment de son parcours, irr&#233;ductible &#224; ses dates de d&#233;but et de fin, comme un accompagnement, une confirmation ou une actualisation biographique et temporaire de ses principes vitaux et politiques. Dans une lettre au r&#233;dacteur en chef du &lt;i&gt;Rappel&lt;/i&gt;, le 15 avril 1871 : &#171; On me demande une profession de foi. Apr&#232;s trente ans de vie publique, r&#233;volutionnaire, socialiste, je n'ai donc pas su faire comprendre mes id&#233;es. Cependant, le langage de la peinture n'&#233;tant pas familier &#224; tous, je me soumets &#224; cette exigence. Je me suis constamment occup&#233; de la question sociale [&#8230;] j'ai lutt&#233; contre toutes les formes de gouvernement autoritaire et de droit divin, voulant que l'homme se gouverne lui-m&#234;me, selon ses besoins, &#224; son profit direct et selon sa conception propre &#187;. Dans un texte autobiographique, en 1866, &#233;crit pour Victor Frond, o&#249; il dit avoir suivi &#171; les socialistes de toutes sectes &#187; et qu'il &#233;tait fouri&#233;riste en arrivant &#224; Paris. Ou encore, face &#224; Thiers, en juillet 1870, : &#171; &#224; l'&#226;ge de dix ans, j'avais exactement les m&#234;mes propensions qu'aujourd'hui [&#8230;] ce qui me tourmentait le plus &#224; cet &#226;ge, ce qui m'emp&#234;chait de dormir, c'&#233;tait les pauvres &#187;. Plus loin il parle de question sociale. Il faut ajouter &#224; cela qu'il revendique le principe d'&#233;galit&#233; bien avant la Commune, en d&#233;cembre 1849 il &#233;crit : &#171; C'est une belle saison que l'hiver. L'hiver, les domestiques boivent aussi frais que les ma&#238;tres. &#187; Ou encore, lorsqu'en 1866, il oppose son &#171; origine pl&#233;b&#233;ienne &#187; au r&#233;dacteur du &lt;i&gt;Monde illustr&#233;&lt;/i&gt; qui lui reproche sa &#171; mauvaise &#233;ducation &#187;. Mais aussi, apr&#232;s la Commune : &#171; L'esprit se trouve dans toutes les classes de la soci&#233;t&#233; mais l'ind&#233;pendance se trouve cent fois plus chez les pauvres que chez les riches &#187;. Et puis il y a la place donn&#233;e &#224; son grand-p&#232;re maternel, &#171; sans culotte &#187;, &#171; r&#233;volutionnaire de 93 &#187; et les lin&#233;aments d'une culture politique acquise aupr&#232;s de lui. En mai 1848 il s'enquiert de ce qu'il pense de la situation politique. Durant la Commune, argumentant contre la cr&#233;ation du Comit&#233; de salut public, il compare 1871 et 1793 : &#171; Ce que nous repr&#233;sentons, c'est le temps qui s'est pass&#233; de 93 &#224; 71, avec le g&#233;nie qui doit nous caract&#233;riser et qui doit relever de notre propre temp&#233;rament &#187;. De m&#234;me au lendemain de la Commune : &#171; les principes que la minorit&#233; de la Commune professait &#233;taient quoiqu'on en dise sup&#233;rieurs &#224; ceux de 1793 &#187;. L'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire fait percoler les temps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la Commune il se range parmi les hommes &#171; d&#233;vou&#233;s [&#8230;] &#224; l'&#233;galit&#233; &#187;, dressant une continuit&#233; entre 1848 et les communards &#171; morts en riant, comme des hommes s&#251;rs de l'avenir, et qui avaient foi dans leur conviction &#187; oppos&#233;s &#224; la bourgeoisie &#171; sans g&#233;nie propre &#187;, qui &#171; sauve son ventre en mordant et en adulant, comme les chiens sauvent leur queue &#187; et dont le destin est d'&#234;tre &#171; nivel&#233;e &#187;. &#171; Ils sont mont&#233;s &#224; l'assaut du ciel &#187; &#233;crivait Marx des communards dans une lettre d'avril 1871. On pourrait lui opposer de raconter une belle histoire, ou de se faire la part trop belle. Et alors ? Ne serait-ce que cela, ce qui importe dans le cas pr&#233;sent, c'est l'&#233;v&#233;nement de la revendication dans une situation de perdant de l'histoire, l'affirmation d'une irr&#233;ductibilit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me ses prises de positions avant la Commune pr&#233;sentent de nombreux points s&#233;cants avec l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire, comme le refus de soumettre en 1855 une &#233;bauche de son tableau &lt;i&gt;L'atelier&lt;/i&gt; au directeur des Mus&#233;es imp&#233;riaux pour b&#233;n&#233;ficier d'une commande officielle, aussi en juin 1870 celui de la L&#233;gion d'honneur en ce qu'elle &#171; rel&#232;ve essentiellement de l'ordre monarchique &#187;, parce que &#171; L'&#201;tat est incomp&#233;tent en mati&#232;re d'art &#187; et que son intervention conduit &#171; &#224; la plus st&#233;rile m&#233;diocrit&#233; &#187;. Ajoutant : &#171; Je m'honore en restant fid&#232;le aux principes de toute ma vie &#187;. Auparavant, au d&#233;but de l'ann&#233;e 70 alors qu'une r&#233;forme du Salon est d&#233;battue il &#233;crit : &#171; L'&#201;tat ne doit pas avoir d'initiative &#187;, et propose : &#171; Les m&#233;dailles et r&#233;compenses sont annul&#233;es de droit &#187;. Encore avant, en 1861, refusant le statut de professeur en mati&#232;re d'art : &#171; tout artiste doit &#234;tre son propre professeur &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, lui-m&#234;me a donn&#233; une interpr&#233;tation politique de ses tableaux comme &lt;i&gt;L'hallali du cerf&lt;/i&gt;, avan&#231;ant que toutes les fois qu'il a &#171; repr&#233;sent&#233; des b&#234;tes traqu&#233;es et pourchass&#233;es, [il] avai[t] en vue les hommes traqu&#233;es et pourchass&#233;s par le despotisme &#187;. O&#249; &lt;i&gt;Les casseurs de pierres&lt;/i&gt; o&#249; il voit la peinture d'une injustice et la mise en &#233;vidence de &#171; ce qu'ils appellent la question sociale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5.5.&lt;/strong&gt; Que ceux qui ont constitu&#233; Courbet en ennemi l'accusent ou prennent pr&#233;texte de la destruction de la Colonne, qu'ils r&#233;duisent la Commune &#8211; oubliant le mouvement des r&#233;unions publiques qui la pr&#233;c&#232;de et son h&#233;ritage, tout comme celui, souterrain de 1848 &#8211; &#224; ce qui tient dans un bornage chronologique, que lui-m&#234;me s'en d&#233;fende durant son proc&#232;s, arguant de sa &#171; non-pr&#233;sence &#224; l'H&#244;tel de ville, quand fut d&#233;cr&#233;t&#233;e cette destruction &#187;, il n'y a l&#224; rien d'&#233;tonnant, d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre. Mais le m&#234;me motif est &#224; l'&#339;uvre chez ceux qui entendent r&#233;habiliter le peintre et qui pour cela avancent son innocence dans la d&#233;molition pour demander le pardon de la R&#233;publique. &#171; Innocent dans la chute de la colonne Vend&#244;me, il fut iniquement condamn&#233; et jamais r&#233;habilit&#233;. &#187; La phrase est extraite d'une tribune, publi&#233;e dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en 2013, demandant l'entr&#233;e de Gustave Courbet au Panth&#233;on. La demande a &#233;t&#233; reformul&#233;e en 2019, dans les m&#234;mes termes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il convient d'abord de revenir sur la position de Courbet quant &#224; la Colonne. En septembre 1870, le 14, il propose au Gouvernement de la d&#233;fense nationale, dans une volont&#233; d'effacement de toute trace du pouvoir imp&#233;rial, de d&#233;boulonner et de transporter aux Invalides ce &#171; monument d&#233;nu&#233; de toute valeur artistique, tendant &#224; perp&#233;tuer, par son expression, les id&#233;es de guerre et de conqu&#234;tes qui &#233;taient dans la dynastie imp&#233;riale &#187;. A la place il voit, loin de la mortif&#232;re monumentalit&#233; nationaliste, l'&#233;rection d'un canon rendu inoffensif par un bonnet phrygien pos&#233; sur sa gueule, ou un canon forg&#233; &#224; partir du bronze des canons fran&#231;ais et prussiens alors que la colonne Vend&#244;me avait &#233;t&#233; fabriqu&#233;e &#224; partir de celui des canons autrichiens pris par Napol&#233;on. Ou bien encore une grue avec une corbeille de fleurs pour repr&#233;senter la &#171; placidit&#233; de la nature &#187;. Il pr&#233;cise &#224; son p&#232;re : &#171; J'ai voulu faire d&#233;molir la colonne Vend&#244;me. Je n'ai pu l'obtenir du gouvernement, le peuple &#233;tait d'avis &#187;. Il revient ailleurs sur ce &#171; v&#339;u populaire &#187; et la discussion &#224; ce propos avec les artistes. Le 27 avril 1871, Courbet demande l'ex&#233;cution d'un d&#233;cret de la Commune sur la d&#233;molition de la colonne Vend&#244;me &#8211; embl&#232;me le plus expressif et le plus odieux de l'empire &#233;crit F&#233;lix Pyat dans &lt;i&gt;Le Vengeur&lt;/i&gt; du 17 avril 1871 &#8211; tout en souhaitant que l'on laisse le soubassement &#224; la raison qu'il a trait &#224; l'histoire de la r&#233;publique. Ce d&#233;cret de la Commune avait &#233;t&#233; pris le 12 avril 1871, soit quatre jours avant l'&#233;lection du peintre, le 16 avril 1871. L'&#233;cart servit d'argument &#224; ceux qui entendront l'innocenter du geste. La Colonne est d&#233;truite le 16 mai 1871, la place renomm&#233;e pour devenir Place internationale. &#171; C'est le moment o&#249; le peuple revendique ses droits &#187; discourt un communard. Courbet a souhait&#233; sans aucun doute la soustraction &#224; l'espace public du monument imp&#233;rial, que cela prenne la forme d'un d&#233;boulonnement ou d'une d&#233;molition partielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite il convient de s'arr&#234;ter un instant sur ce que Courbet lui-m&#234;me dit de sa responsabilit&#233; qu'il discute, en 1876, distinguant responsabilit&#233; mat&#233;rielle &#8211; qu'il conteste &#8211;et responsabilit&#233; morale : &#171; En suis-je responsable moralement ? Oui, mais au m&#234;me titre et dans les m&#234;mes limites que des milliers de citoyens auxquels l'on ne peut reprocher leur manque de patriotisme ou d'intelligence &#187;. Poursuivant et la revendiquant : &#171; Oui, cette part, je l'accept&#233;e pleinement. Le mobile qui nous a guid&#233;s n'est pas de ceux dont l'on doive rougir. Ce mobile n'&#233;tait autre que la haine de la gloire dont les Prussiens &#233;talaient devant la France sanglante et humili&#233;es le hideux spectacle. La vie de notre Guillaume &#224; nous, loin de nous consoler de nos d&#233;faites pr&#233;sentes nous faisait regretter nos victoires pass&#233;es qui n'avaient abouti qu'&#224; l'invasion et &#224; la honte &#187;. Ce que d&#233;nonce Courbet est le traitement particulier dont il fait l'objet au milieu d'intelligences multiples : un &#171; nous &#187; est avanc&#233;, il n'est pas de majest&#233;. Il revendique une position collective, faut-il alors r&#233;clamer un traitement particulier pour celui-l&#224; m&#234;me qui tente de s'y soustraire. Il faut alors rappeler, quoi que l'on en pense par ailleurs comme des raisons avanc&#233;es pour ce faire, qu'il y a eu amnisties, partielle en 1879 et totale en 1881, que les communards ont &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233;s par l'Assembl&#233;e nationale en novembre 2016.&lt;br class='autobr' /&gt;
Admettons, d'un point de vue rh&#233;torique et temporaire, qu'il faille traiter singuli&#232;rement Courbet. Les auteurs de la tribune poursuivent : &#171; En honorant Courbet, c'est l'engagement r&#233;publicain et la justice, que la France honorerait. &#187; &#171; Ce que la R&#233;publique seule a fait, seule la R&#233;publique peut le d&#233;faire, en reconnaissant le soutien ind&#233;fectible de Courbet &#224; la R&#233;publique &#187;, souligne l'un des promoteurs de la demande de panth&#233;onisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Panth&#233;oniser, c'est d'abord, si ce n'est d&#233;j&#224; fait, faire entrer dans une histoire nationale, dans une histoire r&#233;publicaine, l'involontaire imp&#233;trant : &#171; la patrie reconnaissante &#187;. Aussi curieuse qu'elle puisse appara&#238;tre, une question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e : Courbet appartient-il &#224; l'histoire nationale ? Ou plut&#244;t quels effets les op&#233;rations de son inscription dans l'histoire nationale ont-elles/ont-elles eu sur lui et son &#339;uvre ? La demande de 2013, puis 2019, ressemble &#224; une autre op&#233;ration, ant&#233;rieure et analys&#233;e par l'historienne de l'art am&#233;ricaine Linda Nochlin, la &#171; r&#233;habilitation &#187; de Courbet, d&#232;s la fin du XIXe si&#232;cle, qui se construit suivant trois tactiques : en faire un peintre de la nature, l'ins&#233;rer dans la tradition de l'art national &#8211; tactique la plus puissante selon Nochlin &#8211; et enfin la s&#233;paration d'avec la politique. D&#232;s sa mort, les dispositifs de d&#233;partage s'installent qu'ils reviennent sur la Colonne ou s&#233;parent &#171; l'homme &#187; de &#171; l'&#339;uvre &#187;. &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt; du premier janvier 1878 : &#171; La France a perdu son plus grand peintre [&#8230;] Ses beaux yeux, qui s'ouvraient si largement devant la nature et qui analysaient avec tant de suret&#233; ses harmonies color&#233;es, se sont ferm&#233;s pour toujours [&#8230;] il est rest&#233; &#233;tranger au renversement de la colonne Vend&#244;me &#187;. Paul Mantz parle d'une perte des r&#233;alit&#233;s morales et ajoute : &#171; on oubliera l'homme, on se souviendra de l'&#339;uvre &#187;. Forcer Courbet dans une histoire r&#233;publicaine s'est fait au prix de son d&#233;membrement et d'une destitution de sa puissance politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais panth&#233;oniser, bien s&#251;r, est plus que cela. Le geste, de quelque c&#244;t&#233; qu'on le tourne, s'inscrit dans une politique des grands hommes et des formes de narration de l'histoire dont le but est la construction d'une m&#233;moire collective et la mise en &#339;uvre d'une ligne politique rectrice. Se pose alors la question d'identifier l'op&#233;rateur de la grandeur de Courbet au regard de la nation. Sur quel motif cette grandeur se construit-elle, &#233;tant entendu qu'elle ne peut reposer sur des propri&#233;t&#233;s substantielles mais r&#233;sulte d'actes tout &#224; la fois de diff&#233;renciation et d'agglom&#233;ration. Agglom&#233;ration &#224; un collectif et diff&#233;rentiation au sein et au service de celui-ci et de son existence. Reprenons : &#171; En honorant Courbet, c'est l'engagement r&#233;publicain et la justice, que la France honorerait. &#187; Laissons-l&#224; la justice. &#171; Ce que la R&#233;publique seule a fait, seule la R&#233;publique peut le d&#233;faire, en reconnaissant le soutien ind&#233;fectible de Courbet &#224; la R&#233;publique. &#187; Le motif de la fonctionnarisation de Courbet au service de la R&#233;publique serait donc son soutien ind&#233;fectible &#224; celle-ci, son engagement r&#233;publicain. Si ce n'&#233;tait devenu une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, l'inflation argumentaire du mot aurait de quoi surprendre tant il appara&#238;t, ici mais aussi ailleurs, comme un signifiant vide. De quelle r&#233;publique parle-t-on et de quels r&#233;publicains s'agit-il ? Courbet lui-m&#234;me, depuis son exp&#233;rience politique, faisait un distinguo. &#171; Depuis 1830, les r&#233;publicains sont divis&#233;s en deux classes, les d&#233;mocrates autoritaires et les d&#233;mocrates propagandistes ou pacifiques &#187;. Ailleurs il d&#233;partage les r&#233;publicains de 48 &#171; distanc&#233;s par le socialisme moderne &#187;, les &#171; republications d&#233;centralisateurs &#187; et les adh&#233;rents &#224; l'Internationale. Point donc d'unit&#233; r&#233;publicaine ni de conception unifi&#233;e de la r&#233;publique. Il le redit face &#224; Thiers : &#171; Nos temp&#233;raments sont tout &#224; fait oppos&#233;s : toute ma sollicitude dans la vie est pour les pauvres, tandis que toute la sollicitude de votre vie est pour les riches ; c'est en quoi nous diff&#233;rons &#187;. L'affaire est r&#233;gl&#233;e. Est-il l&#224; n&#233;cessaire de rappeler le r&#244;le du r&#233;publicain Thiers durant la Commune, sa volont&#233; de faire &#171; qu'on se d&#233;barrasse du socialisme &#187; et que c'est sur les massacres de ses participants que se construit la IIIe R&#233;publique. C'est cette r&#233;publique-l&#224; qui a condamn&#233; Courbet, une r&#233;publique de l'ordre moral o&#249; se r&#233;affirme l'importance des principes religieux, une r&#233;publique de d&#233;fense de la hi&#233;rarchie sociale, une r&#233;publique qui pratique une politique du repentir et de l'expiation de l'acte communard, une r&#233;publique &#233;lectoraliste o&#249; le pouvoir des repr&#233;sentants est r&#233;affirm&#233;, une r&#233;publique positiviste. Loin d'une r&#233;publique &#224; la Courbet, tout &#224; la fois pratiqu&#233;e et promesse, loin d'un monde o&#249; les domestiques pourraient, en plein &#233;t&#233;, boire aussi frais que les ma&#238;tres ! En 1880 l'amnistie, promue par Gambetta et vot&#233;e par le Parlement, est le nom donn&#233; &#224; l'organisation de l'oubli, &#224; la raison de l'indivisibilit&#233; de la nation et de la r&#233;publique. A la raison donc d'une totalisation appuy&#233;e sur un ordre social et contribuant &#224; la construire et le solidifier. R&#233;unir sous le m&#234;me mot la r&#233;publique de Courbet et celle de Thiers et Gambetta, c'est faire injure &#224; la promesse d'une r&#233;publique sociale et d&#233;mocratique, c'est pi&#233;tiner le pass&#233;. Le doute quant &#224; la fid&#233;lit&#233; de Courbet &#224; la r&#233;publique des seconds est plus que permis !&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste la question de la R&#233;publique auto-correctrice, qui viendrait depuis le pr&#233;sent r&#233;parer ses actes du pass&#233;. Soit celle qui pour pr&#233;sidents s'est donn&#233; Hollande et Macron, et qui viendrait corriger &lt;i&gt;ses&lt;/i&gt; erreurs, puisque l'on nous parle de &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; R&#233;publique, alors que Thiers puis Mac-Mahon &#233;taient au pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du premier, il n'y a pas grand-chose &#224; dire, de sa politique culturelle, si l'on s'en tient l&#224;, on retiendra ici la qualification narcissique des artistes &#8211; &#171; ils veulent &#234;tre aim&#233;s &#187;, mais aussi &#224; la r&#233;affirmation de leur qualit&#233; de ressource &#233;conomique &#8211; &#171; Ils sont tr&#232;s fiers d'&#234;tre un levier &#233;conomique &#187;. Courbet, comme d'autres, est aujourd'hui objet de commerce. Il n'&#233;chappe pas &#224; la pression des march&#233;s, &#224; sa constitution en valeur d'enrichissement territorial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le second, nous avons d'une certaine fa&#231;on commenc&#233; par cela, est venu &#224; Ornans c&#233;l&#233;brer le bicentenaire de la naissance du peintre. A cette occasion, tour &#224; tour la participation de Courbet dans la d&#233;molition de la Colonne fut minor&#233;e &#8211; &#171; il n'a pas voulu tant que cela abattre la Colonne &#187; &#8211; et le peintre d&#233;crit comme &#171; pris &#187; dans les tourments de son si&#232;cle, ses id&#233;es justifi&#233;es par sa fid&#233;lit&#233; &#8211; mais &#224; quoi donc ? &#8211; et son temp&#233;rament &#8211; l&#224; o&#249; le social et la rationalit&#233; disparaissent sous le psychologique. L'histoire de l'art s'est vue r&#233;duite &#224; l'alignement, selon une conception lin&#233;aire du temps, d'&#233;coles et d'influences, Courbet se voyant inscrit entre romantisme et impressionnisme, dans un entre-deux. Le geste pictural de Courbet, &#171; transgressif, &#187; f&#251;t caract&#233;ris&#233; par la transformation de personnages du quotidien en personnages &#171; uniques &#187; &#8211; point de peuple rendu visible &#8211; ou par la production, Freud convoqu&#233;, d'une &#171; inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#187;. A ce sujet, &#224; la raison que le mort vient hanter le vif, l'historien Michel de Certeau pr&#233;f&#233;rait d'ailleurs employer le terme d'inqui&#233;tante familiarit&#233;. Peut-&#234;tre faut-il voir, chez le &#171; pr&#233;sident-philosophe &#187;, une influence de la fa&#231;on dont Ric&#339;ur &lt;i&gt;(sic)&lt;/i&gt; pensait la m&#233;taphore. L'intelligence des lieux &#8211; &#171; les terres ont une v&#233;rit&#233; &#187; &#8211; f&#251;t affirm&#233;e, celles du Doubs se voyant, en une sorte de double de &#171; l'enfant du pays &#187; et de son d&#233;doublement, affubler de &#171; la capacit&#233; &#224; voir le r&#233;el et &#224; penser l'impossible &#187;, l'exp&#233;rience Lip &#233;tant invit&#233;e &#224; figurer dans une galerie de portraits avec Fourier, Proudhon, Hugo. Tous enfants du pays ! L'art d'&#234;tre fran&#231;ais f&#251;t c&#233;l&#233;br&#233; et Courbet en servit de mod&#232;le parce qu'exemple d'une inscription territoriale locale &#224; partir de laquelle devraient se penser l'universel et l'absolu. Il y a l&#224; comme le signe d'une pens&#233;e connue qui consiste &#224; empiler la petite et la grande patries avec le r&#244;le sp&#233;cifique suppos&#233; de la France en mati&#232;re d'universalit&#233;. Enfin c'est la culture comme part d'absolu qui fut promue l&#224; o&#249; la question du relatif aurait m&#233;rit&#233;e d'&#234;tre discut&#233;e et l'accent mis sur les liens entre exp&#233;riences sociales et ce qui se nomme par le mot culture. Les artistes se virent attribuer la fonction d'instituteurs du sens du monde, on conna&#238;t la position de Courbet sur les relations entre &#201;tat et praticiens de l'art. Rien de bien nouveau par rapport &#224; ce que d&#233;crivait Linda Nochlin pour la fin du XIXe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps et avant, &#224; l'ext&#233;rieur, des Gilets jaunes se faisaient verbaliser et &#233;vacuer d'une ville boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. &lt;/strong&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur sa tombe, le geste jaune contribue &#224; faire tenir Gustave Courbet aux vivants autrement que sous les registres et simulacres de l'art comme absolu ou de la promotion de l'art pour l'art, de la narration nationale ou de la c&#233;l&#233;bration bigote, du dispositif communicationnel ou de l'op&#233;ration d'enrichissement territorial. Et ce au moment-m&#234;me o&#249; la pens&#233;e, les affects et l'action politiques de Courbet n'int&#233;ressent qu'&#224; condition de ne rien d&#233;ranger du fonctionnement de l'ordre social et politique, voire m&#234;me o&#249; elles sont convoqu&#233;es pour servir &#224; la mission civilisatrice de la R&#233;publique ou &#224; la promotion de valeurs livr&#233;es d&#233;tach&#233;es de toute pratique et par cela destitu&#233;es de leur puissance d'effectuation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre un Courbet qui ne serait qu'un dispositif constitutif du monde social et historique dans lequel nous vivons, plus g&#233;n&#233;ralement le geste autorise la re-discussion des modalit&#233;s d'un &lt;i&gt;h&#233;riter de&lt;/i&gt; Gustave. Un &lt;i&gt;h&#233;riter&lt;/i&gt; qui ne serait r&#233;ductible ni &#224; la poursuite d'une pr&#233;sence &#8211; parfois aux limites de l'acharnement th&#233;rapeutique et des soins palliatifs &#8211;, ni &#224; la narration d'un pass&#233;, ni &#224; l'essorage marchand ou &#224; l'insupportable devoir de m&#233;moire mais plut&#244;t ouvert sur la possibilit&#233; de figurer le pr&#233;sent et d'y agir. Le geste jaune, critico-pratique, vient contribuer &#224; cette figuration, nourrir un autre cours que celui de la nationalisation et de la d&#233;politisation, et participer &#224; une r&#233;affectation strat&#233;gique des importances.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, le 5 juillet, une nuit jaune se fait &#224; Ornans, l'espace urbain est r&#233;appropri&#233;. Une banderole &#171; D&#233;sesp&#233;r&#233; de voir que rien n'a chang&#233; &#187; reprend le motif du tableau &lt;i&gt;Le d&#233;sesp&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, sur une autre &#171; Thiers ou Macron Courbet d&#233;teste les versaillais &#187; est &#233;crit en lettres jaunes sur fond noir. Il me semble que la typographie du nom du peintre y reprend celle de sa signature. La tombe est temporairement habill&#233;e d'un gilet jaune. Courbet est salu&#233; comme celui qui rend visible &#171; &lt;i&gt;les petites gens&lt;/i&gt; &#187;. Il faudrait rappeler les diff&#233;rentes fa&#231;ons dont Courbet tresse des liens entre sa peinture et l'art populaire. Mais ce n'est pas le lieu et plus que cela, il y a l&#224; comme la revendication l&#233;gitime de la communaut&#233; d'un geste. Et le peintre oblige &#224; continuer &#224; arpenter le monde avec les chaussures de l'&#233;galit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la d&#233;faite r&#233;volutionnaire, Courbet revient sur les principes de la minorit&#233; de la Commune emprunt&#233;s &#224; Proudhon : les &#201;tats-Unis d'Europe, la d&#233;centralisation universelle, l'abolition des classes sociales, l'abolition du citoyen, l'association du travail et du capital, l'abolition de la pauvret&#233; par l'association ouvri&#232;re. Il ajoute : &#171; Si nous n'avons pas r&#233;ussi positivement, nous avons du moins affirm&#233; ces principes sp&#233;culativement &#187;, c'est-&#224;-dire qu'ils ont &#233;t&#233; rendus perceptibles dans le pr&#233;sent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme un air d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#235;l Barbe&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les citations des Gilets jaunes sont extraites de l'article de Toufik de Plainoise paru dans le journal en ligne Factuel.info.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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