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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Il n'y a pas de Nature. Il y a des choses</title>
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		<dc:date>2022-09-28T12:20:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Luca Salza, Pierandrea Amato</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nous publions l'introduction au volume collectif &#034;La destitution de la nature. Sur Lucr&#232;ce&#034;. https://www.editionsmimesis.fr/.../la-destitution-de-la.../ Ce livre est le premier num&#233;ro de la nouvelle collection de K Revue &#034;Samsa. &#201;critures pour le destituant&#034; &#233;dit&#233;e par Mimesis. Le projet sera pr&#233;sent&#233; le jeudi 6 octobre &#224; 19h30 &#224; la Librairie Texture, 94 avenue Jean Jaur&#232;s, Paris 19&#176;. En discutent Frank La Brasca et Luca Salza. M&#233;lanie Traversi&#232;re lira des extraits du &#034;De rerum natura&#034; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=21" rel="directory"&gt;Parutions&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Nous publions l'introduction au volume collectif &#034;La destitution de la nature. Sur Lucr&#232;ce&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.editionsmimesis.fr/.../la-destitution-de-la.../&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.editionsmimesis.fr/.../la-destitution-de-la.../&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre est le premier num&#233;ro de la nouvelle collection de K Revue &#034;Samsa. &#201;critures pour le destituant&#034; &#233;dit&#233;e par Mimesis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Le projet sera pr&#233;sent&#233; le jeudi 6 octobre &#224; 19h30 &#224; la Librairie Texture, 94 avenue Jean Jaur&#232;s, Paris 19&#176;&lt;/strong&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En discutent Frank La Brasca et Luca Salza. M&#233;lanie Traversi&#232;re lira des extraits du &#034;De rerum natura&#034; de Lucr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;strong&gt;La po&#233;sie de Lucr&#232;ce et la destitution&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; un num&#233;ro en ligne sur ce philosophe-artiste (nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu ontologique est pour Lucr&#232;ce surtout &#233;thico-politique. Il est question d'&#233;laborer des th&#233;ories et des pratiques fond&#233;es sur le (non)fond&#233;, sur ce que l'on peut appeler gr&#226;ce &#224; Rainer Sch&#252;rmann le principe d'anarchie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas de Nature chez Lucr&#232;ce. Il y a des choses de nature. Lucr&#232;ce rejette cat&#233;goriquement l'id&#233;e d'une nature-sujet, capable d'agir intentionnellement. Il n'y a aucune intervention ext&#233;rieure sur les &#171; choses de la nature &#187; : il existe une auto-production qui caract&#233;rise les faits naturels. Une force, une &#171; opus infinita &#187; que nous pouvons appeler Nature, Amour ou C&#233;r&#232;s, les animerait de l'int&#233;rieur. Attention, toutefois : Lucr&#232;ce fait remarquer que ces noms ne renvoient &#224; aucune v&#233;rit&#233; ; nous pouvons appeler la terre comme nous le voulons, mais &#171; Depuis toujours la terre est priv&#233;e de sensibilit&#233; &#187; (DRN&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le sigle DRN renvoie &#224; l'&#233;dition suivante : Lucr&#232;ce, De rerum natura, trad. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, II, 652). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;De rerum natura&lt;/i&gt; d&#233;montre qu'il est impossible de faire d&#233;pendre la vari&#233;t&#233; des productions naturelles d'un plan, d'un esprit ou d'une Nature. La nature chez Lucr&#232;ce, pour cette raison, ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; une Nature, mais &#224; la spontan&#233;it&#233; de la production des choses, &#224; leur rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les rencontres entre les choses ne sont pas le r&#233;sultat d'une raison, elles sont absolument al&#233;atoires. Les mondes infinis sont g&#233;n&#233;r&#233;s par des relations entre des atomes qui ont d&#233;vi&#233; de leur trajectoire par &lt;i&gt;hasard&lt;/i&gt;. Cette d&#233;viation tout &#224; fait contingente et casuelle porte un nom tr&#232;s connu : &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt;. C'est un n&#233;ologisme latin invent&#233; par Lucr&#232;ce, qui n'appara&#238;t m&#234;me pas dans les textes originaux grecs d'&#201;picure, auquel le po&#232;te romain fait pourtant constamment r&#233;f&#233;rence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; : une d&#233;viation l&#233;g&#232;re, infinit&#233;simale (&#171; nec plus quam minimum &#187;, DRN, II, 244), un accident dans le flux continu des atomes, qui se d&#233;placent dans leur chute vers le bas, spontan&#233;ment et au hasard, et, d&#233;viant toujours spontan&#233;ment de leur direction, se rencontrent/se heurtent avec d'autres atomes, produisant d'autres rencontres/heurts qui cr&#233;ent des corps compos&#233;s et des mondes. Le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; est une torsion, peut-&#234;tre une catastrophe, au sens &#233;tymologique du terme : du grec &#171; &#954;&#945;&#964;&#945;&#963;&#964;&#961;&#959;&#966;&#942; &#187;, compos&#233; de &#171; kat&#225; &#187; (&#171; en bas, en dessous &#187;) et &#171; str&#233;phein &#187; (&#171; tourner, se retourner &#187;). Le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; serait alors le fait de se d&#233;tourner d'une simple chute verticale, une forme de &#171; basculement &#187; impr&#233;visible. Il n'est pas inscrit dans les choses, il n'est pas leur &#226;me, il se r&#233;v&#232;le plut&#244;t comme le r&#233;sultat du mouvement continu des atomes qui, &#224; un certain moment, quelque part, d&#233;raillent, commencent &#224; tourbillonner, &#224; ne plus suivre le flux habituel, &#224; tourner, d&#233;vier, et vont &#224; la rencontre d'autres atomes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; d&#233;truit les choses, d&#232;s qu'elles apparaissent. Il repr&#233;sente la collision entre les choses, effet de leur existence m&#234;me. Par rapport au mouvement chaotique et &#233;ternel &#8211; la pluie intemporelle des atomes &#8211; c'est un accident fugace qui arrive &#224; la chose : il &#233;voque l'apparition d'une nouvelle singularit&#233;, plus durable que l'accident. Il provoque m&#234;me, tourbillon-chose, l'&#233;mergence d'un nouveau monde, tourbillon de tourbillons. Si le mouvement &#233;ternel est une forme &#233;nigmatique de r&#233;gularit&#233; substantielle, en tant qu'absolutisation de la diff&#233;rence, c'est-&#224;-dire r&#233;p&#233;tition sans diff&#233;rence, le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; lib&#232;re une forme cr&#233;ative de destitution, impr&#233;visible sur le plan ontologique, peut-&#234;tre m&#234;me impossible, qui brise l'ordre &#233;ternel : &#171; fati foedera rumpat &#187; (DRN, II, 254). Le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; se produit, voil&#224; tout. Mais, bien s&#251;r, il peut aussi ne pas se produire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La po&#233;sie de Lucr&#232;ce, si l'on y regarde de plus pr&#232;s, incarne la m&#233;moire de cet &#233;v&#233;nement qui peut arriver mais aussi ne pas se produire : la po&#233;sie, sa po&#233;sie, a pour t&#226;che d'&#233;voquer cette aporie entre le r&#233;el et le virtuel, de laisser exister ce qui pourrait ne jamais se produire, mais qui pourrait s'&#234;tre produit ou se produire &#224; l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;hasard&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;cas&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;fortune&lt;/i&gt;, pour reprendre un terme cher aux Romains (et plus tard &#224; Machiavel), est tout ce qui arrive de fa&#231;on inattendue et co&#239;ncide avec l'&#234;tre m&#234;me. Le &lt;i&gt;cas&lt;/i&gt; d&#233;rive de &#171; casus &#187;, participe pass&#233; substantiv&#233; de &#171; cadere &#187; : &lt;i&gt;tomber&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;chute&lt;/i&gt;, d'o&#249; ensuite &lt;i&gt;arriv&#233;e fortuite&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;circonstance&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;hasard&lt;/i&gt;, quelque chose qui arrive. Mais que se passe-t-il au juste ? Qu'est-ce qu'il y a ? Nous le r&#233;p&#233;tons : il y a des rencontres entre des choses qui ont lieu sans Raison, sans Sens, d&#233;pourvues d'une Cause. Comme l'&#233;crit Althusser, ce mat&#233;rialisme peut se r&#233;sumer en une seule proposition : &#171; il y a &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'existe pas de principe dans la philosophie de Lucr&#232;ce. Les atomes m&#234;mes, comme l'a montr&#233; Cl&#233;ment Rosset, ne constituent pas la mati&#232;re premi&#232;re : ils n'ont m&#234;me pas de terme sp&#233;cifique qui les d&#233;signe. Le monde ne d&#233;rive pas des atomes, le monde &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; les atomes, il incarne le r&#233;sultat de leurs rencontres qui se produisent dans le vide infini. C'est dans ce cosmos &#171; sans fondement &#187; que bougent toutes les choses (DRN, I, 334).&lt;br class='autobr' /&gt;
Lucr&#232;ce, comme il le fait souvent, utilise un exemple &lt;i&gt;visuel&lt;/i&gt; pour parler de cette immensit&#233; : le trait que nous lan&#231;ons vers le ciel serait-il arr&#234;t&#233; s'il avait la force de poursuivre sa course ? Le po&#232;te affirme que le trait ne cessera de voler parce qu'il ne trouvera pas de bornes : &#171; L'espace toujours fuyant toujours s'ouvre &#224; la fuite &#187; (DRN, I, 983). C'est une pens&#233;e d'une clart&#233; &#233;tourdissante : elle nous offre une image de l'&#233;mancipation. Dans les mondes, entre les mondes, il y a toujours de nouvelles voies &#8211; l'infini est in&#233;puisable ou n'est pas &#8211; il s'agit de les emprunter, jusqu'&#224; l'&#233;puisement : l'horizon des possibles est grand ouvert. Toute philosophie de l'infini est une philosophie de la lib&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
C&#233;zanne dit &#224; Joaquim Gasquet que l'histoire du monde commence lorsque deux atomes se rencontrent, lorsque deux tourbillons, deux danses chimiques se combinent. Cette aube, qui pour C&#233;zanne est aussi l'occasion de la peinture, se d&#233;roule au-dessus du n&#233;ant : une danse sur l'ab&#238;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Affirmer que l'espace o&#249; se d&#233;ploient tous ces hasards, o&#249; naissent d'immenses arcs-en-ciel et des prismes cosmiques, est un &lt;i&gt;ab&#238;me&lt;/i&gt;, est &lt;i&gt;sans fond&lt;/i&gt;, signifie effacer toute id&#233;e d'origine. C'est ici qu'&#233;merge, selon nous, la question de la destitution du pouvoir, de tout pouvoir, dans le &lt;i&gt;De rerum natura&lt;/i&gt;, sa force hyper-politique, largement d&#233;guis&#233;e. S'il n'y a pas de sens, s'il n'y a pas de but, nous ne devons m&#234;me pas penser qu'il puisse y avoir une puissance qui produirait le monde une fois au commencement, et ensuite, ne s'arr&#234;terait jamais, reproduisant sans fin sa propre &#233;nergie. La pens&#233;e de Lucr&#232;ce n'est pas une pens&#233;e de la puissance, elle sort des cat&#233;gories m&#233;taphysiques : c'est une pens&#233;e an-archique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas d'origine et le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; n'est pas une puissance, il repr&#233;sente simplement un mouvement d&#233;termin&#233; par la chute m&#234;me des choses. Il est produit dans la pluie des atomes et fait plier les choses (les chocs sont les &#171; plagae &#187;). C'est le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; qui destitue toute id&#233;e de Nature, d'Ordre, de Sujet, de Pouvoir, au point qu'il peut aussi arriver qu'un jour il ne produise plus rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il n'y a pas de fondement, s'il n'y a pas de puissance, puisque tout a &#233;t&#233; construit sur le n&#233;ant, dans le vide, par hasard, dans une pluie r&#233;p&#233;titive et &#233;ternelle, un jour tout volera en &#233;clats. Ne reste (jusqu'&#224; quand ?) qu'une combinaison impr&#233;visible de choses, de mati&#232;res, de relations, d'&#233;v&#233;nements, totalement f&#233;brile, ind&#233;termin&#233;e. Un bouleversement permanent : une catastrophe qui affecte la possibilit&#233; m&#234;me de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que faire dans la catastrophe qu'est la nature m&#234;me des choses, leur logique (le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt;) ? Comme Camus l'avait entrevu, la philosophie de Lucr&#232;ce, contrairement &#224; celle de son ma&#238;tre ath&#233;nien, &#201;picure, n'est jamais renonciatrice. Lucr&#232;ce ne nous apprend pas &#224; construire des murs autour de l'homme ni &#224; &#233;touffer son cri. Dans les vers de Lucr&#232;ce on sent le d&#233;sir de justice, l'envie de se battre, malgr&#233; tout. Sa po&#233;sie est un cri, d&#233;sesp&#233;r&#233;, pour imaginer une action commune (DRN, I, 43). L'&lt;i&gt;ataraxie&lt;/i&gt; devient alors une question probl&#233;matique dans une philosophie de lutte, dans une pens&#233;e militante et jamais apais&#233;e, comme semble l'&#234;tre celle de Lucr&#232;ce. La destitution concerne l'&#234;tre m&#234;me, et non pas aussi ceux qui, dans la destitution de l'origine, du sens, du fondement, de l'autorit&#233;, doivent habiter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sage est pour Lucr&#232;ce celui qui r&#233;siste aux lois des choses, qui est insoumis au destin, (&#171; renitente al fato &#187;, pour reprendre un vers de Leopardi). Il n'est pas dit, semble affirmer Lucr&#232;ce, que nous devions subir les choses de la nature ; il n'est pas dit que nous devions attendre la catastrophe &lt;i&gt;&#224; genoux&lt;/i&gt; et les bras crois&#233;s : le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; est cette d&#233;viation minimale, cette toute petite catastrophe, qui nous donne aussi le sens de la possibilit&#233; d'un nouveau geste, urgent, de nouvelles responsabilit&#233;s, plus &#233;lev&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; lucr&#233;tien n'est pas une puissance, mais un &#171; pouvoir destituant &#187;. Dans son long po&#232;me Lucr&#232;ce se pose une question : &#171; Comprends-tu maintenant ? Bien qu'une force externe / souvent nous pousse et nous fasse avancer malgr&#233; nous, / ravis, pr&#233;cipit&#233;s, quelque chose en notre poitrine / a le pouvoir de combattre et de r&#233;sister &#187; (DRN, II, 277-280).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous voulons partager notre passion pour Lucr&#232;ce, nous voulons le lire dans la rue, nous voulons &#233;crire son nom sur les murs, copier ses vers dans les toilettes publiques ou sur les murs des r&#233;seaux sociaux, parce que c'est ce malheureux, immense, humble po&#232;te qui nous dit que, dans le passage r&#233;p&#233;titif des jours, dans le temps vide et homog&#232;ne, dans la d&#233;solation qui fut la sienne, qui est la n&#244;tre, il est possible que quelqu'un s'arr&#234;te, commence &#224; tourner sur lui-m&#234;me. Il est possible qu'un &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; intervienne dans les &#233;v&#233;nements obscurs d'un &#234;tre quelconque. Le mouvement de cette singularit&#233;, comme celui d'un atome, en spirale, dans une direction obstin&#233;e et contraire au flux, entra&#238;ne les autres, ceux qui sont &#224; c&#244;t&#233; de lui, ses amis et ses amies, d'autres rapports se cr&#233;ent aussi. Un tourbillon se produit. Pourquoi ? On ne sait pas. Peut-&#234;tre la &lt;i&gt;force externe&lt;/i&gt; (&#171; vis extera &#187;) a-t-elle cri&#233; trop fort. Une &lt;i&gt;poitrine&lt;/i&gt; plus sensible en a souffert. Il se peut qu'elle change de direction, que de nouvelles rencontres se r&#233;alisent. Une &#171; turba &#187; d'hommes et de femmes (un &#171; tumulte &#187;, comme nous le donne &#224; voir et entendre Maguy Marin) est maintenant l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelque chose. Seul le po&#232;te est capable de r&#234;ver la r&#233;volution et laisse voir et d&#233;sirer la rupture des choses, du monde. Et comme Pasolini, Lucr&#232;ce nous fait voir que l'on peut toujours vivre autrement que ce qui semble in&#233;vitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quelque chose : le &lt;i&gt;De Rerum natura&lt;/i&gt; est un texte compos&#233; pour l'avenir, un avenir qui n'a pas encore eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Paris-Naples, f&#233;vrier 2022)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s avoir pr&#233;sent&#233; un num&#233;ro en ligne sur ce philosophe-artiste (nous renvoyons au num&#233;ro 6 de &#171; K. Revue trans-europ&#233;enne de philosophie et arts &#187; que vous pouvez lire &#224; cette adresse : &lt;a href=&#034;https://revue-k.univ-lille.fr/numero-6.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://revue-k.univ-lille.fr/numero-6.html&lt;/a&gt;), ce livre poursuit la tentative de penser, avec Lucr&#232;ce, un monde sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le sigle DRN renvoie &#224; l'&#233;dition suivante : Lucr&#232;ce, &lt;i&gt;De rerum natura&lt;/i&gt;, trad. fr. de Jos&#233; Kany-Turpin, Paris, Aubier, 1993. Nous avons utilis&#233; cette &#233;dition et cette abr&#233;viation dans tout ce volume, sauf indication contraire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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