<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Ici et ailleurs</title>
	<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?id_auteur=401&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Ici et ailleurs</title>
		<url>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/local/cache-vignettes/L144xH127/logo-b65f2.png?1774727851</url>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/</link>
		<height>127</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Une fl&#226;nerie d&#233;sinvolte entre histoire et intrigue</title>
		<link>https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1297</link>
		<guid isPermaLink="true">https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=article&amp;id_article=1297</guid>
		<dc:date>2024-04-15T12:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Debra Cockburn</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A force de passer mes soir&#233;es &#224; regarder des thrillers de s&#233;rie B (et des ann&#233;es 1950) sur YouTube, j'en suis venue &#224; me demander ce que l'on pouvait faire de la distinction toute acad&#233;mique entre histoire (story) et intrigue (plot). Il existe, m'instruit le grand Joachim, &#224; ce propos, une sorte d'orthodoxie, et elle est, comme il se doit, anglo-saxonne. Elle nous vient du romancier britannique Edward Morgan Forster et elle tient, rappelle mon docte ami, dans un exemple c&#233;l&#232;bre : &#171; le roi (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A force de passer mes soir&#233;es &#224; regarder des &lt;i&gt;thrillers&lt;/i&gt; de s&#233;rie B (et des ann&#233;es 1950) sur YouTube, j'en suis venue &#224; me demander ce que l'on pouvait faire de la distinction toute acad&#233;mique entre histoire (&lt;i&gt;story&lt;/i&gt;) et intrigue (&lt;i&gt;plot&lt;/i&gt;). Il existe, m'instruit le grand Joachim, &#224; ce propos, une sorte d'orthodoxie, et elle est, comme il se doit, anglo-saxonne. Elle nous vient du romancier britannique Edward Morgan Forster&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edward Morgan Forster (1879-1970). Auteur, entre autres, de A Room with View (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et elle tient, rappelle mon docte ami, dans un exemple c&#233;l&#232;bre : &#171; le roi est mort, puis la reine &#8211; the king died and then the queen died &#187;. C'est une histoire. Mais si l'on dit : &#171; The king died and then the queen died &lt;i&gt;of grief&lt;/i&gt; &#187;, la reine mourut de &lt;i&gt;chagrin&lt;/i&gt;, l&#224; on entre dans le domaine de l'intrigue, car on introduit un &#233;l&#233;ment de causalit&#233;. Du coup, l'intrigue, dit Forster, s'enrichit ou s'enveloppe d'un &#233;l&#233;ment de myst&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Joachim r&#233;sume la distinction dans les termes suivants : &#171; La &lt;i&gt;story&lt;/i&gt;, c'est la succession des &#233;v&#233;nements dans l'ordre o&#249; ils sont survenus, et le &lt;i&gt;plot&lt;/i&gt; connecte diff&#233;rents &#233;l&#233;ments &#187;. L'intrigue a un beau pedigree : c'est Aristote qui, dans la &lt;i&gt;Po&#233;tique&lt;/i&gt;, la d&#233;finit &#171; action unifi&#233;e formant un tout avec un d&#233;but, un milieu et une fin &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je commence d&#233;j&#224; &#224; ren&#226;cler un peu : une histoire, dans son sens le plus extensif, a aussi, me semble-t-il, un d&#233;but, un milieu et une fin. La distinction tend donc, &#224; l'aune de ce seul crit&#232;re, &#224; devenir floue. Sans compter qu'il serait bien int&#233;ressant de se demander ici ce qu'est le &#171; milieu &#187; d'une intrigue ou d'une histoire, &#224; proprement parler. A la lumi&#232;re notamment de la recommandation tant soit peu &#233;nigmatique &#233;nonc&#233;e par Deleuze : il vaut toujours mieux commencer &#171; par le milieu &#187;...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Ab&#233;c&#233;daire, 1988-89 &#8211; avec Claire Parnet.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je ren&#226;cle surtout parce qu'en premi&#232;re approche, je ne vois pas comment la distinction, telle que d&#233;finie par Forster, peut se transporter du monde de la litt&#233;rature &#224; celui du cin&#233;ma : dans l'espace litt&#233;raire, la diff&#233;rence a un marqueur visible et lisible &#8211; &#171; of grief &#187; &#8211; les deux mots qui font toute la diff&#233;rence, en introduisant le rapport de causalit&#233; entre le chagrin &#233;prouv&#233; par la reine et sa mort. Mais imaginez le m&#234;me contexte dans un film : le roi se meurt et puis, peu apr&#232;s, la reine ne se sent pas bien, elle prend le lit et elle meurt. On peut &#233;videmment supputer qu'un rapport plus ou moins direct s'&#233;tablit entre les deux &#233;v&#233;nements. Mais de l&#224; &#224; placer ce rapport sous le signe du lien de causalit&#233;... Faudrait-il que le film soit mauvais pour que la reine, &#224; l'agonie, lance &#224; la ronde : &#171; Je meurs... de chagrin ! &#187; Le g&#233;nie propre au cin&#233;ma, c'est pr&#233;cis&#233;ment de produire du flou, d'introduire des &#233;l&#233;ments d'incertitude dans la relation entre les deux &#233;v&#233;nements &#8211; peut-&#234;tre, aussi bien, la reine est-elle morte d'une immense fatigue, d'une mauvaise grippe, peut-&#234;tre n'avait-elle tout simplement plus envie de vivre, pour toutes sortes de raisons, la mort du roi, entre autres... rien qui, en tout cas, se laisse r&#233;duire aux seules conditions, directes et imm&#233;diates, du chagrin caus&#233; par la mort du souverain. S'il y a bien, dans cette s&#233;quence ou sc&#232;ne o&#249; la reine se meurt, un &#233;l&#233;ment de myst&#232;re, comme dit Forster, c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment o&#249; cette mort s'entoure de bien davantage qu'un rapport de causalit&#233; directe &#8211; tout ce qui se rassemble dans des expressions, des gestes, des paroles &#233;chang&#233;es, des attitudes, des conduites et qui constitue le tout complexe, flottant, n&#233;buleux de ce moment de la mort de la reine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait m&#234;me que le cin&#233;ma, de par son mode d'expression et de pr&#233;sence propre, soit r&#233;tif et m&#234;me plut&#244;t allergique &#224; ce qui s'&#233;nonce en termes de causes et d'effets, sur un mode direct et lin&#233;aire, c'est cela m&#234;me qui le distingue ici de l'espace litt&#233;raire tel que le d&#233;finit Forster (comme monde de l'intrigue, par opposition &#224; celui de la simple histoire). La question ne serait &#233;videmment pas de savoir s'il y a bien des intrigues au cin&#233;ma &#8211; il n'y a que &#231;a &#8211; mais plut&#244;t d'interroger la pertinence de la distinction tranch&#233;e entre &lt;i&gt;story&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;plot&lt;/i&gt; &#224; laquelle nous assigne le romancier britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ici distinguer causalit&#233; et &lt;i&gt;encha&#238;nement(s)&lt;/i&gt;. Il n'existe pas, au cin&#233;ma, de film qui soit assign&#233; au r&#233;gime de la simple histoire, si simple qu'elle se tiendrait en de&#231;&#224; de l'intrigue dont le propre serait d'&#234;tre soutenue par la pr&#233;sence de rapports de causalit&#233;. Il y a toujours, dans les films, des encha&#238;nements, d'une sc&#232;ne ou d'une s&#233;quence sur une autre, d'une action sur une autre, d'une parole sur une autre, d'un geste sur un autre, etc. Ces encha&#238;nements sont tr&#232;s loin de se placer, tous, sous le r&#233;gime de la causalit&#233;. Une action s'encha&#238;ne sur une autre, ce qui ne veut dire en rien que la premi&#232;re est cause de la seconde. Elle peut s'y lier, s'y associer, s'y encha&#238;ner, en d&#233;couler m&#234;me de mille fa&#231;ons &#8211; le hasard peut &#234;tre la modalit&#233; de l'encha&#238;nement de l'une sur l'autre, par exemple. Ce qui compte, au cin&#233;ma et qui constitue la trame du r&#233;cit unique, pour autant que le film se pr&#233;sente comme une forme et un objet homog&#232;ne, c'est que &#171; &#231;a encha&#238;ne &#187; tout le temps, quand bien m&#234;me les fondus &lt;i&gt;encha&#238;n&#233;s&lt;/i&gt; se seraient faits rares, depuis un certain temps d&#233;j&#224;. &#199;a encha&#238;ne, m&#234;me quand on passe sans transition d'une sc&#232;ne ou d'une s&#233;quence &#224; une autre. Le montage qui construit une narration, le mixage qui homog&#233;n&#233;ise, la musique qui soutient la narration, le bruitage qui &#171; meuble &#187; les sc&#232;nes, les changements de cadres, la fa&#231;on de les remplir (la mise en sc&#232;ne et la direction d'acteurs) &#8211; tout ceci produit un monde d'encha&#238;nements dont la combinaison infiniment complexe produit un r&#233;cit. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le r&#233;cit filmique ne &#171; tourne &#187; pas &#224; la causalit&#233;, laquelle est molaire (dans la version propos&#233;e par Forster) mais, de fa&#231;on infiniment plus prolif&#233;rante et mol&#233;culaire, de la multitude des encha&#238;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, ce qui nourrit le doute quant &#224; l'approche forst&#233;rienne de la distinction entre &lt;i&gt;story&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;plot&lt;/i&gt;, c'est le fait que dans la plus minimaliste, voire simplette ou st&#233;r&#233;otyp&#233;e des &#171; histoires &#187; que raconte un film, il y a toujours quelque chose qui vient &lt;i&gt;en surcro&#238;t d'une simple chronique&lt;/i&gt;, celle d'une attaque de banque qui tourne mal, d'une histoire d'amour impossible, des m&#233;faits de flics corrompus, des sombres calculs d'un mari qui se dispose &#224; tuer son &#233;pouse pour convoler avec sa ma&#238;tresse, etc. Le surcro&#238;t ou l'exc&#233;dent ne se laissent pas r&#233;duire, y compris dans le cin&#233;ma hollywoodien le plus industriel (d'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la &#171; s&#233;rie &#187; infinie des thrillers de seconde cat&#233;gorie de l'apr&#232;s-guerre et du temps de la Guerre froide), &#224; la &lt;i&gt;morale de l'histoire&lt;/i&gt; &#8211; car il y en a presque toujours une... Ce qui vient toujours &lt;i&gt;en suppl&#233;ment&lt;/i&gt; de la simple chronique, c'est un motif plus ou moins distinctement ou habilement dessin&#233;, un &lt;i&gt;topos&lt;/i&gt; qui peut &#234;tre plus ou moins rebattu ou original, une petite musique. Quelque chose comme l'esquisse d'un probl&#232;me soumis &#224; l'appr&#233;ciation du spectateur &#8211; pour peu que celui-ci se pr&#234;te au jeu, ce qui n'est pas s&#251;r &#8211; il est venu voir ce film du samedi soir pour se divertir et/ou pour sortir sa petite amie...&lt;br class='autobr' /&gt;
Souvent, cela ressemble &#224; ce que Roland Barthes appelle, dans le r&#233;cit de son voyage en Chine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Roland Barthes : Carnets du voyage en Chine, Christian Bourgois, 2009.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une &#171; brique &#187; &#8211; tant le motif est calibr&#233;, st&#233;r&#233;otyp&#233;, attendu : l'alcoolique ab&#238;m&#233; par la vie et en qu&#234;te de redressement, le voyou qui tombe amoureux et s'efforce de se racheter, les deux amis &#224; la vie &#224; la mort qui se d&#233;chirent pour une femme (les faux-fuyants de l'amiti&#233;), la femme amoureuse bafou&#233;e et qui se venge atrocement, l'ancien truand qui s'est achet&#233; une conduite apr&#232;s avoir &#171; pay&#233; sa dette &#187; et qui rechute au gr&#233; d'un concours de circonstances... Ce n'est pas tant la dimension morale qui importe ici que ce que l'on pourrait appeler la mont&#233;e vers quelque chose d'interm&#233;diaire entre la ritournelle et le mythe &#8211; tout se passant comme si la plus simple des histoires recelait, dans ce cin&#233;ma du moins (dans les films de Georges Lautner, j'en suis moins s&#251;r) des puissances narratives exc&#233;dant le chronique, voire mythiques. Dans le &lt;i&gt;thriller&lt;/i&gt;, ce ne sont pas tellement des rapports de causalit&#233; qui sont &#224; l'&#339;uvre, mais plut&#244;t l'inexorable accomplissement du destin &#8211; d'o&#249; ses affinit&#233;s avec la trag&#233;die antique, cela a &#233;t&#233; dit mille fois...&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#232;se de Forster semble &#234;tre que l'on est entr&#233; dans le monde de l'intrigue lorsque surviennent des explications, lorsque des r&#233;ponses sont fournies &#224; la question &#171; pourquoi ? &#187; (&#171; If it is a story we say : &#034;And then ?&#034; &#187; If it is a plot, we ask : &#034;Why ?&#034; &#187;. That is the fundamental difference between these two aspects of the novel &#187;). Si tel est le cas, il serait &#224; craindre que les romans de Kafka ne soient que des &#171; histoires &#187; &#8211; un monde o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, les choses, les &#233;v&#233;nements et les conduites surviennent le plus souvent sans raison et dont on pourrait dire qu'&#224; ce titre il anticipe sur celui des camps &#8211; &lt;i&gt;hier ist kein warum&lt;/i&gt; !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Primo Levi : Si c'est un homme, traduit de l'italien par Martine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Inversement, on pourrait dire que dans les &lt;i&gt;thrillers&lt;/i&gt; hollywoodiens de s&#233;rie B qui ont en propre d'&#234;tre construits sur des histoires de peu (des sc&#233;narii basiques, souvent emprunt&#233;s &#224; des polars), les &#171; pourquoi ? &#187; Et les &#171; parce que &#187; ! pullulent. Mais ce sont des questions et des r&#233;ponses (ou des explications) de peu de qualit&#233;, qui, le plus souvent, enfoncent des portes ouvertes &#8211; pourquoi tel personnage est-il si irascible (violent, fragile...) ? Parce qu'il boit (qu'il a eu une enfance malheureuse...). Pourquoi telle blonde platin&#233;e est-elle si cupide et pr&#234;te &#224; tout pour se faire offrir un bijou de prix, un cabriolet d&#233;capotable, un vison ? Parce qu'elle a connu la mis&#232;re, qu'elle a d&#251; se prostituer et qu'il n'est pas question pour elle de rechuter dans cette condition... Les explications standard ne viennent pas en surcro&#238;t du d&#233;roulement de l'histoire, elles y sont &lt;i&gt;tout naturellement immanentes&lt;/i&gt;, le spectateur les saisit d'embl&#233;e en m&#234;me temps que se d&#233;roule le suspense. Je ne connais gu&#232;re d'histoire en forme de chronique ou d'encha&#238;nement de situations, d'&#233;v&#233;nements et de conduites qui soit fond&#233;e exclusivement sur le principe &#171; And then ? &#187;, &#224; l'exclusion de tout &#233;l&#233;ment, disons, explicatif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un exemple entre mille : The Dark Corner de Henry Hathaway (1946) s'ouvre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons les aventures de Tintin : le &#171; and then ? &#187; y est un principe premier, puisque l'histoire soit &#234;tre racont&#233;e de telle mani&#232;re que la question de savoir ce qui vient ensuite se pose de fa&#231;on br&#251;lante &#224; la fin de chaque page (la suite &#233;tant renvoy&#233;e au prochain num&#233;ro, c'est-&#224;-dire &#224; la semaine suivante &#8211; ceci avant que les aventures soient collationn&#233;es sous forme d'album (mais le principe du suspense en bas de chaque page est maintenu). Cela &#233;tant, je ne vois pas en quoi cette religion du &#171; And then ? &#187; qui est un des ingr&#233;dients du succ&#232;s de Tintin s'opposerait &#224; la prolif&#233;ration d'une multitude de Why ?, tout au long de chaque histoire. Je ne vois pas, d'ailleurs, comment il pourrait en &#234;tre autrement, chaque aventure de Tintin &#233;tant construite autour d'un myst&#232;re &#224; &#233;lucider, le &#171; petit reporter &#187; lui-m&#234;me &#233;tant, en v&#233;rit&#233;, un enqu&#234;teur hors pair dont le talent consiste &#224; d&#233;m&#234;ler les fils des plus compliqu&#233;es des... intrigues. Or, conduire une enqu&#234;te, comme le fait Tintin ou toute autre esp&#232;ce de limier, cela consiste &#224; pratiquer la connaissance indiciaire, rassembler des traces et les interpr&#233;ter en vue de r&#233;pondre &#224; des question irr&#233;solues &#8211; le r&#232;gne du &#171; Why ? &#187; Et du &#171; Because ! &#187;..., donc &#8211; &lt;i&gt;Eureka&lt;/i&gt; !, l'expression survient &#224; son heure dans les albums Tintin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre me suis-je m&#233;prise sur l'intention de Forster &#8211; peut-&#234;tre celle-ci ne serait-elle pas tant d'opposer la &lt;i&gt;story&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;plot&lt;/i&gt; que de les &lt;i&gt;distinguer&lt;/i&gt;, comme deux niveaux du r&#233;cit. Dans ce cas, tout r&#233;cit combinerait une dimension qui serait celle de l'histoire (&#171; les &#233;v&#233;nements dans l'ordre o&#249; ils seraient survenus &#187;) et l'intrigue (ce &#171; qui connecte diff&#233;rents &#233;l&#233;ments pour leur donner du sens &#187;). Il faudrait alors remarquer d'embl&#233;e que cette distinction est loin de faire autorit&#233; dans la langue d'origine &#8211; la preuve &#233;tant que dans les articles de Wikip&#233;dia consacr&#233;s &#224; un film, la partie concernant ce qui est d&#233;sign&#233; comme &lt;i&gt;plot&lt;/i&gt; est g&#233;n&#233;ralement faite d'un r&#233;cit lin&#233;aire plus ou moins abr&#233;g&#233; ou d&#233;taill&#233; de l'histoire (le sc&#233;nario) comme succession d'&#233;v&#233;nements et d'actions. Dans ses r&#233;flexions sur le roman, Forster dit bien &#171; &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; story &#187;, &#171; &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; plot &#187; et oppose donc bien, &#224; ce titre, deux &#171; esp&#232;ces &#187; diff&#233;rentes. S'il avait envisag&#233; les choses sous l'autre angle &#8211; la fa&#231;on dont, dans un m&#234;me r&#233;cit, il convient de distinguer la part de la &#171; story &#187; et celle du &#171; plot &#187;, il aurait plut&#244;t dit, me semble-t-il, &#171; &lt;i&gt;the&lt;/i&gt; plot, &lt;i&gt;the&lt;/i&gt; story &#187;. C'est donc bien la distinction m&#234;me qu'op&#232;re Forster qui, d&#233;cid&#233;ment, m'appara&#238;t probl&#233;matique. L'intrigue ne vaut rien si elle n'est pas immanente &#224; l'histoire et r&#233;ciproquement. Et l'intrigue immerg&#233;e dans l'histoire, indissociable de celle-ci, cela s'appelle &lt;i&gt;un r&#233;cit&lt;/i&gt; (a &lt;i&gt;narrative&lt;/i&gt;).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans tout r&#233;cit sont en jeu un narrateur, un ou des r&#233;cepteurs, une exp&#233;rience (ou &lt;i&gt;de l'&lt;/i&gt;exp&#233;rience), et la transmission. Rien de ceci n'est pris en compte dans la double d&#233;finition forst&#233;rienne. Or, ce qui nous met en pr&#233;sence de la dimension &#233;thique du r&#233;cit, c'est sa transmission par un narrateur qui s'adresse &#224; des auditeurs ou des spectateurs, lesquels sont susceptibles de devenir &#224; leur tour des transmetteurs. C'est le fameux motif benjaminien qui circule &#171; de bouche en bouche &#187;. Forster ne s'int&#233;resse pas &#224; la relation qui s'&#233;tablit entre un r&#233;cit et une exp&#233;rience, ou, plus g&#233;n&#233;ralement, &#224; la fa&#231;on dont le r&#233;cit se fait convoyeur et pourvoyeur d'exp&#233;rience(s). Or, cet aspect des choses est primordial. Le plus b&#226;cl&#233; des &lt;i&gt;thrillers&lt;/i&gt; ou westerns de s&#233;rie B v&#233;hicule de l'exp&#233;rience et la socialise, aussi pauvre ou biais&#233; le r&#233;cit qui en est fait soit-il. La transmission de l'exp&#233;rience ne se fait pas sur un mode explicatif (didactique, p&#233;dagogique...) mais direct, vivant &#8211; un personnage est rapidement camp&#233;, et le voici plong&#233; dans le tourbillon des affaires du monde &#8211; des affaires sombres et embrouill&#233;es, si l'on demeure attach&#233; au domaine du &lt;i&gt;thriller&lt;/i&gt;. Il lui faut affronter le n&#233;gatif sous toutes les esp&#232;ces de celui-ci &#8211; de cet affrontement r&#233;sulte un apprentissage, lequel se rassemble en exp&#233;rience. Tout en racontant une histoire, c'est-&#224;-dire en captant l'attention de l'auditoire ou du public, le narrateur se fait diffuseur ou colporteur d'une exp&#233;rience. Le personnage a d&#251;, pour affronter le n&#233;gatif, &#233;laborer des tactiques, agir, m&#251;rir. Le r&#233;cit ne se contente pas de raconter, il transmet. Il n'existe pas ind&#233;pendamment des interactions entre le narrateur et le ou les r&#233;cepteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Benjamin a raison de partir du narrateur plut&#244;t que de la morphologie du r&#233;cit, dans la mesure o&#249; le premier est le barom&#232;tre de l'exp&#233;rience&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Walter Benjamin : Le narrateur, 1939.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand l'exp&#233;rience s'appauvrit, les narrateurs se d&#233;bandent et les r&#233;cits s'&#233;tiolent. Il faut toujours repartir de la cha&#238;ne d'&#233;quivalence qui se forme ici entre exp&#233;rience, r&#233;cit et narrateur. Ce qui importe, c'est la transmissibilit&#233; des exp&#233;riences mises en forme comme r&#233;cits ou comme histoires par le narrateur (la narratrice). Une histoire n'est pas bonne selon qu'elle est adoss&#233;e &#224; une bonne intrigue, entendue dans le sens technique du terme, mais plut&#244;t selon qu'elle est habit&#233;e par les puissances de l'exp&#233;rience, qu'elle met en circulation cette exp&#233;rience et produit, &#224; partir d'elle, du commun. Ce dont le public est en attente, ce n'est pas de films ou de romans fond&#233;s sur des intrigues hypersophistiqu&#233;es, mais d'histoires &lt;i&gt;fortes&lt;/i&gt; pour autant qu'elles lui font partager des exp&#233;riences qui le descellent de sa condition &#233;triqu&#233;e. D'o&#249; l'impasse d'un cin&#233;ma comme ceux de David Lynch ou tel virtuose du film policier hongkongais &#8211; le f&#233;tichisme snob des intrigues labyrinthiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, la question que nous, spectateurs, sommes en droit d'adresser aux cin&#233;astes (ou nous, lecteurs, aux romanciers) est toujours la m&#234;me : avez-vous vraiment des histoires &lt;i&gt;qui importent vraiment&lt;/i&gt; &#224; nous raconter ? Ce qui importe vraiment se rattache toujours &#224; la qualit&#233; d'une exp&#233;rience, directe ou indirecte. Dans une &#233;poque basse, o&#249; dominent la futilit&#233; et les passions tristes, le niveau de l'exp&#233;rience baisse ou, pour parodier la formule de Benjamin, sa &#171; cote &#187;, et les r&#233;cits s'appauvrissent. Les histoires tiss&#233;es de motifs &#233;vanescents (ou pire) pullulent, les suppos&#233;s cr&#233;ateurs ne savent plus op&#233;rer le partage entre ce qui importe et ce qui est n&#233;gligeable ou frivole, sans importance, voire pure diversion. Aujourd'hui, dans le monde des d&#233;mocraties occidentales/blanches, la futilit&#233; est au poste de commande dans les industries culturelles, les narrateurs sont &#224; bout de souffle et les lecteurs ou les spectateurs sont distraits ; aussi bien, leur attention est d&#233;sormais capt&#233;e par les &#233;crans qui, eux, ne racontent pas des histoires et ne transmettent pas de l'exp&#233;rience. L'un des sympt&#244;mes du rabougrissement du champ de l'exp&#233;rience, en g&#233;n&#233;ral, c'est la formation des bulles, des microsph&#232;res particularisantes autocentr&#233;es, riv&#233;es sur leurs &#171; petits histoires &#187;, &#233;trang&#232;res &#224; toute notion du commun, au-del&#224; de leur horizon infra-tribal.&lt;br class='autobr' /&gt;
La qualit&#233; d'une &#233;poque se mesure largement &#224; celle des histoires qui y circulent, de la puissance (le souffle) de celles-ci &#8211; de leur envergure. Le propre des histoires, quand elles ont cette qualit&#233;, est de transversaliser (traverser des mondes h&#233;t&#233;rog&#232;nes), de f&#233;d&#233;rer, de rassembler. Ce qu'avaient par exemple la capacit&#233; de faire certaines &#339;uvres litt&#233;raires au XIX&#232;me si&#232;cle &#8211; &lt;i&gt;Les Mis&#233;rables&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;David Copperfield&lt;/i&gt; ou, ant&#233;rieurement d&#233;j&#224;, &lt;i&gt;Les souffrances du jeune Werther&lt;/i&gt;. Par contraste, apr&#232;s que le cin&#233;ma est venu rivaliser avec la litt&#233;rature dans le r&#244;le de Grand Narrateur, au sens de ma&#238;tre des histoires, voire la supplanter aupr&#232;s du public populaire, nous sommes entr&#233;s dans un temps o&#249; les histoires entendues dans ce sens ont c&#233;d&#233; le pas &#224; la circulation des &#171; messages &#187;, &#224; la prolif&#233;rante communication entendue, au fond, comme &lt;i&gt;bruit&lt;/i&gt;. Bruit de fond de l'existence sociale. Les histoires fabriquaient du peuple, toutes sortes de peuples, plut&#244;t ; la communication fabrique, elle, de la masse anomique et dispers&#233;e dans sa condition m&#234;me de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une large mesure, le cin&#233;ma a pris, dans les soci&#233;t&#233;s du Nord global, le relais de la litt&#233;rature dans le r&#244;le du ma&#238;tre des r&#233;cits et des histoires. Dans d'autres, il a d'embl&#233;e jou&#233; pour la masse ce r&#244;le que la litt&#233;rature n'avait jamais eu la possibilit&#233; de jouer &#8211; m&#234;me ceux qui ne savent pas lire peuvent suivre le film...&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait aller un pas plus loin en osant l'hypoth&#232;se selon laquelle le cin&#233;ma s'est progressivement empar&#233;, au XX&#232;me si&#232;cle, de la facult&#233; de raconter des histoires, au d&#233;triment de la litt&#233;rature. Le cin&#233;ma, comme appareil, comme art et industrie (il faudrait presque &#233;crire &lt;i&gt;artindustrie&lt;/i&gt;) s'est impos&#233; comme le Grand Narrateur et le ma&#238;tre des histoires. La litt&#233;rature raconte encore des histoires, mais comme les peintres du dimanche font encore des tableaux impressionnistes &#8211; c'est l'&#233;criture qui a pris le relais de la litt&#233;rature et l'&#233;criture &lt;i&gt;ne raconte pas des histoires&lt;/i&gt;, elle existe et prosp&#232;re sous un autre r&#233;gime qui est celui de l'inscription des traces. Le passage au r&#233;gime d'&#233;criture pr&#233;suppose une d&#233;perdition de la capacit&#233; de raconter des histoires et de se constituer comme auteur &#8211; l'&#233;criture survient toujours d'une mani&#232;re plus ou moins marqu&#233;e sur les ruines de la litt&#233;rature. L'&#233;criture prosp&#232;re quand la litt&#233;rature ne continue &#224; raconter des histoires que par automatisme, sur sa lanc&#233;e, comme un astre mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cin&#233;ma qui est plus jeune que la litt&#233;rature n'a pas connu les affres du m&#234;me processus d'&#233;puisement de ses puissances narratives, il peut donc encore nous raconter des histoires, m&#234;me s'il souffre aussi de ce ph&#233;nom&#232;ne g&#233;n&#233;ral qu'est, dans les pays du Nord global et les d&#233;mocraties lib&#233;rales, le d&#233;clin de l'exp&#233;rience. La raison pour laquelle le cin&#233;ma blanc des d&#233;mocraties immunitaires et de march&#233; est, en r&#232;gle g&#233;n&#233;ral, devenu si autarcique, autocentr&#233; sur la classe moyenne plan&#233;taire, ses petits soucis et ses grosses angoisses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le philosophe &#233;cossais Alasdair MacIntyre avance l'id&#233;e que chacun d'entre nous est essentiellement &#171; a story-telling animal &#187;, un animal qui raconte des histoires et que nos histoires nous fournissent des &#171; scripts &#187; pour nos vies et des &#171; gabarits &#187; (&#171; templates &#187;) n&#233;cessaires dans nos relations avec les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ce point : Jonathan R&#233;e : &#171; Like a Top Hat &#187;, compte-rendu de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'essentiel n'est pas que ces histoires soient toutes vraies, ajoute-t-il, et il n'est pas rare qu'elles ne le soient pas, mais elles &#171; aspirent &#224; la v&#233;rit&#233; &#187; sans rel&#226;che. Ce que nous voulons avec constance, c'est finalement que &#171; our lives make a good story &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
MacIntyre a raison d'insister et sur la qualit&#233; instituante des histoires que nous nous racontons sur nous-m&#234;mes et sur le monde, et sur la fonction socialisante de la capacit&#233; &#224; raconter des histoires et &#224; les faire entrer dans des calibres ou des formats de mani&#232;re &#224; ce qu'elles &#171; parlent &#187; aux autres. On peut &#234;tre sensible aussi &#224; l'accent port&#233; sur la fa&#231;on dont la capacit&#233; ou la puissance narrative se lient &#224; la qualit&#233; de la vie, &#224; la vie bonne, &#224; la vitalit&#233; &#8211; faire de sa vie &#171; une bonne histoire &#187;, c'est tout &#224; la fois un art de vivre et un art de raconter, une forme du souci de soi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on ne peut &#233;videmment pas placer cette approche du &#171; propre de l'homme &#187; par le storytelling entendu comme la capacit&#233; de raconter des histoires, sous le signe d'une immuable &#233;ternit&#233;. C'est l&#224; une puissance variable, soumise &#224; une condition d'historicit&#233; &#8211; cette facult&#233;, les humains en disposent &lt;i&gt;variablement&lt;/i&gt; selon les &#226;ges, les circonstances, les aires de civilisation et leur place dans la soci&#233;t&#233;. On pourrait dire, en repassant par Aristote, que tous les humains sont, de par leur constitution propre, aptes &#224; parler, et que la parole est indissociable de certaines fonctions raisonnantes qui distinguent les humains des animaux &#8211; mais la facult&#233; de raconter des histoires appara&#238;t, elle, beaucoup plus circonstanci&#233;e et variable, expos&#233;e &#224; des circonstances ext&#233;rieures : tout le monde n'est pas, dans sa vie concr&#232;te et pratique, en situation de pouvoir raconter des histoires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour pouvoir raconter des histoires, il faut avoir des auditeurs, &#234;tre entendu, donc pris en compte comme narrateur. Mieux : il faut qu'existe une synergie entre un narrateur et ceux.celles &#224; qui son r&#233;cit est adress&#233;. Or, toutes les conditions sociales ou toutes les &#233;poques ne sont pas propices &#224; ce que des histoires, de pr&#233;f&#233;rence de bonnes histoires, comme dirait MacIntyre, se racontent. L'une des conditions, pour cela, c'est qu'une sorte de sens commun existe autour de l'id&#233;e que les exp&#233;riences m&#233;ritent d'&#234;tre transmises, que l'exp&#233;rience circule et qu'elle nourrisse les r&#233;cits qui, &#224; leur tour, vont irriguer la soci&#233;t&#233;. Or, c'est sans doute cette intuition partag&#233;e dont notre &#233;poque est orpheline. Ce qui remplace les histoires qui sont associ&#233;es au r&#233;cit et &#224; la figure du narrateur, ce sont les messages. A l'&#226;ge de la Toile, on se bouscule au portillon pour &#234;tre &#233;metteur de messages et engranger des r&#233;cepteurs. C'est donc, en ce sens, l'influenceur qui s'est substitu&#233; au narrateur. L'influenceur mod&#232;le, c'est celui qui, dans un show plus ou moins bien ficel&#233;, parvient &#224; faire passer subliminairement des messages publicitaires. Nos soci&#233;t&#233;s se d&#233;tournent de la transmission de l'exp&#233;rience parce qu'y sont devenus rares ceux et celles qui font de vraies et riches exp&#233;riences et s'y forment. Ulysse n'est plus une r&#233;f&#233;rence, il a &#233;t&#233; remplac&#233; par ceux et celles qui assurent le show. Les bateleurs, les bouffons, les esbroufeurs, les batteurs d'estrade qui n'existent qu'aux conditions du pr&#233;sentisme pur, de la collection (la succession) des instants, alors que les histoires, tout comme les exp&#233;riences, bien s&#251;r, on un pacte avec la dur&#233;e &#8211; il en faut, du temps, &#224; Ulysse, pour regagner sa bonne &#238;le d'Ithaque, et il en faut aussi &#224; l'a&#232;de, le fondateur de la lign&#233;e infinie des narrateurs pour rapporter ses &#233;preuves et ses exploits. Le narrateur n'est pas press&#233; par le temps, il prend son temps, comme il prend celui des auditeurs/spectateurs, car il faut bien que l'intrigue se d&#233;plie jusqu'au bout. Cela suppose l'existence d'un agr&#233;ment, sinon d'un pacte entre qui raconte et qui &#233;coute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut aussi que les auditeurs (les spectateurs) aient le temps de se laisser bercer par l'histoire, d'entrer dans tous ses m&#233;andres. Mais la synergie qui s'&#233;tablit ici entre le narrateur et le spectateur est de l'ordre de la connivence plut&#244;t que de la capture. Elle n'a rien &#224; voir avec la conqu&#234;te du &lt;i&gt;march&#233; de l'attention&lt;/i&gt; et de sa colonisation qui est au c&#339;ur aujourd'hui de toutes les strat&#233;gies des industries culturelles et communicationnelles. La plupart des &#171; petits &#187; &lt;i&gt;thrillers&lt;/i&gt; hollywoodiens des ann&#233;es 1950 durent moins d'une heure et demie &#8211; question de standard, de formatage (le film du samedi soir ne doit pas &#234;tre trop long), certes, mais c'est aussi que quatre-vingt-cinq &#224; quatre-vingt-dix minutes, c'est la dur&#233;e ad&#233;quate &#224; la narration &#224; son rythme, ni trop rapide ni trop long de la &#171; petite &#187; histoire soutenue par la &#171; petite &#187; intrigue qui y est racont&#233;e. L&#224; aussi est perceptible la notion du &#171; pacte &#187; entre le narrateur et le r&#233;cepteur qui lui accorde son temps. Aujourd'hui, on voit bien que l'allongement continu de la dur&#233;e des films, l'omnipr&#233;sence des s&#233;ries, cela ne d&#233;coule en rien d'imp&#233;ratifs de narration, et enti&#232;rement de strat&#233;gies commerciales &#8211; le fameux temps de cerveau disponible qu'il faut occuper et capturer selon le principe du &lt;i&gt;toujours plus&lt;/i&gt; &#8211; occup&#233; et conquis au d&#233;triment du temps de sommeil et du temps de loisir. Les films interminables, les s&#233;ries, c'est le r&#232;gne du remplissage et de l'&#233;tirage. Pas surprenant, du coup, qu'en m&#234;me temps qu'ils &#171; regardent &#187; le film, les jeunes spectateurs aient le regard constamment d&#233;tourn&#233; vers un autre &#233;cran &#8211; celui du smartphone. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pacte entre l'exp&#233;rience, la dur&#233;e, la &#171; bonne histoire &#187; et l'art du narrateur est rompu. La Toile est comme un gigantesque essaim de gu&#234;pes : plus on s'en approche et plus le vacarme est assourdissant&#8211; mais non, ce n'est pas ainsi : impossible ou presque, pour un atome humain du Nord global, de se tenir &lt;i&gt;hors de l'essaim&lt;/i&gt;. Ce qui remplace donc les histoires, c'est le bourdonnement perp&#233;tuel, la rumeur dont chaque atome est &#224; la fois l'&#233;metteur et le r&#233;cepteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s brutalis&#233;es par le pouvoir, celui de l'Etat g&#233;n&#233;ralement, les gens se d&#233;fendent ou prennent de petites revanches sur les &lt;i&gt;brutaliseurs&lt;/i&gt; en racontant des histoires. Les histoires que les gens racontent et qui ridiculisent ceux d'en haut, qui disposent des moyens de les opprimer et de les violenter restaurent l'esprit de communaut&#233;, chaque blague qui tourne en d&#233;rision les puissants reforme de la communaut&#233;, une communaut&#233; &#233;ph&#233;m&#232;re et invisible form&#233;e de celui qui la raconte et de ceux qui l'&#233;coutent. La blague, c'est une histoire pour les temps de manque, quand la vie commune est plac&#233;e sous le signe du danger, de l'urgence. La blague est courte, parce que les conditions g&#233;n&#233;rales ne permettent pas d'en raconter de longues qui incriminent le pouvoir. Comme elle est courte, il faut qu'elle soit bonne &#8211; qu'elle ait une &lt;i&gt;pointe&lt;/i&gt;, &#224; d&#233;faut d'une intrigue forst&#233;rienne. Mais la pr&#233;sence ou l'absence d'intrigue n'est pas ici ce qui compte. Ce qui importe, c'est qu'une soci&#233;t&#233; o&#249; les gens aiment &#224; raconter des blagues demeure vivante, au sens o&#249; elle n'a pas &#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;duite aux conditions du pouvoir qui entend la mettre au pas et la morceler, l'atomiser. Ce qui importe avec les blagues, c'est qu'elles &lt;i&gt;circulent&lt;/i&gt;, sans avoir, en g&#233;n&#233;ral, d'auteur identifiable &#8211; cette circulation rel&#232;ve d'un processus de cr&#233;ation collective, c'est la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me qui r&#233;siste &#224; travers elle. Une soci&#233;t&#233; qui conserve cette capacit&#233; de cr&#233;ation d'histoires qui se doivent d'&#234;tre &#171; bonnes &#187;, c'est-&#224;-dire de faire rire au d&#233;triment de ceux qui entendent gouverner en inspirant la peur est une soci&#233;t&#233; qui n'est pas enti&#232;rement soumise, d&#233;prim&#233;e, prostern&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est assur&#233;ment l'un des aspects les plus troublants du journal des ann&#233;es &#171; brunes &#187; de Victor Klemperer, l'auteur de l'immortel &lt;i&gt;LTI&lt;/i&gt;, la langue du III&#232;me Reich&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;LTI, la langue du III&#232;me Reich, traduit de l'allemand par Elisabeth (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : dans les milieux populaires, en plein r&#233;gime de terreur nazie, y compris pendant la guerre, on continue &#224; raconter quantit&#233; de blagues tournant en d&#233;rision aussi bien les caciques du r&#233;gime, y compris le F&#252;hrer, que leur manie de tout organiser, leur langue de bois, ceci tout en cultivant la plus na&#239;ve des fois en ce m&#234;me F&#252;hrer et en adoptant, sans m&#234;me s'en aviser, tous les tics de l'idiome nazi... Ce ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;doublement est parfaitement mis en &#233;vidence par Klemperer qui en consigne dans le d&#233;tail les manifestations. En tout cas, assur&#233;ment, on ne peut pas dire qu'un peuple (entendu ici comme peuple d&#233;clin&#233; du c&#244;t&#233; du &#171; populaire &#187;) qui fait circuler des devinettes expresses du genre : &#171; Quand la guerre finira-t-elle ?/ Quand G&#246;ring entrera dans les pantalons de Goebbels &#187; est un peuple homog&#232;ne dans sa soumission &#224; l'id&#233;ologie du r&#233;gime, fanatis&#233; jusqu'au bout des ongles et unanime, en ce sens, dans le soutien aux entreprises, crimes et exactions de celui-ci.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est int&#233;ressant que la puissance narrative collective maintenue qui se manifeste, dans la soci&#233;t&#233; et, ici, dans la soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;contre l'Etat&lt;/i&gt;, se pr&#233;sente comme un indice probant de l'inach&#232;vement de la suture totalitaire. Ce qui, dans le cas pr&#233;sent, ne change rien &#224; l'immensit&#233; des crimes commis par les nazis en tant, bien s&#251;r, qu'ils engagent et embarquent les Allemands comme peuple ; mais qui indique en m&#234;me temps une autre direction : si, avec ce fardeau du crime et du d&#233;sastre, l'&lt;i&gt;ouvert&lt;/i&gt; persiste, c'est dans un lien indissoluble avec la capacit&#233; de raconter des histoires que cette clause s'affiche. Et ce lien est d'autant plus consistant que cette capacit&#233; est collective. D'o&#249; l'importance des blagues, entendues comme mini-histoires &#224; pointes qui circulent de bouche en bouche (et peut-&#234;tre plus que jamais) quand il est minuit dans le si&#232;cle, et &#224; Dresde capitale de la Saxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Journal de Victor Klemperer est un parfait exemple de ce qui est en jeu dans la disparition de la possibilit&#233; de raconter des histoires &#8211; ou bien, tout simplement, lorsque s'&#233;tiolent les conditions g&#233;n&#233;rales dans lesquelles se maintient le go&#251;t de raconter des histoires. Ce que &lt;i&gt;l'&#233;criture fragmentaire&lt;/i&gt; du Journal enregistre, c'est la disparition de la dur&#233;e dot&#233;e d'une homog&#233;n&#233;it&#233; suffisante pour que l'histoire puisse se d&#233;ployer &#8211; le temps de la narration et du narrateur. Les conditions impos&#233;es par la terreur nazie ont pour effet un d&#233;membrement du temps, ce n'est pas seulement que l'on ne sait pas de quoi demain sera fait, c'est qu'une condition de mort est suspendue au-dessus de la t&#234;te de Klemperer, comme de toutes les autres victimes des pers&#233;cutions raciales. Le professeur et intellectuel juif se voit interdit de publication, priv&#233; du droit de travailler en biblioth&#232;que, d'emprunter des livres, d'en acheter, sans parler bien s&#251;r de tout ce qui concerne l'expression publique, le partage des opinions. Il est radicalement coup&#233; de toute possibilit&#233; de produire des r&#233;cits destin&#233;s &#224; quelque public que ce soit, r&#233;cits savants, politiques ou autres. Ce qui, pour un intellectuel est bien une sorte de mort symbolique, quand bien m&#234;me il peut continuer &#224; conduire une existence pr&#233;caire dans une de ces maisons o&#249; survivent les quelques dizaines de Juifs de Dresde qui ont provisoirement &#233;chapp&#233; &#224; la d&#233;portation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que se noue le lien entre l'impossibilit&#233; pratique de se maintenir dans le statut d'une personne qui acc&#232;de &#224; la reconnaissance en &#233;mettant des r&#233;cits et le passage &#224; un r&#233;gime d'&#233;criture. L'&#233;criture est distinctement ce qui survient sur les lieux, dans l'espace du d&#233;sastre. L&#224; o&#249; la facult&#233; narrative a &#233;t&#233; d&#233;truite, avec les interactions qu'elle suppose, c'est l'&#233;criture comme inscription des traces qui prend le relais. Ce qui est, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment la fonction du journal dont le propre est de s'&#233;crire au jour le jour en discontinuit&#233;, de pouvoir s'interrompre d'un jour &#224; l'autre et m&#234;me, dans l'espace d'une m&#234;me journ&#233;e, de se pr&#233;senter comme une s&#233;rie de notes g&#233;n&#233;ralement sans encha&#238;nements. Le propre du journal, en ce sens, c'est d'abord qu'il se tient en de&#231;&#224; du monde des encha&#238;nements. Il ne relate donc pas une histoire, au sens d'une chronique, dans la mesure m&#234;me o&#249; une histoire-chronique est fond&#233;e sur des encha&#238;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait donc suivre ici Georges Didi-Huberman lorsqu'il rapproche le Klemperer du Journal du conteur benjaminien, &#233;voquant le Journal comme un r&#233;cit ou une narration en forme de montage des mille petites choses qui y sont d&#233;crites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Georges Didi-Huberman : Le t&#233;moin jusqu'au bout, Minuit, 2022.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais non : ce qui caract&#233;rise le Journal en propre, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'absence de montage, et Klemperer n'y raconte pas une histoire, f&#251;t-ce sous la forme d'un &#171; r&#233;cit en miettes &#187; &#8211; il y consigne au jour le jour ce dont est fait le d&#233;sastre du pr&#233;sent, ce qui rel&#232;ve d'un tout autre r&#233;gime d'&#233;criture. Si le Journal existe (et est pass&#233; &#224; la post&#233;rit&#233;, contrairement aux &#233;crits contemporains de Klemperer plac&#233;s sous un autre r&#233;gime d'&#233;criture), c'est bien pour cette raison : il &#233;tablit avec un &#233;clat sans &#233;gal la disparition, dans ces temps obscurs, de la possibilit&#233; m&#234;me de &#171; raconter une histoire &#187;, m&#234;me entendue comme simple chronique. En revanche, ce qui s'inscrit ici aussi en faux contre la distinction forst&#233;rienne, c'est la pr&#233;sence un peu partout dans le Journal d'&#233;l&#233;ments ou d'&#233;clats d'intrigue &#8211; au sens m&#234;me o&#249; Klemperer ne cesse de s'efforcer de d&#233;m&#234;ler les fils embrouill&#233;s du pr&#233;sent de la catastrophe &#8211; que se passe- t-il ? D'o&#249; cela provient-il ? O&#249; cela nous conduit-il... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions qui sont les n&#244;tres aujourd'hui, l'obsolescence de la facult&#233; (et du d&#233;sir) de raconter des histoires ne trouve pas sa source en premier lieu dans l'interdiction, l'intimidation, la r&#233;pression ou la terreur. Elle est plut&#244;t programm&#233;e par l'appareillage de nos existences par des dispositifs et des r&#233;seaux qui sont adverses &#224; la formation de communaut&#233;s rassembl&#233;es autour d'histoires qui se racontent, form&#233;es de narrateurs et d'auditeurs ou de spectateurs. L'attention a chang&#233; de camp &#8211; elle n'est plus dirig&#233;e vers le narrateur et concentr&#233;e autour de l'histoire qui se raconte, elle est saisie par des appareils qui la retiennent d'autant plus captive qu'ils la dispersent au gr&#233; de la multitude des messages circulant sur les r&#233;seaux. &#171; La souverainet&#233; de l'hyperindividu rend l'autre n&#233;gligeable &#187;, remarque David Le Breton&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Le Breton : &#171; Un monde sans visages &#187;, Le Monde, 09/04/2024.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le visage de l'autre s'efface dans une communication distraite et des interactions sans enjeu. Mais ce n'est pas seulement le visage en tant qu'il incarne &#171; la morale de l'interaction &#187; qui s'efface ici. C'est aussi la pr&#233;sence de l'autre comme narrateur potentiel. Ce que Le Breton appelle la &#171; liquidation du visage &#187; a pour corollaire l'effacement de la figure du narrateur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous dirigeons vers un temps o&#249; la multiplicit&#233; (la multitude) des narrateurs aura c&#233;d&#233; le pas d'une part au bourdonnement de l'essaim et de l'autre &#224; l'emprise logocratique de r&#233;gimes policiers, populistes, fascistes new-look ; au r&#233;gime toujours plus molaire du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; directement branch&#233; sur l'int&#233;r&#234;t strat&#233;gique des gouverneurs du pr&#233;sent. Toujours moins de narrateurs, toujours plus de perroquets et d'horloges parlantes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Organisons-nous en soci&#233;t&#233;s de raconteurs d'histoires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A distinguer soigneusement des faiseurs d'histoires qui, eux, pullulent plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et d&#233;fendons-nous dans la langue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Debra Cockburn&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edward Morgan Forster (1879-1970). Auteur, entre autres, de &lt;i&gt;A Room with View&lt;/i&gt; (1908) et &lt;i&gt;A Passage to India&lt;/i&gt; (1924)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Ab&#233;c&#233;daire&lt;/i&gt;, 1988-89 &#8211; avec Claire Parnet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Roland Barthes : &lt;i&gt;Carnets du voyage en Chine&lt;/i&gt;, Christian Bourgois, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Primo Levi : &lt;i&gt;Si c'est un homme&lt;/i&gt;, traduit de l'italien par Martine Schuoffneger, Pocket, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un exemple entre mille : &lt;i&gt;The Dark Corner&lt;/i&gt; de Henry Hathaway (1946) s'ouvre sur une longue s&#233;quence o&#249; un d&#233;tective priv&#233; r&#233;cemment install&#233; &#224; New York, est fil&#233; par un type en costume blanc &#8211; le reporter se demande bien &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; cette filature et il prend des mesures pas tr&#232;s orthodoxes pour &#233;claircir ce myst&#232;re. Mais il se trouve que chaque &#171; &#233;claircissement &#187;, dans le cours du film, conduit &#224; un nouveau &lt;i&gt;pourquoi&lt;/i&gt; au fur et &#224; mesure que l'on s'enfonce dans les abysses de l'intrigue, ceci jusqu'&#224; la fin du film o&#249; tous les &#171; pourquoi &#187; accumul&#233;s finissent par trouver leur r&#233;ponse. Par cons&#233;quent, dans le sens forst&#233;rien du terme, ce petit &lt;i&gt;thriller&lt;/i&gt; dont le r&#233;alisateur lui-m&#234;me n'&#233;tait pas tr&#232;s content, rel&#232;ve parfaitement de la d&#233;finition de l'intrigue. Tout y est myst&#232;re en qu&#234;te d'explication et de raison, d'explicitation des &#171; causes &#187; de tel ou tel &#233;v&#233;nement, conduite, rebondissement, crime. Ce n'en est pas moins qu'une petite histoire de crime et de passion sans originalit&#233; particuli&#232;re. Et pourtant, du &#171; plot &#187; au sens fost&#233;rien, on y en trouve tant qu'on veut...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Walter Benjamin : &lt;i&gt;Le narrateur&lt;/i&gt;, 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ce point : Jonathan R&#233;e : &#171; Like a Top Hat &#187;, compte-rendu de &lt;i&gt;Alasdair MacIntyre : An Intellectual Biography&lt;/i&gt; par Emile Perreau-Saussine, &lt;i&gt;London Review of Books&lt;/i&gt;, 25/01/2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;LTI, la langue du III&#232;me Reich&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Elisabeth Guillot, Albin Michel 2023 (1996) et &lt;i&gt;Mes soldats de papier&lt;/i&gt;, Seuil 2000, &lt;i&gt;Je veux t&#233;moigner jusqu'au bout&lt;/i&gt;, Seuil, 2000. Traduit de l'allemand par Ghislain Riccardi, Mich&#232;le Kintz-Tailleur, Jean Tailleur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Georges Didi-Huberman : &lt;i&gt;Le t&#233;moin jusqu'au bout&lt;/i&gt;, Minuit, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;David Le Breton : &#171; Un monde sans visages &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 09/04/2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A distinguer soigneusement des faiseurs d'histoires qui, eux, pullulent plus que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
