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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Grenouilles, grenouilles !</title>
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		<dc:date>2022-03-29T19:51:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Jean-Marcel Bermude</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Il n'est point d'homme qui ne veuille &#234;tre despote quand il bande &#187; D.A.F de Sade &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour l'ermite de Pouldreuzic &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque, sur le coup de minuit, le vacarme se faisait vraiment trop insupportable, je sortais sur le balcon et, pla&#231;ant mes deux mains en cornet autour de ma bouche, hurlais &#224; pleins poumons, en direction de l'&#233;tang : &#171; Grenouilles, grenouilles, montrez-nous vos couilles ! &#187;. Le coassement s'interrompait aussit&#244;t et un lent grouillement se faisait entendre du c&#244;t&#233; de la berge, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Il n'est point d'homme qui ne veuille &#234;tre despote quand il bande &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
D.A.F de Sade&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour l'ermite de Pouldreuzic&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, sur le coup de minuit, le vacarme se faisait vraiment trop insupportable, je sortais sur le balcon et, pla&#231;ant mes deux mains en cornet autour de ma bouche, hurlais &#224; pleins poumons, en direction de l'&#233;tang : &#171; Grenouilles, grenouilles, montrez-nous vos couilles ! &#187;. Le coassement s'interrompait aussit&#244;t et un lent grouillement se faisait entendre du c&#244;t&#233; de la berge, tandis que les batraciens (m&#226;les) sautillaient maladroitement sur l'herbe humide. Peu &#224; peu, un alignement se produisait tandis que les malheureux amphibiens s'essayaient &#224; exhiber leurs pitoyables attributs, luisant comme des filaments au clair de lune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je laissais passer de longues minutes, les mains pos&#233;es &#224; la balustrade du balcon, fig&#233; dans une hautaine posture de commandement. Puis enfin, apais&#233;, je lan&#231;ais d'un ton de paterne bienveillance : &#171; Bon, &#231;a va &#8211; vous pouvez y aller... &#187;, consigne aussit&#244;t suivie par une s&#233;rie de &#171; plof-plof &#187; grotesques, avant que ne se r&#233;tabl&#238;t le grand silence de la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je regagnais alors ma chambre et tentais de me rendormir, le plus souvent en vain. Il me fallait bien alors me r&#233;soudre &#224; rallumer la lumi&#232;re et &#224; me replonger dans &lt;i&gt;Zomia ou l'art de n'&#234;tre pas gouvern&#233;&lt;/i&gt; jusqu'aux premi&#232;res lueurs de l'aube. Je me r&#233;veillais g&#233;n&#233;ralement aux alentours de midi, bien d&#233;cid&#233; &#224; en finir une fois pour toutes avec cette calamit&#233; &#8211; les grenouilles. Mais, une occupation en entra&#238;nant une autre, ma r&#233;solution s'&#233;tiolait au fur et &#224; mesure que passaient les heures et la nuit tombait sans que je n'aie rien entrepris en vue de r&#233;gler le probl&#232;me. Je me couchais g&#233;n&#233;ralement vers onze heures, sachant pertinemment que je serais tir&#233; de mon premier sommeil (le plus r&#233;parateur) par l'&#233;pouvantable vacarme, &#224; peine une heure plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela faisait des ann&#233;es que je subissais cette situation comme une fatalit&#233;, elle &#233;tait devenue l'horizon ind&#233;passable de mon existence. Ma seule consolation &#233;tait alors ce don &#233;trange qui m'&#233;tait &#233;chu de faire stopper net le concert de coassements en pronon&#231;ant la formule magique surgie du tr&#233;fonds de mon inconscient : &#171; Grenouilles, grenouilles, montrez-nous vos couilles ! &#187; &#8211; &#231;a marchait &#224; tous les coups, c'&#233;tait magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis que toute mon existence avait fini par tourner autour de cette situation tant incommodante qu'insolite, je n'exag&#232;re pas. J'avais arr&#234;t&#233; de travailler, &#233;videmment, incapable, je l'ai dit, de me lever avant le milieu de la journ&#233;e et devant me contenter de vivoter des minables arnaques que je montais sur internet durant les quelques heures de r&#233;pit qui me demeuraient, en milieu d'apr&#232;s-midi. Ma vie affective &#233;tait tomb&#233;e &#224; un niveau &#224; peu pr&#232;s &#233;gal &#224; z&#233;ro : il m'arrivait bien encore, mais de plus en plus rarement, de trouver l'&#233;nergie d'aller draguer quelque facile &#233;ph&#232;be dans un bar gay ou sur un site sp&#233;cialis&#233; &#8211; mais quant &#224; le convaincre de passer une nuit enti&#232;re sous mon toit ! Les choses se d&#233;roulaient selon un rite &#224; peu pr&#232;s immuable, conduisant invariablement au d&#233;sastre : &#224; peine attir&#233; dans ma chambre, apr&#232;s les quelques verres de whisky japonais et le petit tour de chauffe de rigueur dans mon salon &#233;cossais, &#224; peine avais-je commenc&#233; &#224; effeuiller le mignon que montait d&#233;j&#224; la rumeur coassante, crescendo puis, rapidement, assourdissante, insupportable. Tandis que je me faisais maladroit, nerveux d&#233;concentr&#233;, le gar&#231;on se rajustant, m'interrogeait : &#171; C'est quoi, ce bordel ? &#187;. Il me fallait alors me lancer dans les plus p&#233;nibles et d&#233;bandantes des explications avant de l'entra&#238;ner in&#233;vitablement sur le balcon, tout &#224; fait d&#233;gris&#233;, et pr&#234;t &#224; relancer l'&#233;ternelle c&#233;r&#233;monie : &#171; Grenouilles, grenouilles, montrez-nous vos couilles ! &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce tournant de la soir&#233;e, mes amants (ou presque...) du jour r&#233;agissaient de mani&#232;re tr&#232;s variable : certains, impressionn&#233;s par la puissance de mon verbe (Verbe ?), s'essayaient imm&#233;diatement &#224; tester leurs propres pouvoirs sur les batraciens et se mettaient &#224; brailler sur tous les tons : &#171; Grenouilles, grenouilles... &#187; &#8211; bien en vain, jamais aucun d'entre eux ne fut en mesure de faire revenir l'ombre d'une reinette (m&#226;le) sur la berge et moins encore d'y exhiber ce qui lui tient lieu d'organes g&#233;nitaux. Ce pouvoir, manifestement, n'appartenait qu'&#224; moi et je n'en &#233;tais pas peu fier &#8211; quand bien m&#234;me j'en payais, en ces circonstances, le prix le plus &#233;lev&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres, plus impressionnables et terrifi&#233;s tant par le caract&#232;re insolite de l'incident que par la sombre majest&#233; du d&#233;cor nocturne et champ&#234;tre, prenaient tout simplement la fuite, non sans, &#224; l'occasion, pousser, &#224; la vue du spectacle s'offrant &#224; leurs yeux, de ces petits cris &#233;pouvant&#233;s et propres, selon moi, &#224; nuire gravement au cr&#233;dit de la d&#233;sormais tr&#232;s honorable esp&#232;ce ou compagnie gay. Ils d&#233;talaient sans demander leur reste, abandonnant dans leur fuite honteuse, qui un paquet de pr&#233;servatifs extra strong, qui un &#233;pais roman de Murakami, qui un parapluie pliant en forme de gode...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai plus d'une fois song&#233; &#224; d&#233;m&#233;nager. Mais allez trouver, par les temps qui courent, une vraie maison de caract&#232;re avec colombages et terrasse courant tout autour de l'&#233;tage, entour&#233;e d'une vaste domaine arbor&#233; et donnant de plain-pied sur un &#233;tang cercl&#233; d'une magnifique couronne de roseaux, agr&#233;ment&#233; (&lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;) d'une &#233;tendue de centaines de n&#233;nuphars remplissant l'atmosph&#232;re, aux premi&#232;res heures du printemps, de senteurs ent&#234;tantes... Le tout pour un loyer des plus modiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeure, bien s&#251;r, l'&#233;puisante plaie des grenouilles... Combien de fois n'ai-je pas &#233;t&#233; tent&#233; de recourir aux grands moyens en vue de r&#233;gler le probl&#232;me une fois pour toutes &#8211; d&#233;versement dans l'&#233;tang d'un baril entier d'eau de javel, d&#233;charges &#233;lectriques de haute intensit&#233; dans l'eau, app&#226;ts empoisonn&#233;s... sans avoir jamais le courage d'aller jusqu'au bout de mes r&#233;solutions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas tant, &#224; vrai dire, mon ind&#233;fectible attachement &#224; la cause animale qui m'en a dissuad&#233;, ni l'image affreuse de ces centaines de corps inertes de grenouilles flottant &#224; la surface de l'&#233;tang ; ni m&#234;me la crainte de graves ennuis avec la Justice, la reinette &#233;tant depuis peu class&#233;e comme esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e, au m&#234;me titre d'ailleurs que la grenouille mouton, la grenouille rousse, la grenouille marsupiale, la grenouille mugissante, la grenouille de Darwin, la grenouille &#224; queue des Rocheuses, la grenouille taureau, la grenouille tigre et, sauf erreur de ma part, la grenouille tomate... Non, plus j'y r&#233;fl&#233;chis et plus je dois bien m'avouer que ce qui me conduit &#224; supporter d'un c&#339;ur finalement l&#233;ger le tracas, que dis-je, le tourment, d'&#234;tre arrach&#233; &#224; mes doux r&#234;ves chaque nuit que Dieu fait, c'est l'ineffable jouissance que je tire, avec la m&#234;me r&#233;gularit&#233; exactement, &#224; sortir en majest&#233;, &#224; demi-v&#234;tu, hirsute, sur mon balcon et &#224; lancer d'un ton de commandement souverain, le bras tendu vers mes bruyants sujets, l'injonction qui, dans l'instant, les r&#233;duit au silence et les contraint &#224; s'ex&#233;cuter : &#171; Grenouilles, grenouilles, montrez-nous vos couilles ! &#187; O plaisir insigne de se voir ainsi ob&#233;i au doigt et &#224; l'&#339;il ! En est-il d'autres qui s'y puissent mesurer ?! &#171; Grenouilles, grenouilles... ! &#187; &#8211; douce ivresse du pouvoir, d&#233;lices de la sommation aussit&#244;t suivie d'effet ! Insigne beaut&#233; de l'ob&#233;issance aveugle ! &#171; Grenouilles, grenouilles... ! &#187; &#8211; non, d&#233;cid&#233;ment, je ne m'en lasserai jamais... Vivement cette nuit, oui, qu'il vienne, qu'il vienne, le mitan de la nuit !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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