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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Vers la d&#233;mocratisation du panettone ligure !</title>
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		<dc:date>2024-01-05T19:52:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Philippe V&#233;zuve</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Quant aux mouettes, affam&#233;es et f&#233;roces, leurs cris &#233;taient si durs si per&#231;ants qu'ils vous d&#233;chiraient le tympan comme un grincement de scie &#187; Francis Carco, Brumes &lt;br class='autobr' /&gt;
1- La fr&#233;quentation des bo&#238;tes &#224; livres nous donne acc&#232;s &#224; de pr&#233;cieuses informations sur les lectures de la population d'une localit&#233; donn&#233;e. Mais elle nous renseigne aussi sur leurs mani&#232;res de lire. Encore faut-il &#234;tre exerc&#233; &#224; la connaissance indiciaire (Carlo Ginzburg) &#8211; l'&#339;il de Sherlock Holmes qui rep&#232;re la trace, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quant aux mouettes, affam&#233;es et f&#233;roces, leurs cris &#233;taient si durs si per&#231;ants qu'ils vous d&#233;chiraient le tympan comme un grincement de scie &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Francis Carco, &lt;i&gt;Brumes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- La fr&#233;quentation des bo&#238;tes &#224; livres nous donne acc&#232;s &#224; de pr&#233;cieuses informations sur les lectures de la population d'une localit&#233; donn&#233;e. Mais elle nous renseigne aussi sur leurs &lt;i&gt;mani&#232;res de lire&lt;/i&gt;. Encore faut-il &#234;tre exerc&#233; &#224; la &lt;i&gt;connaissance indiciaire&lt;/i&gt; (Carlo Ginzburg) &#8211; l'&#339;il de Sherlock Holmes qui rep&#232;re la trace, l'indice impalpable susceptible de mettre l'enqu&#234;teur sur la piste du crime ou du d&#233;lit. En l'occurrence, il s'agirait de la mince feuille de papier hygi&#233;nique gliss&#233;e dans le livre en guise de marque-page et qui atteste qu'une forte proportion des livres d&#233;pos&#233;s dans les bo&#238;tes se lit aux chiottes. Ainsi, tout r&#233;cemment, selon mes recherches, un exemplaire un peu d&#233;fra&#238;chi mais de belle apparence encore du &lt;i&gt;Voyage au bout de la nuit&lt;/i&gt; (&#233;dition 1952) et d&#233;finitivement abandonn&#233; par un chieur d&#233;sinvolte &#224; la page 299, comme l'atteste irr&#233;cusablement la petite feuille de PQ rose que j'y d&#233;couvre.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'anecdote d&#233;bouche in&#233;vitablement sur une question nullement futile, m&#234;me si pas vraiment de vie ou de mort : existe-t-il des livres ou des cat&#233;gories de livres dont la lecture aux toilettes devrait &#234;tre &lt;i&gt;strictement prohib&#233;e&lt;/i&gt; ou du moins r&#233;prouv&#233;e par la morale publique &#8211; une affaire, dirait Orwell, de &lt;i&gt;common decency&lt;/i&gt; ? Et, inversement, d'autres dont la lecture devrait &#234;tre &lt;i&gt;express&#233;ment cantonn&#233;e&lt;/i&gt; dans les espaces vou&#233;s &#224; la satisfaction des besoins naturels ? N'est-ce pas l&#224;, en d&#233;mocratie lib&#233;rale, l'une de ces questions dont l'int&#233;r&#234;t public exigerait qu'elle fasse tout naturellement l'objet d'un d&#233;bat national plac&#233; sous les auspices du Minist&#232;re de la Culture &#8211; ceci plut&#244;t que les frasques du priapique Depardieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- La reconnaissance du droit des Palestiniens, comme peuple, &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, un principe reconnu par la communaut&#233; internationale d&#232;s les lendemains de la Premi&#232;re guerre mondiale, a pour pr&#233;alable et corollaire obligatoire le d&#233;mant&#232;lement de l'Etat sioniste, &lt;i&gt;comme tel&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque mot est &#224; sa place dans cet &#233;nonc&#233; qui, dans sa simplicit&#233; m&#234;me, constitue le pont-au-&#226;nes de toute la discussion publique, tant vulgaire que savante, &#224; propos du &#171; conflit isra&#233;lo-palestinien &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus les choses sont simples, et plus il importe que leur perception soit brouill&#233;e lorsque son en jeu les int&#233;r&#234;ts des ma&#238;tres du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Il devrait quand m&#234;me y avoir moyen de ne plus raser les murs sans pour autant marcher sur la gueule de tout ce qui bouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Mieux vaut, quand on aspire &#224; la sympathie du tout-venant, ne pas se conduire en &lt;i&gt;Herrenvolk&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Peuple &#8211; race &#8211; sup&#233;rieur-e (Nde)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; compulsivement adonn&#233; &#224; la politique de la terre br&#251;l&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Ils ont fait de la m&#233;moire de la Shoah une rente de situation, &lt;i&gt;a moral asset&lt;/i&gt;, un bouclier. Plus la cause est ind&#233;fendable, plus ils en usent et abusent. Cet usage de la morale &#224; contre-emploi est propre &#224; r&#233;vulser les plus endurcis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Si j'avais le temps et l'inspiration, j'&#233;crirais une satire &#233;norme intitul&#233;e &lt;i&gt;Le bousier anthropomorphe&lt;/i&gt; et dont le h&#233;ros (LOL) imm&#233;diatement identifiable serait l'actuel ministre de l'Int&#233;rieur. Mais le probl&#232;me, comme le notait sobrement Karl Kraus, c'est que ce genre de pantin d&#233;courage toute verve satirique &#8211; &#171; c'est qu'il ne m'inspire rien &#187;, r&#233;pondait-il, quand on s'&#233;tonnait de ce que sa plume f&#233;roce &#233;pargn&#226;t un certain A. H.... &#171; &lt;i&gt;Mir f&#228;llt zu Hitler nichts ein&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Il n'y a que les imb&#233;ciles pour croire que la politique, comme domaine o&#249; sont &#224; l'&#339;uvre les plus complexes et al&#233;atoires des dynamiques, serait soluble dans les nombres &#8211; &#224; commencer par les sondages. Le probl&#232;me &#233;tant que ces imb&#233;ciles sont devenus si prosp&#232;res et si puissants qu'ils contribuent d&#233;sormais de fa&#231;on d&#233;cisive &#224; la d&#233;naturation de la politique elle-m&#234;me et &#224; sa soumission aux conditions de l'arithm&#233;tique. Sauf au Guatemala : le r&#233;cent vainqueur de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle y recueillait, &#224; la veille de la consultation, 5% des &#171; intentions de vote &#187; (LOL again).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- &lt;i&gt;Une simple question de mesure&lt;/i&gt; : &#224; supposer, ce qui est probable, que G&#233;rard Depardieu soit, tout bon acteur qu'il fut, un &lt;i&gt;very bad guy&lt;/i&gt; et assur&#233;ment un obs&#233;d&#233; sexuel, que dire de la ministre de la Culture qui le qualifie &lt;i&gt;&#232;s qualit&#233;&lt;/i&gt; de &#171; honte de la France &#187; et qui, elle, n&#233;e au Liban et y ayant pass&#233; les dix premi&#232;res ann&#233;es de sa vie, s'est bien gard&#233;e de faire entendre la moindre voix discordante lorsque le chef de l'Etat et celle du gouvernement se sont engag&#233;s dans un soutien total &#224; l'Etat d'Isra&#235;l apr&#232;s le 7 octobre ? Quelle est la commune mesure entre les m&#233;faits dont Depardieu s'est assur&#233;ment rendu coupable, et qui lui a valu la v&#233;h&#233;mente sortie de Rima Abdul Malak, et les crimes de masse commis par l'Etat h&#233;breu dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie et &#224; propos desquels la ministre n'a rigoureusement rien &#224; dire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La chose est entendue : Depardieu est un sale type. Mais Netanyahou et Gallant sont, eux, des criminels de guerre, pour le moins. Et les indignations s&#233;lectives de la ministre de la Culture, membre d'un gouvernement qui ne m&#233;nage pas son soutien aux &#233;radicateurs, c'est quand m&#234;me un peu plus que l'arbre qui cache la for&#234;t &#8211; l'enfumage moralisant et l'instrumentalisation de la cause des femmes dans toute sa splendeur. Un train peut en cacher un autre, et, de m&#234;me, une infamie. Ou bien encore : un harceleur XXL, un bain de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Ecrivain peu assur&#233; de passer &#224; la post&#233;rit&#233;, il se demandait sans rel&#226;che (et sans jamais pouvoir trancher) si l'absence de ses bouquins dans les bo&#238;tes &#224; livres &#233;tait plut&#244;t un bon ou un mauvais signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Notre seul espoir (ou peut-&#234;tre m&#234;me esp&#233;rance), ce serait que le courage de ceux qui affrontent en connaissance de cause le risque de la mort soit un jour le facteur d&#233;cisif qui &lt;i&gt;fasse la diff&#233;rence&lt;/i&gt; avec l'assurance de ceux qui disposent des moyens et de l'expertise technologique sur lesquels se fonde leur domination (leur r&#233;serve de violence). C'est que les seconds ne sont pas, eux, du tout dispos&#233;s &#224; mourir au service de quelque cause que ce soit. Ils sont des ex&#233;cutants (&lt;i&gt;perpetrators&lt;/i&gt;) par position et condition, plut&#244;t que des combattants, &#224; l'image des snipers et des pilotes et autres praticiens de la guerre a&#233;rienne dont l'arm&#233;e isra&#233;lienne fait l'usage qu'on sait. Toutes les guerres asym&#233;triques qu'ils conduisent engagent, de leur c&#244;t&#233;, des fonctionnaires de la mort peu ou pas du tout expos&#233;s, plut&#244;t que des combattants risquant leur vie. Le courage n'est qu'un attribut tr&#232;s secondaire de leur engagement. Les guerres qu'ils conduisent ne sont pas seulement asym&#233;triques &#8211; ce sont des guerres qui requi&#232;rent avant tout l'insensibilit&#233;. Ce qui est avant tout requis, c'est leur aptitude &#224; tuer, &lt;i&gt;omnes et singulatim&lt;/i&gt;, sans &#233;tat d'&#226;me. De ce point de vue la fabrication du mythe de Tsahal, arm&#233;e de braves &#233;quip&#233;s d'une conscience morale inoxydable, est l'une des impostures les plus abjectes de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- Sous M&#233;luche 1er, dans la premi&#232;re monarchie socialiste de France, les policiers qui l'ont tant ha&#239; et d&#233;cri&#233; seront, par mesure de r&#233;torsion, rebaptis&#233;s &lt;i&gt;polissons&lt;/i&gt; (ou poli&#231;ons).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- Le monde assiste, indiff&#233;rent, &#224; la destruction de la Palestine comme il a assist&#233; &#224; celle des Juifs d'Europe. A cette diff&#233;rence pr&#232;s que, cette fois-ci, l'autoproclam&#233; monde libre met sans barguigner la main &#224; la p&#226;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- C'est une infamie, nous dit-on, d'amalgamer les Juifs en g&#233;n&#233;ral et les crimes imputables &#224; l'Etat d'Isra&#235;l. Ceci, dans un pays dont le roman national exalte le souvenir d'une R&#233;sistance qui, elle, ne faisait pas la diff&#233;rence entre Allemands (rebaptis&#233;s Boches &#8211; &#171; &#224; chacun son Boche ! &#187;) et nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- Il existe deux cat&#233;gories de suicidaires &#8211; ceux qui, ayant pris leur d&#233;cision, se passent la corde au cou et ceux qui se flinguent &#224; petit feu &#8211; alcool, m&#233;dicaments, drogues, conduites &#224; risques, etc. Les premiers se tiennent hors d'atteinte de la critique. Les seconds, en revanche, sont toxiques : ils font de leur suicide un spectacle interminable auquel leur entourage ne saurait se d&#233;rober. Ils se vengent de leur d&#233;bine en en faisant profiter tout le monde. Il devrait y avoir moyen de se suicider sans emmerder les gens &#224; n'en plus finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- C'est l'histoire du mec qui, ayant achet&#233; par inadvertance un v&#233;lo un peu p&#233;d&#233;, s'&#233;tait fait enculer par une selle en &#233;rection, en pleine ascension du col de l'Aubisque &#8211; mais je ne suis pas tout &#224; fait s&#251;r qu'elle ait sa place dans ce recueil de maximes et pens&#233;e de haut niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- La preuve que &#171; les Juifs &#187; en g&#233;n&#233;ral est, comme le dit Hannah Arendt, une expression &#171; fa&#231;onn&#233;e &#187;, une esp&#232;ce d'abstraction, c'est que si on la prenait vraiment au s&#233;rieux au point de vouloir faire de cette cat&#233;gorie un objet d'&#233;tude pour les sciences sociales (ou d'autres encore), il faudrait commencer par &#233;tablir un &lt;i&gt;fichier des Juifs&lt;/i&gt; (&#233;tablir qui est juif et qui ne l'est pas). Or, comme chacun sait, c'est l&#224; une id&#233;e plut&#244;t nazie ou vichyssoise que &lt;i&gt;bonne&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17- En 1946, Hannah Arendt &#233;crivit un texte intitul&#233; &lt;i&gt;Privileged Jews&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Douteusement traduit dans l'&#233;dition fran&#231;aise sous le titre &#171; Les Juifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle y place la condition des Juifs dans l'Europe moderne sous le signe de l'opposition entre parias et parvenus. Les Juifs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187;, ce sont aux XVII&#232;me et au XVIII&#232;me si&#232;cle, dans les Etats allemands, les &#171; Juifs de Cour &#187; (&lt;i&gt;Hofjuden&lt;/i&gt;) prot&#233;g&#233;s des princes auxquels ils procurent les moyens financiers leur permettant de soutenir leur train de vie dispendieux et de conduire leurs guerres dynastiques. Leur puissance et les protections exceptionnelles dont ils b&#233;n&#233;ficient contrastent avec le destin de la masse juive, une poussi&#232;re d'humanit&#233; discrimin&#233;e et vivant sur les marges (ou dans les interstices) de la soci&#233;t&#233;. Leur statut est ins&#233;parable des &lt;i&gt;privil&#232;ges&lt;/i&gt; dont ils jouissent par opposition &#224; la masse juive dont la condition est, selon Arendt, celle de parias. Ils forment une &lt;i&gt;caste&lt;/i&gt; infiniment minoritaire parmi les Juifs d'Allemagne en g&#233;n&#233;ral. Dans l'Europe post-r&#233;volutionnaire, au XIX&#232;me si&#232;cle, appara&#238;t une nouvelle cat&#233;gorie de Juifs privil&#233;gi&#233;s : ceux qui acc&#232;dent &#224; la reconnaissance et la notori&#233;t&#233; du fait de leurs talents dans le domaine de la culture. Dans l'espace allemand/germanophone, Moses Mendelssohn est leur mod&#232;le. Les &lt;i&gt;Hofjuden&lt;/i&gt; demeuraient s&#233;par&#233;s de la soci&#233;t&#233; allemande. Les Juifs privil&#233;gi&#233;s qui &#171; font exception par leur culture et leur &#233;ducation &#187; aspirent eux, d'embl&#233;e, dit Arendt, &#224; se faire reconna&#238;tre des non-Juifs et, par ce biais &#224; s'assimiler sans tenter pour autant d'effacer ou faire oublier leur &#171; origine &#187; juive. Heinrich Heine, &#224; la fois &#171; enti&#232;rement allemand &#187; et &#171; enti&#232;rement juif &#187; est l'un de leurs prototypes les plus glorieux. L'apparition de ce type juif suscite, parmi les &#233;lites allemandes cultiv&#233;es, une approche de la diff&#233;rence juive plac&#233;e sous le signe de la tol&#233;rance et de l'universalit&#233;. Arendt cite Herder, disant : &#171; Quel est celui qui, lisant les &#339;uvres philosophiques de Spinoza, Mendelssohn et Herz, attacherait la moindre importance au fait qu'elles aient &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es par des Juifs ? &#187; &#8211; ces &#339;uvres sont plac&#233;es en premier lieu sous le signe de l'appartenance au genre humain d'abord et non pas de telle cat&#233;gorie particuli&#232;re et ces Juifs qui se distinguent par leurs talents intellectuels sont avant tout des &#171; exemples d'humanit&#233; &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi ces Juifs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; par leur distinction intellectuelle et qui brillent dans les salons berlinois, plusieurs femmes dont certaines vont &#233;pouser des aristocrates allemands.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces Juifs promus par le biais de l'&#233;ducation et la culture, par leur participation &#224; la vie de la pens&#233;e tendent, en s'assimilant, &#224; proposer une alternative &#224; la vie juive traditionnelle &#8211; s&#233;par&#233;e, minoritaire, souvent menac&#233;e et surtout, g&#233;n&#233;ralement marqu&#233;e du sceau de la pauvret&#233;. C'est que dans ce tableau g&#233;n&#233;ral, dit Arendt, &#171; le peuple juif demeura une nation de parias &#187;, tout en continuant &#224; &#171; produire des parvenus &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais si les Juifs promus par la culture et auxquels se sont ouvertes, par ce biais, les portes de l'assimilation sont bien, &#224; ce titre m&#234;me, susceptibles de &#171; parvenir &#187;, ils ne sont pas des parvenus de la m&#234;me esp&#232;ce que les Juifs de Cour ou les Juifs enrichis dans le commerce ou les activit&#233;s financi&#232;res : ce n'est pas l'opulence qu'il recherchent, et celle-ci n'est pas le moyen de leur ascension sociale. Ils ne sont pas en qu&#234;te de privil&#232;ges mais de leur reconnaissance comme humains au m&#234;me titre que d'autres humains et membres &#224; part enti&#232;re de la communaut&#233; humaine. Au reste, ils privil&#233;gient la culture et non la politique comme moyen d' &#171; &#233;chapper au statut modeste de leur peuple &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certains, comme Heine, loin de chercher &#224; effacer les traces de leur appartenance au juda&#239;sme, cultivent au contraire ce que l'on pourrait appeler une po&#233;tique du paria, de sa marginalit&#233;, de sa non-appartenance aux groupes dominants, de son flottement dans le monde (acosmisme). Plus tard, au tournant du XIX&#232;me si&#232;cle, certains comme Bernard Lazare se feront les avocats d'un d&#233;placement de cette condition : le paria doit cesser de &#171; r&#234;ver &#187;, d'&#234;tre un &lt;i&gt;schlemihl&lt;/i&gt; (un &lt;i&gt;looser&lt;/i&gt; content de l'&#234;tre, en langue moderne) et se tourner vers le domaine politique pour entrer dans le r&#244;le du rebelle. On voit &#233;merger ici une figure cl&#233; de l'Histoire du XX&#232;me si&#232;cle &#8211; le r&#233;volutionnaire juif. L'ambition de Lazare est aussi de dresser le juif paria (devenu conscient de sa condition) contre le Juif parvenu en politisant son acosmisme et en d&#233;non&#231;ant les illusions assimilationnistes de ce dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fil rouge de l'analyse arendtienne est celui-ci : en d&#233;pit de toutes ces mutations, de la complication de la condition juive dans l'Europe moderne du fait de l'apparition de la polarisation entre parias et parvenus, en d&#233;pit des processus d'assimilation qui prennent corps d&#232;s le XIX&#232;me si&#232;cle, les Juifs demeurent, comme ensemble, un peuple paria. Le plus achev&#233; des parvenus continue, dit Arendt, de &#171; redouter en secret de redevenir un paria &#187;. Le paria aspire, lui, en g&#233;n&#233;ral, &#224; devenir un parvenu, mais bien peu nombreux sont les &#233;lus qui r&#233;alisent ce r&#234;ve. Les craintes des uns et les r&#234;ves des autres se placent sous le signe du paria et c'est, dit Arendt, ce qui fait qu'en d&#233;pit de tout ce qui les s&#233;pare, en termes de condition sociale, parias et parvenus &#171; se sentent unis &#224; juste titre &#187;. L'existence des &lt;i&gt;Ostjuden&lt;/i&gt;, masse juive pl&#233;b&#233;ienne &#233;tablie en Europe orientale ou vivant en Europe occidentale dans les condition d'une &#233;migration pr&#233;caire et menac&#233;e, renforce le trait d'une condition juive demeurant plac&#233;e essentiellement, envers et contre tout, sous le signe du paria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du nazisme, l'instauration du III&#232;me Reich, la conqu&#234;te de l'Europe par les arm&#233;es allemandes ont pr&#233;cipit&#233; les Juifs dans leur ensemble, quelle que soit leur puissance sociale, dans une condition de plus-que-parias puisque vou&#233;s non pas seulement &#224; la mise &#224; l'&#233;cart et aux discriminations mais &#224; l'extermination. Comme l'a soutenu Arendt dans un autre texte c&#233;l&#232;bre (&lt;i&gt;We Refugees&lt;/i&gt;), l'exp&#233;rience collective qu'ont faite ceux qui ont alors &#233;t&#233; priv&#233;s de leur nationalit&#233;, de l'ensemble des droits et assurances qui garantissaient leur appartenance &#224; une communaut&#233; (un Etat-nation), qui ont &#233;t&#233; contraints &#224; l'exil, sont devenus des apatrides et ont tout perdu ou, pire, ont &#233;t&#233; emport&#233;s par les exterminations nazies, cette &#233;preuve est celle d'une r&#233;duction de la vie qualifi&#233;e en vie nue &#8211; ceux qui la subissent perdent leur monde et sont r&#233;duits &#224; la condition de rescap&#233;s, de corps survivants. Elle est par excellence celle que connaissent les Juifs pris dans les mailles du filet de la pers&#233;cution nazie. &#171; Finalement, &#233;crit Arendt, le paria social et le parvenu social juifs sont tous deux politiquement hors la loi et exclus du monde &#187;, amalgam&#233;s, homog&#233;n&#233;is&#233;s par l'entreprise visant &#224; leur disparition comme &#171; esp&#232;ce &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette pers&#233;cution fait appara&#238;tre en pleine lumi&#232;re ce trait de la condition de paria : celle-ci n'est pas seulement al&#233;atoire et fragile, elle est ins&#233;parable aussi d'une perp&#233;tuelle exposition au risque de la mort &#8211; la mis&#232;re, la pers&#233;cution religieuse ou raciale, l'exil et ses risques, le pogrom... La pers&#233;cution des Juifs par l'appareil de terreur nazi, c'est en ce sens le paroxysme de la r&#233;duction des Juifs comme collectivit&#233; &#224; la condition de vie nue &#8211; la mort en masse administr&#233;e bureaucratiquement, mise en &#339;uvre sur un mode industriel. C'est aussi en ce sens le tombeau de l'assimilation dans la version qui a pris corps au sein des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes apr&#232;s la R&#233;volution fran&#231;aise et les guerres napol&#233;oniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement dans l'histoire des Juifs entendus comme ensemble (la d&#233;nomination la plus neutre possible s'impose ici, m&#234;me le mot &#171; peuple &#187; qu'emploie Arendt est litigieux) que la Shoah repr&#233;sente une coupure radicale et fait &#233;poque. C'est aussi, dans les rapports de l'entit&#233; humaine que d&#233;signe ce nom aux peuples, nations, Etats et aux institutions qui les r&#233;gissent, &#224; la culture occidentale m&#234;me que, dans l'Occident global, &lt;i&gt;tout change&lt;/i&gt;. Envisag&#233;e sous cet angle, la Shoah ne peut &#234;tre r&#233;duite &#224; la condition d'une catastrophe et d'un crime singulier, enferm&#233;s dans des lieux et des dates et, &#224; ce titre, &#233;chue, comme &#233;v&#233;nement du pass&#233;. La Shoah est un &#233;v&#233;nement sans terme, en ce sens que ses effets se poursuivent dans les temps ult&#233;rieurs et en d&#233;terminent de mani&#232;re d&#233;cisive certains des traits. En ce sens, elle n'est pas seulement pour ceux d'apr&#232;s un enjeu de m&#233;moire collective, mais surtout une question politique au pr&#233;sent &#8211; il nous revient constamment d'&#233;valuer en quoi et comment elle informe le pr&#233;sent et le mod&#232;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'un des effets durables et d&#233;terminants de la Shoah dans le monde occidental d'apr&#232;s-Auschwitz est qu'elle a donn&#233;, &#224; ceux qui s'identifient eux-m&#234;mes et son identifi&#233;s par les autres comme &#171; les Juifs &#187;, &lt;i&gt;droit de cit&#233;&lt;/i&gt; comme jamais dans ces soci&#233;t&#233;s auparavant. Pour l'agitateur d'Action fran&#231;aise, &#233;crivain et pamphl&#233;taire prolifique L&#233;on Daudet (fils de son p&#232;re &#8211; Alphonse) qui s&#233;vit de longues d&#233;cennies durant &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle et jusqu'&#224; la Seconde guerre mondiale, un Juif, quel qu'il soit, m&#234;me issu d'une vieille famille fran&#231;aise, distingu&#233; par sa position sociale, appartenant &#224; une brillante dynastie intellectuelle ou lib&#233;rale, demeure un &lt;i&gt;corps &#233;tranger&lt;/i&gt; &#224; la nation &#8211; ceci pour ne rien dire des Juifs ayant des racines en Allemagne ou, pire encore, de la pl&#232;be juive provenant d'Europe orientale ou bien encore des Juifs m&#233;diterran&#233;ens. Cette perception des Juifs en g&#233;n&#233;ral et, en particulier de la majorit&#233;, les Juifs pauvres et plus ou moins r&#233;cemment venus d'ailleurs comme porteurs d'une marque (g&#233;n&#233;ralement d&#233;pr&#233;ci&#233;e) de radicale alt&#233;rit&#233; est alors largement partag&#233;e, bien au-del&#224; des milieux acquis aux diff&#233;rentes droites fran&#231;aises (royalistes, chr&#233;tiens traditionnalistes, fascistes...).&lt;br class='autobr' /&gt; Dans le monde d'apr&#232;s Auschwitz, cette perception des Juifs comme corps &#233;tranger aux soci&#233;t&#233;s et aux nations occidentales ne dispara&#238;t pas d'un coup, mais elle voit son autorit&#233; s'affaiblir jusqu'&#224; devenir r&#233;siduelle et, surtout, objet de r&#233;probation &#8211; &#171; incorrecte &#187;. En ce sens, la Shoah tourne la page de cette histoire imm&#233;moriale o&#249; &#224; une infime minorit&#233; de Juifs &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; s'opposait la masse des Juifs consid&#233;r&#233;s comme population &#224; part, priv&#233;s de droits notamment politiques et civiques et plus ou moins victimes de discriminations actives. Leur int&#233;gration passe par leur &#171; nationalisation &#187; &#233;gale &#224; leur acc&#232;s &#224; une citoyennet&#233; pleine et enti&#232;re &#8211; enjeu particuli&#232;rement sensible pour ceux qui sont issus d'une immigration plus ou moins r&#233;cente et dont le statut g&#233;n&#233;rique est, apr&#232;s la Seconde guerre mondiale, celui de rescap&#233;s de la Shoah. Ce processus d'inclusion est par d&#233;finition ambigu dans la mesure o&#249; il rend la citoyennet&#233; (la reconnaissance de la pleine et enti&#232;re condition citoyenne pour les Juifs, tous les Juifs, m&#234;me ceux qui portent des noms &#171; compliqu&#233;s &#187;) indissociable de la nationalit&#233;. Du coup, en effet, si un Juif dispose, en France, des droits civiques et politiques &#224; l'&#233;gal de tous les autres &lt;i&gt;en tant qu'il est fran&#231;ais comme eux&lt;/i&gt;, quelles que soient ses origines et sa condition, son rapport &#224; la tradition &#8211; alors la notion m&#234;me d'un &lt;i&gt;peuple juif&lt;/i&gt; tend &#224; devenir floue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le monde occidental, la p&#233;remption de la r&#233;partition traditionnelle des Juifs entre une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (ce qui ne veut pas dire qu'elle jouit de droits politiques et civiques, ce n'est pas le cas pour les Juifs de Cour) et une majorit&#233; plac&#233;e &#224; la marge et discrimin&#233;e devient effective aux conditions de l'Etat-nation &#8211; les peuples sont des peuples nationaux et, si un Juif fran&#231;ais est d&#233;sormais fond&#233; &#224; se percevoir comme un &#171; Fran&#231;ais comme un autre &#187;, alors sa condition juive comme condition d'appartenance &#224; &lt;i&gt;un autre peuple&lt;/i&gt; devient litigieuse. Il ne peut &#234;tre en bonne logique qu'un Juif &#224; titre individuel, &#224; moins de n'entendre la notion de peuple que dans un sens vague, ce qui entre en conflit avec ce qui s'est impos&#233; avec force dans l'histoire occidentale moderne &#8211; la figure du peuple comme peuple &lt;i&gt;national&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce sens, d'ailleurs, le sionisme diasporique pratiqu&#233; assid&#251;ment par la majorit&#233; des Juifs de France repose sur une incons&#233;quence majeure, une adaptation opportuniste aux conditions du temps &#8211; le r&#233;alisme de l'assimilation combin&#233; avec la garantie illusoire que constituerait l'existence d'un Etat juif dont le propre serait d'&#234;tre le &lt;i&gt;dernier des clones&lt;/i&gt; des Etats-nations &#224; l'europ&#233;enne ou &#224; l'am&#233;ricaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce double jeu entre une assimilation qui inclut, en tout premier lieu, la pleine &#233;galit&#233; de droits politiques et civiques entre Juifs et non-Juifs (ce qui est loin d'&#234;tre acquis pour les post-coloniaux aussi obstin&#233;ment racis&#233;s que les Juifs ont &#233;t&#233;, eux, &#171; d&#233;racis&#233;s &#187;) et le soutien de principe sans faille apport&#233; &#224; l'Etat d'Isra&#235;l est au c&#339;ur de la guerre des mots autour de l' &#171; empathie &#187; (ou de son absence) qui a fait rage apr&#232;s l'op&#233;ration du 7 octobre. On a bien vu alors l'avantageuse combinaison &#224; tous les coups gagnante sur laquelle repose ce dispositif de double appartenance : celle qui permet d'exiger des non-Juifs une solidarit&#233; sans faille avec l'Etat d'Isra&#235;l et &#171; les Juifs &#187; quand ceux-ci sont r&#233;put&#233;s en danger, ceci sans que d'aucune fa&#231;on les seconds puissent &#234;tre tenus comptables des exactions bien r&#233;elles commises par le premier, en particulier quand celles-ci d&#233;passent la cote d'alerte... Et c'est &#224; l'occasion de cette guerre fielleuse, satur&#233;e de ressentiment, surpeupl&#233;e de non-dits, que se d&#233;voile en pleine lumi&#232;re l'ampleur des changements intervenus dans la situation des Juifs, comme ensemble suppos&#233;, dans leurs rapports aux composantes majoritaires des soci&#233;t&#233;s occidentales, aux institutions qui les structurent et les gouvernent, aux populations qui y vivent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un des textes qui composent &lt;i&gt;La tradition cach&#233;e&lt;/i&gt;, consacr&#233; &#224; Charlie Chaplin, assimil&#233; ici d'autorit&#233; &#224; la condition juive, Arendt &#233;voque la peur de la police, figure si r&#233;currente dans les films dont Charlot est le personnage principal, et y d&#233;tecte un motif juif ancestral &#8211; Le Juif, par d&#233;finition, comme paria, comme marginal, comme suspect, comme &#233;tranger (etc.), craint la police d'instinct, la fuit comme la peste, invente ruses et subterfuges pour &#233;chapper &#224; ses prises &#8211; contr&#244;le, coups, arrestation...&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait ici trouver meilleur marqueur du changement d'&#233;poque &#8211; aujourd'hui, en France et dans tout le monde occidental, la police surveille et prot&#232;ge synagogues et &#233;coles juives, veille &#224; la s&#233;curit&#233; de toute personnalit&#233; consid&#233;r&#233;e comme faisant l'objet de commentaires ou menaces antis&#233;mites, et le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur tient un d&#233;compte scrupuleux des &#171; actes antis&#233;mites &#187;, notion &#224; g&#233;om&#233;trie variable, ce qui donne lieu &#224; d'impressionnantes statistiques davantage inspir&#233;es par le &#171; ressenti &#187; ou l'all&#233;gu&#233;, sans parler d'inavouables calculs et arri&#232;re-pens&#233;es, que fond&#233;es sur des faits attest&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, comme l'a soulign&#233; Houria Bouteldja dans &lt;i&gt;Les Blancs, les Juifs et nous&lt;/i&gt;, les Juifs, comme production discursive et construction politique autant que comme groupe humain ou, moins encore, communaut&#233; &#224; proprement parler, font d&#233;sormais, sous nos latitudes, l'objet d'une attention particuli&#232;re de la part de l'Etat, au point d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s par d'autres groupes, tout diff&#233;remment &#233;pingl&#233;s (les post-coloniaux racis&#233;s), comme les enfants ch&#233;ris de la R&#233;publique ; des enfants ch&#233;ris qui, comme c'est souvent le cas, seraient port&#233;s &#224; se conduire en prot&#233;g&#233;s plus &#233;gaux que les autres, en enfants g&#226;t&#233;s &#8211; une notion qui trouve des &#233;chos distincts dans la plainte tant exorbitante que pr&#233;ventive que l'on a entendu monter, avec l'appui plus que complaisant des m&#233;dias, apr&#232;s le 7 octobre : le syndrome d'&lt;i&gt;Exodus&lt;/i&gt;, les Juifs abandonn&#233;s en pleine mer, au c&#339;ur de l'&#233;preuve &#8211; la suite n'a pas tard&#233; &#224; montrer &#224; quel point ce sc&#233;nario apocalyptique reposait sur une construction imaginaire, tandis que le r&#233;el, lui, s'imposait &#8211; non pas un tsunami antis&#233;mite d&#233;ferlant dans les m&#233;tropoles occidentales, mais bien la destruction de Gaza par l'Arm&#233;e isra&#233;lienne, le massacre r&#233;gl&#233; des innocents, destin&#233; &#224; vider la Bande de Gaza de ses habitants et &#224; y relancer la colonisation juive.&lt;br class='autobr' /&gt;
La crise qui s'est ouverte le 7 octobre a &#233;t&#233; l'occasion pour les gouvernements occidentaux et les grands chefs blancs, non seulement de r&#233;affirmer leur totale osmose (davantage que solidarit&#233;) avec l'Etat d'Isra&#235;l, mais aussi le statut de Blancs d'honneur qui est d&#233;sormais celui des Juifs dans les d&#233;mocraties du Nord global. Que les Juifs r&#233;els, pour une partie variable d'entre eux, n'en demandent pas tant, c'est une autre affaire &#8211; ce pli est d&#233;sormais tant solide que constant et il trouve ses effets dans toutes les sph&#232;res de pouvoir, ce qui, &#224; son tour, nourrit le ressentiment de tous ceux qui s'&#233;tonnent de ce que les contr&#244;les au faci&#232;s aient plut&#244;t tendance &#224; &#233;pargner les porteurs de kippas.&lt;br class='autobr' /&gt;
La fable est ici assez orwellienne : &#224; force d'&#234;tre (enfin) reconnus comme des &#233;gaux dans le monde d&#233;mocratique d'apr&#232;s-Auschwitz (et, on ne le soulignera jamais assez, au prix exorbitant d'Auschwitz), les Juifs seraient, dans ces d&#233;mocraties, devenus plus &#233;gaux que les autres, distingu&#233;s comme prot&#233;g&#233;s de l'Etat et, du coup, dot&#233;s de pr&#233;rogatives sp&#233;ciales et de privil&#232;ges &#8211; la religion juive et ses institutions sont, en France, autant honor&#233;es et prot&#233;g&#233;es (voir l'&#233;pisode de &lt;i&gt;Hanouka&lt;/i&gt; &#224; l'Elys&#233;e) que la religion musulmane est trait&#233;es en suspecte et ses imams d&#233;cri&#233;s. Au bout du bout de l'&#233;galisation par le biais de l'assimilation et l'int&#233;gration mais, facteur d&#233;cisif, de la reconnaissance d'une dette suppos&#233;e contract&#233;e &#224; l'endroit des Juifs et dont Auschwitz serait le nom, reviendrait la figure traditionnelle fond&#233;e sur l'opposition entre Juifs privil&#233;gi&#233;s (l'archi-minorit&#233;) et Juifs parias (l'immense majorit&#233;). Simplement, cette figure s'est d&#233;plac&#233;e et reterritorialis&#233;e. D&#233;sormais, ce seraient &#171; les Juifs &#187;, &lt;i&gt;in toto&lt;/i&gt;, comme cat&#233;gorie all&#233;gu&#233;e, enjeu de discours et de repr&#233;sentation, qui seraient les &lt;i&gt;Juifs de Cour de la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#8211; qu'ils le veuillent ou non. Et, r&#233;ciproquement, ce qui tiendrait lieu de masse pl&#233;b&#233;ienne (les parias) juive d'hier, mal consid&#233;r&#233;e et maltrait&#233;e, discrimin&#233;e &#224; tous les niveaux, les nouveaux parias, les nouveaux m&#233;t&#232;ques, affubl&#233;s de noms de code diff&#233;rents mais &#233;quivalents dans leur fonction p&#233;jorative et forclusive, ceux qui se trouveraient d&#233;sormais &#171; &#224; la place &#187; de la pl&#232;be juive d'hier, les &lt;i&gt;Ostjuden&lt;/i&gt; ou les Juifs-arabes du Maghreb et du Machrek, &lt;i&gt;ce seraient les post-coloniaux racis&#233;s&lt;/i&gt;, rebeux, renois des &#171; quartiers &#187; et autres. Ce qui, soit dit en passant, montre que les formes du partage et de l'exclusion (inclusive ou non) ont, dans nos soci&#233;t&#233;s, la vie infiniment plus dure que les contenus &#8211; les m&#233;t&#232;ques d'hier, ceux de Daudet et Drumont, sont ais&#233;ment substituables &#8211; on aurait m&#234;me l'embarras du choix. Ce qui, selon toute apparence, ne l'est pas, et moins que jamais aujourd'hui, en d&#233;mocratie lib&#233;rale virant au marron fonc&#233;, c'est la fabrique de l'exclusion, la passion du rejet. La preuve : les Drumont et les Daudet d'aujourd'hui y tiennent le haut du pav&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s le 7 octobre, la plainte lancinante notamment mise en circulation par des &lt;i&gt;parvenus&lt;/i&gt; notoires (pour reprendre la typologie arendtienne) s'autorisant &#224; parler au nom des Juifs en g&#233;n&#233;ral, d&#233;plorant le manque d'empathie dont auraient fait preuve de la part de la majorit&#233; non-juive les victimes de l'attaque du Hamas et, avec celles-ci, les Juifs comme communaut&#233; suppos&#233;e, cette plainte transportait, dans son double fond, le motif de la dette : n'oubliez pas, vous, les non-Juifs, que vous &#234;tes endett&#233;s &#224; notre &#233;gard. Qu'&#224; ce titre, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons droit &#224; des &#233;gards particuliers et que c'est pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s le 7 octobre que ceux-ci auraient d&#251; se manifester, avec toute l'emphase n&#233;cessaire en vue de se tenir &#224; la hauteur de l'outrage que nous avons subi &#224; cette occasion. Or, il n'en a rien &#233;t&#233;, ce qui non seulement nous a bless&#233;s mais montre que vous vous montrez oublieux de la dette, grandement coupables &#224; ce titre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, si l'on veut bien revenir &#224; Arendt, la question peut se poser dans des termes sensiblement diff&#233;rents : &#224; quel titre les &lt;i&gt;parvenus&lt;/i&gt; et prot&#233;g&#233;s de la R&#233;publique, les compagnons de route de l'Etat d'Isra&#235;l d&#233;tenteurs de solides positions dans les d&#233;mocraties occidentales, sont-ils qualifi&#233;s pour parler au nom des victimes (des &lt;i&gt;parias&lt;/i&gt;, des Juifs pauvres et discrimin&#233;s du Yiddishland, dans leur immense majorit&#233;), et pour demander des comptes aux &#171; autres &#187;, &#224; propos de ladite dette ? Ce que la plainte des parvenus tente ici de rendre illisible est distinct : avec la meilleure volont&#233; du monde, les opinions d&#233;mocratiques et lib&#233;rales du Nord global ont de plus en plus de mal &#224; voir les dirigeants de l'Etat d'Isra&#235;l et leur s&#233;quelle diasporique dans le r&#244;le d'ex&#233;cuteurs testamentaires des victimes de la Shoah. Les gens de toutes conditions et aucunement pr&#233;venus contre &#171; les Juifs &#187; ont beau chercher, ils ne voient pas bien comment la perp&#233;tuelle spoliation des Palestiniens, le supr&#233;macisme d&#233;complex&#233; des dirigeants et d'une forte partie de la population isra&#233;lienne, les massacres &#224; r&#233;p&#233;tition, &#224; Gaza et en Cisjordanie pourraient &lt;i&gt;encha&#238;ner sur Auschwitz&lt;/i&gt;. Comment Auschwitz pourrait constituer une r&#233;serve de l&#233;gitimit&#233; pour cette criminalit&#233; d'Etat telle qu'elle persiste et signe, obstin&#233;ment, depuis des d&#233;cennies. C'est sur cette question de plus en plus difficile &#224; &#233;luder que le lamento du jour sur l'insensibilit&#233; all&#233;gu&#233;e des opinions occidentales vise &#224; jeter le voile. Plus l'impunit&#233; criminelle de l'Etat d'Isra&#235;l prosp&#232;re avec la complicit&#233; des puissances occidentales et de leurs alli&#233;s, et plus l'&lt;i&gt;imposture&lt;/i&gt; de la capture de l'h&#233;ritage d'Auschwitz par les potentats du sionisme conqu&#233;rant et les dignitaires du monde des parvenus diasporiques saute aux yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre &#8211; les crimes d'Etat &#224; gogo et la sympathie du monde en sus. C'est trop demander. L'impunit&#233; perp&#233;tuelle des dirigeants de l'Etat d'Isra&#235;l est d&#233;j&#224;, en elle-m&#234;me, une plaie purulente et une marque d'infamie (&lt;i&gt;a stain&lt;/i&gt;) sur le corps du monde d'aujourd'hui. On ne peut pas, en plus, exiger de se voir entour&#233; de toutes les attentions et soins dus aux victimes... Ce serait assur&#233;ment trop exiger de ces gens-l&#224; et de leur supporteurs en diaspora qu'ils se voient, f&#251;t-ce, un instant, par les yeux de ceux qui ont fini dans les camps d'extermination ou sous les balles des &lt;i&gt;Einsatzkommandos&lt;/i&gt; &#8211; mais que, du moins, ils se retiennent d'exiger (et sur quel ton !) notre sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18- S'en remettre &#224; la &#171; communaut&#233; internationale &#187; (troisi&#232;me LOL) pour r&#233;gler le &#171; probl&#232;me &#187; en Palestine-Isra&#235;l, c'est comme demander l'asile politique &#224; Monaco &#8211; on peut toujours, mais c'est couru d'avance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Peuple &#8211; race &#8211; sup&#233;rieur-e (&lt;i&gt;Nde&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Douteusement traduit dans l'&#233;dition fran&#231;aise sous le titre &#171; Les Juifs d'exception &#187; - in : &lt;i&gt;La tradition cach&#233;e &#8211; le Juif comme paria&lt;/i&gt;, Chrisitian Bourgois, 1987, traduit de l'allemand et de l'anglais par Sylvie Courtine-Denamy.&lt;/p&gt;
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