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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de ses pompes</title>
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		<dc:date>2024-03-10T15:07:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> J&#233;r&#244;me Civet </dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Nous parvenons au sens du mot 'penser' quand nous pensons nous-m&#234;mes. Pour qu'un pareil essai r&#233;ussisse, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; apprendre &#224; penser. &#187; Martin Heidegger, Que veut dire 'penser' ? &lt;br class='autobr' /&gt;
1- N. trouvait profond&#233;ment injuste d'avoir d&#251; se d&#233;fendre d'&#234;tre un harceleur sexuel, juste pour avoir pass&#233; une peau de chamois sur l'&#233;cran d'Alexa, tout en &#233;coutant celle-ci lui exposer la m&#233;t&#233;o du lendemain. &#171; Je n'ai pas les mains baladeuses, se r&#233;criait-il, c'est juste que je n'aime pas la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous parvenons au sens du mot 'penser' quand nous pensons nous-m&#234;mes. Pour qu'un pareil essai r&#233;ussisse, nous devons &#234;tre pr&#234;ts &#224; apprendre &#224; penser. &#187;&lt;/i&gt; Martin Heidegger, &lt;i&gt;Que veut dire 'penser' ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- N. trouvait profond&#233;ment injuste d'avoir d&#251; se d&#233;fendre d'&#234;tre un harceleur sexuel, juste pour avoir pass&#233; une peau de chamois sur l'&#233;cran d'Alexa, tout en &#233;coutant celle-ci lui exposer la m&#233;t&#233;o du lendemain. &#171; Je n'ai pas les mains baladeuses, se r&#233;criait-il, c'est juste que je n'aime pas la poussi&#232;re ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ce que le plan fixe sur les turpitudes all&#233;gu&#233;es de tel ou tel cin&#233;aste place enti&#232;rement hors-champ, c'est le spectacle lui-m&#234;me &#8211; et ses turpitudes. La critique des industries culturelles s'efface devant l'urgence absolue qu'il y aurait &#224; br&#251;ler en place publique ceux qui ont abus&#233; de la faiblesse des actrices en herbe. Ce sont l&#224; deux modalit&#233;s de l'exercice du jugement qui s'opposent radicalement. D'un c&#244;t&#233;, la morale, sous sa forme la plus rudimentaire et la plus suspecte, celle qui tranche p&#233;remptoirement entre le bien et le mal, qui voue le coupable &#224; l'enfer et &#224; la damnation, qui lie le sort de la justice &#224; une dramaturgie bon march&#233;, qui s'associe souvent &#224; des images de traque et de chasse aux sorci&#232;res. De l'autre, la critique qui prend son temps, qui est une longue patience, qui r&#233;fl&#233;chit, cherche les bonnes prises, suppose constance et application, qui se trompe parfois, et se reprend... Le th&#233;&#226;tre de la morale outrag&#233;e r&#233;duit le tableau du monde &#224; sa plus simple expression, en le peuplant de coupables et de victimes, c'est, ici, une fabrique de monstres acharn&#233;s &#224; profaner l'innocence de la jeunesse. Cette mise en contraste de la prime jeunesse, associ&#233;e &#224; la na&#239;vet&#233; et la candeur, &#224; l'&#226;ge m&#251;r tout entier bascul&#233;, lui, du c&#244;t&#233; de la lubricit&#233;, de l'abus de pouvoir et du cynisme a quelque chose d'infiniment suspect. &lt;br class='autobr' /&gt;
La critique, elle, est constamment port&#233;e &#224; prendre la mesure de la complexit&#233; des choses, &#224; explorer le maquis dense des ambigu&#239;t&#233;s &#8211; des &#339;uvres d'abord, puisque c'est, quand m&#234;me, ce qui, importe en premier lieu, bien avant les p&#233;rip&#233;ties des tournages. Selon la nouvelle modalit&#233;, le tournage d'un film cesse d'&#234;tre l'occasion de la r&#233;alisation d'une &#339;uvre, qui est &#224; la fois un produit (industriel, commercial) et, &#233;ventuellement, un objet d'art, pour devenir une sc&#232;ne de crime r&#233;elle ou potentielle &#8211; celle o&#249; se rejoue inlassablement la sc&#232;ne horrifique du r&#233;alisateur sans scrupule (une sorte de vampire) abusant une fr&#234;le jeune fille. A ce compte, tout film dans lequel un r&#233;alisateur d'&#226;ge m&#251;r dirige une adolescente est potentiellement, avant m&#234;me d'exister, un film de vampire. C'est un trait d'&#233;poque que l'&#339;uvre ou l'objet-film tende ainsi &#224; s'effacer devant les circonstances de son tournage, ou, dit autrement, que la chronique tende &#224; se substituer &#224; la critique. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cela on ajoutera que le tournage d'un film, m&#234;me pour une adolescente, ce n'est pas le service militaire, on n'y est jamais convoqu&#233; sans appel ni r&#233;mission, on se pr&#233;sente g&#233;n&#233;ralement &#224; un casting, on lit un sc&#233;nario (car on sait lire), on y va de son plein gr&#233; et, davantage, selon son d&#233;sir &#8211; celui de devenir une actrice, riche et c&#233;l&#232;bre, si possible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gros plan actuel sur les abus de tournage et les inconduites sexuelles, sur l'emprise (encore un mot d'&#233;poque) exerc&#233;e par des cin&#233;astes dans la force de l'&#226;ge au d&#233;triment d'adolescentes press&#233;es d'avoir leur nom &#224; l'affiche organise la disparition de deux choses : d'une part, la sc&#232;ne de la s&#233;duction ne se laisse pas r&#233;duire &#224; celle o&#249; le vampire se glisse dans la chambre o&#249; l'innocente jeune femme repose, endormie, pour lui enfoncer ses crocs dans l'art&#232;re jugulaire &#8211; il y a, dans la rencontre r&#233;elle entre l'un(e) et l'autre, encore et toujours des interactions, des circulations d'affects, des int&#233;r&#234;ts en jeu, des transactions, des tactiques, des conduites dans lesquelles l'actif ne se situe pas tout entier d'un c&#244;t&#233; et le passif de l'autre. Une jeune femme de dix-sept ou m&#234;me de quinze ans, &#231;a n'est pas une b&#251;che ou une biche, &#231;a s'oriente dans la vie, &#231;a joue et &#231;a calcule, &#231;a r&#234;ve, &#231;a ambitionne, &#231;a se situe dans un champ affectif, &#231;a endosse un ou des r&#244;les, &#231;a conna&#238;t ses atouts, etc. ... et &#231;a conserve une certaine prise sur ce que cela fait, ou pas, de son corps dans et autour d'un film &#8211; en y engageant sa personne, son d&#233;sir et son discernement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cin&#233;ma, comme sur un stade, d'ailleurs, ou dans tout spectacle, il s'agit bien toujours d'une mani&#232;re ou d'une autre de faire commerce de son corps pour en retirer certains avantages. Ce qui est singulier, c'est qu'avec la saturation de l'espace public par la nouvelle dramaturgie de teinture t&#233;ratologique agenc&#233;e autour de la figure de l'abuseur-vampire, les films et la part &lt;i&gt;active&lt;/i&gt; qu'y ont prise les plaignantes et accusatrices d'aujourd'hui disparaissent &#224; peu pr&#232;s compl&#232;tement &#8211; les films, en tant, pr&#233;cis&#233;ment, qu'ils sont ce qui convoque la critique ; l&#224; o&#249; sont en jeu, en particulier les st&#233;r&#233;otypes du corps-marchandise f&#233;minin, du f&#233;tichisme du nibard et du cul, de la &lt;i&gt;commodification&lt;/i&gt; du corps f&#233;minin, bref, la quintessence de la mise en spectacle du f&#233;minin au cin&#233;ma, toutes choses qui ne sauraient s'op&#233;rer sans que des actrices s'y engagent &#8211; les concours de nibards, petits et grands, on ne les y a tout de m&#234;me pas conduites avec un fusil dans le dos (Au hasard : &lt;i&gt;Joyeuses P&#226;ques&lt;/i&gt;, grosse et lourde farce belmondesque de Georges Lautner, avec la juv&#233;nile et d&#233;j&#224; retorse Sophie Marceau, 1984). &lt;br class='autobr' /&gt;
On en vient &#224; oublier compl&#232;tement que dans les films, les acteurs ne sont pas de purs truchements, des otages ; qu'ils contribuent activement &#224; construire le spectacle, &#224; donner consistance aux st&#233;r&#233;otypes et aux images, aux clich&#233;s toxiques qui y prennent corps, &#224; la transformation des corps en f&#233;tiches. Si, dans les films, les femmes tendent r&#233;guli&#232;rement &#224; devenir des &#171; objets &#187;, comme on dit, des marchandises circulant sur le march&#233; du spectacle, les actrices qui font commerce de leur corps pour que le film prennent consistance, et trouve sa &lt;i&gt;chair&lt;/i&gt; y sont quand m&#234;me un peu pour quelque chose ; elles y trouvent quand m&#234;me un peu leur int&#233;r&#234;t, dans tous les sens du terme. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est un peu d&#233;bilitant avec les fables qui tiennent le haut du pav&#233; dans le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; contemporain : les complexit&#233;s qu'il revient &#224; la critique de d&#233;m&#234;ler et d'exposer, qu'il &lt;i&gt;revenait&lt;/i&gt;, plut&#244;t (la critique &#233;tant d&#233;sormais r&#233;siduelle), ont c&#233;d&#233; le pas &#224; des &#171; histoires &#187;, des sc&#233;nographies, des contes pour enfants o&#249; il n'est plus question que de m&#233;chants ogres et de leurs malheureuses victimes. Ce ne serait qu'un peu affligeant si cela n'entrait pas en r&#233;sonance avec ce n&#233;o-maccarthysme qui prolif&#232;re &#224; tout-va, le go&#251;t immod&#233;r&#233; des traques, des chasses aux sorci&#232;res &#8211; des chasses &#224; l'homme. Le revers du moralisme ambiant, de la moralisation &#224; outrance, sur tous les fronts, c'est le d&#233;sir de pers&#233;cution et sa mise en pratique. Dans le domaine des m&#339;urs, chaque pouss&#233;e de civilisation est d&#233;sormais accompagn&#233;e, comme par son ombre, d'un tour de vis de forme inquisitoriale et polici&#232;re qui en annule &#224; peu pr&#232;s enti&#232;rement le b&#233;n&#233;fice. Le proc&#232;s de civilisation (la civilisation des m&#339;urs comme proc&#232;s) s'associe traditionnellement &#224; l'accroissement de l'auto-contr&#244;le et aux disciplines comme enjeu de subjectivation. Tout se passe aujourd'hui comme si un basculement s'&#233;tait produit : &#224; l'auto-contr&#244;le, aux disciplines acquises se substituent d&#233;sormais, ouvertement, la r&#233;pression, voire la pers&#233;cution. Mais comment ces deux sinistres s&#339;urs jumelles pourraient-elles conduire ou accompagner quelque &#171; progr&#232;s &#187; que ce soit, en mati&#232;re de civilisation des m&#339;urs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Cet imb&#233;cile de Biden est tellement g&#226;teux qu'il ne s'est pas m&#234;me avis&#233; de ce que son sonore et distingu&#233; &#171; SOB &#187; adress&#233; &#224; Trump se transformait ais&#233;ment, au prix du changement de peu de lettres, en un tout aussi insultant et pertinent &#171; Son of a Biden &#187; ! &#171; SOB &#187; se dit ou du moins s'&#233;crit d&#233;sormais couramment, en fran&#231;ais, &#171; FDP &#187;. Lu ce jour m&#234;me, f&#233;brilement et furieusement inscrit au feutre sur une planche destin&#233;e &#224; remplacer une porte endommag&#233;e, &#224; l'entr&#233;e d'une cave d'immeuble, l'inscription suivante : &#171; Merci au FDP qui a d&#233;foncer (sic) &#224; coups de pieds cette porte &#187;. Il va falloir que j'y repasse pour voir si le FDP a r&#233;pondu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- &lt;i&gt;Troublante exp&#233;rience&lt;/i&gt; : je tombe, au fil de mes lectures, sur un article d&#233;j&#224; ancien, et le nom de son auteur me dit quelque chose, vaguement. L'article est plein d'esprit, ce qui attise ma curiosit&#233;, je cherche dans mon souvenir, je me dis que j'ai bien d&#251; le croiser un jour, cet homme &#224; la t&#234;te bien faite &#8211; mais comment se fait-il qu'il soit devenu si discret, ces derniers temps, au point de se faire oublier &#8211; il &#233;crit de si bonnes choses... ? Je veux en avoir le c&#339;ur net, j'y vais voir sur Wikip&#233;dia et je le d&#233;couvre parti il y a dix ans d&#233;j&#224;, d'une de ces maladies qui vous emportent comme d'un coup de torchon... Parti sur la pointe des pieds, si discr&#232;tement que la chose m'a &#233;chapp&#233;e... Je me sens &#233;trangement pris en faute &#8211; n'aurais-je pas pu, &#224; l'&#233;poque, &#234;tre un peu plus attentif et, &#224; d&#233;faut d'autre chose, saluer son d&#233;part d'une pens&#233;e, f&#251;t-elle fugace, mais sinc&#232;rement attrist&#233;e, d'un bref geste de recueillement... ? Trop tard pour r&#233;parer, malheureusement... &#8211; enfin, si, pers&#233;v&#233;rer &#224; le lire ou le relire &#8211; la lecture comme &lt;i&gt;r&#233;paration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- &lt;i&gt;Une implacable loi de l'Histoire&lt;/i&gt; : quand le fond de l'air est d&#233;cid&#233;ment brun, &#231;a commence &#224; &lt;i&gt;dorioter&lt;/i&gt; s&#233;rieusement, du c&#244;t&#233; de la gauche parlementaire &#8211; Rufin, Roussel, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- Je ne doute pas que certain.e.s dirigent &lt;i&gt;r&#233;solument&lt;/i&gt; leurs pas vers les bo&#238;tes &#224; livres dans le but d'y assouvir leur passion du crime &#8211; en extraire tel ouvrage honni, en purger tel auteur abomin&#233; et, une fois le pr&#233;l&#232;vement accompli, &#224; la sauvette, s'empresser d'aller pr&#233;cipiter l'objet du d&#233;lit (suppos&#233;) dans le plus proche des bacs en plastique &#224; couvercle jaune &#8211; l'esprit de vindicte n'est pas incompatible avec le tri s&#233;lectif. Ce qui m'a mis sur cette piste a &#233;t&#233;, tout r&#233;cemment, la disparition suspecte d'un exemplaire &#224; couverture rouge de &lt;i&gt;Mat&#233;rialisme et empiriocriticisme&lt;/i&gt; de L&#233;nine, en italien, dans une bo&#238;te du voisinage &#8211; pr&#233;sence tant insolite qu'inattendue. Je vois d'ici le tableau : le fringant &lt;i&gt;Fratello d'Italia&lt;/i&gt; venu en voisin s'approvisionner en romans de Patricia Cornwell transpos&#233;s en idiome dantesque, s'abattant sur l'&lt;i&gt;opus diabolicum&lt;/i&gt; comme un vautour sur la d&#233;pouille d'un grand fauve. Toute la question &#233;tant de savoir si le cactus philosophique de L&#233;nine aura fini sa carri&#232;re dans une poubelle fran&#231;aise ou italienne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Tout r&#233;cemment, la chroniqueuse pleine d'esprit Lydie Graft-Vermulot &#233;pinglait dans ces colonnes m&#234;mes, un article publi&#233; dans la version &#233;lectronique du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, &#233;voquant une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e pour le compte du D&#233;fenseur des droits aupr&#232;s des policiers et gendarmes, &#224; propos de l'exercice de leur m&#233;tier ; de cette &#233;tude, il ressortait, entre autres, que, &#171; si l'usage de la force pour obtenir des aveux est r&#233;prouv&#233;e dans plus de neuf cas sur dix, pr&#232;s de six r&#233;pondants sur dix (59,8%) estiment que, dans certains cas, &lt;i&gt;le recours &#224; plus de force que ce qui est pr&#233;vu dans les textes&lt;/i&gt; [je souligne] devrait &#234;tre tol&#233;r&#233; &#187; &#8211; une formule qui, traduite en bon fran&#231;ais, veut bien dire : &lt;i&gt;un peu de torture ne saurait nuire (&#224; l'enqu&#234;te)&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Or, comme chacun sait, la torture, il suffit que ceux qui la pratiquent s'y habituent pour que &#231;a devienne une institution, tandis que fatalement, par effet d'entra&#238;nement, l'usage &#171; mod&#233;r&#233; &#187; de la torture s'&#233;panouit et prosp&#232;re sous la forme d'une collection de s&#233;vices abominables &#8211; la g&#233;g&#232;ne et le reste pendant la guerre d'Alg&#233;rie, la torture syst&#233;matique des d&#233;tenus palestiniens dans les prisons isra&#233;liennes, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux jours plus tard, la version papier du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; (29/02/2024) reprend le m&#234;me article sous un titre l&#233;g&#232;rement modifi&#233;. Simplement, les veilleurs de nuit de la r&#233;daction ont entretemps pris la mesure du caract&#232;re tant soit peu litigieux de ce qui se d&#233;voile, dans ce r&#233;sultat, des dispositions pr&#233;sentes de la corporation polici&#232;re. Alors, ce passage de l'article &lt;i&gt;passe &#224; la trappe&lt;/i&gt; et est avantageusement remplac&#233; par la consignation des r&#233;actions, enti&#232;rement n&#233;gatives, de deux syndicats policiers &#224; l'initiative de la D&#233;fenseure des droits &#8211; Alternative police et Alliance-police, l'un et l'autre vent debout contre la cr&#233;ation d'un r&#233;c&#233;piss&#233; des contr&#244;les d'identit&#233; : &#171; c'est un serpent de mer qui ne contribuera qu'&#224; alourdir la proc&#233;dure et instaurer un climat de d&#233;fiance entre la police et la population &#187;, statue p&#233;remptoirement Alliance-Police, plus marino-darmanien que jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Voici donc le journalisme ren&#233;gat pris la main dans le sac&lt;/i&gt;. Voici donc comment cette esp&#232;ce-l&#224;, avec tant de z&#232;le que de constance, aplanit le chemin qui conduira nos fascistes notabilis&#233;s aux affaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
A d&#233;faut de pouvoir en faire davantage, on prend date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Une supposition que l'on parvienne, gr&#226;ce &#224; des modifications g&#233;n&#233;tiques appropri&#233;es, &#224; faire en sorte que les loups deviennent parfaitement v&#233;g&#233;tariens, herbivores, fructivores, amateurs de plantes aromatiques et des baies sauvages &#8211; est-ce que cela suffirait &#224; d&#233;sarmer les fanatiques pr&#233;ventions des &#233;leveurs et, plus g&#233;n&#233;ralement, de la tribu h&#233;t&#233;roclite et f&#233;roce des anti-loups ? Pas s&#251;r, improbable, m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- &#171; Quand les alli&#233;s auront &#233;vacu&#233; la Chine, le parc des tombeaux, qui nous aura &#233;t&#233; ouvert un moment, redeviendra imp&#233;n&#233;trable aux Europ&#233;ens pour des temps que l'on ignore, jusqu'&#224; une invasion nouvelle peut-&#234;tre, qui fera cette fois crouler le vieux colosse jaune... A moins qu'il ne secoue son sommeil de mille ans, le colosse encore capable de jeter l'&#233;pouvante, et qu'il ne prenne enfin les armes pour quelque revanche &#224; laquelle on n'ose songer... Mon Dieu, le jour o&#249; la Chine, au lieu de ses petits r&#233;giments de mercenaires et de bandits, l&#232;verait en masse, pour une supr&#234;me r&#233;volte, ses millions de jeunes paysans tels que ceux que je viens de voir, sobres, cruels, maigres et muscl&#233;s, rompus &#224; tous les exercices physiques et d&#233;daigneux de la mort, quelle terrifiante arm&#233;e elle aurait-l&#224;, en mettant aux mains de ces hommes nos moyens modernes de destruction !... Et vraiment il semble, quand on y r&#233;fl&#233;chit, que certains de nos alli&#233;s ont &#233;t&#233; imprudents de semer ici tant de germes de haine et tant de besoins de vengeance &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Loti, &lt;i&gt;Les derniers jours de P&#233;kin&lt;/i&gt; (1900)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme quoi, on peut &#234;tre membre de l'Acad&#233;mie fran&#231;aise, officier de marine, imp&#233;rialiste imp&#233;nitent et conserver des acc&#232;s de lucidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Il est parfaitement choquant que vous apostrophiez Alexa en termes discriminatoires, en clair que vous la traitiez de salope, chaque fois qu'elle vous annonce qu'il fera un temps de merde dans votre r&#233;gion, le lendemain. Ceci pas seulement parce qu'il est d&#233;raisonnable de la tenir pour responsable du temps qu'il fait ou ne fait pas &#8211; j'esp&#232;re que vous l'avez compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- Il y a un gros probl&#232;me d'ophtalmologie blanche : en moins d'un si&#232;cle, les Jaunes ont cess&#233; d'&#234;tre jaunes pour devenir des Asiatiques, l&#224; o&#249; l'on parlait couramment de race jaune, terre jaune, pays jaune, peuple jaune et, donc, p&#233;ril jaune. M&#234;me Trump n'a pas os&#233; r&#233;veiller la couleur lorsqu'il a agit&#233; le motif du &#171; virus chinois &#187;, au temps de la pand&#233;mie covidienne. Les Am&#233;rindiens, de m&#234;me avaient, pr&#233;c&#233;demment, peu &#224; peu cess&#233; d'&#234;tre rouges pour devenir peuples premiers, premiers habitants, etc. Ce qui est troublant, quand on se plonge dans la litt&#233;rature d'&#233;poque, c'est que ces couleurs des autres ne relevaient pas seulement de conventions de langage &#8211; les colonisateurs europ&#233;ens voyaient bien les Chinois, les Japonais, les Vietnamiens, les Malais (&#8230;) comme &lt;i&gt;vraiment jaunes&lt;/i&gt; &#8211; ceci probablement jusqu'&#224; la Seconde guerre mondiale au moins. Ils voyaient bien, au temps des guerres indiennes, les &#171; Peaux-rouges &#187; comme &lt;i&gt;vraiment rouges&lt;/i&gt;. Comment, par la gr&#226;ce de quelles m&#233;tamorphoses ou op&#233;rations de reconditionnement ces peuples ont-ils pu perdre leurs couleurs respectives &#8211; tandis que les Blancs, eux, demeurent invariablement blancs, &#224; leurs propres yeux comme &#224; ceux des autres ? Et pourtant, l'esp&#232;ce blanche est-elle &#224; l'examen si uniform&#233;ment blanche que &#231;a ? Ici, c'est bien la convention qui prend le dessus &#8211; le blanc des Blancs se d&#233;compose ais&#233;ment en bl&#234;me, basan&#233;, rose, laiteux, p&#226;le, cuivr&#233;, etc. Ce n'est pas la couleur mais la morphologie qui op&#232;re le partage entre les Europ&#233;ens (&#171; Caucasiens &#187;) et les peuples d'Asie orientale. En v&#233;rit&#233;, le seul domaine dans lequel la diff&#233;renciation entre les &#171; esp&#232;ces &#187; (davantage que les races) humaines continue &#224; co&#239;ncider avec les diff&#233;rences de &#171; couleurs &#187;, c'est celui de ce qui, aux Etats-Unis, se d&#233;signe comme &lt;i&gt;color divide&lt;/i&gt; &#8211; l&#224; o&#249; le Blanc est ce qui s'oppose au Noir. Les Noirs persistent &#224; &#234;tre noirs, qu'ils soient Africains ou Afro-am&#233;ricains et, comme tels, &#224; se distinguer de tous les autres, y compris les Asiatiques &#224; la peau plus ou moins sombre (Indiens, Srilankais...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que montrent bien tant ces variations que ces constantes, c'est que la couleur est avant tout, dans la d&#233;signation des esp&#232;ces humaines et de ce qui les distingue visiblement, un &lt;i&gt;attribut&lt;/i&gt;. D&#232;s lors, la question de savoir qui attribue quoi &#224; qui, qui dispose du pouvoir d'attribuer, devient cruciale. Elle rejoint ici celle de l'attribution d'un espace ou d'une origine &#8211; les Juifs jadis et nagu&#232;re d&#233;sign&#233;s comme peuple &lt;i&gt;oriental&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La connaissance de la variabilit&#233; des attributions, en la mati&#232;re, c'est, bien s&#251;r, le meilleur des antidotes contre l'essentialisme racial &#8211; les races sont, fondamentalement, des constructions ou des institutions imaginaires. Des constructions fragiles et qui tendent &#224; s'user, au fil de leurs emplois et suremplois au service de la conqu&#234;te, de la fabrication de l'hostilit&#233; ou de l'alt&#233;rit&#233; mauvaise. Ce qui explique leur relativisation croissante &#8211; les Japonais ont progressivement cess&#233; d'&#234;tre jaunes en devenant d&#233;mocrates, les Chinois en devenant une grande puissance et un pays &#171; d&#233;velopp&#233; &#187;, plus Ta&#239;wan se rapproche des Etats-Unis et plus ses habitants deviennent des quasi-Blancs, selon la m&#234;me proc&#233;dure qui a fait des Isra&#233;liens des tout-&#224;-fait Blancs, m&#234;me quand ils sont d'origine marocaine ou irakienne. Plus la couleur s'efface comme marqueur des diff&#233;rences irr&#233;versibles, facteur de diff&#233;renciation molaire, et plus s'avancent sur le devant de la sc&#232;ne le &#171; culturel &#187; et le religieux. Dans les usages courants de l'hostilit&#233; ou de la discrimination, le &#171; ta sale race &#187;, &#171; ta couleur maudite &#187; n'a plus trop la cote. En revanche, &#171; ta sale religion &#187;, &#171; tes d&#233;testables habitudes vestimentaires &#187; sont en plein boom. On veut bien passer sur ta couleur, pour peu que tu te plies &#224; notre r&#233;gime de vie, &#224; notre mode de domination qui, envers et contre tout, demeure celui de l'&lt;i&gt;identique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- &lt;i&gt;Un crime demeur&#233; impuni&lt;/i&gt; : vers trois heures de l'apr&#232;s-midi, N. s'&#233;tait assis sur la terrasse ensoleill&#233;e du caf&#233; italien et y avait command&#233; un d&#233;ca. Une serveuse aux cheveux rouges et &#224; l'accent prononc&#233;, comme il se doit, lui avait servi un caf&#233; bien serr&#233;, tr&#232;s noir et l&#233;g&#232;rement amer. Le soir, ayant regard&#233; sur son ordi un honorable film de Louis Malle, avec Brigitte Bardot et Marcello Mastroianni, lu quelques pages d'un &#233;m&#233;tique (comme toujours) roman de C&#233;line, N. avait &#233;teint la lumi&#232;re et tent&#233; de s'endormir &#8211; en vain. Tr&#232;s &#233;nerv&#233;, il avait rallum&#233; la lumi&#232;re, vers une heure et relu quelques pages du roman de C&#233;line, toujours aussi &#233;m&#233;tique. Une sourde rage montait en lui : &#224; l'&#233;vidence, ce n'&#233;tait pas un d&#233;ca que lui avait servi la gourgandine aux cheveux rouges, mais bien un vrai caf&#233;, &#224; r&#233;veiller les morts. Or, le lendemain, il lui fallait se lever t&#244;t et une journ&#233;e charg&#233;e l'attendait. A trois heures, n'y tenant plus et toujours aussi alerte, ivre de vengeance, N. s'&#233;tait lev&#233;, habill&#233; et, ayant enfourn&#233; dans son sac &#224; dos une bouteille de &lt;i&gt;white spirit&lt;/i&gt; et une bo&#238;te d'allumettes, s'&#233;tait dirig&#233; par les rues d&#233;sertes vers le caf&#233; italien. S'&#233;tant assur&#233; qu'aucune cam&#233;ra ne balayait les lieux, il avait arros&#233; les chaises et les tables retenues ensemble par une grosse cha&#238;ne cadenass&#233;e, balanc&#233; une allumette au hasard avant de s'&#233;loigner en courant. Le souffle de l'incendie l'avait presque rejoint lorsqu'il avait tourn&#233; au coin de la rue avant de regagner son immeuble, puis de rejoindre son lit o&#249; il s'&#233;tait endormi aussit&#244;t, sans avoir m&#234;me pris la peine de se d&#233;shabiller.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre toute attente, il s'&#233;tait r&#233;veill&#233; frais et dispos et la journ&#233;e (charg&#233;e) ne s'&#233;tait pas si mal pass&#233;e que cela. Au boulot, on ne parlait que de &#231;a : incendie volontaire, immeuble en flammes, quinze morts, des dizaines de bless&#233;s, plus ou moins gravement br&#251;l&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'enqu&#234;te pi&#233;tina longtemps, la piste terroriste un moment &#233;voqu&#233;e, dut rapidement &#234;tre abandonn&#233;e, faute d'indices probants et peu &#224; peu l'affaire sombra dans l'oubli. N. &#233;vitait de fr&#233;quenter le caf&#233; italien qui, depuis belle lurette, avait repris ses activit&#233;s et prosp&#233;rait &#224; nouveau. Il lui venait parfois &#8211; &#244;, tr&#232;s fugacement ! &#8211; comme un regret &#8211; tous ces morts pour un faux d&#233;ca ? Une balle dans le genou de la fille aux cheveux rouges n'aurait-elle pas suffi &#224; r&#233;tablir la justice ? Mais, &#224; la r&#233;flexion, &#233;tait-ce bien elle qui avait, sciemment ou par pure n&#233;gligence, remplac&#233; le d&#233;ca par le criminel express ? Ou plut&#244;t le Rital mal ras&#233; install&#233; derri&#232;re le comptoir et qui, au moment de payer, lui avait annonc&#233; (sans vergogne) le montant en italien ? Mais alors, il aurait fallu enqu&#234;ter, revenir sur les lieux pour en avoir le c&#339;ur net et, selon toute probabilit&#233;, le d&#233;sir de vengeance s'&#233;tiolant avec le temps, l'outrage serait demeur&#233; impuni.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, plus que jamais, ce qui importe par les temps qui courent, o&#249; tout va &#224; vau-l'eau, c'est de rendre coup pour coup, &#339;il pour &#339;il, dent pour dent. Ou mieux : &lt;i&gt;pour un &#339;il, les deux, pour une dent, toute la gueule&lt;/i&gt;. C'est exactement ce que N. avait fait, d'instinct, et il ne parvenait pas &#224; le regretter &#8211; la justice est un balai de fer, on ne fait pas d'omelette sans casser les &#339;ufs, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais surtout, ce qui confortait N., surtout, c'&#233;tait le sentiment d'&#234;tre en harmonie avec &lt;i&gt;l'esprit de son temps&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;J&#233;r&#244;me Civet&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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