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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Dingue de toi</title>
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		<dc:date>2021-10-21T08:49:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Gnon</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Un visage adorable, d'une beaut&#233; qui faisait mal. Il n'exprimait rien, sauf la fatigue peut-&#234;tre. Elle paraissait avoir quinze ou seize ans &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Vladimir Nabokov, Chambre obscure &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224;, c'est fait : je me suis enfin d&#233;cid&#233; &#224; envoyer, ce matin, ma lettre &#224; Kim Jong-un &#8211; cela faisait des semaines qu'elle tra&#238;nait sur mon bureau... missive, donc dans laquelle je n'y vais pas par quatre chemins, confessant mon amour fou pour sa petite s&#339;ur Kim Jo-jong, et lui demande carr&#233;ment s'il veut bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Un visage adorable, d'une beaut&#233; qui faisait mal. Il n'exprimait rien, sauf la fatigue peut-&#234;tre. Elle paraissait avoir quinze ou seize ans &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir Nabokov, &lt;i&gt;Chambre obscure&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est fait : je me suis enfin d&#233;cid&#233; &#224; envoyer, ce matin, ma lettre &#224; Kim Jong-un &#8211; cela faisait des semaines qu'elle tra&#238;nait sur mon bureau... missive, donc dans laquelle je n'y vais pas par quatre chemins, confessant mon amour fou pour sa petite s&#339;ur Kim Jo-jong, et lui demande carr&#233;ment s'il veut bien m'arranger le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coup de poker, une bouteille &#224; la mer : &#224; d&#233;faut d'informations plus pr&#233;cises, j'ai &#233;crit sur l'enveloppe, en m'appliquant bien : Monsieur Kim Jong-un, Pr&#233;sident de la R&#233;publique populaire de Cor&#233;e, Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti du Travail de Cor&#233;e, Pyongyang, Cor&#233;e du Nord... J'ai affranchi au tarif indiqu&#233; par la machine, et l'ai gliss&#233;e dans la bo&#238;te aux lettres. Et maintenant, &#224; la gr&#226;ce de Dieu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'essayez pas de me couper les ailes en venant me raconter que l'objet de ma flamme est &lt;i&gt;d&#233;j&#224; mari&#233;e&lt;/i&gt; &#224; un cacique du r&#233;gime, un certain Choe Ryong-hae &#8211; je sais &#233;videmment tout &#231;a, n'ignorant rien de la biographie de mon idole. C'est bien la raison pour laquelle, pr&#233;cis&#233;ment, j'ai d&#233;cid&#233; d'en passer directement par le Ma&#238;tre : s'il est une chose qu'il peut ex&#233;cuter d'un claquement de doigts, en effet (&#224; supposer que ma supplique lui parvienne et l'&#233;meuve), c'est bien exp&#233;dier ce f&#226;cheux dans une ferme d'Etat, un camp de redressement o&#249; il serait appel&#233; &#224; se refaire une sant&#233; tandis que je coulerais des jours heureux avec son ex, ma d&#233;raisonnable passion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup de foudre est une chose qui ne s'explique pas. Une extase, un ravissement, Saul tombant du haut de son cheval...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaut&#233; de l'instant : fut-ce &#224; l'occasion d'une de ses premi&#232;res apparitions officielles immortalis&#233;e par la t&#233;l&#233;vision d'Etat, cette grandiose parade militaire o&#249; je vis sa fr&#234;le silhouette se dessiner au c&#244;t&#233; du grand fr&#232;re, imp&#233;rial, majestueux, tandis que se succ&#233;daient dans un grondement d'enfer les fus&#233;es intercontinentales mont&#233;es sur leurs gigantesques aff&#251;ts... ? Timide, l&#233;g&#232;rement guind&#233;e dans son sage petit tailleur bleu fonc&#233;, comme elle semblait alors fragile aupr&#232;s de cette cohorte d'acier, redoutable et &#244; combien n&#233;cessaire &#224; la d&#233;fense de la patrie socialiste !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou bien alors : fut-ce lors de son historique rencontre avec Moon Jae-in, le pr&#233;sident sud-cor&#233;en, lors de l'ouverture des JO d'hiver de 2018 et que, radieuse, tout &#224; la fois juv&#233;nile et survolt&#233;e, elle rompit la glace d'un sourire &#224; r&#233;veiller les morts (et le dialogue intercor&#233;en) ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit et quel que fut l'instant o&#249; s'&#233;veilla en moi cette flamme qui n'a, depuis, cess&#233; de me ronger, je succombai alors et n'ai eu de cesse, depuis, de surmonter tous les obstacles (et Dieu sait qu'ils sont innombrables et, semblerait-il, insurmontables) qui se dressent devant moi. Je ne suis plus, depuis ce jour, qu'une force qui va vers Kim Jo-jong et que le souffle irr&#233;sistible de l'amour (de l'Histoire ?) emporte vers Pyongyang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passion toute d&#233;raisonnable, direz-vous, sans espoir aucun, dangereuse, suicidaire m&#234;me... Sans doute, sans doute &#8211; mais r&#234;vons un peu : avec mes douze disques d'or, mes &lt;i&gt;hits&lt;/i&gt; qui ont fait le tour du monde et, je n'en doute pas, fait danser &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; la jeunesse nord-cor&#233;enne elle-m&#234;me, f&#251;t-ce dans les catacombes, je ne suis tout de m&#234;me pas &lt;i&gt;le premier venu&lt;/i&gt;... Ne suis-je pas en mesure d'escompter raisonnablement que quelque &#233;cho de ma renomm&#233;e soit parvenu jusqu'aux oreilles du Ma&#238;tre lui-m&#234;me ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Eduqu&#233;, comme sa s&#339;ur, dans un &#233;tablissement s&#233;lect en Suisse, il faut bien qu'il se soit accoutum&#233; aux rythmes qui, en Occident, nous accompagnent d&#232;s nos premi&#232;res ann&#233;es et y ait pris go&#251;t... Sans doute est-ce pure pr&#233;somption de ma part, mais il m'est arriv&#233; plus d'une fois, depuis que le sourire enchanteur de Jo-jong ne me quitte plus, de me laisser aller &#224; cette douce r&#234;verie &#233;veill&#233;e : s'abandonnant au jet br&#251;lant de la douche, aux premi&#232;res heures du jour, celui qu'avec la plus born&#233;e des malveillances les laquais de l'imp&#233;rialisme appellent &#171; le dictateur nord-cor&#233;en &#187; fredonne mon c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;Dingue de toi&lt;/i&gt; ? &#8211; apr&#232;s tout, n'a-t-il pas fait ses &#233;tudes en fran&#231;ais, dans ce coll&#232;ge helv&#233;tique ? Et si, passionn&#233; de basket, il a pu recevoir dans son palais telle star du NBA, avec les fastes habituellement r&#233;serv&#233;s aux chefs d'Etat &#233;trangers (mais dont les visites &#224; Pyongyang se sont, h&#233;las, faites de plus en plus rares depuis la volatilisation du bloc sovi&#233;tique) &#8211; n'ai-je pas quelque raison d'esp&#233;rer que ma requ&#234;te, de par son audace et son caract&#232;re inou&#239; m&#234;me, ne l'&#233;meuve et trouve le chemin de son c&#339;ur ? Et qui sait si, en ce moment m&#234;me, le soup&#231;on ne l'assaille pas que ce Choe Ryong-hae, trop poli pour &#234;tre honn&#234;te, est en train d'ourdir d'insidieuses intrigues et de fomenter un coup d'Etat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re, dans ma lettre, avoir trouv&#233; les accents justes propres &#224; convaincre cet homme que l'on dit de marbre mais qui, comme tous ses semblables, n'en a pas moins un c&#339;ur, de la sinc&#233;rit&#233; de ma passion et du caract&#232;re enti&#232;rement d&#233;sint&#233;ress&#233; de celle-ci. Je br&#251;le pour Jo-jong d'une passion pure, exempte de tout calcul, de toute arri&#232;re-pens&#233;e et s'il me faut, pour partager sa vie et conna&#238;tre le bonheur &#224; ses c&#244;t&#233;s, m'&#233;tablir &#224; Pyongyang, chanter en cor&#233;en avec l'accent du Nord et gagner ma vie en me produisant dans des usines textiles et des coop&#233;ratives agricoles, j'y consens, d'un c&#339;ur l&#233;ger &#8211; et au diable le Top 10, mon agent cupide, ma maison de disques foireuse, les plateaux de t&#233;l&#233;vision et toute la cohorte des parasites qui, au pays, se pressent autour de moi... M&#234;me ma petite fortune bien &#224; l'abri dans telle banque luxembourgeoise, je la consacrerai de bonne gr&#226;ce et sans l'ombre d'un scrupule ou d'une h&#233;sitation, &#224; la promotion de ce sous-marin nucl&#233;aire dont le seul nom glorieux (&#171; Kim Il-sung &#187;) inspirerait aux revanchards japonais la plus salutaire des terreurs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit parfois d'un sourire pour bouleverser toute une vie, pour qu'enfin quelque chose arrive &#8211; &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; arrive. Ce fut comme si, d'entre les blind&#233;s, les canons, les redoutables engins militaires ou bien encore, du c&#339;ur des fastes de la c&#233;r&#233;monie olympique o&#249; se pressaient tant de puissants de ce monde, plus ou moins recommandables ou patibulaires, Jo-jong s'&#233;tait d&#233;tach&#233;e, avanc&#233;e vers moi et m'avait souri...&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#233;branlement ! Ce fut comme si tout l'Orient extr&#234;me me souriait, me prenait dans ses bras, m'envo&#251;tant de toutes les promesses de son irr&#233;sistible &#233;tranget&#233;... Je ne dirais pas que Jo-jong (dont mon petit doigt me dit que son grand fr&#232;re l'appelle affectueusement &#171; petite s&#339;ur &#187;, S&#339;urette) est un canon de beaut&#233; &#8211; non, elle est bien davantage que cela : l'autre bord du monde qui s'avance vers nous en souriant et nous dit que la vie va changer, que le soleil se l&#232;ve &#224; l'Est et que l'Asie, cette Asie-l&#224;, est notre avenir. Ce qui s'avance vers nous en souriant avec Jo-jong, c'est l'Histoire repartant d'un bon pied, depuis les cimes enneig&#233;es du mont Paektu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pass&#233;, faisons table rase, avec Jo-jong, serrons les lendemains qui chantent dans nos bras ! Le monde blanc est foutu, l'Occident est foutu, dans un demi-si&#232;cle, les peuples du monde verront les Blancs, l'Occident, &lt;i&gt;in toto&lt;/i&gt;, comme les peuples d'Europe voyaient l'Allemagne et les Allemands au lendemain de la Seconde guerre mondiale. La ligne de fuite salvatrice, c'est au bord du Taedong qu'elle se dessine. L&#224; o&#249; Jo-jong nous attend, son sourire de Joconde aux l&#232;vres... Avec Jo-jong, je rends ma carte de Blanc, pr&#234;t &#224; quitter dans l'instant, insoucieux, mon pays &lt;i&gt;occup&#233;&lt;/i&gt; &#8211; par Eric, Marine, la BAC, Blanquer, le petit requin aux yeux bleus et le reste, tout le reste...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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