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	<title>Ici et ailleurs</title>
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	<description>Association pour une Philosophie Nomade</description>
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		<title>Ici et ailleurs</title>
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		<title>Filmer le pass&#233;</title>
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		<dc:date>2025-01-07T15:05:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alketa Spahiu</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Autour de l'installation artistique Ruine, Part I, Gradisht&#235; de l'artiste Halida Boughriet &#224; la Gallerie delle Prigioni de la Fondation Benetton, Tr&#233;vise, Italie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Filmer le pass&#233;, en particulier le pass&#233; &#171; exceptionnel &#187;, douloureux comme celui des camps d'internement, repr&#233;sente un v&#233;ritable d&#233;fi pour les arts visuels. Face &#224; l'absence de t&#233;moignages directs, l'artiste tente de reconstruire et reconstituer une r&#233;alit&#233; qui a exist&#233; autrefois, mais qui n'est plus aujourd'hui. L'histoire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/spip.php?page=rubrique&amp;id_rubrique=10" rel="directory"&gt;Esth&#233;tique et critique culturelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Autour de l'installation artistique &lt;i&gt;Ruine, Part I, Gradisht&#235;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit d'une installation artistique de technique mixte m&#233;langeant le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'artiste Halida Boughriet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. Boughriet est une artiste visuelle franco-alg&#233;rienne. Elle consacre ses (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; la &lt;i&gt;Gallerie delle Prigioni&lt;/i&gt; de la Fondation Benetton, Tr&#233;vise, Italie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Filmer le pass&#233;, en particulier le pass&#233; &#171; exceptionnel &#187;, douloureux comme celui des camps d'internement, repr&#233;sente un v&#233;ritable d&#233;fi pour les arts visuels. Face &#224; l'absence de t&#233;moignages directs, l'artiste tente de reconstruire et reconstituer une r&#233;alit&#233; qui a exist&#233; autrefois, mais qui n'est plus aujourd'hui. L'histoire qu'elle retrace peut &#234;tre &#233;voqu&#233;e non seulement &#224; travers des fragments subsistants de cette r&#233;alit&#233; pass&#233;e &#8211; cl&#244;tures, murs, fontaines, magasins, etc. &#8211; mais aussi &#224; travers les souvenirs, la valeur symbolique que certains objets continuent de porter, en parall&#232;le avec des sensations, d&#233;sormais dans une r&#233;alit&#233; compl&#232;tement diff&#233;rente. Alors, l'enjeu ici r&#233;side dans l'&#233;nigme : comment filmer le paradigme de la perte ? Est-il transcriptible ou repr&#233;sentable en image ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filmer le pass&#233; ne peut se limiter &#224; un simple acte documentaire. Il s'agit davantage d'un acte de cr&#233;ation. Cet acte de cr&#233;ation est ainsi n&#233;cessaire pour mettre en interaction la m&#233;moire, les vestiges et l'imagination. Le processus est aliment&#233; &#224; la fois par la m&#233;moire et l'imagination. Le pass&#233; ne peut donc jamais &#234;tre recr&#233;&#233; totalement. Mais il peut &#234;tre saisi &#224; travers les fragments mentionn&#233;s plus haut, en juxtaposant ces fragments (souvenirs, objets, ruines) avec un po&#232;me, un texte ou une interview, qui compl&#232;tent le processus de filmage. Ainsi, l'image peut offrir un &#171; film de l'int&#233;riorit&#233; &#187;, de ce qui ne se voit pas mais o&#249; l'histoire continue de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;marche qui justifie un film ou une vid&#233;o d'art portant sur ce sujet. Les philosophes parlent souvent de la difficult&#233; de &#171; filmer l'impossible &#187;, de &#171; l'indicible &#187; concernant la repr&#233;sentation de la vie dans les camps en image. Dans le cas de l'&#339;uvre &lt;i&gt;Ruine I, Gradisht&#235;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Camp de travail forc&#233;, sorte de goulag, cr&#233;&#233; dans les ann&#233;es 50 pour les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'artiste Halida Boughriet, ce d&#233;fi est abord&#233; &#224; travers plusieurs approches conceptuelles et esth&#233;tiques, en cherchant &#224; comprendre comment cette &#233;poque pass&#233;e, aujourd'hui disparue, peut &#234;tre &#171; film&#233;e &#187; ou exprim&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_873 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/ruinepart1-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/ruinepart1-2.png' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette installation a &#233;t&#233; expos&#233;e &#224; la &lt;i&gt;Gallerie delle Prigioni&lt;/i&gt; de la Fondation Benetton, &#224; Tr&#233;vise, en Italie. L'artiste disposait d'une cellule de cette ancienne prison comme espace d'exposition. Dans cette installation &lt;i&gt;in situ&lt;/i&gt;, la sc&#233;nographie est un enjeu central. L'artiste con&#231;oit un dispositif de spatialisation pour rendre visible l'exp&#233;rience pass&#233;e du camp : des parpaings sont dispers&#233;s de mani&#232;re d&#233;sordonn&#233;e dans la cellule, comme des vestiges du camp de Gradisht&#235;. Sur ces blocs, sont imbriqu&#233;es diff&#233;rentes photographies du camp. Sur un &#233;cran, pos&#233; dans un coin de la cellule, une image film&#233;e &#8211; il s'agit bien d'un gros plan d'une personne fig&#233;e fixant la cam&#233;ra &#8211; montre une des anciennes habitantes pers&#233;cut&#233;es du camp ; en parall&#232;le, une voix off jaillissant de l'espace sonore : le texte &#233;crit par l'autrice de ces lignes&#8230; Ce fut mon premier retour &#224; Gradisht&#235;, mon lieu de naissance, apr&#232;s 27 ans d'absence. La voix dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peu importe que ma baraque d'autrefois soit encore l&#224;&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe que les temps aient chang&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fais face &#224; la m&#234;me absence&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je cherche l'endroit o&#249; j'ai eu mes premi&#232;res r&#232;gles&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi ces ruines, je devins adulte&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#339;uvre, inspir&#233;e de la vie dans un ancien camp de la dictature albanaise, l'artiste cherche &#224; poser des questions fondamentales sur la vie, la m&#233;moire et l'identit&#233;. &#192; travers une combinaison de structures en b&#233;ton, de photographies et de son, cette &#339;uvre transforme la douleur de la vie de ce camp particulier en un appel &#224; la r&#233;flexion et &#224; une prise de conscience globale. Et &#224; nouveau, la voix dans la vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mes parents travaillaient la terre&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le soir, ils me racontaient des r&#233;cits &#233;piques&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils me nourrissaient de personnages anciens,&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres temps,&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres &#233;poques&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Hors de cette baraque, &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;gime glorifiait le sang de ses h&#233;ros&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gradisht&#235;, le camp de travail forc&#233; construit dans les ann&#233;es 1950, a &#233;t&#233; recr&#233;&#233; &#224; partir de mat&#233;riaux bruts de construction, comme le b&#233;ton, dans cette galerie italienne, qui autrefois elle-m&#234;me avait servi de lieu de supplices. D&#233;sormais, on ne trouve plus dans cette galerie les personnages r&#233;els du camp : ni &#171; ennemis du peuple &#187;, ni &#171; d&#233;port&#233;s &#187;, ni &#171; religieux d&#233;class&#233;s &#187;, ni &#171; jeeps &#187; de &lt;i&gt;sigurimi&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La police secr&#232;te politique albanaise avant les ann&#233;es 90.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ni hommes portant deux pantalons en attendant leur tour d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s, ni ouvri&#232;res pauvrement v&#234;tues r&#233;coltant du coton, ni &#233;l&#232;ves chauss&#233;s des bottes de leur oncle adapt&#233;s &#224; leurs pieds, ni d'appel quotidien sur la place centrale du camp, ni pers&#233;cut&#233;s sous chantage en &#233;change d'une bourse d'&#233;tudes, ni d&#233;class&#233;s contraints de d&#233;noncer leurs compagnons de souffrance pour obtenir une carte de rationnement suppl&#233;mentaire, ni couples contraints de se marier qu'entre eux, ni des personnes qui &#233;coutent des diffusions radio interdites sous un matelas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace de l'ancien camp o&#249; la dignit&#233; &#233;tait quotidiennement bafou&#233;e par une r&#233;alit&#233; qui conduisait &#224; l'effacement de l'individu, devient maintenant un site d'exposition, une archive de portraits, un inventaire d'absences. L'artiste n'a pas fix&#233; de portraits sur les blocs ; ce ne sont pas des st&#232;les fun&#233;raires. Elle a film&#233; les survivants fig&#233;s, dont les mouvements imperceptibles ressemblent &#224; un fr&#233;missement. Et &#224; nouveau, la voix off dans la vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voil&#224; pourquoi j'ai tant retard&#233; ce retour,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai repouss&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je l'ai report&#233; sans fin&lt;br class='autobr' /&gt;
Je reviens ici&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme l'histoire qui revient, &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aussi, par cycles&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai des larmes de tristesse mais aussi de joie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est tout de m&#234;me une joie-ruine,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est seulement avec cette ruine&lt;br class='autobr' /&gt;
Que je peux reconstruire la terreur que j'ai v&#233;cue enfant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photographies sur les blocs de b&#233;ton sont celles du pr&#233;sent. Ce sont des portraits des habitants qui vivent actuellement l&#224;. Mais cet album enti&#232;rement ancr&#233; dans le pr&#233;sent semble surprenant, alors que nous tentons de saisir le pass&#233;. Au milieu de cette pi&#232;ce, je suis moi-m&#234;me un signe vivant de cette existence : les anciens habitants du camp tentaient d'y construire une forme de vie, selon les crit&#232;res dict&#233;s par la vie elle-m&#234;me. Plus tard, loin de ce camp, j'ai d&#233;couvert &lt;i&gt;Nuit et Brouillard&lt;/i&gt;, Imre Kert&#233;sz et &lt;i&gt;La Vita &#232; Bella&lt;/i&gt; : tous racontaient les efforts effectu&#233;s par les d&#233;port&#233;s pour cr&#233;er un semblant de normalit&#233; dans ces lieux anormaux et paradigmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/ruinepart1-3.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://casus-belli.ici-et-ailleurs.org/IMG/png/ruinepart1-3.png' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En m'int&#233;grant dans cette installation, en faisant de moi une protagoniste et une actrice, l'artiste H. Boughriet me laisse parler &#224; travers la vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le jour o&#249; je suis entr&#233;e dans le monde des adultes&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re a &#233;t&#233; profond&#233;ment boulevers&#233;e par mon petit sang,&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien plus que par le quotidien pesant,&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien plus que par la fange et le m&#233;pris subis&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'artiste me laisse parler. Mais elle ne demande ni exclamations, ni &lt;i&gt;biographisme&lt;/i&gt;, ni id&#233;ologie, ni pathos. Apparemment, mon &#171; r&#244;le &#187; ici n'est pas de devenir porte-parole, ni pleureuse, ni une ancienne pers&#233;cut&#233;e pour documentaire mont&#233; &#224; la va-vite. Mon &#171; r&#244;le &#187; semble &#234;tre celui de l'exil&#233;e qui revient dans le pays o&#249; elle est n&#233;e pour vivre, avec les siens et d'autres &#171; d&#233;port&#233;s &#187; une exp&#233;rience paradigmatique. Mon &#171; r&#244;le &#187; &#233;tait apparemment de revenir avec ma coll&#232;gue enseignante et artiste, Halida, pour introduire Gradisht&#235; dans ce film. C'est pourquoi, dans la vid&#233;o, la voix dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai trouv&#233; mon Ithaque,&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais elle est invisible,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces anciennes baraques d'aujourd'hui le prouvent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme le h&#233;ros antique, &lt;br class='autobr' /&gt;
Dont mon p&#232;re me racontait le voyage en chuchotant,&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme s'il avait honte de sa position d'isol&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement au milieu de cet espace &lt;i&gt;h&#233;t&#233;rotopique&lt;/i&gt;, en tant que t&#233;moin et actrice, que je fais face pour la premi&#232;re fois &#224; l'&#233;talon de la nostalgie. Au c&#339;ur de cette construction command&#233;e par la &lt;i&gt;Gallerie delle Prigioni&lt;/i&gt;, dans cette vid&#233;o o&#249; je parle, est-ce un v&#233;ritable retour ? Est-ce un voyage dans le pass&#233; ? Suis-je r&#233;ellement confront&#233;e aux souvenirs d'enfance qui, malgr&#233; la douleur mat&#233;riellement intransmissible de l'exil, restent profond&#233;ment enracin&#233;s dans mon identit&#233; et celle de mes semblables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette installation, je suis confin&#233;e dans une bo&#238;te-vid&#233;o. L'artiste m'a enferm&#233;e l&#224; pour que je r&#233;siste au &lt;i&gt;story-telling&lt;/i&gt; path&#233;tique. Elle me demande de m'associer, de loin d&#233;sormais, &#224; la r&#233;sistance d'autrefois pour survivre dans le camp. Ainsi, &lt;i&gt;Ruine I, Gradisht&#235;&lt;/i&gt; n'est pas une &#339;uvre qui se regarde ; c'est une &#339;uvre qui s'&#233;coute et qui, surtout, doit se ressentir. Le b&#233;ton utilis&#233; ici ne symbolise pas seulement la vie brutale dans le camp. Il semble aussi relever la douleur des anciens habitants du camp, et la rendre un peu plus r&#233;elle pour le spectateur qui n'a pas connu, heureusement, cette forme de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre est-ce pour cette raison que l'artiste me &#171; retient captive &#187; dans le moniteur plac&#233; dans un coin de l'installation. En r&#233;alit&#233;, la voix dans la vid&#233;o est le seul pont reliant le pass&#233; du camp &#224; son pr&#233;sent. Autour de moi, dans la vid&#233;o, gravitent, comme les rochers errants d'&lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt;, des blocs de b&#233;ton orn&#233;s de photographies des habitants actuels de Gradisht&#235;. Ces parois de b&#233;ton semblent consolider les ruines de Gradisht&#235; d'aujourd'hui. Ainsi, dans l'&#339;uvre de Halida Boughriet, les ruines ne repr&#233;sentent pas seulement des vestiges d'une histoire r&#233;volue ; elles deviennent un espace o&#249; se produisent des transformations conceptuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que partie int&#233;grante de cette installation, je ressens aussi l'invitation de l'artiste : elle invite donc le spectateur &#224; combler par son imagination les lacunes laiss&#233;es par les interstices des blocs. Comme composante de cette installation, je n'ai pas de r&#233;ponses claires ou d&#233;finitives &#224; offrir. Je me perds entre les portraits des habitants actuels, entre les photos des ruines de ce qui reste de l'ancienne Gradisht&#235;. Ce sont donc les ruines d'une vie bris&#233;e qui me poussent &#224; m'interroger : suis-je r&#233;ellement en train de parler de ma vie pass&#233;e ? Puis-je vraiment raconter une telle existence ? Puis-je devenir la porte-parole de la souffrance de ma famille ? Et si oui, dans quelle mesure ? Et avec quelle finalit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que composante de cette installation, je comprends que l'histoire de la r&#233;action bouleversante de ma m&#232;re face &#224; mon premier cycle menstruel, bien qu'elle soit vraie, n'&#233;tait qu'un &lt;i&gt;deus ex machina&lt;/i&gt; pour cette &#339;uvre. J'avais emmen&#233; l'artiste avec moi, revenant apr&#232;s de nombreuses ann&#233;es, comme une t&#233;moin impartiale, car il ne s'agissait pas de nostalgie. &#192; l'&#233;poque, je ne lui avais pas r&#233;v&#233;l&#233; le v&#233;ritable objectif de ce retour, car je ne le connaissais pas moi-m&#234;me. Cela, la voix dans la vid&#233;o me le r&#233;v&#232;le :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai retard&#233; ce retour entre les haies&lt;br class='autobr' /&gt;
Les murs de boue et de roseaux,&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour voir l'histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais comme &#224; travers un paravent&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui ne peut d&#233;voiler ses cycles&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la galerie italienne o&#249; cette installation artistique est expos&#233;e, la voix off reprend en boucle. En effet, la premi&#232;re rencontre avec l'&#339;uvre se fait par le son, puis le regard est sollicit&#233; par les volumes et les images mobile ! Les spectateurs d&#233;couvrent invariablement ce discours au milieu, &#224; la fin ou au d&#233;but. Cette voix, c'est le souvenir que je laisse &#224; mon pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Alketa Spahiu&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit d'une installation artistique de technique mixte m&#233;langeant le son, la vid&#233;o, le b&#233;ton et la photographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. Boughriet est une artiste visuelle franco-alg&#233;rienne. Elle consacre ses recherches &#224; la d&#233;construction des st&#233;r&#233;otypes, dans une volont&#233; de rendre visibles les subjectivit&#233;s historiquement sous-repr&#233;sent&#233;es dans la culture visuelle. &lt;a href=&#034;http://halidaboughriet.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://halidaboughriet.com/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Camp de travail forc&#233;, sorte de goulag, cr&#233;&#233; dans les ann&#233;es 50 pour les d&#233;port&#233;s du r&#233;gime albanais et op&#233;rationnel jusqu'en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La police secr&#232;te politique albanaise avant les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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