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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Genug ist genug ! - ! &#1502;&#1505;&#1508;&#1497;&#1511; &#1494;&#1492; &#1502;&#1505;&#1508;&#1497;&#1511; </title>
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		<dc:creator>Jean-Philippe Sendgraf</dc:creator>



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&lt;p&gt;La pire des choses qui puisse arriver &#224; un peuple, c'est de s'attirer l'inimiti&#233; (l'hostilit&#233;, l'antipathie...), voire le m&#233;pris des autres peuples, en contribuant tant durablement que variablement &#224; ce que son nom soit associ&#233; aux crimes et m&#233;faits d'un Etat criminel. Il est plus que temps de changer les termes de la conversation &#224; ce sujet, &#224; l'&#233;preuve d'une certaine actualit&#233;. On ne s'est jamais &#233;tonn&#233; outre mesure de ce qu'au sortir de la guerre d'ind&#233;pendance des Alg&#233;riens, &#224; l'occasion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=55" rel="directory"&gt;Actualit&#233;&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La pire des choses qui puisse arriver &#224; un peuple, c'est de s'attirer l'inimiti&#233; (l'hostilit&#233;, l'antipathie...), voire le m&#233;pris des autres peuples, en contribuant tant durablement que variablement &#224; ce que son nom soit associ&#233; aux crimes et m&#233;faits d'un Etat criminel. Il est plus que temps de changer les termes de la conversation &#224; ce sujet, &#224; l'&#233;preuve d'une certaine actualit&#233;. On ne s'est jamais &#233;tonn&#233; outre mesure de ce qu'au sortir de la guerre d'ind&#233;pendance des Alg&#233;riens, &#224; l'occasion de laquelle l'Etat colonial donna toute la mesure de sa violence massacrante, les Alg&#233;riens, en g&#233;n&#233;ral, n'aient &lt;i&gt;pas beaucoup aim&#233;&lt;/i&gt; la France et les Fran&#231;ais, en g&#233;n&#233;ral, pour cette raison m&#234;me. Cette hostilit&#233;, c'est bien le moins qu'ils leur devaient... Pour ne rien dire, bien s&#251;r, de la fa&#231;on dont les Allemands, comme peuple et nation, &#233;taient per&#231;us par les peuples d'Europe (et un peu au-del&#224;) au sortir de la Seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ceux.celles qui vivent en bonne entente et en collusion, &lt;i&gt;en d&#233;pit de tout&lt;/i&gt;, avec l'Etat criminel, sont inexpugnablement &#233;tablis dans le confort des pr&#233;dictions auto-r&#233;alisatrices : &#171; vous voyez bien, quoi que nous fassions, &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; trouvent toujours des raisons de nous ha&#239;r ! &lt;i&gt;Quoi que vous fassiez&lt;/i&gt;, vraiment ? Vous &#234;tes s&#251;rs ? Et si on faisait un petit effort de, comment dire..., &lt;i&gt;contextualisation&lt;/i&gt; ? Le &lt;i&gt;r&#233;el&lt;/i&gt;, &#231;a n'existe pas un peu, quand m&#234;me, les dizaines de milliers de morts, femmes et enfants en majorit&#233; &#8211; ou bien n'est-ce vraiment qu'une &lt;i&gt;histoire&lt;/i&gt; (ein &lt;i&gt;Greulm&#228;rchen&lt;/i&gt;, disaient les nazis) que racontent les malintentionn&#233;s ? La rancune, l'antipathie (le contraire de la sympathie ou de l'empathie) des gens, &#231;a se &#171; m&#233;rite &#187; un peu, quand m&#234;me, non ? &lt;i&gt;L'&#233;preuve des faits&lt;/i&gt;, &#231;a existe un peu, non...?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'a rien fait, &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt; ! Oui, justement, parce que ce qui ne va pas, c'est ce qui se commet &lt;i&gt;en votre nom&lt;/i&gt;, qui porte votre nom, qui vous embarque... et qui, comment dire, ne semble rien vous inspirer, en particulier... Les autorit&#233;s, morales et autres (&#171; communautaires &#187;, comme on dit) qui s'autorisent &#224; parler en votre nom n'en sont plus &#224; exiger que nous fassions bloc derri&#232;re l'Etat criminel qui se dit le v&#244;tre ; elles ont adopt&#233; une autre posture qui nous laisse tout aussi pantois : elles nous somment de manifester notre empathie &#224; l'endroit d'une communaut&#233;-victime parfaitement imaginaire dans le temps m&#234;me o&#249;, au nom de cette communaut&#233;, sont perp&#233;tr&#233;s les pires crimes d'extermination contre un peuple colonis&#233;. Elles font plus que laisser entendre que, si nous ne manifestons pas activement, explicitement et profus&#233;ment cette sympathie, alors, c'est que nous sommes d&#233;lib&#233;r&#233;ment hostiles &#224; la communaut&#233; victime imaginaire. Si vous n'&#234;tes pas philo-, alors c'est que vous &#234;tes anti-... &#8211; la ficelle n'est-elle pas un peu grosse ? En temps habituel, la chose la mieux partag&#233;e, et sans doute la plus souhaitable, dans les relations entre peuples et nations, c'est sans doute &lt;i&gt;l'indiff&#233;rence&lt;/i&gt; &#8211; les Portugais, les Bangladais et les N&#233;o-Z&#233;landais, &lt;i&gt;en tant que tels&lt;/i&gt;, je ne suis ni pour ni contre, toute autre expression du &#171; pour &#187; ou du &#171; contre &#187; serait absurde. Mais ici, il s'agit d'autre chose : de la fa&#231;on dont un groupe humain, que l'on va d&#233;signer plus ou moins par convention comme &#171; peuple &#187;, est &lt;i&gt;arraisonn&#233;&lt;/i&gt; par un &#233;v&#233;nement, et de la mani&#232;re dont il r&#233;agit &#224; cet arraisonnement. On a suffisamment mis en lumi&#232;re et non sans raison, la fa&#231;on dont &#171; les Fran&#231;ais &#187;, en tant que collectivit&#233; humaine et &#224; l'exception de quelques Justes, s'&#233;taient d&#233;tourn&#233;s du malheur des Juifs fran&#231;ais ou vivant en France pendant la Seconde guerre mondiale, voire avaient (pour ce qui est de la police et l'administration, notamment), activement contribu&#233; &#224; ce malheur. Ce n'est pas seulement que le camp de Drancy se situe en France, &#224; proximit&#233; de la capitale ; c'est bien aussi que, d'une certaine fa&#231;on, tout &#224; fait tangible, c'est au nom du peuple fran&#231;ais que la police parisienne a conduit la rafle du Vel' d'Hiv. D&#232;s lors que prend forme ce genre de configuration, la &#171; communaut&#233; &#187; arraisonn&#233;e ne peut pas r&#233;clamer le droit &#224; l'indiff&#233;rence, se d&#233;clarer non concern&#233;e par l'&#233;v&#233;nement en question, s'en exon&#233;rer &#8211; elle est embarqu&#233;e de force. C'est ce dont prend acte, le tournant tant historiographique que m&#233;moriel qui se produit en France &#224; propos de l'abandon des Juifs. Avec toutes les ambigu&#239;t&#233;s de la chose, d'ailleurs : l'apr&#232;s-coup d&#233;sol&#233; et repentant, ce n'est pas seulement le retour au r&#233;el ou sa reconnaissance, c'est aussi une posture morale qui pr&#233;sente des avantages certains, une posture de pr&#234;tre, dirait Nietzsche &#8211; &lt;i&gt;but this is another story&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, toutes choses &#233;gales par ailleurs, les Palestiniens font aujourd'hui l'objet d'un abandon qui r&#233;percute distinctement l'&#233;cho de celui dont les Juifs ont fait l'objet en France (et ailleurs aussi, bien s&#251;r) pendant la Seconde guerre mondiale. Et cet abandon est aussi bien le fait de ceux dont se r&#233;clame et s'autorise l'Etat qui les pers&#233;cute et les extermine que, plus g&#233;n&#233;ralement, des populations de cet Occident blanc qui constitue le grand arri&#232;re de l'Etat colonial qui a li&#233; son destin &#224; la disparition des Palestiniens comme peuple. Ce qui est insupportable, c'est ce Munich global et permanent qui accompagne la liquidation en cours de la &#171; question &#187; palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;dictions auto-r&#233;alisatrices, c'est le confort total du serpent qui se mord la queue et qui, repli&#233; sur lui-m&#234;me, peut fermer les yeux sur le pr&#233;sent &#8211; &lt;i&gt;de toute fa&#231;on&lt;/i&gt;... &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; ne nous aiment pas, de toute &#233;ternit&#233;... Ah bon, mais les choses peuvent changer, quand m&#234;me, varier, avec les circonstances, voyez les Allemands, c'est l'idylle, maintenant, &lt;i&gt;ils&lt;/i&gt; vous adorent et &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; les aimez bien aussi, depuis qu'ils vous g&#226;tent, ne vous refusent rien, vous admirent et surtout, arment et soutiennent sans d&#233;faillance l'Etat &lt;i&gt;rogue&lt;/i&gt; qui usurpe votre nom, qui se pare de vos traditions, qui a scandaleusement capt&#233; le souvenir des morts et des outrag&#233;s... Et donc les rancunes, les antipathies, les aversions, les m&#233;fiances d'aujourd'hui, elles ne sont peut-&#234;tre pas tout &#224; fait sans rapport avec ce qui se &lt;i&gt;commet&lt;/i&gt; aujourd'hui, sous vos yeux, sous les n&#244;tres, et emprunte votre nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, ici, c'est le glissement du &#171; ne pas aimer &#187; qui peut &#234;tre purement passif ou pure marque d'une absence, d'un vide, d'un non-probl&#232;me &#8211; apr&#232;s tout, &#171; on &#187; ne s'inqui&#232;te pas tous les jours de savoir si &#171; nous &#187; aimons les Nig&#233;rians ou les Indon&#233;siens &#8211; &#224; l'actif &#8211; le &#171; vous ne nous aimez pas &#187; comme manifestation active de l'aversion ou de l'hostilit&#233;. Ce qui, inversement, signale une sorte de prescription, d'injonction : faudrait &lt;i&gt;s'activer&lt;/i&gt; &#224; montrer que &lt;i&gt;vous nous aimez&lt;/i&gt;, dites-vous &#8211; parce que si vous ne le faites pas, r&#233;guli&#232;rement, rituellement, cela administrera la preuve, flagrante, qu'&#224; coup s&#251;r, vous ne nous aimez pas, activement, c'est-&#224;-dire que &lt;i&gt;vous en avez apr&#232;s nous&lt;/i&gt;, que vous nous d&#233;testez d'autant plus constamment et ardemment que vous le faites discr&#232;tement, secr&#232;tement, sournoisement, etc. Le non-amour manifeste comme haine tenace, imm&#233;moriale... Ce qui, du coup, vous autoriserait &#224; nous &lt;i&gt;traiter&lt;/i&gt; de ce que chacun sait, l'imputation, l'incrimination la plus infamante qui soir et qui, aujourd'hui, se trouve si lib&#233;ralement distribu&#233;e, comme des petits pains... &lt;br class='autobr' /&gt;
Bon, rien &#224; r&#233;torquer &#224; &#231;a, qui a toute l'apparence d'une construction fantasmatique, d'une fantasmagorie et qui, par d&#233;finition, comme tout d&#233;lire, est irr&#233;futable. Si ce n'est que : sur le fond, nous n'avons pas plus de raisons de vous aimer ou vous d&#233;tester que les Indon&#233;siens ou les Nig&#233;rians &#8211; nous avons toutes sortes d'autres soucis, d'autres mati&#232;res &#224; investissements, affectifs et autres, dans la vie, essayez d'imaginer un peu que vous n'&#234;tes pas le centre du monde, plut&#244;t une goutte d'eau dans l'oc&#233;an des peuples... leur diversit&#233;, leur multitude... &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, ce qui nous int&#233;resse vraiment, c'est le pr&#233;sent : ce qui se passe sous nos yeux et donc les v&#244;tres, &lt;i&gt;ce qui arrive&lt;/i&gt; et qui nous arrive, et qui fait quoi et au nom de quoi et qui, &#224; ce titre, est susceptible de &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; interpeller et &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; embarquer, tout particuli&#232;rement pour de tr&#232;s &#233;videntes et massives raisons... Et c'est l&#224; que l'on retrouve la question de l'amour et que &lt;i&gt;vous&lt;/i&gt; vous attirez ce cri du c&#339;ur : et parce qu'en plus, toutes vos obscures connivences avec l'Etat voyou et ethnocratique &#233;tant ce qu'elles sont, vous voudriez &lt;i&gt;qu'on vous aime&lt;/i&gt; ! Ne pourriez-vous pas vous contenter d'un peu de, disons, &lt;i&gt;froideur temp&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; ? R&#233;serve, retenue, guid&#233;es par notre immense esprit de responsabilit&#233;, notre l&#233;gendaire prudence ? L&#224;, n'est-ce pas un peu trop demander ? Tirer un peu trop sur la corde de l'in&#233;puisable r&#233;serve victimaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas le dire ? Ceux qui ne font pas entendre &#224; haute et intelligible voix l'horreur que leur inspire ce qui se commet en leur nom, dans les circonstances pr&#233;sentes, et quels qu'ils soient, &lt;i&gt;nous ne sommes pas plus port&#233;s que &#231;a &#224; les aimer&lt;/i&gt; &#8211; ce qui, inversement, a pour cons&#233;quence que la minorit&#233; infime de ceux qui s'en dissocient ouvertement, nous les estimons et ch&#233;rissons d'autant plus (ce qui montre d'ailleurs, soit dit en passant, que &lt;i&gt;la langue des esp&#232;ces&lt;/i&gt; n'a jamais &#233;t&#233; la n&#244;tre &#8211; contrairement &#224; ceux qui traitent ceux qui leur r&#233;sistent d'animaux). &lt;i&gt;Ne pas aimer plus que &#231;a&lt;/i&gt;, ce n'est pas un crime, c'est une disposition comme une autre, fort diff&#233;rente de la d&#233;testation ou la haine active et toxique, celle qui porte au passage &#224; l'acte, celle qui d&#233;bouche sur les chasses &#224; l'homme et les pers&#233;cutions violentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui d&#233;signe en propre l'esp&#232;ce blanche, dont ceux qui s'activent aujourd'hui en vue de la &lt;i&gt;liquidation&lt;/i&gt; du &#171; probl&#232;me &#187; palestinien sont devenus la &lt;i&gt;Formule 1&lt;/i&gt;, si l'on peut dire, et pas pour le meilleur, c'est ce que l'on pourrait appeler l'innocence sublime, l'innocence native entendue comme le sentiment le mieux partag&#233;, face &#224; ce qui, dans l'horizon de la criminalit&#233; historique, de la criminalit&#233; d'Etat, se commet en votre nom. Appelons &#231;a le paradigme de Tokyo Joe. &lt;i&gt;Tokyo Joe&lt;/i&gt; est un m&#233;diocre film noir hollywoodien r&#233;alis&#233; par un t&#226;cheron nomm&#233; Stuart Heisler, sorti en 1949, et qui serait depuis longtemps oubli&#233; si Humphrey Bogart n'y interpr&#233;tait pas le r&#244;le principal (on peut le voir sur Youtube). Joe Barrett est un Am&#233;ricain, ancien patron de cabaret install&#233; &#224; Tokyo et dont les brillantes affaires ont &#233;t&#233; brutalement interrompues par le d&#233;clenchement des hostilit&#233;s entre le Japon et les Etats-Unis. Rentr&#233; pr&#233;cipitamment au pays apr&#232;s Pearl Harbor, il s'engage dans l'US Air Force et finit la guerre avec le rang de colonel, ayant particip&#233; sans &#233;tats d'&#226;me &#224; l'an&#233;antissement de dizaines de villes japonaises. Revenu &#224; la vie civile, il ne peut oublier la jeune femme &#224; laquelle il &#233;tait passionn&#233;ment attach&#233;, la blonde chanteuse du cabaret dont il a perdu la trace pendant la guerre &#8211; elle serait, selon certaines rumeurs, morte dans un camp de concentration japonais. Le voici donc de retour &#224; Tokyo, encore sous occupation am&#233;ricaine &#8211; il veut savoir si son grand amour perdu a surv&#233;cu &#224; la guerre ou pas. A peine d&#233;barqu&#233;, il se rend dans son cabaret, d&#233;sormais aux mains de son ancien associ&#233; japonais et dont les Gi's sont exclus. La sc&#232;ne de la rencontre entre les deux anciens associ&#233;s est le seul &lt;i&gt;vrai&lt;/i&gt; moment du film &#8211; mais elle vaut son pesant d'or : Barrett se pr&#233;cipite sur son vieil ami, pr&#234;t &#224; le prendre dans ses bras, &#224; c&#233;l&#233;brer leurs retrouvailles &#8211; et il ne comprend pas le mouvement de recul de l'autre, sugg&#233;rant que &#171; quelque chose &#187; s'est pass&#233;, qui les a irr&#233;parablement &#233;loign&#233;s l'un de l'autre. Il est choqu&#233;, bless&#233;, le pauvre, sentimental comme il est... Quelque chose qui, plus tard, dans le film, sera nomm&#233;ment d&#233;sign&#233; &#8211; la guerre a&#233;rienne, la destruction des villes japonaises, sans distinction entre objectifs civils et militaires, ce quelque chose dont il n'est pas m&#234;me besoin de pr&#233;ciser que Hiroshima et Nagasaki constituent l'acm&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc, l&#224; o&#249; l'ancien &lt;i&gt;best buddy&lt;/i&gt; japonais &#233;prouve, lui, que plus rien ne sera comme avant, que toute fraternisation entre un Japonais et un Am&#233;ricain est devenue un mensonge, que les cadavres des centaines de milliers de civils tu&#233;s lors de ces bombardements en tapis dressent entre eux une barri&#232;re infranchissable, Barrett, lui, ne voit pas &lt;i&gt;o&#249; est le probl&#232;me&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;let bygones be bygones&lt;/i&gt;... &lt;br class='autobr' /&gt;
Et comme c'est lui le ma&#238;tre et le vainqueur, il ne tarde pas &#224; prendre l'ascendant sur son ancien associ&#233;, &#224; lui extorquer une r&#233;conciliation b&#226;cl&#233;e, fond&#233;e, tout simplement, sur le d&#233;ni du tort inflig&#233; et subi, sur l'oubli extorqu&#233; des crimes d'Etat dont Barrett a &#233;t&#233; un agent actif et &lt;i&gt;nullement repentant&lt;/i&gt; &#8211; une sc&#232;ne du film l'expose cr&#251;ment. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui encore, une tr&#232;s grande majorit&#233; de la population des Etats-Unis ne voit pas &#171; o&#249; est le probl&#232;me &#187; &#224; propos d'Hiroshima et Nagasaki et se presse avec entrain aux expositions o&#249; sont fi&#232;rement exhib&#233;es toutes sortes de reliques de ces actions d'&#233;clat.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est cela donc, &lt;i&gt;in a nutshell&lt;/i&gt;, que l'on peut appeler l'innocence sublime ou native de l'homme blanc face aux crimes d'Histoire, aux crimes d'Etat commis en son nom &#8211; &lt;i&gt;il ne voit pas o&#249; est le probl&#232;me&lt;/i&gt; et, davantage, il soup&#231;onne que, lorsque ceux qui ont subi le tort ou qui &#233;pousent leur parti, insistent sur le fait que &#171; le probl&#232;me &#187; a la vie dure, que le tort n'a pas &#233;t&#233; r&#233;par&#233; ou, pire, que le tort continue, plus que jamais, d'&#234;tre inflig&#233;, alors il soup&#231;onne ces ergoteurs d'&#234;tre sous l'emprise d'une m&#233;chancet&#233; ontologique, d'une haine atavique et imm&#233;moriale, ce qui tend &#224; faire d'eux une esp&#232;ce nuisible et dangereuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le paradoxe de la toute-puissance : ceux qui vivent sous l'emprise du sentiment de toute-puissance, de leur d&#233;sir de pouvoir illimit&#233;, qui ignorent toute autre perspective que la leur propre et sont en cons&#233;quence port&#233;s &#224; pi&#233;tiner ce qui r&#233;siste &#224; leur pr&#233;somption d'omnipotence (le Moi enfl&#233; aux dimension de l'univers), ceux-ci, non seulement ignorent tout du tort qu'ils infligent &#224; d'autres, mais ils trouvent d'une injustice r&#233;voltante que ces autres &lt;i&gt;ne les aiment pas, obs&#233;d&#233;s qu'ils sont par le tort subi&lt;/i&gt;... Leur subjectivit&#233; est &#224; ce point plac&#233;e sous le signe de l'&lt;i&gt;identique&lt;/i&gt; qu'ils consid&#232;rent qu'il existe, pour ces autres, qu'ils blessent, ext&#233;nuent et humilient, &lt;i&gt;une sorte d'obligation civique d'avoir &#224; les aimer&lt;/i&gt;, envers et contre tout. Un devoir d'amour, rien que &#231;a. Ceux et celles qui r&#233;sistent &#224; cette injonction (un chantage sentimental de haute vol&#233;e), ils sont pr&#234;ts &#224; tout pour les r&#233;duire &#224; composition, les diffamer et, &#224; vrai dire, les d&#233;truire. Alors, ils les &lt;i&gt;traitent&lt;/i&gt; &#8211; m&#233;caniquement, inlassablement, venimeusement, ignoblement. C'est leur seule ressource face &#224; l'alt&#233;rit&#233; telle qu'elle leur r&#233;siste, face au tort tel qu'il demeure allergique &#224; sa dissolution dans les injonctions &#224; avoir &#224; aimer le bourreau, ses supp&#244;ts et ses complices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en faudrait un tout petit plus, cependant, pour nous emp&#234;cher de persister et signer : ceux-celles qui demeurent aujourd'hui d'une indiff&#233;rence de glace (ou, tout simplement distraite) &#224; l'endroit de qui se commet en leur nom, &lt;i&gt;nous ne les aimons pas plus que &#231;a&lt;/i&gt;... Ce qui fait le plus cruellement d&#233;faut aujourd'hui, ce ne sont pas seulement les grandes voix qui, en d'autres circonstances, tout aussi ext&#233;nuantes, ont su se faire entendre, c'est la voix de la femme et l'homme ordinaires et qui, s'ajoutant &#224; d'autres voix, fait entendre distinctement le &#171; pas en notre nom ! &#187; qui peut faire que tout change. C'est ce silence persistant qui nous glace, tandis que les bourreaux &lt;i&gt;prennent tout leur temps&lt;/i&gt;, assur&#233;s qu'ils sont de la complicit&#233; active du monde qui se dit civilis&#233; (et qui fait semblant d'y croire encore un peu).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Jean-Philippe Sendgraf&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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