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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Le patient z&#233;ro, c'est moi (mais ne le r&#233;p&#233;tez pas &#224; ma femme, elle n'est pas au courant !)</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=892</link>
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		<dc:date>2020-04-13T19:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Maurice Johnson</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Confession &lt;br class='autobr' /&gt;
Le patient z&#233;ro, c'est moi : j'ai pass&#233; un mois exactement, du 20 avril au 20 mai 2019 sur un campus universitaire, dans la ville de Wuhan. La chose est facile &#224; v&#233;rifier : j'ai publi&#233;, sur un site de langue fran&#231;aise et de r&#233;putation internationale, un r&#233;cit de ce s&#233;jour, intitul&#233;, non sans une touche de pr&#233;ciosit&#233;, Journal d'en Chine. J'ai beaucoup travaill&#233;. Pendant la journ&#233;e, je faisais des cours de philo, de cin&#233;ma aussi, en anglais, devant un public r&#233;duit, form&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Confession&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patient z&#233;ro, c'est moi : j'ai pass&#233; un mois exactement, du 20 avril au 20 mai 2019 sur un campus universitaire, dans la ville de Wuhan.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chose est facile &#224; v&#233;rifier : j'ai publi&#233;, sur un site de langue fran&#231;aise et de r&#233;putation internationale, un r&#233;cit de ce s&#233;jour, intitul&#233;, non sans une touche de pr&#233;ciosit&#233;, &lt;i&gt;Journal d'en Chine&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai beaucoup travaill&#233;. Pendant la journ&#233;e, je faisais des cours de philo, de cin&#233;ma aussi, en anglais, devant un public r&#233;duit, form&#233; d'&#233;tudiants d'&#233;lite, tous plus brillants les uns que les autres et avides de discussion avec l'invit&#233; venu d'ailleurs. Epuisant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, apr&#232;s avoir d&#238;n&#233; dans une des innombrables cantines du campus, je rentrais chez moi et m'installais sur mon balcon un peu d&#233;labr&#233;, histoire, &#224; la nuit tombante, d'y jouir de la vue sur le magnifique tulipier en fleur dont les branches se d&#233;ployaient en lacis dense devant les fen&#234;tres de la &lt;i&gt;guesthouse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que nous nous sommes connus, S&#233;raphine et moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;raphine : une jeune et accorte pipistrelle, bien &#224; tort dite &#171; commune &#187; dans les manuels de zoologie, et qui, nichant dans les sommets de l'arbre, devint tout naturellement mon aimable voisine puis, au fil du temps, mon amie, ma confidente et &#8211; pourquoi le cacher plus longtemps ? &#8211; mon b&#233;guin, mon amoureuse...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les pr&#233;liminaires furent un peu longs, compliqu&#233;s : d'un naturel timide et r&#233;serv&#233;, S&#233;raphine dont je ne fus pas long &#224; remarquer le man&#232;ge, alors qu'elle me fixait intens&#233;ment de ses yeux rouges, immobile, bien cal&#233;e dans l'anfractuosit&#233; d'une grosse branche, S&#233;raphine se garda bien de faire le premier pas. Affectant de ne pas la remarquer, je fredonnais comme pour moi-m&#234;me des rengaines de chez nous, du Baschung, du Thi&#233;faine et m&#234;me un peu de Cabrel &#8211; vous voyez le genre. S&#233;raphine ne bronchait pas, mais je voyais bien l'&#233;clat rougeoyant de son regard s'intensifier au fur et &#224; mesure qu'avan&#231;ait la soir&#233;e et que l'obscurit&#233; s'abattait sur le campus.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plaie, c'&#233;tait les moustiques que je n'osais chasser de peur d'effrayer, par un mouvement trop brusque, ma muette compagne &#8211; ils s'en donnaient &#224; c&#339;ur joie sur mon d&#233;licat &#233;piderme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me creusais la t&#234;te : comment rompre la glace ? Profitant d'une des rares br&#232;ches ouvertes dans la muraille &#233;lectronique destin&#233;e &#224; me tenir &#233;loign&#233; de Google, j'avais pu v&#233;rifier que S&#233;raphine (qui ne s'appelait pas encore S&#233;raphine &#224; ce stade-l&#224; de nos relations) appartenait &#224; l'esp&#232;ce &lt;i&gt;pipistrellus pipistrellus&lt;/i&gt;, laquelle s'&#233;tablit &#224; proximit&#233; de l'habitat humain, se nourrit de petits l&#233;pidopt&#232;res nocturnes et de moustiques, a une esp&#233;rance de vie moyenne de dix-sept ans et, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, atteint sa maturit&#233; sexuelle entre la premi&#232;re et la seconde ann&#233;e. Beau parti, m'&#233;tais-je dit aussit&#244;t, en disciple superlatif de Donna Haraway que j'ai toujours &#233;t&#233; (quand je dis &lt;i&gt;disciple superlatif&lt;/i&gt;, j'entends que les choses soient claires : partisan inconditionnel et enthousiaste des amours intersp&#233;ciques, mais totalement allergique &#224; la bave de chien et autres nuisances associ&#233;e &#224; la promiscuit&#233; avec les animaux domestiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment rompre la glace, donc ? A tout hasard, abandonnant &#224; regret ma chaise longue pour aller me coucher, la nuit noire ayant, depuis longtemps d&#233;j&#224;, envelopp&#233; le tulipier, je disposais, bien en &#233;vidence sur le rebord du balcon, miettes de pain, grains de riz, raisins secs et autres menues offrandes destin&#233;es &#224; la jeune personne &#8211; le lecteur voudra bien me passer cette licence toute po&#233;tique. Las ! Le lendemain matin, au r&#233;veil, je trouvais mes pr&#233;sents intacts, ignor&#233;s, que dis-je &#8211; m&#233;pris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis l'inattendu, l'inesp&#233;r&#233;, survint un soir alors que, sentant une douce somnolence me gagner tandis que la belle dardait sur moi ses yeux de braise plus ardents que jamais &#8211; et que je m'appr&#234;tais &#224; me lever et prendre un cong&#233; muet &#8211; l'impr&#233;visible, sous la forme d'un matou fourbe qui, ayant rep&#233;r&#233; depuis un moment ma (d&#233;j&#224;) fid&#232;le compagne, avait entrepris de s'en rapprocher, furtif autant que sournois, glissant silencieusement de branche en branche. L'apercevant alors qu'il se trouvait bien pr&#232;s de bondir sur sa proie, je poussai un cri dont l'&#233;cho alla se perdre dans le feuillage touffu de l'arbre g&#233;ant, mais suffisant pour alerter S&#233;raphine, qui, prenant aussit&#244;t son envol, s'engouffra dans mon salon par la porte-fen&#234;tre demeur&#233;e entrouverte. La suivant aussit&#244;t, je refermai la fen&#234;tre avec un hennissement de satisfaction, tel le mauvais nain claquant la porte de son antre sur les pas de Souricette...&lt;br class='autobr' /&gt; &#8211; Haha !, lan&#231;ai-je d'une voix caverneuse, en direction de S&#233;raphine (ainsi d&#233;sign&#233;e, une fois encore, par anticipation) pos&#233;e en &#233;quilibre sur l'&#233;cran plasma de ma t&#233;l&#233;, haha !, fis-je donc, imitant le ton sarcastique du nain pervers, vous &#234;tes ma prisonni&#232;re ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Bon, &#231;a doit pouvoir s'arranger r&#233;pondit avec flegme la future S&#233;raphine, du tac-au-tac, en ultra-son et d'un ton engageant &#8211; d&#233;sarmant une fois pour toute ma joie maligne autant que pu&#233;rile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que s'engagea un badinage qui ne s'&#233;teignit qu'&#224; l'aube lorsque, sur les douces instances de mon adorable conqu&#234;te, j'entrouvris la porte-fen&#234;tre et qu'elle voleta sans bruit jusqu'&#224; l'embranchement o&#249; elle avait &#233;lu domicile.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inutile de dire que mes cours du lendemain ne furent pas des plus enlev&#233;s, les &#233;tudiants s'inqui&#233;tant &#224; plusieurs reprises de savoir si mon sommeil avait &#233;t&#233; troubl&#233; par des cauchemars, le mal du pays, les haut-parleurs diffusant les consignes diurnes autant que nocturnes, etc. Mais qu'importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce jour, et jusqu'&#224; ma toute derni&#232;re nuit sur le campus s'installa une d&#233;licieuse routine : mes cours termin&#233;s, je me h&#226;tais vers la cantine la plus proche, avalais m&#233;caniquement, la t&#234;te ailleurs, mon assiette v&#233;g&#233;tarienne ou mon plat de riz saut&#233; et regagnais rapidement mon studio. A peine avais-je entrouvert la porte-fen&#234;tre qu'un furtif bruissement d'ailes venait m'avertir de la pr&#233;sence de S&#233;raphine. Elle se perchait sur l'antenne de la t&#233;l&#233;, la t&#234;te en bas, me d&#233;visageant intens&#233;ment, ses yeux incandescents grands ouvertes.&lt;br class='autobr' /&gt;
On fait toute une histoire de la communication par ultra-sons telle que la pratiquent les chauves-souris. Mais c'est avant tout une question de concentration et de bonne volont&#233;, un idiome bien moins difficile en tout cas que le chinois &#8211; surtout avec l'accent de Wuhan...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de peu de jours, j'entendais passablement le charmant babillage de S&#233;raphine (son nom s'&#233;tant impos&#233; un matin o&#249;, ouvrant ma messagerie &#233;lectronique, j'avais vu appara&#238;tre sur l'&#233;cran : &#171; 27 avril &#8211; St S&#233;rafin &#187;), un babil, donc, o&#249; il &#233;tait question des vari&#233;t&#233;s de moustiques dont elle se nourrissait, de la fourberie des chats du voisinage, et, bien s&#251;r, de quelques chagrins d'amour pr&#233;coces... Je lui racontais mes cours, les &#233;changes passionn&#233;s avec les &#233;tudiants, la vie quotidienne en France sur les ronds-points, au temps des Gilets Jaunes... Les nuits passaient comme en r&#234;ve et chaque jour, mes cours se faisaient plus p&#226;teux, erratiques et mon anglais plus &#233;vanescent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adieux furent d&#233;chirants. La toute derni&#232;re nuit, toute distance sociale ou sp&#233;cique abolie, fut un enchantement. Des souvenirs &#233;pars qui m'en restent, cette image, &#224; tout jamais grav&#233;e dans ma m&#233;moire : S&#233;raphine nich&#233;e au creux de mon &#233;paule et me murmurant &#224; l'oreille dans un bruissement d'ultra-sons : &#171; Emm&#232;ne-moi, emm&#232;ne-moi... &#187; &#8211; et moi, terrass&#233; par l'&#233;motion, trouvant &#224; grand peine la force de r&#233;pliquer : &#171; Mais non, S&#233;raphine, tu sais bien que ce n'est pas possible... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au retour, dans l'avion, une petite toux s&#232;che me prit &#8211; elle ne m'a gu&#232;re l&#226;ch&#233; depuis. J'ai travers&#233; les continents, fait escale dans deux ou trois a&#233;roports, c&#233;l&#233;br&#233; mes retrouvailles dans force bars et restaurants, avec mes amis, mes proches, dispens&#233; des cours, donn&#233; des conf&#233;rences, particip&#233; &#224; des tables-rondes, fr&#233;quent&#233; des libraires, fait mes courses dans des supermarch&#233;s, vu quelques films dans des cin&#233;mas d'art et d'essai, &#233;t&#233; invit&#233; &#224; d&#238;ner en ville, &#224; la campagne... et toujours cette petite toux s&#232;che et, souvent, un peu de fi&#232;vre, le soir. Tr&#232;s occup&#233; pendant toutes ces semaines, ces mois, je ne me souciais pas autrement de ce petit d&#233;sagr&#233;ment &#8211; je suis solide comme un roc, et j'ai mieux &#224; faire que fr&#233;quenter les cabinets de ces emmerdeurs de m&#233;decins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour que je parlais de S&#233;raphine (dont le souvenir lancinant ne m'avait pas quitt&#233; depuis mon d&#233;part de Wuhan) &#224; mon ami le plus proche, mon confident de toujours, celui-ci l&#226;cha froidement cette remarque qui me laissa pantois, d&#233;vast&#233; : &#171; Et comment peux-tu &#234;tre aussi s&#251;r que S&#233;raphine n'est pas un S&#233;rafin ? Ce n'est pas parce que pipistrelle est un mot f&#233;minin que toutes les pipistrelles sont des femelles ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, ma toux s'aggrava et je sentis monter, inexorable, la d&#233;pression &#8211; le mal qui, r&#233;guli&#232;rement, m'envoie au tapis et me jette pour des mois dans un &#233;tat cr&#233;pusculaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en sors &#224; peine. Ma toux s'est att&#233;nu&#233;e, je sens les alv&#233;oles de mes poumons se d&#233;plier &#224; nouveau. Je suis immunis&#233;. Mais ma conscience me taraude : le patient z&#233;ro, c'est moi, cela ne fait aucun doute, et la responsabilit&#233; de toute la catastrophe qui s'en est suivie repose sur mes &#233;paules !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout &#231;a pour une petite chauve-souris de rien du tout et qui, peut-&#234;tre, &lt;i&gt;n'&#233;tait pas mon genre&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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