<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=320&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Patting Poor Patti</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1063</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1063</guid>
		<dc:date>2022-03-03T23:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Martre</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Si l'on pouvait retrouver ces possibilit&#233;s de vie ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Nietzsche, La naissance de la philosophie &#224; l'&#233;poque de la trag&#233;die grecque &lt;br class='autobr' /&gt;
La derni&#232;re fois que j'ai entonn&#233; Because the night (belongs to us) avec Patti, en ch&#339;ur, elle avait une toute petite voix &#233;corch&#233;e, comme si elle se relevait juste d'une laryngite, une voix plaintive et vaguement feulante qui me faisait peine &#224; entendre, l&#224;, dans le micro, tout pr&#232;s de mon oreille gauche &#8211; tandis que moi, au mieux de ma forme, je (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Si l'on pouvait retrouver ces &lt;i&gt;possibilit&#233;s de vie&lt;/i&gt; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Nietzsche, &lt;i&gt;La naissance de la philosophie &#224; l'&#233;poque de la trag&#233;die grecque&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que j'ai entonn&#233; &lt;i&gt;Because the night&lt;/i&gt; (belongs to us) avec Patti, en ch&#339;ur, elle avait une toute petite voix &#233;corch&#233;e, comme si elle se relevait juste d'une laryngite, une voix plaintive et vaguement feulante qui me faisait peine &#224; entendre, l&#224;, dans le micro, tout pr&#232;s de mon oreille gauche &#8211; tandis que moi, au mieux de ma forme, je montais dans les graves et descendais dans les aigus, non, juste l'inverse, &#224; l'aise et voluptueux, je menais un train d'enfer, si bien qu'&#224; la fin il m'a bien sembl&#233; comprendre qu'&#224; l'applaudim&#232;tre, je l'emportais haut-la-main, ceci en d&#233;pit du flagrant contraste entre la renomm&#233;e internationale de la star et ma condition de parfait inconnu &#8211; sur cette sc&#232;ne pr&#233;cis&#233;ment, en particulier &#8211; et &#224; l'occasion de nos anniversaires respectifs &#8211; nous avons le m&#234;me &#226;ge, vou&#233;s l'un et l'autre &#224; une &#233;ternelle jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Take me now, baby, here as I am&lt;br class='autobr' /&gt;
Pull me close, try to understand&lt;br class='autobr' /&gt;
Desire is hunger is the fire I breathe&lt;br class='autobr' /&gt;
Love is a banquet on which we feed...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t dans les coulisses, je m'approchai de Patti et lui soufflai &#224; l'oreille : &#171; Dis-donc, la belle, tu n'as pas l'air d'&#234;tre dans ton assiette... Tu fais une allergie &#224; &lt;i&gt;Because the night&lt;/i&gt; ou tu as eu une grosse insomnie la nuit derni&#232;re ? Tu as une toute petite mine... &#187;. &#171; Non, c'est pas &#231;a &#187;, dit-elle, en passant la main d'un geste machinal dans sa crini&#232;re tant soit peu emm&#234;l&#233;e et pr&#233;sentant d&#233;sormais toutes les nuances du gris et du blanc ; &#171; c'est pas &#231;a &#8211; c'est tous ces trucs que je lis sur &lt;i&gt;Ici et Ailleurs&lt;/i&gt; et qui me foutent le bourdon... &#187;. &#171; Comme quoi, donc ? &#187; l'interrompis-je, vaguement d&#233;contenanc&#233;. &#171; Eh bien, par exemple cette histoire de prix de l'immobilier &#224; Paris, tiens, 10 377 euros le m&#232;tre carr&#233; ! Non mais tu te rends compte, si c'est pas un scandale ! Mais les gens normaux, qui ont des salaires moyens, comment ils font pour se maintenir dans la capitale ?! &#187;. Ulc&#233;r&#233;e, Patti ! Sa voix en tremblait et la jointure des doigts, crisp&#233;s sur la clarinette, avaient blanchi sous l'effet de l'indignation. &#171; Remarque, dis-je, esp&#233;rant vaguement faire diversion, on pourrait voir les choses autrement et se dire que plus les prix de l'immobilier &#224; Paris monteront, mieux ce sera ; la ville-lumi&#232;re ne sera bient&#244;t plus peupl&#233;e que d'archibourges, exclusivement, ce qui fait que quand les temps changeront &#8211; et ils changeront, &#224; l'heure dite, celle de la revanche &#8211; il suffira de dresser tout autour un mur infranchissable, avec des tours de guet &#224; intervalles r&#233;guliers, et de les y affamer jusqu'&#224; ce qu'ils en cr&#232;vent &#8211; jusqu'au dernier... Pour le reste, on n'est pas oblig&#233; de vivre &#224; Paris &#8211; on peut parfaitement vivre heureux en HLM &#224; Chateauroux ou Saint-Quentin... &#171; Tiens, je n'y avais pas pens&#233;, l&#226;cha-t-elle en caressant doucement son instrument, mais Saint-Quentin, quand m&#234;me, tu me vois &#224; Saint-Quentin... ? &#187; &#8211; et, d'un seul coup, emport&#233;e par le ressac de sa sainte col&#232;re, &#171; Et puis, s'il n'y avait que &#231;a ! Ces histoires de policiers voyous, de flics qui entonnent des chants nazis impun&#233;ment ! Ces flics qui cognent, qui violent et qui tuent ! Et qui, maintenant, voyagent gratuitement en train ! C'est pas une honte &#231;a ! &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce fut, avant m&#234;me que j'aie encaiss&#233; ce second assaut, le public chauff&#233; &#224; blanc et impatient d'entendre la suite qui me sauva : du c&#244;t&#233; de la salle s'&#233;levaient crescendo des battements de pieds, des sifflets, des claquements de main en cadence &#8211; bref, on nous rappelait, on br&#251;lait d'entendre la suite. &#171; Bon, Patti, coupai-je, je crois que nous sommes attendus... On encha&#238;ne sur quoi ? &#187; &#171; Revenge ! &#187;, encha&#238;na-t-elle d'un ton sans r&#233;plique, &#171; Revenge ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;I feel upset&lt;br class='autobr' /&gt;
Let's do some celebrating&lt;br class='autobr' /&gt;
Come on honey, don't hesitate now&lt;br class='autobr' /&gt;
Needed you, you withdrew I have so forsaken&lt;br class='autobr' /&gt;
Ah, but now the tables have turned, my move&lt;br class='autobr' /&gt;
I believe I'll be taking my revenge&lt;br class='autobr' /&gt;
Sweet revenge&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait pleinement repris les commandes, bien droite, raide m&#234;me, face au micro tout au bord de la sc&#232;ne, les poings crisp&#233;s &#8211; retir&#233; dans la p&#233;nombre pr&#232;s du bassiste, je me contentais de me joindre au ch&#339;ur assur&#233; par les musiciens &#8211; c'&#233;tait son heure, sa voix d&#233;chir&#233;e s'envolait au loin vers les tr&#233;fonds de la salle o&#249; je devinais le sautillement spasmodique du public. Lorsqu'elle articula comme une sorte d'impr&#233;cation contenue, psalmodi&#233;e, les deux derniers vers de la chanson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;You are living on my time&lt;br class='autobr' /&gt;
Revenge. Sweet Revenge. Sweet Revenge...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ce fut comme une explosion surgie des profondeurs telluriques de la salle. La sc&#232;ne vibrait, les tentures incarnat s'envolaient &#8211; les fauteuils, heureusement, avaient &#233;t&#233; retir&#233;s &#224; la derni&#232;re minute. Comme frapp&#233;e de plein fouet par l'ovation, Patti ne salua pas mais sembla peu &#224; peu se recroqueviller sur elle-m&#234;me puis, se retournant vers les musiciens, le fond de la sc&#232;ne, s'assit, la t&#234;te repli&#233;e, le dos tourn&#233; au public, dans une posture &#233;trangement animale. La rumeur s'&#233;teint tout &#224; coup et ce fut le batteur qui, soudain inquiet, s'en vint la relever et l'entra&#238;ner toute chancelante vers les coulisses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne revint plus &#8211; le concert &#233;tait fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, sans nouvelles de sa part, je me pr&#233;sentai &#224; l'h&#244;tel vaguement borgne o&#249; elle tenait ses quartiers, rue Haxo. Je la trouvai non seulement debout, mais fra&#238;che et presque pimpante, arm&#233;e d'une paire d'immenses ciseaux de tailleur et occup&#233;e &#224; d&#233;couper une collection du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;... &#171; Je tombe de ma chaise &#187;, lan&#231;a-t-elle d&#232;s qu'elle m'aper&#231;ut et avant m&#234;me que j'aie eu le temps de refermer la porte, &#171; je tombe de ma chaise &#8211; Voil&#224; Zemmour condamn&#233; pour la xi&#232;me fois pour incitation &#224; la haine raciale &#8211; et rien ni personne ne s'oppose &#224; ce qu'il se pr&#233;sente &#224; la Pr&#233;sidentielle ! Si &#231;a continue comme &#231;a, je vais finir par la rendre, ma m&#233;daille de Commandeure des Arts et des Lettres ! Ah, elle est belle, la patrie des Droits de l'Homme et des Lumi&#232;res r&#233;unis, tiens &#8230; ! &#187; &#171; Bon, je vois que tu as repris du poil de la b&#234;te, Patti... Tu sais, tu nous as quand m&#234;me fait une grosse frayeur, l'autre soir... Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ? &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A son long regard perplexe, interrogateur, je compris qu'elle avait tout oubli&#233;... Puis soudain, comme sous le coup d'une illumination : &#171; Ah oui, l'autre soir... rien, non, rien de sp&#233;cial : j'ai revu tout &#224; coup ces photos de Blanquer en bermuda &#224; Ibiza, et &#231;a m'a coup&#233; toute envie de continuer. Plus moyen de chanter, plus question de me faire ovationner, plus envie de rien, juste de dormir. De toute fa&#231;on, ils me font tous chier : je suis s&#251;re qu'il y en avait bien, dans la salle, une bonne moiti&#233; qui a vot&#233; Macron la derni&#232;re fois et qui s'appr&#234;te &#224; r&#233;cidiver ce coup-&#231;i... Sans parler de l'Ukraine... &#187;. &lt;i&gt;Gal&#232;re&lt;/i&gt;... Sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, je m'assis au bord du lit et commen&#231;ai &#224; fredonner en lui caressant doucement la main :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hey, Joe, where you goin' with that gun of your hand ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Hey, Joe, where you goin' with that gun in your hand ?&lt;br class='autobr' /&gt;
I'm goin' down to shoot my old lady...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fracas d'un camion &#233;branla l'immeuble.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; T'es un sacr&#233; con, quand m&#234;me ! &#187;, lan&#231;a-t-elle alors d'un ton d&#233;finitif &#8211; non sans qu'y per&#231;&#226;t une vague tendresse...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
