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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Ne boycottons pas les Birmans</title>
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		<dc:date>2008-01-25T19:22:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Martine Lefeuvre D&#233;otte, Sociologue Caen</dc:creator>



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&lt;p&gt;vendredi 25 janvier 2008 Traverser m&#234;me rapidement la Birmanie, c'est pour l'Occidental, effectuer un saut dans le temps que la lecture d'aucun guide touristique ne peut lui faire partager. Des centaines de dissidents sont d&#233;tenus dans les prisons birmanes, la pauvret&#233; est r&#233;elle, l'esp&#233;rance de vie d'environ cinquante-cinq ans. Rangoun, la capitale coloniale tombe en ruine : l'H&#244;tel de ville comme l'ensemble des immeubles construits par les Anglais, sont rong&#233;s par le salp&#234;tre et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton58.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;vendredi 25 janvier 2008&lt;br class='autobr' /&gt;
Traverser m&#234;me rapidement la Birmanie, c'est pour l'Occidental, effectuer un saut dans le temps que la lecture d'aucun guide touristique ne peut lui faire partager. Des centaines de dissidents sont d&#233;tenus dans les prisons birmanes, la pauvret&#233; est r&#233;elle, l'esp&#233;rance de vie d'environ cinquante-cinq ans. Rangoun, la capitale coloniale tombe en ruine : l'H&#244;tel de ville comme l'ensemble des immeubles construits par les Anglais, sont rong&#233;s par le salp&#234;tre et l'humidit&#233;. Presque tout reste &#224; l'abandon et plus personne ne va se promener ou se d&#233;tendre autour d'Inya Lake, au nord de la ville. Le temps de la splendeur s'est arr&#234;t&#233;, les man&#232;ges d'enfants sont gagn&#233;s par la rouille, les gargotes sinistr&#233;es, visions de fin du monde juste adoucies par les rares couples d'amoureux assis sur les bancs publics, cach&#233;s sous leur parapluie devenu ombrelle, durant la saison s&#232;che. Les hommes comme les femmes, en grand nombre, portent une longue jupe arrivant aux chevilles, le longui, pi&#232;ce de tissu n&#233;cessairement ray&#233;e pour la gent masculine, que l'on drape autour des hanches. Mais quand les hommes quittent la Birmanie pour se rendre &#224; Bangkok par exemple, aucun n'ose arborer ce v&#234;tement trop traditionnel et qui pr&#234;terait &#224; rire, troublant les rep&#232;res du masculin et du f&#233;minin ; pourtant Bangkok est bien la ville du &#171; gender trouble &#187; ! Au fil des jours, vous finirez, dans votre court passage, par &#234;tre presque apais&#233;s, un peu rassur&#233;s, de vivre au milieu de cette population qui subit pourtant une implacable dictature militaire. Les visages, masculins ou f&#233;minins, de tous les &#226;ges, &#224; Rangoun comme &#224; la campagne, sont maquill&#233;s au thanakha, p&#226;te l&#233;g&#232;rement jaune, obtenue &#224; partir de l'&#233;corce d'un arbre. Thanakha rapidement &#233;tal&#233; aux premi&#232;res heures du jour pour se prot&#233;ger du soleil, soit artistement d&#233;pos&#233; sur les visages des petites vendeuses de cartes postales. Elles auront avec soin dessin&#233; la feuille du figuier puis l'auront stri&#233;e avec un peigne ou une brosse &#224; dents. Les yeux parfaitement ourl&#233;s, la bouche savamment color&#233;e, elles vous auront rep&#233;r&#233;s et commenceront dans un Fran&#231;ais parfaitement compr&#233;hensible, la litanie du marchandage et de la n&#233;gociation. Elles vous assisteront des heures enti&#232;res, d&#233;pla&#231;ant vos chaussures aux diff&#233;rentes sorties des lieux cultuels, se rendant totalement n&#233;cessaires ; quel &#233;trange rapport au temps entretiennent tous ces gens, qui semblent ne pas distinguer le temps de travail de celui du repos ou au moins de l'attente. Dilatation du temps, uniquement scand&#233; par le lever et le coucher du soleil o&#249; le chronom&#232;tre n'a que peu d'importance. A toute heure les pagodes, hauts lieux de la convivialit&#233;, regorgent de monde, comme nos &#233;glises au Moyen-Age. Les adolescents font leurs devoirs, les hommes d'affaires viennent chercher du repos, l'&#339;il riv&#233; sur le portable, d&#233;pos&#233; pr&#232;s du briquet et des cheerots, sortes de cigares o&#249; le tabac est enroul&#233; dans une feuille de ma&#239;s ou de teck. On devise, on pique-nique, on commerce, on marchande, on prie, on entre dans une profonde m&#233;ditation, on fait des offrandes &#224; Bouddha, on le recouvre de fines feuilles d'or. Surtout, on ne cesse pas de nettoyer les immenses repr&#233;sentations de la divinit&#233; : soixante-dix m&#232;tres de long, le Bouddha allong&#233; de Rangoun, mais quatre-vingt-dix-huit m&#232;tres celui de Monywa ! Afficher sa puissance, c'est d&#233;fier toujours plus les villageois d'&#224; c&#244;t&#233;, les humilier dans la d&#233;pense somptuaire et ostentatoire. La Birmanie reste bien le pays de l'or et des rubis. Immenses st&#251;pas, reliquaires en forme de cloche qui abritent une dent, voire un cheveu de Bouddha, toujours repeints par une arm&#233;e de ravaleurs install&#233;s dangereusement &#224; des dizaines de m&#232;tres sur de fr&#234;les &#233;chafaudages en bambou, hiss&#233;s par un treuil bien rudimentaire. Pour m&#233;riter le sommet de la colline sacr&#233;e de Mandalay, il faut grimper pieds nus 1700 marches. &#201;trange intrication du sacr&#233; et du profane : sanctuaires install&#233;s au milieu des maisonnettes en bambou tress&#233; o&#249; tissent les femmes, somnolent les nourrissons berc&#233;s dans un linge attach&#233; au plafond, quelquefois on entend m&#234;me une radio. Sous les yeux des p&#232;lerins partis pour l'ascension, la vie continue : on arrose les minuscules jardins, on vend les bijoux fabriqu&#233;s avec les graines de melon d'eau, on se lave pudiquement, le corps toujours prot&#233;g&#233; par le longui. Dans les villages, quand le soleil d&#233;cline, les jeunes m&#233;nag&#232;res se rendent &#224; la corv&#233;e d'eau : pieds nus, elles calent leur harnais sur le cou et rapportent avec une parfaite aisance seize litres d'eau &#224; la maison. Brindilles filiformes le poids de cette charge les oblige &#224; une certaine technique du corps et Mauss verrait dans leur d&#233;marche si pr&#233;cise, si habile, si identique, l'&#233;l&#233;gant d&#233;hanchement de danseuses se livrant &#224; un ballet cr&#233;pusculaire. D'autres se sont assises &#224; m&#234;me le sol et boivent en devisant leur th&#233;, prot&#233;g&#233;es par le thanakha et le chapeau tress&#233; ; une derni&#232;re rentre du champ, pareillement harnach&#233;e, elle ram&#232;ne dans ses deux seaux, d'un c&#244;t&#233; le bois n&#233;cessaire &#224; la pr&#233;paration du repas du soir, de l'autre son dernier-n&#233; ratatin&#233; au fond du r&#233;cipient. Polyactivit&#233; des ruraux o&#249; tous travaillent activement : tissage, filage, broyage du fourrage, cueillette, fabrication des cheerots, petit commerce. Accroupis des heures enti&#232;res, les habitants empierrent &#224; la main les routes. &#192; la nuit tomb&#233;e, peut commencer le festival de la pagode ou la f&#234;te de la pleine lune. Le longui port&#233; avec le blouson de cuir et le bonnet de ski est &#224; la mode cette ann&#233;e &#224; Mandalay chez les jeunes gens. Si la route est longue, vous arriverez en &#171; v&#233;lo-pousse &#187; pour quelques kyats et votre conducteur vous attendra pour vous ramener &#224; bon port. On invite sa girlfriend dans la grande roue : sorte de cage &#224; hamsters en bois, actionn&#233;e par la seule force de quelques adolescents qui l'escaladent &#224; l'int&#233;rieur pour mieux la lancer et sautent juste au moment o&#249; elle prend de la vitesse, au risque de se casser les os. Avec un simple &#233;lastique et un caillou, on cherche &#224; faire tomber les bo&#238;tes de conserves pour gagner quelques babioles, on joue &#224; la loterie, on m&#226;che le b&#233;tel qui enivre et coupe la faim. D&#232;s vingt et une heures, on s'agglutine en famille autour du podium, pour &#233;couter debout mais gratuitement une sono insupportable qui crachouille accompagnant un th&#233;&#226;tre de rue, des comiques ou des travestis qui chantent en play-back. Le retour s'effectuera &#224; la lampe &#233;lectrique, faute d'&#233;clairage public. Dans les &#171; petits barbecues &#187; birmans, en plein air, les hommes boivent leur bi&#232;re en regardant le football &#224; la t&#233;l&#233;vision. Tr&#232;s facilement, vous entrerez dans les monast&#232;res comme celui de Mahagandhayon, superbe demeure en teck au parquet &#233;tincelant. Mille moines en formation dans cette &#171; &#233;cole d'&#233;ducation g&#233;n&#233;rale &#187; pour les enfants d&#233;favoris&#233;s. On psalmodie ici, on balaie avec fr&#233;n&#233;sie l&#224;, on arrose, on s'arrose, on rit beaucoup et on n'h&#233;site pas &#224; interpeller le fl&#226;neur. La connaissance de l'anglais permet vite de prendre contact, sorte de langue protectrice, imparfaitement connue de la majorit&#233; de la population, elle permet la libert&#233; des &#233;changes. Tel ce jeune moine accompagn&#233; de ses novices qui dans une pagode a cherch&#233; &#224; nous parler pour aborder rapidement les probl&#232;mes politiques. Il &#233;tait &#224; Rangoun pendant la r&#233;pression, comme certains, il a fui la ville pour se cacher chez lui dans son village, troquant sa tenue safran pour les habits civils. Apprenant l'Anglais depuis seulement sept mois, il avait &#233;videmment compris que l'ouverture au monde, la r&#233;sistance face &#224; la junte, commen&#231;ait d&#233;j&#224; par ce n&#233;cessaire apprentissage, par l'&#233;change des adresses &#233;lectroniques. Ce jour-l&#224;, dans cette pagode-l&#224;, devant une multitude de Bouddhas, on a assist&#233; &#224; un rituel &#233;trange : des Birmans h&#233;lant l'&#233;tranger pour le prendre en photo au milieu de leur propre famille. Surtout, ne boycottons pas les Birmans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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