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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>R&#233;formes sociales : le dilemme du prisonnier</title>
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		<dc:date>2023-03-07T14:11:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;r&#244;me Henriques</dc:creator>



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&lt;p&gt;La th&#233;orie des jeux est une branche des math&#233;matiques &#224; la base de nombreux principes politiques, &#233;conomiques, sociologiques. En son sein, le Th&#233;or&#232;me du Prisonnier trouve nombre d'applications pratiques ... jusqu'aux probl&#232;mes sociaux actuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le dilemme du prisonnier est une th&#233;orie &#233;nonc&#233;e par Albert W. Tucker &#224; Princeton en 1950. Tucker suppose deux prisonniers (complices d'un crime) retenus dans des cellules s&#233;par&#233;es et ne pouvant communiquer. On leur propose alors le choix suivant : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La th&#233;orie des jeux est une branche des math&#233;matiques &#224; la base de nombreux principes politiques, &#233;conomiques, sociologiques. En son sein, le Th&#233;or&#232;me du Prisonnier trouve nombre d'applications pratiques ... jusqu'aux probl&#232;mes sociaux actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme du prisonnier est une th&#233;orie &#233;nonc&#233;e par Albert W. Tucker &#224; Princeton en 1950. Tucker suppose deux prisonniers (complices d'un crime) retenus dans des cellules s&#233;par&#233;es et ne pouvant communiquer. On leur propose alors le choix suivant :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si les deux se taisent (aucun ne d&#233;nonce l'autre), les deux font un an de prison.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si les deux se d&#233;noncent mutuellement, chacun est condamn&#233; &#224; 5 ans de prison.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; si l'un d&#233;nonce l'autre et que l'autre se tait, le premier est libre tandis que le second &#233;cope de 10 ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix optimal pour les deux prisonniers est qu'ils se taisent (ils font dans ce cas tous deux un an de prison). Pourtant, les deux choisissent g&#233;n&#233;ralement de d&#233;noncer. L'explication tient en fait &#224; une approche individuelle de la situation, chaque prisonnier raisonnant &#224; partir des deux r&#233;actions possibles de son complice : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit ce dernier d&#233;nonce ... j'ai alors int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;noncer aussi (pour faire 5 ans de prison au lieu de 10)
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit il ne d&#233;nonce pas ... et j'ai quand m&#234;me int&#233;r&#234;t &#224; d&#233;noncer (pour &#234;tre libre au lieu de faire un an de prison)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre angulaire dans le domaine de la th&#233;orie des jeux (math&#233;matiques), le dilemme du prisonnier trouve nombre d'applications pratiques dans les domaines de l'&#233;conomie, la politique internationale, la sociologie ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;conomie par exemple, dans la lutte contre les ententes illicites (entreprises qui s'entendent sur les prix ...), la mise en place de proc&#233;dures de cl&#233;mence (la premi&#232;re entreprise qui d&#233;nonce le cartel est exon&#233;r&#233;e de peine) est une application directe du dilemme du prisonnier. Au niveau international, la difficile mise en place/coordination de politiques nationales sur les questions environnementales, fiscales, de d&#233;sarmement ... (peur de perdre un avantage comp&#233;titif sur les autres pays ...) est &#233;galement une illustration pratique de ce dilemme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, on retrouve le dilemme du prisonnier dans nombre de situations de la vie politique et sociale et l'actualit&#233; du moment en donne une bonne illustration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le projet de r&#233;forme des retraites. 70 % des fran&#231;ais n'en veulent pas et 90 % des actifs (les premiers concern&#233;s, excusez du peu) la rejettent cat&#233;goriquement. Et pour cause ! Une r&#233;forme qui, de par son injustice (faire les poches du petit peuple pendant qu'on goinfre le monde du capital) et le fait qu'elle s'inscrive dans une succession de r&#233;formes du m&#234;me type (Woerth, Touraine, Borne ... &#224; quand la prochaine ?), fait craindre une diminution progressive des retraites, voire &#224; terme, une disparition pure et simple du syst&#232;me de retraites actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a fort &#224; parier que si l'ensemble des travailleurs concern&#233;s d&#233;cidaient, tous ensemble, de se mettre en gr&#232;ve, le gouvernement ne tiendrait pas longtemps. Comme on l'a vu pendant la p&#233;riode covid, nombre de m&#233;tiers mal pay&#233;s, peu consid&#233;r&#233;s (dans les transports, l'&#233;nergie ...) s'av&#232;rent (en cas de crise) indispensables pour faire tourner le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention, il ne s'agit pas ici de tenir un discours sectaire ou moralisateur : chacun a ses imp&#233;ratifs, contraintes ou probl&#232;mes et certains n'ont tout simplement pas les moyens de faire gr&#232;ve. Par contre, il s'agit de remarquer que parmi les &#034;anti-r&#233;forme&#034;, beaucoup choisissent de ne pas participer au mouvement alors qu'ils pourraient le faire ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&#199;a sert &#224; rien&#034;, &#034;Le gouvernement s'en fout&#034;, &#034;mon m&#233;tier n'est pas strat&#233;gique&#034;, &#034;on va perdre une journ&#233;e pour rien&#034;, &#034;pour que ce soit utile, il faudrait vraiment que tout le monde s'y mette&#034; (sous-entendu &#034;les autres d'abord&#034;), &#034;les syndicats roulent pour eux&#034;, &#034;comme &#224; chaque fois, c'est le gouvernement qui va gagner&#034;, etc. Moralit&#233; : parmi les &#034;anti-r&#233;forme&#034; (dont certains parfois tr&#232;s virulents &#224; l'&#233;gard de l'actuel gouvernement), seule une petite minorit&#233; choisit de participer (d'une mani&#232;re ou d'une autre) &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ces excuses plus ou moins sinc&#232;res, une peur de perdre &#034;quelque chose&#034; (ou de perdre quelque chose par rapport aux autres) : une journ&#233;e de salaire, une (demi-)journ&#233;e de cong&#233;, du temps (dans les manifs), l'estime de la hi&#233;rarchie, un d&#233;classement (&#034;d'autres auront la promo &#224; ma place&#034;) avec en trame de fond l'id&#233;e que, tout le monde ne jouant pas le jeu (ou pouvant de ne pas jouer le jeu), autant ne pas le jouer non plus (et &#233;viter ainsi d'&#234;tre le &#034;dindon de la farce&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on pourrait avancer que la notion d'incertitude dans le dilemme (les prisonniers ne peuvent pas communiquer) est ici absente puisque les travailleurs ont tout le loisir de communiquer (de se regrouper, s'organiser ...). C'est en partie vrai et certaines formes d'union populaire (l'union syndicale notamment) constituent heureusement un contrepoids important &#224; certaines politiques lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la capacit&#233; d'entente &#224; l'&#233;chelle de deux individus n'a rien &#224; voir avec celle d'un peuple (d'une nation) o&#249; la notion d'incertitude (que vont faire des millions d'autres individus ?) s'apparente finalement &#224; celle du prisonnier (isol&#233;). Nos gouvernants l'ont bien compris qui savent manier le &#034;diviser pour mieux r&#233;gner&#034; pour cloisonner la base et casser les luttes : les fran&#231;ais (&#171; de souche &#187;) contre les &#233;trangers, le public contre le priv&#233;, les travailleurs contre les fain&#233;ants, les citoyens respectueux contre les bloqueurs (preneurs d'otages) ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; ce propos int&#233;ressant d'observer, &#224; la veille de grands mouvements sociaux, le gouvernement d&#233;voiler lui-m&#234;me ses inqui&#233;tudes. Ainsi tous ces ministres qui r&#233;p&#232;tent &#224; l'envi qu' &#171; ils respectent le droit de gr&#232;ve, inscrit dans la constitution, tout &#224; fait normal ... mais qu'il ne faut surtout pas bloquer le pays ... &#187; Comme s'ils reconnaissaient eux-m&#234;mes qu'ils consid&#232;rent les gr&#232;ves (manifs) comme une sorte de folklore (carnaval) &#233;ph&#233;m&#232;re et inoffensif (auquel ils ne se donnent m&#234;me pas la peine de r&#233;pondre d'ailleurs), mais qu'un mouvement de grande ampleur (avec blocage, dans la dur&#233;e...) pourrait r&#233;ellement changer la donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'union fait la force, dit le proverbe. Et la r&#233;signation du peuple, la meilleure arme du gouvernement pour lui permettre de d&#233;tricoter un &#224; un l'ensemble des droits sociaux obtenus par nos anc&#234;tres. Pendant que l'Etat se soumet aux banques (plus de 3.000 milliards de dette) et se d&#233;sengage de ses missions r&#233;galiennes (&#233;cole, sant&#233; ...), pendant que la soci&#233;t&#233; s'uberise et que des cabinets de conseil priv&#233;s d&#233;cident de la politique &#224; mener dans le pays, il est peut-&#234;tre bon de se poser la question : jusqu'o&#249; allons-nous aller ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nature, le gnou se dit qu'il n'a pas besoin de courir plus vite que le lion : il a juste besoin de courir plus vite que le plus lent de son troupeau. Il sauve ainsi sa vie une fois, deux fois, n fois ... jusqu'au jour o&#249; il se fait bouffer lui aussi. S'ils d&#233;cidaient de faire bloc, (ce qui arrive parfois), les gnous arriveraient s&#251;rement &#224; mettre en fuite (voire en danger avec leurs cornes ...), le lion qui les poursuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des gnous. Nous avons la possibilit&#233; de penser (la soci&#233;t&#233; que nous voulons), nous coordonner, agir. Nous avons aussi la capacit&#233; de comprendre que l'acceptation d'une n-i&#232;me r&#233;forme (param&#233;trique) fait aussi office d'acceptation (du moins d'encouragement) pour la n+1-i&#232;me. Et que seul un mouvement social de grande ampleur, c'est &#224; dire avec l'effort de tous, permettrait de peser dans le rapport de force. &#199;a sert &#224; rien de r&#226;ler, seuls les actes comptent. Bref, tous dans la rue !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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