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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Qu'est-ce qu'un film colonial ?</title>
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		<dc:date>2022-03-21T06:42:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Emile Noiraut </dc:creator>



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&lt;p&gt;Alain Krivine, in memoriam &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re chose &#224; dire, ce serait que pour les historiens du cin&#233;ma, pour la critique cin&#233;matographique du Nord global, la cat&#233;gorie m&#234;me de &#171; film colonial &#187;, &#231;a n'existe pas &#8211; &#224; ma connaissance. On a toute une s&#233;rie de genres reconnus, de la com&#233;die dramatique au film noir (thriller) en passant par le film fantastique, le film d'aventures, le film catastrophe, etc. &#8211; mais le film colonial comme genre, pas que je sache. La plupart des films que je souhaiterais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Alain Krivine, in memoriam&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; dire, ce serait que pour les historiens du cin&#233;ma, pour la critique cin&#233;matographique du Nord global, la cat&#233;gorie m&#234;me de &#171; film colonial &#187;, &#231;a n'existe pas &#8211; &#224; ma connaissance. On a toute une s&#233;rie de genres reconnus, de la com&#233;die dramatique au film noir (thriller) en passant par le film fantastique, le film d'aventures, le film catastrophe, etc. &#8211; &lt;i&gt;mais le film colonial comme genre, pas que je sache&lt;/i&gt;. La plupart des films que je souhaiterais faire entrer dans cette cat&#233;gorie seraient plut&#244;t d&#233;sign&#233;s couramment comme des films d'aventures ou des drames exotiques et sentimentaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce serait donc la premi&#232;re question qu'il faudrait se poser : pourquoi l'histoire du cin&#233;ma et la critique cin&#233;matographique sont-elle port&#233;es, dans les pays du Nord global, &#224; &#233;luder cette cat&#233;gorie pourtant tr&#232;s abondamment fournie et peupl&#233;e de films des plus c&#233;l&#232;bres : &lt;i&gt;P&#233;p&#233; le Moko&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Bandera&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Lawrence d'Arabie&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Quatre plumes blanches&lt;/i&gt; (remakes inclus), &lt;i&gt;La r&#233;volte des Cipayes&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le tombeau hindou&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mort sur le Nil&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Indochine&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les 55 jours de P&#233;kin&lt;/i&gt;, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bandera, P&#233;p&#233; le Moko, films fran&#231;ais de Julien Duvivier (1935, 1937) ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? La fa&#231;on dont, habituellement, les sp&#233;cialistes vont r&#233;partir ces diff&#233;rents films qui ont, &#224; l'&#233;vidence, le motif de la colonie et de la colonisation (europ&#233;enne, occidentale) &#8211; et ce de fa&#231;on massive &#8211; dans toutes sortes de cat&#233;gories, n'est-ce pas l&#224; un geste dont le fondement m&#234;me doit &#234;tre interrog&#233; ? N'est-ce pas un geste qui prosp&#232;re sur un &#233;vitement plus g&#233;n&#233;ral de la question de l'histoire coloniale et de la fa&#231;on dont elle continue &#224; hanter les soci&#233;t&#233;s occidentales, sur un mode plus spectral qu'explicite ? La mise en visibilit&#233; du film colonial comme cat&#233;gorie ou genre &#224; part enti&#232;re, n'est-ce pas une fa&#231;on appropri&#233;e de porter, dans une perspective d&#233;coloniale, le fer dans la plaie de &lt;i&gt;l'impens&#233; et du d&#233;ni&lt;/i&gt; de l'histoire de la colonisation et du statut de celle-ci, dans les soci&#233;t&#233;s blancocentriques et souvent n&#233;o-imp&#233;riales d'Occident ? Des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles cette histoire a par excellence le statut du &lt;i&gt;pass&#233; qui ne passe pas&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, la premi&#232;re chose &#224; dire est celle-ci : ce qui caract&#233;rise en premier lieu le film colonial en g&#233;n&#233;ral, ce qui en est le plus petit d&#233;nominateur commun, c'est tout sauf le fait qu'il s'agirait d'un film dont le propre serait de v&#233;hiculer explicitement et en tout premier lieu un message politique ou id&#233;ologique consistant &#224; faire l'&#233;loge de la colonisation blanche en Afrique, en Asie ou ailleurs ; tout sauf un film de propagande promouvant l'&#339;uvre pr&#233;tendument civilisatrice de la civilisation europ&#233;enne (y compris dans ses diff&#233;rentes extensions) dans les pays colonis&#233;s peupl&#233;s par des peuples r&#233;put&#233;s inf&#233;rieurs et moins d&#233;velopp&#233;. Si tel &#233;tait le cas, ces films seraient prodigieusement ennuyeux, dans leur parti-pris didactique m&#234;me, et ils n'auraient jamais rencontr&#233;, au fil des d&#233;cennies et notamment depuis l'av&#232;nement de la couleur au cin&#233;ma, les immenses succ&#232;s publics qu'ont connus ces films aupr&#232;s des publics les plus vari&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; ce que l'on pourrait imaginer, le film colonial n'est pas du tout aujourd'hui un genre &#233;teint, il a &#233;volu&#233;, mut&#233;, s'est d&#233;plac&#233;, mais il n'est pas mort. Et si l'on peut dire qu'en gros il a connu son &#226;ge d'or se situe dans les ann&#233;es 1950-60 &#8211; qui se trouvent &#234;tre bizarrement les d&#233;cennies de la d&#233;colonisation ascendante &#8211;, il a su s'adapter aux circonstances g&#233;o-politiques et historiques nouvelles, renouveler ses motifs, ses formes et ses personnages, pour s'adresser &#224; des publics toujours nouveaux, au fil de la succession des g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La premi&#232;re caract&#233;ristique des films coloniaux, c'est que ce sont des &lt;i&gt;films d'aventures situ&#233;s dans un cadre exotique&lt;/i&gt; &#8211; donc, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, des films de divertissement et des films de paysages. Ce point est important, puisqu'il nous conduit &#224; souligner la distorsion fondamentale qui traverse tous ces films : on ne va pas les voir pour &#233;couter un message ou subir une le&#231;on, pour s'instruire &#8211; mais pour se divertir &#8211; cependant quelque chose y passe toujours, y est transmis, g&#233;n&#233;ralement de fa&#231;on involontaire par ceux-l&#224; m&#234;mes qui fabriquent le film (tous, du r&#233;alisateur au monteur, en passant par les acteurs, figurants et le compositeur de la musique), quelque chose de subliminaire et qui tourne non pas du tout autour de l'&#233;loge de la colonisation, mais de sa &#171; naturalisation &#187; &#8211; ce qui est tout diff&#233;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'explique : le film colonial nous plonge &#8211; parfois avec un pr&#233;lude (une partie introductive qui se situe dans une m&#233;tropole coloniale ou imp&#233;riale, europ&#233;enne ou autre, blanche en tout cas) et parfois sans &#8211; dans un monde de paysages exotiques, souvent grandioses, fabuleux, et que nous identifions comme un &#171; ailleurs &#187; radical, des espaces-autres, dirait Foucault, avec toutes les marques, dans ce(s) paysage(s) de cette alt&#233;rit&#233; forte (pour un public vivant dans les pays, les climats et les paysages du Nord global : nature luxuriante, jungle, savane, d&#233;serts, montagnes arides, etc. Ce paysage est la premi&#232;re chose qui nous enveloppe et nous transporte dans un monde qui porte une double marque : celle du merveilleux d'une part, c'est-&#224;-dire de ce qui nous fait r&#234;ver, et de l'autre celle de l'inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; &#8211; toutes sortes de choses sont susceptibles de se passer dans ce monde, qui, nous le sentons bien, peuvent s'associer au danger, &#224; la perte de soi, &#224; la mort. En ce sens, le film colonial nous r&#233;v&#232;le un secret ou nous livre un cl&#233; de la colonisation europ&#233;enne telle qu'elle a pris son plein essor dans la seconde moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle : elle est indissociable non seulement de l'expansion de la puissance et de l'int&#233;r&#234;t, de l'esprit de conqu&#234;te, mais aussi, pour toute l'humanit&#233; souvent d&#233;class&#233;e qui s'y pr&#233;cipite, de l'aventure, du r&#234;ve, du recommencement. On part dans les colonies pour oublier l'Europe, pour refaire sa vie, pour r&#234;ver. Le film colonial est le conservatoire de cette dimension souvent oubli&#233;e et pourtant d&#233;cisive du tournant colonial de l'histoire europ&#233;enne au XIX&#232;me si&#232;cle, poursuivie jusqu'&#224; la Seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, premi&#232;re caract&#233;ristique du cin&#233;ma colonial, c'est un genre qui nous emporte dans ce r&#234;ve &#8211; or, il se trouve que ce r&#234;ve, c'est celui de la Colonie, avec majuscule, la Colonie g&#233;n&#233;rique, en g&#233;n&#233;ral. Rien d'explicite ne d&#233;signe ces paysages comme ceux de la Colonie &#8211; au contraire, je l'ai dit, ce ne sont, a priori &#171; rien que des paysages &#187; portant la marque de l'exotisme, de l'&#233;loignement et de l'&#233;tranget&#233;. Seulement, il se trouve qu'il sont inscrits, toujours ou presque, dans un espace r&#233;el qui est celui de la colonisation occidentale. On n'y voit pas de panneau disant : &#171; Attention, ici colonie ! &#187;, mais cette superposition, cette co&#239;ncidence entre le paysage &#233;trange/&#233;tranger va s'imposer d'elle-m&#234;me dans l'esprit du spectateur &#8211; d'autant plus que ce paysage va se peupler d' &#171; esp&#232;ces &#187; vivantes qui vont tr&#232;s vite confirmer cette superposabilit&#233; du paysage (&#171; la nature &#187;) et du statut tr&#232;s particulier de ces espaces &#8211; en tant qu'ils sont ceux de la Colonie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Rapidement, voire imm&#233;diatement, ces paysages se peuplent. Ils ne se peuplent pas &#224; proprement parler de gens ou bien d'&#234;tres humains et d'animaux, mais d' &#171; esp&#232;ces &#187; parfaitement distinctes : les Blancs qui se ne distinguent pas seulement par leurs ph&#233;notypes mais aussi par leur accoutrement (le costume colonial), et surtout leurs langue et leur conduite &#8211; ils parlent des langues europ&#233;ennes, de mani&#232;re correcte et plus ou moins standardis&#233;e et ils se conduisent en ma&#238;tres. Il sont aussi &lt;i&gt;les conducteurs du r&#233;cit&lt;/i&gt; &#8211; c'est autour de leurs faits et gestes, aventures et m&#233;saventures que s'agence l'intrigue du film. En ce sens, ces films, quoique situ&#233;s dans des espaces d&#233;centr&#233;s plus ou moins lointains, ces films r&#233;alis&#233;s par des Blancs ou assimil&#233;s, sont toujours n&#233;anmoins rigoureusement &lt;i&gt;autocentr&#233;s&lt;/i&gt; : ce sont toujours avant tout &lt;i&gt;des histoires de Blancs&lt;/i&gt; qui s'y racontent. Viennent ensuite les diff&#233;rentes cat&#233;gories d'autochtones, indig&#232;nes, &lt;i&gt;natives&lt;/i&gt; et qui se distinguent rigoureusement des Blancs par leur apparence, leur v&#234;ture leur langage, leurs conduites et leurs m&#339;urs, m&#234;me s'ils ne sont pas tous semblables (certains sont plus proches des Blancs &#8211; guides, serviteurs, interpr&#232;tes, porteurs, troupes coloniales...). Mais surtout, pourrait-on dire, ce qui les s&#233;pare plus que tout des Blancs, c'est qu'au fond, ils font &lt;i&gt;partie du paysage&lt;/i&gt;. Ils en sont un &#233;l&#233;ment naturel. A ce titre, m&#234;me quand ils sont tout d&#233;vou&#233;s aux Blancs, qu'ils parlent leur langue et imitent leurs mani&#232;res, ils se situent &lt;i&gt;du c&#244;t&#233; du sauvage&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme tels, ils appartiennent au m&#234;me monde que la troisi&#232;me cat&#233;gorie de vivants qui viennent peupler les films coloniaux, cat&#233;gorie indispensable &#8211; les animaux sauvages &#8211; pratiquement pas de film colonial sans cette pr&#233;sence de l'animal sauvage, tout le bestiaire tropical, &#233;quatorial y passe, chaque fois selon les caract&#233;ristiques propres au lieu dans lequel se situe l'action du film &#8211; des diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s de serpents et reptiles, toutes plus dangereuses que les autres, aux panth&#232;res en passant par les lions, les tigres, les crocodiles, les hippopotames, des z&#232;bres, les antilopes, les vautours, les perroquets, les insectes, etc. Ce bestiaire exotique n'est pas seulement un indispensable &#233;l&#233;ment du d&#233;cor et l'occasion de multiples sc&#232;nes de genre toutes plus palpitantes les unes que les autres, c'est surtout la marque m&#234;me du sauvage. Par leur plus ou moins grande familiarit&#233; avec ce monde animal tant fascinant que dangereux, les indig&#232;nes exposent bien leur fondamentale homog&#233;n&#233;it&#233; avec lui. La fronti&#232;re essentielle et premi&#232;re, celle qui s&#233;pare la civilisation de la sauvagerie, dans ses degr&#233;s divers, est ainsi clairement dessin&#233;e. Or, cette fronti&#232;re, c'est la marque de fabrique et la signature de la Colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autochtones comme les animaux sauvages sont naturalis&#233;s en &#233;tant constamment renvoy&#233;s du c&#244;t&#233; du paysage. C'est en ce sens que tout film colonial peut &#234;tre d&#233;crit comme r&#233;alisant une op&#233;ration &lt;i&gt;naturaliste&lt;/i&gt;. La culture, c'est-&#224;-dire la civilisation, se situe tout enti&#232;re du c&#244;t&#233; des Blancs et les autres esp&#232;ces vivantes du c&#244;t&#233; de la nature &#8211; la Colonie, c'est &#231;a. D'autre part, m&#234;me si les personnages sont individualis&#233;s, y compris parfois du c&#244;t&#233; des indig&#232;nes (des subalternes), c'est avant tout un cin&#233;ma d'&lt;i&gt;esp&#232;ces vivantes&lt;/i&gt; et qui ne se m&#233;langent pas. Ces esp&#232;ces, naturellement, sont hi&#233;rarchis&#233;s &#8211; les Blancs, les colonis&#233;s, les animaux sauvages. Comme ces films, en g&#233;n&#233;ral, ne peuvent pas produire des repr&#233;sentations explicitement et directement inspir&#233;es par les th&#233;ories racistes issues du biologisme racial du XIX&#232;me si&#232;cle, &#224; la Gobineau ou Chamberlain, c'est le &lt;i&gt;langage&lt;/i&gt; qui est le conservatoire et le r&#233;v&#233;lateur des hi&#233;rarchies suppos&#233;ment naturelles : les Blancs parlent, avec des accents divers, les langages europ&#233;ens de mani&#232;re correcte, les indig&#232;nes qui utilisent ces langues parlent un sabir typiquement colonial &#8211; syntaxe simplifi&#233;e au maximum, vocabulaire r&#233;duit, accent grotesque, etc. Les autres ne parlent que les langues locales qui sont, par d&#233;finition, des jargons inintelligibles et primitifs... &lt;br class='autobr' /&gt;
L'usage d&#233;ficitaire de la langue des ma&#238;tres par les subalternes vient ici d&#233;signer de mani&#232;re assur&#233;e (et souvent divertissante), avec leur apparence, leur position inf&#233;rieure dans la hi&#233;rarchie des esp&#232;ces humaines. Les films coloniaux, comme les westerns, comme les p&#233;plums et les films noirs souvent sont des films plac&#233;s sous le signe de ce que l'on peut appeler une &lt;i&gt;grammaire des esp&#232;ces&lt;/i&gt; : les traits physiques d'un personnage, la fa&#231;on dont il parle, son nom, bien davantage que ce qui en dessine la singularit&#233;, en fait un personnage bon ou mauvais, beau ou laid, lui assignent sa place dans le tableau g&#233;n&#233;ral que pr&#233;sente le film. Or, ce tableau est avant tout hi&#233;rarchisant : les Blancs y occupent par d&#233;finition le haut du classement, qu'ils soient bons ou m&#233;chants, beaux ou laids (etc.), et les autres celle des subalternes relevant de diff&#233;rentes cat&#233;gories. &lt;br class='autobr' /&gt;
La grammaire des esp&#232;ces, dans ce genre de films, c'est ce qui attribue &#224; chacun sa place non pas tant selon ses caract&#233;ristiques individuelles propres mais selon un ensemble de r&#232;gles subliminaires, implicites et qui font de ces films des d&#233;calques de la structure coloniale et, davantage (pour autant que ce sont des films captivants, divertissants, s&#233;duisants, dotes d'une forte valeur ornementale) des &lt;i&gt;manifestes&lt;/i&gt; en faveur de l'ordre colonial qu'ils naturalisent. On pourrait penser que l'histoire de la colonisation occidentale, blanche est un chapitre de l'histoire qui s'est referm&#233;, que l'on est r&#233;solument entr&#233; dans l'&#226;ge post-colonial &#8211; mais ce que ces films montrent au contraire, notamment quand ils ont &#233;t&#233; tourn&#233;s apr&#232;s l'accession des anciennes colonies &#224; l'ind&#233;pendance, c'est la pr&#233;gnance de la matrice coloniale et la puissances de la Colonie comme image mentale (collective) ; ceci pour autant qu'elle est, en premier lieu le conservatoire des pr&#233;somptions attach&#233;es &#224; la notion de la sup&#233;riorit&#233; de la race blanche, en tant que celles-ci fonctionnent en Occident et dans le Nord global comme un inconscient collectif ind&#233;racinable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que j'appelle ici la grammaire des esp&#232;ces, c'est d'abord un ensemble de r&#232;gles enracin&#233;e dans le visible, c'est-&#224;-dire la visibilit&#233; des corps &#8211; dis-moi &#224; quoi tu ressembles et je te dirai qui tu es et quelle est ta place. Plus ta peau est fonc&#233;e et plus ta place est tout en bas. Mais, dans le film colonial, on passe insensiblement de la grammaire des corps &#224; celle des cultures : dis-moi quelle est ta religion, quel est ton costume, quelles sont tes coutumes, &#224; quoi ressemblent ta vie de famille et ta sexualit&#233; &#8211; et je te dirai, aussi bien, qui tu es et o&#249; est ta place dans la hi&#233;rarchie des cultures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le film colonial, c'est de ce point de vue, comme le Japon pour Roland Barthes, l'&lt;i&gt;empire des signes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes : L'empire des signes, Seuil, 1970.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il est des signes qui ne trompent pas et qui assignent infailliblement l'individu &#224; un emplacement dans le tableau des cultures : musulman, polygame, mangeant avec ses doigts plut&#244;t qu'avec fourchette et couteau, afflig&#233; de nombreux enfants et cousins et de toute une parent&#232;le envahissante &#8211; et voici sa place toute d&#233;sign&#233;e : dans la case subalterne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le film colonial ne se contente pas de pr&#233;senter ce tableau hi&#233;rarchique des cultures, il en met aussi en sc&#232;ne sans rel&#226;che les conflits. Il n'en finit pas de revisiter l'histoire de la colonisation ou des colonisations, europ&#233;ennes, blanches &#8211; et pour la transfigurer en un roman, une &#233;pop&#233;e : roman o&#249; se trouve parfois exalt&#233;e la marche en avant de la civilisation port&#233;e par l'expansion coloniale, o&#249; les massacres coloniaux se m&#233;tamorphosent en combats h&#233;ro&#239;ques, mais, plus souvent, roman d'&#233;ducation, sentimentale ou pas, roman c&#233;l&#233;brant la r&#233;silience et les facult&#233;s d'adaptation de l'homme blanc, roman en tout cas o&#249;, toujours, d'une mani&#232;re ou d'une autre, sera redessin&#233;e la fronti&#232;re s&#233;parant la vraie civilisation des cultures inf&#233;rieures, inqui&#233;tantes, d&#233;ficitaires ou carr&#233;ment sauvages ; mais aussi les vraies formes sociales et formes de vie portant la marque de la normalit&#233; et de la d&#233;cence, celles des soci&#233;t&#233;s occidentales, de celles qui pr&#233;sentent avec elles des &#233;carts significatifs : un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; pratiquement universel dans les films coloniaux, c'est celui de la &lt;i&gt;tribu&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; (les Occidentaux, les Blancs), nous vivons dans des soci&#233;t&#233;s solidement agenc&#233;es autour de rep&#232;res aussi solides que la classe (le groupe social), la famille monogamique et l'individu &#8211; et l'Etat, bien s&#251;r. Les &#171; autres &#187;, &lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;, trahissent leur manque de civilisation et leur caract&#232;re plus ou moins anomique en vivant dans des formes tribales &#8211; celles-ci peuvent &#234;tre de toutes sortes, mais ce qu'elles ont en commun, c'est leur manifeste inf&#233;riorit&#233; sur nos formes d'organisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les films coloniaux peuvent &#234;tre indiff&#233;remment le th&#233;&#226;tre d'affrontements historiques ou locaux entre les Blancs et les peuples colonis&#233;s ou bien de drames intimes, de situation d'entente plus ou moins harmonieuse entre colons, ma&#238;tres blancs et peuples autochtones. Cette grande diversit&#233; d'intrigues, de situations imaginaires ou au contraire d'&#233;vocation de faits et &#233;v&#233;nements historiques n'est pas ici le point crucial. Ce qui compte avant tout et qui fait l'unit&#233; du genre, c'est le fait que dans un film colonial, ce qui est en jeu, constamment, explicitement ou implicitement, directement ou indirectement, c'est la hi&#233;rarchie des races et donc la sup&#233;riorit&#233; du Blanc en tant que colonisateur et incarnation de la vie civilis&#233;e. Ceci ne veut pas dire que tout film colonial soutient la th&#232;se de cette sup&#233;riorit&#233; et en fait l'apologie . Cela veut simplement dire que c'est ce motif qui y est en question, au centre du tableau, c'est cette notion m&#234;me qui constitue &lt;i&gt;la matrice&lt;/i&gt; du film colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a pour effet d'ailleurs que le film colonial, comme la modernit&#233;, programme et inclut d'une fa&#231;on d&#233;cisive ce qui lui succ&#232;de : le film post-colonial, le film anti-colonial(iste), le film d&#233;-colonial &#8211; des sous-genres qui, bien s&#251;r, ont prolif&#233;r&#233; apr&#232;s le d&#233;mant&#232;lement des grands empires coloniaux et, disons, pendant et apr&#232;s la guerre du Vietnam notamment &#8211; ce sont des films qui demeurent amplement situ&#233;s dans l'espace d&#233;coup&#233; par le film colonial. Bien s&#251;r, les messages explicites, les intrigues et les &#171; fables &#187; (&#171; la morale de l'histoire &#187;) peuvent diff&#233;rer du tout au tout, les m&#233;chants du film colonial deviennent &#233;ventuellement les bons du film post-colonial ou anti-colonialiste, mais ce qui demeure invariant, c'est la description d'un monde divis&#233; non pas simplement entre gens de statut social diff&#233;rent, riches et pauvres, mais bien entre ma&#238;tres et serviteurs (voire esclaves) et le fait que cette division est plac&#233;e sous le signe de la race. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, tout le probl&#232;me, pour le monde d'aujourd'hui encore, demeure amplement et sur tout le pourtour de la plan&#232;te le m&#234;me : comment &lt;i&gt;sortir de cette configuration&lt;/i&gt;, de cette topographie &#224; la fois mentale et pratique, c'est-&#224;-dire enracin&#233;e dans des d&#233;coupages, des territoires, des formes de conflit, des rapports de force ? Le &#171; post &#187;- demeure, bien souvent, enferm&#233; dans les formes de ce dont, en lui succ&#233;dant, il est cens&#233; s'&#233;manciper ; ceci tout comme la &#171; post-modernit&#233; &#187; demeure, le plus souvent prise dans les filets d'une modernit&#233; qu'elle ne parvient pas &#224; surmonter, &#224; d&#233;faut d'en r&#233;aliser les promesses. &lt;br class='autobr' /&gt;
En voici deux exemples. Dans un pays comme la France, on a vu prolif&#233;rer, &#224; partir des ann&#233;es 1980, tout un cin&#233;ma de genre, plus ou moins r&#233;aliste ou naturaliste, dont l'action se situe sur les franges des grandes villes, dans ces quartiers excentr&#233;s qui ne sont pas &#224; proprement des banlieues mais que l'on appelle plut&#244;t les &#171; cit&#233;s &#187;. Les cit&#233;s, ce sont des quartiers dans lesquels se trouve concentr&#233;e toute une population g&#233;n&#233;ralement pauvre voire tr&#232;s pauvre, mais le plus souvent d'origine post-coloniale, une population dont la diff&#233;rence ethnique, culturelle et souvent religieuse est visible et une population, compos&#233;e en grande majorit&#233; de travailleurs peu qualifi&#233;s, de ch&#244;meurs, de m&#232;res au foyer... Ces films de &#171; cit&#233;s &#187; sont bons ou moins bons, voire mauvais, ils sont l'&#339;uvre de r&#233;alisateurs de sensibilit&#233;s et provenances diff&#233;rentes, certains eux-m&#234;mes d'origine post-coloniale. Mais ce qu'ils ont tous en commun est parfaitement distincts : les formes de division, de confit, les &#171; probl&#232;mes &#187; qu'&#233;voquent leurs films sont ceux de la Colonie d&#233;sormais transpos&#233;e dans les espaces m&#233;tropolitains &#8211; la relation entre &#171; esp&#232;ces &#187; diff&#233;rentes, relation ayant &#233;volu&#233; de la stricte opposition entre Blancs et non-Blancs vers des antagonismes entre &#171; cultures &#187; d&#233;crites comme engag&#233;es dans des conflits imm&#233;moriaux, voire des cultures incompatibles &#8211; la version locale du fameux &lt;i&gt;clash of civilizations&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces films, donc, quelles que soient les intentions et dispositions de ceux qui les r&#233;alisent, demeurent plac&#233;s &lt;i&gt;sous l'emprise&lt;/i&gt; du dispositif colonial ; ce sont des films post-coloniaux, souvent inspir&#233;s par une perception tr&#232;s critique des s&#233;quelles du colonialisme dans les ex-puissances imp&#233;riales europ&#233;ennes. Mais, pour l'essentiel, ils demeurent enferm&#233;s dans l'espace et mental et les topographies r&#233;elles de la Colonie, des espaces dans lesquelles Blancs et non-Blancs vivent dans des espaces s&#233;par&#233;s. Ils demeurent pris dans la structure coloniale exactement comme l'est la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ou comme la soci&#233;t&#233; &#233;tats-unienne demeure englu&#233;e dans l'histoire de l'esclavage &#8211; de &lt;i&gt;Naissance d'une Nation&lt;/i&gt; &#224; &#171; Black Lives Matter &#187; en passant par &lt;i&gt;Autant en emporte le vent&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Naissance d'une Nation, film de D. W Griffith (1915) ; Autant en emporte le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment le motif autour duquel s'agence un film comme &lt;i&gt;Get Out&lt;/i&gt; de Jordan Peele (2017) &#8211; l'histoire d'un jeune couple form&#233; d'une jeune fille blanche issue de la classe moyenne &#233;clair&#233;e et progressiste et d'un jeune gar&#231;on afro-am&#233;ricain, &#233;galement &#233;duqu&#233; et bien &#233;lev&#233;. Ils rendent visite aux parents de la premi&#232;re, dans leur villa avec jardin et piscine, o&#249; le gar&#231;on est accueilli avec sympathie par les premiers qui ne m&#233;nagent aucun effort pour lui faire sentir qu'ils sont &#233;mancip&#233;s de tout pr&#233;jug&#233; racial vis-&#224;-vis des Noirs am&#233;ricains &#8211; &#171; si j'avais pu voter deux fois pour Obama, dit le p&#232;re, je l'aurais fait &#187;. Mais peu &#224; peu, notamment &#224; l'occasion d'une garden party rassemblant les amis des parents de la jeune fille, tous plus blancs, progressistes et bobos les uns que les autres, toutes sortes de d&#233;r&#232;glements infimes de cette belle construction vont le produire, faisant peu &#224; peu basculer l'histoire, pour le jeune Noir, dans la plus sinistre des dystopies... Ce film appara&#238;t, &#224; la fin de l'&#232;re Obama, comme une r&#233;ponse et une impitoyable d&#233;construction ou r&#233;vocation d'un autre film, c&#233;l&#232;bre et classique &lt;i&gt;Devine qui vient d&#238;ner&lt;/i&gt;, de Stanley Kramer, avec la star Sidney Poitier (1967) et dont le message humaniste et plein d'optimisme accompagnait, &#224; l'&#233;poque l'av&#232;nement des luttes en faveur de l'&#233;galit&#233; civique et de la fin des discriminations subies par les Afro-am&#233;ricains aux Etats-Unis. Non, statue l'auteur de &lt;i&gt;Get Out&lt;/i&gt;, les choses n'ont pas tourn&#233; comme l'anticipait le progressisme de la gauche hollywoodienne, le &lt;i&gt;color divide&lt;/i&gt;, sous Obama, est toujours l&#224; et bien l&#224;, avec son cort&#232;ge de discriminations et de violences structurelles et cibl&#233;es &#8211; suremprisonnement des Noirs et autres minorit&#233;s aux Etats-Unis, violences polici&#232;res, discriminations civiles (entraves &#224; l'exercice du droit de vote dans de nombreux Etats), etc. Sous le trompe-l'oeil Obama, premier pr&#233;sident &#171; noir &#187; des Etats-Unis se laissent entrevoir les pr&#233;misses du retour du supr&#233;macisme blanc d&#233;complex&#233;, avec Trump. &lt;i&gt;Get Out&lt;/i&gt; est &#224; ce titre, un film qui va &#224; l'essentiel : il met en intrigue la persistance non seulement de ce que le terme de &#171; racisme &#187; est trop vague pour saisir, dans le contexte &#233;tats-unien notamment, mais bien du &lt;i&gt;color divide&lt;/i&gt; comme trait constituant de l'histoire de ce pays, h&#233;rit&#233; de la traite des esclaves et de l'&#233;conomie de plantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question int&#233;ressante, tant du point de vue d'une analytique des r&#233;cits que de la fonction politique du cin&#233;ma dans ses rapports &#224; la m&#233;moire collective, serait de savoir comment pourraient se produire des d&#233;placements, des bifurcations permettant de sortir &lt;i&gt;pour de bon&lt;/i&gt; du champ balis&#233; par le film colonial. Moins de se situer &lt;i&gt;apr&#232;s&lt;/i&gt; lui que hors de son emprise, r&#233;solument sur son bord ext&#233;rieur. Ici se dessinent plusieurs lignes de fuite, de qualit&#233; tout &#224; fait in&#233;gales. Certaines ne sont en effet que des faux-semblants, tandis que d'autres dessinent des perspectives d'&#233;mancipation r&#233;elles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les faux-semblants, ce sont des films fond&#233;s sur une op&#233;ration discursive, une construction narrative que j'appelle &lt;i&gt;suture&lt;/i&gt;. Il s'agit, l&#224; o&#249; les formes traditionnelles du r&#233;cit cin&#233;matographique attach&#233;es &#224; la Colonie, circonscrites dans la grande forme coloniale, entrent en crise, l&#224; o&#249; ces r&#233;cits se mettent &#224; &#171; fuir &#187; de toutes parts et &#224; entrer en conflit avec les normes et les sensibilit&#233;s du pr&#233;sent, de produire des d&#233;placements limit&#233;s, des am&#233;nagements dans les r&#233;cits dont l'effet, sinon l'intention d&#233;lib&#233;r&#233;e des r&#233;alisateurs, est de sauvegarder l'essentiel &#8211; disons, en premier lieu, &lt;i&gt;la place centrale du narrateur occidental blanc&lt;/i&gt;. Les st&#233;r&#233;otypes culturels et raciaux destin&#233;s &#224; assigner leur emplacement structurel aux &#171; peuples de couleur &#187; sont att&#233;nu&#233;s, corrig&#233;s, contrari&#233;s voire rendus ind&#233;tectables, les r&#244;les &#171; ethniques &#187; ne sont plus confi&#233;s &#224; des acteurs blancs &#171; blackfaced &#187; ou grim&#233;s en Indiens, en Mexicains ou en Chinois mais &#224; des com&#233;diens issus de ces mondes, la &#171; couleur &#187; ou la particularit&#233; ethnique cesse d'&#234;tre directement associ&#233;e &#224; des qualit&#233;s (ou leur oppos&#233;) morales &#8211; en bref, la grammaire des esp&#232;ces est bouscul&#233;e, les r&#233;cits brouillent les pistes des r&#233;cits traditionnels o&#249; &#233;tait &#224; l'oeuvre la matrice coloniale et imp&#233;riale. Dans le cin&#233;ma de Hollywood (et, plus g&#233;n&#233;ral le cin&#233;ma occidental), la diversit&#233; des apparences ethniques devient la norme, par inversion : l&#224; o&#249; la norme &#233;tait, dans les films hollywoodiens classiques, que le Noir soit ou bien un serviteur empress&#233; ou bien un ahuri grotesque, il devient d&#233;sormais obligatoire que, dans un film de conqu&#234;te de l'espace, un Noir et un Asiatique figurent au casting des seconds r&#244;les. Cela devient un pur proc&#233;d&#233; et cela ne change rigoureusement rien &#8211; la police, aux Etats-Unis, n'en tue pas moins d'Afro-Am&#233;ricains pour autant. &lt;br class='autobr' /&gt;
La &lt;i&gt;suture&lt;/i&gt;, c'est l'op&#233;ration qui consiste &#224; faire des films dans lesquels la tournure blancocentrique et occidentalocentrique demeure h&#233;g&#233;monique (la matrice), tandis que les quotas de diversit&#233; et la &#171; dignit&#233; &#187; ( &#224; d&#233;faut d'&#233;galit&#233;) des &#171; minorit&#233;s visibles &#187; (fausses minorit&#233;s, vraies majorit&#233;s...) sont scrupuleusement respect&#233;s... dans les films grand public hollywoodiens et post-hollywoodiens. La &#171; diversit&#233; &#187; devient le gimmick destin&#233; &#224; masquer la perp&#233;tuation du &lt;i&gt;color divide&lt;/i&gt; et de ce qui le fonde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut toujours se m&#233;fier, au cin&#233;ma, de ce que le sociologue jud&#233;o-allemand exil&#233; aux Etats-Unis Siegfried Kracauer, auteur entre autres du classique essai sur le cin&#233;ma expressionniste allemand &lt;i&gt;De Caligari &#224; Hitler&lt;/i&gt;, appelait &#171; les joues roses de la moralit&#233; &#187; &#8211; la bonne intention et la bonne &lt;i&gt;couleur morale&lt;/i&gt; d'un film&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Siegfried Kracauer : De Caligari &#224; Hitler, une histoire psychologique du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceci particuli&#232;rement dans les films dont la Colonie ou la post-colonie est le th&#233;&#226;tre. Le passage au r&#233;gime post-colonial et apparemment dissoci&#233; du temps de la colonisation est un pur faux-semblant lorsque ce sont, comme c'est le cas dans une infinit&#233; de films peupl&#233;s de bonnes intentions, de bons Blancs humanitaires, progressistes et &#233;clair&#233;s qui volent au secours des colonis&#233;s d'hier devenue entretemps des malheureux du Tiers monde ; lorsque, donc, dans ces conditions, le blancocentrisme narratif n'a fait que se r&#233;orienter, se renouveler, se recycler : au lieu d'&#234;tre dans la peau du chasseur de fauves &#233;quip&#233; de ses guides et de ses porteurs indig&#232;nes, le voici transfigur&#233; en m&#233;decin au grand c&#339;ur des parias de la &lt;i&gt;Cit&#233; de la joie&lt;/i&gt;, le bidonville g&#233;ant de Kolkota, &#224; moins que ce ne soit en avocate pers&#233;v&#233;rante et d&#233;vou&#233;e &#8211; et impeccablement blanche (Judy Foster) &#8211; du faux terroriste reclus et tortur&#233; &#224; Guantanamo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Joff&#233; : La cit&#233; de la joie (1992) ; The Mauritanian, film &#233;tats-unien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouvera le parfait &#233;quivalent de ces fausses sorties hors d'un cin&#233;ma fond&#233; sur la grammaire des races dans plus d'un western post-classique, de gauche et antiraciste &#8211; mais dans lequel ce seront des Blancs &#233;pris de justice aux yeux bleus qui feront rempart de leur corps devant des Indiens mis &#224; mal par des colons cruels et racistes &#8211; des Indiens dont les premiers r&#244;les continueront sans rel&#226;che &#224; &#234;tre interpr&#233;t&#233;s par des acteurs &#171; caucasiens &#187; enduits d'un &#233;pais fond de teint fonc&#233;. Cet exemple montre, en passant, que de nombreuses formes d'hybridation existent entre les films coloniaux et d'autres relevant d'autres genres &#8211; westerns, films noirs, road movies... Les fronti&#232;res ne sont pas toujours clairement dessin&#233;es, notamment avec le western que l'on peut voir comme une sorte de film colonial interne &#224; l'histoire et au territoire des Etats-Unis &#8211; mais indissociable de ses fronti&#232;res mouvantes aussi &#8211; l'enjeu de la grammaire des races n'y est pas moins central et d&#233;cisif que dans les films coloniaux classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait que des lignes de fuite hors de l'espace dans lequel se tient le film colonial ne se dessinent v&#233;ritablement que lorsqu'apparaissent de nouveaux narrateurs eux-m&#234;mes issus du monde des colonis&#233;s, situ&#233;s dans ce monde m&#234;me ; lorsque se forment de nouveaux foyers narratifs &#224; partir desquels l'histoire et les personnages de la colonie et de la post-colonie sont abord&#233;s par les films dans des perspectives d&#233;centr&#233;es, du point de vue des anciens colonis&#233;s eux-m&#234;mes ; lorsqu'&#233;merge un cin&#233;ma indien (bengali notamment), africain, latino-am&#233;ricain (etc.), lorsque, dans les anciennes m&#233;tropoles coloniales et imp&#233;riales, des cin&#233;astes issus des minorit&#233;s ethniques ou post-coloniales (les Africains Am&#233;ricains aux Etat-Unis, les enfants d'immigr&#233;s en France ou en Grande-Bretagne) s'emparent de la cam&#233;ra et imposent le contre-champ du regard colonial sur le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma bengali, par exemple, raconte une histoire de l'Inde sous domination britannique, de la lutte pour l'ind&#233;pendance et des premiers temps de celle-ci dont le premier trait est sa totale h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; au cin&#233;ma britannique ou hollywoodien situ&#233; dans les m&#234;mes contextes &#8211; les personnages, les lieux, les intrigues, tout y est diff&#233;rent comme si ces films se situaient dans des mondes sans commune mesure, totalement autres : prenez n'importe quel film de Satyajit Ray, par exemple, et tentez de le superposer &#224; un film colonial hollywoodien standard comme &lt;i&gt;Bhowani Junction&lt;/i&gt; (1956) de George Cukor, situ&#233; dans les temps qui pr&#233;c&#232;dent imm&#233;diatement l'ind&#233;pendance indienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une m&#234;me histoire en constitue la toile de fond, mais ce sont des mondes qui ne communiquent pas ; l'indice qui ne trompe pas, encore une fois, c'est ce qu'il faut bien appeler, dans le film colonial, la rigoureuse police raciale des corps qui pr&#233;side au choix des acteurs : qu'ils incarnent des Blancs, des m&#233;tis ou des Indiens, les principaux acteurs sont des Blancs hollywoodiens, plus ou moins grim&#233;s &#8211; &#224; commencer par la star Ava Gardner qui joue le r&#244;le d'une m&#233;tisse. Les Indiens ethniques mobilis&#233;s pour le film sont l&#224; pour figurer &lt;i&gt;la masse&lt;/i&gt;, la foule, en proie &#224; ses affects, souvent d&#233;bordante, dangereuse par d&#233;finition. On a l&#224; une police des corps qui colle au plus pr&#232;s aux repr&#233;sentations et aux pratiques coloniales &#8211; ceci dans un film tourn&#233; pr&#232;s d'une d&#233;cennie apr&#232;s l'accession de l'Inde &#224; l'ind&#233;pendance : l'individualit&#233;, avec toutes les complexit&#233;s qui y adh&#233;rent, c'est une caract&#233;ristique blanche, un privil&#232;ge occidental. L'&#233;tat naturel des colonis&#233;s, c'est le collectif plus ou moins anomique &#8211; la masse. Lorsque le colonis&#233; est extrait de cette masse pour &#234;tre individualis&#233;, il le sera toujours sous une forme stylis&#233;e &#224; l'extr&#234;me, simplifi&#233;e et caricaturale &#8211; un &lt;i&gt;bon&lt;/i&gt;, nationaliste mod&#233;r&#233; et partisan de la non-violence, partisan de Gandhi, ou bien un &lt;i&gt;fanatique&lt;/i&gt;, musulman de pr&#233;f&#233;rence et agent de l'expansionnisme japonais pendant la Seconde guerre mondiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, comme toujours dans le film colonial, le r&#233;cit s'agence autour de cha&#238;nes d'&#233;quivalence biais&#233;es et caricaturales &#8211; communisme, terrorisme, islamisme contre gandhisme, non-violence, mod&#233;ration, bouddhisme. Comme si les complexit&#233;s des derniers temps de l'Empire britannique aux Indes pouvaient se r&#233;duire &#224; ces simplifications biais&#233;es. Ici, le film colonial r&#233;&#233;crit, corrige l'histoire en la transformant en conte moral au plus pr&#232;s des int&#233;r&#234;ts et de la vision de l'histoire de l'ancien colonisateur. En fait, s'inspirant d'un roman &#233;crit par un ancien militaire britannique en Inde, le film colonial tardif se pr&#233;sente ici comme une r&#233;p&#233;tition, &lt;i&gt;une reprise (reenactment)&lt;/i&gt; de la colonisation &#8211; au temps o&#249; la d&#233;colonisation est en plein essor sur tout le pourtour du globe et o&#249; l'Inde ind&#233;pendante fait ses premiers pas. La r&#233;alisation du film post-colonial devient un geste nostalgique dans lequel se c&#233;l&#232;bre, envers et contre tout et dans le contexte des derni&#232;res heures de la Colonie, &lt;i&gt;le bon vieux temps de la colonisation&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit bien ici comment le film colonial fonctionne comme un genre &lt;i&gt;global&lt;/i&gt; : Cukor, le r&#233;alisateur de &lt;i&gt;Bhowani Junction&lt;/i&gt;, est un r&#233;alisateur d'origine hongroise et juive n&#233; aux Etats-Unis, ayant fait toute sa carri&#232;re &#224; Hollywood et excell&#233; notamment dans le genre l&#233;ger et divertissant &#8211; les com&#233;dies p&#233;tillantes du genre &lt;i&gt;My Fair Lady&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Une &#233;toile est n&#233;e&lt;/i&gt;, etc. &#8211; tout donc sauf l'auteur d'un cin&#233;ma &#224; vocation politique, tourn&#233; vers les trag&#233;dies historiques du pass&#233; ou du pr&#233;sent ; or, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce profil d'&lt;i&gt;entertainer&lt;/i&gt; de Cukor, pass&#233; de Broadway &#224; Hollywood, prince du cin&#233;ma de divertissement (du samedi soir et du dimanche apr&#232;s-midi) vendu aux masses &#233;tats-uniennes dans le climat un peu lourd de l'apr&#232;s-guerre (Guerre froide, chasse aux sorci&#232;res...) qui le destine &#224; r&#233;aliser, en toute innocence si l'on peut dire, un film colonial exemplaire dans un temps o&#249; partout, de l'Indochine &#224; l'Alg&#233;rie, de l'Indon&#233;sie aux colonies d'Afrique subsaharienne, les luttes anticoloniales sont en plein essor. C'est bien l&#224; ce qui montre que, du point de vue des industries culturelles blancocentr&#233;es, mais aussi du public occidental qui en consomme les produits, le film colonial, c'est le parfait objet de divertissement &#8211; couleurs, aventures, drames, passions, exotisme violent &#8211; tout le reste (et qui saute aux yeux quand on voit le film un demi-si&#232;cle apr&#232;s) passe en contrebande : la mise en &#233;quivalence, d&#233;j&#224;, du musulman et du terroriste fanatique, la chasse aux sorci&#232;res communistes et, encore et toujours, l'effacement des corps colonis&#233;s au profit de corps blancs grotesquement &lt;i&gt;blackfaced&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Regardez maintenant un film de Satyajit Ray, n'importe lequel, et vous y verrez &#233;merger et vivre une toute autre Inde, celle de la colonie en putr&#233;faction ou des premiers temps de l'ind&#233;pendance, avec ses personnages r&#233;els, ses riches et ses pauvres, ses petits bureaucrates et ses prol&#233;taires, ses gros et ses maigres, ses laideurs et ses beaut&#233;s aussi, ses m&#233;langes linguistiques, ses contrastes... Un monde dans lequel le personnage du ma&#238;tre blanc qui occupe tout l'espace dans le film colonial s'est comme effac&#233; ou est pass&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan, comme une ombre, un fant&#244;me, voire comme une pure illusion. Le cin&#233;ma des post-colonis&#233;s, en ce sens, agit constamment comme un retour au r&#233;el en d&#233;chirant le voile, le drap&#233; chatoyant du film colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mot pour finir : je ne veux pas dire qu'il n'existe pas de films tr&#232;s distinctement anticoloniaux, anticolonialistes, r&#233;alis&#233;s par des auteurs blancs, issus des pays du Nord global, en Europe et en Am&#233;rique. Il en existe par exemple de tr&#232;s bons qui se rapportent &#224; la guerre d'ind&#233;pendance des Alg&#233;riens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avoir vingt ans dans les Aur&#232;s de Ren&#233; Vautier (1972), La bataille d'Alger (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &#8211; la raison pour laquelle ils ont &#233;t&#233; si longtemps censur&#233;s en France. &lt;i&gt;Amigo&lt;/i&gt;, film du r&#233;alisateur &#233;tats-unien John Sayles (2010) est &#233;galement un contre-r&#233;cit exemplaire de la colonisation des Philippines par les Etats-Unis, au tournant du XIX&#232;me si&#232;cle. Ces films existent et d'autres aussi... mais ils ne sont pas nombreux, si on les compare &#224; la masse de ceux qui ont v&#233;hicul&#233; les st&#233;r&#233;otypes coloniaux et qui, aujourd'hui encore, en font encore circuler le poison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant, le chantier qui demeurerait &#224; mettre en route serait celui-ci : qu'est-ce qu'un &lt;i&gt;film d&#233;colonial&lt;/i&gt; &#8211; ou plut&#244;t : que serait-il, que pourrait-il &#234;tre ? Quel sens pourrait-on donner &#224; cette notion m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Filmographie compl&#233;mentaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;The Black Narcissus&lt;/i&gt; (Michael Powell, Emeric Pressburger, 1947)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;King Solomon's Mines&lt;/i&gt; (Compton Bennett, 1950)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Thunder in the East&lt;/i&gt; (Charles Vidor, 1951)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Rains of Ranchipour&lt;/i&gt; (Jean Negulesco, 1955)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;North West Frontier&lt;/i&gt; (J. Lee Thompson)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Zulu&lt;/i&gt; (Cy Ebfield, 1964)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;The Sundowners&lt;/i&gt; (George Templeton, 1950)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Coup de torchon&lt;/i&gt; (Bertrand Tavernier, 1981)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Chocolat&lt;/i&gt; (Claire Denis, 1988)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Tabou&lt;/i&gt; (Miguel Gomes, 2012)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emile Noiraut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Bandera&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;P&#233;p&#233; le Moko&lt;/i&gt;, films fran&#231;ais de Julien Duvivier (1935, 1937) ; &lt;i&gt;Lawrence d'Arabie&lt;/i&gt;, film britannique de David Lean (1962) ; &lt;i&gt;Les quatre plumes blanches&lt;/i&gt;, film britannique de Zoltan Korda, 1958 ; &lt;i&gt;La r&#233;volte des Cipayes&lt;/i&gt;, film &#233;tats-unien de Lzlo Benedek (1954) ; &lt;i&gt;Le tombeau hindou&lt;/i&gt;, film franco-italo allemand de Fritz Lang (1959) ; &lt;i&gt;Mort sur le Nil&lt;/i&gt;, film britannique de John Guillermin ; &lt;i&gt;The Naked Prey&lt;/i&gt;, film &#233;tats-unien de Cornel Wilde (1965) ; &lt;i&gt;Les 55 jours de P&#233;kin&lt;/i&gt;, film &#233;tats-unien de Nicholas Ray (1963).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes : &lt;i&gt;L'empire des signes&lt;/i&gt;, Seuil, 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Naissance d'une Nation&lt;/i&gt;, film de D. W Griffith (1915) ; &lt;i&gt;Autant en emporte le vent&lt;/i&gt;, film de Victor Flemming (1940).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Siegfried Kracauer : &lt;i&gt;De Caligari &#224; Hitler, une histoire psychologique du nazisme&lt;/i&gt; ( 1947). Klincksieck (2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Joff&#233; : &lt;i&gt;La cit&#233; de la joie&lt;/i&gt; (1992) ; &lt;i&gt;The Mauritanian&lt;/i&gt;, film &#233;tats-unien de Kevin Macdonald (2021)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Avoir vingt ans dans les Aur&#232;s&lt;/i&gt; de Ren&#233; Vautier (1972), &lt;i&gt;La bataille d'Alger&lt;/i&gt; de Gillo Pontecorvo (1966).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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