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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>&#171; Jouer au chat et &#224; la souris avec soi-m&#234;me &#187;</title>
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		<dc:creator>Joana Desplat-Roger</dc:creator>



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&lt;p&gt;Texte pr&#233;sent&#233; lors de l'Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne organis&#233; par l'association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne &#187;, &#171; La part du jeu &#187;, le 22 juin 2019. &lt;br class='autobr' /&gt;
Merci &#224; tous les membres de l'association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne &#187; pour leur invitation, et pour leur magnifique &#233;nergie d&#233;ploy&#233;e lors de ces belles rencontres. Si je suis ici, c'est pour vous parler du livre L'art comme jeu de Fran&#231;ois Zourabichvili, paru en 2018 aux Presses de Nanterre dans la collection du Coll&#232;ge international de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=31" rel="directory"&gt;&#034;Voyons o&#249; la philo m&#232;ne&#034;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte pr&#233;sent&#233; lors de l'Atelier de philosophie pl&#233;b&#233;ienne organis&#233; par l'association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne &#187;, &#171; La part du jeu &#187;, le 22 juin 2019.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; tous les membres de l'association &#171; Voyons o&#249; la philo m&#232;ne &#187; pour leur invitation, et pour leur magnifique &#233;nergie d&#233;ploy&#233;e lors de ces belles rencontres. Si je suis ici, c'est pour vous parler du livre &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt; de Fran&#231;ois Zourabichvili, paru en 2018 aux Presses de Nanterre dans la collection du Coll&#232;ge international de philosophie. Ce livre me semble tr&#232;s particulier tant du point de vue de son contenu, que du point de vue de sa forme et de son histoire. Je vais donc commencer par vous pr&#233;senter l'histoire de ce livre, en premier lieu parce que cette histoire dit beaucoup de choses, me semble-t-il, sur ce que signifie &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; de la philosophie aujourd'hui. Puis, dans un second temps, je m'emploierai &#224; mettre au jour les aspects les plus novateurs de cette esth&#233;tique du jeu port&#233;e par Fran&#231;ois Zourabichvili. Enfin je conclurai en &#233;non&#231;ant quelques enjeux concernant la question de la musique, car c'est cette question qui m'obs&#232;de le plus intimement &#8211; et c'est avec elle que je me sens, v&#233;ritablement, &#171; jouer au chat et &#224; la souris avec moi-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;1/ Histoire et origine du livre &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Zourabichvili &#233;tait un jeune philosophe d'origine g&#233;orgienne, il a laiss&#233; derri&#232;re lui une &#339;uvre courte, mais une &#339;uvre ayant marqu&#233; la philosophie contemporaine en tant sp&#233;cialiste de Deleuze et Spinoza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple : Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, Spinoza. Une physique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ses derniers travaux de recherche, et plus particuli&#232;rement sa pens&#233;e de l'art et du jeu, Fran&#231;ois Zourabichvili les a d&#233;ploy&#233;s lors d'un cours de Licence &#224; l'Universit&#233; Montpellier Paul-Val&#233;ry, durant l'ann&#233;e 2005-2006. J'ai souvent l'habitude de d&#233;crire ce cours auquel nous avons assist&#233; comme un v&#233;ritable &#171; laboratoire philosophique &#187;, car c'est cette image qui me semble la plus juste : nous avions l'impression qu'il pr&#233;parait, qu'il testait, qu'il faisait des assemblages, parfois r&#233;ussis, parfois rat&#233;s&#8230; &#192; t&#226;tons, il &#233;tait en train de construire sa propre r&#233;flexion philosophique, ce qui constituait pour ses &#233;tudiants l'occasion rare de pouvoir observer une pens&#233;e en train de se construire. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai donc tr&#232;s rapidement ressenti comme une n&#233;cessit&#233; de parvenir &#224; faire publier ce cours : d'abord parce que cette pens&#233;e de l'art et du jeu n'existait nulle part ailleurs (ou presque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'exception des deux chapitres intitul&#233;s &#171; Le jeu de l'art &#187; et &#171; La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), et ensuite parce que comme Fran&#231;ois Zourabichvili le disait lui-m&#234;me, il ne s'agissait pas pour lui de pr&#233;senter d'un cours classique d'histoire de la philosophie, mais de nous faire exp&#233;rimenter ce que signifie &#171; &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; &#187; de la philosophie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de la philosophie est une maladie, et vous en souffrez. Malheureusement, apr&#232;s deux ann&#233;es d'&#233;tudes, vous en &#234;tes gravement atteints. Ce n'est pas votre faute, l'enseignement que vous suivez est organis&#233; de mani&#232;re &#224; vous inoculer ce poison. Tout comme l'enseignement de la musique dans les conservatoires est organis&#233; de fa&#231;on &#224; perp&#233;tuer un certain id&#233;al romantico-bourgeois de la musique, qui implique que le musicien soit un pur ex&#233;cutant, que l'ex&#233;cutant soit un funambule inspir&#233;, et que la musique soit avant tout &lt;i&gt;sentimentale&lt;/i&gt;, au sens large du terme ; ce qui est compl&#232;tement d&#233;croch&#233; du devenir de la musique, et c'est pourquoi l'enseignement de la musique forme des oreilles qui continuent d'entendre plus facilement Schubert que Var&#232;se, Schumann que Berio. Nous vivons au XXIe si&#232;cle, et pourtant la plupart des musiciens professionnels ont des oreilles du XIXe si&#232;cle, du temps d'avant le chemin de fer, l'a&#233;ronautique, l'&#233;lectronique, les moyens de reproduction du son, etc. Mais au moins &#231;a s'appelle &#8220;conservatoire&#8221; et &#231;a dit bien ce que &#231;a veut dire : c'est le m&#234;me mot que pour les mus&#233;es. [&#8230;] &lt;br class='autobr' /&gt;
Moi je fais de la philosophie parce que je la crois vivante, parce que je n'ai pas du tout le sentiment en en faisant de me promener dans un mus&#233;e mais plut&#244;t dans une jungle o&#249; il n'est jamais s&#251;r qu'on ne va pas croiser un jaguar ou d&#233;boucher sur un &#171; monde perdu &#187;, comme dans le roman de Conan Doyle. La philosophie n'est pas d&#233;j&#224; faite, nous ne ferons pas mieux que Platon ou que Kant, ce n'est pas un probl&#232;me de progr&#232;s, mais nous ne pouvons pas nous satisfaire de Platon et de Kant, cela ne peut plus nous convenir tel quel, et nous avons &#224; penser &lt;i&gt;autre chose&lt;/i&gt;. [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
Seulement, pour que la philosophie palpite, il faut &lt;i&gt;vouloir&lt;/i&gt; en faire : il faut s'attaquer &#224; poser les probl&#232;mes d'aujourd'hui. Je voudrais donc vous enlever le poison que vous avez ingurgit&#233; bien malgr&#233; vous &#8211; ce sera dur et je ne suis pas s&#251;r d'y arriver, car si vous &#234;tes malades de l'histoire de la philosophie, c'est &#224; cause de l'enseignement que vous subissez, qui pour ainsi dire mart&#232;le en permanence ce message subliminal, &#8220;il n'y a pas de philosophie, il n'y a que l'histoire de la philosophie ; penser appartient au pass&#233;, ne vous occupez pas de penser mais de regarder comment d'autres ont pens&#233;&#8221;. Ainsi le moment de la philosophie proprement dite est toujours remis &#224; plus tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, L'art comme jeu, texte &#233;tabli par Joana (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un tel parti-pris, il &#233;tait &#233;videmment possible pour les &#233;tudiants de ne pas s'y retrouver &#8211; et d'ailleurs certains se sont exclam&#233;s, d&#232;s la sortie de ce cours d'introduction : &#171; mais ce n'est pas de la philosophie &#187; ! Cette &#233;ventualit&#233;, Fran&#231;ois Zourabichvili l'assumait pleinement, car tout comme Deleuze, il revendiquait le droit &#224; &#234;tre d&#233;rang&#233; par la pens&#233;e. Le but de son propos &#233;tait donc, sans aucun doute, de nous bousculer, de rompre notre rapport scolaire avec la philosophie, tout simplement parce qu'il consid&#233;rait cette attitude scolaire comme &#233;trang&#232;re &#224; la philosophie elle-m&#234;me. Enseigner la philosophie, signifiait pour lui &lt;i&gt;faire&lt;/i&gt; de la philosophie, et faire de la philosophie, ce n'&#233;tait pas pr&#233;senter un mus&#233;e d'id&#233;es &#171; mortes &#187;, &#171; muettes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve l&#224; une inspiration spinoziste ch&#232;re &#224; Fran&#231;ois Zourabichvili, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'&#233;tait construire une pens&#233;e. Plus pr&#233;cis&#233;ment encore, faire de la philosophie, signifie pour Fran&#231;ois Zourabichvili cr&#233;er une relation entre deux concepts que l'on n'a pas souvent l'habitude d'associer (l'art ; le jeu), pour en faire &#233;merger une &#171; curiosit&#233; &#187; (l'art comme jeu).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;2/ En quoi l'esth&#233;tique du jeu de Fran&#231;ois Zourabichvili me semble absolument d&#233;cisive aujourd'hui&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt; se pr&#233;sente donc comme la traduction en acte de ce que signifie &#171; faire de la philosophie &#187; pour Fran&#231;ois Zourabichvili : ce cours propose de mettre en rapport deux termes (art et jeu), de telle sorte que chacun des termes puisse &#233;clairer le sens de l'autre, et r&#233;ciproquement. Art et jeu ne sont donc jamais travaill&#233;s isol&#233;ment, car leur relation doit &#234;tre comprise comme litt&#233;rale (l'art &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; jeu). Mais alors, pourquoi cette relation entre art et jeu peut, &#224; prime abord, sembler curieuse ? Fran&#231;ois Zourabichvili l'explique : parce que penser l'art comme un jeu, revient &#224; premi&#232;re vue &#224; d&#233;valuer l'art, &#224; le rabaisser au niveau du jeu. En effet, le jeu est traditionnellement d&#233;crit comme un pur divertissement, un amusement, un loisir, quelque chose qui vise seulement &#224; combler l'ennui ; et surtout il repose sur le principe de gratuit&#233; (le jeu ne produit rien en ce sens qu'il n'impacte pas notre vie, il la met en suspens : une fois le jeu fini, nous retrouvons le cours des choses tel que nous l'avions laiss&#233; &#8211; ou alors si c'est le cas, et bien c'est justement que ce n'est plus un jeu). &#192; l'inverse, l'esth&#233;tique traditionnelle d&#233;peint l'art comme une affaire hautement s&#233;rieuse, comme une activit&#233; noble, qu'il ne faudrait surtout pas abaisser &#224; un simple divertissement purement gratuit. Ainsi par exemple Hegel, affirme dans un texte canonique de l'&lt;i&gt;Esth&#233;tique&lt;/i&gt; : &#171; Dans l'art, nous n'avons pas affaire &#224; un simple jeu utile ou agr&#233;able, mais &#224; la lib&#233;ration de l'esprit s'affranchissant de la teneur et des formes de la finitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HEGEL, Esth&#233;tique, t. III, trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenk, Paris, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais alors m&#234;me que Hegel croit pouvoir &#233;carter aussi rapidement le mod&#232;le du jeu pour penser l'art, Fran&#231;ois Zourabichvili met en &#233;vidence que le jeu revient dans le texte de Hegel &#8211; sans doute &#224; son insu &#8211; dans l'exemple qu'il prend pour d&#233;crire l'origine de l'&#339;uvre d'art :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On saisit d&#233;j&#224; cette tendance dans les premi&#232;res impulsions de l'enfant : il veut voir des choses dont il soit lui-m&#234;me l'auteur, et s'il lance des pierres dans l'eau, c'est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son &#339;uvre dans laquelle il retrouve comme un reflet de lui-m&#234;me. Ceci s'observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses, jusqu'&#224; cette sorte de reproduction de soi-m&#234;me qu'est une &#339;uvre d'art&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;HEGEL, Esth&#233;tique, t. I, trad. S. Jank&#233;l&#233;vitch, Paris, Flammarion, 1979, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce texte, Hegel choisit l'exemple d'un enfant qui fait des ronds dans l'eau en lan&#231;ant un caillou (le jeu des ricochets) comme image de l'origine de l'art. Or, que cherche &#224; montrer Hegel par cet exemple ? Que l'homme se reconna&#238;t lui-m&#234;me en tant qu'esprit dans la production d'une &#339;uvre d'art. Fran&#231;ois Zourabichvili s'interroge : qu'est-ce qui fascine l'enfant dans ce lancer de caillou ? Est-il fascin&#233;, comme le dit Hegel, par son &#171; &#339;uvre &#187; en tant qu'esprit ? N'est-ce pas plut&#244;t l'effet produit par son lancer, &#224; savoir les cercles concentriques qui se forment sur l'eau, mais qui ne sont pas form&#233;s directement par l'enfant, qui le fascine ? L'enfant appara&#238;t certes comme le d&#233;clencheur du processus, mais ce qu'il contemple, c'est quelque chose comme un myst&#232;re de la nature (la formation des ronds dans l'eau). Mais alors, qu'est-ce qui permet d'affirmer que ce jeu des ricochets est bien, &#224; proprement parler, un &lt;i&gt;jeu&lt;/i&gt; ? Fran&#231;ois Zourabichvili montre que ce lancer de caillou, comme tous les jeux, proc&#232;de d'une r&#232;gle : cette r&#232;gle consiste &#224; r&#233;p&#233;ter le lancer, &#224; faire revenir encore et encore son effet, &#224; faire varier le lancer pour voir ce que &#231;a donne&#8230; Voil&#224; qui constitue, selon Fran&#231;ois Zourabichvili, le &#171; d&#233;ni supr&#234;me de Hegel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Zourabichvili, L'art comme jeu, op. cit., p. 110.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, qui &#171; a introduit l'art sous la figure d'un enfant joueur, tout en taisant absolument qu'il joue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 110-111.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et Hegel, &#224; ce titre, appara&#238;t dans l'esth&#233;tique du jeu de Fran&#231;ois Zourabichvili comme le sympt&#244;me d'une difficult&#233; inh&#233;rente &#224; toute l'esth&#233;tique traditionnelle : &#171; enlis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; J'y vois la seule mani&#232;re de sortir de cette &#8220;tarte &#224; la cr&#232;me&#8221; qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; dans le paradigme de l'expression, celle-ci a toujours refus&#233; de prendre au s&#233;rieux l'hypoth&#232;se de l'art comme jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a/ Critique du paradigme de l'expression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Fran&#231;ois Zourabichvili, si l'esth&#233;tique en g&#233;n&#233;ral a autant de r&#233;ticences &#224; penser l'art comme un jeu, c'est parce que la notion d'expression ne cesse de hanter la philosophie esth&#233;tique traditionnelle, pour la simple et bonne raison qu'elle repose sur la mani&#232;re spontan&#233;e dont le sens commun comprend aussi bien la cr&#233;ation artistique en tant que telle, que notre mani&#232;re de nous rapporter &#224; l'art. Selon lui, cette conception de l'art-expression est si profond&#233;ment enracin&#233;e dans notre mani&#232;re de penser l'art que toute tentative d'interrogation critique se heurte &#224; des r&#233;sistances th&#233;oriques profondes. C'est pourquoi, Fran&#231;ois Zourabichvili va proposer une r&#233;flexion critique du paradigme de l'expression pour penser l'art, &#224; partir de deux arguments principaux :&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Dans son sens le plus commun, la notion d'expression d&#233;signe le proc&#233;d&#233; par lequel l'artiste s'exprime par son art (au sens litt&#233;ral d'&#171; exprimer un citron &#187;, c'est-&#224;-dire l'action de presser un citron pour lui extraire son jus), et ext&#233;riorise de la sorte son int&#233;riorit&#233;, ou encore, comme le dirait Deleuze, sa &#171; petite affaire priv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir L'Ab&#233;c&#233;daire de Gilles Deleuze, Pierre-Andr&#233; Boutang et Michel Pamart (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Fran&#231;ois Zourabichvili montre que cette conception de l'expression artistique est extr&#234;mement pauvre, en ce qu'elle d&#233;peint les artistes comme des &#171; Narcisse &#187; se contemplant eux-m&#234;mes objectiv&#233;s par leur &#339;uvre comme s'ils se regardaient dans un miroir ; et suppose r&#233;ciproquement que les spectateurs seraient des voyeurs se rendant au th&#233;&#226;tre dans le seul but d'apercevoir l'intimit&#233; des artistes mis &#224; nus sur la sc&#232;ne. Cette mani&#232;re de comprendre l'art comme &#171; expression de soi &#187; est certes simpliste, mais elle donne d&#233;j&#224; un premier aper&#231;u des difficult&#233;s qui pourraient &#234;tre port&#233;es par le paradigme de l'expression. &lt;br class='autobr' /&gt;
2/ Mais Fran&#231;ois Zourabichvili montre ensuite qu'il y a une seconde mani&#232;re plus complexe de penser le rapport d'expression port&#233; par l'art, qui consiste &#224; supposer que le sens exprim&#233; par l'&#339;uvre est un sens immanent. Cette hypoth&#232;se &#8211; qui correspond selon lui &#224; la position &#171; ph&#233;nom&#233;nologique au sens large&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une matrice commune est commune &#224; toutes les pens&#233;es, matrice que je dirai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; &#8211; suppose que le contenu de l'&#339;uvre n'est pas d&#233;tachable de sa forme, et par cons&#233;quent que le sens de l'&#339;uvre n'appartient pas au domaine du signifiant. Tout en reconnaissant que cette conception immanentiste de l'expression dans l'art est plus subtile et complexe que celle d&#233;fendue par le sens commun, Fran&#231;ois Zourabichvili condamne aussi pourtant cette th&#233;orie qu'il trouve &#171; suspecte, en ce qu'elle attribue un sens &lt;i&gt;profond&lt;/i&gt; &#224; l'&#339;uvre, mais je ne peux &lt;i&gt;rien en dire&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, L'art comme jeu, op. cit., p. 46. Dans La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Cette difficult&#233; commune &#224; toutes les th&#233;ories d&#233;fendant un sens suppos&#233;ment ineffable de l'&#339;uvre est ce qui les conduit (toujours selon les mots de Fran&#231;ois Zourabichvili), &#171; &#224; tomber dans des g&#233;n&#233;ralit&#233;s, car elle ne peut pas parler du sens qu'elle attribue &#224; l'&#339;uvre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, L'art comme jeu, op. cit., p. 46.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b/ Retrouver la dimension pratique et d&#233;sirante de l'art&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le paradigme de l'expression est si difficile &#224; remettre en cause, c'est aussi et surtout parce qu'il d&#233;pend d'un second paradigme lui aussi profond&#233;ment ancr&#233; dans l'esth&#233;tique traditionnelle, &#224; savoir l'id&#233;e selon laquelle l'art manifesterait un sens et une v&#233;rit&#233;, dont la t&#226;che essentielle de l'esth&#233;tique consisterait &#224; se saisir. Une telle conception de l'esth&#233;tique, toujours selon Fran&#231;ois Zourabichvili, oublie la dimension &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;vitale&lt;/i&gt; de la cr&#233;ation artistique, car elle suppose de penser l'art dans un rapport exclusivement th&#233;orique (l'artiste exprime une v&#233;rit&#233;, le spectateur n'a plus qu'&#224; contempler cette v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e). En s'appuyant sur la psychanalyse de Freud et Winnicott, Fran&#231;ois Zourabichvili met en rapport la cr&#233;ation artistique et l'activit&#233; de jeu, qui appara&#238;t comme une &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; essentielle et vitale chez les jeunes enfants. Par le jeu du &#171; &lt;i&gt;Fort/da&lt;/i&gt; &#187; par exemple, ce jeu d&#233;crit par Freud et qui consiste &#224; jeter au loin une bobine et &#224; la ramener pr&#232;s de lui, l'enfant retrouve une ma&#238;trise sur ses angoisses et ses d&#233;sirs : il entre en possession de ses affects, qu'il exp&#233;rimente et qu'il active. Ce jeu n'a rien &#224; voir avec l'expression ou avec l'exhibition, l'enfant ne joue pas &#224; un tel jeu pour &#171; dire &#187; sa propre hantise (voir sa m&#232;re s'&#233;loigner de lui) : il met en sc&#232;ne cette hantise et, ce faisant, op&#232;re une conversion active, par le jeu, de l'angoisse ressentie d'abord passivement. Ce qui permet &#224; Fran&#231;ois Zourabichvili d'en conclure que l'artiste, tout comme l'enfant qui joue, ne cherche pas &#224; s'exprimer, mais il cherche litt&#233;ralement &#224; toucher &#224; &#171; ce qui le touche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un tableau ne nous met-il pas en rapport avec nous-m&#234;mes ? De quel ordre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#224; toucher &#224; ses d&#233;sirs et &#224; ses hantises, pour en retrouver une forme de ma&#238;trise. Ainsi clarifi&#233;, le pouvoir de l'art ne r&#233;side donc pas dans ce qu'il &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt;, mais bien dans ce qu'il &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; ce que Fran&#231;ois Zourabichvili appelle &#171; jouer &#224; la souris avec soi-m&#234;me &#187; : par l'art, chacun joue avec ses d&#233;sirs et ses hantises, sur un mode &#224; la fois d'approche et de d&#233;robade. &#171; Jouer &#224; s'attraper, comme c'est peut-&#234;tre le propre de tout jeu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, La litt&#233;ralit&#233;, op. cit., p. 214.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Car nos d&#233;sirs et nos hantises ne peuvent &#234;tre appr&#233;hend&#233;s directement, sans m&#233;diation : jouer au chat et &#224; la souris avec soi-m&#234;me, c'est tenter de &#171; toucher &#224; ce qui nous touche &#187; (et nous obs&#232;de le plus intimement&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;3/ Enjeux pour la musique&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un dernier temps, je souhaiterais mettre en &#233;vidence quelques enjeux de l'esth&#233;tique du jeu de Fran&#231;ois Zourabichvili concernant le champ de la musique. Il va de soi que l'on pourrait faire tout &#224; fait la m&#234;me chose avec le th&#233;&#226;tre par exemple ! Mais comme je le disais dans l'introduction, si j'ai choisi la musique, c'est tout simplement parce qu'il s'agit l&#224; de ma propre obsession. Or, je crois que dans la pratique philosophique aussi, il y a quelque chose qui tient lieu de cette r&#233;p&#233;tition obsessionnelle, constitutive de tout jeu : plus les ann&#233;es passent, plus je me rends compte que je ne fais que travailler, toujours et encore, la m&#234;me question (m&#234;me si je me plais &#224; varier les angles d'approche). Ce faisant, j'ai donc v&#233;ritablement l'impression de &#171; jouer au chat et &#224; la souris avec moi-m&#234;me &#187;, de ne cesser d'explorer une seule et m&#234;me question &#8211; dont le sens exact m'&#233;chappe sans doute &#8211;, de la retourner dans tous les sens, et de la faire aller et venir, dans un geste de d&#233;robade. &lt;br class='autobr' /&gt;
La musique, donc. Commen&#231;ons par &#233;noncer un constat : je suis intimement convaincue que la notion d'expression, lorsqu'elle intervient pour rendre compte du sens de la musique, t&#233;moigne l&#224; aussi d'un certain nombre d'impasses th&#233;oriques, qui correspondent peu ou prou aux apories r&#233;v&#233;l&#233;es par Fran&#231;ois Zourabichvili. Pourtant, j'ai bien conscience qu'il peut sembler aller de soi que la musique &#171; exprime &#187; quelque chose. Mais qu'exprime-t-elle exactement ? Sur quels fondements th&#233;oriques et philosophiques repose cette conviction du sens commun ? Et surtout, quelles sont les cons&#233;quences concr&#232;tes de cette id&#233;e apparemment simple selon laquelle la musique exprime bien quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/ Susciter n'est pas exprimer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par clarifier ce qui m'appara&#238;t constituer une confusion fondamentale entre deux termes, et pourtant lourde de cons&#233;quences concernant la dimension suppos&#233;ment expressive de la musique. S'il va de soi que la musique &lt;i&gt;suscite&lt;/i&gt; des &#233;motions, il semble en revanche beaucoup plus contestable qu'elle puisse les &lt;i&gt;exprimer&lt;/i&gt;. La diff&#233;rence entre ces deux &#233;nonc&#233;s (procurer/exprimer) est capitale, car ces deux &#233;nonc&#233;s ne d&#233;crivent pas du tout la m&#234;me chose : dire qu'une musique procure des &#233;motions chez celui ou celle qui l'&#233;coute signifie qu'elle engendre un effet sur l'auditeur, ce qui est, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ind&#233;niable. En revanche, dire que la musique exprime une &#233;motion, ne consiste plus &#224; d&#233;crire l'effet produit &#8211; qui peut &#234;tre fortuit ! &#8211; sur le spectateur ou l'auditeur, mais cela implique de caract&#233;riser une qualit&#233; intrins&#232;que &#224; la musique elle-m&#234;me. Le rapport d'expression suppose en effet l'ext&#233;riorisation d'une &#233;motion contenue par la musique elle-m&#234;me (et non uniquement par l'auditeur qui peut &#234;tre &#233;mu), et donc que cette &#233;motion &#233;tait bien d&#233;j&#224; une qualit&#233; interne &#224; la musique avant d'&#234;tre d&#233;vers&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur (de m&#234;me qu'un citron, qui contenait son jus avant qu'on puisse litt&#233;ralement l'exprimer, c'est-&#224;-dire l'ext&#233;rioriser). Or, si la musique peut susciter des sentiments ou des &#233;motions chez l'auditeur, cela n'implique pas que ces &#233;motions r&#233;sident &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; la musique elle-m&#234;me, et encore moins &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; l'&#226;me du compositeur ou de l'instrumentiste qui s'exprimerait ainsi par son art. C'est d'ailleurs la conscience de cette distinction qui va conduire Stravinsky &#224; affirmer que &#171; la musique, par essence, [est] impuissante &#224; exprimer quoi que ce soit : un sentiment, une attitude, un &#233;tat psychologique, un ph&#233;nom&#232;ne de la nature, etc. L'expression n'a jamais &#233;t&#233; la propri&#233;t&#233; immanente de la musique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Igor STRAVINSKY, Chroniques de ma vie, Paris, M&#233;ditations-Gonthier, 1971, p. 63.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ; et Eduard Hanslick &#224; d&#233;fendre que &#171; la repr&#233;sentation d'un sentiment ou d'une &#233;motion d&#233;termin&#233;s ne rel&#232;ve absolument pas du pouvoir m&#234;me de la musique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eduard HANSLICK, Du Beau musical. Contribution &#224; la r&#233;forme de l'esth&#233;tique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/ La musique est un langage (dont je ne peux rien dire)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais prenons au s&#233;rieux l'hypoth&#232;se selon laquelle la musique exprimerait quelque chose : celle-ci suppose que la musique poss&#232;de, intrins&#232;quement, un sens. Mais comment alors rendre compte de ce &#171; sens &#187; de la musique, sachant que ce dernier ne saurait &#234;tre d&#233;termin&#233; comme signifiant ? Pour r&#233;pondre de cette difficult&#233;, le musicologue Boris de Schl&#339;zer va proposer la solution suivante : la musique est certes un langage, mais ce langage ne signifie rien d'autre que lui-m&#234;me. En faisant cette proposition, Boris de Schl&#339;zer prend acte du fait que le langage musical ne saurait &#234;tre pens&#233; comme un &#233;quivalent du discours, &#233;tant donn&#233; qu'il est impossible, dans le cas de la musique, d'isoler le contenu de la forme par laquelle il s'exprime :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si je n'ai pas compris ce qui m'a &#233;t&#233; dit, je demande qu'on me l'explique, qu'on me le dise autrement, d'une fa&#231;on plus claire, plus simple si possible, en ayant recours &#224; un syst&#232;me de signes qui m'est plus familier. Or on ne peut soumettre une phrase musicale &#224; des op&#233;rations de ce genre ; si la phrase a un sens on ne peut le d&#233;tacher de cette s&#233;rie de sons pour l'examiner &#224; part ou lui pr&#234;ter une autre forme, plus accessible. Au cas o&#249; je ne comprendrais pas le &lt;i&gt;Pr&#233;lude en ut&lt;/i&gt;, il n'y aurait qu'un moyen de m'&#233;clairer : le jouer encore et le rejouer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boris de SCHL&#338;ZER, Introduction &#224; J.-S. Bach. Essai d'esth&#233;tique musicale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe d'ins&#233;parabilit&#233; de forme et du contenu appara&#238;t en effet consubstantiel &#224; la sp&#233;cificit&#233; de la musique, qui ne pourrait supporter qu'on lui attribue un sens ext&#233;rieur &#224; la mati&#232;re sonore par laquelle elle s'actualise dans le sensible. Ainsi donc, pour continuer &#224; parler de &#171; sens &#187; musical, ce sens ne pourra qu'&#234;tre immanent &#224; l'&#339;uvre musicale elle-m&#234;me, et il devra par cons&#233;quent rompre d&#233;finitivement avec le signifiant. D'o&#249; la proposition de Boris de Schl&#339;zer, qui repose sur une conception immanentiste du sens de l'&#339;uvre musicale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#339;uvre musicale en effet n'est pas le signe de quelque chose mais &#8220;se signifie elle-m&#234;me&#8221; ; ce qu'elle me dit elle l'est, son sens lui &#233;tant immanent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 24.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Boris de Schl&#339;zer ne soit jamais directement cit&#233; dans &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, on remarque &#224; quel point sa description du sens et du langage musical correspond &#224; ce que Fran&#231;ois Zourabichvili caract&#233;rise comme la &#171; position ph&#233;nom&#233;nologique au sens large &#187;, et en quoi celle-ci se r&#233;v&#232;le extr&#234;mement probl&#233;matique. Car comme le souligne Fran&#231;ois Zourabichvili, que reste-t-il &#224; dire du sens de la musique si ce dernier ne rel&#232;ve pas de l'ordre du signifiant ? La position de Boris de Schl&#339;zer ne revient-elle pas, au fond, &#224; &#171; jouer sur &lt;i&gt;deux tableaux &#224; la fois&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, L'art comme jeu, op. cit., p. 45.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, en maintenant le mod&#232;le de l'expression d'un sens, mais qui se passerait de tout rapport au signifi&#233; et au signifiant ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans ce cas, &lt;i&gt;&#224; quoi bon&lt;/i&gt; continuer &#224; concevoir la musique comme un langage si le langage dont il est question n'a plus rien &#224; voir avec ce qui peut &#234;tre dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/ La musique comme expression des &#233;motions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Explorons maintenant une seconde hypoth&#232;se : la musique n'exprimerait pas un &#171; sens &#187;, mais elle exprimerait des &#233;motions. Cette position correspond &#224; la mani&#232;re dont le sens commun se figure le plus souvent l'expressivit&#233; de la musique, et elle a l'avantage de se d&#233;partir du probl&#232;me de la signification linguistique de la musique, puisqu'elle consid&#232;re l'expressivit&#233; &#233;motionnelle comme ne relevant pas du champ de la s&#233;mantique. Mais cette th&#232;se n'est-elle pas tout aussi probl&#233;matique que la pr&#233;c&#233;dente ? En effet, comment consid&#233;rer qu'une musique en tant que telle puisse &#234;tre absolument triste, ou absolument gaie ? Et d'ailleurs, de quelles &#233;motions parle-t-on exactement ? Ces &#233;motions sont-elles les m&#234;mes pour toutes les musiques, ou bien doit-on consid&#233;rer qu'elles sont sp&#233;cifiques &#224; certains genres musicaux ? Et enfin, cette hypoth&#232;se ne revient-elle pas, en derni&#232;re instance, &#224; consid&#233;rer la musique comme un &#171; code couleur &#187;, dont &#224; chaque note, chaque hauteur, chaque intensit&#233;, chaque mode, correspondrait une &#233;motion sp&#233;cifique et particuli&#232;re ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour mieux prendre la mesure des enjeux de cette th&#232;se relativement simple d'apparence, int&#233;ressons-nous plus particuli&#232;rement au cas sp&#233;cifique de l'expressivit&#233; du jazz, interrog&#233;e et analys&#233;e par le philosophe analytique Jerrold Levinson dans un article intitul&#233; &#171; L'expressivit&#233; du jazz&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jerrold Levinson, &#171; L'expressivit&#233; du jazz &#187;, in Perspectives philosophiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Qu'entend-il ici par &#171; expressivit&#233; du jazz &#187;, et plus pr&#233;cis&#233;ment encore, quelle est la nature de ce rapport d'expression qu'il suppose inh&#233;rent au jazz ? Jerrold Levinson l'explicite tr&#232;s clairement dans son article, en pr&#233;cisant d'embl&#233;e qu'il faut comprendre ce rapport d'expression de mani&#232;re litt&#233;rale, en tant que la musique exprime un &#233;tat d'esprit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois maintenant dire quelques mots de la mani&#232;re g&#233;n&#233;rale dont je comprends l'expressivit&#233; musicale, c'est-&#224;-dire l'expression par la musique d'&#233;motions, de sentiments, d'attitudes et autres &#233;tats d'esprit. [&#8230;] La musique exprime une &#233;motion quand elle &lt;i&gt;sonne comme&lt;/i&gt; quelqu'un exprimant cette &#233;motion &#8211; comme lorsque quelqu'un ext&#233;riorise cette &#233;motion &#8211; par des gestes proprement musicaux, par l'activit&#233; que nous percevons effectivement dans la musique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 33.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une musique expressive serait donc une musique qui sonne &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; quelqu'un qui ext&#233;riorise une &#233;motion particuli&#232;re : le rapport d'expression tel que Jerrold Levinson le con&#231;oit ne correspond pas exactement au sens premier de l'expression d&#233;termin&#233; par Fran&#231;ois Zourabichvili (&#224; savoir : l'artiste exprimant son int&#233;riorit&#233; par son art), n&#233;anmoins il fonctionne avec lui de mani&#232;re analogique : la musique exprime une &#233;motion &lt;i&gt;comme&lt;/i&gt; un artiste exprime ce qu'il ressent. Il s'agit donc, l&#224; encore, de penser l'expressivit&#233; de la musique en tant que telle : l'expressivit&#233; de la musique est autonome, mais elle fonctionne de mani&#232;re similaire aux individualit&#233;s qui s'expriment (par leur art ou n'importe quel autre moyen). Une fois ce premier principe d&#233;fini, on peut donc supposer que &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; qu'exprime la musique n'est rien d'autre que des &#233;tats d'&#226;me ou des comportements correspondant &#224; ceux qui peuvent &#234;tre ressentis par les individus. Ce qui va conduire Jerrold Levinson &#224; b&#226;tir une classification des &#233;motions types v&#233;hicul&#233;es par la musique en diff&#233;rentes cat&#233;gories, qui seront ensuite d&#233;sign&#233;es &#224; l'aide de sigles : PHI (&#233;motions positives de haute intensit&#233;) / PNI (&#233;motions positives de faible intensit&#233;) / NHI (&#233;motions n&#233;gatives haute intensit&#233;) / NFI (&#233;motions n&#233;gatives de faible intensit&#233;). Une fois ces cat&#233;gories explicit&#233;es, Jerrold Levinson va s'attacher &#224; montrer que le jazz est par essence inapte &#224; exprimer certaines &#233;motions, et en particulier les NHI (&#233;motions n&#233;gatives de haute intensit&#233;) et les PFI (&#233;motions n&#233;gatives de faible intensit&#233;), au motif que les &#171; &#233;motions de ce genre impliquent un &#233;l&#233;ment de resserrement, de r&#233;pression ou d'obstructions psychologiques que le sentiment global du jazz, sa sonorit&#233; ou sa &lt;i&gt;gestalt&lt;/i&gt; tendent &#224; pr&#233;venir ou &#224; exclure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 36.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D&#232;s lors il conclut, de mani&#232;re assez d&#233;finitive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La musique ne peut pas &#8211; ou ne peut pas facilement &#8211; &#224; la fois sonner clairement comme du jazz, et exprimer de mani&#232;re convaincante l'angoisse, le d&#233;sespoir, la d&#233;ploration, etc&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 38.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur quoi repose cet &#171; argument-massue &#187; selon lequel le jazz serait inapte &#224; exprimer certaines &#233;motions, et qu'il n'exprimerait que des &#233;motions positives ? Cette th&#232;se n'est-elle pas en contradiction avec l'histoire du jazz, dont la filiation avec le blues et les chants des esclaves ne fait pas doute ? Jerrold Levinson anticipe cette objection, et tente de la contourner en d&#233;ployant une strat&#233;gie argumentative reposant sur une s&#233;rie de poncifs sur le jazz cens&#233;e nous convaincre de son inaptitude &#224; exprimer authentiquement les &#233;motions n&#233;gatives. En effet, selon Jerrold Levinson, c'est parce que le jazz est compos&#233; d'&#233;l&#233;ments de groove procurant l'envie de danser (puisque comme chacun le sait, la danse exprime la joie) ; d'instruments de musique aux timbres chantant la ga&#238;t&#233; (et la trompette de Chet Baker ? Et la guitare &#233;lectrique dans la musique rock ?), et enfin d'&#233;l&#233;ments harmoniques repr&#233;sentant la b&#233;atitude (car la tonalit&#233; majeure sonne de fa&#231;on heureuse, contrairement &#224; la tonalit&#233; mineure qui respire la tristesse) ; qu'il est jug&#233; inapte &#224; l'expression de toutes formes de passions tristes. Et, si parfois il tente de s'aventurer hors de sa sph&#232;re de pr&#233;dilection et s'aventure sur le terrain des &#233;motions n&#233;gatives, il y parviendra sans doute, mais toujours d'une mani&#232;re &#171; douce et d&#233;licate &#187; &#8211; contrairement au rap, qui (on le sentait arriver) est lui simplement condamn&#233; &#224; ne rien pouvoir exprimer d'autre que le sentiment de rage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le rap par exemple ne peut pas exprimer un &#233;tat serein, un sens de la r&#233;signation, un sentiment de m&#233;lancolie, tout en continuant &#224; sonner comme du rap&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 43.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'entend-il conclure d'un tel d&#233;ferlement de clich&#233;s sur le jazz (et ses genres comparses) ? Cette classification des &#233;motions types qu'exprime la musique ne produit pas de v&#233;ritable bouleversement th&#233;orique, puisque que Jerrold Levinson en tire la conclusion fort peu originale selon laquelle jazz, &#224; cause de la restriction de son expressivit&#233; aux &#233;motions positives, ne se tient pas &#224; la hauteur de la musique classique, qui elle appara&#238;t comme apte &#224; exprimer un &#233;ventail plus large d'&#233;motions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La palette expressive de la musique classique est plus large que celle du jazz, bien qu'on ne puisse &#233;videmment pas quantifier pr&#233;cis&#233;ment cette diff&#233;rence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 39.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans cet article Jerrold Levinson met au service du jazz une m&#233;thode classificatoire et rigoureuse, il est clair n&#233;anmoins que celle-ci n'apporte pas grand-chose de nouveau &#224; la connaissance sur le jazz, aux vues des propositions qu'il d&#233;fend et qui se conforment aux clich&#233;s sur le jazz. Car s'il est certain que certaines musiques sont parfois produites &lt;i&gt;en vue de&lt;/i&gt; v&#233;hiculer une &#233;motion particuli&#232;re qui a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e &#224; l'avance (ainsi par exemple certaines musiques de films, qui proposent un usage sp&#233;cifique des instruments &#224; cordes pour faire couler quelques larmes), cette instrumentalisation possible des &#233;motions par la musique ne doit jamais nous faire oublier la possibilit&#233; que l'auditeur peut &#224; chaque instant ressentir une &#233;motion contradictoire avec celle qui avait &#233;t&#233; envisag&#233;e par le musicien/producteur (une situation qui peut d'autant plus se produire si le film manque de cr&#233;dibilit&#233;, et que la tension dramatique mise en sc&#232;ne par la musique vire au comique). D&#232;s lors, d&#233;terminer le r&#233;gime d'expressivit&#233; d'une musique ind&#233;pendamment des conditions subjectives &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; collectives de sa r&#233;ception, comme le fait Jerrold Levinson, semble vouer &#224; comprendre les &#233;l&#233;ments intrins&#232;quement musicaux comme des &#171; &#233;motic&#244;nes &#187; jouant le r&#244;le de crit&#232;re de distinction et de hi&#233;rarchisation des musiques entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Conclusion : les limites de l'esth&#233;tique du jeu&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir explicit&#233; mes r&#233;serves &#224; l'&#233;gard d'une conception de la musique comme expression, il reste &#224; nous demander que peut l'esth&#233;tique du jeu de Fran&#231;ois Zourabichvili pour faire avancer la r&#233;flexion sur la musique. &lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Premi&#232;rement, remarquons que la proposition port&#233;e par Fran&#231;ois Zourabichvili permet de mettre en &#233;vidence que la notion d'&#171; expressivit&#233; musicale &#187; ne constitue pas, contrairement &#224; ce qu'on aurait pu penser, un horizon ind&#233;passable de l'esth&#233;tique. Tout au long de nos d&#233;veloppements consacr&#233;s &#224; la question de l'expressivit&#233; musicale, nous avons tent&#233; de mettre en lumi&#232;re les difficult&#233;s pos&#233;es par cette notion, qui h&#233;las ne sont pas toujours conscientis&#233;es par les diff&#233;rentes th&#233;ories actuelles de l'expression. La critique port&#233;e par Fran&#231;ois Zourabichvili, &#224; ce titre, doit nous inviter &#224; faire preuve de prudence &#224; l'&#233;gard d'une notion aussi probl&#233;matique, mais aussi &#224; ne pas restreindre la r&#233;flexion philosophique sur la musique &#224; l'analyse de son expressivit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
2/ Deuxi&#232;mement, si l'esth&#233;tique du jeu zourabichvilienne permet ind&#233;niablement de renouveler la question de l'intimit&#233; du lien entre le cr&#233;ateur et son &#339;uvre, ainsi qu'entre le spectateur et l'&#339;uvre qui le touche, force est de constater que celle-ci ne permet pas de rendre compte de la dimension &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; en jeu par exemple dans le cas du jazz, ou plus pr&#233;cis&#233;ment encore du free jazz. En effet, les musiciens et musiciennes de jazz ont presque toujours revendiqu&#233; le caract&#232;re interd&#233;pendant de la dimension esth&#233;tique et politique en jeu dans leur musique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce point, voir par exemple Philippe CARLES et Jean-Louis COMOLLI, Free (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, le jeu dont il est question chez Fran&#231;ois Zourabichvili est n&#233;cessairement le jeu &#171; d'un seul &#187;, en ce qu'il est cr&#233;&#233; pour toucher &#224; nos d&#233;sirs les plus intimes : il est donc un &#171; jeu &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;, toujours singulier, taill&#233; &#224; la mesure d'une vie et d'un individu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, L'art comme jeu, op. cit., p. 124.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Autrement dit, le concept de jeu zourabichvilien, en se substituant &#224; l'expressivit&#233; musicale, a aussi repli&#233; le processus de cr&#233;ation sur l'intimit&#233; du d&#233;sir de celui qui joue &#224; ce jeu essentiel que constitue la musique &lt;i&gt;pour lui&lt;/i&gt;. D&#232;s lors, nous touchons ici &#224; une limite de la conception zourabichvilienne du jeu : celle-ci ne semble pas permettre de rendre compte de la dimension politique de la musique en g&#233;n&#233;ral, et du jazz en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la possibilit&#233; de r&#233;fl&#233;chir &#224; une mani&#232;re de prendre en compte la port&#233;e politique du jazz, en tentant de d&#233;passer l'horizon de l'expressivit&#233;. Ma conviction, &#224; ce titre, est que le rapport entre musique et politique est bien plus profond que ce que permet de d&#233;crire le mode d'expression. C'est donc de l'intensit&#233; du lien entre art et conditions mat&#233;rielles d'existence qu'il s'agit de penser, une intensit&#233; dont la notion d'expression appara&#238;t comme impuissante &#224; rendre compte, comme en t&#233;moigne Fran&#231;ois Zourabichvili, &#224; propos de la musique de Beethoven :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on dit &#8220;Beethoven s'exprime dans ses symphonies&#8221;, qu'entend-on par l&#224; ? La plupart du temps, c'est une mani&#232;re de signifier que l'on peut reconna&#238;tre le caract&#232;re du compositeur dans son &#339;uvre, en partant de ce qu'on sait de lui. [&#8230;] On dira alors que Beethoven s'exprime dans sa musique en ce sens qu'il avait un esprit explorateur, destructeur, b&#226;tisseur, conqu&#233;rant, puisqu'il n'a fait que &#231;a&#8230; [&#8230;] N'est-ce pas l&#224; un sophisme ? Beethoven a-t-il exprim&#233; un esprit d'explorateur, un esprit d'aventurier ? Non ! Il n'a pas exprim&#233; son esprit d'exploration, il a &lt;i&gt;explor&#233; tout court&lt;/i&gt; ! Son &#339;uvre n'est pas le miroir de son esprit explorateur, son &#339;uvre est une s&#233;rie d'explorations : c'est tout &#224; fait autre chose&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 69-70.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que Beethoven par ses &#339;uvres ne se contente pas d'exprimer un &#233;tat d'esprit (avec l'esprit explorateur), mais qu'il &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; quelque chose avec son art (il explore), est d'une importance capitale pour penser le jazz. Car peut-&#234;tre que comme Beethoven, les jazzmen et jazzwomen ne se contentent pas se &#171; plaindre &#187; et de donner &#224; voir leur condition d'existence, peut-&#234;tre que leur musique n'est pas la simple expression &#233;l&#233;giaque de la souffrance africaine-am&#233;ricaine &#8211; comme on a trop souvent tendance &#224; le lire, et spontan&#233;ment &#224; le penser. En jouant du jazz, les musiciens et musiciennes &lt;i&gt;font&lt;/i&gt; quelque chose qui a sans doute &#224; voir avec leurs conditions socio-politiques sp&#233;cifiquement africaine-am&#233;ricaine. Renoncer &#224; penser ce rapport en termes d'expression, revient uniquement &#224; affirmer que leur musique &lt;i&gt;n'est pas&lt;/i&gt; la transposition en notes de leur &#233;tat d'esprit, mais cela ne requiert en aucun cas de remettre en cause le rapport d'interd&#233;pendance entre les conditions d'existence et la musique, bien au contraire ! Il s'agirait plut&#244;t de chercher &#224; penser ce rapport comme plus actif, plus pratique, plus essentiel que lorsqu'il est caract&#233;ris&#233; par l'expression&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple : Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;Spinoza. Une physique de la pens&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2002 ; Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;Deleuze. Une philosophie de l'&#233;v&#233;nement&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; l'exception des deux chapitres intitul&#233;s &#171; Le jeu de l'art &#187; et &#171; La diff&#233;rence esth&#233;tique : jeu et reconnaissance non mim&#233;tique &#187;, in Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;La litt&#233;ralit&#233; et autres essais sur l'art&lt;/i&gt;, Paris, PUF, coll. &#171; lignes d'art &#187;, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, texte &#233;tabli par Joana Desplat-Roger, coll. &#171; Coll&#232;ge international de philosophie &#187;, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2018, p. 30-32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve l&#224; une inspiration spinoziste ch&#232;re &#224; Fran&#231;ois Zourabichvili, qui appara&#238;t d&#233;j&#224; dans son livre &lt;i&gt;Spinoza. Une physique de la pens&#233;e&lt;/i&gt;, lorsqu'il &#233;crit : &#171; Pour Spinoza, les id&#233;es sont par elles-m&#234;mes des affirmations, et ne peuvent donc &#234;tre compar&#233;es, comme le faisait Descartes, &#224; des images ou &#224; des tableaux, car l'image est l'effet d'une chose ext&#233;rieure sur l'&#339;il et sur le cerveau. Ce sont des &lt;i&gt;concepts&lt;/i&gt;, qui renvoient en tant que tels &#224; une puissance ou &#224; une activit&#233; de l'esprit, m&#234;me si cette puissance d'agir peut &#234;tre &#224; son plus bas niveau : le pire des ignorants &lt;i&gt;forme&lt;/i&gt; encore des concepts. &#187; Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;Spinoza. Une physique de la pens&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 2002, p. 123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HEGEL, &lt;i&gt;Esth&#233;tique&lt;/i&gt;, t. III, trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenk, Paris, Aubier, 1997, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;HEGEL, &lt;i&gt;Esth&#233;tique&lt;/i&gt;, t. I, trad. S. Jank&#233;l&#233;vitch, Paris, Flammarion, 1979, p. 60-61. Pour une analyse d&#233;taill&#233;e de cet extrait de Hegel, voir Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 99 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Zourabichvili, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 110-111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; J'y vois la seule mani&#232;re de sortir de cette &#8220;tarte &#224; la cr&#232;me&#8221; qui encombre l'esth&#233;tique et qui a pour nom &#8220;expression&#8221; (c'est l&#224;, en particulier, qu'il faudra faire un effort sur vous-m&#234;mes, car bien entendu vous pensez tous qu'une &#339;uvre d'art est l&#224; pour exprimer quelque chose, que c'est le propre de l'art d'&#234;tre expressif &#8211; pourtant, nous verrons que ce n'est pas le cas). &#187; &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 27.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;L'Ab&#233;c&#233;daire de Gilles Deleuze&lt;/i&gt;, Pierre-Andr&#233; Boutang et Michel Pamart (r&#233;al.) ; Claire Parnet (interview), Paris, &#201;ditions Montparnasse, 2004, lettre &#171; A &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Une matrice commune est commune &#224; toutes les pens&#233;es, matrice que je dirai ph&#233;nom&#233;nologique au sens large, c'est-&#224;-dire ordonnant l'&#339;uvre d'art &#224; la v&#233;rit&#233; de l'appara&#238;tre (sous ce syntagme de &#8220;ph&#233;nom&#233;nologie au sens large&#8221;, j'englobe tout ce qu'on peut appeler l'esth&#233;tique de l'expression, de Hegel &#224; Merleau-Ponty en passant par Heidegger). &#187; Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;La litt&#233;ralit&#233; et autres essais sur l'art&lt;/i&gt;, Paris, PUF, coll. &#171; lignes d'art &#187;, 2011, p. 226.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 46. Dans &lt;i&gt;La litt&#233;ralit&#233;&lt;/i&gt;&#8230;, il va encore plus loin, en affirmant : &#171; Je trouve qu'on devrait faire honte &#224; quiconque prend des grands airs philosophiques pour nous dire d'une exp&#233;rience qu'elle est profonde et bouleversante, sans jamais se mettre en mesure d'en dire quoi que ce soit. &#187; &lt;i&gt;La litt&#233;ralit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 231.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Un tableau ne nous met-il pas en rapport avec nous-m&#234;mes ? De quel ordre peut &#234;tre ce rapport ? Peut-&#234;tre de l'ordre du &#8220;toucher &#224; soi&#8221;, de l'ordre du &#8220;jouer au chat et &#224; la souris&#8221; avec soi-m&#234;me. &#187; &lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 54.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;La litt&#233;ralit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 214.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Igor STRAVINSKY, &lt;i&gt;Chroniques de ma vie&lt;/i&gt;, Paris, M&#233;ditations-Gonthier, 1971, p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eduard HANSLICK, &lt;i&gt;Du Beau musical. Contribution &#224; la r&#233;forme de l'esth&#233;tique musicale&lt;/i&gt;, trad. et pr&#233;s. par Alexandre Lissner, Paris, Hermann, 2012, p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Boris de SCHL&#338;ZER, &lt;i&gt;Introduction &#224; J.-S. Bach. Essai d'esth&#233;tique musicale&lt;/i&gt; [1947], Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 45.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jerrold Levinson, &#171; L'expressivit&#233; du jazz &#187;, in &lt;i&gt;Perspectives philosophiques sur les musiques actuelles&lt;/i&gt;, Cl&#233;ment Canonne (dir.), Paris, Delatour France, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 33.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 43.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur ce point, voir par exemple Philippe CARLES et Jean-Louis COMOLLI, &lt;i&gt;Free Jazz Black Power&lt;/i&gt;, (1971), Paris, Gallimard, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois ZOURABICHVILI, &lt;i&gt;L'art comme jeu&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 69-70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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