<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=336&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Vivre de sa plume</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1112</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1112</guid>
		<dc:date>2022-09-13T19:15:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ava Jakobsd&#246;ttir</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Elle ne peut pas la prendre davantage qu'en la caressant avec pr&#233;caution de sa langue entre ses dents. Je vois cela : que ce que d'ordinaire on a dans l'esprit elle l'a dans la bouche en cette chose grossi&#232;re et brutale &#187; (Marguerite Duras, L'homme assis dans le couloir) &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l'histoire d'un corbeau entre deux &#226;ges, ni trop gros ni trop maigre, ni trop beau ni trop laid, un corbeau normal, ordinaire et commun (corvus communis) &#8211; sauf qu'il &#233;tait addict aux &#233;missions de t&#233;l&#233; sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Elle ne peut pas la prendre davantage qu'en la caressant avec pr&#233;caution de sa langue entre ses dents. Je vois cela : que ce que d'ordinaire on a dans l'esprit elle l'a dans la bouche en cette chose grossi&#232;re et brutale &#187;&lt;/i&gt; (Marguerite Duras, &lt;i&gt;L'homme assis dans le couloir&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un corbeau entre deux &#226;ges, ni trop gros ni trop maigre, ni trop beau ni trop laid, un corbeau normal, ordinaire et commun (&lt;i&gt;corvus communis&lt;/i&gt;) &#8211; sauf qu'il &#233;tait &lt;i&gt;addict&lt;/i&gt; aux &#233;missions de t&#233;l&#233; sur les livres. Comme Pivot a l&#226;ch&#233; le morceau depuis un moment d&#233;j&#224;, il regardait Busnel, ce qui est pire encore &#8211; si la chose est possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
A force de temps, l'expression &#171; vivre de sa plume &#187;, flottant au gr&#233; des flux d'eau ti&#232;de et saum&#226;tre circulant autour de la Grande Foutrerie avait fray&#233; son chemin dans son cerveau de petite taille&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ce passage, les r&#233;f&#233;rences &#224; des personnages c&#233;l&#232;bres du paysage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans qu'il parvienne &#224; en saisir vraiment le sens, il n'en &#233;tait pas moins port&#233;, instinctivement, &#224; se l'approprier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Et pourquoi pas moi ?&lt;/i&gt;, se demandait-il, pourquoi moi qui, contrairement &#224; ces pauvres humains dont l'&#233;piderme se trouve directement expos&#233; aux intemp&#233;ries, suis abondamment couvert de plumes, et des plus belles et luisantes, pourquoi ne pourrais-je pas, moi, tout autant et mieux qu'eux, &lt;i&gt;vivre de ma plume&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement voil&#224; : laquelle ? Ce qui laissait notre personnage (appelons-le Axel, &#224; d&#233;faut de pouvoir r&#233;v&#233;ler sa v&#233;ritable identit&#233;) profond&#233;ment perplexe et d&#233;sorient&#233; &#233;tait, ici, l'emploi du singulier dans l'expression &#8211; vivre de &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; plume ? C'est que les corbeaux communs, comme tous les volatiles de cette esp&#232;ce, ont le corps recouvert d'exactement cinquante-quatre plumes, information livr&#233;e par Buffon et corrobor&#233;e par une certaine encyclop&#233;die chinoise famili&#232;re &#224; Borges et Foucault&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point : Buffon : Histoire naturelle g&#233;n&#233;rale et particuli&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et donc, se demandait notre h&#233;ros, d&#233;sempar&#233;, de toutes ces plumes dont je m'enorgueillis non sans raison, laquelle choisir afin, enfin, d'en &lt;i&gt;vivre&lt;/i&gt; &#8211; puisqu'&#224; l'&#233;vidence, sans rel&#226;che &#233;tablie sur le plateau busnelien, il n'en est qu'une et une seule qui puisse le permettre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateau r&#233;cemment renforc&#233; gr&#226;ce &#224; l'apport d'un certain Trapenard &#8211; tout un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;plus gros des passereaux&lt;/i&gt; en &#233;tait l&#224; dans ses r&#233;flexions, tournant en rond (le corbeau, contrairement &#224; d'autres habitants des hautes futaies, telle la chouette, n'est pas tr&#232;s bien &#233;quip&#233; pour la sp&#233;culation et les encha&#238;nements logiques) lorsque le voici qui, providentiellement, tombe au cr&#233;puscule sur la Vieille Hulotte ; la sagesse de celle-ci est renomm&#233;e dans la for&#234;t enti&#232;re de X... o&#249; Axel s&#233;journe depuis son plus jeune &#226;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Instruite de l'&#233;nigme o&#249; flanche son voisin de longue date, l'oiseau de Minerve ne se d&#233;monte pas. &#171; C'est bien simple, tranche-t-il, il te suffira de proc&#233;der par ordre et m&#233;thode &#8211; commencer par les plumes les plus belles, les plus longues, les plus solides, les mettre &#224; l'&#233;preuve et voir ce qu'il en r&#233;sulte. En cas d'&#233;chec, ne pas te d&#233;courager, poursuivre de fa&#231;on syst&#233;matique, avec ordre et m&#233;thode, des plus grandes aux plus petites plumes. Ceci, au besoin, jusqu'au dernier petit duvet qui pourrait aussi bien s'av&#233;rer, &#224; l'usage, le bon. Surtout, ne rien l&#226;cher &#8211; si, comme tu pr&#233;tends t'en &#234;tre assur&#233;, ces cr&#233;tins d'humains ont trouv&#233; le moyen de vivre de leur plume (eux qui en sont si int&#233;gralement d&#233;pourvus), alors tous les espoirs nous sont permis, &#224; nous qui en sommes si abondamment et richement pourvus. Vois-tu seulement la responsabilit&#233; qui, d&#233;sormais, t'incombe ? Imagines-tu &#224; quel point se trouverait r&#233;volutionn&#233;e notre enti&#232;re esp&#232;ce aviaire s'il devait appara&#238;tre que nous pouvons tout simplement &lt;i&gt;vivre de notre plume&lt;/i&gt;, peu importe laquelle, nous &#233;pargnant ainsi ces fastidieuses autant qu'interminables chasses aux insectes, aux larves, aux petits rongeurs qui minent nos jours et nos nuits ? Termin&#233;e, oubli&#233;e &#224; tout jamais l'implacable n&#233;cessit&#233; de chasser et glaner sans rel&#226;che &#224; seule fin de nous nourrir &#8211; nous et nos oisillons ! Pense seulement &#224; cette &#232;re nouvelle et b&#233;nie du temps lib&#233;r&#233; o&#249; un crissement de plume suffirait &#224; ce que notre fringale, dans l'instant, s'apaise ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#226;le ivresse s'empare alors de l'ami Axel : de son bec ac&#233;r&#233;, il s'arrache sans d&#233;lai la plus majestueuse de ses r&#233;miges, sur son aile gauche &#8211; la douleur est intense, mais que ne s'infligerait-il pas, d&#232;s lors que l'anime la plus sacr&#233;e des causes ? La plume est devant lui, luisante et noire de jais, son extr&#233;mit&#233; encore tach&#233;e de sang, pos&#233;e sur l'herbe. Il la contemple d'un air perplexe. Voici chose faite, se dit-il, mais comment &lt;i&gt;en vivre&lt;/i&gt; &#8211; que faire, comment s'y prendre ? Le regard perdu dans le vide, l'habitu&#233; des heures tardives de la cha&#238;ne publique laisse &#233;chapper un croassement plaintif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Survient alors le h&#233;risson, suivi, en une longue procession par sa compagne et ses petits. Le h&#233;risson entretient avec le corbeau (qui, pour des raisons bien &#233;videntes, n'en est pas le pr&#233;dateur) des relations, disons, correctes, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre cordiales. Il a, de surcro&#238;t, parmi la gent animale non domestique et de petite taille, la r&#233;putation d'un intellectuel. D&#233;tectant aussit&#244;t le d&#233;sarroi du corbeau (le h&#233;risson est excellent physionomiste aussi) , il l'interroge alors d'un ton plein de sollicitude. Axel lui fait part de son extr&#234;me embarras &#8211; &lt;i&gt;vivre de sa plume&lt;/i&gt;, t&#226;che imp&#233;rieuse, exaltante &#8211; mais, pour lui, quadrature du cercle...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ah, mais c'est tout simplement que tu n'as pas perc&#233; le myst&#232;re de cette belle expression, r&#233;torque l'astucieux &#233;rinac&#233;id&#233;, (lui-m&#234;me auteur de romans r&#233;gionalistes &#224; diffusion restreinte), d'un ton l&#233;g&#232;rement condescendant &#8211; &lt;i&gt;vivre de sa plume&lt;/i&gt;, cela veut dire assurer sa subsistance en &#233;crivant des histoires, en publiant des livres ! Tout comme je le fais moi-m&#234;me en r&#233;cup&#233;rant le long des sentiers les plumes &#233;gar&#233;es par nos amies les buses &#187;, compl&#232;te-t-il en se rengorgeant.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les buses ne sont pas mes amies ! &#187;, interjecte le corbeau d'un ton sec. &#171; Peu importe, poursuit l'&#233;pineux intello, tant soit peu agac&#233; par l'interruption incongrue. Peu importe : comprends bien ce que je veux dire &#8211; il ne te suffit pas, si tu entends &lt;i&gt;vivre de ta plume&lt;/i&gt;, de t'arracher r&#233;miges et rectrices &#224; qui mieux mieux, il va falloir que tu te mettes &lt;i&gt;s&#233;rieusement&lt;/i&gt; au boulot... Soigneusement tailler les plumes, stocker le sang des campagnols dont on peut faire une encre acceptable, trouver un support d'inscription appropri&#233; (j'utilise, pour ma part, les feuilles de ma&#239;s, abondantes dans les champs alentour) &#8211; et surtout, inventer des histoires, &lt;i&gt;des histoires qui vendent&lt;/i&gt;, te faire une r&#233;putation, conqu&#233;rir un public... &#187;. &#171; Comme chez Busnel ? &#187;, l'interrompt, impressionn&#233;, le corbeau. &#171; Mieux que chez Busnel, s'exalte le h&#233;risson, La Grande Foutrerie, c'est la caverne de Platon, ne s'y agitent que des ombres... &#187;. &#171; Je n'y comprends rien ! &#187;, g&#233;mit le corbeau... &#171; Peu importe, peu importe, tout cela te d&#233;passe un peu &#187;, poursuivit la raisonneur d'un ton protecteur... &#171; Qu'il te suffise de savoir que ce magnifique truchement, pos&#233; l&#224; devant toi (le mot &#171; truchement &#187;, prononc&#233; ici avec toute la componction n&#233;cessaire, impressionne vivement le novice Axel), il va falloir que tu apprennes &#224; t'en servir ! A la saisir dans ton bec d'un geste expert et d&#233;cid&#233; &#8211; calligraphier, dessiner les mots, encha&#238;ner les phrases &#8211; &#233;crire, quoi, faire vivre ta plume de fa&#231;on &#224; &lt;i&gt;vivre un jour, toi-m&#234;me, de ta plume&lt;/i&gt; ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Grandiose !, s'enthousiasma alors le corbeau, je m'y mets incontinent ! De tout c&#339;ur merci, ami fid&#232;le ! &#187; &#8211; et sur ce, saisissant la plume dans son bec, il s'&#233;l&#232;ve dans l'azur d'un vol alerte, &#224; peine handicap&#233; par l'ablation du fleuron de ses plumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Ellipse&lt;/i&gt; &#8211; nous &#233;pargnons ici au lecteur la fastidieuse description des circonstances dans lesquelles notre &#233;crivain novice s'activa en vue de rassembler les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; l'exercice sa profession &#8211; pour en venir directement au fait : quelques semaines plus tard, le prolifique Axel mettait en diffusion, &#224; compte d'auteur, un bref essai consign&#233; sur ces &#233;corces de platanes que l'on r&#233;colte le long des routes d&#233;partementales, intitul&#233; &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie du blaireau&lt;/i&gt; ; un ouvrage h&#233;las r&#233;dig&#233; dans une langue tant maladroite qu'absconse et qui, pour cette raison m&#234;me, ne devait valoir que haussements d'&#233;paules et railleries &#224; son auteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nullement d&#233;courag&#233; par cet &#233;chec, l'obstin&#233; volatile en tire &#233;trangement cette le&#231;on distordue : si ce coup d'essai (dont la r&#233;daction, au demeurant, lui avait donn&#233; le go&#251;t de l'&#233;criture) a &#233;t&#233; un coup d'&#233;p&#233;e dans l'eau si donc il ne lui a pas permis d'acc&#233;der &#224; cette condition b&#233;nie o&#249; l'on &lt;i&gt;vit de sa plume&lt;/i&gt; &#8211; c'est assur&#233;ment qu'il n'a pas &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; &lt;i&gt;avec la bonne plume&lt;/i&gt; ! Et corbeau, incontinent, de jeter aux orties la splendide r&#233;mige et d'extraire sto&#239;quement de son panache arri&#232;re la plus solide de ses rectrices. Il se remet aussit&#244;t au boulot et, d'un trait, en deux semaines, s'&#233;chinant jour et nuit, sous le soleil br&#251;lant tant que dans la froidure de la nuit, &#233;clair&#233; par un p&#226;le rayon de lune, jette sur de larges feuilles de tournesol, cette fois, ce r&#233;cit autobiographique picaresque, haut en couleurs, riche en rebondissement mais d&#233;sastreusement intitul&#233; &lt;i&gt;Ce pignouf de corbac&lt;/i&gt; &#8211; que la critique, cette fois, &#233;reinte sans m&#233;nagement. Voici Axel devenu la ris&#233;e du public animalier de son petit pays...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;To make a long story short&lt;/i&gt;, voici donc notre litt&#233;rateur des bois et gu&#233;rets entra&#238;n&#233; dans la fatale spirale de l'&#233;chec : moins ses livres rencontrent d'&#233;cho et plus il s'obstine dans la mauvaise direction, &#224; imaginer que &lt;i&gt;le choix de la bonne plume&lt;/i&gt; est et demeure le secret de la r&#233;ussite &#8211; plus donc, il persiste &#224; s'arracher les plumes tout en s'essayant dans le plus grand des d&#233;sordres et la plus compulsive des confusion aux genres les plus vari&#233;s, du roman &#224; cl&#233;s au th&#233;&#226;tre post-brechtien, de la fable &#224; la Krylov &#224; la po&#233;sie lettriste, du trait&#233; de sociologie d'inspiration bourdivine &#224; la dystopie n&#233;o-orwellienne &#8211; un long parcours erratique, une authentique passion au terme duquel notre malheureux h&#233;ros, moins en position que jamais de &lt;i&gt;vivre de sa plume&lt;/i&gt;, se retrouve presque enti&#232;rement d&#233;plum&#233; et donc invalide, incapable d&#233;sormais de s'arracher au sol, path&#233;tique volatile pel&#233;, condamn&#233; &#224; sautiller grotesquement dans la boue et l'ordure, en qu&#234;te du plus &#233;tique ver de terre susceptible d'apaiser sa faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Presque enti&#232;rement d&#233;plum&#233;&lt;/i&gt;, dis-je : c'est qu'en effet, au terme de son calvaire, ne demeure au fa&#238;te du croupion de la pauvre b&#234;te, unique et affligeant vestige de sa parure d'antan, qu'un mis&#233;rable duvet, &#224; peine une &#233;bauche de plume soulignant l'&#233;tendue du d&#233;sastre. N'&#233;coutant que son courage et d&#233;termin&#233; envers et contre tout &#224; jeter ses derni&#232;res forces dans la bataille, corbeau l'arrache d'un coup de bec d&#233;cid&#233;. Voyons, s'exclame-t-il les yeux au Ciel, qu'&#233;crire avec ma derni&#232;re plume ? Mon testament, mon chant du cygne &#8211; &#224; Dieu ne plaise ! Survient alors l'illumination : avec cet infime reliquat de ma grandeur pass&#233;e, pr&#233;lev&#233; sur son post&#233;rieur d&#233;nud&#233;, qu'&#233;crire d'autre qu'un &lt;i&gt;roman de cul&lt;/i&gt; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Beaut&#233; de l'analogie ! Sublime grandeur de la ressemblance ! Magie de l'association ! Aussit&#244;t dit, aussit&#244;t fait : en moins de temps qu'il ne faut pour y songer, corbeau torche un petit porno rustique et animalier gras &#224; souhait et qui, d&#232;s le mois suivant tr&#244;ne sur les t&#234;tes de gondole de toutes les librairies-papeteries de la France profonde (et Dieu sait si elle l'est, en ce moment &#8211; insondable !). Son compte au Cr&#233;dit agricole ploie sous la masse des ch&#232;ques affluant de toutes parts ! Corbeau, enfin, &lt;i&gt;vit de sa plume&lt;/i&gt; ! Il ne sait que faire de son argent (les corvid&#233;s sont allergiques au caviar et aux croisi&#232;res de luxe) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voici &#8211; redoutable ombre au tableau : d&#233;pouill&#233; comme il l'est d&#233;sormais de son plumage protecteur, Axel est devenu infiniment fragile : aux premiers frimas, il s'enrhume et cr&#232;ve mis&#233;rablement au bord du chemin. M&#234;me renard, passant par-l&#224;, se d&#233;tourne d&#233;daigneusement de sa d&#233;pouille. Si dans un an et un jour ses h&#233;ritiers (pr&#233;somptifs) ne se sont pas manifest&#233;s, c'est le Cr&#233;dit agricole qui ramassera la mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Morale (1)&lt;/i&gt; : mieux vaut vivre de l'argent des autres que de sa plume &#8211; c'est plus s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Morale (2)&lt;/i&gt; : les corbeaux sont des cons &#8211; surtout quand ils regardent la t&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Morale (3)&lt;/i&gt; : de toutes les esp&#232;ces de cons de corbeaux, les plus cons sont ceux d'Islande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ava Jakobsd&#246;ttir&lt;br class='autobr' /&gt;
(traduit de l'islandais par F&#233;lix Barython)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans ce passage, les r&#233;f&#233;rences &#224; des personnages c&#233;l&#232;bres du paysage audiovisuel islandais ont &#233;t&#233; remplac&#233;es par des noms propres familiers au lecteur fran&#231;ais (Note du traducteur).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point : Buffon : &lt;i&gt;Histoire naturelle g&#233;n&#233;rale et particuli&#232;re&lt;/i&gt; (1749-1804) et Michel Foucault, &lt;i&gt;Les mots et les choses&lt;/i&gt; (1966, NRF Gallimard, &#171; Biblioth&#232;que des sciences humaines).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plateau r&#233;cemment renforc&#233; gr&#226;ce &#224; l'apport d'un certain Trapenard &#8211; tout un programme...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
