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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Les puissances du faux - entretien avec Marie-Anne Destrebecq</title>
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		<dc:date>2021-03-08T12:13:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alain Brossat, Marie-Anne Destrebecq</dc:creator>



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&lt;p&gt;O&#249; il sera question du m&#233;tier d'expert en peinture, du peintre Henri Martin et de son petit-fils Kyril Rijik, philosophe qui exer&#231;a ses talents &#224; l'Universit&#233; Paris 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Quel est le chemin sinueux qui t'a conduite, ch&#232;re Marie-Anne, d'&#233;tudes pouss&#233;es de langue et culture chinoise &#224; l'expertise de tableaux, singuli&#232;rement de l'&#339;uvre du peintre post-impressionniste Henri Martin (1860-1943) ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le chemin ne fut pas vraiment sinueux, &#224; part un d&#233;tour en kh&#226;gne dont je me suis vite d&#233;tourn&#233;e pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;O&#249; il sera question du m&#233;tier d'expert en peinture, du peintre Henri Martin et de son petit-fils Kyril Rijik, philosophe qui exer&#231;a ses talents &#224; l'Universit&#233; Paris 8&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel est le chemin sinueux qui t'a conduite, ch&#232;re Marie-Anne, d'&#233;tudes pouss&#233;es de langue et culture chinoise &#224; l'expertise de tableaux, singuli&#232;rement de l'&#339;uvre du peintre post-impressionniste Henri Martin (1860-1943) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin ne fut pas vraiment sinueux, &#224; part un d&#233;tour en kh&#226;gne dont je me suis vite d&#233;tourn&#233;e pour rejoindre ma route principale (j'ai toujours depuis une pens&#233;e reconnaissante pour ce 3/20 en th&#232;me grec qui m'a oblig&#233;e &#224; quitter les rails) : l'art et l'arch&#233;ologie, qui m'attiraient depuis l'adolescence.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai plut&#244;t franchi des ponts. Deux ponts, que les hasards de la route m'ont invit&#233;e &#224; traverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier hasard a &#233;t&#233; que des contraintes horaires en licence d'histoire de l'art m'ont amen&#233;e &#224; suivre des cours d'Esth&#233;tique chinoise (appr&#233;cier les peintures gr&#226;ce &#224; des textes datant du IVe si&#232;cle) pour compl&#233;ter un cursus centr&#233; sur l'arch&#233;ologie gallo-romaine et l'art de la Renaissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ann&#233;e de r&#234;ve, ma premi&#232;re ann&#233;e &#224; Paris, sa lumi&#232;re &#8211; venant du Nord je vous assure que c'est quelque chose - je me suis sentie chez moi sans conna&#238;tre personne, j'avoue avoir pass&#233; plus de temps dans les rues qu'&#224; la fac, j'ai d&#233;couvert &#224; 20 ans qu'on pouvait vivre en &#233;coutant sa propre voix. Je ne savais pas o&#249; j'allais mais j'&#233;tais bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis ainsi tomb&#233;e dans la peinture chinoise comme Ob&#233;lix dans la marmite de potion magique : impossible de repasser le pont, c'est pour la vie. Ce n'est pas une comparaison anodine : la passion donne une force que rien ne peut vous &#244;ter. L'enthousiasme de la jeunesse ne doute de rien, j'ai fonc&#233;, sans me rendre compte qu'il me faudrait apprendre le chinois. Arrive le dipl&#244;me de ma&#238;trise en histoire de l'art chinois, o&#249; enfin ma na&#239;vet&#233; tombe : je pars en Chine 6 mois &#224; l'universit&#233; de Hangzhou &#8211; d&#233;couverte aussi enchanteresse que celle de Paris : j'ai v&#233;cu dans les peintures chinoises incarn&#233;es. De retour &#224; Paris je fais une licence de chinois tout en poursuivant les recherches pour un doctorat. J'ai 30 ans, une famille et deux cursus &#224; la fois, la n&#233;cessit&#233; de travailler de temps en temps et... une bonne sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me pont. Ici encore une contrainte am&#232;ne une chance : ma directrice de th&#232;se &#8211; merveilleuse Nicole Vandier-Nicolas - meurt (&#224; plus de 80 ans, car en France les choses chinoises n'&#233;taient gu&#232;re prises au s&#233;rieux, surtout dans le carcan de l'enseignement officiel). J'ai alors quitt&#233; la Sorbonne, car la nouvelle titulaire de la chaire &#233;tait impossible &#224; supporter dans un jury. Il me fallait trouver un autre point d'ancrage administratif pour continuer ma th&#232;se.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais commenc&#233; &#224; apprendre seule le chinois avant d'aller &#224; Hangzhou, avec un manuel chinois traditionnel, et avec &lt;i&gt;L'Idiot chinois&lt;/i&gt;, ouvrage d'&#233;tymographie des caract&#232;res chinois par un certain Kyril Ryjik. Quand je me suis trouv&#233;e face au probl&#232;me &#233;thique de refuser d'&#234;tre jug&#233;e par une incapable qui soigneusement &#8211; t&#233;moignages vari&#233;s &#8211; laissait dans l'ombre ses &#233;tudiants dou&#233;s, j'ai appel&#233; l'universit&#233; o&#249; enseignait Ryjik. J'aimais sa fa&#231;on de dire les choses, je me sentais bien dans son livre, j'acceptai donc d'&#234;tre jug&#233;e par lui lors du passage de doctorat et je lui demandai de bien vouloir &#234;tre mon directeur de recherche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a accept&#233;, apr&#232;s quelques atermoiements car il n'aimait pas les contraintes et &#233;tait assailli de demandes de tous les fous du tao&#239;sme &#224; la mode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me pont, incroyable hasard : c'&#233;tait le petit-fils du peintre Henri Martin. Moi, l&#224;, qui arrivait avec mon chinois, j'&#233;tais historienne d'art, et ensemble, par correspondance avant m&#234;me de nous rencontrer, nous avons plong&#233; dans ma th&#232;se, dans l'Idiot chinois, dans l'&#339;uvre d'Henri Martin dont personne ne s'occupait s&#233;rieusement, et dans la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce n'est pas ainsi que je voyais les choses - je pensais que c'&#233;tait l'&#233;criture chinoise qui avait &#233;t&#233; le lieu de votre rencontre et que Henri Martin &#233;tait venu bien plus tard - mais non, les deux ensemble, d&#232;s vos premiers &#233;changes, c'est bien &#231;a ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fois oui et non ; concr&#232;tement oui, tu as raison, car j'ai rencontr&#233; Ryjik via le chinois, mais Cyril Martin n'a obstin&#233;ment pas voulu, pendant 15 ans [11994-12009], que je m'occupe d'Henri Martin : il savait bien tout le boulot et la responsabilit&#233; que cela supposait. En outre Cyril &#8220;n'aimait pas la peinture&#8221;, car ayant grandi dedans c'&#233;tait pour lui sans surprise ; s'il a vir&#233; philo, c'est pour d&#233;couvrir sans cesse. Je dirais que surtout, tout notre temps fut d&#233;sormais consacr&#233; &#224; sa passion, &lt;i&gt;L'Idiot Chinois&lt;/i&gt;, qu'il avait laiss&#233; tomber : sa solitude dans ce domaine lui pesait, et j'ai &#233;t&#233; le tremplin qui l'a fait rebondir. Nous &#233;tions compl&#233;mentaires en sinologie : son corpus favori &#233;tait antique confuc&#233;en, le mien peinture-po&#233;sie plus tardif. Il ne comprenait gu&#232;re le chinois moderne et me demandait de l'aide pour traduire les notes des commentaires modernes des Classiques. Il ne mit pas 5 ans &#224; se d&#233;brouiller mieux que moi dans notes et dictionnaires ! La fus&#233;e Ryjik avait red&#233;marr&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement &#224; ces quelque 10 heures par jour de travail enthousiaste sur &lt;i&gt;L'Idiot Chinois&lt;/i&gt; avec Kyril, Cyril recevait, lors de nos hivers &#224; Paris, des visites de repr&#233;sentants du march&#233; de l'art qui venaient lui pr&#233;senter des &#339;uvres &#224; authentifier - ou non. J'&#233;tais pr&#233;sente, et peu &#224; peu il m'a emmen&#233;e dans sa barque, m'a appris &#224; regarder les Henri Martin. Je tentais &#224; l'&#233;poque un travail de classement de cette &#339;uvre qui part dans tous les sens, mais juste pour moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour de 12009&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syst&#232;me de datation promu par Ryjik, r&#233;sultat d'une r&#233;flexion de groupe au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, je re&#231;ois une demande &#224; propos du Catalogue Raisonn&#233; de l'&#339;uvre d'Henri Martin &#8220;que je pr&#233;pare&#8221;, Cyril ayant enfin accept&#233; que j'utilise mes comp&#233;tences de th&#233;sarde.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; le premier pas qui m'a men&#233;e &#224; &#8220;expert&#8221;. Il &#233;tait int&#233;ressant pour l'&#339;uvre - la seule chose qui compte dans tout ce qui va suivre - de fournir des &#8220;Attestations d'inclusion dans le Catalogue Raisonn&#233;&#8221;. Comment faire, car c'&#233;tait bien sur Cyril Martin qui d&#233;livrait les &#8220;Certificats d'authenticit&#233;&#8221;. Cyril Martin, petit-fils de l'artiste mais surtout d&#233;tenteur du droit moral (&#231;a, c'est la puissance, j'aurai l'occasion d'en reparler), ayant droit (&#231;a, c'est les sous et uniquement par descendance) et connaisseur ayant grandi avec l'&#339;uvre gr&#226;ce &#224; son p&#232;re peintre lui aussi, que l'expert de toute grande maison de vente consultait pour le moindre tableau. Donc, j'ai vu, vu, vu. Les historiens d'art sont un &#339;il, seule porte d'entr&#233;e au cerveau. Quel bain d'apprentissage ! Un d&#233;tail qui ne colle pas et hop ! C'est &#8220;Houlala&#8221;, souvent suivi de &#8220;Non&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une convocation de Cyril au tribunal de Nanterre apr&#232;s un &#8220;Non&#8221; m'a bien fait comprendre qu'il fallait... qu'il fallait quoi ? Qu'il fallait &#234;tre prudent dans la formulation d'un avis n&#233;gatif. &#199;a, c'est du plomb dans l'expertise. Les possesseurs de tableaux sont &#8220;s&#251;rs que&#8221;, et quand l'expert, &#224; regret, dit &#8220;non&#8221; avec toutes les formules possibles de politesse, ils ressentent la m&#234;me d&#233;ception, la m&#234;me col&#232;re, que face &#224; une d&#233;ception amoureuse, marchand qui perd de l'argent ou famille qui est d&#233;&#231;ue. C'est une &#233;norme responsabilit&#233;. Premi&#232;re conclusion : outre la comp&#233;tence, il faut une honn&#234;tet&#233; sans faille car on tient parfois la vie des gens entre nos mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C'est int&#233;ressant : avant m&#234;me que nous soyons entr&#233;s dans le vif du sujet - Henri Martin - le spectre du faussaire r&#244;de d&#233;j&#224;... L'enjeu du faux est-il donc si important dans le cas d'un peintre reconnu comme HM - dont la renomm&#233;e et la valeur marchande ne se comparent pas, tout de m&#234;me (j'imagine...) &#224; celles d'un C&#233;zanne ou d'un Van Gogh...?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu du faux est important tant pour l'acheteur que pour le vendeur, &#233;videmment, sur le plan financier mais aussi du point de vue &#233;motionnel d'un collectionneur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le v&#233;ritable enjeu est plus vaste : pour qu'un artiste ait sa place sur le march&#233; de l'art - le souci d'un artiste est, ne l'oublions pas de gagner sa vie et donc de vendre ses &#339;uvres - il faut que quelqu'un s'occupe de l'&#339;uvre pour la faire mieux conna&#238;tre et que tous les acteurs en piste aient confiance : il faut qu'il y ait une personne de r&#233;f&#233;rence (ou un comit&#233;) &#224; qui aboutit toute demande d'authentification et dont l'avis n'est pas contest&#233;. C'est le r&#244;le qu'a jou&#233; Jacques le fils d'Henri Martin, puis son petit-fils Cyril, et j'ai gr&#226;ce &#224; lui pris la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'Henri Martin, oui les faux surgissent... surtout depuis l'ouverture &#224; l'Est, puis avec l'entr&#233;e de la Chine Pop sur le march&#233; mondial, les faux y &#233;tant de longue date un sport national. Henri Martin se vend assez cher pour que cela vaille la peine de le copier, mais toute son &#339;uvre est loin d'&#234;tre connue ce qui facilite l'introduction de &#8220;nouvelles toiles&#8221;. Il n'est pas le seul dans ce cas. D'o&#249; l'importance d'&#233;diter enfin un Catalogue Raisonn&#233; qui fournira &#224; tout le monde une base de travail coh&#233;rente. D'o&#249; l'importance d'un &#8220;pivot&#8221; pour l'expertise, &#8220;pivot&#8221; aux sens o&#249; l'&#233;crivent Zhuangzi, le lieu d'o&#249; l'on embrasse tout - ce qui permet de comprendre, et Kongzi qui &#233;voque &#8220;l'&#233;toile polaire&#8221; autour de laquelle tout tourne. C'est assez comme cela que &#231;a se passe : tout tourne autour d'un expert ou d'un groupe d'experts, qui &#224; leur tour doivent avoir une connaissance encyclop&#233;dique... ou un bon carnet d'adresses pour consulter d'autres experts. Pivot perfectible &#224; l'infini, &#233;videmment. Nul n'est infaillible et un expert a le droit de se tromper, m&#234;me si c'est mauvais pour son moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les demandes que je re&#231;ois, tout ce qui n'est pas d'Henri Martin n'est pas forc&#233;ment un faux, c&#224;d une tentative volontaire de faire passer une copie pour une &#339;uvre authentique. Dans ce cas, un expert officiel est tenu de faire un signalement. La gendarmerie a un service tr&#232;s efficace de traque des faux. C'est parfois facile &#224; savoir : j'ai entendu parler d'un Henri Martin dont la peinture n'&#233;tait pas s&#232;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus souvent les gens cherchent &#224; qui attribuer un tableau non sign&#233; et je fais partie de ceux &#224; qui l'on demande. Parfois aussi la signature n'est pas bonne : une bonne &#226;me s'est un jour dit &#8220;Oh ! Un Henri Martin !&#8221; et a &#233;crit ce nom en bas de sa propre &#233;criture : une chance sur deux que ce soit une erreur, mais parfois la bonne &#226;me avait raison. Nous avons m&#234;me vu un jour un Henri Martin sign&#233; du nom d'un autre peintre, moins cot&#233; : tu imagines la joie du vendeur ! Donc la signature n'est pas un crit&#232;re, car &#224; l'inverse rien de plus facile &#224; imiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfois aussi ils sont s&#251;rs d'eux mais moi aussi, souvent tout de suite mon &#339;il dit non. La tribu des d&#233;&#231;us. Ce sont souvent les familles : &#8220;J'ai toujours vu ce tableau sur la chemin&#233;e de ma grand'm&#232;re&#8221;... se m&#233;fier des grand'm&#232;res. Ne croire personne sans preuves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe aussi des entreprises de copie qui se pr&#233;sentent comme telles, mais &#233;videmment c'est dangereux si un gredin s'en empare et le vend pour un vrai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, quand je doute, je demande un avis technique &#224; un expert comp&#233;tent qui, &#224; juste titre, a insist&#233; pour me seconder. Au moindre doute il est indispensable de voir l'&#339;uvre elle-m&#234;me, mais aussi le demandeur ne serait pas rassur&#233; sans cela quand je rends un avis n&#233;gatif. Il faudrait, id&#233;alement, voir toutes les &#339;uvres. Les faire venir en Dordogne depuis Chicago, Dallas, T&#244;ky&#244;...? Les exigences d'un expert ont les limites du bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, je ne fr&#233;quente personne dans le monde de l'art &#224; titre priv&#233;, pour conserver ma libert&#233;. Heureusement que j'ai le m&#234;me trait de caract&#232;re que Cyril Martin, un peu de sauvagerie m&#226;tin&#233;e de civilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confiance s'obtient par la comp&#233;tence et par le s&#233;rieux. Par s&#233;rieux j'entends avoir le courage de dire &#8220;non&#8221;, difficile mais indispensable, avoir aussi l'honn&#234;tet&#233; de dire que l'on ne sait pas et mettre le dossier en attente : il arrive souvent dans ce cas qu'un &#233;l&#233;ment nouveau surgisse qui permet d'asseoir le jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout expert priv&#233; n'est pas forc&#233;ment comp&#233;tent. Beaucoup s'imaginent que les descendants sont les mieux plac&#233;s pour conna&#238;tre l'&#339;uvre, parfois m&#234;me qu'ils sont les seuls habilit&#233;s &#224; juger. Dans bien des cas c'est exact, mais pas toujours. N'importe qui peut s'intituler expert de Ixe, Ygr&#232;que ou Z&#232;de, mais c'est le monde de l'art qui ent&#233;rine ou non, et c'est vite vu si c'est du pipeau, mais bien des particuliers l'ignorent. Autre chose est le droit moral, qui se &#8220;c&#232;de&#8221; selon la volont&#233; d'un testateur, et qui donne un pouvoir total sur l'objet, jusqu'&#224; pouvoir exiger la destruction en cas de faux. Tu comprends pourquoi il est capital d'investir d'un tel pouvoir quelqu'un qui n'a pas besoin de pouvoir ! Quand comp&#233;tence et pouvoir sont entre les mains de la m&#234;me personne, c'est plus commode. A la mort de Cyril, de grands experts m'ont beaucoup soutenue et je leur dois mon importance actuelle. Oh, pas pour mes beaux yeux, mais pour conserver la stabilit&#233; du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourrais-tu d&#233;velopper un peu ce motif - &#171; avoir l'&#339;il &#187; - qu'est-ce que c'est, dans ta position d'expert, que l'&#339;il qui s'entend &#224; faire le partage entre le vrai et le faux ? Comment la v&#233;rit&#233; peut-elle surgir du fond de l'&#339;il ? Qu'y a-t-il de plus subjectif qu'un coup d'&#339;il, qu'un regard ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Au premier coup d'&#339;il&#8221; - parfois - oui. &#8220;Un coup d'&#339;il&#8221;, non. Ce qui fait l'&#339;il c'est tout l'apprentissage, toute la m&#233;moire de ce qu'on lui a fait voir et analyser. C'est l'exp&#233;rience, tout simplement, mais d'un &#339;il qui sait regarder, qui est dou&#233; pour cela. Ainsi on parle aussi du &#8220;compas dans l'&#339;il&#8221; - tr&#232;s &#233;nervant pour ceux qui ne l'ont pas - ou de &#8220;l'oreille absolue&#8221;, on l'a ou pas : dire le nom de la note que l'on entend.&lt;br class='autobr' /&gt;
De m&#234;me, comment un m&#233;lomane averti - comme Cyril Martin - fait-il la diff&#233;rence d&#232;s les premi&#232;res mesures entre Haydn et Mozart, entre les derniers Mozart et les premiers Beethoven ? C'est que d'une part son oreille a beaucoup d'&#339;uvres en m&#233;moire, cent fois entendues et avec un plaisir toujours renouvel&#233;, qui lui servent de r&#233;f&#233;rence culturelle. D'autre part cette &#233;coute &#8220;intelligente&#8221; (au sens latin) a fait de lui une oreille qui sait... Quand je dis &#8220;&#339;il&#8221; ou &#8220;oreille&#8221;, c'est juste la porte d'entr&#233;e privil&#233;gi&#233;e vers nos tiroirs &#224; m&#233;moire et &#224; neurones. Dans ce domaine, &#224; chacun son talent. C'est tr&#232;s important, ta question, car et d'une il faut avoir le regard dou&#233;, et de deux aimer apprendre &#224; regarder, et de trois s'imbiber d'&#339;uvres ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e, comme un besoin vital, et dans ce domaine s'occuper d'Henri Martin c'est avoir en m&#233;moire bien des &#339;uvres depuis Giotto, voire depuis les enluminures des manuscrits m&#233;di&#233;vaux. &#202;tre Henri Martin aussi : LE voyage en Italie est une r&#233;v&#233;lation pour tout jeune peintre et il n'y a pas manqu&#233;. Un don sans travail et sans m&#233;moire reste lettre morte, l'inverse doit &#234;tre bien triste, je crois que c'est vrai dans bien des m&#233;tiers. Don, passion, patience, connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-on habituellement expert pour un seul peintre, pour une p&#233;riode ou une &#233;cole &#8211; des experts polyvalents, &#231;a existe, en peinture ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Habituellement &#187; est une notion incongrue dans le monde o&#249; nous sommes ici plong&#233;s. Il y a de tout, &#231;a fait un peu arborescence : les experts officiels qui ont pass&#233; l'examen n&#233;cessaire sont cens&#233;s tout savoir (je n'en sais pas plus, je peux me renseigner ou bien tu pourrais les interroger directement), mais bien s&#251;r, concr&#232;tement, ils doivent surtout savoir &#224; qui s'adresser pour l'expertise de chaque objet qui n'est pas de leur domaine [par exemple j'ai une licence de Langues Orientales, je suis donc cens&#233;e conna&#238;tre toutes les langues orientales enseign&#233;es, hahaha !]. Le plus rigolo (et fouillis) doit &#234;tre de faire commissaire-priseur, chez qui arrivent tous les fonds d'h&#233;ritage : m&#233;dailles, bijoux, tableaux de la tante Agathe ou d'Henri Martin, potiches vari&#233;es, papiers - tr&#232;s importants, l&#224;, car parfois documentation rare. Un petit tour dans les salles de Drouot rend vraiment perplexe. Ces C.P. [&#171; Chefs de Patrouille &#187;, c'est un gag scout mais ce n'est pas si mal vu : ils sont responsables - en ayant le droit de se tromper - de ce qu'ils font, de l'avis et de l'estimation qu'ils d&#233;livrent] sont pr&#233;cieux car ils ont a minima assez d'exp&#233;rience pour savoir ce qui a de la valeur ou non. Je me souviens d'une horrible chaise qui chez nous servait de support au papier toilette, sur laquelle l'expert a bondi, &#233;baubi. J'ai fait rire tout le monde en lui demandant si vraiment quelqu'un avait fait ce genre de truc (&#224; fanfreluches) expr&#232;s ?! Ensuite travaillent les Experts, par go&#251;t et exp&#233;rience sur telle p&#233;riode ou tel style ou telle &#201;cole, puis, encore plus serr&#233;, sur tels artistes. On arrive &#224; des petits comme moi, souvent la famille mais pas forc&#233;ment (tr&#232;s difficile de faire comprendre &#224; des h&#233;ritiers qu'ils n'ont pas la comp&#233;tence n&#233;cessaire !) : nous sommes la r&#233;f&#233;rence pr&#233;cise pour quelques artistes ou pour une &#339;uvre bien pr&#233;cise. La conclusion est qu'il s'agit, disons, d'une corporation, o&#249; l'entraide est de mise pour servir l'&#339;uvre. Qui triche est de suite rep&#233;r&#233;... m&#234;me par moi. Oui, une corporation, o&#249; l'estime et, une fois de plus, la confiance, est le ciment. Inutile de dire que &#231;a ne va pas tout seul, c'est une image banale de n'importe quelle soci&#233;t&#233;. J'ai appris &#224; me m&#233;fier des gens en place qui me disaient de me m&#233;fier de A ou X. J'ai donc appris &#224; faire confiance &#224; mes sympathies et &#224; mes propres r&#233;flexions. L'habituel panier de crabes, pourquoi en serait-il autrement ? Pour plein de gens, il est utile de me manipuler car j'ai un pouvoir. Pas de chance pour eux, je sais quand on me ment. Ce n'est pas agr&#233;able. Bon, c'est la vie. J'arr&#234;te l&#224;, je vais m'&#233;nerver, c'est pas bon pour le moral - ni pour la morale, o&#249; l&#224; c'est toi qui prendrais le relais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple de ce pourquoi on ne peut pas &#234;tre polyvalent et pr&#233;cis &#224; la fois, l'&#339;uvre d'Henri Martin. Ce gars a peint pendant plus de 60 ans, il a peint tout le temps, il peignait rapidement, il a peint jusqu'&#224; sa fin, inattendue, super gaillard qui &#224; plus de 80 ans crapahutait encore sur de hauts escabeaux pour atteindre le haut des grands tableaux, pour grimper le sentier de la colline qui menait de sa maison &#224; son atelier. Cela repr&#233;sente des milliers d'&#339;uvres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Expert pour un seul peintre, c'est indispensable pour alimenter la connaissance, vas savoir la connaissance future de qui et quand et pourquoi, exactement comme une th&#232;se &#224; l'universit&#233;, o&#249; peut-&#234;tre tout le monde se fiche du symbole de r&#233;sistance &#224; l'oppression incarn&#233; dans la fleur de prunier, mais qui peut-&#234;tre fera un jour la r&#233;volution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La th&#232;se de Marie-Anne porte sur le symbolisme du prunier en fleurs dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment es-tu entr&#233;e dans la peau de l'expert ? Il y a eu un d&#233;clic, un beau jour, en une occasion pr&#233;cise, ou bien est-ce que &#231;a s'est fait progressivement ? T'y sens-tu parfois &#224; contre-emploi ? Ou alors au contraire, parfaitement &#224; ta place dans la mesure o&#249; le relais t'aurait &#233;t&#233; pass&#233; par la main le mieux &#224; m&#234;me de le faire...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Cyril l'immortel allait mourir, vers 12012, foutues m&#233;tastases de Tchernobyl. La responsabilit&#233; allait &#234;tre sur mes seules &#233;paules. Je m'y sens chez moi : c'est ma formation et Cyril pendant 20 ans m'a form&#233;e puis pass&#233; le relais, au quotidien et dans les r&#232;gles. Je ne m'y sens gu&#232;re &#224; contre-emploi quand je vois tant d'&#226;neries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourrais-tu en dire un peu plus sur les circonstances qu'on imagine vari&#233;es dans lesquelles tu es appel&#233;e &#224; intervenir en tant qu'expert ? Qui te sollicite et jusqu'&#224; quel point tes avis font-ils autorit&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me sollicitent automatiquement les grands maisons de vente, prudemment des galeristes ou des commissaires-priseurs, plus rarement des particuliers qui me connaissent peu, ou alors, des collectionneurs. Parfois pour avis, parfois pour confirmation, parfois parce qu'ils cherchent &#224; qui attribuer un tableau. Quand je n'authentifie pas et que je vois tout de m&#234;me le tableau passer en vente, je suis renseign&#233;e sur l'honn&#234;tet&#233; de l'interlocuteur. Je n'ai pas de temps &#224; perdre pour faire le gendarme dans ces cas-l&#224; : les vrais sont tr&#232;s comp&#233;tents. Heureusement c'est rare et le fait de petites maisons. Les grandes me croient d'autant plus que souvent je confirme leur opinion : ils ont un staff comp&#233;tent, souvent des jeunes avec qui le travail est agr&#233;able et efficace. Pendant plusieurs ann&#233;es les contacts se font avec la m&#234;me personne, des relations de confiance mutuelles se cr&#233;ent rapidement, c'est un des agr&#233;ments du travail. Ces contacts sont internationaux, surtout USA et GB, donc ma cr&#233;dibilit&#233; est &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; internationale. Du coup j'ai de tr&#232;s bonnes relations avec de plus modestes vendeurs aux Etats-Unis, Jane ou Mary. L'attention que l'on me porte n'est pas seulement pour authentifier - n'oublions pas que ma formation n'est pas technique sur l'objet - un handicap, je suis juste historienne d'art. Un jour, justement, Mary m'envoie les images d'un petit panneau recto-verso de Martin-Ferri&#232;res. Pas de probl&#232;me, mais plus je regardais les deux photos superpos&#233;es, plus je me demandais, je me disais, je pensais que... h&#233; bien recto et verso se faisaient suite : JMF avait retourn&#233; le panneau pour continuer son paysage. Un grand moment. Je suis &#233;tonn&#233;e de constater que peu de professionnels du monde de l'art ont cette passion d'historien d'art : il en voient trop ? Peut-&#234;tre est-ce la raison pour laquelle ce genre de connaissance &#233;pate plus qu'une comp&#233;tence technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; je suis tr&#232;s emb&#234;t&#233;e, c'est face &#224; un demandeur s&#251;r de me solliciter pour confirmer un Henri-Jean-Guillaume Martin. Justement cela m'arrive en ce moment, d'un galeriste que je ne connais pas : sont joints &#224; une photo divers documents - coupures de presse &#224; propos la vente pr&#233;c&#233;dente dans les 80s, certificat d'un expert de l'&#233;poque, connu et fiable - mais imm&#233;diatement mon &#339;il a pens&#233; NON ! J'examinai la touche de plus pr&#232;s en divers endroits de la toile, examen qui confirma mon &#233;tonnement. Je fus tellement sid&#233;r&#233;e que l'on puisse prendre ce tableau pour un HM que j'envoyai la photo &#224; mon expert de r&#233;f&#233;rence : &#231;a lui a donn&#233; &#171; une quinte de toux &#187;. Pour que mon avis fasse autorit&#233;, je vais devoir &#234;tre diplomate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que je sois amen&#233;e &#224; r&#233;futer le certificat d'un ancien expert qui avait &#224; ce point pignon sur rue que c'est son nom que cite Jean Poiret dans la pi&#232;ce &#171; Le Canard &#224; l'orange &#187; en 1979 peut r&#233;pondre &#224; ta question, et je t'assure que ce n'est pas confortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Est-ce que tu vis entour&#233;e de tableaux de Henri Martin ? De son fils et p&#232;re de Ryjik, Martin-Ferri&#232;res ? Est-ce que leurs tableaux entrent dans tes r&#234;ves ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ah... mauvaise pioche... De quoi pr&#233;f&#233;rerais-tu parler ? Quand on te demande une expertise, on te paie pour &#231;a ou bien est-ce que tu la prends en charge comme une affaire de famille ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expertise elle-m&#234;me est gratuite, car mon but est la construction du Catalogue Raisonn&#233;. L'int&#233;r&#234;t est donc que viennent &#224; ma connaissance toutes les &#339;uvres que je ne connais pas encore. Je ne veux pas que le prix soit un obstacle pour me consulter. En cas d'authentification, le demandeur est libre de vouloir une attestation, payante cette fois, ce qui se passe la plupart du temps. Parfois cela m'est pay&#233;, parfois &#224; l'association &#171; Robin des Bois &#187;, dans la tradition kyrilienne. Jamais comme une &#171; affaire de famille &#187;, je ne veux pas d'ennuis avec ce qui en reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le personnage du faussaire, en peinture tout particuli&#232;rement, fascine. Orson Welles, dans F for Fake, n'est pas loin d'en faire le mod&#232;le de l'artiste, de tout artiste, et le fr&#232;re jumeau du prestidigitateur, du magicien. Nombreux sont les films et les romans qui expriment cette fascination... qu'il t'est difficile de partager, j'imagine, dans ta position d'expert. Comment le vois-tu, le faussaire ? L'ennemi ? Peut-on admirer le talent d'un faussaire ? Le voir comme une sorte d'artiste ? D&#233;voy&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on peut admirer le talent d'un faussaire. Je dirais m&#234;me plus : on doit l'admirer. Cela d&#233;pend de ce qu'il copie, bien s&#251;r. Copier 3 grosses taches qui valent 3 millions, le seul m&#233;rite en revient au filou qui arrive &#224; les caser, et je suppose que ce n'est pas l'artiste lui-m&#234;me qui ma&#238;trise cet aspect du faux. Je suppose m&#234;me qu'il est exploit&#233;. Copier un Henri Martin, c'est autre chose : c'est heureusement presque impossible. &#8220;Presque&#8221;, h&#233;las.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, s&#251;rement pas un ennemi, simplement il me complique la vie, mais pas plus que le plombier. Par ailleurs, l'existence de faussaires dou&#233;s donne plus d'importance aux experts, et surtout leur donne du pouvoir, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit. &#199;a me fatigue un peu car je n'ai pas besoin de pouvoir, ce n'est pas mon caract&#232;re et bien des choses sont plus int&#233;ressantes. Je dirais m&#234;me plus : je ne m'en serais pas aper&#231;ue sans le respect, voire l'inqui&#233;tude dans l'attente de mon avis que je constate.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;voy&#233; non plus. Le march&#233; de l'art &#233;tant ce qu'il est, ce qu'il &#233;tait, je comprends que des artistes dou&#233;s se lancent dans les faux, il faut de l'argent pour vivre. Je dirais m&#234;me plus, il en faut assez. Souviens-toi de Modigliani mort dans la mis&#232;re, de sa compagne Jeanne H&#233;buterne se jetant peu apr&#232;s par la fen&#234;tre en laissant seule leur b&#233;b&#233;. J'enfonce une porte ouverte en trouvant cela odieux quand aujourd'hui un Modi vaut des millions. Le march&#233; de l'art est une r&#233;alit&#233; &#224; deux t&#234;tes et semble l'avoir &#233;t&#233; aussi loin que l'on remonte dans le temps : snobisme - si facile &#224; manipuler - qui fait monter la cote, mais aussi un fondement indispensable aux artistes : m&#233;c&#232;nes, acheteurs, aujourd'hui galeristes. Que seraient Rapha&#235;l &amp; Co sans les M&#233;dicis, Michel-Ange sans Jules II ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le faussaire ? Oui, un magicien, mais quand il se fait prendre, un tricheur. Je dirais m&#234;me plus : un assassin quand parfois le verdict n&#233;gatif tombe sur un vendeur, une famille, qui avait besoin de l'argent de son Henri Martin... faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai &#233;puis&#233; mon stock de questions. Ai-je oubli&#233; quelque chose d'important ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anecdote, emprunt&#233;e &#224; un livre intitul&#233; &lt;i&gt;Les pirates de la peinture&lt;/i&gt; : &#171; Un jour, un peintre se pr&#233;sente chez Corot pour lui montrer une de ses &#339;uvres :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Qu'en pensez-vous, monsieur Corot ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; C'est bien, r&#233;pond le p&#232;re Corot, mais il y a des choses qui sont moins bien, &#231;a par exemple...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il modifiait, rajustait, m&#233;tamorphosait. Le peintre dit alors :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Ah, maintenant que vous l'avez si bien transform&#233;, il n'y a plus rien de moi... &#231;a ne vous ferait rien de le signer...et puis j'aimerais tant avoir un tableau de vous !&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors Corot, d'un coup de pinceau, mit sa signature sur l'&#339;uvre retouch&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Syst&#232;me de datation promu par Ryjik, r&#233;sultat d'une r&#233;flexion de groupe au Coll&#232;ge International de Philosophie. Chaque civilisation ayant son calendrier &#8211; bas&#233; sur des crit&#232;res religieux ou politiques &#8211; il en r&#233;sulte &#224; la fois un bazar sans nom et une injustice &#8211; le comput chr&#233;tien s'&#233;tant r&#233;pandu au d&#233;triment des autres, notamment en Extr&#234;me-Orient. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ajouter 10.000 ans &#224; ce comput r&#233;pond &#224; plusieurs avantages : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1. facilit&#233; d'application car il suffit d'ajouter &#8220;1&#8221; (2021 &#8594; 12021), les dates avant notre &#232;re devenant 9,999 etc. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2. &#233;galit&#233; pour tout le monde, le d&#233;but du comput nous ramenant &#224; une p&#233;riode sans nos distinctions modernes : c'est le d&#233;but de la r&#233;volution n&#233;olithique un peu partout.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La th&#232;se de Marie-Anne porte sur le symbolisme du prunier en fleurs dans l'art et l'&#233;crit chinois depuis l'an 1000, symbole de r&#233;sistance &#224; l'oppression. Si Ta&#239;wan, refuge de la Chine classique fuyant les communistes, porte cette fleur sur sa monnaie, ses avions, etc., ce n'est pas un choix po&#233;tique mais politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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