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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Les confessions d'un mangeur de chien</title>
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		<dc:date>2021-02-28T11:04:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Norbert Puke</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ma plus grande faiblesse, &#224; part les femmes, c'est la viande de chien. Je vendrais ma m&#232;re pour m'en procurer et satisfaire ce besoin d&#233;vorant &#8211; mais il me faut bien avouer que je suis souvent en manque. Les petits chiens noirs sont de loin les plus savoureux. Certains les tuent &#224; la naissance pour les consommer, mais c'est une erreur. Il faut les laisser grandir quelques mois, voire un an, avant de les cuisiner &#8211; c'est alors que leur chair est vraiment &#224; point. J'ai &#233;crit : faiblesse, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=16" rel="directory"&gt;Politique et subjectivation&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma plus grande faiblesse, &#224; part les femmes, c'est la viande de chien. Je vendrais ma m&#232;re pour m'en procurer et satisfaire ce besoin d&#233;vorant &#8211; mais il me faut bien avouer que je suis souvent en manque. Les petits chiens noirs sont de loin les plus savoureux. Certains les tuent &#224; la naissance pour les consommer, mais c'est une erreur. Il faut les laisser grandir quelques mois, voire un an, avant de les cuisiner &#8211; c'est alors que leur chair est vraiment &#224; point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Passage manifestement interpol&#233;, sans doute par un scribe d&#233;s&#339;uvr&#233; ou en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;crit : faiblesse, mais c'est plut&#244;t passion que je devrais dire, cr&#226;nement, sans honte. Bien s&#251;r, quand je commence &#224; raconter &#224; mes amis que je raffole de la viande de chien, ils me font la gueule, instantan&#233;ment. Chaque fois, je me dis que je ferais mieux de la boucler, &#231;a g&#226;che l'ambiance et &#231;a fait le vide autour de moi. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, je trouve la chose tout &#224; fait injuste : en quoi le fait de manger du jeune chien est-il pire que se r&#233;galer de c&#244;tes d'agneau ou de r&#244;ti de veau ? Pure question de go&#251;ts culinaires et d'usages alimentaires &#8211; le domaine par excellence de la diversit&#233; culturelle. Evidemment, mon tort, le seul sans doute, est d'&#234;tre minoritaire, ultra-minoritaire m&#234;me, parmi les miens, dans mon propre pays. Pire : mon malheur est de vivre dans une soci&#233;t&#233; o&#249; non seulement le commun des mortels n'a pas le go&#251;t de manger du chien (comme certains peuples rechignent &#224; manger du mouton, du lapin ou des cuisses de grenouilles), mais o&#249; l'id&#233;e m&#234;me qu'on puisse le faire suscite une vive indignation, une unanime r&#233;probation &#8211; coutume barbare, la cause est entendue une fois pour toutes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le paradoxe, c'est quand m&#234;me que ceux qui d&#233;noncent avec le plus de vigueur cet usage &#224; leurs yeux r&#233;voltant, r&#233;pugnant, n'ont &#233;videmment jamais go&#251;t&#233; de la viande de chien. Il me font &#224; ce titre penser &#224; ces pr&#234;tres catholiques qui n'en finissent pas de temp&#234;ter contre la d&#233;bauche sexuelle alors m&#234;me qu'ils sont suppos&#233;s n'avoir jamais approch&#233; ni de pr&#232;s ni de loin les plaisirs de la chair. Gageons que si nombre d'entre eux avait, ne serait-ce qu'une fois, une seule fois, go&#251;t&#233; un rago&#251;t de chiot convenablement engraiss&#233;, pr&#233;par&#233; dans les r&#232;gles de l'art, d&#233;licatement parfum&#233; au gingembre et relev&#233; de quelques clous de girofle, ils se h&#226;teraient moins de tonner contre mon penchant. Difficile de ne pas y revenir une fois qu'on en a t&#226;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une addiction, alors ? Possible. Le fait est que quand je suis vraiment en manque, je me damnerais pour une demi-livre de poitrine du premier m&#226;tin venu, m&#234;me jaune, comme d'autres sont pr&#234;ts &#224; tout pour se procurer leur dose d'h&#233;ro&#239;ne. Ceci &#233;tant, si d&#233;pendance &#224; la viande de chien il y a, celle-ci est infiniment moins n&#233;faste et dangereuse, &#224; tous &#233;gards, que, non seulement les addictions aux drogues dures, mais m&#234;me, plus banalement, &#224; l'alcool, au tabac, aux m&#233;dicaments, aux jeux de hasard, &#224; internet, &#224; Marine, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel mal y a-t-il &#224; &#233;lever quelques jeunes chiens de boucherie en un lieu aseptis&#233;, dans lequel ils disposent de suffisamment de lumi&#232;re et d'espace pour se mouvoir, et o&#249; ils sont richement nourris ? Bien moins, assur&#233;ment, qu'&#224; &#233;lever des volailles en batterie, dans ces v&#233;ritables camps de concentration pour animaux o&#249; elles s'entassent par milliers dans la poussi&#232;re et une salet&#233; repoussante ? Et les porcs serr&#233;s les uns contre les autres dans la boue de leurs enclos, les veaux qui ne voient jamais le jour et ne tiennent pas sur leurs jambes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais passons. Ma passion &#233;tant si peu partag&#233;e dans notre pays et l'&#233;levage de chiens en vue de leur consommation si s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;, il me faut bien me d&#233;brouiller seul pour satisfaire ce que le grand nombre, bien &#224; tort, s'obstine &#224; consid&#233;rer comme un vice. M&#234;me si j'en avais les moyens, je ne pourrais pas aller m'approvisionner &#224; la SPA &#8211; non seulement ils les vendent cher, leurs pensionnaires d&#233;cav&#233;s, mais ensuite, pas question qu'ils disparaissent sans laisser de traces, c'est surveill&#233; de pr&#232;s tout &#231;a, par puces &#233;lectroniques, passeports de sant&#233;, v&#233;t&#233;rinaires, toute cette police des animaux domestiques, infiniment mieux prot&#233;g&#233;s que les pauvres et les sans-logis, par les temps qui courent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a donc bien fallu improviser, inventer des solutions pour satisfaire mon penchant &#8211; lorsque je suis en manque, je me sens pr&#234;t &#224; commettre l'irr&#233;parable, enlever en pleine rue un petit teckel potel&#233; sous les yeux de sa ma&#238;tresse, faire irruption nuitamment dans le jardin des voisins et &#233;gorger le gros boxer qui y monte la garde... Alors, je me suis mis en cheville avec ces chenils hongrois un peu patibulaires qui sont sp&#233;cialis&#233;s dans la production de carlins au nez aplati au gr&#233; d'op&#233;rations et de manipulations g&#233;n&#233;tiques inavouables. Tous les mois, je prends ma voiture, je &lt;i&gt;go fast&lt;/i&gt; sur les autoroutes allemandes et autrichiennes en direction de Budapest, je bifurque vers Sz&#233;kesfeh&#233;rv&#224;r et m'en vais r&#233;cup&#233;rer dans un chenil perdu au bout d'une zone industrielle d&#233;vast&#233;e mes deux ou trois port&#233;es de chiots de quelques semaines, je paie en liquide, r&#233;cup&#232;re les documents bidonn&#233;s qui vont avec et, hop, &lt;i&gt;go fast&lt;/i&gt; en sens inverse. Jamais plus de 24 heures l'aller-retour, le tout au caf&#233; et au Red Bull (marque d&#233;pos&#233;e).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je revends les carlins &#224; des animaleries avec lesquelles j'ai mes habitudes, deux ou trois fois le prix o&#249; je les ai achet&#233;s aux Magyars sans scrupules. Et donc, pour douze que je refourgue, je garde le treizi&#232;me, le plus dodu, pour ma consommation personnelle. Je l'&#233;l&#232;ve &#224; la maison, je le dorlote, je le choie, je le gave &#8211; jusqu'au jour o&#249;, lui t&#226;tant les c&#244;tes, je l'estime &#224; point. Je n'irais pas jusqu'&#224; dire que je l'immole toujours de ga&#238;t&#233; de c&#339;ur sur l'autel de mon irr&#233;sistible envie &#8211; mais &lt;i&gt;l'id&#233;e&lt;/i&gt;, l'imagination du rago&#251;t fumant aux effluves enivrantes est toujours plus forte que l'attachement &#224; cette jeune vie &#224; peine entam&#233;e &#8211; et si ais&#233;ment substituable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul probl&#232;me, avec les carlins, c'est leur frappante ressemblance, en tant qu'esp&#232;ce, avec Jean-Paul Sartre &#8211; ce regard un peu torve, ces babines tombantes &#8211; c'est, chaque fois que mon regard s'arr&#234;te sur l'un de mes pensionnaires provisoires, le m&#234;me choc : comme si, plut&#244;t que mon mets royal (Royal canin, marque d&#233;pos&#233;e !) du lendemain, j'avais sous les yeux la derni&#232;re &#233;dition de &lt;i&gt;L'Etre et le N&#233;ant&lt;/i&gt;... C'est que Sartre est, depuis toujours, le plus pr&#233;cieux de mes inspirateurs, mon ma&#238;tre de sagesse... Et d&#233;guster la chair de son ma&#238;tre de sagesse, est-ce bien raisonnable... ? Mais pourquoi pas, r&#233;pondrait le disciple de Claude L&#233;vi-Strauss passant par-l&#224; : tout comme le primitif, en consommant le c&#339;ur de son ennemi, pense incorporer ainsi sa puissance, le mangeur de chien sp&#233;cialis&#233; dans le carlin, peut &#233;prouver &#224; bon droit qu'en s'adonnant &#224; sa passion, il s'approprie le meilleur de la philosophie de Jean-Paul Sartre...&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas plus con, en tout cas, que l'id&#233;e qu'en faisant un peu d'&lt;i&gt;editing&lt;/i&gt; pour le compte de Paul Ricoeur, le citoyen Macron ait &#233;t&#233; susceptible d'&#234;tre tout juste effleur&#233; par l'aile de sa philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Enjoy your meal !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norbert Puke&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Passage manifestement interpol&#233;, sans doute par un scribe d&#233;s&#339;uvr&#233; ou en qu&#234;te de reconnaissance. Le lecteur/la lectrice sagace qui identifiera la provenance de l'emprunt est invit&#233;-e &#224; se pr&#233;senter dans les locaux d'Ici et Ailleurs aux heures ouvrables, afin d'y retirer le cadeau surprise qui l'y attend.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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