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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Jus post bellum, pardon et d&#233;nis historiques</title>
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		<dc:creator>Yuan-horngj CHU</dc:creator>


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&lt;p&gt;Derrida associe &#171; la globalisation actuelle, la dramatisation de la sc&#232;ne du repentir et des appels au pardon &#187; &#224; l'h&#233;ritage abrahamique et au nouveau contexte des lois internationales. Bien que dans les cas du Japon, de la Cor&#233;e et de la Chine, l'influence du monoth&#233;isme ne soit pas d&#233;terminante, Derrida sugg&#232;re la pr&#233;gnance d'un langage abrahamique universel en justice, politique, &#233;conomie et diplomatie qui, &#224; ses yeux, est le signe et le sympt&#244;me de cette globalisation. N'&#233;tant pas &#224; m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/logo/arton24.jpg' class=&#034;spip_logo spip_logo_right&#034; alt=&#034;&#034; style='max-width: 150px;max-width: min(100%,150px); max-height: 150px' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Derrida associe &#171; la globalisation actuelle, la dramatisation de la sc&#232;ne du repentir et des appels au pardon &#187; &#224; l'h&#233;ritage abrahamique et au nouveau contexte des lois internationales. Bien que dans les cas du Japon, de la Cor&#233;e et de la Chine, l'influence du monoth&#233;isme ne soit pas d&#233;terminante, Derrida sugg&#232;re la pr&#233;gnance d'un langage abrahamique universel en justice, politique, &#233;conomie et diplomatie qui, &#224; ses yeux, est le signe et le sympt&#244;me de cette globalisation. N'&#233;tant pas &#224; m&#234;me de comparer des civilisations dans les domaines de la guerre et de l'&#233;thique, je laisse la question de l'h&#233;ritage abrahamique en suspens. Toutefois, je consid&#232;re que, depuis 1945, le th&#233;&#226;tre du pardon a &#233;t&#233; conditionn&#233; par une nouvelle forme de globalisation avec le remaniement du concept des droits de l'homme et les notions nouvelles de crime contre l'humanit&#233;, g&#233;nocide, guerre et agression. De plus, je vois le th&#233;&#226;tre des appels au pardon et celui des proc&#232;s pour crimes de guerre comme partiellement distincts du domaine de la justice d'apr&#232;s guerre, celui-ci r&#233;cemment appel&#233; &lt;i&gt;jus post bellum&lt;/i&gt;. Cet article tend &#224; d&#233;montrer comment ces deux th&#233;&#226;tres entra&#238;nent des d&#233;nis historiques et se r&#233;v&#232;lent compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Une m&#233;moire probl&#233;matique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, pardon et justice d'apr&#232;s-guerre appartiennent &#224; deux registres distincts. Comme l'a soulign&#233; Vladimir Jank&#233;l&#233;vitch, le pardon se situe en dehors de tout cadre juridique. La justice, contrairement au pardon qui supprime toute demande de r&#233;paration et de restitution, exige que la personne jug&#233;e responsable r&#233;ponde de ses actes. En ce sens, le pardon va &#224; l'encontre du syst&#232;me juridique et &#233;thique. Nous pouvons pardonner ou &#234;tre justes, pourtant, nous ne pouvons pas pardonner et &#234;tre justes. De m&#234;me, Paul Ricoeur insiste sur le fait que le pardon ne d&#233;coule pas de la loi mais la d&#233;passe dans sa logique comme dans sa finalit&#233;. Le pardon, qui provient du don et de la surabondance, s'oppose &#224; l'&#233;quivalence qui pr&#233;side &#224; la justice. Cependant, pardon et justice s'entrem&#234;lent. Jank&#233;l&#233;vitich, dans un essai intitul&#233;, Pardonner ? , craint que celui qui pardonne permette au coupable de s'en sortir &#224; trop bon compte, que la na&#239;vet&#233; de la r&#233;conciliation et des excuses soit synonyme d'offense pour les victimes. Cette crainte r&#233;sulte-t-elle de questions d'ordre juridique ? Selon Ricoeur, on ne peut s'emp&#234;cher de penser que le pardon ait un effet secondaire sur l'ordre juridique dans la mesure o&#249; le fuyant, il le menace. Pardon et justice sont finalement intimement li&#233;s d&#232;s lors que vient s'ajouter la question du devoir de m&#233;moire. Le pardon aurait d&#251; prendre le chemin de l'inoubliable, celui de la dette infinie et de l'erreur irr&#233;parable. Ricoeur, citant Olivier Abel, pr&#233;cise : &#171; M&#234;me si le pardon est un devoir, il conna&#238;t des limites. Son &#8220;projet&#8221; n'est pas d'effacer la m&#233;moire ni d'oublier. Au contraire, son projet, de faire abstraction de la dette, est incompatible avec celui de faire abstraction de ce qui a &#233;t&#233; oubli&#233; &#187;. De m&#234;me Jank&#233;l&#233;vitch insiste sur le fait que la discontinuit&#233; de l'oubli est rendue possible par la richesse de la m&#233;moire. En d'autres termes, pour pardonner, il est n&#233;cessaire de se souvenir. En droit, le devoir de m&#233;moire a valeur d'imp&#233;ratif. Se r&#233;f&#233;rant &#224; la valeur exemplaire de souvenirs traumatiques, Ricoeur consid&#232;re que c'est la justice qui transforme la m&#233;moire en projet et que c'est ce m&#234;me projet de justice qui laisse pr&#233;sager le futur et impose le devoir de m&#233;moire. Toutefois, le travail de m&#233;moire reste probl&#233;matique. La m&#233;moire, au gr&#233; de variations offertes par le travail des formes narratives, peut devenir id&#233;ologique. On assiste ainsi &#224; des r&#233;cits d'&#233;v&#233;nements fondateurs, de gloire et d'humiliation, impos&#233;s &#224; la m&#233;moire par l'histoire officielle, l'histoire &#171; autoris&#233;e &#187;, celle apprise et c&#233;l&#233;br&#233;e. Il s'agit d&#232;s lors d'une m&#233;moire institutionnelle, enseign&#233;e, forc&#233;e, qui enr&#244;le comme m&#233;morables tous les &#233;v&#233;nements tenus pour remarquables, voire fondateurs en ce qui concerne l'identit&#233; commune. La fronti&#232;re du r&#233;cit est ainsi plac&#233;e au service d'une limitation de l'identit&#233; qui d&#233;finit la communaut&#233;. A l'histoire enseign&#233;e, apprise, c&#233;l&#233;br&#233;e, viennent s'ajouter les comm&#233;morations habituelles qui c&#232;lent un pacte extraordinaire entre souvenir, m&#233;moire et comm&#233;moration. L'historiographie pose &#233;galement probl&#232;me &#224; la m&#233;moire. Dans un avant-propos aux &lt;i&gt;Massacres de Nankin dans l'histoire et l'historiographie&lt;/i&gt;, Charles Maier, qui compare les controverses relatives aux massacres de Nankin &#224; celles de l'holocauste nazi, retient que la confrontation historique avec le pass&#233; ne peut &#234;tre dissoci&#233;e de la situation politique actuelle. Les int&#233;r&#234;ts et les divisions politiques jouent un r&#244;le important dans la perception historique tenue pour plus ou moins acceptable. Il rappelle que ceux qui reprochent au Japon de faire &#171; obstacle &#187; aux accusations de crimes de guerre devraient se rappeler combien la qu&#234;te de transparence historique fut longue et complexe dans le contexte de l'Allemagne. Pour que la RFA &#233;merge comme nation souveraine, il fallut indemniser les survivants juifs et obtenir une r&#233;conciliation politique avec la France. En Allemagne, en 1964, lors des premiers proc&#232;s intent&#233;s au personnel des camps de concentration, l'autocritique fut limit&#233;e. Il &#233;tait plus facile de faire compara&#238;tre en justice d'anciens gardiens que des fonctionnaires, des juges, des banquiers, des industriels et des professeurs dont l'enthousiasme et la connivence avaient pourtant contribu&#233; &#224; l'entreprise meurtri&#232;re. Jusqu'&#224; la coalition avec le parti social-d&#233;mocrate, qui gouverna longtemps seul, et l'arriv&#233;e d'un parti de gauche critique et &#233;nergique, les Allemands avaient &#233;vit&#233; toute confrontation directe avec leur histoire. Au Japon, dans les ann&#233;es 50, des intellectuels, des &#233;crivains et des universitaires ont d&#233;nonc&#233; les responsabilit&#233;s de leur pays durant la guerre. Cette question, il est vrai, a en partie &#233;t&#233; noy&#233;e par la croissance &#233;conomique du Japon des ann&#233;es 70 et invers&#233;e par une mobilisation v&#233;h&#233;mente de l'opinion publique niant les responsabilit&#233;s du Japon pendant la guerre et les souffrances inflig&#233;es par l'arm&#233;e imp&#233;riale aux populations d'Asie. Dans une &#233;tude approfondie des massacres de Nankin, Takashi Yoshida a d&#233;montr&#233; que ce qui est en jeu pour les n&#233;gationnistes est moins le souvenir des victimes chinoises qu'une question propre au Japon. Leur mission est de ne pas laisser &#171; l'histoire nationale du Japon &#224; l'attention du peuple japonais &#187; &#234;tre entach&#233;e par des r&#233;cits historiques jug&#233;s masochistes, sombres et apolog&#233;tiques. Soucieux de pr&#233;server une &#171; histoire nationale &#187; dont &#171; les Japonais &#187; peuvent &#234;tre fiers, ils passent sous silence tout ce qui pourrait porter atteinte &#224; leur vision id&#233;ale du Japon pendant la guerre. Par cons&#233;quent, ce n'est pas simplement une question d'amn&#233;sie collective et de d&#233;ni, mais avant tout un lien complexe entre la culture politique actuelle du Japon et l'histoire de la soci&#233;t&#233; d'avant-guerre. Harry Harootunian illustre cette relation par la visite au sanctuaire de Yasukuni, cens&#233;e unifier la nation et qui une fois de plus fait office de m&#233;moire nationale. Pour bon nombre de Japonais, le sanctuaire de Yasukuni est devenu un lieu &#224; la m&#233;moire de tous ceux qui ont volontairement sacrifi&#233; leur vie pour la nation. A Yasukuni, personne ne se demande jamais si cette guerre &#233;tait &#171; juste &#187;, pour la simple raison qu'il est entendu que toutes les guerres du Japon furent &#171; justes &#187;. Dans un m&#234;me temps, le r&#244;le du gouvernement imp&#233;rial et le souvenir des exactions commises en Asie sont effac&#233;s ou d&#233;plac&#233;s par le processus de victimisation des mouvements pour la paix d'Hiroshima. La destruction par l'arme nucl&#233;aire d'Hiroshima et de Nagasaki a servi &#224; exon&#233;rer le Japon de ses responsabilit&#233;s. La majorit&#233; des Japonais ont trouv&#233; facile d'oublier ce qui fut commis en Asie, rel&#233;guant les &#233;v&#233;nements au rang de mauvais r&#234;ve survenu dans un lointain pass&#233;. Par contre, ils se sont empress&#233;s de mettre en avant leur attitude h&#233;ro&#239;que face aux souffrances inflig&#233;es par l'arme atomique, se pla&#231;ant ainsi en marge des autres peuples asiatiques. Les personnes pour qui le sanctuaire de Yasukuni est au c&#339;ur de la m&#233;moire nationale et des comm&#233;morations pour les soldats japonais tomb&#233;s au combat, sont exactement les m&#234;mes qui se font les porte-parole des campagnes rejetant toute forme d'excuse officielle. Pour les victimes des atrocit&#233;s commises par le Japon, les massacres de Nankin, la prostitution forc&#233;e des &#8220;femmes de r&#233;confort&#8221;, les exp&#233;riences biologiques de l'unit&#233; 731 et la marche de la mort de Bataan sont devenues des &#233;v&#233;nements symboliques et un instrument politique dans le cadre de luttes nationales comme internationales. Parmi ces atrocit&#233;s, le massacre de Nankin s'inscrit au c&#339;ur des griefs exprim&#233;s par la Chine au point de devenir un motif d'unit&#233; nationale. Dans les pays qui ont combattu le Japon, il suscite &#233;galement des sentiments anti-japonais qui restent bien ancr&#233;s. Comme Mark Eykholt l'a soulign&#233;, la Chine utilise les atrocit&#233;s japonaises commises en temps de guerre pour &#224; la fois jouer le r&#244;le de victime et d'intimidateur. La ferveur nationale qui s'est d&#233;velopp&#233;e autour de cette question fournit au gouvernement chinois une arme puissante pour intimider le Japon. La Chine a d&#233;montr&#233; qu'elle &#233;tait pr&#234;te &#224; faire usage des m&#233;dias, manifestations et menaces diplomatiques pour que le Japon lui accorde tous les &#233;gards qui lui sont dus. Ainsi, la Chine peut ais&#233;ment souligner le contraste entre son pass&#233; de victimes et son pr&#233;sent de puissante nation en plein essor qui refuse toute nouvelle forme de domination. Toutefois, l'&#233;quilibre reste incertain, et les r&#233;actions du peuple, diff&#233;rentes de celles des autorit&#233;s, peuvent s'av&#233;rer source de probl&#232;mes. Les &#233;tudiants chinois ont prouv&#233; leur volont&#233; d'utiliser leur ressentiment vis-&#224;-vis du Japon comme base &#224; leurs revendications anti-gouvernementales. En 1985, cela commen&#231;a par des protestations de faibles envergures, suivies un an plus tard par des manifestations plus importantes pour finalement aboutir aux &#233;v&#233;nements de la place Tiananmen, en mai 1989, montr&#233;s sur les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision du monde entier. Les leaders du r&#233;gime chinois savaient pertinemment que le mouvement &#233;tudiant s'inscrivait dans la lign&#233;e du mouvement du 4 mai. D&#232;s 1919, les activistes du 4 mai avaient d&#233;nonc&#233; l'imp&#233;rialisme japonais et la corruption, r&#233;clamant la d&#233;mission de trois ministres incapables de s'opposer &#224; une clause du trait&#233; de Versailles attribuant au Japon les territoires du Shandong qui &#233;taient jusqu'alors sous le contr&#244;le de l'Allemagne. En 1921, le mouvement du 4 mai avait &#233;galement ouvert la voie &#224; la cr&#233;ation du Parti communiste chinois qui, jusqu'&#224; sa prise du pouvoir, en 1949, a souvent tir&#233; b&#233;n&#233;fice du mouvement. Toutefois, depuis les ann&#233;es 80, les &#233;tudiants, qui d&#233;noncent la forte charge politique des comm&#233;morations, posent un redoutable d&#233;fi au gouvernement en m&#234;lant sentiments anti-japonais et col&#232;re contre la corruption de l'&#233;tat. La m&#233;moire de la guerre est une construction id&#233;ologique au service d'int&#233;r&#234;ts politiques. Les nations modernes constituent des communaut&#233;s qui ont la langue pour seul point commun dans leurs d&#233;bats. Il convient donc de ne jamais envisager en bloc ce que les nations pensent et croient. Les tentatives des r&#233;visionnistes japonais de nier ou de minimiser l'inhumanit&#233; des massacres de Nankin n'ont pas seulement conduit &#224; des critiques, de part le monde, multipliant les comptes-rendus de la cruaut&#233; des &#233;v&#233;nements, mais elles ont aussi encourag&#233; des historiens japonais &#224; &#233;tudier plus en d&#233;tails les atrocit&#233;s commises par le Japon durant la guerre. Tandis que dans le domaine de l'&#233;ducation, la censure touche les manuels scolaires, l'historien japonais, Icnaga Saburo, a engag&#233; une longue bataille juridique et remport&#233; le soutien de milliers de sympathisants japonais qui luttent courageusement contre les amn&#233;sies du syst&#232;me &#233;ducatif. Le Guomindang qui avait combattu le Japon est un parti qui n'est plus au pouvoir &#224; Taiwan. Quant au Parti communiste, y compris dans ses comm&#233;morations du massacre, il ne peut aspirer &#224; un discours de mobilisation patriotique sans courir le risque de troubles et d'effets inverses &#224; ceux recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Excuses nombreuses et d&#233;nis constants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accuser le Japon de n'avoir jamais pr&#233;sent&#233; d'excuses n'a aucun sens. Une simple recherche sur Internet montre que depuis les ann&#233;es 70, l'empereur Hirohito, de nombreux Premiers ministres et des secr&#233;taires d'Etat se sont de nombreuses fois excus&#233;s aupr&#232;s de la Chine, de la Cor&#233;e et d'autres pays asiatiques. Toutefois, le n&#233;gationnisme demeure populaire. Le ministre de l'Education, Fujio Masayuki, fervent d&#233;fenseur de la th&#232;se visant &#224; disculper le Japon d'exactions commises durant la guerre, a d&#233;clar&#233; en 1986 que le massacre ne constituait q'une &#171; partie de l'histoire &#187; et que le proc&#232;s de Tokyo avait &#233;t&#233; &#171; une revanche raciale &#187;. Okuno Seisuke, jeune membre du conseil d'Etat, en visite au sanctuaire de Yasukuni, en 1988, a pour sa part consid&#233;r&#233; que le Japon n'avait pas &#233;t&#233; le seul agresseur et qu'il n'avait d'ailleurs exist&#233; aucune intention d'agression. Des mots tels que &#171; viol &#187; et &#171; agression &#187; &#233;taient bannis des manuels scolaires. Les Japonais qui avaient le courage d'enqu&#234;ter sur les atrocit&#233;s commises par le Japon durant la guerre &#233;taient sans cesse attaqu&#233;s et leurs travaux accus&#233;s de r&#233;pandre &#171; la propagande ennemie &#187;. Un journal de guerre a &#233;t&#233; d&#233;couvert dont la publication &#233;tait pleine d'erreurs intentionnelles afin de falsifier le document original. Les anciens soldats qui se sont excus&#233;s publiquement pour leur r&#244;le dans le massacre de Nankin ont fait l'objet de critiques virulentes et de menaces de mort. Motoshima Hitoshi, l'ancien maire de Nagasaki, qui en 1988 a dit reconna&#238;tre les responsabilit&#233;s de l'empereur durant la guerre, a &#233;t&#233; harcel&#233; et bless&#233; par balle lors d'une tentative d'assassinat. Comme l'a soulign&#233; Iris Chang, il s'agit d'atrocit&#233;s r&#233;it&#233;r&#233;es, non pas pour enterrer les victimes comme ce fut le cas en 1937, mais pour les enfouir dans le n&#233;ant de l'histoire. Ces mesures r&#233;visionnistes, en plus de provoquer des crises diplomatiques, ont jet&#233; le discr&#233;dit sur les excuses officielles fr&#233;quemment pr&#233;sent&#233;es par le Japon, celles-ci &#233;tant jug&#233;es hypocrites et d&#233;cevantes, synonymes de simulacre, de calcul et de rituel vid&#233; de sens. Les Premiers ministres japonais ont pr&#233;sent&#233; des &#171; excuses sinc&#232;res &#187;. Il y eut &#233;galement des n&#233;gociations officielles s&#233;rieuses en vue d'un processus de r&#233;conciliation favorable &#224; une normalisation des rapports entre gouvernements. Comme toujours dans le domaine de la politique, la langue du pardon &#233;tait tout sauf d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Pour tous ceux qui restent fiers de leur &#171; histoire nationale &#187;, qui passent sous silence tout incident susceptible de ternir leur vision id&#233;ale du Japon, il n'a bien &#233;videmment jamais &#233;t&#233; question de demander pardon, de reconna&#238;tre les fautes pass&#233;es ni de manifester le moindre signe de repentir. Sur la sc&#232;ne diplomatique de l'Asie de l'Est, excuse rituelle et d&#233;ni historique, orchestr&#233;s simultan&#233;ment, servent des objectifs politiques contradictoires. D'un c&#244;t&#233;, les excuses officielles r&#233;p&#233;t&#233;es visent &#224; la r&#233;conciliation entre &#233;tats et au r&#233;tablissement de relations normales. D'un autre c&#244;t&#233;, le d&#233;ni constant des crimes de guerre vise &#224; renforcer l'identit&#233; et la fiert&#233; nationales. La souverainet&#233; de l'&#233;tat nation continue de dominer le th&#233;&#226;tre du repentir et de pardon. Elle reste aussi profond&#233;ment ancr&#233;e qu'elle monopolise, de nos jours, la violence l&#233;gitime, la police, les arm&#233;es et le droit de d&#233;clencher des hostilit&#233;s. Il reste difficile d'imaginer, comme l'a r&#234;v&#233; Derrida, un pardon digne de ce nom, non conditionn&#233; par les int&#233;r&#234;ts de l'&#233;tat nation et sa souverainet&#233;. En Asie de l'Est, o&#249; les aspirations nationalistes sont fortes, ce r&#234;ve semble encore plus lointain. Dans ce cas pr&#233;cis, c'est une t&#226;che difficile que de lib&#233;rer la m&#233;moire collective et l'historiographie des int&#233;r&#234;ts dominants de l'&#233;tat qui fonctionnent au gr&#233; des sempiternels lieux de m&#233;moire, comm&#233;morations, manuels scolaires, voire travaux universitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. &lt;i&gt;Jus pos bellum&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte d'une &#171; nouvelle &#232;re d'intervention humanitaire &#187; et de terrorisme international, la th&#233;orie de la &#171; guerre juste &#187; a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une r&#233;habilitation. Comme l'a montr&#233; Noam Chomsky, en 2002, le New York Time s'est fait le porte-parole du consensus occidental en pr&#233;sentant &#171; les bombardements en Afghanistan comme une guerre juste &#187;. Comme le soulignent Michael Hardt et Antonio Negri, la r&#233;cup&#233;ration de l'ancienne conception de &#171; guerre juste &#187; remonte &#224; la guerre froide o&#249; elle avait servi de base &#224; la politique de limitation de l'expansion du communisme d&#233;fendue par le politologue George Kennan aupr&#232;s d'Henry Kissinger. La guerre froide &#233;tait alors con&#231;ue comme une guerre juste dans la mesure o&#249; elle permettait d'endiguer la menace sovi&#233;tique. La guerre juste devint alors une justification morale en vue de maintenir un statut permanent d'ordre mondial et l'id&#233;e de justice de la guerre froide fournit un pr&#233;texte aux guerres imp&#233;rialistes actuelles. En 1991, la guerre du Golf avait pour projet de cr&#233;er &#171; un nouvel ordre mondial &#187;. La politique de l'administration Clinton pour le maintien de la paix et la guerre humanitaire a conduit &#224; un nouvel ordre politique dans les Balkans. La guerre contre le terrorisme, lanc&#233;e apr&#232;s les attaques du 11 septembre, a fait appara&#238;tre la fonction constitutive ainsi que la port&#233;e de la guerre dans l'ordre mondial. Depuis le 17e si&#232;cle, les penseurs politiques europ&#233;ens se sont efforc&#233;s de bannir le concept de guerre juste, r&#233;pandu tout au long du Moyen &#226;ge - tout particuli&#232;rement durant les croisades et les guerres de religion -, et que Grotius a d&#233;fini en ces termes : &#171; La justice n'appartient pas au concept moderne de guerre &#187;. L'intention &#233;tait de s&#233;parer la guerre de domaines tels que la morale et la religion. N&#233;anmoins, les guerres &#171; justes &#187; de la fin du 20e si&#232;cle et d&#233;but du 21e se font l'&#233;cho implicite et explicite des anciennes guerres de religion. Dans le contexte de guerre contre le terrorisme et de diverses op&#233;rations militaires men&#233;es au nom des droits de l'homme, le concept de &#171; guerre juste &#187; est r&#233;apparu dans les discours de politiciens, de journalistes et d'intellectuels. Dor&#233;navant, toute l'humanit&#233; est ainsi, en principe, unie face &#224; des pratiques et &#224; des concepts abstraits tels que le terrorisme. Qui plus est, &#171; l'ennemi &#187;, de plus en plus indiscernable en tant que menace interne, conduit &#224; la criminalisation de diff&#233;rentes formes sociales de contestation et de r&#233;sistance. Traditionnellement, la guerre juste s'articule autour de deux points : &lt;i&gt;jus ad bellum&lt;/i&gt;, le droit d'entrer en guerre, et &lt;i&gt;jus in bello&lt;/i&gt;, le droit propre &#224; la conduite de la guerre. Pendant tr&#232;s longtemps, rien de plus n'a &#233;t&#233; dit sur la phase terminale de la guerre en terme de fin des hostilit&#233;s et de retour &#224; la paix. Toutefois, r&#233;cemment, un int&#233;r&#234;t pour la justice d'apr&#232;s guerre, &lt;i&gt;jus post bellum&lt;/i&gt;, est apparu. Ce regain d'int&#233;r&#234;t a, semble-t-il, conduit &#224; de nombreux conflits destructeurs : guerre du Golf en 1991, guerres civiles en Somalie (1992-1994), Bosnie (1992-1995) et Rwanda (1994-1995). En r&#233;ponse aux conflits en Bosnie et au Rwanda, les Nations unies ont cr&#233;&#233;, &#224; La Haye, le premier tribunal p&#233;nal international pour crimes de guerre depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. A Bagdad, le tribunal sp&#233;cial irakien pour crimes contre l'humanit&#233; a suscit&#233; autant d'int&#233;r&#234;t que celui de tribunal de Nuremberg, l'attention &#233;tant &#224; nouveau focalis&#233;e sur ce qui est permis ou non en temps de guerre et de conflit civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Recherche de la v&#233;rit&#233; ou justice des vainqueurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant les proc&#232;s de Nuremberg et de Tokyo pour mod&#232;les, les intellectuels progressistes soutiennent que les tribunaux internationaux construisent une paix durable en, premi&#232;rement, &#233;liminant les leaders ennemis ; deuxi&#232;mement, traquant les criminels de guerre ; troisi&#232;mement, r&#233;habilitant les anciens pays ennemis ; quatri&#232;mement, attribuant la responsabilit&#233; d'atrocit&#233;s &#224; des individus et non pas &#224; l'ensemble du groupe ethnique ; et pour finir, recherchant la v&#233;rit&#233; sur les atrocit&#233;s commises en temps de guerre. Parmi ces cinq arguments, &#171; la recherche de la v&#233;rit&#233; &#187; a &#233;t&#233; la moins controvers&#233;e, la reconnaissance officielle des faits &#233;tant jug&#233;e capitale dans toute proc&#233;dure judiciaire. Au proc&#232;s de Nuremberg, un dossier de plus de cinq millions de pages a &#233;t&#233; constitu&#233;, publi&#233; plus tard en onze volumes d'actes judiciaires et vingt-deux de poursuites. Au proc&#232;s de Tokyo, trente milles pages de preuves ont &#233;galement &#233;t&#233; rassembl&#233;es. On peut &#171; d&#233;battre autant que l'on voudra sur la justice du proc&#232;s de Nuremberg, mais du point de vue de l'historien, on se trouve confront&#233; &#224; des sentences sans fondement &#187;. En l'absence de preuves fond&#233;es, terrain propice aux d&#233;nis des atrocit&#233;s commises, les tribunaux pour crimes de guerre ne sont pas en mesure de faire taire de tels arguments et leurs sentences peuvent &#234;tre per&#231;ues comme la simple justice des vainqueurs. C'est bien ce qu'a dit Hermann G&#246;ring, depuis sa prison, pour commenter son acte d'accusation : &#171; Le vainqueur sera toujours le juge et le vaincu l'accus&#233; &#187;. Le chef paramilitaire serbe, Zeljko Raznatovic, a quant &#224; lui d&#233;clar&#233; : &#171; Je me rendrai au tribunal pour crimes de guerre quand les Am&#233;ricains seront jug&#233;s pour Hiroshima, Nagasaki, le Vietnam, le Cambodge et Panama ! &#187; Des vainqueurs peuvent &#233;galement tenir des propos similaires. Ainsi le g&#233;n&#233;ral Curtis LeMay, qui avait pris pour cible des dizaines de villes japonaises et particip&#233; aux attaques &#224; la bombe incendiaire sur Tokyo a reconnu : &#171; Je suppose que si j'avais perdu la guerre, j'aurais &#233;t&#233; traduit en justice comme criminel de guerre &#187;. R&#233;cemment, le sp&#233;cialiste en droit international, Richard Falk, a trouv&#233; &#171; ind&#233;niable &#187; que la guerre en Irak &#233;tait un &#171; crime contre la paix pour lequel les leaders allemands avaient &#233;t&#233; accus&#233;s, poursuivis en justice et punis au proc&#232;s de Nuremberg &#187;. En 1954, l'historien britannique, A.J.P Taylor a fait la remarque suivante : &#171; Je ne comprends absolument pas ce qui signifie la culpabilit&#233; ou l'innocence en temps de guerre. Dans un monde o&#249; chaque &#233;tat souverain veille avant tout &#224; ses propres int&#233;r&#234;ts, il peut tout au plus &#234;tre critiqu&#233; pour erreur, mais pas pour crime &#187;. Taylor a &#233;galement sugg&#233;r&#233; que la moralisation de la guerre a rendu les conflits encore plus brutaux : &#171; Les plans de guerre de Bismarck ont tu&#233; des milliers de personnes tandis que les guerres juste du 20e si&#232;cle ont fait des millions de morts &#187;. Sous ces crit&#232;res moraux, qui engendrent des crimes de guerre incompr&#233;hensibles aux yeux de Taylor, c'est bien d'un &#171; nouvel ordre mondial &#187; dont il s'agit. Dans &lt;i&gt;Le Nomos de la terre&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1950, Carl Schmitt fut peut-&#234;tre le premier &#224; analyser &#171; la transformation du sens donn&#233; &#224; la guerre &#187; entre 1914 et 1945, avec la vision &#171; d'un nouvel ordre mondial &#187; se profilant &#224; l'horizon. En ao&#251;t 1914, la Premi&#232;re Guerre mondiale d&#233;buta comme une guerre classique, les puissances bellig&#233;rantes se consid&#233;rant comme aussi souveraines et l&#233;gitimes les unes que les autres. C'est d'ailleurs ainsi qu'elles &#233;taient reconnues par les lois internationales : &lt;i&gt;justi hostes&lt;/i&gt; dans le sens de &lt;i&gt;jus publicum Europaeum&lt;/i&gt;. Selon les lois internationales europ&#233;ennes, l'agression n'&#233;tait pas encore passible d'accusation pour crime. Par &#171; crimes de guerre &#187; on entendait alors des crimes commis pendant les hostilit&#233;s, soit des infractions qui avaient eu lieu en temps de guerre, jus in bello. Toutefois, en 1919, deux articles du Trait&#233; de Versailles annon&#231;aient un changement : l'article 227, accusait l'ancien Kaiser, Wilhelm II, et l'article 231, reconnaissait l'Allemagne responsable de la guerre d'agression et des dommages subis par les gouvernements alli&#233;s. En 1924, le Protocole de Gen&#232;ve pour la r&#233;solution pacifique des conflits internationaux contenait une d&#233;claration selon laquelle la guerre d'agression constituait, pour la premi&#232;re fois de mani&#232;re aussi explicite en Europe, un crime international. Comme l'a soulign&#233; Schmitt, dans le chaos que connut l'Europe entre 1919 et 1939, le dilemme entre la clause juridique du protocole de Gen&#232;vre condamnant la guerre et la question des motifs de guerre, tels que le r&#233;armement et la s&#233;curit&#233;, ne fit que s'aggraver. En fait, de 1919 &#224; 1939, tous les efforts pour &#233;carter les menaces de guerre en les criminalisant furent r&#233;duits &#224; n&#233;ant. Toutefois, en 1945, quand les Etats-Unis et l'URSS se mirent &#224; dominer des &#233;tats europ&#233;ens, ils se mirent d'accord et la criminalisation commen&#231;a. Ce contexte historique permet de mieux saisir les querelles que suscitent certaines formes de d&#233;nis. Tout d'abord, la perception des tribunaux pour crimes de guerre selon laquelle leur objectif est moins la recherche de la v&#233;rit&#233; qu'un proc&#232;s spectaculaire des vainqueurs. A titre d'exemples, David Irving a soutenu qu'Hitler avait &#233;t&#233; caricatur&#233;, ceci d&#232;s le proc&#232;s de Nuremberg o&#249; toutes les responsabilit&#233;s lui avaient &#233;t&#233; attribu&#233;es. Selon Irving, &#171; ces caricatures ont d&#232;s lors brouill&#233; l'&#233;criture de l'histoire &#187;. Au Japon, le philosophe Ueyama Shunpei, s'en est pris &#224; la version officielle de la guerre, version v&#233;hicul&#233;e par les m&#233;dias et les Etats-Unis pour justifier la conduite des Alli&#233;s. Selon Ueyama, la guerre ne fut pas seulement une guerre comme une autre dont le but ultime aurait &#233;t&#233; la sauvegarde des int&#233;r&#234;ts nationaux. A ses yeux, un &#233;tat souverain ne peut pas en juger un autre et il exprime de s&#233;rieux doutes quant &#224; la justice rendue au proc&#232;s de Tokyo &#224; la lumi&#232;re de l'implication des forces alli&#233;es dans les guerres de Cor&#233;e, d'Alg&#233;rie et de Suez. Le romancier, Hayashi Fusao, a publi&#233; une s&#233;rie d'articles intitul&#233;s, &#171; Th&#232;se sur la grande guerre en Asie de l'Est &#187;, dans lesquels il consid&#232;re que le tribunal de Tokyo n'&#233;tait qu'un acte de vengeance des vainqueurs, qu'il n'avait rien &#224; voir avec la &#171; justice &#187;, &#171; l'humanit&#233; &#187; ou la &#171; civilisation &#187;, que la guerre n'avait pas &#233;t&#233; une guerre d'agression men&#233;e par le Japon, comme le tribunal l'avait pr&#233;tendu, qu'il s'agissait plut&#244;t d'une &#171; guerre de cent ans &#187; contre les agresseurs occidentaux. Tanaka Masaaki, l'ancien secr&#233;taire du g&#233;n&#233;ral Matsui Iwane, condamn&#233; &#224; mort au proc&#232;s de Tokyo pour son r&#244;le de commandant en chef durant les massacres de Nankin, a &#233;crit dans La Fabrication des massacres de Nankin, ouvrage publi&#233; en 1984, qu'il n'y avait pas eu de tueries aveugles &#224; Nankin et que les pr&#233;tendus massacres avaient &#233;t&#233; fabriqu&#233;s de toute pi&#232;ce par la propagande du proc&#232;s de Tokyo et celle du gouvernement chinois. A ceux qui croient &#224; la r&#233;alit&#233; des massacres de Nankin, l'ouvrage objecte qu'ils &#171; ignorent que le tribunal n'a fait que rendre la justice des vainqueurs et que son but &#233;tait de prouver de mani&#232;re unilat&#233;rale et artificielle l'inhumanit&#233; et la cruaut&#233; de l'arm&#233;e japonaise, overlook the facts that perjury laws were not applied to the Trial &#187;. Fujioka Nobukatsu, professeur &#224; l'universit&#233; de Tokyo, a cr&#233;&#233; un groupe de recherches historiques dont le premier objectif &#233;tait de r&#233;crire &#171; l'histoire du proc&#232;s de Tokyo &#187; qui, &#224; ses yeux, diabolise le pass&#233; imp&#233;rial du Japon. Les exemples de ce type sont nombreux et d&#233;montrent que le proc&#232;s de Tokyo reste hautement contest&#233;. Selon les n&#233;gationnistes, la v&#233;rit&#233; n'a pas &#233;t&#233; rendue et seul le pass&#233; imp&#233;rial du Japon a fait l'objet d'une diabolisation. Selon eux, le tribunal &#233;tait &#224; la fois injustice et ill&#233;gitime, nul et non avenu en terme de droit international, ne relevant pas d'une juridiction &#224; m&#234;me de juger les chefs de guerre pour des motifs, in&#233;dits jusqu'en 1945, de crime contre la paix et de crime contre l'humanit&#233;. Ils soutiennent que le tribunal a r&#233;ussi &#224; imposer au Japon une &#171; version am&#233;ricaine &#187; de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, qu'il a &#171; lav&#233; le cerveau &#187; des Japonais pour les amener &#224; penser que leur pays avait men&#233; une guerre d'agression et pour saper la fiert&#233; nationale. Les querelles pouvaient ainsi se poursuivre ind&#233;finiment. Rien n'est plus incertain que la &#8220;v&#233;rit&#233;&#8221; rendue par des tribunaux pour crimes de guerre. Les d&#233;bats sur et contre le n&#233;gationnisme ne peuvent se r&#233;soudre par des sentences. Tandis que ces tribunaux sont contest&#233;s, ils apparaissent comme l'invention des vainqueurs &#224; qui revient le droit de juger, de condamner comme d'innocenter. Une difficult&#233; soulign&#233;e par Derrida : chaque fois que le pardon est prononc&#233;, cela suppose un pouvoir souverain, pouvoir n&#233;cessaire pour intenter un proc&#232;s et condamner, &#233;ventuellement acquitter, amnistier ou pardonner. Les n&#233;gationnistes qui contestent ce pouvoir souverain surench&#233;rissent avec un autre id&#233;al de souverainet&#233;. L'id&#233;al de l'absolue souverainet&#233; des &#233;tats nations, tout comme la loi internationale qui pr&#233;valut en Europe jusqu'&#224; la fin de la Premi&#232;re Guerre mondiale et pour laquelle Schmitt &#233;crivit un requiem en 1950, ont finalement trouv&#233; leurs plus virulents d&#233;fenseurs dans le camp des n&#233;gationnistes du 21e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. Un &#171; d&#233;ni officiel &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Derrida l'a remarqu&#233;, &#171; ce qui rend le pardon insupportable ou odieux, voire obsc&#232;ne, est l'affirmation de la souverainet&#233;. Il s'adresse alors le plus souvent de haut en bas, confirmant sa propre libert&#233; ou assumant le pouvoir de pardonner en tant que victime ou en son nom &#187;. Par cons&#233;quent, le pouvoir qui autorise le pardon peut priver la victime de son droit de parole. En Asie de l'Est, apr&#232;s 1945, tout du moins &#224; Taiwan, en Cor&#233;e et en Chine, o&#249; eurent lieu des guerres civiles et de s&#233;v&#232;res r&#233;pressions, la situation a &#233;t&#233; d'autant plus insupportable que les autorit&#233;s qui ont n&#233;goci&#233; le pardon en vue de r&#233;conciliations internationales sont celles-l&#224; m&#234;mes qui se rendirent coupables de meurtres odieux envers leurs concitoyens : &#224; Taiwan, il y eut la r&#233;pression du mouvement du 28 f&#233;vrier 1947 ; en Cor&#233;e du Sud, les massacres de Gwangju du 18 au 27 mai 1980, et en Chine, le 4 juin 1989, le massacre de Tiananmen. Jusqu'&#224; la &#171; r&#233;conciliation nationale &#187;, par un jugement r&#233;vis&#233;, normalement accompagn&#233; d'un changement de r&#233;gime, les exactions commises par le pouvoir souverain &#233;taient consid&#233;r&#233;es comme des mesures n&#233;cessaires maintien de la s&#233;curit&#233; nationale. Leurs victimes se voyaient criminalis&#233;es, consid&#233;r&#233;es comme des hors-la-loi ou des contre-r&#233;volutionnaires dont les t&#233;moignages ne pouvaient circuler librement ni influencer la m&#233;moire collective. En d'autres termes, tandis que pays asiatiques condamnent l'&#233;tat japonais pour n'avoir pas exprim&#233; de remords sinc&#232;res, bon nombre d'entre eux agissent de la m&#234;me fa&#231;on en camouflant les atrocit&#233;s inflig&#233;es &#224; leur propre peuple, faisant taire toute voix susceptible de porter pr&#233;judice au r&#233;gime, de corrompre la fiert&#233; nationale ou la tradition r&#233;volutionnaire. Pire, comme cela s'est produit au lendemain des massacres de Tiananmen, des tribunaux politiques ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour faire &#171; la v&#233;rit&#233; &#187; sur des crimes dits contre-r&#233;volutionnaires. Ces &#233;v&#233;nements, longtemps occult&#233;s par les autorit&#233;s, ont fait l'objet d'une r&#233;vision politique &#224; l'issue de changements de r&#233;gimes qui, &#224; Taiwan comme en Cor&#233;e du Sud, ont marqu&#233; une avanc&#233;e d&#233;mocratique. Entre 1993 et 1997, en Cor&#233;e du Sud, deux anciens pr&#233;sidents responsables du massacre de Gwangju ont fait l'objet d'enqu&#234;te, de mise en examen, de condamnation puis d'amnistie. Le 18 mai fut d&#233;cr&#233;t&#233; jour de comm&#233;moration. A Taiwan, en 1995, le Pr&#233;sident Lee a prononc&#233; des excuses officielles pour les victimes du 28 f&#233;vrier. L'ann&#233;e suivante, cette date &#233;tait d&#233;clar&#233;e jour de comm&#233;morations nationales avec ouverture d'un m&#233;morial. La r&#233;vision historique de ces &#233;v&#233;nements a marqu&#233; une nouvelle orientation dans l'historiographie et l'industrie de la m&#233;moire. Les partis comme les politiciens, pour qui les calculs &#233;lectoraux de leurs campagnes priment plus de tout, exploitent, manipulent et simplifient les ressentiments des victimes en haines raciales dont ils peuvent tirer profit. Ceci explique les relents naus&#233;abonds et obsc&#232;nes qui pr&#233;valent dans bon nombre de r&#233;cits. A Taiwan, o&#249; l'on encourage les t&#233;moignages oraux, on assiste &#224; un floril&#232;ge de r&#233;cits diff&#233;rents qui refl&#232;tent bien la complexit&#233; des &#233;v&#233;nements pass&#233;s. Toutefois, dans le cadre id&#233;ologique de leur publication, ces t&#233;moignages, le plus souvent r&#233;duits &#224; de r&#233;p&#233;titives accusations de complots, sont r&#233;cup&#233;r&#233;s par des partis et des politiciens plus que douteux. En Chine, le massacre de Tiananmen n'a toujours pas fait l'objet de la r&#233;vision requise. La m&#233;moire et l'histoire de l'&#233;v&#233;nement restent tabou ou soumis &#224; une stricte censure. Il est vrai que les &#233;v&#233;nements du 4 juin sont loin d'&#234;tre le seul &#233;pisode de l'histoire banni de la m&#233;moire par le r&#233;gime de Beijing. La p&#233;riode noire de la r&#233;volution culturelle de 1965-1976, bien qu'elle ait donn&#233; lieu au proc&#232;s de la bande des quatre, dans les ann&#233;es 1980, a seulement conduit &#224; l'inculpation d'un petit groupe de responsables, sans r&#233;v&#233;ler l'ampleur des actes de barbarie et des crimes contre l'humanit&#233;. Une enqu&#234;te sur cette sombre p&#233;riode, correctement men&#233;e, ne manquerait pas de mettre en cause le leadership du Parti. De part et d'autre du d&#233;troit de Taiwan, la guerre civile entre les communistes et le Guomintang chinois a scind&#233; la m&#233;moire collective en deux camps. Les deux r&#233;gimes se sont appuy&#233;s sur leur propre version de l'histoire de la Chine qui, depuis la scission de 1927, a conduit &#224; des d&#233;nis historiques mutuels qui, sous la forme d'une guerre civile inachev&#233;e, pourrait caract&#233;riser une forme particuli&#232;re de r&#233;visionnisme. La guerre civile et la r&#233;volution chinoise des trois premiers quarts du 20e si&#232;cle permettent tr&#232;s difficilement de penser en termes de pardon et de justice. Pourtant, des meurtres organis&#233;s de grande envergure ont constitu&#233; des r&#233;volutions &#171; l&#233;gitimes &#187;, voire des &#171; lib&#233;rations &#187;. Dans ce cas, nous c&#233;l&#233;brons et comm&#233;morons les &#233;v&#233;nements sans exprimer de remords pour les exc&#232;s de violence. Derrida a sugg&#233;r&#233; que nous sommes tous les h&#233;ritiers d'&#233;v&#233;nements qui portent la marque ind&#233;l&#233;bile de crimes contre l'humanit&#233;. Il a bien entendu &#224; l'esprit la r&#233;volution fran&#231;aise, et il ajoute qu'elle permit &#171; l'&#233;mergence de concepts tels que les droits de l'homme ou de crimes contre l'humanit&#233; &#187;. Personnellement, je songe au trois ann&#233;es qui se sont &#233;coul&#233;es apr&#232;s la lib&#233;ration de 1949, p&#233;riode durant laquelle des millions de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es lors de conflits li&#233;s aux &#171; r&#233;formes agraires &#187;, aux campagnes anti-r&#233;volutionnaires et aux purges. Pour ces victimes, peu de traces &#233;crites subsistent. La violence &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme constitutive d'une soci&#233;t&#233; qui s'autoproclamait &#171; nouvelle &#187;. Les intellectuels n'ont pas &#233;crit pour les victimes des atrocit&#233;s commises par l'&#233;tat. Les &#233;crivains n'ont pas &#233;crit l'histoire de ceux &#224; qui personne n'a demand&#233; pardon. Ils n'apparaissent m&#234;me pas dans les discours r&#233;visionnistes. Nous devrions admettre l'argument r&#233;visionniste selon lequel les proc&#232;s pour crimes de guerre n'avaient pas les qualit&#233;s requises pour aller suffisamment loin dans leurs accusations. Ces tribunaux ont ignor&#233; les crimes commis par les vainqueurs, de m&#234;me ceux perp&#233;tu&#233;s pour des raisons politiques. En raison de ces manquements, on pourrait envisager un syst&#232;me international qui poursuivrait pour crimes de guerre aussi bien les vaincus que les vainqueurs, ceci selon des standards &#233;quivalents. Actuellement, on s'achemine vers une globalisation de l'histoire, de la m&#233;moire des crimes de guerre et des crimes d'&#233;tat. Ce mouvement, qui s'accompagne d'une dramatisation de la sc&#232;ne du repentir et du pardon, de proc&#232;s contre des crimes de guerre, n'est pas l'antith&#232;se de mouvements r&#233;visionnistes. Tous deux ont contribu&#233; &#224; ces deux th&#233;&#226;tres &#224; travers le monde. L'antith&#232;se se trouve peut-&#234;tre dans ce que Camus, dans Le T&#233;moin de la libert&#233;, en 1948, a caract&#233;ris&#233; comme &#171; l'image trompeuse de l'histoire comme abstraction &#187;, &#224; savoir une repr&#233;sentation id&#233;ologique, statistique et administrative, dans laquelle la mort devient invisible, &#171; une civilisation o&#249; le meurtre et la violence sont d&#233;j&#224; des doctrines en voie de devenir des institutions &#187; dans lesquelles &#171; les ex&#233;cutants ont obtenu le droit de devenir des administrateurs &#187;. De nos jours, de telles abstractions portent le nom de &#171; guerre propre &#187;, de &#171; guerre de lib&#233;ration &#187; (destituer un despote), de guerre &#171; pour la d&#233;mocratie &#187;, de &#171; l'humanit&#233; unie contre le terrorisme &#187; et les pouvoirs souverains s'arrogent le droit de r&#233;primer leur peuple au nom de la &#171; r&#233;volution &#187; ou de la &#171; lib&#233;ration &#187;. Une multitude de souffrances et de morts subsistent derri&#232;re les tribunaux pour crimes de guerre, la sc&#232;ne dramatis&#233;e du repentir et de pardon, de m&#234;me derri&#232;re les querelles r&#233;visionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yuan-horngj CHU, Universit&#233; Chiao-tung, Taiwan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Premi&#232;re publication : 2 d&#233;cembre 2007)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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