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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Vivre et philosopher avec Fourier</title>
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		<dc:creator>Patrice Vermeren, Ren&#233; Sch&#233;rer </dc:creator>



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&lt;p&gt;Notre ami Ren&#233; Sch&#233;rer, longtemps enseignant au d&#233;partement de philosophie de l'universit&#233; Paris 8, vient de mourir, quelques mois apr&#232;s son centi&#232;me anniversaire. Nous publions, &#224; titre d'hommage, ce bel &#233;change, entre son coll&#232;gue Patrice Vermeren et Ren&#233;, &#224; propos de la philosophie de Charles Fourier. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'une des &#233;nigmes du temps serait celle du moment dans lequel s'est constitu&#233;e la communaut&#233; philosophique qui, dans les ann&#233;es 1960, dessine une configuration in&#233;dite de la philosophie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Notre ami Ren&#233; Sch&#233;rer, longtemps enseignant au d&#233;partement de philosophie de l'universit&#233; Paris 8, vient de mourir, quelques mois apr&#232;s son centi&#232;me anniversaire. Nous publions, &#224; titre d'hommage, ce bel &#233;change, entre son coll&#232;gue Patrice Vermeren et Ren&#233;, &#224; propos de la philosophie de Charles Fourier.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des &#233;nigmes du temps serait celle du moment dans lequel s'est constitu&#233;e la communaut&#233; philosophique qui, dans les ann&#233;es 1960, dessine une configuration in&#233;dite de la philosophie fran&#231;aise qui va se cristalliser dans l'aventure vincennoise dix ans plus tard et donner lieu &#224; la cr&#233;ation de son d&#233;partement de philosophie. Ren&#233; Sch&#233;rer occupe ici une place consid&#233;rable. Tu es d'abord singuli&#232;rement situ&#233; comme &#8220;ph&#233;nom&#233;nologue husserlien&#8221; : tu as rapport&#233; comment, apr&#232;s ta lecture de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit&lt;/i&gt; de Hegel en 1943, et une fois entr&#233; &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure, tu avais fr&#233;quent&#233; Tran Duc Thao, engag&#233; dans la &#8220;manie&#8221; du moment de faire tenir ensemble le marxisme et la ph&#233;nom&#233;nologie, m&#234;me si la rigidit&#233; de celui-ci te mettait mal &#224; l'aise, tandis que Desanti et Jean Domarchi pensaient et discutaient beaucoup avec celui qui publiera bient&#244;t &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie et mat&#233;rialisme dialectique&lt;/i&gt; (1951), et comment bient&#244;t Jean Hyppolite t'a propos&#233; de collaborer &#224; la r&#233;vision de la traduction des &lt;i&gt;Recherches Logiques&lt;/i&gt; de Husserl&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer, Geoffroy de Lagasnerie : Apr&#232;s tout, Entretien sur une vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais aussi tu en appelles &#224; Charles Fourier. Ma question est la suivante : Qu'est-ce que Sch&#233;rer va chercher chez Fourier ? Et d'abord, comment le d&#233;couvre-t-il ? Tr&#232;s t&#244;t, par Ren&#233; Maublanc, professeur de philosophie au lyc&#233;e Henri IV, chez qui il fait un stage d'agr&#233;gation, et un expos&#233; sur Fourier. Ren&#233; Maublanc, membre du Parti Communiste Fran&#231;ais, est l'auteur avec son ancien &#233;l&#232;ve F&#233;lix Armand d'un recueil de textes choisis de Fourier publi&#233; en 1939 aux &#233;ditions sociales internationales, entre &lt;i&gt;Les mat&#233;rialistes de l'Antiquit&#233;&lt;/i&gt; de Paul Nizan et le &lt;i&gt;Proudhon&lt;/i&gt; d'Armand Cuvillier, dans la collection &#8220;Socialisme et culture&#8221; dirig&#233;e par Georges Friedmann. La pr&#233;face de Maublanc &#233;tablit que lorsque Marx et Engels parlent du socialisme dans &lt;i&gt;Le Manifeste communiste&lt;/i&gt;, c'est plus &#224; Fourier qu'&#224; Saint Simon ou &#224; Owen qu'ils pensent en &#233;crivant : &#8220;Ils attaquent la soci&#233;t&#233; existante dans ses bases. Ils ont fourni, par cons&#233;quent, en leur temps, des mat&#233;riaux d'une grande valeur pour &#233;clairer les ouvriers. Leurs propositions positives en vue de la soci&#233;t&#233; future &#8211; suppression du conflit entre la ville et la campagne, abolition de la famille, du gain priv&#233; et du travail salari&#233;, proclamation de l'harmonie sociale et transformation de l'&#233;tat en une simple administration de la production &#8211; toutes ces propositions ne font qu'annoncer la disparition de l'antagonisme des classes, antagonisme qui commence seulement &#224; se dessiner, et dont les faiseurs de syst&#232;mes ne connaissent encore que les premi&#232;res formes indistinctes et trompeuses. Aussi ces propositions n'ont-elles qu'un sens proprement utopique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx : Manifeste du Parti communiste, cit&#233; par F.Armand et R.Maublanc (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8221;. Fourier est cr&#233;dit&#233;, &#224; la suite d'Engels, de l'invention d'un style satirique all&#232;gre &#224; l'encontre de l'esprit boutiquier et des phrases grandiloquentes des id&#233;ologues bourgeois, d'une critique plus magistrale encore du mode d'organisation par la bourgeoisie des rapports sexuels et de la situation de la femme en g&#233;n&#233;ral, et d'une conception de l'histoire de la soci&#233;t&#233; (&#171; L&#224; o&#249; Fourier appara&#238;t le plus grand &#187;, &#171; Sa dialectique est &#233;gale &#224; celle de Hegel &#187;) ; et de revendications que Marx lui-m&#234;me retrouverait sous sa plume en &#233;crivant &lt;i&gt;Le Capital&lt;/i&gt;. Mais surtout l'Union sovi&#233;tique parait elle-m&#234;me &#234;tre saisie de quelques-unes des questions essentielles et des solutions pratiques de Fourier, dans le plan d'&#233;lectrification et d'industrialisation de Staline comme dans l'organisation des kolkhozes et des sovkhozes, o&#249; Fourier &#8220;retrouverait l'image de son phalanst&#232;re&#8221;, dans l'&#233;mulation stakhanoviste du travail et la r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'homme nouveau, la seule diff&#233;rence &#233;tant que l'application du r&#234;ve fouri&#233;riste s'est faite en URSS par la violence alors que Fourier voulait une transition pacifique. L'analyse de Maublanc trouvera un &#233;cho dans &lt;i&gt;Paris, capitale du XIX si&#232;cle&lt;/i&gt; de Walter Benjamin, accordant &#224; Fourier de voir dans les passages le canon architectonique du phalanst&#232;re, et Benjamin ajoute : &#171; Marx a pris position en face de Karl Gr&#252;n pour couvrir Fourier et mettre en valeur sa &#171; conception colossale de l'homme &#187;. Il consid&#233;rait Fourier comme le seul homme &#224; c&#244;t&#233; de Hegel qui ait perc&#233; &#224; jour la m&#233;diocrit&#233; de principe du petit bourgeois. Au d&#233;passement syst&#233;matique de ce type chez Hegel correspond chez Fourier son an&#233;antissement humoristique. Un des traits les plus remarquables de l'utopie fouri&#233;riste, c'est que l'id&#233;e de l'exploitation de la nature par l'homme, si r&#233;pandue &#224; l'&#233;poque post&#233;rieure, lui est &#233;trang&#232;re (&#8230;). Si l'int&#233;gration de la technique dans la vie sociale a &#233;chou&#233;, la faute en est &#224; cette exploitation de l'homme par l'homme, qui est le reflet de l'exploitation de la nature par l'homme&#8221;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin : Ecrits francais, Paris, Gallimard, 1991, page 295.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt; A l'inverse de l'usage que fait Maublanc de Fourier, celui-ci apparait bient&#244;t comme un proph&#232;te inspir&#233;, irr&#233;ductible &#224; tout discours totalitaire, singuli&#232;rement le marxisme sovi&#233;tique. Andr&#233; Breton lit Fourier en Arizona, visitant les r&#233;serves des Indiens Hopi., saisi par une vie hors des contraintes de la civilisation, et r&#233;dige son &lt;i&gt;Ode &#224; Fourier&lt;/i&gt;, publi&#233;e en 1947 : &#8220; Comme toi Fourier, Toi debout devant les grands visionnaires, Qui croit avoir raison de la routine et du malheur, &#224; toi le Roseau d'Orph&#233;e&#8221;. C'est Pierre Naville qui a pr&#233;venu Andr&#233; Breton qu'Andr&#233; Gide lui avait parl&#233; d'un fonds d'archives &#233;rotiques et obsc&#232;nes de Fourier s&#233;par&#233;es du Fonds Victor Consid&#233;rant, conserv&#233; par C&#233;lestin Bougl&#233; &#224; l'Ecole Normale Sup&#233;rieure, au Centre de documentation sociale, dont le secr&#233;taire n'est autre que Ren&#233; Maublanc. Simone Debout en tirera les cinq cahiers qu'elle &#233;ditera sous le titre : &lt;i&gt;Le Nouveau Monde Amoureux&lt;/i&gt;, en 1967. Avec cette publication, Fourier n'est plus r&#233;duit &#224; la l&#233;gende qu'avaient voulu forger ses disciples, Victor Consid&#233;rant et Just Muiron.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233; Sch&#233;rer, qui avait expos&#233; sur Fourier chez Maublanc en 1946, et cit&#233; Fourier dans sa th&#232;se r&#233;dig&#233;e en 1959 (mais soutenue seulement six ans plus tard), r&#233;pond favorablement en 1966 &#224; son condisciple de l'Ecole Normale Sup&#233;rieure, Jean-Francois Revel qui lui demande de constituer et de pr&#233;facer un recueil de textes de Fourier pour ses &#8220;Classiques de la libert&#233;&#8221; chez Pauvert. Soit le volume publi&#233; sous le titre &lt;i&gt;L'attraction passionn&#233;e&lt;/i&gt;, une expression et une id&#233;e qui, dit Sch&#233;rer, lui avait plu. Il d&#233;crit alors un Fourier &#224; l'oppos&#233; de celui de Engels : aucunement socialiste, certainement pas h&#233;g&#233;lien, qui r&#233;siste aussi bien &#224; l'incompr&#233;hension bourgeoise qu'&#224; la compr&#233;hension marxiste. C&#233;l&#233;brant la m&#233;thode d'inspiration cart&#233;sienne de Fourier, qui est l'&#233;cart absolu, le doute absolu, &#233;branlant le principe m&#234;me de la civilisation, Sch&#233;rer propose une lecture &#8220;structuraliste&#8221; et anti-h&#233;g&#233;lienne de Fourier. La place du sujet est d&#233;plac&#233;e du c&#244;t&#233; des tensions de l'homme avec son environnement, selon le lieu qu'il occupe, elle est assign&#233;e par les mouvements qui sont les passions. &#8220; Toute la th&#233;orie de Fourier peut &#234;tre comprise par r&#233;f&#233;rence &#224; l'attraction passionn&#233;e, qui joint ce qu'il y a de plus intime en l'homme sensible et de plus m&#233;canique dans le mouvement mat&#233;riel. Tout est passion au sens m&#234;me o&#249; tout est abstraction. La nature explique l'homme qui, &#224; son tour, explique la nature, celle-ci conduisant de toute fa&#231;on &#224; lui. Aussi, dans cette d&#233;centration perp&#233;tuelle, la circularit&#233; est-elle le seul centre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ren&#233; Sch&#233;rer : &#171; Charles Fourier, ou l'&#233;cart absolu &#187;, pr&#233;face &#224; Charles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8221;. Ce beau texte, Sch&#233;rer nous dit qu'il ne l'&#233;crirait plus, qu'il &#233;tait comme une concession au structuralisme du temps, mais il est embl&#233;matique de la mani&#232;re dont Ren&#233; Scherer fait de Fourier notre contemporain, comment il se d&#233;marque de toute lecture r&#233;ductrice du pass&#233; pour faire usage d'un auteur de (ou hors de, mais alors ramen&#233; &#224;) la tradition, pour en faire la r&#233;f&#233;rence d'une machine &#224; conceptualiser une situation philosophique contemporaine. Fourier non seulement r&#233;siste &#224; l'ironie bourgeoise et &#224; la compr&#233;hension marxiste, il ne se contente pas de pr&#233;figurer Marx : il n'est aucunement socialiste, il n'est certainement pas un h&#233;g&#233;lien, et ailleurs tu dis aussi qu'il n'est en rien un utopiste, mani&#232;re aussi de maintenir cette cat&#233;gorie d'utopie &#224; distance. Mais aussi bien Fourier distingue la passion du d&#233;sir, toujours insatisfait, alors que la passion peut rencontrer la satisfaction. Fourier va au-del&#224; de Sade, parce que Sade tient que le d&#233;sir s'accomplit dans la transgression de la loi, tandis qu'il n'y a pas d'id&#233;e de la transgression dans la satisfaction passionnelle chez Fourier. Un Sade qui est en 1966 de grande actualit&#233;, avec la poursuite et l'ach&#232;vement de l'&#233;dition de ses &#339;uvres compl&#232;tes au Cercle du Livre pr&#233;cieux (le texte de Lacan : &lt;i&gt;Kant avec Sade&lt;/i&gt;, avait &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; pour pr&#233;facer le troisi&#232;me volume publi&#233; en 1962, mais il avait &#233;t&#233; refus&#233; et publi&#233; dans la revue &lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt; en 1963, et revu pour sa (re)parution dans les &lt;i&gt;Ecrits&lt;/i&gt; en 1966, et l'on sait que Sch&#233;rer avait &#233;t&#233; un moment, sur le conseil de Fran&#231;ois Ch&#226;telet lorsqu'il r&#233;digeait sa th&#232;se de doctorat, tr&#232;s assidu au s&#233;minaire de Lacan), et avec les articles de Barthes, Klossowski et Michel Tort publi&#233;s dans la revue &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La pens&#233;e de Sade &#187;, Tel Quel, n&#176;28, 1967.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, Sch&#233;rer rapprochera Fourier de l'&lt;i&gt;Anti-&#338;dipe&lt;/i&gt; de Deleuze et Guattari. En tous cas, c'est l'aspect visionnaire et proph&#233;tique de Fourier que retient Sch&#233;rer, l'impossibilit&#233;` de toute application de sa philosophie, sous condition du philosoph&#232;me de l'attraction passionn&#233;e, l'impossible de tout assemblage entre la satisfaction sexuelle et l'association ou le &lt;i&gt;collectif &lt;/i&gt;(ce dernier terme &#233;tant emprunt&#233; &#224; Deleuze et Guattari). Tu peux alors, selon ton expression, &#171; Philosophier Fourier &#187;, devenu ton contemporain, penser &#224; partir de lui, ou comme tu le dis en adoptant une formule de Barthes, vivre avec Fourier. Vivre et philosopher avec Fourier, c'est peut-&#234;tre la clef de ton &#339;uvre philosophique, contre l'oubli de la part du quotidien et du d&#233;sir, et sous condition d'une association de l' exercice de la pens&#233;e &#224; une attitude militante ( au sens o&#249; tu parles de cette &#171; race &#187; de philosophes engag&#233;s &#224; laquelle comme toi-m&#234;me appartiennent Ch&#226;telet, Deleuze, Lyotard, Foucault et Derrida) &lt;br class='autobr' /&gt;
Si la question des philosophes de ta g&#233;n&#233;ration est de savoir comment on sort du h&#233;g&#233;liano-marxisme et de l'interrogation sur le sens de l'histoire apr&#232;s la Seconde guerre mondiale (cf Michel Foucault, &#224; propos de ses lectures de Bataille et de Blanchot, et &#224; travers eux de Nietzsche&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrice Vermeren : &#8220;1949 : d&#233;clin et mort du bergsonisme ?&#8221;, Cahiers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), l'une des r&#233;ponses pourrait-elle &#234;tre la tienne : celle de Ren&#233; Sch&#233;rer, au-del&#224; de la ph&#233;nom&#233;nologie, saisi par un Fourier qui serait l'inverse de Hegel, mais pas au sens o&#249; l'entend Marx, un &lt;i&gt;pari sur l'impossible&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrice Vermeren&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer r&#233;pond &#224; Patrice Vermeren&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as fort bien exprim&#233; les choses, cher Patrice. Ce que tu dis est tout &#224; fait exact. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y avait des pr&#233;occupations qui appartenaient, &#224; cette &#233;poque, et qui se sont modifi&#233;es ou m&#234;me sont devenues peu compr&#233;hensibles ; et, par rapport aux gens qui sont ici, aux &#233;tudiants et m&#234;me aux professeurs, je n'ai pas exactement les m&#234;mes contemporains, ni ne vois exactement la m&#234;me chose qu'eux. Et il me faut un effort pour me replacer dans la situation d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quels &#233;taient donc mes contemporains &#224; ce moment-l&#224; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;taient Sartre d'une fa&#231;on insistante, mais que, pr&#233;cis&#233;ment pour cela, il m'a &#233;t&#233; inutile de mentionner ; c'&#233;tait le conflit entre existentialisme et marxisme, c'&#233;tait la rencontre &#233;galement entre la ph&#233;nom&#233;nologie et le freudisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, c'&#233;tait nombre de choses qui posaient des probl&#232;mes mettant en question la philosophie ; la philosophie en tant que philosophie pure et simple : ou, comme l'&#233;crivait la revue qui avait &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e par Thierry Briault ici - m&#234;me, &#224; Paris8, la &#034;Philosophie Philosophie&#034;. Formulation &#233;galement adopt&#233;e par le Coll&#232;ge international de Philosophie. Ce qui ne serait gu&#232;re, je crois, compr&#233;hensible si l'on ne pensait que, il y a une sorte de sp&#233;cificit&#233; de la philosophie en tant que telle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, &#171; &#224; l'&#233;poque &#187;, il avait, au contraire, une tendance &#224; tirer la philosophie du c&#244;t&#233; de ce qui n'&#233;tait pas elle, attir&#233;e qu'elle &#233;tait par les sciences humaines annexes. Tout sp&#233;cialement par la sociologie qui paraissait son v&#233;ritable &#171; devenir &#187;, son destin. De l&#224;, la fondation par Bataille et autres, avant la guerre de 40, du fameux Coll&#232;ge de sociologie, avoisinant, il faut aussi le rappeler, avec le Coll&#232;ge philosophique de Jean Wahl, plus proche de la &#171; philosophie, philosophie &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec Foucault, cela a &#233;t&#233; un peu la m&#234;me chose. Il s'est orient&#233;, &#224; la suite de Canguilhem, vers la m&#233;decine, vers la psychologie, vers l'histoire. Il a &#233;t&#233;, on pourrait presque le dire, contraint et forc&#233; par une sorte de pression ext&#233;rieure, contemporaine de la pr&#233;pond&#233;rance d'une pens&#233;e inspir&#233;e par Comte et par Marx. Puis, la philosophie a refait surface, et a &#233;t&#233; revendiqu&#233;e pour elle-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le nom est devenu noble et tout le monde s'est r&#233;clam&#233; d'&#234;tre philosophe. Mais, du temps de mes &#233;tudes, on semblait bien aller vers &#171; la fin de la philosophie &#187;. Fin non seulement signifi&#233;e par Marx et d&#233;j&#224; Hegel, puis par Heidegger qui s'&#233;tait sacr&#233; lui-m&#234;me ou qu'on avait sacr&#233; le dernier des philosophes.&lt;br class='autobr' /&gt;
La philosophie s'&#233;tait constitu&#233;e comme &#233;tant sur, &#224; l'or&#233;e, &#224; l'entr&#233;e de son &#233;clatement, voire de sa disparition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'y croyais pas tout &#224; fait, moi, personnellement ayant une certaine r&#233;sistance, r&#233;pugnance ou r&#233;serve &#224; parler de la disparition philosophie ; mais ce fut surtout Deleuze qui a r&#233;sist&#233; &#224; ce mouvement g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'&#233;tais pas non plus, d'ailleurs, sur les positions de Deleuze, humien, bergsonien et spinoziste, &#233;tant ph&#233;nom&#233;nologue husserlien, mais je n'&#233;tais pas non plus dans l'attitude inverse. &lt;br class='autobr' /&gt; J'&#233;tais moins engag&#233; dans l'id&#233;e de la fin de la philosophie, tout en c&#233;dant quelque peu &#224; sa s&#233;duction. Comment conserver, pr&#233;server la philosophie bien que l'on soit &#224; la p&#233;riode sinon de son ach&#232;vement du moins de sa crise, de sa mise en crise, de sa probl&#233;matisation ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ch&#226;telet aussi partageait mes doutes et devint, un peu plus tard, un fervent d&#233;fenseur du maintien de la philosophie en tant que discipline et enseignement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, et par r&#233;action, il y a eu des philosophes et des meilleurs, qui ont adopt&#233; une position de repli, sur l'histoire de la philosophie et ont assur&#233; le grand succ&#232;s de la scolastique, de philosophies, tout au moins pass&#233;s sous silence , de textes m&#233;connus ou oubli&#233;s auxquels donner sens. Je pense &#224; Giorgio Agamben par exemple, ou d'autres. Dans l'intention de sauver la philosophie on est revenu en arri&#232;re - ce qui ne veut pas dire r&#233; activement - de fa&#231;on &#224; red&#233;couvrir, &#224; relire des philosophes. Mais l&#224; c'est une question trop immense pour que je te puisse r&#233;pondre autre chose que l'&#233;voquer et laisser la discussion &#224; d'autres porte-parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait seulement pour te dire quelle &#233;tait la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu as raison de la situer d&#232;s avant-guerre et o&#249; il y a eu - pour conclure ce point - il faudrait aussi parler de la faveur nouvelle de la philosophie de Hegel, gr&#226;ce &#224; la traduction de &lt;i&gt;La ph&#233;nom&#233;nologie de l'Esprit&lt;/i&gt; par Hyppolite, &#224; l'action de Jean Wahl, d&#232;s avant la guerre de 40, ainsi que celle de Koj&#232;ve avec son &lt;i&gt;Introduction &#224; la lecture de Hegel&lt;/i&gt; et &#224; ses cours. L'h&#233;g&#233;lianisme de la m&#234;me fa&#231;on que la ph&#233;nom&#233;nologie, husserlienne, celle-l&#224;, ont &#233;t&#233; des moyens de renouvellement de la pens&#233;e philosophique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agissait encore de prendre parti dans ce d&#233;bat. Mais Deleuze, pour sa part a toujours agi en outsider, il est rest&#233; en marge et a &#339;uvr&#233; de mani&#232;re tout &#224; fait originale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a toujours affirm&#233; qu'il ne l'avait jamais &#233;t&#233; ni marxiste, ni ph&#233;nom&#233;nologue, ni h&#233;g&#233;lien. Alors qu'avec Wahl et Hyppolite qui ont dirig&#233; mes travaux de th&#232;se, j'&#233;tais un peu de tout cela &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer ou la parole hospitali&#232;re&lt;/i&gt;, sous la direction de Bruno Cany et Yolande Robveille, L'Harmattan, 2013.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer, Geoffroy de Lagasnerie : &lt;i&gt;Apr&#232;s tout, Entretien sur une vie intellectuelle&lt;/i&gt;, Paris, &#233;ditions Cartouche, page 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx : &lt;i&gt;Manifeste du Parti communiste&lt;/i&gt;, cit&#233; par F.Armand et R.Maublanc : &lt;i&gt;Fourier&lt;/i&gt;, Paris, Editions sociales internationales, 1937, tome I, p.180.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin : &lt;i&gt;Ecrits francais&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1991, page 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ren&#233; Sch&#233;rer : &#171; Charles Fourier, ou l'&#233;cart absolu &#187;, pr&#233;face &#224; Charles Fourier : &lt;i&gt;L'attraction passionn&#233;e&lt;/i&gt;, Paris, Pauvert, 1967, page 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La pens&#233;e de Sade &#187;, &lt;i&gt;Tel Quel&lt;/i&gt;, n&#176;28, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Patrice Vermeren : &#8220;1949 : d&#233;clin et mort du bergsonisme ?&#8221;, &lt;i&gt;Cahiers critiques de philosophie&lt;/i&gt;, n&#176;7, 2009, page 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ren&#233; peint la Gr&#232;ce, suivi de &#034;Hospitalit&#233; et utopie&#034;, par Ren&#233; Sch&#233;rer</title>
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		<dc:date>2022-11-22T01:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; Sch&#233;rer , Thierry Briault</dc:creator>



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&lt;p&gt;Lorsque Ren&#233; entreprend de s'attaquer &#224; l'antique, comme on disait autrefois dans les &#233;coles d'art, ce n'est pas pour y r&#233;aliser des &#233;tudes patiemment ex&#233;cut&#233;es sur un mod&#232;le acad&#233;mique ou dans un esprit didactique. Son approche est tout autre ici avec ses carnets de voyage en Gr&#232;ce [Reproduits ci-dessous (note d'I&amp;A)], aimablement confi&#233;s par Constantin Irodotou. Ren&#233; Sch&#233;rer pratique l'aquarelle et le dessin depuis toujours. On ne peut manquer de le voir sortir un carnet lors de ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=19" rel="directory"&gt;Portraits philosophiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsque Ren&#233; entreprend de s'attaquer &#224; l'antique, comme on disait autrefois dans les &#233;coles d'art, ce n'est pas pour y r&#233;aliser des &#233;tudes patiemment ex&#233;cut&#233;es sur un mod&#232;le acad&#233;mique ou dans un esprit didactique. Son approche est tout autre ici avec ses carnets de voyage en Gr&#232;ce &lt;i&gt;[Reproduits ci-dessous (note d'I&amp;A)]&lt;/i&gt;, aimablement confi&#233;s par Constantin Irodotou. Ren&#233; Sch&#233;rer pratique l'aquarelle et le dessin depuis toujours. On ne peut manquer de le voir sortir un carnet lors de ses d&#233;placements, pour croquer telle silhouette ou tel paysage avec pinceau ou crayon. Il n'a jamais voulu prendre un cours de dessin ou de peinture, sa pratique se veut totalement spontan&#233;e. Expressionnisme ? Na&#239;vet&#233; fauve assum&#233;e ? Nous le connaissons aussi grand d&#233;fenseur d'une vision expressive de la vie, fond&#233;e sur des positionnements anarchistes, ceux de Fourrier notamment ou les th&#233;ories deleuziennes r&#233;interpr&#233;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan stylistique n&#233;anmoins, on fera un rapprochement avec telles aquarelles de Van Dongen destin&#233;es &#224; l'illustration de la Recherche du temps perdu qu'il ne semblait pas conna&#238;tre. Des taches color&#233;es, une figuration l&#233;g&#232;re et frissonnante plus ou moins soulign&#233;e d'un trait nerveux, d'une ligne de contour plus incisive. Moi qui ai pass&#233; six mois sur le fragment des Panath&#233;n&#233;es du Louvre, je mesure &#233;videmment, puisque ces aquarelles faites en Gr&#232;ce s'attaquent &#224; Phidias, aux Cariatides, au Moscophore, aux Kouro&#239;, la diff&#233;rence de sa d&#233;marche. J'ai pu r&#233;aliser aussi des croquis devant les marbres d'Elgin au British Museum pendant quinze jours en dessinant de fa&#231;on plus libre, avec la gomme et en revenant longuement avec les crayons par des accidents de traits et des lignes entrem&#234;l&#233;s, le but &#233;tait tout autre. Je cherchais &#224; comprendre les rapports plastiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233;, et nous l'avions vu pr&#233;cis&#233;ment avec le d&#233;bat que nous avons men&#233; au sein de son s&#233;minaire et ici avec le texte reproduit qu'il m'avait laiss&#233; justement sur sa conception de la peinture, ne s'int&#233;resse pas &#224; la forme pour elle-m&#234;me. Il pr&#233;f&#232;re la force, l'&#233;lan et l'&#233;cart en rapport avec la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les aquarelles de son voyage en Gr&#232;ce repr&#233;sentent de cette mani&#232;re un point d'acm&#233; autour de la tension qui se produit entre un art d'&#233;tude et un art d'expression. Entre une envie de capter les lumi&#232;res et les couleurs sur le motif sans pr&#233;alable, faisant confiance en sa pulsion du moment, et la statuaire antique, le paysage grec, un monde visuel tout de construction et de mesures savantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas un peintre gestuel non plus &#224; la fa&#231;on de Rembrandt, dont les lavis sont des quintessences de construction, fait en quelques coups de pinceau d'une justesse tr&#232;s &#233;vocatrice et saisissante, et Rembrandt le fait en parall&#232;le avec ses c&#233;l&#232;bres peintures bross&#233;es de mani&#232;re large et emp&#226;t&#233;e qui accumulent les rapports plastiques par les accidents de mati&#232;re, et les glacis sombres sur les &#233;paisseurs . Ren&#233; n'est pas un r&#233;tinien. Il n'aime pas la notion. Il n'est pas non plus un technicien. Peintre gestuel pour l'expressivit&#233;, cultivant une sensibilit&#233; primesauti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un artiste ne peut s'emp&#234;cher de parler de lui-m&#234;me en commentant l'&#339;uvre d'un autre artiste, on voudra bien pardonner ce travers habituel qui n'est pas sans apporter n&#233;anmoins un &#233;clairage sur l'&#339;uvre en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait me reprocher de ne voir que des abstractions harmonieuses et les peindre l&#224; o&#249; elles apparaissent, tableau ou monde ext&#233;rieur, figuratifs ou non. Ren&#233; lui, ne sympathise pas de cette mani&#232;re et sur le m&#234;me plan, m&#234;me s'il est bien tourn&#233; vers les autres et le monde avec son regard hospitalier. Je me rappellerai toujours de sa r&#233;action face au portrait de Gongora peint par V&#233;lasquez. Il lui trouvait un air rev&#234;che, fort peu sympathique. Il n'appr&#233;ciait pas en g&#233;n&#233;ral la froideur et la distance v&#233;lasqu&#233;zienne, sa neutralit&#233;. Lors de l'exposition Vermeer r&#233;cente au Louvre, il m'invitait &#224; regarder les filles et les jeunes gens qui se trouvaient &#224; c&#244;t&#233; des tableaux, &#224; sortir du cadre, &#224; penser au &#171; parergon &#187;. Il &#171; swannise &#187; un peu. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise &#224; l'exposition de Hans Hartung, de voir les photos r&#233;alis&#233;s par l'artiste abstraits dont il ignorait l'existence et, comble du comble, d'y d&#233;couvrir le portrait de son fr&#232;re Eric Rohmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;couvert un de mes homonymes anciens, sur le Net, Maurice Briault, un pr&#234;tre missionnaire, africaniste, aquarelliste et peintre, qui s'est fait conna&#238;tre par ses voyages dans les colonies fran&#231;aises, il est l' auteur de nombreux livres sur l'Afrique abondamment illustr&#233;es par ses soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A vrai dire je ne sais comment Ren&#233; a per&#231;u la lumi&#232;re de la Gr&#232;ce. Lors de mon unique voyage dans ce pays, je me souviens sur l'Acropole notamment, en observant les gens &#233;voluer au milieu des statues et des temples, je percevais en r&#233;alit&#233; un monde presque en cama&#239;eux, la couleur ne comptant pas, et les figures vivantes de ces visiteurs m'apparaissaient toutes extr&#234;mement cisel&#233;es par un effet &#233;trange de la lumi&#232;re qui devaient toujours r&#233;gner ainsi en Gr&#232;ce ou en Attique, du moins l'&#233;t&#233;, les gens comme les &#339;uvres et le paysage, tout me semblait dessin&#233; d'une ligne incisive, soulignant et marquant toutes les formes sans exception et d'une pl&#233;nitude sculpturale. La Gr&#232;ce pays des formes cisel&#233;es, en bronze, en marbre, en v&#233;g&#233;tal ou en chair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le sent bien, la Gr&#232;ce de Ren&#233; t&#233;moigne d'une vision plus color&#233;e, et lors de ces nombreux d&#233;placements en France ou &#224; l'&#233;tranger, comme ici avec ces carnets de voyage hell&#232;nes, c'est la m&#234;me fra&#238;cheur de ton, la m&#234;me touche enlev&#233;e, les m&#234;mes teintes transparentes et vives qui se r&#233;v&#232;lent ainsi &#224; nous et nous attendent. Non sans humour. La caricature surgit parfois. Par ses traits. C'est pourquoi il pr&#233;f&#232;re Goya &#224; V&#233;lasquez.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les carnets sont souvent annot&#233;s, tranche de vie en plus d'&#234;tre expressivit&#233;. Il y a de la narrativit&#233; dans ces dessins, si on les suit. Chez lui, il en faisait d&#233;filer, ou ceux-ci d&#233;filaient tout seuls sur son &#233;cran, un logiciel nous surprenait et il r&#233;agissait encore, nous invitant &#224; les voir en nous prenant presque &#224; t&#233;moin, entre existence et image.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais ce qu'il pense de Raoul Dufy, autre fauve avec Van Dongen auquel on pourrait le rapprocher. Ce ne serait plus La F&#233;e &#233;lectricit&#233;, mais la f&#233;e rencontre, la f&#233;e passionn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, l'actualit&#233; des expositions nous y invite avec Munch, Ren&#233; appr&#233;cie tout particuli&#232;rement &lt;i&gt;Le Cri&lt;/i&gt;. Avec l'autrichien Egon Schiele, ce sont deux peintres qui avaient sa pr&#233;f&#233;rence, deux peintres expressionnistes l&#224; encore et souvent consid&#233;r&#233;s comme des artistes pr&#233;curseurs. On voit ce qui attire notre ami, le puissant tropisme que ces &#339;uvres exercent sur sa sensibilit&#233;, la fra&#238;cheur intense et immens&#233;ment expressive du &lt;i&gt;Cri&lt;/i&gt;, et les corps jeunes et d&#233;gingand&#233;s de Schiele, lignes de contours bris&#233;es d'un c&#244;t&#233;, lignes ondulantes gagnant tout l'espace chez l'autre. Modernit&#233; et spontan&#233;it&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui dira toute la valeur et l'importance de ces carnets ? Pensons aux lavis et aquarelles de Barthes qui soutiennent une pens&#233;e du neutre et du gris. Sch&#233;rer et Barthes partagent la m&#234;me admiration pour Cy Twombli. Gardons ces mots, aussi terribles parfois que n&#233;cessaires souvent : modernit&#233; et spontan&#233;it&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Thierry Briault&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*************************************************************&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Le D&#233;partement de Philosophie de l'Universit&#233; d'Ath&#232;nes a organis&#233; le 18 octobre 2013, &#224; l'initiative de Gerasimos Kakoliris, en coop&#233;ration avec l'Institut Fran&#231;ais de Gr&#232;ce, une journ&#233;e philosophique consacr&#233;e au philosophe fran&#231;ais Ren&#233; Sch&#233;rer, intitul&#233;e &#171; Offrir l'hospitalit&#233; &#224; Ren&#233; Sch&#233;rer / Ren&#233; Sch&#233;rer sur l'hospitalit&#233; &#187;, avec la participation de : &#8226; Ren&#233; Sch&#233;rer, Professeur &#233;m&#233;rite en Philosophie &#224; l'Universit&#233; Paris 8 Vincennes-&#224;-Saint-Denis. Titre de conf&#233;rence : Hospitalit&#233; et Utopie. &#8226; Anne Sauvagnargues, Professeure en Philosophie de l'Universit&#233; Paris Ouest Nanterre La D&#233;fense. Titre de conf&#233;rence : Les devenirs-enfants de Ren&#233; Sch&#233;rer. &#8226; Eftichios Bitsakis, Professeur &#233;m&#233;rite en Philosopie &#224; l'Universit&#233; d'Ioannina. Titre de conf&#233;rence : Ren&#233; Sch&#233;rer, Vers une utopie r&#233;elle. &#8226; Gerasimos Kakoliris, MCF en Philosophie &#224; l'Universit&#233; d'Ath&#232;nes. Titre de conf&#233;rence : Ren&#233; Sch&#233;rer et Jacques Derrida sur l'hospitalit&#233;. &#8226; Mod&#233;rateur : Constantin Irodotou, doctorant, &#224; l'&#233;poque, de l'Universit&#233; de Paris 8 Vincennes-&#224;-Saint-Denis.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; cette occasion, Ren&#233; Sch&#233;rer a visit&#233; la ville d'Ath&#232;nes et le P&#233;loponn&#232;se, accompagn&#233; par Gerasimos Kakoliris, Anne Sauvagnargues et Constantin Irodotou, et y a consacr&#233; tout un carnet de croquis restant in&#233;dit (&lt;strong&gt;visible &#224; la suite du texte ci-dessous&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Constantin Irodotou&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*************************************************************&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;Hospitalit&#233; et utopie&lt;/strong&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux mots, deux id&#233;es qui, dans notre langage et dans notre pens&#233;e jouent ensemble, tourbillonnent, se renvoient la balle. Il vaut mieux &#8211; ce n'est pas une subtilit&#233; &#8211; supprimer le et, remplacer par une virgule. Ce qui donne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hospitalit&#233;, utopie ou deux points : utopie ! c'est &#224; dire balivernes, irr&#233;alisme. Mais aussi et vu d'une tout autre mani&#232;re : hospitalit&#233;, utopie, ou notre utopie ! qui prend alors une allure affirmative, exaltante : si nous avons &#224; former une utopie pour le temps pr&#233;sent, c'est &#224; rien d'autre qu'&#224; l'hospitalit&#233;, offerte &#224; tous, que nous pensons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ai &#224; dire tourne autour de ces deux formulations, de ces deux id&#233;es simples, pour ne pas dire simplistes. Il est toujours utopique de proposer l'hospitalit&#233; sans restriction &#224; tous ceux qui la demande ; Mais c'est vraiment une utopie qui en vaut la peine, la plus g&#233;n&#233;reuse peut-&#234;tre, et, qui sait, la plus r&#233;aliste finalement pour un monde qui a qui va avoir besoin, s'il ne veut pas mourir, de plus, toujours plus d'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment y voir clair dans tout cela, comment s'orienter ? C'est la notion m&#234;me d'utopie qui est en question, qui peut signifier le pire : l'illusion, le vide des mots, et le meilleur : l'id&#233;e directrice, le but &#224; atteindre. Utopie p&#233;jorante et utopie exaltante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie est donc chose double ; et, de plus, &#233;voquer l'utopie est n&#233;cessairement devoir se r&#233;f&#233;rer, non &#224; une, avec l'article d&#233;fini, mais &#224; toutes les utopies qui ont revendiqu&#233; ouvertement ce nom, qui se sont recommand&#233;es de ce titre, &#224; &lt;i&gt;des utopies&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est-&#224;-dire &#224; des &#233;crits, des r&#233;cits qui existent, pullulent dans toute la litt&#233;rature moderne et contemporaine, &#233;clairants, instructifs, proposant, imaginant d'autres mondes, d'autres vies possibles que celle de l'actualit&#233; dite &#171; r&#233;elle &#187;, explorant des &lt;i&gt;possibles lat&#233;raux&lt;/i&gt; ( Raymond Ruyer) ou, si l'on veut &#8211; car le seul &#171; possible &#187; au sens strict est justement ce qui est advenu, le &#171; r&#233;el &#187; &#8211; des &lt;i&gt;impossibles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie, c'est l'impossible d'une soci&#233;t&#233;, mais un impossible exigible, d'une certaine mani&#232;re m&#234;me, n&#233;cessaire, appel&#233; par les injustices et les contradictions de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#233;thode-l&#224; que je choisis pour montrer comment ces utopies se sont comport&#233;es avec l'hospitalit&#233;, l'ont trait&#233;e &#8211; ou bien maltrait&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;che qui serait hors de proportion avec le temps qui m'est imparti si je voulais l'&#233;puiser, mais pour laquelle je proc&#232;derai par survols et bonds, raccourcis, allant aux grandes lignes, axes ou id&#233;es directrices, n'h&#233;sitant pas &#224; simplifier, voire &#224; &#234;tre simpliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pour couper court, exposant d'embl&#233;e toute ma th&#232;se, je prendrai pour axe un paradoxe. C'est que l'utopie, politique et sociale, a &#233;t&#233; traditionnellement g&#234;n&#233;e par l'hospitalit&#233;, n'a pas fait bon m&#233;nage avec elle, bien qu'elle ait, par ailleurs, avec celle-ci une &lt;i&gt;affinit&#233;&lt;/i&gt; certaine. Et qu'il a fallu attendre une conversion ou une mutation essentielle pour que l'hospitalit&#233; avec ses probl&#232;mes, au premier chef, le probl&#232;me de &lt;i&gt;l'&#233;tranger&lt;/i&gt;, passe au premier plan de l'utopie, l'organise, en devienne le pivot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le probl&#232;me ne s'&#233;noncera plus : comment &lt;i&gt; rendre possible l'admission de l'&#233;tranger dans la soci&#233;t&#233; la meilleure&lt;/i&gt;, mais : &lt;i&gt;comment penser une soci&#233;t&#233; meilleure autour de l'&#233;tranger, de l'admission de l'&#233;tranger&lt;/i&gt;. Penser autour de l'autre, de la priorit&#233; de l'autre, et non du repliement, de la cl&#244;ture sur soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera une grande mutation, certes. A toute &#233;poque, ce sont des utopies &#8211; sinon &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; utopies &#8211; qui ont formul&#233;, condens&#233;, illustr&#233; les grandes id&#233;es directrices de leur temps, les &#171; th&#232;mes de leur temps &#187;. A commencer par la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon, en passant par l'&lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt; proprement dite (&#233;ponyme) de Thomas More, jusqu'&#224; celle de Charles Fourier, l'&lt;i&gt;Harmonie universelle&lt;/i&gt;. Trois utopies, trois jalons, trois condens&#233;s critiques de leur &#233;poque : la cit&#233; antique et la fondation de l'ordre &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt; ; l'Europe &lt;i&gt;capitaliste et la question sociale&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;L'imp&#233;rialisme contemporain et la mondialisation&lt;/i&gt;. (Car, Fourier, bien qu'&#233;crit au d&#233;but du XIX&#232;me si&#232;cle, c'est bien cela : une utopie &#224; l'&#233;chelle du globe).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces utopies concernent ces th&#232;mes, dans la cat&#233;gorie g&#233;n&#233;rale du &#171; politique &#187; ; mais il faut compter aussi avec de multiples utopies qui traitent plus volontiers des m&#339;urs, comme celle de Cyrano, ou de R&#233;tif, avec les questions des sexes, des femmes, du mariage ; Fourier se pla&#231;ant encore sur ce point en position exceptionnelle et pr&#233;dominante, en introduisant dans ce qui apparaissait comme relevant seulement de l'ordre politique, &lt;i&gt;les passions&lt;/i&gt;, l'ordre du &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est-il, dans cette ligne, cette lanc&#233;e, particuli&#232;rement int&#233;ressant pour ne pas dire &lt;i&gt;prescrit&lt;/i&gt;, d'aller rechercher comment &#171; l'utopie &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; les &#187; utopies ont trait&#233; de l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me r&#233;sume en reprenant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine, comme partout, un recours &#224; l'histoire de ce qui est, &#224; la fois une id&#233;e, une notion et un &#171; genre &#187; : un genre litt&#233;raire et philosophique, pourra &#234;tre &#233;clairant. Des utopies existent, ont &#233;t&#233; &#233;crites, depuis celle qui a donn&#233; le nom, l'&lt;i&gt;Utopia&lt;/i&gt; de Thomas More, et m&#234;me avant, d&#232;s l'antiquit&#233;, avant la lettre, pour ainsi dire ; je ne vais pas me lancer dans leur &#233;num&#233;ration, mais plut&#244;t, en les survolant, d&#233;gager quelques grandes lignes, quelques orientations principales. Et j'en vois d'abord 2 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	une certaine affinit&#233; entre l'utopie et l'hospitalit&#233;. Le fait que d&#232;s l'antiquit&#233;, l'hospitalit&#233; appara&#238;t dans un environnement, un contexte souvent, pas toujours, mais souvent utopique. C'est le cas de l'Odyss&#233;e : la splendide hospitalit&#233; de l'&#238;le de Sch&#233;rie, celle des Ph&#233;aciens ; et, plus pr&#233;cis&#233;ment le fait que les auteurs d'utopies les ont fait appara&#238;tre dans des situations exigeant l'hospitalit&#233;. Je m'explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'utopie, et cela est particuli&#232;rement net et exemplaire chez Thomas More, est d&#233;couverte par des voyageurs, des gens qui sont en visite, en quelque sorte, et qui doivent &#234;tre re&#231;us, et arrivent en amis, non en ennemis pour revenir conter l'organisation sociale sup&#233;rieure qu'ils ont d&#233;couverte et en faire l'&#233;loge. D'une certaine mani&#232;re, l'utopie s'est greff&#233;e sur une hospitalit&#233; premi&#232;re, elle, non utopique au sens d'invent&#233;e, d'imagin&#233;e, mais bien r&#233;elle ; et il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que c'est une certaine forme d'hospitalit&#233;, d'accueil, qui a encadr&#233;, rendu possible, induit, dans les temps modernes, pour ne parler que d'eux, la pens&#233;e utopique. Une &lt;i&gt;hospitalit&#233; du seuil&lt;/i&gt;, de l'acc&#232;s, liminaire, mais indispensable comme condition premi&#232;re de la pens&#233;e qui a invent&#233;, &#224; partir des soci&#233;t&#233; recevantes, l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; nouvelle. C'est le &lt;i&gt;Nouveau monde&lt;/i&gt; d'abord qui a &#233;t&#233; la source de l'imaginaire utopique : les soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaines, oc&#233;aniennes sur lesquelles se greffent des id&#233;es emprunt&#233;es &#224; la cit&#233; id&#233;ale platonicienne. Ce qui est clair chez More, ou dans la &lt;i&gt;Cit&#233; du soleil&lt;/i&gt; de Campanella ; utopies rendues possibles par l'acc&#232;s &#224; de plus larges horizons de la terre, &#224; d'autres peuples et formes de vie, &#224; ce qu'on a aper&#231;u, que Montaigne a le mieux exprim&#233;, comme un d&#233;centrement du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire du monde m&#233;diterran&#233;en. Et, d&#232;s ce moment, l'utopie appara&#238;t comme en jonction tr&#232;s pr&#233;cise avec l'histoire contemporaine dont elle &#233;pouse le mouvement : les grandes exp&#233;ditions maritimes, et, tout &#224; la fois, en contradiction, en opposition &lt;i&gt;critique&lt;/i&gt; avec elle. Et ce, doublement, puisque, dans son r&#233;cit, d'une soci&#233;t&#233; id&#233;ale ou meilleure, l'utopie est un mode indirect de critique politique des injustices ou des incoh&#233;rences sociales ; et que, d'un autre c&#244;t&#233;, elle repose sur un mode inverse d'acc&#232;s au monde nouveau que celui que l'histoire r&#233;elle a adopt&#233; : non la violence destructrice, ou le d&#233;ni de l'alt&#233;rit&#233;, mais &lt;i&gt;l'accueil hospitalier&lt;/i&gt;, la compr&#233;hension, la comparaison &#233;tablie &#224; l'avantage de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est le premier point de mon expos&#233; : une affinit&#233; intime entre l'utopie, j'entends la cr&#233;ation utopique, telle qu'elle a apparu dans l'histoire, et l'hospitalit&#233;, un sens de l'hospitalit&#233;, qu'il s'agisse de la r&#233;ception des h&#244;tes voyageurs, ou de l'acceptation par eux des institutions &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Mais il y a un second point, un second aspect. C'est que l'utopie, une fois qu'elle s'&#233;crit, se d&#233;veloppe comme description d'une cit&#233; parfaite, meilleure en tout cas, n'a qu'un souci : se garantir de l'&#233;tranger, prendre contre lui des pr&#233;cautions. Cela est une constante depuis Thomas More jusqu'aux toutes derni&#232;res utopies contemporaines du 19&#232;me si&#232;cle ( car il y en a eu beaucoup dans cette tradition) ; et l'on peut, pour simplifier, en voir le mod&#232;le dans &lt;i&gt;Les lois&lt;/i&gt; de Platon qui, sans &#234;tre une utopie au m&#234;me titre que &lt;i&gt;La r&#233;publique&lt;/i&gt; jouent tout de m&#234;me effectivement ce r&#244;le pour les utopies modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, surtout pour ce que j'ai &#224; soutenir ici, c'est que l'on voit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8211; des mesures de grandes prudence ou de d&#233;fiance envers l'&#233;tranger, avec toutefois la pr&#233;servation d'un principe d'hospitalit&#233; qui est gard&#233; dans l'utopie de l'Etat ou de la Cit&#233;, mais ne fait pas partie int&#233;grante d'elle-m&#234;me. Il est divin, d'un autre ordre. La cit&#233;, au contraire, va se construire sur une utopie interne, rationalisation de l'int&#233;rieur, et jalouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au fond, l'utopie suit un peu le m&#234;me chemin que la pens&#233;e politique au l8&#232;me si&#232;cle, telle qu'elle appara&#238;t tout au moins chez Rousseau, telle qu'elle se prolonge dans le nationalisme jacobin. Elle va prendre un chemin qui l'&#233;loigne du &lt;i&gt;cosmopolitisme, au nom du patriotisme, de l'int&#233;r&#234;t national&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et il appara&#238;t l&#224; une contradiction, une tension ou un conflit au sein de la pens&#233;e utopique : elle vise &#224; une soci&#233;t&#233; id&#233;ale, mais la r&#233;serve pour un petit nombre, elle pressent que la cit&#233; ne peut pas ne pas s'ouvrir &#224; l'&#233;tranger sans parvenir &#224; l'int&#233;grer. Et cela, d'ailleurs, vaut aussi pour l'antiquit&#233;, pour Platon, dont Andr&#233; Joly a remarquablement d&#233;crit la position ambigu&#235; qui fait que, admettant philosophiquement , exigeant la participation &lt;i&gt;ontologique&lt;/i&gt; du m&#234;me &#224; l'autre, il ne peut la faire passer &lt;i&gt;dans le politique&lt;/i&gt;, la transposer de l'&lt;i&gt;Etre&lt;/i&gt; &#224; la &lt;i&gt;Cit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mettrai cela au centre, comme entrave et impasse de la pens&#233;e utopique de cette tradition, et que l'on rep&#232;re fort bien dans les utopies &#233;tatiques contemporaines, &#171; transcendantes &#187; (en langage de Deleuze)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une seconde orientation, ou, pour ainsi dire, deux sources de l'Utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tait platonicienne, mettait un point final au voyage, pr&#233;f&#233;rait le s&#233;jour et la cl&#244;ture &#224; l'errance et &#224; l'expansion. La seconde suit une route qui aussi a &#233;t&#233; trac&#233;e d&#232;s l'antiquit&#233; : celle , non de la cit&#233;, mais du cosmopolitisme, de l'&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; d'Alexandre, et aussi de l'Empire romain, du &lt;i&gt;citoyen du monde&lt;/i&gt;. Elle trace avec l'autre une ligne entrecrois&#233;e, chevauchante, parfois confondue . Dans toute l'histoire de l'utopie, on ne la voit se d&#233;gager nettement qu'&#224; la fin du l8&#232;me si&#232;cle avec Kant, avec son id&#233;e fondamentale d'un &#171; droit cosmopolitique &#187; command&#233; par le principe d'une &lt;i&gt;hospitalit&#233; universelle&lt;/i&gt; ; mais avec des restrictions et limitations h&#233;rit&#233;es de la vision &#233;tatique nationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et surtout avec l'utopie de Fourier qui propose une alliance unique de la &#171; r&#233;volution mol&#233;culaire &#187; dans le sens que lui a donn&#233; Felix Guattari, avec un principe d'hospitalit&#233; non r&#233;duit au droit de visite, mais d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est sur cette base, je crois qu'une alliance de l'utopie et de l'hospitalit&#233; doit &#234;tre pens&#233;e : &lt;i&gt;l'hospitalit&#233; est notre utopie&lt;/i&gt;, c'est dire que nous ne pouvons formuler actuellement de proposition utopique qui n'int&#232;gre pas l' hospitalit&#233; : pas d'utopie jalouse, r&#233;serv&#233;e, pas de soci&#233;t&#233; id&#233;ale possible qui ne soit pas d'abord orient&#233;e vers l'&#233;tranger et son accueil ; mais &#233;galement, il est assur&#233; que toute hospitalit&#233; pens&#233;e en ce sens, &#233;tant utopique, nous contraint &#224; r&#233;viser notre conception p&#233;jorative de l'utopie en l'int&#233;grant &#224; la possibilit&#233; de penser. Moins &#224; titre de conceptualisation que de po&#233;tisation du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Po&#233;tisation, c'est-&#224;-dire devant &#233;chapper toujours au froid langage politique et juridique. Je reprendrai en terminant les paroles admirables d'Edmond Jab&#232;s : &#171; En de&#231;&#224; de la responsabilit&#233;, il y a la solidarit&#233; ; par-del&#224;, il y a l'hospitalit&#233; &#187; ; et aussi, r&#233;pondant &#224; la pesanteur, &#224; l'ali&#233;nation du r&#233;el et connotant la dimension utopique : &#171; l'hospitalit&#233; all&#232;ge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ren&#233; Sch&#233;rer&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/1_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/1_1_.jpg' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L500xH375/1-0b936.jpg?1773004885' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L250xH125/2-f60a3.jpg?1773004885' width='250' height='125' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/8.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/8.jpg' width='500' height='675' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/9.jpg' width='500' height='501' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10_1_.jpg' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/10.jpg' width='500' height='361' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11_1_.jpg' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/11.jpg' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12_1_.jpg' width='500' height='763' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/12.jpg' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13_1_.jpg' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/13.jpg' width='500' height='652' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14_1_.jpg' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/14.jpg' width='500' height='390' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15_1_.jpg' width='500' height='329' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/15.jpg' width='500' height='358' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/16.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/16.jpg' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17_1_.jpg' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/17.jpg' width='500' height='653' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18_1_.jpg' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/18.jpg' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19_1_.jpg' width='500' height='303' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/19.jpg' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20_1_.jpg' width='500' height='312' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_674 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/20.jpg' width='500' height='673' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21_1_.jpg' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_676 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/21.jpg' width='500' height='676' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/22.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/22.jpg' width='500' height='699' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_678 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23_1_.jpg' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_679 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/23.jpg' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24_1_.jpg' width='500' height='310' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/24.jpg' width='500' height='657' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25_1_.jpg' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/25.jpg' width='500' height='660' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26_1_.jpg' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/26.jpg' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_686 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27_1_.jpg' width='500' height='320' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/27.jpg' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28_1_.jpg' width='500' height='322' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/28.jpg' width='500' height='352' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_690 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29_1_.jpg' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_691 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/29.jpg' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30_1_.jpg' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/30.jpg' width='500' height='695' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31_1_.jpg' width='500' height='1250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/31.jpg' width='500' height='701' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32_1_.jpg' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_697 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/32.jpg' width='500' height='684' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_698 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33_1_.jpg' width='500' height='756' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_699 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/33.jpg' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_702 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34_1_.jpg' width='500' height='781' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_703 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/34.jpg' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35_1_.jpg' width='500' height='743' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/35.jpg' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_706 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/36.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/36.jpg' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/37.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/37.jpg' width='500' height='374' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/38.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/38.jpg' width='500' height='366' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_709 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/39.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/39.jpg' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/41.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/41.jpg' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/42.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/42.jpg' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_712 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/43.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/43.jpg' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/44.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/44.jpg' width='500' height='373' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/45.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/45.jpg' width='500' height='640' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/46.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/46.jpg' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/47.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/47.jpg' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/48.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/48.jpg' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/50.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/50.jpg' width='500' height='364' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/51.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/51.jpg' width='500' height='663' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0564.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0564.jpg' width='500' height='771' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_721 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/52.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/52.jpg' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/53.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/53.jpg' width='500' height='685' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_723 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0560.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/dsc_0560.jpg' width='500' height='649' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la peinture &#224; la peinture, dialogue avec Ren&#233; Sch&#233;rer</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1131</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1131</guid>
		<dc:date>2022-11-18T19:04:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233; Sch&#233;rer , Thierry Briault</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[Note d'Ici&amp;Ailleurs : Le 25 novembre prochain, le philosophe Ren&#233; Sch&#233;rer aura cent ans. A cette occasion, nous livrons au public quelques in&#233;dits de cette figure intellectuelle d&#233;cisive du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent et du n&#244;tre, ainsi que des textes que nous ont adress&#233;s certains de ses amis en vue de lui rendre hommage. On en trouvera les premiers &#233;chantillons ICI et ICI. Les publications se poursuivront jusqu'&#224; la date anniversaire qui sera marqu&#233;e par la mise en ligne d'une surprise de taille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Note d'Ici&amp;Ailleurs &lt;/i&gt; : Le 25 novembre prochain, le philosophe Ren&#233; Sch&#233;rer aura cent ans. A cette occasion, nous livrons au public quelques in&#233;dits de cette figure intellectuelle d&#233;cisive du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent et du n&#244;tre, ainsi que des textes que nous ont adress&#233;s certains de ses amis en vue de lui rendre hommage. On en trouvera les premiers &#233;chantillons &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/portraits-philosophiques/article/entretien-avec-rene-scherer-1111&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://ici-et-ailleurs.org/contributions/portraits-philosophiques/article/hospitalite-et-utopie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;. Les publications se poursuivront jusqu'&#224; la date anniversaire qui sera marqu&#233;e par la mise en ligne d'une surprise de taille ! Rendez-vous est pris.]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la peinture &#224; la peinture, dialogue avec Ren&#233; Sch&#233;rer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous reproduisons un texte in&#233;dit, une amorce de dialogue avec Ren&#233; sur la peinture. Il m'avait confi&#233; ces pages et je les r&#233;servais pour un ouvrage futur &lt;i&gt;L'absolu pictural, Plastique pure et sens commun&lt;/i&gt;. Texte qui trouvera sa place &#224; la suite de mon autre dialogue avec Jacques Ranci&#232;re, d&#233;j&#224; consultable en ligne sur le sens commun et la plastique pure.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut une joie et un plaisir sans m&#233;lange d'&#233;changer au cours des nombreuses s&#233;ances du s&#233;minaire de Ren&#233; nos vues multiples sur l'art. Ce s&#233;minaire a d'ailleurs &#233;volu&#233; de mani&#232;re particuli&#232;re dans ces ann&#233;es-l&#224; d'un questionnement sur &#171; La vie &#187; &#224; une r&#233;flexion sur &#171; L'art et la vie &#187;, jusqu'&#224; un art point&#233; avec tous ses n&#339;uds : &#171; Mort des Beaux-arts &#187; selon un mot de Fran&#231;ois Ch&#226;telet, ou encore &#171; Le Hareng saure &#187;, &#171; L'art comme un combat &#187;, jusqu'&#224; ma reprise du s&#233;minaire la derni&#232;re ann&#233;e. J'ai anim&#233; ce s&#233;minaire avec lui sans toutefois choisir les titres ni les invit&#233;s en g&#233;n&#233;ral sinon quelques-uns, en plaidant la cause de la peinture pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici ce texte de Ren&#233;, auquel je r&#233;pondrais point par point comme il se doit, les questions &#233;voqu&#233;es r&#233;sument tr&#232;s bien la teneur de nos &#233;changes, d'autres d&#233;veloppements sont accessibles en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re que cet article et la r&#233;sonance de nos propos sauront lui apporter ici le m&#234;me plaisir qu'&#224; moi, &#224; ce cher philosophe tout en sympathie et philia que je salue et embrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la peinture, en g&#233;n&#233;ral ou/et en particulier&lt;br class='autobr' /&gt;
par Ren&#233; Sch&#233;rer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je supposerai donc, cher Thierry, de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle et l&#233;gitime que, menant bon an mal an et par vents et mar&#233;es, la conduite d'un s&#233;minaire consacr&#233; aux beaux-arts, d&#233;plorant leur d&#233;rive actuelle, voir leur mot, que tu m'aies interrog&#233; sur ma conception de la peinture et demand&#233; de la pr&#233;ciser, par rapport &#224; la tienne. Celle que, pour ta part, tu exposes pr&#233;cis&#233;ment et largement dans ce v&#233;ritable &#171; Trait&#233; &#187; qu'est La philosophie de la plastique pure. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui me concerne, je ne serai pas tr&#232;s long, car je me sens totalement incapable de formuler des d&#233;monstrations suivies et ce sont plut&#244;t des remarques que je te propose.&lt;br class='autobr' /&gt;
En gros, d'abord, je suis tout &#224; fait d'accord avec toi pour d&#233;plorer la situation contemporaine paradoxale qui nous fait assister, &#224; la fois, &#224; une quasi disparition des &#339;uvres de peinture proprement dite et &#224; une extension illimit&#233;e et extravagante du mot (discipline, cat&#233;gorie ou concept, comme on voudra l'appeler) de &#171; peinture &#187;. Cela a commenc&#233; par des collages, puis l'intrusion d'objets, puis &#171; l'installation &#187; qui, c'est le cas de le dire sans jeu de mot, install&#233;e ou implant&#233;e dans l'exposition publique et dans l'enseignement, jusqu'&#224; &#233;liminer crayon, pinceau, couleurs, instruments et mati&#232;res traditionnelles de la peinture et de son apprentissage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et ce que tu d&#233;plores &#224; tr&#232;s juste titre, ce que tu condamnes avec une fermet&#233; que je suis tout dispos&#233; &#224; approuver, c'est cet envahissement ; que tu vas m&#234;me &#8211; mais l&#224;, comme je ne suis nullement sp&#233;cialiste ni professeur en arts plastiques, je ne saurais me prononcer, tout en acceptant ton avis- que tu vas jusqu'&#224; qualifier de &#171; dictature &#187; dans les &#233;tablissements publics, jusqu'&#224; notre fac. De Paris VIII o&#249; l'installation semble unilat&#233;ralement dominer, r&#233;gner en ma&#238;tre (en ma&#238;tresse, je ne sais quel mot on utilise aujourd'hui).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; un premier point d'accord qui, de mon c&#244;t&#233;, m'a fait accueillir ta collaboration, sans r&#233;serve. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et dans l'id&#233;e de restituer &#224; &#171; la peinture &#187; une place authentique et de plein droit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une seconde id&#233;e est que l'on ne saurait parler de &#171; la peinture &#187; tout &#224; fait en g&#233;n&#233;ral et que l'art ne conna&#238;t que des &#339;uvres singuli&#232;res, des individus, des &#233;coles ou des peintres. Donc, qu'il faut se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#339;uvres existant ou ayant exist&#233; dans le pass&#233;. Ce qui nous a mis &#224; la recherche d'exemples dans l'histoire r&#233;cente ou plus lointaine. Sur ce point encore, je crois que nous pouvons nous accorder. L'existence et la fr&#233;quentation de nombreuses expositions consacr&#233;es aux auteurs du pass&#233; montre qu'en d&#233;pit d'un engouement officiel pour l'installation, le public ne cesse d'aimer, de d&#233;sirer &#171; la peinture &#187;. Il y a, en elle, un attrait irr&#233;sistible qu'en l'absence av&#233;r&#233; de nouvelles &#339;uvres (ou de leur raret&#233;) elle est loin d'avoir disparu. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce cas, &#171; mort des beaux-arts ? &#187; qui est le titre de notre s&#233;minaire, justifie son point d'interrogation. Non, et celui-ci m&#234;me t&#233;moigne d'une vitalit&#233; r&#233;elle. Le &#171; d&#233;sir de peinture &#187; si l'on peut dire, est certain. Et m&#233;rite d'&#234;tre oppos&#233; &#224; cette &#171; volont&#233; d'art &#187; contemporaine, ce &#171; Kunstwollen &#187; pour user de la formule classique de A. Riegl, qui, porterait plut&#244;t vers cette universelle installation que je viens de mentionner. D&#233;sir de peinture r&#233;el, installation intentionnelle. Il y a l&#224; une opposition, sinon une antinomie qui m&#233;rite d'&#234;tre relev&#233;e et interrog&#233;e. Nous ne l'avons pas fait exactement dans le cours du s&#233;minaire, mais elle lui est, je crois, sous-jacente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a, sans aucun doute des r&#233;ponses, mais elles me paraissent si diverses que je repousse sans cesse l'&#233;ventualit&#233; de les interroger. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourtant ici que je vais greffer (pure circonstance, je ne veux pas dire que ce soit une liaison n&#233;cessaire) ce qui nous diff&#233;rencie, ou peut-&#234;tre nous oppose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me point : La substitution, &#244; combien redoutable et n&#233;faste, appara&#238;t pour toi avec Duchamp. C'est ta plateforme, ton pivot, ton point de rupture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour moi &#8211; et il y a eu cette ann&#233;e, opportun&#233;ment, une exposition mettant en mesure de juger de la question- si Duchamp, avec le Grand verre, La mari&#233;e mise a nu, la &#171; fontaine &#187; surtout, est ouvertement en position de rupture, il y a, toutefois, dans son &#339;uvre, une sorte de continuit&#233; qui, dans l'art contemporain de la peinture elle-m&#234;me, indiquait d&#233;j&#224; une perspective, ouvrait une voie. Celle qui la portait, avec le cubisme, le futurisme, voire le surr&#233;alisme, &#224; une recherche du mouvement, du temps, de la &#171; quatri&#232;me dimension &#187; ... et que marque bien ce remarquable &#171; nu descendant l'escalier &#187; que je prends, pour ma part, comme un moment de transition, de passage, de transformation de notre champ du visible ou d'ouverture de notre vision contemporaine vers de nouvelles possibilit&#233;s&lt;br class='autobr' /&gt;
&#338;uvre essentielle, donc, appartenant encore &#224; la peinture tout en la transgressant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que ces possibilit&#233;s, d&#233;j&#224; pr&#233;sentes avec C&#233;zanne, le cubisme ou Delaunay (que j'associe &#224; ce toute tendance, ce qui est, cela va de soi, &#224; pr&#233;ciser) restent dans le champ de la peinture en elle-m&#234;me ; celle que, pour ta part, du range dans la cat&#233;gorie de la peinture, ou mieux, de la &#171; plastique pure &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'en viens donc au quatri&#232;me point de friction, ou dissension, malentente ou diff&#233;rend (peu importent les mots, momentan&#233;ment du moins). C'est la place &#224; r&#233;server &#224; cette sp&#233;cificit&#233;, singularit&#233;, &#171; puret&#233; &#187; que tu accordes &#224; la peinture ou &#171; plastique &#187; Et, en ce cas, au contraire, je parais faire preuve d'une distinction toute verbale, d'une subtilit&#233; mal venue, lorsque je te querelle sur les mots &#171; plastique &#187; et ceux form&#233;s &#224; partir de lui : plast&#232;me, plastophanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais parce qu'il ne s'agit pas, &#224; mon sens, seulement d'une affaire de mots, mais de chose. La &#171; chose &#187; en question dans la peinture. Celle dans laquelle, pour reprendre l'expression de C&#233;zanne, il faut entrer, celle qui poss&#232;de une &#171; v&#233;rit&#233; &#187; qu'il doit livrer au spectateur. Sur ce point encore, je crois que nous avons une entente et une m&#233;sentente. Je suis pleinement en sympathie avec les pages de C&#233;zanne que tu cites, avec les auteurs que tu &#233;voques &#224; sa suite. Mais sans penser qu'il puisse &#234;tre possible de sp&#233;cifier, de d&#233;tacher une composante, un &#233;l&#233;ment, un &#171; ingr&#233;dient &#187;, un mot comme &#171; plast&#232;me &#187; qui donnerait sa qualification de &#171; peinture &#187; &#224; ce dont il s'agit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certes, il est possible de dire &#171; cela est de la peinture &#187;, &#171; cela n'en est pas &#187; ; et en consid&#233;rant qu'il y a, dans ce domaine, une relativit&#233; historique. Telle chose est ou n'est pas du &#171; domaine pictural &#187; &#224; tel ou tel moment. Ce qui serait vrai aussi pour un autre art, comme en musique (sans exclusive, d'ailleurs). Mais il ne me para&#238;t pas possible, ni m&#234;me sens&#233; de d&#233;finir l'agent constituant. Sinon un ensemble qu'on pourra nomme, d'un moment un peu passe-partout &#171; agencement &#187; ou &#171; composition &#187; ; parce qu'il se trouve &#8211; et l&#224; je rencontre Kant et m'en tient &#224; lui, &#171; sans concept &#187;, sans &#171; jugement d&#233;terminant &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le point o&#249; l'esth&#233;tique rencontre l'art ou l'art l'esth&#233;tique et o&#249; ils se d&#233;finissent r&#233;ciproquement. C'est le point o&#249;, ce qui importe, ce sont moins les d&#233;limitations que les d&#233;bordement de limites ; moins les normes que les transgressions ; moins les lignes que les traits &#171; vecteurs de pulsion &#187; comme le dit Hubert Damisch ; ou encore Van Gogh, avec sa m&#233;tamorphose de la vision des choses qu'a si bien not&#233; Artaud dans un texte qui, pour moi est ind&#233;passable, car, pr&#233;cis&#233;ment il n'indique, chez Van Gogh, aucun ingr&#233;dient discernable, aucun &#171; plast&#232;me &#187;, si ce n'est un rapport aux choses et &#224; la vie. Ou, pour employer un mot de Rilke, un &#171; ouvert &#187; qui est aussi ouvrant, qui ouvre (ce qu'on discernerait de m&#234;me chez Klee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'arr&#234;te, ne voulant pas -ou ne pouvant- pousser plus loin pour aujourd'hui. Et ce sont, je le veux bien, encore des nuances. Mais parce qu'elles portent, si je peux m'exprimer ainsi-, sur des notions dont le propre est l'ambigu&#239;t&#233;, la nuanciation, le diff&#233;rence (ici vaudrait la distinction op&#233;r&#233;e par Deleuze entre un t ou un c mis &#224; diff&#233;renciation ; mais, n'ayant pas &#224; l'esprit en quoi elle consiste, je la mentionne seulement, quitte &#224; la v&#233;rifier). &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;, s'ouvre cet imperceptible et essentiel &#224; la fois, domaine du &#171; go&#251;t &#187; en art comme en &#171; beau naturel &#187;, &#224; la fois un tout et un rien. On est toujours sur ce seuil, &#224; basculer d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre. Mais o&#249; serait le point d'&#233;quilibre ? L&#224; est la question.&lt;br class='autobr' /&gt; J'ai fini pour l'instant mais suis tout dispos&#233; &#224; &#233;crire autre chose, car j'ai conscience des insuffisances &#233;normes qu'il y a l&#224;-dedans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon seul souci &#233;tait d'offrir une base de d&#233;part. &lt;br class='autobr' /&gt;
Poursuivons donc de fa&#231;on cursive et d'un ton &#171; ambiant et hach&#233; &#187; selon l'expression de Fourier. Hach&#233;, oui, et ambiant, car il s'agit d'abord de rappeler en vitesse mes r&#233;f&#233;rences essentielles dans ce domaine qui sont assez restreintes, parce qu'elles vont essentiellement &#224; ceux que j'ai connus et avec qui je me confronte, en le disant ou non : Deleuze et Lyotard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et, pour faire bref, d'une formule, je me trouve en osmose avec Deleuze lorsqu'il parle des formes visibles et des forces secr&#232;tes qu'il s'agit de faire venir en surface ; assez pr&#232;s de Lyotard et de l'infini ou de l'illimit&#233; non repr&#233;sentable qu'il faut &#233;galement &#171; faire venir &#187; ou &#233;voquer. Du moins, tel que je le comprends. Ainsi que de ce dernier, Lyotard, quand il s'interroge sur &#171; que peindre ? &#187; formule effectivement capitale, cl&#233;, pivotale, encore, en langage fouri&#233;riste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car cette interrogation n'a surgi que r&#233;cemment et n'est devenue lancinante qu'aujourd'hui. Mais je suis loin d'entrer (au sens tout &#224; faire simple de compr&#233;hension) dans les questionnements complexes de Lyotard autour de Monory ou Buren qu'entre parenth&#232;se je n'aime pas beaucoup. Je pr&#233;f&#233;rerais, &#224; la rigueur, Fromanger dont j'ai vu r&#233;cemment l'exposition en relevant une formule que je ferais mienne plus volontiers : peindre n'importe quoi, tout peindre, tout s'offrant en pr&#233;texte et objet de peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui, aussi bien, restituerait ses droits &#224; une peinture figurale et repr&#233;sentative (et, sur ce plan, je ne fais gu&#232;re de r&#233;partition stricte adh&#233;rant &#224; la figure et rejetant la repr&#233;sentation, comme me para&#238;t l'admettre, si je ne me trompe, Deleuze). Car on peut passer de l'un &#224; l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce domaine, d'ailleurs, les termes que j'utiliserais volontiers, ou, sinon les concepts, du moins les cat&#233;gories (qu'on me pardonne d'&#234;tre vague, je vais pr&#233;ciser) ne sont pas sp&#233;cifiques de la peinture. Ils concernent aussi la connaissance, la vie. Ce sont les th&#232;mes, les formes, les figures, les expressions ; rejetant seulement les significations au sens strict.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense, d'ailleurs, &#234;tre, sur ce point au moins, en accord avec ta pens&#233;e, puisque tu rejettes, pour la peinture, la signification et le sens. Mais je suis moins strict, certainement et pense qu'il peut y avoir signification, m&#234;me selon l'usage courant, profane, en peinture ; &#224; condition que celle-ci ne soit pas &#171; platement signifiante &#187;, mais concerne, selon le mot de Raymond Ruyer, l'expressivit&#233; des choses. &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut trouver en cela une sorte de d&#233;finition de la peinture et m&#234;me de l'art en g&#233;n&#233;ral qui est de d&#233;gager, en toute chose, son expressivit&#233;. Ce que signifierait le &#171; on peut tout peindre &#187; &#233;crit plus haut. Qu'est-ce que peindre : c'est rendre visible cette expressivit&#233; ; s'en emparer, la rendre manifeste. Je pr&#233;ciserais encore qu'il ne s'agit pas de donner &#224; une chose une expressivit&#233;, mais de d&#233;gager la sienne propre. Etant donn&#233; qu'il y a une sorte d'objectivit&#233; de l'expressivit&#233;, ou un complexe subjectif et objectif &#224; la fois qui se trouve dans la peinture et sp&#233;cialement dans la couleur, son mat&#233;riau ; ainsi que dans la forme, les formes, figures, etc., qu'elle compose.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par-l&#224;, la peinture est, &#224; la fois, v&#233;rit&#233; du monde et cr&#233;ation de mondes et peut pr&#233;tendre, aussi bien, &#224; rendre le r&#233;el qu'&#224; r&#233;aliser de l'imaginaire. Car ils se renvoient l'un &#224; l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
On le saisit fort bien chez Klee qui est, &#224; la fois, tout r&#233;el, tout imaginaire et toute expressivit&#233;. A la base, au principe, je pense, de son &lt;i&gt;Credo cr&#233;ateur&lt;/i&gt;, de son enseignement. Comme on le trouve dans &lt;i&gt;Le spirituel dans l'art&lt;/i&gt; de Kandinsky, avec sa n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont mes r&#233;f&#233;rences, mes bases, et je ne suis jamais all&#233; plus loin, bien que l'on puisse agr&#233;menter, perfectionner, d&#233;tailler autour ; mais mon Credo reste dans cette orientation o&#249; se r&#233;sument, pour les principes, l'art moderne et contemporain.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi, croyant &#224; l'expressivit&#233;, je pense ( et cela se trouve d&#232;s Vinci) que la peinture est &#171; chose spirituelle &#187; ou &#171; mentale &#187; ; tout en &#233;tant, &#233;videmment mat&#233;rielle et technique aussi. Mais qu'il est difficile, voire impossible, d&#233;licat au moins, de pouvoir d&#233;gager, identifier un &#233;l&#233;ment, un &#171; plast&#232;me &#187;, selon ton mot, qui d&#233;finirait la peinture. De m&#234;me qu'il est difficile et d&#233;licat aussi de parler de puret&#233; en la mati&#232;re. Pas plus qu'il n'y a de po&#233;sie pure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Je reviens &#224; ce propos sur l'exclusive, la proscription que j'avais sembl&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'y a de peinture pure. &lt;br class='autobr' /&gt;
En elles, tout est expressivit&#233; et vie, renvoie &#224; une vie &#171; non organique &#187; comme a dit Deleuze dans des analyses auxquelles je donne enti&#232;rement mon assentiment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne reviens pas l&#224;-dessus. Ce que je veux simplement noter ici et pour conclure ce petit interm&#232;de, c'est qu'il ne me semble y avoir d'exigences technique dans ce domaine que pour la partie de la peinture qui est proprement imitative. Ou, si l'on veut, photographique, comme l'a &#233;t&#233; l'invention de la perspective, en son temps. L&#224;, oui, on avait besoin de technique. Et, chez Vasari, on voit que tous les peintres &#233;taient bien des hommes de m&#233;tier, des apprentis ou ma&#238;tres artisans. Au m&#234;me plan que les architectes, les orf&#232;vres, les sculpteurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, &#224; mon avis l'&#233;l&#233;ment esth&#233;tique (si tant est que ce soit un &#233;l&#233;ment ; disons l'ingr&#233;dient) je le r&#233;affirme, ne peut &#234;tre de cet ordre. Si l'on se r&#233;f&#232;re &#224; la classification kantienne, il faudrait dire qu'il rel&#232;ve, non de la &#171; beaut&#233; adh&#233;rente &#187;, mais de la &#171; beaut&#233; vague &#187; dont il est difficile de donner la d&#233;termination, et finalement la seule valable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je lis, par hasard l'ayant sous les yeux, chez un homme particuli&#232;rement fin, ami de Picasso, Jean Cassou, l'id&#233;e que ce qui est, en ce domaine, essentiel, est &#171; le trait &#187;, mot extr&#234;mement vague, qui peut appartenir aussi bien au langage de la litt&#233;rature qu'&#224; celui de l'art plastique ; &#224; la culture en g&#233;n&#233;ral, ou &#224; la physionomie en particulier, lorsqu'il s'agit de la figure humaine. Trouver la physionomie, l'exprimer, c'est l&#224; le probl&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je m'arr&#234;te sur une remarque de Boulez, cette fois qui note, dans sa confrontation musicale avec Klee en terminant, que tout pourrait se r&#233;sumer dans ce petit tableau qui est L'&lt;i&gt;&#233;clair physionomique&lt;/i&gt; ou &#171; &#233;clair traversant un visage &#187; une aquarelle &#171; transfigurante &#187; au sens propre ; et qu'il appr&#233;cie comme le symbole de la pens&#233;e et de l'imagination de Klee. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimerais en faire le m&#234;me usage, comme trait final momentan&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#224; suivre, sans doute)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/rene_scherer_portrait_2016.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/rene_scherer_portrait_2016.jpg' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et j'aborde la troisi&#232;me partie, de cet entretien, puisqu'il faut bien, pour avoir une tenue, qu'il en ait trois, avant de laisser la parole ou la plume &#224; Alexandre dont j'aimerais avoir l'avis extr&#234;mement pr&#233;cieux. Puisqu'il s'agit, ici, d'une sorte de litige, de diff&#233;rent sur le sens de la peinture et ses limites. Moi -car je ne parle que pour moi, et encore de mon point de vue momentan&#233;, l'affirmant du c&#244;t&#233; d'un sens -entendu comme expression, non comme signification pr&#233;cise-et d'un illimit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sens en ferait une sorte de langage, mais tr&#232;s libre, comme l'entend Boulez en rapport avec Klee ; ou encore Pasolini pour le cin&#233;ma dont il fait &#171; la langue &#233;crite de la r&#233;alit&#233; &#187;, sans qu'il soit &#224; chercher un r&#233;alisme pictural ni &#224; le privil&#233;gier. La r&#233;alit&#233;, c'est l'&#339;uvre du peintre, et dans l'imaginaire. Ainsi en est-il de Klee, dont les anges sont bien r&#233;els, ou de C&#233;zanne, avec une montagne Sainte Victoire qu'il prend pour interlocutrice, &#224; laquelle il s'adresse en quelque sorte pour la faire entrer dans la toile. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce dialogue-l&#224; -pour une peinture qui n'a pas abandonn&#233; le figural- qui importe ; ou, pour une peinture d&#233;lib&#233;r&#233;ment abstraite, celui avec les productions de la n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure de Kandinsky, mais qui, je le r&#233;p&#232;te, d&#233;borde tout &#171; plast&#232;me &#187; identifiable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au moins tel que je le pense et l'interpr&#232;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#234;tre plus simple et plus clair : la peinture a un sens qu'elle vise ( ici, je me r&#233;f&#232;re &#224; la &#171; vis&#233;e &#187;, &lt;i&gt;meinen&lt;/i&gt; ph&#233;nom&#233;nologique). Dans la peinture figurative, on peut dire qu'elle vise l'objet par l'interm&#233;diaire de cette &#171; signification &#187;. L&#224; o&#249; elle a abandonn&#233; la figuration, et je pense d'une fa&#231;on universelle aujourd'hui -la photographie lui ayant, depuis plus de 150 ans, substitu&#233; ses propres images-, et alors qu'il n'y a plus de r&#233;f&#233;rence &#224; l'objet, le sens vis&#233; n'est plus une signification, mais, je le r&#233;p&#232;te, une expression. L'expressivit&#233; de Ruyer et celle des &#171; expressionnistes &#187; qui sont plus une tendance universelle qu'une &#233;cole proprement dite, bien qu'ils se soient concr&#233;tis&#233;s en &#233;coles, dont la &lt;i&gt;Br&#252;cke&lt;/i&gt; est la plus c&#233;l&#232;bre, mais d'autres aussi, jusqu'&#224; ; pr&#233;cis&#233;ment, celle de l'abstraction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Veuille m'excuser d'en parler, puisque tu connais tout cela infiniment mieux que moi. L&#224; o&#249; je voulais en venir, c'est &#224; cette id&#233;e que l'&#339;uvre peinte se pr&#233;sente de plus en plus explicitement -elle l'&#233;tait d&#233;j&#224; avant, mais de mani&#232;re voil&#233;e- comme une monade leibnizienne, centre d'expression de l'univers en son entier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela para&#238;trait un peu amphigourique et ridicule m&#234;me, si je ne pr&#233;cisais que cette expression doit &#234;tre entendue, tout simplement, comme son &#171; mode d'&#233;criture &#187; ou son style, sa mani&#232;re d'attaque et d'utilisation d'une r&#233;alit&#233; dont font partie aussi les instruments, les mat&#233;riaux, bref, un ensemble qui est toujours en situation de d&#233;bordement &#224; l'&#233;gard de la d&#233;termination trop pr&#233;cise d'un &#171; plast&#232;me &#187; quelconque. Oui, j'y reviens sans cesse, il y a d&#233;bordement, transgression des limites dans toute &#339;uvre contemporaine, mais (d&#233;j&#224;) moderne. Illimitation ; mais pas n&#233;cessairement non-sens. &lt;br class='autobr' /&gt;
A ce point, ce sur quoi j'appuie ma pens&#233;e est &lt;i&gt;Sens et non-sens&lt;/i&gt; de Merleau-Ponty qui, avec &lt;i&gt;L'&#339;il et l'esprit&lt;/i&gt; est &#233;galement une de mes r&#233;f&#233;rences. Et, toujours &#224; propos de C&#233;zanne, il me semble avoir apport&#233; des interpr&#233;tations, des id&#233;es ind&#233;passables ; en ce qui concerne, essentiellement ce &#171; visible &#187; qu'il s'agit de cr&#233;er ; id&#233;e, on le sait, pr&#233;sente, pour leur part, chez Van Gogh et chez Klee.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, r&#233;p&#233;tant toujours la m&#234;me chose, je risque de fatiguer et je pr&#233;f&#232;re me tourner alors vers deux id&#233;es qui sont plus sp&#233;cifiquement miennes ou, si elles sont emprunt&#233;es, d'une interpr&#233;tation plus originale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Originale d&#233;j&#224; parce qu'il va s'agir de Fourier et qu'il est peu courant, pour ne pas dire plus, de le voir citer en philosophie et en esth&#233;tique. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la premi&#232;re, c'est que la peinture, comme tous les arts, appartient pleinement aux &#171; passions sensuelles &#187; En l'occurrence &#171; le visuisme &#187; dont elle est le prolongement, le d&#233;veloppement, ou mieux, selon son mot, la &#171; composition &#187;. L'art de la peinture est du &#171; visuisme compos&#233; &#187;. Le mot est int&#233;ressant et m&#233;rite d'&#234;tre conserv&#233;, parce qu'il s'oppose &#224; deux autres que l'on pourrait s'attendre &#224; trouver aussi : celui de &#171; sublim&#233; &#187;, celui d' &#171; organis&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sublim&#233; nous fait penser &#224; la psychanalyse, &#224; Freud, &#224; &#171; l'enfance de l'art &#187; et, plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la psychanalyse de Vinci ou de Michel Ange, si ce n'est au livre de Sarah Kofman. Mais, si sublimation signifie &#171; d&#233;sexualisation &#187;, pour Fourier, pas plus que dans la peinture ou dans les arts du visuisme, il n'y a perte d'une autre passion quelconque ( et celle-ci serait du &#171; tact-rut &#187;) dans l'art, id&#233;e exprim&#233;e aussi par Adorno, dans &lt;i&gt;Minima moralia&lt;/i&gt;, je crois. L'activit&#233; cr&#233;atrice fait jouer les passions, elle n'en &#233;dulcore aucune. &lt;br class='autobr' /&gt;
On en arrive &#224; &#171; compos&#233; &#187;, composition qui est la convocation de l'ensemble des autres passions sous l'&#233;gide d'une &#171; composite &#187; qui se trouve, sans doute, dans la liste des passions d&#233;j&#224; existantes, mais non ou mal exerc&#233;e en civilisation. Elle est &#171; engrenante &#187; et ne trouvera son plein exercice que dans l'&#233;tat soci&#233;taire. C'est donc l&#224; que l'art, que tous les arts trouveront leur essor, sans aucun effet castrateur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne d&#233;veloppe pas cela ; j'en ai parl&#233; dans un petit article faisant partie d'un des &lt;i&gt;M&#233;langes&lt;/i&gt; offerts &#224; Ronald Creagh ; il y est fait, en particulier, mention d'un tableau explicitement consacr&#233; &#224; cet aspect fouri&#233;riste de la peinture, qui se trouve au Mus&#233;e du quai d'Orsay. J'y renvoie. L'autre notion &#224; laquelle s'oppose compos&#233; est organis&#233;. C'est &#224; &lt;i&gt;Mille plateaux&lt;/i&gt; de Deleuze et Guattari, cette fois, que le mot fait penser ; lorsqu'ils opposent un plan hi&#233;rarchis&#233; d'organisation et un plan de composition non dirig&#233;, non hi&#233;rarchis&#233; qui est celui de l'art et auquel je me range. J'y vois justement cette beaut&#233; vague kantienne cit&#233;e plus haut, de laquelle me paraissent relever les productions modernes et contemporaines, leurs variations et leurs d&#233;rives. &lt;br class='autobr' /&gt;
En bref, il y a toujours composition exigible, car le tableau doit &#234;tre imp&#233;rativement chose qui &#171; tienne &#187;, mais sans r&#233;glementation fixe, ou r&#233;gie dominatrice. Une distinction, une nuance que l'on jugera sans doute trop vague, arbitraire, mais qui fait partie de ces d&#233;bordements si inh&#233;rents, consubstantiels &#224; toute cr&#233;ation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, car il le faut bien, j'ai annonc&#233; deux points sur lesquels j'apporte, avec Fourier, un aper&#231;u un peu incongru. Le premier &#233;tait ce &#171; visuisme compos&#233; &#187; de la peinture :&lt;br class='autobr' /&gt;
le second va dans le sens du d&#233;passement des limites, du d&#233;bordement que, dans le langage esth&#233;tique et mus&#233;ographique contemporain je traduis par : tendance ou aspiration &#224; l'&#339;uvre d'art total (&lt;i&gt;der Hang zum Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; titre de l'exposition organis&#233;e en 1983, &#224; Zurich par Harald Szeemann) qui met en &#233;vidence la pr&#233;sence, la persistance dans l'art contemporain d'une id&#233;e esth&#233;tique du romantisme allemand, unissant les beaux-arts, po&#233;sie, peinture, architecture et sculpture, danse, musique dans un m&#234;me d&#233;bordement des fronti&#232;res et des cat&#233;gories ; puisque mouvement, espace et temps en forment le milieu ou le cadre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a clairement, chez Fourier, l'id&#233;e d'un tel art total, la preuve en &#233;tant la place de choix, &#224; la fois h&#233;doniste, culturelle et &#233;ducative consacr&#233;e &#224; l'Op&#233;ra dans la nouvelle soci&#233;t&#233; harmonis&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'insiste pas, ce qui me ferait passer &#224; un autre plan d'&#233;tude et &#171; d&#233;border &#187; cette fois dans le mauvais sens du &#171; hors sujet &#187; mon propos, mon projet actuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'il me suffise d'indiquer cette direction qui, en elle-m&#234;me va dans le sens d'une id&#233;e esth&#233;tique. Qui fait partie de ces id&#233;es qui, selon l'expression si suggestive de Kant &#171; donnent &#224; penser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il s'agissait d'&#233;lever une sorte de contre-but&#233;e &#224; ce que nous venons de lire, j'aurais pu proc&#233;der &#224; l'&#233;tablissement d'un texte d&#233;j&#224; r&#233;dig&#233; et le placer en contrepoint, il r&#233;sume le sens pr&#233;cis que j'entendais sous le nom de plastique pure, texte dont Ren&#233; avait pris connaissance d&#232;s le d&#233;but de nos &#233;changes en 2013 lors d'une communication sur la plastique pure, car il n'y a jamais attach&#233; une tr&#232;s grande importance, la question lui semblant toujours d&#233;j&#224; mineure &#224; ses yeux. D&#232;s maintenant il m'aurait fallu installer une sorte de texte contre texte avant de reprendre l'argumentaire pr&#233;cis de Ren&#233;. Sachant que certains points expos&#233;s par lui y trouveraient d&#233;j&#224; leurs r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord les points d'accord, je reprends l'ordre de son expos&#233; qui commence pas ces points d'entente.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'extension g&#233;n&#233;ralis&#233;e du terme &#171; peinture &#187; &#224; ce qui en serait le contraire et bien souvent le plus &#233;loign&#233; jusqu'aux installations et performances, comme l'extension &#224; un tout autre, artistiquement parlant (arts de l'action, du jeu, du d&#233;cor conceptuel, en fait arts et pratiques en g&#233;n&#233;ral import&#233;s des autres arts, et c'est l&#224; le hic). Mais je le d&#233;plore surtout &#224; propos du terme &#171; plastique &#187; dont l'usage sous la reprise des &#171; arts plastiques &#187; favorise la man&#339;uvre et le tour de passe-passe d'une esth&#233;tisation du monde elle-m&#234;me conjointe &#224; la d&#233;sesth&#233;tisation des arts plastiques (les anciens beaux-arts peinture et sculpture). Ce que ne souhaitait pas Duchamp. Il tenait &#224; conserver une extr&#234;me raret&#233; aux ready-mades et s'&#233;vertuera &#224; d&#233;savouer tous les courants des ann&#233;es 60 qui se sont pourtant r&#233;clam&#233;s de lui, du Pop art &#224; l'art conceptuel, ce que l'on sait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuons. Pour &#233;viter de parler de la peinture en g&#233;n&#233;ral, effleurant pourtant la question du terme g&#233;n&#233;rique d'art, qui qualifie l'art contemporain, la peinture devenant un art particulier et non l'art de l'Art, tu proposes de se r&#233;f&#233;rer &#224; l'histoire de la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutefois pour moi &#171; la peinture en g&#233;n&#233;ral &#187; serait l'autre nom de la plastique pure, le champ sp&#233;cifique d'un art depuis 30000 ans et qui se compose de plusieurs &#171; invariants plastiques &#187; comme le pensait Andr&#233; Lhote et beaucoup d'artistes modernes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes d'accord pour nous placer dans ce champ historique des &#339;uvre de peintures mat&#233;riellement d&#233;finies et pas n&#233;cessairement d'ailleurs comme &#171; m&#233;dium &#187;. Et constater malgr&#233; tout, malgr&#233; la situation, l'attrait universel de cet art montrant l'existence sinon la permanence de ce que tu appelles un d&#233;sir d'art pour la peinture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; ma grande surprise tu opposes &#233;trangement ce &#171; d&#233;sir de peinture &#187; &#224; la &#171; volont&#233; d'art &#187; actuelle, le &#171; Kunstwollen &#187; de Alo&#239;s Riegl qui conduirait pr&#233;cis&#233;ment aux installations selon toi. Le Kunstwollen serait &#224; l'origine de cette propension vers l'installation g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Une interpr&#233;tation rare que je ne t'avais jamais entendu formul&#233;e ainsi. D'autant qu'il est convenu souvent dans les d&#233;bats acad&#233;miques que Riegl appartient comme d'autres th&#233;oriciens de l'art germaniques tel W&#246;lfflin, &#224; la tendance formelle de l'esth&#233;tique parmi les historiens avant que Panovsky ne r&#233;oriente les &#233;tudes vers un primat iconologue devenue int&#233;gralement s&#233;mantique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tu sais que je pousse la th&#232;se de Riegl d&#233;fendant une facult&#233; autonome de l'art jusqu'&#224; envisager de parler plus nettement et plus radicalement d'une v&#233;ritable Plastikwollen, afin aussi de commencer &#224; pallier &#224; toutes m&#233;sinterpr&#233;tations &#171; plastiques &#187; de l'art. Riegl s'appuyait en particulier sur l'apparition d'un go&#251;t prononc&#233; pour l'ornementation, tr&#232;s t&#244;t dans l'histoire de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant tu laisses ce que tu as pos&#233; avec force, cette contradiction entre d&#233;sir de peinture et universel installation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pourrai enfoncer le clou et reformuler la contradiction en : plastique pure et art conceptuel. Mieux : citer un mantra pour moi qui vient justement de ce Duchamp que je v&#233;n&#232;re plut&#244;t ici et qui oppose le cubisme exclusivement pictural et toujours plastique, au surr&#233;alisme, un mouvement qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec la peinture. Nous y reviendrons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la notion de &#171; plastique &#187; repr&#233;sente justement ce qui est en question entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exposition &#171; Duchamp, la peinture m&#234;me &#187; que tu as appr&#233;ci&#233;e, &#233;tablit une continuit&#233; entre les &#339;uvres peintes et le geste iconoclaste et surtout la fondation de l'art conceptuel, exposition due &#224; C&#233;cile Debray, grande sp&#233;cialiste du groupe de Puteaux, la Section d'or, auquel elle avait consacr&#233; une exposition auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me donne l'occasion de compl&#233;ter mon corps d'argumentation, car j'ai retrouv&#233; des &#233;l&#233;ments historiques majeurs sur les conflits initiaux entre Dada et le cubisme, cubisme dont le groupe de Puteaux organisait les expositions au salon de la Section d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y voir clair, il faut se souvenir et bien garder &#224; l'esprit cette sc&#232;ne stup&#233;fiante qui eut lieu en 1920 au caf&#233; de la Closerie des Lilas &#224; Paris, lieu de r&#233;union de la Section d'or. Celle-ci porteuse du mouvement cubiste avant-guerre, comprenait en son sein les dada&#239;stes parisiens qu'elle exposait dans son salon. Or devant leur avant-gardisme d&#233;cha&#238;n&#233;, &#171; l'attitude provocatrice de Dada anti-art &#187;, on dut mettre aux voies la question de savoir si la Section d'or se pronon&#231;ait pour ou contre la peinture. Les dada&#239;stes (Picabia, Tsara, Breton, Duchamp &#233;tait absent) qui r&#233;clamaient le vote, se prononc&#232;rent contre la peinture. Dada fut bien s&#251;r mis en minorit&#233;. Dans un chahut indescriptible, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de la Section d'or finit par exclure Dada. La deuxi&#232;me tentative dans les ann&#233;es 60 fut couronn&#233;e de succ&#232;s. On assiste depuis lors &#224; une tentative d'affiliation picturale de l'art contemporain, multipliant les gestes de confusion int&#233;ress&#233;e. &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233; en peinture&lt;/i&gt; de Derrida, devait s'appeler &#171; Le droit &#224; la peinture &#187;, initialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce droit &#224; la peinture que je qualifierai de droit &#224; la plastique pourrait participer &#224; la culture woke si celle-ci pr&#233;cis&#233;ment n'&#233;tait devenue qu'un dada&#239;sme &#233;thique en art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux te suivre lorsque tu dissocies C&#233;zanne et le rapport plastique qu'il affirme. C'est son mot. C'est ce que j'appelle le plast&#232;me. Braque lui-m&#234;me ne dira rien d'autres en rappelant que la seule chose qui le touche en peinture c'est le rapport. Et je suppose que tu ne feras pas tien, et tu n'es pas le seul, ce mot de C&#233;zanne adress&#233; &#224; Emile Bernard : Ne tombez jamais dans la philosophie, en peinture . Idem pour la litt&#233;rature. Car l'opposition se tient l&#224; justement : entre plast&#232;me et litt&#232;me. Celui-ci d&#233;signe dans mon vocabulaire l'objet de la litt&#233;rature, art verbal, narratif, vitaliste, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; quatri&#232;me point de friction &#187; comme tu l'appelles, la sp&#233;cificit&#233; picturale que tu nies, et la puret&#233; plastique se trouve l&#224;. Je me r&#233;f&#232;re d'ailleurs au discours de la modernit&#233; picturale, surtout fran&#231;aise. Mais aussi au fondateur de l'esth&#233;tique ph&#233;nom&#233;nologique, j'en ai longuement parl&#233; au s&#233;minaire, Roman Ingarden qui insiste sur la dimension toujours abstraite de toute peinture digne de ce nom, la diff&#233;rence entre peinture abstraite et peinture figurative n'&#233;tant pas pertinente. La r&#233;side la &#171; puret&#233; &#187; visuelle et structurelle de cet art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et Kant, via Derrida, nous aura aussi conduit &#224; la question du jugement de go&#251;t que tu gardes en le privil&#233;giant d'abord sous la seule forme du jugement r&#233;flexif, sans le recours au &lt;i&gt;sensus communis&lt;/i&gt; et alors qu'un jugement de go&#251;t d&#233;terminant n'est pas exclu d'ailleurs chez certain n&#233;o-kantiens comme Herbart, il faudrait s'y plonger. Mais le Kant que je revendique est celui de la coupure pure de la beaut&#233; non adh&#233;rente, avec Derrida aussi bien et contrairement &#224; la vulgate. Le sans de la coupure pure, essentiel entre le d&#233;sir de peinture et l'universelle installation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous dis que ce qui importe, c'est moins les normes que les transgressions, oui, encore faut-il conna&#238;tre les r&#232;gles pour les transgresser. Les &#171; pulsions d&#233;bordantes &#187; n'int&#233;ressent m&#234;me pas Freud en art qui a dit cette chose qui vaut des rayonnages de philosophies contemporaines, ou plut&#244;t les rend obsol&#232;te depuis toujours : &#171; Ils (les artistes), ne s'int&#233;ressent pas &#224; la signification, ils ne s'int&#233;ressent qu'&#224; l'accord des contours, au couleur, ce sont des tenants du principe de plaisir &#187;. Justement cit&#233; pour la premi&#232;re fois par Hubert Damisch. J'ai soumis l'&#233;nonc&#233; &#224; Lyotard lors de l'entretien pour la revue Philosophie, philosophie, sans succ&#232;s. Il y a vu toujours la m&#234;me position sublimante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le figural de Lyotard rel&#232;ve pr&#233;cis&#233;ment d'une dimension sans objet, le scanning de ce niveau des processus primaires surgissant au niveau du processus secondaire des repr&#233;sentations, ne dit rien de la pulsion investissant la visualit&#233; pure, bien au contraire. Il est de part en part s&#233;mantique. Le chaos n'est pas fondateur, il est un stade, une menace salutaire dans le processus pictural. Artaud aura aussi jou&#233; sur les deux tableaux : d&#233;sir de peinture et universelle installation. Rien que peintre Van Gogh, rien que peintre dans les limites de la peinture,, se pla&#238;t-il &#224; rappeler, mais aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;le merveilleux est que ce peintre qui n'est rien que peintre est aussi de tous les peintres-n&#233;s celui qui fait le plus oublier que nous ayons &#224; faire &#224; de la peinture, &#224; de la peinture pour repr&#233;senter le motif qu'il a distingu&#233;,et qui fait venir devant nous, en avant de la toile fixe, l'&#233;nigme pure, la pure &#233;nigme de la fleur tortur&#233;e, du paysage sabr&#233;, labour&#233; et press&#233; de tous les c&#244;t&#233;s par son pinceau en &#233;bri&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et je vous fais gr&#226;ce du &#171; Thibet &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Peintre, rien que peintre, Van Gogh, il a pris les moyens de la pure peinture et il ne les a pas d&#233;pass&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je veux dire qu'il n'est pas all&#233; pour peindre au-del&#224; de se servir des moyens que la peinture lui offrait. [Voil&#224; la pure peinture, ce sont bien les seuls moyens mat&#233;riels, les mat&#233;riaux et le pouvoir expressif qu'il rec&#232;le pour cr&#233;er du sens que le po&#232;te s'empresse de d&#233;crire !] &lt;br class='autobr' /&gt;
Un ciel orageux, une plaine blanche de craie, des toiles, des pinceaux, ses cheveux rouges, des tubes, sa main jaune, son chevalet, mais tous les lamas rassembl&#233;s du Thibet peuvent secouer sous leurs jupes l'apocalypse qu'ils auront pr&#233;par&#233;e [...]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Van Gogh nous fait aussi l'&#233;conomie de tout le th&#233;&#226;tre &#233;lisab&#233;thain, de tout le romantisme fantastique et noir, ajoute-t-il encore. Avec notre cher Artaud, Van Gogh devient le suicid&#233; des lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous as fait d&#233;couvrir un auteur rare Raymond Ruyer auquel tu te r&#233;f&#232;res fortement, car en effet la position esth&#233;tique et philosophique que tu soutiens est non seulement vitaliste mais je dirai d'ordre &#171; expressiviste &#187;. Expressivisme qui se r&#233;v&#232;le souvent une source de recouvrement s&#233;mantique de la forme. A quoi j'ai oppos&#233; l' expression selon Matisse. Dans un article publi&#233; en Allemagne, il d&#233;finit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment l'espace o&#249; la notion d'expression trouve son sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'expression, pour moi, ne r&#233;side pas dans les passions qui brillent sur un visage humain ou qui se manifestent par un mouvement violent. L'arrangement entier de mon tableau est expressif ; la place occup&#233;e par les personnages, les espaces vides autour d'eux, les proportions, tout a sa part &#187;. (&lt;i&gt;Notes d'un peintre&lt;/i&gt;)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est donc en r&#233;alit&#233; l'agencement de ses d&#233;coupes de plans, de ses surfaces, et des figures imbriqu&#233;es en arabesque qui font l'objet d'une expression, qui sont l'expression.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce que je poursuis par-dessus tout, c'est l'expression. Quelquefois, on m'a conc&#233;d&#233; une certaine science, tout en d&#233;clarant que mon ambition &#233;tait born&#233;e et n'allait pas au-del&#224; de la satisfaction d'ordre purement visuel que peut procurer la vue d'un tableau. Mais la pens&#233;e d'un peintre ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e en dehors de ses moyens, car elle ne vaut qu'autant qu'elle est servie par des moyens qui doivent &#234;tre d'autant plus complets (et, par complets, je n'entends pas compliqu&#233;s) que sa pens&#233;e est plus profonde. Je ne puis pas distinguer entre le sentiment que j'ai de la vie et la fa&#231;on dont je le traduis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reprend : &#171; L'expression, pour moi, ne r&#233;side pas dans la passion qui &#233;clatera sur un visage ou qui s'affirmera par un mouvement violent. Elle est dans toute la disposition de mon tableau : la place qu'occupent les corps, les vides qui sont autour d'eux, les proportions, tout cela y a sa part. La composition est l'art d'arranger de mani&#232;re d&#233;corative les divers &#233;l&#233;ments dont le peintre dispose pour exprimer ses sentiments dans un tableau, chaque partie sera visible et viendra jouer le r&#244;le qui lui revient, principal ou secondaire. Tout ce qui n'a pas d'utilit&#233; dans le tableau est, par l&#224; m&#234;me, nuisible. Une &#339;uvre comporte une harmonie d'ensemble . tout d&#233;tail superflu prendrait dans l'esprit du spectateur, la place d'un autre d&#233;tail essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi au m&#234;me moment, avec l'exposition des peintres d'avant-garde fran&#231;ais en Allemagne, Matisse signait son manifeste de pure peinture, et ce, avant m&#234;me la naissance de l'expressionnisme allemand qui se r&#233;v&#232;le en ce sens, sur le plan strictement pictural, une simple variation du fauvisme en plus dramatis&#233;, et un fauvisme tr&#232;s empreint de romantisme et de s&#233;mantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peinture est un fait visuel qui s'exprime comme tel. Malraux repris le mot de Braque : &#171; le fait pictural &#187;. Lyotard s'en servit, mais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kandinsky, Klee me paraissent loin de la nettet&#233; th&#233;orique &#233;minemment picturale issue de ce rationalisme moderne des peintres fran&#231;ais que je n'ai cess&#233; de d&#233;fendre au s&#233;minaire. L'&#233;l&#233;mentarisme r&#232;gne chez eux au contraire, ainsi que le symbolisme. Sur les trois n&#233;cessit&#233;s int&#233;rieures de Kandinsky, une seule concerne la n&#233;cessit&#233; du tableau. Il a le m&#233;rite de distinguer les plans de ces trois n&#233;cessit&#233;s, pictural, psychologique et sociologique. Mais les &#233;l&#233;ments picturaux sont associ&#233;s &#224; des figures g&#233;om&#233;triques sur un mode symbolique et non plastique. Carr&#233;-rouge-terre, rond-jaune-soleil, etc. Klee d&#233;veloppe une &#233;trange narratologie des &#233;l&#233;ments, par exemple la ligne ondulante est un chemin, une colline emprunt&#233;e par un petit train. L'&#233;quilibre d'une composition doit &#234;tre ressentie en se tenant sur un pied. Organicisme : une planche anatomique du bras pour illustrer le poids et la force des &#233;l&#233;ments qui parcourent et composent un tableau. Ou encore le poids des valeurs d'ombre pr&#233;sent&#233; &#224; travers un &#233;chiquier et l'in&#233;vitable fl&#232;che cens&#233;e exprimer l'orientation du mouvement que l'on retrouve souvent dans nombre de ses tableaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expressivisme d'origine leibnizienne et deleuzienne chez toi ne rencontre jamais en effet un quelconque plast&#232;me. Car il y va d'un art d'attitude avec Szeemann et Fourier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un Szeemann que tu es all&#233; rencontrer personnellement. Szeemann en inaugurant sa c&#233;l&#232;bre exposition &#171; Quand les attitudes deviennent forme &#187;, ne disait-il pas : &#171; Nous nous situons contre Picasso et avec Duchamp &#187;. Duchamp aurait appr&#233;ci&#233;. Lui qui voulut trop tard se d&#233;marquer de ses avant-gardes n&#233;odada&#239;stes, que n'a-t-on fait en son nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toi qui veut r&#233;concilier tout le monde sur le mod&#232;le de l'harmonie fouri&#233;riste des passions, tu nieras les oppositions fondamentales entre les formes d'art, les mouvements et les &#233;coles. Oppositions essentielles &#224; l'histoire de l'art.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au reste le visuisme de Fourier me para&#238;t correspondre davantage &#224; la logique du champ plastique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_725 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/portrait_scherer_2022.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/jpg/portrait_scherer_2022.jpg' width='500' height='380' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout cela donnerait lieu au fameux &#171; &lt;i&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je distinguerai pour ma part trois notions d'&#339;uvre d'art totale : 1. Celle des Beaux-arts o&#249; sont r&#233;unies peinture, sculpture et architecture. Comme la cath&#233;drale gothique ou le groupe de Stijl, ou encore &#224; a chapelle M&#233;dicis de Michel Ange qui avait pr&#233;vu des fresques. Ou m&#234;me avec la seule peinture : les Nymph&#233;as de l'Orangerie. 2. L'art total du monde du spectacle, puisqu'aussi bien l'expression allemande de &lt;i&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/i&gt; et sa th&#233;orisation la plus connue nous vient de Wagner. La peinture et les arts plastiques n'y jouent qu'un r&#244;le d'accompagnement. Bien s&#251;r il y a les Ballets russe avec le d&#233;cor de Picasso. Mais est-ce si important picturalement ? Tout repose sur la danse. Encore une fois costume et d&#233;cor accompagnent et sont au service de l'int&#233;r&#234;t musical, th&#233;&#226;tral ou chor&#233;graphique. Rien de grave. Les arts ne d&#233;fendent pas le m&#234;me int&#233;r&#234;t. Le cin&#233;ma qui veut rassembler ne saurait non plus r&#233;unir les arts visuels sinon &#224; son seul b&#233;n&#233;fice, sinon en pr&#233;tendant &#234;tre la peinture du XX&#232;me si&#232;cle &#224; lui seul, ce que l'on voit avec la vid&#233;o justement. Enfin 3. L'art de l'installation. Nous y voil&#224;. Sans limite sinon le lieu des institutions qu'il occupe avant tout. Occupant aussi les monuments historiques. Sans limite sinon le lieu des grandes surfaces, un de ses mod&#232;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
[La notion d'art total de l'art contemporain a pu &#234;tre incrimin&#233;e et accus&#233;e d&#8216;&#234;tre un totalitarisme. Je n'irais pas jusque-l&#224; mais je parle de &#171; totalitt&#233;raire &#187; pour ma part, je l'ai dit souvent au s&#233;minaire.]&lt;br class='autobr' /&gt;
Harald Szeemann a bien entrepris une restauration de dada en r&#233;activant son essence litt&#233;raire, la premi&#232;re exposition qu'il a organis&#233; concernait les po&#232;tes-peintres et les peintres-po&#232;tes. Apr&#232;s l'exposition sur les attitudes comme forme, il con&#231;ut en collaboration avec Jean Clair une exposition sur les Machines c&#233;libataires entendues pr&#233;cis&#233;ment comme des machineries litt&#233;raires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Duchamp n'avait-il pas dit que Dada, auquel il garde une certaine tendresse, se d&#233;finit comme une sorte de nihilisme, et d'essence litt&#233;raire. Il rejette d'autant plus le n&#233;odada&#239;sme qui utilise &#224; peu de frais ce que Dada a fait selon lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce n&#233;o-dada qui se nomme maintenant nouveau r&#233;alisme, pop art, assemblage etc. est une distraction &#224; bon march&#233; qui vit de ce que dada a fait. Lorsque j'ai d&#233;couvert les ready-made, j'esp&#233;rais d&#233;courager le carnaval d'esth&#233;tisme. Mais les n&#233;o-dada&#239;stes utilisent les ready-made pour leur d&#233;couvrir une valeur esth&#233;tique. Je leur ai jet&#233; le porte-bouteilles et l'urinoir &#224; la t&#234;te comme une provocation et voil&#224; qu'ils en admirent la beaut&#233; esth&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 Th&#232;ses de Duchamp sur l'art contemporain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 - Il savait que &#034;le cubisme [&#233;tait] un mouvement de peinture ... exclusivement. C'&#233;tait plastique en tout cas. Toujours&#034;. &#034;Tandis que le surr&#233;alisme est un mouvement qui englobe toute sorte d'activit&#233;s n'ayant pas grand-chose &#224; voir avec la peinture, ou les arts plastiques&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 - &#171; Ce n&#233;o-dada qui se nomme maintenant nouveau r&#233;alisme, pop art, assemblage etc. est une distraction &#224; bon march&#233; qui vit de ce que dada a fait. Lorsque j'ai d&#233;couvert les ready-made, j'esp&#233;rais d&#233;courager le carnaval d'esth&#233;tisme. Mais les n&#233;o-dada&#239;stes utilisent les ready-made pour leur d&#233;couvrir une valeur esth&#233;tique. Je leur ai jet&#233; le porte-bouteilles et l'urinoir &#224; la t&#234;te comme une provocation et voil&#224; qu'ils en admirent la beaut&#233; esth&#233;tique. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
3 - &#171; Vous prenez une bo&#238;te de soupe Campbell's et vous la r&#233;p&#233;tez cinquante fois, c'est que l'image r&#233;tinienne ne vous int&#233;resse pas. Ce qui vous int&#233;resse, c'est le concept qui veut mettre cinquante bo&#238;tes de soupe Campbell's sur une toile. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
4 - &#171; Le Verre en fin de compte n'est pas fait pour &#234;tre regard&#233; (avec des yeux &#034;esth&#233;tiques&#034;) ; il devait &#234;tre accompagn&#233; d'un texte de &#034;litt&#233;rature&#034; aussi amorphe que possible qui ne prit jamais forme ; et les deux &#233;l&#233;ments, verre pour les yeux et texte pour l'oreille et l'entendement, devaient se compl&#233;ter, et surtout s'emp&#234;cher l'un l'autre de prendre une forme esth&#233;tico-plastique ou litt&#233;raire. &#187; (lettre &#224; Jean Suquet)&lt;br class='autobr' /&gt;
5- &#171; Les happenings ont introduit en art un &#233;l&#233;ment que personne n'y avait mis : c'est l'ennui. Faire une chose pour que les gens s'ennuient en la regardant, je n'y avais jamais pens&#233; ! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
6 - Duchamp trouva &#171; emmerdatoire &#187; une manifestation de BMPT (nom du groupe form&#233; par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni)&lt;br class='autobr' /&gt;
7 &#8211; Dada : un nihilisme plut&#244;t litt&#233;raire et anti-pictural : &#171; Dada fut la pointe extr&#234;me de la protestation contre l'aspect physique de la peinture. C'&#233;tait une attitude m&#233;taphysique. Il &#233;tait intimement et consciemment m&#234;l&#233; &#224; la &#171; litt&#233;rature &#187;. C'&#233;tait une esp&#232;ce de nihilisme pour lequel j'&#233;prouve encore une grande sympathie. C'&#233;tait un moyen de sortir d'un &#233;tat d'esprit &#8211; d'&#233;viter d'&#234;tre influenc&#233; par son milieu imm&#233;diat, ou par le pass&#233; : de s'&#233;loigner des clich&#233;s &#8211; de s'affranchir. La force de vacuit&#233; de Dada fut tr&#232;s salutaire &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Duchamp explique comment l'affect po&#233;tique ou ce que nous d&#233;nommerons ainsi esth&#233;tise tout ce qu'on veut : on s'habitue &#224; n'importe quel objet, il suffit de vivre &#224; c&#244;t&#233; de quelque chose vous lui trouverez des qualit&#233;s esth&#233;tiques. On finit par aimer n'importe quoi, selon lui. (Entretien Philippe Collin). Ici esth&#233;tique et po&#233;tique convergent = le collectionneur surr&#233;aliste selon Benjamin &#171; le kitsch onirique &#187;. Ou habitus et imagination li&#233;s. On s'habitue &#224; tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La combinatoire des Nouveaux r&#233;alistes et du pop consiste &#224; associer dans un recyclage du r&#233;el les formes toutes faites et &#224; les &#171; po&#233;tiser &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il y a le danger d'en faire trop, parce que n'importe quoi, vous savez, aussi laid que ce soit, aussi indiff&#233;rent que ce soit, deviendra beau et joli apr&#232;s quarante ans, vous pouvez &#234;tre tranquille&#8230;Alors, c'est tr&#232;s inqui&#233;tant pour l'id&#233;e m&#234;me du ready-made. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Collin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Est-ce que vous n'&#234;tes pas arriv&#233;, depuis l'&#233;poque o&#249; vous avez fait vos premiers ready-made, &#224; cet attachement esth&#233;tique que vous craignez, ou est-ce qu'ils sont rest&#233;s parfaitement indiff&#233;rents pour vous ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour moi, oui ! A moi, oui ! Mais enfin, je comprends tr&#232;s bien que les gens cherchent souvent un c&#244;t&#233; agr&#233;able, et ils le trouvent par habitude. Si vous regardez une chose vingt fois, cent fois, vous commencez &#224; vous habituer, &#224; l'aimer ou &#224; la d&#233;tester, m&#234;me. &#199;a ne reste jamais tout &#224; fait indiff&#233;rent. Donc c'est un probl&#232;me difficile. Surtout, pour moi, ils ne m'int&#233;ressent pas du tout &#224; regarder, comprenez-vous. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Philippe Collin :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Mais comment doit &#234;tre regard&#233; un ready-made ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Marcel Duchamp :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il ne doit pas &#234;tre regard&#233;, au fond. Il est l&#224;, simplement. On prend notion par les yeux qu'il existe. Mais on ne le contemple pas comme on contemple un tableau. L'id&#233;e de contemplation dispara&#238;t compl&#232;tement. Simplement prendre note que c'est un porte-bouteilles, ou que c'&#233;tait un porte-bouteilles qui a chang&#233; de destination. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons donc distinguer deux, voire trois &#171; kantismes &#187; anti-plastiques&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Thierry De Duve : (Duchamp avec Kant) la maxime : &#171; Fais n'importe quoi &#187;, nominalisme assum&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Cl&#233;ment Greenberg : ou la critique r&#233;tinienne auto-r&#233;flexive de la peinture r&#233;duite &#224; son m&#233;dium et au pauvre vieil aplat. M&#234;me si Greenberg s'est un peu amend&#233; &#224; la fin de sa vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Le risque d'un jugement de go&#251;t kantien arbitraire en philosophie, par association libre qui ne s'arrime pas &#224; la beaut&#233; libre : &#171; Pense n'importe quoi &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi nous opposons notre kantisme de plastique pure. O&#249; le jugement de go&#251;t devient un jugement de connaissance, celui du plast&#232;me &#224; ressentir en commun.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la peinture n'est ni &#171; medium &#187; ni &#171; tableau &#187;. Elle est un immense champ d'exp&#233;rimentation visuel, sans doute le plus vaste.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'art contemporain a toujours exist&#233;. Si l'on consid&#232;re la ph&#233;nom&#233;nologie de Roman Ingarden (et son epoch&#232; picturale) comme la plus appropri&#233;e et si l'on pense que Nicolas de Stael se reconnaissait en Descartes&#8230; : l'art contemporain est le mauvais g&#233;nie de la peinture, du cogito pictural. L'art contemporain est donc un art autre dont les modes d'appr&#233;ciation non plastiques se sont objectiv&#233;es. Il faut le d&#233;saffilier de la peinture et de la sculpture. Il est l'esth&#233;tisation de tout ce qui reste ext&#233;rieur &#224; la peinture, et de tout ce qui n'int&#233;resse pas le peintre (le non plastique bien d&#233;limit&#233; par Duchamp que nous avons vu plus haut par opposition &#224; &#171; l'esth&#233;tico-plastique &#187; que Duchamp voulait abolir).&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette critique spectacliste, critique interne au Spectacle selon Guy Debord, est bien le principal ressort de l'art contemporain. Et cela fait image selon lui : &#171; Le spectacle est le capital a un tel degr&#233; de concentration qu'il devient image &#187;. Ou dispositif po&#233;tique en lieu et place de la peinture. Litt&#233;rature visuelle, po&#233;sie objectiv&#233;e et complice. Performatif d'objet. Capitalisme litt&#233;raire enfin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pourquoi je me d&#233;signe comme le plus antiduchampien sur le plan artistique et le plus duchampien sur le plan th&#233;orique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous revenons &#224; la ph&#233;nom&#233;nologie picturale, je le r&#233;p&#232;te, ce sera celle de Roman Ingarden et non celle de Merleau Ponty qui privil&#233;gie les racines de l'Etre, hors sol &#224; mes yeux et que tu juges ind&#233;passable. Il parle de C&#233;zanne mais en tombant dans la philosophie, y construisant son chiasme notamment, et sa notion de corps, ignorant le corps de la peinture, sa substance r&#233;tinienne, optique. Ingarden parle peinture. Y donnant ainsi droit &#224; une v&#233;ritable &#233;poch&#232; picturale. J'ai lu et comment&#233; cela au s&#233;minaire :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; On peut en effet dire que tout tableau figuratif qu'il contient un certain tableau &#171; abstrait &#187; qui embrasse tout ce qui dans ce tableau ressortit &#224; la visibilit&#233; pure ; un tableau abstrait &#187; au sens o&#249;, pour &#234;tre purement saisi, il demande au spectateur qu'il fasse &#171; abstraction &#187; des th&#232;mes historiques et litt&#233;raires, comme des objets figur&#233;s, de leur condition physique, et, le cas &#233;ch&#233;ant, de leur condition psychique. Lorsque l' &#171; abstraction &#187; en ce sens-l&#224;, tout ce qui n'est pas purement d'ordre &#171; picturale &#187;, dans le tableau est mis entre parenth&#232;ses. Ce qui reste du tableau concret apr&#232;s une telle abstraction, c'est simplement un &#233;tat de moments purement qualitatifs et visuels, &#233;tat qui constitue le fondement de certaines qualit&#233;s picturales dot&#233;es de valeur esth&#233;tique, et celui de la valeur esth&#233;tique fond&#233;e sur ces qualit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peintres qui ont cr&#233;&#233; la peinture &#171; abstraite &#187; sont d'avis que les vrais peintres veulent toujours peindre des tableaux &#171; abstraits &#187; en ce sens-l&#224; [&#8230;] &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roman Ingarden, Sur la peinture abstraite, Hermann, 2013, pp. 80-81.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant ma conception de la plastique pure ne s'appuie pas sur une philosophie particuli&#232;re m&#234;me si je recours volontiers au corpus derridien dans la mesure o&#249; il me para&#238;t d'abord le plus sophistiqu&#233; et le plus puissant en philosophie contemporaine. Par exemple pour traiter de la question du &#171; trait &#187; qui l'a passionn&#233;e et auquel tu as recours dans une caract&#233;ristique des passions compos&#233;es, mais justement afin de revoir cet effet du &#171; tr &#187; (tracer, traiter, tracter , et tout le &#171; tirer &#187;) dans &lt;i&gt;La V&#233;rit&#233; en peinture&lt;/i&gt; si le dessin est la peinture avec des moyens limit&#233;s comme le pense Matisse. Et donc si le dessin s&#233;pare la litt&#233;rature et la peinture, au sein m&#234;me du graphein grecque (&#233;crire et dessiner). Pratiquer une distinction des champs plastiques et litt&#233;raires comme C&#233;zanne qui incriminait la &#171; peinture litt&#233;raire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte en contrepoint maintenant que nous avions annonc&#233; au tout d&#233;but de ma r&#233;ponse. Tr&#232;s bref, expos&#233; sous formes de &#171; sentences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 th&#232;ses sur la plastique pure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La plastique pure est un art essentiellement pictural et sculptural qui vise &#224; la cr&#233;ation de formes par la combinaison des rapports plastiques entre les valeurs d'ombre et de lumi&#232;re, la construction des plans, du volume et de l'espace, les accords de tons color&#233;s, la profondeur ou l'extension de l'espace, la richesse ou la consistance de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La plastique pure est donc un art de rapports entre les &#233;l&#233;ments qui composent le champ visuel. Mais il n'est pas l'apanage d'un art abstrait. Toute peinture o&#249; prime la question des rapports de construction visuelle est abstrait. En ce sens, la peinture dite figurative n'est pas la moins abstraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dans l'expression &#171; la plastique pure &#187;, le mot &#171; plastique &#187; n'insiste pas tant sur le &#171; plassein &#187; de son &#233;tymologie grecque, c'est-&#224;-dire le &#171; modelage &#187; et son pouvoir de transformation, que sur la combinaison sensible visuelle : la mati&#232;re &#171; formelle &#187; elle-m&#234;me, en vue de l'&#233;tablissement de rapports justes. La &#171; plastique &#187; est dite &#171; pure &#187; pour cette raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'art de plastique pure a toujours exist&#233;. Simplement il a d&#251; composer avec les forces sociales, mat&#233;rielles et id&#233;ologiques de chaque &#233;poque historique. Son occultation est inscrite autant &#224; l'int&#233;rieur du processus de la s&#233;miose que dans le &#171; sens &#187; en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. L'art de plastique pure est un universel qui conserve la v&#233;rit&#233; de son existence &#224; l'&#233;gard des autres arts qui tendent &#224; le recouvrir comme la litt&#233;rature. Le recouvrement et la n&#233;gation anti-plastique remontent tr&#232;s loin dans l'histoire (cf. th&#232;se 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La litt&#233;rature combin&#233;e au capitalisme a pu produire le dadaocapitalisme, et mis en p&#233;ril pour la premi&#232;re fois la peinture et la sculpture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. L'art de plastique pure est fondamentalement ath&#233;e. Il poss&#232;de une r&#233;serve de rationalit&#233; et d'universalit&#233; qui manque encore &#224; la crois&#233;e de l'anthropologie religieuse, de la psychanalyse et de la philosophie. Il n'y a pas d'art religieux pour la raison &#233;voqu&#233;e &#224; la th&#232;se 3. Et aussi parce que le d&#233;sir et le plaisir du rapport plastique visuel conserve son autonomie et sa sp&#233;cificit&#233; par-del&#224; les croyances et les valeurs sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. L'art de plastique pure a vu passer diff&#233;rentes classes sociales h&#233;g&#233;moniques, les aristocrates et les pr&#234;tres, jusqu'&#224; la bourgeoisie d'affaire contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La peinture et la sculpture cr&#233;ent des registres formels ou des configurations plastiques qui rayonnent jusqu'&#224; faire &#233;poque ou s&#233;quence. Par exemple il existe un art gestualo-atmosph&#233;rique, un art de la touche et de l'espace atmosph&#233;rique, depuis les peintres v&#233;nitiens jusqu'&#224; Giacometti en passant par les impressionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le registre plastique souvent cr&#233;&#233; par un artiste singulier se remarque notamment par l'influence qu'il a exerc&#233;e sur ses contemporains et sur les g&#233;n&#233;rations futures. Ce registre produit aussi une nouvelle forme visuelle &#224; l'origine de son pouvoir expressif. Cette forme novatrice reste dans la logique visuelle des rapports entre les &#233;l&#233;ments plastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10bis. L'art contemporain organise aussi l'oubli de la cr&#233;ation de formes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les derniers registres formels sont ceux de Giacometti et de Bacon. La cr&#233;ation de formes par la plastique pure a pr&#233;valu de la grotte Chauvet jusqu'aux portraits de Giacometti et de Bacon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques th&#232;ses essentielles sur la plastique pure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La plastique pure est donc &#224; la fois un objet (le plast&#232;me ou rapport plastique), un champ perceptif autonome (celui des rapports plastiques), et une facult&#233; perceptive sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La discipline th&#233;orique qui se rapporte &#224; la plastique pure peut &#234;tre d&#233;sign&#233;e sous le nom de plast&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le d&#233;sir de plastique pure est centr&#233; sur les rapports visuels d&#233;nomm&#233;s plast&#232;mes. Les plast&#232;mes procurent un plaisir propre, sp&#233;cifique &#224; un art singulier (Aristote, &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La th&#233;orie de la plastique pure pose ainsi en principe la nette distinction entre une peinture d'image et une peinture de forme. Elle marque la diff&#233;rence entre Picasso et Dali, Matisse et Magritte, Giacometti et Warhol, C&#233;zanne et Chirico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La peinture, sa substance et son champ d'exercice, s'organise en cinq fonctions de plastique pure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fonction formelle autour de la forme centr&#233;e, l'ampleur et la solidit&#233; constructive quelle que soit la forme, ondul&#233;e ou compacte ; et 1a fonction formelle de composition agen&#231;ant l'&#233;quilibre des masses et des plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction lumineuse centr&#233;e sur la souplesse des passages d'ombre et de lumi&#232;re quels que soient les contrastes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction color&#233;e recherchant l'accord des tons, l'intensit&#233; ou la profondeur du ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction spatiale creusant la profondeur de l'espace ou la force lat&#233;rale des aplats et de la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fonction mat&#233;rielle exprimant la richesse et la consistance de la mati&#232;re quels que soient la liquidit&#233; ou l'emp&#226;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Tout ce qui n'est pas plastique pure, comme le dada&#239;sme et l'art contemporain d'installation, est une d&#233;rive du mode d'appr&#233;ciation po&#233;tico-litt&#233;raire en art auquel il faut donner le nom de totalitt&#233;raire, la cl&#244;ture litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Dans l'art contemporain tous les arts ont empi&#233;t&#233; sur la peinture, jusqu'&#224; sa disparition ou en laissant quelques peintres alibis sans propos plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. La plastique d&#233;termine un comportement &#233;thique, et un mode d'appr&#233;ciation sp&#233;cifique diff&#233;rent des autres arts qui ont le leur. Le comportement &#233;thique qui en d&#233;coule, sorte d'habitus, rejette le genre dominant du m&#233;lange des arts (dadaocapitalisme et totalitt&#233;raire), l'anti-art contemporain sans anti-art contemporain, l'art conceptuel parodiant l'entreprise, et la critique anti-artistique des institutions, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. L'art de plastique pure, &#224; la fois &#233;thos et perception sp&#233;cifique, s'efforce de mettre entre parenth&#232;se le capitalisme litt&#233;raire dominant du pouvoir en art et r&#233;prouve aussi l'art des bonnes causes qui en constitue le motif politique et &#233;thique. L'art des bonnes causes sans plastique existe au moins depuis les Incoh&#233;rents, groupe d'&#233;crivains faussement dessinateurs qui s'est constitu&#233; pour venir en aide aux victimes d'une explosion de gaz &#224; Paris, par la vente de leurs dessins dont ils reconnaissaient volontiers la m&#233;diocrit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la plastique pure n'est pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plastique pure n'est pas la &#171; plasticit&#233; &#187; au sens d'une m&#233;tamorphose des formes et des forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle est l'exact contraire de tout ce qui s'enseigne sous le nom d' &#171; arts plastiques &#187; aujourd'hui : dada&#239;sme, art conceptuel, performance, installations, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas la bonne forme de la Gestalttheorie, ou psychologie de la forme. La forme pr&#233;gnante chez un Rudolf Arnheim qui applique la Gestalttheorie &#224; l'art, est toujours associ&#233;e &#224; l'expression s&#233;mantique d'une forme : un homme courb&#233; et un saule pleureur sont donn&#233;s par lui en exemple.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas la plastique pure anti-figurative de Mondrian, m&#234;me si elle y participe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas vraiment la visualit&#233; pure de Riegl lorsqu'elle d&#233;bouche sur des valeurs haptiques et tactiles privil&#233;gi&#233;es : l'haptique annon&#231;ant une premi&#232;re d&#233;rive vers l'aplat comme crit&#232;re exclusif que l'on retrouvera chez Greenberg.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure n'est pas la forme issue du mouvement des yeux et des d&#233;placements du spectateur, selon Hildebrandt.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique pure ne serait qu'une des trois n&#233;cessit&#233;s int&#233;rieures que Kandinsky recouvre n&#233;anmoins toujours par ses connotations tr&#232;s synesth&#233;siques et symboliques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle n'est pas non plus la narratologie que Paul Klee d&#233;veloppe pour expliquer les &#233;l&#233;ments plastiques, ou encore le processus de formation qu'il met &#224; la place de la forme. (La po&#239;&#233;tique n'explique pas la plastique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est ni un sch&#233;ma de composition par module ni un calcul &#233;sot&#233;rique par le nombre d'or.&lt;br class='autobr' /&gt;
La plastique diff&#232;re avant tout du mode d'appr&#233;ciation litt&#233;raire de l'art, aujourd'hui envahissant dans les arts plastiques, en grande partie &#224; l'origine de l'art contemporain, et que nous appelons ici le totalitt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plastique pure recouvre en grande partie les invariants plastiques expos&#233;s par Andr&#233; Lhote, nonobstant son privil&#232;ge indu r&#233;serv&#233; &#224; l'espace-plan, ce qui change beaucoup de chose il nous fallait remodeler la th&#233;orie des &#233;l&#233;ments, sous un principe de fonctionnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vocabulaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plast&#232;me : nom servant &#224; d&#233;signer un rapport plastique soumis aux fonctions de plastique pure&lt;br class='autobr' /&gt;
Plasticide : toute id&#233;e, pens&#233;e, texte et &#339;uvre produisant des effets destructeurs sur la plastique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plastophanie : r&#233;v&#233;lation de la plastique pure dans le concept. Propos &#233;crit d'un peintre ; ou premier contenu d'une &#339;uvre plastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les peintres exp&#233;rimentent dans le r&#233;tinien, sans adopter l'auto-r&#233;flexivit&#233; kantienne. Car exp&#233;rimenter le champ de la plastique, ce n'est donc pas se poser la question des conditions de possibilit&#233; de la peinture, ni non plus je crois, exp&#233;rimenter le domaine de la po&#233;sie des objets tout fait, combin&#233;s ou non.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai mis en perspective les th&#232;ses de Duchamp : d&#233;part entre la plastique et la litt&#233;rature (cubisme/surr&#233;alisme) ; le pop et Buren sont qualifi&#233;s de conceptuels par lui. Les ready made ne se regardent pas : ils rompent, comme le grand Verre, avec &#034;l'esth&#233;tico-plastique&#034; selon son expression. Dada &#233;tait nihiliste, anti-pictural et litt&#233;raire (dixit Duchamp). Donc ce n'est pas l'&#233;puisement suppos&#233; du r&#233;tinien qui a d&#233;bouch&#233; sur le minimal, le pop et l'art conceptuel. Le contemporain est le &#034;malin g&#233;nie&#034; de la peinture au sens cart&#233;sien et au sens de la ph&#233;nom&#233;nologie picturale de Roman Ingarden. Il a toujours exist&#233;, il s'est objectiv&#233; en un art distinct. Avec bien souvent, h&#233;las, l'oubli de la cr&#233;ation de formes au sens r&#233;tinien (30000 d'art). Voil&#224;, pour r&#233;sumer &#224; la hache ma conception.&lt;br class='autobr' /&gt;
En posant cette quelle diff&#233;rence, l'art conceptuel revendiqu&#233; par les artistes est le point de d&#233;part de l'art contemporain. Kosuth disait que Magritte n'&#233;tait pas un peintre mais un grand artiste. J'ai vu le fameux carr&#233; blanc sur fond blanc &#224; la Fondation Vuitton : carr&#233; gris-rose sur fond gris-bleu ! Agr&#233;able et assez beau, et non sans une certaine force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permettrai pour finir une remarque au sujet de l'installation universelle que nous d&#233;plorons tous deux, si nous nous reportons &#224; l'installation grecque sur laquelle insiste Vinciane Pirenne-Delforge de fa&#231;on &#224; renouveler notre id&#233;e de &#171; statue de culte &#187;. Ce sera une mani&#232;re d'&#233;voquer l'autre plastique pure premi&#232;re, la sculpture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fonder un culte se dit &#171; &lt;i&gt;hidruein&lt;/i&gt;, &#171; installer, fonder, &#233;tablir &#187;. La proc&#233;dure vaut tant pour les temples et les autels que pour les statues. Ce sont ces derni&#232;res qui nous int&#233;ressent ici &#187;. Chacun, aussi modeste soit-il peut installer un Dieu, une expression le dit, on la trouve notamment dans les com&#233;dies d'Aristophane.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#192; chaque fois, l'expression utilis&#233;e est concr&#232;te : la divinit&#233; sera &#171; install&#233;e par des marmites &#187; (&lt;i&gt;chutrais hidruein&lt;/i&gt;). Les scholies aux textes explicitent ce qui devait &#234;tre &#233;vident pour les spectateurs de ces com&#233;dies : on pouvait installer un dieu en faisant bouillir des c&#233;r&#233;ales dans des marmites ou en choisissant une offrande plus co&#251;teuse. D'o&#249; l'expression compl&#233;mentaire : &#171; Installer par un b&#339;uf, par une ch&#232;vre ou par du menu b&#233;tail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#171; installation par des marmites &#187; est une pratique dont ces gloses attestent le caract&#232;re modeste et rapide, d'une part, mais aussi l'&#233;quivalence structurelle avec une immolation animale. L'op&#233;ration s'inscrit ainsi dans le registre sacrificiel. Or, sacrifier &#224; un dieu est, par excellence, la mani&#232;re d'entrer en contact avec lui, tout en l'honorant comme il se doit. D&#232;s lors, la communication est un objectif fondamental dans la proc&#233;dure d'installation du dieu parmi les hommes. L'objectif du rituel est d'int&#233;grer le dieu &#224; la cit&#233; ou au groupe, de cr&#233;er les conditions de la manifestation de sa divinit&#233;, de sa bienveillance au c&#339;ur m&#234;me de l'espace de vie de ceux qui l'honorent. La statue &#8211; comme l'autel, lui aussi &#171; install&#233; &#187; &#8211; devient alors le lieu privil&#233;gi&#233; de cette manifestation du divin et le sacrifice en est l'instrument. La proc&#233;dure d'installation ouvre la voie de la communication en cr&#233;ant les conditions privil&#233;gi&#233;es de l'interaction &#224; venir entre hommes et dieux. Le rituel active la bienveillance divine et la statue devient un &#171; objet de culte &#187;. Toutefois, aucun terme grec n'est habilit&#233; &#224; saisir une fois pour toutes l'objet ainsi fond&#233;, install&#233;. D'o&#249; l'impossibilit&#233; de retrouver la &#171; statue de culte &#187; dans le lexique grec &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une statue de type &#233;piphanique et une statue install&#233;e sont toutes deux des lieux privil&#233;gi&#233;s de la manifestation du divin pour la communaut&#233; qui est d&#233;positaire des traditions li&#233;es &#224; la premi&#232;re et pour celle qui est &#224; l'initiative du processus de fondation de la seconde. Une des anecdotes sur le Zeus de Phidias, &#233;voqu&#233;e en ouverture, est significative &#224; cet &#233;gard. En effet, le colosse chrys&#233;l&#233;phantin n'est pas, en soi, une statue &#171; &#233;piphanique &#187;. C'est une &#339;uvre d'art de la p&#233;riode classique, c'est-&#224;-dire une &#339;uvre &#171; moderne &#187;, m&#234;me pour Pausanias qui l'admire pr&#232;s de sept si&#232;cles apr&#232;s sa mise en place. Mais l'&#233;clair qui s'abat au pied de la statue en r&#233;ponse &#224; la recherche d'approbation de Phidias est de l'ordre de l'&#233;piphanie divine. Et &#8211; qui sait ? &#8211; peut-&#234;tre l'hydrie qui marquait le sol o&#249; le dieu s'&#233;tait pr&#233;tendument manifest&#233; avait-elle fait partie du rituel &#171; d'installation &#187; de la statue dans son sanctuaire, &#224; Olympie, &#224; la fin du Ve si&#232;cle avant notre &#232;re. Rituel d'installation et tradition &#233;piphanique en seraient venus &#224; se m&#234;ler ensuite, jusqu'&#224; ce qu'un visiteur curieux en recueille le t&#233;moignage sous les Antonins &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vinciane Pirenne-Delforge, &#171; Des dieux parmi les hommes : l'installation des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'harmonie universelle, on ne confondra pas les objets du don et du sacrifice, chaudron, animal, et la statue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; cher Ren&#233;, comme une nouvelle fin de s&#233;minaire, une fin de s&#233;ance, avec ici nos controverses que tu as toujours su rendre aimables et courtoises et que j'ai toujours trouv&#233; f&#233;condes. S&#233;minaire infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permettrais de conclure par une nouvelle citation, celle d'un auteur qui a &#233;t&#233; ton ma&#238;tre, Ignace Meyerson, dont les propos sur l'art abondent dans mon sens, tu le savais, et c'est toi-m&#234;me qui nous en a offert le cadeau au s&#233;minaire, geste hautement repr&#233;sentatif de ta mani&#232;re de faire avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; XIII. On ne parlera pas de la peinture informelle. D&#232;s lors qu'une surface peinte n'a ni formes, ni ordre interne, ni organisation, ni hi&#233;rarchie, ce n'est pas un tableau. [ je nuancerais bien s&#251;r, car l'informel, Wolls, Pollock par exemple organisent, ma&#238;trisent apr&#232;s coup tous les accidents en surveillant du regard, leur jugement plastique d&#233;clenche les reprises et interventions sur les coulures et d&#233;goulinures et en font des tableaux compos&#233;s et rythm&#233;s] &#8212; De m&#234;me, incorporer &#224; une surface peinte un balai, un moulin &#224; caf&#233; ou une trompette d'enfant n'est pas y faire entrer des formes. Si un objet photographiquement imit&#233; ne peut pas &#234;tre un objet plastique, un objet mat&#233;riel le peut moins encore. Bien s&#251;r, les Cubistes chacun le sait, ont incorpor&#233; dans leurs peintures, &#224; leurs collages des fragments de journaux, des cartes &#224; jouer, des cartes de visite, etc. ; mais &#239;l s'est agi dans tous ces cas de fragments destin&#233;s &#224; ajouter des effets de valeur ou de mati&#232;re, fragments au reste strictement subordonn&#233;s &#224; l'architecture de la composition. Et puis, la peinture est un art de la surface, et tout l'effort des peintres depuis toujours a &#233;t&#233; de vaincre les difficult&#233;s que donnait cette limitation &#224; deux dimensions &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ignace Meyerson, &#171; Remarques sur les formes en peinture &#187;, 1964, in Forme, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et encore : &#171; On a &#233;crit &#224; propos du Compotier de C&#233;zanne que chacune de ses pommes &#233;tait &#224; sa place et que cette place lui appartenait depuis le commencement des choses. On pourrait le dire &#224; propos de chaque forme, de chaque tache color&#233;e, de chaque ligne d'un bon tableau. Un bon tableau est un monde clos, r&#233;gi par des lois internes, lois plastiques. Il y a certes de la g&#233;om&#233;trie et de l'optique derri&#232;re cette plastique, mais on peut faire beaucoup de choses dans les marges de cette g&#233;om&#233;trie et de cette optique. Et, fort heureusement, un tableau ne se d&#233;duit pas. Sa n&#233;cessit&#233; est d'autre sorte. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p 41-42.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parle peinture, et m&#234;me plastique, sans aucune g&#234;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Illustrations&lt;/i&gt; : &lt;strong&gt;peintures de Thierry Briault&lt;/strong&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Je reviens &#224; ce propos sur l'exclusive, la proscription que j'avais sembl&#233; prononcer et d&#233;fendre en ce qui concerne le mot &#034;plastique&#034; relativement &#224; la peinture. Par &#233;tourderie et/ou ignorance, m'&#233;tant mal inform&#233; sur ce qu'en avaient &#233;crit Delaunay et tant d'autres, et m&#234;me, avant lui, Delacroix, voire Baudelaire qui avait pourtant &#233;t&#233; le premier &#224; jeter l'anath&#232;me sur le mot (&#034;La plastique, cet affreux mot me donne la chair de poule&#034;, voir &#034; l'&#233;cole pa&#239;enne&#034; dans Curiosit&#233;s esth&#233;tiques).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mal inform&#233; et &#233;tourdi, car je n'avais pas pris garde au sens originel et pr&#233;dominant : c'est qu'il y a plastique, c'est-&#224;-dire cr&#233;ation de formes par le mat&#233;riau de la peinture m&#234;me, la couleur, ou la lumi&#232;re. C'est d'elle (d'elles) que proc&#232;dent les formes et qu'ainsi les arts visuels dans leur ensemble peuvent l&#233;gitimement &#234;tre nomm&#233;s &#034; arts plastiques&#034;. Quelles que soient les r&#233;ticences que l'on peut soulever &#224; l'&#233;gard du mot, de sa r&#233;sonance, du vague de ses connotations&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roman Ingarden, &lt;i&gt;Sur la peinture abstraite&lt;/i&gt;, Hermann, 2013, pp. 80-81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vinciane Pirenne-Delforge, &#171; Des dieux parmi les hommes : l'installation des &#171; statues de culte &#187; en Gr&#232;ce ancienne &#187; &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.4000/techne.3228&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.4000/techne.3228&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ignace Meyerson, &#171; Remarques sur les formes en peinture &#187;, 1964, in &lt;i&gt;Forme, couleur, mouvement dans les arts plastiques&lt;/i&gt;, La Porte Etroite/Ecrits dur l'art, 1953-1974, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p 41-42.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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