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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>La belle image. Regard sur les d&#233;mocraties contemporaines</title>
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		<dc:date>2022-08-31T03:53:21Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ivan Bogdanov</dc:creator>



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&lt;p&gt;Compte-rendu du livre : Alain Brossat et Alain Naze, La D&#233;mocratie comme village Potemkine (L'Harmattan, 2022) &lt;br class='autobr' /&gt; Malgr&#233; son titre : La D&#233;mocratie comme village Potemkine, le nouveau livre d'Alain Brossat et d'Alain Naze ne propose pas une &#233;ni&#232;me d&#233;finition de la d&#233;mocratie ni une histoire de ce r&#233;gime depuis l'&#233;poque grecque, encore moins une r&#233;flexion sur ce que peut &#234;tre, aujourd'hui, un bon ou un mauvais gouvernement. C'est une tout autre approche, in&#233;dite et d&#233;rangeante, qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Compte-rendu du livre :
Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;La D&#233;mocratie comme village Potemkine&lt;/i&gt; (L'Harmattan, 2022)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;	Malgr&#233; son titre : &lt;i&gt;La D&#233;mocratie comme village Potemkine&lt;/i&gt;, le nouveau livre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;cemment les auteurs ont &#233;crit trois autres livres ensemble : &#8212; sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'Alain Brossat et d'Alain Naze ne propose pas une &#233;ni&#232;me d&#233;finition de la d&#233;mocratie ni une histoire de ce r&#233;gime depuis l'&#233;poque grecque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce propos on lira avec profit : Luciano Canfora, La D&#233;mocratie, histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, encore moins une r&#233;flexion sur ce que peut &#234;tre, aujourd'hui, un bon ou un mauvais gouvernement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence ici &#224; la diff&#233;rence entre une conception repr&#233;sentative (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est une tout autre approche, in&#233;dite et d&#233;rangeante, qu'ils proposent.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelle est-elle ?&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;mocratie est aujourd'hui essentiellement un &lt;i&gt;produit d'appel&lt;/i&gt;. Son omnipr&#233;sence sur les bancs de l'&#233;cole, dans les m&#233;dias, dans les discours politiques n'est pas naturelle. Partout, on ne fait que parler d'elle, partout on l'invoque pour justifier la lutte contre les terroristes, contre les dictateurs, partout on brandit l'imp&#233;ratif des droits universels de l'homme pour tous. Si la d&#233;mocratie est autant mise &#224; l'honneur par les &#233;lites, et par nous-m&#234;mes ensuite, ce n'est &#233;videmment pas pour ses beaux yeux. C'est qu'elle mobilise plus que n'importe quelle autre image la soci&#233;t&#233;. Personne n'osera s'opposer &#224; elle, car elle est cens&#233;e incarner les valeurs d'une humanit&#233; civilis&#233;e. Et il est si facile de lui associer au passage des imp&#233;ratifs &lt;i&gt;cat&#233;goriques&lt;/i&gt; : allez voter, choisissez un parti, manifestez le moins possible, etc. Nos d&#233;mocraties sont ind&#233;tachables du cadre dans lequel on parle d'elles, ou comme le disent les auteurs : elles sont une &#171; vitrine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p. 60.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; En faisant de la d&#233;mocratie une &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt;, les &#233;lites ont mis en place un dispositif : toute action se fera au nom de cette d&#233;mocratie, quand bien m&#234;me les pratiques seraient douteuses. La d&#233;mocratie, elles en ont fait sinon une marchandise, un &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt;, le plus beau des produits. Celui qui implique le plus d'effets, d'actions de notre part et le moindre co&#251;t. Les &#233;lites ont su s'adapter, on doit les f&#233;liciter pour cela, elles ont trouv&#233; le moyen de formater les individus avec leur assentiment&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p. 35.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est donc tout logiquement que les auteurs du livre en sont arriv&#233;s &#224; ce constat : &#171; la d&#233;mocratie [&#8230;] ce n'est pas une id&#233;e, une id&#233;alit&#233;, un concept, c'est une &lt;i&gt;image mentale&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, La D&#233;mocratie comme village Potemkine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La d&#233;mocratie, ce n'est donc pas quelque chose de r&#233;el ni sa copie, c'est juste une image, une &lt;i&gt;belle image&lt;/i&gt; qu'on exhibe comme un &lt;i&gt;ex-voto&lt;/i&gt;. Tout ce discours des droits de l'homme, des libert&#233;s, de la la&#239;cit&#233; ou sur la bienveillance &#224; tenir envers la nature et la plan&#232;te, tout cela, ce n'est qu'une &lt;i&gt;image que nous formons dans notre t&#234;te&lt;/i&gt;. C'est l'expression d'un d&#233;sir des &#233;lites qui maintenant est devenu le n&#244;tre. Et pour cause, la d&#233;mocratie est essentiellement un &lt;i&gt;f&#233;tiche&lt;/i&gt;, une image qui assujettit celui qui l'adopte &#224; un comportement. Les &#233;lites politiciennes ont enfin trouv&#233; avec elle (cette &lt;i&gt;belle image&lt;/i&gt;) la solution du vivre-ensemble, elles ont enfin trouv&#233; ce qui pouvait donner corps &#224; leur insupportable et injustifiable domination. D&#233;sormais, on ne pourra pas dire qu'il n'y a pas de souverainet&#233; du peuple, puisque tout dans les discours y renvoie, alors m&#234;me que dans les faits, il n'y a pas de peuple, juste des individus plus ou moins &#233;go&#239;stes et consommateurs.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;mocratie ne serait donc qu'un r&#234;ve. Et m&#234;me si nous nous r&#233;veillons, cette image sera-t-elle toujours l&#224; ? Au moins saurons-nous que c'est un r&#234;ve. Tel qu'elle se donne en tout cas, comme image et comme &#233;nonc&#233;, la d&#233;mocratie n'est qu'une illusion, un leurre, une histoire, un r&#233;cit invent&#233; de toute pi&#232;ce, au m&#234;me titre que la c&#233;l&#232;bre l&#233;gende de Potemkine. Selon la petite histoire : le g&#233;n&#233;ral et ministre de Catherine II de Russie, Potemkine, aurait command&#233; des &#171; tentures peintes repr&#233;sentant de coquettes maisons, proprettes et fleuries &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 17.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lors de la visite de l'imp&#233;ratrice en Crim&#233;e, pour cacher la triste condition des paysans de son royaume&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui, territoire de l'Ukraine.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'important n'est pas tant la v&#233;racit&#233; de cette histoire que le fait que tout pouvoir ait besoin de produire de belles images de bonheur, d'&#233;panouissement. Nos d&#233;mocraties contemporaines ne ressemblent que trop bien &#224; ses &lt;i&gt;villages Potemkine&lt;/i&gt;, o&#249; tout semble beau, mais qui n'ont rien de r&#233;el, puisque c'est une image qui doit nous interpeller, activer en nous des &lt;i&gt;stimuli&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Certes on dira que les libert&#233;s sont bien l&#224;, puisqu'il est possible de r&#233;diger un compte-rendu d'un livre qui se veut critique quant &#224; la &lt;i&gt;f&#233;tichisation&lt;/i&gt; de la d&#233;mocratie. Mais le probl&#232;me n'est pas celui d'une privation de libert&#233;, d'une possible censure comme l'on peut trouver dans un r&#233;gime autoritaire, le probl&#232;me c'est la r&#233;cup&#233;ration politique ou plut&#244;t la difficult&#233; &#224; faire entendre un autre discours que celui de la &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt;. Personne mieux que Macron ou Trump n'a su vendre cette belle image. Ils sont parvenus &#224; faire de la d&#233;mocratie un spectacle dans lequel tout semble se r&#233;verb&#233;rer et exprimer nos libert&#233;s : les d&#233;fil&#233;s militaires lors du 14 juillet, le cr&#234;page de chignons dans les tribunes politiques, les couacs minist&#233;riels ou journalistiques, tout cela est &#224; nos yeux le c&#339;ur battant de la d&#233;mocratie. Les d&#233;bats, le consensus, tout cela on en &#171; redemande &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt; Si la d&#233;mocratie n'est qu'une image mentale, comment se fait-il alors que nous y croyions ? Serions-nous tous devenus des &#171; gogos &#187;, pour parler comme Gilles Ch&#226;telet ? La force d'une image se mesure &#224; sa capacit&#233; d'emporter le plus de monde. Or l'image de la d&#233;mocratie est une sacr&#233;e image, peut-&#234;tre la plus belle, car &#224; d&#233;faut d'&#234;tre une image sacr&#233;e, elle donne le sentiment que nous pouvons toucher tous les hommes. Mais c'est une image qui ne correspond &lt;i&gt;&#224; rien&lt;/i&gt; dans la r&#233;alit&#233;. Elle s&#233;cr&#232;te un voile, une Mo&#239;ra, qui nous donne le sentiment d'&#234;tre libres, d'avoir des droits, et l'&#233;galit&#233;. &lt;i&gt;La belle image&lt;/i&gt; est port&#233;e par un dispositif qui &#233;limine toute objection, toute opposition quand celle-ci met en danger le dispositif. C'est d'ailleurs un dispositif des plus inventifs. En touchant au dispositif, c'est comme si on attaquait la belle demoiselle. La limite est que l'on ne peut remettre en question telle d&#233;mocratie sans remettre en cause &lt;i&gt;toute&lt;/i&gt; d&#233;mocratie. C'est l&#224;, le bienfait du syst&#232;me : il est inscrit presque narcissiquement en nous, il nous donne le sentiment que nous avons atteint un degr&#233; de civilisation, qui fait de nous des mod&#232;les de la r&#233;ussite humaine.&lt;br class='autobr' /&gt; Une autre id&#233;e des auteurs du livre pour expliquer la pr&#233;gnance de cette image, c'est que la d&#233;mocratie Potemkine s'apparenterait au cin&#233;ma, &lt;i&gt;au moins&lt;/i&gt; dans son fonctionnement. Quand W. Disney a invent&#233; ses parcs en 1955&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peut-&#234;tre peut-on faire remonter cette id&#233;e des parcs, bien avant, &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'avait qu'une id&#233;e en t&#234;te : faire que les clients aient l'impression de vivre avec ses personnages, ses cr&#233;ations. Il voulait donner vie &#224; ses propres fantasmes, et bien s&#251;r gagner beaucoup d'argent, et cela a &#233;t&#233; le succ&#232;s que l'on conna&#238;t. Le cin&#233;ma est d'abord une fantasmagorie, n&#233;e &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Une invention pour r&#233;unir les gens autour d'une image, et les poss&#233;der le temps du film. Les hanter m&#234;me. La d&#233;mocratie, c'est une illusion &lt;i&gt;sui generis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p. 1.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : elle arbore tout ce qu'il y a de plaisant, un beau personnage, qui veut le bien, qui octroie des libert&#233;s et donne des droits. Elle est la f&#233;e qui circule autour de notre berceau et nous suit jusqu'&#224; notre mort. Dans le cin&#233;ma comme dans le parc Disney, on se prend au jeu de l'illusion&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une version plus terrible du dispositif-Potemkine est envisag&#233;e par Brian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : on peut rencontrer Mickey, embrasser la belle au bois dormant, &#234;tre un pirate des Cara&#239;bes. Nous sommes alors dans un monde agr&#233;able, fa&#231;onn&#233; de toute pi&#232;ce pour nous correspondre. Les &#233;lites ont bien compris que l'important dans ces dispositifs du spectacle, c'est de faire illusion et que cela suffit au public pour y croire.&lt;br class='autobr' /&gt; Faire vivre, faire vibrer la d&#233;mocratie en nous, c'est garantir un ralliement fid&#232;le de la soci&#233;t&#233; &#224; ses &#233;lites et c'est pourquoi le terrorisme est si mal compris par elles. Elles n'arrivent pas &#224; comprendre comment on peut basculer de citoyen en ennemi de la nation. Elle pr&#233;f&#232;re les voir comme des barbares.&lt;br class='autobr' /&gt; Les studios ont inspir&#233; les &#233;lites politiques, qui leur ont vol&#233; les fantasmagories. Ces &#233;lites ont compris le vrai pouvoir des images et de la grammaire qui les met en sc&#232;ne. Au cin&#233;ma, comme l'a montr&#233; Judith Wright, les genres du film participent au formatage du spectateur, pour le faire rentrer dans la loi, le soumettre aux exigences d&#233;mocratiques. Les &#233;lites ont voulu que cette belle image soit permanente, qu'elle soit la seule, et qu'&#224; partir d'elle, on puisse la maquiller de mille fa&#231;ons. Si bien que chacun peut dire : &#171; &#192; chacun, sa d&#233;mocratie &#187;. Au bout du compte, la d&#233;mocratie n'est pas une id&#233;e (car elle n'a pas de consistance, on l'a dit) mais une &lt;i&gt;image&lt;/i&gt; qui refl&#232;te ce que nous voulons. C'est &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; miroir. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce que recouvre l'id&#233;e de &#171; vitrine &#187; dans le livre : elle conjugue &#224; la fois l'id&#233;e d'exhibition et l'id&#233;e de r&#233;flexion (dans la vitre, c'est aussi notre reflet que nous voyons), si bien que la d&#233;mocratie est l'objet de tous les fantasmes et le reflet de tous nos fantasmes.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour les auteurs du livre, notre d&#233;mocratie en carton-p&#226;te, est l'&#233;quivalent d'un beau d&#233;cor de cin&#233;ma, qui donne envie et qui est une pompe &#224; r&#234;ves. Mais au fond, comme les studios de Californie, derri&#232;re la fa&#231;ade, il n'y a rien. La d&#233;mocratie, en tant que belle image &lt;i&gt;mentale&lt;/i&gt;, n'existe qu'en tant que matrice d'une multitude de fantasmes, c'est plus qu'une vitrine, c'est une boutique, pleine d'&#233;tag&#232;res. Cela permet &#224; chacun de se l'approprier, puisqu'on n'a pas besoin de la d&#233;finir. Une chose en tout cas est certaine : elle ne pourra jamais, comme dispositif, rassembler les individus et constituer un peuple. Dans les faits, la d&#233;mocratie (soutenue par le principe Potemkine) s'affirme par le biais de l'action gouvernementale. Ce qui compte pour cette derni&#232;re ce n'est pas que le peuple soit souverain, c'est que la belle image, la vitrine continue &#224; faire de nouvelles recrues. Le peuple, &#231;a l'emmerde.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt; Les auteurs n'&#233;voquent pas l'origine de cet engouement pour la d&#233;mocratie, car ce n'est pas leur propos. Mais s'ils l'avaient fait, elle leur aurait donn&#233; raison. Pendant longtemps la d&#233;mocratie a hant&#233; les esprits et est apparue comme calamiteuse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La d&#233;mocratie n'a commenc&#233; &#224; &#234;tre quelque chose de d&#233;sirable chez les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand les partis politiques ont tous commenc&#233; &#224; se dire &#171; d&#233;mocrates &#187; (peu importe ce qui &#233;tait mis derri&#232;re ce mot), ils ont cr&#233;&#233; le &lt;i&gt;marketing politique&lt;/i&gt;, ils ont rassembl&#233; des &#233;lecteurs tr&#232;s divers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andrew Jackson r&#233;unit ainsi : d'un c&#244;t&#233; (les petits), les cultivateurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et la politique a commenc&#233; &#224; avoir un &lt;i&gt;semblant&lt;/i&gt; d'unit&#233;. Aujourd'hui la d&#233;mocratie est devenue un &#171; f&#233;tiche &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p.5&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que nous exhibons le plus souvent en l'opposant aux r&#233;gimes totalitaires ou autoritaires, et qui conf&#232;re une sorte de vernis id&#233;ologique &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Alors, sortir de cette image et des &#233;nonc&#233;s qu'elle porte, est-ce quelque chose de vraiment inenvisageable ? C'est inenvisageable aussi longtemps que les discours politiques fonctionneront dans une m&#234;me boucle, en circuit ferm&#233;. On ne sortira de cette boucle que de deux fa&#231;ons : en faisant un bond vers un r&#233;gime d'opposition ou en cherchant les points de fuite. Mais une d&#233;mocratie construite comme un beau d&#233;cor n'offre pas &#224; celui qui la regarde le d&#233;sir d'en sortir, d'avoir une prise en dehors d'elle : les gens sont persuad&#233;s qu'il n'y a rien d'autre qu'&lt;i&gt;elle&lt;/i&gt;, que c'est la mort qui attend tous ceux qui veulent s'en affranchir. Certains, port&#233;s par des discours id&#233;ologiques &#8212; n&#233;s &lt;i&gt;au moment m&#234;me&lt;/i&gt; o&#249; la d&#233;mocratie contemporaine s'invente (marxisme, anarchie) &#8212; vont certes contester le pouvoir en place, ou le pouvoir tout court, mais &#224; partir du moment o&#249; ils se r&#233;clameront d'une forme de d&#233;mocratie, ils perdront toute possibilit&#233; d'&#234;tre des contre-pouvoirs efficaces. Les id&#233;ologies (de droite ou de gauche) sont finalement oblig&#233;es de succomber &#224; la &lt;i&gt;vitrine&lt;/i&gt; de la d&#233;mocratie pour se faire entendre. On en est &#224; ce point que &lt;i&gt;sa vitrine&lt;/i&gt; est partout et qu'elle nous enferme, non sans g&#233;n&#233;rer des effets de violence. Les antivax ont &#224; leur mani&#232;re d&#233;fendu une certaine conception de la d&#233;mocratie qui n'a pas &#233;t&#233; exempte de violence. Pour illustrer cette id&#233;e, on pourrait aussi &#233;voquer un film de Dennis Hopper. Dans &lt;i&gt;The Last Movie&lt;/i&gt;, un western est tourn&#233; avec des Indiens, mais bient&#244;t, apr&#232;s le tournage, le film est reproduit par les Indiens et tout vire au bain de sang. Les Indiens sont rest&#233;s prisonniers de l'image, ils ont &#233;t&#233; happ&#233;s par elles. S'il est tout de m&#234;me possible en fin de compte de tenir un discours ext&#233;rieur &#224; ce dispositif, c'est en montrant que derri&#232;re le syntagme d&#233;mocratie, &lt;i&gt;il n'y a que du vide&lt;/i&gt;. C'est cela le &#171; test &#187; du r&#233;el&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ici, le terme &#171; test &#187;, utilis&#233; par les auteurs, renvoie moins &#224; K. Popper (&#8230;)&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui met &#224; l'&#233;preuve des &#233;nonc&#233;s et des images. Cette &lt;i&gt;belle image&lt;/i&gt; n'est plus seulement dans les mains d'un parti, d'un pouvoir, elle circule d&#233;sormais partout et c'est pourquoi le dispositif Potemkine est devenu tellement efficace.&lt;br class='autobr' /&gt; Comment s'y prendre pour lutter efficacement et rendre silencieux la Sir&#232;ne d&#233;mocratique ?&lt;br class='autobr' /&gt; *&lt;br class='autobr' /&gt; Le livre ne fournit pas de recettes, il n'est pas un manuel de survie en territoire &#171; zombie &#187;. Alain Brossat et Alain Naze ne nous incitent pas &#224; faire la r&#233;volution, mais &#224; op&#233;rer un l&#233;ger d&#233;centrement de nous-m&#234;mes. En ce sens, ils proposent une &#171; analytique &#187;, autant th&#233;orique que pratique, dont le but est de mettre en exergue les effets-vitrine du dispositif, qui nous plongent dans l'illusion. Et comme l'image est dans nos t&#234;tes, ils cherchent &#224; non pas &#224; tuer la d&#233;mocratie, mais &#224; nous r&#233;veiller de notre dogmatisme. C'est le prix &#224; payer pour qu'un jour &#233;merge un peuple souverain affranchi des dominations (des &#233;lites).&lt;br class='autobr' /&gt; Ce travail &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt; doit nous permettre de trouver le &lt;i&gt;degr&#233; z&#233;ro&lt;/i&gt; de l'engagement politique, celui qui n'est pas d&#233;j&#224; &#171; pris &#187; dans une id&#233;ologie, mais qui la pr&#233;c&#232;de. Ce point z&#233;ro, c'est celui d'un diagramme politique qui nous affranchit de l'id&#233;e de vitrine. La d&#233;mocratie, c'est un peu comme l'argent pour Simmel, un &#171; &lt;i&gt;moyen absolu&lt;/i&gt; &#187;, sauf que l'action ici n'a rien &#224; voir avec la sph&#232;re &#233;conomique, car elle est politique. La vitrine a remplac&#233; et rel&#233;gu&#233; aux oubliettes toutes les vieilles images : le Progr&#232;s, le Bonheur, La R&#233;volution, tout cela s'est dissous avec l'apr&#232;s-68. La d&#233;mocratie, cette belle image, s'est construite pour justement que l'on ait l'impression que la politique a abouti, et que la d&#233;mocratie est notre bien le plus pr&#233;cieux, mais aussi le plus fragile. &lt;br class='autobr' /&gt; Les id&#233;ologies d'autrefois sont du point de vue des &#233;lites d&#233;pass&#233;es, elles ont rat&#233; le coche. Ce qu'elles ont rat&#233;, c'est cet av&#232;nement de la d&#233;mocratie &lt;i&gt;en vitrine&lt;/i&gt;. Le ph&#233;nom&#232;ne est r&#233;cent. Si bien que les partis qui n'ont rien vu glissent irr&#233;m&#233;diablement vers la &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation&lt;/i&gt; et leur propre fin. Plus nous adh&#233;rons &#224; ce dispositif-potemkine plus nous nous enfon&#231;ons dans un imaginaire gel&#233; (en termes d'actions, de changement). Plus nous fuyons vers le virtuel. Les probl&#232;mes de d&#233;r&#233;alisation touchent aujourd'hui tout le monde. C'est un glissement qui prend du temps, mais on se laisse &lt;i&gt;happer&lt;/i&gt;. Le dispositif Potemkine (qui nous fait voir la d&#233;mocratie comme une vitrine et la seule chose &#224; vouloir) porte les fuites vers l'imaginaire &#224; diff&#233;rents niveaux : certains vont agiter la pancarte de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt;, en croyant qu'ils prot&#232;gent les valeurs du droit et du respect de l'autre (oubliant les caricatures haineuses de Mahomet), d'autres se prennent pour les rois du monde plong&#233;s dans leur jeu vid&#233;o, d'autres vont choisir d'&#234;tre complotistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;br class='autobr' /&gt; Le livre comporte une seconde partie (exclusivement sur le totalitarisme) qui pourrait &#234;tre vue comme une sorte de long appendice. Les auteurs parent, d'avance, &#224; des objections qu'on ne manquerait pas de leur faire. Ceux qui critiquent la d&#233;mocratie ne peuvent que vouloir un r&#233;gime plus autoritaire, voire totalitaire. Il leur faut donc &#233;clairer les rapports entre d&#233;mocratie et totalitarisme pour ne pas &#234;tre accus&#233;s d'&#234;tre des agents de l'ex-KGB.&lt;br class='autobr' /&gt; En bons philosophes, les auteurs du livre convoquent en premier lieu le travail d'Hannah Arendt. C'est la sp&#233;cialiste. Mais &#233;trangement, ils n'entrent pas dans ses distinctions (masse/individus ; un seul parti/pluralit&#233;s, etc.), car ils n'en ont pas besoin. Ils mettent l'accent plut&#244;t sur un point qui leur semble par contre essentiel, et qui est abord&#233; par Arendt : la &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation totalitaire&lt;/i&gt;, qui leur sert de point de comparaison avec la d&#233;mocratie. C'est sans doute le climax du livre et c'est d'une extr&#234;me finesse et originalit&#233;. Car d&#232;s qu'on prend le parti d'opposer d&#233;mocratie et totalitarisme, on a affaire &#224; une p&#233;tition de principe. On pr&#233;suppose que leur rapport, avant examen, est celui de deux r&#233;gimes &lt;i&gt;ennemis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment dans une conception schmittienne que nous retrouvons (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au lieu de chercher &#224; les opposer, les auteurs se demandent ce qu'ils ont en commun. Le point important dans cet appendice, c'est que d&#233;mocratie-Potemkine et totalitarisme se ressemblent sur le plan de la d&#233;r&#233;alisation, bien que celle-ci ne soit pas tout &#224; fait identique dans l'un et l'autre r&#233;gime. Elles ont en commun des composantes. Les auteurs parlent &#224; ce sujet d'&#171; hybridations &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p. 105&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit de voir que certains &#233;l&#233;ments qui agencent le dispositif-Potemkine (au principe de nos soci&#233;t&#233;s qui se disent d&#233;mocratiques) fonctionnent autrement dans le dispositif totalitaire (qu'il soit stalinien, polpotien etc.). Tout est ici une affaire d'&lt;i&gt;agencement&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour comprendre les rapports entre les r&#233;gimes, il faut se placer dans un &#171; diagramme &#187; qui permet d'envisager ces hybridations. Comme le soulignait d&#233;j&#224; ailleurs Michel Foucault, il y a un &#171; foyer &#187; entre les r&#233;gimes, qui &#233;tait pour lui la biopolitique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos : Giorgio Agamben, Homo sacer. Le pouvoir souverain et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou comme le propose Agamben, il y a &#171; une solidarit&#233; profonde &#187; entre eux. Pour Alain B. et Alain N., ce n'est pas la biopolitique qui est en jeu, ce serait plut&#244;t la thanatopolitique. L'opposition morale et politique n'existe que si on se place dans un des dispositifs (on le voit bien avec le conflit ukrainien). &lt;br class='autobr' /&gt; Pour bien comprendre en quoi c'est une affaire d'agencement, les auteurs comparent les &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt; et la propagande totalitaire. Notre premier r&#233;flexe est de dire que ceux qui succombent aux &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt; sont incapables de discerner le vrai du faux et que leur pr&#233;sence n'a rien &#224; voir avec la d&#233;mocratie, car au mieux, c'est un probl&#232;me technique (je ne sais pas retrouver la source d'une image ou d'une information) et au pire, c'est une carence intellectuelle (le monde d'internet m'a rendu incapable de sortir du flux d'images). Les auteurs sont plus subtils et, bien qu'ils ne nient pas l'importance de la &#171; virtualisation digitale &#187;, ils l'envisagent sous l'angle de la &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation&lt;/i&gt;. Celle-ci n'est pas la m&#234;me dans un r&#233;gime d&#233;mocratique et dans le r&#233;gime totalitaire, mais elle est bien pr&#233;sente.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le r&#233;gime totalitaire, l'individu est soumis &#224; une force d'&#201;tat qui le contraint et l'emp&#234;che de sortir de la bulle qu'il cr&#233;e. L'opposant sait pr&#233;cis&#233;ment &#224; qui il a affaire, il sait que le r&#233;gime a sa propagande, et qu'il peut y &#233;chapper, il n'y a gu&#232;re que lorsqu'il est soumis aux effets-les plus d&#233;vastateurs du r&#233;gime (les camps, goulags), que la r&#233;sistance peut &#234;tre plus difficile. Primo Levi s'obligeait &#224; r&#233;citer des vers d'Hom&#232;re tir&#233;s de L'&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;, non pour passer le temps, mais pour &#233;viter de devenir fou dans un camp sans r&#232;gles, arbitraire. Le r&#233;gime totalitaire &lt;i&gt;&#233;crase&lt;/i&gt; ceux qui peuvent menacer le monde qu'ils construisent.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans nos d&#233;mocraties-Potemkine, &lt;i&gt;il n'y a m&#234;me plus de dehors&lt;/i&gt;. La logique schmittienne, pour les sujets (citoyens), ne tient plus et tout le monde est potentiellement soumis au r&#233;gime de la m&#234;me fa&#231;on. Ce qui est offert, c'est l'id&#233;e que tout est possible. La &#171; virtualisation digitale &#187; est du pain b&#233;ni, car il suffit de l'entretenir en classe, pour que, progressivement, internet et les r&#233;seaux sociaux deviennent naturels aux &#233;l&#232;ves et que l'on puisse progressivement pr&#233;parer l'entr&#233;e dans &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; monde parall&#232;le, le &lt;i&gt;m&#233;tavers&lt;/i&gt;. Avec lui, la d&#233;mocratie trouverait le moyen de cr&#233;er la bulle parfaite, capable de r&#233;dimer les d&#233;fauts du quotidien de chacun, puisque dans le m&#233;tavers les uns comme les autres pourrions corriger virtuellement les imperfections de nos propres vies. Le m&#233;tavers est l'accomplissement d'une d&#233;mocratie de plus en plus d&#233;r&#233;alis&#233;e, ce &lt;i&gt;double&lt;/i&gt;, plus parfait, de notre monde. Actuellement, l'imaginaire des plus jeunes est vivement sollicit&#233; et il y a des effets irr&#233;versibles : les individus se d&#233;sint&#233;ressent peu &#224; peu du lien social direct&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op. cit., p. 125.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils sont de plus en plus seuls avec leurs fantasmes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le succ&#232;s grandissant des plateformes des s&#233;ries ou des jeux en ligne est le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et sur le plan de leurs propres corps, ils sont d&#233;sexualis&#233;s. Ils choisissent l'imaginaire au lieu de l'imagination&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p. 41&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; Les effets sur chacun sont terribles, beaucoup ne s'en aper&#231;oivent pas, ils sont comme des drogu&#233;s (le livre parle de &#171; narcose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op.cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;), des somnambules&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p. 93.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; incapables de lutter, non pas seulement contre le sommeil (cf. Jonathan Crary) du fait des stimuli permanents du monde du travail ou des exigences des r&#233;seaux sociaux, mais contre l'instauration de nouveaux rapports sociaux qui rendent les citoyens de plus en plus &#233;trangers les uns aux autres. Encore une fois, c'est le cin&#233;ma qui sert de pierre de touche. Lorsque les auteurs parlent de l'&lt;i&gt;homo Digitalis&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p.125.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ils &#233;voquent l'id&#233;e que ce sont non des &#171; zombis &#187;, mais des &#171; Z'humains &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p.55.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un clin d'&#339;il au passage au cin&#233;aste nordiste Bruno Dumont. Il s'agit de tout faire pour renforcer et d&#233;fendre sa &#171; citadelle int&#233;rieure &#187;, qui est finalement sert de d&#233;bouch&#233; aux flux marchands (jeux vid&#233;o), qui est une autre forme de domination des &#233;lites.&lt;br class='autobr' /&gt; Le probl&#232;me de cette &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation&lt;/i&gt; dans nos soci&#233;t&#233;s c'est qu'elle est &lt;i&gt;tentante&lt;/i&gt; : entrer dans un d&#244;me ou une sph&#232;re, c'est tellement facile, et au final cela nous comble, nous n'avons pas besoin d'exiger davantage. Notre imaginaire a de quoi se contenter. Le dispositif Potemkine nourrit notre &#226;me ou plut&#244;t la vide. Car il ne faut pas croire : nous sommes habit&#233;s par des mondes et nous ne construisons rien. Au bout du compte, il y a l'effet d'aimantation ou la contamination : une fois dans la bulle, nous en cherchons d'autres, nous d&#233;sirons forger toujours plus de forteresses int&#233;rieures. Il faut faire des efforts pour se convaincre que choisir la pente la plus facile n'est pas la meilleure. &lt;br class='autobr' /&gt; Sur ce point, le livre &#233;voque le film &lt;i&gt;Don't Look up&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait &#233;voquer aussi un r&#233;cent film d'animation japonais, De l'Autre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce film, les politiques et les m&#233;dias jouent &#224; fond l'effet-Potemkine, ils sont eux-m&#234;mes happ&#233;s par le syst&#232;me de divertissement (mondes parall&#232;les) qui s'est impos&#233; dans la soci&#233;t&#233;. Lorsque se pr&#233;sente un danger de taille : l'arriv&#233;e d'un m&#233;t&#233;ore exterminateur, les gouvernants et les m&#233;dias refusent cat&#233;goriquement de lever leur petit doigt pour agir. La force de ce film est de montrer que si on continue &#224; laisser s'imposer ces effets-vitrines de la d&#233;mocratie, on sera dans l'incapacit&#233; d'agir vraiment face &#224; l'adversit&#233;, car on sera prisonnier de sa &#171; bulle &#187;. Et c'est d&#233;j&#224; ce qui est en train d'arriver. &lt;br class='autobr' /&gt; Alain Brossat et Alain Naze indiquent que c'est d&#233;j&#224; le cas, avec le covid, le probl&#232;me ukrainien, le probl&#232;me taiwanais. Nous sommes prisonniers de la &lt;i&gt;belle image&lt;/i&gt;, incapable d'agir en cons&#233;quence. Non pas qu'il faille par exemple agir par les armes et le combat contre l'ogre russe, mais nous sommes incapables de l'envisager ind&#233;pendamment de notre dispositif. Inversement, Poutine lui semble capable de jouer avec ce dispositif.&lt;br class='autobr' /&gt; Un des points les plus positifs du livre d'Alain Brossat et d'Alain Naze, c'est qu'il nous permet un d&#233;centrage intellectuel &lt;i&gt;qui fait du bien&lt;/i&gt;. Le livre a des vertus quasi th&#233;rapeutiques, il permet de souffler, de sortir de l'interminable sentiment que les &#233;lites sont des sauveurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;br class='autobr' /&gt; Les auteurs nous mettent en garde sur un dernier point : il n'y a pas &#224; chercher le r&#233;el &lt;i&gt;derri&#232;re&lt;/i&gt; l'image. En cela, ils sont ici tr&#232;s nietzsch&#233;ens ! Le probl&#232;me est que la d&#233;mocratie cr&#233;e une image qui nous rend moins empathiques, qui nous &#233;loigne des autres. Elle brouille les rapports humains, elle met des barri&#232;res qui n'ont pas besoin d'&#234;tre. Ce qui fait que nous partageons le m&#234;me monde, c'est le fait de r&#233;duire l'exclusion et de favoriser les &#233;changes humains, sans le filtre de la &lt;i&gt;com'&lt;/i&gt; qui les refa&#231;onne. Le livre &#233;voque &#171; un retour aux choses m&#234;me &#187;, selon l'adage husserlien. Mais il ne faudrait pas croire que le retour aux choses soit un simple retour &#224; la &#171; perception &#187;, non le retour aux choses, c'est retrouver nos capacit&#233;s de rep&#233;rer et d&#233;jouer les ruses de ceux qui r&#233;duisent notre monde &#224; &lt;i&gt;une miniature&lt;/i&gt;. Faire l'&#233;preuve du monde, c'est ne pas d&#233;laisser son corps, ses sens (cf. Simmel) qui aident &#224; d&#233;velopper notre sensibilit&#233;, c'est surtout effectuer des tests qui vont permettre de voir surgir ce qui ne colle pas &#224; &lt;i&gt;l'image&lt;/i&gt;, ce qui s'en affranchit, ce qui se singularise.&lt;br class='autobr' /&gt; Le travail d'Alain Brossat et d'Alain Naze est de nous sortir du sommeil dogmatique dans lequel nous sommes plong&#233;s constamment avec cette d&#233;mocratie qui n'a de r&#233;alit&#233; que le mot. Et c'est seulement ainsi que nous pourrons avoir une meilleure assise pour lutter contre les dominateurs, les d&#233;vorateurs du monde. Nous devons envisager les probl&#232;mes que nous rencontrons autrement (la covid-19&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Brossat et Alain Naze, op. cit., p. 65-66.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'Ukraine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, pp. 125-134 ; pp.143-147.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Taiwan&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p.71 ; pp.82-87.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, etc.) et ne pas nous en tenir &#224; la vitrine d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Alain Brossat et Alain Naze pratiquent &#224; merveille l'art du funambule. Pour eux, le risque n'est pas tant de tomber que de renoncer. Le ph&#233;nom&#232;ne des Gilets jaunes illustre parfaitement cette belle tentative de parcourir d'autres horizons et son renoncement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Idem, p.70 : &#171; (&#8230;) le seul moment o&#249; s'est manifest&#233; massivement et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme disait Kafka : &#171; La vraie voie passe sur une corde tendue non dans l'espace, mais &#224; ras du sol. Elle semble plut&#244;t destin&#233;e &#224; faire tr&#233;bucher qu'&#224; &#234;tre parcourue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Exit&lt;/i&gt; la belle image, il est temps de se r&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ivan Bogdanov&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;cemment les auteurs ont &#233;crit trois autres livres ensemble : &#8212; sur la covid-19 (&lt;i&gt;Le grand confinement&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2021) ; &#8212; sur la probl&#233;matique de la sexualit&#233; (&lt;i&gt;Ordo Sexualis&lt;/i&gt;, Erotopia, 2019 ; &lt;i&gt;La Police des m&#339;urs&lt;/i&gt;, Erotopia, 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#192; ce propos on lira avec profit : Luciano Canfora, &lt;i&gt;La D&#233;mocratie, histoire d'une id&#233;ologie&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Seuil, 2006 ; &lt;i&gt;La D&#233;mocratie aux marges&lt;/i&gt;, Champs essais, Flammarion, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence ici &#224; la diff&#233;rence entre une conception repr&#233;sentative (parlement, etc.) ou une conception qui prendrait en compte les exclus, les opprim&#233;s (cf. Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;La Haine de d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, &#233;ditions La Fabrique, 2005).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;La D&#233;mocratie comme village Potemkine&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2022, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aujourd'hui, territoire de l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peut-&#234;tre peut-on faire remonter cette id&#233;e des parcs, bien avant, &#224; la Seconde Guerre ? Lorsque les militaires ont investi ses studios, pour s'y installer, le seul moyen que Walt a trouv&#233; pour continuer &#224; cr&#233;er dans cet endroit a &#233;t&#233; de mettre ses dessins &#224; contribution, en faisant de ses personnages des d&#233;fenseurs de l'Am&#233;rique et de ses valeurs. Il a plac&#233; ses personnages dans le monde, dans son &#233;poque. Les gens se sont sentis soutenus par ces &#234;tres imaginaires. Les parcs ne sont que la continuation de cette id&#233;e : les personnages doivent &#171; &#234;tre proches &#187; du public qui doit vouloir habiter leurs histoires pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une version plus terrible du dispositif-Potemkine est envisag&#233;e par Brian Forbes dans &lt;i&gt;Les Femmes de Stepford&lt;/i&gt;. Dans ce film, des notables et des ing&#233;nieurs (ayant travaill&#233; dans les parcs Disney sur les automates) conjuguent leurs forces pour remplacer progressivement leurs &#233;pouses par des robots, plus performants dans la gestion domestique, plus conciliants sur le plan de la vie sexuelle, et plus parfaits comme vitrine sociale. On atteint ici le sommet du cynisme, celui d'une soci&#233;t&#233; patriarcale qui ha&#239;t la femme. Le film sort sur les &#233;crans en 1975 &#224; un moment o&#249; les femmes vivent leur lib&#233;ration sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La d&#233;mocratie n'a commenc&#233; &#224; &#234;tre quelque chose de d&#233;sirable chez les politiques qu'au depuis le XIXe si&#232;cle (entre 1830 et 1850, aux USA). cf. David Graeber, &lt;i&gt;Comme si nous &#233;tions libres&lt;/i&gt;, Lux, 2014, p. 159.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andrew Jackson r&#233;unit ainsi : d'un c&#244;t&#233; (les petits), les cultivateurs modestes du Midwest, les travailleurs manuels des grandes villes de l'Est, et de l'autre (les grands), les bureaucrates et politiciens de Washington et les bourgeois des grandes villes). cf. Francis Dupuis-D&#233;ri, &#171; History of the Word &#034;Democracy&#034; in Canada and Qu&#233;bec : A Political Analysis of Rhetorical Strategies &#187;, &lt;i&gt;World Political Science Review&lt;/i&gt;, vol. 6, n&#176; 1, 2010, p.3-4. Lire aussi du m&#234;me auteur, &lt;i&gt;D&#233;mocratie. Histoire politique d'un mot, aux &#201;tats-Unis et en France&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Lux, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p.5&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ici, le terme &#171; test &#187;, utilis&#233; par les auteurs, renvoie moins &#224; K. Popper qu'&#224; W. Benjamin. Il n'y a pas &#224; consid&#233;rer la position philosophique comme mettant en avant une th&#233;orie qui peut &#234;tre falsifi&#233;e, autrement dit qui serait v&#233;rifi&#233;e par l'exp&#233;rience, car l'exp&#233;rience est d&#233;j&#224; port&#233;e par le dispositif-Potemkine, en tout cas, dans les soci&#233;t&#233;s du Nord global. Le &#171; test &#187; sert &#224; faire surgir du r&#233;el dans le flux des images et des &#233;nonc&#233;s, donc &#224; permettre de d&#233;chirer la membrane, le voile de &lt;i&gt;la belle image d&#233;mocratique&lt;/i&gt;. Plus il y a de trous qui apparaissent dans les discours, plus la belle image devient floue et finit par se d&#233;liter. Il n'y a pas de raison de penser qu'une autre image se trouve derri&#232;re la belle image. Il n'y a pas d'arri&#232;re-boutique. Le dispositif Potemkine nous pousse &#224; s&#233;cr&#233;ter toujours plus de &lt;i&gt;nouveaux mondes&lt;/i&gt;, car c'est son principe. C'est une sir&#232;ne qui &lt;i&gt;d&#233;vore&lt;/i&gt; toute singularit&#233;. Le pr&#233;sentisme est sa temporalit&#233;, c'est pourquoi la d&#233;mocratie veut &#234;tre en paix &lt;i&gt;avec son histoire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment dans une conception schmittienne que nous retrouvons l'id&#233;e d'&lt;i&gt;ennemi&lt;/i&gt; politique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 105&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos : Giorgio Agamben, &lt;i&gt;Homo sacer. Le pouvoir souverain et la vie nue&lt;/i&gt;, trad. M. Raiola, Seuil, 1997, p. 18 ; Michel Foucault, &lt;i&gt;Dits et Ecrits&lt;/i&gt;, IV, Gallimard, 1994, p. 386&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le succ&#232;s grandissant des plateformes des s&#233;ries ou des jeux en ligne est le sympt&#244;me de cette &lt;i&gt;d&#233;r&#233;alisation&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 41&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op.cit.&lt;/i&gt;, p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p.125.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p.55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait &#233;voquer aussi un r&#233;cent film d'animation japonais, &lt;i&gt;De l'Autre c&#244;t&#233; du ciel&lt;/i&gt; (Akihiro Nishino, 2020). Les &#233;lites dans ce film ont fui sur une &#238;le par peur d'autres puissants et elles ont mis en place leur image du monde (un monde sans &#233;toile), un monde clos sur lui-m&#234;me. Pour garder cette image, elles sont pr&#234;tes &#224; tout : arr&#234;ter, tuer quiconque affirmera que l'image n'existe pas. Lorsqu'un jeune enfant fait s'&#233;vaporer les fum&#233;es du ciel, destin&#233;es &#224; cacher les nuages, il d&#233;truit la belle image &#224; laquelle tout le monde croyait dur comme fer. Dans le film, c'est l'existence d'un &#171; homme-poubelle &#187;, un exclu, qui va aider le h&#233;ros dans sa mission. Cerise sur le g&#226;teau : l'illusion en disparaissant cr&#233;e &lt;i&gt;l'unit&#233;&lt;/i&gt; d'un peuple tenu jusque-l&#224; par la peur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Brossat et Alain Naze, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 65-66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, pp. 125-134 ; pp.143-147.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p.71 ; pp.82-87.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Idem, p.70 : &#171; (&#8230;) le seul moment o&#249; s'est manifest&#233; massivement et salutairement un effet de retour au r&#233;el a &#233;t&#233; l'&#233;pisode des Gilets jaunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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