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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>L'&#233;pineuse question de la souverainet&#233; ta&#239;wanaise</title>
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		<dc:date>2021-04-27T09:37:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>Lo Duxiu</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La question de la souverainet&#233; est au c&#339;ur de la philosophie politique classique, en Europe occidentale, de Bodin &#224; Rousseau, en passant par Hobbes et bien d'autres. C'est, dans cette tradition dont d&#233;coule, entre autres choses, le droit international moderne, une question qui exige d'&#234;tre trait&#233;e avec rigueur, c'est-&#224;-dire en s'appliquant &#224; raisonner sur un mode logique, en &#233;vitant de tomber, autant que faire se peut, dans des contradictions flagrantes ou des apories manifestes. Le respect (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=18" rel="directory"&gt;Migrations, fronti&#232;res&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la souverainet&#233; est au c&#339;ur de la philosophie politique classique, en Europe occidentale, de Bodin &#224; Rousseau, en passant par Hobbes et bien d'autres. C'est, dans cette tradition dont d&#233;coule, entre autres choses, le droit international moderne, une question qui exige d'&#234;tre trait&#233;e avec rigueur, c'est-&#224;-dire en s'appliquant &#224; raisonner sur un mode logique, en &#233;vitant de tomber, autant que faire se peut, dans des contradictions flagrantes ou des apories manifestes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le respect de ces exigences minimales importe &lt;i&gt;tout particuli&#232;rement&lt;/i&gt; lorsque l'on aborde aujourd'hui le probl&#232;me de la souverainet&#233; dans sa relation &#224; l'objet &#171; Ta&#239;wan &#187; &#8211; un objet dont je montrerai qu'il est, dans cet horizon, infiniment plus complexe qu'on l'imagine g&#233;n&#233;ralement. L'enjeu du pr&#233;sent article n'est pas de promouvoir une position tranch&#233;e dans un d&#233;bat passablement survolt&#233;, il est davantage d'inviter ceux/celles qui s'y aventurent &#224; le faire sur un mode respectueux non seulement des r&#232;gles pr&#233;valant dans les &#233;changes entre gens de bonnes compagnie, mais avant tout de l'art de raisonner &#8211; d'encha&#238;ner des raisonnements sur un sujet donn&#233;, sans se tirer dans le pied &#224; chaque d&#233;tour de phrase. Quand on parle de choses s&#233;rieuses et m&#234;me vitales, il faut en parler &lt;i&gt;s&#233;rieusement&lt;/i&gt; et non pas sophistiquement, superficiellement, selon l'int&#233;r&#234;t et les humeurs du moment. La philosophie, entre autres choses, &#231;a sert &#224; &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des arguments majeurs oppos&#233;s aujourd'hui, sur cette &#238;le, &#224; la doctrine de dirigeants chinois du continent selon laquelle Ta&#239;wan rel&#232;ve de la souverainet&#233; chinoise, (donc que la souverainet&#233; &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; qui y pr&#233;vaut aujourd'hui serait d&#233;pourvue de tout fondement au regard du droit international), est que &#171; Ta&#239;wan n'a jamais fait partie de la R&#233;publique populaire de Chine &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un fait : Ta&#239;wan n'a jamais fait partie de la R&#233;publique populaire de Chine, les communistes chinois n'ayant pas r&#233;ussi, apr&#232;s leur victoire sur le continent en 1949, &#224; conqu&#233;rir l'&#238;le pour y imposer leur souverainet&#233;. Ta&#239;wan est donc devenu le si&#232;ge d'une autre souverainet&#233;, se proclamant en continuit&#233; avec celle qui s'est &#233;tablie sur le continent en 1911, suite &#224; la disparition de l'empire &#8211; la R&#233;publique de Chine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tel est donc le raisonnement que tiennent ceux qui pensent que le fait que Ta&#239;wan n'a jamais &#233;t&#233; incluse dans le champ de la souverainet&#233; &#233;tablie sur le continent par les communistes chinois, un raisonnement suffisant, selon eux, pour d&#233;cr&#233;ter qu'en droit, cette entit&#233; (Ta&#239;wan comme territoire, comme &#238;le) ne saurait en aucun cas &#234;tre revendiqu&#233;e par la souverainet&#233; continentale. Ce raisonnement tient donc pour acquis que la question du droit (&#224; revendiquer une souverainet&#233;) est indissociable de celle du &lt;i&gt;r&#233;gime politique&lt;/i&gt; (celui que les communistes chinois mettent en place apr&#232;s leur victoire sur le Kuomintang). Ce raisonnement s'oppose, par exemple, &#224; celui qui s'appuie sur le fait que Ta&#239;wan faisait partie de l'empire chinois avant de lui &#234;tre arrach&#233; par un trait&#233; colonial, au profit du Japon ; trait&#233; d&#233;nonc&#233; comme ill&#233;gitime par la communaut&#233; internationale par le fait m&#234;me qu'&#224; l'issue de la d&#233;faite militaire du Japon en 1945, &lt;i&gt;Ta&#239;wan (Formose) est restitu&#233;e &#224; la Chine&lt;/i&gt; &#8211; la R&#233;publique de Chine exer&#231;ant son autorit&#233; sur le continent. &lt;br class='autobr' /&gt;
La restitution de la souverainet&#233; sur l'&#238;le &#224; la R&#233;publique de Chine, apr&#232;s la capitulation du Japon, tend &#224; indiquer on ne peut plus clairement que, du point de vue du droit international, la question de la souverainet&#233; n'est pas &#233;valu&#233;e, dans un tel cas, &#224; l'aune du r&#233;gime en place, mais &#224; celle des &lt;i&gt;droits historiques&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces questions de droits historiques se r&#233;sument souvent, pas toujours, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, c'est l'Empire chinois qui a &#233;t&#233; spoli&#233; de Formose au profit du Japon, en 1895, et c'est &#224; la R&#233;publique de Chine, &#233;tablie sur les ruines de l'empire, que Formose revient, &lt;i&gt;en toute logique de droit international&lt;/i&gt;, au lendemain de la d&#233;faite de l'empire japonais. Le litige autour de la souverainet&#233; de Formose n'appara&#238;t que lorsque l'&#238;le devient, de fait, le refuge, la base de repli du Kuomintang emportant en exil la r&#233;serve de souverainet&#233; issue de la mise en place du r&#233;gime r&#233;publicain de 1911. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que d&#233;montre en tout cas de la mani&#232;re la plus claire qui soit la s&#233;quence de 1945, celle de la restitution de l'ex-colonie &#224; la Chine, c'est que la question de la souverainet&#233; &lt;i&gt;n'est en aucun cas r&#233;ductible &#224; celle du r&#233;gime politique&lt;/i&gt;. Ce sur quoi l'on tranche dans un cas comme celui-ci, lorsqu'en est en question la souverainet&#233; l&#233;gitime d'une puissance sur un espace ou un territoire donn&#233;, c'est celle des droits historiques, pas celle du r&#233;gime en place. Les exemples qui pourraient &#234;tre cit&#233;s &#224; l'appui de cette notion sont innombrables : la France a perdu l'Alsace-Lorraine au profit de l'Allemagne en 1871, sous le Second Empire, ou plut&#244;t &#224; l'occasion de l'effondrement de celui-ci. Elle les a r&#233;cup&#233;r&#233;es en 1918 sous la III&#232;me R&#233;publique. Ce qui a &#233;t&#233; constamment en jeu, dans le conflit entre la France et l'Allemagne &#224; propos de ces deux provinces, c'est la question des droits historiques sur elles des deux Etats et des deux nations, jamais celle des r&#233;gimes en place, lesquels sont, par d&#233;finition, variables. Ce qui importe avant tout, c'est l'existence d'une puissance souveraine dans sa continuit&#233; historique, par-del&#224; toutes les p&#233;rip&#233;ties politiques et les convulsions internes que celle-ci peut traverser. C'est la r&#233;alit&#233; et la r&#232;gle &#224; laquelle ont fini par se plier les puissances occidentales lorsqu'elles ont reconnu la souverainet&#233; chinoise issue de la victoire des communistes en 1949 et ont cong&#233;di&#233; la fiction longuement entretenue d'une souverainet&#233; chinoise incarn&#233;e par le r&#233;gime install&#233; par Chiang Kai Shek sur l'&#238;le de Formose. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, le fait que le r&#233;gime chinois &#233;tabli sur le continent ne soit pas un r&#233;gime &#171; d&#233;mocratique &#187;, au sens o&#249; l'Occident entend cette notion, n'a &lt;i&gt;rien &#224; voir&lt;/i&gt; avec la question de savoir si la Chine continentale, comme souverainet&#233; et puissance, est bien fond&#233;e ou non &#224; revendiquer la souverainet&#233; sur Taiwan. Pas davantage que le fait l'&#238;le n'ait jamais &#233;t&#233;, en pratique, plac&#233;e sous la coupe du r&#233;gime actuellement en place sur le continent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d'ailleurs notoire que ceux-l&#224; m&#234;me qui pensent avancer un argument d&#233;finitif en relevant que le r&#233;gime chinois n'a jamais exerc&#233; sa souverainet&#233; sur Ta&#239;wan raisonnent exactement &lt;i&gt;&#224; l'inverse&lt;/i&gt; lorsqu'ils soutiennent (ce qu'ils font pour l'immense majorit&#233; d'entre eux) la revendication par la R&#233;publique de Chine (la souverainet&#233; ta&#239;wanaise &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, non reconnue internationalement) de la souverainet&#233; sur les &#238;les Diaoyu-Senkaku, attribu&#233;es par les Etats-Unis au Japon &#224; la fin de la Seconde guerre mondiale, ou bien encore de tel groupe d'&#238;lots en mer de Chine du sud. Ni les Diaoyu, ni ces &#238;lots ou r&#233;cifs n'ont jamais &#233;t&#233; plac&#233;s sous la souverainet&#233; &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; qu'est la R&#233;publique de Chine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc flagrant que ce qui est ici en question, &#224; propos de ces &#238;les ou &#238;lots, ce sont, une fois encore, les droits historiques des souverainet&#233;s qui se les disputent. Il serait donc temps que ceux qui d&#233;nient &#224; la Chine de Xi tout droit &#224; revendiquer la souverainet&#233; sur Ta&#239;wan et qui, en m&#234;me temps, appliquent exactement le m&#234;me raisonnement que Xi lorsqu'il s'agit de mettre en avant la souverainet&#233; de la R&#233;publique de Chine (Taiwan) sur les Diaoyu, prennent la mesure de leur incons&#233;quence. Lorsqu'on traite de ces questions, on ne change pas de matrice argumentative comme on change de chemise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la m&#234;me fa&#231;on, le Japon r&#233;clame avec persistance &#224; la Russie la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que ces incons&#233;quences mettent en lumi&#232;re, ce sont &#233;videmment les ambigu&#239;t&#233;s et les complexit&#233;s de la souverainet&#233; ta&#239;wanaise. Au plus fort de la crise de Hong Kong, lorsque les Lennon Walls&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des panneaux sur lesquels &#233;taient affich&#233;s des messages, tracts, textes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; poussaient comme des champignons sur les campus et dans les passages souterrains urbains de Ta&#239;wan, on y vit appara&#238;tre des affiches stigmatisant le pouvoir chinois et sur lesquelles la carte de la Chine &#233;tait enti&#232;rement recouverte du drapeau du Kuomintang &#8211; qui se trouve &#234;tre aussi celui de la R&#233;publique de Chine, de Ta&#239;wan. Ce &#171; d&#233;tail &#187;, montre que l'id&#233;e selon laquelle la souverainet&#233; &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; en place dans l'&#238;le persiste &#224; &#234;tre le seul h&#233;ritier l&#233;gitime de la R&#233;volution de 1911, ayant donc &#224; ce titre vocation &#224; revenir s'exercer t&#244;t ou tard, sur le continent &#8211; &lt;i&gt;cette id&#233;e continue d'avoir cours dans l'&#238;le&lt;/i&gt; &#8211; ceci dans le temps m&#234;me o&#249; montent les aspirations ind&#233;pendantistes. D'ailleurs, ce n'est pas une simple &#171; id&#233;e &#187; ou un h&#233;ritage, c'est, de fait, &lt;i&gt;la doctrine de l'Etat&lt;/i&gt; &#8211; quand bien m&#234;me ses dirigeants actuels en seraient de plus en plus embarrass&#233;s&#8230; Dans son &#233;tat tout virtuel mais n&#233;anmoins officiel, la R&#233;publique de Chine a, encore et toujours, vocation &#224; exercer son autorit&#233; sur tout le territoire chinois, y compris le Tibet, y compris le Xinjiang&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les tensions croissantes existant entre les deux tentations de l'actuelle souverainet&#233; &#233;tablie sur l'&#238;le &#8211; celle qui, encore et toujours, se berce du r&#234;ve du r&#233;tablissement de la souverainet&#233; perdue sur le continent, et celle qui se focalise sur l'objectif de l'ind&#233;pendance de l'&#238;le &#8211; ces tensions font appara&#238;tre cette souverainet&#233; m&#234;me comme la plus insaisissable et, pour tout dire, &lt;i&gt;schizophr&#233;nique&lt;/i&gt;, des r&#233;alit&#233;s aussi bien du point de vue des cat&#233;gories de la philosophie politique classique que des normes du droit international. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Taiwan &#187; est de plus en plus, aussi bien sur l'&#238;le qu'&#224; l'&#233;tranger, le nom qui s'impose pour d&#233;signer cette entit&#233; &#8211; mais, du point de vue du droit international, &#171; Ta&#239;wan &#187;, &lt;i&gt;&#231;a n'existe pas&lt;/i&gt; &#8211; la seule chose qui existe, comme souverainet&#233; proclam&#233;e, exerc&#233;e &lt;i&gt;et contest&#233;e&lt;/i&gt;, c'est la R&#233;publique de Chine. Dans le champ des relations internationales, &#171; Ta&#239;wan &#187;, c'est un OVNI, un sobriquet plus ou moins sympathique, l&#224; o&#249; les souverainet&#233;s, elles, sont on ne peut plus sourcilleuses quant &#224; leurs noms officiels, leurs embl&#232;mes, leurs drapeaux et o&#249; elles entendent les faire reconna&#238;tre et respecter comme telles par les autres puissances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le drapeau officiel de la R&#233;publique de Chine (Ta&#239;wan) est celui du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi nombre de signes, souvent burlesques, de ces complexit&#233;s et de l'incapacit&#233; flagrante des autorit&#233;s en place &#224; se tenir &#224; leur hauteur, le fait que r&#233;cemment le probl&#232;me ait &#233;t&#233; abord&#233; sous l'angle, &#244; combien d&#233;cisif, des tailles respectives des mentions &#171; R&#233;publique de Chine &#187; et &#171; Ta&#239;wan &#187; sur les passeports des citoyens de ce pays&#8230; comme si la souverainet&#233; &#233;tait une chose qui s'&#233;value&#8230; en centim&#232;tres. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des signes qui attestent les complexit&#233;s de la question de la souverainet&#233;, dans l'espace ta&#239;wanais, c'est la perp&#233;tuelle confusion qui s'y &#233;tablit entre souverainet&#233; et ind&#233;pendance. De plus en plus nombreux sont ceux qui y sont port&#233;s &#224; simplifier aussi brutalement que possible la question en affirmant : la vraie figure de la souverainet&#233;, c'est l'ind&#233;pendance, en route donc vers l'ind&#233;pendance et qui m'aime me suive ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le propre de ce raisonnement est de se fonder sur le genre de raccourci exp&#233;ditif qui balaie toutes les questions que la solution propos&#233;e pr&#233;tend, pr&#233;cis&#233;ment, r&#233;soudre. C'est qu'en effet chacun peut comprendre que l'ind&#233;pendance de Ta&#239;wan ne pourrait avoir une chance de s'&#233;tablir dans les faits qu'&#224; la condition que les Etats-Unis s'en portent garants &#8211; et au risque d'un affrontement majeur avec la Chine continentale. Il s'agirait donc, de fait, d'une ind&#233;pendance en trompe-l'&#339;il, &#224; supposer qu'elle parvienne &#224; s'imposer en d&#233;pit de l'hostilit&#233; de la Chine &#8211; une ind&#233;pendance en forme de protectorat et pr&#233;sence militaire &#233;tats-unienne, &lt;i&gt;&#224; la Okinawa&lt;/i&gt;. Dr&#244;le d'ind&#233;pendance et surtout : dr&#244;le de &lt;i&gt;souverainet&#233;&lt;/i&gt;&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, il faudrait, pour que l'&#233;quation souverainet&#233; = ind&#233;pendance s'impose, liquider une fois pour toute la &lt;i&gt;R&#233;publique de Chine&lt;/i&gt; comme tradition et h&#233;ritage. La question de savoir dans quelle mesure le r&#233;gime &#233;tabli sur l'&#238;le par Chiang s'est inscrit en continuit&#233; ou en rupture avec celui qui se mit en place sur les ruines de l'empire chinois est beaucoup plus complexe qu'il n'y para&#238;t. Si l'on pense qu'il y a continuit&#233;, alors les dirigeants actuellement au pouvoir dans l'&#238;le (dans la mesure m&#234;me o&#249; il n'existe &lt;i&gt;aucune discontinuit&#233; institutionnelle entre leur autorit&#233; et celle qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e&lt;/i&gt; &#8211; le KMT aux affaires) peuvent et doivent continuer &#224; se tenir pr&#234;ts &#224; se projeter sur le continent dans l'hypoth&#232;se d'un effondrement du r&#233;gime communiste. Si l'on pense qu'il y a discontinuit&#233; fondamentale et que le r&#233;gime de Chiang &#233;tait celui d'un usurpateur rev&#234;tu des d&#233;pouilles de la R&#233;publique chinoise, alors il faut le dire une fois pour toutes : la souverainet&#233; ta&#239;wanaise n'a rien &#224; voir avec le continent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour des raisons diverses, mais tenaces, ce pas, m&#234;me les dirigeants actuels qui, par ailleurs, n'en finissent pas de flatter les affects et &#233;motions ind&#233;pendantistes, ne sont pas pr&#234;ts &#224; le franchir. Les &#233;quivoques de la souverainet&#233; schizophr&#233;nique sont le milieu qui leur convient le mieux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la mesure m&#234;me o&#249; aucun accord ne saurait se r&#233;aliser par les moyens d'une discussion m&#234;me d&#233;passionn&#233;e entre les tenants de la th&#232;se continentale (pla&#231;ant l'accent sur les droits historiques) et ceux de la th&#232;se, disons, &lt;i&gt;r&#233;aliste&lt;/i&gt; (la souverainet&#233; de Ta&#239;wan comme entit&#233; &#233;tatique et quasi-nation comme un &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt;), une parfaite situation de &lt;i&gt;diff&#233;rend&lt;/i&gt; au sens lyotardien du terme, dans la mesure o&#249; il n'existe aucune instance arbitrale, ext&#233;rieure au champ du conflit, susceptible de proposer une solution &#233;quitable et d&#233;sint&#233;ress&#233;e &#224; celui-ci, le seul d&#233;bouch&#233; qui s'offre est le suivant : renoncer dans le pr&#233;sent &#224; toute notion de &lt;i&gt;solution&lt;/i&gt; de la question et &lt;i&gt;donner du temps&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt;. Ce d&#233;bouch&#233; ne peut &#234;tre trouv&#233; que par les &lt;i&gt;parties en pr&#233;sence&lt;/i&gt;, sans interf&#233;rence d'autres puissances en mal d'h&#233;g&#233;monie. Donner du temps au temps, cela veut dire ne pas faire de mouvements brusques, ne pas tenter de forcer le destin, faire de petits pas, cong&#233;dier la rh&#233;torique de l'ennemi, d&#233;courager les interf&#233;rences ext&#233;rieures&#8230; Laisser flotter les &#233;quilibres fragiles &#8211; ou ce qu'il en reste. La notion qui s'impose ici, n&#233;cessaire en tant qu'elle contrarie la tradition de la philosophie occidentale de la souverainet&#233;, ce serait celle d'une &lt;i&gt;souverainet&#233; en suspens&lt;/i&gt; &#8211; Ta&#239;wan comme souverainet&#233; en suspens, avec tout ce que cette notion comporte d'ind&#233;fini, d'ind&#233;termin&#233; et qui serait pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il s'agit &lt;i&gt;de faire durer&lt;/i&gt;, plut&#244;t que de le surmonter au profit d'une de ces &#171; solutions d&#233;finitives &#187; qui portent l'apocalypse dans leurs flancs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, c'est exactement dans la direction oppos&#233;e &#224; cette perspective que se poursuit le cours des choses dans le pr&#233;sent. La prudence voudrait que nous qui vivons sur l'&#238;le nous envisagions sans tarder d'y construire de solides abris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lo Duxiu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Illustration&lt;/i&gt; : Juan Alberto Casado&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces questions de droits historiques se r&#233;sument souvent, pas toujours, en simples questions de g&#233;ographie : il suffit de regarder une carte pour constater que les Diaoyu appartiennent &#224; l'espace maritime de Ta&#239;wan, que Gibraltar, c'est plut&#244;t l'Espagne que la Grande-Bretagne, Ceuta et Melilla le Maroc que l'Espagne et que l'ile de Mayotte est une &lt;i&gt;colonie&lt;/i&gt; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, le Japon r&#233;clame avec persistance &#224; la Russie la restitution de cette partie des &#238;les Kouriles arrach&#233;es par l'URSS &#224; la souverainet&#233; japonaise &#224; la fin de la Seconde guerre mondiale - or, ni le r&#233;gime en place au Japon, ni celui qui l'est en Russie n'&#233;taient en place lorsque cette annexion (ou spoliation du point de vue japonais) a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Des panneaux sur lesquels &#233;taient affich&#233;s des messages, tracts, textes en faveur du mouvement de Hong Kong.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le drapeau officiel de la R&#233;publique de Chine (Ta&#239;wan) est celui du Kuomintang, parti actuellement dans l'opposition et vilipend&#233; par le parti au pouvoir comme alli&#233; de la Chine continentale. Le portrait de Sun Yat Sen, fondateur de la R&#233;publique de Chine en 1913 est expos&#233; en bonne place dans tous les lieux officiels - dans le temps m&#234;me o&#249; les gouvernants ne m&#233;nagent pas leurs efforts pour couper tous les liens qui rattachent l'&#238;le &#224; l'histoire moderne de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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